Sukkah 26b — Le sommeil du cheval, les tefilin de la nuit, et la bouchée que l'on monte à la souka

Sukkah 26b

Sougya : Le amoud commence en soldant la digression sur les tefilin ouverte à la fin de 26a : les Sages fixent le sommeil occasionnel à cent coudées de marche. Le mot mesure en appelle un autre, et Rav interdit de dormir le jour plus que le cheval -- soixante respirations.

Abaye en fait une chaîne de transmission qui remonte à David, puis se laisse lui-même prendre en flagrant délit par Rav Yossef, qui lui applique le verset du paresseux de Michlei. Le Ben Yehoyada explique pourquoi le cheval et pourquoi soixante, en lisant le nombre dans les lettres mêmes du mot sous et dans les clochettes du cheval de Zekharia.

Vient ensuite la grille jour / nuit de Rabbi Natan pour dormir avec les tefilin, durcie par Rabbi Yossi pour les jeunes gens : la Guemara veut y lire que le baal keri ne met pas les tefilin, mais Abaye déplace tout le motif -- leurs femmes sont avec eux, on craint le hergel davar, c'est-à-dire l'indignité faite aux tefilin. Une dernière baraita règle le cas où la chose est arrivée : mains lavées avant de toucher lanière ou boîtier, car les mains sont asskaniot.

La michna ramène alors à la souka par deux gestes opposés : Rabban Yo'hanan ben Zakai et Rabban Gamliel font monter à la souka un plat à goûter, deux dattes et un seau d'eau, tandis que Rabbi Tsadok, pour moins d'un kabeitsa, mange dehors sans se laver les mains ni bénir après. Tossefot y greffe une longue sougya sur la mesure de la berakha d'après -- kazayit ou kabeitsa, et le cas de la beria.

La Guemara se ferme sur l'objection un fait pour contredire, résolue par hisourei mehasra : la michna autorise la rigueur volontaire, sans yohara.

Le fil du folio : on solde la digression sur les tefilin, puis on revient à la souka par la michna du plat goûte Dix segments. Sept pour finir le sommeil et les tefilin, trois pour la michna de Rabban Yo'hanan ben Zakai et de Rabbi Tsadok Segments 0 à 3 -- la mesure du sommeil occasionnel, puis la mesure du sommeil du jour Fin de la baraita ouverte à 26a : Rabbi Yaakov contre les Sages. Les Sages fixent le sommeil arai à cent coudées de marche. Le mot mesure appelle une autre mesure : Rav interdit de dormir le jour plus que le cheval -- soixante respirations. Abaye remonte la chaîne : Rabba, Rav, Rabbi, David, le cheval. Puis il se fait lui-même prendre en défaut par Rav Yossef. Le ressort du passage est le bitoul Torah : dormir le jour au-delà de la mesure, c'est du temps de Torah perdu. Segments 4 à 6 -- dormir avec les tefilin : la grille jour / nuit, puis la vraie raison Baraita de Rabbi Natan : le jour, libre choix ; la nuit, on ôte -- de crainte que le sommeil occasionnel ne devienne fixe. Rabbi Yossi durcit pour les jeunes gens : toujours ôter, parce qu'ils sont sujets à la touma. La Guemara veut y lire que le baal keri ne met pas les tefilin. Abaye refuse : leurs femmes sont avec eux, on craint le hergel davar. Baraita finale : celui qui a oublié et a eu des relations avec ses tefilin se lave les mains avant de les toucher. Segments 7 à 8 -- la michna : deux maîtres qui montent tout à la souka, un maître qui mange dehors On apporte à Rabban Yo'hanan ben Zakai un plat à goûter, à Rabban Gamliel deux dattes et un seau d'eau : montez-les a la souka. Rabbi Tsadok, lui, reçoit moins qu'un kabeitsa : il le prend dans une serviette, mange dehors et ne bénit pas après. Un seul geste porte trois positions : pas de netilat yadaim, pas de souka, pas de birkat ha-mazon en dessous du kabeitsa. Tossefot corrige Rachi sur la serviette -- Rabbi Tsadok était kohen -- et ouvre la longue sougya de la mesure de la berakha. Segment 9 -- un fait pour contredire ?! La michna est incomplète La michna précédente permet le repas occasionnel dehors ; celle-ci raconte le contraire. Réponse : hisourei mehasra. Il manquait une ligne : qui veut être rigoureux avec soi-même le peut, et il n'y a là aucune yohara. Le fait illustre alors la règle.
Le fil du folio : la fin de la digression sur les tefilin et le sommeil, puis le retour à la souka par la michna de Rabban Yohanan ben Zakai et de Rabbi Tsadok.
Dormir avec les tefilin : quatre étages de la digression, du plus large au plus précis Chaque étage répond à la question laissée ouverte par le précédent 1. Segment 0 -- quel sommeil est permis avec les tefilin ? Rabbi Yaakov : celui qui a une pollution saisit la lanière, jamais le boîtier (ketsitsa) -- il ne limite pas la durée du sommeil. Les Sages : sommeil occasionnel oui, sommeil fixe non. Mesure du sommeil occasionnel : le temps de marcher cent coudées. À comparer avec la souka, où Rava avait tranché à l'inverse : ein keva li-chena, aucun sommeil hors de la souka. 2. Segment 4 -- la grille jour / nuit de la baraita Qui Le jour La nuit Rabbi Natan -- tout homme Libre : il ôte ou il garde Il ôte, même pour un sommeil arai Rabbi Yossi -- les jeunes gens Ils ôtent aussi Ils ôtent -- toujours, sans exception 3. Segment 5 -- pourquoi Rabbi Yossi durcit-il ? Deux lectures de sujets à la touma Lecture rejetée (hava amina) Ils risquent une pollution -- donc le baal keri ne peut pas porter les tefilin. Conséquence lourde : Rabbi Yossi fait halakha presque partout. Lecture retenue -- Abaye Il s'agit de jeunes gens dont les femmes sont là : on craint le hergel davar, l'habitude de la chose. Rien sur le baal keri : c'est un souci de dignité des tefilin. 4. Segment 6 -- et si la chose est déjà arrivée ? Il a oublié et a eu des relations avec ses tefilin sur lui : il ne saisit ni la lanière ni le boîtier avant de se laver les mains. Raison : les mains sont affairées (asskaniot) -- elles ont pu toucher un endroit souillé sans qu'il y prenne garde. Noter le renversement : au segment 0 la lanière était permise, ici elle ne l'est plus. Les mains, non le corps, font la différence. Le fil commun des quatre étages : les tefilin exigent un corps et un esprit disponibles -- le sommeil, le couple et les mains sont les trois lieux où cette disponibilité se perd sans que l'on s'en aperçoive.
Les quatre étages de la digression sur les tefilin : quel sommeil, la grille jour / nuit, la vraie raison de Rabbi Yossi, et le cas où la chose est déjà arrivée.
La michna : deux maîtres montent une bouchée à la souka, un troisième mange dehors Les deux gestes ne se contredisent pas -- ils occupent les deux bords de la même règle Le bord de la rigueur -- segment 7 Rabban Yo'hanan ben Zakai : on lui apporte un plat cuit seulement pour le goûter -- il dit : montez-le à la souka. Rabban Gamliel : deux dattes et un seau d'eau -- même réponse. De l'eau : le degré zéro du repas. Ils ne prétendent pas que la loi l'exige : ils sont mahmir sur eux-mêmes, et cela ne compte pas comme yohara. Le verbe monter : leurs soukot étaient sur le toit. Le bord de la mesure -- segment 8 Rabbi Tsadok reçoit un aliment de moins d'un kabeitsa (volume d'un œuf). Un seul geste, trois positions : 1. il le prend dans une serviette -- pas de netilat yadaim 2. il le mange dehors -- pas de souka 3. il ne bénit pas après -- pas de birkat ha-mazon Le seuil unique des trois : ve-akhalta ve-savata -- une consommation qui rassasie, soit un kabeitsa (Rabbi Yehouda). La Guemara concilie -- segment 9 : hisourei mehasra Sans la ligne manquante, la michna raconte un fait qui contredit la règle précédente (on mange arai hors de la souka). Avec elle : qui veut être rigoureux avec soi-même le peut, sans présomption -- et voici justement deux maîtres qui l'ont fait. Rabbi Tsadok, à l'inverse, montre où passe la ligne de la stricte obligation. Les deux récits bornent la michna. Ce que Tossefot ajoute et corrige sur le geste de Rabbi Tsadok Contre Rachi : la serviette n'est pas une affaire de propreté. Rabbi Tsadok était kohen et mangeait en pureté de terouma ; les mains sont chenyot et invalident la terouma -- même moins d'un kabeitsa reçoit l'impureté. Sur la bénédiction d'après : la halakha suit plutôt Rabbi Meir -- un kazayit -- et non le kabeitsa de Rabbi Yehouda. Avant de manger, aucune mesure : on bénit sur la moindre quantité, car il est interdit de jouir de ce monde sans berakha.
Les deux bords de la michna -- la rigueur volontaire de Rabban Yohanan ben Zakai et de Rabban Gamliel, la mesure stricte de Rabbi Tsadok -- et la ligne manquante que la Guemara restitue.
1
וְאֵינוֹ אוֹחֵז בִּקְצִיצָה, דִּבְרֵי רַבִּי יַעֲקֹב. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יָשֵׁן אָדָם בִּתְפִילִּין שֵׁינַת עֲרַאי, אֲבָל לֹא שֵׁינַת קֶבַע. וְכַמָּה שִׁינַת עֲרַאי — כְּדֵי הִילּוּךְ מֵאָה אַמָּה.

et il ne saisit pas la ketsitsa (le boîtier des tefilin) -- paroles de Rabbi Yaakov. Et les Sages disent : un homme peut dormir avec ses tefilin d'un sommeil occasionnel (arai), mais non d'un sommeil fixe (keva).

