Sukkah 22a — Meduvlelet : un mot obscur, et la mesure qui fait d'une chose un couvert

Sukkah 22a

Sougya : Le folio part d'un seul mot de la michna. Une souka meduvlelet est valable si son ombre dépasse son soleil — mais que veut dire meduvlelet ?

Rav lit medouldelet, clairsemée : la souka pauvre, peu de roseaux et beaucoup de vide, sans jamais trois tefahim d'un seul tenant. Chemouel lit mevoulbelet, en désordre : un roseau qui monte et un roseau qui descend, deux niveaux de s khakh qui ne sont pas alignés.

La divergence n'est pas seulement lexicale — chez Rav la michna enseigne une loi, chez Chemouel elle en enseigne deux, et surtout Chemouel a besoin d'un principe qui autorise à traiter deux plans comme un seul. Abaye et Rava en fixent alors la limite.

Pour Abaye, seul joue lavoud : moins de trois tefahim d'écart, et les deux niveaux ne font qu'un ; au-delà, c'est invalide. Pour Rava, un second principe prend le relais — havot rami, abaisse et jette — à la seule condition que le roseau du haut ait un tefah de large, car sans tefah rien n'a le nom de couvert.

Rava prouve son seuil en allant le chercher dans les lois de l'impureté : la michna d'Ohalot sur les poutres nues d'une maison et de son étage, où des poutres décalées ferment fictivement le plafond et unifient toute la maison en une seule tente, et la Tossefta qui subordonne tout cela au tefah. Rachi consacre deux longues gloses à établir la version exacte de ce texte, car une autre leçon ferait tomber la preuve entière.

Reste enfin l'objection de Rav Achi à Rav Kahana, prise de la poutre du mavoy : la baraita y rejoint des poutres séparées sans exiger de tefah. Le amoud s'arrête sur les premiers mots de Rabban Chimon ben Gamliel ; la réponse n'arrivera qu'en 22b.

Le fil du folio : un mot obscur de la michna, puis la mesure du tefah Dix segments. Une michna, deux lectures d'un seul mot, deux seuils amoraiques, une preuve tirée des lois de l'impureté, une objection restée ouverte Bloc A -- segment 0 : la michna Une souka meduvlelet, et dont l'ombre dépasse le soleil : valable. Une souka dont le s khakh est épais comme une maison, au point que les étoiles ne s'y voient pas : valable aussi. Les deux extrêmes du s khakh sont donc admis. Reste à savoir ce que veut dire meduvlelet -- Rachi renvoie déjà la question à la Guemara. Bloc B -- segments 1 à 2 : un mot, deux lectures, et le compte des lois change Rav lit meduvlelet = medouldelet, clairsemée : la souka pauvre, peu de roseaux, beaucoup de vide -- mais jamais trois tefahim d'un seul tenant. Une seule loi dans la michna. Chemouel lit meduvlelet = mevoulbelet, en désordre : un roseau qui monte, un roseau qui descend, deux niveaux non alignés. Deux lois dans la michna. Enjeu réel : chez Chemouel il faut un principe qui rejoigne les deux niveaux, puisque le s khakh n'est plus dans un seul plan. C'est ce principe qui occupe tout le reste du folio. Le Roch tranche comme Chemouel, précisément parce que Abaye et Rava débattent selon lui. Bloc C -- segment 3 : deux seuils, deux principes Abaye : la souka en désordre n'est valable que si l'écart vertical entre les deux niveaux est inférieur à trois tefahim -- c'est lavoud, le rattachement des proches. Rava : même au-delà de trois tefahim elle reste valable, à une condition -- que le roseau du haut ait un tefah de large. Alors on dit havot rami : abaisse-le et jette-le sur le vide. Rava ne conteste pas lavoud : il ajoute un second principe, qui prend le relais là où lavoud s'arrête. Le tefah est ce qui donne à une chose le nom de couvert. Tossefot corrige Rachi : l'invalidation au-delà de trois tefahim ne tient pas au soleil, mais au fait qu'un tel s khakh ne se joint pas. Bloc D -- segments 4 à 6 : la preuve, prise dans les lois de l'impureté Michna de Ohalot : les poutres nues d'une maison et de son étage. Alignées, chaque poutre agit seule. Décalées, le vide du bas est bouche par la poutre du haut. La Tossefta ajoute la clause décisive : tout cela vaut quand il y a un tefah. Sans tefah entre elles, l'impureté ne passe plus d'un étage à l'autre. Donc havot rami existe, et il est conditionné au tefah. Rava emprunte à la toum a un principe de géométrie qu'il applique au s khakh. Chemaa mina. Rachi consacre deux longues gloses à établir la bonne version du texte de la Tossefta : lire aussi bien la ligne fait tomber toute la preuve. Bloc E -- segments 7 à 9 : Rav Achi ouvre une brèche, et le folio s'interrompt Rav Kahana enseigne la thèse de Rava. Rav Achi objecte depuis la poutre du mavoy : deux poutres qui ne se touchent pas y sont pourtant rejointes. La baraita est citée, Rabban Chimon ben Gamliel prend la parole -- et le folio coupe. La réponse de Rav Kahana n'arrive qu'en 22b. Ce qui est réellement visé se lit en 22b : Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda dit d'y voir la poutre du haut comme si elle était en bas -- havot rami sans tefah.
Le fil complet du folio : la michna, les deux lectures de meduvlelet, les deux seuils d Abaye et de Rava, la preuve tirée des poutres de Ohalot, et l objection de Rav Achi qui reste ouverte à la fin du amoud.
Un mot, deux lectures : ce que Rav et Chemouel voient au-dessus de la souka Même consonnes, deux vocalisations possibles -- et le nombre de lois enseignées par la michna change avec elles RAV : meduvlelet = medouldelet clairsemée -- la souka pauvre Un seul plan de s khakh, peu de roseaux chaque vide reste en deçà de trois tefahim mais additionnés, ils laissent passer beaucoup de soleil La michna énonce UNE seule loi Une souka clairsemée, dont l'ombre dépasse le soleil : valable. Meduvlelet et ombre majoritaire portent sur une seule et même souka. Ce que la loi apporte Le s khakh troué n'est pas disqualifié par ses trous, tant qu'aucun ne fait trois tefahim et que l'ombre l'emporte. Aucun besoin ici de rejoindre deux niveaux : il n'y en a qu'un seul. Abaye et Rava n'auraient rien à discuter. Le Roch : Rav ne conteste peut-être même pas Chemouel -- il préfère seulement lire la michna comme une loi unique. CHEMOUEL : meduvlelet = mevoulbelet en désordre -- un roseau monte, un roseau descend écart Deux niveaux : chaque roseau du haut surplombe un vide du bas La michna énonce DEUX lois 1. Une souka en désordre est valable -- car on regarde. 2. Et une souka dont l'ombre dépasse le soleil est valable. Ce que la loi apporte On regarde : si les roseaux avaient été couchés au même niveau, l'ombre l'emporterait -- donc valable. Mais jusqu'où peut aller l'écart vertical ? La question est ouverte : c'est exactement le débat Abaye contre Rava. Le Roch : la halakha suit Chemouel, puisque Abaye et Rava ont débattu selon lui. Ainsi tranchent Rambam et le Itour.
Rav contre Chemouel : un seul mot de la michna, deux vocalisations, deux images de s khakh -- et le nombre de lois enseignées change avec la lecture.
Trois façons de rejoindre ce qui est séparé -- et ce qui les distingue Lavoud rattache par la proximité ; goud ah it prolonge une paroi vers le bas ; havot rami rabat un couvert sur le vide LAVOUD moins de trois tefahim = collé moins de 3 le vide est tenu pour bouche Seuil : strictement moins de trois tefahim. Aucune condition de largeur. C'est le principe d'Abaye : la souka en désordre tient tant que l'écart vertical reste sous trois tefahim. GOUD AH IT tire vers le bas -- une paroi le bord de la paroi descend jusqu'au sol Rachi : cela ne vaut que pour une mehitsa, car c'est le bord d'une paroi que l'on prolonge. HAVOT RAMI abaisse et jette -- un couvert largeur : un tefah le couvert du haut vient combler le vide du bas Condition de largeur : un tefah, sinon la chose n'a pas nom de ohel et rien ne descend. Condition de hauteur : trois tefahim ou plus -- en deçà, ce n'est plus havata mais lavoud. La preuve de Rava : les poutres de la maison et de l'étage (Ohalot 12) Poutres alignées impur seulement sous cette poutre-là chaque poutre agit pour elle seule Poutres décalées, avec un tefah havot rami : le plafond devient continu tout ce qui est sous l'ensemble est impur Sans tefah entre elles pas de havot rami : rien ne descend impur sous elle seule ; entre et au-dessus : pur Le tefah est donc bien le seuil qui commande havot rami -- et Rava transporte ce seuil de la toum a au s khakh. Une chose large d'un tefah a nom de ohel : elle transporte l'impureté sous elle, elle fait écran au-dessus, et elle peut être rabattue sur le vide.
Lavoud, goud ah it, havot rami : trois principes de rattachement, leurs seuils respectifs, et la michna de Ohalot dont Rava tire la condition du tefah.
1
מַתְנִי׳ סֻוכָּה הַמְדֻובְלֶלֶת וְשֶׁצִּילָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ — כְּשֵׁרָה. הַמְעֻובָּה כְּמִין בַּיִת, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין הַכּוֹכָבִים נִרְאִין מִתּוֹכָהּ — כְּשֵׁרָה.

