Sukkah 27b — Une souka apte à sept jours : changer de souka, bâtir à hol ha-moed, s'acquitter avec celle d'autrui, et le drap que Rabbi Eliezer n'a pas voulu permettre

Sukkah 27b

Sougya : Le amoud s'ouvre sur une michna de Rabbi Eliezer qui interdit deux choses : passer d'une souka a une autre pendant la fête, et construire une souka a hol ha-moed quand on ne s'est pas assis dans la sienne le premier jour. Les Sages permettent les deux.

Tout tient à la place d'un mot : taasse lekha chivat yamim -- pour Rabbi Eliezer, sept jours qualifie la souka, qui doit être apte à servir toute la fête ; pour les Sages, il qualifie le temps où l'obligation reste ouverte. Tous s'accordent pourtant sur la souka tombée, que l'on rebâtit : Rachi la nomme le tachloumin de la première, et Tossefot signale une version qui fonde l'identité sur les bois eux-mêmes.

Vient ensuite la question de la propriété : Rabbi Eliezer transpose à la souka le régime du loulav -- lakhem, de ce qui est à vous, donc lekha, de ce qui est à toi -- tandis que les Sages opposent kol ha-ezrah, dont Rachi tire un calcul : tout Israël dans une seule souka ou nul n'aurait une perouta de part, donc l'emprunt est valable. Chaque camp doit alors caser le mot que l'autre utilise : lekha n'exclut plus que la souka volée, et kol ha-ezrah sert au converti et au mineur devenus majeurs pendant la fête.

Le folio bascule enfin dans le récit. Rabbi Ilai vient saluer son maître et s'entend répondre par l'éloge des paresseux, ce qui oblige la Guemara à concilier avec l'obligation d'aller saluer son maître à la fête -- résolue par le fait de rentrer ou non le soir.

Puis le grand récit du drap : dans la souka de Yo'hanan ben Ilai, le soleil avance en trois temps, la même question revient deux fois, et Rabbi Eliezer répond deux fois à côté avant de sortir sans rien permettre. Non par dérobade : il ne disait jamais ce qu'il n'avait pas entendu de son maître.

La Guemara redate alors la scène -- autre fête, et même un chabbat -- puis veut déduire sa position du pékak ha-halon, où il interdit déjà d'ajouter à une tente provisoire.

Le fil du folio : une souka apte à sept jours, puis une souka qui doit être la tienne Quatorze segments. Une michna, deux derachot croisées, puis deux récits sur Rabbi Eliezer qui ferment le amoud Segments 0 à 2 -- la michna et sa raison Rabbi Eliezer : on ne sort pas d'une souka pour une autre, et on ne construit pas de souka a hol ha-moed. Les Sages permettent les deux. Sa raison : taasse lekha chivat yamim -- fais une souka apte à sept jours. Les Sages lisent : fais une souka pendant la fête. Accord unanime : si elle est tombée, on la rebâtit -- ce n'est pas une autre souka, c'est le tachloumin de la première. Segments 3 à 6 -- la souka doit-elle t appartenir ? Deux mots du verset, quatre emplois Rabbi Eliezer : comme le loulav se prend lakhem, de ce qui est à vous, la souka se fait lekha, de ce qui est à toi. Les Sages : kol ha-ezrah -- tout Israël tient dans une seule souka, donc l'emprunt est valable. Alors lekha, pour eux, exclut seulement la souka volée ; et kol ha-ezrah, pour Rabbi Eliezer, vise le converti et le mineur devenu majeur. Chaque camp doit trouver un emploi aux deux mots : c'est la mécanique même de la sougya. Segments 7 à 8 -- premier récit : Rabbi Ilai vient saluer son maître Rabbi Eliezer le renvoie : je fais l'éloge des paresseux, qui ne sortent pas de chez eux pendant la fête -- tu te réjouiras, toi et ta maison. Contradiction : Rabbi Yitshak apprend du verset de la Chounamite qu'on doit saluer son maître à la fête. Résolution : va et revient dans la journée -- obligatoire ; part et ne revient pas le soir -- il abandonne la joie de sa femme. Segments 9 à 10 -- second récit : le soleil, le drap, et la question sans réponse Dans la souka de Yo'hanan ben Ilai, le soleil avance. Deux fois la même question : puis-je étendre un drap ? Deux fois Rabbi Eliezer répond à côté : il n'est pas de tribu qui n'ait donné un juge, pas de tribu qui n'ait donné des prophètes. Quand le soleil atteint ses pieds, Yo'hanan étend le drap. Rabbi Eliezer sort. Non pour esquiver : il ne dit jamais ce qu'il n'a pas entendu de son maître. Segments 11 à 13 -- la Guemara redate le récit, puis veut trancher malgré lui Autre fête, donc ; et même un chabbat. Alors pourquoi ne pas déduire sa position du pékak ha-halon, où il interdit déjà d'ajouter à une tente provisoire ?
Le fil du folio : de la michna sur la souka apte à sept jours jusqu au drap que Rabbi Eliezer refuse de permettre.
La carte de la mahloket : trois désaccords, un seul point d'accord Tout dépend d'une question unique : la mitsva porte-t-elle sur une souka précise, ou sur le fait d'être dans une souka ? Rabbi Eliezer Les Sages (Hakhamim) 1. Peut-on passer d'une souka a une autre pendant la fête ? Non. Ni manger dans l'une et dormir dans l'autre, ni être aujourd hui dans l'une et demain dans l'autre. Il faut une souka qui tienne les sept jours. Oui. La mitsva est d'être dans une souka, pas dans cette souka-là. Chaque jour est une occasion neuve. 2. Peut-on bâtir une souka pendant hol ha-moed ? Non, pour celui qui n'a pas siégé le premier jour. Elle ne sera plus une souka apte à sept jours. Verset : taasse lekha chivat yamim. Oui. Le même verset dit seulement : fais une souka pendant la fête. L'obligation court sur les sept jours. 3. S'acquitte-t-on avec la souka d'autrui ? Non : lekha, de ce qui est à toi -- comme le loulav. Ni volée ni empruntée. Tossefot s'en étonne : deux personnes ne pourraient alors jamais s'asseoir dans la même souka. Oui : kol ha-ezrah -- tout Israël tient dans une souka. Donc l'emprunt est valable. lekha ne sert plus qu'à exclure la souka volée. Le point d'accord : si elle est tombée, tous permettent de la rebâtir à hol ha-moed Rachi : puisqu'il y a déjà siégé le premier jour, la seconde n'est pas une autre souka -- elle est le tachloumin de la première.
Rabbi Eliezer contre les Sages : trois désaccords qui découlent d une seule question -- la mitsva porte-t-elle sur une souka précise ?
Deux mots, quatre cases : comment chaque camp doit caser lekha et kol ha-ezrah Règle de lecture du Talmud : aucun mot du verset ne reste sans emploi -- celui qui refuse une deracha en doit une autre lekha -- tu feras POUR TOI kol ha-ezrah -- TOUT indigène Rabbi Eliezer La souka doit t appartenir : ni volée, ni empruntée Emploi principal Elle doit être à toi, comme le loulav est lakhem, de ce qui est à vous. Exclut aussi le vol et l'emprunt. Emploi de secours Le converti converti pendant la fête et le mineur devenu majeur pendant la fête sont inclus dans la mitsva. Les Sages La souka empruntée est valable Emploi réduit Il n'exclut plus que la souka volée. Pour l'empruntée, kol ha-ezrah a déjà tranché en sens inverse. Emploi principal Tout Israël est apte à une seule souka. Nul n'y aurait une perouta de part : c'est donc bien par emprunt. Ce que le converti et le mineur n'ont pas besoin d'apprendre, selon les Sages Puisque les Sages permettent déjà de construire une souka a hol ha-moed à celui qui était tenu depuis le début et ne l'a pas faite, le cas du converti et du mineur -- qui, eux, n'étaient pas encore tenus -- s'obtient à plus forte raison (kal va-homer). Rachi : chez Rabbi Eliezer c'est l'inverse -- lui interdit le bâtisseur tardif, donc il lui faut un verset exprès pour le converti et le mineur. Nafka mina : deux hommes dans un même cas de fait reçoivent deux statuts opposés selon la position adoptée sur hol ha-moed.
Le tableau des derachot : chaque camp doit trouver un emploi à lekha et à kol ha-ezrah, et l un des deux emplois est toujours de secours.
1
אֵין יוֹצְאִין מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה, וְאֵין עוֹשִׂין סֻוכָּה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יוֹצְאִין מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה, וְעוֹשִׂין סֻוכָּה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד. וְשָׁוִין, שֶׁאִם נָפְלָה, שֶׁחוֹזֵר וּבוֹנָהּ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד.

MICHNA. On ne sort pas d'une souka pour [aller dans] une autre souka, et on ne construit pas de souka pendant hol ha-moed (les jours intermédiaires de la fête).

Et les Sages disent : on sort d'une souka pour une autre souka, et on construit une souka pendant hol ha-moed. Et ils s'accordent [tous] sur le fait que, si elle est tombée, on la reconstruit pendant hol ha-moed.

