Sukkah 28a — Trente questions sans réponse : les middot de Rabbi Eliezer, le savoir de Rabban Yohanan ben Zakkai, et la table restée dans la maison

Sukkah 28a

Sougya : Le amoud s'ouvre en fermant la sougya du folio précédent : le drap étendu dans la souka ne se compare pas au volet qui bouche la fenêtre, parce qu'on annule le volet au mur alors qu'on sait d'avance qu'on retirera le drap. Puis le Talmud bascule dans le récit.

En Haute Galilée, on pose trente questions de souka a Rabbi Eliezer ; il répond à douze et se tait sur dix-huit. Pressé de s'expliquer -- tout ce que tu sais n'est donc que tradition reçue ? -- il énonce ses cinq middot, en signalant lui-même qu'il est contraint de dire pour une fois ce qu'il n'a pas entendu de ses maîtres.

Le Ben Yehoyada montre que les quatre premières middot ne sont pas de l'auto-éloge : elles rendent la cinquième praticable, car seul un homme qui n'a jamais quitté la maison d'étude peut se permettre de ne jamais rien improviser. Le folio remonte alors au maître, Rabban Yo'hanan ben Zakkai, dont on énumère onze middot -- les cinq du disciple comprises -- avec une seule exception à sa règle de ne jamais lever la séance : les veilles de Pessa'h et de Kippour.

La dernière ligne donne la clé du montage : Rabbi Eliezer se conduisait à son exemple. On remonte encore d'un cran, jusqu'à Hillel et ses quatre-vingts disciples répartis en trente, vingt et trente, dont Rabban Yo'hanan ben Zakkai est le plus petit -- et vient alors la liste vertigineuse de ce que le plus petit n'a pas négligé, du mikra jusqu'au langage des palmiers, où Rachi avoue simplement ne pas savoir de quoi il s'agit.

La grande chose est le maasse merkava, la petite les havayot d'Abaye et de Rava, que Rabban Yo'hanan ben Zakkai possédait déjà avant qu'elles ne soient oubliées. Si le plus petit était tel, le plus grand à combien plus forte raison : d'où le feu autour de Yonatan ben Ouziel.

Le amoud passe enfin à une michna neuve -- la tête et la majorité du corps dans la souka, la table dans la maison : Beit Chammai invalident, Beit Hillel valident, et le même précédent sert aux deux camps. Femmes, esclaves et mineurs sont exemptés ; la Guemara en cherche la source dans les trois mots kol ha-ezrah, se heurte à la derakha inverse de Yom Kippour, et sort par Rabba : ce sont des halakhot sinaïtiques, seulement adossées aux versets.

Le fil du folio : une dernière réponse, une grande aggada des maîtres, puis une michna neuve Treize segments. Le amoud ferme la sougya du drap, ouvre le portrait de Rabbi Eliezer et de son maître, puis passe à la souka et à la table Segment 0 -- la réponse qui clôt la sougya précédente Le pekak ha-halon, on l'annule à la fenêtre : c'est du mur, donc ajouter. Le drap, on ne l'annule pas -- on le retirera. Donc pas de preuve contre Rabbi Eliezer. Segments 1 à 2 -- trente questions en Haute Galilée, et la réponse qui dévoile un homme Douze fois j'ai entendu, dix-huit fois je n'ai pas entendu (Rabbi Yossi bar Yehouda inverse les chiffres). On le pousse : tout ce que tu sais n'est donc que tradition reçue ? Réponse : vous me forcez à dire ce que je n'ai pas entendu -- mes middot. Cinq middot : premier arrivé, jamais endormi, dernier sorti, jamais de propos futile, jamais un mot non entendu du maître. Segment 3 -- le maître derrière le disciple : Rabban Yo'hanan ben Zakkai Onze middot, dont les cinq de Rabbi Eliezer. Une seule exception à sa règle de ne jamais lever la séance : les veilles de Pessa'h et de Kippour. Conclusion du récit : Rabbi Eliezer, son disciple, se conduisait à son exemple. Le portrait du segment 2 était donc un héritage. Segments 4 à 6 -- remonter d'un cran : Hillel et ses quatre-vingts disciples Trente dignes que la Chekhina repose sur eux comme sur Moche, trente dignes que le soleil s'arrête comme pour Yehochoua, vingt intermédiaires. Le plus grand : Yonatan ben Ouziel. Le plus petit : Rabban Yo'hanan ben Zakkai -- et voici tout ce que le plus petit n'a pas négligé. Argument à fortiori : si le plus petit était tel, le plus grand, à combien plus forte raison. D'où le feu autour de Yonatan ben Ouziel. Segments 7 à 8 -- MICHNA : la tête et la majorité dans la souka, la table dans la maison Beit Chammai invalident, Beit Hillel valident. Preuve par le récit de Rabbi Yo'hanan ben ha-Horanit -- que Beit Chammai retournent contre eux. Second volet : femmes, esclaves et mineurs exemptés ; le mineur qui n'a plus besoin de sa mère est tenu. Le toit ouvert par Chammai le Vieux. Segments 9 à 12 -- GUEMARA : trois mots d'un verset, et une contradiction frontale ezrah / ha-ezrah / kol. Mais ha-ezrah de Kippour inclut les femmes ! Rabba : ce sont des halakhot, les Sages les ont juste adossées aux versets.
Le fil du folio : de la fin de la sougya du drap à la michna de la table, en passant par la grande aggada des maîtres
Les middot du disciple et celles du maître : ce qui est repris, ce qui est ajouté Segment 2 (Rabbi Eliezer, cinq middot) comparé au segment 3 (Rabban Yo'hanan ben Zakkai, onze middot) Rabbi Eliezer -- ce qu'il dit de lui-même Rabban Yo'hanan ben Zakkai -- ce qu'on dit de lui 1. Nul ne m a devancé à la maison d'étude 2. Je n'y ai jamais dormi -- ni keva ni arai 3. Je n'ai jamais laissé quelqu un en sortant 4. Jamais de sihat houlin (propos futile) 5. Jamais un mot non entendu de mon maître Pourquoi énumérer les quatre premières ? Le Ben Yehoyada répond : c'est la justification de la cinquième. Si l'on ne dit que ce qu'on a entendu, on ferme la porte aux questionneurs -- sauf si l'on à tellement habité la maison d'étude qu'on a déjà tout entendu. Les quatre servent la cinquième. Les cinq mêmes middot, plus six 6. Jamais quatre coudées sans Torah ni tefilin 7. Jamais de pensée de Torah en lieu impur 8. Jamais trouvé assis silencieux -- toujours à étudier 9. Il ouvrait lui-même la porte à ses élèves 10. Jamais dit : il est temps de quitter le beit midrach 11. Exception : veilles de Pessa'h et de Kippour Rachi : veille de Pessa'h, pour préparer le sacrifice et pour que les enfants ne s'endorment pas. Veille de Kippour, parce qu'il faut manger tant qu'il fait encore jour. La clé du montage : la dernière ligne du segment 3 Et ainsi Rabbi Eliezer, son disciple, se conduisait après lui. Le Talmud ne juxtapose pas deux éloges : il montre une transmission. Ce que Rabbi Eliezer décrit comme sa mesure personnelle, il l'a reçu de son maître -- ce qui est exactement le contenu de la cinquième midda. La forme du récit démontre son propos. Nafka mina littéraire : le segment 2 se clôture par ne jamais dire ce qu'on n'a pas entendu ; le segment 3 en donne la source vivante.
Les middot de Rabbi Eliezer et celles de Rabban Yohanan ben Zakkai : une transmission, pas une juxtaposition
Un seul mot, deux versets, deux conclusions opposées Segments 9 à 12 : la derakha de la souka contre celle de Yom Kippour, et la sortie de Rabba SOUKA -- Vayikra 23:42 kol ha-ezrah be-Israël yechvou ba-soukot ezrah (sans article) : ce serait tout Israël, hommes ET femmes ha-ezrah (avec article) : le plus qualifié des indigènes -- donc EXCLUT les femmes kol : INCLUT les mineurs YOM KIPPOUR -- Vayikra 16:29 te-anou et nafchotekhem ... ha-ezrah ve-ha-guer ha-ezrah (avec article) : INCLUT les femmes indigènes, tenues au inouy (affliction) Donc, par contrecoup : ezrah seul ne viserait que les hommes -- l'inverse exact de la colonne de gauche Le même hé, une fois pour exclure, une fois pour inclure Rabba : hilkhata ninhou ve-asmekhinhou rabbanan a-kerai Ce sont des halakhot [de Moche au Sinaï] ; les Sages les ont seulement adossées aux versets comme support mnémonique. Segment 11 -- la Guemara refuse de se contenter de cette sortie Question 1 : lequel des deux est vraiment tiré du verset, et lequel est la halakha ? Question 2 : à quoi bon l'un ou l'autre ? La souka est une mitsvat asse che-hazman gerama, et les femmes sont déjà exemptes de toutes ces mitsvot par principe général. Segment 12 -- et de l'autre côté, Kippour non plus n'avait pas besoin de verset Rav Yehouda au nom de Rav, et l'école de Rabbi Yichmael : ich o ischa -- le verset égalise l'homme et la femme pour toute la Torah. Rachi précise : Kippour est un lo taasse assorti de karet, et les femmes y sont tenues de toute façon, hazman gerama ou non.
ezrah, ha-ezrah, kol : la contradiction entre la derakha de la souka et celle de Yom Kippour, et la réponse de Rabba
1
הָתָם הוּא דִּמְבַטֵּל, אֲבָל הָכָא דְּלָא מְבַטֵּל — לֹא.

Là-bas, c'est [un cas] où il l'annule [définitivement] ; mais ici, où il ne l'annule pas -- non.

📜 Rachi (1)
הָתָם מְבַטֵּל לֵיהּ לְהַאי פְּקָק לְגַבֵּי חַלּוֹן וַחֲשִׁיב לֵיהּ מִכֹּותֶל עַצְמוֹ הִלְכָּךְ הָוֵי מוֹסִיף אֲבָל סָדִין אֲנַן סָהֲדֵי דְּלָא מְבַטֵּיל לֵיהּ לְגַבֵּי סֻוכָּה וְסוֹפוֹ לִיטְלוֹ הִלְכָּךְ לֹא פְּשִׁיטָא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּלֶיהֱוֵי מוֹסִיף:
Là-bas il l'annule -- [il annule] ce pekak (volet, bouchon de fenêtre) à l'égard de la fenêtre, et il le tient pour une partie du mur lui-même ; dès lors il y a bien ajout [à une tente provisoire]. Mais le drap, nous en sommes témoins qu'il ne l'annule pas à l'égard de la souka et qu'il finira par l'enlever ; dès lors il n'est pas évident, pour Rabbi Eliezer, qu'il y ait ajout.
💡 Explication

Dernière réplique de la sougya du drap ouverte au folio précédent. La Guemara voulait déduire la position de Rabbi Eliezer sur le drap étendu dans la souka de sa position sur le pekak ha-halon (le volet qui bouche la fenêtre le chabbat).

La réponse casse l'analogie par un critère unique : la bitoul (l'annulation, le fait de rendre l'objet solidaire de la structure). Le volet, on l'annule à la fenêtre -- il devient du mur, donc l'installer c'est construire. Le drap, chacun sait qu'on le retirera après la fête : il ne s'annule pas à la souka, donc il n'y a pas d'ajout évident.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁשָּׁבַת בַּגָּלִיל הָעֶלְיוֹן, וּשְׁאָלוּהוּ שְׁלֹשִׁים הֲלָכוֹת בְּהִלְכוֹת סֻוכָּה, שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה אָמַר לָהֶם: שָׁמַעְתִּי, שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה אָמַר לָהֶם: לֹא שָׁמַעְתִּי. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, חִילּוּף הַדְּבָרִים: שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה אָמַר לָהֶם: שָׁמַעְתִּי, שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה אָמַר לָהֶם: לֹא שָׁמַעְתִּי.

Nos maîtres ont enseigné : Il arriva que Rabbi Eliezer passa le chabbat en Haute Galilée, et on lui posa trente questions dans les lois de la souka. Sur douze il leur dit : j'ai entendu [une réponse de mes maîtres] ; sur dix-huit il leur dit : je n'ai pas entendu.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : les choses sont inversées -- sur dix-huit il leur dit : j'ai entendu, et sur douze il leur dit : je n'ai pas entendu.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁשָּׁבַת בַּגָּלִיל הָעֶלְיוֹן, וּשְׁאָלוּהוּ שְׁלֹשִׁים הֲלָכוֹת בְּהִלְכוֹת סֻכָּה. שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה, אָמַר לָהֶם: שָׁמַעְתִּי, וּשְׁמוֹנָה עֶשְׂרֵה, אָמַר לָהֶם: לֹא שָׁמַעְתִּי. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָא עַל חִנָּם נִזְדַּמֵּן כָּךְ אֶלָּא הוּא עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר בַּגְּמָרָא (סַנְהֶדְרִין צז:) דְּלָא פָּחֵית עָלְמִין מִתְּלָתִין צַדִּיקִים גְּמוּרִים רוֹאִין פְּנֵי שְׁכִינָה לִפְעָמִים הֵמָּה י"ח בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וי"ב בְּחוּץ לָאָרֶץ וְלִפְעָמִים לְהֵפֶךְ יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה הַצַּדִּיקִים גְּמוּרִים הֵם כְּמוֹ סֻוכָּה מַמָּשׁ שֶׁמְּגִינִּים עַל יִשְׂרָאֵל וְהֵם שְׁלוֹשִׁים צַדִּיקִים גְּמוּרִים לְכָךְ נִזְדַּמֵּן דִּשְׁאָלוּהוּ שְׁלֹושִׁים הֲלָכוֹת בְּהִלְכוֹת סֻוכָּה וּכְנֶגֶד הִתְחַלְּקוּתָם שֶׁהֵם י"ב כָּאן וי"ח כָּאן כֵּן אֵלּוּ הַשְּׁלֹשִׁים שְׁאֵלוֹת נֶחְלְקוּ לי"ב וי"ח.
Il arriva que Rabbi Eliezer passa le chabbat en Haute Galilée, et on lui posa trente questions dans les lois de la souka ; sur douze il leur dit : j'ai entendu, et sur dix-huit il leur dit : je n'ai pas entendu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce n'est pas pour rien que les choses se sont ainsi présentées, mais bien selon ce que dit la Guemara (Sanhédrin 97b) : le monde n'a jamais moins de trente tsadikim complets qui voient la face de la Chekhina -- parfois dix-huit en terre d'Israël et douze hors d'Israël, et parfois l'inverse (voir là-bas). Or les tsadikim complets sont exactement comme une souka, puisqu'ils protègent Israël, et ils sont trente tsadikim complets. C'est pourquoi il s'est trouvé qu'on lui posa trente questions dans les lois de la souka ; et à l'image de leur répartition, douze ici et dix-huit là, ces trente questions se sont divisées elles aussi en douze et dix-huit.
⚖️ Rosh (1)
גמ' ת"ר כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים אָדָם עוֹשֶׂה אֶת סֻוכָּתוֹ קֶבַע וְאֶת בֵּיתוֹ עֲרַאי כֵּיצַד הָיוּ לוֹ כֵּלִים וּמַצָּעוֹת נָאוֹת מַעֲלָן לַסֻּוכָּה אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בַּסֻּוכָּה וּמְטַיֵּיל בַּסֻּוכָּה מה"מ דת"ר תֵּשְׁבוּ כְּעֵין תָּדוּרוּ מִכָּאן אָמְרוּ הָיוּ לוֹ כֵּלִים נָאִים מַעֲלָן לַסֻּוכָּה מַצָּעוֹת נָאוֹת מַעֲלָן לַסֻּוכָּה וּמְטַייֵּל וְשׁוֹנֶה בַּסֻּוכָּה וְאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בַּסֻּוכָּה אֵינִי וְהָאָמַר אַבַּיֵּי מִקְרָא וּמִשְׁנָה בִּמְטַלַּלְתָּא תַּנּוֹיֵי בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא לָא קַשְׁיָא הָא לְמִיגְרַס וְהָא לְעַיּוֹנֵי לְעַיּוֹנֵי צָרִיךְ לְהִתְבּוֹדֵד וְלֵישֵׁב בְּיִשּׁוּב הַדַּעַת וּמִצְטַעֵר הוּא בַּסֻּוכָּה:
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : durant les sept jours, l'homme fait de sa souka un lieu permanent (keva) et de sa maison un lieu provisoire (arai). Comment cela ? S'il possède de beaux ustensiles et de belles literies, il les monte à la souka ; il mange et boit dans la souka et s'y promène. D'où cela ? De ce que nos maîtres ont enseigné : techvou -- comme vous demeurez [chez vous]. De là on a dit : s'il a de beaux ustensiles, il les monte à la souka ; de belles literies, il les monte à la souka ; il se promène et étudie dans la souka, et il mange et boit dans la souka. Est-ce bien ainsi ? Mais Abaye n'a-t-il pas dit : le mikra et la michna dans la souka, l'étude approfondie hors de la souka ! Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de la récitation mémorisée (ligros), là de l'analyse approfondie (le-iyoune) ; car pour l'analyse approfondie il faut s'isoler et siéger avec l'esprit rassemblé, et [dans la souka] il se trouve en situation de gêne (mitstaer).
💡 Explication

Le folio bascule du raisonnement halakhique au récit. La baraita ne rapporte pas le contenu des trente questions, mais leur répartition -- ce qui suffit à poser le problème : un maître du rang de Rabbi Eliezer laisse la majorité des questions sans réponse.

