Sukkah 26a — Occupé à une mitsva, en chemin, malade ou gêné : la liste des dispenses de souka, puis manger et dormir hors d'elle

Sukkah 26a

Sougya : Le amoud s'ouvre en soldant la sougya du hatan : Rabbi Chila ne dispense que lui du Kriat Chema, et le Roch tranche comme lui. Vient alors la formulation la plus large du principe ossek be-mitsva patur min ha-mitsva -- la baraita de Rabbi Hanania ben Akavia, qui dispense de toutes les mitsvot de la Torah les scribes, leurs marchands, les marchands de leurs marchands et les vendeurs de tekhelet, tous artisans de l'ouvrage du Ciel.

Le folio descend ensuite la liste des dispenses de souka en grilles jour / nuit : voyageurs, gardiens de ville, gardiens de vergers -- avec la ligne à part des chlouhei mitsva, dispensés jour et nuit, illustrée par Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna dormant sur la berge de Soura. Sur le gardien de verger, Abaye et Rava s'opposent -- techvou ke-ein taduru contre pirtsa kore le-ganav -- avec pour nafka mina le gardien d'un tas de fruits.

Le seuil du malade descend jusqu'au mal aux yeux et au mal de tête, et la Guemara sépare nettement le malade, qui dispense aussi ses servants, du mitstaër, qui n'est dispensé que lui-même. La dernière moitié oppose manger et dormir : le repas occasionnel est mesuré sur ce que goûte l'étudiant avant la kalla, mais le sommeil occasionnel reste interdit hors de la souka.

Abaye objecte depuis les tefilin, Rav Mecharchia démolit la réponse du garant -- ton garant a besoin d'un garant --, Rabbi Yo'hanan propose la tête entre les genoux, et Rava renverse la table : ein keva li-chena. Le folio s'achève en triant trois baraitot contradictoires sur les tefilin selon leur position -- en main, sur la tête, sous un tissu -- et en chiffrant le sommeil occasionnel : le temps de marcher cent coudées.

Le fil du folio : on solde le ossek be-mitsva, puis on descend la liste des dispenses de souka Quinze segments. Deux pour fermer la sougya du hatan, quatre pour la michna des dispenses, neuf pour manger et dormir hors de la souka Segments 0 à 1 -- fin de la sougya ouverte à 25b : le principe ossek be-mitsva patur min ha-mitsva Rabbi Chila : le hatan seul est dispensé du Chema ; les chochvinin y sont tenus. Puis la baraita de Rabbi Hanania ben Akavia élargit au maximum. Scribes, marchands, marchands de marchands, vendeurs de tekhelet : tout artisan de l'ouvrage du Ciel est dispensé de toutes les mitsvot pendant qu'il travaille. C'est la formulation la plus large du principe dans le Chas. Elle sert de charnière vers la michna des dispenses de souka. Segments 2 à 5 -- les dispenses de mouvement : voyageurs, gardiens de ville, gardiens de vergers Trois baraitot en grille jour / nuit : on est dispensé à l'heure où l'occupation dure, tenu à l'autre heure. Voyage de mitsva : dispensé jour et nuit. Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna dorment sur la berge de Soura en allant chez le Rech Galouta : chlouhei mitsva anan. Gardiens de vergers : pourquoi ne pas y bâtir une souka ? Abaye : techvou ke-ein taduru. Rava : une brèche appelle le voleur. Nafka mina : le gardien d'un tas de fruits -- il peut le surveiller depuis la souka, donc pas de brèche ; mais toujours pas ke-ein taduru. Segments 6 à 8 -- le malade et le mitstaër : jusqu'où descend le seuil de la dispense ? La baraita descend très bas : même sans danger, même un mal aux yeux, même un mal de tête. Rabban Chimon ben Gamliel le raconte de lui-même, à Césarée. Rav autorise la moustiquaire à cause des moucherons ; Rava autorise de sortir à cause de l'odeur de la terre argileuse du sol. Question à la michna : elle ne parle que du malade ! Réponse : le malade dispense aussi ses servants, le mitstaër n'est dispensé que lui-même. Segments 9 à 14 -- manger arai est permis, dormir arai ne l'est pas : et la longue digression sur les tefilin Combien est un repas arai ? Rav Yossef : deux ou trois œufs. Abaye réfute et fixe la mesure sur ce que goûte l'étudiant avant la kalla. Le sommeil, lui, est interdit même arai. Rav Achi : gezera chema yeradem. Abaye objecte depuis les tefilin, où le sommeil arai est permis. Trois réponses successives : il confie son sommeil à un autre (réfuté), il met la tête entre les genoux, ou -- Rava -- ein keva li-chena. Le folio s'achève sur les tefilin : trois baraitot contradictoires triées par la position des tefilin, et la mesure du sommeil arai (cent coudées).
Le fil du folio : de la fin du ossek be-mitsva à la liste des dispenses, puis au manger et au dormir hors de la souka.
Qui est dispensé de la souka ? Les deux racines de toutes les dispenses du folio Toute dispense de ce amoud remonte à l'une des deux -- et le folio ne cesse de tester laquelle s'applique RACINE 1 : ossek be-mitsva patur Une mitsva en occupe une autre. Rabbi Yossi ha-Guelili. RACINE 2 : techvou ke-ein taduru La souka n'exige pas plus que ce qu'on fait chez soi. Le hatan et les gens de la houppa (25b-26a) Dispensés de souka sept jours : ils doivent se réjouir. Scribes, marchands, vendeurs de tekhelet (seg. 1) Dispensés de tout, tant qu'ils sont à l'ouvrage du Ciel. Chlouhei mitsva en chemin (seg. 2) Dispensés jour ET nuit -- même s'ils ne marchent que le jour : la pensée de la mitsva les occupe aussi la nuit (Rachi). Voyageurs profanes (seg. 2) Chez soi on part en voyage : la souka ne l'interdit pas. Gardiens de vergers (seg. 4) On n'emporte pas lits et ustensiles au verger : pas ke-ein taduru. Le mitstaër et le malade (seg. 6-8) On n'habite pas un lieu où l'on souffre (Tossefot seg. 2). Même sans danger : mal aux yeux, mal de tête. La ligne de partage que le folio trace au segment 8 Malade = dispense pour lui ET pour ceux qui le servent. Mitstaër = dispense pour lui seul. Pourquoi ? Servir un malade est soi-même une occupation contrainte ; accompagner un gênant ne l'est pas. La limite que le Roch pose au segment 2 -- à retenir Être en mitsva ne dispense pas en permanence : sinon tsitsit et tefilin dispenseraient de tout, toute la journée. On n'est dispensé qu'à l'instant où la seconde mitsva ferait vraiment perdre la première.
Les deux racines de toute dispense de souka -- ossek be-mitsva et techvou ke-ein taduru -- et la ligne de partage malade / mitstaër.
Manger arai / dormir arai : pourquoi la souka traite les deux différemment Segments 9 à 12 -- la question, les deux explications concurrentes, et le détour par les tefilin MANGER : arai permis hors de la souka Rav Yossef : arai = deux ou trois ke-beitsa (volumes d'œuf). Abaye réfute : souvent cela suffit -- c'est déjà un repas fixe. Abaye : la mesure de ce que goûte l'étudiant avant la kalla. Soit une pleine bouchée = un ke-beitsa (Tossefot, Roch). Ne vaut que pour le pain : les fruits n'exigent pas la souka. DORMIR : même arai interdit hors de la souka Rav Achi : gezera chema yeradem -- de peur qu'il ne sombre. Rava : ein keva li-chena -- il n'y a pas de fixité pour le sommeil. Un homme ne se fixe pas pour dormir : un somme lui suffit. Donc tout sommeil est déjà son sommeil -- rien n'est arai. Rami bar Ye'hezkel : arai = le temps de marcher cent coudées. L'objection d'Abaye : mais on permet bien de dormir arai avec les tefilin ! Pourquoi ne pas y craindre chema yeradem ? Rav Yossef fils de Rav Ilai Il confie son sommeil à un autre, qui le réveillera avant qu'il sombre. RÉFUTE -- Rav Mecharchia : ton garant a besoin d'un garant. Rabba bar bar Hana / R. Yo'hanan Il place sa tête entre ses genoux : dans cette position, assurément, il ne sombrera pas. La crainte est neutralisée. Rava -- il change de terrain On ne craint pas du tout chema yeradem. Tefilin : permis, car le vrai motif là-bas est la flatulence, pas le sommeil. Souka : ein keva li-chena. Ce que Rava gagne : deux problèmes, deux motifs distincts, plus aucune contradiction Tefilin : le danger est d'émettre un vent -- un court somme ne le produit pas, donc arai est permis. Souka : il n'y a pas de sommeil occasionnel du tout -- donc rien à permettre hors de la souka.
Manger arai permis, dormir arai interdit : la question, les trois réponses successives, et le renversement de Rava.
1
מִשּׁוּם רַבִּי שֵׁילָא אָמְרוּ: חָתָן פָּטוּר, וְהַשּׁוֹשְׁבִינִין וְכָל בְּנֵי הַחֻופָּה חַיָּיבִין.

