Sukkah 3a -- la soucca de la reine cesse de prouver, et la michna de Beit Chammai se révèle porter deux controverses au lieu d'une

Sukkah 3a

Sougya : Le folio achève d'abord le sort de la baraita d'Hélène. L'objection revient deux fois sous la même forme -- une reine ne réside pas dans un réduit -- et reçoit deux réponses successives : Rabba bar Rav Adda invoque une soucca découpée en cabinets, Rav Achi corrige en une grande salle flanquée de cabinets étroits.

La baraita devient alors lisible aussi bien pour les Sages, qui placent les fils dans la grande salle, que pour Rabbi Yehouda, qui les place auprès de leur mère -- et cesse par là même de rien prouver. S'ouvre ensuite la question de la surface minimale.

Rav Chmouel bar Yitshak tranche que la soucca doit contenir tête, gros du corps et table -- sept tefahim sur sept selon le Roch -- et assume, devant l'étonnement de Rabbi Abba, de trancher comme Beit Chammai ; le ika de-amri durcit encore la formule : et n'en bouge pas. Rav Nahman bar Yitshak conteste alors le fondement même de cette halakha : rien n'oblige à lire la michna comme une controverse sur la mesure ; elle peut viser une grande soucca et le décret contre celui qui suit sa table hors de la soucca.

Il s'appuie sur l'ouverture de la michna -- celui dont la tête était -- tandis que Mar Zoutra s'appuie sur sa chute -- invalident et valident -- pour conclure l'inverse. Les deux arguments sont bons ; d'où la solution : le-olam bitrei pligui, ils divergent sur les deux, et la michna est hasourei mihasra, elliptique, qu'il faut restituer en deux couples de positions.

Le folio se clôt sur un changement de sujet déclenché par la mesure de quatre coudées sur quatre : une baraita énumère ce qu'une maison de moins de quatre sur quatre n'est pas -- ni astreinte à la mezouza et au garde-corps, ni susceptible des negaim, ni acquise définitivement dans une ville close, ni comptée pour le retour du front, l'erouv, le chitouf ou le dépôt de l'erouv.

La soucca de la reine Hélène : deux fois repoussée, deux fois rattrapée La baraita doit servir de preuve pour Rabbi Yehouda. Encore faut-il que la soucca de la reine soit du cas litigieux. 1. L'objection Pour qui tient que la controverse porte sur une PETITE soucca : est-ce l'usage d'une reine de résider dans si peu ? 2. Rabba bar Rav Adda répare Il s'agissait d'une soucca aménagée en une suite de petits cabinets -- kitoniyot kitoniyot. 3. L'objection revient, identique Une reine réside-t-elle dans une soucca faite QUE de cabinets, sans nulle salle pour recevoir ? 4. Rav Achi déplace le point Une grande soucca kachère, et des cabinets attenants : c'est aux CABINETS que la baraita se rapporte. Les Sages Ses fils se tenaient dans la grande soucca ; elle-même au cabinet, par pudeur. Rien à dire : la femme est de toute façon exempte. Rabbi Yehouda Ses fils se tenaient auprès d'elle, dans le cabinet -- et les Anciens n'ont rien dit. Donc une petite soucca haute reste kachère.
La chaîne des objections sur la soucca d'Hélène : chaque réponse est aussitôt réattaquée, jusqu'à la solution de Rav Achi qui permet aux deux lectures de la baraita de tenir.
Sur quoi Beit Chammai et Beit Hillel divergent-ils vraiment ? Michna : celui dont la tête et le gros du corps étaient dans la soucca et sa table dans la maison -- BC invalident, BH valident. Lecture 1 : la MESURE d'une petite soucca Beit Chammai Il faut la place de la tête, du gros du corps ET de la table : 7 tefahim sur 7. Beit Hillel La tête et le gros du corps suffisent ; la table n'entre pas dans la mesure. Appui -- Mar Zoutra La michna dit invalident / valident. Ces deux verbes portent sur la soucca elle-même, donc sur sa mesure. Autrement il aurait fallu dire : il ne s'est pas acquitté / il s'est acquitté. Ce qui gêne La michna ouvre par celui dont la tête... : elle décrit un homme, pas une soucca. Pour une mesure, il aurait fallu dire : qui contient / qui ne contient pas. Lecture 2 : un DÉCRET dans une grande soucca Beit Chammai Assis au seuil, table dans la maison : on décrète, de crainte qu'il ne suive sa table. Beit Hillel On ne décrète pas : tête et gros du corps sont dans la soucca, cela suffit. Appui -- Rav Nahman bar Yitshak La michna décrit une posture : celui dont la tête et le gros du corps ÉTAIENT dans la soucca. C'est une manière de s'asseoir qui est jugée, non une dimension. Ce qui gêne Deux baraitot rapportent des Sages qui exigent la table et d'autres qui ne l'exigent pas. Elles se contredisent -- sauf à poser une divergence BC / BH sur la mesure. Conclusion : le-olam bitrei pligui -- ils divergent sur les DEUX La michna est hasourei mihasra (elliptique) : il faut y lire deux couples de positions au lieu d'un seul.
Les deux lectures possibles de la michna Beit Chammai / Beit Hillel, chacune appuyée par un dika nami et gênée par un autre élément -- d'où la conclusion qu'ils divergent sur les deux.
Les trois mesures qui traversent le folio À l'échelle. 1 coudée = 6 tefahim ; un homme assis en occupe une, sa table un tefah de plus. Beit Hillel et les Sages Tête + gros du corps seuls -- environ 6 tefahim Beit Chammai halakha ici Tête + gros du corps + table -- 7 tefahim sur 7 Rabbi et la MAISON 4 coudées sur 4 coudées = 24 tefahim -- seuil de la soucca pour Rabbi, et seuil de ce qui est une maison 24 tefahim La dernière mesure fait charnière : la fin du folio quitte la soucca et demande qui est le tana pour qui une maison de moins de 4 sur 4 n'est pas une maison.
Les mesures en présence, à l'échelle : le tefah supplémentaire de la table sépare Beit Chammai de Beit Hillel, les 4 coudées de Rabbi ouvrent la dernière sougya du folio.
1
מִשּׁוּם אֲוִירָא. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר בְּסֻוכָּה קְטַנָּה מַחְלֹוקֶת, וְכִי דַּרְכָּהּ שֶׁל מַלְכָּה לֵישֵׁב בְּסֻוכָּה קְטַנָּה? אָמַר רַבָּה בַּר רַב אַדָּא: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא סֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה קִיטוֹנִיּוֹת קִיטוֹנִיּוֹת.

... à cause de l'air. Mais selon celui qui dit que c'est dans une petite soucca que porte la controverse -- est-ce donc l'usage d'une reine de résider dans une petite soucca ?

Rabba bar Rav Adda a dit : cela n'était nécessaire que pour une soucca aménagée en une suite de petits cabinets (kitoniyot kitoniyot).

📜 Rachi (3)
מִשּׁוּם אֲוִירָא רוּחַ שֶׁהוּא שׁוֹלֵט בָּהּ מִפְּנֵי הַחֹום:
À cause de l'air -- le vent qui y circule, à cause de la chaleur.
אֶלָּא לְמ"ד בִּקְטַנָּה פְּלִיגִי אֲבָל בִּגְדוֹלָה אֲפִילּוּ רַבָּנָן מוֹדוּ:
Mais selon celui qui dit que c'est dans une petite [soucca] qu'ils divergent -- alors que dans une grande, même les Sages concèdent [qu'elle est kachère].
וְכִי דַּרְכָּהּ שֶׁל מַלְכָּה וַהֲלֹא נַעֲרוֹתֶיהָ וּמְשָׁרְתֶיהָ מְסֻובִּים עִמָּהּ:
Est-ce l'usage d'une reine -- n'a-t-elle pas ses suivantes et ses serviteurs attablés avec elle ?
💡 Explication

Le folio reprend l'objection ouverte à la fin de 2b. La baraita de la reine Hélène doit servir de preuve pour Rabbi Yehouda : sa soucca dépassait vingt coudées, les Anciens n'ont rien dit. Encore faut-il que cette soucca ait été du type où la controverse a lieu. Chacun des trois enseignements de Rav définit ce type différemment -- et doit donc rendre compte de la soucca d'une reine.

Le premier mot répond pour Rabbi Yochiya : ses parois n'atteignaient pas le s'khakh, ce qui est l'usage d'une cour, à cause de l'air qui y circule dans la chaleur. Mais pour Rav Houna, qui situe la controverse dans une soucca de moins de quatre coudées, la difficulté est vive : une reine ne se tient pas dans un réduit. Rabba bar Rav Adda répond en changeant non la taille de l'ensemble mais son aménagement : une soucca découpée en kitoniyot, une suite de petits cabinets.

2
וְכִי דַּרְכָּהּ שֶׁל מַלְכָּה לֵישֵׁב בְּסֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה קִיטוֹנִיּוֹת קִיטוֹנִיּוֹת? אָמַר רַב אַשִּׁי: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְקִיטוֹנִיּוֹת שֶׁבָּהּ.

Et est-ce l'usage d'une reine de résider dans une soucca faite d'une suite de petits cabinets ? Rav Achi a dit : cela n'était nécessaire que pour les cabinets qui s'y trouvent.

