Sukkah 24b — Sefer ou sefirat devarim, et la paroi qui ne doit pas céder au vent

Sukkah 24b

Sougya : Le amoud s'ouvre sur les cinq mots qui referment la phrase laissée en suspens à la fin de 24a : harei assouya bidei adam, l'outre gonflée est bien faite de main d'homme -- et Rachi précise que ce souffle-là, un homme l'y a mis, ce que le souffle vital d'une bête ne fait jamais. La Guemara revient ensuite, par un amar mar, sur un membre de la baraita citée plus tôt : au nom de Rabbi Yossi HaGlili, on n'écrit pas non plus de guet sur une chose vivante.

Sept segments entiers vont explorer ce pourquoi, autour d'un seul mot de Devarim 24,1. Rabbi Yossi HaGlili lit sefer comme un modèle de support : ve-khatav lah avait ouvert tous les supports, sefer les restreint par ressemblance -- ni souffle vital, ni aliment.

Les Rabbanan objectent que le verset dit sefer et non ba-sefer : le mot ne désigne donc aucun support, il énonce une sefirat devarim, un énoncé de propos. S'ouvre alors une comptabilité exégétique rigoureuse, où chaque camp doit trouver ailleurs ce que l'autre tirait de sefer.

Les Rabbanan affectent ve-khatav au refus du divorce par argent, contre le hekech qui aurait aligné la sortie du mariage sur son entrée ; Rabbi Yossi HaGlili tire ce même point de la juxtaposition sefer keritout, le sefer tranche et rien d'autre ne tranche. Les Rabbanan réservent alors keritout à l'exigence d'un davar ha-koret -- une condition sans terme, même légère, empêche la rupture, tandis qu'une condition de trente jours la permet et laisse la femme libre de se remarier dès maintenant ; Rabbi Yossi HaGlili, lui, tire cette exigence de l'écart entre karet et keritout, un écart que les Rabbanan disent simplement ne pas exposer.

Tossefot travaille tout ce bloc, de la structure klal ou-prat ou-khlal jusqu'à la difficulté de Rabbenou Tam depuis Guittin. Le amoud bascule ensuite sur une michna nouvelle et brève : celui qui fait sa souka entre les arbres, les arbres lui servant de parois, elle est kachère -- Rachi précisant qu'elle est posée à terre et ne s'appuie pas sur eux.

Rav Aha bar Yaakov y énonce une règle qui dépassera de loin le traité : toute mehitsa incapable de tenir dans un vent ordinaire n'est pas une mehitsa, et le Roch note ve-khakh halakha. Trois objections suivent -- notre michna elle-même, les pissei biraot où une paroi de roseaux vaut diyomad, et l'arbre en dais sous lequel on transporte le Chabbat grâce à lavod -- et toutes trois reçoivent la même réponse : de-avid leih be-hotsa ve-dafna, on a tressé le feuillage avec des palmes et du laurier jusqu'à ce que le vent ne le remue plus.

Cette réponse se retourne aussitôt : un feuillage tressé de main d'homme sous lequel on peut habiter serait un enclos moukaf le-dira, sans limite de surface -- et l'on ne comprendrait plus pourquoi Rav Houna fils de Rav Yehochoua restreint le transport. Le folio se coupe sur ces mots, ein metaltelin bo, et la réponse tombera en 25a.

Le fil du folio : une phrase pour finir, une digression entière, puis une nouvelle michna Quinze segments. Trois blocs sans rapport apparent -- et pourtant le même mot les traverse : de quoi une chose vivante est-elle capable ? Segment 0 -- la phrase suspendue de 24a se referme en cinq mots Harei assouya bidei adam : mais elle est bien faite de main d'homme. L'outre gonflée est donc valable selon la seconde version de Rav Aha bar Yaakov. Rachi tranche le point exact : ce souffle-là, un homme l'a mis dedans. Le souffle vital d'une bête, jamais. Segments 1 à 7 -- amar mar : la Guemara paie une dette contractée bien avant La baraita citée plus tôt disait, au nom de Rabbi Yossi HaGlili : on n'écrit pas non plus de guet sur une chose vivante. Pourquoi ? La Guemara y revient et ne repartira pas avant sept segments. Tout tient dans un seul mot du verset de Devarim 24,1 : sefer. Rabbi Yossi HaGlili le lit comme un support -- donc un modèle : ni souffle vital, ni aliment. Les Rabbanan le lisent comme un contenu : sefirat devarim, un énoncé de propos. Le support, alors, est libre. Le prix de ce désaccord : chacun doit ensuite retrouver ailleurs ce que l'autre tire de sefer -- le refus du divorce par argent, et l'exigence d'une rupture totale. Quatre segments de comptabilité exégétique (3 à 7) pour équilibrer les deux colonnes. Le dernier mot est un aveu : les Rabbanan n'exposent pas l'écart karet / keritout. Tossefot intervient six fois ici -- c'est le cœur commenté du amoud, alors même que ce n'est pas le sujet du traité. Segment 8 -- nouvelle michna : la souka faite entre les arbres Les arbres lui servent de parois : kachère. Rachi précise aussitôt -- elle est posée à terre, elle ne s'appuie pas sur eux ; eux ne sont que ses parois. Une michna de deux lignes, qui va servir de champ de bataille à tout le reste du amoud. Segments 9 à 14 -- Rav Aha bar Yaakov revient, avec une règle qui va bien au-delà de la souka Kol mehitsa che-eina yekhola laamod be-roua'h metsouya, eina mehitsa : toute paroi incapable de tenir dans un vent ordinaire n'est pas une paroi. Le Roch : ve-khakh halakha. Trois objections, une seule réponse. Objection 1 : la michna elle-même -- les arbres oscillent. Réponse : be-kachin, des arbres vieux et épais. Objection 2 : les pissei biraot, où une paroi de roseaux vaut diyomad. Objection 3 : l'arbre qui fait dais, sous lequel on transporte le Chabbat. Réponse unique et répétée trois fois : de-avid leih be-hotsa ve-dafna -- on a tressé et attaché le feuillage avec des palmes et du laurier. La paroi ne bouge plus. Contre-question du segment 11 : si tout est attaché, qu'apprend donc la michna ? Réponse : qu'on ne décrète pas par crainte qu'on ne se serve de l'arbre le Chabbat. Segment 14 : mais alors, si le dais est une vraie paroi faite de main d'homme et destinée à l'habitation, pourquoi Rav Houna limite-t-il le transport ? Le folio s'arrête sur ces mots -- ein metaltelin bo. La suite, et la mesure du beit satayim, tombent en 25a.
Le fil du folio : les quatre blocs de Sukkah 24b, de la dernière phrase de 24a jusqu à la phrase coupée de 25a.
Un seul mot, deux lectures : la comptabilité complète des segments 1 à 7 Chaque camp doit fournir une source pour les trois mêmes enseignements. Ce qui change, c'est lequel des mots la porte Devarim 24,1 : ve-khatav lah sefer keritout ve-natan be-yadah et il lui écrira un livre de répudiation et le lui remettra en main -- trois expressions, trois enseignements à placer Rabbi Yossi HaGlili Les Rabbanan 1. Sur quoi peut-on écrire le guet ? ve-khatav lah inclut tout support ; sefer vient alors restreindre : comme le sefer, sans souffle vital et sans être un aliment. Donc : pas de guet sur une chose vivante. 1. Sur quoi peut-on écrire le guet ? Le verset dit sefer, non ba-sefer. Sefer ne désigne donc aucun support : c'est sefirat devarim, un énoncé de propos. Donc : n'importe quel support, même vivant. 2. Pourquoi pas de divorce par argent ? De sefer keritout : c'est le sefer qui tranche, et rien d'autre ne la tranche. ve-khatav était déjà consommé par le point 1. 2. Pourquoi pas de divorce par argent ? De ve-khatav : c'est par un écrit qu'elle sort. Sinon on aurait dit : la sortie suit l'entrée, et l'entrée se fait par de l'argent. sefer était déjà consommé par le point 1. 3. Pourquoi la rupture doit-elle être totale ? De l'écart karet / keritout : le verset pouvait écrire sefer karet, il a allongé le mot. Un mot allongé = un second enseignement. Tossefot : Rabbenou Tam y voyait une difficulté. 3. Pourquoi la rupture doit-elle être totale ? De keritout lui-même : il faut une chose qui tranche entre lui et elle. Ils n'exposent pas l'écart karet / keritout. Ils n'en ont pas besoin : keritout leur suffit. Le principe de la sougya : rien n'est gratuit dans le verset. Qui affecte un mot à un enseignement doit trouver un autre mot pour le suivant. Les segments 3 à 7 ne font que rendre ces comptes, dans les deux sens.
La comptabilité exégétique des segments 1 à 7 : trois enseignements à caser, deux façons de répartir les mots du verset.
Roua'h metsouya : le test que toute paroi doit passer, et l'unique parade Une règle de Rav Aha bar Yaakov, trois objections, et une seule et même réponse répétée trois fois Toute mehitsa incapable de tenir debout dans un vent ordinaire n'est pas une mehitsa Rachi : che-ha-roua'h molikha ou-mevia -- le vent la fait aller et venir. Le Roch : ve-khakh halakha, telle est la loi. La paroi bouge-t-elle sous un vent ordinaire ? Non -- elle est immobile Troncs vieux et épais (kachin), mur de pierre, planche fixée, feuillage tressé et attaché. C'est une mehitsa à part entière. Oui -- elle va et vient Feuillage libre, roseaux non liés, jeunes arbres souples. Ce n'est pas une mehitsa du tout. La parade : de-avid leih be-hotsa ve-dafna on tresse le feuillage en forme de paroi avec des palmes et du laurier, jusqu'à ce que le vent ne le remue plus Objection 1 : notre michna La souka entre les arbres est kachère -- or les arbres oscillent. Réponse : troncs kachin, et feuillage en hotsa ve-dafna. Segments 10 et 11 Objection 2 : pissei biraot Un arbre, un muret ou une paroi de roseaux vaut diyomad -- or les roseaux bougent au vent. Réponse : hotsa ve-dafna. Segment 12 Objection 3 : l'arbre en dais Si son feuillage descend à moins de trois tefahim du sol, on transporte dessous le Chabbat. Réponse : hotsa ve-dafna. Segments 13 et 14
Rouah metsouya : la règle de Rav Aha bar Yaakov, les trois objections et l unique parade du hotsa ve-dafna.
1
הֲרֵי עֲשׂוּיָה בִּידֵי אָדָם.

