Sukkah 29a — La vaisselle de la souka, le seuil de la pluie, et la longue lecture des signes du ciel

Sukkah 29a

Sougya : Le amoud s'ouvre en achevant le dossier du folio précédent : le souvenir de Rava et Rami bar Hama, qui couraient d'abord sur la guemara reçue et n'examinaient la sevara qu'ensuite, prouve que la partition migras / iyoun vaut aussi pour la matière amoraïque. Rava traduit alors tichvou ke-ein tadourou en inventaire concret : coupes dedans, écuelles sales dehors, cruche et seau dehors -- avec deux critères concurrents, la répugnance selon Rachi, l'usage domestique selon les Tossefot et le Behag ; et la lampe, objet de deux versions, tranchée par la taille de la souka, le Roch donnant le vrai motif, le risque d'incendie des parois.

Vient ensuite la pluie : la beraita fixe le seuil à la mikpa de gris, le plat que la moindre averse abîme ; mais Rav Yossef, anin daat, tient le seuil pour atteint dès que quelques brindilles de skhakh tombent dans son plat. Une beraita règle la durée de la dispense -- on ne l'importune pas -- et laisse une ambiguïté d'orthographe, ad che-yeor avec ayin ou avec alef, résolue en composant les deux conditions : qu'il s'éveille, et à partir du lever de l'aube.

Le folio bascule alors sur la parabole de la cruche : ce n'est pas le serviteur qui verse de travers, c'est le maître qui jette l'eau au visage pour dire je ne veux pas de ton service. Une fois la pluie établie comme parole adressée, le Talmud enchaîne huit segments sur les éclipses.

Trois enseignements en tension sur qui est visé -- le monde entier, Israël qui est habitué aux coups selon Rabbi Meir, ou chacun dans l'astre qui règle son calendrier -- puis une grille de lecture par le lieu, la couleur et le moment, cette dernière variable admettant une opinion exactement inverse. Suit le renversement décisif : le dieu tombe avec sa nation, et Israël qui fait la volonté du Lieu n'a rien à craindre de ces signes.

Le folio se termine sur trois listes de quatre fautes -- pour le soleil éclipsé, pour les luminaires éclipsés, pour les biens livrés à la royauté -- où Rachi avoue n'avoir pas entendu de motif, tandis que le Ben Yehoyada construit pour chacune une correspondance, jusqu'à relire les lettres de hama en dam ah, le sang d'un frère. La troisième liste s'interrompt au deuxième élément : la suite est en 29b.

Le fil du folio : de la vaisselle de la souka a l'éclipse de soleil Quinze segments. Six pour finir la michna de la souka permanente, un pivot -- la parabole de la cruche -- puis huit sur les signes du ciel Segment 0 -- la dernière preuve de la partition migras / iyoun Rava et Rami bar Hama devant Rav Hisda : d'abord courir ensemble sur la guemara reçue, ensuite seulement examiner la sevara. Rachi : donc même dans la chemaata amoraïque il y a une course sans peine et un examen avec peine. La partition du 28b tient encore ici. Segment 1 -- tichvou ke-ein tadourou traduit en inventaire : quels ustensiles montent, lesquels descendent Rava : coupes dedans, écuelles sales dehors, cruche et seau dehors, lampe -- deux versions. Résolution : grande souka, la lampe reste ; petite souka, elle sort. Rachi : odeur et encombrement ; le Roch : risque d'incendie des parois. Segments 2 à 5 -- la pluie : le seuil objectif, sa limite subjective, et le retour dans la souka Seuil de la michna précisé par la beraita : la mikpa de gris, un plat que la moindre pluie abîme. Rav Yossef n'attend pas ce seuil : quelques brindilles de skhakh dans son plat suffisent, car il est anin daat -- il tient pour lui-même le seuil déjà atteint. Beraita : une fois descendu, on ne le fait pas remonter -- pour le repas, avant qu'il ait fini ; pour le sommeil, ad che-yeor. Question de lecture : yeor avec ayin (qu'il s'éveille) ou avec alef (qu'il fasse jour) ? La réponse conjugue les deux conditions. Segment 6 -- LE PIVOT : qui a versé la cruche à qui ? Si c'est le serviteur qui verse mal : la pluie dit qu'Israël sert mal. Si c'est le maître qui jette l'eau au visage : la pluie est le refus du service. La beraita tranche : c'est le maître. La pluie de la fête n'est pas un accident météorologique, c'est un signe adressé. C'est cette phrase -- un phénomène du ciel qui signifie -- qui ouvre toute la seconde moitié du folio. Segments 7 à 14 -- la digression sur les éclipses : trois questions successives QUI est visé ? Trois réponses en tension : le monde entier (seg. 7), Israël qui est habitué aux coups (seg. 8, Rabbi Meir), les nations pour le soleil et Israël pour la lune (seg. 9). COMMENT lire le signe ? Par le lieu -- orient, occident, zénith (seg. 9) ; par la couleur -- sang, sac (seg. 10) ; par le moment -- entrée ou sortie, avec une opinion inverse (seg. 10). Puis le renversement (seg. 11) : le dieu tombe avec sa nation -- et celui qui fait la volonté du Lieu n'a rien à craindre de ces signes. Le système s'applique aux autres. POURQUOI ? Trois listes de quatre fautes (seg. 12, 13, 14) : soleil éclipsé, luminaires éclipsés, biens livrés à la royauté. Rachi avoue ne pas avoir de motif -- le Ben Yehoyada en cherche un. Le folio s'interrompt en pleine liste : deux causes sur quatre pour la troisième. La suite est en 29b.
Le fil du folio : la fin de la michna de la souka permanente, le pivot de la cruche, puis la longue digression sur les signes du ciel.
L'inventaire de Rava : ce qui reste dans la souka, ce qui en sort Quatre catégories, deux critères concurrents -- et un cinquième objet, la lampe, qui dépend de la taille de la souka RESTE DANS LA SOUKA mane michtia -- les ustensiles à boire Rachi : les coupes. Motif : elles ne sont pas répugnantes. Le critère de Rachi est celui du miyous (la répugnance) : on n'habite pas avec de la vaisselle sale. Ce qui reste propre à sa place dans la pièce où l'on vit. Conséquence : un objet n'est pas exclu par nature, mais par son état -- l'écuelle avant le repas peut rester. SORT DE LA SOUKA mane mikhla -- les ustensiles à manger Rachi : les écuelles, une fois qu'on y a mangé. hatsva ve-chahil -- la cruche et le seau Rachi : cruche de terre pour puiser, seau de bois. Second critère, celui des Tossefot et du Behag : ke-ein tadourou. Marmites, pétrins, broches n'ont pas leur place dans la pièce d'habitation -- ils ont leur propre local. Le cas de la chraga (la lampe) : deux versions, une seule règle SOUKA GRANDE La lampe reste à l'intérieur. On peut l'éloigner des parois et des convives : ni odeur gênante, ni danger. Et c'est bien ainsi qu'on habite : on s'éclaire chez soi. SOUKA PETITE (sept tefahim) La lampe sort. Rachi : mesure juste, il est interdit de les y déposer. Le Roch donne le motif : la lampe risque de s'approcher des parois et d'y mettre le feu. La précision des Tossefot : la lampe ne se compare pas aux autres objets Les écuelles ne sortent qu'après usage -- pendant le repas on mange bien dans la souka. La lampe, elle, est en cause justement quand elle brûle et qu'on s'en sert. Preuve : en Souka 48a, allumer une lampe dans la souka le septième jour sert précisément de signe qu'on ne l'habite plus -- donc pendant la fête, cela ne se fait pas.
L inventaire de Rava : deux critères concurrents pour trier les ustensiles, et le cas de la lampe résolu par la taille de la souka.
Lire une éclipse : quatre variables, et une clause qui désamorce tout Le Talmud ne se contente pas de dire mauvais signe -- il construit une grille : qui, où, de quelle couleur, à quelle heure 1. QUI est visé -- trois réponses Beraita du seg. 7 : le soleil éclipsé -- mauvais signe pour le monde entier. Nul n'est épargné. Rabbi Meir (seg. 8) : mauvais signe pour Israël -- non parce qu'il est visé, mais parce qu'il se croit visé. Beraita du seg. 9 : partagé. Le soleil pour les nations, la lune pour Israël -- chacun selon son calendrier. 2. OÙ -- la position dans le ciel orient habitants de l'orient zénith le monde entier occident habitants de l'occident Rachi : orient = le matin ; zénith = midi, quand il est au-dessus de la tête de chacun 3. LA COULEUR -- ce qui vient au monde rouge comme le sang -- l'épée, la guerre sombre comme le sac -- les flèches de la famine les deux -- l'épée et la famine ensemble Rachi : le sac est en poil de chèvre, il tire sur le noir ; et la famine noircit les visages. 4. LE MOMENT -- deux lectures opposées Première opinion (Rachi) entrée = coucher -- le malheur tarde à venir sortie = lever -- le malheur se hâte Yech omrim -- les choses sont inversées Le signe imite ce qu'il annonce : au soir il ne reste plus de temps au soleil, donc plus de délai au malheur. Le renversement du segment 11 : le dieu tombe avec sa nation Il n'est pas de nation frappée dont le dieu ne soit frappé avec elle -- et contre tous les dieux d'Égypte j'exercerai des jugements. Rachi : le dieu, c'est le prince céleste qui intercède pour elle, tel Samael pour Essav. Le signe atteint donc l'instance qui devait protéger. La clause qui désamorce toute la grille Lorsque Israël fait la volonté du Lieu, il n'a rien à craindre de tout cela : les nations en seront effrayées, et non Israël (Yirmeya 10, 2). Rachi lit la condition dans le verset lui-même : n'apprenez pas la voie des nations -- et dès lors que vous ferez sa volonté, ne soyez pas effrayés. Ben Yehoyada : ne crains pas de brûler comme le bois vert posé parmi le bois sec -- les nations tirent leur subsistance des sphères, Israël non.
La grille de lecture des éclipses -- qui, où, quelle couleur, quel moment -- et la clause qui la rend inopérante pour Israël.
1
כִּי הָא (דְּרַבָּה) בַּר חָמָא כִּי הֲווֹ קָיְימִי מִקַּמֵּיהּ דְּרַב חִסְדָּא מַרְהֲטִי בִּגְמָרָא בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, וַהֲדַר מְעַיְּינִי בִּסְבָרָא.

Comme dans ce cas de (Rava et) Rami bar Hama : lorsqu'ils se tenaient devant Rav Hisda, ils couraient ensemble sur la guemara (la tradition reçue), puis ensuite ils examinaient la sevara (le raisonnement).

📜 Rachi (4)
כִּי הָא כו' דְּבִשְׁמַעְתָּא אִיכָּא נָמֵי רִיהֲטָא בְּלֹא טִרְחָא וְאִיכָּא עִיּוּן בְּטִרְחָא:
Comme dans ce cas, etc. -- car dans la chemaata (l'enseignement amoraïque) aussi, il y a une course sans peine et il y a un examen avec peine.
כִּי הֲווֹ קָיְימִי מִקַּמֵּיהּ דְּרַב חִסְדָּא בָּתַר דְּאַגְמְרִינְהוּ שְׁמַעְתָּתָא:
Lorsqu'ils se tenaient devant Rav Hisda -- après qu'il leur eut enseigné les chemaatot.
מְרַהֲטִי בַּגְּמָרָא מַה שֶׁשָּׁמְעוּ מִפִּיו דָּבָר פְּלוֹנִי אָסוּר דָּבָר פְּלוֹנִי מֻותָּר:
Ils couraient sur la guemara -- ce qu'ils avaient entendu de sa bouche : telle chose est interdite, telle chose est permise.
וַהֲדַר מְעַייְּנִי בִּסְבָרָא מַה טַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר וְאִם יֵשׁ לְהָשִׁיב כְּלוּם:
Puis ensuite ils examinaient la sevara -- quel est le motif de la chose, et s'il y a quelque objection à formuler.
💡 Explication

Dernière pièce du dossier ouvert à la fin du 28b. La Guemara y avait partagé l'étude en deux régimes : le migras (réviser, mémoriser ce qui est déjà clair) qui reste dans la souka, et l iyoun (analyser les motifs) qui en sort. Restait à montrer que cette partition n'est pas propre au verset et à la michna, mais vaut aussi pour la matière amoraïque.

D'où ce souvenir de maison d'étude : Rava et Rami bar Hama, sortant du cours de Rav Hisda, commençaient par rehater -- courir sur ce qu'ils venaient d'entendre, telle chose interdite, telle chose permise -- et ne passaient qu'ensuite à l'examen des raisons. Rachi tire la conclusion en une ligne : dans la chemaata aussi il y a une course sans peine et un examen avec peine.

