Sukkah 28b — Un verset rendu à son sens inclusif, le seuil de l'enfance, et la souka devenue résidence permanente

Sukkah 28b

Sougya : Le amoud commence par sauver de l'inutilité la halakha sinaïtique qui exempte les femmes de la souka : Abaye montre que sans elle, tichvou ke-ein tadourou aurait obligé la femme, puisqu'on demeure normalement en couple ; Rava montre que sans elle, la gezera chava quinze / quinze avec la fête des matzot aurait fait de même. Une fois l'exemption transférée à la halakha, le verset kol ha-ezrah be-Israël redevient entièrement inclusif et le Talmud lui trouve trois emplois : le hé inclut les guerim pour la souka, il inclut les femmes dans le tossefet inouy de Yom Kippour -- exactement la zone sans karet ni avertissement où le principe général ne mordait plus -- et le kol inclut les mineurs, mais seulement ceux qui ont atteint le hinoukh, obligation de-rabbanan pour laquelle le verset n'est qu'une asmakhta.

La Guemara cherche ensuite le critère concret de l'enfant qui n'a plus besoin de sa mère : l'école de Rabbi Yannai retient l'autonomie corporelle, Rabbi Chimon l'enfant qui ne rappelle pas sa mère au réveil -- critère aussitôt corrigé, car même un grand appelle : ce qui compte est de ne pas appeler sans relâche. Le récit de Chammai l'Ancien défonçant son plafond pour un nouveau-né semblait contredire la michna qu'il suit ; la réponse est hissourei mehassera, il faut restituer la ligne Chammai est rigoureux.

S'ouvre alors une michna neuve qui inverse les statuts : la souka devient le keva et la maison le arai, avec un seuil matériel pour sortir sous la pluie -- quand la mikpa se gâte -- et la parabole du serviteur qui reçoit une cruche d'eau au visage. La beraita traduit le principe en gestes : beaux ustensiles et belles literies montent à la souka, on y mange, on y boit, on s'y promène, on y révise.

Le dernier mot de cette liste, mechanen, se heurte à Rava, qui fait sortir le tinouy de la souka. La résolution partage l'étude en deux : le migras, mémorisation de ce qui est déjà clair, reste dans la souka ; l'iyoun, analyse des motifs, en sort -- non par une dispense propre à l'étude, mais parce que celui qui ne peut pas penser y est mitstaer, et que selon Rachi l'air lui est bon, pour élargir son esprit.

Le fil du folio : fermer la derasha des femmes, puis ouvrir la michna de la souka permanente Dix segments. Six pour liquider le verset kol ha-ezrah, un pour Chammai et le nourrisson, trois pour tichvou ke-ein tadourou Segments 0 à 1 -- si le verset ne sert pas à exempter les femmes, pourquoi une halakha du Sinaï ? Abaye : sans elle, tichvou ke-ein tadourou aurait obligée la femme, car on demeure en couple. Rava : sans elle, la gezera chava quinze / quinze avec la fête des matzot l'aurait obligée. Les deux répondent à la même objection : un commandement positif conditionné par le temps exempte déjà la femme -- alors à quoi bon une halakha ? Réponse : à bloquer une hava amina. Segments 2 à 4 -- le verset libéré devient un verset qui inclut Le hé de ha-ezrah, pour la souka : inclure les guerim (convertis), contre l'idée que ha-ezrah be-Israël les exclurait. Le hé de ha-ezrah, pour Yom Kippour : inclure les femmes dans le tossefet inouy, la où il n'y a ni karet ni interdit formel. Le kol : inclure les mineurs -- mais seulement ceux qui ont atteint le hinoukh, obligation de-rabbanan ; le verset n'est qu'une asmakhta. Segments 5 à 6 -- où passe exactement la frontière de l'enfance, et le geste de Chammai École de Rabbi Yannai : celui que sa mère n'a plus à nettoyer. Rabbi Chimon : celui qui ne rappelle pas Maman en s'éveillant -- corrigé en : qui n'appelle pas sans relâche. Le récit de Chammai semblait contredire la michna. Réponse : hissourei mehassera -- la michna est incomplète, il faut lire Chammai est rigoureux, et de fait il arriva que... Segment 7 -- MICHNA NEUVE : la souka devient le keva, la maison devient le arai Sept jours durant, on inverse le statut des deux lieux. Seuil de sortie sous la pluie : quand la mikpa (le plat en gelée) se gâte. Et la parabole : un serviteur vient verser la coupe à son maître, et reçoit une cruche d'eau au visage. La pluie de la fête est un signe de refus. Segments 8 à 9 -- GUEMARA : la source du keva, et la seule chose qui sort de la souka Source : tichvou ke-ein tadourou. Conséquence concrète : beaux ustensiles, belles literies -- on les monte à la souka ; on y mange, on y boit, on s'y promène, on y révise. Objection de Rava : mikra et matna dans la souka, mais tinouy hors de la souka ! Résolution finale : deux sortes d'étude. Migras (mémoriser, réviser du déjà clair) -- dans la souka. Iyoun (analyser les motifs) -- dehors, car l'esprit y a besoin d'air.
Le fil du folio : de la liquidation du verset kol ha-ezrah à la michna de la souka permanente.
Un verset à trois mots, quatre emplois : kol ha-ezrah be-Israël yechvou ba-soukkot Ce que le folio précédent voulait en tirer, ce que Rabba a refusé, et ce qui lui reste une fois l'exemption devenue halakha du Sinaï L'hypothèse abandonnée (fin du 28à) ha-ezrah -- exclure les femmes de la souka ha-ezrah -- inclure les femmes à Yom Kippour Contradiction frontale : le même hé, deux fois, en sens inverse. Et Yom Kippour n'en avait pas besoin : la femme est déjà tenue par le principe l'Écriture a égalisé la femme à l'homme. Rabba : ce sont des halakhot, le verset n'est qu'un appui. Alors pourquoi une halakha du Sinaï ? (segments 0-1) Abaye Sans elle : tichvou ke-ein tadourou -- on demeure en couple, donc la femme serait tenue. Rava Sans elle : gezera chava quinze / quinze avec la fête des matzot, où la femme mange la matza. Le verset, libéré de l'exemption, redevient entièrement inclusif hé de ha-ezrah -- souka Inclut les guerim (convertis). Contre la hava amina : ha-ezrah be-Israël = le natif seulement. Tossefot : même figure dans Menahot 61b, Yebamot 74b, Keritot 7b. hé de ha-ezrah -- Kippour Inclut les femmes, non pour le jour lui-même, mais pour le tossefet inouy (l'extension du jeûne). Là où il n'y a ni karet ni avertissement, l'égalisation femme / homme ne mordait plus. kol -- les mineurs Inclut le mineur parvenu au hinoukh. Mais cette obligation est de-rabbanan -- donc le verset est une asmakhta. Rachi : le kol sert aussi au guer converti pendant la fête, et à la souka empruntée. La nafka mina de la question d'Abaye et de Rava Elle n'est pas dans le résultat -- la femme est exempte dans les deux cas -- mais dans le statut du raisonnement. Si la halakha du Sinaï est nécessaire, c'est que la logique ordinaire (temps qui conditionne le commandement) ne suffisait pas à trancher : tichvou ke-ein tadourou (Abaye) ou une gezera chava (Rava) auraient pu la renverser. La halakha n'est pas un doublon, elle est un verrou.
Quatre emplois d un même verset, et pourquoi il fallait quand même une halakha du Sinaï.
Tichvou ke-ein tadourou : ce qui monte à la souka, et la seule chose qui en descend Sept jours durant, les statuts s'inversent -- et la beraita transforme ce principe en liste de gestes concrets LA SOUKA -- devient le KEVA Beaux ustensiles : on les monte Belles literies : on les monte On y mange, on y boit On s'y promène On y révise (mechanen) Rachi : la souka était typiquement sur le toit -- d'où maalan, il les fait monter. LA MAISON -- devient le ARAI Elle ne perd pas son statut de maison, mais elle cesse d'être le lieu de la vie. Une seule chose y remonte légitimement : l'iyoun -- l'analyse en profondeur des motifs, parce que celui qui peine est mitstaer, et le mitstaer est exempt de la souka. La partition de l'étude (segment 9) MIGRAS -- dans la souka Mikra : lire le texte écrit. Matna : répéter les michnayot déjà fluides. Et même réviser une chemaata déjà claire. C'est cela le mechanen de la beraita. IYOUN -- hors de la souka Tinouy : le travail du Talmud, comparer une chose à une autre, dégager les motifs. Cela demande de la réflexion et de l'espace. Rachi : l'air lui est bon, pour élargir son esprit. La pluie : le seuil et la parabole (segment 7) Seuil objectif : on ne sort pas dès la première goutte. On sort quand assez d'eau est tombée pour gâter la mikpa -- un plat en gelée, ni liquide ni épais (Rachi). Le critère n'est pas l'inconfort ressenti, mais un dommage mesurable à la nourriture. Parabole : le serviteur vient verser la coupe, le maître lui jette une cruche au visage. Sortir n'est donc pas un abandon -- c'est lire un signe. Rachi note que la Guemara devra encore préciser qui verse à qui.
Tichvou ke-ein tadourou en gestes concrets, la partition migras / iyoun, et le seuil de la pluie.
1
הִשְׁוָה הַכָּתוּב אִשָּׁה לְאִישׁ לְכָל עֳונָשִׁין שֶׁבַּתּוֹרָה. אָמַר אַבַּיֵּי: לְעוֹלָם סֻוכָּה הִלְכְתָא, וְאִיצְטְרִיךְ. סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא ״תֵּשְׁבוּ״ — כְּעֵין תָּדוּרוּ, מַה דִּירָה — אִישׁ וְאִשְׁתּוֹ, אַף סֻוכָּה — אִישׁ וְאִשְׁתּוֹ, קָא מַשְׁמָע לַן.