Noter la structure typique : une mahloket sur les chiffres (douze / dix-huit inversés chez Rabbi Yossi bar Yehouda) qui ne change rien au fond du récit. C'est le signe que ce qui compte n'est pas la performance, mais le motif du silence -- dévoilé au segment suivant.

3
אָמְרוּ לוֹ: כָּל דְּבָרֶיךָ אֵינָן אֶלָּא מִפִּי הַשְּׁמוּעָה! אָמַר לָהֶם: הִזְקַקְתּוּנִי לוֹמַר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַעְתִּי מִפִּי רַבּוֹתַי. מִיָּמַי לֹא קְדָמַנִי אָדָם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, וְלֹא יָשַׁנְתִּי בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ לֹא שֵׁינַת קֶבַע וְלֹא שֵׁינַת עֲרַאי, וְלֹא הִנַּחְתִּי אָדָם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְיָצָאתִי, וְלֹא שַׂחְתִּי שִׂיחַת חֻולִּין, וְלֹא אָמַרְתִּי דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַעְתִּי מִפִּי רַבִּי מֵעוֹלָם.

Ils lui dirent : toutes tes paroles ne sont-elles donc que de la tradition entendue ?! Il leur dit : vous m avez contraint à dire une chose que je n'ai pas entendue de mes maîtres.

De mes jours, nul ne m a devancé à la maison d'étude ; je n'ai jamais dormi dans la maison d'étude, ni d'un sommeil durable (chenat keva) ni d'un sommeil passager (chenat arai) ; je n'ai jamais laissé quelqu un dans la maison d'étude en en sortant ; je n'ai jamais tenu de conversation profane (sihat houlin) ; et je n'ai jamais dit une chose que je n'avais pas entendue de la bouche de mon maître.

📜 Rachi (3)
אֵינָן אֶלָּא מִפִּי הַשְּׁמוּעָה בִּתְמִיהַּ:
Ne sont que de la tradition entendue -- [c'est dit] sur le ton de l'étonnement.
הִזְקַקְתּוּנִי כְּלוֹמַר תַּזְקִיקוּנִי לוֹמַר דָּבָר כו' אַגִּיד לָכֶם אֶת מִדּוֹתַי וְזוֹ אַחַת מֵהֶן:
Vous m avez contraint -- c'est-à-dire : vous me contraignez à dire une chose, etc. ; je vais vous déclarer mes middot (mes règles de conduite), et celle-ci en est une.
שִׂיחַת חֻולִּין דִּבְרֵי הֲבַאי וּשְׂחוֹק כְּלוֹמַר מַה שֶׁסָּפֵק בְּיָדִי לֹא מִפְּנֵי (שֶׁטָּרַחְתִּי) בְּכָל אֵלֶּה וְאִי אֶפְשָׁר שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתַי דָּבָר בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְלֹא שְׁמַעְתִּיו וּמַה שֶׁלֹּא שָׁמַעְתִּי לֹא אוֹמֵר שֶׁכָּךְ הִיא מִדָּתִי:
Conversation profane -- des paroles futiles et des plaisanteries. C'est-à-dire : ce dont je doute n'est pas faute de m être applique à tout cela ; il est impossible que mes maîtres aient dit quelque chose dans la maison d'étude sans que je l'aie entendu ; et ce que je n'ai pas entendu, je ne le dis pas -- car telle est ma midda.
🪔 Ben Yehoyada (3)
מִיָּמַי לֹא קְדָמַנִי אָדָם לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הִזְכִּיר לָהֶם מִידּוֹת אֵלּוּ דְּאֵין שַׁייָּכִים לְעִנְיָן אַטּוּ לְשַׁבּוֹחֵי גַּרְמֵיהּ הוּא בָּא? שֶׁלֹּא הָיָה צָרִיךְ לוֹמַר לָהֶם אֶלָּא אַחַת וְהוּא שֶׁלֹּא אָמַרְתִּי דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַעְתִּי מִפִּי רַבִּי מֵעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עַל דָּבָר זֶה 'שֶׁלֹּא יֹאמַר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבִּי' יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וְכִי כָּל הָאוֹפַנִּים שֶׁבָּעוֹלָם שִׁמְעָם מִפִּי רַבּוֹ? וּלְפִי מִדָּתוֹ זֹאת מֻוכְרָח שֶׁיִּסְתֹּום שַׁעֲרֵי תְּשׁוּבָה בִּפְנֵי רֹוב הַשּׁוֹאֲלִים דָּת וְתוֹרָה אַף עַל פִּי שֶׁהוּא יֵשׁ לְאֵל יָדוֹ לְהָשִׁיב וְנִמְצֵאת מִדָּה זוֹ קָשֶׁה דָּלְקוּ בָּהּ כַּמָּה וְכַמָּה שׁוֹאֲלֵי דָּת! לָכֵן הִגִּיד לָהֶם שָׁלֹשׁ מִדּוֹת יְקָרוֹת אֵלּוּ 'שֶׁלֹּא קְדָמַנִי אָדָם לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְשֶׁלֹּא יָשַׁנְתִּי בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְשֶׁלֹּא הִנַּחְתִּי אָדָם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְיָצָאתִי' דְּמֵאַחַר שֶׁהָיָה מֵחוֹבְשֵׁי בֵּית הַמִּדְרָשׁ כָּל כָּךְ וַדַּאי שָׁמַע כַּמָּה וְכַמָּה אֲלָפִים וּרְבָבוֹת אוֹפַנֵּי שְׁאֵלוֹת בְּדָת וְתוֹרָה, וְלָכֵן וַדַּאי רֹוב הַקָּרוֹב לְכָל דְּאֵלּוּ הַשְּׁאֵלוֹת אֲשֶׁר יִשְׁאָלוּן מִמֶּנּוּ בָּא כִּדְמוּתָם וְצַלְמָם לִפְנֵי רַבּוֹתָיו וְשִׁמְעָם הוּא שֶׁבָּזֶה יוּכַל לְהָשִׁיב לַשּׁוֹאֲלִים מִמֶּנּוּ וְנִמְצָא דְּלָא נָפֵיק פְּסֵידָא כֻּולֵּי הַאי מִמִּדָּה זוֹ שֶׁהוּא מַחֲזִיק בָּהּ.
De mes jours nul ne m a devancé à la maison d'étude. Il y a lieu de demander : pourquoi leur mentionner ces middot, qui n'ont rien à voir avec la question ? Venait-il donc faire son propre éloge ? Il ne lui fallait leur dire qu'une seule chose : je n'ai jamais dit une chose que je n'avais pas entendue de la bouche de mon maître. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sur ce point même -- ne jamais dire ce qu'on n'a pas entendu de son maître -- on peut objecter : à-t-il donc entendu de son maître tous les cas de figure du monde ? Selon cette midda, il est forcé de fermer les portes de la réponse devant la plupart de ceux qui l'interrogent sur la loi et la Torah, alors même qu'il aurait le pouvoir de répondre ; cette midda serait donc pénible, et bien des questionneurs en pâtiraient. C'est pourquoi il leur déclara ces trois middot précieuses -- nul ne m a devancé à la maison d'étude, je n'y ai jamais dormi, je n'y ai jamais laissé quelqu un en sortant : puisqu'il était à ce point un habitant de la maison d'étude, il a certainement entendu des milliers et des myriades de cas de questions sur la loi et la Torah. Dès lors, la quasi-totalité des questions qu'on lui pose s'est déjà présentée, sous la même forme et la même figure, devant ses maîtres, et il les a entendues -- ce qui lui permet de répondre à ceux qui l'interrogent. Il se trouve ainsi qu'il ne résulte pas tant de perte de cette midda à laquelle il se tient.
וְלֹא יָשַׁנְתִּי בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, לֹא שֵׁנַת קֶבַע וְלֹא שֵׁנַת עֲרַאי. פֵּירוּשׁ שִׁינַת קֶבַע קָאֵי עַל שִׁינַת הַלַּיְלָה שֶׁדַּרְכָּם הָיָה לִקְבֹּועַ לִימּוּד בֵּית הַמִּדְרָשׁ גַּם בַּלֵּילוֹת אַךְ הָיוּ יְשֵׁנִים שָׁם שָׁלֹשׁ אוֹ אַרְבַּע שָׁעוֹת שִׁינַת קֶבַע וְהוּא גַּם בַּלַּיְלָה לֹא הָיָה יָשֵׁן שָׁם שִׁינַת קֶבַע אֶלָּא שִׁינַת עֲרַאי בִּשְׁבִיל הַהֶכְרֵחַ. וּמַה שֶׁאָמַר שִׁינַת עֲרַאי קָאֵי עַל שֵׁינָה שֶׁבַּיּוֹם דְּאַף עַל פִּי דְּהָיוּ הַתַּלְמִידִים יְשֵׁנִים בַּיּוֹם שִׁינַת עֲרַאי מֵחֲמַת דְּהֵם נְעוּרִים בְּרוֹב שָׁעוֹת שֶׁל הַלַּיְלָה עִם כָּל זֶה הוּא לֹא הָיָה יָשֵׁן שִׁינַת עֲרַאי שֶׁדַּרְכָּם לִישֹׁן בַּיּוֹם, כְּלָל וְעִיקָּר.
Et je n'ai jamais dormi dans la maison d'étude, ni d'un sommeil durable ni d'un sommeil passager. Explication : le sommeil durable (chenat keva) vise le sommeil de la nuit, car ils avaient coutume d'établir l'étude à la maison d'étude la nuit aussi, mais ils y dormaient trois ou quatre heures d'un sommeil durable ; lui, même la nuit, n'y dormait pas d'un sommeil durable, seulement d'un sommeil passager, par pure nécessité. Et ce qu'il dit du sommeil passager vise le sommeil du jour : bien que les élèves dormissent le jour d'un sommeil passager, du fait qu'ils veillaient la plupart des heures de la nuit, lui ne dormait pas de ce sommeil passager qu'on a coutume de prendre le jour -- pas du tout.
וְלֹא אָמַרְתִּי דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַעְתִּי מִפִּי רַבִּי מֵעוֹלָם. כָּתַב הָרַב חִידָ"א זַ"ל בְּסִפְרוֹ שִׂמְחַת הָרֶגֶל מֵהָכָא מַקְּשׁוּ עַל מַה שֶּׁאָמַר הָרַמְבַּ"ן זַ"ל פֶּרֶק הַזָּהָב גַּבֵּי תַּנּוּרוֹ שֶׁל עַכְנַאי (בָּבָא מְצִיעָא נט:) שֶׁהַחֲכָמִים הָיוּ אוֹמְרִים מִפִּי הַשְּׁמוּעָה וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָיָה אוֹמֵר 'כָּךְ נִרְאֶה בְּעֵינֵי' לְפִיכָךְ לֹא קִבְּלוּ מִמֶּנּוּ כָּל רְאָיוֹת שֶׁבָּעוֹלָם וְאִילּוּ הוֹרָה לְמַעֲשֶׂה בִּזְמַן הַבַּיִת הָיָה נַעֲשֶׂה זָקֵן מַמְרֵא! עַד כָּאן דִּבְרֵי הָרַמְבַּ"ן זַ"ל דְּכָתְבוּ בִּשְׁמוֹ הֲנִימּוּקֵי יוֹסֵף וְהָרִיבָ"שׁ וְהַדָּבָר קָשֶׁה דְּלָא אֶפְשָׁר שֶׁיֹּאמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר 'כָּךְ נִרְאֶה בְּעֵינַי' שֶׁהֲרֵי לֹא אָמַר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ מֵעוֹלָם! וְלִכְאוֹרָה הִיא קֻושְׁיָא אַלִּימְתָּא וּכְבָר חָזֵינַן מַאי דְּתָרֵיץ הָרַב חַוּוֹת יָאִיר וְלֹא הִרְוָה צִמְאוֹנֵינוּ כִּדְכָתֵיבְנָא שָׁם בְּפֶרֶק הַזָּהָב, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל. וְלִי אֲנָא עַבְדָּא נִרְאֶה דְּקֻושְׁיָא לֵיתָא מֵעִיקָּרָא דְּבֶאֱמֶת בְּהַךְ עֻובְדָּא דְּעַכְנַאי שִׁינָּה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר שִׁיטָתוֹ וּמִנְהָגוֹ וְלֹא נָהַג בְּמִידָּה זוֹ שֶׁהָיְתָה אִתּוֹ אוֹתָהּ מַעֲשֶׂה אַחַת הָיְתָה וּפִרְסְמָה הַכָּתוּב בַּתַּלְמוּד דְּהָא גְּדוֹלָה מִזּוֹ עֲבִיד שָׁם שֶׁהוּא הָיָה יָחִיד וְנֶחֱלַק עַל רַבִּים וְעָשָׂה כַּמָּה פְּלִילוּת שֶׁיְּקַבְּלוּ דַּעְתּוֹ בְּעַל כָּרְחָם וְכֵן לֹא יֵעָשֶׂה עַל פִּי דִּין תּוֹרָתֵינוּ הַקְּדוֹשָׁה שֶׁאָמְרָה (שְׁמוֹת כג, ב) 'אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטֹּת' וְאִם כֵּן אֵין לִתְמֹוהַּ עַל מַה שֶׁעָבַר עַל מִידָּתוֹ הַנִּזְכָּר וְכִי מִידָּתוֹ הַנִּזְכָּר עֲדִיפָה מֵהַכְּלָל הַנֶּאֱמָן שֶׁבַּתּוֹרָה דְּ'אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטֹּת'? וְאֵיךְ לֹא הִשְׁגִּיחַ בּוֹ וְכָל שֶׁכֵּן הֵיכָא דְּהָרַבִּים מְעִידִים שֶׁכָּךְ קַבָּלָה אֶצְלָם מִפִּי הַשְּׁמוּעָה אֵיךְ עָלָה עַל דַּעְתּוֹ לַחֲלֹוק עַל הַשְּׁמוּעָה מִסְּבָרָה דְּנַפְשֵׁיהּ? וּרְאֵה וְהַבֵּט בַּדִּין שֶׁדָּנוּ אוֹתוֹ שֶׁבֵּרְכוּהוּ וּמִזֶּה תֵּדַע קֹושִׁי הַדָּבָר שֶׁשָּׁגַג בּוֹ כַּמָּה הָיָה וְהָבֵן בְּדִבְרֵי הָרַמְבַּ"ן זַ"ל שֶׁכָּתַב וְאִלּוּ הוֹרָה לְמַעֲשֶׂה בִּזְמַן הַבַּיִת הָיָה נַעֲשֶׂה זָקֵן מַמְרֵא! שֶׁרָמַז בָּזֶה לוֹמַר אוֹתוֹ הַיּוֹם יָצָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר ע"ה מִגֶּדֶר הַהֲלָכָה וּבְוַדַּאי שֶׁנִּתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר לִהְיוֹת לוֹ כָּךְ בִּשְׁבִיל אֵיזֶה טַעַם כָּמוּס כִּי לֹא עַל חִנָּם בָּא לִידֵי כָּךְ! וּבְחִדּוּשֵׁינוּ עָשִׂינוּ אֵיזֶה טְעָמִים בְּדָבָר זֶה שֶׁנִּתְגַּלְגֵּל בְּכָךְ וְאֵיךְ שֶׁיִּהְיֶה אֵין קֻושְׁיָא מֵהַךְ עֻובְדָּא לוֹמַר אֵיךְ שִׁינָּה מִדָּתוֹ לְבִלְתִּי יֹאמַר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ? דִּגְדוֹלָה מִזּוֹ שִׁינָּה בְּהַךְ עֻובְדָּא וְזֶה בָּרוּר. וְהִנֵּה בְּפֶתַח עֵינַיִם בְּפֶרֶק הַזָּהָב הֵבִיא הַתֵּירוּץ מִן הַגָּאוֹן חַוּוֹת יָאִיר זַ"ל כָּךְ דִּכְשֶׁהָיוּ שׁוֹאֲלִין מִמֶּנּוּ הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה אָז לֹא הוֹרָה דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ מַה שֶׁאֵין כֵּן כְּשֶׁדָּן עִם חֲבֵירָיו בַּהֲלָכָה בְּתַנּוּרוֹ שֶׁל עַכְנַאי הָיָה אוֹמֵר דַּעְתּוֹ וְכָתַב הַגָּאוֹן חִידָ"א דְּבָרָיו קָשִׁים לִשְׁמֹועַ דַּהֲרֵי הָא דְּתַנּוּרוֹ שֶׁל עַכְנַאי הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה הָיָה כִּדְמַשְׁמַע בְּסֻוגְייַן וְכוּ' עַייֵּן שָׁם. וְיֵשׁ לְייַשֵּׁב דְּבָרָיו דְּהָתָם הַשְּׁאֵלָה נִשְׁאֲלָה תְּחִלָּה מִן הַחֲכָמִים וְלֹא מִן רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְהֵם הוֹרוּ לְטַמֵּא וְאַחַר שֶׁשָּׁמַע רַבִּי אֱלִיעֶזֶר תְּשׁוּבָתָם נֶחֱלַק עִמָּהֶם לִסְתּוֹר דִּבְרֵיהֶם בְּדֶרֶךְ שַׁקְלָא וְטַרְיָיא וְזֶה בַּעַל הַתַּנּוּר כְּשֶׁשָּׁמַע דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר חוֹלֵק עַל הַחֲכָמִים וּמְטַהֵר הָלַךְ וְעָשָׂה מַעֲשֶׂה עַל פִּי דְּבָרָיו שֶׁל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְטַהֵר אֲבָל הוּא לֹא הוֹרָה לְבַעַל הַמַּעֲשֶׂה בְּפֵירוּשׁ לְטַהֵר וְאַחַר כָּךְ הַחֲכָמִים הֵבִיאוּ כָּל אוֹתָם טְהָרוֹת שֶׁנַּעֲשׂוּ עַל פִּי דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּשְׂרָפוּם.
Et je n'ai jamais dit une chose que je n'avais pas entendue de la bouche de mon maître. Le Rav Hida, de mémoire bénie, écrit dans son ouvrage Simhat ha-Regel qu'on objecte d'ici à ce qu'écrit le Ramban, de mémoire bénie, au chapitre ha-Zahav, à propos du four d'Akhnai (Baba Metsia 59b) : les Sages parlaient au nom de la tradition reçue, tandis que Rabbi Eliezer disait : ainsi me paraît-il ; c'est pourquoi ils n'acceptèrent de lui aucune preuve au monde, et s'il avait tranché en pratique du temps du Temple, il serait devenu un zaken mamre (un ancien rebelle). Telles sont les paroles du Ramban, citées en son nom par le Nimoukei Yossef et le Rivach. Or la chose fait difficulté : il est impossible que Rabbi Eliezer ait dit ainsi me paraît-il, puisqu'il n'a jamais dit une chose qu'il n'avait pas entendue de son maître ! À première vue, l'objection est forte ; et nous avons déjà vu la réponse du Havot Yair, qui n'a pas étanché notre soif, comme nous l'avons écrit là-bas au chapitre ha-Zahav -- ainsi s'exprime le Gaon Hida, de mémoire bénie. Quant à moi, le serviteur, il me semble que l'objection n'a pas lieu d'être dès l'origine : car en vérité, dans cette affaire du four d'Akhnai, Rabbi Eliezer a changé de méthode et de conduite et n'a pas suivi cette midda qui était la sienne ; ce fut un cas unique, et l'Écriture l'a publié dans le Talmud. La preuve : il y fit plus fort encore, puisqu'il était seul contre la majorité et multiplia les procédés pour qu'on accepte son avis malgré eux -- ce qu'on ne doit pas faire selon la loi de notre sainte Torah, qui a dit (Chemot 23:2) : suis la majorité. Dès lors, il n'y a pas à s'étonner qu'il ait transgressé la midda mentionnée : sa midda serait-elle supérieure à la règle fidèle énoncée dans la Torah, suis la majorité ? Comment n'y a-t-il pas pris garde, à plus forte raison quand la majorité témoigne qu'elle détient telle chose par tradition reçue -- comment lui vint-il à l'esprit de contester une tradition sur la base de son propre raisonnement ? Vois et considère le jugement qu'on porta sur lui, puisqu'on le mit au ban : de là tu sauras la gravité de l'erreur commise. Et comprends les paroles du Ramban, de mémoire bénie, qui écrit : s'il avait tranché en pratique du temps du Temple, il serait devenu un zaken mamre. Il fait allusion par là à ce que, ce jour-là, Rabbi Eliezer, la paix soit sur lui, sortit du cadre de la halakha ; et assurément la chose s'enchaîna ainsi pour quelque raison secrète, car ce n'est pas pour rien qu'il en vint là. Dans nos novelles nous avons proposé quelques raisons à cet enchaînement. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas d'objection à tirer de cette affaire pour demander comment il a changé sa midda de ne pas dire une chose non entendue de son maître : il a changé plus fort encore dans cette affaire -- cela est clair. Or le Petah Einayim, au chapitre ha-Zahav, rapporte la réponse du Gaon Havot Yair, de mémoire bénie, ainsi : quand on lui demandait la halakha pour la pratique, alors il n'enseignait rien qu'il n'eût entendu de son maître ; en revanche, quand il débattait de la halakha avec ses collègues, au four d'Akhnai, il disait son avis. Le Gaon Hida écrit que ces paroles sont dures à entendre, puisque l'affaire du four d'Akhnai était bien halakha pour la pratique, comme il ressort de notre sougya, etc. -- voir là-bas. On peut cependant sauver ses paroles : car là-bas, la question fut d'abord posée aux Sages et non à Rabbi Eliezer, et ce sont eux qui tranchèrent pour l'impureté ; c'est après avoir entendu leur réponse que Rabbi Eliezer les contredit pour réfuter leurs propos par voie de discussion. Alors le propriétaire du four, entendant que Rabbi Eliezer contestait les Sages et déclarait pur, alla agir en pratique selon les paroles de Rabbi Eliezer et considéra pur -- mais lui n'avait pas enseigné explicitement à l'intéressé de considérer pur. Et ensuite les Sages apportèrent toutes ces choses pures faites selon les paroles de Rabbi Eliezer, et les brûlèrent.
💡 Explication

