Sukkah 27a — Quatorze repas ou aucun : le quota de Rabbi Eliezer, la nuit qui reste obligatoire, et les deux questions de l'intendant

Sukkah 27a

Sougya : Le amoud solde d'abord la michna de 26b : Rabbi Tsadok mangeant moins d'un kabeitsa hors de la souka, on voudrait en déduire qu'à partir d'un kabeitsa la souka est requise -- ce qui réfuterait Rav Yossef et Abaye. La Guemara refuse ce découpage : la mesure gouverne la netilat yadaim et la berakha, pas la souka.

Une michna neuve ouvre alors la vraie question du folio. Rabbi Eliezer chiffre l'obligation à quatorze repas, un le jour et un la nuit pendant sept jours ; les Sages répondent ein la-davar kitsba, aucun quota, sauf la première nuit du Hag -- et Rachi prévient le contresens : le quota tombe, pas l'obligation de lieu.

Second étage : celui qui a manqué la première nuit rattrape-t-il le dernier soir ? Les Sages citent Qohelet, ce qui manque ne pourra être compté.

La Guemara donne alors à chacun son verset : les deux camps lisent téchvou ke-ein tadurou, mais Rabbi Eliezer y retient le rythme de la maison et les Sages sa liberté. Reste l'exception de la première nuit, que la formule ne peut plus fournir : Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak va la chercher à Pessa'h par la gezera chava quinze / quinze, jusqu'au verset ba-erev tokhlou matsot qui la fixe comme hova.

Vient enfin la contradiction interne de Rabbi Eliezer -- rattraper hors de la souka -- résolue par hazar bo, que Rachi et Tossefot lisent en sens inverse : quota abandonné pour l'un, exigence de souka abandonnée pour l'autre. Le rattrapage se fait par minei targima, dont Rachi et Tossefot ne donnent pas le même contenu.

L'intendant du roi Agrippas ferme le amoud par deux cas concrets : un seul repas par jour, et deux soukot entre Tibériade et Tsippori -- où Rabbi Eliezer répond que sortir d'une souka annule rétroactivement la mitsva de la première.

Le fil du folio : on solde la mesure du kabeitsa, puis une michna neuve ouvre la question du nombre de repas Quatorze segments. Deux pour finir Rabbi Tsadok, deux pour la michna, dix pour la Guemara et les questions de l'intendant Segments 0 à 1 -- fin de la michna de 26b : Rabbi Tsadok et le moins d'un kabeitsa Les deux Nessiim font monter à la souka un plat à goûter ; Rabbi Tsadok, pour moins d'un kabeitsa, mange dehors. Objection : donc à partir d'un kabeitsa il faudrait la souka -- réfutation de Rav Yossef et d'Abaye ? Réponse : la michna ne parle pas de souka mais de netilat yadaim et de berakha. Rachi le dit net : pour la souka, même un kabeitsa ne compte pas. Segments 2 à 3 -- la michna neuve : combien de repas, et peut-on rattraper ? Rabbi Eliezer : quatorze repas obligatoires dans la souka, un le jour et un la nuit, sept jours durant. Les Sages : ein la-davar kitsba, aucun quota -- sauf la première nuit du Hag. Qui veut jeûner peut jeûner. Second étage : celui qui a manqué la première nuit rattrape-t-il le dernier soir ? Les Sages citent Qohelet -- ce qui manque ne se compte pas. Segments 4 à 8 -- la Guemara donne à chacun son verset Rabbi Eliezer lit téchvou ke-ein tadurou : on habite la souka comme sa maison, donc un repas le jour et un la nuit. Les Sages lisent la même formule à l'envers : dans sa maison, s'il veut il mange, s'il veut il ne mange pas. Objection : alors même la première nuit serait libre. Réponse de Rabbi Yo'hanan : gezera chava quinze / quinze avec Pessa'h. Et à Pessa'h même, d'où vient l'obligation ? Du verset le soir vous mangerez des matsot -- l'Écriture l'a fixée comme hova. Segments 9 à 10 -- comment Rabbi Eliezer peut-il rattraper hors de la souka ? Bira au nom de Rabbi Ami : hazar bo -- Rabbi Eliezer s'est rétracté. Rachi et Tossefot ne s'accordent pas sur ce qu'il a rétracté. Et le rattrapage se fait par minei targima : du pain seul serait le repas du jour même, sans aucun signe distinctif. Segments 11 à 13 -- l'intendant du roi Agrippas pose deux cas concrets Un seul repas par jour ? Deux femmes et deux soukot ? Réponses : un parpéret pour ton Créateur ; et sortir d'une souka annule la première.
Le fil du folio : de la fin de la michna de Rabbi Tsadok jusqu aux deux questions de l intendant du roi Agrippas.
La carte de la mahloket : Rabbi Eliezer contre les Sages, sur trois étages Le troisième étage est produit par la Guemara elle-même : après hazar bo, la ligne de partage se déplace Rabbi Eliezer Les Sages (Hakhamim) 1. Combien de repas dans la souka ? Quatorze repas : un le jour, un la nuit, sept jours. Source : téchvou ke-ein tadurou -- on habite la souka comme on habite sa maison, et dans une maison on prend un repas le jour et un la nuit. Ein la-davar kitsba : aucun quota. Même verset, lecture inverse : dans une maison, s'il veut il mange, s'il veut il ne mange pas. Seule exception : la première nuit du Hag. 2. Peut-on rattraper le repas manqué de la première nuit ? Oui : il complétera le dernier soir de la fête, à Chemini Atseret -- même sans souka. Rachi : comme les sacrifices du premier jour ont un tachloumin. Non : ein la-davar tachloumin. Et sur cela il est dit : ce qui est courbe ne pourra être redressé, ce qui manque ne pourra être compté. 3. Après hazar bo -- de quoi Rabbi Eliezer s'est-il rétracté ? Rachi Il abandonne le quota des quatorze repas et rejoint les Sages. Il ne garde que le tachloumin. Reste de la mahloket : le rattrapage seul. Tossefot Il garde les quatorze repas et abandonne seulement l'exigence de souka pour le repas de rattrapage. Preuve : l'intendant d'Agrippas n'est pas dispensé avec un seul repas. Nafka mina : selon Rachi, celui qui jeûne le troisième jour du Hag ne doit rien ; selon Tossefot, il a manqué une des quatorze.
Rabbi Eliezer contre les Sages : le quota, le rattrapage, puis le déplacement de la ligne après hazar bo.
Deux versets, deux étages : d'où vient le repas de la première nuit ? La formule téchvou ke-ein tadurou ne suffit pas : il faut descendre jusqu'au verset de Pessa'h Lecture de Rabbi Eliezer téchvou ke-ein tadurou = comme on demeure Dans une maison : un repas le jour, un la nuit Résultat : 14 repas obligatoires Lecture des Sages ke-dira = comme une demeure Dans une maison : s'il veut il mange, sinon non Résultat : aucun quota Objection : si tout est facultatif, la première nuit devrait l'être aussi ! Or la michna des Sages excepte expressément liléi yom tov ha-richon Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : gezera chava quinze / quinze Souccot : le quinzième jour du septième mois -- Pessa'h : le quinzième jour de ce mois Ce qui vaut là-bas vaut ici : première nuit hova, ensuite rechout Le facultatif, à Pessa'h Six jours tu mangeras des matsot et le septième est atseret (Pessahim 120a) L'obligatoire, à Pessa'h Le soir vous mangerez des matsot L'Écriture l'a fixé comme hova (Chemot 12,18)
Deux lectures d une même formule, une objection, et la gezera chava qui va chercher l obligation dans le verset de Pessah.
1
וְאָמְרוּ: הֶעֱלוּם לַסֻּוכָּה.

et ils dirent : montez-les a la souka.

🗂️ Tossefot (1)
וְאָמְרוּ הֶעֱלוּם לַסֻּוכָּה. בְּפֶ' בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עט:) מַיְיתֵי מַתְנֵי' דְּהָכָא בְּהַאי לִישָּׁנָא לֹא מִפְּנֵי שֶׁהֲלָכָה כֵּן אֶלָּא שֶׁרָצוּ לְהַחֲמִיר עַל עַצְמָן וּכְשֶׁנָּתְנוּ לֵר' צָדוֹק כּוּ' הַיְינוּ מִשּׁוּם דִּמְתָרְצִינַן מַתְנִיתִין הָכִי מַיְיתֵי לָהּ הַשַּׁ"ס כְּאִילּוּ מִשְׁנָתֵנוּ שְׁנוּיָה כָּךְ:
Et ils dirent : montez-les a la souka. Au dernier chapitre de Yoma (79b), le Talmud cite notre michna dans cette formulation-ci : non pas parce que telle est la halakha, mais parce qu'ils voulurent se montrer rigoureux envers eux-mêmes ; et quand on donna à Rabbi Tsadok, etc. Cela vient de ce que nous résolvons notre michna de cette manière (par hisoureï mehasra, la michna incomplète) : le Talmud la cite donc comme si notre michna était enseignée ainsi dès l'origine.
💡 Explication

Une seule ligne, qui ferme la michna commencée à la fin de 26b : on apporte à Rabban Yo'hanan ben Zakai un plat à goûter, à Rabban Gamliel deux dattes et un seau d'eau, et ils dirent : montez-les a la souka.

Tossefot signale que le Talmud, dans Yoma, ne cite pas cette michna telle quelle : il y intercale la ligne restituée par le hisoureï mehasra de 26b -- non parce que telle est la halakha, mais parce qu'ils voulurent être rigoureux. Autrement dit, une fois qu'une michna a été complétée par la Guemara, elle est désormais citée sous sa forme complétée.

2
וּכְשֶׁנָּתְנוּ לוֹ לְרַבִּי צָדוֹק אֹוכֶל פָּחוֹת מִכְּבֵיצָה, נְטָלוֹ בַּמַּפָּה וַאֲכָלוֹ חוּץ לַסֻּוכָּה וְלֹא בֵּירַךְ אַחֲרָיו. הָא כַּבֵּיצָה, בָּעֵי סֻוכָּה. לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף וְאַבָּיֵי! דִּילְמָא פָּחוֹת מִכְּבֵיצָה נְטִילָה וּבְרָכָה לָא בָּעֵי, הָא כְּבֵיצָה בָּעֵי נְטִילָה וּבְרָכָה.

