Sukkah 46b — L'etrog après la mitsva : jusqu'où dure la mise à l'écart ?

Sukkah 46b

Sougya : Le folio s'ouvre en achevant l'aggada laissée en suspens à la fin de 46a : chez l'homme le vase vide reçoit et le vase plein déborde, mais chez le Saint béni soit-Il c'est le plein qui reçoit encore -- qui a déjà étudié recevra davantage. Puis commence la sougya centrale, greffée sur la michna qui dit qu'aussitôt le septième jour on retire les loulavim des enfants et l'on mange leurs etroguim.

Rabbi Yo'hanan et Resh Lakish s'affrontent : l'etrog fut-il écarté seulement pour sa mitsva (donc mangeable dès qu'on s'en est acquitté) ou pour toute la journée ? Rav Papa demande à Abaye pourquoi la souccah reste interdite jusqu'au huitième jour alors que l'etrog est libéré : la réponse tient à bein hachemachot, ce crépuscule douteux où la souccah pourrait encore servir.

Le même axe rejoue ensuite chez Levi, le père de Chmouel, Rabbi Zera, puis Rav et Rav Assi ; Rabbi Zera y insère deux avertissements sur l'enfant -- ne pas lui donner le loulav le premier jour, et ne jamais lui promettre sans donner. Le daf se termine sur la pratique de la diaspora : Abaye interdit l'etrog le huitième jour douteux, Mareimar le permet, la halakha suit Abaye ; et l'on demande enfin si ce jour est septième pour la souccah et huitième pour la berakha, ou huitième pour les deux.

Le fil du folio : quand l'etrog redevient-il un fruit ? Une seule question traverse tout : la mise à l'écart (mouktse) dure-t-elle jusqu'à la mitsva, ou jusqu'au soir ? Mouvement 1 (seg. 0) -- fin de l'aggada ouverte en 46a Chez l'homme : le vase vide reçoit, le vase plein déborde. Chez le Saint béni soit-Il : c'est le plein qui reçoit encore. Preuve : im chamoa tichma -- qui a déjà écouté écoutera encore. Qui révise l'ancien comprendra le neuf. Mouvement 2 (seg. 1-4) -- R. Yo'hanan contre Resh Lakish sur l'etrog du septième jour R. Yo'hanan : etrog interdit tout le 7e jour, permis le 8e ; la souccah reste interdite même le 8e. Resh Lakish : l'etrog est permis dès le 7e, une fois la mitsva accomplie -- il n'était écarté que pour sa mitsva. La michna (les enfants mangent leurs etroguim) sert d'objection dans les DEUX sens : deux versions de l'échange. Réponses : soit dokka (les enfants seulement), soit or'ha de-milta (la michna décrit l'usage courant). Mouvement 3 (seg. 5-7) -- pourquoi la souccah et l'etrog ne suivent pas le même sort Rav Papa à Abaye : si R. Yo'hanan écarte pour toute la journée, pourquoi la souccah va-t-elle plus loin ? Réponse : la souccah sert encore à bein hachemachot du 7e soir ; l'etrog, lui, a déjà servi le matin. Ce crépuscule est un jour douteux : écartée alors, la souccah l'est pour tout le 8e (migo de-itkatsai). Puis Levi, le père de Chmouel, R. Zera : la même ligne de partage se rejoue entre Amoraim. Mouvement 4 (seg. 8-9) -- deux avertissements de R. Zera autour de l'enfant Ne pas donner le loulav à un enfant le 1er jour : il acquiert, mais ne peut pas rétrocéder -- le père perd son lakhem. Ne pas promettre à un enfant sans donner : on lui enseigne le mensonge -- limdou lechonam daber cheker. Le second dit est amené par association d'auteur, mais il partage le même objet : l'enfant. Mouvement 5 (seg. 10-13) -- de la théorie à la pratique de la diaspora Rav contre Rav Assi : sept etroguim mis à part pour sept jours -- chacun se mange le jour même, ou le lendemain ? Même axe exactement : le-mitsvato itkatsai contre le-koulei yoma itkatsai. Rav Assi rejoint R. Yo'hanan. Hors d'Erets Israël il y a DEUX jours : Abaye interdit le 8e (doute-7e) ; Mareimar permet. Halakha comme Abaye. Enfin : ce 8e jour douteux est-il 7e pour la souccah et 8e pour la berakha (Rav), ou 8e pour les deux (R. Yo'hanan) ? Tous s'accordent qu'on siège dans la souccah ; le désaccord porte sur autre chose -- coupe net, suite en 47a.
Le fil narratif du folio, de l'aggada des vases jusqu'à la pratique de la diaspora.
L'axe unique du folio : jusqu'où porte le mouktse de la mitsva ? Quatre couples d'Amoraim rejouent la même alternative, avec des cas différents. le-mitsvato itkatsai Écarte POUR SA MITSVA seulement La mise à l'écart est fonctionnelle : elle protège la disponibilité de l'objet pour l'acte à accomplir. L'acte fait, l'objet retombe dans le monde ordinaire immédiatement -- même en plein septième jour. Resh Lakish -- Rav le-koulei yoma itkatsai Écarte POUR TOUTE LA JOURNÉE La mise à l'écart est temporelle : c'est le jour entier qui est saisi, non le seul instant de la mitsva. L'objet ne redevient disponible qu'à la tombée de la nuit -- l'acte accompli n'y change rien. R. Yo'hanan -- Rav Assi -- père de Chmouel Position extrême : LEVI -- l'etrog est interdit même le HUITIÈME jour (on le décrète à cause de la souccah) Les trois cas où l'axe se teste Cas 1 -- l'etrog du 7e jour Il a servi le matin. Peut-on le manger l'après-midi même ? le-mitsvato : oui, aussitôt. koulei yoma : non, attendre la nuit. Cas 2 -- sept etroguim, sept jours Chacun n'est écarté que pour SON jour. Quand celui du jour devient-il mangeable ? Rav : aussitôt après la prise. Rav Assi : seulement le lendemain. Cas 3 -- l'etrog devenu passoul Il ne servira plus jamais à la mitsva. Est-il libéré pour autant ? R. Zera : interdit les sept jours -- il fut écarté dès le départ pour sept. Tranchant pratique (Rachi seg. 10) Rav Assi et R. Yo'hanan tiennent la même ligne : la halakha est comme eux -- etrog interdit le 7e, permis le 8e.
L'alternative unique qui commande tout le daf, et les trois cas où elle se teste.
Le calendrier du doute : ce que le second jour de fête fait à l'etrog En Erets Israël le 8e jour est certain. Hors d'Erets Israël, il est un 7e possible -- et tout se décale. 7e jour (certain) Loulav pris le matin. Etrog interdit (R. Yo'hanan) bein hachemachot jour douteux souccah encore utile 8e jour = doute 7e Chemini Atseret ou 7e de Souccot ? On y siège dans la souccah 9e jour = doute 8e Aucune hypothèse ne le rend 7e. Etrog permis de l'avis de tous ABAYE -- on interdit le 8e Ce jour pourrait être le septième : le doute suffit à maintenir la mise à l'écart de l'etrog. Tossefot : à Babel, on décrète l'etrog à cause de la souccah -- ce qu'on ne fait pas en Erets Israël. MAREIMAR -- on permet dès le 8e Ce jour est de toute façon Chemini Atseret : plus rien de la sainteté de Souccot n'y adhère. Usage de Soura. Ve-hilkheta ke-Abaye -- Rav Chicha fils de Rav Idi faisait ainsi. L'etrog reste interdit le 8e jour. Dernière question (seg. 13) : ce 8e jour douteux, sous quel régime le vit-on ? RAV : septième quant à la SOUCCAH (on y mange), huitième quant à la BERAKHA (on dit Chemini Atseret). R. YO'HANAN : huitième pour l'un comme pour l'autre -- une seule identité pour le jour. Tous s'accordent pourtant qu'on siège dans la souccah. Sur quoi porte alors le litige ? Suite en 47a.
Le calendrier hors d'Erets Israël : où passe la frontière de l'interdit.
1
מַחֲזִיק, מָלֵא — אֵינוֹ מַחֲזִיק. אֲבָל מִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: מָלֵא — מַחֲזִיק, רֵיקָן — אֵינוֹ מַחֲזִיק, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ תִּשְׁמַע וְגוֹ׳״. ״אִם שָׁמוֹעַ״ — ״תִּשְׁמַע״. וְאִם לָאו — לֹא תִּשְׁמַע. דָּבָר אַחֵר: ״אִם שָׁמוֹעַ״ — בְּיָשֵׁן, ״תִּשְׁמַע״ — בְּחָדָשׁ. ״וְאִם יִפְנֶה לְבָבְךָ״ — שׁוּב לֹא תִּשְׁמַע.

... [le vase vide] contient ; plein — il ne contient pas.

Mais la mesure du Saint béni soit-Il : plein — il contient ; vide — il ne contient pas. Ainsi qu'il est dit : « Et il adviendra, si tu écoutes, tu écouteras... » — « si tu écoutes » (chamoa), alors « tu écouteras » (tichma) ; et sinon, tu n'écouteras pas.

Autre explication : « si tu écoutes » — dans l'ancien ; « tu écouteras » — dans le neuf. « Et si ton cœur se détourne » — tu n'écouteras plus.

