Sougya : Le amoud solde d'abord la michna de 26b : Rabbi Tsadok mangeant moins d'un kabeitsa hors de la souka, on voudrait en déduire qu'à partir d'un kabeitsa la souka est requise -- ce qui réfuterait Rav Yossef et Abaye. La Guemara refuse ce découpage : la mesure gouverne la netilat yadaim et la berakha, pas la souka.
Une michna neuve ouvre alors la vraie question du folio. Rabbi Eliezer chiffre l'obligation à quatorze repas, un le jour et un la nuit pendant sept jours ; les Sages répondent ein la-davar kitsba, aucun quota, sauf la première nuit du Hag -- et Rachi prévient le contresens : le quota tombe, pas l'obligation de lieu.
Second étage : celui qui a manqué la première nuit rattrape-t-il le dernier soir ? Les Sages citent Qohelet, ce qui manque ne pourra être compté.
La Guemara donne alors à chacun son verset : les deux camps lisent téchvou ke-ein tadurou, mais Rabbi Eliezer y retient le rythme de la maison et les Sages sa liberté. Reste l'exception de la première nuit, que la formule ne peut plus fournir : Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak va la chercher à Pessa'h par la gezera chava quinze / quinze, jusqu'au verset ba-erev tokhlou matsot qui la fixe comme hova.
Vient enfin la contradiction interne de Rabbi Eliezer -- rattraper hors de la souka -- résolue par hazar bo, que Rachi et Tossefot lisent en sens inverse : quota abandonné pour l'un, exigence de souka abandonnée pour l'autre. Le rattrapage se fait par minei targima, dont Rachi et Tossefot ne donnent pas le même contenu.
L'intendant du roi Agrippas ferme le amoud par deux cas concrets : un seul repas par jour, et deux soukot entre Tibériade et Tsippori -- où Rabbi Eliezer répond que sortir d'une souka annule rétroactivement la mitsva de la première.
et ils dirent : montez-les a la souka.
Une seule ligne, qui ferme la michna commencée à la fin de 26b : on apporte à Rabban Yo'hanan ben Zakai un plat à goûter, à Rabban Gamliel deux dattes et un seau d'eau, et ils dirent : montez-les a la souka.
Tossefot signale que le Talmud, dans Yoma, ne cite pas cette michna telle quelle : il y intercale la ligne restituée par le hisoureï mehasra de 26b -- non parce que telle est la halakha, mais parce qu'ils voulurent être rigoureux. Autrement dit, une fois qu'une michna a été complétée par la Guemara, elle est désormais citée sous sa forme complétée.
Et quand on donna à Rabbi Tsadok un aliment de moins qu'un kabeitsa (le volume d'un œuf), il le prit dans une serviette (mapa), le mangea hors de la souka et ne récita pas de bénédiction après lui. [On en déduit :] mais pour un kabeitsa, la souka serait requise.
Disons donc que c'est là une réfutation de Rav Yossef et d'Abaye ! [Non :] peut-être [la michna veut-elle dire que] moins d'un kabeitsa n'exige ni netila (lavage des mains) ni bénédiction, alors qu'un kabeitsa, lui, exige netila et bénédiction.
La Guemara pratique ici une diyouk classique : si la michna prend soin de dire moins d'un kabeitsa, c'est qu'à partir d'un kabeitsa la règle change. Mais change en quoi ? Le récit contient trois gestes -- la serviette, le fait de manger dehors, l'absence de birkat ha-mazon -- et le lecteur doit deviner lequel la mesure gouverne.
Si elle gouverne le fait de manger dehors, alors dès un kabeitsa la souka serait exigée, et Rav Yossef (deux ou trois bouchées) comme Abaye (la bouchée du bar bei rav) seraient réfutés. La Guemara refuse ce découpage : la mesure gouverne les deux autres gestes, la netilat yadaim et la berakha aharona. Rachi le dit sans détour : pour la souka, même un kabeitsa ne change rien.
Tossefot pousse l'objection ailleurs : si Rabbi Tsadok était kohen, la serviette lui suffisait de toute façon pour la terouma, même au-delà d'un kabeitsa. La mesure n'expliquerait donc pas non plus la serviette.
MICHNA. Rabbi Eliezer dit : quatorze repas l'homme est tenu de manger dans la souka, un le jour et un la nuit.