L'Écriture a égalisé la femme à l'homme pour toutes les peines de la Torah. Abaye dit : en vérité, [l'exemption des femmes de] la souka est bien une halakha [transmise à Moche au Sinaï], et [elle] était pourtant nécessaire.

[Car] il te serait venu à l'esprit de dire : « tichvou » (vous résiderez) -- à la manière dont vous demeurez ; or la demeure, [c'est] l'homme et sa femme, donc la souka aussi, [ce serait] l'homme et sa femme. [La halakha] nous enseigne [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (1)
אָמַר אַבָּיֵי לְעוֹלָם סֻוכָּה לִפְטוֹר' הִלְכְתָא הִיא דְּאִלּוּ קְרָא חִיּוּבָא קָמְרַבֵּי דְּאֶזְרַח גַּבְרֵי הוּא דְּמַשְׁמַע וָהּ' לְרַבּוֹת אֶת הַנָּשִׁים הֲוָה לָן לְמִדְרְשֵׁיהּ כִּדְדָרְשִׁינַן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אֶלָּא שֶׁהֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי פּוֹטַרְתָּן וּדְקָתָנֵי הָאֶזְרָח לְהוֹצִיא אֶת הַנָּשִׁים אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא וְעִיקַּר קְרָא לְרַבּוּיֵי אֲתָא כְּדִלְקַמָּן וּדְקַשְׁיָא לָךְ לָמָּה לִי הִלְכְתָא לְפָוטְרָן הָא מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא הוּא אִיצְטְרִיךְ ס"ד כו':
Abaye dit : en vérité, la souka -- [l'exemption des femmes] est une halakha [du Sinaï]. Car si [on la tirait] du verset, celui-ci vient au contraire inclure une obligation : « ezrah » (l'indigène) ne désigne que les hommes, et le hé [de « ha-ezrah »] vient inclure les femmes -- nous aurions dû le derasher ainsi, comme nous le derashons à propos de Yom Kippour. Mais [en réalité] c'est une halakha [transmise] à Moche au Sinaï qui les exempte ; et lorsque la beraita enseigne « ha-ezrah -- pour exclure les femmes », ce n'est qu'une asmakhta (simple appui scripturaire), le verset venant essentiellement inclure, comme [il sera dit] plus loin. Quant à ta difficulté -- pourquoi faut-il une halakha pour les exempter, puisqu'il s'agit d'un commandement positif conditionné par le temps ? -- [la réponse est :] elle était nécessaire, [car] il te serait venu à l'esprit, etc.
🗂️ Tossefot (1)
הִשְׁוָה הַכָּתוּב אִשָּׁה לְאִישׁ. וא"ת פ"ק דַּעֲרָכִין (ד' ד:) דְּאָמַר אֵין לִי אֶלָּא אִישׁ שֶׁהֶעֱרִיךְ אִשָּׁה שֶׁהֶעֱרִיכָה מִנַּיִן וּבְפֶ' ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף סו.) גַּבֵּי מְקַלֵּל אָבִיו וְאִמּוֹ דְּאִיצְטְרִיךְ לָן אִישׁ אִישׁ לְרַבּוֹת אִשָּׁה דְּדָרֵישׁ לָהּ מִדִּכְתִיב אִישׁ תְּרֵי זִימְנֵי דְּאֵין מִיעוּט אַחַר מִיעוּט אֶלָּא לְרַבּוֹת תִּיפּוֹק לֵיהּ מִדְּהִשְׁוָה אִשָּׁה לְאִישׁ וְכֵן בְּפֶ' נִגְמַר הַדִּין (סַנְהֶדְרִין ד' מו:) אֵין הָאִשָּׁה נִתְלֵית מִדִּכְתִיב אִישׁ וְלֹא אָמְרִי' הִשְׁוָה אִשָּׁה לְאִישׁ וי"ל דִּלְעִנְיַן פָּרָשָׁה שֶׁנֶּאֶמְרָה בִּלְשׁוֹן זָכָר הוּא דְּאָמְרִינַן הִשְׁוָה הַכָּתוּב אִשָּׁה לְאִישׁ דְּאַהָא מַיְיתֵי לָהּ בְּרֵישׁ תְּמוּרָה (ד' ב:) וְהָכָא גַּבֵּי אֶזְרָח אֲבָל הֵיכָא דִּכְתִיב אִישׁ מְמַעֲטִינַן אִשָּׁה וּמִיהוּ קָשֶׁה דִּבְפֶ' שׁוֹר שֶׁנָּגַח אַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה (ב"ק ד' מד:) אָמַר שׁוֹר שׁוֹר שִׁבְעָה לְהָבִיא שׁוֹר הָאִשָּׁה גַּבֵּי שׁוֹר שֶׁהֵמִית וְהָתָם לָא כְּתִיב בֵּיהּ שׁוֹר אִישׁ אֶלָּא דִּכְתִיב בֵּיהּ וְגַם בְּעָלָיו יוּמָת וְזֶה אֵינוֹ אֶלָּא לְשׁוֹן זָכָר וְשֶׁמָּא יֵשׁ בּוֹ שׁוּם יִתּוּר שֶׁהָיִיתִי מְמַעֵט מִמֶּנּוּ אִשָּׁה אִי לָאו דְּרַבְיִי' רַחֲמָנָא אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק ד' וָהּ' (שָׁם דַּף מד.) נְגִיחָה לְמִיתָה נְגִיחָה לִנְזָקִין הֲוָה יָלְפִי' מִיתָה מִנְּזָקִין דִּכְתִיב בְּהוּ כִּי יִגַּח שׁוֹר אִישׁ:
L'Écriture a égalisé la femme à l'homme. Et si tu demandes : au premier chapitre de Arakhin (4b), on dit -- je n'ai [dans le verset] que l'homme qui fait un erekh (évaluation votive) ; la femme qui en fait un, d'où [le sait-on] ? Et au chapitre Arba mitot (Sanhédrin 66a), à propos de celui qui maudit son père et sa mère, il nous a fallu « ich ich » pour inclure la femme -- ce qu'on derashe du fait que « ich » est écrit deux fois, car une restriction après une restriction ne vient que pour inclure : qu'on le tire donc du principe que [l'Écriture] a égalisé la femme à l'homme ! De même au chapitre Nigmar ha-din (Sanhédrin 46b) : la femme n'est pas pendue, [ce qu'on derashe] de ce qu'il est écrit « ich », et l'on ne dit pas [là] que l'Écriture a égalisé la femme à l'homme. Et l'on peut répondre : c'est à propos d'une paracha énoncée au masculin que l'on dit « l'Écriture a égalisé la femme à l'homme » -- car c'est à ce sujet qu'on l'apporte au début de Temoura (2b), et ici à propos de « ezrah » ; mais là où il est écrit « ich », nous excluons la femme. Cela reste toutefois difficile, car au chapitre Chor chenagah arba va-hamicha (Baba Kama 44b) on dit : « chor », « chor », sept fois, pour inclure le bœuf de la femme, à propos du bœuf qui a tué -- or la il n'est pas écrit « chor ich », mais seulement « et son propriétaire aussi sera mis à mort », ce qui n'est qu'une tournure masculine. Peut-être y a-t-il là quelque redondance dont j'aurais exclu la femme si la Torah ne l'avait pas incluse ; ou bien, puisque nous derashons au chapitre Arba va-hamicha (ibid. 44a) « [une] neguiha (coup de corne) pour la mort, [une] neguiha pour les dommages », nous aurions appris [le cas de] la mort à partir des dommages, où il est écrit « si un bœuf encorne un homme (ich) ».
💡 Explication