Au nom de Rabbi Chila on a dit : le hatan (jeune marié) est dispensé [du Kriat Chema], mais les chochvinin (garçons d'honneur) et tous les gens de la houppa y sont tenus.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם ר' שֵׁילָא אָמְרוּ חָתָן פָּטוּר מִקְּרִיאַת שְׁמַע דִּטְרִיד וּשְׁאָר בְּנֵי חֻופָּה חַייָּבִין וְלֵית לְהוּ לְהָנֵי תַּנָּאֵי הָעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה:
Du Kriat Chema, parce qu'il est préoccupé (tarid) ; et les autres gens de la houppa y sont tenus -- ces Tanaim ne retiennent donc pas [ici] le principe : celui qui est occupé à une mitsva est dispensé de [l'autre] mitsva.
🗂️ Tossefot (1)
חָתָן פָּטוּר מִקְּרִיאַת שְׁמַע. דִּטְרִיד וּשְׁאָר בְּנֵי חֻופָּה חַייָּבִין לֵית לְהוּ לְהָנֵי תַּנָּאֵי הָעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה כִּדְפֵירֵשׁ בִּקְוַנְט' וְקַשְׁיָא דְּאִי לֵית לְהוּ א"כ יִתְחַיֵּיב חָתָן בַּסֻּוכָּה וּמַשְׁמַע דִּבְחָתָן פּוֹטֵר יוֹתֵר מָתָ"ק לְכָךְ נִרְאֶה דְּקָסָבַר חָתָן אֵין יָכוֹל לְכַוֵּין דַּעְתּוֹ כְּלָל אַפֵּי' בְּפָסוּק רִאשׁוֹן אֲבָל שְׁאָר בְּנֵי חֻופָּה יְכוֹלִין לְכַוֵּין וְאַקְּרִיאַת שְׁמַע לְחוּדֵיהּ קָאֵי וּבְכוּלְּהוּ אַחֲרֵינִי מוֹדֵי לת"ק:
Le hatan est dispensé du Kriat Chema : parce qu'il est préoccupé, tandis que les autres gens de la houppa y sont tenus -- ces Tanaim ne retiennent pas le principe celui qui est occupé à une mitsva est dispensé de la mitsva, comme l'a expliqué Rachi. Mais c'est difficile : s'ils ne le retiennent pas, le hatan devrait alors être tenu à la souka ! Or il ressort que, pour le hatan, [Rabbi Chila] dispense plus largement que le Tana Kama. Il paraît donc [préférable de dire] qu'il tient que le hatan ne peut absolument pas concentrer son esprit (kavana), pas même sur le premier verset, tandis que les autres gens de la houppa le peuvent ; son propos ne porte donc que sur le Kriat Chema, et sur tout le reste il s'accorde avec le Tana Kama.
⚖️ Rosh (1)
וְאָמַר ר' אַבָּא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַב הַחֲתָנִים וְהַשּׁוֹשְׁבִינִין וְכָל בְּנֵי הַחֻופָּה פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה כָּל ז' מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמִיחְדֵּי. וְלֵיכְלוּ וְלִיחְדּוֹ בַּסֻּוכָּה אֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בַּחֻופָּה מַשְׁמַע מִכָּאן דְּאִם הֶחָתָן יוֹצֵא מֵחֻופָּתוֹ וַאֲפִילּוּ כַּלָּתוֹ עִמּוֹ וְהוֹלְכִין לֶאֱכֹול בְּבַיִת אַחֵר אֵין מְבָרְכִין שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ וְלֹא בִּרְכַּת חֲתָנִים כֵּיוָן שֶׁאֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בְּחֻופָּה ובפ"ק דִּכְתֻובּוֹת נָמֵי אָמְרִינַן אֵין מְבָרְכִין בִּרְכַּת חֲתָנִים אֶלָּא בְּבֵית חֲתָנִים וּמִיהוּ אֵין רְאָיָה מִשָּׁם דְּשֶׁמָּא אֲתָא לְאַפּוּקֵי מָדָר' יְהוּדָה דְּאָמַר אַף בְּבֵית הָאֵירוּסִין מְבָרְכִין אוֹתָהּ וצ"ע מַה הִיא הַחֻופָּה אִי בְּמָקוֹם שֶׁמְּבָרְכִין בִּרְכַּת נִישּׂוּאִין דְּהַיְינוּ תְּחִילַּת נִישּׂוּאִין וּלְכָךְ קָרֵי לֵיהּ חֻופָּה אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כָּךְ דְּלִפְעָמִים שֶׁמְּבָרְכִין אוֹתָהּ בִּרְחוֹב הָעִיר כְּשֶׁהָעָם מְרֻובִּין אֶלָּא בִּמְקוֹם עִיקַּר יְשִׁיבַת הֶחָתָן וְהַכַּלָּה קָרֵי לֵיהּ חֻופָּה וְלֹא בְּמָקוֹם הֶעָשׂוּי לְאַקְרַאי בְּעָלְמָא וְשָׁם מְבָרְכִין בִּרְכַּת חֲתָנִים כָּל שִׁבְעָה וְנוֹהֲגִין בְּאַשְׁכְּנַז שֶׁעוֹשִׂין אַפִּרְיוֹן לְמוֹשַׁב הֶחָתָן וְהַכַּלָּה וְהוּא נִקְרָא חֻופָּה וְנִרְאֶה דְּמֵהָכָא אֵין רְאָיָה שֶׁאֵין לְבָרֵךְ בִּרְכַּת חֲתָנִים בְּמָקוֹם שֶׁהֶחָתָן וְהַכַּלָּה הוֹלְכִים לֶאֱכֹול בְּבַיִת אַחֵר דה"פ הָכָא אֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בַּחֻופָּה כֵּיוָן שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ לְהַנִּיחַ חֻופָּה אֶלָּא כְּדֵי לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה וְאַחַ"כּ חוֹזֵר לְחֻופָּתוֹ אֲבָל אִם הוֹלֵךְ לְגַמְרֵי לְבַיִת אַחֵר הוּא וַחֲבֵירָיו אַחֲרָיו וְעוֹשִׂים אוֹתוֹ בַּיִת עִיקָּר גַּם שָׁם נִקְרֵאת חֻופָּה וְיָכוֹל לְבָרֵךְ שָׁם בִּרְכַּת חֲתָנִים וְכֵן הָיָה מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁהוֹלִיךְ כַּלָּתוֹ לְעִיר אַחֶרֶת וְהִצְרִיכוּהוּ לְבָרֵךְ שָׁם בִּרְכַּת חֲתָנִים וי"א שֶׁאִם אוֹכְלִים בַּד' אוֹ בָּהּ' בָּתִּים שֶׁאֵין מְבָרְכִין שֶׁהַשִּׂמְחָה בִּמְעוֹנוֹ וּבִרְכַּת חֲתָנִים. אֵינוֹ אֶלָּא בְּבֵית הַחֻופָּה כִּדְמַשְׁמַע הָכָא שֶׁאֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בְּחֻופָּה וְנִרְאֶה שֶׁאִם יֵשׁ שַׁמָּשׁ שֶׁשִּׁימֵּשׁ בְּכָל הַבָּתִּים הַשַּׁמָּשׁ מְצָרְפָן וּמְבָרְכִין בְּכֻולָּן ז' בְּרָכוֹת כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף נ:) גַּבֵּי שְׁתֵּי חֲבוּרוֹת שֶׁאוֹכְלִים בִּשְׁנֵי בָּתִּים שֶׁהַשַּׁמָּשׁ מְצָרְפָן לְזִימּוּן וה"ר יְחִיאֵל אָמַר בְּשֵׁם ה"ר יְהוּדָה שֶׁאֲפִילּוּ אֵין שָׁם שַׁמָּשׁ כֵּיוָן שֶׁהִתְחִילוּ לֶאֱכֹול עִם אוֹתָם שֶׁבְּחֻופָּה כֻּולָּם חֲשׁוּבִים כְּאֶחָד לְשִׂמְחָה וּמְבָרְכִין בִּרְכַּת חֲתָנִים כֵּיוָן שֶׁאוֹכְלִין מִסְּעוּדָה שֶׁתִּקְּנוּ בִּשְׁבִיל הַחֻופָּה וְכֵן עַמָּא דְּבַר: וְלֶיעְבְּדוּ חֻופָּה בַּסֻּוכָּה אַבָּיֵי אָמַר מִשּׁוּם ייִחוּד רָבָא אָמַר מִשּׁוּם צַעַר חָתָן ר' זֵירָא אָכַל בַּסֻּוכָּה וְחָדֵי בַּסֻּוכָּה אָמַר כ"ש דְּחָדֵי לִיבְאֵי טְפֵי דְּעָבְדִינַן תַּרְתֵּי. יֵשׁ פּוֹסְקִין כַּר' זֵירָא וּמְבִיאִין רְאָיָה מִן הַיְרוּשַׁלְמִי ר' יִצְחָק בַּר מוֹרְיָין הֲוָה שׁוֹשְׁבִינֵיהּ דְּחַד בַּר נַשׁ אֲתָא שָׁייֵל לר"א א"ל דְּמוֹךְ בְּגוֹ מְטַלַּלְתָּךְ רַבִּי מוּנָא הֲוָה שׁוֹשְׁבִינֵיהּ דְּרַבִּי יַעֲקֹב וַאֲתָא וְשַׁיֵּיל לְרַבִּי א"ל דְּמוֹךְ בְּגוֹ מְטַלַּלְתָּךְ אֲבָל הָרַב אַלְפָסִי זַ"ל לֹא הֵבִיא אֶלָּא דִּבְרֵי רַבִּי אַבָּא וְנִרְאֶה שֶׁיֵּשׁ לַעֲשׂוֹת כְּעוֹבָדִין דִּירוּשַׁלְמִי וְכֵן כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר זַ"ל: ת"ר הֶחָתָן וְשׁוֹשְׁבִינָיו וְכָל בְּנֵי הַחֻופָּה פְּטוּרִין מִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין וְחַייָּבִין בק"ש: מִשּׁוּם ר' שִׁילָא אָמְרוּ הֶחָתָן פָּטוּר וְהַשּׁוֹשְׁבִינִין וְכָל בְּנֵי הַחֻופָּה חַייָּבִין הָנֵי תַּנָּאֵי אִית לְהוּ דְּהָעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה אֶלָּא ת"ק מְחַיֵּיב לְהוּ בק"ש מִשּׁוּם דְּעִיקַּר כַּווָּנַת קְרִיאָה הִיא בְּפָסוּק רִאשׁוֹן וּבְקַל יוּכַל לְכַוֵּין וּלְייַשֵּׁב דַּעְתּוֹ בְּפָסוּק רִאשׁוֹן וְרַבִּי שִׁילָא סָבַר דְּחָתָן אִי אֶפְשָׁר לוֹ לְכַוֵּין דַּעְתּוֹ כְּלָל. רַבִּי שִׁילָא לָא קָאָמַר דְּשׁוֹשְׁבִינִין וּבְנֵי חֻופָּה חַייָּבִין אֶלָּא בק"ש אֲבָל בִּתְפִלָּה וּתְפִילִּין מוֹדֶה דִּפְטוּרִין וְלֹא מִשּׁוּם דַּעֲסִיקִי בְּמִצְוֹת נִינְהוּ דְּא"כ אֲפִילּוּ מק"ש נָמֵי נִפְטְרֵי אֶלָּא וַדַּאי לָא מִיקְּרוּ עוֹסְקִים בְּמִצְוֹת וְהָא דִּפְטִירִי מִתְּפִלָּה לְפִי שֶׁמִּתּוֹךְ שִׂמְחָתָן אִי אֶפְשָׁר לָהֶם לְכַוֵּין לְהִתְפַּלֵּל מִשּׁוּם דִּשְׁכִיחִי בְּחֻופָּה שִׂמְחָה וְקַלּוּת רֹאשׁ וְהָא דִּפְטִירִי מִסֻּוכָּה מִשּׁוּם דְּאִי לָא חֲדוֹ בַּהֲדֵי חָתָן מִצְטַעֲרִין הָיוּ וַהֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁילָא דְּחָתָן פָּטוּר מק"ש:
Et Rabbi Abba bar Zavda a dit au nom de Rav : les hatanim, les chochvinin et tous les gens de la houppa sont dispensés de la souka pendant les sept [jours], parce qu'ils doivent se réjouir. Et qu'ils mangent et se réjouissent donc dans la souka ! -- il n'y a de joie qu'à la houppa. On en déduit d'ici que si le hatan sort de sa houppa, même avec son épouse, et qu'ils vont manger dans une autre maison, on ne récite pas che-ha-simha bi-meono ni les birkot hatanim, puisqu'il n'y a de joie qu'à la houppa. Et au premier chapitre de Ketoubot nous disons aussi qu'on ne récite les birkot hatanim que dans la maison des époux ; toutefois il n'y a pas de preuve de là, car peut-être vient-on seulement exclure l'avis de Rabbi Yehouda qui dit qu'on les récite même dans la maison des fiançailles. Et il faut examiner ce qu'est la houppa : si c'est le lieu où l'on récite les birkot nissouin, c'est-à-dire le début du mariage, et qu'on l'appellerait pour cela houppa -- impossible de dire ainsi, car parfois on les récite sur la place publique quand la foule est nombreuse. Plutôt, c'est le lieu principal où résidents le hatan et la kalla que l'on appelle houppa, et non un lieu occasionnel ; et c'est là qu'on récite les birkot hatanim pendant sept jours. En Achkenaz on a l'usage de dresser un dais (apiryon) pour le siège du hatan et de la kalla, et c'est cela qu'on appelle houppa. Et il paraît qu'on ne peut pas prouver d'ici qu'il ne faudrait pas réciter les birkot hatanim là où le hatan et la kalla vont manger dans une autre maison ; car voici le sens ici : il n'y a de joie qu'à la houppa -- puisqu'il n'a pas l'intention de quitter la houppa sinon pour manger dans la souka, et qu'il retourne ensuite à sa houppa. Mais s'il s'en va complètement dans une autre maison, lui et ses compagnons à sa suite, et qu'ils font de cette maison le lieu principal, celle-ci est aussi appelée houppa et on peut y réciter les birkot hatanim. Et ainsi advint-il pour un homme qui conduisit son épouse dans une autre ville : on l'obligea à y réciter les birkot hatanim. Certains disent que s'ils mangent dans quatre ou cinq maisons, on ne récite ni che-ha-simha bi-meono ni les birkot hatanim, lesquelles n'ont lieu que dans la maison de la houppa, comme il ressort d'ici qu'il n'y a de joie qu'à la houppa. Et il paraît que s'il y a un servant (chamach) qui a servi dans toutes ces maisons, le servant les rassemble et l'on récite dans toutes les sept bénédictions -- comme il est dit au chapitre Chelocha che-akhelou (Berakhot 50b) au sujet de deux compagnies qui mangent dans deux maisons, que le servant les rassemble pour le zimoun. Et Rabbi Yehiel a dit au nom de Rabbi Yehouda que même s'il n'y a pas de servant, puisqu'ils ont commencé à manger avec ceux de la houppa, tous sont considérés comme un seul quant à la joie, et l'on récite les birkot hatanim, puisqu'ils mangent du repas institué pour la houppa ; et tel est l'usage. -- Et qu'on fasse donc la houppa dans la souka ! Abaye dit : à cause du yihoud (l'isolement du couple). Rava dit : à cause de la gêne du hatan. Rabbi Zera mangea dans la souka et s'y réjouit, disant : à plus forte raison mon cœur se réjouit-il davantage, puisque nous accomplissons les deux. Certains tranchent comme Rabbi Zera et apportent une preuve du Yerouchalmi : Rabbi Yitshak bar Mourian était chochvin d'un homme ; il vint interroger Rabbi Elazar, qui lui dit : dors dans ta souka. Rabbi Mona était chochvin de Rabbi Yaakov ; il vint interroger Rabbi, qui lui dit : dors dans ta souka. Mais le Rav Alfassi (le Rif) de mémoire bénie n'a rapporté que les propos de Rabbi Abba. Et il paraît qu'il faut agir selon les faits du Yerouchalmi ; ainsi a écrit le Baal ha-Itour de mémoire bénie. -- Nos maîtres ont enseigné : le hatan, ses chochvinin et tous les gens de la houppa sont dispensés de la tefila et des tefilin, mais sont tenus au Kriat Chema. Au nom de Rabbi Chila on a dit : le hatan est dispensé, mais les chochvinin et tous les gens de la houppa y sont tenus. Ces Tanaim retiennent bien que celui qui est occupé à une mitsva est dispensé de la mitsva ; seulement, le Tana Kama les oblige au Kriat Chema parce que l'essentiel de la kavana de la lecture tient au premier verset, et qu'on peut aisément s'y concentrer et apaiser son esprit ; tandis que Rabbi Chila tient que le hatan ne peut absolument pas concentrer son esprit. Rabbi Chila n'a dit que les chochvinin et les gens de la houppa étaient tenus qu'au sujet du Kriat Chema ; mais pour la tefila et les tefilin il admet qu'ils sont dispensés -- non pas parce qu'ils seraient occupés à une mitsva, car alors ils seraient dispensés du Kriat Chema aussi ; assurément ils ne sont pas appelés occupés à une mitsva. S'ils sont dispensés de la tefila, c'est que, du fait de leur joie, ils ne peuvent pas se concentrer pour prier, la houppa étant un lieu de joie et de légèreté. Et s'ils sont dispensés de la souka, c'est que, s'ils ne se réjouissaient pas avec le hatan, ils en souffriraient. Et la halakha est comme Rabbi Chila : le hatan est dispensé du Kriat Chema.
💡 Explication

Ce premier segment est la fin de la sougya ouverte à la fin de 25b : le folio précédent avait posé que le hatan, les chochvinin et tous les gens de la houppa sont dispensés de la souka sept jours durant. Une baraita les dispensait de la tefila et des tefilin mais les tenait au Kriat Chema ; ici, Rabbi Chila resserre : seul le hatan est dispensé du Chema.