Et quand on donna à Rabbi Tsadok un aliment de moins qu'un kabeitsa (le volume d'un œuf), il le prit dans une serviette (mapa), le mangea hors de la souka et ne récita pas de bénédiction après lui. [On en déduit :] mais pour un kabeitsa, la souka serait requise.

Disons donc que c'est là une réfutation de Rav Yossef et d'Abaye ! [Non :] peut-être [la michna veut-elle dire que] moins d'un kabeitsa n'exige ni netila (lavage des mains) ni bénédiction, alors qu'un kabeitsa, lui, exige netila et bénédiction.

📜 Rachi (3)
הָכִי גָּרְסִינַן נֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף דְּאָמַר לְעֵיל תַּרְתֵּי תְּלָת:
Telle est notre version : disons que c'est une réfutation de Rav Yossef -- lui qui a dit plus haut deux ou trois [bouchées, comme mesure du repas occasionnel permis hors de la souka].
וְאַבַּיֵּי דְּאָמַר כִּדְטָעֵים בַּר בֵּי רַב דְּהַייְנוּ כַּבֵּיצָה דִּכְבֵיצָה אֹוכֶל הַנֶּאֱכָל בִּבְלִיעָה אַחַת הוּא כִּדְאָמְרִי' בְּפֶ' בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף פ.) מִכָּל הָאֹוכֶל אֲשֶׁר יֵאָכֵל:
Et d'Abaye -- lui qui a dit : comme la bouchée que goûte l'étudiant de la maison d'étude (bar bei rav), c'est-à-dire un kabeitsa. Car un kabeitsa d'aliment est ce qui se mange en une seule déglutition, comme nous le disons au dernier chapitre de Yoma (80a) à partir de [du verset] de toute nourriture qui se mange.
הָא כְּבֵיצָה בָּעֵי נְטִילַת יָדַיִם וּבְרָכָה אֲבָל סֻוכָּה אַפֵּי' כַּבֵּיצָה נָמֵי לָא:
Mais un kabeitsa exige netilat yadaim et bénédiction -- en revanche, pour la souka, même un kabeitsa n'exige rien non plus.
🗂️ Tossefot (1)
הָא כְּבֵיצָה בָּעֵי נט"י לַאֲכִילָה. וְלָא מִישְׁתְּרֵי בְּמַפָּה דְּחָייְשִׁינַן דִּלְמָא נָגַע כִּדְמַסִּיק פֶּ' כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קז:) וּמִיהוּ תֵּימַהּ דְּהָא ר' צָדוֹק כֹּהֵן הָיָה כִּדְפָרֵישִׁי' וא"כ אַפֵּי' כְּבֵיצָה שָׁרִי בְּמַפָּה בְּלֹא נט"י כִּדְאָמַר שְׁמוּאֵל הָתָם הִתִּירוּ מַפָּה לְאוֹכְלֵי תְּרוּמָה וְלֹא הִתִּירוּ מַפָּה לְאוֹכְלֵי טְהָרוֹת:
Mais un kabeitsa exige la netilat yadaim pour manger. Et la serviette ne suffit pas à le permettre, car on craint qu'il ne vienne à toucher [l'aliment], comme le conclut le chapitre Kol ha-bassar (Houlin 107b). Toutefois cela est étonnant : Rabbi Tsadok était kohen, comme nous l'avons expliqué ; s'il en est ainsi, même pour un kabeitsa la serviette serait permise sans netilat yadaim, car Chemouel dit là-bas : on a permis la serviette à ceux qui mangent de la terouma, mais on ne l'a pas permise à ceux qui mangent des aliments de pureté (taharot).
💡 Explication

La Guemara pratique ici une diyouk classique : si la michna prend soin de dire moins d'un kabeitsa, c'est qu'à partir d'un kabeitsa la règle change. Mais change en quoi ? Le récit contient trois gestes -- la serviette, le fait de manger dehors, l'absence de birkat ha-mazon -- et le lecteur doit deviner lequel la mesure gouverne.

Si elle gouverne le fait de manger dehors, alors dès un kabeitsa la souka serait exigée, et Rav Yossef (deux ou trois bouchées) comme Abaye (la bouchée du bar bei rav) seraient réfutés. La Guemara refuse ce découpage : la mesure gouverne les deux autres gestes, la netilat yadaim et la berakha aharona. Rachi le dit sans détour : pour la souka, même un kabeitsa ne change rien.

Tossefot pousse l'objection ailleurs : si Rabbi Tsadok était kohen, la serviette lui suffisait de toute façon pour la terouma, même au-delà d'un kabeitsa. La mesure n'expliquerait donc pas non plus la serviette.

🖼️ Schéma
Rabbi Tsadok mange moins d'un kabeitsa : de quoi ce moins que est-il la mesure ? Trois gestes dans un seul récit -- et deux lectures possibles de la limite implicite Le fait rapporté par la michna 1. il prend l'aliment dans une serviette (mapa) -- 2. il mange hors de la souka -- 3. il ne récite pas la berakha d'après Lecture 1 : la limite porte sur la SOUKA Moins d'un kabeitsa : dehors -- donc à partir d'un kabeitsa : la souka serait exigée. Conséquence : réfutation de Rav Yossef (deux ou trois bouchées) et d'Abaye (comme la bouchée du bar bei rav). Cette lecture est rejetée. Lecture 2 : la limite porte sur NETILA + BERAKHA Moins d'un kabeitsa : ni lavage des mains ni bénédiction d'après. À partir d'un kabeitsa : netila et berakha requises. La souka n'est pas le sujet de la phrase. Cette lecture est retenue. Ce que chaque commentateur ajoute Rachi : pour la souka, même un kabeitsa n'exige rien -- la mesure de la souka est ailleurs. Tossefot : mais Rabbi Tsadok était kohen, et pour la terouma la serviette dispense de netila -- pourquoi donc moins d'un kabeitsa ?
Un même récit, deux lectures de la limite implicite : la Guemara déplace le kabeitsa de la souka vers la netila et la berakha.
3
מַתְנִי׳ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אַרְבַּע עֶשְׂרֵה סְעוּדוֹת חַיָּיב אָדָם לֶאֱכוֹל בַּסֻּוכָּה, אַחַת בַּיּוֹם וְאַחַת בַּלָּיְלָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין לַדָּבָר קִצְבָּה, חוּץ מִלֵּילֵי יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן שֶׁל חַג בִּלְבַד.

MICHNA. Rabbi Eliezer dit : quatorze repas l'homme est tenu de manger dans la souka, un le jour et un la nuit.

Et les Sages disent : la chose n'a pas de quota (ein la-davar kitsba), sauf la nuit du premier jour de fête du Hag uniquement.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' י"ד סְעוּדוֹת וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Michna, quatorze repas -- et la Guemara en expliquera la raison.
אֵין לַדָּבָר קִצְבָּה אִם רָצָה לְהִתְעַנּוֹת אֵין אָנוּ זִקּוּקִין לוֹ אֶלָּא אִם יֹאכַל לֹא יֹאכַל חוּץ לַסֻּוכָּה:
Il n'y a pas de quota -- s'il veut jeûner, nous n'avons rien à lui réclamer ; simplement, s'il mange, qu'il ne mange pas hors de la souka.
חוּץ מִלֵּילֵי י"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי לְהִתְעַנּוֹת כִּדְיָלֵיף בַּגְּמָרָא:
Sauf la nuit du premier yom tov -- car il ne lui est pas permis d'y jeûner, comme la Guemara le déduit.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' חוּץ מִלֵּילֵי יו"ט הָרִאשׁוֹן דְּגָמְרִינַן ט"ו ט"ו מֵחַג הַמַּצּוֹת מָה חַג הַמַּצּוֹת לַיְלָה הָרִאשׁוֹן חוֹבָה דִּכְתִיב בָּעֶרֶב תֹּאכְלוּ מַצּוֹת כְּלוֹמַר לַיְלָה הָרִאשׁוֹנָה חוֹבָה מִכָּאן וְאֵילָךְ רְשׁוּת אַף סֻוכָּה לַיְלָה רִאשׁוֹנָה חוֹבָה מִכָּאן וְאֵילָךְ רְשׁוּת. יְרוּשַׁלְמִי הֲלָכָה ז' חַבְרַיָּא בָּעוּ אִי מַה לְהַלָּן שֶׁיִּכָּנֵס לְמִצְוָה כְּשֶׁהוּא תָּאֵב אַף סֻוכָּה כֵּן ר' זֵירָא בָּעֵי אִי מַה לְהַלָּן עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת דָּגָן מַצָּה אַף כָּאן עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת דָּגָן בַּסֻּוכָּה וְאִיבַּעְיָא לֵיהּ אִי יוֹצֵא בְּמִינֵי תַּרְגִּימָא:
Guemara : sauf la nuit du premier yom tov -- car nous l'apprenons par la gezera chava quinze / quinze depuis la fête des matsot : de même que pour la fête des matsot la première nuit est une obligation (hova), ainsi qu'il est écrit le soir vous mangerez des matsot -- c'est-à-dire que la première nuit est obligatoire et qu'à partir de là c'est facultatif (rechout) -- de même pour la souka, la première nuit est obligatoire et à partir de là c'est facultatif. Talmud de Jérusalem, halakha 7 : les compagnons (havraya) ont demandé -- de même que là-bas [il faut] entrer dans la mitsva alors qu'on en a l'appétit, en va-t-il de même pour la souka ? Rabbi Zeira a demandé : de même que là-bas [on n'est quitte] que si l'on mange un kazayit de céréale en matsa, de même ici [ne serait-on quitte] que si l'on mange un kazayit de céréale dans la souka ? Et il lui restait à demander si l'on s'acquitte avec des minei targima (mets d'accompagnement).
💡 Explication

Nouvelle michna. Rabbi Eliezer chiffre l'obligation : quatorze repas, deux par jour pendant les sept jours du Hag, tous dans la souka. Les Sages refusent le chiffre : ein la-davar kitsba, il n'y a pas de quota.