MICHNA. Une souka meduvlelet, et dont l'ombre dépasse son soleil — elle est valable.

Celle dont le s khakh est épaissi à la manière d'une maison, quand bien même les étoiles ne se verraient pas depuis l'intérieur — elle est valable.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' סֻוכָּה הַמְדֻובְלֶלֶת לְקַמָּן מְפָרֵשׁ לָהּ בַּגְּמָרָא:
« Michna : une souka meduvlelet » — la Guemara l'expliquera plus loin.
וְשֶׁצִּילָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה לֵיכָּא לְאַקְשׁוּיֵי תְּנִינָא חֲדָא זִימְנָא (לְעֵיל סֻוכָּה דַּף ב.) שֶׁחַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּילָּתָהּ פְּסוּלָה אֵינָן דּוֹמוֹת זוֹ לָזוֹ דְּמִיקְשְׁיָא קַשְׁיָין אַהֲדָדֵי כִּדְרָמֵינַן לְהוּ בַּגְּמָרָא וּמִשָּׁנֵינַן:
« Et dont l'ombre dépasse son soleil, elle est valable » — on ne peut pas objecter : nous l'avons déjà appris une fois (plus haut, Souka 2a), à savoir que celle dont le soleil dépasse l'ombre est invalide. Les deux énoncés ne sont pas semblables l'un à l'autre : ils se contredisent même l'un l'autre, comme la Guemara les mettra en opposition avant de résoudre.
הַמְעֻובָּה כְּמִין בַּיִת שֶׁסְּכָךְ שֶׁלָּהּ עָב מְאֹד:
« Épaissi à la manière d'une maison » — son s khakh est très épais.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מ"ט דָּר' יְהוּדָה פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי זֵירָא וְרַבִּי אַבָּא בַּר מֶמֶל חַד אָמַר לְפִי שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע וְחַד אָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה. שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע פרש"י שֶׁמִּיטַּלְטֶלֶת ע"י הַמִּטָּה וְר' יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְקָשֶׁה לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין דְּפָסַל ר' יְהוּדָה סֻוכָּה עַל גַּבֵּי בְּהֵמָה וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב חַג הַסֻּוכֹּות תַּעֲשֶׂה לְךָ שִׁבְעַת יָמִים וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּטַעֲמָא דְּאֵין לָהּ קֶבַע לְפִי שֶׁאֵין עֲשָׂרָה טְפָחִים מִן הַמִּטָּה וְעַד הַגַּג וְהָכֵי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי הֲלָכָה ב אָמַר ר' אַמִּי עַל שֵׁם שֶׁאֵין בְּכַרְעֵי הַמִּטָּה עֲשָׂרָה טְפָחִים אָמַר רַבִּי אַבָּא מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר טָמֵא וְהַתַּנְיָא מַעֲשֶׂה בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁהָיוּ מְשַׁלְשְׁלִין מִטּוֹתֵיהֶן לִפְנֵי חַלּוֹנוֹתֵיהֶן אֵיךְ תֵּימַר מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ עַל גַּבֵּי דָּבָר טָמֵא הָא לָא הָוֵי טַעְמָא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאֵין מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה לְסַכֵּךְ עֲשָׂרָה טְפָחִים. עַד כָּאן. וּמִטּוֹת שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה עַד הַסְּכָךְ הָיוּ עֲשָׂרָה טְפָחִים וְקָשֶׁה לִי לְטַעְמָא דְּמַעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה אִם סִיכֵּךְ עַל מְחִיצּוֹת אֲבָנִים תִּהְיֶה פְּסוּלָה הוֹאִיל וְהֶעֱמִיד הַסְּכָךְ בְּדָבָר שֶׁאֵין גִּידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ: אָמַר אַבָּיֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא סוֹמֵךְ אֲבָל סִיכֵּךְ עַל מִטָּה כְּשֵׁרָה. פִּי' כְּשֶׁלֹּא סָמַךְ הַסְּכָךְ עַל הַכְּרָעַיִם אֶלָּא ע"ג יְתֵידוֹת אֲבָל כָּל דֻּופְנֵי הַסֻּוכָּה אֵינוֹ אֶלָּא מִן הַמִּטָּה מִשְּׁלֹשָׁה צְדָדִין. דְּלָא גָּמְרִינַן פְּסוּל הַמְּחִיצּוֹת לְסֻוכָּה אֶלָּא לְסַכֵּךְ וְזֶה לָא הָוֵי לֵיהּ מַעֲמִידוֹ בִּמְקַבְּלֵי טֻומְאָה וּלְעִנְיַן קֶבַע נָמֵי יֵשׁ קֶבַע לַסְּכָךְ תָּמֵיהַּ לִי מַה בָּא אַבַּיֵּי לְהַשְׁמִיעֵנוּ מִשְׁנָה שְׁלֵמָה הִיא ר"י אוֹמֵר אִם אֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ פְּסוּלָה הָא יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּשֵׁרָה וא"ת לְפִי הַיְּרוּשַׁלְמִי דִּמְפָרֵשׁ לְפִי שֶׁאֵין עֲשָׂרָה טְפָחִים מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה וְעַד הַגַּג מַה לִי סֶמֶךְ וּמַה לִי סִיכֵּךְ עַל גַּב הַמִּטָּה וְי"ל כֵּיוָן שֶׁאֵין הַסֻּוכָּה נִסְמֶכֶת עַל הַמִּטָּה וְאִי שְׁקִיל לָהּ לְמַטָּה אִיכָּא אֲוִיר עֶשֶׂר וְסֻוכָּה מִתְקַייֶּמֶת הֲרֵי יֵשׁ לָהּ קֶבַע וְאֵינָהּ נִפְסֶלֶת בִּשְׁבִיל שֶׁהִכְנִיס בָּהּ שְׁמִטָּה וּמִיעֵט אֲוִירָא מִידִי דַּהֲוָה אַכָּרִים וּכְסָתוֹת דפ"ק דְּלָא הָוֵי מִיעוּט לֹא לָעִנְיָן עֶשְׂרִים וְלֹא לְעִנְיַן עֲשָׂרָה וְהַשְׁתָּא נָמֵי מִיתָּרְצָן נָמֵי קֻושְׁייָתִי דְּהָא אָתֵי אַבַּיֵּי לְאַשְׁמוֹעִינַן וּמִדְּהֵבִיא רַב רַב אַלְפָסִי דִּבְרֵי אַבַּיֵּי נִרְאֶה שֶׁפּוֹסֵק כְּר' יְהוּדָה וְטַעְמֵיהּ כֵּיוָן דְּשָׁקְלוּ וְטָרוּ אָמוֹרָאֵי לְפָרֵשׁ טַעַם דְּבָרָיו וְגַם אַבַּיֵּי אָמַר דְּבָרָיו אַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה אַלְמָא סְבִירָא לְהוּ כְּוָותֵיהּ וְגַם אֲנִי אוֹמֵר דְּטַעַם קֶבַע עִיקָּר כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי וְלָא יָדַעְנָא מֵאֵיזֶה טַעַם יַכְשִׁירוּ רַבָּנָן הֵיכָא דְּסָמַךְ הַסְּכָךְ עַל כַּרְעֵי הַמִּטָּה וְאֵין מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה עַד הַגַּג עֲשָׂרָה דִּירָה סְרוּחָה הִיא הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּר' יְהוּדָה לְפָרוֹשֵׁי דִּבְרֵי ת"ק אֲתָא וְלֵיכָּא הָכָא פְּלֻוגְתָּא: מַתְנִי' סֻוכָּה הַמְדֻובְלֶלֶת וְשֶׁצִּלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה הַמְעֻובָּה כְּמִין בַּיִת אע"פ שֶׁאֵין הַכּוֹכָבִים נִרְאִים מִתּוֹכָהּ כְּשֵׁרָה:
Guemara. « Quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? » Rabbi Zeira et Rabbi Abba bar Mamal en divergent : l'un dit, parce qu'elle n'a pas de permanence (keva) ; l'autre dit, parce qu'il la fait tenir par un objet susceptible de contracter l'impureté. — « Elle n'a pas de permanence » : Rachi explique qu'elle se déplace avec le lit, et que Rabbi Yehouda suit ici sa propre ligne, lui qui exige de la souka une habitation permanente. Difficulté : plus loin dans notre sougya, Rabbi Yehouda invalide une souka posée sur une bête, et le motif donné est le verset « la fête des Soukot, tu la feras pour toi sept jours » — et non le manque de permanence. Or du Talmud de Jérusalem il ressort que le motif du « manque de keva » tient à ce qu'il n'y a pas dix tefahim entre le lit et le toit. Ainsi lit-on au Yerouchalmi (halakha 2) : « Rabbi Ami dit : parce que les pieds du lit n'ont pas dix tefahim. Rabbi Abba dit : parce qu'il la fait tenir par un objet impur. Mais n'a-t-on pas enseigné : il arriva à Jérusalem que l'on descendait les lits devant les fenêtres ? Comment peux-tu dire : parce qu'il la fait tenir sur un objet impur ? Le motif n'est donc que l'absence de dix tefahim entre les pieds du lit et le s khakh. » Fin de la citation. Et pour les lits de Jérusalem, il y avait bien dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au s khakh. Et une difficulté se pose à moi selon le motif du support susceptible d'impureté : si l'on posait le s khakh sur des parois de pierre, elle devrait être invalide, puisque l'on fait tenir le s khakh par une chose qui ne pousse pas du sol. — « Abaye dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il appuie, mais s'il a couvert de s khakh par-dessus le lit, elle est valable. » Explication : lorsqu'il n'a pas appuyé le s khakh sur les pieds du lit mais sur des piquets, tandis que toutes les parois de la souka, sur trois côtés, ne sont faites que du lit. Car nous n'apprenons pas l'invalidation du matériau pour les parois de la souka, mais seulement pour le s khakh ; ici donc son support n'est pas un objet susceptible d'impureté, et quant à la permanence aussi, le s khakh a bien de la permanence. Cela m étonne : qu'Abaye vient-il donc nous apprendre ? C'est une michna entière : « Rabbi Yehouda dit : si elle ne peut tenir d'elle-même, elle est invalide » — donc si elle peut tenir d'elle-même, elle est valable. Et si tu dis : selon le Yerouchalmi, qui explique par l'absence de dix tefahim entre les pieds du lit et le toit, quelle différence entre « appuyer » et « couvrir par-dessus le lit » ? On peut répondre : puisque la souka ne s'appuie pas sur le lit, et que si l'on retirait le lit il resterait dix tefahim d'espace libre et que la souka subsisterait, elle a donc bien de la permanence ; et elle n'est pas invalidée du fait qu'il y a introduit un lit qui a réduit l'espace, comme il en va des coussins et des traversins au premier chapitre, qui ne constituent pas une réduction, ni pour les vingt coudées ni pour les dix tefahim. Et maintenant ma difficulté se résout elle aussi : voilà précisément ce qu'Abaye vient nous apprendre. Et du fait que le Rif a rapporté les paroles d'Abaye, il apparaît qu'il tranche comme Rabbi Yehouda ; et sa raison est que, puisque les Amoraim ont débattu pour dégager le motif de ses paroles, et qu'Abaye lui-même a énoncé son propos selon Rabbi Yehouda, cela montre qu'ils sont de son avis. Et moi aussi je dis que le motif de la permanence est l'essentiel, comme il ressort du Yerouchalmi ; et je ne vois pas pour quelle raison les Sages déclareraient valable le cas où il a appuyé le s khakh sur les pieds du lit sans qu'il y ait dix tefahim depuis les pieds du lit jusqu'au toit : c'est une habitation malcommode. C'est pourquoi il apparaît que Rabbi Yehouda vient expliquer les paroles du premier Tana, et qu'il n'y a ici aucune divergence. — Michna : « Une souka meduvlelet et dont l'ombre dépasse son soleil, elle est valable ; celle qui est épaissie à la manière d'une maison, même si les étoiles ne se voient pas depuis l'intérieur, elle est valable. »
💡 Explication