Rachi lit ce désaccord comme un rejet du principe ossek be-mitsva patur min ha-mitsva : si ces Tanaim l'acceptaient, ils dispenseraient tout le monde. Tossefot objecte que cette lecture coûte trop cher -- elle rendrait le hatan tenu à la souka, ce que personne ne dit. Tossefot déplace donc le désaccord sur la kavana : le hatan est trop absorbé pour se concentrer, ne serait-ce que sur le premier verset ; les autres, eux, en sont capables.

Le Roch tranche explicitement : halakha ke-Rabbi Chila, le hatan est dispensé du Kriat Chema. Sa longue notice déborde largement du sujet et fixe au passage une question devenue classique -- où peut-on réciter les birkot hatanim, et que désigne exactement le mot houppa.

2
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן עֲקַבְיָא: כּוֹתְבֵי סְפָרִים תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת, הֵן וְתַגָּרֵיהֶן וְתַגָּרֵי תַּגָּרֵיהֶן וְכָל הָעוֹסְקִין בִּמְלֶאכֶת שָׁמַיִם, לַאֲתוּיֵי מוֹכְרֵי תְּכֵלֶת — פְּטוּרִין מִקְּרִיאַת שְׁמַע וּמִן הַתְּפִלָּה וּמִן הַתְּפִילִּין וּמִכָּל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה, לְקַייֵּם דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי, שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר: הָעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה.

Il a été enseigné (baraita) : Rabbi Hanania ben Akavia a dit : les scribes de rouleaux [de Torah], de tefilin et de mezouzot -- eux, leurs marchands, et les marchands de leurs marchands, et tous ceux qui s'occupent de l'ouvrage du Ciel, ce qui vient inclure les vendeurs de tekhelet -- sont dispensés du Kriat Chema, de la tefila, des tefilin et de toutes les mitsvot énoncées dans la Torah ; [cela] pour confirmer les paroles de Rabbi Yossi ha-Guelili, car Rabbi Yossi ha-Guelili disait : celui qui est occupé à une mitsva est dispensé de [l'autre] mitsva.

📜 Rachi (2)
תַּגָּרֵיהֶן הַלּוֹקְחִין מֵהֶן כְּדֵי לִמְכֹּור וּלְהַמְצִיאָן לַצָּרִיךְ לָהֶם:
Leurs marchands : ceux qui achètent chez eux afin de revendre et de procurer [ces objets] à qui en a besoin.
מוֹכְרֵי תְּכֵלֶת לְצִיצִית:
Les vendeurs de tekhelet : [la teinture de pourpre] pour les tsitsit.
🗂️ Tossefot (1)
וּמִכָּל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה. מַאי דְּאִיצְטְרִיךְ לְמִיחְשַׁב הָנֵי אַגַּב דְּחַשְׁבִינְהוּ בַּבָּרַיְיתָא קַמַּיְיתָא:
Et de toutes les mitsvot énoncées dans la Torah : pourquoi fallait-il énumérer celles-là [le Chema, la tefila, les tefilin] ? C'est incidemment, parce qu'elles avaient déjà été énumérées dans la première baraita.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא ר' חֲנִינָא בֶּן עֲקַבְיָא אוֹמֵר כּוֹתְבֵי סְפָרִים תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת הֵן וְתַגָּרֵיהֶן וְתַגָּרֵי תַּגָּרֵיהֶן וְכָל הָעוֹסְקִין בִּמְלֶאכֶת שָׁמַיִם לְאֵתוֹיֵי מוֹכְרֵי תְכֵלֶת פְּטוּרִין מק"ש מִתְּפִלָּה וּמִתְּפִילִּין וּמִכָּל מִצְוֹת הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה לְקַייֵּם דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר כָּל הָעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה:
Il a été enseigné : Rabbi Hanina ben Akavia dit : les scribes de rouleaux, de tefilin et de mezouzot -- eux, leurs marchands, et les marchands de leurs marchands, et tous ceux qui s'occupent de l'ouvrage du Ciel, ce qui vient inclure les vendeurs de tekhelet -- sont dispensés du Kriat Chema, de la tefila, des tefilin et de toutes les mitsvot énoncées dans la Torah, pour confirmer les paroles de Rabbi Yossi ha-Guelili, car Rabbi Yossi ha-Guelili disait : quiconque est occupé à une mitsva est dispensé de [l'autre] mitsva.
💡 Explication

Voici la formulation la plus large du principe ossek be-mitsva patur min ha-mitsva dans tout le Talmud. La baraita élargit deux fois : d'abord en personnes -- non seulement le scribe qui écrit, mais celui qui lui achète pour revendre, et même le revendeur du revendeur ; ensuite en objet -- non seulement les mitsvot énumérées, mais toutes les mitsvot de la Torah.

La clé est l'expression melekhet chamayim (l'ouvrage du Ciel) : c'est elle qui absorbe les vendeurs de tekhelet, qui ne fabriquent rien eux-mêmes. Le critère n'est pas d'accomplir la mitsva, mais de faire exister les objets par lesquels d'autres l'accompliront.

Tossefot pose une petite question de style : pourquoi énumérer Chema, tefila et tefilin, puisqu'on dit ensuite toutes les mitsvot ? Réponse : par aggav -- par entraînement, parce que la baraita précédente les avait déjà nommées.

🖼️ Schéma
Qui est dispensé de la souka ? Les deux racines de toutes les dispenses du folio Toute dispense de ce amoud remonte à l'une des deux -- et le folio ne cesse de tester laquelle s'applique RACINE 1 : ossek be-mitsva patur Une mitsva en occupe une autre. Rabbi Yossi ha-Guelili. RACINE 2 : techvou ke-ein taduru La souka n'exige pas plus que ce qu'on fait chez soi. Le hatan et les gens de la houppa (25b-26a) Dispensés de souka sept jours : ils doivent se réjouir. Scribes, marchands, vendeurs de tekhelet (seg. 1) Dispensés de tout, tant qu'ils sont à l'ouvrage du Ciel. Chlouhei mitsva en chemin (seg. 2) Dispensés jour ET nuit -- même s'ils ne marchent que le jour : la pensée de la mitsva les occupe aussi la nuit (Rachi). Voyageurs profanes (seg. 2) Chez soi on part en voyage : la souka ne l'interdit pas. Gardiens de vergers (seg. 4) On n'emporte pas lits et ustensiles au verger : pas ke-ein taduru. Le mitstaër et le malade (seg. 6-8) On n'habite pas un lieu où l'on souffre (Tossefot seg. 2). Même sans danger : mal aux yeux, mal de tête. La ligne de partage que le folio trace au segment 8 Malade = dispense pour lui ET pour ceux qui le servent. Mitstaër = dispense pour lui seul. Pourquoi ? Servir un malade est soi-même une occupation contrainte ; accompagner un gênant ne l'est pas. La limite que le Roch pose au segment 2 -- à retenir Être en mitsva ne dispense pas en permanence : sinon tsitsit et tefilin dispenseraient de tout, toute la journée. On n'est dispensé qu'à l'instant où la seconde mitsva ferait vraiment perdre la première.
Les deux racines de toute dispense de souka -- ossèk be-mitsva et techvou ke-ein taduru -- et la limite que le Roch pose au principe.
3
תָּנוּ רַבָּנַן: הוֹלְכֵי דְּרָכִים בַּיּוֹם — פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה בַּיּוֹם, וְחַייָּבִין בַּלַּיְלָה. הוֹלְכֵי דְּרָכִים בַּלַּיְלָה — פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה בַּלַּיְלָה וְחַייָּבִין בַּיּוֹם. הוֹלְכֵי דְרָכִים בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה — פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה. הוֹלְכִין לִדְבַר מִצְוָה — פְּטוּרִין בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה. כִּי הָא דְּרַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא כִּי הֲווֹ עָיְילִי בְּשַׁבְּתָא דְּרִגְלָא לְבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא, הֲווֹ גָּנוּ אַרַקְתָּא דְסוּרָא, אָמְרִי: אֲנַן שְׁלוּחֵי מִצְוָה אֲנַן וּפְטוּרִין.

Nos maîtres ont enseigné : ceux qui voyagent de jour sont dispensés de la souka le jour et y sont tenus la nuit. Ceux qui voyagent de nuit sont dispensés de la souka la nuit et y sont tenus le jour.

Ceux qui voyagent de jour et de nuit sont dispensés de la souka aussi bien le jour que la nuit. Ceux qui vont pour une affaire de mitsva sont dispensés aussi bien le jour que la nuit.

Comme dans ce cas de Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna : lorsqu'ils se rendaient, le Chabbat de la fête, à la maison du Rech Galouta (l'Exilarque), ils dormaient sur la berge [du fleuve] de Soura, disant : nous sommes des émissaires d'une mitsva (chlouhei mitsva), et nous sommes dispensés.