Rachi prévient un contresens tentant. Ein la-davar kitsba ne veut pas dire qu'on peut manger dehors ; cela veut dire que la Torah n'impose aucun nombre de repas. Qui veut jeûner le jeûne -- mais s'il mange, il mange dans la souka. La mitsva de souka n'est pas une mitsva de manger, c'est une mitsva de lieu.

Reste une exception, que les Sages posent sans encore la justifier : la première nuit du Hag. La Guemara devra aller chercher ailleurs ce que téchvou ke-ein tadurou ne peut pas donner. Le Roch anticipe la réponse et y greffe les deux questions du Yerouchalmi : faut-il l'appétit ? faut-il un kazayit de céréale ?

🖼️ Schéma
Les quatorze repas de Rabbi Eliezer, et ce que les Sages en gardent Sept jours, deux repas par jour -- une seule case reste obligatoire pour les Sages Nuit Jour Nuit 1 Nuit 2 Nuit 3 Nuit 4 Nuit 5 Nuit 6 Nuit 7 Jour 1 Jour 2 Jour 3 Jour 4 Jour 5 Jour 6 Jour 7 Rabbi Eliezer Les quatorze cases sont obligatoires. Jeûner un jour du Hag, c'est manquer une mitsva. Les Sages Seule la case ambrée est obligatoire. Les treize autres : s'il mange, en souka -- sinon, rien. Rachi précise le sens de ein la-davar kitsba Ce n'est pas une permission de manger dehors : s'il veut jeûner, nous n'avons rien à lui réclamer ; mais s'il mange, qu'il ne mange pas hors de la souka. Le quota tombe, pas l'obligation de lieu.
Les quatorze cases de Rabbi Eliezer ; pour les Sages, une seule reste obligatoire -- mais l'obligation de lieu, elle, ne tombe jamais.
4
וְעוֹד אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: מִי שֶׁלֹּא אָכַל [לֵילֵי] יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן — יַשְׁלִים לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין לַדָּבָר תַּשְׁלוּמִין, וְעַל זֶה נֶאֱמַר: ״מְעֻוָּת לֹא יוּכַל לִתְקֹון וְחֶסְרוֹן לֹא יוּכַל לְהִמָּנוֹת״.

Et Rabbi Eliezer dit encore : celui qui n'a pas mangé [la nuit] du premier jour de fête rattrapera la nuit du dernier jour de fête du Hag. Et les Sages disent : cette chose n'a pas de rattrapage (tachloumin), et c'est à son propos qu'il est dit : ce qui est courbe ne pourra être redressé, et ce qui manque ne pourra être compté (Qohelet 1,15).

📜 Rachi (1)
יַשְׁלִים סְעֻודָּתוֹ זֹאת בי"ט הָאַחֲרוֹן בַּשְּׁמִינִי עֲצֶרֶת ואע"פ שֶׁאֵינוֹ בַּסֻּוכָּה וּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ עֲלָהּ:
Il rattrapera -- ce repas-là, au dernier yom tov, à Chemini Atseret, et cela bien qu'il ne soit pas dans la souka ; et la Guemara objectera là-dessus.
💡 Explication

Second étage de la mahloket. Le premier portait sur le nombre ; celui-ci porte sur ce qui arrive quand une obligation a été manquée. Pour Rabbi Eliezer, le repas de la première nuit se rattrape le dernier soir de la fête -- c'est-à-dire à Chemini Atseret, où l'on ne siège plus dans la souka. Rachi souligne aussitôt l'anomalie qui fera l'objection de la Guemara.

Les Sages refusent : ein la-davar tachloumin. Ils citent Qohelet, verset qui sert dans le Talmud à désigner les mitsvot dont l'occasion, une fois passée, est perdue sans retour. La question de fond est donc : le repas de la première nuit ressemble-t-il à un korban du premier jour, qui se rattrape les jours suivants, ou à un temps qui ne revient pas ?

5
גְּמָ׳ מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר? ״תֵּשְׁבוּ״ כְּעֵין תָּדוּרוּ. מַה דִּירָה — אַחַת בַּיּוֹם וְאַחַת בַּלָּיְלָה, אַף סֻוכָּה — אַחַת בַּיּוֹם וְאַחַת בַּלָּיְלָה.

GUEMARA. Quelle est la raison de Rabbi Eliezer ?

[Le verset dit] vous resterez (téchvou) -- à la manière dont vous demeurez (ke-ein tadurou). De même que dans une demeure [on prend] un repas le jour et un la nuit, de même dans la souka -- un le jour et un la nuit.

🗂️ Tossefot (1)
תֵּשְׁבוּ כְּעֵין תָּדוּרוּ. בַּיְּרוּשַׁלְמִי יָלֵיף בִּגְזֵרָה שָׁוָה נֶאֱמַר כָּאן תֵּשְׁבוּ וְנֶאֱמַר לְהַלָּן וּפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד תֵּשְׁבוּ יוֹמָם וָלַיְלָה שִׁבְעַת יָמִים מַה יְשִׁיבָה שֶׁנֶּאֶמְרָה לְהַלָּן עָשָׂה בָּהּ אֶת הַלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים אַף יְשִׁיבָה הָאֲמוּרָה כָּאן עָשָׂה בָּהּ לֵילוֹת כְּבַיָּמִים וְטַעֲמָא דְּרַבָּנָן מְפָרֵשׁ ר' יוֹחָנָן בְּשֵׁם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל נֶאֱמַר חֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּפֶסַח וְנֶאֱמַר ט"ו בֶּחָג מַה ט"ו הַנֶּאֱמָר בְּפֶסַח לַיְלָה הָרִאשׁוֹן חוֹבָה וּשְׁאָר כָּל הַיָּמִים רְשׁוּת אַף ט"ו הַנֶּאֱמָר בְּחַג לַיְלָה הָרִאשׁוֹן חוֹבָה וּשְׁאָר כָּל הַיָּמִים רְשׁוּת חַבְרַיָּיא בָּעוּ אִי מַה לְהַלָּן עַד שֶׁיִּכָּנֵס לְמַצָּה כְּשֶׁהוּא תַּאֲוָה אַף כָּאן עַד שֶׁיִּכָּנֵס לַסֻּוכָּה בְּתַאֲוָה ר' זֵירָא בָּעֵי אִי מַה לְהַלָּן עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת דָּגָן מַצָּה אַף כָּאן עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת דָּגָן בַּסֻּוכָּה:
Techvou ke-ein tadurou. Dans le Talmud de Jérusalem on le déduit par une gezera chava : il est dit ici techvou (vous resterez), et il est dit là-bas et à l'entrée de la tente d'assignation vous resterez jour et nuit sept jours (Vayikra 8,35) ; de même que le séjour énoncé là-bas fait des nuits l'équivalent des jours, de même le séjour énoncé ici fait des nuits l'équivalent des jours. Et la raison des Sages, Rabbi Yo'hanan l'explique au nom de Rabbi Yichmael : il est dit quinze à propos de Pessa'h et il est dit quinze à propos du Hag ; de même que le quinze énoncé à propos de Pessa'h [signifie que] la première nuit est une obligation et que tous les autres jours sont facultatifs, de même le quinze énoncé à propos du Hag [signifie que] la première nuit est une obligation et que tous les autres jours sont facultatifs. Les compagnons ont demandé : de même que là-bas [il faut] entrer à la matsa avec l'appétit, de même ici [faudrait-il] entrer à la souka avec l'appétit ? Rabbi Zeira a demandé : de même que là-bas [on n'est quitte] que si l'on mange un kazayit de céréale en matsa, de même ici [ne serait-on quitte] que si l'on mange un kazayit de céréale dans la souka ?
💡 Explication

La Guemara donne à Rabbi Eliezer son fondement : la formule techvou ke-ein tadurou, tirée de bacoukot techvou (Vayikra 23,42). La souka doit être habitée comme on habite sa maison. Rabbi Eliezer en tire un rythme : chez soi, on prend un repas le jour et un la nuit ; donc dans la souka aussi -- soit quatorze pour sept jours.

Tossefot double la source : le Yerouchalmi obtient le même résultat par une gezera chava entre le techvou de la souka et le techvou des sept jours de consécration à l'entrée de la tente d'assignation, où le verset dit expressément jour et nuit. La nuit y compte autant que le jour -- ce qui est précisément ce dont Rabbi Eliezer a besoin.

Notons la structure : Rabbi Eliezer n'invente pas une obligation de manger, il transporte dans la souka le rythme alimentaire ordinaire. C'est ce transport que les Sages vont contester au segment suivant.

🖼️ Schéma
Une seule formule, deux conclusions opposées : techvou ke-ein tadurou Le désaccord ne porte pas sur le verset, mais sur ce que l'on retient de la vie domestique techvou -- vous resterez à la manière dont vous demeurez chez vous Rabbi Eliezer retient le RYTHME Ce qui caractérise une demeure, c'est qu'on y prend un repas le jour et un repas la nuit. Donc la souka doit recevoir le même rythme : deux repas par jour, sept jours = quatorze. Tossefot ajoute le Yerouchalmi : gezera chava techvou / techvou avec la tente d'assignation, où les nuits valent les jours. Les Sages retiennent la LIBERTÉ Ce qui caractérise une demeure, c'est qu'on n'y est forcé de rien : s'il veut il mange, sinon non. Donc la souka hérite de la même liberté : aucun repas n'est imposé par la mitsva elle-même. Mais alors, d'où vient l'exception de la première nuit ? La suite du folio doit aller la chercher ailleurs. Le mot ke-ein est le point de bascule : ressemblance de forme (le rythme) ou ressemblance de régime (la liberté).
Le désaccord ne porte pas sur le verset mais sur ce que l'on retient de la vie domestique : son rythme, ou sa liberté.
6
וְרַבָּנָן? כְּדִירָה. מַה דִּירָה — אִי בָּעֵי אָכֵיל אִי בָּעֵי לָא אָכֵיל, אַף סֻוכָּה נָמֵי — אִי בָּעֵי אָכֵיל אִי בָּעֵי לָא אָכֵיל.