Mais elle est bien faite de main d'homme !

📜 Rachi (1)
הֲרֵי עֲשׂוּיָה בִּידֵי אָדָם דְּרוּחַ זֶה בִּידֵי אָדָם בָּא:
Mais elle est bien faite de main d'homme -- car ce souffle-là est venu par la main de l'homme.
💡 Explication

Cinq mots qui referment la phrase restée en suspens à la fin de 24a. On y discutait des deux versions de Rav Aha bar Yaakov sur ce qui disqualifie la bête comme paroi, et de leur nafka mina : l'outre gonflée (nod menoupah).

Selon la première version -- toute paroi qui tient par du souffle n'est pas une paroi -- l'outre gonflée est disqualifiée comme la bête : elle aussi ne tient que par du souffle. Selon la seconde version -- toute paroi qui n'est pas faite de main d'homme n'est pas une paroi -- notre segment tranche : harei assouya bidei adam, elle est bien faite de main d'homme.

Rachi fixe le point précis de la différence : le souffle qui gonfle l'outre, un homme l'y a mis avec sa bouche. Le souffle vital d'une bête, lui, ne procède d'aucune main humaine. C'est toute la distance entre les deux versions.

2
אָמַר מַר. מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אָמְרוּ: אַף אֵין כּוֹתְבִין עָלָיו גִּיטֵּי נָשִׁים. מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי? דְּתַנְיָא: ״סֵפֶר״, אֵין לִי אֶלָּא סֵפֶר. מִנַּיִן לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְכָתַב לָהּ״ מִכָּל מָקוֹם.

Le Maître a dit : Au nom de Rabbi Yossi HaGlili ils ont dit : on n'écrit pas non plus dessus des actes de divorce pour les femmes. Quelle est la raison de Rabbi Yossi HaGlili ?

Car il a été enseigné : sefer (livre) -- je n'en tire que le sefer. D'où inclure toute chose ?

Le verset enseigne : ve-khatav lah (et il lui écrira) -- en tout cas.

📜 Rachi (4)
סֵפֶר וְכָתַב לָהּ סֵפֶר כְּרִיתֻות:
Sefer -- [le verset dit :] et il lui écrira un livre de répudiation (sefer keritout).
אֵין לִי אֶלָּא סֵפֶר קְלָף:
Je n'en tire que le sefer -- le parchemin.
מִנַּייִן לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר לְכָותְבוֹ עָלָיו כְּגוֹן לוּחַ עֵץ וְעָלָה זַיִת:
D'où inclure toute chose -- pour l'écrire dessus, comme une tablette de bois ou une feuille d'olivier.
וְכָתַב מִכָּל מָקוֹם דְּמָצֵי לְמִיכְתַּב וְנָתַן בְּיָדָהּ סֵפֶר כְּרִיתוּת:
Ve-khatav, en tout cas -- car [le verset] aurait pu écrire seulement : et il lui remettra en main un livre de répudiation.
🗂️ Tossefot (1)
תַּלְמוּד לוֹמַר וְכָתַב לָהּ מִכָּל מָקוֹם. וא"ת אֵימָא וְכָתַב כְּלָל סֵפֶר פְּרָט כְּלָל וּפְרָט אֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶּׁבַּפְּרָט וְעוֹד הָאָמַר בְּסוֹטָה בְּפֶרֶק הָיָה מֵבִיא (סוֹטָה ד' יז.) אֵין כּוֹתְבִין לֹא עַל הַלּוּחַ וְלֹא עַל הַנְּיָיר וְלֹא עַל הַדִּיפְתְּרָא אֶלָּא עַל הַמְּגִילָּה שֶׁנֶּאֱמַר בַּסֵּפֶר וְהָכָא נָמֵי כְּתִיב סֵפֶר וְהָכָא נָמֵי הֲוָה לֵיהּ לְמִיפְסַל כָּל דָּבָר חוּץ מִמְּגִילָּה וְאֵין לְחַלֵּק בֵּין סֵפֶר לְבִסְפָּר וְעוֹד דְּהָכָא נָמֵי אָמְרִינַן וְרַבָּנָן נָמֵי אִי כְּתַב בְּסֵפֶר כִּדְקָאָמְרַתְּ מַשְׁמַע שֶׁאָז הָיָה לוֹ לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ רוּחַ חַיִּים וְי"ל דְּגַבֵּי סוֹטָה דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר ה) וְכָתַב אֶת הָאָלוֹת בְּסֵפֶר הֲוָה כְּלָל וּפְרָט אֲבָל הָכָא וְנָתַן בְּיָדָהּ חָזַר וְכָלַל אע"ג דְּבַבָּרַיְיתָא לָא מַייְתֵי כְּלָלָא בָּתְרָא דִּכְווָתַהּ אַשְׁכְּחַן בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (ד' כא:) דְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא אֵין לִי אֶלָּא מַרְצֵעַ מִנַּייִן לְרַבּוֹת הַסּוֹל וְהַסִּירָה וְהַמַּקְדֵּחַ וְהַמִּכְתָּב ת"ל וְלָקַחְתָּ לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר הֲנִיקַּח בַּיָּד וּמוֹכְחָא הַסֻּוגְיָא דְּמִכְּלָל וּפְרָט וּכְלָל דְּרֵישׁ דִּוְנָתַתָּ בְּאָזְנוֹ וּבַדֶּלֶת חָזַר וְכָלַל:
Le verset enseigne : ve-khatav lah, en tout cas. Et si tu objectes : dis plutôt que ve-khatav est un klal (terme général) et sefer un prat (terme particulier), or dans un klal ou-prat le général ne contient que ce qui figure dans le particulier [seul le parchemin serait donc valable] ! De plus, on enseigne dans Sota, chapitre Haya mevi (Sota 17a) : on n'écrit [le rouleau de la sota] ni sur une tablette, ni sur du papier, ni sur du diftera, mais uniquement sur la meguila, car il est dit ba-sefer ; or ici aussi il est écrit sefer, et ici aussi on aurait donc dû invalider tout support autre que la meguila -- et il n'y a pas lieu de distinguer entre sefer et ba-sefer. De plus, ici même on dit : et les Rabbanan aussi, si le verset avait écrit ba-sefer, ce serait comme tu dis -- ce qui implique qu'alors on aurait quand même inclus toute chose dépourvue de souffle vital. Et l'on peut répondre : dans le cas de la sota, où il est écrit ve-khatav et ha-alot ba-sefer (Bamidbar 5), on a bien un klal ou-prat [sans terme général final] ; mais ici, ve-natan be-yadah revient généraliser [on a donc klal ou-prat ou-khlal]. Et bien que la baraita ne rapporte pas ce klal final, on trouve un cas semblable au premier chapitre de Kidouchin (21b), où la baraita enseigne : je n'ai que le poinçon (martsea) ; d'où inclure l'alêne, l'épine, la vrille et le stylet ? Le verset dit ve-lakahta, pour inclure tout objet qui se prend en main -- et la sougya prouve qu'on y expose un klal ou-prat ou-khlal, puisque ve-natata be-ozno ou-va-delet revient généraliser.
💡 Explication

Amar mar : la Guemara revient sur un membre de la baraita citée plus haut, celle qui énumérait ce sur quoi on ne peut pas écrire. Rabbi Yossi HaGlili y ajoutait les actes de divorce. Pourquoi ? Toute la digression qui s'ouvre ici, et qui va courir sur sept segments, sert à le comprendre.

