Sukkah 3b -- la maison qui n'en est pas une : huit lois refusées à la maisonnette, et deux corrections qui sauvent la baraita

Sukkah 3b

Sougya : Le folio est tout entier occupé par la baraita ouverte à la fin de 3a : une maison de moins de quatre coudées sur quatre n'est pas une maison. La guemara établit d'abord que la baraita n'oblige pas à suivre Rabbi -- même les Sages, qui tolèrent une petite soucca parce qu'elle n'est qu'une demeure temporaire, concèdent que la maison, demeure permanente, exige que des gens puissent y habiter.

Cinq lois de la Tora tombent alors d'un seul coup : mezouza, garde-corps, negaim, villes closes de murailles, retour du front -- toutes emploient le mot bayit. Restent les lois rabbiniques, où le critère devient l'aptitude réelle à l'habitation, et où la baraita résiste.

L'erouv occupe le cœur du folio. La baraita distingue : on n'y dépose pas l'érouvé hatserot, mais on y dépose le chitoufé mevoot -- car le premier joint des maisons et exige donc une vraie maison, tandis que le second joint des cours, qui ne sont déjà pas des demeures.

La preuve tirée d'une michna d'Erouvin se retourne pourtant contre elle-même, puisque cette michna disqualifie le beit chaar, l'akhsadra et la mirpesset ; d'où un premier ela eima qui relit dans la cour comme dans une maison de la cour. Viennent ensuite l'ibbour entre deux villes -- la maisonnette vaut moins qu'un bourgane, la hutte du gardien, parce que celle-ci est apte à son usage et celle-là non -- puis le partage entre frères et associés, où une inférence a contrario se heurte à la michna exigeant quatre coudées pour chacun, et impose un second ela eima : il ne s'agissait pas de partager la maison, mais de savoir si sa porte pèse dans le partage de la cour, selon Rav Houna ou selon Rav Hisda.

Elle n'y pèse pas : vouée à la démolition, elle n'a rien à décharger devant sa porte. Le folio se clôt par un retour à la michna d'ouverture : rehausser le sol d'une soucca trop haute avec des coussins et des couvertures ne diminue pas sa hauteur, car nul ne les laissera exposés sept jours durant.

La maison de moins de quatre coudées sur quatre : huit lois qui la refusent, deux raisons seulement La baraita énumère ; la guemara demande à chaque fois mai taama, et ne trouve que deux ressorts. Bayit de moins de 4 amot sur 4 amot Raison 1 : la Tora écrit BAYIT Cinq lois de la Tora. Le mot maison y figure ; ceci n'est pas une maison. Donc exempte. 1. Mezouza -- mezouzot de ta maison 2. Maaké (garde-corps) -- si tu bâtis une maison neuve 3. Negaim des maisons -- celui à qui est la maison 4. Villes closes de murailles -- vend une maison 5. Retour du front -- qui a bâti une maison neuve Un seul mot règle les cinq d'un coup : pas de discussion, la guemara passe. Raison 2 : lo hazi le-dira Lois rabbiniques. Le critère n'est plus le mot, c'est l'aptitude réelle à l'habitation. 6. Érouv et chitouf -- mais nuance, voir schéma 2 7. Ibbour entre deux villes -- moins qu'un bourgane 8. Partage entre frères et associés -- à corriger Ces trois-là résistent : chacune oblige la guemara à préciser, restreindre ou corriger la baraita. C'est là tout le travail du folio. Le fil du folio : trois résistances Érouv -- on n'y dépose pas l'erouv des cours, mais on y dépose le chitouf des ruelles : ce n'est pas moins qu'une cour, et le chitouf se dépose bien dans une cour. Ibbour -- pas même le statut d'un bourgane : la hutte du gardien sert à son usage, cette maison ne sert pas au sien. Partage -- l'inférence a contrario est fausse (il faut 4 pour chacun) : lire non pas le partage de la maison, mais le din de partage de la cour.
Les huit lois de la baraita réparties selon leur ressort : cinq réglées par le seul mot bayit écrit dans la Tora, trois qui exigent un travail parce qu'elles reposent sur l'aptitude réelle à l'habitation.
Érouvé hatserot et chitoufé mevoot : pourquoi l'un exige une maison et l'autre non Toute la nuance du folio tient à ce que chaque erouv est censé joindre. Érouvé hatserot Ce qu'il joint : les MAISONS d'une même cour. Fiction juridique : tous demeurent dans la maison où l'on a déposé le pain. Donc : il faut une vraie maison. Exclus : beit chaar, akhsadra, mirpesset -- et la maison de moins de 4 sur 4. Rachi : ce n'est pas apte à l'habitation, puisque tout entrant et sortant y passe. Chitoufé mevoot Ce qu'il joint : les COURS d'une même ruelle. Or une cour n'est déjà pas une demeure -- elle n'est même pas couverte. Donc : aucune demeure exigée. On le dépose dans l'avir de la cour, pourvu que le lieu soit garde. D'où : la petite maison convient, car elle n'est pas moindre qu'une cour. La michna d'Erouvin corrigée Lecture littérale : érouvé hatserot DANS LA COUR -- impossible, la michna exclut déjà les lieux non habitables. Ela eima : érouvé hatserot dans une MAISON de la cour ; chitoufé mevoot dans une COUR de la ruelle. Ce que la correction gagne aussi Le dans la cour ne visait pas l'espace découvert mais l'une de ses maisons -- et sert à exclure une maison d'une AUTRE cour. De même dans la ruelle exclut une cour d'une autre ruelle. La correction ne sauve pas seulement la michna : elle lui rend son enseignement propre.
Le coeur du folio : érouvé hatserot et chitoufé mevoot ne joignent pas la même chose, donc n'exigent pas le même contenant -- d'où la correction de la michna d'Erouvin.
L'ibbour entre deux villes : la maison qui fait ventre Comme une femme enceinte dont le ventre fait saillie -- image de Rachi pour le mot ibbour. Ville A techoum à mesurer Ville B techoum à mesurer bayit 70 amot et un reste 70 amot et un reste 141 amot et un tiers -- deux karpefot, l'écart maximal admis Maison de 4 amot ou plus Elle compte : elle absorbe l'espace vide et soude les deux villes en une seule. On mesure alors les 2000 amot depuis le bord extérieur de l'ensemble. Maison de moins de 4 amot Elle ne compte pas -- pas même comme un bourgane, la hutte de branchages du gardien de fruits. Le bourgane est apte à SON usage : y passer une nuit. Une maison, non.
L'ibbour entre deux villes selon Rachi : la maison intercalaire fait ventre et soude les deux villes -- à condition d'avoir quatre coudées.
1
וְאֵין עוֹשִׂין אוֹתוֹ עִיבּוּר בֵּין שְׁתֵּי עֲייָרוֹת, וְאֵין הָאַחִין וְהַשֻּׁותָּפִין חוֹלְקִין בּוֹ.

Et on n'en fait pas un ibbour (rattachement) entre deux villes, et les frères ou les associés ne le partagent pas.

📜 Rachi (2)
וְאֵין עוֹשִׂין אוֹתוֹ עִיבּוּר בֵּין שְׁתֵּי עֲיָירוֹת דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת עֵירוּבִין (דַּף נז.) נוֹתְנִין קַרְפֵּף לִשְׁתֵּי עֲיָירוֹת אִם יֵשׁ לָזוֹ שִׁבְעִים אַמָּה וְשִׁירַיִים וְלָזוֹ שִׁבְעִים אַמָּה וְשִׁירַייִם עוֹשֶׂה קַרְפֵּף לִשְׁתֵּיהֶן לִהְיוֹת אַחַת שְׁתֵּי עֲיָירוֹת הַמֻּובְדָּלוֹת זוֹ מִזּוֹ קמ"א אַמּוֹת וּשְׁלִישׁ וְיֵשׁ בָּאֶמְצַע בַּיִת נִמְצָא אוֹתוֹ בַּיִת בְּתוֹךְ שִׁבְעִים אַמָּה וְד' טְפָחִים לִשְׁתֵּיהֶן נַעֲשֶׂה אוֹתוֹ בַּיִת כְּעִיבּוּר לָהֶן כְּאִשָּׁה עֻובָּרָה שֶׁכְּרֵיסָהּ בּוֹלֶטֶת וּמִצְטָרֶפֶת לִהְיוֹת שְׁתֵּיהֶן כְּאַחַת לְלָן בְּאַחַת מֵהֶן שֶׁיְּהוּ שְׁתֵּיהֶן לוֹ כְּד' אַמּוֹת וּמוֹנֶה אַלְפַּיִם מִחוּצָה לָהֶן וְאִם יֵשׁ בַּיִת פָּחוֹת מִד' אַמּוֹת אֵינוֹ חָשׁוּב לְצָרְפָן:
Et on n'en fait pas un ibbour entre deux villes -- car nous avons appris au traité Erouvin (57a) : on donne un karpef aux deux villes ; si celle-ci a soixante-dix coudées et un reste et celle-là soixante-dix coudées et un reste, il fait un karpef pour les deux, de sorte qu'elles n'en soient qu'une. Deux villes séparées l'une de l'autre de cent quarante et une coudées et un tiers, et il y a au milieu une maison : cette maison se trouve dans les soixante-dix coudées et quatre tefahim de chacune des deux, et cette maison leur devient comme un ibbour -- comme une femme enceinte dont le ventre fait saillie -- et elle les joint pour qu'elles n'en soient qu'une, de sorte que celui qui passe la nuit dans l'une d'elles ait les deux comme quatre coudées, et compte deux mille [coudées] à partir de leur extérieur. Et s'il y a une maison de moins de quatre coudées, elle n'est pas assez importante pour les joindre.
וְאֵין הָאַחִין אוֹ הַשֻּׁותָּפִין חוֹלְקִין בּוֹ קס"ד הַשְׁתָּא שֶׁאֵין יְכוֹלִין לָכֹוף זֶה אֶת זֶה לְחַלֵּק לְפִי שֶׁאֵין בּוֹ כְּדֵי לָזֶה וּכְדֵי לָזֶה:
Et les frères ou les associés ne le partagent pas -- on pense pour l'instant (ka salka daatakh) qu'ils ne peuvent pas se contraindre l'un l'autre au partage, parce qu'il n'y a pas de quoi [donner une part] à celui-ci et une part à celui-là.
💡 Explication