📜 Rachi (9)
מַחֲזִיק מַה שֶׁנּוֹתְנִין לְתוֹכוֹ:
Il contient — ce qu'on met à l'intérieur.
מָלֵא אֵינוֹ מַחֲזִיק מַה שֶׁתּוֹסִיף עָלָיו:
Plein, il ne contient pas — ce que tu y ajouterais.
אִם שָׁמוֹעַ תִּשְׁמַע אִם הֻורְגַּלְתָּ לִשְׁמֹועַ אָז תִּשְׁמַע תּוּכַל לִלְמֹוד וּלְהוֹסִיף:
Si tu écoutes, tu écouteras — si tu t'es habitué à écouter, alors tu écouteras : tu pourras apprendre et ajouter.
וְאִם לָאו שֶׁלֹּא הִטִּיתָ אֹזֶן בְּיַלְדוּתְךָ לִשְׁמֹועַ:
Et sinon — si tu n'as pas tendu l'oreille dans ta jeunesse pour écouter.
לֹא תִּשְׁמַע לְאַחַר זְמַן לֹא יַסְפִּיקוּ בְּיָדְךָ:
Tu n'écouteras pas — plus tard, on ne t'en donnera plus les moyens.
ד"א אִם אַתָּה שׁוֹמֵעַ בְּיָשֵׁן מְחַזֵּר עַל תַּלְמוּדְךָ שֶׁשָּׁמַעְתָּ:
Autre explication : si tu écoutes dans l'ancien — si tu révises ton étude, celle que tu as déjà entendue.
תִּשְׁמַע בַּחֹדֶשׁ תִּתְחַכֵּם בּוֹ לְהָבִין דְּבָרִים חֲדָשִׁים מִתּוֹךְ דְּבָרִים יְשָׁנִים:
Tu écouteras dans le neuf — tu t'y feras assez sage pour comprendre des choses nouvelles à partir des anciennes.
וְאִם יִפְנֶה לְבָבְךָ לְהִתְייָאֵשׁ עַל מַה שֶׁלָּמַדְתָּ כְּבָר מִלַּחֲזֹור עָלָיו:
Et si ton cœur se détourne — pour renoncer à revenir sur ce que tu as déjà appris.
שׁוּב לֹא תִּשְׁמַע מִשֶּׁתְּפַנֶּה לִבְּךָ לְבַטָּלָה שׁוּב אֵין מַשְׁמִיעִין אוֹתְךָ דְּהָכִי כְּתִיב אִם יִפְנֶה לְבָבְךָ וְלֹא תִשְׁמָע (דְּבָרִים ל׳:י״ז):
Tu n'écouteras plus — dès lors que ton cœur se détourne vers la vanité, on ne te fait plus rien entendre ; car il est écrit ainsi : « si ton cœur se détourne... et tu n'écouteras pas » (Deut. 30, 17).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲבָל מִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, מָלֵא מַחֲזִיק, רֵיקָן אֵינוֹ מַחֲזִיק. פֵּירוּשׁ אִם טָרַח הָאָדָם בְּגִרְסָא וְנַעֲשָׂה מָלֵא בְּלִימּוּד הַגִּרְסָא אָז נוֹתֵן לוֹ הקב"ה חָכְמָה שֶׁיַּחֲזִיק בְּקִרְבּוֹ לִימּוּד הָעִיּוּן וְהַסְּבָרָה, וְאִם רֵיקָן מִן הַגִּרְסָא אֵיךְ יַחֲזִיק בְּקִרְבּוֹ לִימּוּד הָעִיּוּן וְהַסְּבָרָה?! וּבְנֵי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו פֵּירֵשׁ אִם מָלֵא יִרְאָה מַחֲזִיק חָכְמָה וְאִם רֵיקָן מִיִּרְאָה אֵינוֹ מַחֲזִיק חָכְמָה וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַתַּנָּא (מִשְׁנָה אָבוֹת ג, ט) כָּל שֶׁיִּרְאַת חֶטְאוֹ קוֹדֶמֶת לְחָכְמָתוֹ, חָכְמָתוֹ מִתְקַיֶּמֶת וְכוּ' עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Mais la mesure du Saint béni soit-Il : plein — il contient ; vide — il ne contient pas. » Explication : si l'homme a peine dans la <b>guirsa</b> (l'acquisition mémorisée du texte) et qu'il s'en est rendu plein, alors le Saint béni soit-Il lui donne une sagesse telle qu'il puisse contenir en lui l'étude de l'<b>iyoun</b> (l'analyse en profondeur) et de la <b>sevara</b> (le raisonnement) ; mais s'il est vide de guirsa, comment contiendrait-il en lui l'étude de l'iyoun et de la sevara ?! Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rabbi Yaakov — que Dieu le garde et le fasse vivre — a expliqué : s'il est plein de <b>yira</b> (crainte du Ciel), il contient la sagesse ; et s'il est vide de yira, il ne contient pas la sagesse. Ainsi qu'a dit le Tana (Avot 3, 9) : « quiconque a la crainte de la faute qui précède sa sagesse, sa sagesse se maintient », etc. Fin de ses paroles, que le Miséricordieux le garde et le fasse vivre.
💡 Explication

La phrase commence au milieu : elle achève l'aggada de Rabbi Zera ouverte à la toute fin de 46a. L'antithèse est complète ici. Chez l'homme, la capacité d'un vase est un espace : ce qui est déjà occupé ne peut plus rien accueillir, donc c'est le vase vide qui reçoit. Chez le Saint béni soit-Il, la capacité est une aptitude : elle se crée par ce qu'on y a déjà mis, donc c'est le vase plein qui reçoit encore.

La preuve vient du redoublement du verbe dans im chamoa tichma (Deut. 28, 1). Le doublement, que la langue biblique emploie ordinairement pour l'insistance, est lu ici comme deux temps distincts : le premier verbe est l'écoute déjà acquise, le second l'écoute à venir. Rachi précise : celui qui s'est habitué à écouter pourra apprendre et ajouter ; celui qui n'a pas tendu l'oreille dans sa jeunesse ne recevra plus les moyens plus tard.

Le davar aher déplace l'axe du temps vers le contenu : ba-yachan (dans l'ancien) contre ba-hadach (dans le neuf) — réviser ce qu'on possède déjà est la condition pour comprendre du neuf. Le verset de clôture, « ve-im yifne levavekha » (Deut. 30, 17), donne le versant négatif : renoncer à réviser, c'est se fermer soi-même le canal.

🖼️ Schéma
Deux mesures inverses : le vase de l'homme, le vase du Ciel Mesure de chair et de sang vase VIDE il reçoit vase PLEIN il déborde La capacité est un espace : ce qui est occupé ne peut plus rien accueillir. Logique du contenant matériel. Mesure du Saint béni soit-Il vase VIDE il ne reçoit pas vase PLEIN il reçoit encore La capacité est une aptitude : elle se crée par ce qu'on y a déjà mis. im chamoa -- tichma : écouter rend capable d'écouter. Rachi lit le double sens : ancien / nouveau -- réviser ce qu'on sait est la condition d'apprendre ce qu'on ignore.
Les deux logiques du contenant : espace occupé contre aptitude acquise.
2
מִיָּד תִּינוֹקוֹת וְכוּ׳. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֶתְרוֹג בַּשְּׁבִיעִי — אָסוּר, בַּשְּׁמִינִי — מֻותָּר. סֻוכָּה — אֲפִילּוּ בַּשְּׁמִינִי, אֲסוּרָה. וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: אֶתְרוֹג — אֲפִילּוּ בַּשְּׁבִיעִי נָמֵי מֻותָּר.

« Aussitôt les enfants, etc. » Rabbi Yo'hanan a dit : l'etrog, le septième jour — interdit ; le huitième — permis. La souccah — même le huitième jour, elle est interdite.

Et Resh Lakish a dit : l'etrog — même le septième, il est lui aussi permis.

📜 Rachi (3)
אָסוּר לַאֲכִילָה וַאֲפִילּוּ לְאַחַר שֶׁיָּצָא בָּהּ כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא קָסָבַר לְכָל שְׂבֵעַת הַיָּמִים אִתַּקְצַאי:
Interdit — à la consommation, et même après s'en être acquitté, comme la raison en sera donnée : il tient qu'il a été mis à l'écart pour les sept jours.
סֻוכָּה אַפֵּי' בַּשְּׁמִינִי אֲסוּרָה לְהַסָּקָה וְטַעְמָא מְפָרֵשׁ לְקַמָּן מַאי שְׁנָא מֵאֶתְרוֹג:
La souccah, même le huitième, elle est interdite — comme combustible ; et la raison en est expliquée plus loin : en quoi diffère-t-elle de l'etrog.
וְאַפֵּי' בַּז' נָמֵי מֻותֶּרֶת מִשֶּׁיָּצָא בָּהּ וְאֵינָהּ עוֹמֶדֶת לְמִצְוָה עוֹד דְּקָסָבַר לְמִצְוָתָהּ אִתַּקְצַאי וְתוּ לָא:
Et même le septième elle est également permise — dès lors qu'il s'en est acquitté et qu'elle ne se tient plus pour la mitsva ; car il tient qu'elle n'a été mise à l'écart que pour sa mitsva, et pas au-delà.
🗂️ Tossefot (1)
אֶתְרוֹג בַּשְּׁבִיעִי אָסוּר. אֲפִילּוּ לְאַחַר שֶׁיָּצָא בּוֹ כְּמוֹ שֶׁמְּפָרֵשׁ דִּלְכֻולֵּי יוֹמָא אִתַּקְצַאי וְאַפֵּי' לְרֵישׁ לָקִישׁ דְּאָמַר בַּשְּׁבִיעִי מֻותָּר הַייְנוּ לְבָתַר דִּנְפַק בֵּיהּ כִּדְאָמְרִינַן לְמִצְוָתָהּ אִתַּקְצַאי וְתֵימַהּ ר' חֲנִינָא דְּאָמַר פֶּרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (לְעֵיל סֻוכָּה דַּף לוֹ:) דְּמַטְבִּיל בֵּיהּ בְּרֵישָׁא וַהֲדַר נָפֵיק בֵּיהּ כְּמַאן דְּלָא כְּרַבִּי יוֹחָנָן וְלֹא כְּרֵישׁ לָקִישׁ וְי"ל כֵּיוָן דְּלָא אָכַל לֵיהּ כּוּלֵּיהּ וּמְשַׁיֵּיר בָּהּ כַּשִּׁיעוּר דְּמָצֵי נָפֵיק בֵּיהּ שָׁרֵי אַפֵּי' לְר' יוֹחָנָן ואע"ג דְּמִמַּה נַפְשָׁךְ נֶאֶסְרָה כֻּולָּהּ בְּיוֹם רִאשׁוֹן דְּחָסֵר כָּל שֶׁהוּא פָּסוּל דִּלְמָא רַבִּי חֲנִינָא הִפְרִישׁ כֻּולָּהּ לְיוֹם רִאשׁוֹן וּמִקְצָתָהּ לִשְׁאָר הַיָּמִים מִידֵּי דַּהֲוָה אָז' אֶתְרוֹגִין לְשִׁבְעַת הַיָּמִים דִּלְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין ואע"ג דִּתְנַאי דִּמְהַנֵּי בַּסֻּוכָּה לָא מְהַנֵּי אֶלָּא בְּאוֹמֵר אֵינִי בּוֹדֵל מֵהֶן כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כִּדְאִיתָא פֶּרֶק הַמֵּבִיא כַּדֵּי יַיִן (בֵּיצָה דַּף ל:) וְהָכָא בְּיוֹם רִאשׁוֹן מִמַּה נַפְשָׁךְ בּוֹדֵל מִכֻּולָּן הָא אָמְרִינַן הָתָם אֶתְרוֹג דְּמַפְסְקִי לֵילוֹת מִיָּמִים כָּל חַד וְחַד בְּאַנְפֵּי נַפְשֵׁיהּ סֻוכָּה דְּלָא מַפְסְקִי לֵילוֹת מִיָּמִים כֻּולָּהּ כְּחַד יוֹמָא אֲרִיכְתָּא דָּמֵי וְהָיָה ר' חֲנִינָא מַתְנֶה כּוּלֵּיהּ לְיוֹם רִאשׁוֹן וּבִשְׁאָר הַיָּמִים אֵינוֹ בּוֹדֵל מִמִּקְצָתוֹ בְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלָּהֶן וּמִיהוּ קָשֶׁה דִּלְעֵיל פֶּרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לח.) גַּבֵּי מִי שֶׁבָּא בַּדֶּרֶךְ וְאֵין בְּיָדוֹ לוּלָב דְּקָתָנֵי לִכְשֶׁיָּבֹא לְבֵיתוֹ יִטֹּול עַל שֻׁולְחָנוֹ מַשְׁמַע בַּגְּמָרָא דְּמַפְסִיק סְעֻודָּתוֹ בִּשְׁבִיל לוּלָב וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁלֹּא יַתְחִיל א"כ רַבִּי חֲנִינָא הֵיכִי מַטְבִּיל בָּהּ בְּרֵישָׁא וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּהָכִי קָאָמַר מַטְבִּיל בָּהּ הַיּוֹם וְנָפֵיק בָּהּ לְמָחָר:
<b>L'etrog, le septième jour, est interdit.</b> Même après s'en être acquitté, comme il l'explique : il a été mis à l'écart pour toute la journée. Et même selon Resh Lakish qui dit qu'il est permis le septième, c'est après s'en être acquitté, conformément à ce que nous disons : il a été mis à l'écart pour sa mitsva. Et il y a lieu de s'étonner de Rabbi Hanina, qui dit au chapitre Loulav ha-gazoul (plus haut, 36b) qu'il y trempait [son pain ou son mets] d'abord et ne s'en acquittait qu'ensuite : selon qui ? Ni comme Rabbi Yo'hanan, ni comme Resh Lakish ! Et l'on peut répondre : puisqu'il n'en mangeait pas la totalité et qu'il en laissait la mesure requise pour pouvoir encore s'en acquitter, c'est permis même selon Rabbi Yo'hanan. Et bien que de toute façon il fut interdit en entier le premier jour — car le moindre manque le rend passoul —, peut-être Rabbi Hanina l'avait-il mis à part en entier pour le premier jour, et pour une partie seulement pour les autres jours, à l'instar des sept etroguim pour les sept jours dont il est question plus loin dans notre sougya. Et bien que la condition (tenai) efficace pour la souccah ne le soit que s'il dit « je ne me détache pas d'elle durant tout bein hachemachot », comme il est dit au chapitre Ha-mevi kadei yayin (Betsa 30b) — or ici, le premier jour, de toute façon il se détache de tous —, n'avons-nous pas dit là-bas : l'etrog, dont les nuits séparent les jours, chacun de ses jours vaut par lui-même ; la souccah, dont les nuits ne séparent pas les jours, le tout vaut comme un seul long jour. Rabbi Hanina posait donc la condition sur la totalité pour le premier jour, et pour les autres jours il ne se détachait pas d'une partie durant leur bein hachemachot. Toutefois cela fait difficulté : plus haut, au chapitre Loulav ha-gazoul (38a), à propos de celui qui est en chemin et n'a pas de loulav en main, où il est enseigné « lorsqu'il rentrera chez lui, il le prendra à sa table » — il ressort de la Guemara qu'il interrompt son repas pour le loulav, et à plus forte raison qu'il ne doit pas commencer avant. S'il en est ainsi, comment Rabbi Hanina y trempait-il d'abord ? Il faut dire que voici ce qu'il veut dire : il y trempait aujourd'hui, et s'en acquittait le lendemain.
💡 Explication