📜 Rachi (2)
אֵין יוֹצְאִין מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה לֶאֱכֹול בְּזוֹ וְלִישֹׁן בְּזוֹ אוֹ הַיּוֹם בְּזוֹ וּמָחָר בְּזוֹ:
On ne sort pas d'une souka pour une autre souka -- [c'est-à-dire] manger dans celle-ci et dormir dans celle-là, ou bien [se tenir] aujourd hui dans celle-ci et demain dans celle-là.
וְאֵין עוֹשִׂין סֻוכָּה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד מִי שֶׁלֹּא יֵשֵׁב בַּסֻּוכָּה י"ט הָרִאשׁוֹן:
Et on ne construit pas de souka pendant hol ha-moed -- [cela vise] celui qui ne s'est pas assis dans une souka le premier jour de fête.
💡 Explication

Nouvelle michna, deux interdits chez Rabbi Eliezer. Le premier semble étrange au premier abord : quel mal y a-t-il à manger dans une souka et à dormir dans une autre ? Rachi précise justement le sens de sortir d'une souka pour une autre : il ne s'agit pas d'abandonner la mitsva, mais de la répartir sur deux soukot licites.

Le second interdit vise un cas précis, et Rachi ne laisse aucun doute : celui qui ne s'est pas assis dans une souka le premier jour de fête. Non pas n'importe quelle construction pendant hol ha-moed -- celui qui a bien commencé la fête dans sa souka peut évidemment y toucher -- mais le retardataire qui voudrait rattraper.

Les Sages permettent les deux, et tous s'accordent sur un troisième cas : la souka tombée se rebâtit. Ce point d'accord sera examiné au segment 2, car il n'est pas aussi évident qu'il en a l'air.

2
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר? אֲמַר קְרָא: ״חַג הַסֻּוכֹּות תַּעֲשֶׂה לְךָ שִׁבְעַת יָמִים״, עֲשֵׂה סֻוכָּה הָרְאוּיָה לְשִׁבְעָה. וְרַבָּנָן? הָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא: עֲשֵׂה סֻוכָּה בֶּחָג.

Quelle est la raison de Rabbi Eliezer ? Le verset dit : la fête des Soukot, tu feras pour toi, sept jours (Devarim 16,13) -- fais une souka apte à [servir] sept [jours].

Et les Sages ? Voici ce que dit le Miséricordieux : fais une souka pendant la fête.

📜 Rachi (1)
עָשָׂה סֻוכָּה לְשֵׁם חַג שֶׁל שְׂבֵעַת הַיָּמִים שָׁמְעַת מִינָּהּ דְּאֵין עוֹשִׂין סֻוכָּה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד דְּאֵינָהּ לְשִׁבְעָה וְשָׁמְעִינַן מִינָּהּ דְּאֵין יוֹצְאִין מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה דְּאִם כֵּן לָאו סֻוכָּה לְשִׁבְעָה הִיא:
Fais une souka en vue de la fête des sept jours -- tu en déduis qu'on ne construit pas de souka pendant hol ha-moed, car elle n'est pas [apte] à sept [jours] ; et nous en déduisons aussi qu'on ne sort pas d'une souka pour une autre souka, car s'il en était ainsi, ce ne serait pas une souka de sept jours.
💡 Explication

Toute la michna tient dans la place d'un mot. Le verset dit hag ha-soukot taasse lekha chivat yamim, la fête des Soukot tu feras pour toi sept jours -- mais à quoi se rattache sept jours ?

Rabbi Eliezer le rattache à l'objet : fais une souka apte à sept jours. C'est un cahier des charges. Une souka qui ne pourra pas servir les sept jours n'est pas la souka que la Torah demande -- d'où l'interdiction d'en bâtir une à hol ha-moed, et d'où aussi l'interdiction d'en changer, puisqu'alors aucune des deux n'aura fait les sept jours.

Les Sages le rattachent au temps : fais une souka pendant la fête. Le verset ne décrit alors plus l'objet mais la fenêtre de l'obligation, laquelle reste ouverte sept jours durant. Rachi le souligne bien : chez Rabbi Eliezer, les deux clauses de la michna ne sont pas deux règles mais une seule, vue deux fois.

🖼️ Schéma
Un seul verset, deux découpages : où se rattache le mot chivat yamim ? hag ha-soukot taasse lekha chivat yamim (Devarim 16,13) La fête des Soukot -- tu feras pour toi -- sept jours Rabbi Eliezer : sept jours qualifie la SOUKA Fais une souka apte à servir sept jours. Conséquence 1 : rien de neuf à hol ha-moed -- une souka bâtie le troisième jour n'en tiendra que cinq. Conséquence 2 : on ne change pas de souka -- sinon aucune des deux n'aura servi sept jours. Les Sages : sept jours qualifie le TEMPS Fais une souka pendant la fête. Le verset donne la fenêtre de l'obligation, pas un cahier des charges de la souka. Conséquence : elle reste ouverte les sept jours -- donc on bâtit encore, et on peut changer. Ce que Rachi souligne Les deux clauses de la michna de Rabbi Eliezer ne sont pas deux règles : c'est une seule règle vue deux fois. Bâtir tard et changer de souka sont un même défaut -- dans les deux cas, il manque des jours à la souka.
Un même verset, deux découpages : chivat yamim qualifie-t-il la souka a construire, ou la période pendant laquelle on la construit ?
3
וְשָׁוִין שֶׁאִם נָפְלָה, שֶׁחוֹזֵר וּבוֹנֶה אוֹתָהּ בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד. פְּשִׁיטָא? מַהוּ דְּתֵימָא הַאי אַחֲרִיתִי הִיא וְאֵינָהּ לְשִׁבְעָה, קָא מַשְׁמָע לַן.

[La michna enseigne :] et ils s'accordent que si elle est tombée, il la reconstruit pendant hol ha-moed. C'est évident !

[Non :] tu aurais pu dire que celle-ci est une autre [souka] et qu'elle n'est pas [apte] à sept [jours] -- il nous l'enseigne [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (2)
פְּשִׁיטָא דְּהָא סֻוכַּת שִׁבְעָה הִיא:
C'est évident -- car c'est bien une souka de sept [jours].
מַהוּ דְּתֵימָא הַאי אַחֲרִיתִי הִיא וְאֵינָהּ לְשִׁבְעָה קמ"ל הוֹאִיל וְיָשַׁב בָּהּ בי"ט וְזוֹ לְהַשְׁלִים הִיא סֻוכַּת שִׁבְעָה קָרֵינָא בֵיהּ שֶׁתַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹנָה הִיא:
Tu aurais pu dire que celle-ci est une autre et qu'elle n'est pas [apte] à sept -- il nous l'enseigne : puisqu'il s'y est assis le jour de fête et que celle-ci vient compléter, nous l'appelons une souka de sept jours, car elle est le rattrapage (tachloumin) de la première.
🗂️ Tossefot (1)
מַהוּ דְתֵימָא כֵּיוָן דְּנָפְלָה אַחֲרִיתִי הִיא. יֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן קמ"ל כֵּיוָן (דִּבְדִידִי') קָעֲבִיד אִיהִי הִיא מַשְׁמַע לְפִי שֶׁבּוֹנֶה אוֹתָהּ בְּאוֹתָן עֵצִים:
Tu aurais pu dire que, puisqu'elle est tombée, c'est une autre. Il y a des livres où il est écrit : il nous l'enseigne -- puisqu'il la refait avec les siens [c'est-à-dire avec ses propres matériaux], c'est bien la même. Cela signifie [qu'il en est ainsi] parce qu'il la reconstruit avec ces mêmes bois.
💡 Explication

La Guemara pose son pchita habituel : pourquoi énoncer un cas dont la réponse va de soi ? Sa première lecture est simple -- cette souka avait bien été faite pour les sept jours, sa chute est un accident.

Mais la hava amina est réelle. Si l'on suit Rabbi Eliezer jusqu'au bout, ce qui compte n'est pas l'intention initiale mais le fait : la souka rebâtie le troisième jour ne servira que cinq jours, elle est aharitî, une autre. On aurait donc pu penser qu'il l'interdit.

Rachi donne la clé avec un mot du vocabulaire des sacrifices : la seconde souka est le tachloumin de la première, son achèvement. Puisqu'il a déjà siégé le premier jour, la séquence est ouverte et la reconstruction ne fait que la compléter. Tossefot signale une variante de texte qui va plus loin encore : c'est la même souka parce qu'il la rebâtit avec les mêmes bois -- l'identité matérielle vaut alors continuité.

🖼️ Schéma
La souka tombée : pourquoi le cas n'allait pas de soi La Guemara demande pchita -- c'est évident ! -- et doit répondre que non Jour 1 Souka bâtie avant la fête, il y siège le premier jour. Jour 3 : elle tombe La continuité est rompue -- c'est là tout le problème. Il la rebâtit Tous d'accord : c'est permis, même selon Rabbi Eliezer. Hava amina : c'est une AUTRE souka Celle-ci commence au troisième jour : elle ne servira que cinq jours. Selon Rabbi Eliezer, ce n'est donc pas une souka apte à sept -- elle serait interdite. Cette lecture est écartée. Maskana : c'est la MÊME souka, achevée Rachi : puisqu'il y a siégé le premier jour, la seconde vient compléter la première -- elle en est le tachloumin, le rattrapage. Tossefot ajoute une variante de texte : c'est la même, car il la rebâtit avec les mêmes bois.
Le cas de la souka tombée : la Guemara commence par le juger évident, puis montre qu'il fallait bien l'enseigner.
4
תַּנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁאֵין אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג בְּלוּלָבוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, דִּכְתִיב: ״וּלְקַחְתֶּם לָכֶם בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן פְּרִי עֵץ הָדָר כַּפֹּות תְּמָרִים״ — מִשֶּׁלָּכֶם, כָּךְ אֵין אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּסֻוכָּתוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, דִּכְתִיב: ״חַג הַסֻּוכֹּות תַּעֲשֶׂה לְךָ שִׁבְעַת יָמִים״ — מִשֶּׁלְּךָ.

