Sukkah 25b — L'endeuillé et le marié : quand la peine et la joie dispensent, et quand elles ne dispensent pas

Sukkah 25b

Sougya : Le amoud s'ouvre en pleine baraita et solde d'abord l'enquête commencée en 25a sur l'identité des hommes impurs de Bamidbar 9,6. Rabbi Akiva propose Mishael et Eltsafan, occupés des corps de Nadav et Avihou ; Rabbi Yitshak réfute cet avis et celui de Rabbi Yossi HaGlili par un seul argument, calendaire : dans les deux cas il restait assez de jours pour accomplir les sept jours de purification, alors que le verset dit lo yakhelou, ils ne PURENT pas.

La conclusion abandonne les noms célèbres : c'étaient des inconnus occupés d'un met mitsva, dont le septième jour d'impureté tomba précisément la veille de Pessa'h -- purs seulement à la tombée de la nuit, donc après l'abattage. Rachi en tire la règle en une phrase : une mitsva légère qui se présente maintenant n'a pas à s'effacer devant une mitsva grave à venir.

Un tsrikha montre ensuite pourquoi il fallait à la fois ce cas et celui du hatan dispensé du Chema : le Pessa'h seul aurait laissé croire que seule une mitsva future cède, le Chema seul que seule une mitsva sans karet cède. Puis le folio change de registre et suit trois enseignements de Rabbi Abba bar Zavda au nom de Rav sur l'endeuillé : il est tenu à tout sauf aux tefilin, appelés peer -- d'après l'ordre exceptionnel donné à Ye'hezkel de garder sa parure ; cette dispense ne vaut que le premier jour, car ve-aharitah ke-yom mar ; et il est tenu à la souka, car la dispense du mitstaer ne vise que la souffrance qui vient de la souka elle-même, tandis que l'endeuillé porte son chagrin partout et doit au contraire apaiser son esprit.

Vient enfin le hatan : lui, les chochvinin et tous les gens de la houppa sont dispensés de souka pendant sept jours parce qu'ils doivent se réjouir, et deux principes ferment successivement toutes les issues -- ein simha ela be-houppa, puis ein simha ela bi-mkom seouda. Reste à proposer d'installer la houppa dans la souka : Abaye l'écarte pour le yihoud, Rava pour la gêne du hatan, avec une nafka mina lorsque des gens ne cessent d'y entrer et d'en sortir.

Rabbi Zera raconte qu'il a renoncé à la dispense et y a gagné une joie double. Le amoud s'achève sur une baraita qui trie autrement : dispensés de tefila et de tefilin, mais tenus au Kriat Chema, dont la kavana obligatoire tient en un seul verset -- le Roch, lui, tranchera avec Rabbi Chila que le hatan en est dispensé aussi.

Le fil du folio : on solde l'enquête historique, puis on passe à ceux que la joie ou le chagrin occupent Dix segments. Trois pour finir Bamidbar 9,6 ; sept pour Rav et Rabbi Abba bar Zavda : l'endeuillé, le hatan, la souka Segments 0 à 2 -- qui étaient les hommes impurs de Bamidbar 9,6 ? et pourquoi deux sources ? Rabbi Akiva : Mishael et Eltsafan, occupés de Nadav et Avihou. Rabbi Yitshak réfute les deux avis : dans les deux cas ils avaient le temps de se purifier. Conclusion : des inconnus occupés d'un met mitsva, dont le septième jour d'impureté tomba précisément la veille de Pessa'h. Voilà le ossek be-mitsva. Segment 2 : tsrikha. Le Pessa'h seul ne suffisait pas -- le temps de l'obligation n'était pas venu. Le Chema seul non plus -- il n'y a pas de karet. Ici s'achève la sougya ouverte à la fin de 25a. Le reste du amoud change entièrement de registre. Segments 3 à 5 -- l'endeuillé : trois enseignements de Rabbi Abba bar Zavda au nom de Rav Il est tenu à tout, sauf aux tefilin, appelés peer -- parure -- d'après l'ordre donné à Ye'hezkel : pearekha havoch alekha, toi seul y es tenu. Et seulement le premier jour : ve-aharitah ke-yom mar, l'essentiel de l'amertume tient en une journée. Il est tenu à la souka : le mitstaer dispensé est celui que la souka fait souffrir, pas celui qui porte en lui son propre chagrin. Segments 6 à 8 -- le hatan : dispensé de souka pendant les sept jours, et pourquoi on ne peut pas tout réunir Le hatan, les chochvinin et tous les gens de la houppa sont dispensés. Raison : ils doivent se réjouir, et la souka ne s'y prête pas. Deux principes ferment successivement les issues : ein simha ela be-houppa, puis ein simha ela bi-mkom seouda. Le repas doit suivre la joie. Reste une dernière issue : faire la houppa dans la souka. Abaye l'écarte pour le yihoud, Rava pour la gêne du hatan. Nafka mina : le passage des gens. Segment 8 : Rabbi Zera raconte qu'il a fait les deux -- non comme une règle, comme une joie de plus. Segment 9 -- la baraita qui trie : dispensés de tefila et de tefilin, tenus au Kriat Chema Le critère n'est plus la mitsva mais la kavana disponible : un verset, on peut le tenir ; une amida entière, non. Le Roch tranchera autrement, avec Rabbi Chila.
Le plan du folio : trois segments pour fermer l enquête sur Bamidbar 9,6, sept pour l endeuillé et le hatan.
Qui étaient les hommes impurs de Bamidbar 9,6 ? Trois réponses, une réfutation, une conclusion La baraita commencée en 25a se termine ici. L'enjeu n'est pas historique : il faut un cas où une mitsva en empêche une autre Rabbi Yossi HaGlili (énoncé en 25a) Les porteurs du cercueil de Yossef Ils transportaient les ossements promis à Yossef -- une mitsva qui les a rendus impurs et leur a coûte le sacrifice pascal Rabbi Akiva (segment 0) Mishael et Eltsafan Vayikra 10,4 Les cousins chargés d'emporter les corps de Nadav et Avihou hors du sanctuaire -- même structure, mitsva puis impureté Rabbi Yitshak (segment 0, seconde moitié) Ni les uns ni les autres Il ne propose pas un troisième nom : il montre que les deux avis butent sur le calendrier. Le verset dit : ils ne PURENT pas La réfutation de Rabbi Yitshak : dans les deux cas, ils avaient tout le temps de se purifier Mishael et Eltsafan : le Michkan fut érigé le 1 Nissan, la para adouma brûlée le 2 -- il restait douze jours avant le 14, largement plus que les sept requis. Porteurs du cercueil : dix mois et plus s'étaient écoulés depuis la halte au Sinaï ; ils n'ont repris la marche que le 20 Iyar de l'année suivante. Or le verset ne dit pas ils ne voulurent pas, il dit lo yakhelou -- ils ne PURENT pas. Il faut donc une impureté qu'ils ne pouvaient pas éviter. Rachi appuie cette chronologie sur Guittin 60a et Chabbat 87b ; Tossefot demande en passant comment des corps brûlés laissent une impureté. La conclusion du segment 1 : des inconnus occupés d'un met mitsva, dont le septième jour tombe la veille de Pessa'h Cette fois le calendrier est verrouillé : purs seulement à la tombée de la nuit, ils ne peuvent pas être inclus dans l'abattage de l'après-midi. Une mitsva légère qui se présente maintenant n'a pas à s'effacer devant une mitsva grave qui viendra plus tard. Voilà le ossek be-mitsva patour.
Les trois avis sur l identité des hommes impurs, la réfutation calendaire de Rabbi Yitshak, et la conclusion anonyme.
Le hatan et la souka : quatre issues proposées, quatre issues fermées À gauche l'objection, à droite la réponse. Chaque réponse ajoute un principe sur ce qu'est la simha Pourquoi seraient-ils dispensés ? Rav les dispense tous, sept jours durant. Mishoum de-baou le-mihdei Parce qu'ils doivent se réjouir. Qu'ils mangent ET se réjouissent dans la souka -- tout serait résolu. Ein simha ela be-houppa La joie n'a lieu que dans la houppa. Qu'ils mangent dans la souka et se réjouissent dans la houppa. Ein simha ela bi-mkom seouda La joie n'a lieu qu'au lieu du repas. Alors qu'ils installent la houppa elle-même dans la souka. Abaye : yihoud. Rava : gêne du hatan. Deux raisons, une nafka mina (segment 7). Segment 8 -- Rabbi Zera ne conteste pas la dispense : il raconte qu'il y a renoncé Il a mangé dans la souka et s'est réjoui dans la houppa. Non pas moins de joie, mais davantage : ke-chekhen de-hadi libai, mon cœur s'en réjouissait bien plus. Une dispense n'oblige à rien. Celui qui peut accomplir les deux y gagne -- mais on ne l'impose à personne.
La chaîne du segment 6 : chaque issue proposée est fermée par un principe sur le lieu de la simha.
1
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן הָיוּ, שֶׁהָיוּ עוֹסְקִין בְּנָדָב וַאֲבִיהוּא. רַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר: אִם נוֹשְׂאֵי אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף הָיוּ, כְּבָר הָיוּ יְכוֹלִין לִיטָּהֵר. אִם מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן הָיוּ, יְכוֹלִין הָיוּ לִיטָּהֵר.

Rabbi Akiva dit : c'étaient Mishael et Eltsafan, qui étaient occupés de Nadav et Avihou. Rabbi Yitshak dit : si c'étaient les porteurs du cercueil de Yossef, ils auraient déjà pu se purifier ; si c'étaient Mishael et Eltsafan, ils auraient pu se purifier.