La Guemara reprend le dernier membre de la michna (« aussitôt les enfants retirent leurs loulavim et mangent leurs etroguim ») pour ouvrir la sougya du mouktse de mitsva. La question n'est pas « peut-on manger l'etrog ? » mais quand : l'objet consacré à une mitsva est retiré de l'usage profane, et il s'agit de savoir jusqu'où porte ce retrait.

Rabbi Yo'hanan pose trois choses : etrog interdit le septième (même après la prise du matin), permis le huitième, et souccah interdite même le huitième. Rachi précise la nature de chaque interdit : pour l'etrog il s'agit de la consommation, pour la souccah de l'usage de ses bois comme combustible. Resh Lakish ne conteste que le premier point : une fois la mitsva accomplie, l'etrog est libre.

Noter l'asymétrie que Rabbi Yo'hanan installe d'emblée entre souccah et etrog : c'est elle qui provoquera la question de Rav Papa au segment 5.

3
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? מַר סָבַר: לְמִצְוָתָהּ אִתַּקְצַאי, וּמַר סָבַר: כֻּולֵּי יוֹמָא אִתַּקְצַאי.

Sur quoi porte leur divergence ? Un maître tient : il a été mis à l'écart pour sa mitsva ; et un maître tient : il a été mis à l'écart pour toute la journée.

💡 Explication

La Guemara nomme l'axe en deux formules d'une précision remarquable. Le-mitsvato itkatsai : la mise à l'écart (hektsaa) est fonctionnelle — elle existe pour garantir que l'objet sera disponible au moment de l'acte, et tombe avec l'acte accompli. Koulei yoma itkatsai : la mise à l'écart est temporelle — c'est la journée entière qui a été saisie, et l'accomplissement de la mitsva n'y change rien.

Resh Lakish tient la première, Rabbi Yo'hanan la seconde. Toute la suite du folio consiste à tester cet axe sur des cas nouveaux : l'etrog devenu passoul, les sept etroguim mis à part, et la différence avec la souccah.

🖼️ Schéma
Le septième jour, heure par heure : où la mahloket se voit matin : netilat loulav soir : sortie du 7e jour la zone contestée : après la mitsva, avant la nuit RESH LAKISH -- le-mitsvato itkatsai L'écart tombe à l'instant même où la mitsva est faite. Dès le matin, l'etrog est un fruit ordinaire. Rachi : il ne se tient plus pour la mitsva -- et rien au-delà. R. YO'HANAN -- koulei yoma itkatsai C'est la journée entière qui a été saisie. Même acquitté, l'etrog reste interdit jusqu'à la nuit. La zone contestée demeure fermée -- il faudra attendre le huitième jour. Même fruit, même instant : seule change la nature de la mise à l'écart -- fonctionnelle ou temporelle.
La journée du septième jour et la zone que chacun ouvre ou ferme.
4
אֵיתִיבֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: מִיָּד תִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין אֶת לוּלְבֵיהֶן וְאוֹכְלִין אֶתְרוֹגֵיהֶן. מַאי לַָאו, הוּא הַדִּין לִגְדוֹלִים! לֹא, תִּינוֹקוֹת דַּוְקָא.

Resh Lakish objecta à Rabbi Yo'hanan : « Aussitôt, les enfants retirent leurs loulavim et mangent leurs etroguim. » N'est-ce pas qu'il en va de même pour les adultes ! — Non : les enfants spécifiquement.

📜 Rachi (3)
מִיָּד תִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין כו' בַּשְּׁבִיעִי קָאֵי בְּמָתְנֵי' וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים מִיָּד תִּינוֹקוֹת כְּלוֹמַר מִיָּד אַחַר סִיּוּם מִצְוַת לוּלָב הַתִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין אֶת לוּלְבֵיהֶן כְּלוֹמַר מַנִּיחִין אוֹתָם כְּמוֹ שׁוֹמְטוֹ וּמַנִּיחוֹ בְּקֶרֶן זָוִית וְהוֹלְכִין וְאוֹכְלִין אֶתְרוֹגֵיהֶן וְאֵין נִרְאֶה דְּאָמְרִינַן (בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה) מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד א' שֶׁנָּתַן דִּינָר לֶעָנִי וְהִקְנִיטַתּוּ אִשְׁתּוֹ וּבָרַח וְלֹא הָיָה לוֹ בַּמֶּה לְהִתְפַּרְנֵס בַּשְּׁבִיעִי שֶׁל עֲרָבָה הָלַךְ וְשָׁמַט אֶתְרוֹגִין מִיָּד הַתִּינוֹקוֹת כְּדִתְנַן תַּמָּן מִיָּד הַתִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין כו' וְהָיָה אוֹתוֹ חָסִיד עוֹבֵר בִּסְפִינָה דֶּרֶךְ כְּרַךְ אֶחָד וְהֻוצְרְכוּ לְבֵית הַמֶּלֶךְ לְאֶתְרוֹגִין דְּמִצְוָה לִרְפוּאָה וּמְכָרָן בְּיֹוקֶר גָּדוֹל וְחָזַר לְבֵיתוֹ אַלְמָא דִּגְדוֹלִים שָׁמְטִי לֵיהּ מִיָּד הַתִּינוֹקוֹת:
« Aussitôt les enfants retirent, etc. » — la michna traite du septième jour. Certains expliquent « miyad tinokot » ainsi : aussitôt après l'achèvement de la mitsva du loulav, les enfants « retirent leurs loulavim », c'est-à-dire les déposent — au sens de « il le retire et le dépose dans un coin » — et s'en vont manger leurs etroguim. Mais cela ne paraît pas juste, car nous disons (dans Bereshit Rabba) : il advint qu'un homme pieux donna un dinar à un pauvre ; sa femme l'en cingla, il s'enfuit, et il n'avait plus de quoi subsister. Le septième jour, celui de la arava, il alla et retira des etroguim de la main des enfants, comme nous l'avons appris là-bas : « de la main des enfants on retire, etc. ». Cet homme pieux passait en bateau par une certaine grande ville où l'on avait besoin, pour la maison du roi, d'etroguim de mitsva à des fins de remède ; il les vendit très cher et rentra chez lui. Il en ressort que ce sont les adultes qui les retirent de la main des enfants.
מַאי לָאו הוּא הַדִּין בְּאֶתְרוֹגִין שֶׁל גְּדוֹלִים נָמֵי שָׁרוּ בַּאֲכִילָה:
« N'est-ce pas qu'il en va de même » — les etroguim des adultes aussi sont permis à la consommation.
תִּינוֹקוֹת דַּוְקָא שֶׁלֹּא הֻוקְצָה לְמִצְוָה גְּמוּרָה אֲבָל שֶׁל גְּדוֹלִים שֶׁהֻוקְצָה לְמִצְוָה גְּמוּרָה אֲסוּרִין כָּל הַיּוֹם:
« Les enfants spécifiquement » — car [leur etrog] n'a pas été consacré à une mitsva pleine ; mais ceux des adultes, consacrés à une mitsva pleine, sont interdits toute la journée.
💡 Explication

Resh Lakish tire de la michna une preuve directe : le septième jour, après la mitsva, on mange les etroguim — donc la mise à l'écart est bien tombée. Sa lecture suppose que la michna décrit un principe général dont les enfants ne sont que l'illustration.

Rabbi Yo'hanan répond par dokka (spécifiquement) : la michna parle des enfants et d'eux seuls. Rachi donne la raison de fond — l'etrog d'un enfant n'a jamais été consacré à une mitsva pleine, puisque l'enfant n'est pas soumis à l'obligation ; son objet n'a donc pas la même charge que celui d'un adulte.