Le retournement du récit. La question des Galiléens est agressive : tout ce que tu sais n'est donc que de seconde main ? Rabbi Eliezer répond en énumérant cinq middot -- et signale lui-même le paradoxe : cette réponse-là, il ne l'a pas entendue de ses maîtres.

Rachi explique la logique de la troisième glose : le silence de Rabbi Eliezer n'est pas un aveu d'ignorance. Il a tout entendu de ce qui s'est dit dans la maison d'étude ; s'il ne répond pas, c'est que ses maîtres n'ont pas traité le cas, et sa règle lui interdit d'improviser.

Le Ben Yehoyada va plus loin : les quatre premières middot ne sont pas de l'auto-éloge, elles sont l argument qui rend la cinquième viable. Sans une présence totale au beit midrach, la règle de ne rien dire d'inédit paralyserait tout enseignement.

4
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי: מִיָּמָיו לֹא שָׂח שִׂיחַת חֻולִּין, וְלֹא הָלַךְ אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלֹא תּוֹרָה וּבְלֹא תְּפִילִּין, וְלֹא קְדָמוֹ אָדָם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, וְלֹא יָשַׁן בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ לֹא שֵׁינַת קֶבַע וְלֹא שֵׁינַת עֲרַאי, וְלֹא הִרְהֵר בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת, וְלֹא הִנִּיחַ אָדָם בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְיָצָא, וְלֹא מְצָאוֹ אָדָם יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם אֶלָּא יוֹשֵׁב וְשׁוֹנֶה, וְלֹא פָּתַח אָדָם דֶּלֶת לְתַלְמִידָיו, אֶלָּא הוּא בְּעַצְמוֹ, וְלֹא אָמַר דָּבָר שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי רַבּוֹ מֵעוֹלָם, וְלֹא אָמַר: הִגִּיעַ עֵת לַעֲמֹוד מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ, חוּץ מֵעַרְבֵי פְּסָחִים, וְעַרְבֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים. וְכֵן הָיָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר תַּלְמִידוֹ נוֹהֵג אַחֲרָיו.

On a dit de Rabban Yo'hanan ben Zakkai : de ses jours il n'a jamais tenu de conversation profane ; il n'a jamais marché quatre coudées sans Torah et sans tefilin ; nul ne l'a jamais devancé à la maison d'étude ; il n'a jamais dormi dans la maison d'étude, ni d'un sommeil durable ni d'un sommeil passager ; il n'a jamais médité [de Torah] dans des ruelles souillées ; il n'a jamais laissé quelqu un dans la maison d'étude en en sortant ; nul ne l'a jamais trouvé assis et silencieux, mais toujours assis et étudiant ; nul autre que lui-même n'a jamais ouvert la porte à ses élèves ; il n'a jamais dit une chose qu'il n'avait pas entendue de la bouche de son maître ; et il n'a jamais dit : il est temps de se lever et de quitter la maison d'étude -- sauf les veilles de Pessa'h et les veilles de Yom Kippour. Et c'est ainsi que Rabbi Eliezer, son disciple, se conduisait après lui.