Et les Sages ? [Ils lisent :] comme une demeure.

De même que dans une demeure, s'il veut il mange, s'il veut il ne mange pas, de même dans la souka aussi -- s'il veut il mange, s'il veut il ne mange pas.

🗂️ Tossefot (1)
אִי בָּעֵי אָכֵיל וְאִי בָּעֵי לָא אָכֵיל. כְּלָל דְּאִי אָכִיל חַיָּיב לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל וּמַשְׁמַע הָכָא דבי"ט לָא הָוֵי חוֹבָה וְאִי בָּעֵי לָא אָכֵיל כְּלָל חוּץ מִלֵּיל י"ט הָרִאשׁוֹן וּלְפִי זֶה אִם טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל י"ט בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן אֵינוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור וְהָא דְּאָמְרִי' פ' שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מט:) שַׁבָּתוֹת וְי"ט דְּלָא סַגִּי לֵיהּ דְּלָא אָכֵיל אִם טָעָה חוֹזֵר לָא מִיתּוֹקְמָא אֶלָּא בְּלֵילֵי י"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח וּבְלֵילֵי י"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג וְהָא דְּאַשְׁכְּחַן בְּפֶ' ב' דְּבֵיצָה (דַּף טו:) וּבְפֶ' אֵלּוּ דְּבָרִים בִּפְסָחִים (דַּף סח:) גַּבֵּי י"ט חַלְּקֵהוּ חֶצְיוֹ לַה' וְחֶצְיוֹ לָכֶם חֶצְיוֹ לַאֲכִילָה וְחֶצְיוֹ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ דִּבְרֵי ר' יְהוֹשֻׁעַ אֶפְשָׁר בְּבִישְׂרָא וּפֵירֵי דְּאֵין בָּהֶן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְלָא בָּעֵי הַזְכָּרַת י"ט אֲבָל לֵילֵי י"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג לָא סַגִּי בְּלֹא פַּת כֵּיוָן דְּיָלְפִינַן מֵחַג הַמַּצּוֹת אע"ג דִּלֵּר' אֱלִיעֶזֶר אָמְרִינַן בִּשְׁאָר יָמִים אִם הִשְׁלִים בְּמִינֵי תַרְגִּימָא יָצָא:
S'il veut il mange, s'il veut il ne mange pas. [Il faut l'entendre comme] une règle : s'il mange, il est tenu de manger dans la souka, comme nous l'avons dit plus haut. Et il ressort d'ici qu'au yom tov [le repas] n'est pas une obligation, et que s'il le veut il peut ne rien manger du tout, hormis la nuit du premier yom tov. Selon cela, si l'on s'est trompé et que l'on n'a pas mentionné le yom tov dans le birkat ha-mazon, on n'a pas à recommencer. Et ce que nous disons au chapitre Cheloucha che-akhelou (Berakhot 49b) -- que pour les chabbats et les yamim tovim, où il n'est pas possible de ne pas manger, celui qui s'est trompé recommence -- ne se comprend que pour la nuit du premier yom tov de Pessa'h et la nuit du premier yom tov du Hag. Et ce que nous trouvons au deuxième chapitre de Beitsa (15b) et au chapitre Elou devarim de Pessahim (68b) à propos du yom tov -- partage-le : moitié pour Dieu et moitié pour vous, moitié pour manger et moitié pour la maison d'étude, paroles de Rabbi Yehochoua -- cela peut se faire avec de la viande et des fruits, qui ne comportent pas de birkat ha-mazon et n'exigent pas de mention du yom tov. Mais pour la nuit du premier yom tov du Hag, il ne suffit pas de faire sans pain, puisque nous l'apprenons de la fête des matsot ; et cela bien que, selon Rabbi Eliezer, nous disions que pour les autres jours, s'il a rattrapé avec des minei targima, il est quitte.
💡 Explication

Les Sages lisent le même verset, mais retiennent de la demeure non pas son rythme mais son régime de liberté : chez soi, personne n'est tenu de manger. La souka hérite de cette liberté. Le mot ke-ein est le point de bascule -- ressemblance de forme ou ressemblance de statut.

Tossefot tire de là une conséquence halakhique inattendue et lourde : si aucun repas de yom tov n'est obligatoire, alors celui qui a oublié la mention du jour dans le birkat ha-mazon n'a pas à recommencer. Il réconcilie ce résultat avec Berakhot 49b -- où l'on dit que pour chabbat et yom tov on recommence -- en restreignant cette règle aux deux seules nuits où le pain est obligatoire : la première nuit de Pessa'h et la première nuit du Hag.

Le principe de tout le passage tient en une phrase de Tossefot : la mitsva ne dit pas qu'il faut manger ; elle dit que si l'on mange, c'est dans la souka.

7
אִי הָכִי אֲפִילּוּ לֵילֵי יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן נָמֵי!

S'il en est ainsi, même la nuit du premier jour de fête [ne devrait pas être obligatoire] non plus !

💡 Explication

Objection courte et décisive. Les Sages ont fondé leur position sur la liberté de la demeure ; mais leur propre michna a fait une exception pour la première nuit. Or cette exception ne peut pas venir de techvou ke-ein tadurou, qui vient justement de produire l'inverse. Il faudra donc une autre source, extérieure à la souka.

8
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: נֶאֱמַר כָּאן ״חֲמִשָּׁה עָשָׂר״, וְנֶאֱמַר ״חֲמִשָּׁה עָשָׂר״ בְּחַג הַמַּצּוֹת. מַה לְהַלָּן — לַיְלָה הָרִאשׁוֹן חוֹבָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ רְשׁוּת, אַף כָּאן — לַיְלָה הָרִאשׁוֹן חוֹבָה, מִכָּאן וְאֵילָךְ רְשׁוּת.

Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : il est dit ici quinze, et il est dit quinze à propos de la fête des matsot. De même que là-bas la première nuit est une obligation (hova) et qu'à partir de là c'est facultatif (rechout), de même ici -- la première nuit est une obligation et à partir de là c'est facultatif.

📜 Rachi (2)
גְּמ' מִכָּאן וְאֵילָךְ רְשׁוּת דְּהָכִי יָלְפִינַן לָהּ בְּפֶ' בָּתְרָא דִּפְסָחִים (דַּף קכ.) שֵׁשֶׁת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עֲצֶרֶת מַה שְׁבִיעִי רְשׁוּת אַף שִׁשָּׁה רְשׁוּת לְפִי שֶׁהַשְּׁבִיעִי בִּכְלַל שְׂבֵעַת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת וְיָצָא מִן הַכְּלָל לְלַמֵּד שֶׁאֲכִילַת מַצּוֹת הָאָמוּר בּוֹ אֵינוֹ חוֹבָה אֶלָּא אִם בָּאתָ לֶאֱכֹול תְּהֵא אֲכִילָתְךָ מַצָּה וְלֹא חָמֵץ וְלֹא לְלַמֵּד עַל עַצְמוֹ יָצָא אֶלָּא לְלַמֵּד עַל הַכְּלָל כֻּולּוֹ יָצָא:
Guemara, à partir de là c'est facultatif -- car c'est ainsi que nous le déduisons au dernier chapitre de Pessahim (120a) : six jours tu mangeras des matsot et le septième jour sera une réunion solennelle (Devarim 16,8) ; de même que le septième est facultatif, de même les six sont facultatifs. Car le septième était compris dans sept jours tu mangeras des matsot, et il est sorti de la règle générale pour enseigner que la consommation de matsa qui y est énoncée n'est pas une obligation, mais que si tu viens à manger, que ta nourriture soit matsa et non hamets ; et il n'est pas sorti pour enseigner sur lui-même seulement, mais pour enseigner sur toute la règle générale.
וְהָתָם גּוּפֵיהּ מִנָּלַן דְּלַיְלָה הָרִאשׁוֹן מִיהָא חוֹבָה:
Et là-bas même, d'où le savons-nous -- que la première nuit, elle du moins, est une obligation.
💡 Explication

La réponse ne vient pas de la souka mais de Pessa'h, par une gezera chava sur le mot quinze : le quinzième jour du septième mois pour Souccot (Vayikra 23,34), le quinzième jour de ce mois pour les matsot (Vayikra 23,6). Le régime de la matsa est ainsi transporté tel quel sur la souka : première nuit hova, ensuite rechout.

Rachi remonte alors la moitié facultative de ce régime jusqu'à son propre verset, en Pessahim 120a. Le septième jour est sorti de la règle générale des sept jours de matsot ; selon la règle herméneutique du davar che-haya bi-khlal ve-yatsa, ce qui est sorti n'enseigne pas sur lui seul mais sur toute la catégorie. Le facultatif du septième jour retombe donc sur les six autres.

Il reste alors une seule chose à fonder, et Rachi l'annonce déjà : d'où vient, à Pessa'h même, que la première nuit soit obligatoire ?

9
וְהָתָם מִנָּלַן? אֲמַר קְרָא: ״בָּעֶרֶב תֹּאכְלוּ מַצּוֹת״, הַכָּתוּב קְבָעוֹ חוֹבָה.

Et là-bas, d'où le savons-nous ? Le verset dit : le soir vous mangerez des matsot (Chemot 12,18) -- l'Écriture l'a fixé comme une obligation.

💡 Explication

Le fond de la chaîne. Tout le reste était déduction ; ici, un verset dit la chose en clair. Ba-erev tokhlou matsot n'est pas une permission mais un impératif : l'Écriture l'a fixé comme hova.

Récapitulons le trajet, car il est exemplaire : la première nuit du Hag est obligatoire parce que la première nuit de Pessa'h l'est ; la première nuit de Pessa'h l'est parce qu'un verset le dit ; et les autres nuits sont libres parce que le septième jour de Pessa'h est sorti de la règle générale. Une exception de la michna aura demandé trois étages de dérivation.