Rachi ouvre par ailleurs un débat de lecture du texte de la michna. Certains lisent « miyad tinokot chomtin » : aussitôt, les enfants déposent leurs loulavim et vont manger leurs etroguim. Rachi refuse cette lecture au nom d'un récit du Midrach où un homme pieux, ruiné, « retire des etroguim de la main des enfants » (mi-yad ha-tinokot) pour les revendre — preuve que ce sont les adultes qui retirent, et que yad désigne bien la main.

🖼️ Schéma
Une seule michna, deux objections opposées miyad tinokot chomtin et lulaveihen ve-okhlin etrogueihen -- qui la phrase gêne-t-elle ? La michna : aussitôt [le 7e jour], on retire les loulavim des enfants et l'on mange leurs etroguim. Version 1 (seg. 3) Resh Lakish attaque R. Yo'hanan : on mange donc l'etrog le 7e jour ! Réponse de R. Yo'hanan : tinokot dokka -- les enfants seulement. Rachi : leur etrog n'a pas été consacré à une mitsva pleine (pas d'obligation). Version 2 (seg. 4) -- ika de-amri R. Yo'hanan attaque Resh Lakish : les enfants oui, les adultes NON ! Réponse de Resh Lakish : or'ha de-milta -- façon de parler. Rachi : on n'a pas coutume d'arracher leurs etroguim des mains des adultes. Leçon de méthode : une michna qui mentionne un cas peut le mentionner soit par restriction, soit par réalisme descriptif.
La même phrase de michna retournée dans les deux sens.
5
אִיכָּא דְאָמְרִי, אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרֵישׁ לָקִישׁ: מִיָּד הַתִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין אֶת לוּלְבֵיהֶן וְאוֹכְלִין אֶתְרוֹגֵיהֶן. תִּינוֹקוֹת — אִין, גְּדוֹלִים לָא! הוּא הַדִּין דַּאֲפִילּוּ גְּדוֹלִים, וְהַאי דְּקָתָנֵי תִּינוֹקוֹת — אוֹרְחָא דְמִלְּתָא קָתָנֵי.

Certains disent [autrement] : Rabbi Yo'hanan objecta à Resh Lakish : « Aussitôt, les enfants retirent leurs loulavim et mangent leurs etroguim » — les enfants, oui ; les adultes, non ! — Il en va de même pour les adultes ; et si l'on enseigne « les enfants », c'est qu'on enseigne la manière ordinaire de la chose.

📜 Rachi (1)
אוֹרְחָא דְמִילְּתָא שֶׁאֵין דֶּרֶךְ לִשְׁמֹוט מִיַּד הַגְּדוֹלִים אֶת אֶתְרוֹגֵיהֶם:
« La manière ordinaire de la chose » — car il n'est pas d'usage de retirer des mains des adultes leurs etroguim.
🗂️ Tossefot (1)
תִּינוֹקוֹת אִין גְּדוֹלִים לָא. פֵּירוּשׁוֹ בְּמַתְנִיתִין:
<b>Les enfants, oui ; les adultes, non.</b> Son explication porte sur la michna.
💡 Explication

La même phrase de michna, cette fois retournée contre Resh Lakish : si la michna prend la peine de dire « les enfants », c'est par dioukk (inférence restrictive) que les adultes, eux, ne mangent pas.

Resh Lakish répond par or'ha de-milta : la michna ne restreint rien, elle décrit. Rachi donne le réalisme de la scène — on n'a pas coutume d'aller arracher leurs etroguim des mains des adultes ; la michna mentionne les enfants parce que c'est chez eux que la scène se produit réellement, non parce qu'eux seuls y auraient droit.

Tossefot précise sobrement que la formule « les enfants oui, les adultes non » est une lecture de la michna, non un énoncé autonome.

6
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: לְרַבִּי יוֹחָנָן, מַאי שְׁנָא סֻוכָּה, מַאי שְׁנָא אֶתְרוֹג?

Rav Papa dit à Abaye : selon Rabbi Yo'hanan, en quoi la souccah diffère-t-elle, en quoi l'etrog diffère-t-il ?

💡 Explication

Question de cohérence interne adressée à la seule position de Rabbi Yo'hanan. S'il tient que la mise à l'écart saisit toute la journée, alors elle devrait tomber à la nuit dans les deux cas. Or il a dit : etrog permis le huitième, souccah interdite même le huitième. D'où vient ce jour de plus accordé à la souccah ?

La formule mai chena... mai chena... est la mise en demeure classique : expose la différence réelle entre les deux objets, ou renonce à l'un des deux énoncés.

7
אֲמַר לֵיהּ: סֻוכָּה דְּחַזְיָא לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת, דְּאִי אִיתְרְמִי לֵיהּ סְעוֹדְתָּא בָּעֵי מֵיתַב בְּגַוַּוהּ וּמֵיכַל (בָּהּ) בְּגַווַּהּ, אִתַּקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת, וּמִיגּוֹ דְּאִתַּקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת — אִתַּקְצַאי לְכֻולֵּי יוֹמָא דִּשְׁמִינִי. אֶתְרוֹג, דְּלָא חֲזֵי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת — לָא אִתַּקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת, וְלָא אִתַּקְצַאי לְכֻולֵּי יוֹמָא דִּשְׁמִינִי.

Il lui dit : la souccah, qui est apte à servir pendant bein hachemachot — car si un repas se présentait à lui, il devrait s'y asseoir et y manger — à été mise à l'écart pour bein hachemachot ; et puisqu'elle a été mise à l'écart pour bein hachemachot, elle a été mise à l'écart pour toute la journée du huitième. L'etrog, qui n'est pas apte à servir pendant bein hachemachot, n'a pas été mis à l'écart pour bein hachemachot, et n'a donc pas été mis à l'écart pour toute la journée du huitième.

📜 Rachi (2)
דְּחַזְיָא לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁהֲרֵי מִצְוָתָהּ כָּל הַיּוֹם:
« Qui est apte pendant bein hachemachot » — car sa mitsva dure toute la journée.
אֶתְרוֹג לָא חֲזִי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת מִשֶּׁיָּצָא בּוֹ שַׁחֲרִית:
« L'etrog n'est pas apte pendant bein hachemachot » — dès lors qu'il s'en est acquitté au matin.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאִי אִיתְרְמִי לֵיהּ סְעוֹדְתָּא. אע"ג דְּאֶתְרוֹג נָמֵי מֻוקְצֶה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מִטַּעַם סָפֵק יוֹם לָא קַשְׁיָא מִידִי כְּדִפְרִישַׁת פ"ק (דַּף י: וְשָׁם בד"ה עַד) גַּבֵּי עִיטְּרָהּ בִּקְרָמִים וא"ת וְלָמָּה לִי טַעְמָא דְּאִי אִיתְרְמִי לֵיהּ סְעוֹדְתָּא תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּאָסוּר מִשּׁוּם אִיסּוּר סְתִירַת אֹהֶל וְי"ל דְּאִיצְטְרִיךְ לְמֵיסַר בַּשְּׁמִינִי אַפֵּי' נָפְלָה בְּחוֹל הַמּוֹעֵד הוֹאִיל וְאִתַּקְצַאי לְשִׁבְעָה וַאֲפִילּוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מֵחֲמַת דַּהֲוָה אָכִיל בָּהּ אִם הָיְתָה קַיֶּימֶת וְכֻולָּהּ כְּחַד יוֹמָא כִּדְפָרֵישׁ' כֵּיוָן דְּלָא מַפְסְקִי לֵילוֹת מִיָּמִים א"נ לְעִנְיַן נוֹיֵי סֻוכָּה דְּאֵין בָּהֶם מִשּׁוּם סְתִירַת אֹהֶל:
<b>Car si un repas se présentait à lui.</b> Bien que l'etrog aussi soit mouktse durant bein hachemachot au titre du doute sur le jour, cela ne fait aucune difficulté, comme je l'ai expliqué au premier chapitre (10b, et là-bas au dibour « ad ») à propos de « il l'a ornée de tentures ». Et si tu demandes : pourquoi avoir besoin de la raison « si un repas se présentait à lui » ? Qu'il suffise de dire qu'elle est interdite au titre de l'interdit de démolir une tente (setirat ohel) ! — On peut répondre : cette raison était nécessaire pour interdire au huitième jour même le cas où elle se serait effondrée pendant hol ha-moed, puisqu'elle a été mise à l'écart pour les sept jours et même pour bein hachemachot, du fait qu'il y aurait mangé si elle était restée debout ; et le tout vaut comme un seul jour, comme nous l'avons expliqué, puisque les nuits ne séparent pas les jours. Ou bien encore : cela vaut pour les ornements de la souccah (noyei souccah), auxquels ne s'applique pas l'interdit de démolir une tente.
💡 Explication

La réponse d'Abaye fait passer toute la différence par un point unique du temps : bein hachemachot, le crépuscule qui sépare le septième jour du huitième et dont le statut est douteux — il appartient peut-être déjà au huitième.

Pour la souccah, la mitsva court toute la journée (Rachi) : si un repas se présente au crépuscule, l'homme est tenu de le prendre dans la souccah. Elle est donc encore hazya (apte) à ce moment-là, donc encore écartée à ce moment-là. Pour l'etrog, la mitsva s'est consommée le matin ; au crépuscule il n'a plus aucun emploi possible, donc plus rien ne l'écarte.

Le ressort logique est le migo : migo de-itkatsai le-bein hachemachot, itkatsai le-koulei yoma di-chemini. Un objet écarté pendant un fragment du huitième jour l'est pour le huitième tout entier, selon la règle déjà connue du mouktse à l'entrée du jour. Tossefot ajoute deux remarques : la raison du repas est nécessaire même quand la souccah s'est effondrée pendant hol ha-moed (l'interdit de démolir une tente ne suffirait pas à expliquer ce cas), et elle vaut aussi pour les noyei souccah, les ornements, auxquels setirat ohel ne s'applique pas.