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִינַן בַּבָּרַיְיתָא בְּסִיפְרֵי ר"ע אוֹמֵר מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן הָיוּ שֶׁנִּטְמְאוּ בְּנָדָב וַאֲבִיהוּא ר' יִצְחָק אוֹמֵר אִם נוֹשְׂאֵי אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף הָיוּ יְכוֹלִין הָיוּ לִיטָּהֵר וְאִם מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן הָיוּ יְכוֹלִין הָיוּ לִיטָּהֵר אֶלָּא מִי הָיוּ טְמֵאֵי מֵת מִצְוָה הָיוּ שֶׁחָל שְׁבִיעִי שֶׁלָּהֶן לִהְיוֹת בְּעֶרֶב פֶּסַח שֶׁנֶּאֱמַר וְלֹא יָכְלוּ וְגוֹ':
Voici la leçon que nous avons dans la baraita du Sifri : Rabbi Akiva dit -- c'étaient Mishael et Eltsafan, qui se sont rendus impurs par Nadav et Avihou. Rabbi Yitshak dit : si c'étaient les porteurs du cercueil de Yossef, ils auraient pu se purifier ; et si c'étaient Mishael et Eltsafan, ils auraient pu se purifier. Mais alors, qui étaient-ils ? C'étaient des gens rendus impurs par un met mitsva, dont le septième jour tomba la veille de Pessa'h, ainsi qu'il est dit : et ils ne purent pas, etc.
וְאִם נוֹשְׂאֵי אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף אוֹ מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן הָיוּ יְכוֹלִין הָיוּ לִיטָּהֵר שֶׁהֲרֵי בְּאֶחָד בְּנִיסָן הוּקַם הַמִּשְׁכָּן וְשֵׁנִי לוֹ שָׂרַף אֶלְעָזָר אֶת הַפָּרָה שֶׁיַּזּוּ עַל טְמֵאֵי מֵת שֶׁבָּהֶן לַעֲשׂוֹת פִּסְחֵיהֶן בְּטָהֳרָה כִּדְאָמַר בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין (דַּף ס.) שְׁמֹנֶה פָּרָשִׁיּוֹת נֶאֶמְרוּ בַּיּוֹם שֶׁהוּקַם הַמִּשְׁכָּן וּפָרָה אֲדֻומָּה אַחַת מֵהֶן וּבְאֶחָד בְּנִיסָן הוּקַם הַמִּשְׁכָּן וְהוּא ח' לַמִּלּוּאִים כִּדְקַייְמָא לָן (שַׁבָּת דַּף פז:) אוֹתוֹ הַיּוֹם נָטַל עֶשֶׂר עֲטָרוֹת וּבוֹ מֵתוּ נָדָב וַאֲבִיהוּא הִלְכָּךְ מֵרֹאשׁ חֹדֶשׁ וְעַד הַפֶּסַח הָיוּ יְכוֹלִין לִיטָּהֵר וּקְרָא אָמַר וְלֹא יָכְלוּ וְנוֹשְׂאֵי אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף נָמֵי כְּבָר עָבְרוּ עֲלֵיהֶם עֲשָׂרָה חֳדָשִׁים וְיוֹתֵר שֶׁלֹּא נְשָׂאוּהוּ מִשֶּׁחָנוּ בְּהַר חוֹרֵב בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ סִיוָן כְּדִכְתִיב (שְׁמוֹת י״ט:א׳-ב׳) בַּיּוֹם הַזֶּה בָּאוּ מִדְבַּר סִינָי וְלֹא נָסְעוּ מִשָּׁם עַד עֶשְׂרִים בְּאִיָּיר שֶׁל שָׁנָה הַבָּאָה דִּכְתִיב וַיְהִי בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי בְּעֶשְׂרִים בַּחֹדֶשׁ נַעֲלָה הֶעָנָן מֵעַל וְגוֹ' וַיִּסְעוּ מֵהַר ה':
Car le premier Nissan le Michkan fut érigé, et le lendemain Eleazar brûla la vache [rousse], afin que l'on asperge ceux d'entre eux qui étaient impurs par un mort et qu'ils fassent leurs Pessa'h en état de pureté -- comme il est dit au traité Guittin (60a) : huit sections furent énoncées le jour où le Michkan fut érigé, et la para adouma est l'une d'elles. Or le premier Nissan le Michkan fut érigé, et c'était le huitième jour des miloouim (jours d'investiture), comme nous le tenons (Chabbat 87b) : ce jour-là reçut dix couronnes, et c'est ce jour-là que moururent Nadav et Avihou. Depuis le début du mois jusqu'à Pessa'h, ils pouvaient donc se purifier -- alors que le verset dit : et ils ne purent pas. Et pour les porteurs du cercueil de Yossef aussi, dix mois et plus s'étaient écoulés sans qu'ils l'aient porté, depuis qu'ils campaient au mont Horev au début du mois de Sivan, comme il est écrit (Chemot 19,1-2) : en ce jour ils vinrent au désert du Sinaï -- et ils ne partirent de là que le vingt Iyar de l'année suivante, ainsi qu'il est écrit : et ce fut la deuxième année, au deuxième mois, le vingt du mois, la nuée s'éleva de dessus [le Michkan], etc., et ils partirent de la montagne de l'Éternel.
🗂️ Tossefot (1)
מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן הָיוּ. וא"ת וּלְמַאן דְּאָמַר פֶּרֶק ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף נב.) דִּשְׂרֵיפָה מַמָּשׁ הֲוַאי שֶׁנִּשְׂרְפוּ גּוּפֵיהֶן וְכֵן נָמֵי דָּרֵישׁ בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים אַקְּרָא דִּוְתַאֲכֹל אֵשׁ אוֹתָם אַמַּאי נִטְמְאוּ וְי"ל דְּשֶׁמָּא שִׁלְדָּן הָיְתָה קַיֶּימֶת כְּאִילּוּ נִשְׂרְפוּ עַל גַּבֵּי קָטָבְלָא כִּדְאָמַר פֶּרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כז:) מֵת שֶׁנִּשְׂרַף וְשִׁלְדּוֹ קַיֶּימֶת טָמֵא:
C'étaient Mishael et Eltsafan. Et si tu demandes : selon celui qui dit au chapitre Arba mitot (Sanhédrin 52a) qu'il s'agissait d'une combustion réelle, que leurs corps eux-mêmes furent brûlés -- et c'est aussi ce que dérive le Torat Kohanim sur le verset et un feu les dévora -- pourquoi [Mishael et Eltsafan] auraient-ils contracté l'impureté ? On peut répondre : peut-être leur ossature subsistait-elle, comme s'ils avaient été brûlés sur une plaque de métal (katavla), ainsi qu'il est dit au chapitre HaMapelet (Nidda 27b) : un mort qui a été brûlé mais dont l'ossature subsiste transmet l'impureté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר: אִם נוֹשְׂאֵי אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף הָיוּ, כְּבָר הָיוּ יְכוֹלִין לִטָּהֵר! קָשֶׁה רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְרַבִּי עֲקִיבָא מַה יַעֲנוּ לְקֻושְׁיָא זוֹ שֶׁל רַבִּי יִצְחָק? וְלָמָּה לֹא נִטְהֲרוּ כֵּיוָן דְּיָדְעִי דְּצָרִיךְ לְהַקְרִיב קָרְבָּן פֶּסַח? וְהִנֵּה לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ אוֹתָהּ שָׁנָה חָל עֶרֶב פֶּסַח בְּשַׁבָּת כִּי אוֹתָהּ שָׁנָה הָיָה רֹאשׁ חֹודֶשׁ נִיסָן בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רז"ל שֶׁהָיָה רִאשׁוֹן לְמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית וְלָכֵן נוֹשְׂאֵי אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף לֹא נִטְהֲרוּ בִּשְׁבִיל קָרְבַּן פֶּסַח כִּי עֲדַיִין לֹא יָדְעוּ דְּקָרְבָּן פֶּסַח דּוֹחֶה שַׁבָּת וְחָשְׁבוּ דְּאוֹתָהּ שָׁנָה כָּל יִשְׂרָאֵל לֹא יַקְרִיבוּ קָרְבָּן פֶּסַח, כִּי עֲדַייִן לֹא לָמְדוּ דִּין זֶה מִפִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְלֹא נוֹדַע לָהֶם דִּין זֶה אֶלָּא עַד סָמוּךְ לְיוֹם עֲשָׂרָה בְּנִיסָן שֶׁצִּוָּה לָהֶם שֶׁיָּכִינוּ בֶּעָשׂוֹר לַחֹודֶשׁ, עַל כֵּן אָמְרוּ לָמָּה לָהֶם לְהִטָּהֵר וְלִזְרֹוק עֲלֵיהֶם אֵפֶר פָּרָה בִּכְדֵי דְּקָרְבָּן פֶּסַח לֹא יֵשׁ עַתָּה בְּשָׁנָה זוֹ וְהֵם מֻוכְרָחִים לְהִטַּמֵּא בְּמַסַּע אֲשֶׁר יִסָּעוּ לָשֵׂאת אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף, וְכַאֲשֶׁר הָיָה בֶּאֱמֶת שֶׁנָּסְעוּ מֵאוֹתוֹ מָקוֹם בְּיוֹם עֶשְׂרִים לְחֹודֶשׁ אִייָּר. אַךְ תֵּירוּץ זֶה יָבֹא נָכוֹן לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דִּסְבִירָא לֵיהּ נוֹשְׂאֵי אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף הָיוּ שֶׁהֵם מֻוכְרָחִים לִיטָּמֵא אַחַר כָּךְ, אַךְ לְרַבִּי עֲקִיבָא דִּסְבִירָא לֵיהּ מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן הָיוּ, קָשֶׁה אֲפִילּוּ אִם חָשְׁבוּ דְּקָרְבָּן פֶּסַח אֵינוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת וְלֹא יַקְרִיבוּ בְּאוֹתָהּ שָׁנָה עִם כָּל זֶה הָיָה לָהֶם לִיטָּהֵר בְּלָאו הָכִי דְּאֵין לָהֶם אַחַר כָּךְ טֻומְאָה הֶכְרֵחִית וּצְרִיכִין הֵם לְטָהֳרָה כִּי אִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּשָּׁאֲרוּ טְמֵאִים עַל חִנָּם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְתָרֵץ לְדַעַת רַבִּי עֲקִיבָא וְהוּא דְּנָדָב וַאֲבִיהוּא לֹא קָבְרוּ אוֹתָם בַּמִּדְבָּר הַסָּמוּךְ לְהַר סִינַי שֶׁהוּא הָיָה מְקוֹם חֲנִיָּיתָם בְּאוֹתוֹ זְמַן אֶלָּא קְבָרוּם בְּהַר הָהָר שֶׁבּוֹ נִקְבַּר אַהֲרֹן הַכֹּהֵן ע"ה בִּשְׁנַת הָאַרְבָּעִים וּקְבוּרָתָם שָׁם הָיְתָה עַל פִּי הַדִּיבּוּר בְּפֵירוּשׁ אוֹ עַל פִּי רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁיָּדַע שֶׁשָּׁם יִקָּבֵר אַהֲרֹן וְיֵשׁ נַחַת רוּחַ לַצַּדִּיקִים בְּדָבָר זֶה שֶׁיִּהְיוּ הַבָּנִים קְבֻורִים סְמוּכִים לִקְבוּרַת אֲבִיהֶם וְכֵן שָׁמַעְתִּי מִקֹּודֶם כַּמָּה שָׁנִים שֶׁיֵּשׁ קַבָּלָה בְּיַד הָעוֹלָם דְּנָדָב וַאֲבִיהוּא נִקְבְּרוּ בְּהַר הָהָר סְמוּכִים לִמְעָרַת אַהֲרֹן הַכֹּהֵן ע"ה. וּלְפִי זֶה יֵשׁ לוֹמַר דְּמִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן לֹא הָיוּ יְכוֹלִים לְהִטָּהֵר כֵּיוָן דְּנָשְׂאוּ אֶת נָדָב וַאֲבִיהוּא לְמָקוֹם רָחוֹק שֶׁנְּשָׂאוּם בְּיוֹם רֹאשׁ חֹודֶשׁ נִיסָן אוֹ לְמָחֳרָתוֹ וְאַחַר שֶׁחָזְרוּ לְמַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל לֹא נִשְׁאַר שִׁבְעַת יָמִים קֹודֶם יוֹם י"ד נִיסָן כְּדֵי שֶׁתִּגָּמֵר טָהֳרָתָם וְיַקְרִיבוּ קָרְבַּן פֶּסַח.
Rabbi Yitshak dit : si c'étaient les porteurs du cercueil de Yossef, ils auraient déjà pu se purifier ! Difficulté : que répondront Rabbi Yossi HaGlili et Rabbi Akiva à cette objection de Rabbi Yitshak ? Pourquoi ne se sont-ils pas purifiés, puisqu'ils savaient qu'il fallait offrir le sacrifice pascal ? Or, pour Rabbi Yossi HaGlili, il me semble avec l'aide du Ciel que l'on sait que cette année-là la veille de Pessa'h tomba un chabbat, car cette année-là le premier Nissan tomba un dimanche, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie qu'il fut le premier [jour de la semaine] pour l'œuvre de la Création. C'est pourquoi les porteurs du cercueil de Yossef ne se sont pas purifiés en vue du sacrifice pascal : ils ne savaient pas encore que le korban Pessa'h repousse le chabbat, et ils pensaient que cette année-là aucun Israël n'offrirait le sacrifice pascal, car ils n'avaient pas encore appris cette loi de la bouche de Moche notre maître, la paix soit sur lui, et cette loi ne leur fut connue qu'aux environs du dix Nissan, lorsqu'il leur ordonna de préparer [l'agneau] le dixième jour du mois. Ils se sont donc dit : à quoi bon nous purifier et faire asperger sur nous la cendre de la vache pour rien, puisqu'il n'y a pas de korban Pessa'h cette année-ci, alors que nous serons contraints de contracter l'impureté lors du voyage où nous porterons le cercueil de Yossef ? Et c'est bien ce qui arriva, puisqu'ils partirent de ce lieu le vingtième jour du mois d'Iyar. Mais cette réponse ne convient qu'à Rabbi Yossi HaGlili, qui tient que c'étaient les porteurs du cercueil de Yossef, contraints de se rendre impurs par la suite. Pour Rabbi Akiva en revanche, qui tient que c'étaient Mishael et Eltsafan, la difficulté demeure : même s'ils pensaient que le korban Pessa'h ne repousse pas le chabbat et qu'on n'en offrirait pas cette année-là, ils auraient malgré tout dû se purifier de toute façon, puisqu'aucune impureté inévitable ne les attendait ensuite et qu'ils devaient revenir à l'état de pureté -- car il est impossible de rester impur pour rien ! Il me semble avec l'aide du Ciel de répondre ainsi selon Rabbi Akiva : Nadav et Avihou ne furent pas enterrés dans le désert proche du mont Sinaï, qui était alors leur lieu de campement, mais on les enterra au Hor HaHar, où fut enterré Aharon le kohen, la paix soit sur lui, la quarantième année. Leur sépulture en ce lieu fut décidée soit sur une parole [divine] explicite, soit par l'esprit de sainteté de Moche notre maître, la paix soit sur lui, qui savait qu'Aharon y serait enterré ; et il y a là une satisfaction pour les justes, que les fils reposent auprès de la sépulture de leur père. J'ai d'ailleurs entendu, il y a de cela bien des années, qu'il existe une tradition répandue selon laquelle Nadav et Avihou furent enterrés au Hor HaHar, tout près de la grotte d'Aharon le kohen, la paix soit sur lui. Selon cela, on peut dire que Mishael et Eltsafan ne pouvaient pas se purifier : ils ont porté Nadav et Avihou jusqu'en un lieu éloigné, et ils les ont portés le jour du premier Nissan ou le lendemain ; après leur retour au camp d'Israël, il ne restait plus sept jours avant le quatorze Nissan pour que leur purification s'achève et qu'ils offrent le korban Pessa'h.
💡 Explication