Ces deux dernières clauses closent la liste ouverte à la fin de 3a. Une baraita énumère ce qu'une maison de moins de quatre coudées sur quatre n'est pas, et la guemara va reprendre chaque item en demandant mai taama, quelle en est la raison.

L'ibbour : quand deux villes sont trop éloignées pour n'en former qu'une, une maison intercalaire peut les souder, à la manière d'un ventre de femme enceinte qui fait saillie -- d'où le mot. Le partage : deux frères héritent d'un bien indivis ; l'un peut-il contraindre l'autre au partage ? Rachi note que l'on comprend d'abord la baraita au sens le plus simple -- il n'y a pas de quoi faire deux parts -- et c'est précisément cette lecture que la guemara devra abandonner.

🖼️ Schéma
L'ibbour entre deux villes : la maison qui fait ventre Comme une femme enceinte dont le ventre fait saillie -- image de Rachi pour le mot ibbour. Ville A techoum à mesurer Ville B techoum à mesurer bayit 70 amot et un reste 70 amot et un reste 141 amot et un tiers -- deux karpefot, l'écart maximal admis Maison de 4 amot ou plus Elle compte : elle absorbe l'espace vide et soude les deux villes en une seule. On mesure alors les 2000 amot depuis le bord extérieur de l'ensemble. Maison de moins de 4 amot Elle ne compte pas -- pas même comme un bourgane, la hutte de branchages du gardien de fruits. Le bourgane est apte à SON usage : y passer une nuit. Une maison, non.
L'ibbour selon Rachi : la maison intercalaire ne soude les deux villes que si elle a quatre coudées.
2
לֵימָא רַבִּי הִיא וְלָא רַבָּנַן? אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי רַבָּנַן הָתָם אֶלָּא לְעִנְיַן סֻוכָּה — דְּדִירַת עֲרַאי הִיא, אֲבָל לְגַבֵּי בַּיִת — דְּדִירַת קֶבַע הוּא, אֲפִילּוּ רַבָּנַן מוֹדוּ דְּאִי אִית בֵּיהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת — דָּיְירִי בֵּיהּ אִינָשֵׁי, וְאִי לָא — לָא דָּיְירִי בֵּיהּ אִינָשֵׁי.

Dirons-nous que c'est Rabbi, et non les Sages ? Même si tu dis que ce sont les Sages : les Sages n'ont dit cela là-bas qu'à propos de la soucca -- qui est une demeure temporaire (dirat arai) ; mais s'agissant d'une maison -- qui est une demeure permanente (dirat keva) -- même les Sages concèdent que s'il y a quatre coudées sur quatre coudées, des gens y habitent, et si non, des gens n'y habitent pas.

📜 Rachi (2)
לֵימָא רַבִּי הִיא דְּלָא חֲשִׁיב סֻוכָּה בְּצִיר מִד' אַמּוֹת:
Dirons-nous que c'est Rabbi -- lui qui ne tient pas pour soucca [une soucca] de moins de quatre coudées.
וְלָא רַבָּנַן דְּכִי הֵיכִי דְּמַכְשְׁרִי בְּסֻוכָּה אַלְמָא דִּירָה הִיא וְהוּא הַדִּין לְכָל מִילֵּי דְּבַיִת:
Et non les Sages -- car du moment qu'ils la déclarent kachère comme soucca, c'est donc qu'elle est une demeure, et il en va de même pour toutes les affaires de maison.
💡 Explication

La guemara cherche l'auteur de la baraita. Puisqu'elle prend quatre coudées sur quatre pour seuil de la maison, elle semble supposer Rabbi, seul à exiger cette mesure pour la soucca ; les Sages, eux, tiennent une soucca plus petite pour kachère, ce qui prouverait à leurs yeux qu'un tel espace est déjà une demeure.

La réponse dissocie les deux registres. Ce que les Sages ont concédé vaut pour la soucca parce qu'elle est arai : on accepte de s'y confiner sept jours. La maison, elle, est keva ; le critère n'est plus la tolérance passagère mais le fait brut -- daieri beih inchi, des gens y habitent-ils ? En dessous de quatre sur quatre, non. La baraita redevient donc lisible pour tous.

3
אָמַר מַר: פָּטוּר מִן הַמְּזוּזָה, וּמִן הַמַּעֲקֶה, וְאֵין מְטַמֵּא בִּנְגָעִים, וְאֵינוֹ נֶחְלָט בְּבָתֵּי עָרֵי חוֹמָה, וְאֵין חוֹזְרִין עָלָיו מֵעוֹרְכֵי הַמִּלְחָמָה. מַאי טַעְמָא? ד״בֵּית״ כְּתִיב בְּהוּ בְּכוּלְּהוּ.

Le Maître a dit : elle est exempte de la mezouza et du maaké (garde-corps), elle ne contracte pas l'impureté par les negaim, elle n'est pas acquise à titre définitif parmi les maisons des villes closes de murailles, et l'on ne fait pas revenir pour elle [un homme] des rangs de ceux qui partent à la guerre. Quelle en est la raison ?

Parce que le mot maison (bayit) est écrit à propos de toutes ces lois.

📜 Rachi (1)
כּוּלְּהוּ בַּיִת כְּתִיב בְּהוּ מְזוּזוֹת בֵּיתֶךָ (דְּבָרִים ו׳:ט׳) כִּי תִבְנֶה בַּיִת חָדָשׁ (שָׁם כב) וּבָא אֲשֶׁר לוֹ הַבַּיִת (וַיִּקְרָא י״ד:ל״ה) כִּי יִמְכֹּור בֵּית מוֹשַׁב (שָׁם כה) אֲשֶׁר בָּנָה בַיִת חָדָשׁ (דְּבָרִים כ׳:ה׳):
Le mot maison est écrit à propos de toutes -- les mezouzot de ta maison (Deutéronome 6,9) ; quand tu bâtiras une maison neuve (ibid. 22) ; et celui à qui appartient la maison viendra (Lévitique 14,35) ; s'il vend une maison d'habitation (ibid. 25) ; qui a bâti une maison neuve (Deutéronome 20,5).
💡 Explication

Premier bloc, et le plus vite règle. Ces cinq lois sont des lois de la Tora, et chacune emploie le mot bayit. Rachi aligne les cinq versets. Le raisonnement est purement lexical : le verset ne parle que d'une maison, et ceci n'en est pas une.

Noter la variété des domaines couverts par un seul mot : une obligation quotidienne (mezouza), une obligation de construction (maaké), un régime d'impureté (negaim des maisons), un régime de vente (batei arei homa, où la vente devient irrévocable au bout d'un an), et une exemption militaire. La guemara ne s'y attarde pas : la suite du folio portera sur les lois rabbiniques, où le mot ne suffit plus et où il faut raisonner sur l'aptitude réelle à l'habitation.

4
וְאֵין מְעָרְבִין בּוֹ, וְאֵין מִשְׁתַּתְּפִין בּוֹ, וְאֵין מַנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב. מַאי טַעְמָא — דְּלָא חֲזֵי לְדִירָה. עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת — אֵין מַנִּיחִין בּוֹ, אֲבָל שִׁיתּוּף מַנִּיחִין בּוֹ.

On ne fait pas d'erouv avec elle, on ne fait pas de chitouf avec elle, et l'on n'y dépose pas l'erouv. Quelle en est la raison ?

Parce qu'elle n'est pas apte à l'habitation. [Précision :] l'erouv des cours, on ne l'y dépose pas -- mais le chitouf, on l'y dépose.