🖼️ Schéma
Le crépuscule qui fait toute la différence À bein hachemachot du 7e soir, l'un des deux objets sert encore -- l'autre non. SOUCCAH Sa mitsva court toute la journée (Rachi). Si un repas se présente au crépuscule, il DOIT s'y asseoir et y manger. encore APTE à bein hachemachot Donc écartée pour ce crépuscule -- qui est peut-être déjà le huitième jour. migo : interdite TOUT le 8e jour ETROG Sa mitsva s'est accomplie le matin (Rachi). Au crépuscule il n'a plus aucun emploi possible -- même si l'heure était le 7e jour. INAPTE à bein hachemachot Donc non écarté pour ce crépuscule ; rien ne mord sur le huitième jour. permis dès le 8e jour Le ressort logique : migo de-itkatsai le-bein hachemachot, itkatsai le-koulei yoma di-chemini Le crépuscule est un jour douteux. Être écarté pendant lui, c'est être écarté pendant un morceau du 8e jour -- et un objet écarté à l'entrée du jour l'est pour la journée entière. C'est la règle déjà vue : mouktse be-knissat ha-yom.
Le crépuscule douteux : ce qui y sert encore mord sur le lendemain.
8
וְלֵוִי אָמַר: אֶתְרוֹג אֲפִילּוּ בַּשְּׁמִינִי אָסוּר, וְאַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֶתְרוֹג בַּשְּׁבִיעִי אָסוּר, בַּשְּׁמִינִי מֻותָּר. קָם אֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל בְּשִׁיטְתֵיהּ דְּלֵוִי, קָם רַבִּי זֵירָא בְּשִׁיטְתֵיהּ דַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל. דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא: אֶתְרוֹג שֶׁנִּפְסְלָה — אָסוּר לְאָוכְלָהּ כָּל שִׁבְעָה.

Et Levi a dit : l'etrog, même le huitième jour, est interdit. Et le père de Chmouel a dit : l'etrog, le septième — interdit ; le huitième — permis.

Le père de Chmouel s'est finalement rangé à la position de Levi ; Rabbi Zera s'est rangé à la position du père de Chmouel — car Rabbi Zera a dit : un etrog devenu passoul, il est interdit de le manger pendant les sept jours.

📜 Rachi (4)
אֶתְרוֹג אֲפִילּוּ בַּשְּׁמִינִי אֲסוּרָה מִיגּוֹ דַּאֲסִירָה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דִּשְׁמִינִי מִשּׁוּם דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת סָפֵק יוֹם הוּא וּבַשְּׁבִיעִי אִתַּקְצַאי לְכֻולֵּי יוֹמָא וְכֵיוָן דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת אֲסוּרָה ואע"ג דְּלָא חַזְיָא לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת אֲסוּרָה לְכֻולֵּי יוֹמָא:
« L'etrog, même le huitième, est interdit » — puisqu'il est interdit durant bein hachemachot du huitième, parce que bein hachemachot est un jour douteux et que le septième il avait été mis à l'écart pour toute la journée ; et dès lors qu'il est interdit durant bein hachemachot — bien qu'il n'y soit pas apte — il est interdit pour la journée entière.
קָם אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל בְּשִׁטְתֵיהּ דְּלֵוִי חָזַר בּוֹ מִדְּבָרָיו וְאָמַר כְּלֵוִי:
« Le père de Chmouel s'est rangé à la position de Levi » — il s'est rétracté de ses propres paroles et a dit comme Levi.
קָם רַבִּי זֵירָא בְּשִׁיטְתֵיהּ דַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל אָמַר בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ בַּשְּׁבִיעִי אָסוּר בַּשְּׁמִינִי מֻותָּר:
« Rabbi Zera s'est rangé à la position du père de Chmouel » — il a déclaré à la maison d'étude : le septième, interdit ; le huitième, permis.
אֶתְרוֹג שֶׁנִּפְסְלָה רְבוּתָא נְקַט דַּאֲפִילּוּ נִפְסְלָה אֲסוּרָה כָּל שִׁבְעָה שֶׁמִּתְּחִילָּה לְשִׁבְעָה הֻוקְצָה אֲבָל בַּשְּׁמִינִי מֻותֶּרֶת:
« Un etrog devenu passoul » — il énonce un cas fort : même devenu passoul il est interdit pendant les sept jours, car dès le départ il a été consacré pour les sept ; mais le huitième, il est permis.
🗂️ Tossefot (1)
אֶתְרוֹג אֲפִילּוּ בַּשְּׁמִינִי אֲסוּרָה. דְּגָזַר אֶתְרוֹג אַטּוּ סֻוכָּה כְּדִמְפָרֵשׁ פ"ק גַּבֵּי עִיטְּרָהּ בִּקְרָמִים:
<b>L'etrog, même le huitième, est interdit.</b> Car il décrète [l'interdit de] l'etrog à cause de la souccah, comme il l'explique au premier chapitre à propos de « il l'a ornée de tentures ».
💡 Explication

Le même axe se rejoue une génération plus loin, avec une position plus sévère encore que celle de Rabbi Yo'hanan : Levi interdit l'etrog même le huitième jour, alignant l'etrog sur la souccah. Rachi explique le mécanisme : l'etrog est interdit pendant bein hachemachot du huitième (parce que ce crépuscule est un jour douteux et que le septième l'avait saisi tout entier), et une fois interdit là, il l'est pour la journée entière — même s'il n'y était pas apte. Tossefot donne l'autre voie : on décrète l'etrog à cause de la souccah (gzera).

Les deux verbes kam be-chitatei décrivent des ralliements : le père de Chmouel abandonne sa propre position pour celle de Levi ; Rabbi Zera reprend à son compte celle que le père de Chmouel vient d'abandonner.

La preuve du ralliement de Rabbi Zera est indirecte mais nette : il interdit l'etrog devenu passoul pendant les sept jours. Rachi souligne que c'est un rebouta, un cas fort : même un etrog qui ne servira plus jamais reste écarté, parce que la consécration initiale portait dès le départ sur les sept jours — mais pas au-delà, ce qui le place bien du côté du père de Chmouel et non de Levi.

9
אָמַר רַבִּי זֵירָא: לָא לִיקְנֵי אִינִישׁ הוֹשַׁעְנָא לְיָנוֹקָא בְּיוֹמָא טָבָא קַמָּא. מַאי טַעְמָא? דְּיָנוֹקָא מְקַנֵּא קָנֵי, אַקְּנוּיֵי לָא מַקְנֵי. וְאִשְׁתְּכַח דְּקָא נָפֵיק בְּלוּלָב שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ.

Rabbi Zera a dit : qu'un homme ne transfère pas la propriété du hochana à un enfant le premier jour de fête. Quelle en est la raison ?

Parce que l'enfant, acquérir — il acquiert ; faire acquérir — il ne fait pas acquérir. Et il se trouverait alors que [le donateur] s'acquitte avec un loulav qui n'est pas le sien.