📜 Rachi (4)
הוֹלְכֵי דְרָכִים בַּיּוֹם פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה בַּיּוֹם דִּכְתִיב בַּסֻּוכֹּות תֵּשְׁבוּ כְּעֵין יְשִׁיבַת בֵּיתוֹ כְּשֵׁם שֶׁכָּל הַשָּׁנָה אֵינוֹ נִמְנָע מִלֶּכֶת בַּדֶּרֶךְ בִּסְחוֹרָה כָּךְ כָּל יְמוֹת הֶחָג שֶׁאֵינוֹ יוֹם טוֹב לֹא הִצְרִיכוֹ הַכָּתוּב לִמְנֹועַ:
Car il est écrit : dans des soukot vous résiderez -- à la manière dont on réside dans sa maison. De même que toute l'année un homme ne s'abstient pas de partir en voyage pour son commerce, de même durant les jours de la fête qui ne sont pas Yom Tov, l'Écriture ne l'a pas obligé à s'en abstenir.
הוֹלְכִים לִדְבַר מִצְוָה פְּטוּרִין בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה אַף עַל פִּי שֶׁאֵין הוֹלְכִין אֶלָּא בַּיּוֹם וּמִשּׁוּם דִּטְרִידִים וְדוֹאֲגִים בְּמַחֲשֶׁבֶת הַמִּצְוָה וּבְתִיקּוּנֶיהָ פְּטוּרִין מִן הַמִּצְוָה:
Bien qu'ils ne marchent que le jour ; et parce qu'ils sont préoccupés et soucieux de la pensée de la mitsva et de ses préparatifs, ils sont dispensés de la mitsva.
אַרַקְתָּא עַל שְׂפַת הַנָּהָר:
Arkata : sur la berge du fleuve.
שְׁלוּחֵי מִצְוָה אֲנַן שֶׁבָּאנוּ לִשְׁמֹועַ הַדְּרָשָׁה וּלְהַקְבִּיל פְּנֵי רֵישׁ גָּלוּתָא:
Nous sommes des émissaires d'une mitsva : car nous sommes venus entendre la dracha et saluer le Rech Galouta.
🗂️ Tossefot (2)
הוֹלְכֵי דְּרָכִים בְּיוֹם. כָּל זֶה נָפְקָא מִתִּשְׁבּוּ כְּעֵין תָּדוּרוּ שֶׁכְּשֵׁם שֶׁאָדָם בְּבֵיתוֹ אֵינוֹ נִמְנָע מִלָּצֵאת לַדֶּרֶךְ וְכֵן מִצְטַעֵר דְּפָטְרוּ לְעֵיל מִן הַסֻּוכָּה הַייְנוּ מִתִּשְׁבּוּ כְּעֵין תָּדוּרוּ דְּאֵין אָדָם דָּר בְּמָקוֹם שֶׁמִּצְטַעֵר:
Ceux qui voyagent de jour : tout cela découle de techvou ke-ein taduru -- de même qu'un homme, chez lui, ne s'abstient pas de partir en voyage. Et de même le mitstaër (celui qui souffre), qu'on a dispensé plus haut de la souka : cela aussi découle de techvou ke-ein taduru, car un homme n'habite pas dans un lieu où il souffre.
וְחַייָּבִין בַּלַּיְלָה. כְּשֶׁאָדָם לָן בַּלַּיְלָה בַּיִּישּׁוּב:
Et y sont tenus la nuit : lorsque l'homme passe la nuit dans un lieu habité.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' שְׁלוּחֵי מִצְוָה פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה פרש"י הוֹלְכִין בְּדֶרֶךְ מִצְוָה פְּטוּרִין בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה וּמַשְׁמַע אע"פ שֶׁאֵין הוֹלְכִין אֶלָּא בַּיּוֹם דְּאִי אָזְלִי בִּימָמָא וּבְלֵילְיָא אֲפִילּוּ לִדְבַר הָרְשׁוּת פְּטִירִי כִּדְקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף כו.) וְכֵן מוּכָח נָמֵי בְּעֻובְדָּא דְּרַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא דְּגָנוּ אַרַקְתָּא דְּנַהֲרָא וְתֵימַהּ אִם יְכוֹלִין לְקַייֵּם אֶת שְׁנֵיהֶם אַמַּאי פְּטוּרִין אַטּוּ אָדָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ צִיצִית בְּבִגְדוֹ וּתְפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ מִי מִיפְטָר בְּכָךְ מִשְּׁאָר מִצְוֹת וּבְפֶרֶק הַמֻּודָּר הֲנָאָה דַּף לג: אוֹמְרִים דְּהַמֻּודָּר הֲנָאָה מֵחֲבֵירוֹ מַחֲזִיר לוֹ אֲבֵידָתוֹ אע"ג דִּמְהַנֵּי לוֹ פְּרוּטָה דְּרַב יוֹסֵף מִשּׁוּם דִּפְרוּטָה דְּרַב יוֹסֵף לָא שְׁכִיחָא וְאִי כָּל זְמַן שֶׁהָאֲבֵידָה בְּבֵיתוֹ מִיפְטָר מִלִּיתֵּן פַּת לֶעָנִי אִם כֵּן שְׁכִיחָא הִיא אֶלָּא וַדַּאי לָא מִיפְּטַר אֶלָּא בְּשָׁעָה שֶׁהוּא עָסוּק כְּגוֹן טַלִּית שֶׁל אֲבֵידָה וְשׁוֹטְחָהּ לְצָורְכָהּ אוֹ בְּהֵמָה בְּשָׁעָה שֶׁנּוֹתֵן לָהּ מְזוֹנוֹת דְּלָא שְׁכִיחָא שֶׁבְּאוֹתָהּ שָׁעָה יָבֹא עָנִי לִשְׁאוֹל פַּת וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּהָכָא נָמֵי אַיְירֵי בכה"ג שֶׁאִם יֵשׁ לוֹ לַחֲזֹור אַחַר סֻוכָּתוֹ לְצֹורֶךְ הַלַּיְלָה יְבַטֵּל מִמִּצְוָתוֹ בַּיּוֹם: גְּמ' שְׁלוּחֵי מִצְוָה וְכוּ' מִנָּלַן דת"ר בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ פְּרָט לְעוֹסֵק בְּמִצְוָה וּבְלֶכְתְּךָ בַּדֶּרֶךְ פְּרָט לְחָתָן:
Michna : les émissaires d'une mitsva (chlouhei mitsva) sont dispensés de la souka. Rachi explique : ceux qui vont en chemin pour une mitsva sont dispensés aussi bien le jour que la nuit -- ce qui implique même s'ils ne marchent que le jour ; car s'ils marchaient de jour et de nuit, ils seraient dispensés même pour une affaire profane, comme l'enseigne la baraita plus loin (Souka 26a). Et cela ressort aussi du fait rapporté de Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna, qui dormirent sur la berge du fleuve. Et c'est étonnant : s'ils peuvent accomplir les deux, pourquoi seraient-ils dispensés ? Est-ce qu'un homme qui a des tsitsit à son vêtement et des tefilin sur la tête serait par là dispense des autres mitsvot ?! Et au chapitre ha-Modar Hanaa (Nedarim 33b) on dit que celui à qui l'on a interdit par vœu de tirer profit de son compagnon peut lui rendre son objet perdu, bien que cela lui procure la perouta de Rav Yossef -- parce que la perouta de Rav Yossef n'est pas fréquente. Or si, tant que l'objet perdu est chez lui, il était dispensé de donner du pain au pauvre, elle serait alors fréquente ! Assurément donc, il n'est dispensé qu'au moment où il est effectivement occupé : par exemple lorsqu'il étend le taleth de l'objet perdu pour son entretien, ou lorsqu'il donne à manger à la bête -- moments où il n'est pas fréquent qu'un pauvre vienne justement alors demander du pain. Il faut donc dire qu'ici aussi il s'agit d'un cas semblable : si, pour la nuit, il devait revenir sur ses pas jusqu'à sa souka, il annulerait sa mitsva [du jour]. Guemara : les émissaires d'une mitsva, etc. -- d'où le savons-nous ? Nos maîtres ont enseigné : be-chivtekha be-véitekha (quand tu es assis dans ta maison) -- à l'exclusion de celui qui est occupé à une mitsva ; ou-ve-lékhtekha va-derekh (et quand tu vas en chemin) -- à l'exclusion du hatan.
💡 Explication

La baraita est bâtie en grille : on est dispensé de la souka a l'heure où l'occupation dure, et tenu à l'autre heure. Le raisonnement est celui de techvou ke-ein taduru : la souka n'exige jamais plus que ce qu'on ferait chez soi, et personne ne renonce à voyager parce qu'il a une maison.

La quatrième ligne casse la grille : les chlouhei mitsva sont dispensés jour et nuit, même s'ils ne marchent que le jour. Rachi explique pourquoi -- ils sont tridim, absorbés par la pensée de la mitsva et de ses préparatifs, et cette occupation ne s'arrête pas au coucher du soleil. Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna en donnent l'illustration vécue : ils dorment à la belle étoile sur la berge de Soura en allant à la dracha du Rech Galouta.

Le Roch pose ici la limite décisive du principe, avec une objection percutante : si être en mitsva dispensait en permanence, quiconque porte tsitsit et tefilin serait dispensé de toute la Torah toute la journée. Il conclut, en s'appuyant sur la sougya de Nedarim 33b (la perouta de Rav Yossef), qu'on n'est dispensé qu'à l instant précis où l'autre mitsva ferait vraiment perdre celle en cours -- ici, si retourner à la souka pour la nuit compromettait le voyage du lendemain.

🖼️ Schéma
La grille jour / nuit des baraitot : on est dispensé à l'heure où l'occupation dure Même structure pour les voyageurs (seg. 2) et pour les gardiens de ville (seg. 3) -- sauf la dernière ligne Quand dure l'occupation Souka le JOUR Souka la NUIT Occupé le jour seulement DISPENSÉ TENU Occupé la nuit seulement TENU DISPENSÉ Occupé jour et nuit DISPENSÉ DISPENSÉ En chemin pour une MITSVA -- même s'il ne marche que le jour Voyageurs seulement. Cette ligne n'existe pas pour les gardiens de ville. DISPENSÉ DISPENSÉ Pourquoi la ligne mitsva déborde-t-elle sur la nuit ? Rachi : parce qu'ils sont préoccupés et soucieux de la pensée de la mitsva et de ses préparatifs -- l'occupation ne s'arrête pas au coucher du soleil. Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna en donnent l'illustration : ils dorment sur la berge de Soura sans souka, en route vers la dracha du Rech Galouta. Le Roch précise la limite : ce n'est vrai que si revenir à la souka pour la nuit ferait perdre la mitsva du lendemain.
La grille jour / nuit des baraitot sur les voyageurs et les gardiens, et pourquoi la ligne chlouhei mitsva déborde sur la nuit.
4
תָּנוּ רַבָּנַן: שׁוֹמְרֵי הָעִיר בַּיּוֹם — פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה בַּיּוֹם, וְחַייָּבִין בַּלַּיְלָה. שׁוֹמְרֵי הָעִיר בַּלַּיְלָה — פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה בַּלַּיְלָה, וְחַייָּבִין בַּיּוֹם. שׁוֹמְרֵי הָעִיר בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה — פְּטוּרִים מִן הַסֻּוכָּה בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה.

Nos maîtres ont enseigné : les gardiens de la ville qui gardent de jour sont dispensés de la souka le jour et y sont tenus la nuit. Les gardiens de la ville de nuit sont dispensés de la souka la nuit et y sont tenus le jour.

Les gardiens de la ville de jour comme de nuit sont dispensés de la souka aussi bien le jour que la nuit.

💡 Explication

La baraita des gardiens de ville reprend mot pour mot la structure de celle des voyageurs -- mais sans la quatrième ligne : il n'y a pas ici de catégorie mitsva. La répétition n'est pas un remplissage : elle établit que la règle vaut pour toute occupation qui immobilise à une heure donnée, quelle qu'en soit la nature, profane ou non.

Noter ce que la baraita ne demande pas : elle ne demande jamais au gardien de bâtir une souka a son poste. La question ne surgira qu'au segment suivant, pour les gardiens de vergers -- et c'est justement cette différence qui va révéler le vrai motif de la dispense.

5
שׁוֹמְרֵי גִּנּוֹת וּפַרְדֵּסִים — פְּטוּרִין בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה. וְלִיעְבְּדוּ סֻוכָּה הָתָם וְלִיתְּבוּ? אַבַּיֵּי אָמַר: ״תֵּשְׁבוּ״ — כְּעֵין תָּדוּרוּ.

Les gardiens de jardins et de vergers sont dispensés aussi bien le jour que la nuit. Mais qu'ils fassent donc une souka là-bas et qu'ils y demeurent !

Abaye a dit : [le verset dit] techvou -- vous résiderez : à la manière dont vous habitez.

📜 Rachi (2)
שׁוֹמְרֵי גִּנּוֹת וּפַרְדֵּסִין אֵין זָזִין מִשָּׁם:
Les gardiens de jardins et de vergers : ils ne bougent pas de là.
כְּעֵין תָּדוּרוּ כְּדֶרֶךְ שֶׁהוּא דָּר כָּל הַשָּׁנָה בְּבֵיתוֹ הִזְקִיקַתּוּ תּוֹרָה לְהַנִּיחַ דִּירָתוֹ וְלָדוּר כָּאן בַּסֻּוכָּה עִם מִטּוֹתָיו וּכְלֵי תַּשְׁמִישׁוֹ וּמֻצְּעוֹתָיו וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל לַהֲבִיאָן שָׁם מִפְּנֵי הַטֹּורַח:
Ke-ein taduru : de la manière dont il habite toute l'année dans sa maison, la Torah l'a obligé à quitter sa demeure et à habiter ici dans la souka, avec ses lits, ses ustensiles et sa literie ; or celui-ci ne peut pas les apporter la-bas, à cause de la peine [que cela demanderait].
💡 Explication

Ici la Guemara pose enfin la question évidente : le gardien de verger, lui, ne bouge pas (Rachi) -- alors qu'il bâtisse une souka sur place ! Le fait que la Guemara ne l'ait pas demandé aux gardiens de ville se comprend : eux dorment chez eux, en ville.

Abaye répond par techvou ke-ein taduru, mais dans son sens le plus exigeant, que Rachi déplie : la souka n'est pas une cabane symbolique -- la Torah demande qu'on y déménage son mode de vie, lits, ustensiles, literie compris. Transporter tout cela au verger relève du tirha (peine excessive) ; la mitsva ne s'applique donc pas.

6
רָבָא אָמַר: פִּרְצָה קוֹרְאָה לְגַנָּב. מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּקָא מְנַטַּר כַּרְיָא דְפֵירֵי.

Rava a dit : une brèche appelle le voleur. Quelle est la différence entre eux [Abaye et Rava] ?

Il y a entre eux [le cas où] il garde un tas de fruits.