Le folio s'ouvre en pleine baraita, commencée à la fin de 25a. La Guemara y cherchait un cas où une mitsva en empêche une autre, pour fonder le principe ossek be-mitsva patour min ha-mitsva. Le verset de référence est Bamidbar 9,6 : des hommes impurs par un mort ne purent pas offrir le sacrifice pascal en son temps. Reste à savoir qui ils étaient.

Rabbi Yossi HaGlili (25a) disait : les porteurs du cercueil de Yossef. Rabbi Akiva propose un autre couple : Mishael et Eltsafan, les cousins chargés d'emporter les corps de Nadav et Avihou hors du sanctuaire (Vayikra 10,4). La structure est la même -- une mitsva de sépulture qui rend impur et coûte le Pessa'h.

Rabbi Yitshak ne propose pas un troisième nom : il réfute les deux d'un seul argument, et c'est un argument de calendrier. Dans les deux cas, il restait assez de jours pour accomplir les sept jours de purification par la para adouma. Or le verset ne dit pas qu'ils ne voulurent pas, il dit lo yakhelou -- ils ne PURENT pas. Il faut donc une impureté impossible à résorber à temps.

🖼️ Schéma
Le calendrier de Nissan de la deuxième année -- l'argument de Rabbi Yitshak La purification par la para adouma demande sept jours. Y avait-il sept jours disponibles ? Oui -- donc ils POUVAIENT 1 Nissan 2 Nissan 8 Nissan 14 Nissan Le Michkan est érigé Nadav et Avihou meurent Eleazar brûle la para adouma La cendre est disponible Erev Pessa'h Abattage de l'agneau sept jours de purification : largement possible et il restait encore six jours de marge D'où la réfutation : le verset ne pouvait pas dire lo yakhelou, ils ne purent pas Si Mishael et Eltsafan sont devenus impurs le 1 ou le 2 Nissan, la cendre était là et les sept jours tenaient dans le mois. Rien ne les empêchait. Même raisonnement, en plus large, pour les porteurs du cercueil : la caravane était à l'arrêt depuis dix mois, et ne repartit que le 20 Iyar suivant. Il faut donc des gens dont l'impureté tombe si tard qu'aucune purification ne peut plus s'achever à temps : c'est la réponse du segment 1.
Le calendrier de Nissan : la para adouma était disponible dès le 2, et il restait douze jours -- d'où la réfutation de Rabbi Yitshak.
2
אֶלָּא, עוֹסְקִין בְּמֵת מִצְוָה הָיוּ שֶׁחָל שְׁבִיעִי שֶׁלָּהֶן לִהְיוֹת בְּעֶרֶב פֶּסַח, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא יָכְלוּ לַעֲשֹׂות הַפֶּסַח בַּיּוֹם הַהוּא״, בְּיוֹם הַהוּא אֵין יְכוֹלִין לַעֲשׂוֹת, הָא לְמָחָר — יְכוֹלִין לַעֲשׂוֹת!

Plutôt : ils étaient occupés d'un met mitsva, et leur septième jour [d'impureté] tomba la veille de Pessa'h, ainsi qu'il est dit : et ils ne purent pas faire le Pessa'h en ce jour-là -- en ce jour-là ils ne pouvaient pas le faire, mais le lendemain ils pouvaient le faire !

📜 Rachi (2)
טְמֵאֵי מֵת מִצְוָה לָאו מֵת מִצְוָה דַּווְקָא קָאָמַר דְּאַפֵּי' מֵתֵיהֶן נָמֵי מֵת מִצְוָה קָרֵי לְהוּ דְּמִצְוָה לְהִתְעַסֵּק בָּהֶן כְּגוֹן הָאֲמוּרִים בְּפָרָשַׁת כֹּהֲנִים (וַיִּקְרָא כא) שֶׁהַכֹּהֵן מִטַּמֵּא בּוֹ:
Rendus impurs par un met mitsva -- il ne dit pas met mitsva au sens strict [un mort que personne d'autre ne peut enterrer], car même leurs propres morts sont appelés met mitsva, puisque c'est une mitsva de s'en occuper : par exemple ceux qui sont énoncés dans la section des kohanim (Vayikra 21), pour lesquels le kohen se rend impur.
שֶׁחָל שְׁבִיעִי שֶׁלָּהֶן ואע"ג דַּחֲזוּ לְאֻורְתָּא לָא אִישְׁתְּרוֹ דְּקָסָבַר אֵין שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עַל טְמֵא שֶׁרֶץ מִכָּל מָקוֹם שָׁמְעִינַן מִינֵּיהּ דְּעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה שֶׁהֲרֵי נִטְמְאוּ בְּמֵתֵיהֶן שִׁבְעָה יָמִים לִפְנֵי הַפֶּסַח וְאַף עַל פִּי שֶׁטֻּומְאָה זוֹ תְּעַכֵּב עַל יָדָם אֲכִילַת פִּסְחֵיהֶן אַלְמָא מִצְוָה קַלָּה הַבָּאָה לְיָדְךָ אִינָךְ צָרִיךְ לִדְחוֹתָהּ מִפְּנֵי חֲמוּרָה הָעֲתִידָה לָבוֹא:
Dont le septième jour tomba -- et bien qu'ils fussent aptes dès la tombée de la nuit, ils ne furent pas autorisés, car [ce tana] tient que l'on n'abat pas et que l'on n'asperge pas [le sang] pour un impur par un cheretz. En tout cas nous en apprenons que celui qui est occupé à une mitsva est dispensé de [l'autre] mitsva : car ils se sont rendus impurs par leurs morts sept jours avant Pessa'h, bien que cette impureté dût ensuite les empêcher de consommer leur Pessa'h. Il en ressort qu'une mitsva légère qui se présente à toi, tu n'as pas à l'écarter au profit d'une mitsva grave qui viendra plus tard.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁחָל שְׁבִיעִי שֶׁלָּהֶן בְּעֶרֶב הַפֶּסַח. מִכָּאן קָשֶׁה לְהָא דא"ר לֵוִי בְּשִׁילְהֵי הַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף ס. וְשָׁם) ח' פָּרָשִׁיּוֹת נֶאֶמְרוּ בְּאוֹתוֹ יוֹם שֶׁהוּקַם הַמִּשְׁכָּן וְקָא חֲשִׁיב פָּרָשַׁת טְמֵאִים וּפֵירֵשׁ שָׁם בַּקְּוַנְט' וַיְהִי אֲנָשִׁים אֲשֶׁר הָיוּ טְמֵאִים לְנֶפֶשׁ וְגוֹ' וְלֹא יִתָּכֵן כִּדְמוֹכַח הָכָא שֶׁהָיָה בְּעֶרֶב הַפֶּסַח וְהַמִּשְׁכָּן הוּקַם בְּאֶחָד בְּנִיסָן וַאֲפִילּוּ לר"ע לֹא יִתָּכֵן לְפִי הַסְּפָרִים דְּגָרְסִינַן בִּפְסָחִים בְּפֶ' הָאִשָּׁה (דַּף צ:) רַב סָבַר לָהּ כְּר"ע דְּאָמַר מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן הָיוּ שֶׁחָל שְׁבִיעִי שֶׁלָּהֶן לִהְיוֹת בְּעֶרֶב הַפֶּסַח וּמִיהוּ אוֹתָהּ גִּירְסָא לֵיתָא אֶלָּא ר' יִצְחָק גָּרַס הָתָם וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ פָּרָשַׁת טְמֵאִים דְּשֶׁרֶץ וּנְבֵלָה וְזָב וְזָבָה וְנִדָּה לְפִי שֶׁהֻוצְרְכוּ לִיזָּהֵר עַל טֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו:
Dont le septième jour tomba la veille de Pessa'h. De là vient une difficulté contre ce que dit Rabbi Levi à la fin du chapitre HaNizakin (Guittin 60a) : huit sections furent énoncées le jour où le Michkan fut érigé, et il y compte la section des impurs ; Rachi y explique qu'il s'agit du passage il y eut des hommes qui étaient impurs par un mort, etc. Or cela ne se peut pas, comme il ressort d'ici que c'était la veille de Pessa'h, alors que le Michkan fut érigé le premier Nissan. Et même selon Rabbi Akiva cela ne convient pas, d'après les livres où nous lisons dans Pessahim, chapitre HaIcha (90b) : Rav tient comme Rabbi Akiva, qui dit que c'étaient Mishael et Eltsafan dont le septième jour tomba la veille de Pessa'h. Mais cette leçon n'est pas la bonne : c'est Rabbi Yitshak que l'on y lit. Il faut donc expliquer que la section des impurs [de Guittin] vise le cheretz, la nevela, le zav, la zava et la nidda, parce qu'il fallait les avertir sur l'impureté du sanctuaire et de ses offrandes.
💡 Explication