2
אָמַר רָבָא: מָאנֵי מִשְׁתְּיָא — בִּמְטַלַּלְתָּא, מָאנֵי מֵיכְלָא — בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא. חַצְבָּא וְשֶׁחֵיל — בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא, וּשְׁרָגָא — בִּמְטַלַּלְתָּא. וְאָמְרִי לָהּ: בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא. וְלָא פְּלִיגִי: הָא — בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה, הָא — בְּסֻוכָּה קְטַנָּה.

Rava dit : les ustensiles à boire -- dans la souka ; les ustensiles à manger -- hors de la souka. La cruche (hatsva) et le seau (chahil) -- hors de la souka ; et la lampe (chraga) -- dans la souka.

Et certains disent : hors de la souka. Et ils ne divergent pas : ici -- dans une grande souka ; là -- dans une petite souka.

📜 Rachi (8)
מָאנֵי מִשְׁתְּיָא כּוֹסוֹת:
Les ustensiles à boire -- les coupes.
בִּמְטַלַּלְתָּא לְפִי שֶׁאֵינָן מְאוּסִים:
Dans la souka -- parce qu'ils ne sont pas répugnants.
מָאנֵי מֵיכְלָא קְעָרוֹת לְאַחַר שֶׁאָכְלוּ בָּהֶן צָרִיךְ לְהוֹצִיאָן:
Les ustensiles à manger -- les écuelles : après qu'on y a mangé, il faut les sortir.
לְבַר מִמְּטַלַּלְתָּא חוּץ לַסֻּוכָּה:
Hors de la souka -- a l'extérieur de la souka.
חַצְבָּא כַּד שֶׁל חֶרֶס שֶׁשּׁוֹאֲבִין בּוֹ הַמַּיִם:
Hatsva -- une cruche de terre cuite avec laquelle on puise l'eau.
וְשֶׁחַיִל דְּלִי שֶׁל עֵץ:
Et chahil -- un seau de bois.
שְׁרָגָא נֵר שֶׁל חֶרֶס שֶׁקּוֹרִין קרושיי"ל:
Chraga -- une lampe de terre cuite, que l'on appelle crusel (en langue vulgaire).
סֻוכָּה קְטַנָּה שֶׁל שִׁיעוּר מְצֻומְצָם ז' טְפָחִים אָסוּר לְהַנִּיחָן בְּתוֹכָהּ:
Une petite souka -- d'une mesure juste, sept tefahim : il est interdit de les y déposer.
🗂️ Tossefot (2)
מָנָא דְּמֵיכְלָא. קְעָרוֹת לְאַחַר שֶׁאָכְלוּ בָּהֶן צָרִיךְ לְהוֹצִיאָם מִן הַסֻּוכָּה מִשּׁוּם מֵיאוּס כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וי"מ כְּגוֹן קְדֵירוֹת וְאַגָּנֵי דְּלִישָׁא וְטַעֲמָא דִּכְעֵין תָּדוּרוּ בָּעֵינַן וְהָנֵי אֵין רְגִילִין לִהְיוֹת בְּבֵית דִּירָה אֶלָּא בַּיִת יֵשׁ לָהֶם לְבַדָּם וְכֵן פֵּירֵשׁ בה"ג כְּגוֹן קִדְרֵי וְשַׁפּוּדֵי וּבֵי טְוִי וּבֵי תֻּפִּי:
Les ustensiles à manger. Les écuelles : après qu'on y a mangé, il faut les sortir de la souka a cause de la répugnance -- ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Et certains expliquent : par exemple les marmites et les pétrins ; et le motif en est que nous exigeons ke-ein tadourou (à la manière dont on demeure), or ceux-là n'ont pas coutume de se trouver dans la pièce d'habitation, mais ils ont un local à eux seuls. Ainsi a expliqué également le Behag (les Halakhot Guedolot) : par exemple les marmites, les broches, les ustensiles à rôtir et les ustensiles à cuire.
וְאָמְרִי לַהּ בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא. אֵין שְׁרָגָא מֵעִנְייָנָא דַּאֲחֵרִים דְּמָנָא דְּמֵיכְלָא בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא הַייְנוּ בְּשָׁעָה שֶׁאֵין מִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן דְּבִשְׁעַת סְעוּדָה אוֹכֵל בִּקְעָרָה בַּסֻּוכָּה אֲבָל שְׁרָגָא בְּעוֹדוֹ דּוֹלֵק וּמִשְׁתַּמֵּשׁ לוֹ לְאוֹרוֹ אָסוּר כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן פֶּרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה ד' מח. וְשָׁם) דִּתְנַן גַּבֵּי שְׁבִיעִי שֶׁל חַג גָּמַר מִלֶּאֱכֹול לֹא יַתִּיר סֻוכָּתוֹ מִשּׁוּם דְּאִי מֻתְרְמֵי לֵיהּ סְעוּדְתָא אָכִיל בְּגַווַּהּ אֲבָל מוֹרִיד אֶת הַכֵּלִים מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה מִפְּנֵי כְּבוֹד יוֹם שֶׁמַּרְאֶה כְּמֵכִין עַצְמוֹ לִקְרָאתוֹ לְמָקוֹם שֶׁיִּסְעֹוד שָׁם הַלַּיְלָה וְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא אֵין לוֹ מָקוֹם לְהוֹרִיד כְּלִי וְצָרִיךְ לֶאֱכֹול בָּהּ בְּיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן מַה יַעֲשֶׂה וְיוֹכִיחַ שֶׁאֵינוֹ כְּמוֹסִיף עַל הַמִּצְוָה לַעֲשׂוֹת סֻוכָּה שְׁמוֹנָה יָמִים מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר וּמִדַּחֲשִׁיב לָהּ הֶיכֵּירָא בִּשְׁעַת הַדְלָקָה שְׁמַע מִינָּה דְּאָסוּר בֶּחָג וְשֶׁמָּא הַייְנוּ טַעְמָא דְּמִשּׁוּם דְּמוֹקְמִינַן בְּסֻוכָּה קְטַנָּה וְחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא תִּשָּׂרֵף סֻוכָּתוֹ וְתֵדַע דְּהַדְלָקָה דַּוְקָא מִדְּלָא נְקַט מְעַיֵּיל אֶת הַנֵּר כִּדְנָקֵיט הָתָם מְעַייֵּל בָּהּ מָאנֵי מֵיכְלָא:
Et certains disent : hors de la souka. La lampe ne relève pas du même sujet que les autres objets. Car [dire que] les ustensiles à manger sont hors de la souka vaut pour le moment où l'on ne s'en sert pas -- puisque, à l'heure du repas, on mange bien dans l'écuelle à l'intérieur de la souka. Mais la lampe, tant qu'elle brûle et qu'on se sert de sa lumière, est interdite [dans la souka], comme il ressort plus loin, au chapitre Loulav ve-arava (Souka 48a) : nous y avons appris à propos du septième jour de la fête que celui qui a fini de manger ne démonte pas sa souka, parce que si un repas venait à se présenter il y mangerait ; mais il descend les ustensiles à partir de minha et au-delà, en l'honneur du jour [suivant], car il montre par là qu'il se prépare à se rendre là où il soupera le soir. Et l'on dit dans la Guemara : s'il n'a pas d'endroit où descendre les ustensiles et qu'il lui faut manger dans la souka le dernier jour de fête, que fera-t-il pour montrer qu'il n'ajoute pas à la mitsva en faisant une souka de huit jours ? Il y allume la lampe. Et du fait que l'on tient l'allumage pour un signe distinctif, on en déduit que cela est interdit pendant la fête. Et peut-être le motif en est-il que nous établissons [le cas] dans une petite souka, et que nous craignons que sa souka ne prenne feu. Et sache que c'est bien de l'allumage qu'il s'agit, du fait qu'il n'a pas dit il y fait entrer la lampe, comme il dit là-bas il y fait entrer les ustensiles à manger.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רָבָא מָאנֵי מִישְׁתָּא בִּמְטַלַּלְתָּא מָאנֵי מֵיכְלָא בַּר מִמַּעֲלַלְתָּא חַצְבָּא וְשָׁחֵיל בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא שְׁרָגָא אָמְרִי לָהּ בִּמְטַלַּלְתָּא וְאָמְרִי לַהּ בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא וְלָא פְּלִיגִי הָא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה וְהָא בְּסֻוכָּה קְטַנָּה הָנֵי מָאנֵי לָא אַייְרֵי בְּחַד עִנְיָנָא דְּמָאנֵי מֵיכְלָא וּמָאנֵי מִשְׁתְּיָא אַייְרֵי בְּשָׁעָה שֶׁאֵין מִשְׁתַּמְּשִׁין בָּהֶן מָאנֵי מִשְׁתְּיָא לָא מְאִיסֵי אֲבָל מָאנֵי מֵיכְלָא כְּגוֹן קְעָרוֹת לְאַחַר שֶׁאָכְלוּ בָּהֶם מְאִיסֵי וְאֵין לְהַשְׁהוֹתָם בַּסֻּוכָּה אֲבָל בִּשְׁרָגָא אַף בַּבָּעָה שֶׁהוּא דָּלוּק אֵין לְהַנִּיחַ בַּסֻּוכָּה כִּדְמוֹכַח בְּפִירְקִין דִּלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף מח.) דִּתְנַן גָּמַר מִלֶּאֱכֹול פֵּירוּשׁ בַּשְּׁבִיעִי לֹא יַתִּיר אֶת סֻוכָּתוֹ דִּלְמָא מִיתְרַמֵּי לֵיהּ סְעוּדָה אַחֲרִיתִי אֲבָל מוֹרִיד הוּא אֶת הַכֵּלִים מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה בִּשְׁבִיל כְּבוֹד יו"ט הָאַחֲרוֹן אֵין לוֹ מָקוֹם לְהוֹרִיד כֵּלִים וְצָרִיךְ הוּא לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה ביו"ט הָאַחֲרוֹן כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה שֶׁיִּפָּסֵל אֶת הַסֻּוכָּה דְּאֵינוֹ נִרְאֶה כְּמוֹסִיף אִם יֹאכַל בַּשְּׁמִינִי בַּסֻּוכָּה רִיבָּ"ל אוֹמֵר מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר תִּינַח סֻוכָּה קְטַנָּה גְּדוֹלָה מַאי אִיכָּא לְמֵימַר. לְמֵימַר. דִּמְעַייֵּל בָּהּ מָאנֵי דְּמֵיכְלָא אַלְמָא שְׁרָגָא בְּסֻוכָּה קְטַנָּה אַף בְּשָׁעָה שֶׁהוּא דָּלוּק אֵין לְהַנִּיחוֹ בְּסֻוכֶּרֶת וְהַטַּעַם שֶׁיֵּשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא יִתְקָרֵב הַנֵּר לְדוֹפְנֵי הַסֻּוכָּה וְתֹאחַז בָּהֶן הָאוּר:
Rava dit : les ustensiles à boire dans la souka, les ustensiles à manger hors de la souka ; la cruche et le seau hors de la souka ; la lampe, certains disent dans la souka et certains disent hors de la souka -- et ils ne divergent pas : ici dans une grande souka, là dans une petite souka. -- Ces ustensiles ne relèvent pas d'un seul et même sujet. Car les ustensiles à manger et les ustensiles à boire concernent le moment où l'on ne s'en sert pas : les ustensiles à boire ne sont pas répugnants, tandis que les ustensiles à manger, par exemple les écuelles après qu'on y a mangé, sont répugnants et il ne faut pas les laisser séjourner dans la souka. Mais la lampe, même à l'heure où elle brûle, il ne faut pas la déposer dans la souka, comme il ressort du chapitre suivant (Souka 48a), où nous avons appris : celui qui a fini de manger -- c'est-à-dire le septième jour -- ne démonte pas sa souka, de peur qu'un autre repas ne se présente ; mais il descend les ustensiles à partir de minha et au-delà, en l'honneur du dernier jour de fête. S'il n'a pas d'endroit où descendre les ustensiles et qu'il lui faut manger dans la souka le dernier jour de fête, comment fait-il pour disqualifier la souka, de sorte qu'il ne paraisse pas ajouter [à la mitsva] s'il mange le huitième jour dans la souka ? Rabbi Yehochoua ben Levi dit : il y allume la lampe. -- Cela vaut pour une petite souka ; pour une grande, que dire ? -- Il y fait entrer les ustensiles à manger. Il en ressort que la lampe, dans une petite souka, même à l'heure où elle brûle, il ne faut pas l'y déposer ; et le motif en est qu'il y a lieu de craindre que la lampe ne s'approche des parois de la souka et que le feu ne les prenne.
💡 Explication

Rava traduit le principe abstrait du folio précédent -- tichvou ke-ein tadourou, on demeure dans la souka comme on demeure chez soi -- en un inventaire concret. La liste n'est pas arbitraire : elle applique un critère.