La michna pose les deux bornes extrêmes du s khakh. D'un côté une souka meduvlelet — mot rare, que la Guemara devra expliquer — à condition que son ombre dépasse son soleil. De l'autre une couverture si épaisse qu'on n'y voit plus les étoiles : elle reste valable, contre l'intuition qui voudrait qu'une souka garde quelque chose de la tente et non de la maison.

Rachi prévient une objection immédiate : nous avons déjà appris en 2a que la souka dont le soleil l'emporte est invalide, ce qui semble faire double emploi. Sa réponse est que les deux formulations ne se recouvrent pas — elles se contredisent même par leurs sous-entendus, et la Guemara réglera cela en 22b : l'une parle de ce qu'on voit d'en haut, l'autre de ce qu'on voit d'en bas.

2
גְּמ׳ מַאי מְדֻובְלֶלֶת? אָמַר רַב: סֻוכָּה עֲנִייָּה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: קָנֶה עוֹלֶה וְקָנֶה יוֹרֵד.

GUEMARA. Que signifie meduvlelet ?

Rav dit : une souka pauvre. Chemouel dit : un roseau qui monte et un roseau qui descend.

📜 Rachi (2)
גְּמ' עֲנִיָּיה שֶׁיֵּשׁ בִּסְכָכָהּ קָנִים מְעַט וְיֵשׁ בָּהּ אֲוִיר הַרְבֵּה אֶלָּא שֶׁאֵין בּוֹ שְׁלֹשָׁה בְּיַחַד:
« Guemara : pauvre » — il n'y a que peu de roseaux dans son s khakh et beaucoup de vide, mais sans qu'il y ait nulle part trois tefahim d'un seul tenant.
קָנֶה עוֹלֶה וְקָנֶה יוֹרֵד שֶׁלֹּא הִשְׁוָה הַסְּכָךְ לְהַשְׁכִּיב הַקָּנִים זֶה אֵצֶל זֶה אֶלָּא אֶחָד לְמַעְלָה וְאֶחָד לְמַטָּה וּמִתּוֹךְ כָּךְ חַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּילָּתָהּ וְאַשְׁמְעִינַן מַתְנִיתִין דְּאָמְרִינַן כֹּל שֶׁאִילּוּ הָיוּ מְסֻוכָּכִין בְּשָׁוֶה הָיְתָה צִילָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה:
« Un roseau qui monte et un roseau qui descend » — il n'a pas aplani le s khakh en couchant les roseaux côte à côté, mais l'un en haut et l'autre en bas ; il en résulte que son soleil dépasse son ombre. Et la michna nous apprend que l'on dit : tout ce qui, si les roseaux avaient été posés au même niveau, aurait eu son ombre supérieure à son soleil — est valable.
🗂️ Tossefot (1)
קָנֶה עוֹלֶה וְקָנֶה יוֹרֵד. שֶׁלֹּא הִשְׁוָה אֶת הַסְּכָךְ לְהַשְׁכִּיב אֶת הַקָּנִים זֶה אֵצֶל זֶה אֶלָּא אֶחָד לְמַעְלָה וְאֶחָד לְמַטָּה וּמִתּוֹךְ כָּךְ חַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּילָּתָהּ וְאַשְׁמְעִינַן מַתְנֵי' דְּאָמְרִינַן רוֹאִין כֹּל שֶׁאִילּוּ הָיוּ מֻושְׁכָּבִין בְּשָׁוֶה הָיְתָה צִילָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה כָּךְ פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס. מַשְׁמַע לְפֵירוּשׁוֹ דִּכְשֶׁיֵּשׁ בֵּין זֶה לָזֶה שְׁלֹשָׁה דִּפְסוּלָה לְאַבַּיֵּי הַיְינוּ מִטַּעַם חַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּילָּתָהּ וְלֹא יִתָּכֵן דְּכֵיוָן דְּאִי קִייְּמָהּ חַמָּה בְּרֹאשׁ כָּל אָדָם הָיְתָה צִילָּתָהּ מְרֻובָּה אֵין לִפְסֹול בִּשְׁבִיל חַמָּה הַבָּא מִן הַצַּד בַּאֲלַכְסוֹן וְעוֹשֶׂה אוֹתָהּ חַמָּתָהּ מְרֻובָּה אֶלָּא הַייְנוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּלָא חֲשִׁיב סְכָךְ לְהִצְטָרֵף כִּי הַאי גַוְנָא כְּשֶׁיֵּשׁ בֵּין זֶה לָזֶה שְׁלֹשָׁה אֲבָל כִּי לֵיכָּא שְׁלֹשָׁה כְּלָבוּד דָּמֵי וְהַכֹּל אֶחָד:
« Un roseau qui monte et un roseau qui descend. » Il n'a pas aplani le s khakh en couchant les roseaux côte à côté, mais l'un en haut et l'autre en bas ; il en résulte que son soleil dépasse son ombre, et la michna nous apprend que l'on dit : on regarde — tout ce qui, si les roseaux avaient été couchés au même niveau, aurait eu son ombre supérieure à son soleil, est valable. Ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Il ressort de son explication que, lorsqu'il y a trois tefahim entre l'un et l'autre et que la souka est invalide selon Abaye, ce serait au motif que son soleil dépasse son ombre. Mais cela n'est pas soutenable : dès lors que, si le soleil se tenait à la verticale au-dessus de la tête de chacun, l'ombre l'emporterait, il n'y a pas lieu d'invalider à cause d'un soleil venant de côté, en diagonale, et qui rendrait son soleil majoritaire. Le motif est plutôt que, dans un tel cas — lorsqu'il y a trois tefahim entre l'un et l'autre — cela n'est pas tenu pour du s khakh apte à se joindre ; mais lorsqu'il n'y a pas trois tefahim, c'est comme lavoud, et le tout ne fait qu'un.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי סֻוכָּה מְדֻובְלֶלֶת רַב אָמַר סֻוכָּה עֲנִיָּה וּשְׁמוּאֵל אָמַר קָנֶה עוֹלֶה וְקָנֶה יוֹרֵד רַב סָבַר מַאי מְדֻובְלֶלֶת מְדֻולְדֶּלֶת וַחֲדָא קָתָנֵי סֻוכָּה מְדֻולְדֶּלֶת שֶׁצִּלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה וּשְׁמוּאֵל סָבַר מַאי מְדֻובְלֶלֶת מְבֻולְבֶּלֶת וְתַרְתֵּי קָתָנֵי סֻוכָּה מְבֻולְבֶּלֶת וְשֶׁצִּלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה. אָמַר אַבָּיֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין בֵּין זֶה לָזֶה ג' טְפָחִים אֲבָל יֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה ג' טְפָחִים פְּסוּלָה וְרָבָא אָמַר אֲפִי' יֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה ג' טְפָחִים נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח אֲבָל יֵשׁ בְּגַגָּהּ טֶפַח כְּשֵׁרָה דְּאָמְרִינַן חֲבוֹט רְמִי יֵרָאֶה דַּהֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל מִדְּשָׁקְלוּ וְטָרוּ אַבַּיֵּי וְרָבָא אַלִּיבֵּיהּ וְאֶפְשָׁר דְּרַב לָא פְלִיגִי אַשְּׁמוּאֵל בְּהָא דְּמַכְשִׁיר קָנֶה עוֹלֶה וְקָנֶה יוֹרֵד אֶלָּא דְּמַשְׁמַע לֵיהּ לְפָרוּשֵׁי מַתְנֵי' בַּחֲדָא וְכֵן פָּסְקוּ הָרַמְבַּ"ם פ"ה מֵהִלְכוֹת סֻוכָּה הֲלָכָה כא וּבַעַל הָעִיטּוּר זַ"ל והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל וּמִדְּלָא הֵבִיא הָרַב אַלְפָסִי זַ"ל דִּבְרֵי אַבַּיֵּי וְרָבָא מַשְׁמַע דְּסָבַר דְּלֵית הִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל וְאֵין דְּבָרָיו נִרְאִין בָּזֶה:
Guemara. « Qu'est-ce qu'une souka meduvlelet ? Rav dit : une souka pauvre. Chemouel dit : un roseau qui monte et un roseau qui descend. » Rav tient que meduvlelet veut dire medouldelet, clairsemée, et que la michna n'énonce qu'une seule loi : une souka clairsemée dont l'ombre dépasse son soleil est valable. Chemouel tient que meduvlelet veut dire mevoulbelet, en désordre, et qu'elle en énonce deux : une souka en désordre est valable, et celle dont l'ombre dépasse son soleil est valable. « Abaye dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il n'y a pas trois tefahim entre l'un et l'autre ; mais s'il y a trois tefahim entre eux, elle est invalide. Rava dit : même s'il y a trois tefahim entre eux, on ne l'a dit que lorsque son toit n'a pas un tefah ; mais si son toit a un tefah, elle est valable, car nous disons havot rami. » Il apparaît que la halakha suit Chemouel, puisque Abaye et Rava ont débattu selon son avis. Et il se peut même que Rav ne diverge pas de Chemouel quant à valider « un roseau qui monte et un roseau qui descend », mais qu'il lui a seulement paru préférable d'expliquer la michna comme une loi unique. Ainsi ont tranché le Rambam (Lois de la souka, ch. 5, halakha 21), l'auteur du Itour et Rabbi Zerahia haLevi, de mémoire bénie. Et du fait que le Rif, de mémoire bénie, n'a pas rapporté les paroles d'Abaye et de Rava, il ressort qu'il tient que la halakha ne suit pas Chemouel — mais ses paroles ne paraissent pas justes sur ce point.
💡 Explication

