Sukkah 2b -- pourquoi chacun garde son verset, et trois enseignements de Rav qui révèlent laquelle des trois raisons on présuppose

Sukkah 2b

Sougya : Le folio s'ouvre en revenant sur les trois dérivations de la limite des vingt coudées établies en 2a. La Guemara ne demande pas laquelle est vraie mais pourquoi, pour chacune, les deux autres Amoraim ne s'en sont pas contentés : le verset de Rabba parle d'une connaissance transmise aux générations et non d'une conscience actuelle ; celui de Rabbi Zeira décrit les jours du Machiah -- et Rabbi Zeira répond que le choix du mot soucca plutôt que houppa enseigne en outre qu'une soucca se définit par son ombre ; celui de Rava reste marqué par l'objection d'Abaye sur les cloisons de fer.

Le folio bascule ensuite sur un mouvement remarquable : trois élèves rapportent au nom de Rav trois enseignements de même forme, chacun nommant un cas où la soucca reste kachère malgré sa hauteur. La Guemara les utilise comme des réactifs -- keman azla, selon qui cela va-t-il ?

Rabbi Yochiya (parois atteignant le s'khakh) révèle la raison de Rabba ; Rav Houna (plus de quatre coudées) révèle celle de Rabbi Zeira ; Rav Hanan bar Rabba (plus que tête, gros du corps et table) ne révèle aucune des trois, et Tossefot doit lui chercher une raison neuve, celle du poulailler. Une tentative d'opposer Rav Houna et Rav Hanan bar Rabba sur la taille minimale d'une soucca est rejetée : ils s'accordent sur cette taille et ne divergent que sur l'étendue de la zone où la hauteur demeure litigieuse.

L'amud s'achève sur une baraita apportée contre eux : la soucca de la reine Hélène à Loud dépassait vingt coudées et les Anciens n'ont rien dit. La Guemara lit d'abord la baraita pour elle-même -- l'exemption des femmes, les sept fils, l'âge du hinoukh, la clause et de plus qui ferme la dernière échappatoire -- avant de la retourner contre les trois enseignements de Rav, en commençant par celui de Rabbi Yochiya, qui s'en tire par un usage de cour.

Pourquoi chacun a gardé son propre verset La Guemara ne demande pas qui a raison : elle demande pourquoi les deux autres n'ont pas adopté la source du premier. Rabba -- la vue Vayikra 23,43 afin que vos générations sachent que j'ai fait résider Israël... Les deux autres refusent Ce verset ne parle pas de savoir qu'on est assis dans une soucca. Il parle d'une connaissance transmise aux générations : les nuées de gloire des Pères. Réponse de Rabba aucune n'est donnée ici -- il campe sur sa lecture, la sougya ne le suit pas plus loin. Son critère tient encore Il fondera l'enseignement de Rabbi Yochiya au nom de Rav. Rabbi Zeira -- l'ombre Yechayahou 4,6 et il y aura une soucca pour faire ombre le jour... Les deux autres refusent Ce verset est écrit pour les jours du Machiah : une image d'abri et de délice, non la définition d'une soucca de mitsva. Réponse de Rabbi Zeira Que le verset dise donc houppa (dais). S'il dit soucca, c'est qu'une soucca se définit par l'ombre. Son critère tient encore Il fondera l'enseignement de Rav Houna au nom de Rav. Rava -- le précaire Vayikra 23,42 dans des souccot vous résiderez sept jours Les deux autres refusent À cause de l'objection d'Abaye : la soucca posée sur des cloisons de fer. Ils n'acceptent pas la réponse : si le précaire n'est pas strict, il ne donne pas de mesure. Réponse de Rava (2a) La Tora fixe une mesure, non un mode de construction : jusqu'à 20 on PEUT bâtir précaire. Aucun remède Aucun des trois enseignements de Rav ne suit sa raison. Ce que la sougya vient d'établir Les trois raisons ne sont pas interchangeables. Le folio va s'en servir comme d'un test : trois enseignements de Rav vont chacun révéler laquelle des trois raisons son auteur présuppose.
Premier mouvement du folio : chacun des trois Amoraim explique pourquoi il n'a pas pris la source des autres.
Trois enseignements de Rav, trois tests : keman azla ? Chaque enseignement nomme un cas où, même au-delà de vingt coudées, la soucca reste kachère. On demande : quelle raison le rend possible ? L'enseignement de Rav (et son transmetteur) Rabba la vue -- shalta ba eina Rabbi Zeira l'ombre du s'khakh Rava demeure précaire Rabbi Yochiya Les parois montent jusqu'au s'khakh : kachère même au-delà de vingt coudées. aucune mesure d'étendue OUI l'œil remonte le long des parois et atteint le s'khakh NON des parois jointives ne changent rien à l'ombre qu'elles font NON des parois pleines sur vingt coudées, c'est du permanent renforcé Rav Houna Plus de quatre coudées sur quatre : kachère même au-delà de vingt coudées. mesure d'étendue NON un rien de plus que quatre coudées ne rend pas l'œil plus puissant OUI une soucca large reçoit en son centre l'ombre du s'khakh, non des parois NON la largeur ne rend pas la hauteur précaire Rav Hanan bar Rabba Plus que sa tête, le gros de son corps et sa table : kachère au-delà de vingt. mesure d'étendue, plus petite keman ? de-lo ke-had -- comme aucun des trois Rachi : à cette mesure l'œil n'a toujours pas prise, il n'y a toujours pas d'ombre du s'khakh, et les cloisons restent aussi permanentes. Tossefot cherche une quatrième raison : en dessous, la soucca est un loul chel tarnegolin -- un poulailler, pas une demeure. La ligne de partage que la Guemara en tire Rabbi Yochiya ne donne aucune mesure d'étendue (chioura be-machka) : il est d'un autre ordre, sa divergence d'avec les deux autres est réelle. Rav Houna et Rav Hanan bar Rabba donnent tous deux une étendue : d'où la tentative de les opposer sur le hekhcher soucca -- et son rejet.
Second mouvement : trois enseignements de Rav servent de réactifs pour identifier laquelle des trois raisons chacun présuppose.
1
כֻּולְּהוּ כְּרַבָּה לָא אָמְרִי, הָהוּא יְדִיעָה לְדוֹרוֹת הִיא.

Tous n'ont pas dit comme Rabba : cette [connaissance]-là est une connaissance destinée aux générations.

📜 Rachi (3)
כּוּלְּהוּ הָנָךְ אָמוֹרָאֵי:
Tous -- ces Amoraim [Rabbi Zeira et Rava].
כְּרַבָּה לָא אָמְרִי דְּיָלֵיף מִלְּמַעַן יֵדְעוּ:
N'ont pas dit comme Rabba -- lui qui déduit de afin qu'ils sachent.
הַהוּא לָאו בִּידִיעָה דִּישִׁיבַת סֻוכָּה קָא אָמַר אֶלָּא בִּידִיעוֹת דּוֹרוֹת הַבָּאִין הֶיקֵּף סֻוכּוֹת עַנְנֵי כָּבוֹד הַנַּעֲשֶׂה לָאָבוֹת:
Cette [connaissance]-là -- ce n'est pas d'une connaissance du fait d'habiter dans une soucca qu'il parle, mais de la connaissance, par les générations à venir, de l'enveloppement par les souccot des nuées de gloire (anane ha-kavod) qui fut accompli pour les Pères.
💡 Explication

Le folio précédent a produit trois dérivations concurrentes de la limite des vingt coudées. La Guemara ne demande pas maintenant laquelle est vraie : elle demande, pour chacune, pourquoi les deux autres Amoraim ne s'en sont pas contentés. C'est une méthode caractéristique -- une source n'est pleinement comprise que lorsqu'on sait ce qui, en elle, a paru insuffisant à d'autres.

Rabba lisait lemaan yedeou dorotekhem, afin que vos générations sachent, comme une exigence de conscience actuelle : celui qui est assis doit savoir qu'il est assis dans une soucca. Rabbi Zeira et Rava répondent que le verset ne porte pas sur cette conscience-là : la yedia dont il parle est une transmission historique, ce que les générations futures doivent savoir de l'Exode.

Rachi précise le contenu de cette connaissance selon eux : non pas des cabanes de branchages mais l'enveloppement par les anane ha-kavod, les nuées de gloire, dont les Pères ont bénéficié au désert. Le verset devient alors commémoratif, et ne dit plus rien de la hauteur.

🖼️ Schéma
Pourquoi chacun a gardé son propre verset La Guemara ne demande pas qui a raison : elle demande pourquoi les deux autres n'ont pas adopté la source du premier. Rabba -- la vue Vayikra 23,43 afin que vos générations sachent que j'ai fait résider Israël... Les deux autres refusent Ce verset ne parle pas de savoir qu'on est assis dans une soucca. Il parle d'une connaissance transmise aux générations : les nuées de gloire des Pères. Réponse de Rabba aucune n'est donnée ici -- il campe sur sa lecture, la sougya ne le suit pas plus loin. Son critère tient encore Il fondera l'enseignement de Rabbi Yochiya au nom de Rav. Rabbi Zeira -- l'ombre Yechayahou 4,6 et il y aura une soucca pour faire ombre le jour... Les deux autres refusent Ce verset est écrit pour les jours du Machiah : une image d'abri et de délice, non la définition d'une soucca de mitsva. Réponse de Rabbi Zeira Que le verset dise donc houppa (dais). S'il dit soucca, c'est qu'une soucca se définit par l'ombre. Son critère tient encore Il fondera l'enseignement de Rav Houna au nom de Rav. Rava -- le précaire Vayikra 23,42 dans des souccot vous résiderez sept jours Les deux autres refusent À cause de l'objection d'Abaye : la soucca posée sur des cloisons de fer. Ils n'acceptent pas la réponse : si le précaire n'est pas strict, il ne donne pas de mesure. Réponse de Rava (2a) La Tora fixe une mesure, non un mode de construction : jusqu'à 20 on PEUT bâtir précaire. Aucun remède Aucun des trois enseignements de Rav ne suit sa raison. Ce que la sougya vient d'établir Les trois raisons ne sont pas interchangeables. Le folio va s'en servir comme d'un test : trois enseignements de Rav vont chacun révéler laquelle des trois raisons son auteur présuppose.
Vue d'ensemble du premier mouvement du folio : les trois refus croisés et les réponses qui subsistent.
2
כְּרַבִּי זֵירָא נָמֵי לָא אָמְרִי, הָהוּא לִימוֹת הַמָּשִׁיחַ הוּא דִּכְתִיב.