Pour Rachi, le critère est le miyous, la répugnance : les coupes restent parce qu'elles sont propres, les écuelles sortent une fois qu'on y a mangé. Un objet n'est donc pas exclu par nature mais par son état. Les Tossefot rapportent un second critère, plus structurel : marmites, pétrins, broches n'ont jamais leur place dans la pièce où l'on vit -- ils ont leur propre local. Ce n'est plus la saleté qui les exclut, c'est la définition même d'une pièce d'habitation.

Reste la chraga, sur laquelle deux versions s'opposent. La Guemara les réconcilie par la taille : dans une grande souka on peut écarter la lampe, dans une petite -- sept tefahim, la mesure minimale -- non. Le Roch précise le danger réel : la lampe finirait contre la paroi et y mettrait le feu.

🖼️ Schéma
Deux versions sur la lampe, et pourquoi elles ne divergent pas chraga -- la lampe de terre cuite Rachi : ner chel hères, que l'on appelle crusel Version A : be-metallelta elle reste dans la souka Version B : bar mi-metallelta elle sort de la souka SOUKA GRANDE place pour l'écarter des parois SOUKA PETITE -- sept tefahim mesure juste, rien à écarter Le motif du danger, donné par le Roch Dans une souka de mesure juste, la lampe risque de s'approcher des parois et d'y mettre le feu. Ce n'est plus une question de propreté, mais de sécurité.
Deux versions sur la lampe, réconciliées par la taille de la souka -- et le motif de sécurité donné par le Roch.
3
יָרְדוּ גְּשָׁמִים. תְּנָא: מִשֶּׁתִּסְרַח הַמִּקְפָּה שֶׁל גְּרִיסִין.

« S'il tombe de la pluie. » On a enseigné [dans une beraita] : dès lors que se gâte la mikpa de gris (le plat en gelée de fèves concassées).

📜 Rachi (1)
מִקְפָּה שֶׁל גְּרִיסִין מְמַהֶרֶת לְקַלְקֵל בַּגְּשָׁמִים מְעַט:
La mikpa de gris -- elle s'abîme vite sous une pluie légère.
💡 Explication

La michna avait donné un seuil sans le chiffrer : on quitte la souka quand la mikpa se gâte. La beraita en précise l'espèce -- une mikpa de gris, de fèves concassées -- et Rachi en donne la raison en cinq mots : ce plat-là s'abîme vite sous une pluie légère.

Le choix n'est donc pas anodin. En prenant l'aliment le plus fragile comme étalon, la halakha place le seuil bas : il ne faut pas beaucoup de pluie pour l'atteindre. Le critère reste objectif -- un dommage constatable à la nourriture -- mais il n'exige pas d'attendre le déluge.

4
אַבָּיֵי הֲוָה קָא יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף בִּמְטַלַּלְתָּא, נְשַׁב זִיקָא וְקָא מַיְיתֵי צִיבְוָתָא. אֲמַר לְהוּ רַב יוֹסֵף: פַּנּוּ לִי מָאנַי מֵהָכָא. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי, וְהָא תְנַן: מִשֶּׁתִּסְרַח הַמִּקְפָּה! אֲמַר לֵיהּ: לְדִידִי, כֵּיוָן דַּאֲנִינָא דַּעְתַּאי — כְּמִי שֶׁתִּסְרַח הַמִּקְפָּה דָּמֵי לִי.

Abaye était assis devant Rav Yossef dans la souka. Le vent souffla et fit tomber des brindilles [du skhakh].

Rav Yossef leur dit : videz mes ustensiles d'ici ! Abaye lui dit : mais n'avons-nous pas appris [dans la michna] : dès lors que la mikpa se gâte !

Il lui répondit : pour moi, puisque je suis anin daat (délicat de nature), c'est comme si la mikpa s'était déjà gâtée.

📜 Rachi (2)
צִיבְוָתָא קַסָּמִין שֶׁל סְכָךְ הָיָה מַשִּׁיר עַל הַמַּאֲכָל:
Tsivouta -- des brindilles du skhakh qu'il faisait tomber sur la nourriture.
רַב יוֹסֵף מֵאֲנִינֵי דַּעַת הֲוָה דְּתַנְיָא בְּפֶ' עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים קיג:) שְׁלֹשָׁה חַיֵּיהֶן אֵינָן חַיִּים הָרַחְמָנִין וְהָרַתְחָנִין וַאֲנִינֵי הַדַּעַת שֶׁאֵינָם יְכוֹלִין לִסְבֹּול שׁוּם דָּבָר מֵיאוּס וְאָמַר רַב יוֹסֵף כֻּולְּהוּ אִיתַנְהוּ בִּי:
Rav Yossef était de ceux qui sont anin daat, car il est enseigné au chapitre Arvei Pessahim (Pessahim 113b) : trois [sortes de gens] dont la vie n'est pas une vie -- les miséricordieux, les coléreux et les délicats de nature, qui ne peuvent supporter aucune chose répugnante ; et Rav Yossef dit : toutes se trouvent en moi.
⚖️ Rosh (1)
מִשֶּׁתִּסְרַח הַמִּקְפָּה. תָּנָא מִשֶּׁתִּסְרַח הַמִּקְפָּה שֶׁל גְּרִיסִין אַבַּיֵּי הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף בִּמְטַלַּלְתָּא נָשִׁיב זִיקָא וְקָא מַיְיתֵי צִיבְוָתָא אֲמַר רַב יוֹסֵף פַּנּוּ לִי מָאנַי מֵהָכָא א"ל אַבַּיֵּי וְהָאֲנַן תְּנַן מִשֶּׁתִּסְרַח הַמִּקְפָּה אֲמַר לֵיהּ לְדִידִי כֵּיוָן דַּאֲנִינָא דַּעְתַּאי כַּמָּה שֶׁתִּסָּרֵחַ הַמִּקְפָּה דָּמֵי ת"ר הָיָה אוֹכֵל בַּסֻּוכָּה וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים וְיָרַד אֵין מַטְרִיחִין אוֹתוֹ לַעֲלוֹת עַד שֶׁיִּגְמֹור סְעֻודָּתוֹ הָיָה יָשֵׁן בַּסֻּוכָּה וְיָרַד אֵין מַטְרִיחִין אוֹתוֹ לַעֲלוֹת עַד שִׁיעוּר מִשֶּׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר: מָשָׁל מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה לְעֶבֶד שֶׁמָּזַג כּוֹס לְרַבּוֹ וְשָׁפַךְ לוֹ קִיתוֹן שֶׁל מַיִם עַל פָּנָיו. אִיבַּעְיָא לְהוּ מִי שָׁפַךְ לְמִי ת"ש דְּתַנְיָא וְשָׁפַךְ לוֹ רַבּוֹ קִיתוֹן שֶׁל מַיִם עַל פָּנָיו כְּלוֹמַר אִי אֶיפְשֵׁי בְּשִׁימּוּשְׁךָ:
« Dès lors que la mikpa se gâte. » On a enseigné : dès lors que se gâte la mikpa de gris. Abaye était assis devant Rav Yossef dans la souka ; le vent souffla et fit tomber des brindilles. Rav Yossef dit : videz mes ustensiles d'ici. Abaye lui dit : mais n'avons-nous pas appris : dès lors que la mikpa se gâte ! Il lui répondit : pour moi, puisque je suis anin daat, c'est comme si la mikpa s'était gâtée. -- Nos maîtres ont enseigné : s'il était en train de manger dans la souka et qu'il tomba de la pluie et qu'il descendit, on ne l'importune pas pour remonter avant qu'il ait achevé son repas ; s'il dormait dans la souka et qu'il descendit, on ne l'importune pas pour remonter avant qu'il s'éveille, [et cela] à partir du lever de la colonne de l'aube. -- Parabole : parabole, à quoi la chose ressemble-t-elle ? À un serviteur qui verse une coupe à son maître, et [celui-ci] lui déversa une cruche d'eau au visage. On leur a demandé : qui a versé à qui ? Viens et entends, car il est enseigné : et son maître lui déversa une cruche d'eau au visage -- c'est-à-dire : je ne veux pas de ton service.
💡 Explication

Un cas vécu vient aussitôt éprouver le seuil qu'on venait d'établir. Le vent fait tomber sur le plat de Rav Yossef des tsivouta, de menues brindilles détachées du skhakh -- ce qui est loin d'avoir gâté la mikpa. Abaye, en élève exact, lui oppose la michna.

La réponse ne conteste pas la michna : elle en déplace le sujet. Rav Yossef se déclare anin daat, d'une sensibilité qui ne supporte aucune chose répugnante ; pour lui, le seuil est atteint plus tôt. Rachi appuie en rappelant Pessahim 113b, où Rav Yossef dit de lui-même qu'il réunit les trois traits dont on dit que leur vie n'est pas une vie.

L'enjeu n'est donc pas de savoir si le seuil est objectif, mais ce qu'il mesure : non un volume de pluie, mais le moment où l'on ne mangerait plus. Et cela, chacun le porte avec soi.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: הָיָה אוֹכֵל בַּסֻּוכָּה וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים וְיָרַד — אֵין מַטְרִיחִין אוֹתוֹ לַעֲלוֹת עַד שֶׁיִּגְמֹור סְעֻודָּתוֹ. הָיָה יָשֵׁן תַּחַת הַסֻּוכָּה וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים וְיָרַד — אֵין מַטְרִיחִין אוֹתוֹ לַעֲלוֹת עַד שֶׁיֵּאוֹר.

Nos maîtres ont enseigné : s'il était en train de manger dans la souka et qu'il tomba de la pluie et qu'il descendit, on ne l'importune pas pour remonter avant qu'il ait achevé son repas. S'il dormait sous la souka et qu'il tomba de la pluie et qu'il descendit, on ne l'importune pas pour remonter avant che-yeor.