Il est enseigné [dans une baraita] : Rabbi Eliezer dit -- de même qu'un homme ne s'acquitte pas de son obligation, le premier jour de fête du Hag, avec le loulav de son compagnon, ainsi qu'il est écrit : vous prendrez pour vous, le premier jour, le fruit de l'arbre magnifique, des branches de palmier (Vayikra 23,40) -- de ce qui est à vous -- de même un homme ne s'acquitte pas de son obligation avec la souka de son compagnon, ainsi qu'il est écrit : la fête des Soukot, tu feras pour toi, sept jours (Devarim 16,13) -- de ce qui est à toi.

📜 Rachi (1)
לָכֶם מִשֶּׁלָּכֶם לְהוֹצִיא אֶת הַגָּזוּל וְאֶת הַשָּׁאוּל:
Lakhem, de ce qui est à vous -- pour exclure [ce qui est] volé et [ce qui est] emprunté.
💡 Explication

Rabbi Eliezer construit ici un raisonnement par parallèle entre deux mitsvot du même jour. Le loulav se prend lakhem, pour vous ; la souka se fait lekha, pour toi. Même structure grammaticale, donc même exigence : l'objet de la mitsva doit t appartenir.

Rachi précise l'étendue de l'exclusion pour le loulav, et c'est un point technique important : lakhem écarte non seulement l'objet volé mais aussi l'objet emprunté. Le vol se comprend de soi -- une mitsva ne se bâtit pas sur un interdit. L'emprunt, lui, est licite ; s'il est écarté, c'est purement parce que la Torah exige la propriété.

Le désaccord des Sages, au segment suivant, ne portera donc pas sur le principe mais sur la question de savoir si la souka suit vraiment le régime du loulav.

5
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ אֵין אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן בְּלוּלָבוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, אֲבָל יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּסֻוכָּתוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, דִּכְתִיב: ״כָּל הָאֶזְרָח בְּיִשְׂרָאֵל יֵשְׁבוּ בַּסֻּוכֹּות״, מְלַמֵּד שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל רְאוּיִם לֵישֵׁב בְּסֻוכָּה אַחַת.

Et les Sages disent : bien qu'ils aient dit qu'un homme ne s'acquitte pas de son obligation, le premier jour de fête, avec le loulav de son compagnon, il s'acquitte pourtant de son obligation avec la souka de son compagnon, ainsi qu'il est écrit : tout indigène en Israël demeurera dans des soukot (Vayikra 23,42) -- cela enseigne que tout Israël est apte à demeurer dans une seule souka.

📜 Rachi (1)
כָּל הָאֶזְרָח יֵשְׁבוּ בְּסֻוכּוֹת כְּתִיב דְּמַשְׁמַע סֻוכָּה אַחַת לְכָל יִשְׂרָאֵל שֶׁיֵּשְׁבוּ בָּהּ זֶה אַחַר זֶה וְאִי אֶפְשָׁר שֶׁיְּהֵא לְכֻולָּן דְּלָא מָטֵי שָׁוֶה פְּרוּטָה לְכָל חַד אֶלָּא ע"י שְׁאֵלָה:
Il est écrit : tout indigène demeurera dans des soukot -- ce qui signifie une seule souka pour tout Israël, où ils demeureraient les uns après les autres. Or il est impossible qu'elle soit à eux tous, car la valeur d'une perouta n'en revient pas à chacun : ce n'est donc que par emprunt (chee'la).
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הָאֶזְרָח בְּיִשְׂרָאֵל יֵשְׁבוּ בַּסֻּוכֹּות. מַשְׁמַע סֻוכָּה אַחַת לְכָל יִשְׂרָאֵל שֶׁיֵּשְׁבוּ בָּהּ זֶה אַחַר זֶה וְאִי אֶפְשָׁר שֶׁתְּהֵא שֶׁל כֻּולָּם דְּלָא מָטֵי שָׁוֶה פְּרוּטָה לְכָל אֶחָד אֶלָּא עַל יְדֵי שְׁאֵלָה כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' וְעַל חִנָּם דָּחַק דְּכֵיוָן דְּכָתַב לְךָ לִמְעוּטֵי דְּשֻׁותָּפִין מַשְׁמַע כִּדְמוֹכַח בְּרֵאשִׁית הַגֵּז (חֻולִּין דַּף קלו.) גַּבֵּי תְּרוּמָה וְחַלָּה וּפֵאָה וְטוּבָא דְּקָא חֲשִׁיב הָתָם וְאַפֵּי' אֶתְרוֹג נָמֵי דִּכְתִיב בֵּיהּ לָכֶם לְשׁוֹן רַבִּים אָמְרִינַן בְּיֵשׁ נוֹחֲלִין (ב"ב דַּף קלז:) הָאַחִין שֶׁקָּנוּ אֶתְרוֹג בִּתְפִיסַת הַבַּיִת וְנוֹטְלוֹ אֶחָד מֵהֶם וְיוֹצֵא בּוֹ אִם יָכוֹל לְאָכְלוֹ כְּגוֹן דְּאִיכָּא אֶתְרוֹג כַּיּוֹצֵא בוֹ לְכָל חַד וְחַד יָצָא וְאִם לָאו לֹא יָצָא דְּלָכֶם מַשְׁמַע שֶׁיְּהֵא כֻּולּוֹ שֶׁלּוֹ וְלֹא מִקְצָתוֹ וְלָא דָּמֵי לְבִגְדֵיכֶם וַעֲרִיסוֹתֵיכֶם וּתְרוּמוֹתֵיכֶם דְּפֶרֶק רֵאשִׁית הַגֵּז (חֻולִּין דַּף קלו.) דְּשֶׁל שֻׁותָּפִין בִּכְלַל וְהָא דִּכְתִיב לָכֶם לְשׁוֹן רַבִּים מִשּׁוּם דְּאִיבְּעִי לֵיהּ לְמִיכְתַּב וּלְקַחְתֶּם לְשׁוֹן רַבִּים דְּדָרְשִׁינַן פֶּרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (לְקַמָּן סֻוכָּה דַּף מג.) שֶׁתְּהֵא לְקִיחָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד (וּמִרַבֵּינַן) סֻוכָּה אַחַת לְכָל יִשְׂרָאֵל שְׁמַע מִינָּה דְּלָא דָּרְשִׁי לְךָ לִמְעוּטֵי שְׁאוּלָה וּמוֹקְמִי לֵיהּ לְמַעוּטֵי גְּזוּלָה וּמִיהוּ קָשֶׁה הָא גַּבֵּי צִיצִית מִרַבֵּינַן דְּשֻׁותָּפִין מִדִּכְתִיב בִּגְדֵיהֶם וּמְמַעֲטִינַן שְׁאוּלָה מִדִּכְתִיב כְּסוּתְךָ בְּפָ' רֵאשִׁית הַגֵּז (חֻולִּין דַּף קלו.) וא"כ הָכָא נָמֵי נִידְרֹושׁ הָכִי וּלְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס נִיחָא דְּעַל כָּרְחֲךָ יוֹצְאִין בִּשְׁאוּלָה מִדְּמִרַבֵּינַן סֻוכָּה אַחַת לְכָל יִשְׂרָאֵל וְתֵימַהּ דִּלֵּר' אֱלִיעֶזֶר דְּבָעֵי סֻוכָּה שֶׁלָּכֶם אֵין שְׁנַיִם יוֹצְאִין בְּסֻוכָּה א' לְעוֹלָם וִיהֵא צָרִיךְ לְכָל בְּנֵי הַבַּיִת סֻוכָּה לְכָל אֶחָד וְא' וְשֶׁמָּא הֲוָה מֵרַבִּי מִדִּכְתִיב תֵּשְׁבוּ כְּעֵין תָּדוּרוּ (שֻׁותָּפִין) שֶׁיְּכוֹלִים לֵישֵׁב יַחַד בְּסֻוכָּה אַחַת וּמַה שֶׁנָּהֲגוּ כָּל הַקָּהָל לִקְנוֹת אֶתְרוֹג בְּשֻׁותָּפוּת לָצֵאת בּוֹ דַּעְתָּן לְהַקְנוֹת כָּל א' חֶלְקוֹ לַחֲבֵירוֹ בְּשָׁעָה שֶׁהוּא מְבָרֵךְ עַל מְנָת לְהַחֲזִיר דְּבִשְׁבִיל שֶׁנִּשְׁתַּתֵּף בּוֹ לָא גָּרַע מִמַּתָּנָה עַל מְנָת לְהַחֲזִיר דִּשְׁמָהּ מַתָּנָה:
Tout indigène en Israël demeurera dans des soukot. Cela signifie une seule souka pour tout Israël, où ils demeureraient les uns après les autres ; et il est impossible qu'elle soit à eux tous, car la valeur d'une perouta n'en revient pas à chacun -- ce n'est donc que par emprunt. Ainsi a expliqué le Kountress (Rachi). Mais il s'est donné cette peine pour rien : puisqu'il est écrit lekha, cela signifie déjà que l'on exclut ce qui appartient à des associés (choutafin), comme le prouve le chapitre Rechit ha-guez (Houlin 136a) à propos de la terouma, de la halla, de la pea et des nombreux cas qu'on y énumère. Et même pour le etrog, où il est écrit lakhem au pluriel, nous disons au chapitre Yech nohalin (Baba Batra 137b) : des frères qui ont acheté un etrog sur le fonds commun de la maison, et dont l'un le prend pour s'en acquitter -- s'il peut le manger, par exemple s'il se trouve un etrog semblable pour chacun d'eux, il est quitte ; sinon il n'est pas quitte, car lakhem signifie qu'il soit entièrement à lui et non en partie. Et cela ne ressemble pas à bigdéikhem (vos vêtements), arissoteikhem (vos pétrins) et teroumotéikhem (vos teroumot) du chapitre Rechit ha-guez (Houlin 136a), où ce qui appartient à des associés est inclus. Et si lakhem y est écrit au pluriel, c'est parce qu'il fallait écrire ou-lekahtem au pluriel, dont nous dérivons au chapitre Loulav ve-arava (plus loin, Souka 43a) qu'il doit y avoir une prise pour chacun. [Or ici] nous incluons une seule souka pour tout Israël : on en déduit qu'ils n'interprètent pas lekha comme excluant la souka empruntée, mais qu'ils l'appliquent à exclure la souka volée. Toutefois il y a une difficulté : à propos des tsitsit, nous incluons ce qui appartient à des associés à partir de bigdeihem (leurs vêtements), et nous excluons ce qui est emprunté à partir de kessoutékha (ton vêtement), au chapitre Rechit ha-guez (Houlin 136a) ; s'il en est ainsi, ici aussi nous devrions interpréter de la sorte. Et selon l'explication du Kountress cela se comprend bien : forcément on s'acquitte avec une souka empruntée, puisque nous incluons une seule souka pour tout Israël. Et il y a lieu de s'étonner : selon Rabbi Eliezer, qui exige une souka qui soit à vous, jamais deux personnes ne pourraient s'acquitter dans une même souka, et il faudrait à chaque membre de la maisonnée une souka pour lui seul ! Peut-être inclut-il [les associés] à partir de ce qui est écrit téchvou ke-ein tadurou -- [de sorte] qu'ils puissent s'asseoir ensemble dans une seule souka. Quant à l'usage de toute la communauté d'acheter un etrog en association pour s'en acquitter : leur intention est que chacun transmette sa part à son compagnon au moment où celui-ci récite la bénédiction, à charge de la lui rendre (al menat le-hahzir) ; car le fait de s'y être associé ne vaut pas moins qu'un don à charge de restitution, qui est bien un don.
💡 Explication