Tout le folio naît d'une incertitude de vocalisation. Les consonnes de meduvlelet supportent deux lectures. Rav entend medouldelet, « clairsemée » : une souka pauvre, peu de roseaux, beaucoup de vide — mais jamais trois tefahim d'un seul tenant, seuil au-delà duquel le trou disqualifie. Chemouel entend mevoulbelet, « en désordre » : les roseaux ne sont pas couchés dans un même plan, l'un monte, l'autre descend.

La différence n'est pas seulement descriptive. Chez Rav, tout le s khakh est dans un plan unique et il n'y a rien à rejoindre. Chez Chemouel, il faut un principe qui autorise à traiter deux niveaux comme un seul — et l'on invoque pour cela la règle du roin, « on regarde » : on évalue la souka comme si les roseaux avaient été ramenés au même niveau. C'est ce principe, et sa limite, qui occuperont tout le reste de la sougya.

3
רַב תָּנֵי חֲדָא, וּשְׁמוּאֵל תָּנֵי תַּרְתֵּי. רַב תָּנֵי חֲדָא: סֻוכָּה מְדֻובְלֶלֶת, מַאי מְדֻובְלֶלֶת — מְדֻולְדֶּלֶת, שֶׁצִּילָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ — כְּשֵׁרָה. וּשְׁמוּאֵל תָּנֵי תַּרְתֵּי: מַאי מְדֻובְלֶלֶת — מְבֻולְבֶּלֶת, וְתַרְתֵּי קָתָנֵי: סֻוכָּה מְבֻולְבֶּלֶת כְּשֵׁרָה, וְצִילָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ — כְּשֵׁרָה.

Rav enseigne une seule chose, et Chemouel en enseigne deux. Rav enseigne une seule chose : une souka meduvlelet — qu'est-ce que meduvlelet ?

Medouldelet, clairsemée — dont l'ombre dépasse son soleil : elle est valable. Et Chemouel enseigne deux choses : qu'est-ce que meduvlelet ?

Mevoulbelet, en désordre ; et il enseigne deux lois : une souka en désordre est valable, et celle dont l'ombre dépasse son soleil est valable.

📜 Rachi (4)
רַב תָּנֵי חֲדָא מְדֻובְלֶלֶת וְשֶׁצִּילָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ אַחֲדָא סֻוכָּה קָיְימִי:
« Rav enseigne une seule chose » — « meduvlelet » et « dont l'ombre dépasse son soleil » portent sur une seule et même souka.
וּשְׁמוּאֵל תָּנֵי מַתְנִי' בִּתְרֵי סֻוכּוֹת:
« Et Chemouel enseigne » — notre michna, comme parlant de deux soukot distinctes.
רַב תָּנֵי חֲדָא סֻוכָּה שֶׁהִיא עֲנִיָּיה שֶׁהִיא מְדֻובְלֶלֶת מְדֻולְדֶּלֶת אִם צִילָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה:
« Rav enseigne une seule chose » — une souka qui est pauvre, c'est-à-dire meduvlelet au sens de clairsemée : si son ombre dépasse son soleil, elle est valable.
וּשְׁמוּאֵל תָּנֵי תַּרְתֵּי סֻוכָּה מְבֻולְבֶּלֶת כְּשֵׁרָה דְּאָמְרִינַן רוֹאִין וְשֶׁצִּילָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ מִילְּתָא אַחֲרִיתִי הִיא דְּאַשְׁמְעִינַן נָמֵי בְּסֻוכָּה עֲנִייָּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ חַמָּה אִם צִילָּתָהּ מְרֻובָּה כְּשֵׁרָה:
« Et Chemouel enseigne deux choses » — une souka en désordre est valable, car nous disons « on regarde » ; et « dont l'ombre dépasse son soleil » est une autre loi, qui nous apprend en outre qu'une souka pauvre, ou du soleil pénètre, est valable si son ombre l'emporte.
💡 Explication

La Guemara tire la conséquence formelle des deux lectures. Pour Rav, la michna décrit un seul objet et pose une seule loi : la souka clairsemée est valable à condition que l'ombre l'emporte. Pour Chemouel, la michna juxtapose deux énoncés autonomes — la souka en désordre est valable par la règle du roin, et séparément la souka dont l'ombre l'emporte est valable.

C'est un procédé fréquent : la Guemara ne se contente pas de trancher un sens de mot, elle mesure ce que chaque lecture coûte ou rapporte au texte de la michna. Compter les lois enseignées est ici l'argument même.

4
אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא שָׁנוּ, אֶלָּא שֶׁאֵין בֵּין זֶה לָזֶה שְׁלֹשָׁה טְפָחִים, אֲבָל יֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה שְׁלֹשָׁה טְפָחִים — פְּסוּלָה. אָמַר רָבָא: אֲפִילּוּ יֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה שְׁלֹשָׁה טְפָחִים נָמֵי לָא אֲמַרַן, אֶלָּא שֶׁאֵין בְּגַגּוֹ טֶפַח, אֲבָל יֵשׁ בְּגַגּוֹ טֶפַח — כְּשֵׁרָה. דְּאָמְרִינַן: חֲבֹוט רָמֵי.

Abaye dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il n'y a pas trois tefahim entre l'un et l'autre ; mais s'il y a trois tefahim entre eux — elle est invalide. Rava dit : même s'il y a trois tefahim entre eux, nous ne l'avons dit que lorsque son toit n'a pas un tefah ; mais si son toit a un tefah — elle est valable.

Car nous disons : havot rami — abaisse-le et jette-le.

