Sukkah 2a -- pourquoi vingt coudées : la vue, l'ombre ou le précaire, et pourquoi la michna dit invalide et non qu'il l'abaisse

Sukkah 2a

Sougya : Le traité s'ouvre sur une michna qui n'explique rien et se contente d'énumérer ce qui disqualifie une soucca : plus de vingt coudées de haut, moins de dix tefahim, moins de trois parois, plus de soleil que d'ombre. La Guemara commence par ne pas poser la question qu'on attend.

Elle rapproche notre michna de celle d'Erouvin, où la même mesure de vingt coudées apparaît pour la poutre d'un mavoi -- avec les mêmes protagonistes, les Sages et Rabbi Yehouda -- mais formulée autrement : là-bas qu'il l'abaisse, ici invalide. Deux réponses sont données à cet écart de langue : le rang de la loi, de-oraita contre de-rabbanan, ou simplement le nombre de cas que la michna doit couvrir d'un seul mot.

Le folio bascule ensuite sur le fond avec mena hanei mili. Rabba tire la mesure d'un verset de connaissance -- afin que vos générations sachent -- et fait de la limite un seuil de perception : au-delà, l'œil n'atteint plus le s'khakh.

Rabbi Zeira la tire d'un verset d'ombre et fait du seuil un fait optique : trop haut, ce sont les parois qui ombragent et non plus la couverture. Rava la tire de sept jours et en fait une exigence structurelle : au-delà de vingt coudées, on ne bâtit plus précaire.

Abaye objecte à chacun par un cas limite -- une soucca dressée entre les montagnes d'Achtérot Karnayim, une soucca posée sur des cloisons de fer -- et les deux réponses précisent la nature exacte du critère : un obstacle extérieur ne vicie pas, et la hauteur est une mesure et non un mode de construction. Le Roch montre que ces trois raisons n'ouvrent pas les mêmes issues -- parois jointes au s'khakh chez Rabba, largeur supérieure à quatre coudées chez Rabbi Zeira, aucun remède chez Rava -- et tranche comme Rava, parce que la halakha tient qu'une soucca doit rester une demeure précaire.

Pourquoi vingt coudées ? Trois versets, trois critères, trois conséquences Les trois Amoraim s'accordent sur la limite mais pas sur ce qu'elle protège -- et c'est de là que naissent des remèdes différents (Roch). Rabba -- la vue Vayikra 23,43 afin que vos générations sachent que j'ai fait résider les enfants d'Israël dans des souccot Critère : l'œil doit avoir prise sur le s'khakh -- lo chalta ba eina Jusqu'à 20 coudées Il sait qu'il habite une soucca. Au-dessus de 20 Il ne voit plus le s'khakh : il ne le sait plus. Remède (Roch) Si les parois montent jusqu'au s'khakh, l'œil a de nouveau prise : kachère même au-delà de 20. Le critère est perceptif. Rabbi Zeira -- l'ombre Yechayahou 4,6 et il y aura une soucca pour faire ombre le jour contre la chaleur Le s'khakh se définit par son ombre. Critère : être assis à l'ombre du s'khakh, non à celle des parois Jusqu'à 20 coudées L'ombre vient bien du s'khakh. Au-dessus de 20 Les parois si hautes ombragent seules : le s'khakh ne sert plus. Remède (Roch) Si elle fait plus de 4 coudées de large, l'ombre des parois ne couvre plus tout : kachère. Le critère est optique. Rava -- le précaire Vayikra 23,42 dans des souccot vous résiderez sept jours Sept jours : une demeure d'un temps. Critère : dirat arai -- quitter le durable pour le précaire Jusqu'à 20 coudées On peut bâtir léger : elle tient. Au-dessus de 20 Fondations et murs doivent tenir : c'est fatalement une dirat keva. Aucun remède (Roch) Parois jointes ou non, large ou non : au-dessus de 20 elle est passoul. Le Roch tranche comme Rava. Le critère est structurel.
Les trois dérivations de la limite des vingt coudées, et ce que chacune rend possible : le désaccord porte moins sur le chiffre que sur la nature du défaut qu'il prévient.
Même mesure, deux formulations : pourquoi passoul ici et un remède là ? Soucca et mavoi partagent la limite des vingt coudées. La michna dit d'une part elle est invalide, d'autre part qu'il l'abaisse. Michna -- Soucca 2a Une soucca haute de plus de vingt coudées : PSOULA -- elle est invalide. Un verdict. Aucune marche à suivre. Michna -- Erouvin 2a Un mavoi dont la poutre dépasse vingt coudées : YEMAÉT -- qu'il l'abaisse. Une takanta : un remède, pas un verdict. Mai chena ? Qu'est-ce qui diffère ? Réponse 1 -- le rang de la loi Soucca = de-oraita La mesure vient du Sinaï : on peut dire invalide, car elle n'est pas selon la Tora. Mavoi = de-rabbanan Qui donc l'aurait invalidé avant la michna ? La michna est le début même de la règle. Réponse 2 -- l'économie de la michna Soucca : néfiché miléta -- ses cas sont nombreux trop bas : qu'il rehausse ; pas trois parois : qu'il en fasse ; trop de soleil : qu'il ajoute du s'khakh. Quatre remèdes différents -- un seul mot les couvre. Mavoi : un seul cas -- un seul remède suffit. Règle de Pessahim 3b : qu'on enseigne par le chemin le plus court.
La première question du daf ne porte pas sur la loi mais sur la manière dont la michna la formule : invalide d'un côté, qu'il l'abaisse de l'autre.
Le fil du daf : de la forme de la michna à la raison de la mesure Michna : plus de 20 coudées -- passoul Premier temps -- la forme de l'énoncé Tanan hatam : la même mesure revient pour le mavoi (Erouvin 2a) -- mais là, un remède. Réponse 1 : soucca de-oraita, mavoi de-rabbanan. Réponse 2 (ve-ibaeit eima) : la soucca a trop de cas pour les détailler ; le mavoi n'en a qu'un. On n'a encore rien dit du fond : seulement du style de la michna. Mena hanei mili ? D'où cela ? Rabba -- lemaan yédéou l'œil doit atteindre le s'khakh R. Zeira -- ve-soucca le-tsel l'ombre doit venir du s'khakh Rava -- ba-soukkot téchvou la demeure doit rester précaire Objection d'Abaye Et une soucca à Achtérot Karnayim ? Réponse : ôte les montagnes, l'ombre du s'khakh subsiste. Objection d'Abaye Et des cloisons de fer ? Réponse : c'est la hauteur, non la solidité, qui est la mesure.
Le mouvement d'ensemble du folio, de l'examen du vocabulaire de la michna aux deux objections d'Abaye.
1
סֻוכָּה שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה — פְּסוּלָה. וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר.

MICHNA. Une soucca qui est haute de plus de vingt coudées (ama) -- elle est passoul (invalide).

Et Rabbi Yehouda la déclare kachère.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' סֻוכָּה וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר בִּגְמָרָא מְפָרֵשׁ פְּלֻוגְתַּייְהוּ:
MICHNA. Une soucca ... et Rabbi Yehouda la déclare kachère -- c'est dans la Guemara qu'est expliquée leur controverse (mahloket).
⚖️ Rosh (1)
סֻוכָּה שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה פְּסוּלָה וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר. וְשֶׁאֵינָהּ גְּבוֹהָה י' טְפָחִים וְשֶׁאֵין לָהּ שָׁלֹשׁ דְּפָנוֹת וְשֶׁחַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ פְּסוּלָה:
Une soucca qui est haute de plus de vingt coudées est passoul, et Rabbi Yehouda la déclare kachère. Et celle qui n'est pas haute de dix tefahim, et celle qui n'a pas trois parois, et celle dont le soleil est plus abondant que son ombre -- passoul.
💡 Explication

La michna d'ouverture du traité ne définit pas la soucca : elle énumère ce qui la disqualifie. Ce qui est mesuré ici, ce n'est pas la hauteur des parois mais celle du s'khakh (la couverture végétale), car c'est de lui que la soucca tire son nom -- Rachi le rappellera au segment suivant.

Vingt coudées font environ dix mètres. Le chiffre n'est énoncé nulle part dans la Tora : la Guemara demandera plus loin mena hanei mili, d'où tenons-nous cela ? Trois Amoraim y répondront par trois versets différents, et leurs raisons ne se recouvrent pas.

Rabbi Yehouda valide sans limite de hauteur. Sa position n'est pas un détail : la Guemara établira plus loin (21b) qu'elle découle de son principe général, soucca dirat keva beina -- une soucca doit être une demeure durable. Toute la mahloket du daf se joue déjà là.

2
וְשֶׁאֵינָהּ גְּבוֹהָה עֲשָׂרָה טְפָחִים, וְשֶׁאֵין לָהּ (שְׁלֹשָׁה) דְּפָנוֹת, וְשֶׁחַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ — פְּסוּלָה.