10
וְעוֹד אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: וְהָא אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַרְבַּע עֶשְׂרֵה סְעוּדוֹת חַיָּיב אָדָם לֶאֱכוֹל בַּסֻּוכָּה, אַחַת בַּיּוֹם וְאַחַת בַּלָּיְלָה! אָמַר בֵּירָא אָמַר רַבִּי אַמֵּי: חָזַר בּוֹ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר.

Et Rabbi Eliezer dit encore [que celui qui n'a pas mangé la première nuit rattrapera le dernier soir] : mais Rabbi Eliezer n'a-t-il pas dit -- quatorze repas l'homme est tenu de manger dans la souka, un le jour et un la nuit ! [Comment rattraper hors de la souka ?] Bira a dit au nom de Rabbi Ami : Rabbi Eliezer s'est rétracté (hazar bo).

📜 Rachi (3)
וְהָאָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר י"ד סְעוּדוֹת חַיָּיב אָדָם לֶאֱכוֹל בַּסֻּוכָּה וְכֵיוָן דִּבְיוֹם אַחֲרוֹן לֹא בַּסֻּוכָּה יָתֵיב וְאִם יָשַׁב בָּהּ לְשֵׁם מִצְוָה עוֹבֵר עַל בַּל תּוֹסִיף מַאי הַשְׁלָמָה דְּסֻוכָּה אִיכָּא הָכָא:
Mais Rabbi Eliezer n'a-t-il pas dit : quatorze repas l'homme est tenu de manger dans la souka -- or, puisque le dernier jour il ne siège pas dans la souka, et que s'il y siégeait au titre de la mitsva il transgresserait bal tossif (l'interdit d'ajouter aux mitsvot), quel rattrapage de souka y a-t-il donc ici ?
אָמַר בֵּירָא שֵׁם חָכָם:
Bira a dit -- nom d'un Sage.
חָזַר בּוֹ ר' אֱלִיעֶזֶר אֵצֶל חֲכָמִים לוֹמַר שֶׁאֵין לַדָּבָר קִצְבָּה וְאִם רָצָה לְהִתְעַנּוֹת יִתְעַנֶּה חוּץ מִלֵּילֵי יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן וּבְהָא מִיהָא פְּלִיג עֲלַיְיהוּ דְּקָסָבַר יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ תַּשְׁלוּמִין לְקָרְבְּנוֹת יוֹם רִאשׁוֹן אַף בי"ט הָאַחֲרוֹן:
Rabbi Eliezer s'est rétracté -- [il s'est rallié] aux Sages, pour dire qu'il n'y a pas de quota et que s'il veut jeûner il jeûne, sauf la nuit du premier yom tov. Mais sur ce point-ci il continue de diverger d'eux, car il estime qu'il y a un rattrapage -- comme il y a un rattrapage pour les sacrifices du premier jour, même au dernier yom tov.
🗂️ Tossefot (2)
וְהָא א"ר אֱלִיעֶזֶר י"ד סְעוּדוֹת חַיָּיב אָדָם לֶאֱכוֹל בַּסֻּוכָּה. אַהָא דְּמַשְׁלִים בי"ט הָאַחֲרוֹן פָּרִיךְ דְּלֵיכָּא סֻוכָּה:
Mais Rabbi Eliezer n'a-t-il pas dit : quatorze repas l'homme est tenu de manger dans la souka. C'est sur le fait qu'il rattrape au dernier yom tov que porte l'objection, car il n'y a alors plus de souka.
חָזַר בּוֹ ר' אֱלִיעֶזֶר. אֵצֶל חֲכָמִים לוֹמַר שֶׁאֵין לַדָּבָר קִצְבָּה וְאִם רָצָה לְהִתְעַנּוֹת יִתְעַנֶּה חוּץ מִלֵּילֵי י"ט הָרִאשׁוֹן וּבְהָא מִיהָא פְּלִיג עֲלַיְיהוּ דְּקָסָבַר יֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ תַּשְׁלוּמִין לְקָרְבַּן י"ט רִאשׁוֹן אַף בי"ט אַחֲרוֹן כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וְלִישָּׁנָא דְּיַשְׁלִים וְאִם הִשְׁלִים לֹא מַשְׁמַע כְּלָל לְשׁוֹן תַּשְׁלוּמִין אֶלָּא לְשׁוֹן הַשְׁלָמָה חֶשְׁבּוֹן שֶׁל י"ד סְעוּדוֹת וְעוֹד כֵּיוָן דְּמִמַּצָּה יָלְפִינַן לָא מָנֵינַן שֶׁיְּהֵא תַּשְׁלוּמִין לְמַצָּה שֶׁל לַיְלָה הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח וְעוֹד דְּמַשְׁמַע קְצָת בִּירוּשַׁלְמִי דְּבָעֵי כַּזַּיִת דָּגָן לִסְעוּדַת י"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג כְּמוֹ גַּבֵּי מַצָּה וְהָכָא אָמְרִי' דְּיַשְׁלִים בְּמִינֵי תַּרְגִּימָא וְעוֹד מֵעֻובְדָּא דְּאַפּוֹטְרוֹפּוֹס שֶׁל אַגְרִיפַּס מַשְׁמַע דְּלָא פָּטַר ר' אֱלִיעֶזֶר בִּסְעוּדָה אַחַת לְכָךְ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ חָזַר בּוֹ ר' אֱלִיעֶזֶר מִמַּה שֶׁהָיָה מַצְרִיךְ סֻוכָּה וּלְעוֹלָם י"ד סְעוּדוֹת בָּעֵי וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מְשַׁנֵּי אָמַר ר' אֲחָא לְמִצְוָה חֲשׁוּבָה כְּלוֹמַר לְכַתְּחִילָּה צָרִיךְ לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה וְאִם לֹא אָכַל מַשְׁלִים בַּשְּׁמִינִי בְּלֹא סֻוכָּה:
Rabbi Eliezer s'est rétracté. [Rachi explique :] auprès des Sages, pour dire qu'il n'y a pas de quota et que s'il veut jeûner il jeûne, sauf la nuit du premier yom tov ; et sur ce point du moins il diverge d'eux, car il estime qu'il y a un rattrapage, comme il y a un rattrapage pour le sacrifice du premier yom tov, même au dernier yom tov -- ainsi l'a expliqué le Qountras (Rachi). Mais l'expression il rattrapera (ichlim) et s'il a rattrapé (im hichlim) n'évoque nullement un langage de tachloumin (rattrapage diffère), mais un langage de complément -- compléter le compte des quatorze repas. En outre, puisque nous l'apprenons de la matsa, nous ne comptons pas qu'il y ait un rattrapage pour la matsa de la première nuit de Pessa'h. En outre, il ressort quelque peu du Talmud de Jérusalem qu'il faut un kazayit de céréale pour le repas du premier yom tov du Hag, comme pour la matsa, alors qu'ici nous disons qu'il rattrape par des minei targima. En outre, du fait rapporté à propos de l'intendant d'Agrippas, il ressort que Rabbi Eliezer ne dispensait pas avec un seul repas. C'est pourquoi il paraît juste d'expliquer : Rabbi Eliezer s'est rétracté de ce qu'il exigeait la souka, mais il maintient bien qu'il faut quatorze repas. Et dans le Talmud de Jérusalem on répond : Rabbi Aha a dit -- pour une mitsva de valeur (le-mitsva hachouva) ; c'est-à-dire qu'à priori il faut manger dans la souka, et que s'il n'a pas mangé, il complète le huitième jour sans souka.
💡 Explication

La Guemara retourne contre Rabbi Eliezer sa propre première phrase. Il exige quatorze repas dans la souka ; or son rattrapage tombe à Chemini Atseret, jour où la souka n'est plus une mitsva -- Rachi ajoute que s'y asseoir au titre de la mitsva reviendrait à transgresser bal tossif. Le repas de rattrapage serait donc un repas de souka sans souka.

Bira au nom de Rabbi Ami répond par deux mots : hazar bo. Mais deux mots ne disent pas de quoi. Rachi lit : il a lâché le quota et rejoint les Sages, ne gardant que le tachloumin -- lu sur le modèle des sacrifices du premier jour, qui se rattrapent durant la fête. Tossefot lit l'inverse : il garde les quatorze repas et lâche l'exigence de souka.

Tossefot argumente en quatre temps, dont le plus fort est le dernier : au segment 11, Rabbi Eliezer refusera à l'intendant de se contenter d'un repas par jour. S'il avait renoncé au quota, cette réponse n'aurait plus de sens. Le Yerouchalmi, lui, évite la rétractation : le-mitsva hachouva -- la souka est un à priori, pas une condition du complément.

🖼️ Schéma
Hazar bo Rabbi Eliezer : de quoi s'est-il rétracté ? La contradiction interne de la michna, et les deux façons de la résoudre La contradiction Rabbi Eliezer exige quatorze repas DANS LA SOUKA -- mais il fait rattraper le huitième soir, à Chemini Atseret, où il n'y a plus de souka. Rachi durcit : s'il s'y asseyait au titre de la mitsva il transgresserait bal tossif. Quel rattrapage de souka reste-t-il ? Rachi : il rétracte le QUOTA Il rejoint les Sages : ein la-davar kitsba. Il ne conserve que le tachloumin -- comme les sacrifices du premier jour se rattrapent ensuite. Le mot ichlim est donc lu comme tachloumin, un rattrapage diffère d'une obligation manquée. Tossefot : il rétracte la SOUKA Les quatorze repas restent. Ce qu'il abandonne, c'est d'exiger la souka pour le repas de complément. ichlim = compléter le compte, pas rattraper. Quatre arguments : le mot lui-même ; pas de tachloumin pour la matsa ; le Yerouchalmi ; l'intendant d'Agrippas. Le Yerouchalmi, cité par Tossefot, offre une troisième voie Rabbi Aha : le-mitsva hachouva -- à priori il faut manger dans la souka ; s'il ne l'a pas fait, il complète le huitième jour sans souka. Rien n'est rétracté.
Une même phrase, hazar bo, lue de deux façons opposées : Rachi lui fait abandonner le quota, Tossefot lui fait abandonner la souka.
11
מַשְׁלִים בְּמַאי? אִילֵּימָא בְּרִיפְתָּא, סְעוּדָה דְיוֹמֵיהּ קָא אָכֵיל. אֶלָּא, מַאי יַשְׁלִים — יַשְׁלִים בְּמִינֵי תַּרְגִּימָא. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אִם הִשְׁלִים בְּמִינֵי תַרְגִּימָא — יָצָא.