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִינַן אֵין מְעָרְבִין וְאֵין מִשְׁתַּתְּפִין בּוֹ וְאֵין מַנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב דְּלָא חֲזֵי לְדִירָה עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת אֵין מַנִּיחִים בּוֹ אֲבָל שִׁיתּוּפֵי מְבוֹאוֹת מַנִּיחִין בּוֹ כו':
Voici la leçon (girsa) : on ne fait pas d'erouv avec elle, on ne fait pas de chitouf avec elle, et l'on n'y dépose pas l'erouv, car elle n'est pas apte à l'habitation ; l'erouv des cours, on ne l'y dépose pas, mais le chitouf des ruelles, on l'y dépose, etc.
דְּלָא חֲזֵי לְדִירָה וְטַעֲמָא דְּעֵירוּבָא מְפָרֵשׁ בְּעֵירוּבִין (דַּף מט.) מִשּׁוּם דִּירָה דְּבַיִת שֶׁנּוֹתְנִין בּוֹ הַפַּת שֶׁל עֵירוּב הָוֵי כְּאִילּוּ כֻּולָּן דָּרִין בְּתוֹכוֹ וְנִמְצֵאת כָּל הֶחָצֵר מִשְׁתַּמֶּשֶׁת לְבַיִת אֶחָד הִלְכָּךְ בַּיִת דְּרָאוּי לְדִירָה בָּעֵינַן וּפַת נָמֵי אֵינוֹ צָרִיךְ לִיתֵּן כֵּיוָן דְּלָא מִיקְּרֵי דִּירָה אֵין הַדָּר בּוֹ אוֹסֵר עַל בְּנֵי חָצֵר שֶׁאֵין רְשׁוּתוֹ כְּלוּם:
Car elle n'est pas apte à l'habitation -- et la raison de l'erouv est expliquée dans Erouvin (49a) : c'est en raison de l'habitation, car la maison où l'on dépose le pain de l'erouv devient comme si tous y demeuraient, et il se trouve alors que toute la cour sert à une seule maisonnée ; il faut donc une maison apte à l'habitation. Et il n'a pas non plus à donner de pain [pour l'erouv], puisqu'elle n'est pas appelée demeure : celui qui y habite n'interdit rien aux gens de la cour, car son droit d'usage n'est rien.
💡 Explication

Ici le ressort change : les erouvin sont d'institution rabbinique, le mot bayit du verset n'y peut rien. La raison donnée est fonctionnelle : lo hazi le-dira, elle n'est pas apte à l'habitation. Rachi explique le mécanisme : déposer le pain de l'erouv dans une maison revient à fictionner que tous les habitants de la cour y demeurent, la cour devenant alors l'annexe d'une seule maisonnée. Il faut donc une maison véritable.

Mais la baraita se trahit par sa propre formulation. Elle précise érouvé hatserot, l'erouv des cours -- donc pour le chitouf des ruelles, on peut bien y déposer. Cette inférence de précision ouvre toute la sougya suivante.

5
מַאי טַעְמָא — דְּלָא גָּרַע מֵחָצֵר שֶׁבְּמָבוֹי. דִּתְנַן: עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת בְּחָצֵר, שִׁיתּוּפֵי מָבוֹי בַּמָּבוֹי.

Quelle en est la raison ? Parce qu'elle n'est pas moindre qu'une cour donnant sur une ruelle.

Car nous avons appris : l'erouv des cours dans la cour, le chitouf de la ruelle dans la ruelle.

📜 Rachi (1)
דְּלָא גָּרַע מֵחָצֵר שֶׁאֵינוֹ מְקֹורֶה וְהַאי נָמֵי סִלֵּק הֶקֵּיפוֹ וְקֵרוּיוֹ כְּמִי שֶׁאֵינוֹ נִמְצָא שִׁיתּוּף עוֹמֵד בַּאֲוִיר הֶחָצֵר וּתְנַן (עֵירוּבִין דַּף פֹּה:) דְּשִׁיתּוּף נוֹתֵן בַּאֲוִיר הֶחָצֵר מִשּׁוּם דְּעֵירוּב הֶחָצֵר לְצֵירוּף הַבָּתִּים הוּא לִהְיוֹת כֻּולָּם כְּדָרִים בְּבַיִת אֶחָד הִלְכָּךְ בָּעֵינַן בַּיִת הָרָאוּי לְדִירָה וְשִׁתּוּף הַמָּבוֹי אֵינוֹ אֶלָּא לְצָרֵף הַחֲצֵרוֹת וַחֲצֵרוֹת לָאו דִּירָה נִינְהוּ וְהִלְכָּךְ לָא בָּעֵי דִּירָה אֶלָּא בַּאֲוִירָא שֶׁל חָצֵר דַּיּוֹ וּבְמָקוֹם מִשְׁתַּמֵּר וְיִהְיוּ כָּל הַחֲצֵרוֹת כֻּולָּן כְּאִילּוּ תַּשְׁמִישָׁן לִהְיוֹת אֶחָד:
Elle n'est pas moindre qu'une cour -- laquelle n'est pas couverte ; et celle-ci de même : ôte son enceinte et sa couverture, c'est comme si elles n'étaient pas, et il se trouve que le chitouf se tient dans l'air de la cour. Et nous avons appris (Erouvin 85b) que le chitouf se dépose dans l'air de la cour, parce que l'erouv de la cour sert à joindre les maisons pour que tous soient comme demeurant dans une seule maison -- il faut donc une maison apte à l'habitation ; tandis que le chitouf de la ruelle ne sert qu'à joindre les cours, et les cours ne sont pas des demeures ; il n'exige donc pas de demeure : l'air de la cour lui suffit, pourvu que ce soit un lieu gardé, et que toutes les cours soient comme si leur usage n'en faisait qu'un.
💡 Explication

Pourquoi le chitouf s'accommoderait-il de ce que l'erouv refuse ? Parce que le chitouf ne joint pas des maisons mais des cours -- et une cour n'est déjà pas une demeure : elle n'est même pas couverte. Puisque le chitouf se dépose valablement dans une cour, il se dépose à plus forte raison dans une petite maison, qui n'est pas moindre qu'une cour.

Rachi pousse l'image : ôtez à cette maisonnette son enceinte et son toit, il ne reste que de l'air -- or c'est bien dans l'air d'une cour que le chitouf se dépose. Il pose du même coup le principe général, qui gouverne tout le passage : chaque erouv exige un contenant proportionné à ce qu'il prétend joindre.

6
וְהָוֵינַן בָּהּ, עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת בֶּחָצֵר? וְהִתְנָן: הַנּוֹתֵן עֵירוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר אַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת — אֵינוֹ עֵירוּב, וְהַדָּר שָׁם אֵינוֹ אוֹסֵר.

Et nous avons discuté là-dessus : l'erouv des cours dans la cour ? Mais nous avons appris : celui qui dépose son erouv dans un beit chaar (loge du portier), un akhsadra (portique) ou une mirpesset (galerie) -- ce n'est pas un erouv ; et celui qui y demeure n'interdit pas [le transport aux autres].

📜 Rachi (4)
מִי מִינְּטַר לָא גָּרְסִינַן דְּאִי מִשּׁוּם נְטִירוּתָא תַּרְוַייְהוּ נְטִירוּתָא בָּעוּ וְעוֹד דִּבְחָצֵר מִנְּטַר הוּא בִּכְלִי וּמֵעֵירוּב פָּרִיךְ דְּבָעֲיָא בֵּית דִּירָה כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן אֶלָּא הָכִי גָּרְסִינַן עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת בֶּחָצֵר וְהָתְנַן הַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ כו' עֵירוּב הַגָּבוּי מִבָּתֵּי הֶחָצֵר וּנְתָנוֹ בְּבֵית שַׁעַר הַייְנוּ בַּיִת קָטָן שֶׁלִּפְנֵי שַׁעַר הֶחָצֵר אוֹ מִבִּפְנִים אוֹ מִבַּחוּץ וְשׁוֹמֵר הַפֶּתַח יוֹשֵׁב שָׁם:
Nous ne lisons pas mi minetar (est-ce gardé ?) : car s'il s'agissait de la garde, les deux exigeraient la garde -- et de plus, dans une cour, on garde [les aliments] dans un ustensile. C'est de l'erouv qu'il objecte, lequel exige une maison d'habitation, comme la suite le prouve. Mais voici la leçon : l'erouv des cours dans la cour ? Mais nous avons appris : celui qui dépose son erouv, etc. -- l'erouv collecte auprès des maisons de la cour, et qu'il a déposé dans un beit chaar, c'est-à-dire une petite construction devant la porte de la cour, en dedans ou en dehors, où se tient le gardien de la porte.
אַכְסַדְרָה שֶׁלִּפְנֵי הַבַּיִת שֶׁקּוֹרִין פורטק"א:
Akhsadra -- celui qui se trouve devant la maison, que l'on appelle porteka (portique).
מִרְפֶּסֶת עֲלִייָּה אֲרֻוכָּה עַל פְּנֵי הֶחָצֵר עַל פְּנֵי רְשׁוּת הָרַבִּים וּבָהּ פְּתָחִים הַרְבֵּה לְפִי מְחִיצוֹתֶיהָ וְדַיּוֹרִין בְּכָל אַחַת וְאַחַת וְעוֹשִׂין מִרְפֶּסֶת אֲרֻוכָּה לִפְנֵי הַפְּתָחִים כְּאֹורֶךְ עֲלִיָּיה וְכֻולָּן עוֹלִים בְּסֻולָּם אֶחָד לַמִּרְפֶּסֶת וְדֶרֶךְ הַמִּרְפֶּסֶת נִכְנָסִין וְיוֹצְאִין כֻּולָּן. מִרְפֶּסֶת אלויי"ר סֻולָּם אשקל"א:
Mirpesset -- un étage tout en longueur qui court le long de la cour, du côté de la voie publique, avec de nombreuses portes selon ses cloisons et des habitants dans chacune ; et l'on fait une longue galerie devant les portes, sur toute la longueur de l'étage, et tous montent à la galerie par une même échelle, et c'est par la galerie que tous entrent et sortent. Mirpesset : aloir ; échelle : eskala.
אֵינוֹ עֵירוּב דְּלָא חֲזֵי לְדִירָה שֶׁכָּל הַיּוֹצֵא וְנִכְנָס עוֹבֵר עָלָיו:
Ce n'est pas un erouv -- car ce n'est pas apte à l'habitation, puisque tout entrant et tout sortant y passe.
💡 Explication