Et celle qui n'est pas haute de dix tefahim (paumes), et celle qui n'a pas (trois) parois (defanot), et celle dont le soleil est plus abondant que son ombre -- elle est passoul.

📜 Rachi (3)
וְשֶׁאֵינָהּ גְּבוֹהָה עֲשָׂרָה בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Et celle qui n'est pas haute de dix -- c'est dans la Guemara qu'en est expliquée la raison.
שָׁלֹשׁ דְּפָנוֹת נָמֵי בַּגְּמָרָא יָלֵיף לְהוּ:
Trois parois -- elles aussi, c'est dans la Guemara qu'on les déduit [de l'Écriture].
וְשֶׁחַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ הַמּוּעָט בָּטֵל בְּרֹוב וַהֲרֵי הוּא כְּמִי שֶׁאֵינוֹ וְעַל שֵׁם הַסְּכָךְ קְרוּיָה סֻוכָּה:
Et celle dont le soleil est plus abondant que son ombre -- le peu s'annule dans le plus grand nombre, et le voilà comme s'il n'existait pas ; or c'est du s'khakh que la soucca tire son nom.
💡 Explication

Trois autres invalidations, de nature différente de la première. La hauteur minimale de dix tefahim (environ 80 cm) est la mesure générique d'un espace clos dans toute la halakha des domaines. Les trois parois font de la soucca un lieu et non un simple auvent. La dernière clause porte sur la densité du s'khakh.

Rachi donne la logique de cette dernière : ha-mouat batel ba-rov, le peu s'annule dans le plus grand nombre. Si le soleil qui traverse l'emporte sur l'ombre, l'ombre est réputée inexistante -- et une couverture qui ne fait pas d'ombre n'est plus un s'khakh. C'est ce même lien entre le s'khakh et l'ombre que Rabbi Zeira exploitera plus loin pour dériver la limite des vingt coudées.

🖼️ Schéma
Les quatre invalidations de notre michna 20 coudées -- plafond au-delà : passoul (R. Yehouda : kachère) 10 tefahim -- plancher en dessous : passoul hauteur admise Trois parois (chaloch defanot) côté ouvert kachère passoul -- deux parois Hamata merouba mi-tsilata -- plus de soleil que d'ombre ombre majoritaire -- kachère soleil majoritaire -- passoul Rachi : le peu s'annule dans le plus grand nombre -- et la soucca tient son nom du s'khakh.
Les quatre disqualifications énoncées par la michna : un plafond, un plancher, un nombre de parois, un rapport d'ombre.
3
גְּמ׳ תְּנַן הָתָם: מָבוֹי שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה — יְמַעֵט. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ.

GUEMARA. Nous avons appris là-bas (Erouvin 2a) : un mavoi (ruelle fermée) dont [la poutre] est plus haute que vingt coudées -- qu'il l'abaisse.

Rabbi Yehouda dit : ce n'est pas nécessaire.

📜 Rachi (3)
מָבוֹי שֶׁהוּא גָבוֹהַּ מָבוֹי שֶׁהוּא סָתוּם מִשָּׁלֹשׁ צְדָדִין וְרֹאשׁוֹ פָּתוּחַ לִרְשׁוּת הָרַבִּים וַחֲצֵירוֹת פְּתוּחוֹת לוֹ וְיוֹצְאוֹת וּבָאוֹת לִרְשׁוּת הָרַבִּים הֲרֵי הוּא רְשׁוּת הַיָּחִיד לִבְנֵי חֲצֵירוֹת וְאָסְרוּ חֲכָמִים לְהוֹצִיא מֵרְשׁוּתוֹ לִרְשׁוּת חֲבֵירוֹ בְּלֹא עֵירוּב שֶׁהַחֲצֵירוֹת כָּל אַחַת רְשׁוּת לְעַצְמָהּ וְהַמָּבוֹי רְשׁוּת לְכֻולָּן וְהִצְרִיכוּ בּוֹ שִׁיתּוּף לְהִשְׁתַּתֵּף כָּל הַחֲצֵירוֹת בְּפַת אוֹ בְּיַיִן וּלְהַנִּיחַ הַשִּׁיתּוּף בְּאַחַת מִן הַחֲצֵירוֹת וּלְפִי שֶׁאֵין לוֹ מְחִיצָּה רְבִיעִית וְקָרוֹב הוּא לִהְיוֹת דּוֹמֶה לִרְשׁוּת הָרַבִּים הִצְרִיכוּ הֶיכֵּר בְּרֹאשׁוֹ הַפָּתוּחַ לִרְשׁוּת הָרַבִּים אוֹ לֶחִי זָקוּף אוֹ קוֹרָה מִכֹּותֶל לְכֹותֶל וְאִם גָּבוֹהַּ הַקּוֹרָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה:
Un mavoi qui est haut -- un mavoi est fermé sur trois côtés et son extrémité est ouverte sur le domaine public ; des cours (hatserot) y débouchent, dont les habitants vont et viennent vers le domaine public. Il constitue un domaine privé pour les gens des cours, et les Sages ont interdit de sortir du domaine de l'un vers celui de son compagnon sans erouv, car chaque cour est un domaine pour elle-même tandis que le mavoi est un domaine commun à toutes. Ils y ont donc exigé un chitouf : que toutes les cours s'associent par du pain ou du vin, et que l'on dépose ce chitouf dans l'une des cours. Et parce que le mavoi n'a pas de quatrième cloison et qu'il risque ainsi de ressembler au domaine public, ils ont exigé un repère (heker) à son extrémité ouverte sur le domaine public : soit un lehi dressé, soit une poutre allant d'un mur à l'autre. Et si la poutre est plus haute que vingt coudées...
יְמַעֵט יַשְׁפִּיל:
Qu'il diminue -- qu'il l'abaisse.
אֵינוֹ צָרִיךְ וְהָתָם מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Ce n'est pas nécessaire -- et c'est là-bas (dans Erouvin) qu'en est expliquée la raison.
💡 Explication

La Guemara ne commence pas par le fond mais par un rapprochement de textes. Une autre michna, au début d'Erouvin, emploie exactement la même mesure -- vingt coudées -- pour la poutre (korah) posée à l'entrée d'un mavoi. Et l'on y retrouve même les deux mêmes protagonistes : les Sages et Rabbi Yehouda.

Mais la formulation diffère : ici psoula, un verdict ; là-bas yemaét, qu'il l'abaisse -- une takanta, une marche à suivre. Toute la première sougya du traité va porter sur cet écart de vocabulaire, avant même qu'on ait cherché la source de la mesure.

🖼️ Schéma
Le mavoi et sa poutre : ce que Rachi explique ici Vue en plan trois côtés fermés hatser hatser hatser hatser côté ouvert sur le domaine public Vue en coupe -- l'entrée korah trop haute -- au-delà de 20 coudées korah abaissée -- yemaét Le lehi ou la korah donnent le heker : le repère qui distingue le mavoi du domaine public.
Le mavoi selon la longue glose de Rachi : trois côtés fermés, des cours qui y débouchent, et un repère à l'entrée ouverte sur le domaine public.
4
מַאי שְׁנָא גַּבֵּי סֻוכָּה דְּתָנֵי פְּסוּלָה, וּמַאי שְׁנָא גַּבֵּי מָבוֹי דְּתָנֵי תַּקַּנְתָּא?

En quoi la soucca est-elle différente, pour que [la michna] y enseigne passoul, et en quoi le mavoi est-il différent, pour qu'elle y enseigne un remède (takanta) ?

🗂️ Tossefot (1)
מַאי שְׁנָא גַּבֵּי סֻוכָּה דְּתָנֵי פְּסוּלָה וּמַאי שְׁנָא גַּבֵּי מָבוֹי דְּתָנֵי תַּקַּנְתָּא. וְהָא דְּלָא פָּרֵיךְ מַאי שְׁנָא גַּבֵּי הֲדַס דְּתָנֵי פְּסוּלָה וְתַקַּנְתָּא דִּתְנַן בְּפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (לְקַמָּן סֻוכָּה דַּף לב:) אוֹ שֶׁהָיוּ עֲנָבָיו מְרֻובִּין מֵעָלָיו פָּסוּל וְאִם מִיעֲטָן כָּשֵׁר דְּלָא פָּרֵיךְ אֶלָּא מִסֻּוכָּה וּמָבוֹי שֶׁדִּינָם שָׁוֶה לְעִנְיַן גָּבוֹהַּ וְשִׁינָּה לָשׁוֹן מִשְׁנָתוֹ וְעוֹד דְּגַבֵּי הֲדַס אִצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי תַּקַּנְתָּא דְּס"ד אָמֵינָא כֵּיוָן דְּגִדּוּלוֹ בִּפְסוּל תּוּ לֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא:
En quoi la soucca est-elle différente, pour qu'on y enseigne passoul, et en quoi le mavoi est-il différent, pour qu'on y enseigne un remède. -- Quant au fait que [la Guemara] ne demande pas pourquoi, à propos du hadass (myrte), la michna enseigne à la fois l'invalidité et le remède, comme nous l'avons appris au chapitre Loulav ha-gazoul (plus loin, Soucca 32b) : ou bien si ses baies étaient plus nombreuses que ses feuilles il est passoul, et s'il les a diminuées il est kacher -- [c'est parce que] la Guemara n'interroge que la soucca et le mavoi, dont la loi est identique quant à la hauteur et dont [le Tana] a pourtant changé le style de son enseignement. De plus, à propos du hadass, il était nécessaire d'enseigner le remède, car on aurait pu penser que, sa croissance s'étant faite dans l'invalidité (gidoulo be-passoul), il n'a plus de remède.
💡 Explication

La question n'est pas halakhique mais rédactionnelle : deux michnayot, une même mesure, deux registres de langue. Ce genre de question -- mai chena, qu'est-ce qui diffère -- suppose que le choix des mots du Tana est deliberé et porte un enseignement.