📜 Rachi (3)
לָא לִיקְנֵי אִינִישׁ הוֹשַׁעְנָא לְיָנוֹקָא בְּמַתָּנָה עַד שֶׁלֹּא יָצָא בּוֹ הוּא:
« Qu'un homme ne transfère pas le hochana à un enfant » — en don, avant de s'en être lui-même acquitté.
מְקַנֵּא קָנֵי דְּרַבָּנָן תַּקִּינוּ לֵיהּ זְכִיָּיה לְנַפְשֵׁיהּ:
« Acquérir, il acquiert » — car les Sages lui ont institué la faculté d'acquérir pour lui-même.
אַקְּנוּיֵי לָא מַקְנֵי אֵינוֹ יָכוֹל לַחֲזֹור וּלְהַקְנוֹתוֹ לְאָבִיו בְּמַתָּנָה דְּלָאו בַּר דַּעַת הוּא:
« Faire acquérir, il ne fait pas acquérir » — il ne peut pas le retransférer à son père en don, car il n'est pas doté de discernement (bar daat).
🗂️ Tossefot (1)
דְּיָנוֹקָא מִקְנֵא קָנֵי אַקְנוֹיֵי לָא מַקְנֵי. לָא דָּמֵי לְבַר שָׁטְיָא דְּפֶ' אַרְבָּעָה אַחִין (יְבָמוֹת דַּף לא.) דְּאָמְרִינַן כְּשֶׁהוּא שׁוֹטֶה זְבַן כְּשֶׁהוּא שׁוֹטֶה זָבִין דְּשׁוֹטֶה גָּרַע וְלָא קָנֵי מַקְנֵי:
<b>Car l'enfant, acquérir il acquiert, faire acquérir il ne fait pas acquérir.</b> Cela ne se compare pas au cas du fils devenu dément, au chapitre Arbaa ahin (Yevamot 31a), où nous disons « quand il était chote il a acheté, quand il était chote il a vendu » — car le chote est plus grave : il n'acquiert pas, et donc ne fait pas acquérir.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מְנָא הָנֵי מִילֵּי דת"ר וּלְקַחְתֶּם שֶׁתְּהֵא לְקִיחָה בְּיַד כָּל אֶחָד וְאֶחָד לָכֶם מִשֶּׁלָּכֶם לְהוֹצִיא אֶת הַשָּׁאוּל וְאֶת הַגָּזוּל מִכָּאן אָמְרוּ אֵין אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ ביו"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג בְּלוּלָבוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ אֶלָּא א"כ נְתָנוֹ לוֹ בְּמַתָּנָה וּמַעֲשֶׂה בר"ג וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ ור"א בֶּן עֲזַרְיָה וְרַבִּי עֲקִיבָא שֶׁהָיוּ בָּאִין בִּסְפִינָה וְלֹא הָיָה לוּלָב אֶלָּא לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁלְּקָחוֹ בְּאֶלֶף זוּז נְטָלוֹ ר"ג וְיָצָא בּוֹ נְתָנוֹ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּמַתָּנָה נְטָלוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְיָצָא בּוֹ וּנְתָנוֹ לר"א בֶּן עֲזַרְיָה בְּמַתָּנָה נְטָלוֹ ראב"ע וְיָצָא בּוֹ וּנְתָנוֹ לְרַבִּי עֲקִיבָא בְּמַתָּנָה נְטָלוֹ ר"ע וְיָצָא בּוֹ וְהֶחֱזִירוֹ לר"ג לָמָּה לֵיהּ לְמֵימַר הֶחֱזִירוֹ לר"ג דְּהָא אֲפִילּוּ לֹא הֶחֱזִירוֹ לוֹ יָצְאוּ כֻּולָּן דר"ג נְתָנוֹ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּמַתָּנָה גְּמוּרָה וְכָל אֶחָד לַחֲבֵירוֹ מִילְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קמ"ל דְּמַתָּנָה ע"מ לְהַחֲזִיר שְׁמָהּ מַתָּנָה דְּאָמַר רָבָא הֵילָךְ אֶתְרוֹג זֶה בְּמַתָּנָה ע"מ לְהַחֲזִירוֹ לִי נְטָלוֹ וְיָצָא בּוֹ הֶחְזִירוֹ יָצָא לֹא הֶחְזִירוֹ לֹא יָצָא וְכֵן הָיְתָה מַתְּנַת ר"ג וּלְהָכִי תְּנָא וְהֶחֱזִירוֹ לר"ג דְּאִם לֹא הֶחֱזִירוּהוּ לוֹ לֹא יָצְאוּ אע"פ שֶׁכָּל אֶחָד לֹא הֶחֱזִירוֹ לר"ג כֵּן הָיְתָה הַמַּתָּנָה שֶׁכָּל אֶחָד יִתְּנֵהוּ לַחֲבֵירוֹ וְיַחֲזִירֵהוּ לְבַסּוֹף וְצָרִיךְ שֶׁיִּתְּנֵהוּ לוֹ בְּמַתָּנָה גְּמוּרָה ע"מ שֶׁיַּחֲזִיר וְאַחַר שֶׁיָּצָא בּוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלִיתְּנָה לוֹ בְּמַתָּנָה בִּשְׁעַת חֲזָרָה אֲבָל אִם אָמַר לוֹ יְהֵא בְּמַתָּנָה עַד שֶׁתֵּצֵא בּוֹ וְאַחַ"כּ יְהֵא שֶׁלִּי כְּבַתְּחִלָּה לֹא יָצָא בּוֹ דְּהָוֵי כְּמוֹ שָׁאוּל וְתֵדַע מִדְּאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף מו:) לָא לִיקְנֵי אִינִישׁ לוּלִיבָּא לְיָנוֹקָא בְּיוֹמָא טָבָא קַמָּא דְּיָנוֹקָא מַקְנֵי קָנֵי אַקְנוֹיֵי לָא מַקְנֵי וְאִם אֵינוֹ צָרִיךְ לְהַחְזִיר לוֹ בְּמַתָּנָה נְהִי דְּקָטָן לָאו בַּר אַקְּנוּיֵי הוּא לִיקְנֵי לֵיהּ עַד שֶׁיֵּצֵא בּוֹ וְלַחֲזֹור לוֹ מִמֵּילָא אֶלָּא וַדַּאי צָרִיךְ לַחֲזֹור וְלִיתְּנוֹ לוֹ בְּמַתָּנָה וְקָטָן לָאו בַּר אַקְּנוּיֵי הוּא. כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר מִסְתַּבְּרָא כֵּיוָן שֶׁהַמְקַבֵּל מַתָּנָה יוֹדֵעַ שֶׁהַנּוֹתֵן אֵין נוֹתֵן בְּמַתָּנָה גְּמוּרָה שֶׁהֲרֵי צָרִיךְ הוּא עֲדַייִן לוֹ לָצֵאת בּוֹ שֶׁאֵין לוֹ לוּלָב אַחֵר אֵין צָרִיךְ לְפָרֵשׁ לוֹ עַל מְנָת לְהַחֲזִיר לוֹ אֶלָּא נוֹתֵן לוֹ סְתָם וְהַמְקַבֵּל מַחֲזִיר לוֹ סְתָם וְאֵין צָרִיךְ תְּנַאי דְּהָא ר"ג נָתַן בְּמַתָּנָה וְלֹא אָמַר לוֹ ע"מ לְהַחֲזִיר אֶלָּא כֵּיוָן שֶׁלְּקָחוֹ ר"ג לָצֵאת בּוֹ וְלֹא הָיָה לוֹ אַחֵר מִסְּתָמָא ע"מ לְהַחֲזִירוֹ נְתָנוֹ ע"כ וְדָבָר פָּשׁוּט הוּא דִּלְעִנְיַן לָצֵאת בּוֹ יוֹתֵר טוֹבָה מַתָּנָה עַל מְנָת לְהַחֲזִיר אֶלָּא שֶׁבָּא לְחַדֵּשׁ דַּאֲפִילּוּ בְּמַתָּנָה סְתָם הוּא ע"מ לְהַחֲזִיר וְאִם לֹא הֶחֱזִירוֹ לוֹ לֹא יָצָא וְאִם נִגְזָל מִמֶּנּוּ וְלֹא הֶחֱזִירוֹ כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר זַ"ל מִסְתַּבְּרָא אע"ג דַּחֲזָרַת דָּמִים הָוְיָא חֲזָרָה כִּדְאָמְרִי' גִּיטִּין דַּף עַד. גַּבֵּי אִיצְטְלִית דְּאָמְרוּ חֲכָמִים תִּתֵּן לוֹ דָּמֶיהָ דַּוְקָא בְּאִיצְטְלִית אָמְרִינַן מַה לִי הִיא מַה לִי דָּמֶיהָ אֲבָל אֶתְרוֹג כִּי אָמְרִי' הֶחֱזִירוּ לוֹ בְּאֶתְרוֹג דַּוְקָא קָאָמַר לָצֵאת בּוֹ יְדֵי חוֹבָה וְאִם לֹא הֶחֱזִירוּהוּ לֹא יָצָא כִּדְאָמַר ב"ב דַּף קלז: גַּבֵּי אַחִין שֶׁקָּנוּ אֶתְרוֹג בִּתְפוּסַת הַבַּיִת אִם יָכוֹל לְאָכְלוֹ יָצָא וְאִם לָאו לֹא יָצָא דַּחֲזָרַת דָּמִים לָאו חֲזָרָה הִיא ע"כ. וְהָרוֹאֶה דְּבָרָיו נִרְאֶה לוֹ שֶׁטָּעָה בְּמַה שֶׁכָּתַב דְּאָמְרִי' גַּבֵּי אִיצְטְלִית מַה לִי הִיא מַה לִי דָּמֶיהָ וְהָא לֵיתָא דְּלֵית הִלְכְתָא כְּרַשְׁבָּ"ג דְּאָמַר תִּתֵּן דָּמִים דְּהַיְינוּ עֻובְדָּא דְּצַיְּדָן גִּיטִּין דַּף עַד. וְהוּא לֹא טָעָה דְּטַעֲמָא דְּרַבָּנָן הָתָם מִשּׁוּם דִּלְצַעֲרָהּ קָא מִיכַּוֵּין וְהָא לֹא צִיעֲרָהּ אֲבָל בְּעָלְמָא מוֹדוּ רַבָּנָן דְּאָמְרִי' מַה לִי הֵן וּמַה לִי דְּמֵיהֶן כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ נֶשֶׁךְ (בָּבָא מְצִיעָא דַּף סג.) וּלְעִנְיַן הַדִּין אִם הוּא חַיָּיב בָּאֳונָסִין יֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁאֵינוֹ חַיָּיב בָּאֳונָסִין שֶׁהֲרֵי בְּמַתָּנָה נְתָנוֹ לוֹ וּנְהִי נָמֵי שֶׁלֹּא הֶחֱזִירוּהוּ לוֹ מ"מ שׁוֹאֵל אֵינוֹ וְכֵן דַּעַת ה"ר יְשַׁעְיָה זַ"ל שֶׁהִקְשָׁה מַה יֵשׁ בֵּין מַתָּנָה ע"מ לְהַחֲזִיר לִשְׁאוֹל בִּשְׁנֵיהֶם הוּא שֶׁלּוֹ עַד שֶׁיִּטְּלֶנּוּ וּשְׁנֵיהֶם אֵין הַגּוּף קָנוּי לוֹ וְתֵירֵץ דְּמַתָּנָה ע"מ לְהַחֲזִיר אֵינוֹ חַיָּיב בָּאֳונָסִין דִּלְהָכִי יַהְבֵּיהּ לֵיהּ בְּמַתָּנָה מִיהוּ כִּי אִיתֵיהּ בְּעֵינֵיהּ מִיחַייַּב לְאַהְדּוֹרֵי לֵיהּ וְכֵיוָן דְּאֵינוֹ חַיָּיב בָּאֳונָסִין קָרֵינָא בֵיהּ לָכֶם אֲבָל שָׁאוּל שֶׁחַיָּיב בָּאֳונָסִין לָא קָרֵינָא בֵיהּ לָכֶם וְלִדְבָרָיו אֲפִילּוּ בִּגְנֵיבָה וַאֲבֵידָה לָא מִיחַייַּב כֵּיוָן דְּפָטַר לֵיהּ מֵאֳונָסִין מִשּׁוּם מַתָּנָה הוּא הַדִּין נָמֵי מִגְּנֵיבָה וַאֲבֵידָה אִי לָאו מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן הוֹאִיל וְנֶהֱנָה מְהַנֶּה כִּדְאָמְרִינַן בּ"מ דַּף פא. גַּבֵּי הַנּוֹטֵל כֵּלִים מִבֵּית הָאֻומָּן לְשַׁגְּרָן לְבֵית חָמִיו וְנֶאֶנְסוּ בַּהֲלִיכָה חַיָּיב בַּחֲזָרָה פָּטוּר מֵאֳונָסִין וְחַיָּיב בִּגְנֵיבָה וַאֲבֵידָה דְּהוֹאִיל וְנֶהֱנָה מְהַנֶּה וּמִיהוּ נ"ל דְּחַיָּיב אֲפִילּוּ בָּאֳונָסִין וְעוֹד אֲפִילּוּ בְּמֵתָה מֵחֲמַת מְלָאכָה חַייָּב שֶׁהֲרֵי קִבֵּל עָלָיו לְהַחֲזִירוֹ וְאִם לֹא הֶחֱזִירוֹ הַמַּתָּנָה בְּטֵלָה וּנְהִי דְּשׁוֹאֵל לָא הָוֵי מִיהוּ בְּנִפְקָד וְשׁוֹלֵחַ יָד בְּפִקָּדוֹן שֶׁלֹּא בִּרְשׁוּת הָוֵי גַּזְלָן ואע"פ שֶׁבִּרְשׁוּת יָרַד הוּא בִּיטֵּל אוֹתוֹ רְשׁוּת בְּשֶׁלֹּא קִייֵּם תְּנָאוֹ וְעָשָׂה אֶת עַצְמוֹ גַּזְלָן לְמַפְרֵעַ:
Guemara : d'où ces choses ? Car nos maîtres ont enseigné : « <b>et vous prendrez</b> » — que la prise soit dans la main de chacun ; « <b>pour vous</b> » — de ce qui est à vous, pour exclure l'emprunté et le volé. De là ils ont dit : nul ne s'acquitte de son obligation le premier jour de fête de la fête avec le loulav de son compagnon, à moins qu'il ne le lui ait donné en don. Et il advint que Rabban Gamliel, Rabbi Yehochoua, Rabbi Elazar ben Azaria et Rabbi Akiva voyageaient en bateau, et il n'y avait de loulav que pour Rabban Gamliel, qui l'avait acheté mille zouz. Rabban Gamliel le prit et s'en acquitta, puis le donna en don à Rabbi Yehochoua ; Rabbi Yehochoua le prit et s'en acquitta, puis le donna en don à Rabbi Elazar ben Azaria ; Rabbi Elazar ben Azaria le prit et s'en acquitta, puis le donna en don à Rabbi Akiva ; Rabbi Akiva le prit, s'en acquitta, et le rendit à Rabban Gamliel. Pourquoi la braita a-t-elle besoin de dire « et il le rendit à Rabban Gamliel » ? Car même s'il ne le lui avait pas rendu, tous se seraient acquittés, puisque Rabban Gamliel l'avait donné à Rabbi Yehochoua en don complet, et chacun de même à son compagnon ! — C'est en passant qu'elle nous enseigne un point : un don à condition de rendre est un don valable, comme l'a dit Rava : « voici cet etrog pour toi en don à condition de me le rendre » — s'il l'a pris et s'en est acquitté : l'a-t-il rendu, il est quitte ; ne l'a-t-il pas rendu, il n'est pas quitte. Et tel était le don de Rabban Gamliel ; c'est pourquoi la braita enseigne « et il le rendit à Rabban Gamliel », car s'ils ne le lui avaient pas rendu ils ne se seraient pas acquittés. Et bien que chacun ne l'ait pas rendu à Rabban Gamliel lui-même, telle était la teneur du don : que chacun le donne à son compagnon et qu'à la fin il lui revienne. Et il faut qu'il le lui donne en don complet à condition de le rendre ; et après s'en être acquitté, il doit à nouveau le lui donner en don au moment de la restitution. Mais s'il lui a dit : « qu'il soit un don jusqu'à ce que tu t'en acquittes, et ensuite il sera mien comme au début » — il ne s'en est pas acquitté, car c'est comme un objet emprunté. Et sache-le de ce qui est dit plus loin (Souccah 46b) : qu'un homme ne transfère pas le loulav à un enfant le premier jour de fête, car l'enfant acquiert mais ne fait pas acquérir. Or s'il n'était pas nécessaire de le lui rendre en don, alors, même si l'enfant n'est pas apte à faire acquérir, qu'on le lui donne jusqu'à ce qu'il s'en acquitte et qu'il revienne de lui-même ! Mais assurément il faut le lui redonner en don, et l'enfant n'est pas apte à faire acquérir. Le Baal ha-Ittour a écrit : il est raisonnable que, puisque celui qui reçoit le don sait que le donateur ne le donne pas en don complet — car celui-ci en a lui-même encore besoin pour s'en acquitter, n'ayant pas d'autre loulav —, il ne soit pas nécessaire de lui préciser « à condition de me le rendre » : il le lui donne sans précision, le receveur le lui rend sans précision, et aucune condition explicite n'est requise ; car Rabban Gamliel a donné en don sans dire « à condition de le rendre », mais puisqu'il l'avait acheté pour s'en acquitter et n'en avait pas d'autre, c'est assurément à condition de le rendre qu'il l'a donné. Fin de citation. Et il est évident que, pour s'acquitter, un don à condition de rendre vaut mieux ; mais il vient innover que même un don sans précision vaut « à condition de rendre », et que s'il ne le lui a pas rendu il ne s'est pas acquitté. Et s'il lui a été volé et qu'il ne le lui a pas rendu, le Baal ha-Ittour z"l a écrit : il est raisonnable que, bien que la restitution de la valeur en argent vaille restitution — comme nous disons dans Guittin (74a) au sujet de l'istelit (le manteau), dont les Sages ont dit « qu'il lui en donne la valeur » —, ce soit spécifiquement pour l'istelit que l'on dise « que m'importe elle, que m'importe sa valeur » ; mais pour l'etrog, quand on dit « il le lui a rendu », c'est de l'etrog lui-même qu'il s'agit, pour pouvoir s'en acquitter ; et s'ils ne le lui ont pas rendu, il ne s'est pas acquitté, comme il est dit dans Bava Batra (137b) au sujet de frères qui ont acheté un etrog sur les biens indivis de la maison : s'il peut le manger, il est quitte ; sinon, il n'est pas quitte — car la restitution de la valeur n'est pas une restitution. Fin de citation. Et qui lit ses paroles croira qu'il s'est trompé en écrivant que l'on dit au sujet de l'istelit « que m'importe elle, que m'importe sa valeur » — or il n'en est rien, car la halakha n'est pas comme Rabban Chimon ben Gamliel qui dit « qu'il lui en donne la valeur », à savoir l'affaire de Sidon (Guittin 74a). Mais il ne s'est pas trompé : la raison des Sages là-bas tient à ce qu'il visait à la faire souffrir, et il ne l'a pas fait souffrir ; en général, cependant, les Sages accordent que l'on dit « que m'importe eux, que m'importe leur valeur », comme il est dit au chapitre Eizehou nechekh (Bava Metsia 63a). Et quant au droit : est-il tenu des cas de force majeure (onassin) ? Certains disent qu'il n'en est pas tenu, puisqu'on le lui a donné en don ; et même s'ils ne le lui ont pas rendu, il n'est pas pour autant emprunteur (choel). Telle est aussi l'opinion de Rabbi Yechaya z"l, qui a demandé : quelle différence y a-t-il entre un don à condition de rendre et un emprunt ? Dans les deux cas l'objet est à lui jusqu'à ce que l'autre le reprenne, et dans les deux cas le corps de l'objet ne lui est pas acquis ! Et il a répondu : pour un don à condition de rendre, il n'est pas tenu des onassin, car c'est bien pour cela qu'on le lui a donné en don ; toutefois, tant que l'objet est intact, il est tenu de le rendre. Et puisqu'il n'est pas tenu des onassin, on lit à son sujet « lakhem » ; tandis que l'emprunteur, qui est tenu des onassin, on ne lit pas à son sujet « lakhem ». Et selon ses paroles, il ne serait pas non plus tenu du vol et de la perte, puisqu'on l'exempte des onassin en raison du don — il en irait de même pour le vol et la perte ; si ce n'est en raison de ce que nous disons « puisqu'il en tire bénéfice, qu'il en fasse bénéficier », comme il est dit (Bava Metsia 81a) au sujet de celui qui prend des ustensiles de chez l'artisan pour les envoyer chez son beau-père : perdus par force majeure à l'aller, il est tenu ; au retour, il est exempt des onassin mais tenu du vol et de la perte, car « puisqu'il en tire bénéfice, qu'il en fasse bénéficier ». Toutefois il me semble qu'il est tenu même des onassin ; et bien plus, même si la bête est morte du fait du travail il est tenu, car il s'est engagé à la rendre, et s'il ne l'a pas rendue le don est annulé. Et s'il n'est pas emprunteur, il n'en reste pas moins que le dépositaire qui porte la main sur le dépôt sans autorisation devient voleur (gazlan) ; et bien qu'il y soit entré avec autorisation, il a annulé cette autorisation en ne tenant pas sa condition, et s'est rendu voleur rétroactivement.
💡 Explication