📜 Rachi (2)
פִּרְצָה קוֹרְאָה לְגַנָּב מְשַׁל הֶדְיוֹט הוּא וְאַף כָּאן הַגַּנָּב רוֹאֶה אוֹתוֹ יוֹשֵׁב בַּסֻּוכָּה בַּלַּיְלָה וְהוּא נִכְנָס וְגוֹנֵב הַפֵּירוֹת לְרוּחַ אַחֶרֶת:
Une brèche appelle le voleur : c'est un proverbe populaire. Ici aussi, le voleur le voit assis dans la souka la nuit, alors il entre d'un autre côté et vole les fruits.
כַּרְיָא דְּפֵירֵי כְּרִי שֶׁל פֵּירוֹת שֶׁהוּא תָּמִיד לְפָנָיו וְיָכוֹל לְשָׁומְרָן וְאֵין כָּאן פִּרְצָה קוֹרְאָה לְגַנָּב:
Kerya de-firei : un tas de fruits, qui se trouve constamment devant lui et qu'il peut donc surveiller ; et il n'y a pas ici de brèche qui appelle le voleur.
🗂️ Tossefot (1)
פִּרְצָה קוֹרְאָה לְגַנָּב. לָאו מִשּׁוּם דְּלֵית לֵיהּ לְרָבָא דְּרָשָׁה דְּתֵשְׁבוּ כְּעֵין תָּדוּרוּ דְּבָרַיְיתָא הִיא לְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף כֹּח:):
Une brèche appelle le voleur : ce n'est pas que Rava rejetterait l'exégèse de techvou ke-ein taduru -- c'est une baraita [explicite], plus loin dans notre chapitre (Souka 28b).
💡 Explication

Rava donne une raison entièrement différente, et très concrète : la souka localise le gardien. Le voleur, sachant désormais où il se trouve, entrera par un autre côté. Le proverbe pirtsa kore le-ganav -- une brèche appelle le voleur -- signifie ici que l'occasion crée le larcin.

La nafka mina est élégante : le gardien d'un kérya de-firei, un tas de fruits amoncelé devant lui. Il peut le surveiller sans quitter la souka, donc l'argument de Rava tombe et il redevient tenu à la souka ; mais pour Abaye la souka de verger reste une non-maison, et il demeure dispensé.

Tossefot prévient d'un contresens : il ne faut pas croire que Rava conteste techvou ke-ein taduru -- c'est une baraita explicite (28b), il ne peut pas la rejeter. Il ajoute seulement une seconde raison, cumulative.

🖼️ Schéma
Le gardien de verger : deux raisons de le dispenser, une seule différence pratique La question est simple : qu'il bâtisse une souka dans le verger ! Abaye et Rava répondent autrement. ABAYE -- techvou ke-ein taduru La souka doit ressembler à la maison où l'on vit : lits, ustensiles, literie (Rachi). Or il ne peut pas les transporter au verger. Le problème est le DEMENAGEMENT. RAVA -- pirtsa kore le-ganav Proverbe populaire : une brèche appelle le voleur. La souka signale où le gardien se trouve ; le voleur entre alors par un autre côté (Rachi). Le problème est la VISIBILITÉ du gardien. NAFKA MINA : il garde un tas de fruits (kérya de-firei) Le tas est constamment devant lui : il peut le surveiller depuis l'intérieur de la souka. Donc plus aucune brèche à offrir au voleur. Pour RAVA : sa raison tombe -- il est donc TENU à la souka. Pour ABAYE : la souka du verger reste une non-maison -- il est toujours DISPENSÉ. Tossefot précise que Rava ne rejette pas techvou ke-ein taduru : c'est une baraita explicite plus loin (28b). Il ajoute seulement une seconde raison.
Abaye et Rava sur le gardien de verger : deux motifs distincts, une seule différence pratique -- le tas de fruits.
7
חוֹלִים וּמְשַׁמְּשֵׁיהֶם. תָּנוּ רַבָּנַן: חוֹלֶה שֶׁאָמְרוּ, לֹא חוֹלֶה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סַכָּנָה, אֶלָּא אֲפִילּוּ חוֹלֶה שֶׁאֵין בּוֹ סַכָּנָה. אֲפִילּוּ חָשׁ בְּעֵינָיו, וַאֲפִילּוּ חָשׁ בְּרֹאשׁוֹ. אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: פַּעַם אַחַת חַשְׁתִּי בְּעֵינֵי בְּקֵיסָרִי, וְהִתִּיר רַבִּי יוֹסֵי בְּרִיבִּי לִישַׁן אֲנִי וּמְשַׁמְּשַׁי חוּץ לַסֻּוכָּה.

[La michna a dit :] les malades et ceux qui les servent [sont dispensés de la souka]. Nos maîtres ont enseigné : le malade dont ils ont parlé, ce n'est pas [seulement] un malade dont l'état présente un danger, mais même un malade dont l'état ne présente pas de danger ; même celui qui souffre des yeux, et même celui qui souffre de la tête.

Rabban Chimon ben Gamliel a dit : une fois j'ai souffert des yeux à Césarée, et Rabbi Yossi be-Ribi nous a permis, à moi et à mon servant, de dormir hors de la souka.

📜 Rachi (1)
רַבִּי יוֹסֵי בְּרִיבִי יוֹסֵי הֶחָכָם חָרִיף שֶׁבְּדוֹרוֹ וְהוּא ר' יוֹסֵי בֶּן חֲלַפְתָּא:
Rabbi Yossi be-Ribi : Yossi le sage, le plus pénétrant de sa génération -- c'est Rabbi Yossi ben Halafta.
🗂️ Tossefot (1)
וַאֲפִילּוּ חָשׁ בְּעֵינָיו. אע"פ שֶׁאֵין בּוֹ סַכָּנַת עַיִן דְּסַכָּנַת אֵבֶר כְּסַכָּנַת נְפָשׁוֹת אֲפִילּוּ לְחַלֵּל עָלָיו אֶת הַשַּׁבָּת כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק אֵין מַעֲמִידִין (ע"ז דַּף כֹּח.) גַּבֵּי עַיִן שֶׁמָּרְדָה:
Et même celui qui souffre des yeux : bien qu'il n'y ait pas [nécessairement] de danger pour l'œil. Car le danger pour un membre est comme un danger pour la vie, au point même de profaner le Chabbat pour lui, comme il ressort du chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara 28a) au sujet de l'œil qui s'est révolté.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה מַעֲשֶׂה וְהֵבִיאוּ לִפְנֵי ריב"ז לִטְעֹום אֶת הַתַּבְשִׁיל וּלְרַשְׁבָּ"ג שְׁתֵּי כּוֹתָבוֹת וּדְלִי שֶׁל מַיִם וְאָמְרוּ הַעֲלוּם לַסֻּוכָּה וּכְשֶׁנָּתְנוּ לְרַבִּי צָדוֹק אֹוכֶל פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה נְטָלוֹ בַמַּפָּה וְלֹא נָטַל יָדָיו וַאֲכָלוֹ חוּץ לַסֻּוכָּה וְלֹא בֵּירַךְ לְאַחֲרָיו:
Michna : on mange et on boit de façon occasionnelle (arai) hors de la souka. Il advint qu'on apporta devant Rabban Yo'hanan ben Zakai à goûter le plat, et devant Rabban Chimon ben Gamliel deux dattes et un seau d'eau, et ils dirent : montez-les a la souka. Et lorsqu'on donna à Rabbi Tsadok un aliment de moins qu'un ke-beitsa (volume d'un œuf), il le prit dans une serviette, ne se lava pas les mains, le mangea hors de la souka et ne récita pas de bénédiction après [le repas].
💡 Explication

La Guemara passe à la clause suivante de la michna et fait descendre le seuil aussi bas que possible : la dispense ne vise pas seulement le holeh che-yech bo sakana (le malade en danger), mais même le malade sans danger -- et jusqu'à un simple mal aux yeux ou mal de tête.

Rabban Chimon ben Gamliel donne un témoignage à la première personne, ce qui est rare et vaut argument : cela lui est arrivé à Césarée, et l'autorisation est venue de Rabbi Yossi ben Halafta -- que Rachi identifie derrière le titre honorifique be-Ribi, le plus pénétrant de sa génération.

Tossefot souligne que le mal aux yeux n'est pas un exemple anodin : la tradition traite le danger pour un membre comme un danger pour la vie, au point de profaner le Chabbat. Noter que la dispense couvre ici explicitement le servant -- point que le segment 8 rendra décisif.

🖼️ Schéma
Malade ou mitstaër : la michna semblait n'en connaître qu'un -- la Guemara les sépare L'objection : la michna dit les malades et leurs servants -- donc un malade oui, un mitstaër non ! HOLE -- le malade Même sans danger. Même un mal aux yeux. Même un mal de tête. Rabban Chimon ben Gamliel à Césarée : Rabbi Yossi be-Ribi l'autorisa, lui et son servant, à dormir dehors. DISPENSÉ : lui + ceux qui le servent. MITSTAËR -- celui qui souffre Rachi : celui à qui LA SOUKA cause la souffrance. Rav / moucherons piqueurs : moustiquaire autorisée. Rava / odeur de la terre argileuse du sol : dormir hors de la souka autorisé. DISPENSÉ : lui SEUL. La logique de la différence Le servant du malade est lui-même retenu par une nécessité : il ne peut pas quitter le chevet pour aller à la souka. Le compagnon du mitstaër, lui, ne souffre de rien : la gêne qui dispense est strictement personnelle, elle ne se transmet pas. Tossefot rappelle que la source du mitstaër est la même que celle des voyageurs : on n'habite pas un lieu où l'on souffre.
Malade et mitstaër : deux seuils, deux périmètres de dispense -- et la raison de la différence.
8
רַב שְׁרָא לְרַב אַחָא בַּרְדְּלָא לְמִגְנֵא בְּכִילְּתָא בַּסֻּוכָּה — מִשּׁוּם בָּקִי. רָבָא שְׁרָא לֵיהּ לְרַבִּי אַחָא בַּר אַדָּא לְמִגְנֵא בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא — מִשּׁוּם סִירְחָא דְּגַרְגִּישְׁתָּא.

Rav a permis à Rav Aha Bardela de dormir sous une moustiquaire (kilta) dans la souka -- a cause des moucherons piqueurs (baki). Rava a permis à Rabbi Aha bar Adda de dormir hors de la souka -- a cause de la mauvaise odeur de la terre argileuse (guarguichta).

📜 Rachi (3)
לְמִגְּנָא בְּכִילְּתָא ואע"פ שֶׁיֵּשׁ לָהּ גַּג וּגְבוֹהָה עֲשָׂרָה וְהָוֵי כְּאִילּוּ חוּץ לַסֻּוכָּה:
Dormir sous une moustiquaire : et bien qu'elle ait un toit et soit haute de dix [tefahim], de sorte que c'est comme s'il était hors de la souka.
מִשּׁוּם בָּקִי צינצל"ש:
À cause des baki : tsintsel s [glose en langue vulgaire : les moucherons piqueurs].
סִרְחָא דְּגַרְגִּישְׁתָּא קַרְקַע לְבָנָה שֶׁהָיוּ טָחִין בָּהּ קַרְקָעִית הַסֻּוכָּה:
Sirha de-guarguichta : une terre blanche dont on enduisait le sol de la souka.
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם בָּקִי. ואע"פ שבפ"ק (דַּף יא.) דָּרֵשׁ רַבָּה בַּר רַב הוּנָא מֻותָּר לִישַׁן בְּכִילַּת חֲתָנִים אע"פ שֶׁיֵּשׁ לָהּ גַּג ואע"פ שֶׁגְּבוֹהָה עֲשָׂרָה אֵין הֲלָכָה (כְּרַבָּה) כִּדְפֵירַשְׁתִּי שָׁם:
À cause des baki : et bien qu'au premier chapitre (11a) Rabba bar Rav Houna ait enseigné qu'il est permis de dormir sous une moustiquaire de mariage (kilat hatanim) même si elle a un toit et même si elle est haute de dix, la halakha n'est pas comme [Rabba], ainsi que je l'ai expliqué là-bas.
💡 Explication

Deux précédents pratiques, en gradation. Rav autorise seulement une atténuation : dormir sous une moustiquaire, à l'intérieur de la souka. Mais Rachi prévient qu'il ne s'agit pas d'un demi-mesure -- une kilta munie d'un toit et haute de dix tefahim constitue une tente autonome, de sorte que celui qui dort dessous est halakhiquement hors de la souka.

Rava, lui, autorise franchement de sortir. Le motif est prosaïque : la guarguichta, l'argile blanche dont on enduisait le sol, dégageait une odeur insupportable. C'est exactement le profil du mitstaër -- une souffrance qui vient de la souka elle-même.