La preuve tirée de la michna d'Erouvin se retourne contre elle-même. Si l'érouvé hatserot pouvait se déposer dans la cour, comment la même michna disqualifierait-elle la loge du portier, le portique et la galerie ? Ces trois lieux sont bien plus abrités qu'une cour à ciel ouvert.

La michna précise en outre que celui qui réside dans l'un de ces lieux n'interdit pas le transport aux autres résidents de la cour, même s'il n'a pas participé à l'erouv : son droit d'usage est juridiquement nul. C'est le même critère sous deux faces -- ce qui n'est pas une demeure ne reçoit pas l'erouv et n'oblige pas les autres. Rachi écarte au passage une variante textuelle qui aurait fait porter l'objection sur la garde des aliments : ce n'est pas la question, l'objection porte sur l'exigence d'une maison d'habitation.

7
אֶלָּא אֵימָא: עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת בְּבַיִת שֶׁבֶּחָצֵר, וְשִׁיתּוּפֵי מְבוֹאוֹת בְּחָצֵר שֶׁבַּמָּבוֹי. וְהַאי לָא גָּרַע מֵחָצֵר שֶׁבְּמָבוֹי.

Mais dis plutôt : l'erouv des cours dans une maison qui est dans la cour, et le chitouf des ruelles dans une cour qui est dans la ruelle. Et celle-ci n'est pas moindre qu'une cour de la ruelle.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא הָכִי קָאָמַר עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת בְּבַיִת שֶׁבֶּחָצֵר וְהַאי בְּחָצֵר דְּקָתָנֵי לָאו בַּאֲוִירָא אֶלָּא בְּאֶחָד הַבָּתִּים שֶׁבָּהּ וּלְאַפּוֹקֵי בַּיִת שֶׁבְּחָצֵר אַחֶרֶת שֶׁאֵין מְצָרְפָן וְשִׁיתּוּפֵי מְבוֹאוֹת דְּקָתָנֵי בְּמָבוֹי ה"נ קָאָמַר בְּאַחַת הַחֲצֵרוֹת שֶׁבַּמָּבוֹי וּלְאַפּוֹקֵי חָצֵר שֶׁבַּמָּבוֹי אַחֶרֶת:
Mais voici ce qu'il veut dire : l'erouv des cours dans une maison qui est dans la cour -- et ce dans la cour qu'il enseigne ne vise pas l'espace découvert, mais l'une des maisons qui s'y trouvent, à l'exclusion d'une maison située dans une autre cour, laquelle ne les joint pas. Et le chitouf des ruelles dans la ruelle qu'il enseigne veut dire de même : dans l'une des cours de la ruelle, à l'exclusion d'une cour située dans une autre ruelle.
💡 Explication

La correction -- ela eima -- ne modifie pas la doctrine, elle précise où porte chaque terme. Dans la cour signifiait : dans l'une des maisons de la cour, non dans son espace découvert. Dans la ruelle signifiait : dans l'une de ses cours.

Rachi montre que la michna, ainsi lue, garde un enseignement propre et n'est pas une simple redondance : elle exclut que l'on dépose l'erouv d'une cour dans la maison d'une autre cour, et le chitouf d'une ruelle dans une cour d'une autre ruelle. Et la conclusion tombe : le chitouf se déposant dans une cour, il se dépose dans notre maisonnette, qui n'est pas moindre.

🖼️ Schéma
Érouvé hatserot et chitoufé mevoot : pourquoi l'un exige une maison et l'autre non Toute la nuance du folio tient à ce que chaque erouv est censé joindre. Érouvé hatserot Ce qu'il joint : les MAISONS d'une même cour. Fiction juridique : tous demeurent dans la maison où l'on a déposé le pain. Donc : il faut une vraie maison. Exclus : beit chaar, akhsadra, mirpesset -- et la maison de moins de 4 sur 4. Rachi : ce n'est pas apte à l'habitation, puisque tout entrant et sortant y passe. Chitoufé mevoot Ce qu'il joint : les COURS d'une même ruelle. Or une cour n'est déjà pas une demeure -- elle n'est même pas couverte. Donc : aucune demeure exigée. On le dépose dans l'avir de la cour, pourvu que le lieu soit garde. D'où : la petite maison convient, car elle n'est pas moindre qu'une cour. La michna d'Erouvin corrigée Lecture littérale : érouvé hatserot DANS LA COUR -- impossible, la michna exclut déjà les lieux non habitables. Ela eima : érouvé hatserot dans une MAISON de la cour ; chitoufé mevoot dans une COUR de la ruelle. Ce que la correction gagne aussi Le dans la cour ne visait pas l'espace découvert mais l'une de ses maisons -- et sert à exclure une maison d'une AUTRE cour. De même dans la ruelle exclut une cour d'une autre ruelle. La correction ne sauve pas seulement la michna : elle lui rend son enseignement propre.
Le partage des rôles après la correction : l'erouv des cours joint des maisons et exige une maison ; le chitouf joint des cours et se contente de ce qui vaut une cour.
8
וְאֵין עוֹשִׂין אוֹתוֹ עִיבּוּר בֵּין שְׁתֵּי עֲיָירוֹת. דַּאֲפִילּוּ כְּבֻורְגָּנִין לָא מְשַׁוֵּינַן לֵיהּ. מַאי טַעְמָא — בֻּורְגָּנִין חֲזוּ לְמִילְּתַייְהוּ, וְהַאי לָא חֲזֵי לְמִילְּתֵיהּ.

Et on n'en fait pas un ibbour entre deux villes -- car nous ne lui donnons même pas le statut des bourganin. Quelle en est la raison ?

Les bourganin sont aptes à leur usage, tandis que celle-ci n'est pas apte au sien.

