Sukkah 25a — Ossek be-mitsva patour min ha-mitsva : la préoccupation qui dispense

Sukkah 25a

Sougya : Le amoud commence par solder la dette laissée ouverte en 24b. Si le feuillage tressé avec palmes et laurier fait une vraie paroi de main d'homme, l'enclos devrait être moukaf le-dira et le transport y être libre -- pourquoi donc bet satayim ?

La réponse crée une catégorie intermédiaire : dira che-tachmichéha la-avir, une cabane de gardien dont l'usage est tourné vers le dehors ; elle abrite mais n'habite pas, et la limite des deux sea demeure. Une dernière objection tirée d'une baraita -- le tertre, la cavité naturelle, le champ moissonné cerné d'épis -- reçoit pour la quatrième fois la même réponse : de-avid leih be-hotsa ve-dafna.

Puis tout change. Une michna brève énonce trois dispenses : les cheloutei mitsva, les malades et ceux qui les servent, et le repas arai que l'on peut prendre hors de la souka.

La Guemara cherche la source du premier point non dans les versets de la souka mais dans ceux du Chema (Devarim 6,7) : be-chivtekha be-véitékha exclut celui qui est occupé à une mitsva, ou-ve-lekhtekha va-derekh exclut le hatan. Rachi explique pourquoi deux mots étaient nécessaires -- sans le second, on aurait cru que seule l'action dispense, jamais la pensée occupée.

Rav Houna lit la derekh du verset comme une route de commerce, donc comme un modèle de rechout ; l'objection montre que derekh est écrit sans précision, et la réponse se replie sur le suffixe possessif : be-lekhet didakh, ton aller à toi. Le folio bascule alors au segment 7 : si c'était la mitsva qui dispensait, celui qui épouse une veuve le serait aussi.

Ce n'est donc pas la mitsva, c'est la tirda, la préoccupation, car on ne peut pas s'occuper de deux choses à la fois. Aussitôt la Guemara éprouve ce critère jusqu'au bout -- le navire qui sombre, puis l'endeuillé que Rav déclare tenu à toutes les mitsvot sauf les tefilin, appelés peer -- et tranche en six mots : tirda de-mitsva contre tirda de-rechout.

Rachi en donne la raison la plus fine du folio : l'endeuillé doit porter le deuil, mais il n'est pas tenu de souffrir ; son chagrin, n'étant pas un devoir, ne peut pas dispenser d'un devoir. Le amoud se coupe sur une dernière question : pourquoi tirer ce principe du Chema, alors qu'il se déduit déjà des porteurs du cercueil de Yossef (Bamidbar 9,6) ?

La réponse viendra en 25b.

Le fil du folio : on solde une dette, puis on ouvre la question la plus vaste du traité Onze segments. Deux segments pour finir les parois, une michna de trois lignes, huit segments pour une règle qui commande toute la Torah Segments 0 à 2 -- la fin de la sougya des parois, restée ouverte en 24b Si le feuillage tressé fait une vraie paroi de main d'homme, l'enclos devrait être moukaf le-dira et sans limite. Alors pourquoi bet satayim ? Réponse : dira che-tachmichéha la-avir -- une cabane de gardien, tournée vers le dehors. Elle abrite, elle n'habite pas. Deux sea, pas plus. Une dernière objection (tel, neke, épis), une dernière fois la même réponse : hotsa ve-dafna. La sougya se referme. Segment 3 -- nouvelle michna : trois dispenses de souka en trois lignes Cheloutei mitsva, les malades et ceux qui les servent : dispensés. Et l'on mange et boit arai -- de façon occasionnelle -- hors de la souka. Rachi ajoute aussitôt le mot qui fera toute la difficulté : va-afilou bichat haniyatan, même au moment de leur halte. Segments 4 à 7 -- mena hanei mili : le verset du Chema, pas celui de la souka Devarim 6,7 : be-chivtekha be-véitékha -- à l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva ; ou-ve-lekhtekha va-derekh -- à l'exclusion du hatan. Rav Houna : la derekh du verset est une route de commerce, une route de rechout. Le verset ne parle que de ce qui est facultatif. Objection : le mot derekh est écrit sans précision, il couvre aussi la route de mitsva. Réponse tirée du suffixe : be-lekhet didakh, ton aller à toi. Segment 7 : si c'est la mitsva qui dispense, la veuve aussi. Non -- ce qui dispense le hatan n'est pas la mitsva, c'est la tirda, la préoccupation. Le pivot du amoud tient dans ce mot. Toute la suite en découle. Segments 8 et 9 -- si c'est la tirda qui dispense, où s'arrête-t-elle ? Celui dont le navire a sombré est préoccupé -- serait-il dispensé ? L'endeuillé est préoccupé, et pourtant Rav le déclare tenu à tout, sauf les tefilin. Réponse en six mots : tirda de-mitsva contre tirda de-rechout. Seule la préoccupation qui vient d'une mitsva dispense d'une autre mitsva. Rachi : l'endeuillé doit porter le deuil, il n'est pas tenu de se faire souffrir. Son chagrin n'est pas un devoir. Segment 10 -- et pourquoi tirer ce principe du Chema ? Il vient de Bamidbar 9,6 : les porteurs du cercueil de Yossef. La réponse tombe en 25b.
Le plan du folio : la sougya des parois se referme, une michna s ouvre, et huit segments construisent le principe du ossek be-mitsva.
Deux mots du Chema, deux dispenses -- et pourquoi il en fallait deux Devarim 6,7. Le verset décrit les moments ordinaires de la vie. Ce qu'il ne décrit pas, il en dispense be-chivtekha be-véitékha ou-ve-lekhtekha va-derekh quand tu es assis dans ta maison et quand tu vas sur le chemin -- deux situations, donc deux exclusions be-chivtekha be-véitékha exclut : ha-ossek be-mitsva Celui qui agit pour une mitsva n'est pas assis chez lui : il travaille, il porte, il fait de ses mains. Rachi : il peine et accomplit une mitsva be-yadayim. C'est le cas visible, celui qu'on aurait deviné seul. De là : les cheloutei mitsva de notre michna. ou-ve-lekhtekha va-derekh exclut : le hatan Le jeune marié ne va nulle part : il est assis, oisif. Rien ne se voit. Seule sa pensée est prise. Rachi : tarud be-mahchevet beila -- pris par la pensée. Sans ce second mot, on l'aurait cru tenu. De là : le principe de la tirda, segment 7. Pourquoi deux versets et non un seul -- Rachi et Tossefot, segment 4 Avec un seul mot, j'aurais dit : le verset ne dispense que celui qui peine et fait de ses mains. Le hatan, lui, ne fait rien -- il serait resté tenu. Le mot en trop enseigne donc que la pensée seule suffit à dispenser. La tirda vaut l'acte. Tossefot signale que Berakhot 11a inverse l'attribution : be-chivtekha exclut le hatan, ou-ve-lekhtekha exclut le ossek be-mitsva. Comment lit-on l'exclusion dans le mot ? Rav Houna, segment 5, puis le suffixe, segment 6 Première lecture -- ke-derekh : la route du verset est une route de commerce, une route de rechout. Ce qui lui ressemble oblige ; le reste, non. Objection : derekh est écrit sans précision, il inclut aussi la route de mitsva. Seconde lecture, décisive -- le verset ne dit pas be-chevet ou-ve-lekhet mais be-chivtekha ou-ve-lekhtekha : ton assise à toi, ton aller à toi. Deux lettres de suffixe portent toute la dispense.
Devarim 6,7 : deux mots, deux exclusions, et la raison pour laquelle un seul n aurait pas suffi.
La michna du segment 3 : qui n'est pas tenu de manger dans la souka Trois clauses, trois raisons différentes. Ce n'est pas une seule dispense répétée Tenu de la souka ? cheloutei mitsva émissaires d'une mitsva Rachi : étudier la Torah, aller saluer son maître, racheter des captifs. Dispensés -- même à la halte. Raison : ossek be-mitsva. holin ou-mechamcheihen les malades et ceux qui les servent Le malade : parce qu'il souffre. Teichvou ke-ein taddourou -- on n'habite pas où l'on souffre. Dispensés tous les deux. Le servant : ossek be-mitsva. akhila arai manger et boire de façon occasionnelle Ici personne n'est dispensé : c'est l'acte qui est hors sujet. La souka réclame la keva, le repas établi, pas la bouchée de passage. Raison : nature de l'acte, pas de la personne. La difficulté de Tossefot -- et elle est sévère Si l'on peut accomplir les deux, pourquoi serait-on dispensé ? Celui qui porte des tsitsit et des tefilin n'est pas quitte du reste de la Torah. Preuve depuis Nedarim 33b : celui qui rend un objet perdu n'est dispensé de donner du pain au pauvre qu'au moment où il s'en occupe réellement. Conclusion de Tossefot : notre michna parle du cas où s'occuper de la souka ferait manquer la mitsva en cours. La dispense n'est donc pas un privilège attaché à la personne du cheliah -- c'est un arbitrage, mitsva contre mitsva, au moment précis du conflit. Rachi, lui, maintient la dispense même à la halte : les deux lectures se séparent ici.
Les trois clauses de la michna et la difficulté de Tossefot sur la portée réelle de la dispense.
1
אֶלָּא בֵּית סָאתַיִם!