Tossefot signale un point de halakha : ne pas croire, d'après 11a, qu'on peut toujours dormir sous une kilat hatanim -- la halakha ne suit pas Rabba sur ce point.

9
רָבָא לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר רָבָא: מִצְטַעֵר — פָּטוּר מִן הַסֻּוכָּה. וְהָא אֲנַן תְּנַן: חוֹלִין וּמְשַׁמְּשֵׁיהֶם פְּטוּרִים מִן הַסֻּוכָּה. חוֹלֶה אִין, מִצְטַעֵר לָא! אָמְרִי: חוֹלֶה — הוּא וּמְשַׁמְּשָׁיו פְּטוּרִים, מִצְטַעֵר — הוּא פָּטוּר, מְשַׁמְּשָׁיו לֹא.

Rava suit ici sa propre ligne, car Rava a dit : celui qui souffre (mitstaër) est dispensé de la souka. Mais n'avons-nous pas appris dans la michna : les malades et ceux qui les servent sont dispensés de la souka -- un malade, oui ; un mitstaër, non !

On a répondu : le malade, lui et ceux qui le servent sont dispensés ; le mitstaër, lui est dispensé, mais ceux qui le servent, non.

📜 Rachi (1)
מִצְטַעֵר שֶׁהַסֻּוכָּה מְצַעַרְתּוֹ:
Mitstaër : celui à qui la souka [elle-même] cause la souffrance.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' חֻולִּין וְכָל מִשְׁמְשֵׁיהֶן פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה:
Michna : les malades et tous ceux qui les servent sont dispensés de la souka.
💡 Explication

La Guemara rattache le précédent de Rava à sa règle générale -- mitstaër patur min ha-souka -- puis lui oppose un argument par dioukh (déduction du silence) : si la michna nomme le malade, c'est que le simple mitstaër, lui, n'est pas dispensé.

La réponse ne nie pas le dioukh, elle le redirige. La michna n'enseigne pas qui est dispensé mais jusqu'où la dispense s'étend : le malade dispense aussi ceux qui le servent ; le mitstaër n'en dispense que lui-même. La précision de la michna portait sur le périmètre, pas sur la catégorie.

La logique sous-jacente est nette : le servant d'un malade est lui-même retenu par une nécessité, il ne peut pas quitter le chevet -- c'est presque un cas de ossèk be-mitsva. Le compagnon d'un mitstaër, lui, ne souffre de rien. La définition de Rachi le confirme : le mitstaër est celui à qui la souka cause la gêne, et cette gêne est strictement personnelle.

10
אוֹכְלִים אֲכִילַת עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה. וְכַמָּה אֲכִילַת עֲרַאי? אָמַר רַב יוֹסֵף: תַּרְתֵּי אוֹ תְּלָת בֵּיעֵי. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְהָא זִימְנִין סַגִּיאִין סַגִּי לֵיהּ לְאִינִישׁ בְּהָכִי, וְהָוֵה לֵיהּ סְעוּדַת קֶבַע! אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי: כִּדְטָעֵים בַּר בֵּי רַב וְעָיֵיל לְכַלָּה.

[La michna a dit :] on mange de façon occasionnelle (akhilat arai) hors de la souka. Et combien [de nourriture] constitue un repas occasionnel ?

Rav Yossef a dit : deux ou trois [volumes d ]œuf. Abaye lui a dit : mais bien souvent cela suffit à un homme, et cela devient pour lui un repas fixe (seoudat keva) !

Abaye a dit plutôt : comme ce que goûte l'étudiant de la maison de Rav avant d'entrer à la kalla (la session publique d'étude).

📜 Rachi (2)
תַּרְתֵּי אוֹ תְּלָת שְׁתַּיִם אוֹ שָׁלֹשׁ פְּעָמִים יִתֵּן לְתוֹךְ פִּיו מורשייל"ש:
Deux ou trois : deux ou trois fois il met [de la nourriture] dans sa bouche -- morseil s [glose en langue vulgaire : bouchées].
כִּדְטָעֵים בַּר בֵּי רַב וְעָיֵיל לְכַלָּה בַּבֹּוקֶר כְּשֶׁהוֹלְכִין לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְדוֹאֵג שֶׁמָּא יִמָּשְׁכוּ הַשְּׁמוּעוֹת וְטוֹעֵם מְלֹא פִּיו וְשׁוֹתֶה:
Comme ce que goûte l'étudiant de la maison de Rav avant d'entrer à la kalla : le matin, quand ils vont à la maison d'étude, et qu'il craint que les enseignements ne se prolongent, il goûte une pleine bouchée et boit.
🗂️ Tossefot (1)
תַּרְתֵּי (אוֹ) תְּלָת. פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' שְׁתַּיִם אוֹ שָׁלֹשׁ פְּעָמִים יִתֵּן לְתוֹךְ פִּיו מורשי"ל בְּלַעַ"ז וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן תַּרְתֵּי תְּלָת בֵּיעֵי וְהַכֹּל אֶחָד כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן גַּבֵּי לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף וְאַבָּיֵי דְּשִׁיעוּר בֵּית הַבְּלִיעָה כַּבֵּיצָה וּלְבַסּוֹף מַסִּיק כְּדִטְעִים צוּרְבָּא מִדְּרַבָּנָן וְאָזֵיל לְכַלָּה שֶׁזֶּה מָלֵא פִּיו דְּהַיְינוּ כַּבֵּיצָה וְשִׁיעוּר זֶה דַּוְקָא בְּפַת דְּפֵירֵי לָאו בָּעוּ סֻוכָּה כִּדְמַסִּיק פֶּרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עט: וְשָׁם) דְּקָבַע דִּידְהוּ כַּאֲכִילַת עֲרַאי דְּפַת:
Deux (ou) trois : Rachi a expliqué -- deux ou trois fois il met [de la nourriture] dans sa bouche, morseil en langue vulgaire. Et il y a des livres où il est écrit tarti telat beiei [deux-trois œufs], et cela revient au même, comme il ressort plus loin, là où l'on dit que ce soit une réfutation de Rav Yossef -- et [selon] Abaye la mesure du gosier est un ke-beitsa. Et on conclut finalement : comme ce que goûte le jeune érudit avant d'aller à la kalla, c'est-à-dire une pleine bouchée, soit un ke-beitsa. Et cette mesure ne vaut que pour le pain ; quant aux fruits, ils n'exigent pas la souka, comme on le conclut au dernier chapitre de Yoma (79b), car leur [repas] fixe équivaut à un repas occasionnel de pain.
💡 Explication

On cherche une mesure pour l'akhilat arai. Rav Yossef propose une quantité : deux ou trois ke-beitsa. Abaye la réfute par une objection de bon sens -- pour beaucoup de gens, cette quantité constitue déjà un repas complet, donc une seoudat keva.

La contre-proposition d'Abaye change de nature : au lieu d'une quantité abstraite, il donne un usage social -- ce que goûte le bar bei rav avant d'entrer à la kalla. Rachi décrit la scène : le matin, craignant que la leçon ne s'éternise, l'étudiant avalé une bouchée et boit. Tossefot chiffre cet usage : une pleine bouchée, soit un ke-beitsa, la contenance du gosier.

Tossefot ajoute une restriction importante : cette mesure ne concerne que le pain. Les fruits n'exigent pas du tout la souka -- même mangé en repas fixe, un repas de fruits a le statut d'un repas occasionnel de pain.

🖼️ Schéma
Manger arai / dormir arai : pourquoi la souka traite les deux différemment Segments 9 à 12 -- la question, les deux explications concurrentes, et le détour par les tefilin MANGER : arai permis hors de la souka Rav Yossef : arai = deux ou trois ke-beitsa (volumes d'œuf). Abaye réfute : souvent cela suffit -- c'est déjà un repas fixe. Abaye : la mesure de ce que goûte l'étudiant avant la kalla. Soit une pleine bouchée = un ke-beitsa (Tossefot, Roch). Ne vaut que pour le pain : les fruits n'exigent pas la souka. DORMIR : même arai interdit hors de la souka Rav Achi : gezera chema yeradem -- de peur qu'il ne sombre. Rava : ein keva li-chena -- il n'y a pas de fixité pour le sommeil. Un homme ne se fixe pas pour dormir : un somme lui suffit. Donc tout sommeil est déjà son sommeil -- rien n'est arai. Rami bar Ye'hezkel : arai = le temps de marcher cent coudées. L'objection d'Abaye : mais on permet bien de dormir arai avec les tefilin ! Pourquoi ne pas y craindre chema yeradem ? Rav Yossef fils de Rav Ilai Il confie son sommeil à un autre, qui le réveillera avant qu'il sombre. RÉFUTE -- Rav Mecharchia : ton garant a besoin d'un garant. Rabba bar bar Hana / R. Yo'hanan Il place sa tête entre ses genoux : dans cette position, assurément, il ne sombrera pas. La crainte est neutralisée. Rava -- il change de terrain On ne craint pas du tout chema yeradem. Tefilin : permis, car le vrai motif là-bas est la flatulence, pas le sommeil. Souka : ein keva li-chena. Ce que Rava gagne : deux problèmes, deux motifs distincts, plus aucune contradiction Tefilin : le danger est d'émettre un vent -- un court somme ne le produit pas, donc arai est permis. Souka : il n'y a pas de sommeil occasionnel du tout -- donc rien à permettre hors de la souka.
Manger arai est permis, dormir arai ne l'est pas : les mesures, les objections, et les trois réponses successives.
11
תָּנוּ רַבָּנַן: אוֹכְלִין אֲכִילַת עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה, וְאֵין יְשֵׁנִים שֵׁינַת עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב אַשִּׁי: גְּזֵרָה שֶׁמָּא יֵרָדֵם.

Nos maîtres ont enseigné : on mange de façon occasionnelle hors de la souka, mais on ne dort pas d'un sommeil occasionnel hors de la souka. Quelle en est la raison ?

Rav Achi a dit : c'est un décret [pris par crainte] qu'il ne s'endorme profondément.

📜 Rachi (1)
יֵרָדֵם שֶׁמָּא תַּחְטְפֶנּוּ שֵׁינָה וְיָשֵׁן קֶבַע:
Yeradem : de crainte que le sommeil ne le saisisse et qu'il ne dorme d'un sommeil fixe.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר אוֹכְלִין אֲכִילַת עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה וְאֵין יְשֵׁנִים שֵׁינַת עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה מַאי טַעְמָא אָמַר רָבָא לְפִי שֶׁאֵין קֶבַע לְשֵׁינָה. אָמַר רַב חִסְדָּא אָסוּר לִישַׁן בַּיּוֹם יוֹתֵר מִשֵּׁינַת הַסּוּס וְכַמָּה שֵׁינַת הַסּוּס שִׁיתִּין נִשְׁמֵי. אַבַּיֵּי הֲוָה נָיֵים כִּי מֵיזָל מִפֻּומְבְּדִיתָא לְבֵי כֻּובֵּי קָרֵי עֲלֵיהּ רַב יוֹסֵף עַד מָתַי עָצֵל תִּשְׁכָּב וְגוֹ':
Nos maîtres ont enseigné : on mange de façon occasionnelle hors de la souka, mais on ne dort pas d'un sommeil occasionnel hors de la souka. Quelle en est la raison ? Rava a dit : parce qu'il n'y a pas de fixité pour le sommeil (ein keva li-chena). Rav Hisda a dit : il est interdit de dormir le jour plus que le sommeil du cheval. Et combien est le sommeil du cheval ? Soixante respirations. Abaye dormait [le temps du trajet] de Poumbedita à Bei Kouvei ; Rav Yossef lui appliqua le verset : jusqu'à quand, paresseux, resteras-tu couché ? (Proverbes 6,9).
💡 Explication

La baraita pose une asymétrie frappante : manger occasionnellement hors de la souka est permis, dormir occasionnellement hors de la souka est interdit. Comme dormir dans la souka est une obligation au même titre que manger, la distinction demande une explication.

Rav Achi répond par une gezera : on interdit le petit somme de peur qu'il ne se transforme en sommeil profond. Le raisonnement est préventif -- la différence avec le manger est que l'on contrôle ce qu'on avalé, mais pas le moment où l'on s'endort.

Le Roch, lui, ne cite pas Rav Achi : il rapporte directement la réponse de Rava qui arrivera au segment 12 -- ein keva li-chena. C'est le signe qu'il tranche selon Rava. Il enchaîne sur une règle d'hygiène de Rav Hisda (ne pas dormir le jour plus que le sommeil du cheval, soit soixante respirations) et sur l'anecdote d'Abaye, que Rav Yossef taquine d'un verset des Proverbes.