📜 Rachi (3)
בְּלֹא תּוֹרָה בְּלֹא גִּירְסָא שֶׁהָיָה הוֹלֵךְ וְשׁוֹנֶה תָּמִיד:
Sans Torah -- sans récitation d'étude, car il allait en répétant [sa leçon] constamment.
חוּץ מֵעַרְבֵי פְּסָחִים מִפְּנֵי עֲשִׂייַּת פִּסְחֵיהֶם וּמִפְּנֵי הַתִּינוֹקוֹת שֶׁלֹּא יְשַׁנּוּ כָּךְ מְפֹורָשׁ בִּפְסָחִים (דַּף קט.):
Sauf les veilles de Pessa'h -- à cause de la préparation de leur sacrifice pascal, et à cause des jeunes enfants, pour qu'ils ne s'endorment pas ; ainsi est-ce expliqué dans Pessahim (109a).
וְעֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱכֹול מִבְּעוֹד יוֹם:
Et la veille de Yom Kippour -- car il faut manger tant qu'il fait encore jour.
🪔 Ben Yehoyada (3)
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי: מִיָּמָיו לֹא שָׂח שִׂיחַת חֻלִּין. הִנֵּה נוֹדַע (סַנְהֶדְרִין מא.) דְּרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי חָי ק"ך שָׁנָה וְאַרְבָּעִים מֵהֶם עָסַק בִּפְרַקְמַטְיָא וְאַרְבָּעִים לָמַד וְאַרְבָּעִים לִימֵּד וְלָכֵן מַה שֶׁאָמַר 'מִיָּמָיו לֹא שָׂח שִׂיחַת חָלִין' קָאֵי עַל אוֹתָם הַשְּׁמוֹנִים שָׁנָה שֶׁהֵם יָמִים הַמֻּובְחָרִים שֶׁלּוֹ וְלָזֶה אָמַר מִיָּמָיו רוֹצֶה לוֹמַר מִיָּמִים הַמֻּובְחָרִים הָרְאוּיִים אֵלָיו שֶׁנֶּחְשָׁבִים יָמִים גְּמוּרִים. וְנִרְמָז גַּם כֵּן מֵימָיו מִימֵי וָא"ו רוֹצֶה לוֹמַר מִימֵי שֶׁל עֵסֶק תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא שִׁשָּׁה סְדָרִים.
On a dit de Rabban Yo'hanan ben Zakkai : de ses jours il n'a jamais tenu de conversation profane. Or il est connu (Sanhédrin 41a) que Rabban Yo'hanan ben Zakkai vécut cent vingt ans : quarante ans il s'occupa de commerce, quarante ans il étudia, et quarante ans il enseigna. Aussi, ce qui est dit de ses jours il n'a jamais tenu de conversation profane vise ces quatre-vingts années, qui sont ses jours choisis. C'est pourquoi il est dit mi-yamav -- c'est-à-dire : de ses jours choisis, ceux qui lui conviennent et qui sont comptés comme des jours pleins. Et il y a aussi une allusion : mi-yamav se lit mimei vav, c'est-à-dire les eaux [de la Torah] de l'étude de la Torah orale, qui est les six ordres [de la Michna].
וְלֹא הִרְהֵר בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻנָּפוֹת. קָשֶׁה מַאי רְבוּתֵיהּ דְּרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בָּזֶה וַהֲלֹא זֶה אָסוּר מִדִּינָא לְכָל אָדָם? וְנִרְאֶה לִי כִּי בְּדֶרֶךְ הַטֶּבַע כָּל חָכָם שֶׁהוּא אָדוּק בַּתּוֹרָה יָמִים וְלֵילוֹת קָשֶׁה עָלָיו מְאֹד דָּבָר זֶה לִשְׁמוֹר עַצְמוֹ לְבִלְתִּי יְהַרְהֵר בְּדִבְרֵי תּוֹרָה בִּמְבוֹאוֹת הַמְטֻונָּפוֹת וּמֻוכְרָח שֶׁיִּשְׁגֶּה בָּזֶה וְאָנוּס מִקְּרֵי וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (זְבָחִים קב:) עַל רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן רַשְׁבִּ"י שֶׁהִרְהֵר בְּדָבָר אֶחָד מִדִּבְרֵי תּוֹרָה בְּבֵית הַכִּסֵּא וְהִקְשָׁה בַּגְּמָרָא אֵיךְ יַעֲשֶׂה כֵּן וּמְשַׁנֵּי דְּאָנוּס הָיוּ וְאִם כֵּן כְּפִי הַטֶּבַע קָשֶׁה לִשְׁמוֹר עַצְמוֹ בְּדָבָר זֶה וְהַיְינוּ שִׁבְחוֹ שֶׁל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי דְּאַף עַל פִּי שֶׁהָיָה אָדוּק בַּתּוֹרָה הַרְבֵּה וְקָשֶׁה לִשְׁמוֹר עַצְמוֹ בְּדָבָר זֶה עִם כָּל זֶה הָיָה שׁוֹלֵט בְּטִבְעוֹ וְנִזְהָר מְאֹד לְבִלְתִּי יִשְׁגֶּה בְּשׁוּם פַּעַם לְהַרְהֵר בְּדִבְרֵי תּוֹרָה בְּמָקוֹם מְטֻונָּף.
Et il n'a jamais médité dans des ruelles souillées. Difficulté : quelle est la grandeur particulière de Rabban Yo'hanan ben Zakkai en cela, puisque c'est interdit par la loi à tout homme ? Il me semble que, naturellement, tout sage attaché à la Torah jour et nuit a le plus grand mal à se garder de méditer des paroles de Torah dans des ruelles souillées, et il est forcé d'y faillir -- cela est tenu pour contrainte. Ainsi la Guemara (Zevahim 102b) rapporte de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon bar Yohai qu'il médita une chose de Torah dans les latrines, et la Guemara objecte : comment agit-il ainsi ? Et elle répond : il y était contraint. Puisque, naturellement, il est difficile de s'en garder, c'est précisément en cela que réside l'éloge de Rabban Yo'hanan ben Zakkai : bien qu'il fut fortement attaché à la Torah et qu'il soit difficile de s'en garder, il dominait pourtant sa nature et prenait grand soin de ne jamais faillir en méditant des paroles de Torah en lieu souillé.
וְלֹא מְצָאוֹ אָדָם יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם, אֶלָּא יוֹשֵׁב וְשׁוֹנֶה. קָשֶׁה כֵּיוָן שֶׁסִּיפֵּר בְּשִׁבְחוֹ דְּלָא הָלַךְ אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלֹא תּוֹרָה וּבְלֹא תְּפִלִּין אִם כֵּן כָּל שֶׁכֵּן שֶׁלֹּא הָיָה 'יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם'! וּמַאי חִידּוּשׁ קָא מַשְׁמָע לַן בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר 'יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם' אֵין הַכַּוָּנָה לוֹמַר שֶׁלֹּא הָיָה בָּטֵל מִדִּבְרֵי תּוֹרָה דְּזֶה פְּשִׁיטָא וְאֵין זֶה חִידּוּשׁ אֶלָּא הַכַּוָּנָה דְּיֵשׁ אָדָם שֶׁיִּגַּע מִגִּרְסָתוֹ וְהוּא יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם לִשְׁמֹועַ דִבְרֵי תוֹרָה מֵאֲחֵרִים דְּגָרְסִי לְפָנָיו אוֹ דּוֹמֵם וּמְהַרְהֵר דִבְרֵי תוֹרָה בְּלִבּוֹ אַךְ רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לֹא מְצָאוֹ אָדָם יוֹשֵׁב וְדוֹמֵם בְּאֹופֶן זֶה אֶלָּא תָּמִיד יוֹשֵׁב וְגוֹרֵס שֶׁמּוֹצִיא דִבְרֵי תוֹרָה מִפִּיו אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה יָגֵעַ מְאֹד כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (עֵירוּבִין נד.) 'כִּי חַיִּים הֵם לִמְצָאֵיהֶם' (מִשְׁלֵי ד, כב) לְמוֹצִיאֲהָם בְּפֶה. וּמַה שֶׁאָמַר לֹא פָּתַח אָדָם דֶּלֶת לְתַלְמִידָיו אֶלָּא הוּא בְּעַצְמוֹ קָשֶׁה וְכִי יֵשׁ בֵּית הַמִּדְרָשׁ בְּלֹא שַׁמָּשׁ וְלָמָּה הָיָה עוֹשֶׂה מְלַאכְתּוֹ שֶׁל שַׁמָּשׁ? וְנִרְאֶה לִי דְּבַיּוֹם הָיָה פֶּתַח בֵּית הַמִּדְרָשׁ פָּתוּחַ תָּמִיד אַךְ בַּלַּיְלָה סוֹגְרִים אוֹתוֹ וְכָל אָדָם שֶׁיָּבֹא פּוֹתְחִין לוֹ וְסוֹגְרִין אוֹתוֹ תֵּכֶף בְּעֵת שֶׁנִּכְנַס וְרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי הָיָה דַּרְכּוֹ לָבֹא לְבֵית הַמִּדְרָשׁ קֹודֶם חֲצוֹת קֹודֶם כֹּל הַתַּלְמִידִים וְאַחַר שֶׁנִּכְנַס סוֹגֵר הַשֶּׁמֶשׁ הַדֶּלֶת וְהוֹלֵךְ לִישֹׁן וּכְשֶׁיָּבֹאוּ אַחַר כָּךְ תַּלְמִידִים וְדוֹפְקִים עַל הַפֶּתַח לִיכָּנֵס הָיָה רָץ וּפוֹתֵחַ לָהֶם קֹודֶם שֶׁיָּקִיץ הַשַּׁמָּשׁ לִפְתֹּוחַ לָהֶם.
Et nul ne l'a trouvé assis et silencieux, mais assis et étudiant. Difficulté : puisqu'on a déjà fait son éloge en disant qu'il n'a pas marché quatre coudées sans Torah et sans tefilin, à plus forte raison n'était-il pas assis et silencieux ! Quelle nouveauté nous apprend-on ici ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que assis et silencieux ne veut pas dire qu'il aurait chômé de paroles de Torah -- cela va de soi et n'a rien de nouveau. L'intention est plutôt celle-ci : il est des hommes qui, fatigués de leur récitation, restent assis et silencieux à écouter les paroles de Torah que d'autres récitent devant eux, ou bien silencieux à méditer la Torah dans leur cœur. Or Rabban Yo'hanan ben Zakkai, nul ne l'a jamais trouvé assis et silencieux de cette manière : toujours il était assis et récitait, faisant sortir les paroles de Torah de sa bouche, bien qu'il fut très fatigué -- comme on l'a dit (Erouvin 54a) sur car elles sont vie pour ceux qui les trouvent (Michlei 4:22) : pour ceux qui les font sortir par la bouche. Et ce qui est dit, nul autre que lui-même n'a ouvert la porte à ses élèves -- difficulté : y a-t-il donc une maison d'étude sans bedeau, et pourquoi faisait-il le travail du bedeau ? Il me semble que le jour, la porte de la maison d'étude restait toujours ouverte, mais que la nuit on la fermait ; à quiconque venait, on ouvrait, puis on refermait aussitôt après son entrée. Or Rabban Yo'hanan ben Zakkai avait coutume de venir à la maison d'étude avant minuit, avant tous les élèves ; après son entrée, le bedeau fermait la porte et allait dormir. Et lorsque, plus tard, des élèves venaient et frappaient à la porte pour entrer, c'est lui qui courait leur ouvrir avant que le bedeau ne s'éveille pour le faire.
💡 Explication

Le Talmud remonte du disciple au maître. Les cinq middot de Rabbi Eliezer se retrouvent toutes ici, noyées dans une liste de onze. La dernière phrase est la clé du montage : Rabbi Eliezer se conduisait à son exemple. Le portrait du segment 2 n'était donc pas une singularité, mais un héritage.

La seule exception admise -- les veilles de Pessa'h et de Kippour -- est significative : ce sont les deux moments où l'étude doit céder devant une obligation matérielle et datée (offrir le sacrifice, manger avant le jeûne).

5
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁמוֹנִים תַּלְמִידִים הָיוּ לוֹ לְהִלֵּל הַזָּקֵן. שְׁלֹשִׁים מֵהֶן רְאוּיִם שֶׁתִּשְׁרֶה עֲלֵיהֶן שְׁכִינָה כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ, וּשְׁלֹשִׁים מֵהֶן רְאוּיִם שֶׁתַּעֲמֹוד לָהֶם חַמָּה כִּיהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן. עֶשְׂרִים בֵּינוֹנִים. גָּדוֹל שֶׁבְּכֻולָּן — יוֹנָתָן בֶּן עֻוזִּיאֵל, קָטָן שֶׁבְּכֻולָּן — רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי.

Nos maîtres ont enseigné : Hillel l'Ancien avait quatre-vingts disciples. Trente d'entre eux étaient dignes que la Chekhina repose sur eux comme sur Moche notre maître ; trente d'entre eux étaient dignes que le soleil s'arrête pour eux comme pour Yehochoua bin Noun ; vingt étaient d'un niveau intermédiaire (beinonim).

Le plus grand de tous : Yonatan ben Ouziel. Le plus petit de tous : Rabban Yo'hanan ben Zakkai.