-- alors [qu'on n'y transporte] que dans un bet satayim (la surface de deux sea) !

💡 Explication

Quatre mots qui referment la question laissée ouverte à la toute fin de 24b. On y avait répondu trois fois de suite, aux trois objections contre Rav Aha bar Yaakov, par la même formule : de-avid leih be-hotsa ve-dafna, on a tressé le feuillage avec des palmes et du laurier jusqu'à ce que le vent ne le remue plus.

Mais cette réponse à un coût. Si le feuillage est désormais une paroi faite de main d'homme, sous laquelle on peut habiter, alors l'espace ainsi clos est un moukaf le-dira -- un enclos fait en vue d'une habitation -- et l'on devrait pouvoir y transporter le Chabbat sans limite de surface. Or Rav Houna fils de Rav Yehochoua limite ce transport à bet satayim, la surface de deux sea, soit environ cinq mille coudées carrées : la mesure de la cour du Michkan, et la mesure au-delà de laquelle un enclos non destiné à l'habitation cesse de permettre le transport.

La question est donc : pourquoi cette limite, si la paroi est désormais une vraie paroi ?

2
מִשּׁוּם דְּהָוֵי דִּירָה שֶׁתַּשְׁמִישֶׁיהָ לַאֲוִיר, וְכָל דִּירָה שֶׁתַּשְׁמִישֶׁיהָ לַאֲוִיר אֵין מְטַלְטְלִין בּוֹ אֶלָּא סָאתַיִם.

[La Guemara répond :] Parce que c'est une habitation dont les usages sont tournés vers l'espace ouvert (dira che-tachmichéha la-avir), et toute habitation dont les usages sont tournés vers l'espace ouvert -- on n'y transporte que dans un bet satayim.

📜 Rachi (1)
שֶׁתַּשְׁמִישָׁהּ לַאֲוִיר אֵינָהּ עֲשׂוּיָה דִּירָה זוֹ אֶלָּא לְצֹורֶךְ אֲוִיר שֶׁחוּצָה לָהּ לִשְׁמוֹר הַשָּׂדוֹת וְאֵינָהּ חֲשׁוּבָה דִּירָה לְהַתִּיר הֶיקֵּף גָּדוֹל:
Dont l'usage est tourné vers l'espace ouvert -- cette habitation n'a été faite que pour les besoins de l'espace qui se trouve hors d'elle, pour garder les champs ; elle n'a donc pas le statut d'une habitation permettant un enclos de grande surface.
💡 Explication

La réponse introduit une catégorie intermédiaire, et c'est elle qu'il faut retenir. Un enclos peut être moukaf le-dira -- fait en vue d'une habitation -- et alors sa surface est libre ; ou ne pas l'être, et alors le transport y est limité à bet satayim. Ici, la structure est bien faite de main d'homme et l'on peut s'y tenir : formellement, elle est habitable.

Mais Rachi donne le détail décisif : c'est une cabane de gardien. Elle n'est pas faite pour qu'on y vive, elle est faite pour surveiller ce qui l'entoure. Son usage est tourné vers le dehors -- dira che-tachmichéha la-avir. Ce n'est donc pas une habitation au sens qui libère la surface, et la limite des deux sea s'applique.

Le critère n'est pas la solidité de la paroi, mais la direction de l'usage. La sougya des parois se referme là-dessus.

3
תָּא שְׁמַע: שָׁבַת בְּתֵל שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה, וְהוּא מֵאַרְבַּע אַמּוֹת עַד בֵּית סָאתַיִם, וְכֵן בְּנֶקַע שֶׁהוּא עָמֹוק עֲשָׂרָה, וְהוּא מֵאַרְבַּע אַמּוֹת עַד בֵּית סָאתַיִם, וְכֵן קָמָה קְצוּרָה וְשִׁבּוֹלוֹת מַקִּיפוֹת אוֹתָהּ — מְהַלֵּךְ אֶת כֻּולָּהּ וְחוּצָה לָהּ אַלְפַּיִם אַמָּה. אַף עַל גַּב דְּקָאָזֵיל וְאָתֵי! הָתָם נָמֵי, דְּעָבֵיד לֵיהּ בְּהוּצָא וְדַפְנָא.

Viens et entends : celui qui a établi sa résidence chabbatique sur un tertre haut de dix [tefahim], dont la surface va de quatre coudées jusqu'à un bet satayim ; de même dans une cavité profonde de dix, dont la surface va de quatre coudées jusqu'à un bet satayim ; et de même [dans] un champ moissonné entouré d'épis debout -- il parcourt toute [cette surface], et deux mille coudées au-delà. Et cela bien qu [les épis] aillent et viennent [sous le vent] ! -- Là aussi, il s'agit d'un cas où on les a liés avec des palmes et du laurier (hotsa ve-dafna).