📜 Rachi (1)
וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים וְיָרַד מִן הַסֻּוכָּה לִגְמֹור סְעֻודָּתוֹ בַּבַּיִת וּכְשֶׁיֵּשֵׁב לוֹ פָּסְקוּ גְּשָׁמִים אֵין מַטְרִיחִין אוֹתוֹ לְהַפְסִיק וְלַעֲלוֹת עַד שֶׁיִּגְמֹור:
Et il tomba de la pluie -- et il descendit de la souka pour achever son repas dans la maison ; et lorsqu'il s'y fut assis, la pluie cessa : on ne l'importune pas pour qu'il interrompe [son repas] et remonte, avant qu'il ait achevé.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה אוֹ בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה כְּשֵׁרָה וְעוֹלִין לָהּ בְּיוֹם טוֹב בְּרֹאשׁ הָאִילָן אוֹ עַל גַּבֵּי גָּמָל כְּשֵׁרָה וְאֵין עוֹלִין לָהּ ביו"ט שְׁתַּיִם בִּידֵי אָדָם וְאַחַת בָּאִילָן אוֹ שְׁתַּיִם בָּאִילָן וְאַחַת בִּידֵי אָדָם כְּשֵׁרָה וְאֵין עוֹלִין לָהּ בְּיוֹם טוֹב שְׁלֹשָׁה בִּידֵי אָדָם וְאַחַת בָּאִילָן כְּשֵׁרָה וְעוֹלִין לָהּ בְּיוֹם טוֹב. זֶה הַכְּלָל כָּל שֶׁאִילּוּ יִנָּטֵל הָאִילָן וִיכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּשֵׁרָה וְעוֹלִין לָהּ ביו"ט כָּאן פֵּי' רַשִׁ"י שֶׁסָּמַךְ קַרְקָעִית הַסֻּוכָּה רֻובָּהּ בְּאִילָן וְעָשָׂה בְּרֹאשׁ הָאִילָן הַמְּחִיצּוֹת וּבְפֶ' מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ (שַׁבָּת דַּף קנד:) פִּי' שֶׁסָּמַךְ הַסְּכָךְ עַל הָאִילָן וְסֻוגְייַן דְּהָתָם מוֹכַחַת כֵּן שֶׁהָאִילָן דְּפָנוֹת לַסֻּוכָּה וְקָנִים שֶׁל הַסְּכָךְ נִסְמָכִין עַל הָאִילָן וְאָסוּר לִיכָּנֵס בּוֹ ביו"ט גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַנִּיחַ חֲפָצָיו עַל הַסְּכָךְ וְהַאי דִּנְקַט עוֹלִין מִשּׁוּם דְּכָל כְּנִיסַת סֻוכָּה מֻוזְכֶּרֶת בַּגְּמָרָא בִּלְשׁוֹן עֲלִיָּיה לְפִי שֶׁסֻּוכָּתָן הָיְתָה בְּרֹאשׁ הַגַּג כְּדִלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף כט.) אֵין מַטְרִיחִין לַעֲלוֹת אָמַר לָהֶן הַעֲלוּם לְסֻוכָּה דַּף כו: אֲבָל מוֹרִיד הוּא אֶת הַכֵּלִים דַּף מח.: גְּמ' מַתְנֵי' מַנִּי ר"ע הִיא דְּתַנְיָא הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל פּוֹסֵל ור"ע מַכְשִׁיר אָמַר אַבַּיֵּי דכ"ע הֵיכָא דְּאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה ד"ה פְּסוּלָה יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיָם ד"ה כְּשֵׁרָה כ"פ בִּיכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה שֶׁל הַיָּם רַבָּן גַּמְלִיאֵל סָבַר דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְכֵיוָן דְּאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיָם לָאו כְּלוּם הוּא ור"ע סָבַר סֻוכָּה דִּירַת עֲרַאי בָּעֵינַן וְכֵיוָן דִּיכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה כְּשֵׁרָה וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי עֲקִיבָא. תַּנְיָא עֲשָׂאָהּ לִבְהֵמָה דֹּופֶן לְסֻוכָּה רַבִּי מֵאִיר פּוֹסֵל וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי יְהוּדָה:
Michna. Celui qui fait sa souka au sommet d'un chariot ou au sommet d'un navire -- elle est valide, et l'on y monte le jour de fête. Au sommet d'un arbre ou sur le dos d'un chameau -- elle est valide, mais on n'y monte pas le jour de fête. Deux [parois] faites de main d'homme et une par l'arbre, ou deux par l'arbre et une de main d'homme -- elle est valide, mais on n'y monte pas le jour de fête. Trois de main d'homme et une par l'arbre -- elle est valide et l'on y monte le jour de fête. Voici la règle : dans tous les cas où, si l'on ôtait l'arbre, elle pourrait tenir par elle-même, elle est valide et l'on y monte le jour de fête. -- Ici Rachi a expliqué qu'il a appuyé sur l'arbre la majeure partie du plancher de la souka et qu'il a fait les parois au sommet de l'arbre ; et au chapitre Mi che-hehchikh (Chabbat 154b) il a expliqué qu'il a appuyé le skhakh sur l'arbre. Et notre sougya là-bas prouve qu'il en est ainsi : l'arbre sert de parois à la souka et les roseaux du skhakh s'appuient sur l'arbre. Et il est interdit d'y entrer le jour de fête, par décret [rabbinique], de peur qu'il ne dépose ses affaires sur le skhakh. Et si l'on a employé le terme monter, c'est parce que toute entrée dans la souka est mentionnée dans la Guemara par le terme de montée, du fait que leur souka se trouvait au sommet du toit -- comme plus loin (Souka 29a) : on ne l'importune pas pour monter ; il leur dit : faites-les monter à la souka (Souka 26b) ; mais il descend les ustensiles (Souka 48a). -- Guemara. Notre michna, de qui est-elle ? Elle est de Rabbi Akiva, car il est enseigné : celui qui fait sa souka au sommet d'un navire -- Rabban Gamliel invalide et Rabbi Akiva valide. Abaye dit : pour tous, là où elle ne peut pas tenir sous un vent ordinaire de la terre ferme, tous s'accordent qu'elle est invalide ; [là où] elle peut tenir sous un vent ordinaire de la mer, tous s'accordent qu'elle est valide. Ils ne divergent que là où elle peut tenir sous un vent ordinaire de la terre ferme mais ne peut pas tenir sous un vent ordinaire de la mer : Rabban Gamliel tient que nous exigeons une résidence permanente, et puisqu'elle ne peut pas tenir sous un vent ordinaire de la mer, elle n'est rien ; et Rabbi Akiva tient que la souka doit être une résidence provisoire, et puisqu'elle peut tenir sous un vent ordinaire de la terre ferme, elle est valide. Et la halakha est comme Rabbi Akiva. -- Il est enseigné : s'il a fait d'un animal une paroi pour la souka, Rabbi Meir invalide et Rabbi Yehouda valide ; et la halakha est comme Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Une fois la dispense acquise, la beraita traite la question suivante : combien de temps dure-t-elle ? La réponse tient dans un principe d équité pratique -- ein matrihin oto, on ne l'importune pas.

Rachi précise le cas : il est descendu, s'est installé, et voilà que la pluie cesse. Fallait-il tout interrompre et remonter ? Non : on ne coupe pas un repas commencé. Pour le sommeil, la même logique donne un terme plus lointain -- che-yeor, mot dont l'orthographe exacte va occuper tout le segment suivant.

Le Roch, ici, cite la michna suivante (souka sur un chariot, un navire, un arbre) et sa Guemara : le débat entre Rabban Gamliel et Rabbi Akiva sur la souka comme dirat keva ou dirat arai, tranché selon Rabbi Akiva. Il y relève au passage un détail de vocabulaire qui éclaire notre folio : si le Talmud dit toujours monter à la souka, c'est que celle-ci se construisait sur le toit.

6
אִיבַּעְיָא לְהוּ: עַד שֶׁיֵּעוֹר אוֹ עַד שֶׁיֵּאוֹר? תָּא שְׁמַע: עַד שֶׁיֵּאוֹר וְיַעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. תַּרְתֵּי?! אֶלָּא אֵימָא: עַד שֶׁיֵּעוֹר וְיַעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר.

On leur a demandé : [faut-il lire] « ad che-yeor » (jusqu'à ce qu'il s'éveille, avec un ayin) ou « ad che-yeor » (jusqu'à ce qu'il fasse jour, avec un alef) ? Viens et entends : « jusqu'à ce qu'il fasse jour et que monte la colonne de l'aube. » Deux [fois la même chose] ?!

Plutôt, dis : « jusqu'à ce qu'il s'éveille et que monte la colonne de l'aube. »

📜 Rachi (5)
אִיבַּעְיָא לְהוּ עַד שֶׁיֵּאוֹר עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר:
On leur a demandé : jusqu'à ce qu'il fasse jour -- jusqu'à ce que monte la colonne de l'aube.
אוֹ עַד שִׁיעוּר מִשִּׁינְתּוֹ הָא אִם הֵקִיץ אֲפִילּוּ הָיָה בַּחֲצִי הַלַּיְלָה יָקוּם מִשִּׁינְתּוֹ וְיַעֲלֶה וְיָשַׁן בַּסֻּוכָּה:
Ou jusqu'à ce qu'il s'éveille -- de son sommeil : c'est-à-dire que s'il se réveille, même au milieu de la nuit, il se lève de son sommeil, monte et dort dans la souka.
תָּא שְׁמַע עַד שֶׁיֵּאוֹר וְיַעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וְעַל כְּרִחְיָךְ עַד שִׁיעוּר הוּא דְּתַנְיָא בָּהּ דאל"כ מַאי וְיַעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר:
Viens et entends : jusqu'à ce qu'il fasse jour et que monte la colonne de l'aube -- et force est de dire que c'est « jusqu'à ce qu'il s'éveille » qui y est enseigné ; car sinon, que signifie « et que monte la colonne de l'aube » ?
תַּרְתֵּי בִּתְמִיהַּ שְׁנֵי דְּבָרִים אֵלּוּ הֵן סוֹתְרִים זֶה אֶת זֶה שֶׁיֵּאוֹר מַשְׁמַע שֶׁהֵאִיר לוֹ הַמִּזְרָח וְעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר מַשְׁמַע קֹודֶם לָכֵן:
Deux ? -- [dit] sur un ton d'étonnement : ces deux choses se contredisent l'une l'autre, car « che-yeor » signifie que l'orient s'est éclairé pour lui, tandis que « et que monte la colonne de l'aube » désigne un moment antérieur.
אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ שִׁיעוּר קָתָנֵי וה"ק עַד שִׁיעוּר מִשֶּׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר לְאַפּוֹקֵי אִם הֵקִיץ מִשִּׁינְתּוֹ בַּלַּיְלָה דְּאֵין מַטְרִיחִין וְאִם עָלָה הַשַּׁחַר וְלֹא נִיעֵר אֵין מְקַיְּצִין אוֹתוֹ:
Plutôt -- force est de dire qu'il enseigne « che-yeor » (qu'il s'éveille), et voici ce qu'il veut dire : jusqu'à ce qu'il s'éveille, à partir du moment où monte la colonne de l'aube. Cela exclut [le cas où] il s'est réveillé de son sommeil pendant la nuit -- on ne l'importune pas ; et si l'aube s'est levée et qu'il ne s'est pas éveillé, on ne le réveille pas.
💡 Explication

Toute la question tient à une lettre. Prononcé de la même façon, yeor s'écrit soit avec un ayin -- de la racine ur, s'éveiller -- soit avec un alef -- de la racine or, la lumière. La règle change du tout au tout : ou bien celui qui se réveille en pleine nuit doit remonter dormir dans la souka, ou bien la nuit entière lui est acquise.

La preuve invoquée se retourne aussitôt contre elle-même : la beraita dit « jusqu'à ce qu'il fasse jour et que monte la colonne de l'aube ». Avec un alef, c'est un doublon -- et Rachi va plus loin : ce serait même contradictoire, puisque le jour levé est postérieur à la colonne de l'aube.

La conclusion ne choisit pas une lecture contre l'autre, elle les compose : lire ayin, et faire de l'aube non pas un terme mais un point de départ. On ne remonte qu'une fois les deux conditions réunies -- l'aube levée et le dormeur éveillé. D'où la double indulgence que Rachi souligne : réveillé de nuit, on ne l'importune pas ; endormi après l'aube, on ne le réveille pas.

🖼️ Schéma
Ad che-yeor : une seule prononciation, deux orthographes, deux règles Il est descendu dormir à la maison parce qu'il pleuvait. À partir de quand doit-il remonter ? début de nuit milieu de la nuit colonne de l'aube plein jour Lecture avec AYIN -- che-yeor, qu'il s'éveille Rachi : s'il se réveille, même au milieu de la nuit, il se lève, monte et dort dans la souka. Règle exigeante : le sommeil est le seul répit. Lecture avec ALEF -- che-yeor, qu'il fasse jour Il reste à la maison jusqu'au lever de l'aube, même s'il se réveille en pleine nuit. Règle indulgente : la nuit entière est acquise. La preuve apportée -- et son problème Une autre beraita dit : ad che-yeor ve-yaale amoud ha-chahar. Si yeor s'écrit avec un alef, c'est deux fois la même chose -- et pire, Rachi note que les deux se contredisent : le jour levé est postérieur à la colonne de l'aube. La conclusion : les deux conditions doivent être réunies Lire yeor avec ayin : jusqu'à ce qu'il s'éveille, à partir du lever de l'aube. Donc s'il se réveille de nuit, on ne l'importune pas ; et si l'aube se lève et qu'il dort encore, on ne le réveille pas.
Une seule prononciation, deux orthographes, deux règles -- et une conclusion qui exige les deux conditions à la fois.
7
מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה. אִיבַּעְיָא לְהוּ: מִי שָׁפַךְ לְמִי? תָּא שְׁמַע דְּתַנְיָא: שָׁפַךְ לוֹ רַבּוֹ קִיתוֹן עַל פָּנָיו, וְאָמַר לוֹ: אִי אֶפְשִׁי בְּשִׁמּוּשְׁךָ.

« On a énoncé une parabole : à quoi la chose ressemble-t-elle ? » On leur a demandé : qui a versé [la cruche] à qui ? Viens et entends, car il est enseigné : son maître lui déversa une cruche au visage et lui dit : je ne veux pas de ton service.

📜 Rachi (1)
מִי שָׁפַךְ לְמִי עֶבֶד לְרַבּוֹ וְהָכִי קָאָמַר מָשָׁל לְעֶבֶד שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה לְרַבּוֹ עַבְדוּת שֶׁאֵינוֹ עוֹבְדוֹ כַּהֹוגֶן כָּךְ בְּיָדוּעַ שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹבְדִין כַּשּׁוּרָה אוֹ דִלְמָא הָכִי קָאָמַר וְשָׁפַךְ לוֹ רַבּוֹ קִיתוֹן עַל פָּנָיו לוֹמַר צֵא מִלְּפָנַי דְּאִי אֶפְשִׁי בְּשִׁמּוּשְׁךָ וִירִידַת גְּשָׁמִים הִיא שְׁפִיכַת קִיתוֹן וּמִכָּל מָקוֹם סִימַן קְלָלָה הוּא וּמִיהוּ פֵּירוּשָׁא דְּמַתְנִיתִין מִיבַּעְיָא לָן שְׁפִיכַת הַקִּיתוֹן מַאי הִיא יְשִׁיבַת הַסֻּוכָּה אוֹ יְרִידַת גְּשָׁמִים:
Qui a versé à qui -- le serviteur à son maître ? Et voici alors ce que [la michna] dirait : parabole d'un serviteur qui rendait à son maître un service qui n'était pas convenable ; de même, il est manifeste qu'Israël ne sert pas comme il faut. Ou bien peut-être veut-elle dire ceci : et son maître lui déversa une cruche au visage, pour lui dire sors de devant moi, car je ne veux pas de ton service -- et la chute de la pluie, c'est le déversement de la cruche. De toute manière, c'est un signe de malédiction ; mais ce que nous demandons, c'est l'explication de la michna : le déversement de la cruche, qu'est-ce que c'est -- le fait de siéger dans la souka, ou la chute de la pluie ?
💡 Explication

La michna avait laissé une ambiguïté grammaticale que la Guemara vient relève : dans « il lui déversa une cruche au visage », qui est le sujet ?