Et combien dure un sommeil occasionnel ? Le temps de marcher cent coudées (amot).

📜 Rachi (1)
וְלֹא יֹאחַז בִּקְצִיצָה הֵן תְּפִילִּין עַצְמָן דְּפוּס מוֹשָׁבָן וּרְצוּעָן וְדוֹמֶה לוֹ בְּמַס' גִּיטִּין בְּהַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף נח.) אַרְבָּעִים סְאָה קְצוּצֵי תְּפִילִּין:
Et il ne saisira pas la ketsitsa : ce sont les tefilin eux-mêmes -- le boîtier moulé qui leur sert de logement, ainsi que leur lanière. On trouve un emploi semblable du mot dans le traité Guitin, chapitre Ha-nizakin (Guitin 58a) : quarante seah de ketsoutsei tefilin (boîtiers de tefilin).
💡 Explication

Le amoud s'ouvre au milieu de la baraita commencée à la fin de 26a : celui qui dort avec ses tefilin et a une pollution nocturne (keri) saisit la lanière pour les ôter, mais jamais le boîtier (ketsitsa). Rachi précise le vocabulaire : la ketsitsa, c'est la capsule cubique elle-même, par opposition à la lanière -- et il renvoie à Guitin 58a, où le même mot désigne les boîtiers de tefilin ramassés après le massacre de Beitar.

Les Sages, eux, ne se contentent pas de régler le geste : ils fixent une durée. Sommeil occasionnel avec les tefilin : permis. Sommeil fixe : interdit. Et la mesure du sommeil occasionnel est donnée en distance de marche -- cent amot, soit une poignée de minutes.

Retenir le contraste avec la souka, qui est le vrai sujet du chapitre : là, Rava avait tranché ein keva li-chena, il n'existe pas de sommeil occasionnel, et tout sommeil hors de la souka est interdit. Pour les tefilin au contraire, la catégorie du sommeil occasionnel existe bel et bien et se laisse chiffrer.

2
אָמַר רַב: אָסוּר לָאָדָם לִישַׁן בַּיּוֹם יוֹתֵר מִשֵּׁינַת הַסּוּס. וְכַמָּה שִׁינַת הַסּוּס — שִׁיתִין נִשְׁמֵי.

Rav a dit : il est interdit à un homme de dormir le jour plus que le sommeil du cheval. Et combien dure le sommeil du cheval ?

Soixante respirations (chitin nechamei).

📜 Rachi (1)
לְייַשֵּׁן בַּיּוֹם מִפְּנֵי בִּיטּוּל תּוֹרָה:
De dormir le jour : à cause de la bitoul Torah (le temps de Torah perdu).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב: אָסוּר לָאָדָם לִישַׁן בַּיּוֹם יוֹתֵר מִשֵּׁנַת הַסּוּס, וְכַמָּה שְׁנַת הַסּוּס? שִׁיתִין נִשְׁמֵי. וְנִרְאֶה לִי בס"ד נִרְמַז מִסְפַּר הַשִּׁיתִין בְּאוֹתִיּוֹת שְׁמוֹ שֶׁל סוּס כִּי אוֹת ס' מִסִּפְרוֹ שִׁיתִין וְגַם מִלּוּי הַסָּמֶ"ךְ גַּם כֵּן הוּא מִסְפַּר שִׁיתִין וְכֵן אוֹת וָא"ו הוּא שִׁשָּׁה עֲשָׂרוֹת שֶׁהֵם שִׁיתִין. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד הַכָּתוּב בִּזְכַרְיָה (זְכַרְיָה יד, כ) 'בַּיּוֹם הַהוּא יִהְיֶה עַל מְצִלּוֹת הַסּוּס קֹדֶשׁ לִייָ' וְדָרְשׁוּ רז"ל (פְּסָחִים נ.) מַצִּילוֹת הַסּוּס הוּא הַתַּכְשִׁיט שֶׁנּוֹתְנִין לַסּוּס בֵּין עֵינָיו, וְקָשֶׁה מַאי רְבוּתֵיהּ דְּתַכְשִׁיט זֶה שֶׁמַּגִּיד עָלָיו הַכָּתוּב שֶׁיִּהְיֶה 'קֹדֶשׁ לִייָ'? וּבָזֶה נִיחָא דְּמַאֲמָר רז"ל זֶה הוּא לְשׁוֹן מְלִיצָה כִּי בְּסוּס נִמְצָא דְּבַר פְּאֵר שֶׁיִּתְפָּאֵר בּוֹ הַסּוּס עַל שְׁאָר בְּרִיּוֹת וְהוּא בְּשִׁינַת עֵינָיו שֶׁאֵינוֹ יָשֵׁן יוֹתֵר מִשִּׁיתִין נִשְׁמֵי וְעַל זֶה אוֹמְרוֹ תַּכְשִׁיט שֶׁנּוֹתְנִין לַסּוּס בֵּין עֵינָיו פֵּירוּשׁ מַה שֶׁמְּשַׁבְּחִין וּמְפָאֲרִין הַחֲכָמִים לַסּוּס בְּשֵׁינָה שֶׁבְּעֵינָיו דְּעַל זֶה הַשִּׁיעוּר אָמְרוּ מֻותָּר לְתַלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁיָּשֵׁן בַּיּוֹם וְעִם כָּל זֶה לֶעָתִיד גַּם זֶה הַשִּׁיעוּר יִהְיֶה קֹודֶשׁ לָהּ' אֵצֶל הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁלֹּא יָשַׁן בַּיּוֹם אֲפִילּוּ שִׁיתִין נִשְׁמֵי אֶלָּא יַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה וְלֹא יָשַׁן רֶגַע אֶחָד בַּיּוֹם.
Rav a dit : il est interdit à un homme de dormir le jour plus que le sommeil du cheval ; et combien dure le sommeil du cheval ? Soixante respirations. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nombre soixante est fait allusion dans les lettres mêmes du nom du cheval (sous). Car la lettre samekh vaut soixante ; le milouy du samekh (les lettres qui complètent son nom, mem et khaf) vaut lui aussi soixante ; et de même la lettre vav vaut six dizaines, qui font soixante. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, le verset de Zekharia (14, 20) : En ce jour-là, il y aura sur les clochettes du cheval : consacré à Hachem. Nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué (Pessahim 50a) que les metsilot ha-sous sont la parure que l'on place au cheval entre les yeux. Or cela fait difficulté : quelle grandeur y a-t-il à cette parure, pour que le verset annonce à son sujet qu'elle sera consacrée à Hachem ? Selon ce qui précède, tout s'éclaire : cette parole de nos Sages est une tournure de style. Car il se trouve chez le cheval une chose qui fait sa gloire, par laquelle le cheval se glorifie au-dessus des autres créatures, et c'est le sommeil de ses yeux : il ne dort pas plus de soixante respirations. C'est ce que veut dire la parure que l'on place au cheval entre les yeux -- c'est-à-dire ce que les Sages louent et glorifient chez le cheval, le sommeil qui est dans ses yeux, puisque c'est sur cette mesure qu'ils ont dit qu'il est permis au talmid 'hakham de dormir le jour. Et malgré cela, dans l'avenir, cette mesure elle-même sera consacrée à Hachem chez les talmidei hakhamim : ils ne dormiront plus le jour, même pas soixante respirations, mais s'occuperont de Torah et ne dormiront pas un seul instant du jour.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר אוֹכְלִין אֲכִילַת עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה וְאֵין יְשֵׁנִים שֵׁינַת עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה מַאי טַעְמָא אָמַר רָבָא לְפִי שֶׁאֵין קֶבַע לְשֵׁינָה. אָמַר רַב חִסְדָּא אָסוּר לִישַׁן בַּיּוֹם יוֹתֵר מִשֵּׁינַת הַסּוּס וְכַמָּה שֵׁינַת הַסּוּס שִׁיתִּין נִשְׁמֵי. אַבַּיֵּי הֲוָה נָיֵים כִּי מֵיזָל מִפֻּומְבְּדִיתָא לְבֵי כֻּובֵּי קָרֵי עֲלֵיהּ רַב יוֹסֵף עַד מָתַי עָצֵל תִּשְׁכָּב וְגוֹ':
Nos maîtres ont enseigné : on mange un repas occasionnel hors de la souka, mais on ne dort pas un sommeil occasionnel hors de la souka. Quelle en est la raison ? Rava a dit : parce qu'il n'y a pas de fixité pour le sommeil (ein keva li-chena). Rav Hisda a dit : il est interdit de dormir le jour plus que le sommeil du cheval ; et combien dure le sommeil du cheval ? Soixante respirations. Abaye dormait le temps que dure le trajet de Poumbedita à Bei Kouvei ; Rav Yossef lisait à son sujet le verset : Jusqu'à quand, paresseux, resteras-tu couché ?...
💡 Explication

Le passage change de sujet par simple association de mesure : on vient de chiffrer le sommeil occasionnel en cent coudées, on chiffre maintenant le sommeil du jour en soixante respirations. Ce n'est plus une question de tefilin ni de souka, mais de discipline d'étude -- Rachi le dit d'un mot : bitoul Torah.