📜 Rachi (7)
שַׁבָּת בַּתֵּל קָדַשׁ הַיּוֹם עַל הָאָדָם וְהוּא בְּתֵל גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וְקָנָה שָׁם שְׁבִיתָתוֹ:
Il a établi sa résidence sur un tertre -- le jour saint l'a surpris alors qu'il se trouvait sur un tertre haut de dix, et il y a acquis sa chevita (son lieu de résidence chabbatique).
וְהוּא מֵאַרְבַּע אַמּוֹת עַד בֵּית סָאתַיִם גָּדוֹל הוּא מֵאַרְבַּע אַמּוֹת אֲבָל אֵינוֹ יוֹתֵר עַל בֵּית סָאתַיִם:
Et sa surface va de quatre coudées jusqu'à un bet satayim -- il est plus grand que quatre coudées, mais ne dépasse pas un bet satayim.
וְכֵן בְּנֶקַע גֻּומָּא הָעֲשׂוּיָה מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית ווליא"ה:
Et de même dans une cavité -- un creux formé depuis les six jours de la Création ; valée, en langue vulgaire.
וְקָמָה קְצוּרָה בְּאֶמְצָעָהּ:
Et un champ moissonné -- en son milieu.
וְשֶׁבּוּלוֹת גְּבוֹהוֹת עֲשָׂרָה מַקִּיפוֹת אוֹתָהּ סָבִיב כָּל הָנֵי מְחִיצּוֹת נִינְהוּ לְהֶיקֵּף בֵּית סָאתַיִם וְלֹא לְיוֹתֵר מִכָּאן דְּלָא נַעֲשֵׂית לְדִירָה הִלְכָּךְ מְהַלֵּךְ אֶת כֻּולָּהּ לְמָחָר וְחוּצָה לָהּ אַלְפַּיִם דְּכָל חֲלָלָה הוֹאִיל וְשַׁבָּת זֶה בַּאֲוִירָהּ מִבְּעוֹד יוֹם הֲוָה כְּאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל מְקוֹם שְׁבִיתָה וּלְהָכִי נְקַט וְהוּא מֵאַרְבַּע אַמּוֹת דְּאִי לָא הֲוָה יוֹתֵר מֵאַרְבַּע אַמּוֹת מַאי מְהַלֵּךְ אֶת כֻּולָּהּ אִיכָּא בְּלֹא מְחִיצּוֹת נָמֵי אַרְבַּע אַמּוֹת מְקוֹם שְׁבִיתָה אִית לֵיהּ דְּהַייְנוּ שְׁבוּ אִישׁ תַּחְתָּיו וְחוּצָה לָהֶן אַלְפַּיִם אַמָּה דִּכְתִיב אַל יֵצֵא אִישׁ מִמְּקֹומוֹ וְאַסְמוּךְ רַבָּנָן לְמֵילַף מָקוֹם מִמָּקוֹם וּמָקוֹם מִנִּיסָה כּוּ' כִּדְאָמְרִינַן בְּעֵירוּבִין (דַּף נא.) וְתֵל מֻוקָּף מְחִיצּוֹת הוּא דְּכֹל שֶׁגָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה אָמְרִי' גּוּד אַסֵּיק מְחִיצּוֹת שֶׁלּוֹ וְהַקֵּף בָּהֶן אֶת רֹאשׁוֹ:
Et des épis -- hauts de dix, l'entourant tout autour. Toutes ces [structures] sont bien des parois (mehitsot), mais pour un enclos d'un bet satayim et pas davantage, puisqu'il n'a pas été fait en vue d'une habitation. Il parcourt donc le lendemain toute [sa surface] et deux mille coudées au-delà : tout son espace intérieur, puisqu'il a acquis sa résidence dans son aire dès avant la nuit, vaut comme les quatre coudées du lieu de chevita. Et c'est pourquoi [la baraita] précise et sa surface va de quatre coudées : car s'il n'y avait pas plus de quatre coudées, que voudrait dire il parcourt toute [sa surface] ? Même sans parois il dispose de quatre coudées comme lieu de chevita -- c'est le sens de que chacun reste sous lui (Chemot 16,29) -- et deux mille coudées au-delà d'elles, car il est écrit que nul ne sorte de son lieu ; et les Sages ont rattaché [les versets] pour déduire lieu de lieu, et lieu de fuite, etc., comme nous le disons dans Erouvin 51a. Quant au tertre, il est considéré comme entouré de parois : pour tout ce qui est haut de dix on dit goud assik -- prolonge et fais monter ses parois, et entoures-en son sommet.
וְשֶׁבּוּלוֹת מַקִּיפוֹת ואע"ג דְּאֵין עוֹמְדוֹת בְּרוּחַ:
Et des épis l'entourant -- et cela bien qu'ils ne tiennent pas [immobiles] face au vent.
דַּעֲבִיד לֵיהּ לִמְחִיצּוֹת הַשִּׁבֳּלִים בְּהוּצָא וְדַפְנָא מִשִּׁבֹּולֶת לְשִׁבֹּולֶת עַד שֶׁאֲגָדָן וּגְדָלָן יַחַד סָבִיב וּמַחֲזִיקוֹת זוֹ אֶת זוֹ:
On a fait pour lui -- pour les parois d'épis, avec des palmes et du laurier, d'un épi à l'autre, jusqu'à les avoir liés et tressés ensemble tout autour, de sorte qu'ils se tiennent l'un l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
קָמָה קְצוּרָה וְשִׁבּוֹלוֹת מַקִּיפוֹת אוֹתָהּ. אע"ג דְּמוּקִי לָהּ בַּמַּסְּקָנָא דְּעָבֵיד לֵהּ בְּהוּצָא וְדַפְנָא לֹא שַׁייָּךְ כָּאן לְאַקְשׁוֹיֵי אִי הָכִי נִיטַּלְטֵל בְּכֻולֵּהּ כִּדְאַקְשִׁי לְעֵיל דְּהָתָם בְּאִילָן הַמְסַכֵּךְ עַל הָאָרֶץ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סְכָךְ וַחֲשִׁיב כְּמֻוקָּף לְדִירָה אֲבָל הָכָא לֵיכָּא סְכָךְ אֶלָּא אֲוִיר וְאַפֵּי' הִקִּיף וּלְבַסּוֹף פָּתַח לָא חֲשִׁיב מֻוקָּף לְדִירָה כִּדְאִיתָא פֶּרֶק עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין דַּף כֹּד.):
Un champ moissonné entouré d'épis debout. Bien que la conclusion l'établisse dans un cas où on a fait [la paroi] avec des palmes et du laurier, il n'y a pas lieu d'objecter ici : s'il en est ainsi, qu'on transporte donc dans toute [sa surface] ! -- comme on l'a objecté plus haut. Car là-bas il s'agissait d'un arbre faisant dais au-dessus du sol : il y a un couvert (sekhakh), et cela compte comme enclos en vue d'une habitation (moukaf le-dira). Mais ici il n'y a pas de couvert, seulement de l'air ; et même s'il a d'abord clos puis ouvert [une entrée], cela n'est pas considéré comme enclos en vue d'une habitation, ainsi qu'il est dit au chapitre Ossin Passin (Erouvin 24a).
💡 Explication

Dernière objection contre le principe de Rav Aha bar Yaakov (toute paroi incapable de tenir dans un vent ordinaire n'est pas une paroi). La baraita cite trois lieux où l'on peut acquérir sa chevita -- son point d'ancrage chabbatique -- sans avoir rien bâti : un tertre, une cavité naturelle, un champ moissonné au milieu et cerné d'épis restés debout.

Dans les trois cas la baraita accorde la même chose : mehalekh et koula, il parcourt toute la surface enclose, et deux mille coudées encore au-delà. La surface entière compte comme son lieu, comme si elle valait les quatre coudées de base. C'est précisément pour cela que la baraita précise plus de quatre coudées : sinon la clause n'apprendrait rien.