Rachi expose les deux constructions et, surtout, ce qui les sépare. Si c'est le serviteur qui renverse, la parabole décrit un service maladroit : la pluie révèle qu'Israël ne sert pas comme il faut. Si c'est le maître, elle décrit un refus : sors de devant moi, je ne veux pas de ton service -- et la pluie elle-même est le contenu du geste. Rachi note que dans les deux cas le signe reste une malédiction ; ce qui se joue, c'est l'identification de la cruche -- l'acte de siéger dans la souka, ou la pluie qui tombe.

La beraita tranche sans ambiguïté : c'est le maître. Conséquence lourde pour la suite du folio -- un phénomène naturel vient d'être lu comme une parole adressée. C'est exactement ce principe que les huit segments suivants vont appliquer aux éclipses.

🖼️ Schéma
Mi chafakh le-mi : qui a versé la cruche à qui ? La michna avait dit : un serviteur vient verser la coupe à son maître, et il lui déverse une cruche au visage. Le il est ambigu. LECTURE 1 -- le serviteur verse Le serviteur sert son maître de travers : au lieu de verser la coupe, il renverse tout. Sens : la pluie révèle qu'Israël ne sert pas comme il faut. Le signe porte alors sur la qualité du service -- et la cruche renversée, c'est le fait de siéger dans la souka. LECTURE 2 -- le maître verse Le serviteur vient servir correctement ; le maître lui jette l'eau au visage. Sens : sors de devant moi, je ne veux pas de ton service. Le signe porte alors sur l'accueil du service -- et la cruche renversée, c'est la chute de la pluie. La beraita tranche pour la lecture 2 Son maître lui déversa une cruche au visage et lui dit : je ne veux pas de ton service. La formule est explicite, le sujet ne fait plus de doute. Rachi précise l'enjeu : dans les deux cas c'est un signe de malédiction ; ce qu'on demande, c'est ce que désigne la cruche -- l'acte de s'asseoir dans la souka, ou la pluie qui tombe.
Deux lectures de la parabole, et ce que chacune fait dire à la pluie. La beraita tranche pour la seconde.
8
תָּנוּ רַבָּנַן: בִּזְמַן שֶׁהַחַמָּה לוֹקָה — סִימָן רַע לְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ. מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה? לְמֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם שֶׁעָשָׂה סְעוּדָה לַעֲבָדָיו וְהִנִּיחַ פָּנָס לִפְנֵיהֶם, כָּעַס עֲלֵיהֶם וְאָמַר לְעַבְדּוֹ: טוֹל פָּנָס מִפְּנֵיהֶם וְהוֹשִׁיבֵם בַּחֹושֶׁךְ.

Nos maîtres ont enseigné : lorsque le soleil est frappé d'éclipse, c'est un mauvais signe pour le monde entier. Parabole : à quoi la chose ressemble-t-elle ?

À un roi de chair et de sang qui fit un banquet pour ses serviteurs et plaça un fanal devant eux ; il se mit en colère contre eux et dit à son serviteur : ôte le fanal de devant eux et fais-les asseoir dans l'obscurité.

📜 Rachi (3)
בִּזְמַן שֶׁהַחַמָּה לוֹקָה כּוּ' מִשּׁוּם דְּאַייְּרִי הָכָא בְּסִימָנֵי קְלָלָה נְקַט לָהּ:
Lorsque le soleil est frappé d'éclipse, etc. -- parce qu'il est question ici de signes de malédiction, [le Talmud] a rapporté cet enseignement.
וְהִנִּיחַ פָּנָס לנטירנ"א:
Et il plaça un fanal -- lanterne (en langue vulgaire).
וְהוֹשִׁיבָם בַּחֹשֶׁךְ כָּךְ כְּשֶׁהַחַמָּה לוֹקָה אֵינָהּ מְאִירָה כָּל כָּךְ:
Et il les fit asseoir dans l'obscurité -- de même, lorsque le soleil est frappé d'éclipse, il n'éclaire plus autant.
💡 Explication

Début d'une longue digression. Rachi en donne lui-même la raison d'être en une ligne : puisqu'il est question ici de signes de malédiction, le Talmud rassemble ce qui s'y rattache. Le lien n'est pas thématique -- on ne parle plus de souka -- mais méthodologique : on vient d'établir qu'un phénomène du ciel peut être un message.

La parabole reprend d'ailleurs exactement la structure de la précédente : un maître, des serviteurs, un banquet, un geste de colère. Mais la cruche jetée au visage devient ici le fanal retiré. Rachi ramène l'image à la physique du phénomène : lors d'une éclipse, le soleil n'éclaire plus autant. La lumière n'est pas éteinte, elle est confisquée.

9
תַּנְיָא רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כָּל זְמַן שֶׁמְּאוֹרוֹת לוֹקִין — סִימָן רַע לְשׂוֹנְאֵיהֶם שֶׁל יִשְׂרָאֵל, מִפְּנֵי שֶׁמְּלֻומָּדִין בְּמַכּוֹתֵיהֶן. מָשָׁל לְסוֹפֵר שֶׁבָּא לְבֵית הַסֵּפֶר וּרְצוּעָה בְּיָדוֹ, מִי דּוֹאֵג — מִי שֶׁרָגִיל לִלְקוֹת בְּכָל יוֹם וָיוֹם הוּא דּוֹאֵג.

Il est enseigné : Rabbi Meir dit : chaque fois que les luminaires sont frappés d'éclipse, c'est un mauvais signe pour les ennemis d'Israël (euphémisme désignant Israël lui-même), parce qu'ils sont habitués à leurs coups. Parabole d'un maître d'école qui vient à la maison d'étude, la lanière à la main : qui s'inquiète ?

Celui qui a coutume de recevoir des coups chaque jour, c'est lui qui s'inquiète.

📜 Rachi (4)
מִפְּנֵי שֶׁמְּלֻומָּדִים בְּמַכּוֹתֵיהֶם כָּל מִינֵי פֻּורְעָנִיּוֹת הַבָּאִין בָּעוֹלָם יֵשׁ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל לִדְאֹוג וְלוֹמַר לֹא בָּא סִימָן זֶה אֶלָּא בִּשְׁבִילֵנוּ יוֹתֵר מִשְּׁאָר אֻומּוֹת מִפְּנֵי שֶׁהֵן רְגִילִין לִלְקוֹת יוֹתֵר מִכֻּולָּם:
Parce qu'ils sont habitués à leurs coups -- pour tous les malheurs qui viennent au monde, Israël a de quoi s'inquiéter et dire : ce signe n'est venu que pour nous, plus que pour les autres nations, parce qu'ils ont coutume d'être frappés plus que tous.
מָשָׁל לַסּוֹפֵר מְלַמֵּד תִּינוֹקוֹת:
Parabole d'un sofer -- un maître d'école des jeunes enfants.
וּרְצוּעָה בְּיָדוֹ לְהַכּוֹת:
Et la lanière à la main -- pour frapper.
מִי דּוֹאֵג אֵי זֶה מֵהֶן יָרֵא שֶׁרָגִיל לִלְקוֹת:
Qui s'inquiète -- lequel d'entre eux a peur ? Celui qui a coutume de recevoir des coups.
💡 Explication

Rabbi Meir déplace la question. Les autres enseignements demandent qui l'éclipse vise ; lui répond sur qui elle inquiète. Et sa réponse n'a rien de flatteur : Israël se sent visé non parce qu'il l'est, mais parce qu'il a l'habitude de l'être.

L'expression sonehem chel Israël, les ennemis d'Israël, est un euphémisme classique : le Talmud évite d'attribuer directement un malheur à Israël et lui substitue cette formule détournée. Il faut donc lire : mauvais signe pour Israël.

La parabole est d'une justesse cruelle et Rachi la déplie sans l'adoucir : le maître d'école entre, lanière en main, sans avoir désigné personne -- et c'est l'enfant qui reçoit des coups tous les jours qui se met à trembler. Le signe est neutre ; l'interprétation est un réflexe acquis. Rachi la formule comme un discours intérieur : ce signe n'est venu que pour nous, plus que pour les autres nations.

🖼️ Schéma
Trois enseignements sur la même éclipse -- et trois logiques différentes Segment 7 -- universel Le soleil éclipsé : mauvais signe pour le monde entier. Parabole : le roi retire le fanal du banquet et laisse ses serviteurs dans l'obscurité. Logique : la lumière retirée à tous. Segment 8 -- Rabbi Meir Les luminaires éclipsés : mauvais signe pour Israël, car il est habitué aux coups. Parabole : le maître d'école entre, lanière à la main. Logique : ce n'est pas le signe qui vise, c'est l'habitué qui se sent visé. Segment 9 -- partage Le soleil : pour les nations. La lune : pour Israël. Motif : Israël compte selon la lune, les nations selon le soleil. Logique : chacun est atteint dans l'astre qui règle son temps. Ce que Rachi ajoute au segment 8 Pour tous les malheurs qui viennent au monde, Israël a de quoi s'inquiéter et dire : ce signe n'est venu que pour nous, plus que pour les autres nations, parce qu'ils ont coutume d'être frappés plus que tous. L'inquiétude n'est donc pas une information sur le signe, c'est une disposition acquise. Pourquoi cela ne se contredit pas vraiment Le seg. 7 dit qui subit ; Rabbi Meir dit qui craint ; le seg. 9 dit qui est désigné. Trois questions distinctes -- et c'est pourquoi le Talmud les juxtapose sans les opposer.
Trois enseignements sur la même éclipse : qui subit, qui craint, qui est désigné -- trois questions distinctes.
10
תָּנוּ רַבָּנַן: בִּזְמַן שֶׁהַחַמָּה לוֹקָה — סִימָן רַע לַגּוֹיִם. לְבָנָה לוֹקָה — סִימָן רַע לְשׂוֹנְאֵיהֶם שֶׁל יִשְׂרָאֵל. מִפְּנֵי שֶׁיִּשְׂרָאֵל מוֹנִין לַלְּבָנָה, וְגוֹיִם לַחַמָּה. לוֹקֶה בַּמִּזְרָח — סִימָן רַע לְיוֹשְׁבֵי מִזְרָח. בַּמַּעֲרָב — סִימָן רַע לְיוֹשְׁבֵי מַעֲרָב. בְּאֶמְצַע הָרָקִיעַ — סִימָן רַע לְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ.

Nos maîtres ont enseigné : lorsque le soleil est frappé d'éclipse, c'est un mauvais signe pour les nations ; [lorsque] la lune est frappée, c'est un mauvais signe pour les ennemis d'Israël -- parce qu'Israël compte selon la lune et les nations selon le soleil. [S'il est] frappé à l'orient, c'est un mauvais signe pour les habitants de l'orient ; à l'occident, un mauvais signe pour les habitants de l'occident ; au milieu du firmament, un mauvais signe pour le monde entier.