📜 Rachi (4)
לֹא שָׁנוּ דִּשְׁמוּאֵל דְּקָנֶה עוֹלֶה וְקָנֶה יוֹרֵד כְּשֵׁרָה דְּאָמְרִינַן רוֹאִין:
« On n'a enseigné » — la règle de Chemouel, selon laquelle « un roseau qui monte et un roseau qui descend » est valable, car nous disons « on regarde »,
אֶלָּא דְּאֵין בֵּין זֶה לָזֶה שְׁלֹשָׁה דְּכָל פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה חֲדָא הִיא:
« que lorsqu'il n'y a pas trois entre l'un et l'autre » — car tout ce qui est en deçà de trois ne fait qu'un seul corps.
שֶׁאֵין בְּגַגּוֹ בַּקָּנֶה הָעוֹלָה רָחָב טֶפַח דְּלָאו שֵׁם אֹהֶל עָלֶיהָ לְאַחְשׁוֹבֵי וּלְמֵימַר בֵּיהּ חֲבֹוט רָמֵי הַשְׁפֵּל וְהַשְׁלֵךְ אוֹתוֹ עַל הָאֲוִיר שֶׁתַּחְתָּיו דְּהַיְינוּ נָמֵי עִנְיָן גּוּד אַחִית אֶלָּא לְעִנְיַן מְחִיצָּה דְּהָוֵי חֻודָּהּ שֶׁל מְחִיצָּה שַׁייָּךְ לְמֵימַר גּוּד אַחִית מְשׁוֹךְ אוֹתָהּ וְהוּרַד וּלְעִנְיַן הַמֻּוטָּל לָרֹוחַב וּבָא לִסְתֹּום אֲוִיר שַׁייָּךְ לְמֵימַר חֲבָטָא:
« Son toit n'a pas » — le roseau du haut n'a pas un tefah de large ; il n'a donc pas le nom de tente (ohel) pour qu'on le tienne pour important et qu'on lui applique havot rami : abaisse-le et jette-le sur le vide qui est en dessous. C'est la même idée que goud ah it, sauf que c'est à propos d'une paroi que l'on dit goud ah it — c'est le bord d'une paroi : tire-la et fais-la descendre ; tandis que pour ce qui est couché en largeur et vient obturer un vide, on dit havata, la projection vers le bas.
אָמְרִינַן חֲבֹוט רָמֵי כְּשֶׁגָּבוֹהַּ שְׁלֹשָׁה וְיוֹתֵר דְּאִילּוּ בְּפָחוֹת מג' לָאו חֲבֹוט הוּא שֶׁהֲרֵי הוּא כְּמֻושְׁכָּב עָלָיו:
« Nous disons havot rami » — quand la distance est de trois ou davantage ; car en deçà de trois il n'y a pas de projection, puisque le roseau est déjà comme couché sur l'autre.
💡 Explication

Deux principes de rattachement se relaient. Lavoud considère comme joint tout ce qui est séparé de moins de trois tefahim, sans aucune condition de largeur : c'est la seule ressource d'Abaye, et elle s'arrête net à trois. Havot rami — littéralement « abaisse et jette » — descend fictivement un couvert sur le vide qu'il surplombe, quelle que soit la hauteur ; mais il exige que la chose abaissée ait un tefah de large.

Rachi explique pourquoi : sans tefah, le roseau n'a pas le nom de ohel, de couvert, et il n'y a rien à rabattre. Il distingue aussi soigneusement havot rami de goud ah it, qui prolonge vers le bas le bord d'une paroi verticale : l'un concerne une mehitsa, l'autre un objet couché en travers. Et il note la borne inférieure du principe — en deçà de trois tefahim, il n'y a plus de projection à faire, puisque lavoud a déjà tout collé.

🖼️ Schéma
Abaye et Rava : jusqu'où peut monter le roseau du haut ? Écart inférieur à 3 tefahim moins de 3 LAVOUD : les deux niveaux ne font qu'un Abaye : valable Rava : valable Rachi : tout ce qui est en deçà de trois ne fait qu'un seul corps. On applique alors la règle de Chemouel : on regarde comme si les roseaux étaient couchés au même niveau, et si l'ombre l'emportait alors, la souka est valable. Aucune condition de largeur ici : le roseau fin suffit. 3 tefahim ou plus, roseau fin 3 ou + Largeur du roseau du haut : moins d'un tefah Abaye : INVALIDE Rava : INVALIDE Lavoud ne joue plus : trop loin. Havot rami ne joue pas non plus : un roseau de moins d'un tefah n'a pas nom de ohel, rien n'est rabattu. Tossefot précise : ce n'est pas parce que le soleil l'emporterait -- c'est parce que ce s khakh ne se joint pas. 3 tefahim ou plus, roseau d'un tefah HAVOT RAMI : on rabat le haut sur le vide Abaye : INVALIDE Rava : VALABLE C'est ici seulement que les deux maîtres se séparent. Toute la suite du folio sert à prouver ce seul carré. Rava : mena amina là -- d'où est-ce que je le dis ? Des poutres de Ohalot. Le tefah est la mesure qui fait d'une chose un couvert, dans la toum a comme ici.
Les trois cas possibles et là où passe exactement la ligne de fracture entre Abaye et Rava : seule la troisième colonne les sépare.
5
אָמַר רָבָא: מְנָא אָמֵינָא לַהּ דְּכִי אִית בֵּיהּ טֶפַח אָמְרִינַן חֲבוֹט רְמִי, וְכִי לֵית בֵּיהּ לָא אָמְרִינַן חֲבוֹט רְמִי? דִּתְנַן: קוֹרוֹת הַבַּיִת וְהָעֲלִיָּיה שֶׁאֵין עֲלֵיהֶם מַעֲזִיבָה, וְהֵן מְכֻוָּונוֹת טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן — תַּחְתֶּיהָ טָמֵא.

Rava dit : d'où est-ce que je le dis — que lorsqu'il y a un tefah nous disons havot rami, et que lorsqu'il n'y en a pas nous ne disons pas havot rami ? De ce que nous avons appris : les poutres de la maison et de l'étage sur lesquelles il n'y a pas d'enduit, et qui sont alignées — une impureté se trouvant sous l'une d'elles : ce qui est en dessous est impur.