L'objection porte sur le troisième cas. Des épis, cela oscille au vent -- et pourtant ils font paroi. La réponse est celle du folio entier : on les a tressés avec palmes et laurier. Tossefot verrouille alors la porte de sortie : ici, contrairement au cas de l'arbre en dais, il n'y a pas de sekhakh au-dessus, seulement de l'air -- on ne pourra donc pas objecter que l'enclos devient moukaf le-dira.

🖼️ Schéma
Trois lieux où l'on peut passer Chabbat sans avoir rien construit La baraita du segment 2. Même mesure partout : plus de quatre coudées, jusqu'à un bet satayim tel -- le tertre haut de dix tefahim Rachi : goud assik -- on fait monter les parois du talus jusqu'au sommet neke -- la cavité profonde de dix tefahim Rachi : un creux formé depuis les six jours de la Création -- non creusé par l'homme kama ketsoura -- le champ moissonné moissonné au milieu, épis debout autour Rachi : et ce, bien qu'ils ne tiennent pas face au vent -- d'où l'objection L'objection : les épis vont et viennent au vent, et pourtant ils font paroi Ce serait la preuve qu'une mehitsa qui ne tient pas dans un vent ordinaire vaut quand même mehitsa -- contre Rav Aha bar Yaakov. La réponse, pour la quatrième fois du folio : de-avid leih be-hotsa ve-dafna On a lié les épis les uns aux autres avec des palmes et du laurier, jusqu'à ce qu'ils se soutiennent mutuellement. Le vent ne les remue plus.
Les trois cas de la baraita, l'objection tirée des épis, et la réponse hotsa ve-dafna.
4
מַתְנֵי׳ שְׁלוּחֵי מִצְוָה — פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה. חֻולִּין וּמְשַׁמְּשֵׁיהֶן — פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה. אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה.

MICHNA. Les émissaires d'une mitsva (cheloutéi mitsva) sont dispensés de la souka.

Les malades et ceux qui les servent sont dispensés de la souka. On mange et on boit de façon occasionnelle (arai) hors de la souka.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' שְׁלוּחֵי מִצְוָה הוֹלְכֵי בְּדֶרֶךְ מִצְוָה כְּגוֹן לִלְמֹוד תּוֹרָה וּלְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבּוֹ וְלִפְדּוֹת שְׁבוּיִים:
Michna. Les émissaires d'une mitsva -- ceux qui vont en chemin pour une affaire de mitsva, par exemple pour étudier la Torah, pour aller saluer son maître, ou pour racheter des captifs.
פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה וְאַפֵּי' בִּשְׁעַת חֲנִיָּיתָן:
Sont dispensés de la souka -- et même au moment de leur halte.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁלוּחֵי מִצְוָה. הוֹלְכֵי בִּדְבַר מִצְוָה כְּגוֹן לִלְמֹוד תּוֹרָה אוֹ לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבּוֹ וְלִפְדּוֹת שְׁבוּיִין פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה וַאֲפִילּוּ בִּשְׁעַת חֲנִייָּתָן כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וְכֵן מַשְׁמַע בַּגְּמָרָא דְּקָאָמַר הוֹלְכֵי לִדְבַר מִצְוָה פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה וּמַשְׁמַע אע"פ שֶׁאֵין הוֹלְכִין אֶלָּא בַּיּוֹם דְּאִי דְּאָזְלִי בִּימָמָא וּבַלַּיְלָה אַפֵּי' לִדְבַר הָרְשׁוּת נָמֵי פְּטִירִי כִּדְקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא וְעוֹד עֻובְדָּא דְּרַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא דְּגָנוּ אַרַקְתָּא דְּסוּרָא וְתֵימַהּ אִם יְכוֹלִין לְקַייֵּם שְׁנֵיהֶם אַמַּאי פְּטוּרִין דְּאַטּוּ אָדָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ צִיצִית בְּבִגְדוֹ וּתְפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ מִי מִיפְטָר בְּכָךְ מִשְּׁאָר מִצְוֹת וּבְפֶ' אֵין בֵּין הַמֻּודָּר (נְדָרִים ד' לג:) גַּבֵּי הַמֻּודָּר הֲנָאָה דְּמַחֲזִיר לוֹ אֲבֵידָתוֹ אע"פ דִּמְהַנֵּי לֵיהּ פְּרוּטָה דְּרַב יוֹסֵף מִשּׁוּם דְּלָא שְׁכִיחָא וְאִי כָּל זְמַן שֶׁאֲבֵידָה בְּבֵיתוֹ מִיפְטָר מִלְּמִיתַּב רִיפְתָּא לֶעָנִי אִם כֵּן שְׁכִיחָא הִיא אֶלָּא וַדַּאי לָא מִפְּטַר אֶלָּא בְּשָׁעָה שֶׁהוּא עוֹסֵק בָּהּ כְּגוֹן טַלִּית שֶׁל אֲבֵידָה וְשׁוֹטְחָהּ לְצָורְכָהּ אוֹ בְּהֵמָה שֶׁנּוֹתֵן לָהּ מְזוֹנוֹת דְּלָא שְׁכִיחָא שֶׁבְּאוֹתָהּ שָׁעָה יָבֹא עָנִי לִשְׁאוֹל מִמֶּנּוּ וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּהָכָא נָמֵי אַיְירֵי בְּכִי הַאי גַּוְונָא דְּאִי מִיטַּרְדִי בְּקִיּוּם מִצְוַת סֻוכָּה הָווּ מְבַטְּלִי מִמִּצְוֹת:
Les émissaires d'une mitsva. Ceux qui vont pour une affaire de mitsva, par exemple pour étudier la Torah, ou pour aller saluer son maître, ou pour racheter des captifs, sont dispensés de la souka, et même au moment de leur halte -- ainsi l'a expliqué Rachi. Et c'est bien ce qui ressort de la Guemara, qui dit : ceux qui vont pour une affaire de mitsva sont dispensés de la souka, de jour comme de nuit. Cela implique même s'ils ne marchent que de jour ; car s'il s'agissait de gens qui marchent de jour et de nuit, ils seraient dispensés même pour une affaire facultative, comme la baraita l'enseigne. Et de plus, il y a le fait rapporté de Rav Hisda et de Rabba bar Rav Houna, qui dormirent sur la berge du fleuve de Soura. Mais c'est étonnant : s'ils peuvent accomplir les deux, pourquoi seraient-ils dispensés ? Car enfin, un homme qui a des tsitsit à son vêtement et des tefilin sur la tête est-il pour autant quitte des autres mitsvot ? Et au chapitre Ein Bein ha-Moudar (Nedarim 33b), à propos de celui à qui l'on a interdit par vœu tout bénéfice, on dit qu'on lui rend son objet perdu bien que cela lui procure la perouta de Rav Yossef -- parce que c'est un cas rare. Or si, tout le temps que l'objet perdu est chez lui, il était dispensé de donner du pain au pauvre, ce ne serait pas rare du tout ! Il faut donc en conclure qu'il n'est dispensé qu'au moment où il s'en occupe réellement : par exemple lorsqu'il étend le manteau trouvé pour son entretien, ou lorsqu'il donne à manger à la bête -- et il est rare qu'à cet instant précis un pauvre vienne lui demander. Il faut donc dire qu'ici aussi il s'agit d'un cas semblable : si l'on s'occupait d'accomplir la mitsva de la souka, on manquerait [l'autre] mitsva.
💡 Explication

Nouvelle michna, et changement complet de sujet : après des folios de parois, de mesures et de vents, on passe aux personnes. Trois clauses, et il ne faut pas les confondre.