📜 Rachi (2)
לוֹקֶה בַּמִּזְרָח בַּבֹּקֶר כְּשֶׁהַחַמָּה בַּמִּזְרָח:
Frappé à l'orient -- le matin, lorsque le soleil est à l'orient.
בְּאֶמְצַע הָרָקִיעַ בַּחֲצוֹת הַיּוֹם כְּשֶׁעוֹמֶדֶת בְּרֹאשׁ כָּל אָדָם:
Au milieu du firmament -- à midi, lorsqu'il se tient au-dessus de la tête de chacun.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּזְמַן שֶׁהַחַמָּה לוֹקָה, סִימָן רַע לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. פֵּירוּשׁ חַמָּה אוֹתִיּוֹת חַמָּה בציר"י תַּחַת חֵי"ת וְהַייְנוּ רוֹצֶה לוֹמַר סִימַן חַמָּה בציר"י נִרְאֶה בַּחַמָּה. וּמַה שֶׁאָמַר בַּלְּבָנָה רֶמֶז לְדָבָר לְבָנָה אוֹתִיּוֹת בֵּן לָהּ כְּלוֹמַר יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּקְרְאוּ בֵּן לְמָקוֹם כְּדִכְתִיב (שְׁמוֹת ד, כב) 'כֹּה אָמַר ה' בְּנִי בְכֹרִי יִשְׂרָאֵל' הֵם חֲלָקָה שֶׁמּוֹנִין לָהּ. גַּם לְבָנָה אוֹתִיּוֹת הֵן לֵב כִּי יִשְׂרָאֵל הֵם לֵב וְעָשׂוּ כָּבֵד כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ. וְהִנֵּה מַקְשִׁים דִּלְקוּת חַמָּה וּלְבָנָה הוּא טִבְעִי וְנוֹדַע לַתּוֹכְנִים קֹודֶם שֶׁיִּתְרָאֶה? וְנִרְאֶה לִי דְּוַדַּאי הוּא בְּטֶבַע אַךְ בִּזְמַן שֶׁיִּהְיֶה לְקוּת יִתְעוֹרְרוּ הַמְקַטְרְגִים לְקַטְרֵג וְלָכֵן הוּא סִימָן רַע כִּי עַל יָדוֹ יִתְעוֹרְרוּ לְקַטְרֵג כֵּן דַּרְכָּם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי דִּלְעוֹלָם גּוּף הַלְּקוּת טִבְעִי אַךְ כְּשֶׁיִּהְיֶה יִתְהַוֶּוה אֵיזֶה שִׁינּוּי מַרְאֶה בַּחַמָּה אוֹ בַּלְּבָנָה וְזֶה הַשִּׁינּוּי אֵינוֹ נִיכָּר לְכָל אָדָם וְרַק לַחֲכָמִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם סִימָנִים וּכְלָלִים בְּדָבָר זֶה וּבָזֶה הַשִּׁינּוּי יֵשׁ סִימָן רַע לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. וּבָזֶה נִיחָא גַּם מַאֲמָר הַשֵּׁנִי [בִּזְמַן שֶׁמְּאוֹרוֹת לוֹקִין, סִימָן רַע לְשׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל] וְהַיְינוּ כִּי לְתֵירוּץ רִאשׁוֹן צָרִיךְ לוֹמַר כְּשֶׁלּוֹקֶה בְּטֶבַע יִתְעוֹרְרוּ הַמְקַטְרְגִים לְקַטְרֵג וְלַתֵּירוּץ הַשֵּׁנִי יֵשׁ לוֹמַר שֶׁיִּתְהַווֶּה בַּחַמָּה מַרְאוֹת קָשִׁים וְנוֹדָעִים לְבַעֲלֵי חָכְמָה.
« Lorsque le soleil (hama) est frappé d'éclipse, c'est un mauvais signe pour les idolâtres. » Explication : hama a les mêmes lettres que hema (la fureur, avec un tsere sous le het) -- c'est-à-dire qu'un signe de hema apparaît dans la hama. Et ce qui est dit à propos de la lune en est l'indice : levana (la lune) a les mêmes lettres que ben la (un fils à elle), c'est-à-dire Israël, qui sont appelés fils du Lieu, comme il est écrit (Chemot 4, 22) « Ainsi a dit l'Éternel : mon fils, mon aîné, Israël » -- ils sont sa part, ceux qui comptent selon elle. De plus, levana a les mêmes lettres que hen lev (voici un cœur), car Israël est le cœur et Essav le foie, comme il est mentionné dans le saint Zohar. Or on objecte : l'éclipse du soleil et de la lune est un phénomène naturel, connu des astronomes avant même qu'il ne se produise ! Il me semble qu'en vérité la chose est bien naturelle, mais qu'au moment où l'éclipse a lieu les accusateurs s'éveillent pour accuser -- et c'est pourquoi elle est un mauvais signe : par elle ils s'éveillent à accuser, telle est leur manière. Et il me semble encore que le corps même de l'éclipse est toujours naturel, mais que lorsqu'elle survient il se produit quelque changement d'aspect dans le soleil ou dans la lune ; et ce changement n'est pas perceptible à tout homme, mais seulement aux sages qui possèdent des signes et des règles en cette matière -- et c'est dans ce changement que réside le mauvais signe pour les idolâtres. Ainsi s'éclaire également le second enseignement [« lorsque les luminaires sont frappés d'éclipse, c'est un mauvais signe pour les ennemis d'Israël »] : selon la première réponse, il faut dire que lorsque l'éclipse survient naturellement, les accusateurs s'éveillent pour accuser ; et selon la seconde réponse, on peut dire qu'il se forme dans le soleil des aspects durs, connus des seuls hommes de science.
💡 Explication

Troisième position, et la plus systématique : l'éclipse ne frappe pas au hasard, elle frappe chacun dans l'astre qui règle son temps. Israël compte les mois selon la lune, les nations comptent l'année selon le soleil ; l'atteinte porte donc sur le calendrier, c'est-à-dire sur la manière dont un peuple ordonne sa durée.

Une seconde variable s'ajoute, purement géographique : le lieu du ciel où survient l'éclipse désigne la région concernée. Rachi la traduit en heures -- l'orient, c'est le matin ; le milieu du firmament, c'est midi, quand le soleil se tient au-dessus de la tête de chacun. D'où le fait que le zénith, n'appartenant à personne en propre, vise le monde entier.

Le Ben Yehoyada affronte ici l'objection moderne, qu'il formule lui-même : une éclipse est un phénomène naturel, calculé d'avance par les astronomes -- comment serait-elle un signe ? Il propose deux réponses. Ou bien le phénomène est bien naturel, mais son moment est celui où les accusateurs célestes s'éveillent. Ou bien le signe n'est pas l'éclipse elle-même mais un changement d'aspect qui l'accompagne, imperceptible au commun et lisible aux seuls sages.

11
פָּנָיו דּוֹמִין לְדָם — חֶרֶב בָּא לָעוֹלָם. לְשַׂק — חִיצֵּי רָעָב בָּאִין לָעוֹלָם. לְזוֹ וְלָזוֹ — חֶרֶב וְחִיצֵּי רָעָב בָּאִין לָעוֹלָם. לָקָה בִּכְנִיסָתוֹ — פֻּורְעָנוּת שׁוֹהָה לָבֹא. בִּיצִיאָתוֹ — מְמַהֶרֶת לָבֹא. וְיֵשׁ אוֹמְרִים חִילּוּף הַדְּבָרִים.

[Si] sa face ressemble à du sang -- l'épée vient au monde ; à un sac -- les flèches de la famine viennent au monde ; à ceci et à cela -- l'épée et les flèches de la famine viennent au monde. [S'il] a été frappé à son entrée -- le malheur tarde à venir ; à sa sortie -- il se hâte de venir.

Et certains disent : les choses sont inversées.

📜 Rachi (6)
לְשַׂק עָשׂוּי מִנּוֹצָה שֶׁל עִזִּים וְהוּא דּוֹמֶה לְשָׁחֹור:
À un sac -- il est fait de poil de chèvre, et il ressemble à du noir.
חִיצֵּי רָעָב מַשְׁחִירִין פָּנִים:
Les flèches de la famine -- elles noircissent les visages.
לָקָה בִּכְנִיסָתוֹ בִּשְׁקִיעָתוֹ:
Il a été frappé à son entrée -- à son coucher.
פֻּורְעָנוּת שׁוֹהָה לָבֹא כְּדֶרֶךְ שֶׁשּׁוֹהֶה הַסִּימָן לְהַרְאוֹת עַד כְּלוֹת הַיּוֹם:
Le malheur tarde à venir -- de la même manière que le signe a tardé à se montrer, jusqu'à la fin du jour.
בִּיצִיאָתוֹ פֻּורְעָנוּת מְמַהֶרֶת לָבֹא כְּדֶרֶךְ שֶׁמִּיהֵר הַסִּימָן לָבֹא:
À sa sortie, le malheur se hâte de venir -- de la même manière que le signe s'est hâté de venir.
וְיֵשׁ אוֹמְרִים חִילּוּף הַדְּבָרִים לָקָה בִּכְנִיסָתוֹ עַרְבִית פּוּרְעָנוּת מְמַהֶרֶת לָבֹא שֶׁהַסִּימָן כְּשֵׁם שֶׁאֵין לוֹ שְׁהוּת לְשַׁמֵּשׁ בַּיּוֹם שֶׁסָּמוּךְ לִשְׁקִיעָתוֹ הוּא כָּךְ אֵין שְׁהוּת לְפוּרְעָנוּת לָבֹא בִּיצִיאָתוֹ שַׁחֲרִית פּוּרְעָנוּת שׁוֹהָה לָבֹא כְּשֵׁם שֶׁיֵּשׁ לַחַמָּה עוֹד שְׁהוּת בַּיּוֹם:
Et certains disent : les choses sont inversées -- [s'il] a été frappé à son entrée, c'est-à-dire le soir, le malheur se hâte de venir : car de même que le signe n'a plus le temps de servir dans la journée, puisqu'il est proche du coucher, de même le malheur n'a plus de délai avant de venir. [S'il a été frappé] à sa sortie, c'est-à-dire le matin, le malheur tarde à venir : de même que le soleil a encore du temps devant lui dans la journée.
💡 Explication

Deux variables supplémentaires, et deux logiques distinctes.

La couleur d'abord, qui fonctionne par ressemblance directe : rouge comme le sang, c'est l'épée ; sombre comme le sac -- que Rachi décrit comme un tissu de poil de chèvre tirant sur le noir -- ce sont les flèches de la famine, parce que la famine noircit les visages. Les deux teintes ensemble annoncent les deux fléaux.

Le moment ensuite, où le raisonnement se fait analogique et se retourne. Pour la première opinion, telle que Rachi la lit, l'éclipse au coucher signifie un malheur qui tarde -- le signe a tardé, le malheur tardera. Le yech omrim inverse tout en tenant le même genre de raisonnement : au soir, il ne reste plus de temps au soleil pour servir, donc plus de délai avant le malheur.

Ce désaccord est instructif. L'analogie peut se lire dans les deux sens -- le signe imite la durée du délai, ou bien il imite ce qu'il reste de temps -- et rien dans la méthode ne permet de trancher. C'est la limite avouée du système.

12
וְאֵין לְךָ כָּל אֻומָּה וְאֻומָּהּ שֶׁלּוֹקָה, שֶׁאֵין אֱ-לֹהֶיהָ לוֹקֶה עִמָּהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְכָל אֱ-לֹהֵי מִצְרַיִם אֶעֱשֶׂה שְׁפָטִים״. וּבִזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם אֵין מִתְיָרְאִין מִכָּל אֵלּוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּה אָמַר ה׳ אֶל דֶּרֶךְ הַגּוֹיִם אַל תִּלְמָדוּ וּמֵאֹותוֹת הַשָּׁמַיִם אַל תֵּחָתּוּ כִּי יֵחַתּוּ הַגּוֹיִם מֵהֵמָּה״ — גּוֹיִם יֵחַתּוּ, וְאֵין יִשְׂרָאֵל יֵחַתּוּ.

Et il n'est pas de nation frappée dont le dieu ne soit frappé avec elle, comme il est dit : « et contre tous les dieux d'Égypte j'exercerai des jugements » (Chemot 12, 12). Et lorsque Israël accomplit la volonté du Lieu, ils n'ont à craindre aucune de ces choses, comme il est dit : « Ainsi a dit l'Éternel : n'apprenez pas la voie des nations et ne soyez pas effrayés par les signes du ciel, car ce sont les nations qui en sont effrayées » (Yirmeya 10, 2) -- les nations en seront effrayées, et non Israël.

📜 Rachi (2)
אֱ-לֹהֶיהָ שָׂרָה הַמֵּלִיץ בַּעֲדָהּ כְּגוֹן סַמָּאֵל שֶׁהָיָה שַׂר שֶׁל עֵשָׂו:
Son dieu -- son prince [céleste], celui qui intercède pour elle, tel Samael qui était le prince d'Essav.
אֶל דֶּרֶךְ הַגּוֹיִם אַל תִּלְמָדוּ לַעֲשׂוֹת כְּמַעֲשֵׂיהֶם וּמִשֶּׁתַּעֲשׂוּ רְצוֹנוֹ מֵאֹותוֹת הַשָּׁמַיִם אַל תֵּחָתּוּ:
N'apprenez pas la voie des nations -- à agir selon leurs actes ; et dès lors que vous ferez sa volonté, ne soyez pas effrayés par les signes du ciel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עַכּוּ"ם יֵחַתּוּ וְלֹא יִשְׂרָאֵל יֵחַתּוּ. מַקְשִׁים מַה מְחַדֵּשׁ הַמַּאֲמָר עַל מַה שֶׁפֵּירֵשׁ הַכָּתוּב עַצְמוֹ? וְנִרְאֶה לִי בָּא לְלַמֵּד אַל תַּחְשֹׁוב כֵּיוָן דְּעַכּוּ"ם יֵחַתּוּ יַגִּיעַ פַּחַד גַּם לְיִשְׂרָאֵל הַדָּרִים עִמָּהֶם כְּמוֹ עֵץ הַלַּח אִם תִּשְּׁמֵהוּ עִם עֵץ יָבֵשׁ שֶׁנִּשְׂרַף, לָזֶה אָמַר וְלֹא יִשְׂרָאֵל יֵחַתּוּ כְּלָל, יַעַן כִּי הָעַכּוּ"ם יוֹנְקִים מֵהֵמָּה רוֹצֶה לוֹמַר מִן גַּלְגַּלֵּי הַשָּׁמַיִם מַה שֶׁאֵין כֵּן יִשְׂרָאֵל וּלְכָךְ לֹא יֵחַתּוּ כְּלָל וְעִיקָּר.
« Les nations en seront effrayées et non Israël. » On objecte : qu'ajoute cet enseignement à ce que le verset lui-même a explicité ? Il me semble qu'il vient enseigner ceci : ne pense pas que, puisque les nations en sont effrayées, la crainte atteindra aussi Israël qui demeure parmi elles -- comme le bois vert que l'on place avec le bois sec qui brûle. C'est pourquoi il dit « et non Israël », pas du tout ; car les nations tirent leur subsistance d'elles, c'est-à-dire des sphères célestes, ce qui n'est pas le cas d'Israël -- et c'est pourquoi ils n'en seront nullement effrayés.
💡 Explication

Deux renversements successifs, et le second annule presque le premier.