Le Roch, placé ici, résume l'ensemble de la sougya depuis 26a : il retient la règle de Rava (ein keva li-chena, aucun sommeil hors de la souka), puis la mesure du sommeil diurne. Noter qu'il attribue cette dernière à Rav Hisda là où notre texte imprimé porte Rav : variante de version courante dans les manuscrits.

Le Ben Yehoyada demande pourquoi précisément le cheval, et pourquoi soixante. Sa réponse : le nombre est déjà écrit dans le nom de l'animal, et la parure entre les yeux du cheval annoncée par Zekharia désigne métaphoriquement cette sobriété de sommeil. À la fin des temps, dit-il, même cette mesure sera abolie chez les sages.

🖼️ Schéma
Le Ben Yehoyada : pourquoi soixante, et pourquoi le cheval ? Le nombre soixante est déjà inscrit dans les trois lettres du mot cheval ס samekh = 60 la valeur de la lettre ס milouy : mem + khaf = 60 le remplissage du nom de la lettre ו vav = 6, soit six dizaines = 60 la lettre du milieu du mot sous La gloire du cheval est dans ses yeux : il ne dort pas plus de soixante respirations C'est cette qualité que les Sages lui empruntent pour mesurer le sommeil du talmid 'hakham Zekharia 14, 20 : sur les clochettes du cheval, consacré à Hachem La parure placée entre les yeux du cheval = sa mesure de sommeil. Elle deviendra sainte, c'est-à-dire que le talmid 'hakham ne dormira plus le jour, même pas soixante respirations.
Le Ben Yehoyada : soixante inscrit trois fois dans le mot sous, et la parure du cheval selon Zekharia.
3
אָמַר אַבַּיֵּי: שִׁנְתֵּיהּ דְּמַר כִּדְרַב, וּדְרַב כִּדְרַבִּי, וּדְרַבִּי כִּדְדוּד, וּדְדוּד כִּדְסוּסְיָא, וּדְסוּסְיָא שִׁיתִין נִשְׁמֵי.

Abaye a dit : le sommeil de mon maître (Rabba) est comme celui de Rav, celui de Rav comme celui de Rabbi (Yehouda ha-Nassi), celui de Rabbi comme celui de David, celui de David comme celui du cheval -- et celui du cheval est de soixante respirations.

📜 Rachi (5)
דְּמַר רַבָּה בַּר נַחְמָנִי:
De mon maître : il s'agit de Rabba bar Nahmani.
כְּרַב דְּמִמֶּנּוּ לָמַד מִדַּת שִׁינְתּוֹ שֶׁהָיָה יָשֵׁן רַב בַּיּוֹם כְּשִׁיעוּר זֶה:
Comme celui de Rav : car c'est de lui qu'il a appris la mesure de son sommeil, Rav dormant le jour selon cette mesure.
דְּרַב כְּרַבִּי וְרַב לְמִדָּה מֵרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ שֶׁגָּדֵל אֶצְלוֹ:
Celui de Rav comme celui de Rabbi : et Rav la tenait de Rabbenou ha-Kadoch, auprès de qui il avait grandi.
וְרַבִּי כְּדָוִד כָּךְ קִבֵּל מֵאֲבוֹתָיו שֶׁזּוֹ הָיְתָה שִׁינַת דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל:
Et celui de Rabbi comme celui de David : ainsi l'avait-il reçu de ses pères -- telle était la mesure du sommeil de David, roi d'Israël.
שִׁיתִין נִשְׁמֵי אלצ"ש:
Soixante respirations : en langue vulgaire, aleines (souffles).
💡 Explication

Abaye ne fait pas une remarque pittoresque : il transforme la mesure de Rav en une chaîne de transmission, comme on transmet une halakha. Rachi le souligne à chaque maillon -- Rav a pris la mesure de Rabbi, auprès de qui il avait grandi ; Rabbi la tenait de ses pères, remontant à David.

La mention de David n'est pas ornementale : le roi est la figure de celui qui ne laisse pas la nuit ni le jour l'emporter sur l'étude, comme au Psaume 119, 62. La chaîne dit donc que la sobriété de sommeil est une tradition royale et rabbinique, non une performance individuelle.

Le dernier Rachi est une glose en langue vulgaire (laaz) : il traduit nechamei par le mot français médiéval pour souffles. Ces gloses sont l'un des marqueurs les plus sûrs de la plume de Rachi.

🖼️ Schéma
La chaîne du sommeil : une mesure transmise de maître à maître, jusqu'au cheval Chaque maillon a appris la mesure de celui qui le précède -- Rachi le précise à chaque étape Mar Rabba bar Nahmani le maître d'Abaye Rav il dormait le jour selon cette mesure Rabbi Rabbenou ha-Kadoch Rav a grandi chez lui David roi d'Israël reçu de ses pères Le cheval 60 respirations chitin nechamei Et Abaye lui-même, au segment suivant : la chaîne se retourne contre celui qui la récite Abaye dormait le temps du trajet de Poumbedita à Bei Kouvei -- six parsaot, selon Rachi : bien plus que soixante respirations. Rav Yossef lui applique le verset : jusqu'à quand, paresseux, resteras-tu couché ? Quand te lèveras-tu de ton sommeil ? L'enjeu n'est pas la fatigue mais le bitoul Torah -- c'est ce que Rachi note d'un mot au segment 1.
La chaîne du sommeil : Rabba, Rav, Rabbi, David, le cheval -- et le retournement du segment suivant.
4
אַבָּיֵי הֲוָה נָיֵים כְּדִמְעַיֵּיל מִפֻּומְבְּדִיתָא לְבֵי כֻובֵּי. קָרֵי עֲלֵיהּ רַב יוֹסֵף: ״עַד מָתַי עָצֵל תִּשְׁכָּב מָתַי תָּקוּם מִשְּׁנָתֶךָ״.

Abaye dormait le temps que dure le trajet de Poumbedita à Bei Kouvei. Rav Yossef lisait à son sujet le verset : Jusqu'à quand, paresseux, resteras-tu couché ?

Quand te lèveras-tu de ton sommeil ? (Michlei 6, 9).

📜 Rachi (2)
הֲוָה נָיֵים בַּיּוֹם:
Il dormait : le jour.
כְּמֵיעַל מִפּוּמְבְּדִיתָא לְבֵי כּוּבֵי דִּמְפָ' בְּמָקוֹם אַחֵר דְּהָווּ שִׁיתָּא פַּרְסֵי:
Le temps du trajet de Poumbedita à Bei Kouvei : il est expliqué ailleurs que cela fait six parsaot.
💡 Explication

Le Talmud retourne la chaîne contre celui qui vient de la réciter. Abaye avait énoncé la mesure ; il dormait, lui, le temps de parcourir six parsaot -- soit, selon les calculs usuels, plusieurs heures. Le contraste avec les soixante respirations est brutal et volontaire.

Rav Yossef, son maître, ne le reprend pas par une règle mais par un verset de Michlei adressé au paresseux. Le procédé -- kari alei, il lui appliquait le verset -- est la forme talmudique classique du reproche affectueux entre maître et disciple.

On peut lire ce petit récit comme un garde-fou posé par le Talmud lui-même : la mesure du cheval est un idéal d'étude, pas une norme opposable à chacun. Elle est énoncée, puis aussitôt montrée comme non tenue par un des plus grands amoraim.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: הַנִּכְנָס לִישֹׁן בַּיּוֹם, רָצָה — חוֹלֵץ, רָצָה — מַנִּיחַ. בַּלַּיְלָה — חוֹלֵץ וְאֵינוֹ מַנִּיחַ, דִּבְרֵי רַבִּי נָתָן. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: הַיְּלָדִים, לְעוֹלָם חוֹלְצִין וְאֵינָן מַנִּיחִין, מִפְּנֵי שֶׁרְגִילִין בְּטֻומְאָה.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui va se coucher le jour -- s'il le veut il ôte [ses tefilin], s'il le veut il les garde. La nuit -- il ôte et ne garde pas : paroles de Rabbi Natan.

Rabbi Yossi dit : les yeladim (les jeunes gens), eux, ôtent toujours et ne gardent pas, parce qu'ils sont sujets à l'impureté (touma).