Comme Rabbi Zeira non plus ils n'ont pas dit : ce [verset]-là, c'est à propos des jours du Machiah qu'il est écrit.

📜 Rachi (1)
לִימוֹת הַמָּשִׁיחַ אוֹתָם סֻוכּוֹת יִהְיוּ לְצֵל לְעֹונֶג וּלְמִסְתּוֹר אֲבָל סֻוכַּת מִצְוָה אֵינָהּ לְצֵל:
Aux jours du Machiah -- ces souccot-là seront pour l'ombre, pour l'agrément et pour l'abri ; mais la soucca de la mitsva, elle, n'est pas [faite] pour l'ombre.
🗂️ Tossefot (1)
כְּרַבִּי זֵירָא לָא אָמְרִי. הָא דְּלָא קָאָמַר מִשּׁוּם קוּשְׁיָא דְּאַבַּיֵּי כִּדְקָאָמַר עַל רָבָא מִשּׁוּם דְּרַבִּי זֵירָא שֵׁנִי לְאַבַּיֵּי שַׁפִּיר:
Comme Rabbi Zeira ils n'ont pas dit. Si l'on n'a pas dit [qu'ils le rejettent] à cause de l'objection d'Abaye, comme on l'a dit à propos de Rava, c'est parce que Rabbi Zeira a bien répondu à Abaye.
💡 Explication

Rabbi Zeira tirait la mesure de ve-soucca tihye le-tsel yomam (Yechayahou 4,6), et il y aura une soucca pour faire ombre le jour contre la chaleur. Rabba et Rava récusent la source pour une raison de contexte : ce chapitre de Yechayahou décrit la protection divine aux temps messianiques. Il ne définit pas un objet halakhique.

Rachi durcit l'objection : les souccot de ce verset sont faites pour l'ombre, pour l'agrément et pour l'abri -- mais la soucca de mitsva, elle, n'est justement pas faite pour l'ombre. On ne peut donc pas transporter la propriété de l'une sur l'autre.

Tossefot pose une question de forme, qui est en réalité une question de fond : pourquoi la Guemara n'a-t-elle pas rejeté Rabbi Zeira au moyen de l'objection d'Abaye, comme elle va le faire pour Rava ? Réponse : parce que Rabbi Zeira, lui, a répondu de façon satisfaisante à Abaye. La faiblesse d'une position n'est pas la même selon que l'objection a reçu ou non une réponse.

3
וְרַבִּי זֵירָא — אִם כֵּן לֵימָא קְרָא: ״וְחֻופָּה תִּהְיֶה לְצֵל יוֹמָם״, וּמַאי ״וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל יוֹמָם״ — שָׁמְעַת מִינָּהּ תַּרְתֵּי.

Et Rabbi Zeira ? -- S'il en est ainsi, que le verset dise donc : et il y aura un dais (houppa) pour faire ombre le jour ; et que vient faire alors : et il y aura une soucca pour faire ombre le jour ? Tu en apprends deux choses.

📜 Rachi (1)
תַּרְתֵּי דְּאֵין שֵׁם סֻוכָּה אֶלָּא הָעֲשׂוּיָה לְצֵל דְּהַהִיא דִּימוֹת הַמָּשִׁיחַ מִשּׁוּם דַּעֲשׂוּיָה לְצֵל קְרוּיָה סֻוכָּה:
Deux choses -- qu'il n'y a de nom de soucca que pour celle qui est faite pour l'ombre ; car celle des jours du Machiah, c'est parce qu'elle est faite pour l'ombre qu'elle est appelée soucca.
💡 Explication

Rabbi Zeira ne conteste pas que le verset parle des temps messianiques : il conteste que cela en épuise le sens. Son argument est lexical. Le verset précédent chez Yechayahou emploie déjà le mot houppa, le dais ; si le prophète voulait seulement une image d'abri, il pouvait garder ce mot. S'il choisit soucca, c'est que ce choix porte une information.

Chemat mina tarte -- tu en apprends deux choses : le sens littéral, la protection divine future ; et, en même temps, une définition. Rachi la formule : il n'y a de nom de soucca que pour ce qui est fait pour l'ombre. Le raisonnement se retourne même : si les souccot messianiques sont appelées souccot, c'est précisément parce qu'elles font de l'ombre.

4
כְּרָבָא נָמֵי לָא אָמְרִי, מִשּׁוּם קוּשְׁיָא דְּאַבַּיֵּי.

Comme Rava non plus ils n'ont pas dit, à cause de l'objection d'Abaye.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם קוּשְׁיָא דְּאַבַּיֵּי דְּעָשָׂה מְחִיצּוֹת שֶׁל בַּרְזֶל וְשִׁינּוּיָא לָא מַשְׁמַע לְהוּ הוֹאִיל וּקְרָא לָאו דַּוְקָא עֲרַאי נְקַט לָא יָלְפִינַן מִינֵּיהּ שִׁיעוּרָא:
À cause de l'objection d'Abaye -- [le cas de] celui qui a fait des cloisons de fer ; et la réponse ne leur agrée pas : dès lors que le verset n'a pas pris le précaire au sens strict, on n'en déduit pas de mesure.
💡 Explication

Rava tirait la mesure de ba-soucot techvou chivat yamim : la Tora dit sors d'une demeure permanente (keva) et réside dans une demeure précaire (arai). Abaye avait objecté (2a) le cas de celui qui pose son s'khakh sur des cloisons de fer : voilà une soucca parfaitement permanente, et pourtant valide en dessous de vingt coudées. Rava avait répondu que la Tora fixe une mesure de hauteur, non un mode de construction : jusqu'à vingt coudées, on peut bâtir précaire.

Rachi explique pourquoi cette réponse ne suffit pas aux deux autres : si le mot précaire n'est pas pris au sens strict -- si le verset n'exige pas réellement une construction précaire -- alors on n'a plus de quoi en extraire un chiffre. La réponse sauve la position mais lui coûte sa source.

5
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּאָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה אָמַר רַב: מַחְלֹוקֶת בְּשֶׁאֵין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ, אֲבָל דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ — אֲפִילּוּ לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה כְּשֵׁרָה. כְּמַאן?

Selon qui va ce qu'a dit Rabbi Yochiya au nom de Rav : la controverse [ne porte que] sur le cas où les parois n'atteignent pas le s'khakh ; mais si les parois atteignent le s'khakh, même au-dessus de vingt coudées elle est kachère. Selon qui ?