La baraita procède en deux temps. D'abord une expansion : le mot sefer pris seul n'autoriserait que le parchemin ; mais ve-khatav lah -- et il lui écrira -- est superflu, car le verset aurait pu se contenter de dire qu'il lui remet un livre de répudiation. Ce mot en trop vient donc inclure mi-kol makom, en tout cas : tout support convient. Le segment suivant apportera la restriction.

Tossefot ouvre ici une des plus longues gloses du amoud : pourquoi ne pas lire cette paire de mots comme un klal ou-prat classique, qui aurait au contraire tout restreint au parchemin ? Sa réponse est structurelle : ve-natan be-yadah, à la fin du verset, est un second terme général, et la règle devient klal ou-prat ou-khlal -- on inclut alors tout ce qui ressemble au particulier, ce qui est précisément la lecture de notre baraita.

3
אִם כֵּן, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״סֵפֶר״? לוֹמַר לָךְ: מַה סֵפֶר דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ רוּחַ חַיִּים וְאֵינוֹ אֹוכֶל, אַף כָּל דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ רוּחַ חַיִּים וְאֵינוֹ אֹוכֶל.

Si c'est ainsi, que vient enseigner le mot sefer ? Pour te dire : de même que le sefer est une chose qui n'a pas de souffle vital et qui n'est pas un aliment, de même toute chose qui n'a pas de souffle vital et qui n'est pas un aliment.

🗂️ Tossefot (1)
מַה סֵפֶר שֶׁאֵין בּוֹ רוּחַ חַיִּים. בְּפָ' בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף כז:) גַּבֵּי מַעֲשֵׂר שֵׁנִי דִּכְתִיב בַּבֹּקֶר וּבַצֹּאן נְקַט צַד שֶׁל פְּרִי מִפְּרִי וְגִדּוּלֵי קַרְקַע וּלְעֵיל בפ"ק (סֻוכָּה ד' יא:) נְקַט מָה חֲגִיגָה דָּבָר שֶׁאֵין מְקַבֵּל טֻומְאָה וְגִידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ בְּכָל אֶחָד כְּפִי מַה שֶׁדּוֹמֶה לַחֲכָמִים עִנְיָן הָרָאוּי לוֹ:
De même que le sefer n'a pas de souffle vital. Au chapitre Be-khôl mearvin (Erouvin 27b), à propos du maasser cheni où il est écrit ba-bakar ou-va-tson (parmi le gros et le petit bétail), on retient le côté pri mi-pri (fruit issu d'un fruit) et gidoulei karka (ce qui pousse de la terre) ; et plus haut, au premier chapitre (Souka 11b), on retient : de même que la haguiga est une chose qui ne reçoit pas l'impureté et dont la croissance vient de la terre. Dans chaque cas, les Sages ont retenu le trait qui leur a paru pertinent pour le sujet traité.
💡 Explication

Second temps : la restriction. Si ve-khatav lah a tout ouvert, alors sefer n'est plus une désignation de support -- ce serait redondant -- mais un modèle. Le sefer possède deux propriétés que la Torah retient : il n'a pas de roua'h hayyim (souffle vital) et il n'est pas un aliment. Tout support qui partage ces deux traits est kacher ; ce qui en manque un est passoul.

De là sort exactement la position de Rabbi Yossi HaGlili dans notre baraita : on n'écrit pas de guet sur la corne d'une vache vivante ni sur la main d'un esclave, car ces supports ont un souffle vital. C'est le même mécanisme qui, sur notre folio, disqualifiait la bête comme paroi -- une chose vivante résiste à être réduite au statut d'objet.

Tossefot pose la vraie question de méthode : pourquoi ces deux traits-là, et pas d'autres ? Un sefer est aussi léger, plat, inflammable. Sa réponse est franche : le choix des traits n'est pas mécanique, il est contextuel -- les Sages retiennent, dans chaque dérivation, le trait qui fait sens pour la matière traitée. Il en donne deux autres exemples, au maasser cheni et à la haguiga.

🖼️ Schéma
Le crible du mot sefer, selon Rabbi Yossi HaGlili ve-khatav lah avait tout ouvert ; sefer referme, mais par ressemblance et non par nomination Tout support imaginable pour un guet Maille 1 : la chose a-t-elle un roua'h hayyim ? Maille 2 : la chose est-elle un aliment ? Deux fois non : kacher Parchemin, tablette de bois, feuille d'olivier, tesson de poterie, corne détachée de la bête. Le sefer sert de modèle, pas de liste. Un seul oui : passoul Corne d'une vache vivante, main d'un esclave, galette ou feuille comestible. Les Rabbanan, eux, valident tout cela.
Le crible du mot sefer : deux mailles, et ce qui passe ou ne passe pas selon Rabbi Yossi HaGlili.
4
וְרַבָּנָן? אִי כְּתַב ״בְּסֵפֶר״, כִּדְקָאָמְרַתְּ. הַשְׁתָּא דִּכְתִיב ״סֵפֶר״ — לִסְפִירַת דְּבָרִים בְּעָלְמָא הוּא דַּאֲתָא.

Et les Rabbanan ? Si [le verset] avait écrit ba-sefer (dans un livre), ce serait comme tu dis.

Maintenant qu'il est écrit sefer, il ne vient que pour un simple énoncé de propos (sefirat devarim).

📜 Rachi (2)
אִי הֲוָה כְּתַב וְכָתַב לָהּ כְּרִיתוֹת בַּסֵּפֶר כִּדְקָאָמְרַתְּ דְּהַאי סֵפֶר קְלָף הוּא:
S'il avait écrit : et il lui écrira une répudiation dans un livre (ba-sefer), ce serait comme tu dis -- car ce sefer-là désignerait le parchemin.
הַשְׁתָּא דְּכָתַב סֵפֶר אֵין זֶה קְלָף וְאֵין הַכָּתוּב מְדַבֵּר שֶׁיְּהֵא נִכְתָּב עָלָיו אֶלָּא דִּבְרֵי הַגֵּט קָרוּי סֵפֶר סְפִירַת דְּבָרִים כְּרִיתוֹת דְּבָרִים שֶׁיְּהוּ כּוֹרְתִין וּמַפְרִידִין בֵּינֵיהֶן:
Maintenant qu'il a écrit sefer -- ce n'est pas le parchemin, et le verset ne parle pas du support sur lequel on écrit ; ce sont les paroles du guet elles-mêmes qui sont appelées sefer, sefirat devarim (énoncé de propos), et keritout, des paroles qui tranchent et séparent entre eux.
💡 Explication

La réponse des Rabbanan est d'une élégance grammaticale : tout tient à une lettre absente. Le verset ne dit pas ba-sefer, dans un livre -- ce qui désignerait un support -- mais sefer à l'état construit, sans préposition. Dès lors le mot ne nomme plus un objet mais un acte : sefirat devarim, le fait d'énoncer des propos.

Rachi tire la conséquence jusqu'au bout : dans cette lecture, ni sefer ni keritout ne parlent du support. Les deux mots qualifient le contenu du guet -- un énoncé, et un énoncé qui tranche. Le support, lui, reste entièrement libre : même une chose vivante, même un aliment.

5
וְרַבָּנָן: הַאי ״וְכָתַב״ מַאי דָּרְשִׁי בֵּיהּ? הַהוּא מִיבְּעֵי לְהוּ, בִּכְתִיבָה מִתְגָּרֶשֶׁת וְאֵינָהּ מִתְגָּרֶשֶׁת בְּכֶסֶף. סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וְאִיתַּקַּשׁ יְצִיאָה לַהֲוָיָה, מה הֲוָיָה בְּכֶסֶף — אַף יְצִיאָה בְּכֶסֶף, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et les Rabbanan, ce ve-khatav (et il écrira), qu'en tirent-ils ? Celui-là leur est nécessaire [pour enseigner] que c'est par un écrit qu'elle est divorcée, et qu'elle n'est pas divorcée par de l'argent.