Les deux premières dispensent des personnes : les cheloutéi mitsva parce qu'ils sont déjà occupés à un devoir, les malades parce que la souka exige teichvou ke-ein taddourou, y habiter comme on habite chez soi -- et l'on n'habite pas où l'on souffre. Ceux qui les servent relèvent, eux, de la première raison. La troisième clause ne dispense personne : elle dit que la souka ne réclame que le repas keva, établi, et pas la bouchée de passage (arai).

Tossefot ouvre ici une difficulté de fond, qui vaut bien au-delà de notre traité : si l'on peut faire les deux mitsvot, pourquoi la première dispenserait-elle de la seconde ? Sa réponse -- la dispense ne joue qu'au moment où les deux entrent réellement en conflit -- s'oppose à la lecture de Rachi, qui maintient la dispense même pendant la halte.

5
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? תָּנוּ רַבָּנַן: ״בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתְךָ״ — פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה, ״וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ״ — פְּרָט לְחָתָן. מִכָּאן אָמְרוּ: הַכּוֹנֵס אֶת הַבְּתוּלָה — פָּטוּר, וְאֶת הָאַלְמָנָה — חַיָּיב.

GUEMARA. D'où ces choses [sont-elles tirées] ?

Nos maîtres ont enseigné : quand tu es assis dans ta maison (Devarim 6,7) -- à l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva ; et quand tu vas sur le chemin -- à l'exclusion du jeune marié (hatan). De là ils ont dit : celui qui épouse une vierge est dispensé [de la lecture du Chema], et celui qui épouse une veuve est tenu.

📜 Rachi (2)
גְּמ' בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה שֶׁאֵינוֹ חַייָּב בִּקְרִיאַת שְׁמַע וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ מַאי מַשְׁמַע:
Guemara. Quand tu es assis dans ta maison, à l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva -- il n'est pas tenu à la lecture du Chema ; et plus loin la Guemara explique d'où cela ressort.
וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ פְּרָט לְחָתָן ואע"ג דְּהוּא נָמֵי בְּמִצְוָה טְרִיד אִיצְטְרִיכִי לְהוּ תְּרֵי קְרָאֵי דְּאִי הֲוָה כְּתִיב חַד כֵּיוָן דְּחָתָן לָאו בְּהֶדְיָא כְּתִיב בִּקְרָא הֲוָה אֲמִינָא לֹא פָּטַר הַכָּתוּב אֶלָּא טוֹרֵחַ וְעוֹשֶׂה מְלֶאכֶת מִצְוָה בְּיָדַיִם אוֹ מְהַלֵּךְ לְמִצְוָה אֲבָל חָתָן שֶׁהוּא יוֹשֵׁב וּבָטֵל וְאֵינוֹ עוֹסֵק אֶלָּא טְרִיד בְּמַחֲשֶׁבֶת בְּעִילָה לֹא פָּטַר הַכָּתוּב הִלְכָּךְ מִקְּרָא יַתִּירָא אַשְׁמְעִינַן דְּפָטוּר מק"ש דִּטְרִיד בְּמַחֲשֶׁבֶת בְּעִילָה:
Et quand tu vas sur le chemin, à l'exclusion du jeune marié -- et bien qu'il soit lui aussi préoccupé par une mitsva, il fallait deux versets. Car s'il n'y en avait eu qu'un seul, comme le hatan n'est pas mentionné explicitement dans le verset, j'aurais pu dire : l'Écriture n'a dispensé que celui qui peine et accomplit un travail de mitsva de ses mains, ou qui marche pour une mitsva ; mais le hatan, qui est assis et oisif, qui ne fait rien et n'est que préoccupé par la pensée de la beïla -- l'Écriture ne l'a pas dispensé. C'est donc par un verset surnuméraire qu'elle nous enseigne qu'il est dispensé de la lecture du Chema, parce qu'il est préoccupé par la pensée de la beïla.
🗂️ Tossefot (1)
וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ פְּרָט לְחָתָן. וְאַף עַל גַּב דְּהוּא נָמֵי בְּמִצְוָה טְרִיד אִיצְטְרִיךְ תְּרֵי קְרָאֵי דְּאִי הֲוָה כְּתִיב חַד כֵּיוָן דְּחָתָן לָאו בְּהֶדְיָא כְּתִיב בִּקְרָא הֲוָה אֲמִינָא לֹא פָּטַר הַכָּתוּב אֶלָּא טוֹרֵחַ וְעוֹשֶׂה מִצְוָה בְּיָדַיִם אוֹ מְהַלֵּךְ בְּמִצְוָה אֲבָל חָתָן שֶׁהוּא יוֹשֵׁב וּבָטֵל וְאֵינוֹ עוֹסֵק אֶלָּא מְחַשֵּׁב בִּבְעִילָה לֹא פָּטַר הַכָּתוּב הִלְכָּךְ מִקְּרָא יַתִּירָא אַשְׁמְעִינַן דְּפָטוּר מק"ש דִּטְרִיד בְּמַחֲשֶׁבֶת בְּעִילָה כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וְסֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין מַשְׁמַע דְּמִוּבְלַכְתֶּךָ בַּדֶּרֶךְ מְמַעֵט הַאי דִּבְמִצְוָה קָא עָסֵיק וּבְשִׁילְהֵי פ"ק דִּבְרָכוֹת (דַּף יא.) הַגִּרְסָא לְהֵפֶךְ דְּגָרַס הָתָם בְּשִׁבְתְּךָ פְּרָט לְחָתָן וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה וְגִירְסָא זוֹ נִרְאֶה דְּהָכִי מַשְׁמַע קְרָא בְּשַׁבָּת דִּידָךְ הוּא דְּמִיחַייְּבַתְּ בק"ש וְלֹא בְּשַׁבָּת דְּמִצְוָה שֶׁאַתָּה יוֹשֵׁב וּמְחַשֵּׁב בִּבְעִילַת מִצְוָה וּבְלֶכְתְּךָ מְמַעֵט עוֹסֵק בְּמִצְוָה דְּמַשְׁמַע בְּלֶכֶת דִּידָךְ וְלֹא בְּלֶכֶת מִצְוָה וּמֵחָתָן לָא הֲוָה יָדְעִינַן שְׁאָר עוֹסֵק בְּמִצְוָה דְּדִלְמָא שָׁאנֵי חָתָן שֶׁאֵין נָקֵל לוֹ כָּל כָּךְ לְהָסִיר הַטִּירְדָּא מִלִּבּוֹ אע"פ שֶׁבְּטִירְדָּא דִּרְשׁוּת מִיבְּעֵי לֵיהּ לְיַתּוֹבֵיהּ דַּעְתֵּיהּ וּלְהָסִיר מַחְשֶׁבֶת טִרְדָּתוֹ:
Et quand tu vas sur le chemin, à l'exclusion du jeune marié. Et bien qu'il soit lui aussi préoccupé par une mitsva, il fallait deux versets : car s'il n'y en avait eu qu'un, comme le hatan n'est pas mentionné explicitement dans le verset, j'aurais dit que l'Écriture n'a dispensé que celui qui peine et accomplit une mitsva de ses mains, ou qui marche pour une mitsva ; mais le hatan, qui est assis et oisif, qui ne fait rien et ne fait que penser à la beïla, l'Écriture ne l'a pas dispensé. C'est donc par un verset surnuméraire qu'elle nous enseigne qu'il est dispensé de la lecture du Chema, parce qu'il est préoccupé par la pensée de la beïla -- ainsi l'a expliqué Rachi. Et le fil de notre sougya indique bien que c'est de et quand tu vas sur le chemin que l'on exclut celui qui est occupé à une mitsva. Mais à la fin du premier chapitre de Berakhot (11a), la leçon est inverse : on y lit quand tu es assis -- à l'exclusion du hatan, et quand tu vas sur le chemin -- à l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva. Et cette leçon-là paraît juste, car c'est bien ce qu'implique le verset : c'est dans ton assise à toi que tu es tenu au Chema, et non dans une assise de mitsva, où tu es assis à penser à la beïla de mitsva ; et quand tu vas exclut celui qui est occupé à une mitsva, car cela implique dans ton aller à toi, et non dans un aller de mitsva. Et du hatan seul nous n'aurions pas su [la règle pour] les autres cas d'occupation à une mitsva, car peut-être le hatan est-il différent : il ne lui est pas si facile d'ôter de son cœur cette préoccupation -- alors que dans une préoccupation facultative, il lui incombe d'apaiser son esprit et d'écarter la pensée qui le trouble.
💡 Explication