📜 Rachi (2)
כְּמַאן מֵהָנָךְ אָמוֹרָאֵי דִּלְעֵיל אָזְלָא הַךְ כו':
Selon qui -- selon lequel de ces Amoraim [cités] plus haut va cet [enseignement], etc.
מַחֲלֹוקֶת דְּר' יְהוּדָה וְרַבָּנָן:
La controverse -- celle de Rabbi Yehouda et des Sages.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ׳ מה"מ אָמַר רַבָּה אָמַר קְרָא לְמַעַן יֵדְעוּ דֹורֹותֵיכֶם כִּי בַסֻּוכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּר בַּסֻּוכָּה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּר בַּסֻּוכָּה מַאי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא. וְרַבִּי זֵירָא אָמַר מֵהָכָא וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל יוֹמָם מֵחֹורֶב עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת. רָבָא אָמַר מֵהָכָא בַּסֻּוכֹּות תֵּשְׁבוּ שִׁבְעַת יָמִים אָמְרָה תּוֹרָה צֵא מִדִּירַת קֶבַע וְשֵׁב בְּדִירַת עֲרַאי עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי. פִּי' רְאוּיָה לַעֲמֹוד בְּבִנְיָן עֲרַאי הִלְכָּךְ אֲפִילּוּ אִי עֲבִיד קֶבַע כְּגוֹן שֶׁסִּיכֵּךְ עַל מְחִיצּוֹת שֶׁל בַּרְזֶל שַׁפִּיר דָּמֵי לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי אֶלָּא קֶבַע. לְרַבָּה דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁדָּר בַּסֻּוכָּה מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא אִם הָיוּ דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ כֵּיוָן דְּשָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא אע"ג דְּגָבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה וּלְמַעְלָה כְּשֵׁירָה. וּלְרַבִּי זֵירָא דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת אִי אִית בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כֵּיוָן דִּרְוִיחָא אִיכָּא צֵל סֻוכָּה וּכְשֵׁירָה. וּלְרָבָא דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי אֶלָּא דִּירַת קֶבַע לֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא אֶלָּא בֵּין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ בֵּין אֵין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ בֵּין יֵשׁ בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת בֵּין אֵין בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כֵּיוָן שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה פְּסוּלָה. אִיכָּא מ"ד הִלְכְתָא כְּרַבָּה דְּהָא בְּכָל מִילֵּי כְּרַב עֲבַד שַׁבָּת דַּף כב.. וַאֲנַן מִסְתַּבְּרָא לָן דְּהִלְכְתָא כְּרָבָא דקי"ל סֻוכָּה דִּירַת עֲרַאי בָּעֵינַן וְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַכְשִׁיר ס"ל דְּסֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן פִּי' דְּמַכְשִׁיר אַף בְּדִירַת קֶבַע וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָתֵיהּ וְאִי הָווּ דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ כ"ש דַּהֲוָה לֵיהּ דִּירַת קֶבַע. וְעוֹד דְּהָא סֻוגְיָא בְּעִנְיַן סֻוכָּה ע"ג סֻוכָּה כְּוָותֵיהּ. וְכֵן פָּסַק הר"ז הַלֵּוִי זַ"ל כְּרָבָא דְּבָתְרָאָה הוּא וַאֲפִילּוּ לְאַבַּיֵּי דְּאַקְשִׁי עָלֶיהָ הָא קַבְּלֵיהּ לְטַעְמָא מִדְּאַשְׁכְּחַן לְאַבַּיֵּי דְּאָמַר רַבִּי וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא וְכוּ' כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן. וּמִינָּהּ שָׁמְעִינַן דְּטַעֲמָא דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּירַת עֲרַאי. אע"ג דְּחָשׁוּ לָהּ לְקֻושְׁיָא דְּאַבַּיֵּי כִּדְאָמַר כּוּלְּהוּ כְּרָבָא לָא אָמְרִי מִשּׁוּם קֻושְׁיָא דְאַבָּיֵי מ"מ כֵּיוָן דְּאַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ קַבְּלֵיהּ לְטַעְמָא דְּרָבָא כִּדְאָמַר הִלְכָּךְ דְּרָבָא עָדִיף וְעָלֶיהָ סָמְכִינַן ע"כ. וְלָאו רְאָיָה הִיא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רִ"י לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף ז:) דְּהָא דְּחָשֵׁיב לְרַבִּי יְהוּדָה לֹא מִשּׁוּם דְּאַסְּקִינַן לְעֵיל טַעְמָא דְּרַבָּנָן דְּפָסְלִי מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּירַת עֲרַאי דְּהָא אַבַּיֵּי דְּהָכָא הוּא דְּאַקְּשֵׁיהּ לֵיהּ לְרָבָא לְעֵיל דְּאִית לֵיהּ הַהוּא טַעְמָא אֲבָל מ"מ אֱמֶת הוּא דִּלְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה לָא קַיְימָא בְּלֹא קֶבַע. וְאָמְרִינַן נָמֵי בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כא:) רַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְדַייְקָא מֵהָא דְּמַכְשַׁר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים. וְכֵן פָּסַק הרי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל כְּרָבָא וְכֵן ה"ר יְשַׁעְיָה דטרנ"י. אֲבָל בַּעַל הָעִיטּוּר פָּסַק כְּרַבָּה וְלֹא נִרְאוּ לִי דְּבָרָיו: אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק אָמַר רַב הוּנָא הֲלָכָה צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ וְהַייְנוּ ז' טְפָחִים עַל ז' טְפָחִים דְּגַבְרָא בְּאַמְּתָא יָתֵיב וְשֻׁולְחָנוֹ טֶפַח כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק הַיָּשֵׁן הֲלָכָה ח כַּמָּה כְּדֵי שֻׁולְחָן טֶפַח. א"ל רַבִּי אַבָּא דַּאֲמַר לָךְ מַנִּי ב"ש הִיא. בְּסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק בְּשֵׁשׁ מְקוֹמוֹת הֲלָכָה כב"ש וְהַךְ דְּהָכָא שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ חֲדָא מִינַּייְהוּ ואע"ג דְּאָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא דִבְרָכוֹת דַּף יא. אָמַר רַב יוֹסֵף עָשָׂה כב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם וּמַיְיתִי רְאָיָה מֵעֻובְדָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן הַחֹורֹנִי שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת הַהִיא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה אַייְרֵי וּפְלִיגָא בָּתַרְתִּי כִּדְמַסִּיק בִּשְׁמַעְתִּין. בִּגְדוֹלָה הֲלָכָה כְּב"ה דְּלָא גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ אֲבָל בִּקְטַנָּה הֲלָכָה כב"ש כְּדִפְסִיק הָכָא וְכֵן מַשְׁמַע הַלָּשׁוֹן צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחֲזֶקֶת וּמַיְירֵי שֶׁהוּא וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַסֻּוכָּה וְלֹא שַׁייָּךְ הָכָא טַעְמָא שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אֶלָּא בְּשִׁיעוּר הֶכְשֵׁר סֻוכָּה קָא מִיפַּלְגִי אֲבָל בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה וְהוּא יוֹשֵׁב עַל פֶּתַח הַסֻּוכָּה רָחוֹק מִן הַדְּפָנוֹת וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת אִיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יִשְׁכַּח יְשִׁיבַת הַסֻּוכָּה וְיִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ. וּבְהָא הִלְכְתָא כְּבֵית הִלֵּל וְכֵן כָּתַב רי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל וּבַעַל הָעִיטּוּר. אֲבָל הָרַב אַלְפָסִי סָבַר דְּחַד טַעְמָא לְתַרְוַייְהוּ וּבִשְׁנֵיהֶם פָּסַק כב"ש וכ"כ ה"ר יְשַׁעְיָה דטרנ"י וְאֵין דְּבָרָיו נִרְאִים דְּלִישָּׁנָא שֶׁתְּהֵא מַחֲזֶקֶת לָא מַשְׁמַע הָכִי. וְעוֹד מִדְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא רַבִּי אוֹמֵר כָּל סֻוכָּה שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת פְּסוּלָה וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֲפִילּוּ אֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ כְּשֵׁירָה דְּמַשְׁמַע דֻּומְיָא דְּאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁגַּם שֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַסֻּוכָּה וְאַפֵּ"ה פָּסַל ת"ק דְּאִידָךְ בָּרַייְתָא אַלְמָא לָאו מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ:
Guemara : d'où tenons-nous cela ? Rabba a dit : le verset dit afin que vos générations sachent que j'ai fait résider les enfants d'Israël dans des souccot -- jusqu'à vingt coudées l'homme sait qu'il habite dans une soucca ; au-dessus de vingt coudées l'homme ne sait pas qu'il habite dans une soucca. Quelle en est la raison ? Parce que l'œil n'a pas prise sur elle. Et Rabbi Zeira dit : [on l'apprend] d'ici -- et il y aura une soucca pour faire ombre le jour contre la chaleur : jusqu'à vingt coudées l'homme est assis à l'ombre de la soucca ; au-dessus de vingt coudées l'homme n'est plus assis à l'ombre de la soucca mais à l'ombre des parois. Rava dit : [on l'apprend] d'ici -- dans des souccot vous résiderez sept jours : la Tora a dit sors d'une demeure permanente (keva) et réside dans une demeure précaire (arai) ; jusqu'à vingt coudées l'homme fait de sa demeure une demeure précaire. Explication : elle est apte à tenir debout en construction précaire ; c'est pourquoi, même s'il l'a faite permanente -- par exemple s'il a posé le s'khakh sur des cloisons de fer -- cela convient. Au-dessus de vingt coudées, l'homme ne fait plus de sa demeure une demeure précaire mais une demeure permanente. Pour Rabba, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées l'homme ne sait pas qu'il habite dans une soucca parce que l'œil n'a pas prise sur elle : si les parois atteignaient le s'khakh, puisque l'œil a prise sur elle, bien qu'elle soit haute de vingt coudées et au-delà, elle est kachère. Et pour Rabbi Zeira, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées l'homme n'est plus assis à l'ombre de la soucca mais à l'ombre des parois : s'il y a en elle plus de quatre coudées, puisqu'elle est spacieuse il y a une ombre de soucca, et elle est kachère. Et pour Rava, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées l'homme ne fait plus de sa demeure une demeure précaire mais une demeure permanente, il n'y a pour elle aucun remède : que les parois atteignent ou non le s'khakh, qu'il y ait ou non en elle plus de quatre coudées, dès lors qu'elle est haute de plus de vingt coudées elle est passoul. Il y a qui dit que la halakha est comme Rabba, car en toutes choses il a agi comme Rav (Chabbat 22a). Mais il nous semble à nous que la halakha est comme Rava, car nous tenons pour établi qu'une soucca doit être une demeure précaire ; et Rabbi Yehouda, qui la déclare kachère, tient qu'une soucca doit être une demeure permanente -- explication : il la valide même en demeure permanente -- et la halakha n'est pas comme lui. Et si les parois atteignaient le s'khakh, à plus forte raison serait-ce une demeure permanente. De plus, la sougya au sujet d'une soucca au-dessus d'une soucca va dans son sens. Ainsi a tranché Rabbi Zerahia ha-Levi, de mémoire bénie, comme Rava, parce qu'il est le plus tardif ; et même selon Abaye qui lui a objecté -- il a bel et bien accepté sa raison, comme nous le trouvons chez Abaye qui dit : Rabbi, et Rabbi Ochaya, etc., tous tiennent qu'une soucca doit être une demeure permanente. Et de là nous apprenons que la raison des Sages [qui invalident] est qu'il nous faut une demeure précaire. Bien qu'ils aient tenu compte de l'objection d'Abaye, comme il est dit : tous n'ont pas dit comme Rava à cause de l'objection d'Abaye -- quoi qu'il en soit, puisque Abaye lui-même a accepté la raison de Rava comme il l'a dit, dès lors [l'avis] de Rava l'emporte et c'est sur lui que nous nous appuyons. Fin de citation. Mais ce n'est pas une preuve, comme l'a expliqué le Ri plus loin (Soucca 7b) : le fait qu'[Abaye] compte Rabbi Yehouda [parmi ceux qui tiennent la soucca pour une demeure permanente] ne vient pas de ce que nous avons conclu plus haut que la raison des Sages qui invalident est qu'il nous faut une demeure précaire -- car c'est précisément Abaye, ici, qui a objecté plus haut à Rava, [lui] qui soutient cette raison. Mais quoi qu'il en soit, il est vrai qu'au-dessus de vingt coudées elle ne tient pas debout sans [construction] permanente. Et nous disons aussi au chapitre ha-Yachen (Soucca 21b) : Rabbi Yehouda suit sa propre logique, lui qui dit qu'une soucca doit être une demeure permanente -- et [la Guemara] le déduit précisément de ce qu'il la valide au-dessus de vingt coudées. Ainsi a tranché Rabbi Yitzhak ibn Guiat, de mémoire bénie, comme Rava, et de même Rabbi Yechaya de Trani. Mais l'auteur du Ittour a tranché comme Rabba, et ses paroles ne m'ont pas paru [justes]. Rav Chemouel bar Rav Yitzhak a dit au nom de Rav Houna : halakha -- il faut qu'elle puisse contenir sa tête, le gros de son corps et sa table ; c'est-à-dire sept tefahim sur sept tefahim, car un homme est assis sur [un espace d']une coudée et sa table [occupe] un tefah, comme il est dit dans le Yerouchalmi, chapitre ha-Yachen, halakha 8 : combien [faut-il] pour une table ? Un tefah. Rabbi Abba lui dit : celui qui te dit cela, de qui tient-il ? C'est Beth Chammai. Dans le Seder de Rav Amram il est tranché qu'en six endroits la halakha est comme Beth Chammai, et celui-ci -- qu'elle doit pouvoir contenir sa tête, le gros de son corps et sa table -- en est un. Et bien qu'il soit dit au premier chapitre de Berakhot (11a) : Rav Yossef a dit, celui qui agit comme Beth Chammai n'a rien fait du tout, et qu'on en apporte la preuve de l'épisode de Rabbi Yo'hanan ben ha-Horani qui était assis, tête et gros du corps dans la soucca et sa table à l'intérieur de la maison -- cela parle d'une grande soucca, et [les deux cas] diffèrent sur deux points, comme le conclut notre sougya. Dans une grande [soucca] la halakha est comme Beth Hillel, car nous ne décrétons pas [par crainte] qu'il soit entraîné à la suite de sa table ; mais dans une petite, la halakha est comme Beth Chammai, ainsi qu'il est tranché ici. Et c'est bien ce qu'implique la formule il faut qu'elle puisse contenir : il s'agit d'un cas où lui et sa table sont à l'intérieur de la soucca, et la raison de peur qu'il soit entraîné ne s'applique pas ici -- c'est bien sur la mesure minimale de validité de la soucca qu'ils divergent. Mais dans une grande soucca, où il est assis à l'entrée de la soucca, loin des parois, et sa table à l'intérieur de la maison, il y a lieu de craindre qu'il oublie la résidence dans la soucca et qu'il soit entraîné à la suite de sa table -- et en cela la halakha est comme Beth Hillel. Ainsi ont écrit Rabbi Yitzhak ibn Guiat, de mémoire bénie, Rabbi Zerahia ha-Levi, de mémoire bénie, et l'auteur du Ittour. Mais le Rav Alfassi (Rif) a tenu qu'une seule et même raison vaut pour les deux cas, et dans les deux il a tranché comme Beth Chammai ; ainsi a écrit aussi Rabbi Yechaya de Trani. Et ses paroles ne paraissent pas [justes], car la formule il faut qu'elle puisse contenir n'implique pas cela. De plus, puisqu'il est enseigné dans une baraita : Rabbi dit -- toute soucca qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées est passoul ; et les Sages disent -- même si elle ne peut contenir que sa tête, le gros de son corps et sa table, elle est kachère. Ce qui implique, à l'instar des quatre coudées, que sa table aussi est à l'intérieur de la soucca -- et malgré cela le premier tana de l'autre baraita l'invalide. Preuve donc que ce n'est pas à cause de [la crainte] qu'il soit entraîné.
💡 Explication