Le folio précédent s'était achevé sur une contradiction : le même mot ha-ezrah servait à exclure les femmes de la souka et à les inclure à Yom Kippour. Rabba avait tranché : ce sont des halakhot transmises à Moche au Sinaï, et les Sages n'ont fait que les adosser aux versets (asmakhta). La dernière ligne du 28à rappelait pourquoi Kippour n'avait de toute façon pas besoin de verset -- le principe général que l'Écriture a égalisé la femme à l'homme pour toutes les peines.

Reste alors une objection sur l'autre versant : si l'exemption des femmes de la souka est une halakha du Sinaï, elle semble inutile. La souka est déjà un mitsvat asse che-ha-zeman gerama (commandement positif conditionné par le temps), dont les femmes sont exemptes par la règle générale. Abaye répond que la halakha n'est pas un doublon mais un verrou : sans elle, le principe tichvou ke-ein tadourou (résidez comme vous demeurez) aurait renversé la règle, puisqu'on demeure normalement en couple.

Rachi ajoute une précision décisive sur le sens du verset : selon Abaye, le hé de ha-ezrah n'a jamais exclu personne -- il est intrinsèquement inclusif. Ce que la beraita présentait comme une exclusion n'était qu'une asmakhta.

2
רָבָא אָמַר: אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא יָלֵיף ״חֲמִשָּׁה עָשָׂר״ ״חֲמִשָּׁה עָשָׂר״ מֵחַג הַמַּצּוֹת. מַה לְהַלָּן — נָשִׁים חַיָּיבוֹת, אַף כָּאן — נָשִׁים חַיָּיבוֹת. קָא מַשְׁמָע לַן.

Rava dit : [la halakha] était nécessaire, [car] il te serait venu à l'esprit de dire : on apprend [par gezera chava] « le quinzième » [de Souccot] et « le quinzième » [de la fête des matzot] ; de même que là-bas les femmes sont tenues, de même ici les femmes seraient tenues. [La halakha] nous enseigne [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (1)
רָבָא אָמַר אִצְטְרִיךְ מֶה הָתָם נָשִׁים חַייָּבוֹת בַּאֲכִילַת מַצָּה וְאַף ע"ג דְּמַצָּה מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא דְּנָפְקָא כדר"א בִּפְסָחִים (דַּף מג:) שֶׁנֶּאֱמַר לֹא תֹאכַל עָלָיו חָמֵץ שִׁבְעַת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת כֹּל שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּבַל תֹּאכַל חָמֵץ יֶשְׁנוֹ בְּקוּם אֱכֹול מַצָּה וְנָשִׁים יֶשְׁנָן בְּמִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה דְּהַיְינוּ אֲכִילַת חָמֵץ:
Rava dit : elle était nécessaire -- de même que là-bas les femmes sont tenues à la consommation de la matza, et cela bien que la matza soit un commandement positif conditionné par le temps, ainsi qu'il ressort de [l'enseignement de] Rabbi Elazar dans Pessahim (43b) : il est dit « tu ne mangeras pas avec lui de hametz, sept jours tu mangeras des matzot » -- quiconque est inclus dans le « tu ne mangeras pas de hametz » est inclus dans le « lève-toi et mange de la matza » ; or les femmes sont incluses dans le commandement négatif, c'est-à-dire [l'interdit de] manger du hametz.
💡 Explication

Rava propose une autre hava amina (hypothèse initiale), mécanique et non conceptuelle. Souccot et la fête des matzot commencent toutes deux « le quinzième jour » du mois : cette formule identique autorise une gezera chava (analogie verbale), qui transfère d'une loi à l'autre ce qui est enseigné pour l'une.

Or la matza est elle aussi un commandement positif conditionné par le temps, et pourtant les femmes y sont tenues. Rachi rappelle le mécanisme : puisqu'elles sont incluses dans l'interdit négatif de manger du hametz, elles sont du même coup incluses dans l'obligation positive de manger de la matza. Sans la halakha du Sinaï, la gezera chava aurait importe ce résultat vers la souka.

3
וְהַשְׁתָּא דְּאָמְרַתְּ סֻוכָּה הִלְכְתָא, קְרָא לָמָּה לִי? לְרַבּוֹת אֶת הַגֵּרִים. סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: ״הָאֶזְרָח בְּיִשְׂרָאֵל״ אֲמַר רַחֲמָנָא — וְלֹא אֶת הַגֵּרִים, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et maintenant que tu as dit que [l'exemption de] la souka est une halakha [du Sinaï], pourquoi ai-je besoin du verset ? Pour inclure les guerim (convertis).

[Car] il te serait venu à l'esprit de dire : « ha-ezrah be-Israël » (l'indigène en Israël), a dit le Miséricordieux -- et non les guerim. [Le verset] nous enseigne [le contraire].

📜 Rachi (2)
וְהַשְׁתָּא דַּאֲמַרְתְּ סֻוכָּה לִפְטוּרָה הִלְכְתָא הִיא וְלָאו מִמַּשְׁמָעוּתָא דְּאִילּוּ ה' דִּקְרָא רִבּוּיָיא הִיא קְרָא לָמָּה לִי כְּלוֹמַר אַמַּאי אֲתָא ה' דְּסֻוכָּה:
Et maintenant que tu as dit que [l'exemption de] la souka est une halakha -- et non [qu'elle découle] du sens du verset, puisque le hé du verset est un terme inclusif : pourquoi ai-je besoin du verset ? C'est-à-dire : à quoi vient le hé [de « ha-ezrah »] à propos de la souka ?
לְרַבּוֹת אֶת הַגֵּרִים שֶׁחַייָּבִים בְּסֻוכָּה:
Pour inclure les guerim -- [pour enseigner] qu'ils sont tenus à la souka.
🗂️ Tossefot (1)
לְרַבּוֹת הַגֵּרִים. דס"ד יִשְׂרָאֵל וְלֹא גֵּרִים כִּי הַאי גַווְנָא אַשְׁכְּחַן פֶּרֶק כָּל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת (מְנָחוֹת דַּף סא: וְשָׁם) גַּבֵּי תְּנוּפָה דְּאָמְרִי' אֵין לִי אֶלָּא בְּנֵי יִשְׂרָאֵל גֵּרִים וַעֲבָדִים מְשֻׁוחְרָרִים מִנַּייִן ת"ל הַמַּקְרִיב וְכֵן בְּפֶרֶק הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עַד: וְשָׁם) ובספ"ק דִּכְרִיתוֹת (דַּף ז:) דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אִשָּׁה כִּי תַזְרִיעַ אֵין לִי אֶלָּא בְּנֵי יִשְׂרָאֵל גִּיֹּורֶת וְשִׁפְחָה מְשֻׁוחְרֶרֶת מִנַּייִן ת"ל אִשָּׁה וְתֵימַהּ דִּבְפֶרֶק אֵלּוּ הֵן הַנֶּחֱנָקִין (סַנְהֶדְרִין דַּף פּוֹ. וְשָׁם) גַּבֵּי גּוֹנֵב נֶפֶשׁ אָמְרִינַן בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לִמְעוּטֵי לְמִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין אֲבָל כֻּולּוֹ מְשֻׁוחְרָר לֹא מְמַעֵט מִבְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְכֵן בְּפֶרֶק בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דַּף לד.) בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מְטַמְּאִין בְּזִיבָה וְאֵין הַנָּכְרִים מְטַמְּאִין בְּזִיבָה אֲבָל גֵּרִים וּמְשֻׁוחְרָרִים לָא מְמַעֲטִי וְכֵן בִּמְנָחוֹת בְּפֶ' שְׁתֵּי מִדּוֹת (מְנָחוֹת דַּף צג. וְשָׁם) בְּנֵי יִשְׂרָאֵל סוֹמְכִין וְאֵין הַנָּכְרִים סוֹמְכִין אֲבָל גֵּרִים וּמְשֻׁוחְרָרִים סוֹמְכִין ובפ"ק דַּעֲרָכִין (דַּף ה:) בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מַעֲרִיכִין וְאֵין הַנָּכְרִים מַעֲרִיכִין וְשֶׁמָּא בְּכָל הָנֵי יֵשׁ שׁוּם רִבּוּי דְּמִרַבֵּינַן גֵּרִים וּמְשֻׁוחְרָרִים:
Pour inclure les guerim. Car il serait venu à l'esprit [de dire] : Israël et non les guerim. Nous trouvons une figure semblable au chapitre Kol ha-menahot baot (Menahot 61b) à propos de la tenoufa (balancement) : on y dit -- je n'ai que les Bnei Israël ; les guerim et les esclaves affranchis, d'où [le sait-on] ? Le verset dit « ha-makriv » (celui qui offre). De même au chapitre Ha-arel (Yebamot 74b) et à la fin du premier chapitre de Keritot (7b) : « Parle aux Bnei Israël : une femme qui conçoit... » -- je n'ai que les filles d'Israël ; la convertie et l'esclave affranchie, d'où ? Le verset dit « icha » (une femme). Et c'est étonnant, car au chapitre Elou hen ha-nehenakin (Sanhédrin 86a), à propos de celui qui vole une personne, on dit : « Bnei Israël » exclut celui qui est à moitié esclave et à moitié homme libre -- mais l'affranchi complet n'est pas exclu par « Bnei Israël ». De même au chapitre Benot Koutim (Nidda 34a) : les Bnei Israël contractent l'impureté de ziva et les non-Juifs non -- mais les guerim et les affranchis ne sont pas exclus. De même dans Menahot, chapitre Chtei midot (93a) : les Bnei Israël font la semikha (imposition des mains) et les non-Juifs non -- mais les guerim et les affranchis la font. Et au premier chapitre de Arakhin (5b) : les Bnei Israël font des arakhin et les non-Juifs non [sans que les guerim soient exclus]. Peut-être y a-t-il dans tous ces cas quelque terme inclusif par lequel nous incluons les guerim et les affranchis.
💡 Explication

Retournement complet du verset. Tant que ha-ezrah servait à exclure les femmes, il était restrictif. Une fois cette exclusion transférée à la halakha du Sinaï, le mot redevient disponible -- et la règle herméneutique veut que le hé défini soit un terme inclusif (ribouy).

Il inclut donc les guerim (convertis). L'hypothèse qu'il fallait écarter était séduisante : « ha-ezrah be-Israël » désigne littéralement le natif d'Israël, ce qui semblait exclure celui qui est entré dans le peuple par conversion.

Les Tossefot élargissent le problème et le laissent ouvert : dans certains passages « Bnei Israël » exclut les guerim et exige un terme inclusif, dans d'autres il ne les exclut pas du tout. Ils concluent prudemment que dans ces derniers cas il devait exister un ribouy que le Talmud n'a pas cité.

4
יוֹם הַכִּפּוּרִים מִדְּרַב יְהוּדָה אָמַר רַב נָפְקָא. לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לְתוֹסֶפֶת עִינּוּי. סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וּמִיעֵט רַחֲמָנָא לְתוֹסֶפֶת עִינּוּי מֵעֹונֶשׁ וּמֵאַזְהָרָה, לֹא נִתְחַייְּבוּ נָשִׁים כְּלָל, קָא מַשְׁמָע לַן.

[L'obligation des femmes à] Yom Kippour se déduit déjà de ce que Rav Yehouda a dit au nom de Rav. [Le verset] n'a été nécessaire que pour le tossefet inouy (le supplément d'affliction).

[Car] il te serait venu à l'esprit de dire : puisque le Miséricordieux a exclu le supplément d'affliction de la peine [de karet] et de l'avertissement [l'interdit formel], les femmes n'y seraient pas tenues du tout. [Le verset] nous enseigne [qu'elles le sont].

📜 Rachi (3)
מִדְּרַב יְהוּדָה נָפְקָא וְלָמָּה לִי קְרָא ה' דְּהָאֶזְרָח לְרַבּוֹיֵי נָשִׁים לְעִינּוּי:
Cela se déduit déjà de Rav Yehouda -- alors pourquoi me faut-il le verset, le hé de « ha-ezrah », pour inclure les femmes dans l'affliction ?
לְתוֹסֶפֶת עִינּוּי שֶׁהִצְרִיךְ הַכָּתוּב לְהַתְחִיל וּלְהִתְעַנּוֹת מִבְּעוֹד יוֹם:
Pour le supplément d'affliction -- [l'extension] que l'Écriture impose : commencer à s'affliger alors qu'il fait encore jour.
הוֹאִיל וּמַעֲטֵיהּ קְרָא מִלָּאו וְכָרֵת דִּכְתִיב בְּעִינּוּי (וַיִּקְרָא כג) בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה עַל עַצְמוֹ שֶׁל יוֹם עָנוּשׁ כָּרֵת וְאֵינוֹ עָנוּשׁ כָּרֵת עַל תּוֹסֶפֶת עִינּוּי וּמֵאַזְהָרָה נָמֵי אִימַּעוּט בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף פֹּא.) נָשִׁים נָמֵי לְמַעֲטֵי דְּלָא לִיחַייְּבוּ בֵּיהּ אֲפִילּוּ לְמִצְוַת עֲשֵׂה בְּעָלְמָא:
Puisque le verset l'a exclu -- du lo taasse (interdit) et du karet. Car il est écrit à propos de l'affliction (Vayikra 23) « en ce jour même » : c'est sur le jour lui-même qu'on est puni de karet, et l'on n'est pas puni de karet pour le supplément d'affliction ; et de l'avertissement aussi il a été exclu, au dernier chapitre de Yoma (81a). [J'aurais donc pu penser que] les femmes aussi en sont exclues, au point de n'y être même pas tenues comme simple commandement positif.
💡 Explication

Même opération que pour la souka, mais en sens inverse. Puisque le principe général (l'Écriture a égalisé la femme à l'homme pour toutes les peines) suffit déjà à obliger la femme à Yom Kippour, le hé de ha-ezrah paraissait superflu.

La réponse est d'une précision chirurgicale : ce principe est adossé aux peines. Or le tossefet inouy -- l'extension du jeûne, commencée alors qu'il fait encore jour -- est justement la portion du temps que la Torah a exemptée du karet et de l'avertissement formel (le verset dit « en ce jour même », donc le jour lui-même et non son prolongement). Dans cette zone sans peine, le principe général ne mord plus, et la femme aurait été exemptée même comme simple mitsvat asse.

Le verset ne double donc pas Rav Yehouda : il couvre exactement l'angle mort qu'il laissait.