📜 Rachi (3)
בֻּורְגָּנִין צָרִיף שֶׁעוֹשִׂין מִן עֲרָבָה וְקָנִים לְשׁוֹמְרֵי פֵּירוֹת אוֹ לְצַייָּדֵי עוֹפוֹת וְתַנְיָא בְּעֵירוּבִין בְּכֵיצַד מְעַבְּרִין (עֵירוּבִין דַּף נה:) בֻּורְגָּנִין מִתְעַבְּרִין עִמָּהּ:
Bourganin -- une hutte que l'on fait de saule et de roseaux pour les gardiens de fruits ou les chasseurs d'oiseaux ; et il est enseigné dans Erouvin, chapitre Keitsad Me'abberin (55b) : les bourganin sont compris dans l'ibbour avec elle [la ville].
לְמִלְּתַיְיהוּ לְלִינַת לַיְלָה לְאָדָם אֶחָד:
À leur usage -- pour le coucher d'une nuit, pour un seul homme.
הָא לָא חָזֵי לְמִלְּתֵיהּ דְּכָל בַּיִת עָשׂוּי לְדִירַת קֶבַע תָּמִיד:
Mais celle-ci n'est pas apte à son usage -- car toute maison est faite pour une résidence permanente et durable.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵין עוֹשִׂין אוֹתוֹ עִיבּוּר בֵּין שְׁתֵּי עֲיָירוֹת. תֵּימַהּ הַאי בַּיִת מַאי עֲבִידְתֵּיהּ לר"מ דְּאָמַר פֶּרֶק כֵּיצַד מְעַבְּרִין (עֵירוּבִין דַּף נז. וְשָׁם) נוֹתְנִין קַרְפֵּף לָזוֹ וְקַרְפֵּף לָזוֹ בְּלֹא בַּיִת כָּךְ הִיא וְכֵן לְרַבָּנָן אַלִּיבָּא דְּרַב הוּנָא דְּבַגְּמָרָא וּלְחִייָּא בַּר רַב דְּאָמַר קַרְפֵּף אֶחָד לִשְׁתֵּיהֶן אוֹתוֹ קַרְפֵּף אֵינוֹ צָרִיךְ בַּיִת וְאִי כְּשֶׁיֵּשׁ יוֹתֵר מִמֵּאָה וְאַרְבָּעִים וְאַחַת אַמָּה וּשְׁלִישׁ אַמָּה בֵּין שְׁתֵּי עֲיָירוֹת דְּהוּא שִׁיעוּר שְׁנֵי קַרְפֵּיפוֹת שֶׁעַכְשָׁיו מִצְטָרֵף בַּיִת זֶה לְצָרְפָן דִּכְשֶׁיֵּשׁ בּוֹ ד' חֲשִׁיב לְמַעֵט הָאֲוִיר וּלְצָרְפָן וְאִי לֵית בֵּיהּ אַרְבַּע אַמּוֹת לָא חֲשִׁיב וְהָוֵי כְּמַאן דְּלֵיתָא וְאֵין הָעֲיָירוֹת מִתְחַבְּרוֹת בֵּין לְרַב הוּנָא בֵּין לִחְיָיא בַּר רַב א"כ מַה לּוֹ לְהַזְכִּיר שְׁתֵּי עֲייָרוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְאֵין עוֹשִׂין אוֹתוֹ עִיבּוּר לְעִיר אַחַת כֵּיוָן שֶׁאֵין בּוֹ ד' אַמּוֹת דְּאִי הֲוָה בּוֹ ד' אַמּוֹת וְקָאֵי לְתוֹךְ שִׁבְעִים אַמָּה וְשִׁירַיִים הֲוָה מִתְעַבֵּר עִם הָעִיר לִמְדֹּוד מִן הַבַּיִת דְּשֶׁל עִיר אַחַת יְכוֹלִין לַעֲשׂוֹת בֻּורְגָּנִין לָלֶכֶת בְּמָקוֹם שֶׁיִּרְצוּ כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין דַּף כא.) אָתֵיתוּ מִבַּרְנִישׁ לְבֵי כְנִישְׁתָּא דְּדָנִיֵּאל דְּהָוֵי תְּלָתָא פַּרְסֵי אַמַּאי סָמְכִיתוּ אַבֻּורְגָּנִין הָא אַבֹּוהַּ דְּאִימָּךְ אֲמַר אֵין בֻּורְגָּנִין בְּבָבֶל נְפַק אַחְוִי לֵיהּ מָתָוָותָא דְּמִיבַּלְעָן בְּשִׁבְעִים אַמָּה וְשִׁירַייִם וְאוֹמֵר רַשְׁבָּ"ם דְּגָרְסִינַן הָכָא וְאֵין עוֹשִׂין עִיבּוּר לָעִיר וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּגָרְסִינַן וְאֵין עוֹשִׂין אוֹתוֹ חִיבּוּר לָעִיר ור"ת מְקַיֵּים גִּירְסַת הַסְּפָרִים וּמְפָרֵשׁ דְּאֵין נוֹתְנִין לָזֶה הַבֵּית דִּין עִיבּוּר שֶׁבֵּין ב' עֲייָרוֹת דִּלְרַבָּנָן לְעִיר אַחַת בִּפְנֵי עַצְמָהּ אֵין לָהּ קַרְפֵּף כִּדְאָמְרִינַן (שָׁם דַּף נז.) לֹא אָמְרוּ קַרְפֵּף אֶלָּא בֵּין שְׁתֵּי עֲיָירוֹת וְאִם הָיָה לָזֶה הַבַּיִת ד' אַמּוֹת הָיָה לוֹ דִּין עִיר אַחַת לָתֵת לוֹ קַרְפֵּף כְּמוֹ לָעִיר וְהַיְינוּ נוֹתְנִין לְבַיִת זֶה וְלָעִיר שֶׁאֶצְלוֹ ב' קַרְפֵּיפוֹת כְּמוֹ בִּשְׁתֵּי עֲייָרוֹת לְרַב הוּנָא וּלְחִייָּא בַּר רַב קַרְפֵּף אֶחָד לִשְׁתֵּיהֶן דְּעַל כָּרְחֲךָ לָאו דַּוְקָא נָקְטִי רַבָּנָן שְׁתֵּי עֲייָרוֹת דְּהוּא הַדִּין עִיר וּבַיִת אֶלָּא אַגַּב דִּנְקַט ר"מ עִיר נָקְטִי רַבָּנָן שְׁתֵּי עֲיָירוֹת דְּהָא לְחִייָּא בַּר רַב דְּאָמַר קַרְפֵּף אֶחָד לִשְׁתֵּיהֶן עַל כָּרְחָךְ לָא נָקְטִי רַבָּנָן שְׁתֵּי עֲיָירוֹת דַּווְקָא דְּהוּא הַדִּין עִיר וּבַיִת דע"י בֻּורְגָּנִין הַמֻּובְלָעִים בְּתוֹךְ שִׁבְעִים אַמָּה וְשִׁירַייִם הוֹלֵךְ כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין דַּף כא.) וּמִיהוּ אֵין נִרְאֶה שֶׁיֵּחָשֵׁב בַּיִת כְּעִיר לְגַמְרֵי לִיתֵּן קַרְפֵּף לְבַיִת אֶחָד בִּפְנֵי עַצְמוֹ לר"מ וּלְרַב הוּנָא אַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן לִיתֵּן לִשְׁנֵי בָּתִּים בְּלֹא עִיר קַרְפֵּף לָזוֹ וְקַרְפֵּף לָזוֹ ואע"פ שֶׁלְּחַייָּא בַּר רַב אַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן הָוֵי בַּיִת כְּעִיר לְגַמְרֵי שֶׁנּוֹתְנִין לִשְׁנֵי בָּתִּים בְּלֹא עִיר קַרְפֵּף אֶחָד לִשְׁתֵּיהֶן דְּאִי לָאו הָכִי עִיר שֶׁאֵין לָהּ חוֹמָה בַּמֶּה יִתְחַבְּרוּ הַבָּתִּים לֵיחָשֵׁב אַחַת אִם לֹא עַל יְדֵי דְּמִיבַּלְעָן כָּל אַחַת וְאַחַת בְּתוֹךְ שִׁבְעִים אַמָּה וְשִׁירַיִם שֶׁל חֲבֶרְתָּהּ דְּאֵין סְבָרָא לְהַצְרִיךְ שֶׁיַּגִּיעַ זוֹ לְזוֹ:
Et on n'en fait pas un ibbour entre deux villes. Étonnant : cette maison, à quoi sert-elle selon Rabbi Meir, qui dit au chapitre Keitsad Me'abberin (Erouvin 57a) que l'on donne un karpef à celle-ci et un karpef à celle-là, sans qu'il y ait de maison ? Il en va de même selon les Sages suivant Rav Houna dans la guemara, et selon Hiya bar Rav qui dit un seul karpef pour les deux : ce karpef n'exige pas de maison. Et s'il s'agit du cas où il y a plus de cent quarante et une coudées et un tiers entre les deux villes -- soit la mesure de deux karpefot -- de sorte que cette maison vient maintenant les joindre, car lorsqu'elle a quatre [coudées] elle compte pour réduire l'espace vide et les joindre, et si elle n'a pas quatre coudées elle ne compte pas et c'est comme si elle n'était pas, si bien que les villes ne se rejoignent ni selon Rav Houna ni selon Hiya bar Rav -- s'il en est ainsi, pourquoi mentionner deux villes ? Il aurait fallu dire : on n'en fait pas un ibbour pour une ville, puisqu'elle n'a pas quatre coudées ; car si elle avait quatre coudées et se trouvait dans les soixante-dix coudées et un reste, elle serait jointe à la ville pour que l'on mesure depuis la maison -- car pour une seule ville, on peut se servir de bourganin pour aller où l'on veut, comme nous disons au chapitre Ossin Passin (Erouvin 21a) : vous êtes venus de Barnich à la synagogue de Daniel, ce qui fait trois parsaot ; sur quoi vous êtes-vous appuyés, sur des bourganin ? Mais le père de ta mère a dit qu'il n'y a pas de bourganin en Babylonie ! Il sortit et lui montra des bourgs englobés dans les soixante-dix coudées et un reste. Et le Rachbam dit que la leçon ici est : et on n'en fait pas un ibbour pour la ville -- et c'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi, où l'on lit : et on n'en fait pas un rattachement (hibbour) à la ville. Et Rabbenou Tam maintient la leçon des livres et explique ainsi : on ne donne pas à cette maison le statut d'ibbour entre deux villes, car pour les Sages une ville seule n'a pas de karpef, comme nous disons (ibid. 57a) : on n'a dit le karpef qu'entre deux villes ; or si cette maison avait quatre coudées, elle aurait le statut d'une ville à qui l'on donne un karpef comme à une ville, et nous donnerions à cette maison et à la ville voisine deux karpefot comme pour deux villes selon Rav Houna, et un seul karpef pour les deux selon Hiya bar Rav. Car nécessairement les Sages n'ont pas dit deux villes au sens strict : il en va de même d'une ville et d'une maison ; c'est seulement parce que Rabbi Meir avait dit ville que les Sages ont dit deux villes. Car selon Hiya bar Rav, qui dit un seul karpef pour les deux, nécessairement les Sages n'ont pas dit deux villes au sens strict, puisqu'il en va de même d'une ville et d'une maison -- car au moyen de bourganin englobés dans les soixante-dix coudées et un reste on peut marcher, comme il ressort du chapitre Ossin Passin (Erouvin 21a). Toutefois il ne semble pas qu'une maison soit tenue pour une ville à tous égards, au point de donner un karpef à une maison isolée selon Rabbi Meir, ou, selon Rav Houna suivant les Sages, de donner à deux maisons sans ville un karpef à celle-ci et un karpef à celle-là -- bien que selon Hiya bar Rav suivant les Sages, la maison soit comme une ville à tous égards, puisqu'on donne à deux maisons sans ville un seul karpef pour les deux ; car sinon, une ville sans muraille, par quoi ses maisons se joindraient-elles pour n'être comptées qu'une, sinon parce que chacune est englobée dans les soixante-dix coudées et un reste de sa voisine ? Car il n'est pas raisonnable d'exiger que l'une touche l'autre.
💡 Explication