Le premier jour de Souccot, la Tora exige lakhem — que les quatre espèces vous appartiennent. Un loulav emprunté ne convient pas. Quand plusieurs personnes se partagent un seul loulav, la solution classique est le don à condition de rendre (matana al menat le-hahazir) : chacun le reçoit en pleine propriété, s'en acquitte, puis le redonne au suivant.

Rabbi Zera signale le piège quand le suivant est un enfant. Les Sages lui ont institué une zekhiya — une capacité d'acquérir pour lui-même (Rachi) — mais il n'est pas bar daat : il ne peut pas effectuer un transfert vers autrui. Le don fait donc l'aller et jamais le retour. Le loulav devient irrévocablement la propriété de l'enfant, et l'adulte qui le reprendrait pour s'en acquitter le ferait avec un objet qui ne lui appartient plus.

Tossefot écarte un rapprochement possible avec le chote (Yevamot 31a) : le dément est un cas plus grave, puisqu'il n'acquiert même pas — on ne peut donc rien en déduire pour l'enfant, qui, lui, acquiert.

🖼️ Schéma
Le piège du don à l'enfant le premier jour Le 1er jour exige lakhem : le loulav doit vous appartenir. Le don doit donc faire l'aller ET le retour. L'adulte n'a qu'un seul loulav et n'a pas encore fait la mitsva L'enfant (katan) zekhiya instituée par les Sages mais pas bar daat mikna kani -- l'aller passe aknouyei lo makni -- le retour ne passe pas Conséquence : ve-echtakah de-ka nafik be-loulav che-eino chelo Le loulav est désormais la propriété de l'enfant. L'adulte qui le reprend s'acquitte avec un objet qui n'est plus le sien. Pourquoi seulement le 1er jour ? Le lakhem (propriété) n'est requis deoraita que le premier jour. Les jours suivants, un loulav emprunté suffit. Tossefot : et le chote ? Le cas du dément (Yevamot 31a) ne se compare pas : lui est plus grave encore -- il n'acquiert même pas, et donc ne transfère pas.
Le don qui ne fait que l'aller, et le lakhem qui se perd.
10
וְאָמַר רַבִּי זֵירָא: לָא לֵימָא אִינִישׁ לְיָנוֹקָא ״דְּיָהֵיבְנָא לָךְ מִידִי״ וְלָא יָהֵיב לֵיהּ, מִשּׁוּם דְּאָתֵי לְאַגְמוֹרֵיהּ שִׁיקְרָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לִמְּדוּ לְשׁוֹנָם דַּבֶּר שֶׁקֶר״.

Et Rabbi Zera a dit : qu'un homme ne dise pas à un enfant « je vais te donner quelque chose » sans le lui donner, parce qu'il en vient à lui enseigner le mensonge, ainsi qu'il est dit : « Ils ont accoutumé leur langue à dire le mensonge » (Jérémie 9, 4).

💡 Explication

Second dit de Rabbi Zera, amené par association d'auteur — mais qui partage exactement le même objet que le précédent : l'enfant. Le premier traitait de son incapacité juridique, celui-ci de sa formation morale.

Le raisonnement est pédagogique, non contractuel : ce n'est pas la promesse non tenue qui est visée comme rupture d'engagement (l'enfant n'a rien acquis), mais l'effet formateur de l'exemple. Le verset de Jérémie est cité dans sa forme la plus littérale — limdou lechonam daber cheker, « ils ont enseigné à leur langue » : le mensonge s'apprend comme une habitude de la langue, par entraînement.

11
וּבִפְלֻוגְתָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ. דְּאִיתְּמַר: הִפְרִישׁ שִׁבְעָה אֶתְרוֹגִין לְשִׁבְעָה יָמִים, אָמַר רַב: כָּל אַחַת וְאַחַת יוֹצֵא בָּהּ וְאוֹכְלָהּ לְאַלְתַּר, וְרַב אַסִּי אָמַר: כָּל אַחַת וְאַחַת יוֹצֵא בָּהּ וְאוֹכְלָהּ לְמָחָר. בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? מַר סָבַר: לְמִצְוָתָהּ אִתַּקְצַאי. וּמַר סָבַר: לְכֻולֵּי יוֹמָא אִתַּקְצַאי.

Et [la même chose se retrouve] dans la divergence de Rabbi Yo'hanan et Rabbi Chimon ben Lakish. Car il a été dit : celui qui a mis à part sept etroguim pour les sept jours — Rav dit : de chacun il s'acquitte, et il le mange aussitôt ; et Rav Assi dit : de chacun il s'acquitte, et il le mange le lendemain.

Sur quoi divergent-ils ? Un maître tient : il a été mis à l'écart pour sa mitsva ; et un maître tient : pour toute la journée.