Tossefot demande aussitôt pourquoi la Guemara n'a pas plutôt interrogé le cas du hadass (le myrte du loulav), où la même michna emploie les deux registres à la fois. Sa réponse est méthodologique : on ne compare que ce qui est comparable. Soucca et mavoi partagent la mesure exacte ; le hadass, non.

5
סֻוכָּה דְּאוֹרָייְתָא, תָּנֵי פְּסוּלָה. מָבוֹי דְּרַבָּנָן, תָּנֵי תַּקַּנְתָּא.

La soucca, qui est de-oraita (de la Tora), [la michna] y enseigne passoul. Le mavoi, qui est de-rabbanan (d'institution rabbinique), elle y enseigne un remède.

📜 Rachi (4)
סֻוכָּה מִדְּאוֹרַיְיתָּא דְּעֶשְׂרִים אַמָּה דִּילָּה יָלְפִינַן מִדְּאוֹרַיְיתָּא וְקֹודֶם שֶׁנִּשְׁנֵית הַמִּשְׁנָה נֶאֶמְרָה שִׁיעוּרָהּ מִסִּינַי:
La soucca, de par la Tora -- car ses vingt coudées, nous les déduisons de la Tora, et avant même que la michna ne fût enseignée, sa mesure avait été dite depuis le Sinaï.
תָּנֵי פְּסוּלָה שַׁייָּךְ לְמִיתְנֵי בָּהּ לְשׁוֹן פָּסוּל כְּלוֹמַר לֹא נַעֲשֵׂית כַּתּוֹרָה וְכַהֲלָכָה:
Elle enseigne passoul -- il convient d'employer à son sujet le terme d'invalidité, c'est-à-dire : elle n'a pas été faite selon la Tora et selon la halakha.
מָבוֹי דְּכוּלֵּיהּ מִדְּרַבָּנָן דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא סַגִּי לֵיהּ בְּשָׁלֹשׁ מְחִיצּוֹת וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְקוֹרָה זוֹ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן:
Le mavoi -- qui est entièrement rabbinique, car selon la Tora trois cloisons lui suffisent, et cette poutre ne lui est requise que rabbiniquement.
תָּנֵי תַּקַּנְתָּא דְּלָא שַׁייָּךְ לְמִתְנֵי בָּהּ לְשׁוֹן פָּסוּל דְּמַאן פָּסְלָה קֹודֶם שֶׁנִּשְׁנֵית מִשְׁנָה זוֹ הֲרֵי הִיא תְּחִלַּת הוֹרָאָתוֹ וּמִצְוָתוֹ:
Elle enseigne un remède -- car il ne convient pas d'employer à son sujet le terme d'invalidité : qui donc l'aurait invalidé avant que cette michna ne fût enseignée ? Elle est le commencement même de son enseignement et de sa prescription.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאוֹרָייְתָא תָּנֵי פְּסוּלָה. דְּאִי הֲוָה תָּנֵי יְמַעֵט חָיְישִׁינַן דִּילְמָא טָעֵי אִינִישׁ לוֹמַר יְמַעֵט לְכַתְּחִילָּה וְדִיעֲבַד כְּשֵׁרָה וְדִקְדֵּק בִּלְשׁוֹנוֹ דִּלְמָא אָתֵי לִידֵי אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא וְתָנֵי פְּסוּלָה אע"ג דְּלָא הָוֵי לִישָּׁנָא מְעַלְּיָא כְּמוֹ יְמַעֵט אֲבָל בְּמָבוֹי דְּרַבָּנָן לָא חָיֵישׁ וּתְנָא יְמַעֵט שֶׁהוּא לִישָּׁנָא מְעַלְּיָא כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּרֵישׁ פְּסָחִים (דַּף ג.) שֶׁעִקֵּם הַכָּתוּב כַּמָּה אוֹתִיּוֹת שֶׁלֹּא לְהוֹצִיא דָּבָר מְגֻונֶּה מִפִּיו וּבַקּוּנְטְרֵס לֹא פֵּירֵשׁ כֵּן אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר דִּלְשׁוֹן יְמַעֵט מַשְׁמַע חוּמְרָא דְּרַבָּנָן בְּעָלְמָא וּפְסוּלָה מַשְׁמַע דְּאוֹרָיְיתָא וּבְפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כב.) דְּאָמְרִינַן נֵר חֲנֻוכָּה שֶׁהִנִּיחָהּ לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה פְּסוּלָה כְּסֻוכָּה וּכְמָבוֹי אַגַּב דִּתְנַן כְּסֻוכָּה נְקַט נָמֵי גַּבֵּי נֵר חֲנֻוכָּה פְּסוּלָה א"נ אִי הֲוָה תָּנֵי יְמַעֵט הֲוָה מַשְׁמַע כְּמוֹת שֶׁהָיְתָה מַדְלֶקֶת יַשְׁפִּילֶנָּה וְזֶה אֵינוֹ לְמָאֵן דְּאָמַר הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה וְאַפֵּי' לָמֶ"ד הַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה חָיְישִׁינַן דְּהָרוֹאֶה אוֹמֵר לְצָורְכּוֹ הוּא מַדְלִיקָהּ כִּדְאָמְרִינַן גַּבֵּי הִדְלִיקָהּ בִּפְנִים וְהִנִּיחָהּ בַּחוּץ:
Ce qui est de-oraita, elle enseigne passoul. -- Car si elle avait enseigné qu'il l'abaisse, nous craindrions qu'un homme ne se trompe et ne dise : qu'il l'abaisse à priori (lekhathila), mais à posteriori (bediavad) elle est kachère. [Le Tana] a donc pesé son langage, de peur qu'on n'en vienne à un interdit de la Tora, et il a enseigné passoul, bien que ce ne soit pas une expression aussi élégante que qu'il l'abaisse. Mais pour le mavoi, qui est rabbinique, il ne le craint pas, et il a enseigné qu'il l'abaisse, qui est une expression élégante -- comme nous le trouvons au début de Pessahim (3a) : l'Écriture a détourné plusieurs lettres pour ne pas laisser sortir de sa bouche une parole grossière. Et Rachi n'a pas expliqué ainsi. Ou bien l'on peut dire que le terme qu'il l'abaisse suggère une simple rigueur rabbinique, tandis que passoul suggère la Tora. Et quant à ce que nous disons au chapitre Ba-me madlikin (Chabbat 22a) : une lampe de 'Hanouka qu'on a placée au-dessus de vingt coudées est passoul, comme la soucca et comme le mavoi -- c'est incidemment, parce qu'on a enseigné comme la soucca, qu'on a employé aussi le mot passoul à propos de la lampe de 'Hanouka. Ou encore : s'il avait enseigné qu'il l'abaisse, cela aurait laissé entendre qu'il l'abaisse alors qu'elle brûle déjà telle quelle -- or cela ne convient pas selon celui qui dit que c'est l'allumage qui accomplit la mitsva ; et même selon celui qui dit que c'est le dépôt qui accomplit la mitsva, nous craignons que celui qui la voit ne dise : c'est pour son propre usage qu'il l'allume -- comme nous le disons à propos de celui qui l'a allumée à l'intérieur et l'a déposée à l'extérieur.
💡 Explication

Première réponse : le registre de la langue suit le rang de la loi. Le mot passoul signifie, selon Rachi, qu'une chose n'a pas été faite selon la Tora et selon la halakha -- il suppose donc une norme antérieure à la michna. La mesure des vingt coudées pour la soucca est déduite d'un verset : elle précède la michna, qui ne fait que la constater.

Pour le mavoi, tout est rabbinique -- selon la Tora trois cloisons suffisent et la poutre n'est pas requise. Rachi formule l'argument avec force : qui donc l'aurait invalidé avant que cette michna ne fût enseignée ? La michna est ici le commencement même de la règle ; elle ne peut donc que prescrire, non déclarer invalide.

Tossefot propose une lecture toute différente, fondée sur la prudence pédagogique. Le mot yemaét risquerait de laisser croire qu'abaisser est une exigence à priori et qu'à posteriori la soucca reste valable. Devant un interdit de la Tora, le Tana préfère le mot rude à l'expression élégante -- alors qu'ailleurs, rappelle-t-il d'après Pessahim 3a, l'Écriture allonge son texte de plusieurs lettres pour éviter un mot grossier.