Nouveau mouvement du folio. Trois élèves rapportent au nom de Rav trois enseignements qui ont la même forme : la controverse entre Rabbi Yehouda et les Sages ne vaut que dans tel cas restreint ; au-delà, les Sages eux-mêmes concèdent que la soucca est kachère malgré sa hauteur. La Guemara demande chaque fois keman azla, selon qui cela va-t-il -- c'est-à-dire : laquelle des trois raisons du folio précédent rend cet enseignement possible ?

Le premier, transmis par Rabbi Yochiya, isole le cas où les defanot (parois) montent jusqu'à la couverture. À noter qu'il ne donne aucune mesure : c'est une propriété de forme, non de taille. Ce point servira plus loin à le distinguer des deux autres.

🖼️ Schéma
Trois enseignements de Rav, trois tests : keman azla ? Chaque enseignement nomme un cas où, même au-delà de vingt coudées, la soucca reste kachère. On demande : quelle raison le rend possible ? L'enseignement de Rav (et son transmetteur) Rabba la vue -- shalta ba eina Rabbi Zeira l'ombre du s'khakh Rava demeure précaire Rabbi Yochiya Les parois montent jusqu'au s'khakh : kachère même au-delà de vingt coudées. aucune mesure d'étendue OUI l'œil remonte le long des parois et atteint le s'khakh NON des parois jointives ne changent rien à l'ombre qu'elles font NON des parois pleines sur vingt coudées, c'est du permanent renforcé Rav Houna Plus de quatre coudées sur quatre : kachère même au-delà de vingt coudées. mesure d'étendue NON un rien de plus que quatre coudées ne rend pas l'œil plus puissant OUI une soucca large reçoit en son centre l'ombre du s'khakh, non des parois NON la largeur ne rend pas la hauteur précaire Rav Hanan bar Rabba Plus que sa tête, le gros de son corps et sa table : kachère au-delà de vingt. mesure d'étendue, plus petite keman ? de-lo ke-had -- comme aucun des trois Rachi : à cette mesure l'œil n'a toujours pas prise, il n'y a toujours pas d'ombre du s'khakh, et les cloisons restent aussi permanentes. Tossefot cherche une quatrième raison : en dessous, la soucca est un loul chel tarnegolin -- un poulailler, pas une demeure. La ligne de partage que la Guemara en tire Rabbi Yochiya ne donne aucune mesure d'étendue (chioura be-machka) : il est d'un autre ordre, sa divergence d'avec les deux autres est réelle. Rav Houna et Rav Hanan bar Rabba donnent tous deux une étendue : d'où la tentative de les opposer sur le hekhcher soucca -- et son rejet.
Le tableau des trois enseignements de Rav et de la raison que chacun présuppose.
6
כְּרַבָּה, דְּאָמַר מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בָּהּ עֵינָא, וְכֵיוָן דִּדְפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ, מִשְׁלָט שָׁלְטָא בַּהּ עֵינָא.

Comme Rabba, qui dit que [la raison est] que l'œil n'a pas prise sur elle ; et puisque les parois atteignent le s'khakh, l'œil a bel et bien prise sur elle.

📜 Rachi (1)
מִשְׁלָט שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא דֶּרֶךְ דְּפָנוֹת דְּאִי טַעְמָא מִשּׁוּם עֲרַאי הוּא אוֹ מִשּׁוּם צֵל בַּדְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ אַמַּאי מוֹדוּ רַבָּנָן:
L'œil a bel et bien prise sur elle -- par le chemin des parois. Car si la raison était à cause du précaire ou à cause de l'ombre, pourquoi les Sages concéderaient-ils lorsque les parois atteignent le s'khakh ?
🗂️ Tossefot (1)
וְכֵיוָן דִּדְפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ מִישְׁלָט שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא. וְלָא דָּמֵי לְנֵר חֲנֻוכָּה וְקוֹרַת מָבוֹי דְּלָא חֲשִׁיב הֶיכֵּר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אע"פ שֶׁהַקּוֹרָה עַל גַּבֵּי כְּתָלִים דְּהָתָם קוֹרָה טֶפַח לָא שַׁלִּיט בָּהּ עֵינָא כְּמוֹ בְּסֻוכָּה דִּרְחָבָה טוּבָא:
Et puisque les parois atteignent le s'khakh, l'œil a bel et bien prise sur elle. Et ce n'est pas comparable à la lampe de 'Hanouka ni à la poutre du mavoi, qui ne sont pas tenues pour un repère (hekher) au-dessus de vingt coudées, bien même que la poutre repose sur les murs : car là-bas une poutre [large] d'un tefah -- l'œil n'a pas prise sur elle comme il en a sur une soucca, qui est bien plus large.
💡 Explication

La réponse suit exactement le critère de Rabba. Sa raison n'était pas la hauteur en elle-même mais un fait de perception : au-delà de vingt coudées, l'œil ne monte pas spontanément jusqu'au s'khakh. Or si les parois montent d'un seul tenant jusqu'à la couverture, le regard a un chemin : il suit la paroi et arrive au s'khakh. Mishlat shalta ba eina -- l'œil a bel et bien prise.

Rachi fait l'exclusion décisive : si la raison était le précaire (Rava) ou l'ombre (Rabbi Zeira), des parois jointives ne changeraient rien -- pire, pour Rava elles aggravent, puisqu'elles rendent la construction plus permanente encore. L'enseignement de Rabbi Yochiya ne peut donc appartenir qu'à Rabba.

Tossefot prévient une objection venue d'ailleurs : dans le Talmud, une lampe de 'Hanouka ou une poutre de mavoi placées au-dessus de vingt coudées ne constituent pas un hekher (un repère visible), et cela même quand la poutre repose sur les murs. Pourquoi ici les parois suffisent-elles ? Parce que la taille de l'objet vu compte : une poutre large d'un tefah reste invisible à cette hauteur, un s'khakh de soucca est bien plus large.

🖼️ Schéma
Rabbi Yochiya au nom de Rav : quand les parois montent jusqu'au s'khakh Le critère de Rabba est perceptif : ce qui compte n'est pas la hauteur mais le fait que l'œil trouve un chemin jusqu'à la couverture. Parois qui n'atteignent pas le s'khakh s'khakh vide -- rien ne relie la paroi au s'khakh le regard se perd dans le vide : lo shalta ba eina C'est LÀ que porte la controverse : passoul Parois qui atteignent le s'khakh s'khakh l'œil remonte la paroi et arrive au s'khakh : mishlat shalta ba eina Les Sages concèdent : kachère même au-delà de 20 Rachi : si la raison était le précaire ou l'ombre, pourquoi les Sages concéderaient-ils quand les parois touchent le s'khakh ?
Le seul point qui sépare les deux cas selon Rabba : le regard trouve-t-il, ou non, un chemin continu jusqu'au s'khakh.
7
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: מַחְלֹוקֶת בְּשֶׁאֵין בָּהּ אֶלָּא אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת, אֲבָל יֵשׁ בָּהּ יוֹתֵר מֵאַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת — אֲפִילּוּ לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה כְּשֵׁרָה. כְּמַאן?