🪔 Ben Yehoyada (3)
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁמוֹנִים תַּלְמִידִים הָיוּ לוֹ לְהִלֵּל הַזָּקֵן. נִרְאֶה לִי בס"ד זָכָה לִשְׁמוֹנִים תַּלְמִידִים כְּנֶגֶד שְׁמוֹנִים שָׁנָה אֲשֶׁר לָמַד וַאֲשֶׁר לִימֵּד כִּי הוּא חַי ק"ך שָׁנִים וּבֶן אַרְבָּעִים שָׁנָה עָלָה מִבָּבֶל לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לִלְמֹוד תּוֹרָה וְאַרְבָּעִים שָׁנָה לָמַד וְאַרְבָּעִים שָׁנָה פַּרְנָס אֶת יִשְׂרָאֵל בִּנְשִׂיאוּתוֹ וְכַנִּזְכָּר בְּסֵדֶר הַדּוֹרוֹת עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז כָּל זֶה בִּשְׁמוֹ הַטּוֹב דְּאוֹת הֵ"א שֶׁבִּשְּׂמוֹ מוֹרֶה שֶׁלָּמַד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ כַּאֲשֶׁר בֵּיאֵר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד לִשְׁמָהּ שֶׁהוּא לְשֵׁם הֵ"א שֶׁהוּא סוֹד לֵאָה כַּנּוֹדָע וְאוֹת לָמֶ"ד מוֹרֶה עַל אַרְבָּעִים שֶׁלָּמַד הוּא עַצְמוֹ וְאוֹת לָמֶ"ד הַשֵּׁנִי יוֹרֶה עַל לִימּוּד הַתּוֹרָה שֶׁלִּימֵּד לַאֲחֵרִים בִּזְמַן נְשִׂיאוּתוֹ גַּם הַלָּמֶ"ד עַצְמוֹ יֵשׁ בְּמִילּוֹאוֹ מ' לְהוֹרוֹת עַל אַרְבָּעִים שֶׁלָּמַד וְאַרְבָּעִים שֶׁלִּימֵּד וְנִשְׁאַר כָּאן ד' וְכָאן ד' לִרְמֹוז עַל ד' חֶלְקֵי הַתּוֹרָה שֶׁהֵם פַּרְדֵּ"ס [פְּשַׁט רֶמֶז דְּרָשׁ סוֹד] אֲשֶׁר לָמַד וַאֲשֶׁר לִימֵּד. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז בִּשְׁמוֹ הַטּוֹב דְּאוֹת הֵ"א שֶׁבִּשְּׂמוֹ יוֹרֶה שֶׁלָּמַד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ שֶׁהוּא לְשֵׁם הֵ"א כָּאָמוּר לְעֵיל וְנִשְׁאֲרוּ שְׁנֵי למדי"ן שֶׁכָּל אֶחָד מִסִּפְרוֹ שְׁלוֹשִׁים לִרְמֹוז עַל תַּלְמִידָיו שֶׁהָיוּ שְׁלוֹשִׁים רְאוּיִין שֶׁתִּשְׁרֶה שְׁכִינָה עֲלֵיהֶם וּשְׁלֹשִׁים רְאוּיִין שֶׁתַּעֲמֹוד לָהֶם חַמָּה וּנְקֻודָּה שֶׁתַּחַת הַלָּמֶ"ד דְּהִלֵּל הִיא ציר"י שֶׁהוּא שְׁנֵי יודי"ן שֶׁמִּסְפָּרָם עֶשְׂרִים כְּנֶגֶד עֶשְׂרִים תַּלְמִידִים הַבֵּינוֹנִים וְסִימָן זֶה כְּלָל גָּדוֹל בַּתּוֹרָה כְּלָל עֶשְׂרִים וּשְׁלֹשִׁים וּשְׁלֹשִׁים.
Nos maîtres ont enseigné : Hillel l'Ancien avait quatre-vingts disciples. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il mérita quatre-vingts disciples en correspondance des quatre-vingts années où il étudia et enseigna : car il vécut cent vingt ans, monta de Babel en terre d'Israël à quarante ans pour étudier la Torah, étudia quarante ans, et pendant quarante ans dirigea Israël dans sa fonction de nassi, comme il est mentionné dans le Seder ha-Dorot (voir là-bas). Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que tout cela est fait allusion dans son bon nom : la lettre hé de son nom indique qu'il a étudié la Torah lichma (pour elle-même), ainsi que l'a expliqué notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le sod du mot lichma, qui est le-chem hé, secret de Léa, comme on sait ; la lettre lamed indique les quarante années où il étudia lui-même, et la seconde lamed indique l'enseignement de la Torah qu'il donna à autrui du temps de sa nessiout. De plus, la lamed elle-même contient dans son épellation un mem, pour indiquer les quarante où il étudia et les quarante où il enseigna ; il reste alors un dalet ici et un dalet là, allusion aux quatre parties de la Torah, le pardes -- pchat, remez, drach, sod -- qu'il apprit et qu'il enseigna. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, de faire allusion par son bon nom : la lettre hé de son nom indique qu'il a étudié la Torah lichma, c'est-à-dire le-chem hé comme dit plus haut ; restent deux lamed, dont chacune vaut trente, allusion à ses disciples -- trente dignes que la Chekhina repose sur eux et trente dignes que le soleil s'arrête pour eux ; et la voyelle sous la lamed de Hillel est un tsere, soit deux youd valant vingt, en face des vingt disciples intermédiaires. Et ce signe est une grande règle dans la Torah : la règle de vingt, trente et trente.
שְׁלֹשִׁים מֵהֶם רְאוּיִין שֶׁתִּשְׁרֶה שְׁכִינָה עֲלֵיהֶם כְּמֹשֶׁה רַבֵּנוּ. כָּתַב הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּפֶתַח עֵינַיִם מַקְשִׁים וְהָא כְּתִיב (דְּבָרִים לד, י) 'וְלֹא קָם נָבִיא עוֹד בְּיִשְׂרָאֵל כְּמֹשֶׁה'? עַייֵּן שָׁם. וְלֹא קָשֶׁה מִידִי דִּ'רְאוּיִין' קָאָמַר אֲבָל בֶּאֱמֶת לָא הָווּ נְבִיאֵי אֲפִילּוּ בְּמַדְרֵגָה הַקְּטַנָּה כִּי פָּסְקָה הַנְּבוּאָה אַחַר חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי וּקְרָא אָמַר 'וְלֹא קָם כְּמֹשֶׁה' קִימָה בְּפֹועַל. אוֹ נִרְאֶה לִי לְעִנְיַן הַהַתְמָדָה מְדַמֵּי לְהוּ כִּי מָצִינוּ בְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לֹא זָזָה שְׁכִינָה מִמֶּנּוּ אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת כֵּן הֵם הָיוּ רְאוּיִים לְהַשְׁרָאַת שְׁכִינָה בִּתְמִידוּת אֲבָל בְּמַדְרֵגַת הַנְּבוּאָה וְהַשְׁרָאַת שְׁכִינָה לָא אַייְרֵי הָכָא דְּאִין הָכִי נָמֵי הָיוּ זוֹכִין לְמַדְרֵגָה כְּפִי עֶרְכָּם דַּוְקָא אֲבָל לְמַדְרֵגַת נְבוּאָה שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אִי אֶפְשָׁר לְהַגִּיעַ. אִי נָמֵי הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה דְּנָקֵיט הָכָא עַל רוּחַ הַקֹּודֶשׁ וְלֹא עַל נְבוּאָה וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּרֵישׁ שַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁזָּכָה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לְרוּחַ הַקֹּודֶשׁ לְמַדְרֵגָה גְּדוֹלָה כְּמוֹ מַדְרֵגַת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בִּנְבוּאָה שֶׁהָיְתָה קוֹל בְּקוֹל וּכְמוֹ שֶׁהָיָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה רַבָּן שֶׁל כָּל נְבִיאִים בִּנְבוּאָה כֵּן הָיָה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה רַבָּן שֶׁל כָּל בַּעֲלֵי רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁלֹּא יֵשׁ צַדִּיק שֶׁזָּכָה לְמַדְרֵגָתוֹ בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ.
Trente d'entre eux étaient dignes que la Chekhina repose sur eux comme sur Moche notre maître. Le Gaon Hida, de mémoire bénie, écrit dans le Petah Einayim qu'on objecte : n'est-il pas écrit (Devarim 34:10) il ne s'est plus levé en Israël de prophète comme Moche ? Voir là-bas. Or il n'y a là aucune difficulté, car il est dit dignes -- mais en vérité ils ne furent pas prophètes, même au degré le plus bas, puisque la prophétie a cessé après Haggai, Zekharia et Malakhi ; et le verset dit il ne s'est pas levé comme Moche, c'est-à-dire un lever effectif. Ou bien il me semble que la comparaison porte sur la continuité : nous trouvons à propos de Moche notre maître, la paix soit sur lui, que la Chekhina ne s'éloigna jamais de lui, pas même une heure ; de même ceux-là étaient dignes d'une résidence continue de la Chekhina -- mais quant au degré de la prophétie et de la résidence de la Chekhina, il n'en est pas question ici : certes ils méritaient un degré à leur propre mesure, mais au degré de prophétie de Moche notre maître, la paix soit sur lui, il est impossible de parvenir. Ou encore : la résidence de la Chekhina dont il est question ici vise le roua'h ha-kodech et non la prophétie, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, au début du Chaar Roua'h ha-Kodech, où il dit que le roi David, la paix soit sur lui, mérita le roua'h ha-kodech à un degré aussi grand que le degré prophétique de Moche notre maître, qui était voix dans la voix ; et de même que Moche notre maître fut le maître de tous les prophètes en prophétie, ainsi le roi David fut le maître de tous les détenteurs du roua'h ha-kodech, aucun tsadik n'ayant atteint son degré en cette matière.
וּשְׁלֹשִׁים מֵהֶם רְאוּיִין שֶׁתַּעֲמֹד לָהֶם חַמָּה כִּיהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן. הָא דִּנְקַט יְהוֹשֻׁעַ מִשּׁוּם דְּשָׁעוֹת שֶׁל יְהוֹשֻׁעַ נְפִישִׁי מִשָּׁעוֹת דְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא וּבָזֶה הָוֵי רְבוּתָא טְפֵי. וְעוֹד דִּיהוֹשֻׁעַ אִית בֵּיהּ רְבוּתָא טְפֵי שֶׁגָּזַר עַל הַשֶּׁמֶשׁ דֹּום לְעֵינֵי כָּל יִשְׂרָאֵל דִּכְתִיב (יְהוֹשֻׁעַ י, יב) 'וַיֹּאמֶר לְעֵינֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁמֶשׁ בְּגִבְעוֹן דּוֹם' וְאִיתָא בְּמִדְרַשׁ תַּנְחוּמָא (מִדְרַשׁ תַּנְחוּמָא פָּרָשַׁת אַחֲרֵי מוֹת, סִימָן יד וּבְיַלְקוּט שְׁמָעוּנִי עַל נָ"ךְ כב) אָמַר לוֹ הַשֶּׁמֶשׁ לִיהוֹשֻׁעַ: אַתָּה אוֹמֵר לִי 'דּוֹם'?! יֵשׁ קָטָן פּוֹתֵחַ פִּיו וְאוֹמֵר לַגָּדוֹל הֵימֶנּוּ 'דּוֹם'? אֲנִי נִבְרֵאתִי בָּרְבִיעִי וְאַתָּה נִבְרֵאת בַּשִּׁשִּׁי וְאַתָּה אוֹמֵר לִי 'דּוֹם'? אָמַר לוֹ יְהוֹשֻׁעַ: בֶּן חוֹרִין קָטָן שֶׁיֵּשׁ לוֹ עֶבֶד זָקֵן אֵינוֹ אוֹמֵר לוֹ שָׁתַק! לֹא קָנָה אַבְרָהָם אָבִינוּ הַשָּׁמַיִם וְכָל מַה שֶׁבְּתוֹכוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית יד, יט) 'בָּרוּךְ אַבְרָם לְאֵל עֶלְיוֹן קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ'? וְלֹא זוֹ בִּלְבַד אֶלָּא שֶׁנִּשְׁתַּחֲוֵית כְּעֶבֶד לִפְנֵי יוֹסֵף שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית לז, ט) 'וְהִנֵּה הַשֶּׁמֶשׁ וְהַיָּרֵחַ וְאַחַד עָשָׂר כּוֹכָבִים מִשְׁתַּחֲוִים לִי' אָמַר לוֹ הַשֶּׁמֶשׁ אַתָּה אוֹמֵר שֶׁאָדוֹם וּמִי אוֹמֵר קִלּוּסוֹ שֶׁל הקב"ה? אָמַר לוֹ שָׁתַק! וַאֲנִי אוֹמֵר, שֶׁנֶּאֱמַר 'אָז יְדַבֵּר יְהוֹשֻׁעַ' וְאֵין אָז אֶלָּא שִׁירָה שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת טו, א) 'אָז יָשִׁיר מֹשֶׁה' עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא דְּאִיכָּא רְבוּתָא גַּבֵּי יְהוֹשֻׁעַ בַּעֲמִידַת הַשֶּׁמֶשׁ שֶׁהֶעֱמִידוֹ בְּעַל כָּרְחוֹ בְּטַעֲנָה גְּדוֹלָה שֶׁבֵּירֵר שֶׁהוּא גָּדוֹל מִמֶּנּוּ וּלְכָךְ אָמַר רְאוּיִין כִּיהוֹשֻׁעַ. וּבְנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו תֵּירֵץ אִיכָּא רְבוּתָא בִּיהוֹשֻׁעַ שֶׁפְּנֵי יְהוֹשֻׁעַ כִּפְנֵי לְבָנָה וְעִם כָּל זֶה הֶעֱמִיד הַחַמָּה מַה שֶׁאֵין כֵּן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה פָּנָיו כִּפְנֵי חַמָּה עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
Et trente d'entre eux étaient dignes que le soleil s'arrête pour eux comme pour Yehochoua bin Noun. S'il a pris Yehochoua, c'est parce que les heures de Yehochoua furent plus nombreuses que celles de Moche notre maître, la paix soit sur lui, comme il est mentionné dans la Guemara -- ce qui rend la chose plus remarquable. De plus, il y a chez Yehochoua une grandeur supplémentaire : il a ordonné au soleil silence aux yeux de tout Israël, comme il est écrit (Yehochoua 10:12) : il dit aux yeux d'Israël, soleil, à Guivon, tais-toi. Et il est rapporté dans le Midrach Tan'houma (Aharei Mot, siman 14, et Yalkout Chimoni sur les Prophètes 22) : le soleil dit à Yehochoua -- toi, tu me dis tais-toi ? Un petit ouvre-t-il la bouche pour dire à plus grand que lui tais-toi ? J'ai été créé le quatrième jour et toi le sixième, et tu me dis tais-toi ? Yehochoua lui répondit : un homme libre, même jeune, qui possède un vieux serviteur, ne lui dit-il pas tais-toi ? Abraham notre père n'a-t-il pas acquis les cieux et tout ce qu'ils contiennent, comme il est dit (Berechit 14:19) : béni soit Abram par le Dieu suprême, qui acquiert les cieux et la terre ? Et non seulement cela, mais tu t es prosterné comme un serviteur devant Yossef, comme il est dit (Berechit 37:9) : et voici que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. Le soleil lui dit : tu dis que je me taise -- et qui dira alors la louange du Saint béni soit-Il ? Il lui répondit : tais-toi, et moi je la dirai, comme il est dit : alors Yehochoua parla -- et az désigne toujours un chant, comme il est dit (Chemot 15:1) : alors Moche chanta. Voir là-bas. Il ressort donc qu'il y a chez Yehochoua une grandeur particulière dans l'arrêt du soleil, puisqu'il l'a arrêté malgré lui, par un argument fort, en établissant qu'il lui était supérieur -- c'est pourquoi il est dit dignes comme Yehochoua. Et mon fils bien-aimé, le Rav Yaakov, que Dieu le garde, a répondu : la grandeur de Yehochoua est que le visage de Yehochoua était comme la face de la lune, et malgré cela il a arrêté le soleil, alors que Moche notre maître, la paix soit sur lui, avait le visage comme la face du soleil. Telles sont ses paroles, que Dieu le garde.
💡 Explication

Nouvelle remontée d'un cran : après le disciple et le maître, l'école. La baraita construit un kal va-homer implicite -- elle place Rabban Yo'hanan ben Zakkai au dernier rang des quatre-vingts pour que la liste vertigineuse qui suit (segment 5) prenne toute sa force.

Les deux étalons choisis ne sont pas décoratifs : Moche pour la Chekhina (le degré intérieur), Yehochoua pour l arrêt du soleil (le pouvoir sur la nature). Deux axes distincts de grandeur, trente disciples chacun.

🖼️ Schéma
Les quatre-vingts disciples de Hillel l'Ancien Hillel -- 80 disciples 30 disciples dignes que la Chekhina repose sur eux comme sur Moche 20 disciples beinonim (niveau intermédiaire) 30 disciples dignes que le soleil s'arrête pour eux comme pour Yehochoua Le plus grand de tous Yonatan ben Ouziel Le plus petit de tous Rabban Yo'hanan ben Zakkai Le kal va-homer du folio : si le plus petit n'a rien négligé de tout ce savoir, le plus grand -- à combien plus forte raison.
Les quatre-vingts disciples de Hillel : la répartition 30 / 20 / 30 et les deux bornes, Yonatan ben Ouziel et Rabban Yo'hanan ben Zakkai
6
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁלֹּא הִנִּיחַ מִקְרָא וּמִשְׁנָה, גְּמָרָא הֲלָכוֹת וְאַגָּדוֹת; דִּקְדּוּקֵי תוֹרָה וְדִקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים; קַלִּים וַחֲמוּרִים וּגְזֵרוֹת שָׁווֹת; תְּקוּפוֹת וְגִימַטְרִיאוֹת; שִׂיחַת מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת וְשִׂיחַת שֵׁדִים וְשִׂיחַת דְּקָלִים; מִשַּׁלְוַת כּוֹבְסִין, מִשְׁלוֹת שׁוּעָלִים; דָּבָר גָּדוֹל וְדָבָר קָטָן.

On a dit de Rabban Yo'hanan ben Zakkai qu'il n'a rien négligé : ni le mikra (le texte biblique) ni la michna ; la guemara, les halakhot et les aggadot ; les minuties de la Torah et les minuties des scribes ; les kal va-homer (à fortiori) et les gezerot chavot (analogies verbales) ; les tekoufot (cycles astronomiques) et les guimatriaot ; le langage des anges du service, le langage des démons et le langage des palmiers ; les paraboles des blanchisseurs et les paraboles des renards ; la grande chose et la petite chose.