La Guemara renonce à identifier des personnages connus : c'étaient des inconnus occupés d'un met mitsva. Rachi prévient aussitôt que l'expression est ici lâche -- il ne s'agit pas forcément d'un mort abandonné, mais de tout mort dont on a le devoir de s'occuper, comme les sept proches parents pour lesquels le kohen se rend impur.

Ce qui compte, c'est le verrou du calendrier : leur septième jour tombe exactement la veille de Pessa'h. Ils redeviendront purs à la tombée de la nuit -- donc après l'abattage et l'aspersion de l'après-midi. C'est bien pourquoi le verset peut dire lo yakhelou, ils ne purent pas. Et la Guemara le confirme par une inférence : ce jour-là ils ne pouvaient pas, donc le lendemain ils l'auraient pu.

Rachi formule alors la règle en une phrase qui vaut pour tout le sujet : une mitsva légère qui se présente maintenant n'a pas à s'effacer devant une mitsva grave qui viendra plus tard.

3
צְרִיכָא, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן הָתָם — מִשּׁוּם דְּלָא מְטָא זְמַן חִיּוּבָא דְּפֶסַח, אֲבָל הָכָא, דִּמְטָא זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע — אֵימָא לָא, צְרִיכָא. וְאִי אַשְׁמְעִינַן הָכָא — מִשּׁוּם דְּלֵיכָּא כָּרֵת, אֲבָל הָתָם, דְּאִיכָּא כָּרֵת — אֵימָא לָא, צְרִיכָא.

Il fallait les deux. Car s'il ne nous avait enseigné que là-bas [le cas du Pessa'h], on aurait dit : c'est parce que le temps de l'obligation du Pessa'h n'était pas encore arrivé ; mais ici, où le temps du Kriat Chema est déjà arrivé, dis qu'il n'en va pas de même -- il fallait donc [les deux].

Et s'il ne nous avait enseigné qu'ici [le cas du Chema], on aurait dit : c'est parce qu'il n'y a pas de karet ; mais là-bas, où il y a un karet, dis qu'il n'en va pas de même -- il fallait donc [les deux].

📜 Rachi (4)
דְּלָא מְטָא זְמַן חִיּוּבָא כְּשֶׁנִּטְמְאוּ עֲדַייִן לֹא הִגִּיעַ זְמַן אֲכִילַת פֶּסַח:
Que le temps de l'obligation n'était pas arrivé -- lorsqu'ils se sont rendus impurs, le temps de la consommation du Pessa'h n'était pas encore venu.
אֲבָל קְרִיאַת שְׁמַע דִּמְטָא זְמַן חִיּוּב' בְּתוֹךְ הַחֻופָּה וְהוּא רָאוּי לְכָךְ אֵימָא לִיחַייַּב:
Mais -- pour le Kriat Chema, dont le temps de l'obligation arrive alors qu'il est déjà sous la houppa et qu'il est apte à l'accomplir, dis qu'il y soit tenu.
אֲבָל פֶּסַח דִּבְכָרֵת הוּא אֵימָא לָא יִטָּמְאוּ בְּמֵת כָּל שִׁבְעָה לִפְנֵי הַפֶּסַח:
Mais le Pessa'h, qui est passible de karet, dis que non -- c'est-à-dire : qu'ils ne se rendent pas impurs par un mort durant les sept jours qui précèdent Pessa'h.
צְרִיכָא לְמִיכְתַּב בַּיּוֹם הַהוּא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּנִטְמְאוּ תּוֹךְ שִׁבְעָה דְּעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה:
Il fallait -- écrire en ce jour-là, pour nous enseigner qu'ils se sont rendus impurs à l'intérieur des sept jours [précédant Pessa'h], car celui qui est occupé à une mitsva est dispensé de la mitsva.
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם דְּלָא מְטָא זְמַן חִיּוּבָא. וְאֵין לְהַקְשׁוֹת מֵהָא דְּדָרְשִׁינַן בְּרֵישׁ טְבוּל יוֹם (בִּזְבָחִים דַּף ק. וְשָׁם) דְּהוֹלֵךְ לִשְׁחוֹט אֶת פִּסְחוֹ מִטַּמֵּא לְמֵת מִצְוָה מִוְלַאֲחוֹתוֹ אַפֵּי' לְאַחַר חֲצוֹת דְּמֵת מִצְוָה שָׁאנֵי וְהָא דְּדָיֵיק הָכָא מִבָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי לְמֵת מִצְוָה נִטְמְאוּ לֹא מֵת מִצְוָה מַמָּשׁ אֶלָּא כְּלוֹמַר לִקְרוֹבִים כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וּלְאַחַר חֲצוֹת הוּא דְּאֵינוֹ מִטַּמֵּא כִּדְקָתָנֵי הָתָם אָמַרְתָּ לֹא יִטַּמָּא אֲבָל קֹודֶם חֲצוֹת יִטַּמָּא כִּדְקָאָמְרִינַן הָתָם בְּיוֹסֵף הַכֹּהֵן שֶׁמֵּתָה אִשְׁתּוֹ בְּעֶרֶב הַפֶּסַח וְנִמְנוּ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים וְטִמְּאוּהוּ בְּעַל כָּרְחוֹ אֲבָל קָשֶׁה (לְרַבָּה) דְּאָמַר הָתָם אִידִי וְאִידִי לְאַחַר חֲצוֹת כָּאן קֹודֶם שֶׁשָּׁחֲטוּ וְזָרְקוּ עָלָיו כָּאן לְאַחַר שֶׁשָּׁחֲטוּ וְזָרְקוּ עָלָיו אַלְמָא מִטַּמֵּא לִקְרוֹבִים אַפֵּי' הֵיכָא דִּמְטָא זְמַן חִיּוּבָא זְמַן הַפֶּסַח מֵאַחַר שֶׁלֹּא שָׁחֲטוּ וְזָרְקוּ עָלָיו וְאֵין לוֹמַר דְּהִיא גּוּפָא יָלְפִינַן מֵחָתָן דְּפָטוּר מק"ש דְּדִלְמָא שָׁאנֵי ק"ש דְּלֵית בֵּיהּ כָּרֵת כִּדְקָאָמַר הָכָא וְלָא אָתֵי מִינֵּיהּ פֶּסַח דְּאִיכָּא כָּרֵת וּמָטְיָא זְמַן חִיּוּבָא:
Parce que le temps de l'obligation n'était pas arrivé. Il ne faut pas objecter de ce que nous dérivons au début de Tevoul Yom (Zevahim 100a), à savoir que celui qui va abattre son [agneau] pascal se rend impur pour un met mitsva -- tiré du verset et pour sa sœur -- même après midi : car le met mitsva au sens strict est un cas à part. Et ce que la Guemara déduit ici de la baraita enseignant qu'ils se sont rendus impurs pour un met mitsva ne vise pas un met mitsva au sens strict, mais des proches parents, comme l'a expliqué Rachi. C'est après midi qu'il ne se rend pas impur, comme il y est enseigné : tu dis qu'il ne se rendra pas impur ; mais avant midi il se rend impur, comme il y est rapporté à propos de Yossef le kohen dont la femme mourut la veille de Pessa'h, et dont les frères kohanim se comptèrent [pour son Pessa'h] et le rendirent impur malgré lui. Mais il y a une difficulté contre Rabba, qui dit là-bas : dans les deux cas il s'agit d'après midi -- ici avant qu'on ait abattu et aspergé pour lui, là après qu'on ait abattu et aspergé pour lui. Il en ressort qu'il se rend impur pour ses proches même là où le temps de l'obligation du Pessa'h est arrivé, du moment qu'on n'a pas encore abattu et aspergé pour lui. Et l'on ne peut pas dire que cela même se dérive du hatan qui est dispensé du Kriat Chema : peut-être le Kriat Chema est-il différent, n'ayant pas de karet, comme il est dit ici -- et l'on n'en déduira pas le Pessa'h, où il y a un karet et où le temps de l'obligation est arrivé.
💡 Explication

La Guemara avait deux sources pour un même principe : le Pessa'h des impurs (Bamidbar 9,6) et la dispense du hatan pour le Kriat Chema (Devarim 6,7). Une seule aurait-elle suffi ? Non -- et la raison est en deux temps, la structure classique du tsrikha.

Chaque cas porte une faiblesse que l'autre corrige. Le Pessa'h : au moment où ils se sont rendus impurs, le temps de l'obligation n'était pas encore venu ; on aurait pu croire que seule une mitsva future cède. Le Chema : c'est une mitsva sans karet ; on aurait pu croire que seule une mitsva légère cède.

Les deux ensemble donnent le principe sans réserve : quel que soit le moment, quelle que soit la gravité de la mitsva écartée, celui qui est déjà occupé à une mitsva en est dispensé.