Le bourgane est une hutte de saule et de roseaux dressée par les gardiens de fruits ou les oiseleurs. Construction plus que sommaire -- et pourtant elle suffit à étendre le techoum d'une ville. La baraita dit donc quelque chose de fort : notre maison de moins de quatre coudées vaut moins qu'une hutte de branchages.

Le critère qui le justifie est remarquable : ce n'est pas la solidité, c'est l'adéquation à la destination. Le bourgane est hazi le-milteih, apte à ce qu'on lui demande -- y passer une nuit, seul. La maison, elle, est faite pour une résidence permanente ; jugée à cette aune, celle-ci échoue. Un abri modeste qui remplit sa fonction l'emporte sur une maison qui manque la sienne.

9
וְאֵין הָאַחִין וְהַשֻּׁותָּפִין חוֹלְקִין בּוֹ. טַעְמָא דְּלֵית בֵּיהּ אַרְבַּע אַמּוֹת, הָא אִית בֵּיהּ אַרְבַּע אַמּוֹת — חוֹלְקִין,

Et les frères ou les associés ne le partagent pas. La raison en est qu'il n'y a pas quatre coudées ; donc s'il y avait quatre coudées -- ils le partageraient.

💡 Explication

Même technique qu'au sujet de l'erouv : la guemara fait parler la clause à contrario. Si la baraita refuse le partage parce qu'il n'y a pas quatre coudées, c'est qu'à quatre coudées le partage deviendrait possible.

Le contexte est celui de la guoud o agoud et du droit de contraindre au partage : entre cohéritiers ou associés, l'un peut forcer la division d'un bien indivis pourvu que chacun en retire une part utilisable. C'est justement ce seuil d'utilité que l'inférence va faire éclater au segment suivant.

10
וְהִתְנָן: אֵין חוֹלְקִין אֶת הֶחָצֵר עַד שֶׁיְּהֵא בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת לָזֶה וְאַרְבַּע אַמּוֹת לָזֶה!

Mais nous avons appris : on ne partage la cour que s'il y a quatre coudées pour l'un et quatre coudées pour l'autre !

💡 Explication

L'inférence tombe aussitôt. La michna de Bava Batra pose que le partage forcé suppose quatre coudées pour chacun -- soit huit coudées en tout, et non quatre. Une maison de quatre coudées sur quatre ne se partage donc pas davantage qu'une maison plus petite.

La baraita, prise au sens où Rachi l'avait d'abord lue au premier segment, devient fausse. Il ne reste qu'une issue : c'est cette lecture-là qui était mauvaise, et non la baraita. La guemara va la corriger.

11
אֶלָּא אֵימָא: אֵין בּוֹ דִּין חֲלֻוקָּה כְּחָצֵר. דְּאָמַר רַב הוּנָא: חָצֵר לְפִי פְּתָחֶיהָ מִתְחַלֶּקֶת. וְרַב חִסְדָּא אָמַר: נוֹתֵן לְכָל פֶּתַח וָפֶתַח אַרְבַּע אַמּוֹת, וְהַשְּׁאָר חוֹלְקִין אוֹתוֹ בְּשָׁוֶה.

Mais dis plutôt : elle n'a pas le din de partage comme une cour. Car Rav Houna a dit : la cour se partage selon ses ouvertures.

Et Rav Hisda a dit : on donne quatre coudées à chaque ouverture, et le reste, ils le partagent à parts égales.

📜 Rachi (3)
הָכִי קָאָמַר אֵין בּוֹ דִּין חֲלֻוקָּה כְּחָצֵר וּמַהוּ דִּין חֲלֻוקָּה כִּדְרַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא:
Voici ce qu'il veut dire : elle n'a pas le din de partage comme une cour -- et quel est ce din de partage ? Celui de Rav Houna et de Rav Hisda.
חָצֵר מִתְחַלֶּקֶת לְפִי פְּׂתָחֶיהָ חָצֵר שֶׁהָיוּ בָּתִּים פִּתּוּחִין לָהּ וְחִלְּקוּהָ שְׁנֵי אַחִין בֵּינֵיהֶם זֶה נָטַל שְׁלֹשָׁה בָּתִּים קְטַנִּים וְזֶה נָטַל כְּנֶגְדָּן בַּיִת גָּדוֹל אִם בָּאוּ לְחַלֵּק אֲוִירָא שֶׁל חָצֵר זֶה שֶׁנָּטַל שְׁלֹשָׁה בָּתִּים הַקְּטַנִּים נוֹטֵל ג' חֲלָקִים כְּמִנְיַן שְׁלֹשָׁה פְּתָחִים וְזֶה נוֹטֵל רְבִיעַ לְפִי שֶׁהֶחָצֵר עָשׂוּי לִיצִיאָה וּבִיאָה שֶׁדֶּרֶךְ הֶחָצֵר נִכְנָסִין וְיוֹצְאִין מִן הַבָּתִּים לרה"ר וּמַכְנִיסִין מַשְׂאוֹתֵיהֶן וּפוֹרְקִין לִפְנֵי פִּתְחֵיהֶם לְפִיכָךְ חָצֵר מִתְחַלֶּקֶת לְפִי הַפְּתָחִים:
La cour se partage selon ses ouvertures -- une cour sur laquelle donnaient des maisons, et que deux frères se sont partagée : l'un a pris trois petites maisons, et l'autre, en face, une grande maison. S'ils viennent à partager l'espace de la cour, celui qui a pris les trois petites maisons prend trois parts, du nombre des trois ouvertures, et l'autre prend un quart -- parce que la cour est faite pour la sortie et l'entrée, puisque c'est par la cour que l'on entre et que l'on sort des maisons vers la voie publique, et que l'on y introduit ses charges et qu'on les décharge devant ses ouvertures. C'est pourquoi la cour se partage selon les ouvertures.
וְרַב חִסְדָּא אָמַר אֵין צָרִיךְ לִיתֵּן לְכָל פֶּתַח אֶלָּא ד"א כְּנֶגְדָּן מִן הַפֶּתַח וָהָלְאָה וְרָחְבָּן בְּרֹוחַב הַפֶּתַח וַאֲפִילּוּ הוּא רָחָב י' אַמּוֹת נוֹטֵל ד' אַמּוֹת בְּמֶשֶׁךְ וּכְנֶגֶד כָּל רָחְבּוֹ לְפָרֵק מַשָּׂאוֹ וּבַיִת קָטָן זֶה הַפָּחוֹת מד' אֵין לְפִתְחוֹ דִּין חֲלֻוקָּה לִיטֹּול בֶּחָצֵר לָא כְּרַב הוּנָא וְלָא כְּרַב חִסְדָּא:
Et Rav Hisda dit -- il n'y a à donner à chaque ouverture que quatre coudées en face d'elle, depuis l'ouverture vers l'extérieur, sur la largeur de l'ouverture ; et même si celle-ci a dix coudées de large, il prend quatre coudées en profondeur sur toute sa largeur, pour y décharger sa charge. Et cette petite maison, de moins de quatre, son ouverture n'a pas le din de partage lui permettant de prendre part dans la cour, ni selon Rav Houna ni selon Rav Hisda.
💡 Explication

Le second ela eima du folio, et le plus radical : il ne s'agissait jamais de partager la maisonnette elle-même, mais de savoir si sa porte donne droit à une part de la cour. La baraita signifie donc : elle n'entre pas dans le calcul du partage de la cour.