6
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: בִּדְאוֹרָייְתָא נָמֵי תָּנֵי תַּקַּנְתָּא, מִיהוּ סֻוכָּה דִּנְפִישִׁי מִילָּתַהּ — פָּסֵיק וְתָנֵי פְּסוּלָה, מָבוֹי דְּלָא נְפִישׁ מִילֵּיהּ — תָּנֵי תַּקַּנְתָּא.

Et si tu veux, dis plutôt : même dans ce qui est de-oraita, [la michna] enseigne aussi un remède. Mais la soucca, dont les cas sont nombreux -- elle tranche et enseigne passoul ; le mavoi, dont les cas ne sont pas nombreux -- elle enseigne un remède.

📜 Rachi (3)
וְאִיבָּעֵית אֵימָא בִּדְאוֹרָיְיתָא נָמֵי שַׁייָּךְ לְמֵימַר תַּקַּנְתָּא:
Et si tu veux, dis plutôt : même dans ce qui est de-oraita -- il conviendrait d'énoncer un remède.
סֻוכָּה דִּנְפִישִׁי מִילָתָהּ וְאֵין דּוֹמִין תַּקָּנוֹתֵיהֶן זוֹ לְזוֹ וְצָרִיךְ לְשַׁנּוֹת הַלָּשׁוֹן לְכָל תַּקָּנָה וְתַקָּנָה כְּגוֹן בִּגְבוֹהָה יְמַעֵט וּכְשֶׁאֵינָהּ גְּבוֹהָה יַגְבִּיהַּ וְשֶׁאֵין לָהּ שָׁלֹשׁ דְּפָנוֹת יַעֲשֶׂה לָהּ וְשֶׁחַמָּתָהּ מְרֻובָּה יוֹסִיף סְכָךְ הִלְכָּךְ פָּסֵיק וְתָנֵי פְּסוּלָה דְּמָצֵי לְמִיכְלְלִינְהוּ לְכֻולְּהוּ בְּהַךְ פְּסוּלָה דְּקַייְמָא לָן (פְּסָחִים דַּף ג:) יִשְׁנֶה אָדָם לְתַלְמִידוֹ דֶּרֶךְ קְצָרָה:
La soucca, dont les cas sont nombreux -- et leurs remèdes ne se ressemblent pas l'un l'autre : il faudrait changer de formule pour chaque remède. Ainsi, pour celle qui est trop haute : qu'il l'abaisse ; pour celle qui n'est pas assez haute : qu'il la rehausse ; pour celle qui n'a pas trois parois : qu'il lui en fasse ; et pour celle dont le soleil est plus abondant : qu'il ajoute du s'khakh. C'est pourquoi [le Tana] tranche et enseigne passoul, car il peut ainsi les englober toutes dans cette invalidité -- selon la règle que nous tenons pour établie (Pessahim 3b) : qu'un homme enseigne à son disciple par le chemin le plus court.
מָבוֹי לָא נְפִישׁ מִילֵּיהּ בְּאוֹתָהּ מִשְׁנָה:
Le mavoi, dont les cas ne sont pas nombreux -- dans cette michna-là.
💡 Explication

Seconde réponse (ve-ibaeit eima), qui abandonne entièrement le critère du rang de la loi. Le problème n'est plus théologique mais éditorial : notre michna énumère quatre invalidations, et chacune appellerait un remède différent -- rehausser, abaisser, ajouter une paroi, épaissir le s'khakh. Détailler quatre remèdes aurait allongé l'énoncé ; un seul mot, psoula, les couvre tous.

Rachi appuie cette lecture sur un principe énoncé en Pessahim 3b : qu'un homme enseigne à son disciple par le chemin le plus court. La forme de la michna obéit donc à une exigence de concision, non à une doctrine sur la nature de l'interdit.

7
מְנָא הָנֵי מִילֵּי?

D'où ces choses [sont-elles tirées] ?

💡 Explication

Charnière du daf. Ayant règle la question du vocabulaire, la Guemara passe au fond : sur quoi repose la mesure de vingt coudées ? La formule mena hanei mili est la demande standard d'une source scripturaire pour une règle énoncée sans preuve.

Trois réponses vont suivre, de trois Amoraim, avec trois versets et trois critères. Elles ne sont pas équivalentes : elles définissent chacune un défaut différent, et le Roch montrera qu'elles n'ouvrent donc pas les mêmes possibilités de rattrapage.

8
אָמַר רַבָּה, דְּאָמַר קְרָא: ״לְמַעַן יֵדְעוּ דֹורֹותֵיכֶם כִּי בַסֻּוכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״, עַד עֶשְׂרִים אַמָּה, אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּר בַּסֻּוכָּה, לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה — אֵין אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁדָּר בַּסֻּוכָּה, מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בָּהּ עֵינָא.

Rabba dit : car le verset dit "afin que vos générations sachent que j'ai fait résider les enfants d'Israël dans des souccot" (Lévitique 23,43). Jusqu'à vingt coudées, l'homme sait qu'il habite dans une soucca ; au-dessus de vingt coudées, l'homme ne sait pas qu'il habite dans une soucca -- parce que l'œil n'y a pas prise.