📜 Rachi (5)
ה"ג לְהַךְ מַתְנִיתִין בְּאֹהָלוֹת קוֹרוֹת הַבַּיִת וְהָעֲלִיָּיה שֶׁאֵין עֲלֵיהֶן מַעֲזִיבָה וְהֵן מְכֻוָּונוֹת טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן תַּחְתֶּיהָ טָמֵא בֵּין הַתַּחְתּוֹנָה לָעֶלְיוֹנָה בֵּינֵיהֶם טָמֵא עַל גַּבֵּי הָעֶלְיוֹנָה כְּנֶגְדָּהּ עַד לָרָקִיעַ טָמֵא הָיוּ הָעֶלְיוֹנוֹת כְּבֵין הַתַּחְתּוֹנוֹת וְטֻומְאָה תַּחְתֵּיהֶן תַּחַת כֻּולָּן טָמֵא עַל גַּבֵּיהֶם כְּנֶגְדָּן עַד לָרָקִיעַ טָמֵא וה"פ קוֹרוֹת הַבַּיִת אוֹתָן שֶׁהָעֲלִייָּה עֲשׂוּיָה בָּהֶן שֶׁקּוֹרִין שוליב"א קוֹרוֹת הָעֲלִייָּה הֵן שֶׁהַגַּג עָשׂוּי בָּהֶן שֶׁקּוֹרִין טרי"ב וְגַגִּין שֶׁלָּהֶן חֲלָקִין הָיוּ וְשָׁוִין וּמַנִּיחִין הַנְּסָרִים מְקֹורֶה לַקּוֹרָה כְּמִין תִּקְרַת עֲלִיָּיה:
Voici notre leçon de cette michna dans le traité Ohalot : « Les poutres de la maison et de l'étage sur lesquelles il n'y a pas d'enduit, et qui sont alignées — une impureté sous l'une d'elles : ce qui est en dessous est impur ; entre la poutre du bas et celle du haut : ce qui est entre elles est impur ; au-dessus de la poutre du haut : ce qui lui fait face jusqu'au ciel est impur. Si les poutres du haut se trouvaient face aux intervalles de celles du bas, et qu'une impureté est en dessous d'elles : ce qui est sous l'ensemble est impur ; au-dessus d'elles : ce qui leur fait face jusqu'au ciel est impur. » Et voici l'explication : « les poutres de la maison » sont celles avec lesquelles est fait l'étage, que l'on appelle solives ; « les poutres de l'étage » sont celles avec lesquelles est fait le toit, que l'on appelle traves ; leurs toits étaient lisses et plats, et l'on posait les planches d'une poutre à l'autre, à la manière d'un plafond d'étage.
שֶׁאֵין עֲלֵיהֶם מַעֲזִיבָה וְלֹא נְסָרִים וּמַעֲזִיבָה לָאו דַּוְקָא נְקַט אֶלָּא דִּסְתָם הֵיכָא דְּלֵיכָּא מַעֲזִיבָה לֵיכָּא נְסָרִים:
« Sur lesquelles il n'y a pas d'enduit » — ni planches. S'il a mentionné l'enduit, ce n'est pas de façon exclusive : c'est que d'ordinaire, là où il n'y a pas d'enduit, il n'y a pas non plus de planches.
וְהֵן מְכֻוָּונוֹת הָעֶלְיוֹנוֹת מְכֻווָּנוֹת כְּנֶגֶד הַתַּחְתּוֹנוֹת וּמַאֲהִילוֹת עֲלֵיהֶן:
« Et qui sont alignées » — celles du haut sont alignées face à celles du bas et font tente au-dessus d'elles.
טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן תַּחַת אַחַת מֵהַתַּחְתּוֹנוֹת:
« Une impureté sous l'une d'elles » — sous l'une des poutres du bas.
תַּחְתֶּיהָ טָמֵא עַל פְּנֵי כָּל אָורְכָּהּ דְּיֵשׁ בְּרָוחְבָּהּ טֶפַח כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן וּמְבִיאָה אֶת הַטֻּומְאָה וְכָל שְׁאָר הַבַּיִת מַטָּה וּמַעְלָה טָהוֹר וְאַף כְּנֶגֶד אוֹתָהּ הַקּוֹרָה לְמַעְלָה דְּהַיְינוּ בֵּינָהּ לְבֵין הָעֶלְיוֹנָה וְאֵין טֻומְאָה אֶלָּא תַּחְתֶּיהָ לְבַד:
« Ce qui est en dessous est impur » — sur toute sa longueur, car elle a un tefah de large, comme la Guemara l'explique plus loin, et elle transporte donc l'impureté. Tout le reste de la maison, en bas comme en haut, est pur — y compris ce qui se trouve au-dessus de cette poutre-là, c'est-à-dire entre elle et celle du haut ; l'impureté n'est que sous elle seule.
🗂️ Tossefot (1)
קוֹרוֹת הַבַּיִת וְהָעֲלִייָּה. מִשְׁנָה הִיא בְּמַסֶּכֶת אֹהָלוֹת פֶּרֶק י"ב וְתָנֵי עֲלָהּ בָּרַייְתָא הִיא כָּךְ הִיא שְׁנוּיָה בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּאֹהָלוֹת בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ בֵּינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח אֲבָל אֵין בֵּינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח וְטֻומְאָה תַּחְתֵּיהֶן תַּחְתֶּיהָ טָמֵא עַל גַּבֵּיהֶן וּבֵינֵיהֶן טָהוֹר בֵּינֵיהֶן אוֹ עַל גַּבֵּיהֶן כְּנֶגְדָּן עַד לָרָקִיעַ טָמֵא וְתַחְתֵּיהֶן טָהוֹר בד"א בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח אֵין בָּהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח טֻומְאָה בּוֹקַעַת וְעוֹלָה בּוֹקַעַת וְיוֹרֶדֶת וְהַשְׁתָּא הַךְ בָּרַייְתָא אַסֵּיפָא דְּמַתְנִיתִין קָאֵי שֶׁהָעֶלְיוֹנוֹת כְּבֵין הַתַּחְתּוֹנוֹת דִּכְשֶׁהַתַּחְתּוֹנוֹת אֵין בֵּין זוֹ לְזוֹ פּוֹתֵחַ טֶפַח נִמְצָא דְּעֶלְיוֹנוֹת אֵין בָּהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח שֶׁהֵן כְּבֵין הַתַּחְתּוֹנוֹת הִלְכָּךְ כְּשֶׁיֵּשׁ טֻומְאָה בַּתַּחְתּוֹנוֹת תַּחְתֵּיהֶן טָמֵא שֶׁכָּל אַחַת וְאַחַת מְבִיאָה טֻומְאָה עַל כֻּולָּהּ הוֹאִיל וְיֵשׁ בְּרָחְבָּהּ טֶפַח וּבֵינֵיהֶן טְהוֹרוֹת כֵּיוָן דְּאֵין בָּעֶלְיוֹנָה רֹוחַב טֶפַח לָא אָמְרִינַן חֲבוֹט רְמִי לֵיחָשֵׁב הָאֲוִיר שֶׁבֵּין הַתַּחְתּוֹנוֹת כְּסָתוּם וְעַל גַּבּוֹ נָמֵי טָהוֹר דְּחוֹצֶצֶת בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה דְּכֵיוָן דְּיֵשׁ בּוֹ בְּרָוחְבּוֹ טֶפַח וַהֲדַר קָאָמַר בד"א דִּמְבִיאוֹת טֻומְאָה וְחוֹצְצִין כְּשֶׁיֵּשׁ בְּרָחְבָּן שֶׁל תַּחְתּוֹנָה טֶפַח אֲבָל אֵין בְּרָחְבָּן טֶפַח בֵּין שֶׁהַטֻּומְאָה תַּחְתֵּיהֶן בֵּין שֶׁהַטֻּומְאָה עַל גַּבֵּיהֶן כְּנֶגֶד הַטֻּומְאָה טָמֵא וּמִן הַצַּד טָהוֹר:
« Les poutres de la maison et de l'étage. » C'est une michna du traité Ohalot, chapitre 12 ; et le « on a enseigné à ce sujet » est une baraita, ainsi énoncée dans la Tossefta d'Ohalot : « En quel cas cela est-il dit ? Lorsqu'il y a entre elles l'ouverture d'un tefah. Mais s'il n'y a pas entre elles l'ouverture d'un tefah et que l'impureté est en dessous d'elles : ce qui est sous la poutre est impur, ce qui est au-dessus d'elles et entre elles est pur. Si l'impureté est entre elles ou au-dessus d'elles : ce qui leur fait face jusqu'au ciel est impur, et ce qui est en dessous est pur. En quel cas cela est-il dit ? Lorsqu'elles ont l'ouverture d'un tefah ; si elles n'ont pas l'ouverture d'un tefah, l'impureté fend et monte, fend et descend. » Or cette baraita porte sur la fin de la michna, là où « les poutres du haut se trouvent face aux intervalles de celles du bas » : car lorsque les poutres du bas n'ont pas entre elles l'ouverture d'un tefah, il se trouve que celles du haut n'ont pas un tefah, puisqu'elles correspondent aux intervalles de celles du bas. Dès lors, lorsqu'il y a une impureté sous les poutres du bas, ce qui est sous elles est impur, car chacune d'elles transporte l'impureté sur toute sa longueur puisqu'elle a un tefah de large ; et ce qui est entre elles est pur, puisque la poutre du haut n'a pas un tefah de large et que l'on ne dit pas havot rami pour tenir le vide entre les poutres du bas pour obturé ; et au-dessus aussi c'est pur, car elle fait écran devant l'impureté dès lors qu'elle a un tefah de large. Puis la baraita ajoute : « en quel cas » transportent-elles l'impureté et font-elles écran — lorsque les poutres du bas ont un tefah de large ; mais si elles n'ont pas un tefah de large, que l'impureté soit en dessous d'elles ou au-dessus d'elles, ce qui fait face à l'impureté est impur, et ce qui est de côté est pur.
💡 Explication

Rava ne se contente pas d'affirmer son seuil : il le prend ailleurs. La question mena amina la, « d'où est-ce que je le dis », introduit une preuve tirée d'un tout autre domaine — l'impureté transmise par une tente au-dessus d'un mort.

Le décor est une maison à étage dont les poutres sont nues : ni planches ni maaziva, l'enduit qui d'ordinaire scelle un plafond. Chaque poutre est donc un objet séparé. Quand les poutres du haut sont exactement au-dessus de celles du bas, une impureté placée sous une poutre basse ne contamine que ce qui est directement sous elle : la poutre transporte l'impureté sur sa propre longueur, et fait écran pour tout le reste.

6
בֵּין הַתַּחְתּוֹנָה לָעֶלְיוֹנָה — בֵּינֵיהֶן טָמֵא, עַל גַּבֵּי הָעֶלְיוֹנָה — כְּנֶגְדָּהּ עַד לָרָקִיעַ טָמֵא. הָיוּ הָעֶלְיוֹנוֹת כְּבֵין הַתַּחְתּוֹנוֹת, טֻומְאָה תַּחְתֵּיהֶן — תַּחַת כֻּולָּן טָמֵא. עַל גַּבֵּיהֶן — כְּנֶגְדָּן עַד לָרָקִיעַ טָמֵא.

Entre la poutre du bas et celle du haut — ce qui est entre elles est impur. Au-dessus de la poutre du haut — ce qui lui fait face jusqu'au ciel est impur.

Si les poutres du haut se trouvaient face aux intervalles de celles du bas, et qu'une impureté est sous elles — ce qui est sous l'ensemble est impur. Au-dessus d'elles — ce qui leur fait face jusqu'au ciel est impur.

📜 Rachi (5)
בֵּין תַּחְתּוֹנָה לָעֶלְיוֹנָה בֵּינֵיהֶן טָמֵא כָּל כֵּלִים שֶׁבֵּין אוֹתָם הַשְׁתַּיִם טָמֵא שֶׁהָעֶלְיוֹנָה מַאֲהֶלֶת עַל הַטֻּומְאָה וּמְבִיאָה אֶת הַטֻּומְאָה עַל פְּנֵי כָּל אָורְכָּהּ תַּחְתֶּיהָ:
« Entre celle du bas et celle du haut, ce qui est entre elles est impur » — tous les ustensiles qui se trouvent entre ces deux poutres sont impurs, car celle du haut fait tente au-dessus de l'impureté et transporte l'impureté sur toute sa longueur, en dessous d'elle.
עַל הָעֶלְיוֹנָה וְאִם טֻומְאָה עַל הָעֶלְיוֹנָה:
« Sur celle du haut » — c'est-à-dire si l'impureté se trouve sur la poutre du haut.
כְּנֶגֶד הַטֻּומְאָה עַד לָרָקִיעַ טָמֵא שֶׁהֲרֵי אֵין דָּבָר חוֹצֵץ הֵימֶנָּה וּמַעֲלָה:
« Ce qui fait face à l'impureté jusqu'au ciel est impur » — car rien ne fait plus écran à partir d'elle et au-dessus.
הָיוּ הָעֶלְיוֹנוֹת כְּבֵין הַתַּחְתּוֹנוֹת שֶׁלֹּא הָיוּ מְכֻווָּנוֹת זוֹ כְנֶגֶד זוֹ אֶלָּא הָעֶלְיוֹנוֹת מְכֻוָּונוֹת כְּנֶגֶד הָאֲוִיר שֶׁבֵּין הַתַּחְתּוֹנוֹת:
« Si les poutres du haut se trouvaient face aux intervalles de celles du bas » — elles n'étaient pas alignées l'une face à l'autre, mais celles du haut se trouvaient face au vide qui sépare celles du bas.
טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן תַּחַת כֻּולָּן טָמֵא דְּאָמְרִינַן בְּכָל הָעֶלְיוֹנוֹת חֲבֹוט רָמֵי וְהִשְׁלִיכָם בֵּין הַתַּחְתּוֹנוֹת וְהָוֵי כָּל הַבַּיִת מְקֹורֶה וְהָוֵי אֹהֶל אֶחָד וְכִדְמוּקִי בַּבָּרַיְיתָא שֶׁהָיָה רֹוחַב הָעֶלְיוֹנוֹת כְּשִׁיעוּר אֲוִיר שֶׁבֵּין הַתַּחְתּוֹנוֹת:
« Une impureté sous l'une d'elles : ce qui est sous l'ensemble est impur » — car nous appliquons à toutes les poutres du haut havot rami : abaisse-les et jette-les dans les intervalles de celles du bas ; toute la maison se trouve alors couverte et forme une seule tente. Ainsi la baraita établit-elle le cas : la largeur des poutres du haut équivaut à la mesure du vide qui sépare celles du bas.
💡 Explication

Voici le cas décisif. Si les poutres du haut ne sont plus au-dessus de celles du bas mais exactement au-dessus des intervalles, et si leur largeur égale celle de ces intervalles, alors on les abaisse fictivement : chaque poutre haute vient boucher le vide qui lui correspond en bas. Le plafond devient continu, la maison entière devient une seule tente, et une impureté placée sous n'importe quelle poutre contamine tout ce qui est en dessous.