🖼️ Schéma
Tsrikha : pourquoi une seule source n'aurait pas suffi Deux cas du ossèk be-mitsva. Chacun a une faiblesse que l'autre n'a pas -- donc il fallait les deux Le Pessa'h -- Bamidbar 9,6 Ils s'occupent d'un mort, et cela leur coûte le sacrifice pascal. Sa faiblesse : quand ils se sont rendus impurs, le temps du Pessa'h n'était pas encore venu. On dirait donc : la mitsva à venir cède toujours. Le Chema -- Devarim 6,7 Le hatan est dispensé du Kriat Chema le soir de ses noces. Sa faiblesse : le Kriat Chema est une mitsva légère -- son omission n'entraîne pas de karet. On dirait donc : seule une mitsva légère cède. Chaque source comble le trou de l'autre Le Chema montre qu'on est dispensé même quand le temps de l'obligation est déjà venu -- ce que le Pessa'h seul ne montrait pas. Le Pessa'h montre qu'on est dispensé même d'une mitsva passible de karet -- ce que le Chema seul ne montrait pas. Résultat : le ossèk be-mitsva patour vaut sans réserve -- quel que soit le moment, quelle que soit la gravité de la mitsva écartée.
La logique du tsrikha : chaque source comble exactement le trou laissé par l'autre.
4
גּוּפָא, אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב: אָבֵל חַיָּיב בְּכָל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה חוּץ מִתְּפִילִּין, שֶׁהֲרֵי נֶאֱמַר בָּהֶן ״פְּאֵר״. מִדַּאֲמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא לִיחֶזְקֵאל ״פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ וְגוֹ׳״ — אַתְּ הוּא דְּמִיחַייְּבַתְּ, אֲבָל כֻּולֵּי עָלְמָא פְּטִירִי.

Revenons au fond [de l'enseignement cité plus haut]. Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav : l'endeuillé est tenu à toutes les mitsvot énoncées dans la Torah, à l'exception des tefilin, car il est dit à leur propos peer (parure).

Puisque le Miséricordieux a dit à Ye'hezkel : ta parure, ceins-la sur toi, etc. -- c'est toi qui y es tenu, mais tout le monde en est dispensé.

📜 Rachi (1)
מִדַּאֲמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא לִיחֶזְקֵאל כו' דְּקָאָמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא הִנְנִי לֹוקֵחַ מִמְּךָ אֶת מַחְמַד עֵינֶיךָ בְּמַגֵּפָה וְגוֹ' הֵאָנֵק דֹּום מֵתִים אֵבֶל לֹא תַעֲשֶׂה לֹא תִּתְאַבֵּל עָלֶיהָ פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עַל רֹאשְׁךָ שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ שְׁאָר אֲבֵלִים לְפִי שֶׁאֲנִי עוֹשֶׂה אוֹתְךָ אוֹת וּמוֹפֵת לְיִשְׂרָאֵל שֶׁכָּךְ עֲתִידִין לָמוּת מֵתֵיהֶן וְאֵין אִישׁ מִתְאַבֵּל עֲלֵיהֶם אַלְמָא אֲבָל אָסוּר בִּתְפִילִּין:
Puisque le Miséricordieux a dit à Ye'hezkel, etc. -- car le Miséricordieux lui a dit : voici que je prends de toi le désir de tes yeux par une plaie, etc. ; gémis en silence, ne fais pas le deuil des morts -- ne prends pas le deuil pour elle ; ta parure, ceins-la sur ta tête -- non pas à la manière des autres endeuillés, parce que je fais de toi un signe et un présage pour Israël : ainsi leurs morts mourront-ils un jour sans que personne ne prenne le deuil pour eux. Il en ressort que l'endeuillé a interdiction de porter les tefilin.
💡 Explication

Goufa -- revenons au fond : la Guemara avait cité au passage, en 25a, l'enseignement de Rav sur l'endeuillé, pour éprouver le critère de la tirda (la préoccupation). Elle y revient maintenant pour lui-même, et va en tirer une série de trois.

L'endeuillé est tenu à tout, sauf aux tefilin. La raison n'est pas qu'il est distrait, mais que les tefilin sont appelés peer, parure. Le prophète Ye'hezkel, à qui il est annoncé la mort de sa femme, reçoit l'ordre exceptionnel de ne pas prendre le deuil et de garder sa parure sur la tête -- pour servir de signe à Israël. Si l'ordre lui est adressé à lui seul, c'est que l'ordinaire est l'inverse : les autres, endeuillés, ne les portent pas.

5
וְהָנֵי מִילֵּי בְּיוֹם רִאשׁוֹן, דִּכְתִיב: ״וְאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מַר״.

Et cela ne vaut que pour le premier jour, ainsi qu'il est écrit : et sa fin comme un jour amer.

📜 Rachi (1)
וְהָנֵי מִילֵּי בְּיוֹם רִאשׁוֹן דְּעִיקַּר מְרָרָא חַד יוֹמָא כְּדִכְתִיב וְאַחֲרִיתָהּ כְּיוֹם מַר:
Et cela ne vaut que pour le premier jour -- car l'essentiel de l'amertume tient en un seul jour, comme il est écrit : et sa fin comme un jour amer.
💡 Explication

Une précision d'une ligne, qui limite fortement la dispense précédente. Le verset d'Amos (8,10) compare le deuil annoncé au deuil d'un fils unique, et sa fin comme un jour amer -- au singulier. L'essentiel de l'amertume tient donc en une journée.

Conséquence pratique : l'endeuillé ne s'abstient de tefilin que le premier jour. Dès le deuxième, il les porte comme tout le monde.

6
וְאָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב: אֲבָל חַיָּיב בַּסֻּוכָּה. פְּשִׁיטָא? מַהוּ דְתֵימָא: הוֹאִיל וְאָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב: מִצְטַעֵר פָּטוּר מִן הַסֻּוכָּה — הַאי נָמֵי מִצְטַעֵר הוּא, קָמַשְׁמַע לַן: הָנֵי מִילֵּי צַעֲרָא דְמִמֵּילָא, אֲבָל הָכָא, אִיהוּ הוּא דְּקָא מְצַעַר נַפְשֵׁיהּ, אִיבְּעִי לֵיהּ לְיַתּוֹבֵי דַּעְתֵּיהּ.

Et Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav : l'endeuillé est tenu à la souka. N'est-ce pas évident ?

On aurait pu dire : puisque Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav que celui qui souffre (mitstaèr) est dispensé de la souka, celui-ci aussi souffre [et devrait donc être dispensé] -- il nous enseigne donc que cela ne vaut que pour une souffrance qui vient d'elle-même ; mais ici, c'est lui-même qui se fait souffrir, il lui incombe d'apaiser son esprit.

📜 Rachi (3)
פְּשִׁיטָא מַאי שְׁנָא הָא מִשְּׁאָר מִצְוֹת דְּאַשְׁמְעִינַן רַב לְעֵיל דְּאָבֵל חַיָּיב בְּכָל הַמִּצְוֹת:
N'est-ce pas évident -- en quoi ce cas diffère-t-il des autres mitsvot, puisque Rav nous a enseigné plus haut que l'endeuillé est tenu à toutes les mitsvot ?
צַעֲרָא דְּמִמֵּילָא שֶׁהַסֻּוכָּה מְצַעַרְתּוֹ כְּגוֹן חַמָּה אוֹ צִינָּה אוֹ סִירְחָה בִּדְבָרִים שֶׁסִּיכֵּךְ בָּהֶן:
Une souffrance qui vient d'elle-même -- lorsque c'est la souka qui le fait souffrir : par exemple la chaleur, le froid, ou la mauvaise odeur des matières dont il a fait le skhakh.
מִיבְּעֵי לֵיהּ לְיַתּוֹבֵי דַּעְתֵּיהּ חוֹבָה עָלָיו לְייַשֵּׁב דַּעְתּוֹ לְמִצְוָה:
Il lui incombe d'apaiser son esprit -- c'est une obligation pour lui que de calmer son esprit en vue de la mitsva.
💡 Explication

Troisième enseignement de la série, et le seul qui appelle une objection : si l'endeuillé est tenu à tout, pourquoi le dire encore pour la souka ? La Guemara répond que la souka a une dispense propre -- celle du mitstaèr, celui qui souffre -- et qu'on aurait pu croire l'endeuillé couvert par elle.

La distinction est fine et vaut pour toute la sougya : la dispense du mitstaèr ne vise que la tsaara de-mimeila, la souffrance qui vient de la souka elle-même. La raison profonde est le principe tichvou ke-ein taddourou -- on doit y résider comme on réside chez soi ; une souka invivable n'est plus une demeure. Le chagrin de l'endeuillé, lui, ne vient pas du lieu : il le suivrait dans sa maison.

Et la formule de conclusion est exigeante : ivaei leh le-yatouvei daateh, il lui incombe d'apaiser son esprit. Rachi souligne que c'est une obligation, non un conseil.

🖼️ Schéma
Deux souffrances qui ne se ressemblent pas -- pourquoi le mitstaèr est dispensé et l'endeuillé non Même mot, tsaar, mais la source de la souffrance change tout Tsaara de-mimeila -- souffrance qui vient d'elle-même Rachi : la chaleur, le froid, la mauvaise odeur des branchages du skhakh. C'est la souka qui fait souffrir. La mitsva est de résider dans la souka comme on réside chez soi -- tichvou ke-ein taddourou. DISPENSÉ : personne n'habiterait là. Ihou de-ka metsaèr nafcheh -- il se fait souffrir lui-même L'endeuillé : la souka ne lui fait rien de plus que sa maison. Il porte son chagrin partout. Ce n'est pas le lieu qui fait souffrir. Le Roch précise : il voudrait s'isoler dans un lieu sombre pour rester absorbé dans sa peine. TENU : ivaei leh le-yatouvei daateh. Le principe qui sépare les deux colonnes La dispense du mitstaèr n'est pas une dispense accordée à la peine : c'est le constat qu'une souka invivable n'est plus une demeure. L'endeuillé, lui, n'a pas le devoir de souffrir. Il lui incombe au contraire d'apaiser son esprit pour accomplir la mitsva. Même logique qu'en 25a pour les tefilin.
Deux souffrances, deux statuts : ce qui vient de la souka dispense, ce qu'on porte en soi n'excuse pas.
7
וְאָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב: חָתָן וְהַשּׁוֹשְׁבִינִין וְכָל בְּנֵי הַחֻופָּה — פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה כָּל שִׁבְעָה. מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם דְּבָעוּ לְמִיחְדֵּי. וְלֵיכְלוּ בַּסֻּוכָּה וְלִיחְדּוֹ בַּסֻּוכָּה! אֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בַּחֻופָּה. וְלֵיכְלוּ בַּסֻּוכָּה וְלִיחְדּוֹ בַּחֻופָּה! אֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בִּמְקוֹם סְעוּדָה.

Et Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav : le hatan, les chochvinin (les compagnons du marié) et tous les gens de la houppa sont dispensés de la souka pendant les sept jours. Quelle en est la raison ?

Parce qu'ils doivent se réjouir. Alors qu'ils mangent dans la souka et se réjouissent dans la souka !

Il n'y a de réjouissance que dans la houppa. Alors qu'ils mangent dans la souka et se réjouissent dans la houppa !