🖼️ Schéma
Le tossefet inouy : une zone d'obligation sans peine ni interdit Veille de Kippour tossefet (avant) LE JOUR LUI-MÊME -- be-etsem ha-yom ha-ze karet + lo taasse Sortie de Kippour tossefet (après) ni karet ni avertissement peine et interdit formels ni karet ni avertissement La hava amina La femme est tenue à Kippour par le principe l'Écriture a égalisé la femme à l'homme pour toutes les peines de la Torah. Or dans la zone du tossefet, il n'y a justement ni peine ni interdit. Donc : la femme y serait exempte. La réponse du verset Le hé de ha-ezrah vient précisément là : il inclut les femmes dans le tossefet inouy. Le verset ne double donc pas Rav Yehouda au nom de Rav -- il couvre exactement la zone que ce principe ne pouvait pas atteindre.
Pourquoi le verset ne fait pas double emploi avec le principe général : il vise exactement la zone que ce principe ne pouvait pas atteindre.
5
אָמַר מַר: ״כֹּל״ לְרַבּוֹת אֶת הַקְּטַנִּים. וְהִתְנָן: נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה! לָא קַשְׁיָא כָּאן — בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ, כָּאן — בְּקָטָן שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ. קָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ מִדְּרַבָּנַן הוּא! מִדְּרַבָּנַן, וּקְרָא — אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא.

Le Maître a dit : « kol » (tout) vient inclure les mineurs. Mais n'avons-nous pas appris [dans la michna] : les femmes, les esclaves et les mineurs sont exemptés de la souka ! -- Ce n'est pas une difficulté : ici [dans la beraita], il s'agit d'un mineur parvenu à l'âge du hinoukh (l'éducation aux mitsvot) ; là [dans la michna], d'un mineur qui n'y est pas parvenu. -- Mais [l'obligation d]un mineur parvenu à l'âge du hinoukh est de-rabbanan (d'ordre rabbinique) ! -- [En effet] elle est de-rabbanan, et le verset n'est qu'une asmakhta (simple appui scripturaire).

📜 Rachi (2)
קָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ מִשֶּׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְאִמּוֹ:
Un mineur parvenu à l'âge du hinoukh -- [c'est-à-dire] celui qui n'a plus besoin de sa mère.
אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא נִינְהוּ וּקְרָא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר כִּדְאִית לֵיהּ לְרַבּוֹת גֵּר שֶׁנִּתְגַּיֵּיר בֵּינְתַיִם וְקָטָן שֶׁגָּדַל דְּעוֹשִׂים סֻוכָּה בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד מַה שֶׁאֵין שְׁאָר יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין אוֹ לְרַבָּנָן כִּדְאִית לְהוּ שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל רְאוּיִין לֵישֵׁב בְּסֻוכָּה אַחַת וּלְהַכְשִׁיר סֻוכָּה שְׁאוּלָה:
Ce ne sont que des asmakhtot -- et le verset, selon Rabbi Eliezer conformément à son opinion, vient inclure le guer qui s'est converti entre-temps et le mineur qui a grandi [pendant la fête], lesquels font une souka a hol ha-moed, ce que les autres Israélites ne font pas ; ou bien, selon les Sages conformément à leur opinion, [il enseigne] que tout Israël serait apte à s'asseoir dans une seule souka, et il vient valider la souka empruntée.
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ. כְּגוֹן קָטָן שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְאִמּוֹ אע"פ דְּמַתְנִיתִין קָתָנֵי לָהּ בְּהֶדְיָא דֶּרֶךְ הַשַּׁ"ס לְהַקְשׁוֹת וּלְתָרֵץ כֵּן וְדִכְוָותִי' פ"ק דְּחָגִיג' (דַּף ד. וְשָׁם) דְּדָרֵישׁ כָּל זְכוּרְךָ לְרַבּוֹת הַקְּטַנִּים וּפָרִיךְ וְהָתְנַן חוּץ מֵחֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן וּמְשַׁנֵּי כָּאן בְּקָטָן שֶׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ דְּהַייְנוּ כְּדִתְנַן הָתָם כֹּל שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לֶאֱחֹוז בְּיָדוֹ שֶׁל אָבִיו וְלַעֲלוֹת מִירוּשָׁלַיִם לְהַר. הַבַּיִת וְאִם יָכוֹל לַעֲלוֹת הַיְינוּ הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ וקס"ד דְּמַקְשֶׁה דְּכָל קָטָן מֵרַבִּי מִשּׁוּם דִּקְרָא סְתָמָא כְּתִיב מְרַבֵּינָא לְהוּ וְדִכְווָתַהּ בְּרֵישׁ בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דַּף לב. וְשָׁם) דְּאִי לָאו מִשּׁוּם דְּבַת שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד לְעִנְיַן בִּיאָה הִלְכְתָא הֲוָה מְרַבֵּי אַפֵּי' בַּת יוֹם אֶחָד מִדִּכְתִיב וְאִשָּׁה מִשּׁוּם דִּקְרָא סְתָמָא כְּתִיב וְהַשְׁתָּא הִגִּיעַ לְחִינּוּךְ דְּאָמְרִינַן בְּכָל דֻּוכְתָּא אֵין כֻּולָּן שָׁוִים אֶלָּא כָּל אֶחָד לְפִי עִנְייָנוֹ דְּהָכָא אָמְרִי' בְּאֵין צָרִיךְ לְאִמּוֹ וְגַבֵּי חֲגִיגָה שֶׁיָּכוֹל לַעֲלוֹת וּבְסוֹף לוּלָב הַגָּזוּל (לְקַמָּן סֻוכָּה דַּף מב.) גַּבֵּי לוּלָב בְּיוֹדֵעַ לְנַעְנֵעַ וְגַבֵּי צִיצִית בְּיוֹדֵעַ לְהִתְעַטֵּף וְגַבֵּי תּוֹרָה בְּיוֹדֵעַ לַדָּבָר:
Ici, [il s'agit] d'un mineur parvenu à l'âge du hinoukh. Par exemple un mineur qui n'a plus besoin de sa mère. Et bien que la michna l'énonce explicitement, c'est l'usage du Talmud de poser ainsi la difficulté et d'y répondre. Un cas semblable se trouve au premier chapitre de Haguiga (4a), où l'on derashe « kol zekhourkha » (tout mâle chez toi) pour inclure les mineurs ; on objecte : mais n'avons-nous pas appris « à l'exception du sourd-muet, du dément et du mineur » ? Et l'on répond : ici, [il s'agit] d'un mineur parvenu au hinoukh -- c'est-à-dire selon ce que nous avons appris là : tout [enfant] qui ne peut pas tenir la main de son père et monter de Jérusalem au Mont du Temple [est exempt] ; et s'il peut monter, c'est qu'il est parvenu au hinoukh. Celui qui objectait pensait que tout mineur était inclus, parce que le verset est écrit sans restriction et les inclut tous. De même au début de Benot Koutim (Nidda 32a) : sans la halakha [enseignant que c'est à partir de] trois ans et un jour pour la biah (relation), on aurait inclus même une fille d'un jour, puisqu'il est écrit « ve-icha », le verset étant écrit sans restriction. Et [quant à] l'âge du hinoukh, nous disons partout que tous ne sont pas égaux, mais chacun selon son domaine : ici on dit « celui qui n'a plus besoin de sa mère » ; à propos de la haguiga, « celui qui peut monter » ; à la fin de Loulav ha-gazoul (plus loin, Souka 42a) à propos du loulav, « celui qui sait le secouer » ; à propos des tsitsit, « celui qui sait s'en envelopper » ; et à propos de la Torah, « celui qui sait parler ».
💡 Explication

Troisième emploi du verset : le mot kol (tout) inclut les mineurs. Contradiction immédiate avec notre michna, qui les exempte.

La résolution partage la catégorie « mineur » en deux : celui qui a atteint le hinoukh (le seuil d'éducation aux mitsvot) et celui qui ne l'a pas atteint. Mais la Guemara ne s'en contente pas et pousse : le hinoukh est une institution de-rabbanan. Un verset ne peut donc pas le fonder -- il n'en est que l asmakhta.