📜 Rachi (2)
לְמַעַן יֵדְעוּ עֲשֵׂה סֻוכָּה שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ נִיכֶּרֶת לְךָ דִּכְתִיב יָדְעוּ כִּי בְּסֻוכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי צִוִּיתִי לֵישֵׁב הָכִי דְּרֵישׁ לֵיהּ וְאע"ג דְּאֵין יוֹצֵא מִידֵי פְּשׁוּטוֹ דְּהֶיקֵּף עַנְנֵי כָּבוֹד מִיהוּ דָּרְשִׁינַן לֵיהּ לִדְרָשָׁה:
Afin qu'ils sachent -- fais une soucca dont le séjour te soit perceptible, puisqu'il est écrit qu'ils sachent que dans des souccot j'ai fait résider, c'est-à-dire : j'ai ordonné d'y résider. C'est ainsi qu'il l'interprète. Et bien que le verset ne sorte pas de son sens simple -- l'enveloppement des nuées de gloire --, nous l'employons néanmoins pour cette dracha.
דְּלָא שָׁלְטָא בָּהּ עֵינָא שֶׁאֵינוֹ רוֹאֶה אֶת הַסְּכָךְ וְסֻוכָּה הַייְנוּ סְכָךְ כִּשְׁמָהּ:
Parce que l'œil n'y a pas prise -- car il ne voit pas le s'khakh ; or la soucca, c'est le s'khakh, conformément à son nom.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבָּה אָמַר קְרָא לְמַעַן יֵדְעוּ כו'. קְצָת קָשֶׁה לְלִישָּׁנָא קַמָּא דִּבְרֵישׁ עֵירוּבִין (דַּף ג.) גַּבֵּי מִקְצָת סֻוכָּה בְּתוֹךְ עֶשְׂרִים דְּאָמַר רַבָּה הַסֻּוכָּה פְּסוּלָה הָא שָׁלְטָה בָּהּ עֵינָא כֵּיוָן דְּאֵין חֲלָלָה עֶשְׂרִים וְרַבָּה גָּרַס הָתָם כִּי הָכָא דְּהָא רָבָא פְּלִיג הָתָם וְאָמַר זֶה וָזֶה כָּשֵׁר חֲלַל סֻוכָּה תְּנַן חֲלַל מָבוֹי תְּנַן וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָא מְפָרֵשׁ הָתָם טַעְמָא מִשּׁוּם דְּסֻוכָּה דִּבְיָחִיד קָא הָוֵי' לָא קָא מִדְּכַר וְזִימְנִין דְּמִישְׁתְּקִיל מִלְּתַחַת עֹובִי הַסְּכָךְ הַנִּכְנָס לְתוֹךְ עֶשְׂרִים וְקַיְימָא כֻּולָּהּ לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים וְרָבִינָא נָמֵי דִּמְשַׁנֵּי סֻוכָּה דְּאוֹרָייְתָא אַחְמִירוּ בַּהּ רַבָּנַן מ"מ מַשְׁמַע דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא כְּשֵׁרָה:
Rabba dit : le verset dit afin qu'ils sachent, etc. -- C'est un peu difficile selon la première version qu'on lit au début d'Erouvin (3a) à propos d'une soucca dont une partie se trouve en deçà de vingt [coudées], où Rabba dit que la soucca est passoul : or l'œil y a bien prise, puisque son espace intérieur n'atteint pas vingt coudées ! Et la leçon là-bas est bien Rabba, comme ici, car Rava y est en désaccord et dit : dans l'un et l'autre cas c'est kacher -- c'est l'espace intérieur de la soucca que nous avons appris, c'est l'espace intérieur du mavoi que nous avons appris. Et l'on peut répondre que la raison en est expliquée là-bas : la soucca, faite par un particulier, on ne la lui rappelle pas, et il arrive qu'on retire par en dessous l'épaisseur du s'khakh qui pénétrait en deçà des vingt coudées, en sorte qu'elle se retrouve tout entière au-dessus de vingt. Et Ravina également, qui répond que la soucca étant de-oraita les Sages y ont été plus rigoureux -- de toute façon il ressort que selon la Tora elle est kachère.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ׳ מה"מ אָמַר רַבָּה אָמַר קְרָא לְמַעַן יֵדְעוּ דֹורֹותֵיכֶם כִּי בַסֻּוכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּר בַּסֻּוכָּה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּר בַּסֻּוכָּה מַאי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא. וְרַבִּי זֵירָא אָמַר מֵהָכָא וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל יוֹמָם מֵחֹורֶב עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת. רָבָא אָמַר מֵהָכָא בַּסֻּוכֹּות תֵּשְׁבוּ שִׁבְעַת יָמִים אָמְרָה תּוֹרָה צֵא מִדִּירַת קֶבַע וְשֵׁב בְּדִירַת עֲרַאי עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי. פִּי' רְאוּיָה לַעֲמֹוד בְּבִנְיָן עֲרַאי הִלְכָּךְ אֲפִילּוּ אִי עֲבִיד קֶבַע כְּגוֹן שֶׁסִּיכֵּךְ עַל מְחִיצּוֹת שֶׁל בַּרְזֶל שַׁפִּיר דָּמֵי לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי אֶלָּא קֶבַע. לְרַבָּה דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁדָּר בַּסֻּוכָּה מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא אִם הָיוּ דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ כֵּיוָן דְּשָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא אע"ג דְּגָבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה וּלְמַעְלָה כְּשֵׁירָה. וּלְרַבִּי זֵירָא דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת אִי אִית בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כֵּיוָן דִּרְוִיחָא אִיכָּא צֵל סֻוכָּה וּכְשֵׁירָה. וּלְרָבָא דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי אֶלָּא דִּירַת קֶבַע לֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא אֶלָּא בֵּין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ בֵּין אֵין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ בֵּין יֵשׁ בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת בֵּין אֵין בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כֵּיוָן שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה פְּסוּלָה. אִיכָּא מ"ד הִלְכְתָא כְּרַבָּה דְּהָא בְּכָל מִילֵּי כְּרַב עֲבַד שַׁבָּת דַּף כב.. וַאֲנַן מִסְתַּבְּרָא לָן דְּהִלְכְתָא כְּרָבָא דקי"ל סֻוכָּה דִּירַת עֲרַאי בָּעֵינַן וְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַכְשִׁיר ס"ל דְּסֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן פִּי' דְּמַכְשִׁיר אַף בְּדִירַת קֶבַע וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָתֵיהּ וְאִי הָווּ דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ כ"ש דַּהֲוָה לֵיהּ דִּירַת קֶבַע. וְעוֹד דְּהָא סֻוגְיָא בְּעִנְיַן סֻוכָּה ע"ג סֻוכָּה כְּוָותֵיהּ. וְכֵן פָּסַק הר"ז הַלֵּוִי זַ"ל כְּרָבָא דְּבָתְרָאָה הוּא וַאֲפִילּוּ לְאַבַּיֵּי דְּאַקְשִׁי עָלֶיהָ הָא קַבְּלֵיהּ לְטַעְמָא מִדְּאַשְׁכְּחַן לְאַבַּיֵּי דְּאָמַר רַבִּי וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא וְכוּ' כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן. וּמִינָּהּ שָׁמְעִינַן דְּטַעֲמָא דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּירַת עֲרַאי. אע"ג דְּחָשׁוּ לָהּ לְקֻושְׁיָא דְּאַבַּיֵּי כִּדְאָמַר כּוּלְּהוּ כְּרָבָא לָא אָמְרִי מִשּׁוּם קֻושְׁיָא דְאַבָּיֵי מ"מ כֵּיוָן דְּאַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ קַבְּלֵיהּ לְטַעְמָא דְּרָבָא כִּדְאָמַר הִלְכָּךְ דְּרָבָא עָדִיף וְעָלֶיהָ סָמְכִינַן ע"כ. וְלָאו רְאָיָה הִיא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רִ"י לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף ז:) דְּהָא דְּחָשֵׁיב לְרַבִּי יְהוּדָה לֹא מִשּׁוּם דְּאַסְּקִינַן לְעֵיל טַעְמָא דְּרַבָּנָן דְּפָסְלִי מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּירַת עֲרַאי דְּהָא אַבַּיֵּי דְּהָכָא הוּא דְּאַקְּשֵׁיהּ לֵיהּ לְרָבָא לְעֵיל דְּאִית לֵיהּ הַהוּא טַעְמָא אֲבָל מ"מ אֱמֶת הוּא דִּלְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה לָא קַיְימָא בְּלֹא קֶבַע. וְאָמְרִינַן נָמֵי בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כא:) רַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְדַייְקָא מֵהָא דְּמַכְשַׁר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים. וְכֵן פָּסַק הרי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל כְּרָבָא וְכֵן ה"ר יְשַׁעְיָה דטרנ"י. אֲבָל בַּעַל הָעִיטּוּר פָּסַק כְּרַבָּה וְלֹא נִרְאוּ לִי דְּבָרָיו: אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק אָמַר רַב הוּנָא הֲלָכָה צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ וְהַייְנוּ ז' טְפָחִים עַל ז' טְפָחִים דְּגַבְרָא בְּאַמְּתָא יָתֵיב וְשֻׁולְחָנוֹ טֶפַח כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק הַיָּשֵׁן הֲלָכָה ח כַּמָּה כְּדֵי שֻׁולְחָן טֶפַח. א"ל רַבִּי אַבָּא דַּאֲמַר לָךְ מַנִּי ב"ש הִיא. בְּסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק בְּשֵׁשׁ מְקוֹמוֹת הֲלָכָה כב"ש וְהַךְ דְּהָכָא שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ חֲדָא מִינַּייְהוּ ואע"ג דְּאָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא דִבְרָכוֹת דַּף יא. אָמַר רַב יוֹסֵף עָשָׂה כב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם וּמַיְיתִי רְאָיָה מֵעֻובְדָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן הַחֹורֹנִי שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת הַהִיא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה אַייְרֵי וּפְלִיגָא בָּתַרְתִּי כִּדְמַסִּיק בִּשְׁמַעְתִּין. בִּגְדוֹלָה הֲלָכָה כְּב"ה דְּלָא גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ אֲבָל בִּקְטַנָּה הֲלָכָה כב"ש כְּדִפְסִיק הָכָא וְכֵן מַשְׁמַע הַלָּשׁוֹן צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחֲזֶקֶת וּמַיְירֵי שֶׁהוּא וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַסֻּוכָּה וְלֹא שַׁייָּךְ הָכָא טַעְמָא שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אֶלָּא בְּשִׁיעוּר הֶכְשֵׁר סֻוכָּה קָא מִיפַּלְגִי אֲבָל בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה וְהוּא יוֹשֵׁב עַל פֶּתַח הַסֻּוכָּה רָחוֹק מִן הַדְּפָנוֹת וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת אִיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יִשְׁכַּח יְשִׁיבַת הַסֻּוכָּה וְיִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ. וּבְהָא הִלְכְתָא כְּבֵית הִלֵּל וְכֵן כָּתַב רי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל וּבַעַל הָעִיטּוּר. אֲבָל הָרַב אַלְפָסִי סָבַר דְּחַד טַעְמָא לְתַרְוַייְהוּ וּבִשְׁנֵיהֶם פָּסַק כב"ש וכ"כ ה"ר יְשַׁעְיָה דטרנ"י וְאֵין דְּבָרָיו נִרְאִים דְּלִישָּׁנָא שֶׁתְּהֵא מַחֲזֶקֶת לָא מַשְׁמַע הָכִי. וְעוֹד מִדְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא רַבִּי אוֹמֵר כָּל סֻוכָּה שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת פְּסוּלָה וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֲפִילּוּ אֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ כְּשֵׁירָה דְּמַשְׁמַע דֻּומְיָא דְּאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁגַּם שֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַסֻּוכָּה וְאַפֵּ"ה פָּסַל ת"ק דְּאִידָךְ בָּרַייְתָא אַלְמָא לָאו מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ:
GUEMARA. D'où ces choses ? Rabba dit : le verset dit "afin que vos générations sachent que j'ai fait résider les enfants d'Israël dans des souccot" -- jusqu'à vingt coudées, l'homme sait qu'il habite dans une soucca ; au-dessus de vingt coudées, l'homme ne sait pas qu'il habite dans une soucca. Pour quelle raison ? Parce que l'œil n'y a pas prise. Et Rabbi Zeira dit : [on l'apprend] d'ici -- "et il y aura une soucca pour faire ombre le jour contre la chaleur" : jusqu'à vingt coudées l'homme est assis à l'ombre de la soucca ; au-dessus de vingt coudées l'homme n'est pas assis à l'ombre de la soucca mais à l'ombre des parois. Rava dit : d'ici -- "dans des souccot vous résiderez sept jours" : la Tora a dit, sors d'une demeure permanente (dirat keva) et réside dans une demeure précaire (dirat arai) ; jusqu'à vingt coudées, l'homme fait de sa demeure une demeure précaire. Explication : [il suffit qu'elle soit] apte à tenir avec une construction précaire ; c'est pourquoi, même s'il l'a faite permanente -- par exemple s'il a posé le s'khakh sur des cloisons de fer --, cela convient. Au-dessus de vingt coudées, l'homme ne fait pas de sa demeure une demeure précaire mais permanente. Selon Rabba, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées l'homme ne sait pas qu'il habite dans une soucca parce que l'œil n'y a pas prise : si les parois atteignaient le s'khakh, puisque l'œil y a prise, elle serait kachère même haute de plus de vingt coudées. Et selon Rabbi Zeira, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées l'homme n'est pas assis à l'ombre de la soucca mais à l'ombre des parois : si elle a plus de quatre coudées [de large], puisqu'elle est spacieuse, il y a bien une ombre de soucca, et elle est kachère. Et selon Rava, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées l'homme ne fait pas de sa demeure une demeure précaire mais permanente, il n'y a pour elle aucun remède : que les parois atteignent le s'khakh ou non, qu'elle ait plus de quatre coudées ou non, dès lors qu'elle est haute de plus de vingt coudées, elle est passoul. Certains disent que la halakha suit Rabba, car en toute chose il a agi comme Rav (Chabbat 22a). Mais il nous paraît plus vraisemblable que la halakha suive Rava, car nous tenons pour établi qu'une soucca doit être une demeure précaire ; et Rabbi Yehouda, qui la déclare kachère, tient qu'une soucca doit être une demeure permanente -- c'est-à-dire qu'il la valide même en demeure permanente --, et la halakha n'est pas comme lui. Et si les parois atteignent le s'khakh, à plus forte raison est-ce une demeure permanente. De plus, la sougya relative à une soucca [construite] au-dessus d'une soucca va dans son sens. Ainsi a tranché Rabbi Zerahia Halévi, de mémoire bénie, comme Rava, parce qu'il est postérieur ; et même selon Abaye, qui lui a objecté, il a bien accepté sa raison, puisque nous trouvons qu'Abaye dit : Rabbi, et Rabbi Ochaya, etc. -- tous tiennent qu'une soucca doit être une demeure permanente ; et de là nous entendons que la raison des Sages est qu'il faut une demeure précaire. Et bien qu'on ait tenu compte de l'objection d'Abaye -- comme on dit : tous n'ont pas parlé comme Rava à cause de l'objection d'Abaye --, de toute façon, puisque Abaye lui-même a accepté la raison de Rava, comme il l'a dit, c'est celle de Rava qui prévaut et c'est sur elle que nous nous appuyons. Fin de citation. Mais ce n'est pas une preuve, ainsi que l'a expliqué le Ri plus loin (Soucca 7b) : le fait qu'il compte Rabbi Yehouda [parmi eux] ne vient pas de ce que nous aurions conclu plus haut que la raison des Sages qui invalident est qu'il faut une demeure précaire -- car c'est précisément l'Abaye d'ici qui a objecté à Rava plus haut, lui qui tient cette raison-là. Mais de toute façon il est vrai qu'au-dessus de vingt coudées elle ne tient pas sans être permanente. Et nous disons également au chapitre Ha-yachen (Soucca 21b) : Rabbi Yehouda suit sa propre opinion, lui qui dit qu'une soucca doit être une demeure permanente -- et on le déduit précisément de ce qu'il la déclare kachère au-dessus de vingt [coudées]. Ainsi a tranché Rabbi Yitshak ibn Guiat, de mémoire bénie, comme Rava, et de même Rabbi Yechaya de Trani. Mais l'auteur du Ittour a tranché comme Rabba, et ses propos ne m'ont pas paru justes. Rav Chmouel bar Rav Yitshak dit au nom de Rav Houna : la halakha est qu'elle doit pouvoir contenir sa tête, la plus grande partie de son corps et sa table -- ce qui fait sept tefahim sur sept tefahim, car un homme est assis sur une coudée et sa table [occupe] un tefah, comme il est dit dans le Yerouchalmi, chapitre Ha-yachen, halakha 8 : combien faut-il pour la table ? Un tefah. Rabbi Abba lui dit : celui qui te l'a dit, de qui suit-il l'avis ? C'est Beit Chammai. Dans le Seder de Rav Amram, il est tranché qu'en six endroits la halakha suit Beit Chammai, et celui-ci -- qu'elle doive pouvoir contenir sa tête, la plus grande partie de son corps et sa table -- en est un. Et bien qu'il soit dit au premier chapitre de Berakhot (11a) : Rav Yossef a dit, celui qui a agi selon Beit Chammai n'a rien fait du tout -- et l'on en apporte une preuve du fait de Rabbi Yo'hanan ben ha-Horani, qui était assis avec sa tête et la plus grande partie de son corps dans la soucca et sa table à l'intérieur de la maison --, ce cas-là traite d'une grande soucca, et la controverse porte sur deux points, comme le conclut notre sougya. Dans une grande [soucca], la halakha suit Beit Hillel, car nous ne décrétons pas de peur qu'il ne se laisse entraîner à la suite de sa table ; mais dans une petite, la halakha suit Beit Chammai, comme il est tranché ici. Et c'est bien ce qu'indique l'expression elle doit pouvoir contenir : il s'agit du cas où lui et sa table sont à l'intérieur de la soucca, et la raison du de peur qu'il ne se laisse entraîner ne s'applique pas ici -- c'est sur la mesure qui rend une soucca valable qu'ils divergent. Mais dans une grande soucca, où il est assis à l'entrée de la soucca, loin des parois, et sa table à l'intérieur de la maison, il y a lieu de craindre qu'il n'oublie le séjour dans la soucca et ne se laisse entraîner à la suite de sa table ; et en ce cas la halakha suit Beit Hillel. Ainsi ont écrit Rabbi Yitshak ibn Guiat, de mémoire bénie, Rabbi Zerahia Halévi, de mémoire bénie, et l'auteur du Ittour. Mais le Rav Alfassi (Rif) tient qu'il y a une seule et même raison pour les deux cas, et dans les deux il a tranché comme Beit Chammai ; ainsi a écrit aussi Rabbi Yechaya de Trani. Mais ses propos ne paraissent pas justes, car l'expression qu'elle puisse contenir ne suggère pas cela. De plus, puisqu'il est enseigné dans une beraita : Rabbi dit, toute soucca qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées est passoul, et les Sages disent, même si elle ne peut contenir que sa tête, la plus grande partie de son corps et sa table, elle est kachère -- cela indique que, semblablement au cas des quatre coudées, sa table aussi se trouve à l'intérieur de la soucca ; et malgré cela le premier Tana de l'autre beraita l'a invalidée. Il en ressort donc que ce n'est pas à cause du de peur qu'il ne se laisse entraîner.
💡 Explication