12
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי, אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: יָשֵׁן אָדָם שֵׁינַת עֲרַאי בִּתְפִילִּין, אֲבָל לֹא שֵׁינַת קֶבַע, לִיחוּשׁ שֶׁמָּא יֵרָדֵם! אָמַר רַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרַב עִילַּאי: בְּמוֹסֵר שְׁנָתוֹ לַאֲחֵרִים.

Abaye lui a dit : mais alors, ce qui a été enseigné [dans une baraita] -- un homme peut dormir d'un sommeil occasionnel avec ses tefilin, mais non d'un sommeil fixe -- craignons donc [là aussi] qu'il ne s'endorme profondément ! Rav Yossef fils de Rav Ilai a dit : il s'agit de celui qui confie son sommeil à d'autres.

📜 Rachi (2)
אֲבָל לֹא שֵׁינַת קֶבַע שֶׁמָּא יָפִיחַ בָּהֶן:
Mais non d'un sommeil fixe : de crainte qu'il n'émette un vent [une flatulence] avec eux.
מוֹסֵר שִׁינְתּוֹ לְאַחֵר אוֹמֵר לַחֲבֵרוֹ אִם אֵרָדֵם הַעִירֵנִי:
Il confie son sommeil à un autre : il dit à son compagnon -- si je m endors profondément, réveille-moi.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל שִׁינַת קֶבַע לֹא. וְהָא דְּאָמְרִי' פֶּרֶק בַּמֶּה טוֹמְנִין (שַׁבָּת דַּף מט. וְשָׁם) תְּפִילִּין צְרִיכִין גּוּף נָקִי כֶּאֱלִישָׁע בַּעַל כְּנָפַיִם וְאָמַר אַבַּיֵּי שֶׁלֹּא יָפִיחַ בָּהֶן וְרָבָא אָמַר שֶׁלֹּא יָשַׁן בָּהֶן לָאו דְּשָׁרֵי אַבַּיֵּי לִישֹׁן דְּהָא אָסַר אַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ הָכָא אֶלָּא קָסָבַר אע"פ שֶׁאֵינוֹ זָהִיר בְּשֵׁינָה כֶּאֱלִישָׁע מַנִּיחָן כֵּיוָן דִּזְהִיר שֶׁלֹּא יָפִיחַ דְּשֵׁינָה גּוּפָהּ אֵינָהּ אֶלָּא גְּזֵרָה שֶׁמָּא יָפִיחַ:
Mais non un sommeil fixe : et ce que nous disons au chapitre Ba-me Tomnin (Chabbat 49a) -- que les tefilin exigent un corps pur comme celui d'Elicha Baal Kenafayim, Abaye disant : qu'il n'émette pas de vent avec eux, et Rava disant : qu'il ne dorme pas avec eux -- ce n'est pas qu'Abaye permettrait de dormir, puisque Abaye lui-même l'interdit ici. Plutôt, il tient que même celui qui n'est pas aussi scrupuleux qu'Elicha quant au sommeil peut les porter, du moment qu'il est scrupuleux à ne pas émettre de vent ; car le sommeil lui-même n'est qu'un décret [pris par crainte] qu'il n'émette un vent.
💡 Explication

Abaye teste la réponse de Rav Achi sur un autre terrain : les tefilin. Là-bas aussi une baraita distingue sommeil occasionnel (permis) et sommeil fixe (interdit) -- si la crainte du chema yeradem était une raison valable, elle devrait interdire le petit somme là-bas aussi. La gezera de Rav Achi est donc soit trop faible, soit inconsistante.

Rav Yossef fils de Rav Ilai sauve la distinction par un détail de cas : la baraita des tefilin parle de celui qui confie son sommeil à d'autres -- il a demandé à un compagnon de le réveiller. La crainte est neutralisée par un garde-fou humain.

Tossefot en profite pour lever une contradiction avec Chabbat 49a, où Abaye semble tolérer le sommeil avec les tefilin. Sa lecture : le vrai souci à Chabbat n'est pas le sommeil en soi mais la flatulence -- le sommeil n'y est interdit que comme décret protecteur.

13
מַתְקֵיף לֵיהּ רַב מְשַׁרְשְׁיָא: עַרְבָיךְ עָרְבָא צָרִיךְ! אֶלָּא אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּמַנִּיחַ רֹאשׁוֹ בֵּין בִּרְכָּיו עָסְקִינַן. רָבָא אָמַר: אֵין קֶבַע לְשֵׁינָה.

Rav Mecharchia objecte : ton garant a lui-même besoin d'un garant ! Plutôt, Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : nous traitons de celui qui place sa tête entre ses genoux.

Rava a dit : il n'y a pas de fixité pour le sommeil.

📜 Rachi (3)
עַרְבָיךְ עָרְבָא צָרִיךְ שֶׁמָּא אַף הוּא יִשְׁכַּב וְיָשֵׁן:
Arvakh arva tsarikh : de crainte que lui aussi ne se couche et ne s'endorme.
בֵּין בִּרְכָּיו דְּוַדַּאי לֹא יֵרָדֵם:
Entre ses genoux : car assurément il ne s'endormira pas profondément.
רָבָא אָמַר לִשְׁמָא יֵרָדֵם לָא חָיְישִׁינַן הִלְכָּךְ בִּתְפִילִּין שָׁרִי וְסֻוכָּה הַייְנוּ טַעְמָא דְּאָסוּר שִׁינַת עֲרַאי לְפִי שֶׁאֵין קֶבַע לְשֵׁינָה וְאֵין בָּהּ חִילּוּק בֵּין קֶבַע לַעֲרַאי לְעִנְיַן סֻוכָּה שֶׁאֵין אָדָם קוֹבֵעַ עַצְמוֹ לְשֵׁינָה שֶׁפְּעָמִים שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא מְנַמְנֵם מְעַט וְדַיּוֹ בְּכָךְ הִלְכָּךְ זוֹ הִיא שִׁינְתּוֹ וְגַבֵּי תְּפִילִּין דְּטַעְמָא שֶׁמָּא יָפִיחַ בָּהֶם וְלָאו מִשּׁוּם אִיסּוּר שֵׁינָה בְּנָיֵים פֻּורְתָּא לָא אָתֵי לִידֵי הֲפָחָה:
Rava a dit : nous ne craignons pas du tout qu'il s'endorme profondément ; dès lors, avec les tefilin c'est permis. Et pour la souka, la raison pour laquelle le sommeil occasionnel est interdit, c'est qu'il n'y a pas de fixité pour le sommeil : il n'y a pas, en matière de souka, de distinction entre sommeil fixe et sommeil occasionnel, car un homme ne se fixe pas pour dormir -- parfois il ne fait que sommeiller un peu et cela lui suffit ; c'est donc bien là son sommeil. Tandis que pour les tefilin, dont la raison est la crainte qu'il n'émette un vent avec eux et non l'interdit du sommeil, s'il somnole un peu il n'en viendra pas à émettre un vent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַתְקִיף לַהּ רַב מִשָּׁרְשְׁיָא: עַרְבְּךָ, עָרְבָא צָרִיךְ. יֵשׁ לְהָבִין לְפִי זֶה גַּם בְּאוֹר הַנֵּר לֹא יוּכַל לֵאמֹר לְאַחֵר 'תֵּן דַּעַתְךָ עָלַי' דְּדִילְמָא גַּם זֶה הַשּׁוֹמֵר יִשְׁכַּח שֶׁהוּא יוֹם שַׁבָּת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַשֵּׁינָה הִיא הֶכְרֵחִית מִצַּד הַטֶּבַע מִכֹּחַ הָאֵידִים וְאֵין אָדָם יָכוֹל לִדְחוֹתָהּ כְּשֶׁתָּבֹא אֲבָל שִׁכְחָה אֵינָהּ הֶכְרֵחִית אַדְּרַבָּה הַטֶּבַע מְחַיֵּיב אִם הָאָדָם מֻופְקָד עַל דָּבָר אֶחָד לְשָׁומְרוֹ לֹא יִשְׁכַּח שְׁמִירָתוֹ וְלֹא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִן שְׁמִירָתוֹ הַמֻּופְקָד עָלֶיהָ בְּשָׁעָה קַלָּה. וּמַה שֶׁאָמַר לִיחוּשׁ שֶׁמָּא יֵרָדֵם לָא הָוֵי גְּזֵרָה לִגְזֵרָה מִשּׁוּם דְּזֶה קָרוֹב לְוַדַּאי מַמָּשׁ שֶׁיָּפִיחַ בְּשֵׁינָה וְגַם יִהְיֶה קֶבַע.
Rav Mecharchia objecte : ton garant a lui-même besoin d'un garant. Il y a lieu de comprendre : selon cela, même à la lumière de la lampe [le vendredi soir], on ne pourrait pas dire à un autre fais attention à moi -- car peut-être ce gardien-là aussi oubliera-t-il que c'est le jour du Chabbat ?! Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que le sommeil est une nécessité de nature, du fait des vapeurs [du corps], et que l'homme ne peut pas le repousser lorsqu'il vient ; tandis que l'oubli, lui, n'est pas une nécessité -- au contraire, la nature veut que si un homme est chargé de veiller sur une chose, il n'en oublie pas la garde et n'en détourne pas son esprit, fût-ce un court instant, pour ce dont il a la charge. Et lorsqu'on dit craignons qu'il ne s'endorme profondément, ce n'est pas [interdire par] un décret [ajouté] à un décret, parce que c'est quasiment certain qu'il émettra un vent dans son sommeil, et que ce sera aussi un sommeil fixe.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וְכַמָּה אֲכִילַת עֲרַאי אָמַר אַבָּיֵי כִּדְטָעֵים בַּר בֵּי רַב וְעָיֵיל לְכַלָּה וְהַייְנוּ כַּבֵּיצָה כְּדִטְעִים בְּבַת אַחַת מָלֵא פִּיו וּבֵית הַבְּלִיעָה מַחֲזִיק כַּבֵּיצָה וְדַוְקָא פַּת אֲבָל פֵּירֵי לָא בָּעֵי סֻוכָּה כִּדְמַסְּקִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא דַּף עט: דְּקָבַע דִּידְהוּ כַּאֲכִילַת עֲרַאי דְּפַת וְרַבֵּינוּ מֵאִיר הָיָה נִזְהָר מִלֶּאֱכֹול פֵּירוֹת חוּץ לַסֻּוכָּה כִּי הָיָה סוֹבֵר לְהַחְמִיר כְּהַאי לִישָּׁנָא דְּפֵירֵי בָּעֵי סֻוכָּה וּמִיהוּ נִרְאֶה דְּמוּכָח הָתָם דַּאֲפִילּוּ אִי פֵּירֵי בָּעֵי סֻוכָּה הַייְנוּ כְּשֶׁקּוֹבֵעַ עַצְמוֹ לַאֲכִילַת פֵּירוֹת וְאַשְׁמוֹעִינַן דְּקָבַע דִּידְהוּ הָוֵי כַּאֲכִילַת עֲרַאי דְּפַת אֲבָל בַּאֲכִילַת עֲרַאי דְּפֵירֵי לֵיכָּא מַאן דְּאָסַר וּשְׁתִיַּית יַיִן עֲרַאי הִיא וה"ר פֶּרֶץ זַ"ל כָּתַב דַּוְקָא פֵּירֵי לָא בָּעֵי סֻוכָּה אֲבָל בָּשָׂר וּגְבִינָה וּשְׁאָר דְּבָרִים חוּץ מִפֵּירֵי בָּעֵי סֻוכָּה כִּדְאָמְרִי' בִּשְׁמַעְתִּין אִם הִשְׁלִים בְּמִינֵי תַרְגִּימָא יָצָא וּמִינֵי תַּרְגִּימָא הַיְינוּ בָּשָׂר וְכַיּוֹצֵא בּוֹ וּמִדִּמְהַנְּיָא בְּהוּ הַשְׁלָמָה ש"מ בָּעֵי סֻוכָּה וּדְלֹא כְּרַשִׁ"י שָׁפֵי' דְּמִינֵי תַּרְגִּימָא הַיְינוּ פֵּירֵי דְּפֵירֵי לָא בָּעֵי סֻוכָּה וְלָא מְהַנְּיָא בְּהוּ הַשְׁלָמָה ע"כ. וּבַתּוֹסֶפְתָּא פ' כֵּיצַד מְבָרְכִין תַּנְיָא הֵבִיאוּ לְפָנָיו מִינֵי תַּרְגִּימָא מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת, וּמַשְׁמַע דְּמִינֵי תַּרְגִּימָא הַיְינוּ מַאֲכָל שֶׁעָשׂוּי מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִים וְאֶפְשָׁר שֶׁהוּא חָשׁוּב יוֹתֵר מִבָּשָׂר וּגְבִינָה, וְאֵין רְאָיָה מִמִּינֵי תַּרְגִּימָא לְהַצְרִיךְ סֻוכָּה לְבָשָׂר וְלִגְבִינָה, וְגַם אֵין דֶּרֶךְ לִקְבֹּועַ סְעוּדָה עֲלֵיהֶן וְלֹא אָשִׁיב מֵאֲכִילַת עֲרַאי דְּפַת. וְהַתּוֹסְ' כָּתְבוּ שֶׁאֵין לְהָבִיא רְאָיָה מֵהַשְׁלָמַת סֻוכָּה בְּמִינֵי תַּרְגִּימָא לְהַשְׁלָמַת סְעוּדָה שְׁלִישִׁית דְּשַׁבָּת דְּיָלְפִינַן לָהּ (שַׁבָּת קיז:) מִדְּכָתַב רַחֲמָנָא הַיּוֹם גַּבֵּי מָן שֶׁהוּא בִּמְקוֹם פַּת:
Guemara : et combien est un repas occasionnel ? Abaye a dit : comme ce que goûte l'étudiant de la maison de Rav avant d'entrer à la kalla -- c'est-à-dire un ke-beitsa, ce qu'il goûte en une seule fois, une pleine bouchée, le gosier contenant un ke-beitsa. Et cela ne vaut que pour le pain ; mais les fruits n'exigent pas la souka, comme nous le concluons au dernier chapitre de Yoma (79b), car leur [repas] fixe équivaut à un repas occasionnel de pain. Et Rabbenou Meir se gardait de manger des fruits hors de la souka, car il estimait devoir être rigoureux selon cette version qui dit que les fruits exigent la souka. Toutefois il paraît démontré là-bas que même si les fruits exigeaient la souka, ce ne serait que lorsqu'on se fixe pour un repas de fruits ; et l'on nous enseigne que leur fixité équivaut au repas occasionnel de pain -- mais pour une consommation occasionnelle de fruits, personne ne l'interdit ; et boire du vin est [toujours] occasionnel. Et Rabbi Perets de mémoire bénie a écrit : seuls les fruits n'exigent pas la souka, mais la viande, le fromage et les autres aliments hors fruits exigent la souka, comme nous le disons dans notre sougya : s'il a complété [son repas] par des minei targuima, il s'est acquitté -- et les minei targuima désignent la viande et ce qui lui ressemble ; et puisque le fait de compléter y est efficace, on en déduit qu'ils exigent la souka, contrairement à Rachi qui explique que les minei targuima désignent les fruits, lesquels n'exigent pas la souka et pour lesquels le fait de compléter n'est pas efficace. Fin de citation. Et dans la Tossefta, chapitre Keitsad Mevarkhin, il est enseigné : si l'on a apporté devant lui des minei targuima, il récite sur eux Bore minei mezonot -- ce qui implique que les minei targuima sont un mets fait des cinq espèces [de céréales] ; et il se peut qu'il soit plus important que la viande et le fromage. Il n'y a donc pas de preuve, à partir des minei targuima, pour exiger la souka pour la viande et le fromage ; de plus on n'a pas coutume de fixer un repas sur eux, et je ne les tiens pas pour plus qu'une consommation occasionnelle de pain. Et les Tossafot ont écrit qu'on ne peut pas tirer une preuve du fait qu'on complète [le repas de] souka par des minei targuima quant au troisième repas du Chabbat, que l'on déduit (Chabbat 117b) de ce que la Torah a écrit ha-yom (aujourd hui) à propos de la manne, laquelle tient lieu de pain.
💡 Explication