Avec quoi rattrapera-t-il ? Si tu dis : avec du pain -- c'est le repas du jour même qu'il mange !

Plutôt, que signifie il rattrapera ? Il complétera par des minei targima (mets d'accompagnement).

Cela est enseigné aussi dans une baraita : s'il a complété par des minei targima, il est quitte.

📜 Rachi (6)
אִילֵּימָא בְּרִיפְתָּא כְּלוֹמַר תֹּאמַר שֶׁסְּעוּדַת י"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁהוּא סוֹעֵד בְּלֶחֶם וְלִפְתָּן וְצָורְכֵי הַסְּעוּדָה תְּהֵא תַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן:
Si tu dis : avec du pain -- c'est-à-dire : dirais-tu que le repas du dernier yom tov, qu'il prend avec du pain, un accompagnement et ce qu'il faut au repas, tiendrait lieu de rattrapage du premier ?
סְעוּדְתָא דְּיוֹמֵיהּ קָאֲכִיל וּמַאי הֶיכֵּר יֵשׁ כָּאן שֶׁתְּהֵא לְשֵׁם סְעוּדָה רִאשׁוֹנָה הֲלֹא דַּרְכּוֹ לִסְעֹוד הַיּוֹם:
C'est le repas du jour même qu'il mange -- et quel signe distinctif y aurait-il ici, qui ferait de ce repas le premier repas ? N'est-il pas dans son usage de prendre son repas aujourd hui de toute façon ?
בְּמִינֵי תַּרְגִּימָא לְאַחַר שֶׁסִּילֵּק יָבִיאוּ פַּרְפְּרָאוֹת וּמַעֲדַנִּים לְפָנָיו כְּגוֹן פֵּירוֹת וְכִסָנִין וְקַפְלוֹטוֹת מְבֻושָּׁלוֹת:
Par des minei targima -- une fois qu'il a desservi, on lui apporte des entremets et des délices, par exemple des fruits, des kissanin (pâtisseries sèches) et des poireaux cuits.
תַּרְגִּימָא פרונגו"ש:
Targima -- en langue vulgaire (laaz) : pronguos, les entremets.
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי דִּבְהָכִי הָוְיָא סְעוּדָה לְאַשְׁלוֹמֵי ואע"פ שֶׁאֵינוֹ חוֹזֵר וְקוֹבֵעַ עַצְמוֹ לֶאֱכֹול שְׁתֵּי סְעוּדוֹת שֶׁל לֶחֶם וּבָשָׂר:
Cela est enseigné aussi ainsi -- que par cela il y a bien un repas de rattrapage, et cela bien qu'il ne s'installe pas de nouveau pour prendre deux repas de pain et de viande.
אִם הִשְׁלִים כו' וכ"ש אִם קָבַע סְעוּדָה שְׁנִיָּה בְּלֶחֶם וּבָשָׂר:
S'il a complété, etc. -- et à plus forte raison s'il a établi un second repas avec du pain et de la viande.
🗂️ Tossefot (1)
בְּמִינֵי תַּרְגִּימָא. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס כְּגוֹן פֵּירוֹת וְכִיסָנִין וְקַפְלוֹטוֹת מְבֻושָּׁלִין וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן דְּהָא רָבָא מַסִּיק פ' ח' דְּיוֹמָא (דַּף עט: וְשָׁם) דְּפֵירֵי לָא בָּעֵי סֻוכָּה וְדִייֵּק מֵהָכָא וְאִי ס"ד פֵּירוֹת בָּעֵי סֻוכָּה לְיַשְׁלִים בְּפֵירוֹת וְדָחֵי בְּאַתְרָא דְּלָא שְׁכִיחִי פֵּירוֹת וְאִיבְּעִי' אֵימָא מִינֵי תַּרְגִּימָא נָמֵי מִינֵי פֵּירֵי נִינְהוּ מ"מ מַשְׁמַע דְּאִי פֵּירֵי לָא בָּעֵי סֻוכָּה אֵין הַשְׁלָמָה מוֹעֶלֶת בְּפֵירוֹת וּמִינֵי תַּרְגִּימָא הָווּ כְּגוֹן בָּשָׂר וְדָגִים וּשְׁאָר דְּבָרִים שֶׁמְּלַפְּתִין בָּהֶן אֶת הַפַּת וְאֵין לִלְמֹוד מִכָּאן שֶׁיּוֹעִילוּ מִינֵי תַּרְגִּימָא לְהַשְׁלִים שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת שֶׁל שַׁבָּת דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּיָלְפִי' (שַׁבָּת דַּף קיז:) מִדִּכְתִיב תְּלָתָא הַיּוֹם גַּבֵּי מָן שֶׁהוּא בִּמְקוֹם פַּת וְאַפֵּי' בָּאנוּ לְהַשְׁווֹתָם לָא נָפֵיק בְּפֵירוֹת כִּדְפָרֵישׁ' דְּלָא מְהַנֵּי גַּבֵּי סֻוכָּה.:
Par des minei targima. Le Qountras (Rachi) a expliqué : par exemple des fruits, des kissanin et des poireaux cuits. Or il n'est pas possible de dire ainsi, car Rava conclut au huitième chapitre de Yoma (79b) que les fruits n'exigent pas la souka, et il le déduit précisément d'ici : si tu pensais que les fruits exigent la souka, qu'il rattrape donc avec des fruits ! Et l'on repousse : dans un lieu où les fruits ne se trouvent pas ; et si tu veux, dis : les minei targima sont eux aussi des espèces de fruits. Quoi qu'il en soit, il ressort que si les fruits n'exigent pas la souka, un rattrapage par des fruits ne sert de rien ; et les minei targima sont par exemple de la viande, du poisson et les autres mets dont on accompagne le pain. Et l'on ne peut pas apprendre d'ici que des minei targima suffiraient à compléter les trois repas de chabbat, car là-bas c'est différent : nous l'apprenons (Chabbat 117b) de ce qu'il est écrit trois fois aujourd hui (ha-yom) à propos de la manne, qui tient lieu de pain. Et même si nous venions à les assimiler, on ne serait pas quitte avec des fruits, comme nous l'avons expliqué, puisque cela ne sert déjà pas pour la souka.
💡 Explication

Question de bon sens : rattraper, oui, mais avec quoi ? Si c'est avec du pain, l'objection est immédiate -- le huitième jour, il prend de toute façon un repas de fête. Rachi formule le critère manquant : il n'y aurait aucun heker, aucun signe distinctif, qui ferait de ce repas autre chose que le repas ordinaire du jour.

D'où la réponse : minei targima, ces mets que l'on ajoute après avoir desservi. Leur vertu est justement d'être en surplus : ils ne se confondent avec rien. Une baraita le confirme, et Rachi ajoute le kal va-homer -- à plus forte raison un second vrai repas.

Tossefot conteste le contenu, pas le principe. Si les minei targima étaient des fruits, comme le dit Rachi, le rattrapage serait vide : Rava établit à Yoma 79b, en s'appuyant sur notre passage, que les fruits n'exigent pas la souka. Ce qui ne vaut rien pour la souka ne peut pas compléter un compte de repas de souka. Donc targima signifie ici viande, poisson, ce qui se mange avec le pain. Et Tossefot ferme la porte à une transposition tentante : cela ne vaut pas pour les trois repas de chabbat, dont la source est le triple ha-yom de la manne.

🖼️ Schéma
Avec quoi rattrape-t-on ? Le problème du signe distinctif Un repas de rattrapage doit se voir : sinon il se confond avec le repas ordinaire du jour Rattraper avec du pain -- rejeté Le huitième jour, il prend de toute façon un repas de pain : c'est le repas du jour même. Rachi : aucun heker, aucun signe, ne le distinguerait du repas ordinaire. Rattraper par minei targima -- retenu Après avoir desservi, on ajoute des mets qui ne font pas partie du repas ordinaire : le surplus se voit. Baraita à l'appui : im hichlim be-minei targima, yatsa. Mais que sont exactement les minei targima ? Rachi et Tossefot ne répondent pas la même chose. Rachi Des fruits, des kissanin (pâtisseries), des poireaux cuits -- des entremets, en laaz targima. Et à plus forte raison s'il établit un vrai second repas. Tossefot -- objection Impossible : Rava conclut à Yoma 79b que les fruits n'exigent pas la souka -- ils ne peuvent rien compléter. Donc targima = viande, poisson, ce qui accompagne le pain. Nafka mina pratique : on ne peut pas transposer ce rattrapage aux trois repas de chabbat -- là, l'obligation vient du triple ha-yom de la manne, qui tient lieu de pain.
Le rattrapage doit se voir : le pain se confond avec le repas du jour, le targima s'ajoute par-dessus -- mais Rachi et Tossefot n'y mettent pas les mêmes mets.
12
שָׁאַל אַפּוֹטְרוֹפּוֹס שֶׁל אַגְרִיפַּס הַמֶּלֶךְ אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: כְּגוֹן אֲנִי, שֶׁאֵינִי רָגִיל לֶאֱכֹול אֶלָּא סְעוּדָה אַחַת בַּיּוֹם, מַהוּ שֶׁאוֹכַל סְעוּדָה אַחַת וְאֶפָּטֵר? אָמַר לוֹ: בְּכָל יוֹם וְיוֹם אַתָּה מַמְשִׁיךְ כַּמָּה פַּרְפְּרָאוֹת לִכְבוֹד עַצְמְךָ, וְעַכְשָׁיו אִי אַתָּה מַמְשִׁיךְ פַּרְפֶּרֶת אַחַת לִכְבוֹד קוֹנֶךָ?