📜 Rachi (11)
מִשְׁנָה כְּגוֹן מִשְׁנָה וּבָרַייְתָא שֶׁל שִׁשָּׁה סְדָרִים:
Michna -- par exemple la michna et la baraita des six ordres.
גְּמָרָא זוֹ הִיא סְבָרָא שֶׁהָיוּ הַתַּנָּאִים אַחֲרוֹנִים מְדַקְדְּקִים בְּדִבְרֵי הָרִאשׁוֹנִים הַסְּתוּמִים לְפָרְשָׁם וְלִיתֵּן בָּהֶן טַעַם כְּמוֹ שֶׁעָשׂוּ הָאָמוֹרָאִים אַחַר הַתַּנָּאִים שֶׁפֵּירְשׁוּ דִּבְרֵי הַתַּנָּאִים שֶׁלִּפְנֵיהֶן וְקָבְעוּ בָּהֶן גְּמָרָא וְאוֹתוֹ דִּיּוּק שֶׁבִּימֵי הַתְּנַאי' נִקְרָא הַשַּׁ"ס:
Guemara -- c'est la sevara (le raisonnement) : les derniers Tannaim scrutaient les paroles obscures des premiers pour les expliquer et leur donner une raison, comme le firent les Amoraim après les Tannaim, qui expliquèrent les paroles des Tannaim qui les précédaient et établirent là-dessus une guemara ; et cette analyse-là, du temps des Tannaim, s'appelle le Chas.
הִלְכוֹת הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי כְּגוֹן גּוּד וְלָבוּד וְדֹופֶן עֲקֻומָּה שִׁיעוּרִין חֲצִיצִין מֵחִיצִין עֶשֶׂר נְטִיעוֹת עֲרָבָה וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם:
Halakhot -- les halakha le-Moche mi-Sinaï (lois transmises oralement à Moche au Sinaï), par exemple goud (étirer) et lavoud (rapprocher), dofen akouma (paroi courbée), les mesures, les hatsitsin (interpositions), les méhitsin (cloisons), les dix plants, la aravah et la libation d'eau.
דִּקְדּוּקֵי תּוֹרָה רִיבּוּיֵי אוֹתִיּוֹת שֶׁבָּאִין לִדְרוֹשׁ בָּהֶן רִיבּוּיָם וּמִעוּטִים כְּגוֹן הָאֶזְרָח לְהוֹצִיא הַנָּשִׁים שֶׁדִּקְדְּקָה הַתּוֹרָה בִּלְשׁוֹנָהּ לִכְתֹּוב אוֹת יְתֵירָה לְלַמֵּד:
Les minuties de la Torah -- les lettres surnuméraires qui viennent pour qu'on en tire des inclusions et des exclusions, par exemple ha-ezrah pour exclure les femmes : la Torah a été précise dans sa formulation en écrivant une lettre supplémentaire afin d'enseigner.
דִּקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים שֶׁהוֹסִיפוּ לְדַקְדֵּק אַחַר מַעֲשֵׂה הַבְּרִיּוֹת וּלְהַחְמִיר וְלַעֲשׂוֹת סְייָג וְאָזְנַיִם לַתּוֹרָה וְגָזְרוּ גְּזֵרוֹת לְהַרְחִיק אֶת הָאָדָם מִן הָעֲבֵירָה וְדִכְווָתַהּ בִּבְכוֹרוֹת (ד' ל:) גֵּר הַבָּא לְקַבֵּל תּוֹרָה עָלָיו חוּץ מִדָּבָר אֶחָד אֵין מְקַבְּלִין אוֹתוֹ ר' יוֹסֵי אוֹמֵר אֲפִילּוּ דִּקְדּוּק אֶחָד מִדִּקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים:
Les minuties des scribes -- [les Sages] ont ajouté de scruter la conduite des créatures, d'être stricts, de faire une haie et des rambardes à la Torah ; ils ont décrété des décrets pour éloigner l'homme de la faute. Et semblablement dans Bekhorot (30b) : un converti qui vient accepter sur lui la Torah à l'exception d'une seule chose -- on ne l'accepte pas ; Rabbi Yossi dit : même [s'il excepte] une seule minutie parmi les minuties des scribes.
קַלִּים וַחֲמוֹרִים דְּבָרִים הַלְּמֵדִין בק"ו שֶׁנִּיתְּנוּ לָדוּן מֵעַצְמָן לְכָל אָדָם וְלֹא פֵּירְשׁוּ כְּלוּם בְּסִינַי:
Kal va-homer -- des choses apprises par à fortiori, qui ont été données pour que chacun les déduise de lui-même, et dont rien n'a été précisé au Sinaï.
וּגְזֵרוֹת שָׁווֹת דְּבָרִים הַלְּמֵדִין בג"ש:
Et gezerot chavot -- des choses apprises par analogie verbale.
תְּקוּפוֹת חֶשְׁבּוֹן הִילּוּךְ חַמָּה וּלְבָנָה:
Tékoufot -- le calcul de la marche du soleil et de la lune.
וְגִימַטְרִיָּאוֹת דְּבָרִים הַלְּמֵדִין בִּלְשׁוֹן גֵּימַטְרְיָא כְּגוֹן (יִרְמְיָהוּ כה) שֶׁשָּׁ"ךְ בָּבֶל בא"ת ב"ש כַּשְׂדִּים (שָׁם נא) לֵב קַמֵּי בא"ת ב"ש סָהֲדָה מִנּוּן (לְקַמָּן סֻוכָּה ד' נב:) בא"ט ב"ח וְכֵן לְפִי מִנְיַן הָאוֹתִיּוֹת כְּגוֹן סְתַם נְזִירוּת שְׁלֹשִׁים יוֹם (נָזִיר ד' ה.) מִקִּדּוּשׁ יִהְיֶה יהי"ה בְּגֵימַטְרְיָא שְׁלֹשִׁים הָווּ:
Et guimatriaot -- des choses apprises par le procédé de la guematria, par exemple (Yirmiyahou 25) Chechakh, [qui désigne] Bavel selon at-bach ; Kasdim (ibid. 51), [écrit] Lev Kamaï selon at-bach ; sahadouta minon (plus loin, Souka 52b), selon a-t b-h. Et de même selon le compte numérique des lettres, par exemple un naziréat non précisé [dure] trente jours (Nazir 5a), car [du verset] kadoch yihye, yihye vaut trente en guematria.
שִׂיחַת מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת שִׂיחַת שֵׁדִים שִׂיחַת דְּקָלִים לָא יָדַעְנָא מַאי הִיא:
Le langage des anges du service, le langage des démons, le langage des palmiers -- je ne sais pas ce que c'est.
מִשַּׁלְוַת כּוֹבְסִין וּמִשַּׁלְוַת שׁוּעָלִים שֶׁיָּסְדוּ קַדְמוֹנִים לָתֵת אֲמַתְלָא לְתוֹכַחְתָּם וְתוֹלִין אוֹתָן בְּכוֹבְסִים וּבְשׁוּעָלִים כְּגוֹן (סַנְהֶדְרִין לט.) מֹאזְנֵי צֶדֶק אָבוֹת אָכְלוּ בֹּוסֶר:
Les paraboles des blanchisseurs et les paraboles des renards -- que les anciens ont composées pour donner un appui à leurs remontrances, et qu'ils rattachent aux blanchisseurs et aux renards, comme par exemple (Sanhédrin 39a) : des balances justes ; les pères ont mangé du verjus.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, שֶׁלֹּא הִנִּיחַ מִקְרָא, מִשְׁנָה וְכוּ'. נִרְאֶה לִי מִקְרָא דְּזָכַר כָּאן הַייְנוּ חָכְמַת הַדִּקְדּוּק שֶׁבַּמִּקְרָא שֶׁהִיא גַּם כֵּן חָכְמָה גְּדוֹלָה וְנִמְצָא מָנָה כָּאן י"ח חֲלוּקוֹת כִּי קַלּוֹת וַחֲמוּרוֹת הֵם דָּבָר אֶחָד שֶׁהוּא עִנְיָן קַל וָחֹומֶר. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הָיָה צַדִּיק חַי לְכָךְ זָכָה לי"ח הַנִּזְכָּרִים פֹּה וְנִרְמְזוּ בִּשְׁמוֹ שֶׁשְּׁמוֹ הוּא ח"י נוּ"ן שֶׁזָּכָה לְבֵינָהּ שֶׁיֵּשׁ בָּהּ נוּ"ן שְׁעָרִים וּלְכָךְ זָכָה לֵחִ"י לִימּוּדִים הַנִּזְכָּר. אוֹ נוּ"ן הוּא דָּג שֶׁהֶחָכָם מְכוֹנָה בְּשֵׁם נוּנָא רַבָּא כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ וְכֵיוָן דְּרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁהוּא קָטָן שֶׁבְּכֻולָּם זָכָה לי"ח לִימּוּדִים הַנִּזְכָּר וַדַּאי כֻּולָּם זָכוּ לָהֶם. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד (תְּהִלִּים קמה, טז) 'וּמַשְׂבִּיעַ לְכָל חַי רָצוֹן' תֵּיבַת לַכֹּל [80] רֶמֶז לִשְׁמוֹנִים תַּלְמִידִים שֶׁל הִלֵּל ע"ה שֶׁהָיְתָה חֲלֻוקָּתָם שְׁלֹשִׁים וְעֶשְׂרִים וּשְׁלֹשִׁים שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת 'לְכָל' וְהִשְׁבִּיעַ השי"ת אֶת 'לְכָל' הֵם הַשְּׁמוֹנִים תַּלְמִידִים חַי רָצוֹן, 'חֵי' לִימּוּדִים שֶׁל רָצוֹן. וּמַה שֶׁאָמַר גִּימַטְרִיָּאוֹת עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל. וְקָשֶׁה לְפִי זֶה אַמַּאי נָקֵיט לְהָא בָּתַר תְּקוּפוֹת וַהֲוָה לֵיהּ לָהּ לִמְנַקַּט בַּהֲדֵי הַדּוֹמִין לָהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד גִּימַטְרִיָּאוֹת הוּא חָכְמַת הַמִּסְפָּר וְתִשְׁבֹּורֶת וּבִכְלָלָהּ חָכְמַת הַמְּדִידָה. וְשׁוּב נִזְכַּרְתִּי מִשְׁנָה סוֹף פֶּרֶק ג' דְּאָבוֹת (מִשְׁנָה אָבוֹת ג, יח) 'תְּקוּפוֹת וְגַמְטַרִיאוֹת, פַּרְפְּרָאוֹת לַחָכְמָה' וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ יוֹנָה זַ"ל מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם חֶשְׁבּוֹנוֹת רַבִּים וְחָכְמַת הַחֶשְׁבּוֹן מַחְדֵּדַת הָאָדָם עַיֵּין שָׁם. וְעַייֵּן בְּתוֹסְפוֹת יוֹם טוֹב שָׁם מַה שֶׁאָמַר עַל הַהַנְדָּסָה וְעַיֵּין מַה שֶׁאָמַר עַל דְּבָרָיו הַגָּאוֹן יַעֲבֵ"ץ זַ"ל בְּפֵירוּשׁוֹ עַל אָבוֹת שָׁם יְעֻויַּן שָׁם.
Rabban Yo'hanan ben Zakkai, qui n'a négligé ni le mikra, ni la michna, etc. Il me semble que le mikra mentionné ici désigne la science du dikdouk (la grammaire) du texte biblique, qui est elle aussi une grande science. Il se trouve qu'on compte ici dix-huit rubriques, car kal va-homer forme une seule chose, l'a fortiori. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il était un tsadik vivant (haï), et c'est pourquoi il mérita les dix-huit rubriques mentionnées ici ; elles sont d'ailleurs suggérées dans son nom, car son nom [Yo'hanan] contient het-youd (haï, dix-huit) et noun : il mérita la bina, dans laquelle il y a cinquante portes (noun), et c'est pourquoi il mérita les dix-huit disciplines mentionnées. Ou bien noun désigne le poisson, le sage étant appelé nouna rabba (grand poisson) comme il est dit dans le saint Zohar. Et puisque Rabban Yo'hanan ben Zakkai, qui était le plus petit de tous, mérita les dix-huit disciplines mentionnées, assurément tous les autres les méritèrent. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, le verset (Tehilim 145:16) : et Tu rassasies tout vivant de faveur -- le mot lekhol (dont la valeur est quatre-vingts) fait allusion aux quatre-vingts disciples de Hillel, la paix soit sur lui, dont la répartition était trente, vingt et trente, qui sont les lettres mêmes de lekhol ; et le Saint béni soit-Il rassasia ce lekhol, les quatre-vingts disciples, de haï ratson -- les dix-huit disciplines de la faveur. Quant à ce qui est dit guimatriaot, voir le commentaire de Rachi, de mémoire bénie. Difficulté : pourquoi alors le placer après tekoufot, alors qu'il aurait fallu le placer avec ce qui lui ressemble ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que guimatriaot désigne la science du nombre et du calcul des fractions, laquelle inclut la science de la mesure. Et je me suis ensuite souvenu de la michna à la fin du troisième chapitre d'Avot (Avot 3:18) : tekoufot et guimatriaot sont les hors-d œuvre de la sagesse ; Rabbenou Yona, de mémoire bénie, explique : parce qu'il s'y trouve de nombreux calculs, et que la science du calcul aiguise l'homme -- voir là-bas. Et vois dans le Tossefot Yom Tov ce qu'il dit sur la géométrie, et vois ce que le Gaon Yaavets, de mémoire bénie, dit de ses paroles dans son commentaire sur Avot, là-bas.
וְשִׂיחַת דְּקָלִים. הִנֵּה בִּתְשׁוּבוֹת הַגְּאוֹנִים סִימָן ע"ד יֵשׁ תְּשׁוּבָה לְרַבֵּינוּ הַאי גָּאוֹן זַ"ל שֶׁכָּתַב וְזַ"ל וְשֶׁשְּׁאַלְתֶּם שִׂיחַת דְּקָלִים אָמְרוּ כִּי יוֹם שֶׁאֵין בּוֹ נְשִׁיבַת הָרוּחַ דִּכְשֶׁאַתָּה פּוֹרֵשׁ סָדִין אֵינָהּ מִתְנַעְנַעַת וְהַיּוֹדֵעַ עוֹמֵד בֵּין ב' דְּקָלִים שֶׁהֵם קְרוֹבִים זֶה לָזֶה וְרוֹאֶה אֵיךְ יָנוּעוּ זֶה לָזֶה יֵשׁ בּוֹ סִימָן שֶׁמַּכִּירִין בָּהֶם כַּמָּה דְּבָרִים. וְאָמְרוּ כִּי מַר אַבְרָהָם קָבָאסֵי גָּאוֹן זצ"ל שֶׁהָיָה בִּשְׁנַת אֶלֶף ק"מ לִשְׁטָרוֹת הָיָה מַכִּיר בְּשִׂיחַת דְּקָלִים וְהָיָה מוֹדִיעַ פְּלִיאוֹת גְּדוֹלוֹת שֶׁמַּכִּירִין בָּהֶם הָאֱמֶת לִבְנֵי אָדָם, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ יְעֻויַּן שָׁם. וְגַם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל זָכָה לְהַכִּיר בְּשִׂיחַת דְּקָלִים כַּאֲשֶׁר הֵעִיד עָלָיו רַבֵּינוּ מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל בְּהַקְדָּמָתוֹ לְשַׁעַר הַהַקְדָּמוֹת יְעֻויַּן שָׁם.
Et le langage des palmiers. Dans les Responsa des Gueonim, siman 74, se trouve une réponse de Rabbenou Haï Gaon, de mémoire bénie, qui écrit ainsi : et quant à ce que vous avez demandé sur le langage des palmiers, on a dit qu'un jour sans souffle de vent -- c'est-à-dire tel que, si tu étends un drap, il ne bouge pas -- celui qui s'y connaît se tient entre deux palmiers proches l'un de l'autre et observe comment ils se meuvent l'un vers l'autre : il y a là un signe par lequel on reconnaît bien des choses. Et l'on a dit que Rav Abraham Kabassi Gaon, de mémoire bénie, qui vécut en l'an mille cent quarante du comput des contrats, connaissait le langage des palmiers et faisait connaître de grandes merveilles par lesquelles les hommes reconnaissaient la vérité -- ainsi s'exprime-t-il, voir là-bas. Et notre maître le Ari, de mémoire bénie, mérita lui aussi de connaître le langage des palmiers, comme l'a attesté sur lui notre maître le Rav Haim Vital, de mémoire bénie, dans son introduction au Chaar ha-Hakdamot -- voir là-bas.
💡 Explication

La liste est ordonnée, du plus public au plus ésotérique : d'abord le corpus (mikra, michna, guemara, halakhot, aggadot), puis les outils d'exégèse (dikdoukim, kal va-homer, gezera chava, tekoufot, guimatriaot), enfin les savoirs cachés (langages des anges, des démons, des palmiers ; paraboles des blanchisseurs et des renards).

La glose de Rachi la plus célèbre du folio est sa neuvième : sur les trois langages, il écrit simplement je ne sais pas ce que c'est. Aveu rare, qui donne la mesure de ce qui s'était perdu entre les Tannaim et le onzième siècle.

🖼️ Schéma
Ce que Rabban Yo'hanan ben Zakkai n'a pas négligé La liste va du plus révélé au plus caché, et se referme sur davar gadol / davar katan (segment 6) Le corpus révélé mikra -- le texte biblique michna -- michna et braitot guemara -- la sevara qui explique halakhot -- halakha le-Moche mi-Sinaï aggadot -- le récit et la morale Les outils d'exégèse dikdoukéi Torah -- lettres en trop dikdoukéi soferim -- haies rabbiniques kal va-homer -- à fortiori gezera chava -- analogie verbale tekoufot / guimatriaot -- calcul Les savoirs cachés langage des anges du service langage des démons langage des palmiers paraboles des blanchisseurs paraboles des renards Rachi sur les trois langages : je ne sais pas ce que c'est davar gadol -- grande chose maasse merkava le secret du Char divin davar katan -- petite chose havayot de-Abaye ve-Rava les questionnements du Talmud Michlei 8:21 -- pour faire hériter à ceux qui m aiment du substantiel, et je remplirai leurs trésors Le Ben Yehoyada : il n'a pas perdu son temps à ces sciences -- le Ciel a rempli lui-même ses trésors, sans effort de sa part.
La liste du savoir de Rabban Yo'hanan ben Zakkai : du corpus révélé aux savoirs cachés, jusqu'au couple davar gadol / davar katan
7
דָּבָר גָּדוֹל — מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה. דָּבָר קָטָן — הֲוָיוֹת דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא. לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְהַנְחִיל אֹוהֲבַי יֵשׁ וְאֹוצְרֹותֵיהֶם אֲמַלֵּא״. וְכִי מֵאַחַר שֶׁקָּטָן שֶׁבְּכֻולָּן כָּךְ, גָּדוֹל שֶׁבְּכֻולָּן עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. אָמְרוּ עָלָיו עַל יוֹנָתָן בֶּן עֻוזִּיאֵל, בְּשָׁעָה שֶׁיּוֹשֵׁב וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה — כָּל עוֹף שֶׁפּוֹרֵחַ עָלָיו מִיָּד נִשְׂרָף.