Les Sages ne contestent pas le régime du loulav : sur lui, ils sont d'accord avec Rabbi Eliezer. Ils refusent seulement le transfert à la souka, et ils opposent un verset à un verset. Kol ha-ezrah be-Israël yéchvou ba-soukot -- tout indigène en Israël demeurera dans des soukot.

Le raisonnement, que Rachi déploie, est arithmétique. Le verset envisage une seule souka pour tout Israël, où l'on entrerait les uns après les autres. Or une souka divisée entre tout Israël ne donnerait à personne une part valant une perouta : nul ne peut donc y être propriétaire, même partiellement. Si le verset l'envisage quand même, c'est que la souka empruntée est valable.

Tossefot juge le détour inutile et propose une voie plus directe -- lekha exclut déjà les associés, comme partout ailleurs -- puis se heurte à la comparaison avec les tsitsit, où l'écriture distingue justement associés et emprunt. Il finit par reconnaître que la lecture de Rachi tient mieux, et pose alors sa vraie difficulté : chez Rabbi Eliezer, deux personnes ne pourraient jamais s'asseoir dans une même souka. Sa réponse : téchvou ke-ein tadurou, on habite la souka comme sa maison -- et une maison s'habite à plusieurs.

6
וְרַבָּנָן, הַאי ״לְךָ״, מַאי דָּרְשִׁי בֵּיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמַעוֹטֵי גְּזוּלָה, אֲבָל שְׁאוּלָה כְּתִיב: ״כָּל הָאֶזְרָח״.

Et les Sages, ce mot lekha (pour toi), qu'en dérivent-ils ? Il leur est nécessaire pour exclure [la souka] volée ; mais quant à [la souka] empruntée, il est écrit : tout indigène.

💡 Explication

Règle de lecture constante du Talmud : aucun mot du verset ne reste sans emploi. Les Sages viennent de refuser la deracha de Rabbi Eliezer sur lekha ; il leur faut donc lui trouver un autre usage.

Leur réponse découpe l'exclusion en deux. Ce que Rachi réunissait chez Rabbi Eliezer -- volé et emprunté -- les Sages le séparent : lekha n'exclut plus que la souka volée ; pour l'empruntée, kol ha-ezrah a déjà tranché en sens inverse. Deux versets se répartissent donc le travail au lieu d'un seul.

7
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, הַאי ״כָּל הָאֶזְרָח״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְגֵר שֶׁנִּתְגַּייֵּר בֵּינְתַיִם וְקָטָן שֶׁנִּתְגַּדֵּל בֵּינְתַיִם. וְרַבָּנָן? כֵּיוָן שֶׁאָמְרוּ: עוֹשִׂין סֻוכָּה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד, לָא אִצְטְרִיךְ קְרָא.

Et Rabbi Eliezer, ce kol ha-ezrah (tout indigène), qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour le converti qui s'est converti entre-temps et pour le mineur devenu majeur entre-temps.

Et les Sages ? Puisqu'ils ont dit qu'on construit une souka pendant hol ha-moed, le verset n'est plus nécessaire.

📜 Rachi (3)
בֵּינְתַיִים בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד:
Entre-temps -- pendant hol ha-moed.
וְקָטָן שֶׁנִּתְגַּדֵּל צָמְחוּ לוֹ ב' שְׂעָרוֹת בַּמּוֹעֵד וַאֲתָא הַאי כֹּל לְרַבּוֹיֵי שֶׁעוֹשֶׂה סֻוכָּה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד מַה שֶׁאֵין כֵּן בִּמְחֻויָּב קֹודֶם לָכֵן כִּדְאָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר לְעֵיל:
Et un mineur devenu majeur -- il lui a poussé deux poils pendant le moed ; et ce mot kol (tout) vient inclure qu'il construit une souka pendant hol ha-moed, ce qui n'est pas le cas de celui qui y était déjà tenu auparavant, comme l'a dit Rabbi Eliezer plus haut.
וְרַבָּנָן כֵּיוָן דְּאָמְרִי עוֹשִׂין סֻוכָּה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְאַפֵּי' מִי שֶׁמְּחֻויָּב קֹודֶם לָכֵן וְלֹא עָשָׂה תּוּ לָא אִיצְטְרִיךְ הַאי לְרַבּוֹיֵי דכ"ש הוּא:
Et les Sages, puisqu'ils disent qu'on construit une souka pendant hol ha-moed -- et même celui qui y était tenu auparavant et ne l'a pas faite -- ce verset n'est plus nécessaire pour inclure [le converti et le mineur], car c'est un kal va-homer (à plus forte raison).
💡 Explication

La symétrie se referme : Rabbi Eliezer doit à son tour caser kol ha-ezrah, puisqu'il refuse d'y lire la validité de l'emprunt. Il l'applique à deux personnes qui n'étaient pas tenues au début de la fête et le deviennent en cours de route : le guer converti pendant hol ha-moed, et le katan devenu majeur pendant hol ha-moed.

Rachi explique pourquoi Rabbi Eliezer a besoin d'un verset là où les Sages n'en ont pas besoin. Rabbi Eliezer interdit de construire une souka a hol ha-moed ; sans verset, ces deux-là resteraient sans souka. Le mot kol vient donc créer une exception à son propre interdit -- eux seuls peuvent construire, précisément parce qu'ils n'étaient pas fautifs.

Les Sages, eux, permettent déjà de construire à celui qui était tenu et ne l'a pas fait. Le converti et le mineur, moins en faute encore, s'obtiennent alors par kal va-homer : le verset serait redondant.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי אִלְעַאי שֶׁהָלַךְ לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר רַבּוֹ בְּלֹוד בָּרֶגֶל. אָמַר לוֹ: אִלְעַאי! אִינָךְ מִשּׁוֹבְתֵי הָרֶגֶל. שֶׁהָיָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הָעַצְלָנִין, שֶׁאֵין יוֹצְאִין מִבָּתֵּיהֶן בָּרֶגֶל, דִּכְתִיב: ״וְשָׂמַחְתָּ אַתָּה וּבֵיתֶךָ״.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Rabbi Ilai alla saluer son maître Rabbi Eliezer, à Lod, pendant la fête. [Rabbi Eliezer] lui dit : Ilai !

Tu n'es pas de ceux qui font le repos de la fête. Car Rabbi Eliezer disait : je fais l'éloge des paresseux, qui ne sortent pas de chez eux pendant la fête, ainsi qu'il est écrit : tu te réjouiras, toi et ta maison (Devarim 14,26).

📜 Rachi (3)
בָּרֶגֶל י"ט רִאשׁוֹן וְהָלַךְ אֶצְלוֹ מֵעֶרֶב י"ט:
Pendant la fête -- le premier jour de yom tov ; et il était allé chez lui dès la veille du yom tov.
אִינָךְ מִשּׁוֹבְתֵי הָרֶגֶל הוֹאִיל וְלֹא עָמַדְתָּ בְּבֵיתְךָ אֵצֶל אִשְׁתְּךָ:
Tu n'es pas de ceux qui font le repos de la fête -- puisque tu n'es pas resté chez toi auprès de ta femme.
מְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הָעַצְלָנִין אע"פ שֶׁלֹּא בִּשְׁבִיל הָרֶגֶל מִתְעַכְּבִים שֶׁהֲרֵי כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה אֵינָן יוֹצְאִין מֵחֲמַת עַצְלוּת אעפ"כ מְשַׁבְּחָן אֲנִי:
Je fais l'éloge des paresseux -- bien que ce ne soit pas pour la fête qu'ils s'attardent, puisque toute l'année ils ne sortent pas par pure paresse, je fais malgré tout leur éloge.
💡 Explication

Le folio quitte la halakha pour deux récits, tous deux consacrés à Rabbi Eliezer. Le premier est presque un mot d'accueil retourné : un disciple fait le voyage pour honorer son maître, et le maître lui reproche d'être venu.