Il aurait pu te venir à l'esprit de dire : puisque la sortie [du mariage] a été rapprochée de l'entrée [dans le mariage], de même que l'entrée se fait par de l'argent, de même la sortie se ferait par de l'argent -- [le verset] nous l'enseigne [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (4)
וְרַבָּנָן כֵּיוָן דְּסֵפֶר לָאו קְלָף הוּא הַאי וְכָתַב לָהּ לָא אִצְטְרִיךְ לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר דְּמֵהֵיכָא תַּיְתֵי לָךְ לְיַיחֵד דָּבָר לִכְתִיבָתוֹ דְּאִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן שֶׁכָּל דָּבָר כָּשֵׁר לְךָ:
Et les Rabbanan -- puisque sefer ne désigne pas le parchemin, ce ve-khatav lah n'était pas nécessaire pour inclure toute chose : d'où te serait-il venu de réserver un support particulier à son écriture, au point qu'il faille t enseigner que tout support est kacher ?
וְאֵינָהּ מִתְגָּרֶשֶׁת בְּכֶסֶף לִיתֵּן לָהּ כֶּסֶף לְשֵׁם גֵּירוּשִׁין וְלוֹמַר הֲרֵי אַתְּ מְגֹורֶשֶׁת בּוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁנָּתַן בְּקִידּוּשִׁין וְאָמַר הֲרֵי אַתְּ מְקֻודֶּשֶׁת בּוֹ:
Et elle n'est pas divorcée par de l'argent -- [c'est-à-dire] lui donner de l'argent au titre du divorce et dire : te voici divorcée par ceci, de la même manière qu'il donne lors des kidouchin en disant : te voici consacrée par ceci.
וְאִיתַּקַּשׁ יְצִיאָה לְהַוַּיי' וְיָצְאָה מִבֵּיתוֹ וְהָלְכָה וְהָיְתָה לְאִישׁ אַחֵר (דְּבָרִים כ״ד:ב׳):
Et la sortie a été rapprochée de l'entrée -- Et elle sortira de sa maison, et elle ira et sera à un autre homme (Devarim 24,2).
מָה הֲוָיָיה כְּשֶׁמְּהַווָּה עַצְמָהּ לְאִישׁ אֶפְשָׁר בְּכֶסֶף כִּדְנָפְקָא לָן בְּקִידּוּשִׁין (דַּף ב.) קִיחָה קִיחָה מִשְּׂדֵה עֶפְרוֹן:
De même que l'entrée -- lorsqu'elle se lie à un homme, cela est possible par de l'argent, comme nous le déduisons dans Kidouchin (2a) par la gezera chava kiha-kiha tirée du champ d'Efron.
🗂️ Tossefot (2)
וְרַבָּנַן הַאי וְכָתַב מַאי עֲבִיד לֵיהּ. אַף ע"ג דְּאִיצְטְרִיךְ לִשְׁמָהּ תְּרֵי קְרָאֵי כְּתִיבִי וא"ת וּלְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אַמַּאי צְרִיכִי תַּרְוַיְיהוּ דְּמֵהַהִיא דְּלִשְׁמָהּ דָּרְשִׁינַן שַׁפִּיר כְּלָל וּפְרָט וְיֵשׁ לוֹמַר דִּבְפֶ' הַמְגָרֵשׁ (גִּיטִּין ד' פז.) דָּרְשִׁי' וְכָתַב לָהּ וְלֹא לָהּ וְלַחֲבֶרְתָּהּ:
Et les Rabbanan, ce ve-khatav, qu'en font-ils ? Bien qu'il soit nécessaire [pour enseigner que le guet doit être écrit] lichma (à l'intention de cette femme), deux versets sont écrits. Et si tu objectes : pour Rabbi Yossi HaGlili, pourquoi les deux sont-ils nécessaires, puisque à partir du verset qui enseigne lichma on peut parfaitement exposer le klal ou-prat ? On peut répondre qu'au chapitre Ha-meguaresh (Guittin 87a) on expose ve-khatav lah -- pour elle, et non pour elle et sa compagne.
בִּכְתִיבָה מִתְגָּרֶשֶׁת וְאֵינָהּ מִתְגָּרֶשֶׁת בְּכֶסֶף. הַךְ דְּרָשָׁה לְרָבָא אֲבָל לְאַבַּיֵּי נָפְקָא לֵיהּ מִסְּבָרָא בְּרֵישׁ קִדּוּשִׁין (ד' ה.) יֹאמְרוּ כֶּסֶף מַכְנִיס כֶּסֶף מוֹצִיא יֹאמְרוּ סָנֵיגוֹר יֵעָשֶׂה קָטֵיגוֹר ומ"מ לְאַבַּיֵּי נָמֵי אִיצְטְרִיךְ וְכָתַב לָהּ שֶׁבִּכְתִיבָה מִתְגָּרֶשֶׁת וְלֹא בַּחֲלִיצָה דִּבְרֵישׁ מַסֶּכֶת קִדּוּשִׁין (ד' ג:) דְּרֵישׁ לָהּ מִסֵּפֶר כּוֹרְתָהּ וְאֵין דָּבָר אַחֵר כּוֹרְתָהּ וְהַהִיא דְּרָשָׁה כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי הִיא כִּדְמַשְׁמַע הָכָא וּקְצָת תֵּימַהּ דְּלָא נָקֵיט הָתָם לְעִנְיַן חֲלִיצָה הַךְ דְּרָשָׁא דְּכָתַב דְּהָוְיָא כְּרַבָּנָן וי"ל דְּאוֹרְחָא דְּהַשַּׁ"ס הָכִי בְּכָל דֻּוכְתָּא לְהָבִיא דְּרָשָׁה הַפְּשׁוּטָה לִכְאוֹרָה כִּדְאַשְׁכְּחַן פֶּרֶק הַחוֹבֵל (בּ"ק דַּף פז.) דְּמַייְתֵי שֶׁבַח נְעוּרִים לְאָבִיהָ גַּבֵּי חַבָּלָה וּבְרֵישׁ קִדּוּשִׁין (דַּף ג:) מַשְׁמַע דְּבִנְעוּרֶיהָ בֵּית אָבִיהָ בַּהֲפָרַת נְדָרִים כְּתִיב וְכֵן בְּפֶרֶק אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לד:) וּבְפֶרֶק בָּא סִימָן (נִדָּה דַּף נ. וְשָׁם) דְּדָרֵישׁ נְגָעִים אֵין רוֹאִין אוֹתָן אֶלָּא בַּיּוֹם מִבְּיוֹם הֵרָאוֹת בּוֹ בָּשָׂר חַי יִטְמָא כִּדְאַבַּיֵּי דְּפֶרֶק קַמָּא דְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף ח. וְשָׁם) וְשָׁבֵיק דְּרָשָׁה דְּרָבָא דְּדָרֵישׁ דִּכְתִיב לִי וְלֹא לְאוֹרִי וְכֵן פֶּרֶק הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה לְמַפְרֵעַ (מְגִילָּה דַּף כ.) דְּדָרֵישׁ וְלֹא מוֹהֲלִין אֶלָּא בַּיּוֹם מִדִּכְתִיב וּבַיּוֹם הַשְּׁמִינִי יִמּוֹל וּבְפֶרֶק ר"א אִם לֹא הֵבִיא (שַׁבָּת דַּף קלב. וְשָׁם) מַפִּיק לֵיהּ מִבֶּן שְׁמוֹנַת יָמִים וְלֹא לֵילוֹת וּבְיוֹם מוּקֵי לָהּ בַּיּוֹם אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת:
C'est par un écrit qu'elle est divorcée et non par de l'argent. Cette dérivation est celle de Rava ; mais pour Abaye, cela découle d'un raisonnement, au début de Kidouchin (5a) : on dirait que l'argent fait entrer et que l'argent fait sortir ; on dirait que l'avocat devient accusateur. Néanmoins, pour Abaye aussi, ve-khatav lah reste nécessaire pour enseigner que c'est par un écrit qu'elle est divorcée et non par la halitsa. Car au début du traité Kidouchin (3b) on le déduit de : le sefer la tranche, et rien d'autre ne la tranche -- or cette dérivation-là est celle de Rabbi Yossi HaGlili, comme il ressort ici. Et il est un peu étonnant qu'on n'ait pas retenu là-bas, pour la halitsa, cette dérivation de ve-khatav, qui est celle des Rabbanan. On peut répondre que c'est la manière habituelle du Talmud partout : apporter la dérivation qui paraît la plus simple. Ainsi trouve-t-on au chapitre Ha-hovel (Baba Kama 87a) qu'on cite le profit de la jeunesse revenant au père à propos des blessures, alors qu'au début de Kidouchin (3b) il ressort que bi-neoureha beit aviha est écrit à propos de l'annulation des vœux. De même au chapitre Ehad dinei mamonot (Sanhédrin 34b) et au chapitre Ba siman (Nidda 50a) : on expose que les plaies (negaim) ne s'examinent que de jour, à partir de be-yom heraot bo bassar haï yitma, comme Abaye au premier chapitre de Moed Katan (8a), en laissant de côté la dérivation de Rava qui expose li -- à ma lumière, et non le-ori, à la lumière que j'allume. De même au chapitre Ha-kore et ha-meguila le-mafrea (Meguila 20a), on expose que la circoncision ne se fait que de jour à partir de ou-va-yom ha-chemini yimol, alors qu'au chapitre Rabbi Eliezer im lo hevi (Chabbat 132a) on le tire de ben chemonat yamim -- des jours et non des nuits -- et l'on explique ou-va-yom comme enseignant : de jour, même un Chabbat.
💡 Explication

Le désaccord a un coût, et la Guemara le fait payer aux deux camps tour à tour. Les Rabbanan ont libéré sefer de toute fonction restrictive ; du même coup, ve-khatav lah perd sa raison d'être -- comme le dit Rachi, si rien ne suggérait de réserver un support particulier, pourquoi un verset viendrait-il autoriser tous les supports ?