La Guemara ne cherche pas la source du principe dans les versets de la souka, mais dans ceux du Chema : be-chivtekha be-veïtekha ou-ve-lekhtekha va-derekh (Devarim 6,7). Le verset énumère les moments ordinaires de l'existence ; ce qu'il n'énumère pas, il en dispense.

Deux exclusions, tirées de deux expressions distinctes. Le point vraiment intéressant est l'explication que Rachi donne de cette redondance : avec un seul mot, on aurait cru que la dispense ne vaut que pour celui qui agit, qui peine de ses mains ou marche. Le second mot enseigne que la pensée occupée suffit -- le hatan est assis, il ne fait rien de visible, et il est pourtant dispensé.

Tossefot signale que Berakhot 11a attribue les deux exclusions dans l'ordre inverse, et défend cette version-là : chaque suffixe -kha dit ton assise, ton aller -- et exclut donc ce qui n'est pas à soi mais à la mitsva.

6
מַאי מַשְׁמַע? אָמַר רַב הוּנָא: כְּדֶרֶךְ. מַה דֶּרֶךְ רְשׁוּת, אַף כָּל רְשׁוּת, לְאַפּוֹקֵי הַאי דִּבְמִצְוָה עָסוּק.

D'où cela ressort-il ? Rav Houna a dit : [le verset assimile] à la route.

De même que la route [dont parle le verset] est facultative (rechout), de même tout [ce dont il parle] est facultatif -- à l'exclusion de celui-ci, qui est occupé à une mitsva.

📜 Rachi (2)
מַאי מַשְׁמַע מֵהָנֵי קְרָאֵי פְּרָט לְמִצְוָה:
D'où cela ressort-il -- de ces versets, [l'exclusion] de celui qui accomplit une mitsva.
כִּי דֶּרֶךְ הוֹלֵךְ בְּדֶרֶךְ סְחוֹרָה:
Comme la route -- il va sur la route pour son commerce.
💡 Explication

Première tentative de lecture, celle de Rav Houna. Le verset a nommé une situation concrète : aller sur la route. Or de quelle route s'agit-il, sans autre précision ? De la route que l'on prend pour ses affaires -- Rachi dit derekh sehora, la route du commerce.

Le raisonnement est un raisonnement par le modèle : le verset donne un exemple, et cet exemple fixe le type de tout ce qu'il englobe. La route étant rechout, facultative, tout ce que le verset vise est facultatif. Celui qui agit pour une mitsva sort du champ.

7
מִי לָא עָסְקִינַן דְּקָאֲזִיל לִדְבַר מִצְוָה, וְקָא אָמַר רַחֲמָנָא לִיקְרֵי! אִם כֵּן לֵימָא קְרָא ״בְּשַׁבָּת וּבְלֶכֶת״, מַאי ״בְּשִׁבְתְּךָ״ ״וּבְלֶכְתְּךָ״ — בְּלֶכֶת דִּידָךְ הוּא דְּמִיחַייְּבַתְּ, הָא בְּלֶכֶת דְּמִצְוָה — פְּטִירַת.

Ne traitons-nous pas [aussi] du cas où il va pour une affaire de mitsva -- et pourtant le Miséricordieux dit de lire ! -- S'il en était ainsi, que le verset dise : quand on est assis et quand on va. Que signifie donc quand TU es assis et quand TU vas ? -- C'est dans ton aller à toi que tu es tenu ; mais dans un aller de mitsva, tu es dispensé.

📜 Rachi (2)
מִי לָא עָסְקִינַן כּוּ' וְכִי אֵינְךָ יָכוֹל לִכְלֹול בַּמִּקְרָא דֶּרֶךְ מִצְוָה עִם הָרְשׁוּת וְהָא דֶּרֶךְ סְתָמָא כְּתִיב וּמַשְׁמַע נָמֵי דֶּרֶךְ מִצְוָה וְקָאָמַר רַחֲמָנָא לִיחַייַּב לִקְרוֹת:
Ne traitons-nous pas, etc. -- et ne peux-tu pas inclure dans le verset la route de mitsva avec celle de rechout ? Car il est écrit derekh sans précision, ce qui implique aussi la route de mitsva -- et le Miséricordieux dit qu'il est tenu de lire.
אִם כֵּן דִּבְדֶרֶךְ מִצְוָה נָמֵי קָאֵי לִכְתֹּוב בְּלֶכֶת בַּדֶּרֶךְ:
S'il en était ainsi -- que [le verset] vise aussi la route de mitsva, qu'il écrive be-lékhet va-derekh [sans suffixe].
💡 Explication

L'objection détruit la lecture de Rav Houna, et elle est simple : le verset dit derekh sans qualificatif. Un mot général couvre tous ses cas. Rien n'autorise à n'y voir que la route du marchand ; la route du pèlerin y est comprise aussi.

La réponse abandonne alors le raisonnement par le modèle et se déplace sur un tout autre point d'appui : la forme grammaticale. Le verset aurait pu écrire be-chevet ou-ve-lékhet, à l'infinitif impersonnel. Il écrit be-chivtekha ou-ve-lekhtekha, avec le suffixe possessif : ton assise, ton aller.

Tout tient dans ces deux lettres. Ce qui est à toi t oblige ; ce qui appartient à la mitsva ne t oblige pas -- be-lékhet didakh hou de-mihayyavt.

8
אִי הָכִי, אֲפִילּוּ כּוֹנֵס אֶת הָאַלְמָנָה נָמֵי? כּוֹנֵס אֶת הַבְּתוּלָה טְרִיד, כּוֹנֵס אַלְמָנָה לָא טְרִיד.

S'il en est ainsi, même celui qui épouse une veuve [devrait être dispensé] ! -- Celui qui épouse une vierge est préoccupé (tarud) ; celui qui épouse une veuve n'est pas préoccupé.