Rav Mecharchia démolit la réponse précédente par une formule proverbiale : arvakh arva tsarikh -- ton garant a lui-même besoin d'un garant. Celui qui doit vous réveiller peut lui aussi s'endormir ; la garantie ne fait que déplacer le problème d'un cran.

Rabbi Yo'hanan propose alors une solution physique plutôt que sociale : la tête entre les genoux, position dans laquelle il est impossible de sombrer. La crainte est neutralisée par la posture elle-même, sans dépendre de personne.

Rava, lui, change de terrain. Il n'a pas besoin de sauver la gezera : il la supprime. On ne craint pas du tout le chema yeradem -- donc avec les tefilin le somme est permis sans artifice. Et si le somme est interdit hors de la souka, ce n'est pas par crainte, mais parce que ein keva li-chena : la catégorie sommeil occasionnel n'existe pas. Rachi explique pourquoi -- un homme ne se fixe pas pour dormir, un court somme peut parfaitement lui suffire ; ce somme est donc son sommeil. Deux problèmes, deux motifs distincts, plus aucune contradiction.

Le Ben Yehoyada travaille l'objection de Rav Mecharchia depuis un autre angle : pourquoi accepte-t-on ailleurs qu'un tiers vous rappelle à l'ordre, et pas ici ? Sa distinction est fine -- le sommeil est une contrainte de nature qu'on ne repousse pas, tandis que l oubli n'en est pas une : celui à qui l'on a confié une garde ne s'en détourne pas.

🖼️ Schéma
Trois baraitot contradictoires sur le sommeil avec les tefilin -- triées par la position des tefilin Là où elles semblaient se contredire, elles parlent en fait de trois situations différentes Il les TIENT EN MAIN Baraita : ni fixe ni occasionnel Aucun sommeil permis Le risque : ils tombent de sa main pendant qu'il dort. Risque matériel, immédiat. Ils sont POSÉS SUR SA TÊTE Baraita : arai oui, keva non Seul le somme est permis Le risque : émettre un vent ou une pollution en sommeil profond. Risque de respect, diffère. Un TISSU étendu sur eux Baraita : fixe comme occasionnel Tout sommeil permis Il les a ôtés et posés à son chevet : plus aucun risque sur son corps. La Torah n'a pas été donnée aux anges. Et combien dure un sommeil occasionnel ? Rami bar Ye'hezkel : le temps de marcher cent coudées C'est la seule mesure chiffrée du sommeil arai dans la sougya -- à rapprocher des soixante respirations du cheval (Roch, seg. 10). Rappel : cette mesure sert pour les tefilin. Pour la souka, Rava a déjà tranché qu'il n'y a pas de sommeil arai du tout.
Le tri des trois baraitot sur les tefilin par la position des tefilin, et la mesure du sommeil occasionnel.
14
תָּנֵי חֲדָא: יָשֵׁן אָדָם בִּתְפִילִּין שֵׁינַת עֲרַאי אֲבָל לֹא שֵׁינַת קֶבַע, וְתַנְיָא אִידָךְ: בֵּין קֶבַע בֵּין עֲרַאי. וְתַנְיָא אִידָךְ: לֹא קֶבַע וְלֹא עֲרַאי. לָא קַשְׁיָא: הָא — דְּנָקֵיט לְהוּ בִּידֵיהּ. הָא — דְּמַנְּחִי בְּרֵישֵׁיהּ. הָא — דִּפְרִיס סוּדָרָא עִלָּוֵיהּ.

Une baraita enseigne : un homme peut dormir avec les tefilin d'un sommeil occasionnel, mais non d'un sommeil fixe. Et une autre baraita enseigne : aussi bien fixe qu'occasionnel.

Et une autre baraita enseigne : ni fixe ni occasionnel. Ce n'est pas une difficulté : celle-ci [traite du cas] où il les tient dans sa main ; celle-là, où ils sont posés sur sa tête ; et celle-là, où il a étendu un tissu sur eux.

📜 Rachi (3)
דְּנָקֵיט לְהוּ בִּידֵיהּ לֹא קֶבַע וְלֹא עֲרַאי שֶׁמָּא יִפְּלוּ מִיָּדוֹ:
Où il les tient dans sa main : ni fixe ni occasionnel, de crainte qu'ils ne tombent de sa main.
דְּמַנְּחִי בְּרֵישֵׁיהּ עֲרַאי מֻותָּר וְקָבַע אָסוּר שֶׁמָּא יָפִיחַ:
Où ils sont posés sur sa tête : l'occasionnel est permis et le fixe interdit, de crainte qu'il n'émette un vent.
דִּפְרִיס סוּדָרָא עֲלַיְיהוּ הִנִּיחָם אֵצֶל מְרַאֲשׁוֹתָיו בֵּין קֶבַע בֵּין עֲרַאי דְּלָא נִתְּנָה תּוֹרָה לְמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת:
Où il a étendu un tissu sur eux : il les a posés près de son chevet -- aussi bien fixe qu'occasionnel [sont alors permis], car la Torah n'a pas été donnée aux anges du service.
💡 Explication

Trois baraitot disent trois choses incompatibles sur le sommeil avec les tefilin : rien n'est permis / tout est permis / seul le somme est permis. La Guemara les trie non par école mais par situation matérielle -- où se trouvent physiquement les tefilin.

Chaque cas a son risque propre. En main : ils tombent -- risque matériel, immédiat, donc aucun sommeil. Sur la tête : risque d'indécence corporelle en sommeil profond, donc le somme seul est permis. Sous un tissu, au chevet : ils ne sont plus sur lui du tout, plus aucun risque -- tout est permis.

Rachi scelle le troisième cas par un principe majeur : la Torah n'a pas été donnée aux anges du service. La halakha n'exige pas d'un dormeur une maîtrise surhumaine ; elle lui demande d'écarter la difficulté à l'avance, en ôtant les tefilin.

15
וְכַמָּה שִׁינַת עֲרַאי? תָּנֵי רָמֵי בַּר יְחֶזְקֵאל: כְּדֵי הִילּוּךְ מֵאָה אַמָּה. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַיָּשֵׁן בִּתְפִילִּין וְרוֹאֶה קֶרִי — אוֹחֵז בָּרְצוּעָה

Et combien dure un sommeil occasionnel ? Rami bar Ye'hezkel a enseigné : le temps de marcher cent coudées (amot).

Cela aussi a été enseigné [dans une baraita] : celui qui dort avec ses tefilin et a une pollution nocturne (keri) saisit la lanière [pour les ôter]

📜 Rachi (1)
וְרָאָה קֶרִי צָרִיךְ לְסַלְּקָן מֵרֹאשׁוֹ בְּעוֹד הַקֶּרִי עָלָיו:
Et a une pollution : il doit les ôter de sa tête tant que le keri est sur lui.
🗂️ Tossefot (1)
הַיָּשָׁן בִּתְפִילִּין. מִתּוֹךְ הַלָּשׁוֹן מַשְׁמַע דְּרַבִּי יַעֲקֹב שָׁרֵי אַפֵּי' שִׁינַת קֶבַע דְּאִי לָאו הָכִי בְּמַאי פְּלִיגִי וי"ל דְּכוּלְּהוּ מוֹדוֹ בְּשִׁינַת קֶבַע דַּאֲסִיר וּפְלִיגִי בְּמִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי נָתָן דִּבְסָמוּךְ דְּשָׁרֵי. לִישֹׁן בִּתְפִילִּין בַּיּוֹם שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לִישֹׁן שִׁינַת קֶבַע וּבַלַּיְלָה חוֹלֵץ אֲפִילּוּ לְשִׁינַת עֲרַאי דִּלְמָא מִמְּלִיךְ וְיָשֵׁן שִׁינַת קֶבַע וְר' יַעֲקֹב לָא חָיֵישׁ דִּלְמָא מִמְּלִיךְ:
Celui qui dort avec ses tefilin : de la formulation il ressort que Rabbi Yaakov permet même un sommeil fixe -- car sinon, sur quoi porterait leur désaccord ? On peut répondre : tous s'accordent qu'un sommeil fixe est interdit, et leur désaccord porte sur les propos de Rabbi Natan cités plus loin, qui permet de dormir avec les tefilin le jour, où l'on n'a pas coutume de dormir d'un sommeil fixe, tandis que la nuit on les ôte même pour un sommeil occasionnel, de crainte qu'il ne change d'avis et ne dorme d'un sommeil fixe ; et Rabbi Yaakov ne craint pas qu'il change d'avis.
💡 Explication

Le folio se ferme sur la seule mesure chiffrée du sommeil occasionnel : le temps de parcourir cent amot (coudées) -- un intervalle très court, de l'ordre de la minute. On la rapprochera des soixante respirations du sommeil du cheval citées par le Roch au segment 10.

Attention à ne pas se tromper d'objet : cette mesure vaut pour les tefilin, pas pour la souka. Pour la souka, Rava a déjà tranché qu'il n'existe pas de sommeil occasionnel du tout.

Le amoud s'interrompt au milieu d'une baraita, qui reprend au verso : celui qui a une pollution nocturne avec ses tefilin saisit la lanière pour les retirer -- Rachi précise l'urgence : il faut les ôter tant que le keri est sur lui. Tossefot ouvre déjà le débat de la page suivante, sur la portée du désaccord entre Rabbi Yaakov et Rabbi Natan.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).