Ils lui trouvent donc un autre emploi, plus lourd : be-khtiva mitgarechet -- c'est par un écrit que la femme sort du mariage, et non par de l'argent. Sans ce verset, on aurait raisonné par symétrie : le verset rapproche la sortie du mariage de l'entrée (hekech), or l'entrée se fait par de l'argent, donc la sortie aussi. Le raisonnement était naturel, et le verset le coupe.

Tossefot ajoute deux précisions importantes. La première : ce même ve-khatav sert aussi à enseigner l'exigence de lichma, et à exclure une femme homonyme -- le verset est donc surchargé, et deux occurrences existent. La seconde compare Abaye et Rava : pour Abaye, le refus du divorce par argent n'a même pas besoin d'un verset, il découle du bon sens -- on ne peut pas faire de l'instrument qui lie l'instrument qui délie.

6
וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי הַאי סְבָרָא מְנָא לֵיהּ? מִ״סֵפֶר כְּרִיתוּת״ נָפְקָא לֵיהּ. סֵפֶר כּוֹרְתָהּ, וְאֵין דָּבָר אַחֵר כּוֹרְתָהּ.

Et Rabbi Yossi HaGlili, ce raisonnement, d'où le tire-t-il ? Il le tire de sefer keritout : c'est le sefer qui la tranche, et rien d'autre ne la tranche.

📜 Rachi (1)
מִסְפַּר כְּרִיתוֹת מִדִּסְמַךְ כְּרִיתוֹת לַסֵּפֶר:
De sefer keritout -- du fait qu'il a accolé keritout à sefer.
💡 Explication

La comptabilité s'inverse : c'est maintenant à Rabbi Yossi HaGlili de trouver une source pour ce que les Rabbanan tiraient de ve-khatav. Chez lui, ce mot est déjà consommé -- il servait à ouvrir la liste des supports.

Sa source est la juxtaposition elle-même : le verset accole keritout à sefer. C'est donc le sefer, et lui seul, qui opère la coupure -- ve-ein davar aher korta. L'argent, qui n'est pas un écrit, ne peut rien trancher.

7
וְאִידָךְ? הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְדָבָר הַכּוֹרֵת בֵּינוֹ לְבֵינָהּ. כִּדְתַנְיָא: הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תִּשְׁתִּי יַיִן, וְעַל מְנָת שֶׁלֹּא תֵּלְכִי לְבֵית אָבִיךְ לְעוֹלָם — אֵין זֶה כְּרִיתוּת, כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם — הֲרֵי זֶה כְּרִיתוּת.

Et l'autre [les Rabbanan] ? Celui-là lui est nécessaire [pour enseigner] qu'il faut une chose qui tranche entre lui et elle.

Comme il a été enseigné : Voici ton guet, à condition que tu ne boives jamais de vin, ou à condition que tu n'ailles jamais dans la maison de ton père -- ce n'est pas là une keritout. [Mais s'il a dit :] durant trente jours -- c'est bien une keritout.

📜 Rachi (3)
לְדָבָר הַכּוֹרֵת שֶׁתְּהֵא סְפִירַת דְּבָרִים כּוֹרֶתֶת בֵּינֵיהֶם וְלֹא יְהֵא תְּנַאי הָאוֹגְדָם יַחַד:
Une chose qui tranche -- que l'énoncé des propos tranche entre eux, et qu'il n'y ait pas une condition qui les tienne liés l'un à l'autre.
אֵין זֶה כְּרִיתוּת דְּכָל יָמֶיהָ קְשׁוּרָה בּוֹ שֶׁמֵּחֲמָתוֹ צְרִיכָה לַעֲמֹוד שֶׁלֹּא לֵילֵךְ:
Ce n'est pas une keritout -- car tous ses jours elle reste attachée à lui, puisque c'est à cause de lui qu'elle doit s'abstenir d'y aller.
הֲרֵי זֶה כְּרִיתוֹת דְּיָכוֹל לָבֹא לִידֵי הַפְרָדָה לְסוֹף שְׁלֹשִׁים הִלְכָּךְ מֵעַכְשָׁיו מֻותֶּרֶת לִינָּשֵׂא מִן הַתּוֹרָה:
C'est bien une keritout -- car cela peut aboutir à une séparation au terme des trente jours ; c'est pourquoi, dès maintenant, elle est permise de se remarier selon la Torah.
🗂️ Tossefot (1)
עַל מְנָת שֶׁלֹּא תֵּלְכִי לְבֵית אָבִיךְ לְעוֹלָם אֵין זֶה כְּרִיתוּת. תֵּימַהּ וְהָא אִם מֵת (אָבִיו) לָא חֲשִׁיבָה תּוּ בֵּית (אָבִיו) כְּדִתְנַן בִּנְדָרִים פֶּרֶק הַשֻּׁותָּפִין (נְדָרִים ד' מו.) קוֹנָם לְבֵיתְךָ שֶׁאֵינִי נִכְנָס שָׂדְךָ שֶׁאֵינִי לוֹקֵחַ מֵת אוֹ שֶׁמְּכָרוֹ לְאַחֵר מֻותָּר וי"ל דְּבֵית אָבִיו קָרַוְיִין כָּל יוֹצְאֵי חֲלָצָיו שֶׁל אָבִיו ואע"פ שֶׁמֵּת כִּדְאַשְׁכְּחַן גַּבֵּי תָּמָר שֶׁהָיְתָה בִּתּוֹ שֶׁל שֵׁם וּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ל״ח:י״א) שְׁבִי אַלְמָנָה בֵית אָבִיךְ וּכְבָר מֵת אָבִיהָ כִּדְמוֹכְחִי קְרָאֵי:
À condition que tu n'ailles jamais dans la maison de ton père -- ce n'est pas une keritout. Cela étonne : si [le père] meurt, ce n'est plus considéré comme la maison du père, ainsi qu'on l'enseigne dans Nedarim, chapitre Ha-choutafin (Nedarim 46a) : Konam, que je n'entre pas dans ta maison, que je n'achète pas ton champ -- s'il meurt ou s'il l'a vendu à un autre, c'est permis [la condition tomberait donc à la mort du père, et il y aurait bien keritout]. Et l'on peut répondre que l'on appelle maison de son père tous ceux qui sont issus de ses reins, même après sa mort -- comme on le trouve à propos de Tamar, qui était la fille de Chem, et dont il est écrit : Demeure veuve dans la maison de ton père (Berechit 38,11), alors que son père était déjà mort, comme les versets le prouvent.
💡 Explication

Symétriquement, les Rabbanan doivent expliquer ce qu'ils font de keritout, puisque le refus du divorce par argent leur venait déjà de ve-khatav. Réponse : keritout enseigne une exigence de fond -- le guet doit être davar ha-koret, une chose qui tranche réellement le lien entre eux.

La baraita en donne le test pratique, et il est contre-intuitif. Ce n'est pas la lourdeur de la condition qui compte, mais son horizon. Ne jamais boire de vin est une contrainte légère, et pourtant elle invalide : elle attache la femme à son ex-mari pour toujours. Ne pas boire de vin pendant trente jours est plus sec dans l'immédiat, et pourtant le guet vaut -- car il existe un jour où plus rien ne les relie.

Rachi ajoute une précision décisive : dans le cas des trente jours, le divorce prend effet dès maintenant, et la femme peut se remarier immédiatement selon la Torah. Il ne s'agit pas d'un divorce diffère, mais d'un divorce validé qui s'accompagne d'une obligation temporaire.

🖼️ Schéma
Ce qui tranche et ce qui retient : la condition sans terme contre la condition datée Le critère n'est pas la sévérité de la condition, mais l'existence d'un jour où le lien cesse À condition que tu ne boives jamais de vin -- ou que tu n'ailles jamais chez ton père remise du guet sans fin Rachi : tous ses jours elle reste attachée à lui, puisque c'est à cause de lui qu'elle doit s'abstenir. EIN ZE KERITOUT -- le guet ne vaut pas À condition que tu ne boives pas de vin pendant trente jours remise du guet jour 30 : plus aucun lien liberté pleine Rachi : cela peut aboutir à une séparation au terme des trente jours -- c'est pourquoi, dès maintenant, elle est permise de se remarier selon la Torah. Le divorce prend effet tout de suite, pas au jour trente. HAREI ZE KERITOUT -- le guet vaut
Deux conditions comparées : ce n'est pas la sévérité qui invalide, c'est l'absence d'un terme.
8
וְאִידָךְ? מִ״כָּרֵת״ ״כְּרִיתוֹת״ נָפְקָא. וְאִידָךְ? ״כָּרֵת״ ״כְּרִיתוֹת״ לָא דָּרְשִׁי.