📜 Rachi (1)
לַקִּיטוֹנִיּוֹת שֶׁבָּהּ סֻוכָּה גְּדוֹלָה לִבְנֵי מְסִיבַּת' וְקִיטוֹנִית קְטַנָּה בְּתוֹכָהּ לִצְנִיעוּת וְהִיא בַּקִּיטוֹנִית יָתְבָא ואע"ג דִּפְסוּלָה לֹא אִיכְפַּת לָן דְּאִשָּׁה פְּטוּרָה מִן הַסֻּוכָּה:
Pour les cabinets qui s'y trouvent -- une grande soucca pour les convives, et un petit cabinet à l'intérieur, par pudeur ; c'est dans ce cabinet qu'elle se tenait. Et même s'il est passoul (invalide), cela nous est indifférent, car la femme est exempte de la soucca.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְקִיטוֹנִיּוֹת שֶׁבָּהּ. מַה שֶׁדָּחַק בַּקּוּנְטְרֵס לְרַב חָנָן בַּר רַבָּה מָה רְאָיָה לְרַבִּי יְהוּדָה הָא אִי אֶפְשָׁר לְשִׁבְעָה בָּנִים בְּשִׁבְעָה טְפָחִים לָאו פִּירְכָא הִיא דְּדִילְמָא אֲרֻוכָּה טוּבָא אֲבָל לֹא הָיְתָה רְחָבָה שִׁבְעָה טְפָחִים וּבָנֶיהָ בְּאוֹתוֹ אֹורֶךְ הֲווּ יָתְבִי:
Cela n'était nécessaire que pour les cabinets qui s'y trouvent. Ce qui a embarrassé le Kountras (Rachi) au sujet de Rav Hanan bar Rabba -- quelle preuve tirer pour Rabbi Yehouda, puisqu'il est impossible de loger sept fils dans sept tefahim -- n'est pas une objection : peut-être [la soucca] était-elle fort longue, sans avoir pour autant sept tefahim de largeur, et ses fils se tenaient assis dans cette longueur.
💡 Explication

L'objection revient mot pour mot : une reine ne réside pas davantage dans une enfilade de réduits que dans un réduit unique. Il lui faut une pièce pour recevoir. Rav Achi ne répond pas en redimensionnant la soucca, mais en déplaçant ce à quoi la baraita se rapporte : la soucca d'Hélène comportait bien une grande salle -- kachère sans discussion -- et, attenants, des cabinets étroits. C'est de ces cabinets que la baraita parle.

Rachi ajoute le point décisif : même si ces cabinets étaient passoulim (invalides), cela ne prouverait rien contre la reine, car la femme est exempte de la soucca. Le silence des Anciens ne peut porter que sur ceux qui, eux, y sont tenus : ses fils. Toute la suite se joue sur ce point.

🖼️ Schéma
Plan de la soucca d'Hélène selon Rav Achi Vue de dessus. La baraita ne parle pas de l'ensemble, mais des seuls cabinets. Grande soucca Plus de 4 coudées de large : kachère même au-dessus de vingt coudées. C'est là que la reine recevait. Cabinet (kitonit) étroit -- cas litigieux Cabinet (kitonit) c'est là qu'elle se retirait Cabinet (kitonit) par tsniout, pudeur Toute la question : ses sept fils se tenaient-ils dans la grande salle (les Sages) ou auprès d'elle, au cabinet (Rabbi Yehouda) ?
La soucca d'Hélène telle que Rav Achi la reconstruit : une grande salle indiscutablement kachère, et des cabinets étroits qui, eux, tombent dans le cas litigieux.
3
רַבָּנָן סָבְרִי: בָּנֶיהָ בְּסֻוכָּה מְעַלְּיָא הֲווֹ יָתְבִי, וְאִיהִי יָתְבָה בְּקִיטוֹנִיּוֹת מִשּׁוּם צְנִיעוּתָא, וּמִשּׁוּם הָכִי לָא אָמְרִי לַהּ דָּבָר. וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: בָּנֶיהָ גַּבָּהּ הֲווֹ יָתְבִי, וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא אָמְרִי לַהּ דָּבָר.

Les Sages tiennent : ses fils résidaient dans une soucca pleinement valide, et elle-même se tenait dans les cabinets par pudeur (tsniout) -- et c'est pour cela qu'ils ne lui ont rien dit. Et Rabbi Yehouda tient : ses fils se tenaient auprès d'elle, et malgré cela ils ne lui ont rien dit.

📜 Rachi (1)
וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר כּוּ' וְא"ת לְרַב חָנָן דְּמוּקֵי פְּלֻוגְתָּא בְּשֶׁאֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ הָכָא כֵּיוָן דְּבָנֶיהָ גַּבָּהּ הָוְיָא לָהּ גְּדוֹלָה וּמוֹדוֹ בָּהּ רַבָּנָן וּמַאי רְאָיָה שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה י"ל דְּשֻׁולְחָנָהּ בְּתוֹךְ הַסֻּוכָּה הַגְּדוֹלָה הָיְתָה וּבָנֶיהָ עַל הַשֻּׁולְחָן הָיוּ יוֹשְׁבִין רֹאשָׁן וְרֻובָּן וְלֹא כִּמְסֻובִּין הֵן וְלֹא כְּזִקּוּפִין וְלִי נִרְאֶה דְּוַדַּאי לְרַב חָנָן קַשְׁיָא וְהַאי תֵּירוּצָא לְרַב הוּנָא הוּא וְכֵן עִיקָּר דְּשִׁיעוּר רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ אָמְרִינַן לְקַמָּן דְּאֵינוֹ אֶלָּא ז' טְפָחִים וְאִי אֶפְשָׁר לְשִׁבְעָה בָּנִים בְּשִׁבְעָה טְפָחִים:
Et Rabbi Yehouda tient, etc. -- Et si tu objectes : selon Rav Hanan [bar Rabba], qui situe la controverse dans le cas où [la soucca] ne contient que la tête, le gros du corps et la table, ici, puisque ses fils se tenaient auprès d'elle, elle devient une grande [soucca], et les Sages y concèdent -- quelle preuve Rabbi Yehouda en tire-t-il ? On peut répondre : sa table se trouvait dans la grande soucca, et ses fils étaient assis à cette table, leur tête et le gros de leur corps [dans le cabinet] -- ils n'étaient ni vraiment attablés ni vraiment dressés. Mais il me semble que pour Rav Hanan la difficulté demeure bel et bien, et que cette réponse vaut pour Rav Houna ; et c'est là l'essentiel, car la mesure de la tête et du gros du corps, nous le dirons plus loin, n'est que de sept tefahim -- et il est impossible de loger sept fils dans sept tefahim.
💡 Explication

La solution de Rav Achi rend la baraita lisible dans les deux sens, et c'est précisément ce qui la neutralise comme preuve. Pour les Sages, le silence des Anciens s'explique sans rien concéder : les fils, seuls astreints, mangeaient dans la grande salle kachère ; la reine se retirait au cabinet par tsniout -- et son cabinet, fût-il passoul, ne la concerne pas. Pour Rabbi Yehouda, les fils se tenaient avec elle dans le cabinet : le silence des Anciens vaut alors approbation d'une petite soucca de plus de vingt coudées.

Rachi soulève ici une difficulté qu'il ne résout qu'à demi : selon Rav Hanan bar Rabba, qui situe la controverse dans une soucca contenant tout juste tête, corps et table -- soit sept tefahim -- sept fils n'y tiendraient pas. Il propose une lecture, puis avoue franchement qu'elle vaut pour Rav Houna et non pour Rav Hanan : la difficulté demeure. Tossefot, au segment précédent, la levait autrement, par une soucca longue mais étroite.

4
אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: הֲלָכָה, צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא: כְּמַאן, כְּבֵית שַׁמַּאי? אֲמַר לֵיהּ: אֶלָּא כְּמַאן?!

Rav Chmouel bar Yitshak a dit : la halakha [est] qu'elle doit contenir sa tête, le gros de son corps et sa table. Rabbi Abba lui dit : selon qui -- selon Beit Chammai ?!

Il lui répondit : selon qui donc, sinon ?!