La raison tient à un mot du verset. Ve-samahta ata ou-veitékha, tu te réjouiras toi et ta maison -- et ta maison, dans le langage des Sages, désigne ta femme. La joie de la fête est une joie à laquelle il faut être présent ; celui qui voyage la laisse derrière lui. Rachi le dit sans détour : puisque tu n'es pas resté chez toi auprès de ta femme.

Rachi relève encore la pointe de la formule. L'éloge des paresseux est volontairement paradoxal : ils ne restent pas chez eux par piété, ils y restent par inertie. Rabbi Eliezer les loue quand même -- le résultat, ici, prime le motif.

9
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי יִצְחָק: מִנַּיִין שֶׁחַייָּב לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבּוֹ בָּרֶגֶל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מַדּוּעַ אַתְּ הֹולֶכֶת אֵלָיו הַיּוֹם לֹא חֹדֶשׁ וְלֹא שַׁבָּת״, מִכְּלָל דִּבְחֹדֶשׁ וְשַׁבָּת מִיחַייַּב אִינִישׁ לְאַקְבּוֹלֵי אַפֵּי רַבֵּיהּ! לָא קַשְׁיָא: הָא — דְּאָזֵיל וְאָתֵי בְּיוֹמֵיהּ, הָא — דְּאָזֵיל וְלָא אָתֵי בְּיוֹמֵיהּ.

Est-ce bien ainsi ? Mais Rabbi Yitshak n'a-t-il pas dit : d'où vient qu'on est tenu d'aller saluer son maître pendant la fête ?

De ce qu'il est dit : pourquoi vas-tu vers lui aujourd hui ? ce n'est ni néoménie ni chabbat (II Rois 4,23) -- d'où l'on déduit qu'à la néoménie et le chabbat un homme est tenu d'aller saluer son maître ! Ce n'est pas une difficulté : ici, [le cas] où il va et revient dans la journée ; là, [le cas] où il va et ne revient pas dans la journée.

📜 Rachi (2)
מַדּוּעַ אַתְּ הוֹלֶכֶת וְגוֹ' בַּעְלָהּ שֶׁל שׁוּנַמִּית אָמַר לָהּ כְּשֶׁאָמְרָה לוֹ אֵלְכָה וְאָרוּצָה עַד אִישׁ הָאֱ-לֹהִים וְאָשׁוּבָה:
Pourquoi vas-tu, etc. -- c'est le mari de la Chounamite qui le lui dit, lorsqu'elle lui déclara : j'irai et je courrai jusqu'à l'homme de Dieu, puis je reviendrai.
הָא דְּאָזֵיל וְאָתֵי בְּיוֹמֵיהּ וּמְשַׂמֵּחַ שִׂמְחַת הַחַג עִם אִשְׁתּוֹ חַייָּב לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבּוֹ כְּגוֹן עִיר שֶׁבְּתוֹךְ הַתְּחוּם אוֹ עַל יְדֵי עֵירוּב:
Ici, [le cas] où il va et revient dans la journée -- et réjouit ainsi la joie de la fête avec sa femme : il est alors tenu d'aller saluer son maître. Par exemple lorsqu'il s'agit d'une ville située à l'intérieur du tehoum (limite du chabbat), ou accessible au moyen d'un erouv.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן שֶׁחַיָּב אָדָם לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבּוֹ בָּרֶגֶל? שֶׁנֶּאֱמַר : (מְלָכִים ב' ד, כג) "מַדּוּעַ אַתְּ הֹלֶכֶת אֵלָיו הַיּוֹם, לֹא חֹדֶשׁ וְלֹא שַׁבָּת". מִכְּלָל, דִּבְחָדָשׁ וְשַׁבָּת מִיחַייַּב אָדָם לְהַקְבִּיל פְּנֵי רַבּוֹ. מַקְשִׁים רַבִּי יִצְחָק קָאָמַר בָּרֶגֶל וּבִקְרָא כְּתִיב 'חֹדֶשׁ וְשַׁבָּת'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמֻוכְרָח לוֹמַר הַאי שַׁבָּת הָאָמוּר כָּאן הוּא מוֹעֵד דְּאִקְּרִי שַׁבָּת דְּאִם הוּא שַׁבָּת דְּשָׁבוּעַ מַה טַעַם יֵשׁ בְּהַקַּבָּלָה אֲבָל מוֹעֵד וְרֹאשׁ חֹודֶשׁ יֵשׁ טַעַם כֵּיוָן שֶׁהֵם קְבוּעִים עַל פִּי חֲכָמִים צָרִיךְ לְכַבֵּד בָּהֶם הַחֲכָמִים בְּהַקְבָּלַת פְּנֵיהֶם וּלְכָךְ יַקְבִּיל פְּנֵי רַבּוֹ דְּמֵהַאי טַעְמָא מְבַקְּשִׁים עַל חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל בִּתְפִלַּת יְהִי רָצוֹן שֶׁאוֹמְרִים בְּשַׁבָּת שֶׁקֹּודֶם רֹאשׁ חֹודֶשׁ בְּהַכְרָזָה. וְהָא דְּנָקֵיט רַבִּי יִצְחָק מוֹעֵד וְלָא נָקֵיט רֹאשׁ חֹודֶשׁ מִפְּנֵי כִּי הַהַקְבָּלָה בְּרֹאשׁ חֹודֶשׁ שָׁייְכָה לְנָשִׁים דִּלְדִידְהוּ חֲשִׁיב יוֹם טוֹב וְכָאן רַבִּי יִצְחָק אַיְירֵי בְּהַקַּבָּלָה דַּאֲנָשִׁים.
D'où vient qu'un homme est tenu d'aller saluer son maître pendant la fête ? De ce qu'il est dit : pourquoi vas-tu vers lui aujourd hui ? ce n'est ni néoménie ni chabbat (II Rois 4,23) -- d'où l'on déduit qu'à la néoménie et le chabbat un homme est tenu d'aller saluer son maître. On objecte : Rabbi Yitshak parle de la fête (regel), alors que le verset écrit néoménie et chabbat ! Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut nécessairement dire que le chabbat mentionné ici désigne le moed, qui est appelé chabbat. Car s'il s'agissait du chabbat de la semaine, quelle raison y aurait-il d'aller saluer ? Tandis que pour le moed et pour roch hodech il y a une raison : puisqu'ils sont fixés par la parole des Sages, il faut y honorer les Sages en allant les saluer -- et c'est pourquoi l'on va saluer son maître. C'est aussi pour ce motif que l'on prie pour les sages d'Israël dans la prière Yehi ratson que l'on dit le chabbat qui précède roch hodech, lors de l'annonce [du mois]. Et si Rabbi Yitshak a mentionné le moed et non roch hodech, c'est parce que la salutation à roch hodech relève des femmes -- car pour elles c'est un yom tov -- alors qu'ici Rabbi Yitshak parle de la salutation des hommes.
💡 Explication

La Guemara oppose à Rabbi Eliezer une obligation admise : hakbalat penei rabo, aller saluer son maître aux temps fixés. Rabbi Yitshak la tire d'une phrase de reproche du mari de la Chounamite, qui s'étonne que sa femme parte vers le prophète un jour ordinaire : le verset suppose donc qu'à la néoménie et le chabbat, ce déplacement va de soi.

La résolution est purement pratique, et ne touche pas au principe : tout dépend de savoir si l'on rentre le soir. Le voyage d'une journée laisse la joie conjugale intacte et redevient obligatoire ; l'absence qui se prolonge la sacrifie. Rachi précise même la géographie du cas -- une ville dans le tehoum, ou rendue accessible par un erouv.

Le Ben Yehoyada s'attaque à un décalage de vocabulaire : Rabbi Yitshak parle du regel alors que le verset dit chabbat. Sa réponse rejoint le fond : ce sont les temps fixés par les Sages -- moed et roch hodech -- qui appellent qu'on honore les Sages en personne, ce que le chabbat hebdomadaire, fixé par la Création, ne demande pas.

10
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁשָּׁבַת בַּגָּלִיל הָעֶלְיוֹן בְּסֻוכָּתוֹ שֶׁל יוֹחָנָן בְּרַבִּי אִלְעַאי בְּקֵיסָרִי, וְאָמְרִי לָהּ בְּקִיסְרִיּוֹן, וְהִגִּיעַ חַמָּה לַסֻּוכָּה. אָמַר לוֹ: מַהוּ שֶׁאֶפְרֹושׂ עָלֶיהָ סָדִין? אָמַר לוֹ: אֵין לְךָ כָּל שֵׁבֶט וְשֵׁבֶט מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא הֶעֱמִיד מִמֶּנּוּ שׁוֹפֵט.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Rabbi Eliezer passa le repos en Haute Galilée, dans la souka de Yo'hanan fils de Rabbi Ilai, à Césarée -- et certains disent à Césarion. Le soleil atteignit la souka.

[Yo'hanan] lui dit : puis-je étendre par-dessus un drap ? Il lui répondit : il n'est pas une seule tribu d'Israël qui n'ait produit un juge.