L'intendant (apotropos) du roi Agrippas interrogea Rabbi Eliezer : dans un cas comme le mien, où je n'ai pas l'habitude de manger plus d'un seul repas par jour, qu'en est-il -- puis-je manger un seul repas et en être quitte ? Il lui dit : chaque jour tu fais suivre bien des entremets (parpéraot) pour ton propre honneur, et maintenant tu ne ferais pas suivre un seul entremets pour l'honneur de ton Créateur ?

📜 Rachi (3)
אַפּוֹטְרוֹפּוֹס שֶׁל אַגְרִיפַּס מְמֻונֶּה עַל שֶׁלּוֹ וְרַב בֵּיתוֹ שֶׁקּוֹרִין שקל"ק:
L'intendant d'Agrippas -- le préposé à ses biens et l'intendant de sa maison, que l'on appelle [en laaz] seneschalc, le sénéchal.
מַהוּ שֶׁאוֹכַל סְעוּדָה אַחַת בַּיּוֹם בַּסֻּוכָּה וְאֶפָּטֵר:
Qu'en est-il si je mange un seul repas par jour -- dans la souka, et que j'en sois quitte.
פַּרְפְּרָאוֹת מִינֵי מַעֲדַנִּים הַפּוֹתְחִים אֶת בְּנֵי מֵעַייִם לִהְיוֹת לִבּוֹ מָשׁוּךְ אַחַר הַפַּת וְיֹאכַל:
Parpéraot -- des sortes de délices qui ouvrent les entrailles, de sorte que le cœur soit attiré vers le pain et que l'on mange.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּכָל יוֹם וְיוֹם אַתָּה מַמְשִׁיךְ כַּמָּה פַּרְפְּרָאוֹת לִכְבוֹד עַצְמְךָ, וְעַכְשָׁו אִי אַתָּה מַמְשִׁיךְ פַּרְפֶּרֶת אַחַת לִכְבוֹד קוֹנֶךָ? נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּמִילַת 'פַּרְפֶּרֶת' עִנְיָן עָמֹוק דְּיָדוּעַ אוֹתִיּוֹת מנצפ"ך שֶׁהֵם מִסְפַּר פ"ר הֵם פ"ר דִּינִין אַךְ הֵם כְּפוּלוֹת וְהַפְּתוּחוֹת הֵם פ"ר דִּינִים מְמֻותָּקִים וְהַסְּתוּמוֹת הֵם פ"ר דִּינִים קָשִׁים. וְיָדוּעַ כִּי לפ"ר דִּינִים דמנצפ"ך יִהְיֶה לָהֶם מִיתּוּק עַל יְדֵי אֲכִילָה בַּפֶּה מִפְּנֵי דְּאֵלּוּ המנצפ"ך שָׁורְשָׁם הוּא בַּפֶּה וְהוּא בְּעִנְיָן מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד הַנְּשִׁיקָה עַל הַיָּד שֶׁנּוֹשְׁקִים בַּפֶּה לְמַתֵּק המנצפ"ך שֶׁהֵם גְּלוּיִים בְּאֶצְבְּעוֹת הַיָּד וְשָׁורְשָׁם בַּפֶּה לָכֵן בַּאֲכִילָה גַּם כֵּן שֶׁהִיא בַּפֶּה יִהְיֶה מִיתּוּק לַחֲמִשָּׁה אוֹתִיּוֹת מנצפ"ך שֶׁהֵם פ"ר דִּינִים שֶׁשָּׁרְשָׁם הוּא בַּפֶּה, וְיָדוּעַ כִּי יִהְיֶה כֹּחַ בַּאֲכִילָה לְמַתֵּק כְּפִי הַזְּמַן שֶׁאִם הַזְּמַן הוּא חֶסֶד יִהְיֶה כֹּחַ לְמַתֵּק בּוֹ יוֹתֵר מִשְּׁאָר זְמַנִּים. וּלְפִי זֶה חַג הַסֻּוכּוֹת שֶׁכֻּולּוֹ חֲסָדִים יֵשׁ כֹּחַ בַּאֲכִילָה שֶׁתִּהְיֶה בּוֹ לְמַתֵּק הפ"ר דִּינִים דמנצפ"ך יוֹתֵר מִשְּׁאָר זְמַן וְלָכֵן סְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁיֹּאכַל אָדָם י"ד סְעוּדוֹת בֶּחָג שֶׁהֵם סְעוּדָה אַחַת בַּיּוֹם שֶׁהוּא חֶסֶד בְּיוֹתֵר כְּדֵי לְמַתֵּק בָּהּ פ"ר דִּינִים דמנצפ"ך הַסְּתוּמוֹת שֶׁהֵם קָשִׁים יוֹתֵר וּסְעוּדָה אַחַת בַּלַּיְלָה כְּדֵי לְמַתֵּק בָּהּ פ"ר דִּינִים דמנצפ"ך הַפְּשׁוּטוֹת שֶׁהֵם אֵין קָשִׁים כָּל כָּךְ אֶלָּא הֵם מְמֻותָּקִים קְצָת מִצֵּידָם וְסָךְ הַכֹּל שֶׁל הַסְּעוּדוֹת הוּא י"ד לִרְמֹוז כִּי הֵם תִּיקּוּן פ"ר דמנצפ"ך שֶׁהֵם גְּלוּיִים בְּחָמֵשׁ אֶצְבְּעוֹת הַיָּד. וְהִנֵּה זֶה הָאַפּוֹטְרוֹפּוֹס יָדַע דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לֵיהּ שֶׁצָּרִיךְ י"ד סְעוּדוֹת אַחַת בַּיּוֹם וְאַחַת בַּלָּיְלָה אַךְ אָמַר זֶה תִּינַח לִשְׁאָר אָדָם שֶׁכָּךְ מִנְהָגָם לֶאֱכֹול כָּל הַיָּמִים אַחַת בַּיּוֹם וְאַחַת בַּלָּיְלָה אַךְ אֲנִי שֶׁדַּרְכִּי בְּכָל הַיָּמִים לֶאֱכֹול סְעוּדָה אַחַת בכ"ד שָׁעוֹת שֶׁל יוֹם וָלַיְלָה מַהוּ שֶׁאֶעֱשֶׂה גַּם בֶּחָג כָּךְ? וְהֵשִׁיב לוֹ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּכָל יוֹם אַף עַל פִּי שֶׁאַתָּה אוֹכֵל סְעוּדָה אַחַת הֵנָּה אַתָּה מַמְשִׁיךְ בָּם כַּמָּה פַּרְפְּרָאוֹת לְעֹונֶג הַגּוּף וְעַכְשָׁיו בֶּחָג שֶׁהוּא זְמַן הַמֻּוצְלָח יוֹתֵר לְמִיתּוּק הַדִּינִים וְהַגְּבוּרוֹת אִי אַתָּה מַמְשִׁיךְ פַּרְפֶּרֶת אַחַת לִכְבוֹד קוֹנֶךָ? קְרָאָהּ 'פַּרְפֶּרֶת' לִרְמֹוז בָּזֶה עַל פ"ר דמנצפ"ך הַפְּתוּחוֹת וְעַל פ"ר דמנצפ"ך הַסְּתוּמוֹת לְתַקְּנָם וּלְמַתֵּק זוֹ בִּסְעוּדַת הַיּוֹם וְזוֹ בִּסְעוּדַת הַלַּיְלָה כָּל אֶחָד לְפִי עֶרְכּוֹ וּמַדְרֵגָתוֹ. וּבָזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד (מְלָכִים ב' ה, יב) 'הֲלֹא טוֹב אֲמָנָה וּפַרְפַּר נַהֲרוֹת דַּמֶּשֶׂק' אָמֵן עַם הַכּוֹלֵל גֵּימַטְרְיָא ק"ב [102] הֵם ק"ב חָרוּבִין הַנִּתְקָנִים עַל יְדֵי אֲכִילָה שֶׁעֲלֵיהֶם נֶאֱמַר בִּסְעוּדַת רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא (תַּעֲנִית כד:) דְּאָמְרָה בַּת קוֹל וַחֲנִינָא בְּנִי דַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת. וּפִרְפֵּר הוּא תִּיקּוּן פ"ר ופ"ר שֶׁל מנצפ"ך הַנִּתְקָנִים גַּם כֵּן עַל יְדֵי אֲכִילָה כָּאָמוּר לְעֵיל. וְאָמַר נְהָרוֹת דַּמֶּשֶׂק אוֹתִיּוֹת שֵׁם ד"ק כִּי בְּכַוָּנַת הָאֲכִילָה יֵשׁ כַּוָּנָה שֶׁל ד"ק שֶׁהוּא מִסְפַּר מִלּוּי שֵׁם ע"ב שֶׁהוּא מו וּמִסְפַּר א"ל הוי"ה שֶׁבַּיְּצִירָה שֶׁהוּא נֹחַ וְהֵם בְּסוֹד מנו"ח וְעוֹלֶה מִסְפָּרָם דַּק וְכַנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַמִּצְוֹת בְּכַוָּנַת הָאֲכִילָה וּנְהָרוֹת לְשׁוֹן אוֹר וְזֶהוּ נְהָרוֹת דַּמֶּשֶׂק רוֹצֶה לוֹמַר הֶאָרוֹת שֵׁם ד"ק שֶׁזֹּאת הַכַּוָּנָה שֶׁבַּאֲכִילָה תּוֹעִיל לְהַצְלִיחַ מְלֶאכֶת הַבֵּירוּר וְהַמִּיתּוּק וְגַם יִהְיֶה עֵזֶר בָּזֶה מִכָּל מֵימֵי יִשְׂרָאֵל תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁנִּמְשְׁלוּ לְמַיִם וְהֵם נָתְנוּ לְיִשְׂרָאֵל דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ד, ב) 'כִּי לֶקַח טוֹב נָתַתִּי לָכֶם תּוֹרָתִי אַל תַּעֲזֹבוּ'.
Chaque jour tu fais suivre bien des parpéraot pour ton propre honneur, et maintenant tu ne ferais pas suivre un seul parpéret pour l'honneur de ton Créateur ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Eliezer a fait allusion, dans le mot parpéret, à une matière profonde. Car il est connu que les lettres MaNTsPaKh (les cinq lettres à forme finale), dont la valeur numérique est PaR (280), sont les 280 dinim (rigueurs). Or elles sont doubles : les formes ouvertes sont 280 dinim adoucis, et les formes fermées sont 280 dinim durs. Et il est connu que les 280 dinim des MaNTsPaKh reçoivent leur adoucissement (mitouk) par l'acte de manger avec la bouche, car la racine de ces MaNTsPaKh est dans la bouche. C'est le sens de ce qu'a dit notre maître le Ari zal à propos du sod (secret) du baiser sur la main : on embrasse avec la bouche afin d'adoucir les MaNTsPaKh, qui se révèlent dans les doigts de la main et dont la racine est dans la bouche. De même donc, par l'acte de manger, qui se fait lui aussi avec la bouche, il y a adoucissement des cinq lettres MaNTsPaKh, qui sont 280 dinim dont la racine est dans la bouche. Et il est connu que la force de l'acte de manger [pour adoucir] varie selon le temps : si le temps est [sous le signe du] 'hessed, il y a en lui plus de force pour adoucir qu'aux autres temps. Selon cela, la fête de Souccot, qui est toute entière hassadim, donne à l'acte de manger qui s'y accomplit une force d'adoucir les 280 dinim des MaNTsPaKh plus qu'en tout autre temps. C'est pourquoi Rabbi Eliezer estime que l'homme doit manger quatorze repas durant la fête : un repas le jour, qui est davantage 'hessed, afin d'y adoucir les 280 dinim des MaNTsPaKh fermés, qui sont les plus durs ; et un repas la nuit, afin d'y adoucir les 280 dinim des MaNTsPaKh simples, qui ne sont pas aussi durs mais sont déjà quelque peu adoucis de leur côté. Et le total des repas est quatorze, pour faire allusion à ce qu'ils sont la réparation (tikoun) des 280 des MaNTsPaKh, qui se révèlent dans les cinq doigts de la main (yad vaut quatorze). Or cet intendant savait que Rabbi Eliezer estimait qu'il faut quatorze repas, un le jour et un la nuit ; mais il dit : cela vaut pour les autres hommes, dont la coutume est ainsi de manger tous les jours un repas le jour et un la nuit ; mais moi, dont l'usage est de manger tous les jours un seul repas dans les vingt-quatre heures du jour et de la nuit, qu'en est-il -- ferai-je de même durant la fête ? Rabbi Eliezer lui répondit : chaque jour, bien que tu ne prennes qu'un seul repas, voici que tu y fais suivre bien des parpéraot pour le plaisir du corps ; et maintenant, durant la fête, qui est le temps le plus propice à l'adoucissement des dinim et des guevourot, tu ne ferais pas suivre un seul parpéret pour l'honneur de ton Créateur ? Il l'a appelé parpéret pour faire allusion par là aux 280 des MaNTsPaKh ouverts et aux 280 des MaNTsPaKh fermés -- pour les réparer et les adoucir, ceux-ci par le repas du jour et ceux-là par le repas de la nuit, chacun selon sa valeur et son degré. Et par là il me semble, avec l'aide du Ciel, [que l'on peut expliquer le verset] (II Rois 5,12) : les fleuves de Damas, Amana et Parpar, ne valent-ils pas mieux [que toutes les eaux d'Israël] ? Amen avec le kolel vaut en guematria 102 (KaV) -- ce sont les 102, le kav de caroubes qui se réparent par l'acte de manger, et dont il est dit à propos du repas de Rabbi Hanina ben Dossa (Taanit 24b) qu'une bat kol déclara : et mon fils Hanina se contente d'un kav de caroubes d'une veille de chabbat à l'autre. Et Parpar est la réparation des 280 et des 280 des MaNTsPaKh, qui sont eux aussi réparés par l'acte de manger, comme il a été dit. Et il dit les fleuves de Damas (Damessek) -- ce sont les lettres du Nom DaK, car dans la kavana (intention) de l'acte de manger il y a une kavana du Nom DaK, lequel est le nombre du remplissage (milouy) du Nom AV, soit MO (46), et le nombre du Nom EL-HaVaYaH de la Yetsira, soit NaH (58) ; ils sont dans le sod de MaNOaH, et leur somme fait DaK (104) -- comme il est mentionné au Chaar ha-Mitsvot à propos de la kavana de l'acte de manger. Et néharot (fleuves) est un langage de lumière (nehora) : ce sont donc les illuminations du Nom DaK, c'est-à-dire que cette kavana dans l'acte de manger servira à faire réussir l'œuvre du berour (tri des étincelles) et du mitouk (adoucissement). Et il y aura en cela une aide venue de toutes les eaux d'Israël -- la Torah écrite et la Torah orale, qui sont comparées à l'eau et qui furent données à Israël, ainsi qu'il est écrit (Michlei 4,2) : car je vous ai donné un bon enseignement, n'abandonnez pas ma Torah.
💡 Explication