📜 Rachi (1)
כב"ש דְּאִי כב"ה לָא בָּעֵי שֻׁולְחָנוֹ כְּדִלְקַמָּן בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כֹּח.):
Selon Beit Chammai -- car si c'était selon Beit Hillel, on n'exigerait pas [la place de] sa table, comme [il ressort] plus loin, au chapitre HaYachen (Soucca 28a).
⚖️ Rosh (1)
גְּמ׳ מה"מ אָמַר רַבָּה אָמַר קְרָא לְמַעַן יֵדְעוּ דֹורֹותֵיכֶם כִּי בַסֻּוכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּר בַּסֻּוכָּה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁהוּא דָּר בַּסֻּוכָּה מַאי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא. וְרַבִּי זֵירָא אָמַר מֵהָכָא וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל יוֹמָם מֵחֹורֶב עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת. רָבָא אָמַר מֵהָכָא בַּסֻּוכֹּות תֵּשְׁבוּ שִׁבְעַת יָמִים אָמְרָה תּוֹרָה צֵא מִדִּירַת קֶבַע וְשֵׁב בְּדִירַת עֲרַאי עַד עֶשְׂרִים אַמָּה אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי. פִּי' רְאוּיָה לַעֲמֹוד בְּבִנְיָן עֲרַאי הִלְכָּךְ אֲפִילּוּ אִי עֲבִיד קֶבַע כְּגוֹן שֶׁסִּיכֵּךְ עַל מְחִיצּוֹת שֶׁל בַּרְזֶל שַׁפִּיר דָּמֵי לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי אֶלָּא קֶבַע. לְרַבָּה דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹדֵעַ שֶׁדָּר בַּסֻּוכָּה מִשּׁוּם דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא אִם הָיוּ דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ כֵּיוָן דְּשָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא אע"ג דְּגָבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה וּלְמַעְלָה כְּשֵׁירָה. וּלְרַבִּי זֵירָא דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם יוֹשֵׁב בְּצֵל סֻוכָּה אֶלָּא בְּצֵל דְּפָנוֹת אִי אִית בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כֵּיוָן דִּרְוִיחָא אִיכָּא צֵל סֻוכָּה וּכְשֵׁירָה. וּלְרָבָא דְּאָמַר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה אֵין אָדָם עוֹשֶׂה דִּירָתוֹ דִּירַת עֲרַאי אֶלָּא דִּירַת קֶבַע לֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא אֶלָּא בֵּין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ בֵּין אֵין דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ בֵּין יֵשׁ בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת בֵּין אֵין בָּהּ יוֹתֵר מִד' אַמּוֹת כֵּיוָן שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה פְּסוּלָה. אִיכָּא מ"ד הִלְכְתָא כְּרַבָּה דְּהָא בְּכָל מִילֵּי כְּרַב עֲבַד שַׁבָּת דַּף כב.. וַאֲנַן מִסְתַּבְּרָא לָן דְּהִלְכְתָא כְּרָבָא דקי"ל סֻוכָּה דִּירַת עֲרַאי בָּעֵינַן וְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַכְשִׁיר ס"ל דְּסֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן פִּי' דְּמַכְשִׁיר אַף בְּדִירַת קֶבַע וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָתֵיהּ וְאִי הָווּ דְּפָנוֹת מַגִּיעוֹת לַסְּכָךְ כ"ש דַּהֲוָה לֵיהּ דִּירַת קֶבַע. וְעוֹד דְּהָא סֻוגְיָא בְּעִנְיַן סֻוכָּה ע"ג סֻוכָּה כְּוָותֵיהּ. וְכֵן פָּסַק הר"ז הַלֵּוִי זַ"ל כְּרָבָא דְּבָתְרָאָה הוּא וַאֲפִילּוּ לְאַבַּיֵּי דְּאַקְשִׁי עָלֶיהָ הָא קַבְּלֵיהּ לְטַעְמָא מִדְּאַשְׁכְּחַן לְאַבַּיֵּי דְּאָמַר רַבִּי וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא וְכוּ' כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן. וּמִינָּהּ שָׁמְעִינַן דְּטַעֲמָא דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּירַת עֲרַאי. אע"ג דְּחָשׁוּ לָהּ לְקֻושְׁיָא דְּאַבַּיֵּי כִּדְאָמַר כּוּלְּהוּ כְּרָבָא לָא אָמְרִי מִשּׁוּם קֻושְׁיָא דְאַבָּיֵי מ"מ כֵּיוָן דְּאַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ קַבְּלֵיהּ לְטַעְמָא דְּרָבָא כִּדְאָמַר הִלְכָּךְ דְּרָבָא עָדִיף וְעָלֶיהָ סָמְכִינַן ע"כ. וְלָאו רְאָיָה הִיא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רִ"י לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף ז:) דְּהָא דְּחָשֵׁיב לְרַבִּי יְהוּדָה לֹא מִשּׁוּם דְּאַסְּקִינַן לְעֵיל טַעְמָא דְּרַבָּנָן דְּפָסְלִי מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּירַת עֲרַאי דְּהָא אַבַּיֵּי דְּהָכָא הוּא דְּאַקְּשֵׁיהּ לֵיהּ לְרָבָא לְעֵיל דְּאִית לֵיהּ הַהוּא טַעְמָא אֲבָל מ"מ אֱמֶת הוּא דִּלְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה לָא קַיְימָא בְּלֹא קֶבַע. וְאָמְרִינַן נָמֵי בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כא:) רַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְדַייְקָא מֵהָא דְּמַכְשַׁר לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים. וְכֵן פָּסַק הרי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל כְּרָבָא וְכֵן ה"ר יְשַׁעְיָה דטרנ"י. אֲבָל בַּעַל הָעִיטּוּר פָּסַק כְּרַבָּה וְלֹא נִרְאוּ לִי דְּבָרָיו: אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק אָמַר רַב הוּנָא הֲלָכָה צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ וְהַייְנוּ ז' טְפָחִים עַל ז' טְפָחִים דְּגַבְרָא בְּאַמְּתָא יָתֵיב וְשֻׁולְחָנוֹ טֶפַח כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק הַיָּשֵׁן הֲלָכָה ח כַּמָּה כְּדֵי שֻׁולְחָן טֶפַח. א"ל רַבִּי אַבָּא דַּאֲמַר לָךְ מַנִּי ב"ש הִיא. בְּסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק בְּשֵׁשׁ מְקוֹמוֹת הֲלָכָה כב"ש וְהַךְ דְּהָכָא שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ חֲדָא מִינַּייְהוּ ואע"ג דְּאָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא דִבְרָכוֹת דַּף יא. אָמַר רַב יוֹסֵף עָשָׂה כב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם וּמַיְיתִי רְאָיָה מֵעֻובְדָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן הַחֹורֹנִי שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת הַהִיא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה אַייְרֵי וּפְלִיגָא בָּתַרְתִּי כִּדְמַסִּיק בִּשְׁמַעְתִּין. בִּגְדוֹלָה הֲלָכָה כְּב"ה דְּלָא גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ אֲבָל בִּקְטַנָּה הֲלָכָה כב"ש כְּדִפְסִיק הָכָא וְכֵן מַשְׁמַע הַלָּשׁוֹן צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחֲזֶקֶת וּמַיְירֵי שֶׁהוּא וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַסֻּוכָּה וְלֹא שַׁייָּךְ הָכָא טַעְמָא שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אֶלָּא בְּשִׁיעוּר הֶכְשֵׁר סֻוכָּה קָא מִיפַּלְגִי אֲבָל בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה וְהוּא יוֹשֵׁב עַל פֶּתַח הַסֻּוכָּה רָחוֹק מִן הַדְּפָנוֹת וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת אִיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יִשְׁכַּח יְשִׁיבַת הַסֻּוכָּה וְיִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ. וּבְהָא הִלְכְתָא כְּבֵית הִלֵּל וְכֵן כָּתַב רי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל וּבַעַל הָעִיטּוּר. אֲבָל הָרַב אַלְפָסִי סָבַר דְּחַד טַעְמָא לְתַרְוַייְהוּ וּבִשְׁנֵיהֶם פָּסַק כב"ש וכ"כ ה"ר יְשַׁעְיָה דטרנ"י וְאֵין דְּבָרָיו נִרְאִים דְּלִישָּׁנָא שֶׁתְּהֵא מַחֲזֶקֶת לָא מַשְׁמַע הָכִי. וְעוֹד מִדְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא רַבִּי אוֹמֵר כָּל סֻוכָּה שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת פְּסוּלָה וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֲפִילּוּ אֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ כְּשֵׁירָה דְּמַשְׁמַע דֻּומְיָא דְּאַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁגַּם שֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַסֻּוכָּה וְאַפֵּ"ה פָּסַל ת"ק דְּאִידָךְ בָּרַייְתָא אַלְמָא לָאו מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ:
Guemara : d'où cela [vient-il] ? Rabba a dit : le verset dit, afin que vos générations sachent que j'ai fait résider les enfants d'Israël dans des souccot -- jusqu'à vingt coudées, l'homme sait qu'il demeure dans une soucca ; au-dessus de vingt coudées, l'homme ne sait pas qu'il demeure dans une soucca. Pourquoi ? Parce que l'œil n'y a pas prise. Et Rabbi Zeira dit : [on l'apprend] d'ici -- et il y aura une soucca pour faire ombre le jour contre la chaleur : jusqu'à vingt coudées, l'homme est assis à l'ombre du s'khakh ; au-dessus de vingt coudées, il n'est pas assis à l'ombre du s'khakh mais à l'ombre des parois. Rava dit : [on l'apprend] d'ici -- vous résiderez dans des souccot sept jours : la Torah a dit, sors de la demeure permanente et réside dans une demeure temporaire. Jusqu'à vingt coudées, on peut faire de sa demeure une demeure temporaire. Explication : elle est apte à tenir avec une construction précaire ; c'est pourquoi, même s'il l'a faite permanente -- par exemple s'il a posé le s'khakh sur des cloisons de fer -- elle est valide. Au-dessus de vingt coudées, on ne peut faire de sa demeure une demeure temporaire, mais seulement permanente. Pour Rabba, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées l'homme ne sait pas qu'il demeure dans une soucca parce que l'œil n'y a pas prise : si les parois atteignent le s'khakh, puisque l'œil y a prise, elle est kachère bien qu'elle soit haute de plus de vingt coudées. Pour Rabbi Zeira, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées l'homme n'est pas assis à l'ombre du s'khakh mais à l'ombre des parois : si elle a plus de quatre coudées, puisqu'elle est large, il y a l'ombre du s'khakh, et elle est kachère. Pour Rava, qui dit qu'au-dessus de vingt coudées l'homme ne fait pas de sa demeure une demeure temporaire mais une demeure permanente, il n'y a aucun remède : que les parois atteignent ou non le s'khakh, qu'elle ait ou non plus de quatre coudées, dès lors qu'elle est haute de plus de vingt coudées elle est passoule. Certains disent que la halakha suit Rabba, puisqu'en toutes choses il a agi comme Rav (Chabbat 22a). Mais il nous paraît que la halakha suit Rava, car nous tenons qu'une soucca doit être une demeure temporaire ; et Rabbi Yehouda, qui la valide, tient qu'une soucca doit être une demeure permanente -- c'est-à-dire qu'il la valide même en demeure permanente -- et la halakha ne suit pas son avis ; et si les parois atteignent le s'khakh, à plus forte raison est-ce une demeure permanente. De plus, la sougya traitant d'une soucca posée au-dessus d'une soucca va dans son sens. Ainsi a tranché Rav Zerahia HaLevi, de mémoire bénie, comme Rava, car il est postérieur ; et même selon Abaye qui lui a objecté, celui-ci a bien accepté sa raison, puisque nous trouvons qu'Abaye a dit : Rabbi, Rabbi Ochaya, etc. -- tous tiennent qu'une soucca doit être une demeure permanente. Et de là nous apprenons que la raison des Sages est qu'il faut une demeure temporaire. Bien que l'on ait tenu compte de l'objection d'Abaye -- comme il est dit : tous n'ont pas parlé comme Rava à cause de l'objection d'Abaye -- néanmoins, puisque Abaye lui-même a accepté la raison de Rava comme il l'a dit, la position de Rava est donc préférable, et c'est sur elle que nous nous appuyons. Fin de citation. Mais ce n'est pas une preuve, comme l'a expliqué le Ri plus loin (Soucca 7b) : si [Abaye] compte Rabbi Yehouda [parmi ceux qui tiennent la demeure permanente], ce n'est pas parce que nous aurions conclu plus haut que la raison des Sages qui invalident est qu'il faut une demeure temporaire -- car c'est précisément Abaye, ici, qui a objecté à Rava, lequel soutient cette raison. Mais il reste vrai qu'au-dessus de vingt coudées [la soucca] ne tient pas sans construction permanente. Et nous disons également au chapitre HaYachen (Soucca 21b) : Rabbi Yehouda suit sa propre ligne, lui qui dit qu'une soucca doit être une demeure permanente -- et on le déduit précisément de ce qu'il la valide au-dessus de vingt coudées. Ainsi a tranché Rabbi Yitshak ibn Guiat, de mémoire bénie, comme Rava, ainsi que Rabbi Yechaya de Trani. Mais l'auteur du Ittour a tranché comme Rabba, et ses propos ne m'ont pas paru [convaincants]. Rav Chmouel bar Rav Yitshak a dit au nom de Rav Houna : la halakha est qu'elle doit contenir sa tête, le gros de son corps et sa table -- soit sept tefahim sur sept tefahim, car un homme [assis] occupe une coudée et sa table un tefah, comme il est dit dans le Yerouchalmi, chapitre HaYachen, halakha 8 : combien pour la table ? Un tefah. Rabbi Abba lui dit : qui te l'a enseigné ? C'est Beit Chammai. Dans le Seder de Rav Amram, il est tranché qu'en six endroits la halakha suit Beit Chammai, et celui d'ici -- qu'elle doive contenir sa tête, le gros de son corps et sa table -- en fait partie. Et bien qu'il soit dit au premier chapitre de Berakhot (11a) : Rav Yossef a dit, celui qui agit selon Beit Chammai n'a rien fait du tout -- et l'on en apporte la preuve de l'épisode de Rabbi Yo'hanan ben HaHorani, qui se tenait assis tête et gros du corps dans la soucca, sa table dans la maison -- ce passage-là traite d'une grande soucca, et [les Maisons] divergent sur deux points, comme le conclut notre sougya. Dans une grande [soucca], la halakha suit Beit Hillel, car nous ne décrétons pas de crainte qu'il ne se laisse entraîner à la suite de sa table ; mais dans une petite, la halakha suit Beit Chammai, comme il est tranché ici. C'est aussi ce qu'implique la formule elle doit contenir, qui vise le cas où lui et sa table sont dans la soucca : la raison du de crainte qu'il ne s'y laisse entraîner ne s'applique pas ici -- ils divergent seulement sur la mesure qui rend la soucca valide. En revanche, dans une grande soucca, s'il est assis à l'entrée de la soucca, loin des parois, et sa table dans la maison, il y a lieu de craindre qu'il n'oublie de résider dans la soucca et ne se laisse entraîner à la suite de sa table ; et en cela la halakha suit Beit Hillel. Ainsi l'ont écrit Rabbi Yitshak ibn Guiat, de mémoire bénie, Rav Zerahia HaLevi, de mémoire bénie, et l'auteur du Ittour. Mais le Rav Alfassi (Rif) a estimé qu'une seule et même raison vaut pour les deux cas, et dans les deux il a tranché comme Beit Chammai ; ainsi a écrit aussi Rabbi Yechaya de Trani. Leurs propos ne paraissent pas [justes], car la formule elle doit contenir n'implique pas cela. De plus, la baraita enseigne : Rabbi dit, toute soucca qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées est passoule ; et les Sages disent, même si elle ne contient que sa tête, le gros de son corps et sa table, elle est kachère -- ce qui implique, à l'instar des quatre coudées, que sa table aussi se trouve dans la soucca ; et pourtant le tana kama de l'autre baraita l'invalide. Preuve que ce n'est pas à cause du de crainte qu'il ne s'y laisse entraîner.
💡 Explication