La grande chose -- c'est le maasse merkava (l'œuvre du Char divin). La petite chose -- ce sont les havayot d'Abaye et de Rava (leurs questionnements dialectiques).

[Tout cela] pour accomplir ce qui est dit : pour faire hériter du substantiel à ceux qui m aiment, et je remplirai leurs trésors (Michlei 8:21). Or si le plus petit de tous était ainsi, le plus grand de tous -- à combien plus forte raison !

On a dit de Yonatan ben Ouziel qu'à l'heure où il siégeait et étudiait la Torah, tout oiseau qui volait au-dessus de lui était aussitôt brûlé.

📜 Rachi (2)
הֲוָיוֹת דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא כָּל אִיבְּעִי' לְהוּ לְאַבַּיֵּי וְרָבָא הֲוָה מְסַפְּקָא לְהוּ וּבְכֻולָּן נָתַן אֶת לִבּוֹ וְנָתַן בָּהֶן טַעַם וּבִימֵי אָמוֹרָאִים נִשְׁתַּכְּחוּ:
Les havayot d'Abaye et de Rava -- toutes les interrogations que se posaient Abaye et Rava et qui leur faisaient difficulté : lui [Rabban Yo'hanan ben Zakkai] y avait applique son cœur et leur avait donné une raison ; mais au temps des Amoraim elles avaient été oubliées.
נִשְׂרַף שֶׁהָיוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מִתְקַבְּצִין סְבִיבָיו לִשְׁמֹועַ דִבְרֵי תוֹרָה מִפִּיו:
Était brûlé -- car les anges du service se rassemblaient autour de lui pour entendre les paroles de Torah de sa bouche.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל עוֹף שֶׁפּוֹרֵחַ עָלָיו מִיָּד נִשְׂרָף. שֶׁהַדְּבָרִים שְׂמֵחִים כִּנְתִינָתָם בְּסִינַי שֶׁנִּתְּנָה תּוֹרָה בָּאֵשׁ וּכְעִנְיָן זֶה מָצִינוּ בַּמִּדְרָשׁ בְּעֻובְדָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין בִּסְעוּדָה וְלִיהֲטָה הָאֵשׁ סְבִיבָם:
Tout oiseau qui volait au-dessus de lui était aussitôt brûlé -- car les paroles [de Torah] étaient joyeuses comme au moment de leur don au Sinaï, la Torah ayant été donnée dans le feu. Et une chose de ce genre, nous la trouvons dans le midrach, dans le récit de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua qui étaient attablés à un repas, et le feu flamboyait autour d'eux.
🪔 Ben Yehoyada (2)
דָּבָר גָּדוֹל, מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה, וְדָבָר קָטָן, הֲוָיוֹת דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא. נִרְאֶה לִי בס"ד מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה הוּא עִנְיָן הַיִּחוּדִים הַנִּמְצָא מֵהֶם בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ לְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל וְקָרֵי לְהוּ 'מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה' שֶׁמַּרְכִּיב הַסְּפִירוֹת וְהַשֵּׁמוֹת וְהָעוֹלָמוֹת זֶה בָּזֶה בְּכַוָּנָתוֹ וְהֵם דָּבָר יָקָר מְאֹד. וְאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל למהרח"ו זַ"ל דִּלְעִנְיַן הַיִּחוּדִים הוּא גָּדוֹל יוֹתֵר מִלִּימּוּד הַסּוֹדוֹת כַּנִּזְכָּר בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ וְלִהְיוֹת כִּי עִנְיַן לִימּוּד זֶה הוּא בְּסוֹד עוֹלָם הָאֲצִילוּת שֶׁהוּא הַגָּדוֹל, לְכָךְ קָרֵי לֵיהּ 'דָּבָר גָּדוֹל' אַךְ הֲוָיוֹת דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא הֵם הַקֻּושְׁיוֹת וְהַתֵּירוּצִים בְּפִלְפּוּלִים וְאֵלּוּ הֵם בְּסוֹד הָעֲשִׂיָּה דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דְּקֻושְׁיוֹת וְתֵירוּצִים הֵם מְשַׁבְּרִים הַקְּלִיפּוֹת שֶׁבַּעֲשִׂיָּה וְלִהְיוֹת כִּי תִּיקּוּן שֶׁלָּהֶם בַּעֲשִׂיָּה שֶׁשָּׁם עִיקַּר הַקְּלִיפּוֹת לְכָךְ קָרֵי לְהוּ 'דָּבָר קָטָן' כִּי הָעֲשִׂיָּה הוּא קָטָן שֶׁבְּאַרְבַּע עוֹלָמוֹת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ הַטַּעַם דְּקָרֵי לַהֲוָיוֹת דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא 'דָּבָר קָטָן' עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּרֵישׁ שַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ דְּהַתְּנָאִים הֵם מִבְּחִינַת זְמַן דְּגַדְלוּת וְהָאָמוֹרָאִים הֵם מִבְּחִינַת זְמַן הַקְּטַנּוֹת הַנִּקְרָא יְנִיקָה יְעֻויַּן שָׁם. וּבָזֶה מוּבָן הֵיטֵב מַה דְּקָרֵי לְדִבְרֵי הָאָמוֹרָאִים 'דָּבָר קָטָן'. וְרָאִיתִי בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים לְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בְּהַקְדָּמָה ל"ו דַּף מ.) שֶׁכָּתַב דְּאַבַּיֵּי הָיָה גִּלְגּוּל שְׁלִישִׁי לַנְּשָׁמָה שֶׁהָיְתָה בריב"ז וּלְכָךְ אָמְרוּ רז"ל עַל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁלֹּא הִנִּיחַ מִקְרָא וּמִשְׁנָה וְכוּ' וַהֲוָיוֹת דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא יְעֻויַּן שָׁם. וְהַשְׁתָּא לְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הַנִּזְכָּר מוּבָן הַטַּעַם דְּקָרֵי לְהַווָּיוֹת דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא בְּשֵׁם 'דָּבָר קָטָן' כִּי הֵם שֶׁל גִּלְגּוּל שְׁלִישִׁי שֶׁהוּא קָטָן לְגַבֵּי רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי ודו"ק.
La grande chose, le maasse merkava ; et la petite chose, les havayot d'Abaye et de Rava. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le maasse merkava désigne l'affaire des yihoudim (unifications) dont on trouve la matière dans le Chaar Roua'h ha-Kodech de notre maître le Ari, de mémoire bénie ; on les nomme maasse merkava parce qu'on y attelle (markiv) les sefirot, les Noms et les mondes les uns aux autres par l'intention -- et c'est chose fort précieuse. Notre maître le Ari, de mémoire bénie, a dit au Rav Haim Vital, de mémoire bénie, qu'en matière de yihoudim cela est plus grand que l'étude des sodot, comme il est mentionné dans le Chaar Roua'h ha-Kodech. Et parce que cette étude relève du sod du monde d'Atsilout, qui est le grand, on l'appelle grande chose. Les havayot d'Abaye et de Rava, en revanche, sont les questions et les réponses dans les pilpoulim, et celles-ci relèvent du sod de la Assiya ; car il est connu que notre maître le Ari, de mémoire bénie, a dit que les questions et les réponses brisent les kelipot (écorces) de la Assiya. Et parce que leur réparation se situe dans la Assiya, où se trouve l'essentiel des kelipot, on les appelle petite chose, la Assiya étant le plus petit des quatre mondes. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'expliquer la raison pour laquelle on appelle les havayot d'Abaye et de Rava petite chose, d'après ce qu'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, au début du Chaar Roua'h ha-Kodech : les Tannaim relèvent de l'aspect du temps de gadlout (grandeur) et les Amoraim de l'aspect du temps de katnout (petitesse), appelé yenika (allaitement) -- voir là-bas. Par là se comprend fort bien que l'on appelle les paroles des Amoraim petite chose. Et j'ai vu dans le Chaar ha-Guilgoulim de notre maître le Ari, de mémoire bénie (introduction 36, page 40a), qu'il écrit qu'Abaye était le troisième guilgoul (transmigration) de l'âme qui était en Rabban Yo'hanan ben Zakkai ; c'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit de Rabban Yo'hanan ben Zakkai qu'il n'a négligé ni le mikra ni la michna, etc., et les havayot d'Abaye et de Rava -- voir là-bas. Selon ces paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, on comprend la raison pour laquelle on appelle les havayot d'Abaye et de Rava du nom de petite chose : elles sont d'un troisième guilgoul, qui est petit par rapport à Rabban Yo'hanan ben Zakkai. Et sois attentif.
לְקַיֵּם מַה שֶׁנֶּאֱמַר : (מִשְׁלֵי ח, כא) "לְהַנְחִיל אֹהֲבַי יֵשׁ וְאֹצְרֹתֵיהֶם אֲמַלֵּא ". פֵּירוּשׁ אַל תַּחְשֹׁוב דְּרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי אִיבֵּד זְמַן כְּדֵי לֵידַע חָכְמוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם שִׂיחַת שֵׁדִים וְשִׂיחַת דְּקָלִים מִשְׁלוֹת כּוֹבְסִים מִשְׁלוֹת שׁוּעָלִים אֶלָּא בֶּאֱמֶת הוּא כָּל זְמַנּוֹ עֲשָׂאוֹ קֶבַע לִלְמֹוד הַתּוֹרָה דַּוְקָא וּשְׁאָר חָכְמוֹת הַנִּזְכָּר קָלַט אוֹתָם בְּסִיַּיעְתָּא דִּשְׁמַייָּא שֶׁפָּתַח לִבּוֹ לַהֲבִינָם בִּמְהֵרָה הוֹאִיל וְיֵשׁ בָּהֶם צֹורֶךְ לְעִנְייְנֵי תּוֹרָה וּלְכָךְ אָמַר 'וְאֹצְרֹתֵיהֶם אֲמַלֵּא' אֲנִי בְּעַצְמִי אֲמַלֵּא אוֹצְרוֹת מוֹחָם וְלִבָּם וְלֹא עַל יְדֵי יְגִיעָה שֶׁלָּהֶם.
Pour accomplir ce qui est dit (Michlei 8:21) : pour faire hériter du substantiel à ceux qui m aiment, et je remplirai leurs trésors. Explication : ne pense pas que Rabban Yo'hanan ben Zakkai ait perdu du temps à acquérir ces sciences que sont le langage des démons, le langage des palmiers, les paraboles des blanchisseurs et les paraboles des renards. En vérité, il a fait de tout son temps un temps fixé pour l'étude de la Torah seule ; quant aux autres sciences mentionnées, il les a saisies par une aide du Ciel qui lui a ouvert le cœur pour les comprendre rapidement, puisqu'elles sont utiles aux matières de la Torah. C'est pourquoi il est dit : et je remplirai leurs trésors -- Moi-même je remplirai les trésors de leur cerveau et de leur cœur, et non par leur propre labeur.
💡 Explication

Le couple davar gadol / davar katan renverse l'intuition : la grande chose est le maasse merkava (l'ésotérisme), la petite est la dialectique d'Abaye et Rava -- c'est-à-dire l'essentiel du Talmud tel que nous l'étudions. Rachi ajoute une précision saisissante : Rabban Yo'hanan ben Zakkai possédait déjà les réponses à ces questionnements, qui ont été oubliées avant d'être reposées à l'époque amoraïque.

Le verset de Michlei fournit la justification : ce savoir encyclopédique n'est pas de la dispersion, c'est un trésor rempli par le Ciel. Le folio conclut par le kal va-homer et bascule sur Yonatan ben Ouziel, dont l'intensité d'étude incendie l'air au-dessus de lui.

8
מַתְנִי׳ מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת — בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין. אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: לֹא כָּךְ הָיָה מַעֲשֶׂה שֶׁהָלְכוּ זִקְנֵי בֵּית שַׁמַּאי וְזִקְנֵי בֵּית הִלֵּל לְבַקֵּר אֶת רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן הַחוֹרָנִית, וּמְצָאוּהוּ שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת, וְלֹא אָמְרוּ לוֹ דָּבָר. אָמְרוּ לָהֶם בֵּית שַׁמַּאי: מִשָּׁם רְאָיָה?! אַף הֵם אָמְרוּ לוֹ: אִם כֵּן הָיִיתָ נוֹהֵג, לֹא קִיַּימְתָּ מִצְוַת סֻוכָּה מִיָּמֶיךָ.

MICHNA. Celui dont la tête et la majorité [du corps] étaient dans la souka, et dont la table était à l'intérieur de la maison : Beit Chammai déclarent passoul (invalide) et Beit Hillel déclarent kacher.

Beit Hillel dirent à Beit Chammai : n'en fut-il pas ainsi, lorsque les Anciens de Beit Chammai et les Anciens de Beit Hillel allèrent rendre visite à Rabbi Yo'hanan ben ha-Horanit, et le trouvèrent assis, sa tête et la majorité [de son corps] dans la souka et sa table à l'intérieur de la maison, et qu'ils ne lui dirent rien ?! Beit Chammai leur dirent : est-ce de là une preuve ?!

Eux aussi lui dirent : si tu te conduisais ainsi, tu n'as jamais accompli la mitsva de la souka de tes jours.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' מִשָּׁם רְאָיָה בִּתְמִיהַּ:
MICHNA. Est-ce de là une preuve ? -- [c'est dit] sur le ton de l'étonnement.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת ב"ש פּוֹסְלִין וב"ה מַכְשִׁירִין אָמְרוּ לָהֶם ב"ה לב"ש מַעֲשֶׂה שֶׁהָלְכוּ זִקְנֵי ב"ש וְזִקְנֵי ב"ה לְבַקֵּר אֶת ר' יוֹחָנָן הַחֹורֹנִי וּמָצְאוּ שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת וְלֹא אָמְרוּ לוֹ דָּבָר אָמְרוּ לָהֶן ב"ש לב"ה מִשָּׁם רְאָיָה אַף הֵם אָמְרוּ לוֹ א"כ הָיִיתָ נוֹהֵג לֹא קִיַּימְתָּ מִצְוַת סֻוכָּה מִיָּמֶיךָ. נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה וְקָטָן שֶׁאֵין צָרִיךְ לְאִמּוֹ חַיָּיב בְּסֻוכָּה מַעֲשֶׂה שֶׁיָּלְדָה כַּלָּתוֹ שֶׁל שַׁמַּאי הַזָּקֵן וּפִיחֵת אֶת הַמַּעֲזִיבָה וְסִיכֵּךְ ע"ג הַמִּטָּה בִּשְׁבִיל הַקָּטָן: דַּף כֹּח ע"ב
MICHNA. Celui dont la tête et la majorité [du corps] étaient dans la souka et dont la table était à l'intérieur de la maison : Beit Chammai déclarent passoul et Beit Hillel déclarent kacher. Beit Hillel dirent à Beit Chammai : il arriva que les Anciens de Beit Chammai et les Anciens de Beit Hillel allèrent rendre visite à Rabbi Yo'hanan ha-Horani, et le trouvèrent assis, sa tête et la majorité [de son corps] dans la souka et sa table à l'intérieur de la maison, et ils ne lui dirent rien. Beit Chammai dirent à Beit Hillel : est-ce de là une preuve ? Eux aussi lui dirent : si tu te conduisais ainsi, tu n'as jamais accompli la mitsva de la souka de tes jours. Femmes, esclaves et mineurs sont exemptés de la souka ; et le mineur qui n'a plus besoin de sa mère est tenu à la souka. Il arriva que la belle-fille de Chammai l'Ancien accoucha, et il ouvrit le crépi du toit et couvrit de skhakh au-dessus du lit à cause du mineur. [Folio 28b]
💡 Explication

Nouvelle michna. Le désaccord porte sur ce que doit contenir la souka : le corps seulement (Beit Hillel) ou aussi la table (Beit Chammai). Le motif de Beit Chammai est préventif : si la table reste dans la maison, on sera attiré vers elle et l'on finira par manger hors de la souka.