Selon qui va ce qu'a dit Rav Houna au nom de Rav : la controverse [ne porte que] sur le cas où elle n'a que quatre coudées sur quatre coudées ; mais s'il y a en elle plus de quatre coudées sur quatre coudées, même au-dessus de vingt coudées elle est kachère. Selon qui ?

📜 Rachi (1)
ה"ג מַחְלֹוקֶת בְּשֶׁאֵין בָּהּ אֶלָּא אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת אֲבָל יֵשׁ בָּהּ יוֹתֵר כו':
Telle est la leçon : la controverse [porte] sur le cas où elle n'a que quatre coudées sur quatre coudées, mais s'il y a en elle plus, etc.
🗂️ Tossefot (1)
יֵשׁ בָּהּ יוֹתֵר מֵאַרְבַּע אַמּוֹת אֲפִילּוּ לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים כְּשֵׁירָה. לְבַסּוֹף מַסִּיק דְּרַב הוּנָא סָבַר מֵרֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ עַד ד' אַמּוֹת פְּלִיגִי יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כְּשֵׁרָה וְתֵימַהּ וְכִי נַכְשִׁיר בְּרָחְבָּהּ מַשֶּׁהוּ יָתֵר מִד' אַמּוֹת אִם הָיְתָה גְּבוֹהָה מֵעֶשְׂרִים אֲפִילּוּ טוּבָא הָא וַדַּאי אֵין כָּאן צֵל סֻוכָּה וְי"ל דִּלְעוֹלָם צָרִיךְ הָרֹוחַב לְפִי הַגֹּובַהּ לְפִי חֶשְׁבּוֹן ד' אַמּוֹת לְעֶשְׂרִים אִי נָמֵי קִים לְהוּ לְרַבָּנַן דַּאֲפִילּוּ בְּגֹובַהּ אֶלֶף אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יְהֵא כָּאן צֵל סְכָךְ פֻּורְתָּא אִם הָיְתָה רְחָבָה יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּפֶרֶק יוה"כ (יוֹמָא דַּף פ:) גַּבֵּי כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה דִּמְיַיתְּבָא דַּעְתָּא דְּאָמְרִינַן כֻּולֵּי עָלְמָא טוּבָא עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן פֻּורְתָּא:
S'il y a en elle plus de quatre coudées, même au-dessus de vingt elle est kachère. À la fin [la Guemara] conclut que Rav Houna tient qu'ils divergent depuis [la mesure de] sa tête, le gros de son corps et sa table jusqu'à quatre coudées, et qu'au-delà de quatre coudées elle est kachère. Et c'est étonnant : allons-nous valider une soucca large d'un rien de plus que quatre coudées, si elle était haute de vingt coudées et même bien davantage ? Il n'y a assurément la aucune ombre de soucca ! Et l'on peut répondre qu'en vérité la largeur doit être proportionnée à la hauteur, selon le rapport de quatre coudées pour vingt. Ou bien : les Sages tenaient pour certain que même à mille [coudées] de hauteur il est impossible qu'il n'y ait pas là un peu d'ombre du s'khakh, si elle était large de plus de quatre coudées -- comme nous le trouvons au chapitre Yom ha-Kippourim (Yoma 80b) à propos de la grosse datte qui apaise l'esprit, où l'on dit : pour tout le monde c'est beaucoup, pour Og roi du Bachan c'est peu.
💡 Explication

Deuxième enseignement de Rav, transmis cette fois par Rav Houna. Le critère change de nature : ce n'est plus la forme des parois mais une mesure d'étendue, quatre coudées sur quatre. Au-delà de cette surface, même très haute, la soucca est kachère.

Rachi commence par fixer la leçon du texte -- hakhi garsinan, telle est la version qu'il faut lire -- signe que le passage était déjà instable dans les manuscrits. La distinction entre elle n'a que quatre coudées et il y a en elle plus de quatre coudées est ce dont tout dépend.

8
כְּרַבִּי זֵירָא, דְּאָמַר: מִשּׁוּם צֵל הוּא, וְכֵיוָן דִּרְוִיחָא — אִיכָּא צֵל סֻוכָּה.

Comme Rabbi Zeira, qui dit que c'est à cause de l'ombre ; et puisqu'elle est spacieuse, il y a une ombre de soucca.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם צֵל דְּאִי מִשּׁוּם מִשְׁלַט עֵינָא בִּטְפֵי מִד' אַמּוֹת פֻּורְתָּא לָא שָׁלְטָא בֵּהּ עֵינָא:
À cause de l'ombre -- car si c'était à cause de la prise de l'œil, avec un rien de plus que quatre coudées l'œil n'aurait toujours pas prise sur elle.
🗂️ Tossefot (1)
כְּרַבִּי זֵירָא דְּאָמַר מִשּׁוּם צֵל. אֲבָל כְּרַבָּה דְּאָמַר מִשּׁוּם מִישְׁלַט עֵינָא לֹא דַּאֲפִילּוּ רְחָבָה טוּבָא לָא שָׁלְטָא בֵּהּ עֵינָא:
Comme Rabbi Zeira, qui dit [que c'est] à cause de l'ombre. Mais non comme Rabba, qui dit [que c'est] à cause de la prise de l'œil : car même très large, l'œil n'a pas prise sur elle.
💡 Explication

Rabbi Zeira ne disait pas qu'au-delà de vingt coudées il n'y a pas d'ombre : il disait qu'à cette hauteur, l'ombre dans laquelle on est assis provient des parois et non du s'khakh. C'est un fait géométrique -- le soleil est presque toujours oblique, et une paroi haute projette une ombre longue qui recouvre toute une soucca étroite.

Élargir la surface déplace le problème : au centre d'une soucca large, l'ombre des parois n'atteint plus, et ce qui protège est bien la couverture. Ke-van de-revi'ha, puisqu'elle est spacieuse -- il y a une ombre de soucca.

Rachi montre pourquoi la réponse ne peut pas être Rabba : gagner un rien de plus que quatre coudées ne donne aucune prise supplémentaire à l'œil. La largeur agit sur l'ombre, non sur la vue -- Tossefot le dit dans l'autre sens : même très large, l'œil n'y a pas plus de prise.

🖼️ Schéma
Rav Houna au nom de Rav : la largeur ramène l'ombre du s'khakh Critère de Rabbi Zeira : être assis à l'ombre du s'khakh, non à celle des parois. Plus la soucca est large, plus son centre échappe à l'ombre des parois. soleil oblique Étroite : quatre coudées ou moins toute la surface est à l'ombre de la paroi Passoul au-delà de vingt coudées on est assis à l'ombre des parois, non du s'khakh Large : plus de quatre coudées ombre du s'khakh ombre des parois Kachère même au-delà de vingt coudées puisqu'elle est spacieuse, il y a une ombre de soucca Tossefot s'en étonne : un rien de plus que quatre coudées suffirait-il à mille coudées de haut ? Deux réponses -- largeur proportionnée à la hauteur, ou un peu d'ombre suffit.
Pourquoi la largeur, et elle seule, restitue l'ombre du s'khakh -- le critère de Rabbi Zeira.
9
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּאָמַר רַב חָנָן בַּר רַבָּה אָמַר רַב: מַחְלֹוקֶת בְּשֶׁאֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ, אֲבָל מַחְזֶקֶת יוֹתֵר מִכְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ — אֲפִילּוּ לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה כְּשֵׁרָה. כְּמַאן — דְּלָא כְּחַד.

Selon qui va ce qu'a dit Rav Hanan bar Rabba au nom de Rav : la controverse [ne porte que] sur le cas où elle ne peut contenir que sa tête, le gros de son corps et sa table ; mais si elle peut contenir plus que sa tête, le gros de son corps et sa table, même au-dessus de vingt coudées elle est kachère. Selon qui ? -- Comme aucun.

📜 Rachi (3)
הָכִי גָּרְסִינַן מַחְלֹוקֶת בְּשֶׁאֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ כו' וְאִם תֹּאמַר קַשְׁיָא דְּרַב אַדְּרַב אָמוֹרָאֵי נִינְהוּ וְאַלִּיבָּא דְּרַב:
Telle est la leçon : la controverse [porte] sur le cas où elle ne peut contenir que sa tête, etc. -- et si tu dis : voilà une difficulté de Rav contre Rav ! [Réponse :] ce sont des Amoraim [différents], chacun rapportant selon Rav.
רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ דֶּרֶךְ סְעֻודָּתָן בַּהֲסִיבָּה הָיְתָה עַל מִטּוֹת וּמְסֻובִּין עַל צַד שְׂמֹאלָם וְאֵין אוֹכְלִין זְקוּפֵין וְיוֹשְׁבִין כָּמוֹנוּ לְפִיכָךְ הֻוצְרַךְ לוֹמַר רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ לְאַפּוֹקֵי קְטַנָּה שֶׁרֹאשׁוֹ נִכְנָס בָּהּ וְשֻׁלְחָנוֹ וְלֹא רֻובּוֹ אוֹ רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְלֹא שֻׁלְחָנוֹ:
Sa tête et le gros de son corps -- leur manière de prendre le repas se faisait accoudée, sur des lits, appuyés sur leur côté gauche ; ils ne mangeaient pas droits et assis comme nous. C'est pourquoi il a fallu dire sa tête et le gros de son corps, pour exclure une [soucca] petite dans laquelle entrent sa tête et sa table mais non le gros de son corps, ou bien sa tête et le gros de son corps mais non sa table.
כְּמַאן דְּלָא כְּחַד מֵהָנָךְ דִּלְעֵיל דִּמְפָרְשִׁי טַעְמָא דְּעֶשְׂרִים אַמָּה דְּאִי מִשּׁוּם מִשְׁלַט עֵינָא מִשִּׁיעוּרָא דְּיוֹתֵר מִכְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁלְחָנוֹ (נָמֵי) לָא שָׁלְטָא וְצֵל נָמֵי לֵיכָּא וּמְחִיצּוֹת קֶבַע נָמֵי בָּעֲיָא:
Selon qui ? Comme aucun -- d'entre ceux [cités] plus haut qui expliquent la raison des vingt coudées. Car si c'est à cause de la prise de l'œil : à partir d'une mesure supérieure à sa tête, le gros de son corps et sa table, l'œil n'a pas prise non plus ; et d'ombre il n'y en a pas non plus ; et des cloisons permanentes, elle en exige tout autant.
🗂️ Tossefot (1)
כְּמַאן דְּלָא כְּחַד. וְדִבְרֵי רַב חָנָן בַּר רַבָּה צְרִיכָה טַעְמָא וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ לוּל שֶׁל תַּרְנְגוֹלִין כֵּיוָן דִּגְבִיהָה וְקַטִּינָה כֻּולֵּי הַאי אֲבָל מַחֲזֶקֶת טְפֵי מִכְּדֵי רֹאשׁוֹ נָפְקָא מִכְּלָל לוּל שֶׁל תַּרְנְגוֹלִין לְאַקְרוֹיֵי סֻוכָּה:
Selon qui ? Comme aucun. Les paroles de Rav Hanan bar Rabba requièrent une raison, et certains expliquent : parce qu'elle serait comme un poulailler (loul chel tarnegolin), étant à ce point haute et étroite ; mais si elle peut contenir plus que sa tête [le gros de son corps et sa table], elle sort de la catégorie du poulailler pour être appelée soucca.
💡 Explication