📜 Rachi (7)
הַנִּכְנָס לִישֹׁן שֶׁאֵין כַּווָּנָתוֹ אֶלָּא לִישֹׁן וְאֵינוֹ מְהַרְהֵר לְדָבָר אַחֵר:
Celui qui va se coucher : dont l'intention est seulement de dormir, sans penser à autre chose.
רָצָה חוֹלֵץ תְּפִילִּין:
S'il veut, il ôte : ses tefilin.
רָצָה מַנִּיחַ לְפִי שֶׁבַּיּוֹם אֵין דַּרְכּוֹ לְשַׁמֵּשׁ עִם אִשְׁתּוֹ וְלֹא לִישֹׁן קֶבַע:
S'il veut, il garde : car le jour, il n'a pas coutume d'avoir des relations avec sa femme, ni de dormir d'un sommeil fixe.
בַּלַּיְלָה חוֹלֵץ אַפֵּי' לְשִׁינַת עֲרַאי דִּלְמָא מִימְלָךְ וְיָשֵׁן קֶבַע:
La nuit, il ôte : même pour un sommeil occasionnel, de crainte qu'il ne change d'avis et ne dorme d'un sommeil fixe.
הַיְּלָדִים בַּחוּרִים:
Les yeladim : les jeunes hommes.
לְעוֹלָם חוֹלְצִין וְאַפֵּי' בַּיּוֹם:
Ils ôtent toujours : et même le jour.
שֶׁרְגִילִין בְּטֻומְאָה קס"ד שֶׁמָּא יִרְאוּ קֶרִי שֶׁהִרְהוּר מָצוּי בָּהֶן:
Parce qu'ils sont sujets à l'impureté : on pense d'abord qu'il s'agit de la crainte qu'ils n'aient une pollution (keri), les pensées étant fréquentes chez eux.
💡 Explication

La baraita organise la question en grille. Le jour, aucune obligation dans un sens ou dans l'autre : Rachi explique que le jour cumule deux sécurités -- on n'a pas coutume d'avoir de relations, ni de dormir d'un sommeil fixe. La nuit, les deux sécurités tombent, et Rabbi Natan impose d'ôter, même pour un sommeil occasionnel, de crainte que l'on ne change d'avis en cours de route.

Rabbi Yossi ajoute une catégorie de personnes plutôt qu'un moment : les yeladim, que Rachi glose par les jeunes hommes -- jeunes mariés. Pour eux, la règle est absolue, jour et nuit.

Le mot décisif est le motif : parce qu'ils sont sujets à la touma. Rachi prévient que la première lecture qui vient à l'esprit -- la crainte de la pollution nocturne -- est une hava amina : elle sera précisément contestée au segment suivant.

🖼️ Schéma
La baraita du segment 4 : ôter ou garder ses tefilin pour dormir Deux avis, deux motifs -- et Rachi donne pour chaque case la raison qui la commande Situation Règle Raison (Rachi) Il va dormir le jour Rabbi Natan -- tout homme S'il veut il ôte, s'il veut il garde Aucune obligation dans un sens Le jour, il n'a pas coutume d'avoir de relations ni de dormir keva Il va dormir la nuit Rabbi Natan -- tout homme Il ôte et ne garde pas Même pour un sommeil occasionnel De crainte qu'il ne change d'avis et ne dorme d'un sommeil fixe Les yeladim -- les jeunes gens Rabbi Yossi, jour comme nuit Ils ôtent toujours et ne gardent pas Même le jour, précise Rachi Ils sont sujets à la touma : les pensées sont fréquentes chez eux Le détail que Rachi place en tête : celui qui va se coucher Il s'agit de celui dont l'intention est seulement de dormir, sans avoir autre chose en tête. La baraita ne parle donc pas de celui qui monte se coucher avec une autre intention -- et c'est exactement la porte par laquelle Abaye entrera au segment 5.
La grille de la baraita : jour et nuit, tout homme et les jeunes gens, avec la raison donnée par Rachi pour chaque case.
6
לֵימָא קָסָבַר רַבִּי יוֹסֵי בַּעַל קֶרִי אָסוּר לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין? אָמַר אַבַּיֵּי: בִּילָדִים וּנְשׁוֹתֵיהֶן עִמָּהֶן עָסְקִינַן, שֶׁמָּא יָבוֹאוּ לִידֵי הֶרְגֵּל דָּבָר.

Dirons-nous que Rabbi Yossi tient qu'il est interdit à un baal keri (celui qui a eu une pollution) de mettre les tefilin ? Abaye a dit : nous traitons ici de jeunes gens dont les femmes sont avec eux -- de crainte qu'ils n'en viennent à l'habitude de la chose (hergel davar).

📜 Rachi (2)
לֵימָא קָא סָבַר רַבִּי יוֹסֵי כוּ' וּמִיבְעֵי לָן לְמֶיעְבַּד כְּוָותֵיהּ שֶׁהֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּרוֹב מְקוֹמוֹת דְּקַיְימָא לָן נִימּוּקוֹ עִמּוֹ (גִּיטִּין דַּף סז:):
Dirons-nous que Rabbi Yossi tient, etc. : et il nous faudrait alors agir comme lui, puisque la halakha suit son avis dans la plupart des cas -- car nous tenons que sa raison est avec lui (nimouko imo, Guitin 67b).
שֶׁמָּא יָבֹאוּ וְכוּ' וְהָא וַדַּאי אָסוּר לְבַזּוֹתָן לִנְהֹוג בְּהוּ קַלּוּת רֹאשׁ:
De crainte qu'ils n'en viennent, etc. : et cela est certainement interdit, car ce serait déshonorer les tefilin et se conduire envers eux avec légèreté.
💡 Explication

La Guemara veut tirer de la formule de Rabbi Yossi une position de principe : le baal keri ne pourrait pas porter les tefilin. Rachi explique pourquoi l'enjeu est lourd : Rabbi Yossi fait halakha dans la plupart des controverses, la règle étant que nimouko imo -- son raisonnement l'accompagne. Si la lecture était retenue, elle deviendrait la pratique.

Abaye la refuse et relit la baraita autrement : sujets à la touma ne désigne pas le risque de pollution pendant le sommeil, mais la situation de jeunes mariés dont les épouses sont auprès d'eux. Le danger n'est pas physiologique, il est comportemental -- le hergel davar, le fait de se laisser entraîner par l'habitude.

Rachi achève le raisonnement : ce que l'on redoute n'est pas une impureté mais une indignité. Avoir des relations avec les tefilin sur soi, c'est traiter les tefilin avec légèreté, ce qui est interdit sans discussion. La lecture d'Abaye déplace donc toute la baraita du registre de la pureté à celui du respect.

7
תָּנוּ רַבָּנַן: שָׁכַח וְשִׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ בִּתְפִילִּין — אֵינוֹ אוֹחֵז לֹא בָּרְצוּעָה וְלֹא בַּקְּצִיצָה עַד שֶׁיִּטֹּול יָדָיו וְיִטְּלֵם, מִפְּנֵי שֶׁהַיָּדַיִם עַסְקָנִיּוֹת הֵן.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui a oublié et a eu des relations avec ses tefilin sur lui ne saisit ni la lanière ni le boîtier avant de s'être lavé les mains -- et alors il les ôte ; parce que les mains sont affairées (asskaniot).

📜 Rachi (1)
עַסְקָנִיּוֹת הֵן וְשֶׁמָּא נָגְעוּ בִּמְקוֹם הַטִּינֹּופֶת:
Elles sont affairées : et il se peut qu'elles aient touché un endroit souillé.
💡 Explication

Dernière baraita de la digression : elle traite le cas où la crainte d'Abaye s'est réalisée. L'homme a oublié ses tefilin et a eu des relations ; il doit maintenant les retirer, mais il ne peut y toucher en l'état.

Le contraste avec le segment 0 est frappant : là, celui qui avait eu une pollution pouvait saisir la lanière, seul le boîtier lui étant interdit. Ici, ni l'une ni l'autre -- parce que le problème a changé de nature. Ce ne sont plus les tefilin qui sont en cause, ce sont les mains.

Le terme technique est asskaniot : affairées, remuantes. Rachi le décompose : des mains actives ont pu, sans que l'on y prenne garde, toucher un endroit souillé du corps. Le même principe fonde ailleurs le lavage des mains au réveil.

8
מַתְנִי׳ מַעֲשֶׂה וְהֵבִיאוּ לוֹ לְרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לִטְעֹום אֶת הַתַּבְשִׁיל, וּלְרַבָּן גַּמְלִיאֵל שְׁנֵי כּוֹתָבוֹת וּדְלִי שֶׁל מַיִם. וְאָמְרוּ: הֶעֱלוּם לַסֻּוכָּה.

MICHNA. Il arriva que l'on apporta à Rabban Yo'hanan ben Zakai un plat cuit pour qu'il le goûte, et à Rabban Gamliel deux dattes et un seau d'eau ; et ils dirent : montez-les a la souka.

⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה אוֹ בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה כְּשֵׁרָה וְעוֹלִין לָהּ בְּיוֹם טוֹב בְּרֹאשׁ הָאִילָן אוֹ עַל גַּבֵּי גָּמָל כְּשֵׁרָה וְאֵין עוֹלִין לָהּ ביו"ט שְׁתַּיִם בִּידֵי אָדָם וְאַחַת בָּאִילָן אוֹ שְׁתַּיִם בָּאִילָן וְאַחַת בִּידֵי אָדָם כְּשֵׁרָה וְאֵין עוֹלִין לָהּ בְּיוֹם טוֹב שְׁלֹשָׁה בִּידֵי אָדָם וְאַחַת בָּאִילָן כְּשֵׁרָה וְעוֹלִין לָהּ בְּיוֹם טוֹב. זֶה הַכְּלָל כָּל שֶׁאִילּוּ יִנָּטֵל הָאִילָן וִיכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּשֵׁרָה וְעוֹלִין לָהּ ביו"ט כָּאן פֵּי' רַשִׁ"י שֶׁסָּמַךְ קַרְקָעִית הַסֻּוכָּה רֻובָּהּ בְּאִילָן וְעָשָׂה בְּרֹאשׁ הָאִילָן הַמְּחִיצּוֹת וּבְפֶ' מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ (שַׁבָּת דַּף קנד:) פִּי' שֶׁסָּמַךְ הַסְּכָךְ עַל הָאִילָן וְסֻוגְייַן דְּהָתָם מוֹכַחַת כֵּן שֶׁהָאִילָן דְּפָנוֹת לַסֻּוכָּה וְקָנִים שֶׁל הַסְּכָךְ נִסְמָכִין עַל הָאִילָן וְאָסוּר לִיכָּנֵס בּוֹ ביו"ט גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַנִּיחַ חֲפָצָיו עַל הַסְּכָךְ וְהַאי דִּנְקַט עוֹלִין מִשּׁוּם דְּכָל כְּנִיסַת סֻוכָּה מֻוזְכֶּרֶת בַּגְּמָרָא בִּלְשׁוֹן עֲלִיָּיה לְפִי שֶׁסֻּוכָּתָן הָיְתָה בְּרֹאשׁ הַגַּג כְּדִלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף כט.) אֵין מַטְרִיחִין לַעֲלוֹת אָמַר לָהֶן הַעֲלוּם לְסֻוכָּה דַּף כו: אֲבָל מוֹרִיד הוּא אֶת הַכֵּלִים דַּף מח.: גְּמ' מַתְנֵי' מַנִּי ר"ע הִיא דְּתַנְיָא הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל פּוֹסֵל ור"ע מַכְשִׁיר אָמַר אַבַּיֵּי דכ"ע הֵיכָא דְּאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה ד"ה פְּסוּלָה יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיָם ד"ה כְּשֵׁרָה כ"פ בִּיכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה שֶׁל הַיָּם רַבָּן גַּמְלִיאֵל סָבַר דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְכֵיוָן דְּאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיָם לָאו כְּלוּם הוּא ור"ע סָבַר סֻוכָּה דִּירַת עֲרַאי בָּעֵינַן וְכֵיוָן דִּיכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה כְּשֵׁרָה וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי עֲקִיבָא. תַּנְיָא עֲשָׂאָהּ לִבְהֵמָה דֹּופֶן לְסֻוכָּה רַבִּי מֵאִיר פּוֹסֵל וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי יְהוּדָה:
MICHNA. Celui qui fait sa souka au sommet d'une charrette ou au sommet d'un bateau : elle est kachère, et on y monte le jour de fête. Au sommet d'un arbre ou sur le dos d'un chameau : elle est kachère, mais on n'y monte pas le jour de fête. Deux [parois] de main d'homme et une par l'arbre, ou deux par l'arbre et une de main d'homme : elle est kachère, mais on n'y monte pas le jour de fête. Trois de main d'homme et une par l'arbre : elle est kachère et on y monte le jour de fête. Voici la règle : chaque fois que, si l'on retirait l'arbre, elle pourrait tenir debout par elle-même, elle est kachère et on y monte le jour de fête. Ici, Rachi a expliqué qu'il a appuyé la plus grande partie du plancher de la souka sur l'arbre et a fait les parois au sommet de l'arbre ; mais au chapitre Mi che-hehchikh (Chabbat 154b) il a expliqué qu'il a appuyé le skhakh sur l'arbre -- et notre sougya là-bas le prouve ainsi : l'arbre sert de parois à la souka et les roseaux du skhakh s'appuient sur l'arbre ; il est alors interdit d'y entrer le jour de fête, par décret, de crainte qu'il ne pose ses objets sur le skhakh. Et si la michna emploie le verbe monter, c'est parce que toute entrée dans la souka est désignée dans la Guemara par un terme de montée, leurs soukot étant au sommet du toit -- comme plus loin (Souka 29a) : on n'impose pas la peine de monter ; et ici (26b) : il leur dit, montez-les a la souka ; et encore (48à) : mais il fait descendre les ustensiles. GUEMARA. De qui est notre michna ? Elle est de Rabbi Akiva, car il a été enseigné : celui qui fait sa souka au sommet d'un bateau -- Rabban Gamliel la déclare passoul (invalide) et Rabbi Akiva la déclare kachère. Abaye a dit : tous s'accordent que, là où elle ne peut pas tenir devant un vent ordinaire de la terre ferme, elle est passoul de l'avis de tous ; et que, si elle peut tenir devant un vent ordinaire de la mer, elle est kachère de l'avis de tous. Ils ne diffèrent que dans le cas où elle peut tenir devant un vent ordinaire de la terre ferme mais non devant un vent ordinaire de la mer : Rabban Gamliel tient qu'il faut une habitation fixe (dirat keva), et puisqu'elle ne tient pas devant le vent ordinaire de la mer, elle n'est rien ; Rabbi Akiva tient que la souka doit être une habitation passagère (dirat arai), et puisqu'elle tient devant le vent ordinaire de la terre ferme, elle est kachère. Et la halakha est comme Rabbi Akiva. Il a été enseigné : s'il a fait d'un animal une paroi de la souka -- Rabbi Meir la déclare passoul et Rabbi Yehouda la déclare kachère ; et la halakha est comme Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Retour à la souka. La michna raconte deux gestes parallèles de deux Nessiim. On apporte à Rabban Yo'hanan ben Zakai un plat cuit, non pour un repas mais pour le goûter ; à Rabban Gamliel, deux dattes et un seau d'eau. Dans les deux cas la réponse est la même : montez-les a la souka.

Le verbe monter n'est pas une image : le Roch rappelle que leurs soukot étaient bâties sur le toit, si bien que toute la Guemara parle d'entrer dans la souka en disant y monter -- il aligne trois occurrences, dont la nôtre.

Le siman du Roch imprimé ici porte en réalité sur la michna suivante (la souka sur une charrette, un bateau, un arbre, un chameau) : c'est le découpage de Sefaria qui l'aligne sur ce segment. On y trouve la grande ligne de partage du chapitre -- Rabban Gamliel exige une dirat keva, Rabbi Akiva se contente d'une dirat arai -- avec la halakha tranchée comme Rabbi Akiva.

9
וּכְשֶׁנָּתְנוּ לוֹ לְרַבִּי צָדוֹק אֹוכֶל פָּחוֹת מִכְּבֵיצָה, נְטָלוֹ בְּמַפָּה, וַאֲכָלוֹ חוּץ לַסֻּוכָּה, וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו.