Il n'y a de réjouissance qu'au lieu du repas.

📜 Rachi (1)
לְמִיחְדֵּי לִשְׂמֹוחַ:
Le-mihdei -- se réjouir.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בַּחֻופָּה. מַשְׁמַע מִכָּאן דְּאִם יָצָא חָתָן מֵחֻופָּתוֹ אַפֵּי' כַּלָּתוֹ עִמּוֹ וְהוֹלְכִים לֶאֱכֹול בְּבַיִת אַחֵר דְּאֵין מְבָרְכִין שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ וְלֹא בִּרְכַּת חֲתָנִים כֵּיוָן דְּאֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בְּחֻופָּה ובפ"ק דִּכְתֻובּוֹת (דַּף ז: וְשָׁם) אָמְרִינַן נָמֵי מְבָרְכִין בִּרְכַּת חֲתָנִים בְּבֵית חֲתָנִים מַשְׁמַע דַּוְקָא בִּמְקוֹם חֻופָּה דְּהוּא בֵּית חֲתָנִים וּמִיהוּ אֵין רְאָיָה מִשָּׁם דְּדִלְמָא לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יְהוּדָה קָא אָתֵי דְּאָמַר אַף בְּבֵית הָאֵירוּסִין מְבָרְכִין אוֹתָהּ וְצָרִיךְ לְדַקְדֵּק מַה הִיא חֻופָּה דְּאִי בְּמָקוֹם שֶׁבֵּרְכוּ תְּחִלָּה בִּרְכַּת נִישּׂוּאִין קָרֵי לֵיהּ חֻופָּה פְּעָמִים שָׁאפֵי' בִּרְחוֹב הָעִיר מְבָרְכִין אוֹתָהּ כְּשֶׁהָעָם מְרֻובִּין וְאֵין יְכוֹלִין לִיכָּנֵס בַּבַּיִת אֶלָּא מְקוֹם עִיקַּר יְשִׁיבַת חָתָן וְכַלָּה קָרֵי לֵיהּ חֻופָּה וְלֹא מָקוֹם הֶעָשׂוּי לְאַקְרַאי בְּעָלְמָא וְשָׁם מְבָרְכִין בִּרְכַּת חֲתָנִים כָּל שִׁבְעָה:
Il n'y a de réjouissance que dans la houppa. Il ressort d'ici que si le hatan sort de sa houppa, même avec sa kalla, et qu'ils vont manger dans une autre maison, on ne récite pas she-ha-simha bi-meono ni les birkot hatanim, puisqu'il n'y a de réjouissance que dans la houppa. Et au premier chapitre de Ketoubot (7b) nous disons également : on récite les birkot hatanim dans la maison des mariés -- ce qui indique précisément le lieu de la houppa, qui est la maison des mariés. Il n'y a toutefois pas de preuve de là, car peut-être cela vient-il seulement exclure l'avis de Rabbi Yehouda, qui dit qu'on la récite même dans la maison des fiançailles. Et il faut examiner ce qu'est la houppa : si l'on appelle houppa le lieu où l'on a récité d'abord la birkat nissouin, il arrive qu'on la récite jusque sur la place publique, quand la foule est nombreuse et ne peut pas entrer dans la maison. C'est donc plutôt le lieu principal où s'installent le hatan et la kalla que l'on appelle houppa, et non un lieu occupé de façon occasionnelle -- et c'est là qu'on récite les birkot hatanim pendant les sept jours.
⚖️ Rosh (2)
אָמַר ר' אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב אָבֵל חַיָּיב בַּסֻּוכָּה פְּשִׁיטָא מַהוּ דְּתֵימָא הוֹאִיל וְאָמַר רָבָא מִצְטַעֵר פָּטוּר מִן הַסֻּוכָּה הַאי נָמֵי מִצְטַעֵר הוּא בִּישִׁיבַת הַסֻּוכָּה יוֹתֵר מִבִּישִׁיבַת הַבַּיִת דְּאָבֵל חָפֵץ הוּא לִהְיוֹת מִתְבּוֹדֵד וְיוֹשֵׁב בִּמְקוֹם צַעַר וַאֲפִילָה כְּדֵי לִהְיוֹת טָרוּד בְּצַעֲרוֹ קמ"ל הנ"מ צַעֲרָא דְּמִמֵּילָא אֲבָל הָכָא אִיהוּ קָמִצְטַעַר נַפְשֵׁיהּ וּמִבָּעֵי לֵיהּ לְיַתּוֹבֵי דַּעְתֵּיהּ:
Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav : l'endeuillé est tenu à la souka. N'est-ce pas évident ? On aurait pu dire : puisque Rava a dit que celui qui souffre est dispensé de la souka, celui-ci aussi souffre -- car séjourner dans la souka lui est plus pénible que séjourner dans sa maison, l'endeuillé désirant s'isoler et se tenir en un lieu de peine et d'obscurité afin de rester absorbé dans son chagrin. Il nous enseigne donc que cela ne vaut que pour une souffrance qui vient d'elle-même ; mais ici, c'est lui-même qui se fait souffrir, et il lui incombe d'apaiser son esprit.
וְאָמַר ר' אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב הַחֲתָנִים וְהַשּׁוֹשְׁבִינִין וְכָל בְּנֵי הַחֻופָּה פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה כָּל ז' מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמִיחְדֵּי. וְלֵיכְלוּ וְלִיחְדּוֹ בַּסֻּוכָּה אֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בַּחֻופָּה מַשְׁמַע מִכָּאן דְּאִם הֶחָתָן יוֹצֵא מֵחֻופָּתוֹ וַאֲפִילּוּ כַּלָּתוֹ עִמּוֹ וְהוֹלְכִין לֶאֱכֹול בְּבַיִת אַחֵר אֵין מְבָרְכִין שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ וְלֹא בִּרְכַּת חֲתָנִים כֵּיוָן שֶׁאֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בְּחֻופָּה ובפ"ק דִּכְתֻובּוֹת נָמֵי אָמְרִינַן אֵין מְבָרְכִין בִּרְכַּת חֲתָנִים אֶלָּא בְּבֵית חֲתָנִים וּמִיהוּ אֵין רְאָיָה מִשָּׁם דְּשֶׁמָּא אֲתָא לְאַפּוּקֵי מָדָר' יְהוּדָה דְּאָמַר אַף בְּבֵית הָאֵירוּסִין מְבָרְכִין אוֹתָהּ וצ"ע מַה הִיא הַחֻופָּה אִי בְּמָקוֹם שֶׁמְּבָרְכִין בִּרְכַּת נִישּׂוּאִין דְּהַיְינוּ תְּחִילַּת נִישּׂוּאִין וּלְכָךְ קָרֵי לֵיהּ חֻופָּה אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כָּךְ דְּלִפְעָמִים שֶׁמְּבָרְכִין אוֹתָהּ בִּרְחוֹב הָעִיר כְּשֶׁהָעָם מְרֻובִּין אֶלָּא בִּמְקוֹם עִיקַּר יְשִׁיבַת הֶחָתָן וְהַכַּלָּה קָרֵי לֵיהּ חֻופָּה וְלֹא בְּמָקוֹם הֶעָשׂוּי לְאַקְרַאי בְּעָלְמָא וְשָׁם מְבָרְכִין בִּרְכַּת חֲתָנִים כָּל שִׁבְעָה וְנוֹהֲגִין בְּאַשְׁכְּנַז שֶׁעוֹשִׂין אַפִּרְיוֹן לְמוֹשַׁב הֶחָתָן וְהַכַּלָּה וְהוּא נִקְרָא חֻופָּה וְנִרְאֶה דְּמֵהָכָא אֵין רְאָיָה שֶׁאֵין לְבָרֵךְ בִּרְכַּת חֲתָנִים בְּמָקוֹם שֶׁהֶחָתָן וְהַכַּלָּה הוֹלְכִים לֶאֱכֹול בְּבַיִת אַחֵר דה"פ הָכָא אֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בַּחֻופָּה כֵּיוָן שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ לְהַנִּיחַ חֻופָּה אֶלָּא כְּדֵי לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה וְאַחַ"כּ חוֹזֵר לְחֻופָּתוֹ אֲבָל אִם הוֹלֵךְ לְגַמְרֵי לְבַיִת אַחֵר הוּא וַחֲבֵירָיו אַחֲרָיו וְעוֹשִׂים אוֹתוֹ בַּיִת עִיקָּר גַּם שָׁם נִקְרֵאת חֻופָּה וְיָכוֹל לְבָרֵךְ שָׁם בִּרְכַּת חֲתָנִים וְכֵן הָיָה מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁהוֹלִיךְ כַּלָּתוֹ לְעִיר אַחֶרֶת וְהִצְרִיכוּהוּ לְבָרֵךְ שָׁם בִּרְכַּת חֲתָנִים וי"א שֶׁאִם אוֹכְלִים בַּד' אוֹ בָּהּ' בָּתִּים שֶׁאֵין מְבָרְכִין שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ וּבִרְכַּת חֲתָנִים. אֵינוֹ אֶלָּא בְּבֵית הַחֻופָּה כִּדְמַשְׁמַע הָכָא שֶׁאֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בְּחֻופָּה וְנִרְאֶה שֶׁאִם יֵשׁ שַׁמָּשׁ שֶׁשִּׁימֵּשׁ בְּכָל הַבָּתִּים הַשַּׁמָּשׁ מְצָרְפָן וּמְבָרְכִין בְּכֻולָּן ז' בְּרָכוֹת כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף נ:) גַּבֵּי שְׁתֵּי חֲבוּרוֹת שֶׁאוֹכְלִים בִּשְׁנֵי בָּתִּים שֶׁהַשַּׁמָּשׁ מְצָרְפָן לְזִימּוּן וה"ר יְחִיאֵל אָמַר בְּשֵׁם ה"ר יְהוּדָה שֶׁאֲפִילּוּ אֵין שָׁם שַׁמָּשׁ כֵּיוָן שֶׁהִתְחִילוּ לֶאֱכֹול עִם אוֹתָם שֶׁבְּחֻופָּה כֻּולָּם חֲשׁוּבִים כְּאֶחָד לְשִׂמְחָה וּמְבָרְכִין בִּרְכַּת חֲתָנִים כֵּיוָן שֶׁאוֹכְלִין מִסְּעוּדָה שֶׁתִּקְּנוּ בִּשְׁבִיל הַחֻופָּה וְכֵן עַמָּא דְּבַר: וְלֶיעְבְּדוּ חֻופָּה בַּסֻּוכָּה אַבָּיֵי אָמַר מִשּׁוּם ייִחוּד רָבָא אָמַר מִשּׁוּם צַעַר חָתָן ר' זֵירָא אָכַל בַּסֻּוכָּה וְחָדֵי בַּסֻּוכָּה אָמַר כ"ש דְּחָדֵי לִיבְאֵי טְפֵי דְּעָבְדִינַן תַּרְתֵּי. יֵשׁ פּוֹסְקִין כַּר' זֵירָא וּמְבִיאִין רְאָיָה מִן הַיְרוּשַׁלְמִי ר' יִצְחָק בַּר מוֹרְיָין הֲוָה שׁוֹשְׁבִינֵיהּ דְּחַד בַּר נַשׁ אֲתָא שָׁייֵל לר"א א"ל דְּמוֹךְ בְּגוֹ מְטַלַּלְתָּךְ רַבִּי מוּנָא הֲוָה שׁוֹשְׁבִינֵיהּ דְּרַבִּי יַעֲקֹב וַאֲתָא וְשַׁיֵּיל לְרַבִּי א"ל דְּמוֹךְ בְּגוֹ מְטַלַּלְתָּךְ אֲבָל הָרַב אַלְפָסִי זַ"ל לֹא הֵבִיא אֶלָּא דִּבְרֵי רַבִּי אַבָּא וְנִרְאֶה שֶׁיֵּשׁ לַעֲשׂוֹת כְּעוֹבָדִין דִּירוּשַׁלְמִי וְכֵן כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר זַ"ל: ת"ר הֶחָתָן וְשׁוֹשְׁבִינָיו וְכָל בְּנֵי הַחֻופָּה פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין וְחַייָּבִין בק"ש: מִשּׁוּם ר' שִׁילָא אָמְרוּ הֶחָתָן פָּטוּר וְהַשּׁוֹשְׁבִינִין וְכָל בְּנֵי הַחֻופָּה חַייָּבִין הָנֵי תַּנָּאֵי אִית לְהוּ דְּהָעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה אֶלָּא ת"ק מְחַיֵּיב לְהוּ בק"ש מִשּׁוּם דְּעִיקַּר כַּווָּנַת קְרִיאָה הִיא בְּפָסוּק רִאשׁוֹן וּבְקַל יוּכַל לְכַוֵּין וּלְייַשֵּׁב דַּעְתּוֹ בְּפָסוּק רִאשׁוֹן וְרַבִּי שִׁילָא סָבַר דְּחָתָן אִי אֶפְשָׁר לוֹ לְכַוֵּין דַּעְתּוֹ כְּלָל. רַבִּי שִׁילָא לָא קָאָמַר דְּשׁוֹשְׁבִינִין וּבְנֵי חֻופָּה חַייָּבִין אֶלָּא בק"ש אֲבָל בִּתְפִלָּה וּתְפִילִּין מוֹדֶה דִּפְטוּרִין וְלֹא מִשּׁוּם דַּעֲסִיקִי בְּמִצְוֹת נִינְהוּ דְּא"כ אֲפִילּוּ מק"ש נָמֵי נִפְטְרֵי אֶלָּא וַדַּאי לָא מִיקְּרוּ עוֹסְקִים בְּמִצְוֹת וְהָא דִּפְטִירִי מִתְּפִלָּה לְפִי שֶׁמִּתּוֹךְ שִׂמְחָתָן אִי אֶפְשָׁר לָהֶם לְכַוֵּין לְהִתְפַּלֵּל מִשּׁוּם דִּשְׁכִיחִי בְּחֻופָּה שִׂמְחָה וְקַלּוּת רֹאשׁ וְהָא דִּפְטִירִי מִסֻּוכָּה מִשּׁוּם דְּאִי לָא חֲדוֹ בַּהֲדֵי חָתָן מִצְטַעֲרִין הָיוּ וַהֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁילָא דְּחָתָן פָּטוּר מק"ש:
Et Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav : les hatanim, les chochvinin et tous les gens de la houppa sont dispensés de la souka pendant les sept jours, parce qu'ils doivent se réjouir. Alors qu'ils mangent et se réjouissent dans la souka ! Il n'y a de réjouissance que dans la houppa. Il ressort d'ici que si le hatan sort de sa houppa, même avec sa kalla, et qu'ils vont manger dans une autre maison, on ne récite pas she-ha-simha bi-meono ni les birkot hatanim, puisqu'il n'y a de réjouissance que dans la houppa. Et au premier chapitre de Ketoubot nous disons également : on ne récite les birkot hatanim que dans la maison des mariés. Il n'y a toutefois pas de preuve de là, car peut-être cela vient-il exclure l'avis de Rabbi Yehouda, qui dit qu'on la récite même dans la maison des fiançailles. Et il faut examiner ce qu'est la houppa : si c'est le lieu où l'on récite la birkat nissouin, c'est-à-dire le début du mariage, et que c'est pour cela qu'on l'appelle houppa -- on ne peut pas le dire, car il arrive qu'on la récite sur la place publique quand la foule est nombreuse. C'est donc le lieu principal où s'installent le hatan et la kalla que l'on appelle houppa, et non un lieu occupé de façon occasionnelle -- et c'est là qu'on récite les birkot hatanim pendant les sept jours. En Achkenaz, l'usage est de dresser un dais pour le siège du hatan et de la kalla, et c'est cela qu'on appelle houppa. Il me semble qu'on ne peut pas tirer d'ici la preuve qu'il ne faudrait pas réciter les birkot hatanim là où le hatan et la kalla vont manger dans une autre maison. Car voici le sens de notre passage : il n'y a de réjouissance que dans la houppa -- puisqu'il n'a pas l'intention de quitter la houppa sinon pour manger dans la souka, après quoi il retourne à sa houppa. Mais s'il s'en va tout à fait dans une autre maison, lui et ses compagnons à sa suite, et qu'ils font de cette maison le lieu principal, celle-ci s'appelle aussi houppa et l'on peut y réciter les birkot hatanim. Et il en fut ainsi dans le cas d'un homme qui emmena sa kalla dans une autre ville : on l'obligea à y réciter les birkot hatanim. Certains disent que s'ils mangent dans quatre ou cinq maisons, on ne récite pas she-ha-simha bi-meono, et que les birkot hatanim ne se récitent que dans la maison de la houppa, comme il ressort d'ici qu'il n'y a de réjouissance que dans la houppa. Et il me semble que s'il y a un serviteur qui a servi dans toutes les maisons, ce serviteur les réunit et l'on récite dans toutes les sept bénédictions, comme il est dit au chapitre Cheloucha che-akhelou (Berakhot 50b) à propos de deux groupes qui mangent dans deux maisons, que le serviteur les réunit pour le zimoun. Et Rabbi Yehiel a dit au nom de Rabbi Yehouda que même s'il n'y a pas de serviteur, du moment qu'ils ont commencé à manger avec ceux de la houppa, tous sont considérés comme un seul groupe pour la réjouissance et l'on récite les birkot hatanim, puisqu'ils mangent du repas institué pour la houppa -- et tel est l'usage du peuple. Alors qu'ils fassent la houppa dans la souka ! Abaye dit : à cause du yihoud. Rava dit : à cause de la gêne du hatan. Rabbi Zera mangea dans la souka et se réjouit dans la souka ; il dit : à plus forte raison mon cœur s'en réjouit-il davantage, puisque nous accomplissons les deux. Certains tranchent comme Rabbi Zera et en apportent la preuve du Talmud de Jérusalem : Rabbi Yitshak bar Mourian était le chochvin d'un homme ; il vint interroger Rabbi Elazar, qui lui dit : dors dans ta souka. Rabbi Mouna était le chochvin de Rabbi Yaakov ; il vint interroger Rabbi, qui lui dit : dors dans ta souka. Mais le Rav Alfassi, de mémoire bénie, n'a rapporté que les paroles de Rabbi Abba. Il semble pourtant qu'il faille agir selon les faits rapportés dans le Talmud de Jérusalem, et c'est aussi ce qu'a écrit l'auteur du Ittour, de mémoire bénie. Nos maîtres ont enseigné : le hatan, ses chochvinin et tous les gens de la houppa sont dispensés de la tefila et des tefilin, mais tenus au Kriat Chema. Au nom de Rabbi Chila on a dit : le hatan est dispensé, mais les chochvinin et tous les gens de la houppa y sont tenus. Ces tanaim admettent tous que celui qui est occupé à une mitsva est dispensé de la mitsva ; seulement, le premier tana les tient au Kriat Chema parce que l'essentiel de la kavana de la lecture porte sur le premier verset, et qu'il peut aisément se concentrer et apaiser son esprit pour ce premier verset -- tandis que Rabbi Chila tient que le hatan ne peut pas fixer son esprit du tout. Rabbi Chila n'a dit que les chochvinin et les gens de la houppa étaient tenus que pour le Kriat Chema ; mais pour la tefila et les tefilin, il concède qu'ils sont dispensés -- non pas parce qu'ils seraient occupés à une mitsva, car s'il en était ainsi ils seraient dispensés du Kriat Chema également ; c'est donc bien qu'ils ne sont pas appelés occupés à une mitsva. S'ils sont dispensés de la tefila, c'est parce que leur joie les empêche de s'y concentrer, la houppa étant un lieu de réjouissance et de légèreté. Et s'ils sont dispensés de la souka, c'est parce que s'ils ne se réjouissaient pas auprès du hatan ils en souffriraient. Et la halakha est comme Rabbi Chila : le hatan est dispensé du Kriat Chema.
💡 Explication