Nouveau mouvement. La sougya quitte la hauteur pour la surface minimale et passe de la discussion à la décision. Rav Chmouel bar Yitshak tranche : la soucca doit contenir tête, gros du corps et table. Le Roch chiffre cette mesure : sept tefahim sur sept -- un homme assis occupe une coudée, six tefahim, et sa table un de plus.

L'étonnement de Rabbi Abba n'est pas de détail. Une michna de Soucca oppose Beit Chammai et Beit Hillel sur ce même point de la table, et la règle constante veut que la halakha suive Beit Hillel. Trancher comme Beit Chammai, c'est enfreindre une règle de décision. La réponse -- selon qui donc, sinon ? -- ne biaise pas : oui, c'est Beit Chammai, et c'est néanmoins la halakha. Le Roch recensera les six endroits où le Seder de Rav Amram tranche ainsi.

🖼️ Schéma
Une halakha tranchée comme Beit Chammai -- et assumée Rav Chmouel bar Yitshak tranche La soucca doit contenir sa tête, le gros de son corps et sa table -- soit 7 tefahim sur 7. Rabbi Abba s'étonne Selon qui ? Selon Beit Chammai ?! -- alors que la règle veut qu'on suive Beit Hillel. Première version Selon qui donc, sinon ? -- il ne se rétracte pas : c'est bien la halakha, Beit Chammai ou non. Ika de-amri C'est Beit Chammai -- et n'en bouge pas. La même décision, énoncée cette fois sans détour.
Une décision assumée contre la règle ordinaire, dans ses deux versions transmises.
5
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַבִּי אַבָּא: דְּאָמַר לָךְ מַנִּי? אֲמַר לֵיהּ: בֵּית שַׁמַּאי הִיא, וְלֹא תָּזוּז מִינָּהּ.

Certains rapportent [l'échange autrement] : Rabbi Abba dit : qui te l'a enseigné ? Il lui répondit : c'est Beit Chammai -- et n'en bouge pas.