Et l'autre [Rabbi Yossi HaGlili] ? Il le tire de [l'écart entre] karet et keritout.

Et l'autre [les Rabbanan] ? Ils n'exposent pas karet / keritout.

📜 Rachi (1)
מָכַרְתָּ כְּרִיתוֹת דְּמָצֵי לְמִיכְתַּב סֵפֶר כָּרֵת:
De karet / keritout -- car [le verset] aurait pu écrire sefer karet.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִידָּךְ מִכָּרֵת כְּרִיתוּת נָפְקָא. קַשְׁיָא לְרַבֵּינוּ תָּם דִּבְפֶ' הַמְגָרֵשׁ (גִּיטִּין דַּף פג:) קָאָמַר עַל רַבָּנָן דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר כָּרֵת כְּרִיתוּת לָא דָּרְשִׁי וְר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי בִּכְלָל דְּרַבָּנָן וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא קָאָמַר לָא מַשְׁמַע לֵיהּ אֶלָּא לָא דְּרֵישׁ לְהַהִיא דְּרָשָׁה:
Et l'autre le tire de karet / keritout. Cela faisait difficulté à Rabbenou Tam : au chapitre Ha-meguaresh (Guittin 83b), on dit des Rabbanan qui s'opposent à Rabbi Eliezer qu'ils n'exposent pas karet / keritout -- or Rabbi Yossi HaGlili est compris dans ces Rabbanan [et pourtant il l'expose ici]. Et l'on peut répondre que l'on ne veut pas dire que cette lecture leur est totalement étrangère, mais seulement qu'ils ne s'en servent pas pour cette dérivation-là.
💡 Explication

Dernier compte à solder : Rabbi Yossi HaGlili a utilisé sefer keritout pour exclure l'argent -- d'où tire-t-il alors l'exigence de rupture totale ? De l'écart entre deux formes du même mot. Le verset pouvait écrire sefer karet, plus court ; il a choisi la forme allongée keritout. Un mot allongé porte un enseignement supplémentaire.

La réponse des Rabbanan est désarmante de simplicité : ils n'exposent pas cet écart. Ils n'en ont pas besoin, puisque keritout leur suffisait déjà pour le davar ha-koret. Le amoud se clôt ici sur un désaccord de méthode, non de contenu.

Tossefot signale la difficulté relevée par Rabbenou Tam : ailleurs, dans Guittin, les Rabbanan qui contredisent Rabbi Eliezer sont dits ne pas exposer karet / keritout -- et Rabbi Yossi HaGlili fait partie de ces Rabbanan-là. Sa résolution est fine : ne pas exposer un écart pour une dérivation donnée n'est pas nier que l'écart existe.

9
מַתְנִי׳ הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בֵּין הָאִילָנוֹת וְהָאִילָנוֹת דְּפָנוֹת לָהּ — כְּשֵׁרָה.

MICHNA. Celui qui fait sa souka entre les arbres, les arbres lui servant de parois -- elle est kachère.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' בֵּין אִילָנוֹת בָּאָרֶץ וְלֹא סָמְכָה עֲלֵיהֶן אֲבָל הֵן דָּופְנוֹתֶיהָ:
Michna. Entre les arbres -- [posée] à terre, sans qu'il l'ait appuyée sur eux ; mais ce sont eux qui font ses parois.
💡 Explication

Nouvelle michna, d'une brièveté trompeuse. Elle valide une souka dont les parois sont des arbres vivants -- ce qui réunit d'un coup deux difficultés travaillées depuis 23a : peut-on faire d'un être vivant une paroi, et une paroi doit-elle être stable ?

Rachi écarte d'emblée un malentendu. La souka n'est pas suspendue aux arbres : elle est posée au sol, et les arbres ne portent rien. Le problème du skhakh pousant sur pied, traité ailleurs, n'est donc pas en cause ici. Les arbres n'interviennent qu'au titre des defanot, les parois.

10
גְּמָ׳ אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: כָּל מְחִיצָה שֶׁאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה — אֵינָהּ מְחִיצָּה.

GUEMARA. Rav Aha bar Yaakov a dit : toute mehitsa (paroi) qui n'est pas capable de tenir debout dans un vent ordinaire n'est pas une mehitsa.

📜 Rachi (1)
גְּמ' שֶׁאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה שֶׁהָרוּחַ מוֹלִיכָהּ וּמְבִיאָה:
Guemara. Qui n'est pas capable de tenir dans un vent ordinaire -- car le vent la fait aller et venir.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב כָּל מְחִיצָה שֶׁאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה אֵינָהּ מְחִיצָה וְכָךְ הֲלָכָה:
Guemara. Rav Aha bar Yaakov a dit : toute mehitsa qui n'est pas capable de tenir debout dans un vent ordinaire n'est pas une mehitsa -- et telle est la halakha.
💡 Explication

Rav Aha bar Yaakov, déjà présent tout au long de 24a, énonce ici une règle d'une portée bien plus large que la souka. Elle vaut pour toute paroi halakhique : celles de la souka, celles qui créent un domaine privé pour le Chabbat, celles des pissei biraot.

Le critère est empirique et non anatomique : roua'h metsouya, le vent ordinaire -- celui qui souffle habituellement, non la tempête. Une paroi qui ne résiste pas à ce vent-là n'est pas déficiente : elle n'existe pas comme paroi. Rachi précise le mode de défaillance visé : le vent la fait aller et venir, elle oscille.

Le Roch ajoute la seule chose qui manquait : ve-khakh halakha, telle est la loi tranchée. Cette règle sortira du traité pour devenir un principe général du droit des mehitsot.

11
תְּנַן: הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בֵּין הָאִילָנוֹת וְהָאִילָנוֹת דְּפָנוֹת לָהּ — כְּשֵׁרָה. וְהָא קָאֲזִיל וְאָתֵי! הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — בְּקָשִׁין.

Nous avons appris [dans la michna] : Celui qui fait sa souka entre les arbres, les arbres lui servant de parois -- elle est kachère. Mais [les arbres] vont et viennent !

De quoi traitons-nous ici ? De [troncs] durs.

📜 Rachi (1)
בְּקָשִׁין אִילָנוֹת זְקֵנִים וְעָבִים:
De [troncs] durs -- des arbres vieux et épais.
💡 Explication

Première objection, et c'est la michna qui vient d'être citée qui la porte : si un arbre oscille au vent, comment peut-il faire paroi ? La règle de Rav Aha bar Yaakov devrait l'invalider.

La réponse restreint le cas de la michna : be-kachin, il s'agit d'arbres durs. Rachi précise -- vieux et épais. Un tronc de cette sorte ne bouge pas dans un vent ordinaire ; il passe le test par sa nature même, sans qu'on ait rien à lui faire.

12
וְהָאִיכָּא נוֹפוֹ! דְּעָבֵיד לֵיהּ בְּהוּצָא וְדַפְנָא. אִי הָכִי, מַאי לְמֵימְרָא? מַהוּ דְתֵימָא: נִיגְזַר דִּלְמָא אָתֵי לְאִשְׁתַּמּוֹשֵׁי בְּאִילָן, קָא מַשְׁמָע לַן.

Mais il y a le feuillage ! [Il s'agit d'un cas] où il l'a rendu [ferme] avec des palmes et du laurier.

Si c'est ainsi, qu'y a-t-il donc à enseigner ? Tu aurais pu dire : décrétons [l'invalidité] de peur qu'on n'en vienne à se servir de l'arbre -- [la michna] nous enseigne [qu'on ne décrète pas].