📜 Rachi (2)
טְרִיד לִבּוֹ טָרוּד בְּמַחֲשֶׁבֶת בְּעִילָה וּמִסְתַּבְּרָא כִּי פַּטְרֵיהּ קְרָא מִשּׁוּם טִירְדָּא פַּטְרֵיהּ וְאֵינוֹ יָכוֹל לַעֲסֹוק בִּשְׁנַיִם כְּאֶחָד:
Préoccupé -- son cœur est préoccupé par la pensée de la beïla ; et il est logique que, si l'Écriture l'a dispensé, ce soit à cause de cette préoccupation, car il ne peut pas s'occuper de deux choses à la fois.
כּוֹנֵס אַלְמָנָה לָא טְרִיד וְיָכוֹל לְקַייֵּם אֶת שְׁתֵּיהֶן:
Celui qui épouse une veuve n'est pas préoccupé -- et il peut accomplir les deux.
💡 Explication

Voici le pivot du folio. Si la dispense du hatan venait de ce qu'il accomplit une mitsva, alors elle vaudrait aussi pour qui épouse une veuve -- c'est la même mitsva. Or la baraita du segment 4 disait expressément le contraire.

Il faut donc que le critère soit autre : ce n'est pas la mitsva qui dispense le hatan, c'est la tirda, la préoccupation. Rachi en donne la mécanique exacte : eino yakhol laassok bi-chnayim ke-ehad, on ne peut pas s'occuper de deux choses à la fois. Une pensée entièrement prise ne peut pas recevoir le Chema, qui exige kavana.

Celui qui épouse une veuve accomplit la même mitsva mais sans cette angoisse -- il peut faire les deux, donc il doit.

9
וְכָל הֵיכָא דִּטְרִיד, הָכִי נָמֵי דְּפָטוּר?! אֶלָּא מֵעַתָּה, טָבְעָה סְפִינָתוֹ בַּיָּם — דִּטְרִיד, הָכִי נָמֵי דְּפָטוּר?! וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי, וְהָאָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב: אָבֵל חַיָּיב בְּכָל הַמִּצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה חוּץ מִן הַתְּפִילִּין, שֶׁהֲרֵי נֶאֱמַר בָּהֶן ״פְּאֵר״!

Et partout où l'on est préoccupé, serait-on donc dispensé ?! Mais alors, celui dont le navire a sombré en mer, qui est préoccupé -- serait-il lui aussi dispensé ?!

Et si tu dis : oui, en effet -- Rabbi Abba bar Zavda n'a-t-il pas dit au nom de Rav : l'endeuillé (avel) est tenu à toutes les mitsvot énoncées dans la Torah, à l'exception des tefilin, puisqu'il est dit à leur sujet peer (parure) !

📜 Rachi (2)
אִי מִשּׁוּם טִירְדָּא כּוּ' הַאי דְּפָרִיךְ מַשְׁמַע לֵיהּ דְּטִרְדָּתוֹ פּוֹטַרְתּוֹ לְפִי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְכַוֵּון אֶת לִבּוֹ וְהִלְכָּךְ אַפֵּי' טָבְעָה סְפִינָתוֹ דְּטָרוּד בְּצַעֲרוֹ לִיפָּטֵר:
Si c'est à cause de la préoccupation, etc. -- celui qui objecte comprend que c'est sa préoccupation qui le dispense, parce qu'il ne peut pas diriger son cœur ; des lors, même celui dont le navire a sombré, qui est accablé de chagrin, devrait être dispensé.
שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶן פְּאֵר כְּדִלְקַמָּן וְאָבֵל לָאו בַּר פְּאֵר הוּא וּכְשֶׁמִּתְפָּאֵר מַרְאֶה בְּעַצְמוֹ שֶׁאֵינוֹ אָבֵל:
Puisqu'il est dit à leur sujet peer -- comme [il sera expliqué] plus loin ; or l'endeuillé n'est pas homme de parure, et lorsqu'il se pare, il montre par lui-même qu'il n'est pas endeuillé.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהֲרֵי נֶאֱמַר בָּהֶן פְּאֵר. לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין מְפָרֵשׁ מִדְּקָא אָמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא לִיחֶזְקֵאל פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ אַתְּ הוּא דְּמִיחַייְּבַתְּ אֲבָל כֻּולֵּי עָלְמָא פְּטִירִי וְהָא דְּמַשְׁמַע לִישָּׁנָא שֶׁהַטַּעַם תָּלוּי מִשּׁוּם דְּאִיקְּרוֹ פְּאֵר וְאָבֵל לָאו בַּר פְּאֵר הוּא וּכְשֶׁמִּתְפָּאֵר מַרְאֶה בְּעַצְמוֹ שֶׁאֵינוֹ אָבֵל לָא אֲתָא לְמֵימַר אֶלָּא דְּלָא יָלְפִינַן מֵהָכָא לְפָוטְרוֹ מִשְּׁאָר מִצְוֹת דְּשָׁאנֵי תְּפִילִּין דְּאִיקְּרוֹ פְּאֵר וא"ת וּמַאי שְׁנָא גַּבֵּי תְּפִילִּין דְּאָמְרִינַן דְּדַוְקָא לִיחֶזְקֵאל קָאָמַר לֵיהּ וְלֹא לִשְׁאָר אֲבֵלִים וְגַבֵּי תַּלְמוּד תּוֹרָה אָמְרִינַן פ"ק דְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף טו.) אָבֵל אָסוּר בת"ת מִדַּאֲמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא לִיחֶזְקֵאל הֵאָנֵק דֹּום דְּעָבְדִי שְׁאָר אֲבֵלִים כִּיחֶזְקֵאל וְיֵשׁ לוֹמַר דִּבְדִבְרֵי תּוֹרָה שֶׁשִּׁינָּה בּוֹ הַכָּתוּב מכ"ע אִית לָן לְמֵימַר מִשּׁוּם דְּאָבֵל אָסוּר בְּדִבְרֵי תּוֹרָה אֲבָל בִּתְפִילִּין אַמַּאי הֻוצְרַךְ לוֹמַר לוֹ שֶׁיַּנִּיחַ תְּפִילִּין אִם לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁהָיִיתִי סָבוּר לְאָוסְרוֹ:
Puisqu'il est dit à leur sujet peer. Plus loin dans notre sougya on explique [le raisonnement] à partir de ce que le Miséricordieux dit à Ye'hezkel : ta parure, ceins-la sur toi (Ye'hezkel 24,17) -- c'est toi qui y es tenu, mais tout le monde en est dispensé. Et ce qu'implique la formulation, à savoir que la raison tient à ce qu'ils sont appelés peer et que l'endeuillé n'est pas homme de parure, et que lorsqu'il se pare il montre qu'il n'est pas endeuillé, ne vient dire qu'une chose : qu'on n'en déduira pas de le dispenser des autres mitsvot, car les tefilin sont différents en ce qu'ils sont appelés peer. Et si tu demandes : quelle différence y a-t-il entre les tefilin, où l'on dit que [le verset] ne s'adressait qu'à Ye'hezkel et non aux autres endeuillés, et l'étude de la Torah, dont on dit au premier chapitre de Moed Katan (15a) que l'endeuillé y est interdit puisque le Miséricordieux dit à Ye'hezkel gémis en silence -- ce qui montre que les autres endeuillés font comme Ye'hezkel ? Il faut répondre que, pour les paroles de Torah, où l'Écriture a changé son traitement par rapport à tout le monde, nous devons dire que c'est parce que l'endeuillé est interdit dans les paroles de Torah ; mais pour les tefilin, pourquoi aurait-il fallu lui dire de les mettre, sinon parce que j'aurais cru le lui interdire ?
💡 Explication

La réponse du segment 7 est aussitôt mise à l'épreuve, et c'est un moment de méthode remarquable : la Guemara prend le critère qu'elle vient d'adopter et le pousse jusqu'à l'absurde.