📜 Rachi (4)
שֶׁשָּׁבַת בְּסֻוכָּתוֹ שֶׁל יוֹחָנָן כוּ' לְקַמֵּיהּ פָּרֵיךְ הָא אָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר מְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הָעַצְלָנִין:
Qu'il passa le repos dans la souka de Yo'hanan, etc. -- plus loin la Guemara objectera : mais Rabbi Eliezer a dit lui-même, je fais l'éloge des paresseux !
מַהוּ שֶׁאֶפְרֹושׂ עָלֶיהָ סָדִין לְצֵל שֶׁלֹּא תִּשְׁוזָפְךָ הַשֶּׁמֶשׁ מִי אָסוּר מִשּׁוּם מוֹסִיף עַל אֹהֶל עֲרַאי בְּשַׁבָּת אוֹ לֹא:
Puis-je étendre par-dessus un drap ? -- pour l'ombre, afin que le soleil ne te brûle pas. Est-ce interdit au titre d'ajouter à une tente provisoire (mossif al ohel arai) pendant chabbat, ou non ?
אֵין לְךָ כָּל שֵׁבֶט כו' הִשִּׂיאוֹ לְדָבָר אַחֵר כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף כֹּח.) שֶׁלֹּא אָמַר דָּבָר אֶחָד שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ:
Il n'est pas une seule tribu, etc. -- il détourna la conversation vers un autre sujet, comme nous le disons plus loin (Souka 28a) : il n'a jamais dit une seule chose qu'il n'eût entendue de la bouche de son maître.
שֶׁלֹּא הֶעֱמִיד שׁוֹפֵט מוֹשִׁיעַ אֶת יִשְׂרָאֵל אוֹתָן שֶׁהָיוּ מִשֶּׁמֵּת יְהוֹשֻׁעַ וְעַד שְׁמוּאֵל שֶׁמָּשַׁח שָׁאוּל לְמֶלֶךְ יְהוֹשֻׁעַ מֵאֶפְרַיִם אֵהוּד מִבִּנְיָמִין גִּדְעוֹן מִמְּנַשֶּׁה הֲרֵי מִבְּנֵי רָחֵל שִׁמְשׁוֹן מִדָּן בָּרָק מְקַדֵּשׁ מִנַּפְתָּלִי הֲרֵי מִבְּנֵי בִּלְהָה אִבְצָן זֶה בֹּועַז מִיּהוּדָה עֵלִי מִלֵּוִי תּוֹלָע מִיִּשָּׂשׂכָר אֵלוֹן הַזְּבוּלֹנִי מִזְּבוּלֻן אֵלּוּ מְפֹורָשִׁים אֲבָל עָתְנִיאֵל וְיִפְתָּח וְשַׁמְגַּר וְיָאִיר וְעַבְדּוֹן לֹא יָדַעְתִּי שְׁמוֹת שִׁבְטֵיהֶן וּמֵרְאוּבֵן וְשִׁמְעוֹן גָּד וְאָשֵׁר לֹא מָצָאתִי מְפֹורָשׁ:
Qui n'ait produit un juge -- [c'est-à-dire] un sauveur d'Israël, parmi ceux qui vécurent depuis la mort de Yehochoua jusqu'à Chemouel, qui oignit Chaoul comme roi. Yehochoua d'Efraim, Ehoud de Binyamin, Guidon de Menache -- voilà pour les fils de Rahel. Chimchon de Dan, Barak de Kédech de Naftali -- voilà pour les fils de Bilha. Ivtsan, c'est Boaz, de Yehouda ; Eli de Levi ; Tola de Yissakhar ; Elon le Zevouloni de Zevouloun. Ceux-là sont explicites [dans l'Écriture]. Mais pour Otniel, Yiftah, Chamgar, Yair et Avdon, je ne connais pas le nom de leurs tribus ; et pour Reouven, Chimon, Gad et Acher, je n'ai rien trouvé d'explicite.
💡 Explication

Second récit, et la question posée est technique. Le drap tendu au-dessus du skhakh serait-il un mossif al ohel arai, un ajout à une tente provisoire ? Rachi pose l'alternative dans ces termes exacts : le chabbat, on ne construit pas de tente, mais on tolère une tente provisoire déjà existante -- reste à savoir si l'ajouter est encore de la construction.

Rabbi Eliezer ne répond pas. Il énonce à la place une remarque d'histoire biblique -- il n'est pas de tribu qui n'ait produit un chofet, un juge. Rachi, qui pourrait passer, prend au contraire la remarque au sérieux et déroule la liste tribu par tribu ; et il y ajoute une phrase remarquable de franchise : pour cinq juges, il ignore la tribu, et pour quatre tribus, il n'a rien trouvé d'explicite.

Rachi annonce aussi les deux difficultés que la Guemara soulèvera : ce silence n'est pas une esquive, et ce séjour hors de chez lui contredit l'éloge des paresseux.

11
הִגִּיעַ חַמָּה לַחֲצִי הַסֻּוכָּה, אָמַר לוֹ: מַהוּ שֶׁאֶפְרֹושׂ עָלֶיהָ סָדִין? אָמַר לוֹ: אֵין לְךָ כָּל שֵׁבֶט וְשֵׁבֶט מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא יָצְאוּ מִמֶּנּוּ נְבִיאִים. שֵׁבֶט יְהוּדָה וּבִנְיָמִין הֶעֱמִידוּ מְלָכִים עַל פִּי נְבִיאִים. הִגִּיעַ חַמָּה לְמַרְגְּלוֹתָיו שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, נָטַל יוֹחָנָן סָדִין וּפֵירַשׂ עָלֶיהָ, הִפְשִׁיל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר טַלִּיתוֹ לַאֲחוֹרָיו וְיָצָא. לֹא מִפְּנֵי שֶׁהִפְלִיגוֹ בִּדְבָרִים, אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁלֹּא אָמַר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ לְעוֹלָם.

Le soleil atteignit la moitié de la souka. Il lui dit : puis-je étendre par-dessus un drap ?

Il lui répondit : il n'est pas une seule tribu d'Israël dont ne soient sortis des prophètes ; les tribus de Yehouda et de Binyamin ont établi des rois par la parole de prophètes. Le soleil atteignit les pieds de Rabbi Eliezer : Yo'hanan prit un drap et l'étendit par-dessus.

Rabbi Eliezer rejeta son talit derrière lui et sortit. Non parce qu'il l'écartait par des paroles, mais parce que jamais il ne disait une chose qu'il n'eût entendue de la bouche de son maître.