Suivent les deux systèmes de ce calcul. Pour Rav Houna, la cour se divise au prorata des ouvertures : trois petites maisons face à une grande donnent trois parts contre une, car la cour sert à entrer, sortir et décharger devant sa porte -- on compte les portes, pas les surfaces. Pour Rav Hisda, chaque ouverture reçoit d'abord ses quatre coudées d'aire de déchargement, sur sa propre largeur, et l'excédent se divise également. Selon l'un comme selon l'autre, précise Rachi, la porte de notre maisonnette ne donne droit à rien.

🖼️ Schéma
Partager une cour : Rav Houna contre Rav Hisda Deux frères héritent : l'un prend trois petites maisons, l'autre une grande en face. Comment se partage l'espace ? Rav Houna : selon les ouvertures maison A1 maison A2 maison A3 avir de la cour 3 parts / 1 part trois ouvertures contre une grande maison B La cour sert à entrer, sortir et décharger : on compte les portes, pas la surface bâtie. Rav Hisda : 4 amot par ouverture maison A1 maison A2 maison A3 4 amot devant chaque ouverture, sur sa largeur le reste partage à parts égales Chaque porte reçoit d'abord son aire de déchargement ; l'excédent se divise sans égard au nombre de portes. Même profondeur même si l'ouverture fait dix coudées de large. Le point commun -- et c'est là ce que dit la baraita Selon l'un comme selon l'autre, la porte d'une maison de moins de quatre coudées ne donne droit à rien dans la cour : elle est vouée à la démolition, son propriétaire n'a rien à y décharger.
Les deux calculs du partage d'une cour, et leur point d'accord : la porte d'une maison de moins de quatre coudées ne pèse dans aucun des deux.
12
דְּהָנֵי מִילֵּי בַּיִת, דִּלְמִהְוֵי קָאֵי — יָהֲבִינַן לֵיהּ חָצֵר. הַאי, דִּלְמִיסְתַּר קָאֵי — לָא יָהֲבִינַן לֵיהּ חָצֵר.

Car cela ne vaut que pour une maison destinée à subsister : on lui donne [une part de] la cour. Mais celle-ci, qui est destinée à être démolie -- on ne lui donne pas de cour.

📜 Rachi (1)
דְּהָנֵי מִילֵּי דְּשָׁקִיל חֵלֶק בַּחֲצַר בַּיִת דִּלְמִיהְוֵי קָאֵי וּמִבָּעֵי לֵיהּ לֶחָצֵר לַפֶּרֶק מַשָּׂאוֹ:
Car cela ne vaut que -- qu'il prenne une part dans la cour : [il s'agit] d'une maison destinée à subsister, qui a besoin de la cour pour y décharger sa charge.
💡 Explication

La justification est fonctionnelle, comme celle des bourganin. Une ouverture ne donne droit à une part de cour que parce que son propriétaire en a l'usage : y accéder, y décharger. Une maison de-lemihvei kaei, destinée à durer, a cet usage.

Mais une maison de moins de quatre coudées est de-lemistar kaei -- vouée à la démolition, personne ne s'y établit durablement. Son propriétaire n'a rien à décharger devant sa porte. Le droit tombe avec le besoin qui le fondait. On retrouve le principe qui traverse tout le folio : ce qui compte n'est pas le volume, mais l'aptitude effective à l'usage visé.

13
הָיְתָה גְּבוֹהָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה וּבָא לְמַעֲטֶה בְּכָרִים וּכְסָתוֹת — לָא הָוֵי מִיעוּט.

Si elle était plus haute que vingt coudées et qu'il vienne la diminuer au moyen de coussins et de couvertures -- ce n'est pas une diminution.