🗂️ Tossefot (1)
דְּאָמַר לָךְ מַנִּי ב"ש הִיא וְלָא תְּזוּז מִינַּהּ כו'. בְּסֵדֶר רַב עַמְרָם פָּסַק בְּשִׁשָּׁה מְקוֹמוֹת הֲלָכָה כב"ש חֲדָא הַאי דְּסֻוכָּה צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ וְאִידָךְ בִּמְנָחוֹת פֶּרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מ. וְשָׁם) גַּבֵּי סָדִין בְּצִיצִית ב"ש פּוֹטְרִין וב"ה מְחַיְּיבִין עוֹד לְשֵׁם כַּמָּה חוּטִין הוּא נוֹתֵן ב"ש אָמְרִי ד' וּבְהֵ"א ג' עוֹד הָתָם כַּמָּה תְּהֵא מְשֻׁולְשֶׁלֶת בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים ד' וּבְהֵ"א ג' בְּכָל הָנֵי עָבְדִי כב"ש וְאִידָךְ בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת פֶּרֶק אֵלּוּ דְבָרִים (בְּרָכוֹת דַּף נא:) בש"א מְכַבְּדִין [אֶת] הַבַּיִת וְאַחַ"כּ נוֹטְלִין לַיָּדַיִם וְאָמְרִינַן בגמ' בְּכוּלֵּיהּ פִּירְקִין הֲלָכָה כְּב"ה בַּר מֵהַךְ עוֹד הָתָם בְּסוֹף פִּירְקָא גַּבֵּי מִי שֶׁאָכַל וְשָׁתָה וְלֹא בֵּירַךְ דְּמַייְתֵי בַּגְּמָרָא עֻובְדָּא דְּרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה דְּאַשְׁכַּח יוֹנָה דְּדַהֲבָא וְחַד תַּלְמִיד דַּעֲבַד כב"ש וְאַשְׁכַּח אַרְנָקִי וְאִידָךְ תַּלְמִיד דַּעֲבַד כב"ה וְאַכְלֵיהּ אַרְיֵה וּקְצָת קָשֶׁה הָא דְּקָאָמַר הָתָם בְּכוּלֵּיהּ פִּירְקִין הֲלָכָה כְּב"ה בַּר מֵהַךְ וְשֶׁמָּא מִשּׁוּם דב"ה נָמֵי מוֹדוֹ דִּלְכַתְּחִילָּה מִיהָא עָבְדִינַן כב"ש וְעַל מַה שֶׁפָּסַק בְּהַךְ דְּהָכָא כב"ש אֵין לְהַקְשׁוֹת מֵהָא דְּאָמְרִינַן פ"ק דִּבְרָכוֹת (דַּף יא.) דְּאָמַר רַב יוֹסֵף עָשָׂה כְּדִבְרֵי ב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם וּמַיְיתִי רְאָיָה מֵהַהִיא מִילְּתָא דְּסֻוכָּה מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי יוֹחָנָן הַחֹורֹנִי שֶׁחָלָה וְהָלְכוּ זִקְנֵי ב"ש וְזִקְנֵי ב"ה לְבַקְּרוֹ וּמְצָאוּהוּ שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת אָמְרוּ לוֹ זִקְנֵי ב"ש א"כ הָיִיתָ נוֹהֵג כָּל יָמֶיךָ לֹא קִיַּימְתָּ מִצְוַת סֻוכָּה כָּל יָמֶיךָ וּמַסְּקִינַן הָתָם דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן הַחֹורֹנִי דְּהַהִיא פְּלֻוגְתָּא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה כִּדְמַסְּקִינַן דִּבְתַרְתֵּי פְּלִיגִי בְּהַהִיא הֲלָכָה כְּב"ה אֲבָל הָכָא בְּסֻוכָּה קְטַנָּה וּבְהָא הֲלָכָה כב"ש מִיהוּ שְׁמַעְתִּין דְּהָתָם תֵּימַהּ הֵיכִי דִּיֵּיק מִינָּהּ דְּעָשָׂה כב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם דִּרְאָיָה דְּמַיְיתֵי בְּעָשָׂה כב"ה מַייְרֵי וְעוֹד וְכִי צָרִיךְ רְאָיָה עַל זֶה הֵיכָא דַּהֲלָכָה כב"ה שֶׁאִם עָשָׂה כב"ש לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם וצ"ל דְּאִיצְטְרִיךְ הָתָם לְאֵיתוֹיֵי הֵיכָא דב"ה מַחְמִירִים מִדְּרַבָּנָן וב"ש מוֹקְמִי לָהּ אַדְּאוֹרָיְיתָא וְלָא גָּזְרִינַן אִם עָשָׂה כְּדִבְרֵי ב"ש לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ אַפֵּי' דְּאוֹרָיְיתָא כִּדְאַשְׁכְּחַן לב"ש הֵיכָא דְּיָתֵיב אַפִּיתְחָא דִּמְטַלַּלְתָּא דְּגָזְרִי שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ וְקָאָמְרִי לֹא קִיַּימְתָּ מִצְוַת סֻוכָּה מִיָּמֶיךָ דְּאַפֵּי' מִדְּאוֹרַיְיתָּא לֹא קִייֵּם וּמִדְּבֵית שַׁמַּאי נִשְׁמַע לב"ה:
Qui te l'a enseigné ? C'est Beit Chammai, et n'en bouge pas, etc. Dans le Seder de Rav Amram, il est tranché qu'en six endroits la halakha suit Beit Chammai. Le premier : celui de la soucca, qui doit contenir sa tête, le gros de son corps et sa table. Le deuxième, dans Menahot, chapitre HaTekhelet (40a et parallèles), à propos du drap de lin soumis aux tsitsit : Beit Chammai exemptent et Beit Hillel obligent. Encore là-bas : combien de fils met-on ? Beit Chammai disent quatre, Beit Hillel disent trois. Encore là-bas : de combien [les fils] doivent-ils pendre ? Beit Chammai disent quatre, Beit Hillel disent trois. Dans tous ces cas on agit comme Beit Chammai. Un autre, dans le traité Berakhot, chapitre Elou Devarim (51b) : Beit Chammai disent qu'on balaie la maison puis qu'on se lave les mains ; et nous disons dans la Guemara que dans tout ce chapitre la halakha suit Beit Hillel, hormis ce cas. Encore là-bas, à la fin du chapitre, à propos de celui qui a mangé et bu sans bénir : la Guemara rapporte l'épisode de Rabba bar bar Hana, qui trouva une colombe d'or, et d'un disciple qui agit selon Beit Chammai et trouva une bourse, tandis que l'autre disciple, qui agit selon Beit Hillel, fut dévoré par un lion. Cela fait quelque difficulté avec ce qui est dit là-bas -- dans tout ce chapitre la halakha suit Beit Hillel, hormis ce cas -- et peut-être est-ce parce que Beit Hillel concèdent eux aussi qu'à priori (lekhathila) on agit du moins comme Beit Chammai. Et sur le fait qu'on ait tranché ici comme Beit Chammai, il n'y a pas lieu d'objecter depuis ce que nous disons au premier chapitre de Berakhot (11a) : Rav Yossef a dit, celui qui agit selon les paroles de Beit Chammai n'a rien fait du tout -- et l'on en apporte la preuve de cet épisode de la soucca : il advint que Rabbi Yo'hanan HaHorani tomba malade, et les Anciens de Beit Chammai et les Anciens de Beit Hillel allèrent le visiter ; ils le trouvèrent assis, tête et gros du corps dans la soucca et sa table dans la maison. Les Anciens de Beit Chammai lui dirent : si tu t'es conduit ainsi tous tes jours, tu n'as pas accompli la mitsva de la soucca de ta vie. Or l'on conclut là-bas que la halakha suit Rabbi Yo'hanan HaHorani, car cette controverse-là porte sur une grande soucca -- comme nous le concluons ici, qu'ils divergent sur deux points ; dans ce cas-là la halakha suit Beit Hillel, mais ici, dans une petite soucca, la halakha suit Beit Chammai. Toutefois la sougya de là-bas est étonnante : comment en déduire que celui qui agit selon Beit Chammai n'a rien fait du tout, alors que la preuve apportée traite d'un homme qui a agi selon Beit Hillel ? De plus, faut-il vraiment une preuve pour cela, là où la halakha suit Beit Hillel, à savoir que s'il a agi selon Beit Chammai il n'a rien fait du tout ? Il faut donc dire qu'il était nécessaire d'apporter [cette preuve] là-bas pour le cas où Beit Hillel sont plus stricts par décret rabbinique tandis que Beit Chammai s'en tiennent au niveau de la Torah et ne décrètent pas : [on enseigne alors] que s'il a agi selon les paroles de Beit Chammai il n'est pas quitte de son obligation, même au regard de la Torah. Ainsi le trouvons-nous chez Beit Chammai dans le cas de celui qui est assis à l'entrée de la soucca : ils décrètent de crainte qu'il ne se laisse entraîner à la suite de sa table, et disent, tu n'as pas accompli la mitsva de la soucca de ta vie -- c'est-à-dire que même selon la Torah il ne s'en est pas acquitté ; et de Beit Chammai nous apprenons pour Beit Hillel.
💡 Explication

La seconde version ne change pas la halakha, elle change la posture. Dans la première, Rav Chmouel bar Yitshak est acule et répond par une question. Ici il devance : oui, c'est Beit Chammai, et l'on ne s'en écarte pas. Le ika de-amri transforme une concession arrachée en décision revendiquée.

Tossefot en profite pour dresser la liste complète : six endroits où le Seder de Rav Amram tranche comme Beit Chammai -- notre soucca, trois cas de tsitsit dans Menahot, le balayage de la maison avant le lavage des mains dans Berakhot, et l'épisode des deux disciples. Puis il affronte l'objection frontale de Rav Yossef -- celui qui agit selon Beit Chammai n'a rien fait du tout -- en la limitant au cas de la grande soucca.

6
מַתְקִיף לַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מִמַּאי דְּבֵית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל בְּסֻוכָּה קְטַנָּה פְּלִיגִי? דִּלְמָא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה פְּלִיגִי, וּכְגוֹן דְּיָתֵיב אַפֻּומָּא דִּמְטֻולְּתָא וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת. דְּבֵית שַׁמַּאי סָבְרִי: גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ, וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי: לָא גָּזְרִינַן.