Et lorsque l'on donna à Rabbi Tsadok un aliment de moins qu'un kabeitsa (le volume d'un œuf), il le prit dans une serviette, le mangea hors de la souka, et ne récita pas de bénédiction après lui.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' אֹוכֶל פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה מַאֲכָל פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה:
Michna, un aliment de moins qu'un kabeitsa : une nourriture d'un volume inférieur à celui d'un œuf.
נְטָלוֹ בְּמַפָּה לֹא נָטַל יָדָיו אֶלָּא כָּרַךְ בְּמַפָּה יָדָיו מִשּׁוּם נְקִיּוּת דְּקָסָבַר פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה לָא בָּעֵי נט"י וְלָא בָּעֵי סֻוכָּה וְלָא בָּעֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו דְּדָרֵישׁ כְּרַבִּי יְהוּדָה (בְּרָכוֹת דַּף מט.) וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ אֲכִילָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׂבִיעָה וְהַיְינוּ כַּבֵּיצָה אֲבָל לְפָנָיו בְּכָל דְּהוּ בָּעֵי בְּרָכָה שֶׁהֲרֵי נֶהֱנֶה וְאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן העוה"ז בְּלֹא בְּרָכָה:
Il le prit dans une serviette : il ne se lava pas les mains, mais enveloppa ses mains dans une serviette par propreté -- car il tient que, pour moins d'un kabeitsa, il ne faut ni netilat yadaim, ni souka, ni birkat ha-mazon après, exposant le verset comme Rabbi Yehouda (Berakhot 49a) : Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras -- une consommation dans laquelle il y a rassasiement, c'est-à-dire un kabeitsa. Mais avant, il faut bénir pour la moindre quantité, car il en tire jouissance, et il est interdit de jouir de ce monde sans bénédiction.
🗂️ Tossefot (2)
נְטָלוֹ בְּמַפָּה. פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' מִשּׁוּם נְקִיּוּת וּבְחִנָּם פֵּירֵשׁ כֵּן דְּרַבִּי צָדוֹק כֹּהֵן הֲוָה כִּדְמוֹכַח פֶּ' מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף יט:) וּבְסוֹף פֶּרֶק כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (בְּכוֹרוֹת דַּף לו.) וְהָיָה אוֹכֵל עַל טָהֳרַת תְּרוּמָה וְיָדַיִם שְׁנִיּוֹת הֵן וּפוֹסְלוֹת אֶת הַתְּרוּמָה שֶׁזּוֹ הִיא אַחַת מי"ח דָּבָר דבפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יד.) דְּאַפֵּי' פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה מְקַבֵּל טֻומְאָה כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק שֵׁנִי דְּמַס' טְהָרוֹת (מ"א) דִּתְנַן אֵין בּוֹ כַּבֵּיצָה הוּא טָמֵא וְהַכֹּל טָהוֹר:
Il le prit dans une serviette. Rachi a expliqué : par propreté. Mais il a expliqué ainsi sans nécessité, car Rabbi Tsadok était kohen, comme cela ressort du chapitre Mi che-meto (Berakhot 19b) et de la fin du chapitre Kol pesoulei ha-mouktsachin (Bekhorot 36a) ; il mangeait en préservant la pureté de la terouma, et les mains sont chenyot (secondes en impureté) qui invalident la terouma -- c'est l'un des dix-huit décrets du premier chapitre de Chabbat (14a). Et même moins d'un kabeitsa reçoit l'impureté, comme il ressort du deuxième chapitre du traité Taharot (michna 1), où il est enseigné : s'il n'y a pas là un kabeitsa, lui est impur et tout le reste est pur.
וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו. סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מט:) דְּדָרֵישׁ וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ אֲכִילָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׂבִיעָה דְּהַייְנוּ כַּבֵּיצָה ור"מ פְּלִיג וְאָמַר דִּמְבָרְכִין בִּכְזַיִת וְנִרְאֶה הֲלָכָה כְּוָותֵיהּ מִדְּאָמְרִי' פֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לח: וְשָׁם) א"ר חִיָּיא בַּר אַבָּא אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר' יוֹחָנָן שֶׁאָכַל זַיִת מָלִיחַ וּבֵירַךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף וְעוֹד אָמְרִי' פֶּרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מח. וְשָׁם) א"ר חַייָּא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן לְעוֹלָם אֵינוֹ מוֹצִיא רַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת דָּגָן וְכֵן אָמַר רַב הוּנָא בַּר יְהוּדָה מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב וּמִתּוֹךְ הַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּבִבְרִיָּה לָא בָּעֵינַן כַּזַּיִת דַּאֲפִילּוּ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל עֵנָב אוֹ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִימּוֹן טְעוּנָה בְּרָכָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וְהָכִי אִיתָא בִּירֻושַּׁל' בְּרֵישׁ כֵּיצַד מְבָרְכִין ר' יוֹחָנָן נְסַב זֵיתָא וּבֵרַךְ לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו וַהֲוָה ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא מִסְתַּכֵּל בֵּיהּ וַאֲמַר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן בַּבְלָאָה מָה אַתְּ מִסְתַּכֵּל בֵּי לֵית לָךְ כָּל שֶׁהוּא מִמִּין שִׁבְעָה טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו אִית לֵיהּ וּמַה צְרִיכָא לֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינָתוֹ מְמַעַטְתּוֹ וְלֵית לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן שֶׁגַּרְעִינָתוֹ מְמַעַטְתּוֹ מָה עֲבַד לֵיהּ ר"י מִשּׁוּם בְּרֵיהּ מִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אָמְרָה שֶׁכֵּן אֲפִילּוּ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל עֵנָב אוֹ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִימּוֹן שֶׁהִיא טְעוּנָה בְּרָכָה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו וּבְהַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ יֵשׁ כְּעֵין מַעֲשֶׂה זֶה פֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לח:) דא"ר חִיָּיא בַּר אַבָּא אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר' יוֹחָנָן שֶׁאָכַל זַיִת מָלִיחַ וּבֵרַךְ עָלָיו תְּחִילָּה וָסוֹף א"ל ר' יִרְמְיָה לֵר' זֵירָא הֵיכִי בְּרִיךְ ר' יוֹחָנָן אַזַּיִת מָלִיחַ כֵּיוָן דְּשַׁקְלֵיהּ לְגַרְעִינָתֵיהּ בָּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרָא אֲמַר לֵיהּ מִי סָבְרַתְּ כְּזַיִת גָּדוֹל בָּעֵינַן בֵּינוֹנִי בָּעֵינַן וְהַהִיא זַיִת דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דָּר' יוֹחָנָן זַיִת גָּדוֹל הֲוָה דאע"ג דְּשַׁקְלֵיהּ לְגַרְעִינָתֵיהּ פָּשׁ לֵיהּ שִׁיעוּרָא וְהַשְׁתָּא אִי הֲוָה עוּבְדָא דְּהַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ הַיְינוּ הַהִיא דִּירֻושַּׁל' א"כ חוֹלֵק עַל שֶׁלָּנוּ וְלָא סָמְכִינַן עֲלֵיהּ מִדְּלָא שְׁנֵי לֵיהּ מִשּׁוּם דִּבְרִיָּה הוּא אֲבָל שֶׁמָּא שְׁנֵי מַעֲשִׂים הָיוּ וְהַהִיא דִּירֻושַּׁל' הָיָה זַיִת שָׁלֵם וַאֲכָלוֹ עִם הַגַּרְעִין דְּהָוֵי בִּרְיָה אֲבָל הַהוּא דְּהַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ לֹא הָיָה בּוֹ גַּרְעִין שֶׁכֵּן סְתָם זַיִת מָלִיחַ בְּלֹא גַּרְעִין הוּא וְלָא הֲוָה בִּרְיָה וּלְהָכִי הֻוצְרַךְ לְתָרֵץ דְּגָדוֹל הָיָה וְזַיִת דִּירוּשַׁלְמִי קָטָן מִזַּיִת בֵּינוֹנִי הָיָה וְהָרוֹצֶה לְהוֹצִיא עַצְמוֹ מִסְּפֵיקָא צָרִיךְ שֶׁיֹּאכַל כַּזַּיִת אֲפִילּוּ בְּדָבָר שֶׁהוּא בִּרְיָה וְדַוְקָא לְעִנְיַן בְּרָכָה שֶׁלְּאַחֲרֶיהָ אֲבָל לְפָנָיו מְבָרֵךְ אַפֵּי' פָּחוֹת מִכְּזַיִת בְּכָל דָּבָר דִּלְפָנָיו לָא בָּעֵינַן שִׁיעוּר דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת בעוה"ז בְּלֹא בְּרָכָה כִּדְמַשְׁמַע מֵעֻובְדָּא דָּר' צָדוֹק דְּקָאָמַר וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו כִּדְפָרֵי' מִשּׁוּם דְּסָבַר לָהּ כְּר' יְהוּדָה מַשְׁמַע הָא לְפָנָיו בֵּירַךְ וְכֵן פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' וְאָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי בִּתְחִלַּת פֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין כֹּל שֶׁאוֹמֵר עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אוֹמֵר לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ וְכֹל שֶׁאֵין אוֹמֵר עָלָיו ג' בְּרָכוֹת אֵין אוֹמֵר עָלָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ הֲתִיבּוֹן הֲרֵי פָּחוֹת מִכַּזַּיִת דְּאֵין אוֹמֵר עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת מֵעַתָּה לֹא יֹאמְרוּ לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ הָא א"ר יַעֲקֹב בַּר אֲחָא לִשְׁאָר מִינִים נִצְרְכָא פִּי' לָא אֲתָא לְחַלֵּק בֵּין דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כַּשִּׁיעוּר לְדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ כַּשִּׁיעוּר אֶלָּא אֲתָא לְחַלֵּק בֵּין פַּת לִשְׁאָר מַאֲכָל שֶׁל חֲמֵשֶׁת הַמִּינִים כְּגוֹן מַעֲשֵׂה קְדֵירָה שֶׁאֵין מְבָרְכִין אַחֲרָיו ג' בְּרָכוֹת וְכֵן כּוּבָא דְּאַרְעָא וּפַת הַבָּאָה בְּכִיסָנִין כִּי לֹא קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עִילָּוֵיהּ וּפַת אֹורֶז וְדֹוחַן שֶׁאֵין מְבָרְכִין אַחֲרֵיהֶם שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אֵין אוֹמְרִים עֲלֵיהֶם הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ ואע"ג דִּבְרֵישׁ כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לה. וְשָׁם) נָפְקָא לָן בְּרָכָה בַּתְּחִלָּה בק"ו מִבַּסּוֹף כְּשֶׁהוּא שָׂבֵעַ מְבָרֵךְ כְּשֶׁהוּא רָעֵב לֹא כ"ש מ"מ לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר דַּיּוֹ וּבְמַשֶּׁהוּ מְבָרֵךְ בַּתְּחִלָּה אע"ג דְּלָא מְבָרֵךְ בַּסּוֹף דְּאוֹתוֹ ק"ו אֵינוֹ אֶלָּא גִּלּוּי מִלְּתָא בְּעָלְמָא דִּבְרָכָה לְפָנָיו לָאו דְּאוֹרָייְתָא כְּדִתְנַן פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) בַּעַל קֶרִי עַל הַמָּזוֹן מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ לְפָנָיו וְכֵן בְּפֶ' הָיָה קוֹרֵא (טַם דַּף טז. וְשָׁם) תַּנְיָא הַפּוֹעֲלִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת אוֹכְלִין פִּתָּן וְאֵין מְבָרְכִין לְפָנֶיהָ אֲבָל מְבָרְכִין לְאַחֲרֶיהָ שְׁתֵּי בְּרָכוֹת וּלְעִנְיַן שְׁתִיָּה נִרְאֶה שֶׁמְּבָרְכִין אַכַּזַּיִת יַיִן עַל הַגֶּפֶן וְעַל פְּרִי הַגֶּפֶן אע"ג דִּלְגַבֵּי יוה"כ לָא הָוֵי שִׁיעוּר חָשׁוּב בְּפָחוֹת מִמְּלֹא לֻוגְמָא כִּדְאָמַר פֶּ' בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עג: וְשָׁם) לָא יָלְפִינַן מִינֵּיהּ בִּרְכַּת הַיַּיִן לְאַחֲרָיו תֵּדַע דִּלְעִנְיַן אֲכִילָה הָוֵי שִׁיעוּרָא בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים כַּכּוֹתֶבֶת וּלְעִנְיַן בְּרָכָה מִיחַייַּב לְאַחֲרָיו בִּכְזַיִת דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר כִּדְפָרֵישִׁית וְאִית לָמֶ"ד לְעִנְיַן קִידּוּשׁ דא"צ מְלֹא לֻוגְמָא