Le troisième enseignement échoue au test. La mesure rocho ve-roubo ve-choulhano -- sa tête, le gros de son corps et sa table -- est la taille minimale d'une soucca ; la dépasser d'un peu ne produit ni prise de l'œil, ni ombre du s'khakh, ni construction précaire. Aucune des trois raisons ne rend l'enseignement intelligible : de-lo ke-had, comme aucun.

Rachi fournit au passage un realia essentiel : on ne mangeait pas assis droit comme nous, mais accoudé sur des lits, incliné vers la gauche. D'où la triple mention -- la tête, le gros du corps, la table -- car un corps allongé occupe autrement l'espace, et une soucca peut contenir deux de ces trois éléments sans contenir le troisième.

Tossefot ne se résigne pas à l'échec et cherche une quatrième raison, extérieure à nos trois Amoraim : une soucca à la fois très haute et minuscule ressemble à un loul chel tarnegolin, un poulailler. Ce n'est plus une demeure du tout. Dès qu'elle dépasse la mesure minimale, elle sort de cette catégorie et mérite le nom de soucca.

10
בִּשְׁלָמָא דְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה פְּלִיגָא אַדְּרַב הוּנָא וְרַב חָנָן בַּר רַבָּה, דְּאִינְהוּ קָא יָהֲבִי שִׁעוּרָא בִּמְשָׁכָא, וְאִיהוּ לָא קָא יָהֵיב שִׁעוּרָא בִּמְשָׁכָא.

Soit : [l'enseignement] de Rabbi Yochiya diverge de ceux de Rav Houna et de Rav Hanan bar Rabba, car eux donnent une mesure quant à l'étendue, tandis que lui ne donne pas de mesure quant à l'étendue.

📜 Rachi (1)
לְמַשְׁכָּא לְמֶשֶׁךְ הַסֻּוכָּה דְּאָמַר בֵּין גְּדוֹלָה בֵּין קְטַנָּה לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא בְּשֶׁאֵין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת:
Quant à l'étendue -- quant à l'ampleur de la soucca ; car il dit que, grande ou petite, ils n'ont divergé que dans le cas où les parois n'atteignent pas [le s'khakh].
🗂️ Tossefot (1)
הָכִי גְּרָ"ח: בִּשְׁלָמָא דָּר' יֹאשִׁיָּה דְּרַב חָנָן וּדְרַב הוּנָא לָא פְלִיגִי אֶדֶר' יָאֲשִׁי' דְּלָא יָהֵיב שִׁיעוּרָא לְמַשְׁכָּא כו'. וְכָתַב רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל וְיֵשׁ שֶׁגּוֹרְסִין פְּלִיגָא:
Telle est la leçon de Rabbenou Hananel : soit, [l'enseignement] de Rabbi Yochiya -- [ceux] de Rav Hanan et de Rav Houna ne divergent pas de celui de Rabbi Yochiya, puisqu'il ne donne pas de mesure quant à l'étendue, etc. Et Rabbenou Hananel écrit : certains ont la leçon pliga (diverge).
💡 Explication

La Guemara passe maintenant du contenu à la relation entre les trois enseignements. Une distinction formelle suffit pour le premier : Rabbi Yochiya ne donne aucun chioura be-machka, aucune mesure d'étendue. Grande ou petite, la seule chose qui compte pour lui est de savoir si les parois rejoignent le s'khakh. Sa divergence d'avec les deux autres est donc réelle et sans difficulté.

Tossefot signale une variante de texte importante rapportée par Rabbenou Hananel : selon sa leçon, les enseignements de Rav Hanan et de Rav Houna ne divergent pas de celui de Rabbi Yochiya, alors que notre leçon dit qu'ils divergent. Une lettre change tout le mouvement du passage.

11
אֶלָּא רַב הוּנָא וְרַב חָנָן בַּר רַבָּה, נֵימָא בְּהֶכְשֵׁר סֻוכָּה קָמִיפַּלְגִי, דְּמָר סָבַר הֶכְשֵׁר סֻוכָּה בְּאַרְבַּע אַמּוֹת, וּמָר סָבַר הֶכְשֵׁר סֻוכָּה בְּמַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ?

Mais Rav Houna et Rav Hanan bar Rabba -- dirons-nous que c'est sur la mesure de validité (hekhcher) de la soucca qu'ils divergent ? L'un tient que la validité de la soucca [s'obtient] à quatre coudées, et l'autre tient que la validité de la soucca [s'obtient] avec ce qui peut contenir sa tête, le gros de son corps et sa table ?

📜 Rachi (2)
אֶלָּא רַב הוּנָא וְרַב חָנָן דְּאָמְרִי טַעְמָא דְּרַבָּנָן בְּשִׁיעוּרָא דְּמָשְׁכָא הוּא וּמַר אָמַר ד"א וּמַר אָמַר רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁלְחָנוֹ:
Mais Rav Houna et Rav Hanan -- qui disent que la raison des Sages tient à une mesure d'étendue, l'un disant quatre coudées et l'autre sa tête, le gros de son corps et sa table.
נֵימָא בְּהֶכְשֵׁר סֻוכָּה בְּאָרְכָּהּ וּבִרְחָבָה פְּלִיגִי דְּתַרְוַוייְהוּ אִית לְהוּ דְּכִי פְּלִיגִי רַבָּנָן בְּסֻוכָּה הַמְצֻומְצֶמֶת בְּשִׁיעוּר הֶכְשֵׁר אֹורֶךְ סֻוכָּה פְּלִיגִי וּבִטְפֵי מִיהָא מַכְשְׁרִי אֲפִילּוּ הִיא גְּבוֹהָה דְּכֵיוָן דִּרְוִיחָא אִיכָּא צֵל סְכָךְ אוֹ טַעְמָא אַחַרְיַנָא לְהַכְשִׁירָהּ דְּרַב הוּנָא סָבַר אִי אֶפְשָׁר לְהַעֲמִיד מַחֲלָוקְתָּן בִּפְחוּתָה מִד' אַמּוֹת דְּאִם כֵּן בְּלָאו גְּבוֹהָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה פְּסוּלָה דְּהֶכְשֵׁר סֻוכָּה בְּאַרְבַּע אַמּוֹת כְּרַבִּי דְּאָמַר לְקַמָּן הָכִי (דַּף ג.):
Dirons-nous que c'est sur la validité de la soucca -- sur sa longueur et sa largeur qu'ils divergent. Car tous deux tiennent que, lorsque les Sages divergent, c'est à propos d'une soucca réduite à la mesure exacte de la validité d'une soucca qu'ils divergent, tandis qu'au-delà de cette mesure ils la valident même si elle est haute -- puisque, étant spacieuse, il y a de l'ombre du s'khakh, ou pour une autre raison qui la rend kachère. Car Rav Houna tient qu'il est impossible d'établir leur controverse dans une [soucca] de moins de quatre coudées : si tel était le cas, elle serait passoul même sans être haute de vingt coudées, puisque la validité de la soucca [exige] quatre coudées, selon Rabbi qui dit ainsi plus loin (3a).
💡 Explication

Les deux autres donnent bien une mesure d'étendue -- mais deux mesures différentes. La Guemara propose alors de ramener leur écart à une divergence déjà connue : celle qui porte sur le hekhcher soucca, la surface minimale requise pour qu'une soucca soit une soucca. Rabbi tient quatre coudées sur quatre (3a), les Sages tiennent tête, gros du corps et table.

Rachi expose la logique cachée derrière cette hypothèse. Les deux Amoraim partagent un principe : la controverse sur les vingt coudées ne peut concerner qu'une soucca réduite à sa mesure minimale ; dès qu'elle est plus grande, quelque chose la sauve. Chacun place donc la controverse exactement au seuil de validité qu'il admet. Rav Houna refuse de situer la controverse en dessous de quatre coudées, car alors la soucca serait déjà passoul par sa seule petitesse, sans qu'on ait besoin de parler de hauteur.