📜 Rachi (1)
וּבִפְלוּגְתָּא הָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי שִׁמְעוֹן ב"ל אִיפְּלוּג נָמֵי רַב וְרַב אַסִּי וְכֵיוָן דְּקָמוּ רַב אַסִּי וְרַבִּי יוֹחָנָן בַּחֲדָא שִׁיטְתָא הִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ וַאֲסוּרָה בַּשְּׁבִיעִי וּמֻותֶּרֶת בַּשְּׁמִינִי וְהַייְנוּ דְּקָבָעֵי וַאֲנַן דְּאִית לָן בַּשְּׁמִינִי תְּרֵי יוֹמֵי הֵיכִי עָבְדִינַן מִי אָסְרִינַן לֵיהּ בְּיוֹמָא קַמָּא מִשּׁוּם סָפֵק שְׁבִיעִי אוֹ לֹא:
« Et dans la divergence » — sur cette question de Rabbi Yo'hanan et Rabbi Chimon ben Lakish, Rav et Rav Assi ont eux aussi divergé ; et puisque Rav Assi et Rabbi Yo'hanan se tiennent dans une même ligne, la halakha est comme eux : il est interdit le septième et permis le huitième. Et c'est ce qui motive la question : « et nous, qui avons deux jours au huitième, comment agissons-nous ? » — le lui interdisons-nous le premier de ces jours au titre du doute-septième, ou non ?
💡 Explication

Le cas est construit pour isoler la variable : sept etroguim, chacun affecté à un seul jour. Chacun n'est donc écarté que pour son propre jour, et l'on peut observer proprement quand cet écart tombe. Rav : le-altar, aussitôt après la prise. Rav Assi : le-mahar, seulement le lendemain.

La Guemara conclut elle-même que l'axe est identique à celui du segment 2. Rachi en tire la conséquence halakhique : Rav Assi et Rabbi Yo'hanan tiennent la même ligne, donc la halakha est comme eux — l'etrog est interdit le septième jour et permis le huitième. Et c'est précisément cette conclusion qui rend urgente la question du segment suivant : hors d'Erets Israël, où le huitième jour est un septième possible, que fait-on ?

12
וַאֲנַן דְּאִית לַן תְּרֵי יוֹמֵי, הֵיכִי עָבְדִינַן? אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי — אָסוּר, תְּשִׁיעִי סָפֵק שְׁמִינִי — מֻותָּר. מֵרִימֶר אָמַר: אֲפִילּוּ שְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי — מֻותָּר.

Et nous, qui avons deux jours, comment agissons-nous ? Abaye dit : le huitième, doute-septième — interdit ; le neuvième, doute-huitième — permis.

Mareimar dit : même le huitième, doute-septième — permis.

📜 Rachi (1)
מֵרִימֶר אָמַר אֲפִילּוּ תְּשִׁיעִי סָפֵק שְׁמִינִי אֲסוּרָה לָא גָּרְסִינַן לָהּ:
« Mareimar dit : même le neuvième, doute-huitième, est interdit » — nous ne lisons pas ainsi.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי אָסוּר'. בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל דְּלֵיכָּא סְפִיק' לָא גְּזוּר אַטּוּ סֻוכָּה אֲבָל בְּבָבֶל דְּאִיכָּא סְפֵיקָא אע"ג דְּלָא מְבָרֵךְ בֵּיהּ גְּזוּר אַטּוּ סֻוכָּה אֲבָל תְּשִׁיעִי סָפֵק שְׁמִינִי לָא גְּזוּר אֶתְרוֹג אַטּוּ סֻוכָּה:
<b>Le huitième, doute-septième, est interdit.</b> En Erets Israël, où il n'y a pas de doute, on n'a pas décrété à cause de la souccah ; mais à Babel, où il y a un doute, bien qu'on n'y récite pas de berakha, on a décrété à cause de la souccah. En revanche, pour le neuvième, doute-huitième, on n'a pas décrété l'etrog à cause de la souccah.
💡 Explication

Hors d'Erets Israël, l'incertitude sur la fixation du mois fait qu'on observe deux jours de fête : le huitième est peut-être en réalité le septième de Souccot, et le neuvième peut-être le huitième. La question porte donc sur le jour intermédiaire.

Abaye : le doute suffit à maintenir l'écart — le huitième est interdit ; le neuvième, qu'aucune hypothèse ne peut faire septième, est permis. Mareimar : même le huitième est permis, car de toute façon ce jour est déjà Chemini Atseret et plus rien de la sainteté de Souccot n'y adhère.

Tossefot situe la différence géographiquement : en Erets Israël, où il n'y a pas de doute, on n'a pas décrété l'interdit de l'etrog à cause de la souccah ; à Babel, où le doute existe, on l'a fait — bien qu'on ne récite pas de berakha sur le loulav ce jour-là. Rachi, lui, corrige le texte : la variante qui ferait dire à Mareimar « même le neuvième est interdit » n'est pas la bonne leçon.

13
בְּסוּרָא עָבְדִי כִּמְרִימָר, רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי עָבֵיד כְּאַבַּיֵּי. וְהִלְכְתָא כְּאַבַּיֵּי.

À Soura, on agissait comme Mareimar ; Rav Chicha fils de Rav Idi agissait comme Abaye. Et la halakha est comme Abaye.

💡 Explication

Le Talmud rapporte d'abord les usages effectifs — une académie entière (Soura) d'un côté, un maître nommé de l'autre — avant de trancher. La formule ve-hilkheta ke-Abaye retient la position stricte : l'etrog demeure interdit le huitième jour douteux, et n'est libéré que le neuvième.

14
אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: שְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי, שְׁבִיעִי לְסֻוכָּה וּשְׁמִינִי לִבְרָכָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: שְׁמִינִי לָזֶה וְלָזֶה. מֵיתַב כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּיָתְבִינַן, כִּי פְּלִיגִי

Rav Yehouda fils de Rav Chmouel bar Chilat a dit au nom de Rav : le huitième, doute-septième — il est septième quant à la souccah et huitième quant à la berakha. Et Rabbi Yo'hanan a dit : il est huitième pour l'un comme pour l'autre.

Quant à y siéger, tout le monde s'accorde que nous y siégeons ; leur divergence porte...

📜 Rachi (4)
שְׁבִיעִי לְסֻוכָּה כְּדִמְפָרֵשׁ לָהּ לְקַמָּן:
« Septième quant à la souccah » — comme la Guemara l'explique plus loin.
וּשְׁמִינִי לִבְרָכָה שֶׁאוֹמֵר בִּתְפִלָּה וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וְקִידּוּשׁ אֶת יוֹם הַשְּׁמִינִי חַג עֲצֶרֶת הַזֶּה:
« Et huitième quant à la berakha » — car il dit dans la tefila, dans le birkat ha-mazon et dans le kidouch : « ce huitième jour, fête de Atseret ».
שְׁמִינִי לָזֶה וְלָזֶה אַף לְעִנְיַן סֻוכָּה הָוֵי שְׁמִינִי וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל לְמִילְּתֵיהּ:
« Huitième pour l'un et pour l'autre » — même quant à la souccah il est huitième ; et plus loin la Guemara poursuit et explique son propos.
כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּיָתְבִינַן בְּסֻוכָּה בִּשְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי וַאֲפִילּוּ לְר' יוֹחָנָן דְּאָמַר שְׁמִינִי לָזֶה וְלָזֶה:
« Tout le monde s'accorde que nous siégeons dans la souccah » — le huitième, doute-septième, et même selon Rabbi Yo'hanan qui dit « huitième pour l'un et pour l'autre ».
🗂️ Tossefot (1)
מֵיתַב כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּיָתְבִין. בְּלוּלָב לֹא רָצוּ לְתַקֵּן כְּלָל שֶׁיִּטְּלֶנּוּ הַלּוּלָב מִסָּפֵק לְפִי שֶׁהוּא י"ט וּמֻוקְצֶה לְטִלְטוּל וּמִינְּכַר' לְמִילְּתֵיהּ שֶׁנּוֹהֵג בּוֹ מִנְהַג חוֹל אֲבָל סֻוכָּה פְּעָמִים שֶׁסֻּוכָּתוֹ עֲרֵיבָה עָלָיו אוֹכֵל בָּהּ אַפֵּי' בי"ט:
<b>Quant à y siéger, tout le monde s'accorde que l'on y siège.</b> Pour le loulav, ils n'ont voulu instituer nullement qu'on le prenne par doute, parce que c'est un yom tov et qu'il est mouktse au déplacement, et que la chose serait manifeste : il s'y conduirait à la manière d'un jour ordinaire. Mais la souccah — il arrive que sa souccah lui soit agréable et qu'il y mange même un yom tov.
💡 Explication

Dernière sougya du folio, encore ouverte à la fin de l'amoud. La question n'est plus l'etrog mais le statut global du huitième jour hors d'Erets Israël.

Rav le dédouble : septième quant à la souccah — on y prend ses repas, par doute — et huitième quant à la berakha, c'est-à-dire qu'on mentionne Chemini Atseret dans la tefila, le birkat ha-mazon et le kidouch (Rachi). Le jour porte donc deux régimes simultanés selon le plan considéré. Rabbi Yo'hanan refuse ce dédoublement : chemini là-ze ve-là-ze, huitième sur les deux plans.

La Guemara pose alors le point d'accord avant d'isoler le litige : tous, même Rabbi Yo'hanan, admettent qu'on siège dans la souccah ce jour-là. Tossefot explique la différence de traitement avec le loulav : le prendre par doute aurait été une conduite visiblement profane un jour de fête (il est de surcroît mouktse au déplacement), tandis que s'asseoir dans sa souccah peut passer pour un simple agrément. La phrase ki pelegui est coupée net — la suite est en 47a.

🖼️ Schéma
Chemini safek chevii : un jour, deux plans Le même jour peut-il être le septième sur un plan et le huitième sur un autre ? RAV (via Rav Yehouda b. Chmouel bar Chilat) le jour se dédouble SOUCCAH : on le traite en SEPTIÈME on mange dans la souccah, par doute BERAKHA : on le traite en HUITIÈME tefila, birkat ha-mazon, kidouch : Chemini Atseret RABBI YO'HANAN chemini là-ze ve-là-ze -- une seule identité Le jour est HUITIÈME sur les deux plans. Un jour ne peut pas être coupé en deux régimes contradictoires. Rachi : la Guemara expliquera plus loin son propos. Le point d'accord, posé avant le litige : meitav koulei alma lo pelegui de-yatvinan Même R. Yo'hanan admet qu'on siège dans la souccah ce jour-là. Tossefot : pour le loulav on n'a rien institué -- le prendre serait visiblement une conduite de jour ordinaire ; s'asseoir dans sa souccah ne l'est pas. La phrase se coupe ici.
Un jour dédoublé selon Rav, unifié selon Rabbi Yo'hanan.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).