Rachi refuse alors de laisser le mot kol sans emploi réel et lui trouve une fonction proprement biblique, différente selon les opinions : pour Rabbi Eliezer, le converti et l'enfant devenu grand pendant la fête, qui construisent une souka a hol ha-moed ; pour les Sages, l'aptitude de tout Israël à s'asseoir dans une seule souka -- d'où la validité de la souka empruntée.

6
קָטָן שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְאִמּוֹ כּוּ׳. הֵיכִי דָּמֵי קָטָן שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְאִמּוֹ? אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: כֹּל שֶׁנִּפְנֶה וְאֵין אִמּוֹ מְקַנַּחְתּוֹ. רַבִּי (שִׁמְעוֹן) אוֹמֵר: כֹּל שֶׁנֵּעוֹר מִשְּׁנָתוֹ וְאֵינוֹ קוֹרֵא ״אִמָּא, [אִמָּא]!״ גְּדוֹלִים נָמֵי קָרוּ? אֶלָּא: (אִימָּא) כֹּל שֶׁנֵּעוֹר וְאֵינוֹ קוֹרֵא: ״אִמָּא, אִמָּא!״.

« Un mineur qui n'a plus besoin de sa mère, etc. » Quel est le cas d'un mineur qui n'a plus besoin de sa mère ? On dit dans l'école de Rabbi Yannai : tout [enfant] qui fait ses besoins sans que sa mère ait à le nettoyer.

Rabbi (Chimon) dit : tout [enfant] qui, s'éveillant de son sommeil, n'appelle pas « Maman, maman ! ». -- Mais les grands aussi appellent ! -- Plutôt, dis : tout [enfant] qui s'éveille et n'appelle pas [sans relâche] « Maman, maman ! ».

📜 Rachi (3)
הָכִי גָּרְסִינַן כֹּל שֶׁנֵּיעוֹר מִשְּׁנָתוֹ וְאֵינוֹ קוֹרֵא אִמָּא שֶׁאֵינוֹ כָּרוּךְ אַחֲרֶיהָ לִקְרוֹתָהּ בְּכָל שָׁעָה שֶׁנֵּיעוֹר:
Voici notre version : tout [enfant] qui s'éveille de son sommeil et n'appelle pas « Maman » -- c'est-à-dire qui n'est pas collé à elle au point de l'appeler chaque fois qu'il s'éveille.
וּפָרְכִינַן [אִמָּא] גְּדוֹלִים נָמֵי קָרוּ כְּלוֹמַר שֶׁאֵינוֹ קוֹרֵא לְאִמּוֹ הוּא דְּקָרֵית לֵיהּ אֵין צָרִיךְ לְאִמּוֹ הָא אִם קוֹרֵא אִמָּא צָרִיךְ לְאִמּוֹ קָרֵית לֵיהּ אֲפִילּוּ גָּדוֹל שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְאִמּוֹ רָגִיל לִקְרוֹתָהּ כְּשֶׁנֵּיעוֹר:
Et nous objectons : « Maman » -- les grands aussi appellent. C'est-à-dire : c'est celui qui n'appelle pas sa mère que tu qualifies de « n'ayant plus besoin de sa mère » ? Alors, s'il appelle « Maman », tu le déclares « ayant besoin de sa mère » -- or même un grand qui n'a plus besoin de sa mère a coutume de l'appeler quand il s'éveille.
אֶלָּא כָּל שֶׁנֵּיעוֹר וְאֵינוֹ קוֹרֵא אִמָּא אִמָּא שֶׁאֵינוֹ כָּרוּךְ אַחֲרֶיהָ לִקְרוֹת וּלְשַׁנּוֹת עַד שֶׁתָּבֹא אֵלָיו אֲבָל קוֹרֵא וְשׁוֹתֵק לָאו צָרִיךְ לְאִמּוֹ הוּא:
Plutôt : tout [enfant] qui s'éveille et n'appelle pas « Maman, maman » -- [c'est-à-dire] qui n'est pas collé à elle au point d'appeler et de répéter jusqu'à ce qu'elle vienne à lui ; mais celui qui appelle puis se tait n'est pas [qualifié de] « ayant besoin de sa mère ».
💡 Explication

La Guemara cherche le critère concret derrière la formule de la michna. Deux propositions, toutes deux tirées de la vie domestique et non d'un âge chiffré.

L'école de Rabbi Yannai retient l autonomie corporelle : l'enfant qui n'a plus besoin d'être nettoyé. Rabbi Chimon retient l autonomie affective : celui qui ne réclame pas sa mère en s'éveillant. L'objection est fine et humaine -- même un grand enfant appelle sa mère au réveil ; le critère, tel quel, exempterait presque tout le monde.

La correction ne change pas la nature du critère, elle en déplace le seuil : ce n'est pas l'appel qui compte, mais l insistance. Rachi le formule par l'image d'être karoukh (collé, accroché) : l'enfant qui appelle une fois puis se tait se débrouille seul, il est déjà tenu à la souka.

🖼️ Schéma
Le hinoukh n'a pas un âge : il a un seuil, différent pour chaque mitsva Principe des Tossefot : tous ne sont pas égaux, mais chacun selon son domaine Souka -- deux définitions proposées École de Rabbi Yannai : celui qui fait ses besoins sans que sa mère ait à le nettoyer. Rabbi Chimon : celui qui s'éveille sans appeler Maman -- corrige, car même un grand appelle : celui qui n'appelle pas sans relâche. Les autres seuils (Tossefot) Haguiga : qui peut tenir la main de son père et monter de Jérusalem au Mont du Temple. Loulav : qui sait le secouer (Souka 42a). Tsitsit : qui sait s'en envelopper. Torah : qui sait parler. La résolution de la contradiction beraita / michna Beraita : kol inclut les mineurs -- il s'agit du mineur parvenu au hinoukh. Michna : les mineurs sont exemptés -- celui qui n'y est pas parvenu. Mais le hinoukh est de-rabbanan : le verset ne fonde donc rien, il n'est qu'une asmakhta (appui scripturaire). Et Chammai l'Ancien, alors ? (segment 6) Un nouveau-né a évidemment besoin de sa mère -- le récit semblait donc contredire la michna qu'il suit. Réponse : hissourei mehassera. La michna est incomplète et veut dire : Chammai est rigoureux [au-delà du hinoukh], et de fait il arriva que...
Le hinoukh n'a pas d'âge fixe : chaque mitsva a son propre seuil de capacité. Et pourquoi le geste de Chammai ne contredit pas la michna.
7
מַעֲשֶׂה וְיָלְדָה כַּלָּתוֹ כּוּ׳. מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור? חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: וְשַׁמַּאי מַחְמִיר, וּמַעֲשֶׂה נָמֵי וְיָלְדָה כַּלָּתוֹ שֶׁל שַׁמַּאי הַזָּקֵן, וּפִחֵת אֶת הַמַּעֲזִיבָה וְסִיכֵּךְ עַל הַמִּטָּה בִּשְׁבִיל הַקָּטָן.

« Il arriva que sa belle-fille accoucha, etc. » -- Un fait rapporté pour contredire [ce qui vient d'être enseigné] ? -- La michna est incomplète (hissourei mehassera), et voici ce qu'elle enseigne : et Chammai est rigoureux [même au-delà du hinoukh] ; et il arriva effectivement que la belle-fille de Chammai l'Ancien accoucha, et il défonça le maazivah (l'enduit de terre du toit) et couvrit [de skhakh] au-dessus du lit à cause du nourrisson.