📜 Rachi (4)
הִגִּיעַ חַמָּה מִתְפַּשֶּׁטֶת וּמִתְקָרֶבֶת אֶצְלָם:
Le soleil atteignit -- il s'étendait et se rapprochait d'eux.
מְלָכִים עַל פִּי נְבִיאִים שָׁאוּל וְדָוִד ע"פ שְׁמוּאֵל:
Des rois par la parole de prophètes -- Chaoul et David par Chemouel.
וְיָצָא שֶׁלֹּא רָצָה לְהַתִּיר אֶת הַדָּבָר:
Et il sortit -- parce qu'il ne voulait pas permettre la chose.
לֹא מִפְּנֵי שֶׁהִפְלִיגוֹ בִּדְבָרִים מַה שֶׁהִשִּׂיאוֹ לְדָבָר אַחֵר לֹא הִפְלִיגוּ הֵימֶנּוּ וְלִדְחוֹתוֹ שֶׁלֹּא לְלַמְּדוֹ תּוֹרָה נִתְכַּוֵּון אֶלָּא שֶׁלֹּא אָמַר דָּבָר כו':
Non parce qu'il l'écartait par des paroles -- s'il a détourné la conversation vers un autre sujet, ce n'était pas dans l'intention de l'écarter et de l'éconduire en refusant de lui enseigner la Torah, mais parce qu'il ne disait jamais une chose, etc. [qu'il n'eût entendue de son maître].
🪔 Ben Yehoyada (2)
הִגִּיעַ חַמָּה לְמַרְגְּלוֹתָיו שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, נָטַל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן אִילְעַאי סָדִין וּפֵרֵשׁ עָלֶיהָ. קָשֶׁה מֵאַחַר שֶׁהוּא הָיָה מִסְתַּפֵּק וְרָצָה לִשְׁאוֹל מֵרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּשְׁאָלוֹ ב' פְּעָמִים וְלֹא הֶחֱזִיר לוֹ תְּשׁוּבָה אֵיךְ אַחַר כָּךְ עָשָׂה מִדַּעְתּוֹ בְּלֹא הוֹרָאַת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן אִילְעַאי פְּשִׁיטָה לֵיהּ דְּשָׁרֵי מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ מוֹסִיף עַל אֹהֶל עֲרַאי אַךְ הָיָה מִסְתַּפֵּק אִם זֶה לֹא הֻותַּר אֶלָּא לְצֹורֶךְ גָּדוֹל שֶׁהָאָדָם יוֹשֵׁב בַּחַמָּה מַמָּשׁ וּמִצְטַעֵר אוֹ דִלְמָא אַף עַל פִּי שֶׁעֲדַיִין לֹא הִגִּיעָה הַחַמָּה אֵלָיו וְאֵינוֹ מִצְטַעֵר עַתָּה שָׁרִי לֵיהּ לִפְרֹוס בִּשְׁבִיל דְּאַחַר שָׁעָה תַּגִּיעַ הַחַמָּה אֵלָיו וְלָכֵן בַּתְּחִלָּה שֶׁעֲדַייִן לֹא הִגִּיעָה הַחַמָּה לָהֶם שָׁאַל מִן רַבִּי אֱלִיעֶזֶר עַל דָּבָר זֶה וְאַחַר שֶׁשָּׁאַל ב' פְּעָמִים מַה דִּבְנֵי וּבְנֵי הִגִּיעָה חַמָּה לְמַרְגְּלוֹתָיו שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְעַתָּה עַל זֶה הוּא אֵינוֹ מִסְתַּפֵּק כְּלוּם וְאֵין צָרִיךְ לִשָּׁאֵל דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּמֻותָּר לְכָךְ קָם וּפָרַס בְּלֹא שְׁאֵלָה.
Le soleil atteignit les pieds de Rabbi Eliezer, Rabbi Yo'hanan ben Ilai prit un drap et l'étendit par-dessus. Difficulté : puisqu'il était dans le doute et voulait interroger Rabbi Eliezer, et qu'il l'a interrogé deux fois sans recevoir de réponse, comment a-t-il pu ensuite agir de son propre chef, sans instruction de Rabbi Eliezer ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que pour Rabbi Yo'hanan ben Ilai il était évident que la chose est permise, puisqu'il s'agit d'ajouter à une tente provisoire (mossif al ohel arai). Mais il doutait de ceci : cela n'a-t-il été permis que pour un besoin pressant, lorsque l'homme est réellement assis en plein soleil et en souffre ? ou bien lui est-il permis d'étendre le drap alors même que le soleil ne l'a pas encore atteint et qu'il n'en souffre pas encore, parce que dans une heure le soleil l'atteindra ? C'est pourquoi, au début, alors que le soleil ne les avait pas encore atteints, il interrogea Rabbi Eliezer sur ce point ; et après avoir demandé deux fois -- ce qui fut, fut -- le soleil atteignit les pieds de Rabbi Eliezer, et sur ce cas-là il n'avait plus aucun doute ni aucun besoin de demander, car il lui était évident que c'était permis : il se leva donc et étendit le drap sans poser de question.
הִפְשִׁיל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר טַלִּיתוֹ לַאֲחוֹרָיו וְיָצָא. כָּךְ הַגִּרְסָא בַּתַּלְמוּד, וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַאי קָא מַשְׁמַע לַן בְּאוֹמְרוֹ 'לַאֲחוֹרָיו'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז לוֹ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן אִילְעַאי דְּלָא עָשָׂה יָפֶה שֶׁפָּרַס הַסָּדִין מִלְּפָנִים שֶׁהוּא מְקוֹם כְּנִיסַת הַשֶּׁמֶשׁ אֶלָּא רָאוּי שֶׁיָּסִיר הַסָּדִין מִכָּאן וְיִפְרְסֵהוּ אֲחוֹרֵי הַסֻּוכָּה שֶׁהוּא בִּמְקוֹם הַצֵּל שֶׁאֵין הַסָּדִין עוֹשֶׂה כְּלוּם וְלָכֵן הוּא הִפְשִׁיל הַטַּלִּית שֶׁלּוֹ לַאֲחוֹרָיו לְרַמֵּז לוֹ גַּם אַתָּה תִּפְרוֹשׁ הַסָּדִין לַאֲחוֹרֵי הַסֻּוכָּה בִּמְקוֹם הַצֵּל.
Rabbi Eliezer rejeta son talit derrière lui et sortit. Telle est la version du Talmud, et il y a lieu de demander : que nous apprend-il en disant derrière lui ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Eliezer faisait ainsi allusion, à l'intention de Rabbi Yo'hanan ben Ilai, au fait qu'il n'avait pas bien agi en étendant le drap du côté de devant, la où le soleil entre : il aurait fallu ôter le drap de là et l'étendre derrière la souka, du côté de l'ombre, là où le drap ne produit aucun effet. C'est pourquoi il rejeta son talit derrière lui, pour lui faire signe : toi aussi, étends le drap à l'arrière de la souka, du côté de l'ombre.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' פֵּירַס עָלֶיהָ סָדִין מִפְּנֵי הַחַמָּה אוֹ תַּחְתֶּיהָ מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר אוֹ שֶׁפֵּירַס עַל גַּבֵּי הַקִּנּוֹף פְּסוּלָה אֲבָל פּוֹרֵס הוּא ע"ג נַקְלִיטֵי הַמִּטָּה. כָּתוּב בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים הָא דְּקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' פֵּירַס עָלֶיהָ סָדִין מִפְּנֵי הַחַמָּה אוֹ תַּחְתֶּיהָ מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר פְּסוּלָה הַיְינוּ הֵיכָא דְּחַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ בְּלֹא סָדִין. אֲבָל אִם צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁירָה וְאֵין סָדִין פּוֹסַלְתָּהּ וְהַיְינוּ כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁתִּי לְעֵיל סִימָן יד דְּאֵין מִצְטָרֵף סְכָךְ פָּסוּל בַּהֲדֵי סְכָךְ כָּשֵׁר הֵיכָא דִּבְלֹא סְכָךְ פָּסוּל צִלָּתָהּ מְרֻובָּה וּכְעִנְיָן זֶה פֵּירֵשׁ ר"ת מִפְּנֵי הַחַמָּה שֶׁמְּייַבֶּשֶׁת אֶת הַסְּכָךְ וּמִתּוֹךְ זֶה נַעֲשָׂה חַמָּתָהּ מְרֻובָּה וְכֵן תַּחְתֶּיהָ מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר שֶׁאִלְמָלֵא הַסָּדִין הָיָה נוֹשֵׁר וְנַעֲשֵׂית חַמָּתָהּ מְרֻובָּה וְהַסָּדִין מָנְעוּ מִלִּיפֹּול וְכֵיוָן שֶׁהַסָּדִין גּוֹרֵם שֶׁעַל יָדוֹ צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ פְּסוּלָה. לפרש"י זַ"ל קָשֶׁה לָמָּה תִּיפָּסֵל אִם פֵּירֵס טַלִּיתוֹ לְהָגֵן עָלָיו מִפְּנֵי הַחַמָּה אוֹ מִפְּנֵי הַקֵּיסָמִין דְּמַאי שְׁנָא מִלְּנָאוֹתָה וְעוֹד מָצִינוּ דִּלְקַמָּן בְּפֶרֶק הַיָּשָׁן (סֻוכָּה דַּף כז:) בְּרַבִּי יְהוּדָה בַּר' אִילְעַאי כְּשֶׁהִגִּיעַ חַמָּה לְמַרְגְּלוֹתָיו עָמַד וּפֵירֵס עָלֶיהָ סָדִין וק"ל לְפִי' הַגְּאוֹנִים מ"ש לְנָאוֹתָה דִּכְשֵׁרָה אֲפִילּוּ לְנָאוֹתָה פְּסוּלָה אִם חַמָּתָהּ מְרֻובָּה וְאִם צִלָּתָהּ מְרֻובָּה אַפִּי' מִן מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר נָמֵי כְּשֵׁרָה וּלְפֵירוּשׁ ר "ת נִיחָא דְּמוּקֵי לָהּ כְּשֶׁצִּלָּתָהּ מְרֻובָּה:
Michna [Souka 10a] : s'il a étendu par-dessus [le skhakh] un drap à cause du soleil, ou en dessous à cause du nesher (les brindilles qui se détachent), ou s'il l'a étendu sur le cadre du lit (kinof) -- elle est passoul (invalide) ; mais il peut l'étendre sur les montants du lit (neklitei ha-mita). Il est écrit dans les responsa des Gueonim : ce que la michna enseigne -- s'il a étendu par-dessus un drap à cause du soleil, ou en dessous à cause du nesher, elle est passoul -- vise le cas où, sans le drap, son ensoleillement l'emporte sur son ombre (hamata merouba mi-tsilata). Mais si son ombre l'emporte sur son ensoleillement, elle est kachère et le drap ne l'invalide pas. Et cela rejoint ce que j'ai expliqué plus haut, siman 14 : un skhakh passoul ne se joint pas à un skhakh kacher lorsque, sans le skhakh passoul, l'ombre l'emporte déjà. Rabbenou Tam a expliqué dans le même sens : à cause du soleil -- [le soleil] dessèche le skhakh, si bien que l'ensoleillement finit par l'emporter ; et de même, en dessous à cause du nesher -- sans le drap [le skhakh] tomberait et l'ensoleillement l'emporterait, et le drap l'a empêché de tomber. Puisque c'est le drap qui fait que l'ombre l'emporte sur l'ensoleillement, elle est passoul. Selon l'explication de Rachi, il y a une difficulté : pourquoi serait-elle invalidée s'il a étendu son talit pour se protéger du soleil ou des brindilles ? En quoi cela diffère-t-il de ce que l'on étend pour l'embellir (le-naotah) ? De plus, nous trouvons plus loin, au chapitre Ha-yachen (Souka 27b), à propos de Rabbi Yehouda be-Rabbi Ilai, que lorsque le soleil atteignit ses pieds il se leva et étendit un drap par-dessus. Et selon l'explication des Gueonim il n'y a pas de difficulté : en quoi cela différerait-il de ce que l'on étend pour l'embellir, qui est kacher ? Même pour l'embellir elle est passoul si son ensoleillement l'emporte ; et si son ombre l'emporte, même [le drap étendu] à cause du nesher est lui aussi kacher. Et selon l'explication de Rabbenou Tam cela va bien, car il l'établit dans le cas où l'ombre l'emporte.
💡 Explication

Le récit répète sa structure pour la rendre lisible : le soleil avance, la question revient identique, la réponse est de nouveau à côté. Puis vient le troisième temps, où l'on n'interroge plus. Yo'hanan agit, Rabbi Eliezer sort -- et Rachi donne la traduction du geste : parce qu'il ne voulait pas permettre la chose. Sortir, c'est refuser sans avoir à dire non.

La Guemara prévient alors un contresens grave sur la personne de Rabbi Eliezer : le détournement de conversation n'était pas un refus d'enseigner. Rachi insiste. La cause est ailleurs, et elle est un principe de conduite : il ne disait jamais ce qu'il n'avait pas entendu de son maître. Une question sans tradition reçue reste sans réponse, même quand le soleil brûle.