Rabba tire la mesure d'un verset qui porte sur la connaissance : la soucca doit être sue. Rachi transpose : fais une soucca dont le séjour te soit perceptible. Le critère devient donc perceptif -- et sa traduction concrète est lo chalta ba eina, l'œil n'y a pas prise.

Le point technique est que l'œil, sans effort volontaire, ne monte pas au-delà d'une vingtaine de coudées. Au-dessus, il faut lever la tête délibérément pour voir le s'khakh -- or, précise Rachi, la soucca c'est le s'khakh. Ne pas le voir, c'est né pas savoir qu'on est dans une soucca.

Rachi ajoute une remarque d'exégèse importante : le sens simple du verset porte sur les nuées de gloire qui entouraient Israël au désert, et ce sens simple demeure ; la lecture de Rabba s'y ajoute comme dracha sans l'abolir.

🖼️ Schéma
Rabba : lo chalta ba eina -- l'œil n'a plus prise sur le s'khakh Jusqu'à 20 coudées s'khakh Sans effort, le regard rencontre le s'khakh : il sait qu'il habite dans une soucca. Au-dessus de 20 coudées s'khakh hors de portée du regard champ usuel zone que l'œil n'atteint pas Il faut lever la tête volontairement : il ne sait plus qu'il habite une soucca.
Le critère de Rabba est un critère de champ visuel : au-delà de vingt coudées, le s'khakh sort du regard ordinaire.
9
רַבִּי זֵירָא אָמַר מֵהָכָא: ״וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל יוֹמָם מֵחֹורֶב״, עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה, לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה — אֵין אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת.

Rabbi Zeira dit : [on l'apprend] d'ici -- "et il y aura une soucca pour faire ombre le jour contre la chaleur" (Isaie 4,6). Jusqu'à vingt coudées, l'homme est assis à l'ombre de la soucca ; au-dessus de vingt coudées, l'homme n'est pas assis à l'ombre de la soucca mais à l'ombre des parois.