📜 Rachi (1)
מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור דְּהָא קָטָן הַצָּרִיךְ לְאִמּוֹ הוּא וְאַמַּאי פִּיחֵת וְסִיכֵּךְ:
Un fait rapporté pour contredire -- car il s'agit bien d'un mineur qui a encore besoin de sa mère : pourquoi donc a-t-il défoncé [le toit] et couvert [de skhakh] ?
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת ב"ש פּוֹסְלִין וב"ה מַכְשִׁירִין אָמְרוּ לָהֶם ב"ה לב"ש מַעֲשֶׂה שֶׁהָלְכוּ זִקְנֵי ב"ש וְזִקְנֵי ב"ה לְבַקֵּר אֶת ר' יוֹחָנָן הַחֹורֹנִי וּמָצְאוּ שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת וְלֹא אָמְרוּ לוֹ דָּבָר אָמְרוּ לָהֶן ב"ש לב"ה מִשָּׁם רְאָיָה אַף הֵם אָמְרוּ לוֹ א"כ הָיִיתָ נוֹהֵג לֹא קִיַּימְתָּ מִצְוַת סֻוכָּה מִיָּמֶיךָ. נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה וְקָטָן שֶׁאֵין צָרִיךְ לְאִמּוֹ חַיָּיב בְּסֻוכָּה מַעֲשֶׂה שֶׁיָּלְדָה כַּלָּתוֹ שֶׁל שַׁמַּאי הַזָּקֵן וּפִיחֵת אֶת הַמַּעֲזִיבָה וְסִיכֵּךְ ע"ג הַמִּטָּה בִּשְׁבִיל הַקָּטָן: דַּף כֹּח ע"ב
Michna. Celui dont la tête et la majeure partie du corps étaient dans la souka et dont la table était dans la maison -- Beit Chammai invalident et Beit Hillel validient. Beit Hillel dirent à Beit Chammai : n'est-il pas arrivé que les anciens de Beit Chammai et les anciens de Beit Hillel allèrent rendre visite à Rabbi Yo'hanan ha-Horani, et le trouvèrent assis, sa tête et la majeure partie de son corps dans la souka et sa table dans la maison, et ils ne lui dirent rien ? Beit Chammai leur répondirent : est-ce de là une preuve ? Eux-mêmes lui avaient dit : si tu te conduisais ainsi, tu n'as jamais accompli la mitsva de souka de ta vie. -- Les femmes, les esclaves et les mineurs sont exemptés de la souka ; et un mineur qui n'a plus besoin de sa mère est tenu à la souka. Il arriva que la belle-fille de Chammai l'Ancien accoucha, et il défonça l'enduit du toit et couvrit [de skhakh] au-dessus du lit à cause du nourrisson. Folio 28b.
💡 Explication

La michna avait énoncé une exemption (le mineur qui a encore besoin de sa mère), puis rapporté aussitôt un maasse (fait rapporté) où Chammai l'Ancien défonce son plafond pour un nouveau-né. Or la règle talmudique veut qu'un maasse cité après une halakha vienne l illustrer, non la contredire.

La solution est un procédé classique : hissourei mehassera -- la michna, telle qu'elle nous est parvenue, a perdu une ligne. Il faut restituer « et Chammai est rigoureux », c'est-à-dire qu'il tient une position minoritaire allant au-delà du hinoukh. Le maasse illustre alors parfaitement cette position restituée, au lieu de contredire la règle énoncée juste avant.

Le geste lui-même est instructif : il ne construit pas une souka, il défait un toit. Le maazivah est la couche de terre battue qui recouvre les poutres ; en l'ôtant, il laisse les poutres nues et ajoute du skhakh au-dessus du lit -- la chambre devient souka.

8
מַתְנִי׳ כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים אָדָם עוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ קֶבַע, וּבֵיתוֹ עֲרַאי. יָרְדוּ גְּשָׁמִים, מֵאֵימָתַי מֻותָּר לִפָּנוֹת — מִשֶּׁתִּסְרַח הַמִּקְפָּה. מָשְׁלוּ מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה — לְעֶבֶד שֶׁבָּא לִמְזֹוג כּוֹס לְרַבּוֹ, וְשָׁפַךְ לוֹ קִיתוֹן עַל פָּנָיו.

MICHNA. Durant les sept jours, l'homme fait de sa souka sa résidence permanente (keva) et de sa maison une résidence provisoire (arai).

S'il tombe de la pluie, à partir de quand est-il permis de vider les lieux ? Dès lors que la mikpa (le plat en gelée) se gâte.

On a énoncé une parabole : à quoi la chose ressemble-t-elle ? À un serviteur qui vient verser une coupe à son maître, et [celui-ci] lui déverse une cruche [d'eau] au visage.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' סֻוכָּתוֹ קֶבַע לִהְיוֹת כָּל עִיקָּר דִּירָתוֹ בָּהּ:
Michna. Sa souka [comme] résidence permanente -- que toute sa demeure principale soit en elle.
מֵאֵימָתַי מֻותָּר לִפְנוֹת הֵימֶנָּה וְלֵירֵד:
À partir de quand est-il permis de vider les lieux -- de la quitter et d'en descendre.
מִשֶּׁתִּסְרַח הַמִּקְפָּה מִשֶּׁתִּתְקַלְקֵל הַמִּקְפָּה כָּל תַּבְשִׁיל קָפוּי לֹא רַךְ וְלֹא עָב קָרוּי מִקְפָּה:
Dès lors que la mikpa se gâte -- dès lors que la mikpa s'abîme ; tout plat en gelée, ni liquide ni épais, est appelé mikpa.
מָשָׁל לָעֶבֶד כו' כְּלוֹמַר גְּשָׁמִים הַיּוֹרְדִים בֶּחָג סִימַן קְלָלָה הֵם מָשָׁל לְעֶבֶד כו':
Parabole du serviteur, etc. -- c'est-à-dire : la pluie qui tombe pendant la fête est un signe de malédiction ; [d'où la] parabole du serviteur, etc.
וְשָׁפַךְ לוֹ קִיתוֹן שֶׁל מַיִם עַל פָּנָיו וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מִי שָׁפַךְ לְמִי:
Et il lui déversa une cruche -- d'eau, au visage. Et dans la Guemara on explique qui a versé à qui.
💡 Explication

Michna neuve, et changement complet de registre : on quitte les derachot sur les personnes obligées pour entrer dans le contenu de la mitsva. Son principe tient en une inversion : la souka devient le keva (le permanent) et la maison le arai (le provisoire). Ce n'est plus une case à cocher, c'est un déplacement de la vie entière.

Vient alors la question inévitable : quand la pluie dispense-t-elle ? La michna refuse le critère subjectif de l'inconfort et donne un seuil matériel -- quand assez d'eau est tombée pour gâter la mikpa. Rachi précise qu'il s'agit d'un plat de consistance intermédiaire, ni liquide ni épais : un aliment assez fragile pour servir de mesure.

La parabole retourne enfin la perspective. Sortir sous la pluie n'est pas un échec du serviteur : c'est le maître qui signifie qu'il ne veut pas de ce service maintenant. Rachi note déjà que la Guemara devra déterminer qui, dans l'image, verse à qui.

9
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים אָדָם עוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ קֶבַע וּבֵיתוֹ עֲרַאי, כֵּיצַד? הָיוּ לוֹ כֵּלִים נָאִים מַעֲלָן לַסֻּוכָּה, מַצָּעוֹת נָאוֹת — מַעֲלָן לַסֻּוכָּה, אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה וּמְטַיֵּיל בַּסֻּוכָּה. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנַן: ״תֵּשְׁבוּ״ — כְּעֵין תָּדוּרוּ, מִכָּאן אָמְרוּ: כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים עוֹשֶׂה אָדָם סֻוכָּתוֹ קֶבַע וּבֵיתוֹ עֲרַאי. כֵּיצַד? הָיוּ לוֹ כֵּלִים נָאִים — מַעֲלָן לַסֻּוכָּה, מַצָּעוֹת נָאוֹת — מַעֲלָן לַסֻּוכָּה, אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה וּמְטַיֵּיל בַּסֻּוכָּה וּמְשַׁנֵּן בַּסֻּוכָּה.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : durant les sept jours, l'homme fait de sa souka sa résidence permanente et de sa maison une résidence provisoire.

Comment cela ? S'il a de beaux ustensiles, il les monte à la souka ; de belles literies, il les monte à la souka ; il mange, boit et se promène dans la souka.