12
לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא הֶכְשֵׁר סֻוכָּה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ. וְהָכָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי: דְּמָר סָבַר בְּמַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ פְּלִיגִי, אֲבָל יוֹתֵר מֵרֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ — דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה,

Non. De l'avis de tous, la validité de la soucca [s'obtient avec] sa tête, le gros de son corps et sa table ; et ici, c'est sur ceci qu'ils divergent : l'un tient que c'est dans le cas où elle peut contenir sa tête, le gros de son corps et sa table qu'ils ont divergé ; mais au-delà de sa tête, le gros de son corps et sa table -- de l'avis de tous elle est kachère,

📜 Rachi (1)
אֲבָל יוֹתֵר מִכְּדֵי רֹאשׁוֹ כו' כְּשֵׁירָה וְטַעֲמָא דְּפָסוּל לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים לָא יְדִיעַ לָן כְּדַאֲמָרָן לְעֵיל דְּהַךְ לָא כְּחַד:
Mais au-delà de sa tête, etc., elle est kachère -- et la raison de l'invalidation au-dessus de vingt coudées nous demeure inconnue, ainsi que nous l'avons dit plus haut : cet [enseignement] n'est comme aucun [des trois].
💡 Explication

L'hypothèse est rejetée : il n'est pas nécessaire de leur prêter un désaccord sur la taille minimale. Tous deux admettent le même hekhcher soucca -- tête, gros du corps et table. Ce qui les sépare est autre chose : jusqu'où la hauteur reste-t-elle un problème ?

Pour Rav Hanan bar Rabba, la controverse est étroite : elle ne vaut qu'à la taille minimale exacte. Dès qu'on la dépasse, tout le monde valide. Rachi souligne l'inconfort qui subsiste : cette position reste sans raison identifiée, puisque la Guemara a établi qu'elle ne suit aucun des trois Amoraim.

13
וּמָר סָבַר מֵרֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ עַד אַרְבַּע אַמּוֹת פְּלִיגִי, אֲבָל יוֹתֵר מֵאַרְבַּע אַמּוֹת — דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה.

Et l'autre tient que c'est depuis [la mesure de] sa tête, le gros de son corps et sa table jusqu'à quatre coudées qu'ils ont divergé ; mais au-delà de quatre coudées -- de l'avis de tous elle est kachère.

📜 Rachi (1)
וּמַר סָבַר בִּכְדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁלְחָנוֹ וְכֵן בְּיוֹתֵר עַד ד' אַמּוֹת פְּלִיגִי בְּגֹובַהּ וְטַעְמָא מִשּׁוּם צֵל אֲבָל בְּיוֹתֵר מד' לָא פְלִיגִי דְּכֵיוָן דִּרְוִיחָא אִיכָּא צֵל:
Et l'autre tient que c'est dans la mesure de sa tête, le gros de son corps et sa table -- et de même au-delà, jusqu'à quatre coudées -- qu'ils divergent quant à la hauteur, et la raison en est l'ombre ; mais au-delà de quatre coudées ils ne divergent pas, car puisqu'elle est spacieuse, il y a de l'ombre.
💡 Explication

Rav Houna étend la zone de controverse : elle commence à la taille minimale et court jusqu'à quatre coudées. C'est bien la même mesure de quatre coudées qu'il citait au départ, mais elle ne joue plus le rôle d'un seuil de validité : elle marque le point où la hauteur cesse de nuire.

Rachi rattache cela à la raison de Rabbi Zeira : dans toute cette plage on peut discuter de la hauteur, et la raison en est l'ombre ; au-delà de quatre coudées on ne discute plus, puisque l'étendue restitue l'ombre du s'khakh. Le désaccord entre les deux Amoraim porte donc sur l'extension d'une controverse, non sur la définition d'une soucca.

🖼️ Schéma
Rav Houna contre Rav Hanan bar Rabba : où s'arrête la controverse ? Rejet de l'hypothèse : ils ne divergent pas sur le hekhcher soucca (la taille minimale). Tous deux tiennent tête + gros du corps + table. tête + gros du corps + table taille minimale d'une soucca quatre coudées sur quatre plus grand Rav Hanan bar Rabba au-delà de la taille minimale : de l'avis de tous kachère, quelle que soit la hauteur en dessous : pas une soucca controverse ici seulement Rav Houna controverse sur toute cette plage au-delà de quatre coudées : kachère en dessous : pas une soucca Ce qui les sépare réellement Non la taille minimale d'une soucca, mais jusqu'où la hauteur reste un problème : jusqu'à la taille minimale, ou jusqu'à quatre coudées.
Les deux lectures superposées sur la même échelle de tailles : ce qui les sépare est la largeur de la zone litigieuse.
14
מֵיתִיבִי: סֻוכָּה שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה — פְּסוּלָה, וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר עַד אַרְבָּעִים וַחֲמִשִּׁים אַמָּה.

On objecte : une soucca qui est haute de plus de vingt coudées est passoul ; et Rabbi Yehouda la déclare kachère jusqu'à quarante et cinquante coudées.

📜 Rachi (1)
מֵיתִיבִי לְהָנָךְ אָמוֹרָאֵי דְּפָרִישׁוּ דִּפְלוּגְתָּא דְּמַתְנִי' כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
On objecte -- à ces Amoraim qui ont expliqué la controverse de la michna, comme [la Guemara] va l'expliquer.
🗂️ Tossefot (1)
עַד אַרְבָּעִים וַחֲמִשִּׁים אַמָּה. כִּי הַאי גַווְנָא קָתָנֵי גַּבֵּי מָבוֹי בְּרֵישׁ עֵירוּבִין (דַּף ב:) וְלָא תִּיקְשֵׁי דְּלָא דָּייֵק הָכָא הַשְׁתָּא חֲמִשִּׁים כְּשֵׁרָה אַרְבָּעִים מִיבַּעְיָא כִּדְדָייְקִינַן בְּרֵישׁ אַלְמָנָה נִיוְזוֹנֵית (כְּתֻובּוֹת דַּף צה.) גַּבֵּי אַלְמָנָה שֶׁשָּׁהֲתָה שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים וְלֹא תָּבְעָה מְזוֹנוֹתֶיהָ אִיבְּדָה מְזוֹנוֹתֶיהָ וּבְסוֹף ב"ק (דַּף קיח:) גַּבֵּי לוֹקְחִין מִן הָרוֹעִים אַרְבַּע וְחָמֵשׁ צֹאן אַרְבַּע וְחָמֵשׁ גִּיזִּין דְּהָתָם נִיחָא דְּהָוֵי זוֹ וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר זוֹ מִשּׁוּם הָכִי קַשְׁיָא לֵיהּ אֲבָל קַשְׁיָא מֵהַהִיא דְּפֶרֶק בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה לז:) גַּבֵּי קִישּׁוּי דְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר אֲפִילּוּ אַרְבָּעִים וַחֲמִשִּׁים יוֹם וּפָרִיךְ עֲלָהּ הַשְׁתָּא חֲמִשִּׁים מִקַּשֶּׁיהָ אַרְבָּעִים מִיבַּעְיָא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאִיכָּא לְשַׁנּוֹיֵי הָכָא כִּי הַהוּא לִישָּׁנָא דִּמְשַׁנֵּי בְּרֵישׁ מְפַנִּין (שַׁבָּת דַּף קכז.) אַרְבַּע וְחָמֵשׁ כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי וה"ה אֲפִילּוּ טוּבָא אֲבָל לְגַבֵּי קִישּׁוּי לֹא שַׁייָּךְ לְשַׁנּוֹיֵי הָכִי דְּלָא מִיסְתַּבֵּר שֶׁיִּטְהַר קִישּׁוּי לְעוֹלָם וְכֵן פֶּרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה יוֹצְאָהּ (שַׁבָּת ס: וְשָׁם) גַּבֵּי סַנְדָּל הַמְסֻומָּר שֶׁנִּשְׁתַּייְּרוּ בּוֹ ד' וְחָמֵשׁ פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּלָא שָׁרֵינַן טוּבָא וּבְרֵישׁ אע"פ (כְּתֻובּוֹת נז.) גַּבֵּי מַשְׁהֶה אָדָם אִשְׁתּוֹ ב' וְג' שָׁנִים בְּלֹא כְּתֻובָּה וְעוֹד הָתָם (דַּף ס. וְשָׁם) גַּבֵּי יוֹנֵק תִּינוֹק וְהוֹלֵךְ אֲפִילּוּ אַרְבַּע וְחָמֵשׁ שָׁנִים בְּהָנֵי שַׁיָּיךְ לוֹמַר ה"ה אֲפִילּוּ טוּבָא:
Jusqu'à quarante et cinquante coudées. Une formulation de ce genre est enseignée à propos du mavoi au début d'Erouvin (2b). Et il ne faut pas s'étonner que [la Guemara] ne raisonne pas ici ainsi : maintenant que cinquante est kachère, fallait-il le dire de quarante ? -- comme nous raisonnons au début du chapitre Almana nizonet (Ketoubot 95a) à propos de la veuve qui a laissé passer deux ou trois ans sans réclamer sa pension et a perdu sa pension, et à la fin de Baba Kama (118b) à propos de : on achète aux bergers quatre ou cinq brebis, quatre ou cinq toisons. Car là-bas cela se comprend : c'est un cas où [le second] va de soi après [le premier], et c'est pour cela que cela lui fait difficulté. Mais une difficulté vient de ce passage du chapitre Benot Koutim (Nidda 37b) à propos des douleurs [de l'accouchement], où Rabbi Meir dit même quarante et cinquante jours, et où l'on objecte : maintenant que cinquante [jours de douleurs valent], fallait-il le dire de quarante ? Et l'on peut dire qu'il y a lieu de répondre ici comme la formule par laquelle on répond au début du chapitre Mefanin (Chabbat 127a) : quatre ou cinq, c'est ainsi que parlent les gens -- et il en va de même même pour bien davantage. Mais à propos des douleurs [de l'accouchement], on ne peut pas répondre ainsi, car il n'est pas raisonnable que les douleurs rendent pure indéfiniment. Et de même au chapitre Bameh icha yotse (Chabbat 60b) à propos de la sandale cloutée dont il reste quatre ou cinq [clous], il lui est évident qu'on n'en permet pas davantage. Et au début du chapitre Af al pi (Ketoubot 57a) à propos de : un homme peut laisser sa femme deux ou trois ans sans ketouba, et encore là-bas (60a) à propos de : un enfant continue de téter même quatre ou cinq ans -- dans ces cas-là on peut dire qu'il en va de même même pour davantage.
💡 Explication

Nouveau mouvement : une baraita est apportée contre les trois Amoraim qui viennent de restreindre la controverse. Chacun d'eux a soutenu que le désaccord ne vaut que dans un cas étroit -- mais la baraita, elle, semble parler sans restriction, et son cas concret va servir de test.