C'est exactement la géométrie de la souka de Chemouel : un rang de roseaux, un second rang décale au-dessus des vides. Rava n'a plus qu'à montrer que la condition posée ici est bien le tefah — ce sera l'objet du segment suivant.

🖼️ Schéma
Les poutres nues de la maison et de l'étage : où passe l'impureté ? Poutres de la maison = les solives qui portent le plancher de l'étage ; poutres de l'étage = celles qui portent le toit. Ni planches ni enduit entre elles Cas 1 : les poutres sont alignées chaque poutre du haut est exactement au-dessus d'une poutre du bas étage maison toum a Impur : seulement sous cette poutre, sur toute sa longueur Pur : entre les deux étages, au-dessus, et sur les côtés Rachi : elle a un tefah de large, donc elle transporte l'impureté sous elle et fait écran au-dessus d'elle. Si la toum a se trouve entre les deux étages, tout ce qui est entre elles est impur -- la poutre du haut fait tente. Si elle est au-dessus : impur jusqu'au ciel. Cas 2 : les poutres du haut sont face aux vides du bas et leur largeur égale exactement la mesure du vide Impur : sous l'ensemble des poutres, d'un bout à l'autre Toute la maison est devenue une seule tente Rachi : on applique havot rami à toutes les poutres du haut -- abaisse-les et jette-les dans les intervalles. Condition posée par la Tossefta : il faut un tefah. Sans tefah entre les poutres du bas, celles du haut n'ont pas un tefah non plus, et plus rien ne descend.
Les deux configurations de la michna d'Ohalot : poutres alignées, où chaque poutre agit seule ; poutres décalées, où havot rami referme le plafond et unifie toute la maison en une seule tente.
7
וְתָנֵי עֲלָהּ: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן טֶפַח וּבֵינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח, אֲבָל אֵין בֵּינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח, טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן — תַּחְתֶּיהָ טָמֵא, בֵּינֵיהֶן וְעַל גַּבֵּיהֶן — טָהוֹר. אַלְמָא כִּי אִית בֵּיהּ טֶפַח, אָמְרִינַן חֲבֹוט רָמֵי, וְכִי לֵית בֵּיהּ טֶפַח, לָא אָמְרִינַן חֲבוֹט רְמִי! שְׁמַע מִינָּה.

Et l'on a enseigné à ce sujet : en quel cas cela est-il dit ? Lorsqu'elles ont un tefah et qu'il y a entre elles l'ouverture d'un tefah.

Mais s'il n'y a pas entre elles l'ouverture d'un tefah, une impureté sous l'une d'elles — ce qui est sous elle est impur ; entre elles et au-dessus d'elles — pur. Il en ressort donc que lorsqu'il y a un tefah, nous disons havot rami, et que lorsqu'il n'y a pas de tefah, nous ne disons pas havot rami.

Apprends-en la preuve.

📜 Rachi (2)
וְתָנֵי עֲלָהּ הָכִי גָרְסִינַן לָהּ בד"א בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן טֶפַח וְיֵשׁ בֵּינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח אֲבָל אֵין בֵּינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן תַּחְתֶּיהָ טָמֵא בֵּינֵיהֶן וְעַל גַּבֵּיהֶן טָהוֹר. וְלָא גָּרְסִינַן אֵין בָּהֶן טֶפַח וְהָכִי פֵּירוּשָׁא בד"א דְּכֻולָּהּ מַתְנִיתִין בְּשֶׁיֵּשׁ בָּהֶן טֶפַח כְּשֶׁיֵּשׁ בַּתַּחְתּוֹנוֹת הַלָּלוּ טֶפַח וּבֵינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח מִתּוֹקְמָא מַתְנִיתִין שַׁפִּיר דְּאָמְרִינַן חֲבֹוט רָמֵי כְּשֶׁהֵן מְכֻוָּונוֹת טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן תַּחְתֶּיהָ טָמֵא וְתוּ לָא דְּכֵיוָן דְּיֵשׁ בָּהּ טֶפַח מֵבִיא אֶת הַטֻּומְאָה וְחוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה הִלְכָּךְ תַּחְתֶּיהָ טָמֵא וְעַל גַּבָּהּ טָהוֹר טֻומְאָה עַל גַּבָּהּ תַּחְתֶּיהָ טָהוֹר אַפֵּי' כְּנֶגֶד הַטֻּומְאָה דְּחוֹצֶצֶת וּכְשֶׁאֵינָן מְכֻווָּנוֹת כֵּיוָן דְּיֵשׁ בֵּינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח וְהָעֶלְיוֹנוֹת רָחְבָּן כְּשִׁיעוּר אֲוִיר שֶׁבֵּין הַתַּחְתּוֹנוֹת כִּדְקָתָנֵי הָעֶלְיוֹנוֹת כְּבֵין הַתַּחְתּוֹנוֹת שֶׁהֵן כְּנֶגֶד הָאֲוִיר וּכְשִׁיעוּרָן טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן תַּחַת כֻּולָּן טָמֵא דְּאָמְרִינַן חֲבֹוט רָמֵי אֲבָל אֵין בֵּינֵיהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח נִמְצָא שֶׁאֵין בְּרֹוחַב הָעֶלְיוֹנוֹת טֶפַח טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן מִן הַתַּחְתּוֹנוֹת תַּחְתֶּיהָ טָמֵא וְתוּ לָא דְּלָא אָמְרִינַן חֲבֹוט רָמֵי:
« Et l'on a enseigné à ce sujet » — voici notre leçon : « En quel cas cela est-il dit ? Lorsqu'elles ont un tefah et qu'il y a entre elles l'ouverture d'un tefah ; mais s'il n'y a pas entre elles l'ouverture d'un tefah, une impureté sous l'une d'elles — ce qui est sous elle est impur, ce qui est entre elles et au-dessus d'elles est pur. » Et nous ne lisons pas « si elles n'ont pas un tefah ». Voici l'explication : « en quel cas cela est-il dit » — toute la michna vaut lorsqu'elles ont un tefah. Lorsque ces poutres du bas ont un tefah et qu'il y a entre elles l'ouverture d'un tefah, la michna s'établit parfaitement, car nous disons havot rami. Quand elles sont alignées : une impureté sous l'une d'elles — ce qui est sous elle est impur, et rien de plus ; car dès lors qu'elle a un tefah, elle transporte l'impureté et fait écran devant l'impureté ; donc ce qui est sous elle est impur et ce qui est au-dessus d'elle est pur. Impureté au-dessus d'elle : ce qui est en dessous est pur, même directement face à l'impureté, car elle fait écran. Et lorsqu'elles ne sont pas alignées : puisqu'il y a entre elles l'ouverture d'un tefah et que la largeur des poutres du haut équivaut au vide séparant celles du bas — comme il est enseigné « les poutres du haut sont comme les intervalles de celles du bas », c'est-à-dire face au vide et de sa mesure — une impureté sous l'une d'elles rend impur tout ce qui est sous l'ensemble, car nous disons havot rami. Mais s'il n'y a pas entre elles l'ouverture d'un tefah, il se trouve que la largeur des poutres du haut n'atteint pas un tefah : une impureté sous l'une des poutres du bas rend impur ce qui est sous elle, et rien de plus, car nous ne disons pas havot rami.
בֵּינֵיהֶן בֵּין הַתַּחְתּוֹנוֹת לָעֶלְיוֹנוֹת כְּשֶׁהֵן מְכֻוָּונוֹת טָהוֹר וְהוּא הַדִּין בְּשֶׁאֵין מְכֻווָּנוֹת שֶׁעַל גַּבָּהּ טָהוֹר וְתַחְתֶּיהָ טָמֵא דְּכֵיוָן דְּיֵשׁ בָּהּ טֶפַח מְבִיאָה טֻומְאָה לְכָל אֹורֶךְ שֶׁתַּחְתֶּיהָ וְחוֹצֶצֶת בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה לְטַהֵר עַל גַּבָּהּ וּמַאן דְּגָרֵיס אֵין בָּהֶן טֶפַח טוֹעֶה דְּאִם כֵּן טֻומְאָה תַּחַת אַחַת מֵהֶן אֵין כָּל תַּחְתֶּיהָ טָמֵא דְּאֵין בָּהּ שִׁיעוּר לְהָבִיא טֻומְאָה וְאֵין עַל גַּבָּהּ כְּנֶגֶד הַטֻּומְאָה טָהוֹר שֶׁאֵין בָּהּ שִׁיעוּר לְחוּץ וְטֻומְאָה עַל גַּבָּהּ כְּנֶגֶד הַטֻּומְאָה טָמֵא וּמִתַּחְתֶּיהָ נָמֵי טָמֵא דְּטֻומְאָה בּוֹקַעַת וְיוֹרֶדֶת שֶׁאֵין בָּהּ שִׁיעוּר לַחוּץ וּבַתּוֹסֶפְתָּא [דְּאֹהָלוֹת פי"ג] גָּרְסִינַן בְּהֶדְיָא בַּמַּסְּקָנָא בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים פַּעַם שְׁנִיָּה וְגָרְסִינַן הָכִי בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים כְּשֶׁיֵּשׁ פּוֹתֵחַ טֶפַח אֲבָל אֵין בֵּינֵיהֶן כו':
« Entre elles » — entre celles du bas et celles du haut, lorsqu'elles sont alignées : pur. Et il en va de même lorsqu'elles ne sont pas alignées, à savoir que ce qui est au-dessus est pur et ce qui est en dessous est impur ; car dès lors qu'elle a un tefah, elle transporte l'impureté sur toute la longueur qui est sous elle et fait écran devant l'impureté, rendant pur ce qui est au-dessus. Et celui qui lit « si elles n'ont pas un tefah » se trompe : car alors, une impureté sous l'une d'elles ne rendrait pas impur tout ce qui est sous elle, puisqu'elle n'aurait pas la mesure requise pour transporter l'impureté ; et ce qui est au-dessus, face à l'impureté, ne serait pas pur, puisqu'elle n'aurait pas la mesure pour faire écran ; et une impureté au-dessus d'elle rendrait impur ce qui lui fait face, ainsi que ce qui est en dessous, car l'impureté fend et descend, faute de mesure pour faire écran. Et dans la Tossefta d'Ohalot, chapitre 13, nous lisons explicitement, dans la conclusion, un second « en quel cas cela est-il dit » ; et voici notre leçon : « en quel cas cela est-il dit ? Lorsqu'il y a l'ouverture d'un tefah ; mais s'il n'y a pas entre elles... » etc.
💡 Explication