Rav Nahman bar Yitshak objecte : d'où [sais-tu] que Beit Chammai et Beit Hillel divergent au sujet d'une petite soucca ? Peut-être divergent-ils au sujet d'une grande soucca, dans le cas où il est assis à l'entrée de la soucca et où sa table est dans la maison : Beit Chammai tiennent que nous décrétons, de crainte qu'il ne se laisse entraîner à la suite de sa table, et Beit Hillel tiennent que nous ne décrétons pas.

💡 Explication

L'attaque porte sur la base même de la décision. Rav Chmouel bar Yitshak a supposé que la michna opposait Beit Chammai et Beit Hillel sur la mesure minimale. Rav Nahman bar Yitshak conteste cette lecture : rien ne l'impose. La michna peut viser une grande soucca, parfaitement valide, et porter sur la manière de s'y asseoir.

Le cas est celui d'un homme installé au seuil : sa tête et le gros de son corps sont à l'intérieur, sa table est restée dans la maison. Beit Chammai décrètent -- chema yimachekh ahar choulhano, de crainte qu'il ne se laisse entraîner à la suite de sa table et ne finisse le repas hors de la soucca. Beit Hillel ne décrètent pas. Si telle est la controverse, la mesure de la petite soucca n'a jamais été discutée entre eux -- et la halakha de Rav Chmouel bar Yitshak perd son fondement.

7
וְדַיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי: מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת, בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין. וְאִם אִיתָא, מַחְזֶקֶת וְאֵינָהּ מַחְזֶקֶת מִיבְּעֵי לֵיהּ.

Et [la formulation] est également précise, car il enseigne : celui dont la tête et le gros du corps étaient dans la soucca et dont la table était dans la maison -- Beit Chammai l'invalident et Beit Hillel le valident. Or s'il en était ainsi, il aurait fallu dire : qui contient et qui ne contient pas.

📜 Rachi (3)
וְדַיְקָא נָמֵי גָּרְסִינַן וְדַיְקָא נָמֵי כְּדִלְקַמָּן בִּגְדוֹלָה פְּלִיגִי וְהוּא יוֹשֵׁב עַל הַפֶּתַח מִבַּחוּץ וְרֹאשׁוֹ מֻושְׁכָּב לְתוֹכָהּ וְשֻׁולְחָנוֹ לִפְנֵי גּוּפוֹ בַּבַּיִת:
Et [la formulation] est également précise -- on lit bien ve-dika nami, comme plus loin. Ils divergent dans une grande [soucca] : il est assis à l'entrée, à l'extérieur, la tête étendue vers l'intérieur, et sa table devant son corps, dans la maison.
מִדְּקָתָנֵי גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא מִי שֶׁהָיָה וְלָא אַיְירֵי בְּשִׁיעוּרָא דְּסֻוכָּה:
Puisqu'il enseigne -- à propos de la controverse : celui dont la tête... ; [la michna] ne traite donc pas de la mesure de la soucca.
וְאִם אִיתָא דִּבְשִׁיעוּרָא דְּסֻוכָּה פְּלִיגִי לִיתְנֵי סֻוכָּה הַמַּחֲזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ כְּשֵׁרָה וְשֶׁאֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ ב"ש פּוֹסְלִין כו':
Or s'il en était ainsi -- qu'ils divergent sur la mesure de la soucca -- il aurait fallu enseigner : une soucca qui contient sa tête, le gros de son corps et sa table est kachère ; et celle qui ne contient que sa tête et le gros de son corps, Beit Chammai l'invalident, etc.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitshak ne se contente pas d'un peut-être : il produit un indice textuel, un dika nami. La michna ne dit pas une soucca qui contient ; elle dit celui dont la tête et le gros du corps étaient. Elle décrit un homme et sa posture, non un bâtiment et ses dimensions. Si la controverse portait sur la mesure, le tana aurait naturellement opposé mahzeket à eina mahzeket, qui contient à qui ne contient pas.

Rachi précise la scène : l'homme est assis sur le seuil, à l'extérieur, la tête étendue vers l'intérieur, la table devant lui, dans la maison. Il donne aussi la formulation exacte que la michna aurait dû avoir. C'est un argument de style, mais dans la lecture talmudique le choix des mots d'un tana engage son objet.

🖼️ Schéma
Le test des mots : ce que la michna dit, ce qu'elle aurait dû dire Deux Amoraim appliquent le même procédé -- dika nami -- et en tirent des conclusions opposées. Michna : celui dont la tête et le gros du corps étaient dans la soucca et sa table dans la maison -- BC invalident, BH valident Rav Nahman bar Yitshak lit l'ouverture La michna commence par celui dont la tête... Elle décrit une personne et sa posture. Si c'était la mesure, il aurait fallu : une soucca qui contient / qui ne contient pas Conclusion : grande soucca, décret chema yimachekh -- de crainte qu'il ne suive sa table hors de la soucca. Mar Zoutra lit la chute La michna finit par invalident / valident. Ces verbes portent sur un objet, la soucca. Si c'était la posture, il aurait fallu : il ne s'est pas acquitté / il s'est acquitté Conclusion : petite soucca, mesure La table entre-t-elle ou non dans les dimensions minimales ?
Le même procédé -- dika nami -- applique par deux Amoraim à deux endroits de la même michna, avec des conclusions opposées.
8
וּבְסֻוכָּה קְטַנָּה לָא פְּלִיגִי? וְהַתַּנְיָא: מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ — כְּשֵׁרָה. רַבִּי אוֹמֵר: עַד שֶׁיְּהֵא בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת.

Et dans une petite soucca ne divergent-ils donc pas ? Mais n'a-t-on pas enseigné : [une soucca] qui contient sa tête, le gros de son corps et sa table est kachère ; Rabbi dit : [elle ne l'est pas] tant qu'elle n'a pas quatre coudées sur quatre coudées.

💡 Explication

La Guemara résiste. Si Beit Chammai et Beit Hillel n'ont jamais discuté de la mesure d'une petite soucca, comment expliquer que deux baraitot rapportent sur ce point des positions inconciliables ?

Première baraita : le tana anonyme exige que la soucca contienne tête, gros du corps et table ; Rabbi (Yehouda HaNassi) exige davantage -- quatre coudées sur quatre. Retiens la mention explicite de la table : c'est elle qui va servir de réactif au segment suivant.

9
וְתַנְיָא אִידָךְ, רַבִּי אוֹמֵר: כָּל סֻוכָּה שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת — פְּסוּלָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֲפִילּוּ אֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ — כְּשֵׁרָה. וְאִילּוּ שֻׁולְחָנוֹ לָא קָתָנֵי. קַשְׁייָן אַהֲדָדֵי. אֶלָּא לָאו, שְׁמַע מִינָּה: הָא בֵּית שַׁמַּאי, הָא בֵּית הִלֵּל.

Et il est enseigné dans une autre [baraita] : Rabbi dit, toute soucca qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées est passoule ; et les Sages disent, même si elle ne contient que sa tête et le gros de son corps, elle est kachère -- et là, sa table n'est pas enseigné. Elles se contredisent l'une l'autre.

Ne faut-il donc pas en déduire : celle-ci [suit] Beit Chammai, celle-là Beit Hillel ?

💡 Explication

Les deux baraitot rapportent la même controverse avec Rabbi, mais l'avis opposé à Rabbi n'y est pas le même : la première mentionne la table, la seconde ne la mentionne pas. Ce n'est pas une variante de style -- c'est exactement le tefah supplémentaire qui sépare sept tefahim de six.

La résolution est classique : deux baraitot contradictoires reflètent deux écoles. Celle qui exige la table est Beit Chammai, celle qui ne l'exige pas est Beit Hillel. La preuve est indirecte mais forte : elle rétablit l'existence d'une controverse Beit Chammai / Beit Hillel sur la mesure d'une petite soucca, ce que Rav Nahman bar Yitshak avait mis en doute.

10
אָמַר מַר זוּטְרָא: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, מִדְּקָתָנֵי: ״בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין, וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין״, וְאִם אִיתָא, ״בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים לֹא יָצָא, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים יָצָא״ מִיבְּעֵי לֵיהּ.

Mar Zoutra a dit : notre michna aussi est précise, puisqu'elle enseigne Beit Chammai invalident et Beit Hillel valident ; car s'il en était ainsi, il aurait fallu dire : Beit Chammai disent, il ne s'est pas acquitté, et Beit Hillel disent, il s'est acquitté.

📜 Rachi (1)
אָמַר מָר זֻוטְרָא דַּיְקָא נָמֵי דְּבִקְטַנָּה פְּלִיגִי וּבְשִׁיעוּרָא דְּפוֹסְלִין וּמַכְשִׁירִין עַל כָּרְחָךְ אַסֻּוכָּה מְהַדְּרִי:
Mar Zoutra dit : c'est également précis -- [à savoir] qu'ils divergent dans une petite [soucca] et sur la mesure ; car les termes invalident et valident se rapportent nécessairement à la soucca [elle-même].
💡 Explication

Mar Zoutra retourne l'arme contre Rav Nahman bar Yitshak, avec le même procédé applique à l'autre bout de la même phrase. Si la michna décrivait une conduite -- se tenir au seuil, table dehors -- elle aurait jugé l'homme : il s'est acquitté ou il ne s'est pas acquitté. Or elle emploie posslin et makhchirin, invalident et valident, deux verbes qui ne peuvent porter que sur un objet : la soucca.