📜 Rachi (2)
וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל מַשְׁמַע אֵין סְכָךְ אֶלָּא הֶעָשׂוּי לְצֵל:
Et il y aura une soucca pour l'ombre -- cela indique qu'il n'y a de s'khakh que ce qui est fait pour l'ombre.
אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת שֶׁהַצְּלָלִין מַגִּיעִין זֶה לָזֶה מִתּוֹךְ גָּובְהָן שֶׁל דְּפָנוֹת וְאֵין צָרִיךְ סְכָךְ וּלְקַמָּן מוֹקֵי פְּלֻוגְתַּייְהוּ לֵר' זֵירָא בְּשֶׁאֵין בָּהּ אֶלָּא אַרְבַּע עַל אַרְבַּע דְּקִים לְהוּ לְרַבָּנָן דִּבְהַאי שִׁיעוּרָא לֵיכָּא צֵל סְכָךְ אֶלָּא צֵל שֶׁל דְּפָנוֹת:
Mais à l'ombre des parois -- car les ombres se rejoignent l'une l'autre du fait de la hauteur des parois, et le s'khakh devient inutile. Et plus loin la Guemara établit leur controverse, selon Rabbi Zeira, dans le cas où elle n'a que quatre [coudées] sur quatre : les Sages tiennent pour certain qu'avec cette mesure il n'y a pas d'ombre du s'khakh mais [seulement] l'ombre des parois.
💡 Explication

Rabbi Zeira déplace le critère de la vue vers l'ombre. Son verset -- tiré des Prophètes, non de la Tora -- définit la soucca par sa fonction : faire ombre. Rachi en tire une définition restrictive : il n'y a de s'khakh que ce qui est fait pour l'ombre.

L'argument physique est le suivant : passé une certaine hauteur, les parois projettent des ombres assez longues pour se rejoindre et couvrir tout l'espace. On est alors à l'ombre des parois, et le s'khakh ne joue plus aucun rôle. Rachi précise que la Guemara plus loin restreindra ce raisonnement au cas d'une soucca de quatre coudées sur quatre -- dans une soucca plus large, l'ombre des parois ne suffit plus, ce qui donne le remède que le Roch signalera.

10
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אֶלָּא מֵעַתָּה, הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּעַשְׁתְּרוֹת קַרְנַיִם, הָכִי נָמֵי דְּלָא הָוֵי סֻוכָּה?

Abaye lui dit : mais s'il en est ainsi, celui qui fait sa soucca à Achterot Karnayim -- là aussi, ce ne serait donc pas une soucca ?

📜 Rachi (1)
עַשְׁתְּרֹות קַרְנַיִם שְׁנֵי הָרִים גְּדוֹלִים וְהַשְּׁפֵלָה בֵּינֵיהֶם וּמִתּוֹךְ גֹּובַהּ הֶהָרִים אֵין חַמָּה זוֹרַחַת שָׁם בַּשְּׁפֵלָה:
Achterot Karnayim -- deux grandes montagnes avec un creux entre elles ; du fait de la hauteur des montagnes, le soleil ne brille pas là, dans le creux.
💡 Explication

Objection par réduction à l'absurde. Achterot Karnayim est, selon Rachi, un site encaissé entre deux hautes montagnes qui interceptent le soleil : celui qui y dresse une soucca est à l'ombre des montagnes, non à celle du s'khakh. Si le critère de Rabbi Zeira était littéral, une telle soucca serait invalide -- conclusion que personne n'accepte.

11
אֲמַר לֵיהּ: הָתָם, דַּל עַשְׁתָּרוֹת קַרְנַיִם — אִיכָּא צֵל סֻוכָּה. הָכָא, דַּל דְּפָנוֹת — לֵיכָּא צֵל סֻוכָּה.

Il lui dit : là-bas, ôte Achterot Karnayim -- il y a [encore] une ombre de soucca. Ici, ôte les parois -- il n'y a pas d'ombre de soucca.

📜 Rachi (1)
דַּל דְּפָנוֹת לֵיכָּא צֵל סֻוכָּה שֶׁחַמָּה בָּאָה מִתַּחְתַּי' נִמְצָא שְׁמָהּ בָּטֵל:
Ôte les parois, il n'y a pas d'ombre de soucca -- car le soleil vient par en dessous ; il se trouve que [son ombre] est annulée.
💡 Explication

La réponse introduit un test d'abstraction : dal, ôte par la pensée l'élément litigieux et regarde ce qui subsiste. À Achterot Karnayim, la soucca est intrinsèquement correcte : son s'khakh ferait de l'ombre si les montagnes n'étaient pas là. L'obstacle est extérieur à la soucca et ne la disqualifie pas.

Dans une soucca de plus de vingt coudées, le retrait des parois ne laisse rien : le soleil entrerait par-dessous toute la journée et le s'khakh, trop haut, ne couvrirait rien. Le défaut est interne. La distinction est celle entre un empêchement accidentel et un vice de constitution.

🖼️ Schéma
Le test de Rabbi Zeira : dal -- retire l'élément étranger et regarde ce qui reste Achterot Karnayim -- kachère montagne montagne Ôte les montagnes par la pensée : l'ombre du s'khakh existe toujours. L'obstacle est extérieur à la soucca. Soucca de plus de 20 coudées -- passoul s'khakh Ôte les parois par la pensée : le soleil entre par-dessous, plus d'ombre. C'est la soucca elle-même qui ne fait plus d'ombre.
Le même résultat visible -- de l'ombre -- mais deux causes opposées : le test du dal sépare l'obstacle extérieur du vice interne.
12
וְרָבָא אָמַר, מֵהָכָא: ״בַּסֻּוכֹּות תֵּשְׁבוּ שִׁבְעַת יָמִים״. אָמְרָה תּוֹרָה: כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים צֵא מִדִּירַת קֶבַע וְשֵׁב בְּדִירַת עֲרַאי. עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי, לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה — אֵין אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי אֶלָּא דִּירַת קֶבַע.

Et Rava dit : [on l'apprend] d'ici -- "dans des souccot vous résiderez sept jours" (Lévitique 23,42). La Tora a dit : pendant les sept jours, sors d'une demeure permanente (dirat keva) et réside dans une demeure précaire (dirat arai).

Jusqu'à vingt coudées, l'homme fait de sa demeure une demeure précaire ; au-dessus de vingt coudées, l'homme ne fait pas de sa demeure une demeure précaire mais une demeure permanente.

📜 Rachi (2)
שִׁבְעַת יָמִים סֻוכָּה שֶׁל שִׁבְעָה וְתוּ לָא דְּהַיְינוּ עֲרַאי וְדַיָּיהּ בִּמְחִיצּוֹת קַלּוֹת:
Sept jours -- une soucca de sept [jours] et pas davantage, c'est-à-dire du précaire ; et des cloisons légères lui suffisent.
לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת יְסוֹדוֹתֶיהָ וּמְחִיצוֹתֶיהָ קִבּוּעִין שֶׁלֹּא תִּפֹּול:
Au-dessus de vingt -- il faut faire ses fondations et ses cloisons permanentes pour qu'elle ne tombe pas.
💡 Explication

Troisième dérivation, la plus structurelle. Rava ne lit pas dans le verset une exigence de perception ni d'ombre, mais une durée : sept jours. Rachi le formule ainsi -- une soucca de sept jours et pas davantage, ce qui définit le précaire ; des cloisons légères lui suffisent.

Le lien avec les vingt coudées est alors purement constructif : au-delà de cette hauteur, une structure ne tient plus sans fondations ni parois solides. Bâtir haut, c'est bâtir durable -- et bâtir durable, c'est sortir de la dirat arai que la Tora impose.

C'est cette lecture que le Roch retiendra comme halakha, précisément parce qu'elle rejoint le principe général soucca dirat arai beina, dont Rabbi Yehouda est justement le contradicteur.

13
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אֶלָּא מֵעַתָּה, עָשָׂה מְחִיצוֹת שֶׁל בַּרְזֶל וְסִיכֵּךְ עַל גַּבָּן, הָכִי נָמֵי דְּלָא הָוֵי סֻוכָּה?

Abaye lui dit : mais s'il en est ainsi, celui qui a fait des cloisons de fer et a posé le s'khakh par-dessus -- la aussi, ce ne serait donc pas une soucca ?

💡 Explication

Même forme d'objection que précédemment, appliquée cette fois à Rava. Si l'exigence porte réellement sur le caractère précaire de la construction, alors une soucca dressée sur des cloisons de fer -- le comble du durable -- devrait être invalide, même basse. Or aucune opinion ne l'invalide.

L'objection vise donc le glissement possible du critère de Rava : d'une mesure de hauteur vers une exigence de fragilité matérielle.