D'où ces choses [sont-elles tirées] ? De ce que nos maîtres ont enseigné : « tichvou » (vous résiderez) -- à la manière dont vous demeurez.

De là ils ont dit : durant les sept jours, l'homme fait de sa souka sa résidence permanente et de sa maison une résidence provisoire. Comment cela ?

S'il a de beaux ustensiles, il les monte à la souka ; de belles literies, il les monte à la souka ; il mange, boit, se promène dans la souka, et il y révise son étude (mechanen).

📜 Rachi (1)
גְּמ' וּמְשַׁנֵּן בַּסֻּוכָּה סוֹבֵר לִמּוּדוֹ וּמְחַתְּכוֹ עַל בֻּורְיוֹ לַעֲמֹוד דְּהַייְנוּ שְׁמַעְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי וּסְבָרָא שֶׁל טַעֲמֵי מִשְׁנָה וּבָרַיְיתָא מַה טַעַם זֶה חַייָּב וְזֶה פָּטוּר זֶה אָסוּר וְזֶה מֻותָּר:
Guemara. Et il y révise son étude -- il approfondit son étude et la découpe dans sa clarté pour la maîtriser, c'est-à-dire les chemaatot (enseignements) des Amoraim et le raisonnement sur les motifs de la michna et de la beraita : pourquoi celui-ci est tenu et celui-là exempt, ceci interdit et cela permis.
🗂️ Tossefot (2)
תֵּשְׁבוּ כְּעֵין תָּדוּרוּ. רָבָא נָמֵי דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא אַחַרְיַנָא גַּבֵּי שׁוֹמְרֵי גִּנּוֹת לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף כו.) לָא פְּלִיג אַהָא בָּרַיְיתָא כִּדְפָרֵישִׁית שָׁם:
« Tichvou » -- à la manière dont vous demeurez. Rava aussi, qui donne un autre motif à propos des gardiens de jardins plus haut (Souka 26a), n'est pas en désaccord avec cette beraita, comme je l'ai expliqué là.
וּמְשַׁנֵּן בַּסֻּוכָּה. לְבָאֵר טַעַם הַמִּשְׁנָיוֹת וְהַייְנוּ הַשַּׁ"ס וּפָרִיךְ וְהָא תִּנּוּי לְבַר מִמְּטַלַּלְתָּא לְפִי שֶׁצָּרִיךְ מַחְשָׁבָה וְרֹוחַב אֲוִיר וּמְשַׁנֵּי דְּבַגְּמָרָא נָמֵי יֵשׁ עִיּוּן כְּגוֹן דָּבָר פְּלוֹנִי אָסוּר וּמֻותָּר אֲבָל לְעַיּוֹנֵי בִּטְעָמִים בַּר מִסֻּוכָּה:
Et il y révise son étude. [C'est-à-dire] expliquer les motifs des michnayot, ce qui constitue le Talmud. Et l'on objecte : mais le tinouy [se fait] hors de la souka, parce qu'il exige de la réflexion et un large espace d'air ! Et l'on répond : dans le Talmud aussi il y a une part [de simple révision], comme [retenir que] telle chose est interdite et telle autre permise ; mais analyser les motifs [en profondeur], [cela se fait] hors de la souka.
💡 Explication

La beraita fait ce que la michna ne faisait pas : elle traduit le principe en gestes. Beaux ustensiles, belles literies -- non pas des objets de luxe, mais les objets qui signalent où l'on habite vraiment. Le verbe maalan (il les fait monter) rappelle que la souka était typiquement construite sur le toit.

Puis la Guemara demande la source, et une seconde beraita la donne : tichvou ke-ein tadourou -- résidez à la manière dont vous demeurez. C'est de ce seul mot que découle toute l'économie du chapitre.

La seconde version de la liste ajoute un élément absent de la première : ou-mechanen ba-souka, il y révise son étude. Rachi donne à ce mot un sens fort -- non pas réciter, mais tailler l'enseignement jusqu'à le posséder. C'est précisément cette ambition qui va déclencher l'objection du segment suivant.

10
אֵינִי?! וְהָאָמַר רָבָא: מִקְרָא וּמִתְנָא בִּמְטַלַּלְתָּא, וְתַנּוֹיֵי בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא! לָא קַשְׁיָא: הָא — בִּמְגֹרָס, הָא — בְּעִיּוּנִי.

Est-ce ainsi ?! Mais Rava n'a-t-il pas dit : le mikra (le texte écrit) et le matna (la michna) dans la souka, mais le tinouy (l'étude approfondie) hors de la souka ! -- Ce n'est pas une difficulté : ceci [concerne] le migras (la mémorisation), cela l'iyoun (l'analyse).

📜 Rachi (6)
מִקְּרֵי וּמַתְנֵי לִקְרוֹת שֶׁבִּכְתָב וּלְשַׁנּוֹת מִשְׁנָיוֹת הָעֲרוּכוֹת וּשְׁגוּרוֹת בַּפֶּה:
Le mikra et le matna -- lire le [texte] écrit et répéter les michnayot bien ordonnées et fluides à la bouche.
בִּמְטַלַּלְתָּא בְּסֻוכָּה:
Dans la metallata -- dans la souka.
וְתִנּוּי הַשַּׁ"ס דְּהוּא סְבָרָא לִטְרֹוחַ וּלְשַׁנֵּן וְכֵן שְׁמַעְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי שֶׁאֵינָן בָּאוֹת אֶלָּא מִכְּלַל דִּקְדּוּקֵי שֶׁהֵן לְמֵדִין מִתּוֹךְ דִּבְרֵי מִשְׁנָה דִּמְדַמּוּ מִלְּתָא לְמִלְּתָא:
Et le tinouy -- le Talmud, qui est raisonnement et exige de peiner et de réviser ; de même les chemaatot des Amoraim, qui ne se dégagent que des inférences fines tirées des paroles de la michna, en comparant une chose à une autre.
בַּר מִמְּטַלְּלָא אִם יִרְצֶה דְּמִצְטַעֵר הוּא וּמִצְטַעֵר פָּטוּר מִן הַסֻּוכָּה וְהָאֲוִיר יָפֶה לוֹ לְהַרְחִיב דַּעְתּוֹ קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ תִּנּוּי הַיְינוּ מְשַׁנֵּן:
Hors de la souka -- s'il le veut, car il est mitstaer (en peine), et le mitstaer est exempt de la souka ; et l'air lui est bon, pour élargir son esprit. On pensait d'abord que le tinouy est identique au « mechanen ».
הָא לְמִיגְרַס כו' כְּלוֹמַר תְּרֵי גַּוְונֵי שִׁינּוּן הָווּ לְמִיגְרַס גְּמָרָא הַבְּרוּרָה לוֹ כְּבָר וְהַיְינוּ שְׁמַעְתָּא צָרִיךְ סֻוכָּה וְהַייְנוּ מְשַׁנֵּן:
Ceci pour le migras, etc. -- c'est-à-dire qu'il y a deux sortes de chinoun (révision) : mémoriser la guemara qui lui est déjà claire, c'est-à-dire les chemaatot -- cela requiert la souka, et c'est cela le « mechanen ».
לְעַיּוֹנֵי בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא:
Pour l'iyoun -- hors de la souka.
💡 Explication

Contradiction directe : la beraita fait étudier dans la souka, Rava en fait sortir le tinouy. La résolution ne choisit pas un camp -- elle partage le mot « étude » en deux opérations distinctes.

Le migras est la révision de ce qui est déjà acquis et clair : cela peut et doit se faire dans la souka. L iyoun est l'analyse qui cherche les motifs, compare un cas à un autre, et exige une concentration continue -- il sort de la souka.

Rachi donne le fondement halakhique de cette sortie, et il est remarquable : ce n'est pas une dispense spéciale accordée à l'étude, c'est l'application de la règle générale du mitstaer (celui qui souffre), exempt de la souka. Celui qui ne peut pas penser dans la souka y est en peine -- et Rachi ajoute une raison presque physique : l'air lui est bon, pour élargir son esprit.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).