Le mouvement le plus intéressant est rhétorique. Beit Hillel apportent un maasse (un précédent) : des Anciens des deux écoles ont vu faire et n'ont rien dit. Beit Chammai ne nient pas le fait -- ils en retournent le récit : ce n'est pas qu'ils n'ont rien dit, c'est qu'ils ont dit exactement le contraire de ce que Beit Hillel en tirent.

🖼️ Schéma
La tête et la majorité dans la souka, la table dans la maison La crainte de Beit Chammai : être attiré par sa table, et finir par manger hors de la souka SOUKA skhakh MAISON toit plein paroi tête + majorité la table -- dans la maison Beit Chammai -- PASSOUL Il faut que la table soit dans la souka. Sinon, il sera attiré vers elle et mangera hors de la souka sans s'en apercevoir. D'où leur réplique : si tu faisais ainsi, tu n'as jamais accompli la mitsva de souka. Beit Hillel -- KACHER La tête et la majorité du corps suffisent : c'est l'homme qui doit être dans la souka. Preuve : les Anciens des deux écoles ont vu Rabbi Yo'hanan ben ha-Horanit faire ainsi, et ne lui ont rien dit.
La michna de la table : la même scène lue comme une preuve par Beit Hillel et retournée par Beit Chammai
9
נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה. קָטָן שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְאִמּוֹ — חַיָּיב בְּסֻוכָּה. מַעֲשֶׂה וְיָלְדָה כַּלָּתוֹ שֶׁל שַׁמַּאי הַזָּקֵן, וּפִיחֵת אֶת הַמַּעֲזִיבָה וְסִיכֵּךְ עַל גַּבֵּי הַמִּטָּה בִּשְׁבִיל קָטָן.

Femmes, esclaves et mineurs sont exemptés de la souka. Le mineur qui n'a plus besoin de sa mère est tenu à la souka.

Il arriva que la belle-fille de Chammai l'Ancien accoucha ; il ôta le crépi du toit et posa le skhakh au-dessus du lit, à cause du mineur.

📜 Rachi (1)
נָשִׁים וַעֲבָדִים מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Femmes et esclaves -- [cela] est expliqué dans la Guemara.
💡 Explication

Second volet de la michna, qui commande toute la Guemara du folio. Trois catégories exemptées -- femmes, esclaves, mineurs -- et une exception dans l'exception : le mineur qui n'a plus besoin de sa mère (les Amoraim en définiront la mesure) est déjà tenu, au titre du hinoukh (éducation).

Le récit de Chammai l'Ancien montre la sévérité jusqu'au bout : pour un nouveau-né, dont personne ne prétend qu'il est tenu, il défait le toit de la maison pour en faire une souka. C'est un maasse qui sert de contre-point : la michna précédente montrait Beit Chammai stricts sur la table, celle-ci les montre stricts sur le hinoukh.

10
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: ״אֶזְרָח״ — זֶה אֶזְרָח, ״הָאֶזְרָח״ — לְהוֹצִיא אֶת הַנָּשִׁים, ״כֹּל״ — לְרַבּוֹת אֶת הַקְּטַנִּים.

GUEMARA. D'où ces choses [sont-elles tirées] ?

De ce que nos maîtres ont enseigné : ezrah (indigène) -- c'est l'indigène ; ha-ezrah (l'indigène, avec l'article) -- pour exclure les femmes ; kol (tout) -- pour inclure les mineurs.

📜 Rachi (4)
גְּמ' הָאֶזְרָח בִּבְנֵי יִשְׂרָאֵל יֵשְׁבוּ בַּסֻּוכּוֹת:
GUEMARA. Ha-ezrah -- [le verset complet :] tout indigène en Israël résideront dans des soukot.
אֶזְרָח זֶה אֶזְרָח אִי הֲוָה כְּתִיב אֶזְרָח הָוֵי מַשְׁמַע כָּל תּוֹלְדוֹת יִשְׂרָאֵל אֲנָשִׁים וְנָשִׁים:
Ezrah, c'est l'indigène -- s'il avait été écrit ezrah [sans article], cela aurait visé toute la descendance d'Israël, hommes et femmes.
כְּתִיב הָאֶזְרָח מְיֻומָּן שֶׁבָּאֶזְרָחִים לְהוֹצִיא אֶת הַנָּשִׁים:
Il est écrit ha-ezrah -- le plus qualifié parmi les indigènes, pour exclure les femmes.
לְרַבּוֹת אֶת הַקְּטַנִּים לְקַמָּן רָמֵינַן מַתְנִיתָא עֲלָהּ:
Pour inclure les mineurs -- plus loin, nous opposons à cela une baraita.
💡 Explication

La Guemara cherche la source scripturaire de la michna. Le verset (Vayikra 23:42) est kol ha-ezrah be-Israël yechvou ba-soukot, et la baraita en extrait trois enseignements à partir de trois éléments du même groupe de mots : le mot ezrah lui-même, l'article hé qui le précède, et le mot kol.

La mécanique est celle du ribouy / mioute (inclusion / exclusion) : chaque élément superflu du texte doit porter un enseignement. Rachi annonce déjà au dernier mot que la dernière derakha -- kol pour inclure les mineurs -- sera contestée par une baraita plus loin.

11
אָמַר מַר: ״הָאֶזְרָח״ — לְהוֹצִיא אֶת הַנָּשִׁים. לְמֵימְרָא ד״אֶזְרָח״, בֵּין נָשִׁים בֵּין גַּבְרֵי מַשְׁמַע? וְהַתַּנְיָא: ״הָאֶזְרָח״ — לְרַבּוֹת אֶת הַנָּשִׁים הָאֶזְרָחִיּוֹת, שֶׁחַיָּיבוֹת בְּעִינּוּי. אַלְמָא ״אֶזְרָח״ — גַּבְרֵי מַשְׁמַע! אָמַר רַבָּה: הִלְכְתָא נִינְהוּ וְאַסְמְכִינְהוּ רַבָּנַן אַקְּרָאֵי.

Le Maître a dit : ha-ezrah -- pour exclure les femmes. Est-ce à dire que ezrah [sans article] désignerait aussi bien les femmes que les hommes ?

Mais n'a-t-on pas enseigné : ha-ezrah -- pour inclure les femmes indigènes, qui sont tenues au inouy (l'affliction de Yom Kippour) ! Il apparaît donc que ezrah désigne [seulement] les hommes !

Rabba dit : ce sont des halakhot [transmises à Moche au Sinaï], et les Sages les ont [seulement] adossées aux versets.

📜 Rachi (2)
בְּעִינּוּי יוֹם הַכִּפּוּרִים דִּכְתִיב תְּעַנּוּ אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם וְכָל מְלָאכָה לֹא תַעֲשׂוּ הָאֶזְרָח וְהַגֵּר אַלְמָא ה' לְרַבּוֹיֵי אֲתָא:
Au inouy -- [il s'agit de] Yom Kippour, dont il est écrit : vous affligerez vos âmes et vous ne ferez aucun travail, l'indigène et l'étranger. Il apparaît donc que le hé vient pour inclure.
אָמַר רַבָּה הִלְכְתָא נִינְהוּ וְאַסְמְכִינְהוּ רַבָּנַן אַקְּרָאֵי הָנָךְ תְּרֵי מִילֵּי לֵיכָּא לְמִידְרְשִׁינְהוּ לְתַרְוַייְהוּ מִקְּרָאֵי דְּאִם זוֹ ה' לְרַבּוֹת אַף זוֹ ה' לְרַבּוֹת וְאִם זוֹ לְמַעֵט אַף זוֹ לְמַעֵט אֶלָּא עַל פִּי הֲלָכָה שֶׁנֶּאֶמְרָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי בְּאֶחָד מֵהֶן לְחִילּוּף נֶאֶמְרוּ שְׁנֵי דְבָרִים הַלָּלוּ זוֹ לְחִיּוּב וְזוֹ לִפְטוֹר וַחֲדָא מִינַּייְהוּ לָאו מִמַּשְׁמָעוּתָא אֶלָּא רַבָּנָן אַסְמְכִינְהוּ אַקְרַאי חֲדָא מִמַּשְׁמָעוּתָא וַחֲדָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא דְּאִלּוּ קְרָא חִילּוּפָא מַשְׁמַע וּלְמִילְּתָא אַחֲרִיתִי אֲתָא:
Rabba dit : ce sont des halakhot et les Sages les ont adossées aux versets -- ces deux enseignements, il est impossible de les tirer tous deux des versets : car si ce hé-ci vient pour inclure, alors ce hé-là aussi vient pour inclure ; et s'il vient pour exclure, celui-là aussi vient pour exclure. C'est donc en vertu d'une halakha dite à Moche au Sinaï sur l'un des deux qu'ils ont été énoncés à l'inverse l'un de l'autre -- l'un pour l'obligation, l'autre pour l'exemption. Et l'un des deux ne découle pas du sens du texte : les Sages l'ont seulement adossé aux versets ; l'un est bien tiré du sens, et l'autre n'est qu'une asmakhta (un simple appui), puisque le verset, [lu selon son sens], indique l'inverse et vient pour autre chose.
🗂️ Tossefot (1)
הִלְכְתָא נִינְהוּ. הִלְכְתָא הִיא גָּרְסִינַן לְשׁוֹן יָחִיד דַּחֲדָא מִינַּייְהוּ הִלְכְתָא וְתוּ לָא וּבְרֵישׁ בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דַּף לב.) גַּבֵּי אֵין לִי אֶלָּא אִשָּׁה נְקַט לְשׁוֹן רַבִּים לְפִי שֶׁמְּסֻופָּק עַל שְׁנֵיהֶם הֵי מִינַּייְהוּ הִלְכְתָא:
Ce sont des halakhot -- nous lisons hilkheta hi (c'est une halakha), au singulier, car une seule des deux est une halakha [sinaïtique], pas davantage. Et au début de [chapitre] Benot Koutim (Nidda 32a), à propos de : je n'ai [pour source] que la femme, il emploie le pluriel, parce qu'il y a là un doute sur les deux, [ne sachant] laquelle des deux est la halakha.
💡 Explication

La Guemara attaque la baraita du segment précédent. Le raisonnement est purement formel : si l'article hé de ha-ezrah exclut les femmes ici, c'est que ezrah seul les aurait incluses. Or, à Yom Kippour, une autre baraita lit le même article comme incluant les femmes -- donc ezrah seul désignerait les hommes. Le même signe grammatical produit deux lectures opposées.

La sortie de Rabba est structurelle et non exégétique : ces deux règles sont en réalité des halakhot le-Moche mi-Sinaï, et le verset n'en est que le support mnémonique (asmakhta). Rachi précise l'économie exacte de la réponse : l'une des deux derakhot est vraie au sens du texte, l'autre n'est qu'un appui. Tossefot corrige la lecture : au singulier, une seule des deux est halakha.

12
הֵי קְרָא וְהֵי הִלְכְתָא? וְתוּ: קְרָא לָמָּה לִי, הִלְכְתָא לָמָּה לִי? הָא סֻוכָּה מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא, וְכָל מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא נָשִׁים פְּטוּרוֹת.

Laquelle [est tirée] du verset et laquelle est une halakha ? Et de plus : pourquoi ai-je besoin du verset, et pourquoi ai-je besoin de la halakha ?

La souka n'est-elle pas une mitsvat asse che-hazman gerama (un commandement positif conditionné par le temps), et [le principe est que] les femmes sont exemptes de tout commandement positif conditionné par le temps !

📜 Rachi (2)
ה"ג הֵי קְרָא וְהֵי הִלְכְתָא וְתוּ לָמָּה לִי קְרָא לָמָּה לִי הִלְכְתָא הֵי קְרָא הֵי מִינַּייְהוּ מִמַּשְׁמָעוּתָא וְהֵי לָאו מִמַּשְׁמָעוּתָא דִּקְרָא דְּאִלּוּ קְרָא חִילּוּפָא מַשְׁמַע אֶלָּא מֵהִלְכְתָא הוּא דְּאִתְּמַר וְתוּ לָמָּה לִי קְרָא לָמָּה לִי הִלְכְתָא לֹא בְּסֻוכָּה לִפְטוֹר וְלֹא בְּעִינּוּי לְחִיּוּב:
Voici la lecture : laquelle est du verset et laquelle est une halakha, et de plus, pourquoi ai-je besoin du verset, pourquoi ai-je besoin de la halakha -- laquelle est du verset, c'est-à-dire laquelle des deux découle du sens [du texte] et laquelle ne découle pas du sens du verset, puisque le verset indique l'inverse et que c'est d'une halakha qu'elle a été dite. Et de plus, pourquoi ai-je besoin du verset, pourquoi ai-je besoin de la halakha : ni pour la souka afin d'exempter, ni pour le inouy afin d'obliger.
נָשִׁים פְּטוּרוֹת בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (ד' לד.) מְפָרֵשׁ:
Les femmes sont exemptes -- cela est expliqué au premier chapitre de Kiddouchin (34a).
💡 Explication

Double offensive contre la réponse de Rabba. D'abord une question de répartition : laquelle des deux derakhot est réellement scripturaire ? Ensuite, une question plus radicale : à quoi bon l'une ou l'autre ?

Pour la souka, le principe général suffit déjà : c'est une mitsvat asse che-hazman gerama (elle ne vaut que sept jours dans l'année), et les femmes en sont exemptes par la règle générale de Kiddouchin. Aucun verset spécial n'était nécessaire pour les exempter.

13
יוֹם הַכִּפּוּרִים, מִדְּרַב יְהוּדָה אָמַר רַב נָפְקָא. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב, וְכֵן תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אָמַר קְרָא: ״אִישׁ אוֹ אִשָּׁה״,

Quant à Yom Kippour, [l'obligation des femmes] découle de ce que Rav Yehouda a dit au nom de Rav. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav, et de même à-t-on enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : le verset dit -- un homme ou une femme,

📜 Rachi (1)
וְיוֹם הַכִּפּוּרִים לֹא תַעֲשֶׂה הוּא וְכָרֵת הוּא וְכָל מִצְוֹת לֹא תַעֲשֶׂה בֵּין זְמַן גְּרָמָא בֵּין לֹא זְמַן גְּרָמָא נָפְקָא לָן בְּקִדּוּשִׁין (ד' לה.) מִדְּרַב יְהוּדָה דְּחַיָּיבוֹת:
Et Yom Kippour -- c'est un commandement négatif assorti de karet ; et [pour] tous les commandements négatifs, qu'ils soient ou non conditionnés par le temps, nous apprenons dans Kiddouchin (35a), d'après Rav Yehouda, que [les femmes] y sont tenues.
💡 Explication

Symétrie de l'objection précédente : de même que la souka n'avait pas besoin d'un verset pour exempter les femmes, Yom Kippour n'en avait pas besoin pour les y obliger. Le verset ich o ischa (Bamidbar 5:6) sert de règle générale égalisant l'homme et la femme pour toute la Torah.

Rachi ajoute le motif technique : l'affliction de Kippour relève d'un lo taasse (interdit) assorti de karet, et les femmes sont tenues à tous les interdits, que le temps les conditionne ou non. La phrase s'interrompt ici -- la suite du raisonnement passe au folio 28b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).