14
אֲמַר לֵיהּ, הָכִי קָאָמֵינָא לָךְ: עַד עֶשְׂרִים אַמָּה דְּאָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי, כִּי עָבֵיד לֵיהּ דִּירַת קֶבַע, נָמֵי נָפֵיק. לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה, דְּאָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת קֶבַע, כִּי עָבֵיד לֵיהּ דִּירַת עֲרַאי, נַמֵּי לָא נָפֵיק.

Il lui dit : voici ce que je te dis. Jusqu'à vingt coudées, où l'homme fait de sa demeure une demeure précaire, lorsqu'il en fait une demeure permanente, il s'acquitte aussi.

Au-dessus de vingt coudées, où l'homme fait de sa demeure une demeure permanente, lorsqu'il en fait une demeure précaire, il ne s'acquitte pas non plus.

📜 Rachi (1)
עַד עֶשְׂרִים אַמָּה דְּאָדָם עוֹשֶׂה כו' שַׁפִּיר דָּמֵי דְּוַדַּאי יֵשׁ בִּכְלַל קֶבַע עֲרַאי וַהֲרֵי עָשָׂה כַּתּוֹרָה וְעַל כָּרְחֲךָ לֹא הִקְפִּידָה תּוֹרָה עַל הָעֲרַאי אֶלָּא לְשֵׁם שִׁיעוּר לָתֵת לְךָ שִׁיעוּר בְּגָובְהָהּ שֶׁתְּהֵא יְכוֹלָה לַעֲמֹוד עַל יְדֵי יְתֵידוֹת עֲרַאי:
Jusqu'à vingt coudées, où l'homme fait, etc. -- cela convient, car le précaire est assurément compris dans le permanent, et il a donc agi selon la Tora. Force est de dire que la Tora n'a pas été exigeante sur le précaire pour lui-même, mais à titre de mesure : pour te donner une mesure de hauteur, celle à laquelle elle peut tenir au moyen de piquets précaires.
🗂️ Tossefot (1)
כִּי עָבֵיד לֵיהּ דִּירַת קֶבַע שַׁפִּיר דָּמֵי. דאע"ג דְּיֵשׁ לְפָרֵשׁ קְרָא בְּדִירָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה אֶלָּא לְשִׁבְעָה לִמְעוּטֵי קֶבַע מַשְׁמַע לֵיהּ קְרָא דַּאֲתָא לְשִׁיעוּרָא לְאוֹרוֹיֵי לָךְ מִדַּת גָּובְהָהּ כֻּלּוֹ' בְּסֻוכָּה שֶׁאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת עֲרַאי וא"ת וְכֵיוָן דְּלָא חָייְשִׁינַן אֶלָּא שֶׁתְּהֵא רְאוּיָה לַעֲשׂוֹתָהּ עֲרַאי ואע"פ שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ קֶבַע א"כ אַמַּאי אָמַר (תַּעֲנִית דַּף ב.) גְּשָׁמִים סִימַן קְלָלָה בֶּחָג וַהֲלֹא יָכוֹל לִקְבֹּועַ הַנְּסָרִים בְּמַסְמְרִים שֶׁלֹּא יֵרְדוּ גְּשָׁמִים בַּסֻּוכָּה וַאֲפִילּוּ תִּימְצֵי לוֹמַר דְּאָסוּר מִשּׁוּם גְּזֵרַת תִּקְרָה כִּי הֵיכִי דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף יד.) גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא דר"מ וְרַבִּי יְהוּדָה דִּמְסַכְּכִין בִּנְסָרִין דְּאִי מַכְשֶׁרֶת בְּהוּ אָתֵי לְמֵימַר מַה לִי לְסַכֵּךְ בָּזֶה מַה לִי לֵישֵׁב תַּחַת תִּקְרַת בֵּיתִי וּבֵיתוֹ וַדַּאי פָּסוּל מִדְּאוֹרַיְיתָּא דְּסֻוכָּה אֲמַר רַחֲמָנָא וְלֹא בֵּיתוֹ שֶׁל כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה מ"מ כֵּיוָן דְּלָא אָסוּר אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן לָא שַׁיְיכָא לְמֵימַר שֶׁהַגְּשָׁמִים סִימַן קְלָלָה וְי"ל דִּנְהִי דְּלָא חָיְישִׁינַן בַּדְּפָנוֹת אִי עֲבִיד לְהוּ קֶבַע מ"מ בִּסְכָכָהּ שֶׁעִיקַּר הַסֻּוכָּה עַל שֵׁם הַסְּכָךְ לָא מִיתַּכְשְׁרָה עַד דַּעֲבִיד לָהּ עֲרַאי ומה"ט נָמֵי נִיחָא לְרַבִּי זֵירָא דְּדָרֵישׁ מְדַכָּתִי' וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל הָא כִּתֵּי' נָמֵי מִזֶּרֶם וּמִמָּטָר וְנִיבְעֵי נָמֵי שֶׁלֹּא יֵרְדוּ גְּשָׁמִים לְתוֹכָהּ אֶלָּא וַדַּאי מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן סְכָכָה עֲרַאי וא"כ הֲוָה לֵיהּ קֶבַע:
Lorsqu'il en fait une demeure permanente, cela convient. -- Car bien qu'on puisse interpréter le verset comme parlant d'une demeure qui ne convient que pour sept jours, à l'exclusion du permanent, il comprend que le verset vient donner une mesure, pour t'enseigner la mesure de sa hauteur, c'est-à-dire une soucca qu'il est possible de faire précaire. Et si tu dis : puisque nous n'exigeons que la possibilité de la faire précaire, même s'il la fait permanente, pourquoi donc est-il dit (Taanit 2a) que la pluie est un signe de malédiction pendant la fête ? Il pourrait pourtant fixer les planches avec des clous, en sorte que la pluie ne tombe pas dans la soucca ! Et même si tu venais à dire que cela est interdit à cause du décret [d'assimilation] au plafond -- comme il est dit plus loin dans notre chapitre (Soucca 14a) à propos de la controverse de Rabbi Meir et de Rabbi Yehouda sur le fait de couvrir avec des planches : car si tu les validais, on en viendrait à dire, quelle différence entre couvrir avec cela et m'asseoir sous le plafond de ma maison ? -- et sa maison est assurément passoul selon la Tora, car le Miséricordieux a dit une soucca et non sa maison de toute l'année ; malgré tout, puisque ce n'est interdit que rabbiniquement, il n'y a pas lieu de dire que la pluie serait un signe de malédiction. Et l'on peut répondre : quand bien même nous ne nous soucions pas des parois s'il les fait permanentes, en revanche pour son s'khakh -- puisque l'essentiel de la soucca tient à son nom même de s'khakh -- elle n'est pas rendue kachère tant qu'il ne le fait pas précaire. Et pour cette même raison se comprend aussi [la position] de Rabbi Zeira, qui tire sa dracha de ce qu'il est écrit et il y aura une soucca pour l'ombre : or il est écrit aussi contre l'averse et contre la pluie -- devrions-nous exiger que la pluie n'y tombe pas ? Mais assurément [non], parce que nous avons besoin que son s'khakh soit précaire -- et [s'il arrêtait la pluie] il serait dès lors permanent.
💡 Explication

Rava requalifie son propre critère. Le verset ne prescrit pas un mode de construction mais fixe une mesure (chiour) : la hauteur à laquelle le précaire est encore la manière ordinaire de bâtir. Rachi le dit nettement : la Tora n'a pas exigé le précaire pour lui-même, mais pour te donner une mesure de hauteur -- celle à laquelle une structure peut tenir sur de simples piquets.

D'où les deux conséquences, symétriques et toutes deux contre-intuitives. En dessous de vingt coudées, bâtir en dur reste valable, car le permanent contient le précaire. Au-dessus, bâtir léger ne sauve rien : la mesure est dépassée, quelle que soit la façon de faire.

Tossefot poursuit avec une question célèbre : si la solidité des parois est indifférente, pourquoi la pluie pendant la fête est-elle un signe de malédiction (Taanit 2a) ? On pourrait clouer des planches et rester au sec. Sa réponse trace la limite exacte de la concession de Rava : elle vaut pour les parois, jamais pour le s'khakh -- c'est de lui que la soucca tire son nom, et lui doit rester précaire.

🖼️ Schéma
La réponse de Rava : la hauteur est une mesure, pas un mode de construction Ce que la Tora fixe, c'est la hauteur à laquelle une demeure précaire est encore possible -- non la manière de bâtir. Bâtie en précaire (arai) Bâtie en dur (cloisons de fer) Jusqu'à 20 coudées Au-dessus de 20 coudées Il s'acquitte Cas ordinaire : la hauteur permet le précaire et il l'a fait précaire. Il s'acquitte aussi Le permanent contient le précaire : à cette hauteur elle pouvait tenir avec de simples piquets. Il ne s'acquitte pas À cette hauteur, le précaire n'est plus la manière de bâtir des hommes : la mesure elle-même est dépassée. Il ne s'acquitte pas Passoul dans tous les cas.
Les quatre combinaisons de hauteur et de mode de construction : seule la hauteur décide, ce que la réponse de Rava rend explicite.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).