Deux questions concrètes viennent tester la position de Rabbi Eliezer, posées par un homme dont la fonction -- apotropos, intendant du roi Agrippas -- explique le train de vie. Sa première question est celle d'un homme qui ne fait qu'un repas par jour : le quota de quatorze est-il un quota de repas ou un quota d'habitude ?

La réponse de Rabbi Eliezer ne discute pas le nombre, elle déplace le terrain sur le kavod. Tu prolonges déjà chaque repas de parpéraot -- ces entremets qui, dit Rachi, ouvrent l'appétit et attirent le cœur vers le pain -- et tu le fais pour ton propre agrément. Le Hag te demande un seul de ces prolongements pour l'honneur de ton Créateur.

Tossefot, au segment précédent, faisait de cette réponse son argument décisif : Rabbi Eliezer refuse ici la dispense, donc il n'a jamais abandonné le compte des quatorze. Le Ben Yehoyada, lui, lit le mot parpéret comme une allusion chiffrée -- PaR vaut 280, le nombre des dinim attachés aux lettres finales MaNTsPaKh -- et fait des deux repas quotidiens deux opérations d'adoucissement, l'une pour les formes fermées, l'autre pour les ouvertes.

13
וְעוֹד שָׁאֲלוּ: כְּגוֹן אֲנִי שֶׁיֵּשׁ לִי שְׁתֵּי נָשִׁים, אַחַת בִּטְבֶרְיָא וְאַחַת בְּצִיפּוֹרִי, וְיֵשׁ לִי שְׁתֵּי סֻוכּוֹת אַחַת בִּטְבֶרְיָא וְאַחַת בְּצִיפּוֹרִי, מַהוּ שֶׁאֵצֵא מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה וְאֶפָּטֵר? אָמַר לוֹ: לֹא! שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: כָּל הַיּוֹצֵא מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה בִּטֵּל מִצְוָתָהּ שֶׁל רִאשׁוֹנָה.

Et il l'interrogea encore : dans un cas comme le mien, qui ai deux femmes, l'une à Tibériade et l'autre à Tsippori, et qui ai deux soukot, l'une à Tibériade et l'autre à Tsippori, qu'en est-il -- puis-je sortir d'une souka vers une [autre] souka et en être quitte ? Il lui dit : non !

Car je dis : quiconque sort d'une souka vers une [autre] souka a annulé la mitsva de la première.

📜 Rachi (2)
מַהוּ שֶׁאֵצֵא מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה לֶאֱכֹול וְלִישֹׁן הַיּוֹם בְּזוֹ וּלְמָחָר בְּזוֹ:
Puis-je sortir d'une souka vers une souka -- pour manger et dormir aujourd hui dans celle-ci et demain dans celle-là.
בִּיטֵּל מִצְוָתָהּ שֶׁל רִאשׁוֹנָה אַפֵּי' יָמִים שֶׁעָבְרוּ עָלָיו כְּבָר אִיבְּדָן לְמַפְרֵעַ וְאֵינוֹ מִצְוָה כִּדְיָלֵיף לְקַמָּן שֶׁצָּרִיךְ לֵישֵׁב כָּל ז' בְּסֻוכָּה אַחַת:
Il a annulé la mitsva de la première -- même les jours qui se sont déjà écoulés pour lui, il les a perdus rétroactivement et ce n'est plus une mitsva ; comme on le déduira plus loin, il faut siéger les sept jours dans une seule souka.
💡 Explication

Seconde question de l'intendant, et elle est d'un autre ordre : elle ne porte plus sur le nombre de repas mais sur l unité du lieu. Deux maisons, deux femmes, deux soukot : peut-on répartir les sept jours ?

La réponse de Rabbi Eliezer est plus sévère que ne l'exigeait la question. Il ne dit pas que les jours passés ailleurs ne comptent pas ; il dit que sortir annule la mitsva de la première souka. Rachi insiste sur la portée rétroactive : les jours déjà accomplis sont perdus à rebours.

Le principe sous-jacent, que la Guemara établira plus loin, est que la souka de la fête est une souka -- téchvou ke-ein tadûrou joue ici encore, mais du côté du lieu : on n'habite pas dans deux maisons à la fois.

🖼️ Schéma
Deux villes, deux soukot : peut-on partager les sept jours ? La question de l'intendant d'Agrippas, et la réponse rétroactive de Rabbi Eliezer Souka de Tibériade Première femme Jours 1 à 3, par exemple Souka de Tsippori Seconde femme Jours 4 à 7, par exemple Réponse de Rabbi Eliezer : non Kol ha-yotse mi-souka le-souka bitel mitsvata chel richona -- quiconque sort d'une souka vers une autre a annulé la mitsva de la première. Rachi : la sanction est rétroactive Même les jours déjà passés dans la première souka sont perdus, rétroactivement : ce n'était pas une mitsva. Car il faut siéger les sept jours dans une seule souka -- la Guemara le déduira plus loin.
Partager les sept jours entre deux soukot : la réponse de Rabbi Eliezer ne se contente pas d'interdire, elle annule ce qui a déjà été fait.
14
תַּנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר:

Il est enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer dit :

💡 Explication

Le folio se ferme sur une amorce. La baraita citée ici développera, au début de 27b, la position de Rabbi Eliezer sur l'unité de la souka -- et fournira le verset qui manque encore à la réponse donnée à l'intendant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).