Tossefot s'arrête sur la formule quarante et cinquante. Ailleurs, le Talmud objecte à ce genre d'énoncé : si cinquante est valide, fallait-il encore le dire de quarante ? Ici, aucune objection. La réponse tient à une règle de langue -- quatre ou cinq, c'est ainsi que parlent les gens : ce n'est pas un maximum, c'est une façon de dire beaucoup. Mais cette échappatoire ne vaut pas partout : là où un plafond réel est en jeu, le Talmud ne peut pas s'en servir.

15
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מַעֲשֶׂה בְּהֵילֶנִי הַמַּלְכָּה בְּלוֹד שֶׁהָיְתָה סֻוכָּתָהּ גְּבוֹהָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה, וְהָיוּ זְקֵנִים נִכְנָסִין וְיוֹצְאִין לְשָׁם וְלֹא אָמְרוּ לָהּ דָּבָר. אָמְרוּ לוֹ: מִשָּׁם רְאִיָּיה? אִשָּׁה הָיְתָה וּפְטוּרָה מִן הַסֻּוכָּה. אָמַר לָהֶן: וַהֲלֹא שִׁבְעָה בָּנִים הֲווֹ לָהּ, וְעוֹד: כָּל מַעֲשֶׂיהָ לֹא עָשְׂתָה אֶלָּא עַל פִּי חֲכָמִים.

Rabbi Yehouda a dit : il est arrivé que la reine Hélène, à Loud, ait eu une soucca haute de plus de vingt coudées, et les Anciens y entraient et en sortaient sans rien lui dire. Ils lui dirent : est-ce de là une preuve ?

C'était une femme, et [les femmes] sont exemptes de la soucca. Il leur dit : mais n'avait-elle pas sept fils ?

Et de plus : tout ce qu'elle faisait, elle ne le faisait que selon [l'avis] des Sages.

💡 Explication

Hélène, reine d'Adiabène convertie au judaïsme au premier siècle, est connue par ailleurs pour ses dons au Temple. Loud (Lod) était un centre d'étude majeur. L'argument de Rabbi Yehouda n'est pas exégétique mais probatoire : des Sages ont fréquente cette soucca sans protester ; leur silence vaut attestation.

La réplique des Sages est technique : la soucca est une mitsvat ase che-ha-zeman gerama, un commandement positif lié au temps, dont les femmes sont exemptes. Si Hélène n'était pas tenue, une soucca invalide chez elle n'appelait aucune remarque. Rabbi Yehouda répond par ses sept fils -- eux sont tenus.

La clause finale, ve-od, et de plus, semble redondante après cet argument. La Guemara va montrer qu'elle répond en réalité à une objection encore non formulée. Rien n'est de trop dans une baraita.

🖼️ Schéma
La soucca de la reine Hélène à Loud : un témoignage et trois répliques Rabbi Yehouda ne raisonne pas, il rapporte un fait. Toute la force de la baraita tient à ce que les Anciens n'ont rien dit. 1. Le témoignage de Rabbi Yehouda Sa soucca dépassait vingt coudées ; les Anciens y entraient et en sortaient et ne lui ont rien dit. Un silence de Sages vaut approbation. 2. Objection des Sages Est-ce de là une preuve ? C'était une femme -- donc exempte de la soucca. Réponse de Rabbi Yehouda Elle avait sept fils -- il lui fallait donc une soucca kachère pour eux. 3. Objection sous-entendue Et si c'étaient de jeunes enfants ? Un mineur est exempt de la soucca. Réponse : ils étaient sept Sur sept fils, il est impossible qu'aucun n'ait passe l'âge d'avoir besoin de sa mère. 4. Dernière objection Un tel enfant n'est tenu que mi-derabbanan -- et une reine ne s'en soucierait pas. Réponse : et de plus... Tout ce qu'elle faisait, elle ne le faisait que selon les Sages -- le derabbanan compris. Pourquoi la Guemara s'arrête à la clause finale Le ve-od n'est pas un ornement : il est le seul à répondre à l'objection numéro 4. C'est cette lecture qui rend la baraita utilisable contre les trois Amoraim.
L'échange reconstruit : chaque réplique de Rabbi Yehouda répond à une objection précise, y compris à celle qui n'est pas dite.
16
לָמָּה לִי לְמִיתְנֵי ״וְעוֹד כָּל מַעֲשֶׂיהָ לֹא עָשְׂתָה אֶלָּא עַל פִּי חֲכָמִים״?

Pourquoi ai-je besoin d'enseigner : et de plus, tout ce qu'elle faisait, elle ne le faisait que selon [l'avis] des Sages ?

💡 Explication

La Guemara interrompt l'objection pour lire la baraita de près. La question est de principe : la première réponse de Rabbi Yehouda -- elle avait sept fils -- suffisait à réfuter l'exemption des femmes. Pourquoi ajouter une seconde raison ?

17
הָכִי קָאָמַר לְהוּ: כִּי תֹּאמְרוּ בָּנִים קְטַנִּים הָיוּ, וּקְטַנִּים פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה — כֵּיוָן דְּשִׁבְעָה הָווּ, אִי אֶפְשָׁר דְּלָא הָוֵי בְּהוּ חַד שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְאִמּוֹ.

Voici ce qu'il leur dit : si vous dites que c'étaient de jeunes fils, et que les mineurs sont exempts de la soucca -- puisqu'ils étaient sept, il est impossible qu'il n'y en ait pas eu parmi eux au moins un qui n'avait plus besoin de sa mère.

📜 Rachi (1)
קָטָן שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְאִמּוֹ אָמְרִינַן לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף כֹּח.) דְּחַייָּב לְחַנְּכוֹ בְּמִצְוֹת סֻוכָּה:
Un mineur qui n'a plus besoin de sa mère -- nous disons plus loin (Soucca 28a) qu'il faut l'éduquer (hinoukh) à la mitsva de la soucca.
💡 Explication

La réponse reconstruit un dialogue implicite. L'argument des sept fils ne vaut que si au moins un d'entre eux était astreint à la mitsva. Or les mineurs en sont exempts -- sauf ceux qui ont atteint l'âge du hinoukh, l'éducation aux mitsvot, défini ici par un critère concret : ne plus avoir besoin de sa mère.

Le nombre sept fait ici tout le travail. Même nés année après année, l'aîné aurait au moins sept ans -- un âge où un enfant n'a plus besoin que sa mère veille sur lui. Rachi renvoie à Soucca 28a, où cette obligation d'éducation est établie.

18
וְכִי תֵּימְרוּ קָטָן שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְאִמּוֹ מִדְּרַבָּנַן הוּא דְּמִיחַייַּב, וְאִיהִי בִּדְרַבָּנַן לָא מַשְׁגְּחָה, תָּא שְׁמַע: וְעוֹד, כָּל מַעֲשֶׂיהָ לֹא עָשְׂתָה אֶלָּא עַל פִּי חֲכָמִים.

Et si vous dites qu'un mineur qui n'a plus besoin de sa mère n'est astreint que rabbiniquement (mi-derabbanan), et qu'elle, elle ne prêtait pas attention à ce qui est rabbinique -- viens et entends : et de plus, tout ce qu'elle faisait, elle ne le faisait que selon [l'avis] des Sages.

📜 Rachi (1)
מִדְּרַבָּנָן שֶׁהִזְקִיקוֹ לְהַרְגִּיל אֶת הַקָּטָן לְמִצְוָה שֶׁהוּא רָאוּי לָהּ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְחֻונָּךְ וְרָגִיל לְמִצְוֹת:
Rabbiniquement -- [les Sages] ont imposé d'habituer le mineur à une mitsva dont il est capable, afin qu'il soit éduqué et accoutumé aux mitsvot.
💡 Explication

Voilà la fonction du ve-od. L'obligation d'un enfant en âge de hinoukh n'est que rabbinique ; on pourrait supposer qu'une reine s'y montrait moins scrupuleuse, et que le silence des Anciens n'attestait donc rien. La clause finale ferme cette issue : tout ce qu'elle faisait, elle le faisait selon les Sages -- le rabbinique inclus.

Rachi définit au passage l'esprit du hinoukh : les Sages ont imposé d'habituer l'enfant à une mitsva dont il est déjà capable, afin qu'il y soit formé et accoutumé. Ce n'est pas une obligation portée par l'enfant mais une responsabilité d'éducation.

19
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר בְּשֶׁאֵין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ מַחְלֹוקֶת, דַּרְכָּהּ שֶׁל מַלְכָּה לֵישֵׁב בְּסֻוכָּה שֶׁאֵין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ,

Soit : pour celui qui dit que c'est dans le cas où les parois n'atteignent pas le s'khakh que porte la controverse -- [cela se comprend], car il est d'usage pour une reine de résider dans une soucca dont les parois n'atteignent pas le s'khakh,

💡 Explication

Retour à l'objection laissée en suspens. La baraita est maintenant confrontée aux trois enseignements de Rav : la soucca d'Hélène dépassait vingt coudées et les Anciens ne l'ont pas invalidée. Chacun doit donc expliquer pourquoi la soucca de la reine tombait dans le cas où la controverse a lieu -- sinon la baraita ne prouve rien pour Rabbi Yehouda.

Pour Rabbi Yochiya, cela s'ajuste bien : une reine ne réside pas dans une soucca aux parois closes jusqu'à la couverture -- l'usage veut qu'elle demeure aérée et dégagée. Le raisonnement se fonde donc sur une convenance sociale, non sur une règle. La phrase est interrompue par la fin de l'amud : la suite examinera les deux autres positions, pour lesquelles l'ajustement est plus difficile.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).