הִלְכָּךְ לְבָרֵךְ אַחֲרָיו נָמֵי יָכוֹל לִהְיוֹת דְּלָא בָּעֵי מְלֹא לֻוגְמָא וּמִיהוּ קְצָת הָיָה נִרְאֶה לְדַקְדֵּק דְּמוֹדֵי ר' מֵאִיר בִּשְׁתִיָּה דְּבָעֵי כַּבֵּיצָה דִּבְפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מט. וְשָׁם) דְּרֵישׁ ר"מ וְאָכַלְתָּ זוֹ אֲכִילָה וְשָׂבָעְתָּ זוֹ שְׁתִיָּה וַאֲכִילָה בִּכְזַיִת וְר' יְהוּדָה דְּרֵישׁ וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ זוֹ אֲכִילָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׂבִיעָה וְאֵי זוֹ זוֹ כַּבֵּיצָה וְכֵיוָן דְּנָפְקָא לָן לר"מ שְׁתִיָּה מֻושְׁבַּעַת א"כ בָּעֵי כַּבֵּיצָה דְּלָא הָוֵי שְׂבִיעָה בְּפָחוֹת וְשֶׁמָּא יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין שְׁתִיָּה לַאֲכִילָה דְּדִלְמָא שְׂבִיעָה בִּשְׁתִיָּה הָוֵי בְּפָחוֹת מִכַּבֵּיצָה וְכָל הָנֵי שִׁיעוּרִין דְּרַבָּנָן נִינְהוּ כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ (בְּרָכוֹת דַּף כ: וְשָׁם) דְּאָמְרִי' הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן דְּאָכַל שִׁיעוּרָא דְּרַבָּנָן וּלְעִנְיַן בְּרָכָה דִּלְאַחֲרָיו לֹא מָצִינוּ שׁוּם שִׁיעוּרָא אֶלָּא כַּזַּיִת לר"מ וְכַבֵּיצָה לְר' יְהוּדָה וּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא בָּעֵינַן שְׂבִיעָה גְּמוּרָה וְהָא דְּאָמְרִי' פֶּרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מח.) שִׁמְעוֹן בֶּן שֶׁטַח לְגַרְמֵיהּ הוּא דַּעֲבַד מַשְׁמַע דְּאֵינוֹ מוֹצִיא אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת הָא בְּכַזַּיִת דָּגָן מוֹצִיא אע"פ שֶׁהַמֶּלֶךְ וְהַמַּלְכָּה מִסְּתָמָא אָכְלוּ כְּדֵי שָׂובְעָן לָא דָּמֵי גָּדוֹל דְּרַבָּנָן לְקָטָן דְּרַבָּנָן דְּלָא מַפִּיק דְּאוֹרָייְתָא דְּהָא גָּדוֹל אֲפִילּוּ לֹא אָכַל כְּלָל הָיָה רָאוּי (לְהוּ) לְהוֹצִיא אֲחֵרִים וְכֵן פֵּירֵשׁ שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס:
Et il ne bénit pas après lui. Il tient comme Rabbi Yehouda, au chapitre Chelocha che-akhlou (Berakhot 49b), qui expose : Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras -- une consommation dans laquelle il y a rassasiement, c'est-à-dire un kabeitsa. Rabbi Meir conteste et dit que l'on bénit dès un kazayit ; et il semble que la halakha soit comme lui, puisque nous disons au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 38b) : Rabbi Hiya bar Abba a dit : j'ai vu Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et bénir dessus avant et après. Et nous disons encore au chapitre Chelocha che-akhlou (Berakhot 48a) : Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'acquitte jamais le public de son obligation avant d'avoir mangé un kazayit de céréale ; ainsi a dit également Rav Houna bar Yehouda au nom de Rav. Du Yerouchalmi, en revanche, il ressort que pour une beria (une entité entière) le kazayit n'est pas requis, puisque même un seul grain de raisin ou un seul grain de grenade requiert une bénédiction avant et après. Ainsi est-il rapporté dans le Yerouchalmi, au début de Keitsad mevarkhin : Rabbi Yo'hanan prit une olive et bénit avant et après ; Rabbi Hiya bar Abba le regardait fixement. Rabbi Yo'hanan lui dit : Babylonien, que me regardes-tu ainsi ? Ne tiens-tu pas que tout ce qui est des sept espèces requiert une bénédiction avant et après ? -- Il le tient bien ; mais alors quelle était sa difficulté ? Parce que le noyau en diminue la mesure. Et Rabbi Yo'hanan ne tient-il pas que le noyau en diminue la mesure ? Comment donc a-t-il fait ? À cause de la beria. La parole même de Rabbi Yo'hanan le dit : ainsi, même un seul grain de raisin ou un seul grain de grenade requiert une bénédiction avant et après. Or, dans notre Talmud, il y a un récit semblable, au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 38b) : Rabbi Hiya bar Abba a dit : j'ai vu Rabbi Yo'hanan manger une olive salée et bénir dessus avant et après. Rabbi Yirmeya dit à Rabbi Zeira : comment Rabbi Yo'hanan a-t-il pu bénir sur une olive salée ? Puisqu'on lui a retiré son noyau, la mesure lui manque ! Il lui répondit : penses-tu qu'il faille un kazayit de grande olive ? C'est d'une olive moyenne qu'il s'agit ; et cette olive qui vint devant Rabbi Yo'hanan était une grande olive, de sorte que, même après qu'on lui eut retiré son noyau, il lui restait la mesure. Or, si le fait rapporté dans notre Talmud est le même que celui du Yerouchalmi, alors le Yerouchalmi est en désaccord avec le nôtre et nous ne nous appuyons pas sur lui, puisque notre Talmud n'a pas répondu que c'était une beria. Mais peut-être s'agit-il de deux faits distincts : celui du Yerouchalmi portait sur une olive entière, mangée avec son noyau, ce qui est une beria ; tandis que celui de notre Talmud portait sur une olive sans noyau -- car une olive salée est ordinairement sans noyau -- et ce n'était donc pas une beria : c'est pourquoi il a fallu répondre qu'elle était grande ; et l'olive du Yerouchalmi était plus petite qu'une olive moyenne. Celui qui veut se dégager du doute doit manger un kazayit, même pour une chose qui est une beria. Et cela ne vaut que pour la bénédiction d'après ; mais avant, on bénit même sur moins d'un kazayit et pour toute chose, car avant il ne faut aucune mesure, étant interdit de jouir de ce monde sans bénédiction -- comme il ressort du fait de Rabbi Tsadok, dont il est dit qu'il ne bénit pas après, parce que, comme nous l'avons expliqué, il tient comme Rabbi Yehouda : cela implique donc que, avant, il avait bien béni. Ainsi Rachi a-t-il expliqué. Et nous disons dans le Yerouchalmi, au début du chapitre Keitsad mevarkhin : tout ce sur quoi on récite les trois bénédictions [du birkat ha-mazon], on dit avant lui ha-motsi le'hem min ha-arets ; et tout ce sur quoi on ne récite pas les trois bénédictions, on ne dit pas sur lui ha-motsi le'hem min ha-arets. On objecta : voici moins d'un kazayit, sur quoi on ne récite pas les trois bénédictions -- désormais on ne dira donc pas avant lui ha-motsi le'hem min ha-arets ? Mais Rabbi Yaakov bar Aha a dit : c'est pour les autres espèces que cela a été énoncé. C'est-à-dire : il ne vient pas distinguer entre ce qui a la mesure requise et ce qui ne l'a pas, mais entre le pain et les autres aliments des cinq espèces -- par exemple un plat cuit (maase kedera), après lequel on ne récite pas les trois bénédictions, de même le kouva de-ara (la galette cuite dans une cavité du sol) et le pain de kisnin lorsqu'on n'a pas fixé son repas dessus, ainsi que le pain de riz et de millet : puisqu'on ne récite pas après eux les trois bénédictions, on ne dit pas non plus sur eux ha-motsi le'hem min ha-arets. Et bien qu'au début de Keitsad mevarkhin (Berakhot 35a) nous tirions la bénédiction d'avant par un kal va-homer depuis celle d'après -- s'il bénit lorsqu'il est rassasié, à plus forte raison lorsqu'il a faim --, il n'y a pas lieu d'appliquer ici la règle dayo : on bénit avant pour la moindre quantité, même si l'on ne bénit pas après. Car ce kal va-homer n'est qu'une simple mise en évidence (guilouy milta), la bénédiction d'avant n'étant pas de la Torah -- comme nous l'avons appris au chapitre Mi che-meto (Berakhot 20b) : le baal keri, sur la nourriture, bénit après et ne bénit pas avant. De même au chapitre Haya kore (Berakhot 16a), il a été enseigné : les ouvriers qui travaillaient chez un employeur mangent leur pain et ne bénissent pas avant, mais bénissent après deux bénédictions. Quant à la boisson, il semble que l'on bénisse sur un kazayit de vin la bénédiction al ha-guefen ve-al péri ha-guefen ; et bien que, pour Yom Kippour, une quantité inférieure à une pleine gorgée (mélo lougmav) ne soit pas une mesure significative, comme il est dit au dernier chapitre de Yoma (73b), nous n'en tirons pas de conséquence pour la bénédiction d'après sur le vin. La preuve : pour la consommation, la mesure à Yom Kippour est celle d'une datte (kotevet), tandis que pour la bénédiction on est tenu après coup dès un kazayit, la halakha étant comme Rabbi Meir, ainsi que nous l'avons expliqué. Et il en est qui tiennent que, pour le kidouch, une pleine gorgée n'est pas requise ; dès lors, pour la bénédiction d'après non plus, il se peut que la pleine gorgée ne soit pas requise. Toutefois, on pourrait quelque peu déduire que Rabbi Meir admet, pour la boisson, qu'il faut un kabeitsa. Car au chapitre Chelocha che-akhlou (Berakhot 49a), Rabbi Meir expose : ve-akhalta, c'est la consommation ; ve-savata, c'est la boisson -- et la consommation est d'un kazayit ; tandis que Rabbi Yehouda expose : ve-akhalta ve-savata, c'est une consommation dans laquelle il y a rassasiement, et laquelle est-ce ? Un kabeitsa. Or, puisque pour Rabbi Meir la boisson se déduit de ve-savata, il faudrait donc un kabeitsa, car il n'y a pas de rassasiement en deçà. Peut-être faut-il distinguer entre la boisson et la nourriture, car il se peut que le rassasiement, pour la boisson, s'obtienne avec moins d'un kabeitsa. Et toutes ces mesures sont de-rabanan, comme il ressort du chapitre Mi che-meto (Berakhot 20b), où nous disons : de quoi traite-t-on ici ? De celui qui a mangé une mesure de-rabanan. Et pour la bénédiction d'après, nous ne trouvons d'autre mesure qu'un kazayit selon Rabbi Meir et un kabeitsa selon Rabbi Yehouda ; le verset n'est qu'un simple asmakhta (appui scripturaire), car de la Torah il faut un rassasiement complet. Et ce que nous disons au chapitre Chelocha che-akhlou (Berakhot 48a) -- Chimon ben Chetah n'a agi que pour lui-même -- implique qu'il n'acquitte pas les autres de leur obligation avant d'avoir mangé un kazayit ; mais avec un kazayit de céréale il les acquitte, bien que le roi et la reine aient vraisemblablement mangé à satiété. On ne peut en effet comparer un adulte tenu de-rabanan à un mineur tenu de-rabanan, qui n'acquitte pas une obligation de la Torah : car l'adulte, même s'il n'avait rien mangé du tout, aurait été apte à acquitter les autres. Ainsi Rachi a-t-il expliqué là-bas.
💡 Explication