📜 Rachi (3)
הָא אִיכָּא נוֹפוֹ שֶׁהוֹלֵךְ וּבָא וּפְעָמִים שֶׁאַף הַנּוֹף מִן הַדֹּופֶן:
Mais il y a le feuillage -- qui, lui, va et vient ; et il arrive que le feuillage aussi fasse partie de la paroi.
דַּעֲבִיד לֵיהּ אוֹרֵג הַנּוֹף כְּמִין מְחִיצָּה שֶׁלֹּא יְנִיעֶנּוּ הָרוּחַ:
Où il l'a rendu [ferme] -- il tresse le feuillage en forme de paroi, de sorte que le vent ne le remue pas.
לְאִשְׁתַּמּוֹשֵׁי בְּאִילָן לְהַנִּיחַ עָלָיו כֵּלָיו:
Se servir de l'arbre -- y poser ses ustensiles.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא אִיכָּא נוֹפוֹ דְּעָבֵיד לֵהּ בְּהוּצָא וְדַפְנָא. תֵּימַהּ דִּבְפֶרֶק קַמָּא דְּעֵירוּבִין (דַּף טו.) דְּאָמַר רָבָא מְחִיצָּה הָעוֹמֶדֶת מֵאֵלֶיהָ לֹא שְׁמָהּ מְחִיצָּה וּפָרִיךְ מֵהָכָא וּמְשַׁנֵּי בְּשֶׁנְּטָעוֹ מִתְּחִלָּה לְכָךְ הָא עַל כָּרְחָךְ מוֹקְמִי לָהּ הָכָא דְּעָבֵיד לֵיהּ בְּהוּצָא וְדַפְנָא וְתוּ לֹא צְרִיכִין לְנוֹטְעוֹ מִתְּחִלָּה לְכָךְ וי"ל דְּבֵין הָכָא בֵּין הָתָם דָּיֵיק מִשּׁוּם דְּמַשְׁמַע לֵיהּ דְּאַייְרֵי בְּכָל עִנְיָן בֵּין הֵיכָא דְּהָוֵי רֹוב הַדֹּופֶן מֵעֵץ הָאִילָן הִקְשָׁה שֶׁאֵין הוֹלֵךְ וּבָא בְּרוּחַ בֵּין הָוֵי רֹוב הַדֹּופֶן מִן הַנּוֹף וּפָרִיךְ הָתָם מִן הַקָּשֶׁה וְהָכָא פָּרִיךְ מִן הַנּוֹף וְהָא דְּפָרִיךְ הָכָא אִי הָכִי מַאי לְמֵימְרָא וְלָא מְשַׁנֵּי דְּאַשְׁמְעִינַן מְחִיצָּה הָעוֹמֶדֶת מֵאֵלֶיהָ שְׁמָהּ מְחִיצָּה וְלֹא נְטָעוֹ מִתְּחִלָּה לְכָךְ דְּכָךְ הוּא מַסְּקָנָא דְּהָתָם דְּכוּלְּהוּ מוֹדוֹ בִּמְחִיצָּה לָא חֲשִׁיב זֶה חִידּוּשׁ מִשּׁוּם דְּקַייְמָא לָן כְּאַבַּיֵּי בְּלֶחִי הָעוֹמֵד מֵאֵילָיו דִּשְׁמֵיהּ לֶחִי וְכָל שֶׁכֵּן מְחִיצָּה:
Mais il y a le feuillage -- où il l'a rendu ferme avec des palmes et du laurier. Cela étonne : au premier chapitre d'Erouvin (15a), Rava dit qu'une mehitsa qui se tient d'elle-même n'a pas le nom de mehitsa ; on objecte à partir d'ici, et l'on répond qu'il s'agit d'un cas où il les a plantés dès l'origine à cette fin. Or ici on est bien obligé d'expliquer qu'il l'a rendu ferme avec des palmes et du laurier -- et dès lors il n'est plus nécessaire qu'il les ait plantés à cette fin ! Et l'on peut répondre qu'ici comme la-bas on interroge parce que la michna semble parler de tous les cas de figure : aussi bien lorsque l'essentiel de la paroi est fait du bois dur de l'arbre, qui ne va pas et ne vient pas sous le vent, que lorsque l'essentiel de la paroi est fait du feuillage. Là-bas on objecte à partir de la partie dure, et ici on objecte à partir du feuillage. Quant à l'objection posée ici -- si c'est ainsi, qu'y a-t-il à enseigner ? -- pourquoi ne répond-on pas qu'elle nous enseigne qu'une mehitsa qui se tient d'elle-même a bien le nom de mehitsa, sans qu'on les ait plantés à cette fin ? Parce que telle est la conclusion là-bas : tous s'accordent sur ce point pour une mehitsa, et cela n'est pas tenu pour une nouveauté, puisque nous tranchons comme Abaye à propos d'un lehi qui se tient de lui-même, qui a bien le nom de lehi -- et à plus forte raison une mehitsa.
💡 Explication

L'objection rebondit : même si le tronc est dur, le feuillage, lui, bouge -- et Rachi signale qu'il arrive que le feuillage fasse partie de la paroi. La réponse introduit la formule qui va servir trois fois de suite : de-avid leih be-hotsa ve-dafna, il l'a rendu ferme avec des palmes de dattier et du laurier. Rachi explique le geste : on tresse le feuillage en forme de paroi, de sorte que le vent ne le remue plus.

Mais cette réponse produit aussitôt une objection inverse. Si tout est dur ou tressé, la michna n'enseigne plus rien -- mai le-mimra ? La réponse déplace l'enjeu : la michna ne vient pas régler la stabilité, elle vient écarter un décret. On aurait pu craindre qu'en s'installant dans une souka faite d'arbres, on n'en vienne à se servir de l'arbre le Chabbat -- Rachi précise : y poser ses ustensiles. La michna enseigne qu'on ne décrète pas ici.

Tossefot confronte notre passage à Erouvin 15a, où Rava exige qu'une paroi ne se soit pas constituée d'elle-même. Sa résolution : les deux sougyot lisent la même michna sous deux angles différents -- là-bas depuis le bois dur, ici depuis le feuillage.

🖼️ Schéma
La souka entre les arbres : ce qui doit être dur, et ce qui doit être attaché Le tronc règle la question par sa nature ; le feuillage ne la règle que par le travail de l'homme La souka est posée à terre : elle ne s'appuie pas sur les arbres, ceux-ci ne sont que ses parois (Rachi) tronc kachin tronc kachin vieux et épais vieux et épais feuillage tressé feuillage tressé SOUKA Les deux arbres lui tiennent lieu de parois. Le tronc passe le test du vent par lui-même. Le feuillage ne le passé qu'une fois tressé avec des palmes et du laurier. On ne décrète pas par crainte qu'on ne pose ses ustensiles sur l'arbre le Chabbat. skhakh roua'h metsouya
La souka entre les arbres : le tronc passe le test par sa nature, le feuillage seulement par le travail de l'homme.
13
תָּא שְׁמַע: הָיָה שָׁם אִילָן אוֹ גָּדֵר אוֹ מְחִיצַת הַקָּנִים — נִידּוֹן מִשּׁוּם דְּיוֹמָד! הָתָם נָמֵי, מִשּׁוּם דְּעָבֵיד לֵיהּ בְּהוּצָא וְדַפְנָא.

Viens et écoute : S'il y avait là un arbre, ou un muret, ou une paroi de roseaux -- on le considère au titre du diyomad ! Là aussi, c'est parce qu'il l'a rendu [ferme] avec des palmes et du laurier.

📜 Rachi (3)
הָיָה שָׁם בְּפַסֵּי בִּירֵאוֹת קָאֵי הָיָה בְּאַחַת הַפֵּיאוֹת אִילָן שֶׁעָובְיוֹ אַמָּה לְכָל צַד:
S'il y avait là -- cela se rapporte aux pissei biraot : s'il y avait, à l'un des angles, un arbre dont l'épaisseur est d'une ama de chaque côté.
אוֹ גֶּדֶר מְרֻובָּע אַמָּה עַל אַמָּה כָּל גָּדֵר סְתָם שֶׁל אֲבָנִים הוּא וְצָרִיךְ שֶׁיְּהֵא אַמָּה עַל אַמָּה כְּדֵי לְחַלְּקוֹ לִשְׁתֵּי מְחִיצּוֹת אַמָּה לַמִּזְרָח וְאַמָּה לַצָּפוֹן אוֹ לַדָּרוֹם:
Ou un muret -- carré, une ama sur une ama. Tout gader mentionné sans précision est de pierres ; et il faut qu'il fasse une ama sur une ama afin de pouvoir le partager en deux parois -- une ama vers l'est et une ama vers le nord ou vers le sud.
דְּיוֹמָד ב' עַמּוּדִים שֶׁהָיוּ מְחִיצָּה לְכָאן וּלְכָאן שֶׁבְּכָךְ הֵקֵילּוּ חֲכָמִים עֲלֵיהֶם:
Diyomad -- deux montants formant paroi de chaque côté ; c'est par cela que les Sages leur ont accordé un allégement.
💡 Explication

Deuxième objection, tirée cette fois du droit du Chabbat. Les pissei biraot sont un allégement rabbinique : pour permettre aux pèlerins d'abreuver leurs bêtes, on autorise à délimiter l'espace autour d'un puits par de simples diyomadin -- des paires de montants dressées aux quatre angles -- au lieu de parois pleines. L'espace ainsi cerné devient domaine privé.

La baraita enseigne qu'un arbre, un muret ou une paroi de roseaux peuvent tenir la place d'un diyomad. Or des roseaux vont et viennent au vent : ils devraient donc être disqualifiés par la règle de Rav Aha bar Yaakov. La réponse est identique à la précédente -- là aussi, ils ont été tressés en hotsa ve-dafna.

Rachi donne les mesures : il faut une ama d'épaisseur de chaque côté de l'angle, afin que l'élément unique puisse valoir pour les deux directions de paroi qui se rejoignent là.