Si la tirda dispense, alors le naufrage dispense. Puis un cas plus fort encore : l avel, l'endeuillé. Nul n'est plus préoccupé que lui -- et pourtant Rav enseigne qu'il est tenu à toutes les mitsvot de la Torah. Une seule exception, les tefilin, et elle est de nature toute différente : ce n'est pas une dispense pour cause de tirda, mais une incompatibilité de sens, parce que le prophète les nomme peer, parure. Tossefot souligne exactement ce point pour empêcher qu'on n'en tire une règle générale.

La question est donc bien posée : comment le hatan peut-il être dispensé alors que l'endeuillé ne l'est pas ?

10
הָכָא טְרִיד טִירְדָּא דְמִצְוָה, הָתָם טְרִיד טִירְדָּא דִרְשׁוּת.

Ici il est préoccupé d'une préoccupation de mitsva (tirda de-mitsva) ; là-bas il est préoccupé d'une préoccupation facultative (tirda de-rechout).

📜 Rachi (2)
חָתָן טְרִיד טִירְדָּא דְּמִצְוָה וְאַשְׁמְעִינַן קְרָא דְּלָא מִיחַייַּב לְהָסִיר דַּעְתּוֹ מִמַּחֲשֶׁבֶת מִצְוָה רִאשׁוֹנָה בִּשְׁבִיל זוֹ הַבָּאָה עָלָיו אֶלָּא יַעֲסֹוק בָּרִאשׁוֹנָה וְיִתֵּן לִבּוֹ לִהְיוֹת בָּקִי בַּדָּבָר:
Le hatan est préoccupé d'une préoccupation de mitsva -- et le verset nous enseigne qu'il n'est pas tenu de détourner sa pensée de la première mitsva à cause de celle qui lui survient : il s'occupera de la première et y appliquera son cœur pour la bien connaître.
טִירְדָּא דִּרְשׁוּת שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁהוּא חַיָּיב לִנְהֹוג אֲבֵילוּת שֶׁל נְעִילָה רְחִיצָה וְסִיכָה לְהַרְאוֹת כְּבוֹד מֵתוֹ אֵינוֹ חַיָּיב לְהִצְטַעֵר:
Une préoccupation facultative -- car même s'il est tenu d'observer le deuil quant à la chaussure, au bain et aux onctions, pour marquer son respect envers son mort, il n'est pas tenu de se faire souffrir.
💡 Explication

Six mots, et toute la question est tranchée. La ligne de partage ne passe pas entre être troublé et être calme -- elle passe entre deux origines de la préoccupation.

La tirda de-mitsva dispense, parce qu'elle est elle-même un devoir : y rester est l'accomplissement d'une mitsva, et Rachi l'explicite -- l'homme n'a pas à arracher son esprit à la première mitsva pour la seconde. La tirda de-rechout ne dispense pas, si intense soit-elle, parce qu'elle ne vient d'aucun devoir.

La remarque de Rachi sur l'endeuillé est d'une précision saisissante : l'avel est tenu aux gestes du deuil -- chaussure, bain, onctions -- mais il n'est pas tenu de souffrir. Son chagrin est réel, il n'est pas une obligation. Il ne peut donc pas dispenser d'une obligation.

🖼️ Schéma
La carte de la tirda : être préoccupé ne suffit pas, encore faut-il l'être par un devoir Quatre cas discutés aux segments 7 à 9. La ligne de partage passe entre mitsva et rechout, pas entre calme et troublé source de la préoccupation le cas tenu au Chema ? Le hatan qui épouse une vierge Sa pensée est prise par la beïla, qui est elle-même une mitsva. Il ne peut pas tenir les deux ensemble. Rachi : ne pas quitter la première pour la seconde. DISPENSÉ tirda de-mitsva préoccupation qui vient d'un devoir MITSVA Le hatan qui épouse une veuve Rien ne l'inquiète : lo tarid. Il peut faire les deux. TENU Celui dont le navire a sombré en mer Profondément troublé -- mais par une perte d'argent. TENU tirda de-rechout RECHOUT Le cas qui tranche : l'endeuillé -- Rabbi Abba bar Zavda au nom de Rav Il est tenu à toutes les mitsvot de la Torah, malgré son chagrin. Sauf les tefilin, non pour cause de tirda mais parce qu'il est dit à leur sujet peer, parure. Rachi : il doit porter le deuil, il n'est pas tenu de se faire souffrir -- sa douleur n'est pas un devoir, donc elle ne dispense pas.
Quatre cas, une seule ligne de partage : la préoccupation dispense seulement lorsqu'elle naît d'un devoir.
11
וְהָעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה מֵהָכָא נָפְקָא? מֵהָתָם נָפְקָא, דְּתַנְיָא: ״וַיְהִי אֲנָשִׁים אֲשֶׁר הָיוּ טְמֵאִים לְנֶפֶשׁ אָדָם וְגוֹ׳״ — אוֹתָם אֲנָשִׁים מִי הָיוּ? נוֹשְׂאֵי אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף הָיוּ, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי.

Et [le principe selon lequel] celui qui est occupé à une mitsva est dispensé de [l'autre] mitsva -- est-ce d'ici qu'il se déduit ? Il se déduit de là-bas !

Car il a été enseigné : il y eut des hommes qui étaient impurs par [le contact avec] le cadavre d'une personne, etc. (Bamidbar 9,6) -- ces hommes, qui étaient-ils ?

C'étaient les porteurs du cercueil de Yossef -- paroles de Rabbi Yossi HaGlili.

📜 Rachi (2)
וְהָעוֹסֵק בְּמִצְוָה דְּפָטוּר מִמִּצְוָה מֵהָכָא נָפְקָא מִשַּׁבַּתְּךָ בְּבֵיתְךָ:
Et celui qui est occupé à une mitsva, qu'il soit dispensé de la mitsva -- est-ce d'ici qu'il se déduit -- de be-chivtekha be-veitekha ?
וַיְהִי אֲנָשִׁים וְגוֹ' בְּפֶסַח מְדַבֵּר קְרָא בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית לִיצִיאַת מִצְרַיִם:
Il y eut des hommes, etc. -- le verset parle du Pessa'h du désert, la seconde année après la sortie d'Égypte.
💡 Explication

Le folio s'achève sur une objection de méthode, non de fond. Le principe du ossek be-mitsva patour min ha-mitsva vient d'être tiré du verset du Chema -- mais il possède déjà une source, bien plus ancienne dans le récit et bien plus explicite.

Au second Pessa'h du désert, des hommes se présentent devant Moche : ils sont impurs par contact avec un mort et ne peuvent pas offrir le sacrifice pascal en son temps. Qui étaient-ils ? Selon Rabbi Yossi HaGlili, les porteurs du cercueil de Yossef -- occupés à une mitsva, ils ont contracté l'impureté qui les a empêchés d'en accomplir une autre.

La Guemara va maintenant devoir montrer soit que les deux sources n'enseignent pas la même chose, soit qu'il en fallait deux. La réponse tombe en 25b, avec les autres avis sur l'identité de ces hommes.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).