Et les Sages disent : la chose n'a pas de quota (ein la-davar kitsba), sauf la nuit du premier jour de fête du Hag uniquement.
Nouvelle michna. Rabbi Eliezer chiffre l'obligation : quatorze repas, deux par jour pendant les sept jours du Hag, tous dans la souka. Les Sages refusent le chiffre : ein la-davar kitsba, il n'y a pas de quota.
Rachi prévient un contresens tentant. Ein la-davar kitsba ne veut pas dire qu'on peut manger dehors ; cela veut dire que la Torah n'impose aucun nombre de repas. Qui veut jeûner le jeûne -- mais s'il mange, il mange dans la souka. La mitsva de souka n'est pas une mitsva de manger, c'est une mitsva de lieu.
Reste une exception, que les Sages posent sans encore la justifier : la première nuit du Hag. La Guemara devra aller chercher ailleurs ce que téchvou ke-ein tadurou ne peut pas donner. Le Roch anticipe la réponse et y greffe les deux questions du Yerouchalmi : faut-il l'appétit ? faut-il un kazayit de céréale ?
Et Rabbi Eliezer dit encore : celui qui n'a pas mangé [la nuit] du premier jour de fête rattrapera la nuit du dernier jour de fête du Hag. Et les Sages disent : cette chose n'a pas de rattrapage (tachloumin), et c'est à son propos qu'il est dit : ce qui est courbe ne pourra être redressé, et ce qui manque ne pourra être compté (Qohelet 1,15).
Second étage de la mahloket. Le premier portait sur le nombre ; celui-ci porte sur ce qui arrive quand une obligation a été manquée. Pour Rabbi Eliezer, le repas de la première nuit se rattrape le dernier soir de la fête -- c'est-à-dire à Chemini Atseret, où l'on ne siège plus dans la souka. Rachi souligne aussitôt l'anomalie qui fera l'objection de la Guemara.
Les Sages refusent : ein la-davar tachloumin. Ils citent Qohelet, verset qui sert dans le Talmud à désigner les mitsvot dont l'occasion, une fois passée, est perdue sans retour. La question de fond est donc : le repas de la première nuit ressemble-t-il à un korban du premier jour, qui se rattrape les jours suivants, ou à un temps qui ne revient pas ?
GUEMARA. Quelle est la raison de Rabbi Eliezer ?
[Le verset dit] vous resterez (téchvou) -- à la manière dont vous demeurez (ke-ein tadurou). De même que dans une demeure [on prend] un repas le jour et un la nuit, de même dans la souka -- un le jour et un la nuit.
La Guemara donne à Rabbi Eliezer son fondement : la formule techvou ke-ein tadurou, tirée de bacoukot techvou (Vayikra 23,42). La souka doit être habitée comme on habite sa maison. Rabbi Eliezer en tire un rythme : chez soi, on prend un repas le jour et un la nuit ; donc dans la souka aussi -- soit quatorze pour sept jours.
Tossefot double la source : le Yerouchalmi obtient le même résultat par une gezera chava entre le techvou de la souka et le techvou des sept jours de consécration à l'entrée de la tente d'assignation, où le verset dit expressément jour et nuit. La nuit y compte autant que le jour -- ce qui est précisément ce dont Rabbi Eliezer a besoin.
Notons la structure : Rabbi Eliezer n'invente pas une obligation de manger, il transporte dans la souka le rythme alimentaire ordinaire. C'est ce transport que les Sages vont contester au segment suivant.
Et les Sages ? [Ils lisent :] comme une demeure.
De même que dans une demeure, s'il veut il mange, s'il veut il ne mange pas, de même dans la souka aussi -- s'il veut il mange, s'il veut il ne mange pas.
Les Sages lisent le même verset, mais retiennent de la demeure non pas son rythme mais son régime de liberté : chez soi, personne n'est tenu de manger. La souka hérite de cette liberté. Le mot ke-ein est le point de bascule -- ressemblance de forme ou ressemblance de statut.
Tossefot tire de là une conséquence halakhique inattendue et lourde : si aucun repas de yom tov n'est obligatoire, alors celui qui a oublié la mention du jour dans le birkat ha-mazon n'a pas à recommencer. Il réconcilie ce résultat avec Berakhot 49b -- où l'on dit que pour chabbat et yom tov on recommence -- en restreignant cette règle aux deux seules nuits où le pain est obligatoire : la première nuit de Pessa'h et la première nuit du Hag.