🖼️ Schéma
Pissei biraot : le puits, les quatre diyomadin, et le remplaçant naturel Vu du dessus. Un diyomad est une paire de montants formant l'angle ; les Sages ont allégé pour permettre d'abreuver puits béer arbre gader roseaux diyomad diyomad diyomad nidon michoum diyomad une ama Objection : une paroi de roseaux va et vient au vent, et pourtant elle vaut diyomad. Réponse : là aussi, on l'a rendue ferme en hotsa ve-dafna.
Les pisséi biraot vus du dessus : quatre diyomadin autour du puits, dont un remplacé par un arbre, un muret ou des roseaux.
14
תָּא שְׁמַע: אִילָן הַמֵּיסֵךְ עַל הָאָרֶץ, אִם אֵין נוֹפוֹ גָּבוֹהַּ מִן הָאָרֶץ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים — מְטַלְטְלִין תַּחְתָּיו. אַמַּאי, הָא קָא אָזֵיל וְאָתֵי? הָתָם נָמֵי, דְּעָבֵיד לֵיהּ בְּהוּצָא וְדַפְנָא.

Viens et écoute : Un arbre qui fait dais au-dessus du sol, si son feuillage n'est pas à plus de trois tefahim du sol -- on transporte en dessous. Pourquoi ?

Mais il va et vient ! Là aussi, c'est qu'il l'a rendu [ferme] avec des palmes et du laurier.

📜 Rachi (2)
הַמֵּיסֵךְ עַל הָאָרֶץ נוֹפוֹ גָּדוֹל מְאֹד וְרָאשֵׁי הַנּוֹף כְּפּוּפִין סָבִיב עַל הָאָרֶץ:
Qui fait dais au-dessus du sol -- son feuillage est très grand, et les extrémités du feuillage retombent tout autour jusqu'au sol.
מְטַלְטְלִין תַּחְתָּיו דְּאָמְרִינַן לָבוּד וּמְחִיצָּה זוֹ גְּבוֹהָה עֲשָׂרָה מִבִּפְנִים שֶׁהַנּוֹף אָרֹוךְ הוּא וּבְגֹובַהּ הָאִילָן הוּא:
On transporte en dessous -- car on applique lavod, et cette paroi mesure dix [tefahim] de haut vue de l'intérieur, puisque le feuillage est long et se trouve à la hauteur de l'arbre.
💡 Explication

Troisième objection, du même domaine. L ilan ha-messékh est un arbre dont le feuillage est si vaste que ses extrémités retombent en couronne jusqu'au sol. Si l'écart entre le feuillage et la terre est inférieur à trois tefahim, la règle de lavod comble juridiquement la lacune : la couronne devient une paroi continue.

Rachi complète la démonstration : cette paroi atteint bien la hauteur requise de dix tefahim vue de l'intérieur, puisque le feuillage part de la hauteur de l'arbre. L'espace sous l'arbre est donc un domaine privé, et l'on y transporte le Chabbat.

Mais un feuillage va et vient au vent. Troisième fois, même réponse : hotsa ve-dafna. La règle de Rav Aha bar Yaakov tient sur les trois fronts -- au prix d'une hypothèse de travail constante, celle du feuillage tressé.

🖼️ Schéma
Ilan ha-messékh : l'arbre dont le feuillage retombe jusqu'au sol Le feuillage devient paroi, la lacune du bas est comblée par lavod, et l'espace devient domaine privé feuillage très large, extrémités recourbées vers le sol tressé en hotsa ve-dafna, sinon il irait et viendrait au vent moins de 3 tefahim lavod : la lacune est comblée dix tefahim vus de l'intérieur Rachi : le feuillage est long, et il se trouve à la hauteur de l'arbre METALTELIN TAHTAV on transporte en dessous le Chabbat Objection : si le feuillage bouge, comment peut-il faire paroi ? Réponse : là aussi, hotsa ve-dafna -- il l'a tressé. Mais cette réponse ouvre aussitôt la difficulté du segment suivant : une paroi si bien faite devrait tout permettre.
L'arbre en dais : lavod comble les trois tefahim du bas, et la couronne de feuillage devient une paroi de dix tefahim.
15
אִי הָכִי, נִיטַּלְטֵל בְּכוּלֵּיהּ! אַלְּמָה אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: אֵין מְטַלְטְלִין בּוֹ

Si c'est ainsi, que l'on transporte dans tout [son espace] ! Or pourquoi Rav Houna fils de Rav Yehochoua a-t-il dit : on n'y transporte pas

📜 Rachi (2)
אִי הָכִי דַּעֲשׂוּיָה בְּיָדַיִם הִיא וְרָאוּי לָדוּר תַּחְתֶּיהָ וְלִשְׁמֹור שָׂדֶה עֲשָׂאָהּ וְכֵיוָן דְּמֻוקָּף לְדִירָה הוּא:
Si c'est ainsi -- puisqu'elle est faite de main d'homme, qu'il est possible d'habiter en dessous, et qu'il l'a faite pour garder son champ : c'est donc un enclos fait en vue d'une habitation.
לִיטַלְטֵל בְּכוּלֵּיהּ כְּלוֹמַר יְטַלְטֵל בּוֹ כָּל כַּמָּה שֶׁהוּא גָּדוֹל אַלְּמָה אָמַר רַב הוּנָא אֵין מְטַלְטְלִין בּוֹ כְּלָל אֶלָּא אִם כֵּן אֵינוֹ הֲוָה אֶלָּא כְּשִׁיעוּר בֵּית סָאתַיִם כַּחֲצַר הַמִּשְׁכָּן שֶׁשִּׁיעוּר זֶה נָתְנוּ חֲכָמִים לְכָל הֶיקֵּף שֶׁאֵינוֹ לְדִירָה וְאִם גָּדוֹל הוּא מִכָּאן הָוֵי כַּרְמְלִית וְאֵין מְטַלְטְלִין בּוֹ אֶלָּא בְּתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹתָיו שֶׁל אָדָם וְהַאי כֵּיוָן דִּבְיָדַיִם הֻוקַּף וּלְדִירָה אֲפִילּוּ הוּא יוֹתֵר מִבֵּית סָאתַיִם לִיטַלְטֵל בֵּיהּ:
Que l'on transporte dans tout -- c'est-à-dire : qu'on y transporte sur toute son étendue, si grande soit-elle. Or pourquoi Rav Houna a-t-il dit : on n'y transporte pas du tout, à moins qu'il ne mesure pas plus que la surface d'un beit satayim, comme la cour du Michkan -- car c'est la mesure que les Sages ont fixée pour tout enclos qui n'est pas fait en vue d'une habitation ; et s'il est plus grand que cela, il est karmelit et l'on n'y transporte que dans les quatre amot d'une personne. Or celui-ci, puisqu'il a été enclos de main d'homme et en vue d'une habitation, devrait permettre qu'on y transporte même s'il dépasse le beit satayim.
💡 Explication

La réponse répétée du hotsa ve-dafna se retourne contre elle-même. Si l'on a admis que le feuillage a été tressé de main d'homme, et si -- comme le souligne Rachi -- on peut vivre sous cet arbre et qu'il a été aménagé pour garder le champ, alors on tient un moukaf le-dira : un enclos fait de main d'homme et destiné à l'habitation.

Or un tel enclos ne connaît aucune limite de surface : on y transporte partout. La limite du beit satayim -- la surface de la cour du Michkan -- ne s'applique qu'aux enclos non destinés à l'habitation ; au-delà, l'espace devient karmelit et l'on ne transporte que dans ses quatre amot. La position de Rav Houna fils de Rav Yehochoua devient donc incompréhensible.

La phrase est coupée net par la fin du folio : ein metaltelin bo -- on n'y transporte pas... La mesure exacte et la résolution tombent au début de 25a.

🖼️ Schéma
La difficulté finale : un enclos fait de main d'homme et destiné à l'habitation ne connaît pas de limite Explication de Rachi -- le folio s'interrompt avant la réponse, qui tombera en 25a Enclos moukaf le-dira Fait de main d'homme, et fait en vue d'y habiter -- ici, pour garder son champ. Aucune limite de surface : on transporte partout à l'intérieur. C'est le statut que le dais semble avoir reçu. Enclos che-eino le-dira Enclos sans intention d'habitation. Limite : beit satayim, la surface de la cour du Michkan -- mesure fixée par les Sages. Au-delà : karmelit ; on ne transporte que dans les quatre amot de la personne. La question laissée ouverte Si l'on a expliqué que le feuillage a été tressé de main d'homme, et si l'arbre en dais est un abri où l'on peut vivre, alors c'est un enclos fait de main d'homme et destiné à l'habitation : on devrait pouvoir transporter dans toute son étendue. Or Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : ein metaltelin bo -- on n'y transporte pas... La phrase est coupée par la fin du folio. La réponse et la mesure exacte reprennent au début de 25a.
Moukaf le-dira contre enclos ordinaire : la difficulté sur laquelle le folio s'interrompt.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).