Le Ben Yehoyada éclaire le personnage d'en face : Yo'hanan savait déjà que l'ajout est permis ; il ne doutait que de l'anticipation -- peut-on étendre le drap avant de souffrir ? Quand le soleil atteint les pieds, le doute tombe de lui-même. Le Roch, lui, déplace la scène vers un autre problème : selon la michna de 10a, un drap étendu contre le soleil peut invalider la souka -- d'où une discussion entre Rachi, les Gueonim et Rabbenou Tam sur ce qui fait vraiment l'ombre du skhakh.

🖼️ Schéma
Le soleil avance en trois temps, et la question revient à chaque fois Puis-je étendre un drap sur le skhakh ? -- une question de mossif al ohel arai, ajouter à une tente provisoire La souka de Yo'hanan ben Ilai, vue en coupe skhakh 1. le soleil entre dans la souka 2. il gagne la moitié de la souka 3. il atteint les pieds de Rabbi Eliezer Réponse 1 Il n'est pas de tribu d'Israël qui n'ait produit un juge. Réponse hors sujet -- il esquive. Réponse 2 Il n'est pas de tribu dont ne soient sortis des prophètes. Même forme, même esquive. Pas de réponse 3 Yo'hanan étend le drap seul. Rabbi Eliezer sort de la souka. Sortir vaut refus sans le dire. Pourquoi cette esquive n'en est pas une La Guemara le dit expressément : ce n'est pas pour l'écarter par des paroles. Rabbi Eliezer ne disait jamais une chose qu'il n'eût entendue de la bouche de son maître -- et il n'avait pas de tradition sur ce point précis. Ben Yehoyada explique l'autre côté : Yo'hanan savait déjà que c'était permis ; il doutait seulement de pouvoir le faire par anticipation.
Trois positions du soleil, deux esquives et un geste : le récit est construit comme une progression que la parole n'accompagne pas.
12
הֵיכִי עֲבִיד הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: אֵין יוֹצְאִין מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה! רֶגֶל אַחֵר הֲוַאי.

Comment a-t-il pu agir ainsi ? Mais Rabbi Eliezer a dit : on ne sort pas d'une souka pour une autre souka !

C'était une autre fête.

📜 Rachi (2)
אֵין יוֹצְאִין מִסֻּוכָּה לְסֻוכָּה כו' וְהָאֵיךְ הִנִּיחַ שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הָרֶגֶל אֶת סֻוכָּתוֹ שֶׁהָיְתָה בְּלוֹד שֶׁהָיָה דָּר בְּלוֹד כִּדְתַנְיָא (סַנְהֶדְרִין ד' לב:) אַחַר ר' אֱלִיעֶזֶר לְלוֹד:
On ne sort pas d'une souka pour une autre, etc. -- et comment donc a-t-il quitté, pendant le chabbat de la fête, sa propre souka qui était à Lod ? Car il habitait à Lod, comme il est enseigné (Sanhédrin 32b) : [va] après Rabbi Eliezer, à Lod.
רֶגֶל אַחֵר הָיָה כְּגוֹן עֲצֶרֶת וְהָיוּ יוֹשְׁבִין בַּסֻּוכָּה מִשּׁוּם אֲוִיר:
C'était une autre fête -- par exemple Atseret (Chavouot) ; et ils étaient assis dans la souka a cause de l'air [pour la fraîcheur].
💡 Explication

La Guemara revient au récit avec l'outil de la première moitié du folio. Si Rabbi Eliezer interdit de passer d'une souka a une autre, comment se trouvait-il en Galilée dans la souka d'un autre, alors que la sienne était à Lod ? Rachi donne la preuve de son domicile en citant Sanhédrin.

La réponse renverse le décor : ce n'était pas Soukot. C'était une autre fête -- Rachi propose Atseret, c'est-à-dire Chavouot -- et ils se tenaient dans cette cabane pour la fraîcheur, non pour la mitsva. Ce détail change tout le récit rétrospectivement : la question du drap n'avait alors rien à voir avec la validité d'une souka, et tout à voir avec les interdits du chabbat.

13
וְהָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: מְשַׁבֵּחַ אֲנִי אֶת הָעַצְלָנִין שֶׁאֵין יוֹצְאִין מִבָּתֵּיהֶן בָּרֶגֶל! שַׁבָּת הֲוַאי.

Mais Rabbi Eliezer a dit : je fais l'éloge des paresseux, qui ne sortent pas de chez eux pendant la fête ! C'était un chabbat.

💡 Explication

Seconde objection, tirée du premier récit du folio. Même s'il ne s'agissait pas de Soukot, l'éloge des paresseux vaut pour toute fête -- et Rabbi Eliezer était pourtant loin de chez lui.

La réponse retire le dernier élément festif de la scène : c'était un chabbat, pas un yom tov. Le récit, qui semblait au départ un épisode de Soukot, se trouve ainsi entièrement redaté. Il ne subsiste que sa question technique -- et c'est précisément pour cela que la Guemara peut, au segment suivant, aller la comparer à une michna sur les interdits du chabbat.

14
וְתִיפְשׁוֹט לֵיהּ מִדִּידֵיהּ דִּתְנַן: פְּקַק הַחַלּוֹן, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּזְמַן שֶׁקָּשׁוּר וְתָלוּי — פּוֹקְקִין בּוֹ, וְאִם לָאו — אֵין פּוֹקְקִין בּוֹ. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ פּוֹקְקִין.

Mais qu'il tranche donc [la question] à partir de sa propre [position] ! Car nous avons appris [dans une michna] : le volet de la fenêtre (pekak ha-halon) -- Rabbi Eliezer dit : lorsqu'il est attaché et suspendu, on en obture [la fenêtre] ; et sinon, on n'en obture pas.

Et les Sages disent : dans un cas comme dans l'autre, on en obture.

📜 Rachi (4)
וְתִפְשׁוֹט לֵיהּ מִדִּידֵיהּ שֶׁלֹּא תִּפְרֹושׁ עָלֶיהָ סָדִין דְּאָסוּר לְהוֹסִיף עַל אֹהֶל עֲרַאי:
Qu'il tranche donc à partir de sa propre [position] -- à savoir qu'on n'étend pas de drap par-dessus, car il est interdit d'ajouter à une tente provisoire.
שֶׁקָּשׁוּר וְתָלוּי שָׁם כָּל שָׁעָה:
Qu'il soit attaché et suspendu -- là, en permanence.
פּוֹקְקִין בּוֹ כֵּיוָן דִּמְתֻוקָּן וְעוֹמֵד לְכָךְ אֵין זֶה לֹא בּוֹנֶה וְלֹא מוֹסִיף:
On en obture -- puisqu'il est préparé et destiné à cet usage, il n'y a là ni construction ni ajout.
וְאִם לָאו אֵין פּוֹקְקִין בּוֹ דְּמוֹסִיף הוּא עַל סְתִימַת אֹהֶל:
Et sinon, on n'en obture pas -- car c'est ajouter à la fermeture d'une tente.
🗂️ Tossefot (1)
פְּקַק הַחַלּוֹן. פֵּירַשְׁנוּ לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא (סֻוכָּה דַּף טז:) גַּבֵּי שָׁכְחוּ וְלֹא הֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה:
Le volet de la fenêtre. Nous l'avons expliqué plus haut, au premier chapitre (Souka 16b), à propos de : ils ont oublié et n'ont pas apporté de sefer Torah.
💡 Explication

Puisque la scène se passait un chabbat, la Guemara voit une piste : la position de Rabbi Eliezer sur ce genre de question est déjà connue par une michna (Chabbat 17,7). Le pekak ha-halon est le panneau dont on bouche la fenêtre.

La ligne que trace Rabbi Eliezer est celle de la préparation préalable. Un volet attaché et suspendu en permanence est déjà en place ; l'utiliser n'est ni bâtir ni ajouter -- Rachi le formule exactement ainsi. Un volet posé à terre, qu'il faut monter et installer, est en revanche un ajout à la fermeture d'une tente. Le drap sur le skhakh relève visiblement du second cas.

La Guemara semble donc tenir sa réponse par un autre chemin -- et la question de savoir si cette déduction tient vraiment se poursuit au amoud suivant. Rappelons ce qui est en jeu : une position tranchée par raisonnement n'est pas une tradition reçue, et c'est justement la tradition qui manquait à Rabbi Eliezer.

🖼️ Schéma
Le pekak ha-halon : où l'on retrouve la même question sous une autre forme Le volet qui bouche la fenêtre le chabbat -- construction interdite, ou simple fermeture permise ? Attaché et suspendu Le volet pend en permanence à la fenêtre, sans toucher le sol. Rabbi Eliezer : on en obture. Rachi : il est préparé et destiné à cela -- ni construire, ni ajouter. Ni attaché ni suspendu Le volet est posé à terre, il faut le monter et le mettre en place. Rabbi Eliezer : on n'en obture pas. Rachi : c'est ajouter à la fermeture d'une tente. La Guemara : puisqu'il interdit déjà d'ajouter à une tente provisoire, la réponse était connue Étendre un drap sur le skhakh serait donc interdit selon lui -- pourquoi ne l'a-t-il pas dit ? Rappel : sa position sur le volet est une position sur le volet, pas une tradition sur le drap Le folio s'arrête ici ; la Guemara poursuit sur le amoud suivant.
Le volet de la fenêtre : déjà chez Rabbi Eliezer, la ligne passe entre ce qui est préparé d'avance et ce qu'il faut installer.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).