Le folio se retrouve donc avec deux lectures, chacune appuyée sur un mot de la michna, et chacune démolie par un autre mot de la même michna. C'est cette impasse symétrique qui va imposer la solution du segment 11.

11
וְאֶלָּא קַשְׁיָא ״מִי שֶׁהָיָה״!

Mais alors, [la formule] celui dont [la tête]... fait difficulté !

⚖️ Rosh (1)
הָיְתָה גָּבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים וּבָא לְמַעֲטָהּ. מִיעֲטָהּ בְּכָרִים וּכְסָתוֹת לָא הָוֵי מִיעוּט. וְאַף עַל גַּב דְּבַטְּלִינְהוּ בָּטְלָה דַּעְתּוֹ אֵצֶל כָּל אָדָם. תֶּבֶן וּבִטְּלוֹ הָוֵי מִיעוּט וכ"ש בְּעָפָר וּבִטְּלוֹ. תֶּבֶן סְתָם וְעָפָר וְעָתִיד לְפַנּוֹתוֹ כ"ע לָא הָוֵי בִּיטּוּל. תֶּבֶן וְאֵין עָתִיד לְפַנּוֹתוֹ אוֹ עָפָר סְתָם פְּלֻוגְתָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי וְרַבָּנָן לְרַבָּנָן לָא בְּטִיל לְרַבִּי יוֹסֵי בָּטֵל. וַהֲלָכָה כְּרַבָּנָן. כָּל בִּיטּוּל דִּשְׁמַעְתִּין פרש"י לז' הַיָּמִים. ור"ח וְרַבֵּינוּ אֲבִי הָעֶזְרִי פֵּירְשׁוּ עַד עוֹלָם וְנִרְאֶה כְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י דְּבִיטּוּל דְּהָכָא כָּל זְמַן מִצְוַת סֻוכָּה דֻּומְיָא דְּמִיעוּט דְּכֹותֶל וְחָרִיץ שֶׁבֵּין ב' חֲצֵירוֹת דְּפֶרֶק חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף עז:) דְּלָא בָּעֵי בִּיטּוּל אֶלָּא בְּאוֹתָהּ שַׁבָּת דְּקָאָמַר הָתָם דְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל בְּשַׁבָּת מְמַעֵט אֲבָל דָּבָר הַנִּיטָּל אֵינוֹ מְמַעֵט:
Si elle était haute de plus de vingt [coudées] et qu'il vient à la réduire : l'avoir réduite au moyen de coussins et de matelas ne constitue pas une réduction ; et même s'il les a annulés [au sol], son intention est nulle au regard de celle de tout homme. De la paille qu'il a annulée constitue une réduction, et à plus forte raison de la terre qu'il a annulée. De la paille sans précision, ou de la terre qu'il compte enlever : de l'avis de tous, ce n'est pas une annulation. De la paille qu'il ne compte pas enlever, ou de la terre sans précision : controverse entre Rabbi Yossi et les Sages -- pour les Sages ce n'est pas annulé, pour Rabbi Yossi c'est annulé ; et la halakha suit les Sages. Toute annulation dont parle notre sougya, Rachi l'explique comme valant pour les sept jours [de la fête] ; Rabbenou Hananel et Rabbenou Avi HaEzri l'ont expliquée comme valant pour toujours. L'explication de Rachi paraît juste : l'annulation dont il s'agit ici vaut pour toute la durée de la mitsva de la soucca, à l'instar de la réduction du mur et de la tranchée entre deux cours, au chapitre Halon (Erouvin 77b), où l'on n'exige l'annulation que pour ce Chabbat-là -- puisqu'on y dit qu'un objet qui ne peut être déplacé le Chabbat réduit [la hauteur], tandis qu'un objet déplaçable ne la réduit pas.
💡 Explication

Une seule ligne, mais elle est le pivot du folio. Si Mar Zoutra a raison et que la michna traite de la mesure, l'ouverture reste inexplicable : pourquoi mi she-haya, celui dont la tête était -- une personne, un passé, une situation ? Les deux indices textuels sont bons ; ils ne peuvent pas être vrais ensemble tant qu'on ne cherche qu'une seule controverse.

12
לְעוֹלָם בָּתַרְתִּי פְּלִיגִי: פְּלִיגִי בְּסֻוכָּה קְטַנָּה, וּפְלִיגִי בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה. וְחַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יָצָא, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: יָצָא. וְשֶׁאֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בִּלְבַד, בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין, וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין.

En réalité, ils divergent sur deux points : ils divergent au sujet d'une petite soucca, et ils divergent au sujet d'une grande soucca. Et la michna est elliptique (hasourei mihasra), et voici ce qu'elle enseigne : celui dont la tête et le gros du corps étaient dans la soucca et dont la table était dans la maison -- Beit Chammai disent, il ne s'est pas acquitté, et Beit Hillel disent, il s'est acquitté ; et [une soucca] qui ne contient que sa tête et le gros de son corps seulement -- Beit Chammai l'invalident et Beit Hillel la valident.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לָא גָרְסִינַן וְהָכִי גָרְסִינַן לְעוֹלָם בָּתַרְתִּי פְּלִיגִי:
Ela -- on ne lit pas [ce mot] ; on lit ainsi : le-olam bitrei pligui (en réalité, ils divergent sur deux points).
💡 Explication

La sortie est de refuser le choix. Le-olam bitrei pligui : les deux lectures sont vraies, parce qu'il y a deux controverses. Sur la grande soucca, c'est le décret qui les sépare ; sur la petite, c'est la mesure. Chaque dika nami visait sa propre controverse -- et chacun avait raison.

Le prix à payer est le procédé du hasourei mihasra : déclarer que la michna, telle qu'elle nous est parvenue, est incomplète, et en restituer le texte plein. Là où l'on lisait un couple de positions, il faut en lire deux. Remarque que le vocabulaire suit exactement la logique : au premier cas, il s'est acquitté / il ne s'est pas acquitté -- on juge l'homme ; au second, kachère / passoule -- on juge la soucca. La restitution valide rétrospectivement les deux arguments de mots.

🖼️ Schéma
Hasourei mihasra : la michna restituée Une seule clause transmise, deux controverses à y loger. La Guemara en reconstitue le texte complet. Texte transmis : mi she-haya rocho ve-roubo ba-soucca ve-choulhano betokh ha-bayit -- BC posslin, BH makhchirin Cas 1 -- la grande soucca : où peut-on s'asseoir ? Celui dont la tête et le gros du corps étaient dans la soucca et sa table dans la maison : Beit Chammai : il ne s'est pas acquitté Beit Hillel : il s'est acquitté Cas 2 -- la petite soucca : quelle mesure minimale ? Et celle qui ne contient que sa tête et le gros de son corps seulement : Beit Chammai : elle est passoule Beit Hillel : elle est kachère
La michna telle que la Guemara la restitue : deux cas, deux couples de positions, deux vocabulaires distincts.
13
מַאן תְּנָא לְהָא דְּתָנוּ רַבָּנַן: בַּיִת שֶׁאֵין בּוֹ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת — פָּטוּר מִן הַמְּזוּזָה, וּמִן הַמַּעֲקֶה, וְאֵינוֹ מְטַמֵּא בִּנְגָעִים, וְאֵינוֹ נֶחְלָט בְּבָתֵּי עָרֵי חוֹמָה,

Qui est le tana de ce qu'ont enseigné les Sages : une maison qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées est exempte de la mezouza et du garde-corps (maaké), ne contracte pas l'impureté des negaim (plaies des maisons), et n'est pas acquise définitivement au titre des maisons des villes closes de murailles,

📜 Rachi (2)
פָּטוּר מִן הַמְּזוּזָה כֻּולָּהּ מְפָרֵשׁ טַעְמָא לְקַמָּן:
Exempte de la mezouza -- l'ensemble [de ces exemptions], la raison en est expliquée plus loin.
וְאֵינוֹ נֶחְלָט אֶלָּא פּוֹדֵהוּ לְעוֹלָם וְיוֹצֵא בַּיּוֹבֵל אִם לֹא גְּאָלוֹ כִּשְׁאָר קַרְקַע בְּלֹא בִּנְיָן:
Et n'est pas acquise définitivement -- il peut au contraire la racheter en tout temps, et elle ressort au Yovel s'il ne l'a pas rachetée, comme tout autre terrain sans construction.
🗂️ Tossefot (1)
בַּיִת שֶׁאֵין בּוֹ ד' אַמּוֹת. בַּיְּרוּשַׁלְמִי חֲשִׁיב שֶׁאֵין טוֹבֵל לְמַעֲשֵׂר וְהַנּוֹדֵר מִן הַבַּיִת מֻותָּר לִיכָּנֵס בּוֹ וְעוֹד הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְעִנְיַן פֶּתַח בֵּית אָב שֶׁל נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה:
Une maison qui n'a pas quatre coudées. Dans le Yerouchalmi, on compte encore qu'elle ne fixe pas [les fruits] pour le maasser (dîme), et que celui qui fait vœu de s'abstenir de la maison a le droit d'y entrer. On aurait pu ajouter encore le cas de l'entrée de la maison paternelle d'une jeune fille fiancée.
💡 Explication

Changement de sujet déclenché par un mot. La mesure de quatre coudées sur quatre vient d'apparaître comme seuil de la soucca selon Rabbi ; la Guemara enchaîne sur une baraita où la même mesure sert de seuil à la maison. La question man tana cherche l'auteur : cette baraita serait-elle de Rabbi, cohérent avec lui-même ?