Le principe de tout le passage tient en une phrase de Tossefot : la mitsva ne dit pas qu'il faut manger ; elle dit que si l'on mange, c'est dans la souka.
S'il en est ainsi, même la nuit du premier jour de fête [ne devrait pas être obligatoire] non plus !
Objection courte et décisive. Les Sages ont fondé leur position sur la liberté de la demeure ; mais leur propre michna a fait une exception pour la première nuit. Or cette exception ne peut pas venir de techvou ke-ein tadurou, qui vient justement de produire l'inverse. Il faudra donc une autre source, extérieure à la souka.
Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : il est dit ici quinze, et il est dit quinze à propos de la fête des matsot. De même que là-bas la première nuit est une obligation (hova) et qu'à partir de là c'est facultatif (rechout), de même ici -- la première nuit est une obligation et à partir de là c'est facultatif.
La réponse ne vient pas de la souka mais de Pessa'h, par une gezera chava sur le mot quinze : le quinzième jour du septième mois pour Souccot (Vayikra 23,34), le quinzième jour de ce mois pour les matsot (Vayikra 23,6). Le régime de la matsa est ainsi transporté tel quel sur la souka : première nuit hova, ensuite rechout.
Rachi remonte alors la moitié facultative de ce régime jusqu'à son propre verset, en Pessahim 120a. Le septième jour est sorti de la règle générale des sept jours de matsot ; selon la règle herméneutique du davar che-haya bi-khlal ve-yatsa, ce qui est sorti n'enseigne pas sur lui seul mais sur toute la catégorie. Le facultatif du septième jour retombe donc sur les six autres.
Il reste alors une seule chose à fonder, et Rachi l'annonce déjà : d'où vient, à Pessa'h même, que la première nuit soit obligatoire ?
Et là-bas, d'où le savons-nous ? Le verset dit : le soir vous mangerez des matsot (Chemot 12,18) -- l'Écriture l'a fixé comme une obligation.
Le fond de la chaîne. Tout le reste était déduction ; ici, un verset dit la chose en clair. Ba-erev tokhlou matsot n'est pas une permission mais un impératif : l'Écriture l'a fixé comme hova.
Récapitulons le trajet, car il est exemplaire : la première nuit du Hag est obligatoire parce que la première nuit de Pessa'h l'est ; la première nuit de Pessa'h l'est parce qu'un verset le dit ; et les autres nuits sont libres parce que le septième jour de Pessa'h est sorti de la règle générale. Une exception de la michna aura demandé trois étages de dérivation.
Et Rabbi Eliezer dit encore [que celui qui n'a pas mangé la première nuit rattrapera le dernier soir] : mais Rabbi Eliezer n'a-t-il pas dit -- quatorze repas l'homme est tenu de manger dans la souka, un le jour et un la nuit ! [Comment rattraper hors de la souka ?] Bira a dit au nom de Rabbi Ami : Rabbi Eliezer s'est rétracté (hazar bo).
La Guemara retourne contre Rabbi Eliezer sa propre première phrase. Il exige quatorze repas dans la souka ; or son rattrapage tombe à Chemini Atseret, jour où la souka n'est plus une mitsva -- Rachi ajoute que s'y asseoir au titre de la mitsva reviendrait à transgresser bal tossif. Le repas de rattrapage serait donc un repas de souka sans souka.
Bira au nom de Rabbi Ami répond par deux mots : hazar bo. Mais deux mots ne disent pas de quoi. Rachi lit : il a lâché le quota et rejoint les Sages, ne gardant que le tachloumin -- lu sur le modèle des sacrifices du premier jour, qui se rattrapent durant la fête. Tossefot lit l'inverse : il garde les quatorze repas et lâche l'exigence de souka.
Tossefot argumente en quatre temps, dont le plus fort est le dernier : au segment 11, Rabbi Eliezer refusera à l'intendant de se contenter d'un repas par jour. S'il avait renoncé au quota, cette réponse n'aurait plus de sens. Le Yerouchalmi, lui, évite la rétractation : le-mitsva hachouva -- la souka est un à priori, pas une condition du complément.
Avec quoi rattrapera-t-il ? Si tu dis : avec du pain -- c'est le repas du jour même qu'il mange !
Plutôt, que signifie il rattrapera ? Il complétera par des minei targima (mets d'accompagnement).