Le premier prolonge la logique du signe : quand une nation tombe, son dieu tombe avec elle. Rachi ne laisse pas le mot dans le vague -- il s'agit du prince céleste qui intercède pour elle, comme Samael pour Essav. L'éclipse atteint donc l'instance même qui devait protéger : c'est le protecteur qui s'éteint.

Le second renverse tout le dispositif. Toute cette grille de lecture -- couleurs, positions, moments -- ne mord que sur ceux qui y sont soumis. Le verset de Yirmeya lie explicitement les deux propositions, et Rachi en tire la condition : dès lors que vous ferez sa volonté, ne soyez pas effrayés.

Le Ben Yehoyada demande ce que la beraita ajoute au verset, puisqu'elle semble le répéter. Sa réponse porte sur une inquiétude précise : Israël vit parmi les nations, et l'on pourrait craindre l'effet de contagion -- le bois vert brûle avec le bois sec. Non, répond-il : les nations tirent leur subsistance des sphères célestes, Israël non. Rien ne se transmet.

13
תָּנוּ רַבָּנַן: בִּשְׁבִיל אַרְבָּעָה דְּבָרִים חַמָּה לוֹקָה: עַל אָב בֵּית דִּין שֶׁמֵּת וְאֵינוֹ נִסְפָּד כַּהֲלָכָה, וְעַל נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה שֶׁצָּעֲקָה בָּעִיר וְאֵין מוֹשִׁיעַ לָהּ, וְעַל מִשְׁכַּב זְכוּר, וְעַל שְׁנֵי אַחִין שֶׁנִּשְׁפַּךְ דָּמָן כְּאֶחָד.

Nos maîtres ont enseigné : pour quatre choses le soleil est frappé d'éclipse : pour un av beit din (président du tribunal) qui est mort et n'a pas été pleuré selon la halakha ; pour une jeune fille fiancée qui a crié dans la ville et n'a eu personne pour la sauver ; pour le michkav zakhour (les relations entre hommes) ; et pour deux frères dont le sang a été versé ensemble.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁבִיל ד' דְּבָרִים לֹא שָׁמַעְתִּי טַעַם בַּדָּבָר:
Pour quatre choses -- je n'ai pas entendu de motif à ce sujet.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בשביל ארבעה דברים חמה לוקה; על אב בית־דין שמת ואינו נספד כהלכה. כתב רש"י 'לא שמעתי טעם בדבר' ונראה לי בס"ד אב בית־דין הוא דוגמת השמש המאיר לעולם אך כתיב (קהלת א, ה) 'וזרח השמש ובא השמש' עד שלא שקעה שמשו של עלי זרחה שמשו של שמואל הרמתי (בראשית רבה נח, ב) וכתבו המפרשים ז"ל דאף על גב דודאי זרח השמש דהיינו כשנפטר צדיק זה נולד צדיק אחר צריכים אנשי עירו להספידו לצדיק שנפטר מתרי טעמי חדא דזה הנולד הוא עודנו קטן ועד שיגדל הנה הם יושבים בחושך ועוד מי יאמר שנולד בעירם ושמא נולד במקום אחר ונמצא דהם חסרים מאור הצדיק לעולם עד כאן דבריהם. ולכן אב בית־דין שצריכין להספידו ולא הספידוהו כהלכה מוכרח לומר דהם חשבו כיון דזרח השמש שנולד אחר במקומו אין צריכין לבכות ולהספיד דנמצא לא חסרו כלום, ובאמת זה טעות דעל כל פנים עתה הם יושבים במחשך לכך לוקה חמה שתהיה חשוכה להם לרמוז להם טעותם שבאמת עתה הם בחושך וחסרים אור ולמה לא הספידו ובכו על חסרונם. ומה שלוקה נמי על הנערה המארסה שצעקה בעיר ואין מושיע לה נראה לי בס"ד על פי מה שאמר רבינו האר"י ז"ל כל ארוסה נותן לה הבעל בקידושין אור מקיף ובביאתו עליה נותן לה אור פנימי. ובזה פרשתי בס"ד טעם נכון למה שנוהגים לקדש בטבעת והיינו לרמוז כי עתה נותן לה אור מקיף נמצא התקשרות נערה מאורסה בבעלה בעודה ארוסה הוא באור מקיף דוקא לכך לוקה חמה שהיא אור מקיף לעולם כי השמש מקפת כל הכדור כולו בכ"ד שעות. ומה שלוקה על עון משכב זכור נראה לי בס"ד על פי מה שאמר רבינו האר"י ז"ל שעון משכב זכור פוגם בתפארת שיתבטל כוחו ח"ו וכנזכר בשער רוח הקודש תיקון כ"ג דף כ' יעוין שם. וידוע כי החמה רומזת לתפארת שנקרא חמה ולכן לוקה חמה לרמוז על קלקול זה שנעשה בתפארת. ומה שלוקה בעבור שני אחים שנשפך דמם כאחד נראה לי דידוע דחמה ולבנה נחשבים שני אחים והלבנה מקבלת אורה מן החמה ולכן קלקול שיהיה בחמה מגיע ללבנה גם כן ונמצא בלקות החמה הוא דוגמה לשני אחים, שנשפך דמם כאחד. ונראה לי זה באותיות חמה כי ה' דחמה תחלקנה לשתי אותיות שהם א"ד ובזה יהיה אותיות חמה 'דם אח'.
« Pour quatre choses le soleil est frappé d'éclipse : pour un av beit din qui est mort et n'a pas été pleuré selon la halakha. » Rachi a écrit : je n'ai pas entendu de motif à ce sujet. Et il me semble, avec l'aide du Ciel : l'av beit din est à l'image du soleil qui éclaire le monde ; or il est écrit (Kohelet 1, 5) « le soleil se lève et le soleil se couche » -- avant que ne se couchât le soleil de Eli, se leva le soleil de Chemouel de Rama (Berechit Rabba 58, 2). Et les commentateurs, de mémoire bénie, ont écrit que, bien qu'il soit certain que « le soleil se lève », c'est-à-dire que lorsque ce juste s'en va un autre juste naît, les gens de sa ville doivent néanmoins faire l'éloge funèbre du juste qui s'en est allé, et cela pour deux raisons : d'abord parce que celui qui vient de naître est encore petit, et que jusqu'à ce qu'il grandisse ils demeurent dans l'obscurité ; ensuite, qui dit qu'il est né dans leur ville ? Peut-être est-il ne ailleurs, et il se trouve alors qu'ils sont privés à jamais de la lumière du juste. Jusqu'ici leurs paroles. C'est pourquoi, lorsqu'un av beit din qu'il fallait pleurer n'a pas été pleuré selon la halakha, il faut bien dire qu'ils ont pensé : puisque le soleil s'est levé et qu'un autre est né à sa place, il n'y a pas lieu de pleurer ni de faire l'éloge, car nous n'avons rien perdu. Or c'est en vérité une erreur : car de toute manière, ils siègent maintenant dans les ténèbres. C'est pourquoi le soleil est frappé d'éclipse et devient obscur pour eux, afin de leur signifier leur erreur -- car en vérité ils sont maintenant dans l'obscurité et privés de lumière ; alors pourquoi n'ont-ils pas fait l'éloge et pleuré leur perte ? Et quant au fait qu'il est frappé aussi pour la jeune fille fiancée qui a crié dans la ville sans que personne ne la sauve, il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, que toute fiancée reçoit de son époux, lors des kidouchin, une or makif (lumière environnante), et lors de son union avec elle une or penimi (lumière intérieure). Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, le motif exact de l'usage de consacrer par un anneau : c'est pour indiquer qu'il lui donne maintenant une lumière environnante. Il se trouve donc que le lien de la jeune fille fiancée à son époux, tant qu'elle est fiancée, tient précisément à la lumière environnante ; c'est pourquoi le soleil est frappé, lui qui est la lumière environnante du monde, puisqu'il fait le tour du globe entier en vingt-quatre heures. Et quant au fait qu'il est frappé pour la faute du michkav zakhour, il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, que cette faute porte atteinte à Tiferet, jusqu'à en annuler la force -- à Dieu ne plaise -- comme il est mentionné dans le Chaar Roua'h ha-Kodech, tikoun 23, folio 20 ; qu'on s'y reporte. Or l'on sait que le soleil renvoie à Tiferet, qui est appelée hama ; c'est pourquoi le soleil est frappé, pour signifier le dommage causé à Tiferet. Et quant au fait qu'il est frappé à cause de deux frères dont le sang a été versé ensemble, il me semble que l'on sait que le soleil et la lune sont tenus pour deux frères, la lune recevant sa lumière du soleil ; ainsi, un dommage survenu au soleil atteint aussi la lune, et il se trouve que l'éclipse du soleil est à l'image de deux frères dont le sang a été versé ensemble. Et il me semble que cela se lit dans les lettres mêmes de hama : car le hé de hama, si on le partage en deux lettres, donne alef et dalet, et les lettres de hama forment alors dam ah (le sang d'un frère).
💡 Explication

Le Talmud passe de la lecture du signe à sa cause. Trois listes vont se succéder, toutes construites sur la même formule -- bichvil arbaa devarim, pour quatre choses.

Celle-ci réunit des fautes qui ont un trait commun : elles concernent toutes une personne que la communauté aurait dû honorer ou protéger et qu'elle a laissée seule. Le juge qu'on n'a pas pleuré, la jeune fille qui a crié sans réponse, les deux frères tués ensemble.

La glose de Rachi est ici remarquable par sa brièveté : lo chamati taam ba-davar -- je n'ai pas entendu de motif à ce sujet. Il ne propose rien et le dit. Le Ben Yehoyada, lui, construit quatre correspondances : l'av beit din est le soleil qui éclaire une ville ; la fiancée est liée à son époux par une or makif, lumière environnante, comme le soleil ceint le globe en vingt-quatre heures ; le michkav zakhour atteint Tiferet, que la tradition appelle hama ; et le soleil et la lune sont deux frères, la seconde recevant sa lumière du premier -- d'où une dernière lecture par les lettres, hama se recomposant en dam ah, le sang d'un frère.

🖼️ Schéma
Trois listes de quatre : à chaque sanction son registre de fautes Segments 12 à 14. La structure est identique -- bichvil arbaa devarim -- mais l'objet frappé change, et les fautes avec lui LE SOLEIL est éclipsé segment 12 1. un av beit din mort sans éloge funèbre conforme 2. une jeune fille fiancée qui crié sans être secourue 3. le michkav zakhour 4. deux frères dont le sang est versé ensemble Registre : la dignité des personnes, là où la communauté a failli à protéger. LES LUMINAIRES sont éclipsés segment 13 -- Rachi : la lune et les étoiles 1. les rédacteurs de plastera (faux actes, écrits de calomnie) 2. les faux témoins 3. les éleveurs de petit bétail en terre d'Israël 4. ceux qui coupent de bons arbres -- même les leurs Registre : ce qui détruit le tissu commun -- la parole vraie, la terre, les arbres. LES BIENS sont livrés à la royauté segment 14 -- liste interrompue par le folio 1. ceux qui gardent des actes déjà acquittés 2. ceux qui prêtent à intérêt 3. et 4. -- la suite est en 29b Registre : l'argent. Et la sanction en est le miroir exact -- une puissance extérieure prend ce qui a été accumulé. Ben Yehoyada : baalei batim et non riches -- qui se croit chez lui convoite. L'aveu de Rachi Sur les quatre causes de l'éclipse solaire, il écrit quatre mots : lo chamati taam ba-davar -- je n'ai pas entendu de motif à ce sujet. Il ne propose rien. La liste est reçue telle quelle, sans mécanisme explicatif. Ce que le Ben Yehoyada vient combler Il donne quatre correspondances : l'av beit din est le soleil qui éclaire ; la fiancée tient à son époux par l'or makif, et le soleil fait le tour du globe ; le michkav zakhour porte atteinte à Tiferet, que l'on appelle hama ; et le soleil et la lune sont deux frères -- hama se relit dam ah, le sang d'un frère.
Trois listes de quatre fautes, chacune avec son registre propre -- et le silence de Rachi que le Ben Yehoyada vient combler.
14
וּבִשְׁבִיל אַרְבָּעָה דְּבָרִים מְאוֹרוֹת לוֹקִין: עַל כּוֹתְבֵי פְּלַסְתֵּר, וְעַל מְעִידֵי עֵדוּת שֶׁקֶר, וְעַל מְגַדְּלֵי בְּהֵמָה דַּקָּה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, וְעַל קוֹצְצֵי אִילָנוֹת טוֹבוֹת.