📜 Rachi (3)
הָיְתָה גְּבוֹהָה מֵעֶשְׂרִים פִּיסְקֵי שְׁמוּעוֹת הֵן שֶׁל כָּל בְּנֵי הַיְּשִׁיבָה שֶׁהָיוּ בְּמִדְרָשׁוֹ שֶׁל רַב אַשִּׁי שֶׁסִּידְּרוּ הַגְּמָרָא:
Si elle était plus haute que vingt -- ce sont des pisskei chemouot (conclusions d'enseignements) de tous les membres de la yechiva qui se trouvaient à la maison d'étude de Rav Achi, lesquels ont ordonné la guemara.
וּבָא לְמַעֲטָהּ לְמַעֵט גֹּובַהּ חֲלָלָה מִכ' וְנוֹתֵן בְּקַרְקָעִיתָהּ לְהַגְבִּיהַּ:
Et qu'il vienne la diminuer -- diminuer la hauteur de son espace intérieur en dessous de vingt, en posant sur son sol de quoi le rehausser.
לָא הָוֵי מִיעוּט שֶׁאֵין סוֹפוֹ לְהַנִּיחַ שָׁם כָּל ז' מִפְּנֵי הֶפְסֵד מָמוֹנוֹ:
Ce n'est pas une diminution -- car il ne va pas les laisser là les sept [jours], à cause de la perte d'argent.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מ"ט דָּר' יְהוּדָה פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי זֵירָא וְרַבִּי אַבָּא בַּר מֶמֶל חַד אָמַר לְפִי שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע וְחַד אָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה. שֶׁאֵין לָהּ קֶבַע פרש"י שֶׁמִּיטַּלְטֶלֶת ע"י הַמִּטָּה וְר' יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְקָשֶׁה לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין דְּפָסַל ר' יְהוּדָה סֻוכָּה עַל גַּבֵּי בְּהֵמָה וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב חַג הַסֻּוכֹּות תַּעֲשֶׂה לְךָ שִׁבְעַת יָמִים וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּטַעֲמָא דְּאֵין לָהּ קֶבַע לְפִי שֶׁאֵין עֲשָׂרָה טְפָחִים מִן הַמִּטָּה וְעַד הַגַּג וְהָכֵי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי הֲלָכָה ב אָמַר ר' אַמִּי עַל שֵׁם שֶׁאֵין בְּכַרְעֵי הַמִּטָּה עֲשָׂרָה טְפָחִים אָמַר רַבִּי אַבָּא מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ בְּדָבָר טָמֵא וְהַתַּנְיָא מַעֲשֶׂה בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁהָיוּ מְשַׁלְשְׁלִין מִטּוֹתֵיהֶן לִפְנֵי חַלּוֹנוֹתֵיהֶן אֵיךְ תֵּימַר מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידָהּ עַל גַּבֵּי דָּבָר טָמֵא הָא לָא הָוֵי טַעְמָא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאֵין מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה לְסַכֵּךְ עֲשָׂרָה טְפָחִים. עַד כָּאן. וּמִטּוֹת שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה עַד הַסְּכָךְ הָיוּ עֲשָׂרָה טְפָחִים וְקָשֶׁה לִי לְטַעְמָא דְּמַעֲמִידָהּ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה אִם סִיכֵּךְ עַל מְחִיצּוֹת אֲבָנִים תִּהְיֶה פְּסוּלָה הוֹאִיל וְהֶעֱמִיד הַסְּכָךְ בְּדָבָר שֶׁאֵין גִּידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ: אָמַר אַבָּיֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא סוֹמֵךְ אֲבָל סִיכֵּךְ עַל מִטָּה כְּשֵׁרָה. פִּי' כְּשֶׁלֹּא סָמַךְ הַסְּכָךְ עַל הַכְּרָעַיִם אֶלָּא ע"ג יְתֵידוֹת אֲבָל כָּל דֻּופְנֵי הַסֻּוכָּה אֵינוֹ אֶלָּא מִן הַמִּטָּה מִשְּׁלֹשָׁה צְדָדִין. דְּלָא גָּמְרִינַן פְּסוּל הַמְּחִיצּוֹת לְסֻוכָּה אֶלָּא לְסַכֵּךְ וְזֶה לָא הָוֵי לֵיהּ מַעֲמִידוֹ בִּמְקַבְּלֵי טֻומְאָה וּלְעִנְיַן קֶבַע נָמֵי יֵשׁ קֶבַע לַסְּכָךְ תָּמֵיהַּ לִי מַה בָּא אַבַּיֵּי לְהַשְׁמִיעֵנוּ מִשְׁנָה שְׁלֵמָה הִיא ר"י אוֹמֵר אִם אֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ פְּסוּלָה הָא יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּשֵׁרָה וא"ת לְפִי הַיְּרוּשַׁלְמִי דִּמְפָרֵשׁ לְפִי שֶׁאֵין עֲשָׂרָה טְפָחִים מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה וְעַד הַגַּג מַה לִי סֶמֶךְ וּמַה לִי סִיכֵּךְ עַל גַּב הַמִּטָּה וְי"ל כֵּיוָן שֶׁאֵין הַסֻּוכָּה נִסְמֶכֶת עַל הַמִּטָּה וְאִי שְׁקִיל לָהּ לְמַטָּה אִיכָּא אֲוִיר עֶשֶׂר וְסֻוכָּה מִתְקַייֶּמֶת הֲרֵי יֵשׁ לָהּ קֶבַע וְאֵינָהּ נִפְסֶלֶת בִּשְׁבִיל שֶׁהִכְנִיס בָּהּ שְׁמִטָּה וּמִיעֵט אֲוִירָא מִידִי דַּהֲוָה אַכָּרִים וּכְסָתוֹת דפ"ק דְּלָא הָוֵי מִיעוּט לֹא לָעִנְיָן עֶשְׂרִים וְלֹא לְעִנְיַן עֲשָׂרָה וְהַשְׁתָּא נָמֵי מִיתָּרְצָן נָמֵי קֻושְׁייָתִי דְּהָא אָתֵי אַבַּיֵּי לְאַשְׁמוֹעִינַן וּמִדְּהֵבִיא רַב רַב אַלְפָסִי דִּבְרֵי אַבַּיֵּי נִרְאֶה שֶׁפּוֹסֵק כְּר' יְהוּדָה וְטַעְמֵיהּ כֵּיוָן דְּשָׁקְלוּ וְטָרוּ אָמוֹרָאֵי לְפָרֵשׁ טַעַם דְּבָרָיו וְגַם אַבַּיֵּי אָמַר דְּבָרָיו אַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה אַלְמָא סְבִירָא לְהוּ כְּוָותֵיהּ וְגַם אֲנִי אוֹמֵר דְּטַעַם קֶבַע עִיקָּר כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי וְלָא יָדַעְנָא מֵאֵיזֶה טַעַם יַכְשִׁירוּ רַבָּנָן הֵיכָא דְּסָמַךְ הַסְּכָךְ עַל כַּרְעֵי הַמִּטָּה וְאֵין מִכַּרְעֵי הַמִּטָּה עַד הַגַּג עֲשָׂרָה דִּירָה סְרוּחָה הִיא הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּר' יְהוּדָה לְפָרוֹשֵׁי דִּבְרֵי ת"ק אֲתָא וְלֵיכָּא הָכָא פְּלֻוגְתָּא: מַתְנִי' סֻוכָּה הַמְדֻובְלֶלֶת וְשֶׁצִּלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה הַמְעֻובָּה כְּמִין בַּיִת אע"פ שֶׁאֵין הַכּוֹכָבִים נִרְאִים מִתּוֹכָהּ כְּשֵׁרָה:
Guemara : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? Rabbi Zeira et Rabbi Abba bar Memel divergent là-dessus : l'un dit parce qu'elle n'a pas de fixité (keva), et l'autre dit parce qu'il l'étaie sur un objet susceptible de contracter l'impureté. Qu'elle n'a pas de keva : Rachi explique qu'elle se déplace avec le lit, et Rabbi Yehouda suit ici son opinion, lui qui dit qu'il faut pour la soucca une demeure permanente (dirat keva). Et c'est difficile : plus loin dans notre sougya, Rabbi Yehouda invalide une soucca [dressée] sur une bête, et l'on en explique la raison par le verset la fête des Souccot, tu la feras pour toi sept jours. Et il ressort du Yerouchalmi que la raison du sans keva est qu'il n'y a pas dix tefahim du lit jusqu'au toit [le s'khakh]. Voici en effet ce qui figure au Yerouchalmi (halakha 2) : Rabbi Ami a dit : parce que les pieds du lit n'ont pas dix tefahim. Rabbi Abba a dit : parce qu'il l'étaie sur un objet impur. Mais n'est-il pas enseigné : il arriva à Jérusalem qu'ils descendaient leurs lits devant leurs fenêtres ? Comment peux-tu dire parce qu'il l'étaie sur un objet impur ? La raison ne peut donc être que celle-ci : il n'y a pas dix tefahim des pieds du lit jusqu'au s'khakh. Fin de citation. Et les lits de Jérusalem avaient bien dix tefahim des pieds du lit jusqu'au s'khakh. Et j'ai une difficulté selon la raison de l'étayer sur un objet susceptible d'impureté : s'il posait le s'khakh sur des cloisons de pierre, elle serait passoul (invalide), puisqu'il aurait étayé le s'khakh sur une chose qui ne pousse pas de la terre. Abaye a dit : on n'a enseigné [l'invalidité] que lorsqu'il appuie [le s'khakh sur le lit], mais s'il a posé le s'khakh au-dessus du lit, elle est kachère. Explication : lorsqu'il n'a pas appuyé le s'khakh sur les pieds du lit mais sur des piquets, tandis que toutes les parois de la soucca ne viennent que du lit, sur trois côtés. Car nous n'apprenons pas [de la loi du s'khakh] l'invalidité des cloisons de la soucca, mais seulement celle du s'khakh ; et ici il ne l'étaie pas sur des objets susceptibles d'impureté ; et quant au keva également, le s'khakh a de la fixité. Cela m'étonne : que vient donc nous apprendre Abaye ? C'est une michna explicite : Rabbi Yehouda dit -- si elle ne peut se tenir d'elle-même, elle est passoul ; donc si elle peut se tenir d'elle-même, elle est kachère. Et si tu dis : selon le Yerouchalmi, qui explique parce qu'il n'y a pas dix tefahim des pieds du lit jusqu'au toit, quelle différence y a-t-il entre il appuie et il a posé le s'khakh au-dessus du lit ? On peut répondre : puisque la soucca ne s'appuie pas sur le lit, et que si l'on retire le lit il reste un espace de dix [tefahim] et que la soucca subsiste, elle a donc de la fixité, et elle n'est pas invalidée du fait qu'il y a introduit un lit qui a réduit l'espace -- comme il en va des coussins et des couvertures du premier chapitre, qui ne constituent pas une diminution, ni pour les vingt [coudées] ni pour les dix [tefahim]. Et voilà que se résout du même coup ma difficulté : c'est bien cela qu'Abaye vient nous apprendre. Et du fait que Rav Alfassi (le Rif) rapporte les paroles d'Abaye, il semble qu'il tranche comme Rabbi Yehouda ; et sa raison est que, puisque les Amoraim ont débattu pour expliquer le motif de ses paroles, et qu'Abaye lui aussi a énoncé les siennes selon Rabbi Yehouda, c'est donc qu'ils tiennent comme lui. Et moi aussi je dis que la raison du keva est l'essentiel, comme il figure au Yerouchalmi ; et je ne sais pour quelle raison les Sages déclareraient kachère le cas où il a appuyé le s'khakh sur les pieds du lit sans qu'il y ait dix [tefahim] des pieds du lit jusqu'au toit : c'est une demeure répugnante (dira serouha). C'est pourquoi il semble que Rabbi Yehouda vient expliquer les paroles du tana kama, et qu'il n'y a ici aucune controverse. Michna : une soucca medoubbelet (au s'khakh irrégulier) et dont l'ombre l'emporte sur le soleil est kachère ; celle qui est épaissie à la manière d'une maison, même si les étoiles ne se voient pas de l'intérieur, est kachère.
💡 Explication

La longue digression sur la maison s'achève ; le folio revient à la michna d'ouverture du traité. Une soucca de plus de vingt coudées est passoul ; peut-on la sauver en rehaussant son sol de literie ?

Non : lo havei mioute. Rachi donne la raison, et elle est psychologique autant que juridique -- il ne laissera pas coussins et couvertures exposés durant les sept jours de la fête, à cause de la perte d'argent. Une diminution qui ne durera pas n'est pas une diminution. Rachi note au passage que ces enseignements sont des pisskei chemouot, des conclusions rassemblées par les disciples de la yechiva de Rav Achi, qui ont ordonné la guemara.

Le Roch, ici, se sert du principe en sens inverse : si les coussins ne diminuent pas la hauteur, ils ne peuvent pas non plus invalider une soucca en réduisant son espace utile -- argument qu'il mobilise dans sa discussion de la soucca dressée sur un lit.

🖼️ Schéma
Rehausser le sol avec des coussins : ce n'est pas une diminution s'khakh plus de 20 amot soucca passoul coussins et couvertures lo havei mioute -- rien n'a changé Pourquoi ? Une diminution ne vaut que si elle dure les sept jours de la fête. Rachi : il ne les laissera pas là sept jours, à cause de la perte d'argent -- literie exposée à la pluie et à l'usure. Donc le rehaussement est tenu pour provisoire, et la hauteur reste celle d'avant. Le Roch en tire l'inverse plus loin : ce qui ne diminue pas ne peut pas non plus invalider.
Pourquoi la literie ne diminue pas la hauteur : une diminution ne vaut que si elle tient les sept jours.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).