La Tossefta ajoute la clause que Rava attendait. Tout ce qui précède ne vaut qu'à condition qu'il y ait un tefah : un tefah de largeur pour les poutres, un tefah de vide entre elles. Or si les poutres du bas sont trop serrées pour laisser un tefah, alors celles du haut — dont la largeur épouse ces intervalles — n'atteignent pas un tefah non plus, et l'on ne les abaisse plus. Chaque poutre redevient un écran isolé. Chemaa mina : la preuve est faite, et le seuil du tefah n'est pas une invention de Rava.

Les deux gloses de Rachi ici portent entièrement sur la version du texte. Il refuse la leçon « si elles n'ont pas un tefah » et impose « s'il n'y a pas entre elles un tefah ». La différence est décisive : avec la mauvaise leçon, la poutre du bas perdrait elle-même sa capacité à transporter l'impureté et à faire écran, les conclusions du texte deviendraient fausses, et la preuve de Rava s'effondrerait. Établir la girsa est ici un acte halakhique, pas une note d'érudition.

🖼️ Schéma
La clause de la Tossefta : ce que le tefah fait, et ce qu'il défait Situation Sous la poutre du bas Entre les deux étages Au-dessus toum a placée sous une poutre du bas Il y a un tefah poutres d'un tefah de large, et un tefah de vide entre elles IMPUR -- et sous toutes, si les poutres sont décalées PUR la poutre fait écran PUR rien ne traverse Il n'y a pas un tefah entre elles les poutres du bas sont serrées, donc celles du haut sont étroites IMPUR -- sous elle seule et rien de plus PUR pas de havot rami PUR - Conclusion de Rava : chemaa mina Quand il y a un tefah, on dit havot rami. Quand il n'y a pas de tefah, on ne le dit pas. Le seuil est établi par une michna, non par un raisonnement. Rachi consacre ses deux gloses à défendre la version du texte : celui qui lit ici ain bahen tefah au lieu de ain beineihen se trompe, et toute la preuve s'effondre.
La clause de la Tossefta mise en tableau : avec le tefah, havot rami joue et l'impureté se propage sous tout le plafond ; sans le tefah, chaque poutre redevient un écran isolé.
8
יָתֵיב רַב כָּהֲנָא וְקָאָמַר לְהָא שְׁמַעְתָּא. אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְרַב כָּהֲנָא: וְכָל הֵיכָא דְּלֵית בֵּיהּ טֶפַח לָא אָמְרִינַן חֲבוֹט רְמִי?

Rav Kahana était assis et énonçait cette halakha. Rav Achi dit à Rav Kahana : et partout où il n'y a pas un tefah, ne dirait-on pas havot rami ?

📜 Rachi (1)
לְהָא שְׁמַעְתָּא דְּרָבָא:
« Cette halakha » — celle de Rava.
💡 Explication

Changement de scène : on quitte l'argumentation pour la salle d'étude. Rav Kahana répète la thèse de Rava, et Rav Achi — son cadet — la teste par sa formulation la plus large. Rava avait besoin de deux propositions : avec un tefah on dit havot rami, sans tefah on ne le dit pas. C'est la seconde, la négative, que Rav Achi va attaquer, car il suffit d'un seul contre-exemple pour la ruiner.

9
וְהָא תַּנְיָא: קוֹרָה הַיּוֹצְאָה מִכֹּותֶל זֶה וְאֵינָהּ נוֹגַעַת בְּכֹותֶל זֶה, וְכֵן שְׁתֵּי קוֹרוֹת אַחַת יוֹצְאָה מִכֹּותֶל זֶה וְאַחַת יוֹצְאָה מִכֹּותֶל זֶה וְאֵינָן נוֹגְעוֹת זוֹ בָּזוֹ, פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה — אֵינוֹ צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת, שְׁלֹשָׁה — צָרִיךְ לְהָבִיא קוֹרָה אַחֶרֶת.

Mais n'a-t-on pas enseigné : une poutre qui sort de cette paroi-ci et n'atteint pas cette paroi-là, et de même deux poutres, l'une sortant de cette paroi-ci et l'autre sortant de cette paroi-là, sans qu'elles se touchent l'une l'autre — à moins de trois [tefahim], il n'est pas nécessaire d'apporter une autre poutre ; à trois — il faut apporter une autre poutre.

💡 Explication

Rav Achi puise dans un autre domaine encore : le mavoy, la ruelle fermée sur trois côtés. Pour y autoriser le portage le chabat, on pose en travers de son entrée une kora, une poutre large d'un tefah, à moins de vingt coudées de haut et pas moins de dix tefahim du sol. La baraita examine deux montages défectueux : une poutre qui n'atteint pas le mur d'en face, et deux poutres qui se font face sans se rejoindre. Dans les deux cas, un écart de moins de trois tefahim n'exige rien de plus.

Ce premier étage de la baraita est du lavoud pur, sur un écart horizontal, et ne contredit pas encore Rava. Le véritable point de friction est plus loin dans la même baraita, en 22b : le cas où les deux poutres sont l'une en haut et l'autre en bas, et où Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda enseigne de regarder celle du haut comme si elle était en bas — un havot rami vertical, applique à des poutres trop étroites pour recevoir une brique. C'est cela qui menace la thèse de Rava.

🖼️ Schéma
L'objection de Rav Achi : la poutre du mavoy Une ruelle fermée devient permise au portage le chabat par une poutre posée en travers de son entrée Une seule poutre, qui n'atteint pas l'autre mur écart Moins de 3 tefahim : pas besoin d'une autre poutre 3 tefahim : il faut apporter une autre poutre Rabban Chimon ben Gamliel élargit le seuil à quatre (voir 22b) Deux poutres qui se font face sans se toucher écart Même règle : sous trois tefahim, elles sont tenues pour jointes C'est lavoud, et lavoud ne demande aucune largeur Ici l'écart est horizontal, non vertical Où se noue vraiment l'objection -- et pourquoi le folio s'arrête ici La baraita se poursuit en 22b : si les deux poutres étaient l'une en haut et l'autre en bas, Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda dit que l'on regarde celle du haut comme si elle était en bas. Voilà un havot rami vertical -- applique à des poutres trop étroites pour porter une brique. Rav Kahana répondra en réduisant le cas à lavoud : la poutre voisine est à moins de trois tefahim. Notre amoud s'interrompt avant la réponse.
La baraita de la poutre du mavoy : deux montages, un même seuil de trois tefahim — et le point où l'objection de Rav Achi se noue réellement, en 22b.
10
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר:

Rabban Chimon ben Gamliel dit :

💡 Explication

Le amoud s'interrompt sur une formule d'ouverture. La suite se lit au début de 22b : Rabban Chimon ben Gamliel élargit le seuil du lavoud à quatre tefahim pour la poutre du mavoy. La baraita se poursuit ensuite avec le cas des deux poutres étroites, puis avec celui des deux poutres à des hauteurs différentes.

C'est là que l'objection de Rav Achi atteindra sa cible, et que Rav Kahana répondra en ramenant ce cas à du lavoud : la poutre voisine se trouve à moins de trois tefahim, de sorte qu'on n'a jamais eu besoin de havot rami sans tefah. La thèse de Rava sortira intacte — mais seulement au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).