Et pour quatre choses les luminaires sont frappés d'éclipse : pour les rédacteurs de plastera (faux écrits), pour ceux qui portent un faux témoignage, pour ceux qui élèvent du petit bétail en terre d'Israël, et pour ceux qui coupent de bons arbres.

📜 Rachi (4)
מְאוֹרוֹת יָרֵחַ וְכוֹכָבִים:
Les luminaires -- la lune et les étoiles.
כּוֹתְבֵי פְּלַסְתֵּר שְׁטָרוֹת מְזֻויָּפִים וּמִכְתְּבֵי עָמָל לָשׂוּם דֹּופִי עַל אָדָם לִכְתֹּוב בִּשְׁמוֹ מַה שֶׁלֹּא צִוָּה:
Les rédacteurs de plastera -- des actes falsifiés et des écrits de malfaisance, destinés à jeter le discrédit sur un homme en écrivant en son nom ce qu'il n'a pas ordonné.
מְגַדְּלֵי בְּהֵמָה דַּקָּה מַחֲרִיבִין אֶת הָאָרֶץ שֶׁאֵין יְכוֹלִין לְשָׁמְרָם מִלִּרְעוֹת בִּשְׂדֵה חֲבֵירֵיהֶם:
Ceux qui élèvent du petit bétail -- ils ruinent le pays, car on ne peut les empêcher de paître dans le champ de leurs compagnons.
וְעַל קוֹצְצֵי אִילָנוֹת טוֹבוֹת וַאֲפִילּוּ הֵן שֶׁלָּהֶן שֶׁמַּשְׁחִיתִין הֵן וְנִרְאִין כְּבוֹעֲטִין בהקב"ה וּבְבִרְכָתוֹ שֶׁמַּשְׁפִּיעַ טוּבוֹ:
Et pour ceux qui coupent de bons arbres -- même s'ils leur appartiennent : car ils détruisent, et ils paraissent regimber contre le Saint béni soit-Il et contre sa bénédiction, lui qui répand son bien.
💡 Explication

Deuxième liste, et le registre change entièrement. Il ne s'agit plus de personnes laissées sans secours, mais de ce qui ruine le tissu commun : la parole fiable et la terre.

Les deux premières fautes attaquent la parole écrite et dite. Rachi élargit d'ailleurs la plastera au-delà du faux en écriture : ce sont aussi les écrits de malfaisance, où l'on fait dire à quelqu un ce qu'il n'a jamais ordonné.

Les deux dernières attaquent la terre. L'élevage de petit bétail en Erets Israël est interdit parce que chèvres et moutons broutent le champ du voisin sans qu'on puisse les en empêcher -- une nuisance diffuse et incontrôlable. Et couper un bon arbre, précise Rachi, est fautif même sur son propre terrain : la propriété n'autorise pas la destruction, et l'acte paraît un coup de pied contre Celui qui répand son bien.

Rachi note enfin que les meorot désignent ici la lune et les étoiles -- l'enseignement complète donc celui du soleil au lieu de le répéter.

15
וּבִשְׁבִיל אַרְבָּעָה דְּבָרִים נִכְסֵי בַּעֲלֵי בָתִּים נִמְסָרִין לַמַּלְכוּת: עַל מַשְׁהֵי שְׁטָרוֹת פְּרוּעִים, וְעַל מִלֵּוִי בְּרִבִּית,

Et pour quatre choses les biens des baalei batim (maîtres de maison) sont livrés à la royauté : pour ceux qui gardent par-devers eux des actes déjà acquittés, pour ceux qui prêtent à intérêt,

📜 Rachi (2)
עַל מַשְׁהֵי שְׁטָרוֹת פְּרוּעִים אֶצְלָם כְּדֵי לַחֲזֹור וְלִגְבּוֹת פַּעַם אַחֶרֶת:
Pour ceux qui gardent des actes acquittés -- par-devers eux, afin de recouvrer une seconde fois.
וְעַל מִלֵּוִי בְּרִבִּית שֶׁמְּלַוִּין בַּעֲלֵי בָּתִּים לְיִשְׂרָאֵל בְּרִבִּית וּכְתִיב (מִשְׁלֵי כ״ח:ח׳) מַרְבֶּה הוֹנוֹ בְּנֶשֶׁךְ וְתַרְבִּית לְחוֹנֵן דַּלִּים יִקְבְּצֶנּוּ וְאָמְרִינַן בב"מ (ד' ע.) כְּגוֹן שָׁבוּר מַלְכָּא שֶׁחוֹנֵן בָּהֶן עֲנִיֵּי נָכְרִים:
Et pour ceux qui prêtent à intérêt -- des maîtres de maison qui prêtent à un Juif avec intérêt ; et il est écrit (Michlei 28, 8) « celui qui accroît son bien par l'usure et l'intérêt, c'est pour celui qui a pitié des pauvres qu'il l'amasse » ; et nous disons dans Baba Metsia (70b) : par exemple Chapour le roi, qui en fait grâce aux pauvres des nations.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּבִשְׁבִיל אַרְבָּעָה דְּבָרִים נִכְסֵי בַּעֲלֵי בָתִּים נִמְסָרִין לַמַּלְכוּת; עַל מַשְׁהֵי שְׁטָרוֹת פְּרוּעִים. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'כְּדֵי לִגְבּוֹת פַּעַם אַחֶרֶת' וְהִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א דְּהָא וַדַּאי גְּזֵלָה גְּמוּרָה הִיא וְלֹא הָיָה לוֹ לוֹמַר עַל מַשְׁהֶה אֶלָּא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר עַל הַגּוֹבִין שְׁטָרוֹת פְּרוּעִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַמַּלְוֶה אֵינוֹ מַשְׁהֶה שְׁטָר פָּרוּעַ כְּדֵי שֶׁהוּא עַצְמוֹ יִגְבֶּה בּוֹ דְּלָא חַצִּיף אִינָשׁ לְהָעִיז פָּנָיו לִגְבּוֹת מִן הַלֹּוֶה שְׁתֵּי פְּעָמִים אַךְ הוּא מַשְׁהֶה אֶצְלוֹ שְׁטָר פָּרוּעַ כְּדֵי שֶׁאַחַר שֶׁיִּפָּטֵר יִהְיוּ בָּנָיו גּוֹבִים אוֹתוֹ בְּחָשְׁבָם שֶׁעֲדַיִין לֹא נִפְרַע וְלָכֵן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה נִמְסַר לַמַּלְכוּת וְאָז לוֹקַחַת כָּל מָמוֹן הַנִּמְצָא אִתּוֹ וּמִמֵּילָא תִּקַּח גַּם שְׁטָרוֹת נִמְצָא זֶה חָשַׁב לְהוֹסִיף לְבָנָיו מָמוֹן בִּשְׁטָרוֹת אֵלּוּ בְּאִיסּוּר אָז גַּם מָמוֹנוֹ הֶעָקְרִי נִיטַּל וְאָבַד מִיָּדוֹ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ (סַנְהֶדְרִין קו.) 'גַּמְלָא אֲזַלָא לְמִיבְעֵי קַרְנֵי, אֻודְנֵי דַּהֲווֹ לֵיהּ גְּזִיזָן מִינֵּיהּ'. וְהָא דְּנָקֵיט בִּלְשׁוֹנוֹ בַּעֲלֵי בָּתִּים וְלֹא אָמַר עֲשִׁירִים לְלַמֵּד דְּכָל אַרְבָּעָה דְּבָרִים אֵלּוּ נַעֲשִׂים מִשּׁוּם חִימּוּד מָמוֹן וְאִם הָאָדָם רוֹאֶה עוֹלָם הַזֶּה בְּסוּג אֻושְׁפִּיזָא שֶׁאֵינָהּ שֶׁלּוֹ לֹא יָבֹא לִידֵי אַרְבָּעָה דְּבָרִים אֵלּוּ, אַךְ הָרוֹאֶה עוֹלָם הַזֶּה בְּסוּג בַּיִת שֶׁהוּא קַיָּים אֶצְלוֹ יִהְיֶה לוֹ חִימּוּד מָמוֹן בְּיוֹתֵר וּמִמֵּילָא יָבֹא לִידֵי אַרְבָּעָה דְּבָרִים אֵלּוּ וְלָכֵן לְעוֹשֵׂי אֵלֶּה קְרָאָם 'בַּעֲלֵי בָּתִּים', וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (וַיִּקְרָא יד, לה) 'וּבָא אֲשֶׁר לוֹ הַבַּיִת וְהִגִּיד לַכֹּהֵן לֵאמֹר כְּנֶגַע נִרְאָה לִי בַּבָּיִת' וְדוֹק.
« Et pour quatre choses les biens des maîtres de maison sont livrés à la royauté : pour ceux qui gardent des actes acquittés. » Rachi a expliqué : afin de recouvrer une seconde fois. Et le Maharcha a objecté : mais c'est là un vol pur et simple ! Il n'aurait pas fallu dire « pour celui qui garde », mais « pour ceux qui recouvrent au moyen d'actes acquittés ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le prêteur ne garde pas l'acte acquitté pour recouvrer lui-même -- car un homme n'a pas l'effronterie de se présenter deux fois devant l'emprunteur pour recouvrer ; mais il garde par-devers lui l'acte acquitté afin qu'après sa mort ses fils le recouvrent, croyant qu'il n'a pas encore été payé. C'est pourquoi, mesure pour mesure, il est livré à la royauté, laquelle s'empare alors de tout l'argent qui se trouve chez lui et, du même coup, prend aussi les actes : il se trouve que celui qui pensait accroître par ces actes la fortune de ses fils, de façon illicite, voit alors son bien principal lui-même enlevé et perdu de ses mains -- comme ils ont dit (Sanhédrin 106a) : « le chameau alla réclamer des cornes ; on lui coupa les oreilles qu'il avait ». Et s'il a employé dans son propos le terme baalei batim (maîtres de maison) et n'a pas dit les riches, c'est pour enseigner que ces quatre choses se font toutes par convoitise de l'argent : si l'homme voit ce monde-ci comme une auberge qui n'est pas à lui, il n'en viendra pas à ces quatre choses ; mais celui qui voit ce monde-ci comme une maison qui lui appartient à demeure aura une convoitise d'argent plus grande encore, et il en viendra du même coup à ces quatre choses. C'est pourquoi il a appelé ceux qui les font des baalei batim (maîtres de maison). Et j'ai expliqué de même, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Vayikra 14, 35) « et celui à qui appartient la maison viendra et le déclarera au kohen en disant : il m a semble voir comme une plaie dans la maison » -- et sois attentif.
💡 Explication

Troisième liste, et dernière du folio -- interrompue au deuxième élément, la suite passant en 29b. Le registre est cette fois celui de l argent, et la sanction en est le miroir exact : une puissance extérieure prend ce qui a été accumulé.

Rachi lit la première faute simplement : on conserve un acte déjà payé pour se faire payer une seconde fois. Le Ben Yehoyada rapporte alors l'objection du Maharcha -- si c'est cela, le tort n'est pas de garder l'acte mais de recouvrer avec, et la beraita aurait dû le dire ainsi. Sa réponse est fine et psychologiquement juste : personne n'a l'effronterie de se présenter deux fois devant son débiteur ; ce que le prêteur prépare, c'est un recouvrement posthume, par des fils qui croiront la dette impayée. La sanction répond exactement à cela -- la royauté rafle et l'argent et les actes.

Sa seconde remarque porte sur un seul mot. Pourquoi baalei batim et non « les riches » ? Parce que ce n'est pas la fortune qui produit ces fautes, mais la conviction d'être chez soi. Celui qui tient ce monde pour une auberge ne convoite pas ainsi ; celui qui le tient pour sa maison, si.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).