Cela est enseigné aussi dans une baraita : s'il a complété par des minei targima, il est quitte.
Question de bon sens : rattraper, oui, mais avec quoi ? Si c'est avec du pain, l'objection est immédiate -- le huitième jour, il prend de toute façon un repas de fête. Rachi formule le critère manquant : il n'y aurait aucun heker, aucun signe distinctif, qui ferait de ce repas autre chose que le repas ordinaire du jour.
D'où la réponse : minei targima, ces mets que l'on ajoute après avoir desservi. Leur vertu est justement d'être en surplus : ils ne se confondent avec rien. Une baraita le confirme, et Rachi ajoute le kal va-homer -- à plus forte raison un second vrai repas.
Tossefot conteste le contenu, pas le principe. Si les minei targima étaient des fruits, comme le dit Rachi, le rattrapage serait vide : Rava établit à Yoma 79b, en s'appuyant sur notre passage, que les fruits n'exigent pas la souka. Ce qui ne vaut rien pour la souka ne peut pas compléter un compte de repas de souka. Donc targima signifie ici viande, poisson, ce qui se mange avec le pain. Et Tossefot ferme la porte à une transposition tentante : cela ne vaut pas pour les trois repas de chabbat, dont la source est le triple ha-yom de la manne.
L'intendant (apotropos) du roi Agrippas interrogea Rabbi Eliezer : dans un cas comme le mien, où je n'ai pas l'habitude de manger plus d'un seul repas par jour, qu'en est-il -- puis-je manger un seul repas et en être quitte ? Il lui dit : chaque jour tu fais suivre bien des entremets (parpéraot) pour ton propre honneur, et maintenant tu ne ferais pas suivre un seul entremets pour l'honneur de ton Créateur ?
Deux questions concrètes viennent tester la position de Rabbi Eliezer, posées par un homme dont la fonction -- apotropos, intendant du roi Agrippas -- explique le train de vie. Sa première question est celle d'un homme qui ne fait qu'un repas par jour : le quota de quatorze est-il un quota de repas ou un quota d'habitude ?
La réponse de Rabbi Eliezer ne discute pas le nombre, elle déplace le terrain sur le kavod. Tu prolonges déjà chaque repas de parpéraot -- ces entremets qui, dit Rachi, ouvrent l'appétit et attirent le cœur vers le pain -- et tu le fais pour ton propre agrément. Le Hag te demande un seul de ces prolongements pour l'honneur de ton Créateur.
Tossefot, au segment précédent, faisait de cette réponse son argument décisif : Rabbi Eliezer refuse ici la dispense, donc il n'a jamais abandonné le compte des quatorze. Le Ben Yehoyada, lui, lit le mot parpéret comme une allusion chiffrée -- PaR vaut 280, le nombre des dinim attachés aux lettres finales MaNTsPaKh -- et fait des deux repas quotidiens deux opérations d'adoucissement, l'une pour les formes fermées, l'autre pour les ouvertes.
Et il l'interrogea encore : dans un cas comme le mien, qui ai deux femmes, l'une à Tibériade et l'autre à Tsippori, et qui ai deux soukot, l'une à Tibériade et l'autre à Tsippori, qu'en est-il -- puis-je sortir d'une souka vers une [autre] souka et en être quitte ? Il lui dit : non !
Car je dis : quiconque sort d'une souka vers une [autre] souka a annulé la mitsva de la première.
Seconde question de l'intendant, et elle est d'un autre ordre : elle ne porte plus sur le nombre de repas mais sur l unité du lieu. Deux maisons, deux femmes, deux soukot : peut-on répartir les sept jours ?
La réponse de Rabbi Eliezer est plus sévère que ne l'exigeait la question. Il ne dit pas que les jours passés ailleurs ne comptent pas ; il dit que sortir annule la mitsva de la première souka. Rachi insiste sur la portée rétroactive : les jours déjà accomplis sont perdus à rebours.
Le principe sous-jacent, que la Guemara établira plus loin, est que la souka de la fête est une souka -- téchvou ke-ein tadûrou joue ici encore, mais du côté du lieu : on n'habite pas dans deux maisons à la fois.
Il est enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer dit :
Le folio se ferme sur une amorce. La baraita citée ici développera, au début de 27b, la position de Rabbi Eliezer sur l'unité de la souka -- et fournira le verset qui manque encore à la réponse donnée à l'intendant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).