Le sujet bascule de l'endeuillé au marié -- de la tristesse à la joie -- mais le mécanisme est le même : une occupation qui remplit l'esprit et le lieu. Rav dispense de souka le hatan, les chochvinin (les compagnons qui l'accompagnent) et tous les gens de la houppa, pendant les sept jours de fête.

La Guemara cherche alors à concilier les deux mitsvot, et se heurte à deux principes qui ferment successivement les issues. D'abord ein simha ela be-houppa : la réjouissance des noces n'a lieu que dans la houppa, c'est-à-dire au lieu principal où s'installent les mariés. Ensuite ein simha ela bi-mkom seouda : la joie n'a lieu qu'au lieu du repas -- on ne peut donc pas séparer le repas de la fête.

Tossefot et le Roch exploitent longuement la première formule pour une question toute pratique : où récite-t-on les birkot hatanim et le she-ha-simha bi-meono ? Le Roch conclut que le critère n'est pas le dais mais le lieu où les mariés s'installent vraiment -- si le couple s'établit ailleurs, cet ailleurs devient la houppa.

🖼️ Schéma
Le hatan et la souka : quatre issues proposées, quatre issues fermées À gauche l'objection, à droite la réponse. Chaque réponse ajoute un principe sur ce qu'est la simha Pourquoi seraient-ils dispensés ? Rav les dispense tous, sept jours durant. Mishoum de-baou le-mihdei Parce qu'ils doivent se réjouir. Qu'ils mangent ET se réjouissent dans la souka -- tout serait résolu. Ein simha ela be-houppa La joie n'a lieu que dans la houppa. Qu'ils mangent dans la souka et se réjouissent dans la houppa. Ein simha ela bi-mkom seouda La joie n'a lieu qu'au lieu du repas. Alors qu'ils installent la houppa elle-même dans la souka. Abaye : yihoud. Rava : gêne du hatan. Deux raisons, une nafka mina (segment 7). Segment 8 -- Rabbi Zera ne conteste pas la dispense : il raconte qu'il y a renoncé Il a mangé dans la souka et s'est réjoui dans la houppa. Non pas moins de joie, mais davantage : ke-chekhen de-hadi libai, mon cœur s'en réjouissait bien plus. Une dispense n'oblige à rien. Celui qui peut accomplir les deux y gagne -- mais on ne l'impose à personne.
Les quatre issues proposées pour réunir la souka et la houppa, et le principe qui ferme chacune.
8
וְלֶיעְבְּדוּ חֻופָּה בַּסֻּוכָּה? אַבַּיֵּי אָמַר: מִשּׁוּם ייִחוּד. וְרָבָא אָמַר: מִשּׁוּם צַעַר חָתָן. מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דִּשְׁכִיחִי אִינָשֵׁי דְּנָפְקִי וְעָיְילִי לְהָתָם. לְמַאן דְּאָמַר מִשּׁוּם ייִחוּד — לֵיכָּא. לְמַאן דְּאָמַר מִשּׁוּם צַעַר חָתָן — אִיכָּא.

Alors qu'ils fassent la houppa dans la souka ! Abaye dit : à cause du yihoud (l'isolement interdit).

Et Rava dit : à cause de la gêne du hatan. Quelle est la différence entre eux ?

La différence entre eux porte sur le cas où des gens ont l'habitude d'entrer et de sortir la-bas. Pour celui qui dit que c'est à cause du yihoud -- il n'y a pas [de problème].

Pour celui qui dit que c'est à cause de la gêne du hatan -- il y en a un.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם יִיחוּד דִּסְתָם סֻוכָּה הָיוּ עוֹשִׂין בְּגַגּוֹתֵיהֶן וְאֵין דֶּרֶךְ בִּיאָה וִיצִיאָה שָׁם לָרַבִּים תָּמִיד מִפְּנֵי הַטֹּורַח וְשֶׁמָּא יֵרֵד הֶחָתָן לַעֲשׂוֹת צְרָכָיו וְיִתְיַיחֵד אַחֵר עִם הַכַּלָּה:
À cause du yihoud -- car on faisait d'ordinaire les souka sur les toits, et il n'est pas courant que le public y entre et en sorte constamment, à cause de la peine ; il se peut donc que le hatan descende pour ses besoins et qu'un autre se retrouve seul avec la kalla.
צַעַר חָתָן שֶׁהַמָּקוֹם צַר וּפָתוּחַ שֶׁאֵין לָהּ אֶלָּא שָׁלֹשׁ דְּפָנוֹת וּבוֹשׁ לְשַׂחֵק עִם כַּלָּתוֹ:
La gêne du hatan -- car le lieu est étroit et ouvert, n'ayant que trois parois, et il a honte de folâtrer avec sa kalla.
💡 Explication

Dernière issue possible : puisque la joie doit avoir lieu dans la houppa et que le repas doit suivre la joie, qu'on installe la houppa dans la souka. Deux amoraim l'écartent, pour deux raisons différentes.

Abaye : à cause du yihoud. Rachi explique le décor : les souka se faisaient sur les toits, où l'on ne monte pas volontiers. Si le hatan redescend un instant, la kalla peut se retrouver seule avec un autre homme. Rava : à cause de la gêne du hatan -- une souka n'a que trois parois, elle est étroite et ouverte ; il n'y sera pas à son aise avec sa femme.

La nafka mina révèle la nature de chaque raison. Si la souka est un lieu de passage constant, le yihoud disparaît -- Abaye n'a plus d'objection. Mais la gêne, elle, ne fait qu'augmenter avec le nombre de regards : Rava maintient. Un interdit de fait contre une impossibilité psychologique.

🖼️ Schéma
Pourquoi ne pas installer la houppa dans la souka ? Abaye contre Rava Même conclusion pratique, deux raisons -- et une situation où elles se séparent Abaye : mishoum yihoud Les souka se faisaient sur les toits, où personne ne monte volontiers. Si le hatan descend pour ses besoins, un autre homme peut se retrouver seul avec la kalla. Un risque d'isolement interdit. Rava : mishoum tsaar hatan Le lieu est étroit et ouvert : trois parois seulement, rien qui ferme. Le hatan a honte de se réjouir avec sa kalla sous les regards. Une gêne, non un interdit. Nafka mina : une souka où les gens ne cessent d'entrer et de sortir Pour Abaye : leka -- plus de problème Le va-et-vient interdit tout isolement. La raison de la dispense tombe, on peut faire la houppa là. Le yihoud est une question de fait, pas de décor. Pour Rava : ika -- le problème demeure Le passage constant aggrave même la gêne : plus on regarde, moins le hatan est à son aise. La gêne, elle, augmente avec le nombre de témoins.
Deux raisons pour une même conclusion, et le cas où elles cessent de coïncider.
9
אָמַר רַבִּי זֵירָא: אֲנָא אֲכַלִי בַּסֻּוכָּה וַחֲדַי בַּחֻופָּה, וְכָל שֶׁכֵּן דְּחָדֵי לִיבַּאי דְּקָא עָבֵידְנָא תַּרְתֵּי.

Rabbi Zera a dit : moi, j'ai mangé dans la souka et je me suis réjoui dans la houppa -- et à plus forte raison mon cœur s'en réjouissait-il, puisque j'accomplissais les deux.

📜 Rachi (1)
תַּרְתֵּי שְׁתֵּי מִצְוֹת סֻוכָּה וּמִצְוַת נִישּׂוּאִין וּכְגוֹן שֶׁנָּשָׂא עֶרֶב הָרֶגֶל אֲבָל בְּתוֹךְ הָרֶגֶל קַייְמָא לַן בְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף ח:) דְּאֵין נוֹשְׂאִין נָשִׁים בַּמּוֹעֵד:
Les deux -- deux mitsvot : la mitsva de la souka et la mitsva du mariage. Et il s'agit du cas où il s'est marié la veille de la fête ; car pendant la fête, nous tenons dans Moed Katan (8b) qu'on n'épouse pas de femme durant hol ha-moed.
💡 Explication

Un témoignage à la première personne, rare dans le Talmud, et qui ne conteste rien : Rabbi Zera ne dit pas que la dispense est fausse, il raconte qu'il y a renoncé. Il a mangé dans la souka et s'est réjoui dans la houppa.

L'argument est fin. On pourrait croire qu'il s'est privé de joie -- il répond l'inverse : à plus forte raison mon cœur s'en réjouissait-il, puisqu'il faisait deux mitsvot au lieu d'une. Rachi précise le cadre : il s'était marié la veille de la fête, car on ne célèbre pas de mariage pendant hol ha-moed.

10
תָּנוּ רַבָּנַן: חָתָן וְהַשּׁוֹשְׁבִינִין וְכָל בְּנֵי חֻופָּה, פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין, וְחַייָּבִין בִּקְרִיאַת שְׁמַע.

Nos maîtres ont enseigné : le hatan, les chochvinin et tous les gens de la houppa sont dispensés de la tefila et des tefilin, mais ils sont tenus au Kriat Chema.

📜 Rachi (3)
פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה דְּבָעֲיָא כַּוָּונָה:
Dispensés de la tefila -- car elle exige la kavana (la concentration).
וּמִן הַתְּפִילִּין מִשּׁוּם דִּשְׁכִיחָא שִׁכְרוּת וְקַלּוּת רֹאשׁ:
Et des tefilin -- parce que l'ivresse et la légèreté d'esprit y sont fréquentes.
וְחַייָּבִין בְּקִרְיַת שְׁמַע דְּמִצְוַת כַּווָּנָתָהּ אֵינוֹ אֶלָּא פָּסוּק רִאשׁוֹן וִיכוֹלִים לְיַישֵּׁב דַּעְתָּן שָׁעָה קְטַנָּה כְּדֵי לִקְרֹוא פָּסוּק רִאשׁוֹן:
Et tenus au Kriat Chema -- car la kavana obligatoire ne porte que sur le premier verset, et ils peuvent apaiser leur esprit un court instant, le temps de lire le premier verset.
🗂️ Tossefot (1)
וְחַייָּבִין בק"ש. כִּדְפֵירֵשׁ בַּקְּוַנְט' דְּמִצְוַת כַּווָּנָתָהּ אֵינוֹ אֶלָּא פָּסוּק רִאשׁוֹן וִיכוֹלִין לְיַישֵּׁב דַּעְתָּן שָׁעָה קְטַנָּה כְּדֵי לִקְרֹוא פָּסוּק רִאשׁוֹן:
Et tenus au Kriat Chema. Comme l'a expliqué Rachi : la kavana obligatoire ne porte que sur le premier verset, et ils peuvent apaiser leur esprit un court instant, le temps de lire ce premier verset.
💡 Explication

Le amoud se conclut sur une baraita qui trie les mitsvot selon un critère nouveau : non plus la mitsva qui occupe, mais la kavana qui reste disponible. La tefila exige une concentration soutenue -- impossible ici. Les tefilin demandent un corps et un esprit tenus, et la houppa est un lieu où l'ivresse et la légèreté sont fréquentes.

Le Kriat Chema, lui, reste dû. Rachi en donne la raison décisive : la kavana obligatoire ne porte que sur le premier verset. Le temps d'une phrase, même un marié peut se ressaisir.

Le Roch, sur le segment 6, rapporte l'avis contraire de Rabbi Chila -- le hatan ne peut pas se concentrer du tout -- et tranche la halakha en ce sens. Il en tire au passage une remarque importante : si les chochvinin sont dispensés de la tefila, ce n'est pas au titre du ossek be-mitsva, sinon ils le seraient aussi du Chema ; c'est simplement que la joie rend la kavana impossible.

🖼️ Schéma
Le hatan et les gens de la houppa : ce dont ils sont dispensés, ce qui reste dû La baraita du segment 9, et l'avis de Rabbi Chila rapporté par le Roch sur le segment 6 Mitsva Tana kama (baraita) Rabbi Chila (via le Roch) Tefila dispensés -- elle exige la kavana dispensés -- tous, y compris les invités Tefilin dispensés -- ivresse et légèreté dispensés Kriat Chema TENUS -- tous un seul verset à tenir, on y arrive hatan DISPENSÉ, les autres tenus lui ne peut fixer son esprit du tout Ce que le Roch tire de ce désaccord Les deux tanaim admettent le ossek be-mitsva patour ; ils divergent seulement sur la kavana du premier verset -- possible pour l'un, impossible pour l'autre. Et si les chochvinin sont dispensés de tefila, ce n'est pas comme ossek be-mitsva -- sinon ils le seraient aussi du Chema -- mais parce que la fête rend la kavana impossible.
Ce dont le hatan et les gens de la houppa sont dispensés, selon la baraita et selon Rabbi Chila.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).