Un seul geste, décomposé en trois refus. Rabbi Tsadok reçoit moins d'un kabeitsa : il ne se lave pas les mains, ne monte pas à la souka, ne récite pas la birkat ha-mazon. Rachi montre que les trois tiennent à une seule thèse -- le kabeitsa est le seuil en dessous duquel il n'y a pas de repas -- fondée sur la lecture de Rabbi Yehouda : ve-akhalta ve-savata, une consommation qui rassasie.

Tossefot corrige Rachi sur un point précis : la serviette n'est pas une affaire de propreté. Rabbi Tsadok était kohen et mangeait sa nourriture en pureté de terouma ; or les mains non lavées sont chenyot et invalideraient la terouma, même pour un volume inférieur au kabeitsa. La serviette est donc un dispositif de pureté, pas d'hygiène.

La seconde glose est l'une des plus longues du traité. Elle conclut, contre Rabbi Yehouda, que la halakha suit plutôt Rabbi Meir et son kazayit, puis affronte le cas de la beria -- l'entité entière, comme un grain de raisin -- où le Yerouchalmi dispense de toute mesure. Sa recommandation pratique est prudente : qui veut sortir du doute mangera un kazayit. Elle rappelle enfin que, avant de manger, aucune mesure n'existe : la berakha est due dès la moindre jouissance.

🖼️ Schéma
Le geste de Rabbi Tsadok : un seul aliment, trois seuils traversés Moins d'un kabeitsa -- le volume d'un œuf -- et chacune des trois obligations tombe 1. Netilat yadaim Il ne se lave pas les mains : il prend l'aliment dans une serviette. Rachi : par simple propreté. Tossefot : non -- il était kohen, en pureté de terouma. 2. Souka Il mange hors de la souka. C'est le point qui fait entrer ce récit dans notre traité : en dessous du seuil, le repas est arai et ne requiert rien. 3. Berakha d'après Il ne bénit pas après avoir mangé. Mais il a béni avant : avant, aucune mesure n'est requise, car il est interdit de jouir de ce monde sans berakha. La racine commune : ve-akhalta ve-savata ou-verakhta -- combien faut-il manger pour être rassasié ? Rabbi Yehouda -- un kabeitsa Une consommation qui rassasie. C'est Rabbi Tsadok. Rabbi Meir -- un kazayit Tossefot : la halakha semble suivre cet avis. Le cas qui trouble la mesure : la beria, une entité entière Yerouchalmi : un seul grain de raisin ou de grenade requiert la berakha d'avant et d'après, même sans kazayit. Notre Talmud, sur l'olive salée de Rabbi Yo'hanan, répond autrement : c'était une grande olive -- donc pas de règle de beria. Conclusion pratique de Tossefot : qui veut sortir du doute mange un kazayit, même pour une beria.
Le geste de Rabbi Tsadok : trois seuils traversés d'un coup, la racine commune du kabeitsa, et le cas de la beria soulevé par Tossefot.
10
גְּמ׳ מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור?! חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: אִם בָּא לְהַחְמִיר עַל עַצְמוֹ — מַחְמִיר, וְלֵית בֵּיהּ מִשּׁוּם יֻוהֲרָא. וּמַעֲשֶׂה נָמֵי וְהֵבִיאוּ לוֹ לְרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לִטְעֹום אֶת הַתַּבְשִׁיל, וּלְרַבָּן גַּמְלִיאֵל שְׁתֵּי כּוֹתָבוֹת וּדְלִי שֶׁל מַיִם,

GUEMARA. Un fait pour contredire ?!

[Non :] la michna est incomplète (hisourei mehasra), et voici ce qu'elle enseigne : si l'on vient à être rigoureux avec soi-même, on peut l'être, et il n'y a là aucune présomption (yohara). Et il arriva d'ailleurs que l'on apporta à Rabban Yo'hanan ben Zakai un plat cuit pour qu'il le goûte, et à Rabban Gamliel deux dattes et un seau d'eau,

📜 Rachi (1)
גמ' מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור וְכִי דֶּרֶךְ הַמְדַבְּרִים לְהָבִיא אַחַר דִּבְרֵיהֶם מַעֲשֶׂה הַסּוֹתֵר דִּבְרֵיהֶם דְּקָתָנֵי רֵישָׁא אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה וּמֵבִיא מֵעָשׁ' דְּלִטְעִימַ' תַּבְשִׁיל צָרִיךְ סוּכ':
Guemara, un fait pour contredire : est-il dans l'usage de ceux qui enseignent d'apporter, après leurs propres paroles, un fait qui les contredit ? Car la première partie enseigne que l'on mange et boit de façon occasionnelle hors de la souka, et voici qu'elle apporte un fait dont il ressort que, même pour goûter un plat cuit, il faut la souka.
💡 Explication

La Guemara ouvre par une objection de méthode, que Rachi formule sans détour : on n'apporte pas, après avoir énoncé une règle, un récit qui la dément. Or la michna précédente permettait de manger et de boire arai hors de la souka, et celle-ci montre deux Nessiim montant à la souka pour une simple bouchée.

La réponse est un outil classique du Talmud : hisoureï mehasra -- la michna est incomplète, il faut restituer la ligne qui manque. Ici : celui qui veut être rigoureux avec soi-même le peut, et cela ne constitue pas de la yohara.

La restitution ne se contente pas de sauver la cohérence, elle enseigne une règle nouvelle. Se montrer plus strict que la loi n'est pas neutre : cela peut valoir le reproche de se donner des airs de sainteté. La michna, ainsi lue, autorise la humra dans ce cas précis -- et les deux Nessiim en fournissent le précédent.

🖼️ Schéma
Hisoureï mehasra : ce que la michna ne disait pas La Guemara ne change pas le récit -- elle restitue la règle dont le récit était l'illustration La michna telle quelle -- contradiction Michna précédente : on mange et on boit de façon occasionnelle hors de la souka. Notre michna : on monte à la souka même un plat à goûter, même un seau d'eau. Rachi : apporte-t-on après ses propres paroles un fait qui les contredit ? La michna complétée -- cohérence Ligne restituée : si l'on vient à être rigoureux avec soi-même, on le peut -- et il n'y a là aucune yohara, aucune présomption. Et il arriva d'ailleurs que... : le récit devient la preuve de la règle, non son contraire. Ce que le tri fait apparaître : la rigueur volontaire a besoin d'une autorisation La question n'était pas seulement logique. Être plus strict que la loi expose au reproche de yohara -- se donner des airs de sainteté. En restituant la ligne, la Guemara établit qu'ici la humra est légitime, et deux Nessiim en donnent l'exemple. C'est cette question de la yohara que le folio suivant va exploiter.
Hisoureï mehasra : la michna telle quelle contredit la règle, la michna complétée en fait la preuve.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).