En dessous de quatre coudées sur quatre, le bâtiment n'a pas le statut de maison, et toutes les halakhot qui présupposent une maison tombent : pas de mezouza, pas de maaké sur le toit, pas d'impureté de negaim, et la vente dans une ville close de murailles n'est jamais définitive -- le vendeur peut toujours racheter, et le bien ressort au Yovel comme un terrain nu.

14
וְאֵין חוֹזְרִין עָלָיו מֵעוֹרְכֵי הַמִּלְחָמָה, וְאֵין מְעָרְבִין בּוֹ, וְאֵין מִשְׁתַּתְּפִין בּוֹ, וְאֵין מַנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב,

et l'on ne revient pas pour elle des rangs de l'armée, et l'on ne fait pas d'erouv avec elle, et l'on ne fait pas de chitouf avec elle, et l'on n'y dépose pas l'erouv,

📜 Rachi (4)
מֵעוֹרְכֵי הַמִּלְחָמָה מִי הָאִישׁ אֲשֶׁר בָּנָה בַיִת חָדָשׁ וְגוֹ' (דְּבָרִים כ׳:ה׳):
Des rangs de l'armée -- quel est l'homme qui a bâti une maison neuve, etc. (Devarim 20,5).
וְאֵין מְעָרְבִין בּוֹ דֶּרֶךְ בָּתֵּיהֶם לִהְיוֹת פִּתּוּחִין לֶחָצֵר וְהַרְבֵּה בָּתִּים פְּתוּחִים לְחָצֵר אַחַת וְהֵן יוֹצְאִין דֶּרֶךְ חָצֵר לִרְשׁוּת הָרַבִּים נִמְצָא הֶחָצֵר רְשׁוּת לְכֻולָּן וְהַבָּתִּים כָּל אֶחָד מְיֻוחָד לִבְעָלָיו וְאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין מוֹצִיאִין מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת בְּלֹא עֵירוּב שֶׁיְּעָרֵב כָּל הָרְשׁוּיוֹת לִהְיוֹתָם רְשׁוּת אַחַת וְתִיקְּנוּ לִיתֵּן כָּל בַּיִת וּבַיִת שֶׁבֶּחָצֵר פַּת וְכֻולָּן בְּסַל אֶחָד וּמַנִּיחִין אוֹתוֹ בְּאֶחָד מִן הַבָּתִּים וְנַעֲשִׂים כֻּולָּם כְּאִילּוּ דָּרִין בְּאוֹתוֹ בַּיִת וְכָל הַבָּתִּים דִּירָה אַחַת וְאַשְׁמְעִינַן הָכָא דְּבַיִת שֶׁאֵין בּוֹ ד' עַל ד' אֵין צָרִיךְ לִיתֵּן אֶת הַפַּת:
Et l'on ne fait pas d'erouv avec elle -- leurs maisons donnaient d'ordinaire sur une cour, et de nombreuses maisons s'ouvraient sur une même cour ; leurs habitants sortaient par la cour vers le domaine public. Il se trouve ainsi que la cour est un domaine commun à tous, tandis que chaque maison appartient en propre à son maître. Or les Sages ont dit qu'on ne transporte pas d'un domaine à l'autre sans erouv, lequel unit tous ces domaines en un seul ; ils ont institué que chaque maison de la cour donne du pain, le tout dans une même corbeille déposée dans l'une des maisons -- et tous sont alors comme s'ils résidaient dans cette maison, toutes les maisons ne formant qu'une seule demeure. Notre baraita nous enseigne ici qu'une maison qui n'a pas quatre sur quatre n'a pas à donner sa part de pain.
וְאֵין מִשְׁתַּתְּפִין בּוֹ שֶׁתִּיקְּנוּ חֲכָמִים עַל כָּל חָצֵר הַפְּתוּחָה לַמָּבוֹי כְּדֶרֶךְ שֶׁתִּיקְּנוּ עֵירוּב לְבָתֵּי הֶחָצֵר שֶׁיְּהוּ נוֹתְנִין בְּשִׁיתּוּף וְאִם בַּיִת קָטָן זֶה פָּתוּחַ לְחָצֵר שֶׁבַּמָּבוֹי וְאֵין בַּיִת אַחֵר פָּתוּחַ לָהּ אֵין מִשְׁתַּתְּפִין בּוֹ אֵין צְרִיכָה לִיתֵּן בְּשִׁיתּוּף:
Et l'on ne fait pas de chitouf avec elle -- car les Sages ont institué, pour chaque cour qui s'ouvre sur une ruelle, à la manière de l'erouv qu'ils ont institué pour les maisons d'une cour, qu'on donne [sa part] dans le chitouf. Et si cette petite maison s'ouvre sur une cour donnant sur la ruelle, sans qu'aucune autre maison ne s'y ouvre, on ne fait pas de chitouf avec elle : elle n'a pas à donner sa part dans le chitouf.
וְאֵין מַנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב הֶחָצֵר לְאַחַר שֶׁגָּבוּ אוֹתוֹ מִן הַבָּתִּים:
Et l'on n'y dépose pas l'erouv -- celui de la cour, après l'avoir collecté auprès des maisons.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵין מַנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב. דְּלָא חֲזֵי לְדִירָה וְאַפֵּי' לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר פֶּרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מט. וְשָׁם) עֵירוּב מִשּׁוּם קִנְיָן לָא מִיקְּנוּ רְשׁוּתַייְהוּ בִּשְׁבִיל בַּיִת דְּלָא חֲזֵי לְדִירָה וְדִכְוָותֵיהּ אַשְׁכְּחַן הָתָם שְׁמוּאֵל גּוּפֵיהּ דְּאָמַר בַּיִת שֶׁמַּנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב אֵין צָרִיךְ לִיתֵּן פַּת מַאי טַעְמָא כֻּולְּהוּ הָכָא דַּייָּרֵי וְאַף עַל פִּי דְּאִית לֵיהּ עֵירוּב מִשּׁוּם קִנְיָן וּמִקְּנוּ אַהֲדָדֵי מִשּׁוּם דְּמַנְּחִי עֵירוּבָן בְּבֵיתוֹ:
Et l'on n'y dépose pas l'erouv. Parce qu'elle n'est pas apte à l'habitation. Et même selon Chmouel, qui dit au chapitre Mi Chehotsiouhou (Erouvin 49a et parallèles) que l'erouv opère par voie d'acquisition (kinyan), ils n'acquièrent pas leurs domaines par le moyen d'une maison qui n'est pas apte à l'habitation. Et nous trouvons quelque chose de semblable là-bas, de Chmouel lui-même, qui dit : la maison où l'on dépose l'erouv n'a pas à donner de pain -- pourquoi ? Parce que tous y résident [de ce fait] ; et cela bien qu'il tienne que l'erouv opère par acquisition et qu'ils s'acquièrent mutuellement [leurs droits], parce qu'ils déposent leur erouv dans sa maison.
💡 Explication

La liste continue, et passe des obligations attachées à la maison aux institutions rabbiniques qui reposent sur elle. On ne rentre pas du front pour une telle maison, car le verset dit qui a bâti une maison neuve (Devarim 20,5) -- et celle-ci n'en est pas une.

Les trois derniers cas relèvent d'Erouvin. Rachi rappelle tout le dispositif : plusieurs maisons ouvrant sur une cour commune, chacune apporte du pain dans une même corbeille déposée dans l'une d'elles, et toutes deviennent alors une seule demeure. Une maison de moins de quatre sur quatre ne donne pas sa part pour l'erouv des cours, ni pour le chitouf des ruelles -- et l'on ne peut pas non plus y déposer l'erouv collecté. Tossefot précise le motif : elle n'est pas apte à l'habitation, et cela vaut même selon Chmouel, pour qui l'erouv opère par acquisition.

🖼️ Schéma
Ce qu'une maison de moins de 4 coudées sur 4 n'est pas Huit conséquences énumérées dans notre folio -- la liste se poursuit sur le folio suivant. Moins de 4 coudées sur 4 ce n'est pas une maison 1. Mezouza exempte : pas de mezouza à son montant 2. Maaké exempte : pas de garde-corps sur le toit 3. Negaim ne contracte pas l'impureté des plaies 4. Batei arei homa la vente n'est jamais définitive 5. Orkhei hamilhama on ne revient pas des rangs de l'armée 6. Erouv des cours elle n'a pas à donner sa part de pain 7. Chitouf des ruelles elle n'a pas à participer non plus 8. Dépôt de l'erouv on n'y dépose pas l'erouv collecté
Les huit conséquences énumérées dans notre folio pour une maison qui n'atteint pas quatre coudées sur quatre.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).