Sukkah 47b — La berakha et la lina de Chemini Atseret, et la tenoufa des bikourim

Sukkah 47b

Sougya : Suite directe de la baraita de R. Yehouda (fin de 47a) : Chemini Atseret est un regel bifnei atsmo (une fête à part entière) qui exige korban, chir, berakha et lina.

La Guemara demande de quelle berakha il s'agit — le zman (chehehiyanou), ce qui appuierait R. Yo'hanan, ou simplement la mention du jour dans le birkat hamazon et la tefila ?

Deux tests sont proposés (le zman se dit-il les sept jours ? faut-il une coupe de vin ?), avec un détour par Rav Nahman qui autorise le zman même au marché. La Guemara attaque ensuite le second volet : R.

Yehouda exige-t-il vraiment la lina pour Chemini, alors qu'ailleurs il enseigne que seul ce qui exige six jours exige la lina ? La réponse s'appuie sur la michna des bikourim, ce qui ouvre une longue digression sur la source de la tenoufa (R.

Yehouda contre R. Eliezer ben Yaakov) et sur le geste à deux mains du cohen et des propriétaires.

Le folio se clôture par la halakha : on dit bien le zman à Chemini Atseret.

Le fil du folio : quelle berakha, quelle lina pour Chemini Atseret ? De la baraita de R. Yehouda (fin 47a) à la halakha tranchée : on dit le zman le huitième jour. Point de départ (fin de 47a) -- R. Yehouda Chemini est un regel bifnei atsmo (fête à part entière) : comme les sept jours du Hag, il exige korban (offrande), chir (chant des Lévites), berakha (bénédiction) et lina (nuitée à Jérusalem). Mouvement 1 (seg. 0-2) -- de quelle berakha parle-t-il ? Hava amina : c'est le zman (chehehiyanou) -- ce qui appuierait R. Yo'hanan. Rejet : non, c'est le birkat hamazon et la tefila, où l'on nomme le jour ('ce huitième jour, fête de Atseret'). Deux tests : le zman existe-t-il les sept jours ? et faut-il une coupe (kos) chaque jour ? Détour : Rav Nahman -- on dit le zman même au marché, sans coupe. Preuve non concluante. Mouvement 2 (seg. 3-4) -- R. Yehouda exige-t-il vraiment la lina ? Contradiction : une autre baraita de R. Yehouda déduit que Pessa'h Cheni n'exige pas la lina, via la règle 'ce qui exige six jours exige la lina'. Or Chemini n'a pas de six jours -- exclu lui aussi ? Réponse : non, la règle n'exclut que Pessa'h Cheni, cas semblable au premier Pessa'h. Appui : les bikourim n'ont pas six jours et exigent pourtant la lina selon R. Yehouda. Mouvement 3 (seg. 5-8) -- digression : qui exige la tenoufa des bikourim ? R. Yehouda : 've-hinahto' (et tu le déposeras) = tenoufa, car la simple hana'ha est déjà dite. Objection : la michna est peut-être de R. Eliezer ben Yaakov, qui tire la tenoufa de 'mi-yadekha'. Sa méthode : gezera chava yad-yad avec les chelamim -- donc cohen ET baalim balancent ensemble. Conséquence : l'appui du mouvement 2 s'affaiblit ; la question de la lina reste ouverte. Mouvement 4 (seg. 9-10) -- mai havei alah : la décision Rav Nahman : on dit le zman à Chemini. Rav Chechet : on ne le dit pas. Halakha : on le dit. Une baraita vient appuyer Rav Nahman -- elle se poursuit en 48a.
Fil du folio : la berakha, la lina, la digression sur les bikourim, puis la halakha.
La berakha de R. Yehouda : deux lectures possibles Enjeu : si c'est le zman, la baraita appuie R. Yo'hanan (on dit chehehiyanou à Chemini). 'Chemini exige aussi une berakha' Baraita de R. Yehouda (fin 47a) Lecture A : berakha = zman Chehehiyanou dit pour le huitième jour comme pour une fête autonome. Objection 1 : les sept jours R. Yehouda compare aux 7 jours du Hag. Or le zman ne se dit qu'une fois. Réponse : s'il a oublié le 1er jour, il le dit le lendemain ou un autre jour. Objection 2 : la coupe (kos) Le vin n'est pas disponible chaque jour de hol hamoed. Réponse : une coupe s'est trouvée là. Lecture B : birkat hamazon + tefila C'est la mention du jour dans le yaale ve-yavo et le ata behartanou. Le changement de formule Pendant les 7 jours : Hag ha-Soukkot ha-ze Le huitième jour : Yom Chemini Hag ha-Atseret ha-ze Conséquence : aucune preuve pour R. Yo'hanan -- la question du zman reste ouverte. La Guemara retient d'abord la lecture B, puis tranche autrement en fin de folio (seg. 9).
Les deux lectures du mot berakha dans la baraita de R. Yehouda.
La derasha de la lina : qui doit passer la nuit à Jérusalem ? Lina : rester la nuit suivante à Jérusalem avant de rentrer chez soi. Les deux versets juxtaposés (Deut. 16, 7-8) 'Ve-fanita ba-boker ve-halakhta le-ohalekha' -- et tu te tourneras le matin et tu iras vers tes tentes. 'Chechet yamim tokhal matsot' -- six jours tu mangeras des matsot. Règle de R. Yehouda Ce qui exige les six jours -- exige la lina. Ce qui n'exige pas les six jours -- n'exige pas la lina. Le-ma'outei mai ? Qu'est-ce que la règle exclut ? Hava amina (hypothèse) La règle exclut aussi Chemini Atseret : c'est un yom tov isolé, sans six jours. Conséquence gênante R. Yehouda se contredirait : dans sa baraita de 47a, il exige justement la lina pour Chemini. Maskana (conclusion) La règle n'exclut que Pessa'h Cheni, cas semblable au premier Pessa'h. Restent soumis à la lina Chavouot et Chemini Atseret, bien qu'ils n'aient pas six jours -- car le verset ne parle que de Pessa'h. Appui de la michna des bikourim Les bikourim exigent lina sans avoir six jours -- et leur tana serait R. Yehouda (celui de la tenoufa).
La derasha de la lina : ce que la règle des six jours exclut vraiment.
La tenoufa des bikourim : deux mains sur un seul panier Gezera chava yad-yad : le verset impose le cohen, la comparaison impose aussi les baalim. Ici : les bikourim 'Ve-lakah ha-cohen ha-tene mi-yadekha' Le cohen prendra le panier de ta main. Explicite : le COHEN Déduit par gezera chava : les BAALIM Là-bas : les chelamim 'Yadav tevienah et ichei Hachem' Ses mains apporteront les offrandes. Explicite : les BAALIM Déduit par gezera chava : le COHEN Ha keitsad ? Comment concilier les deux ? Le cohen place sa main SOUS la main des propriétaires, et il balance Panier (tene) des bikourim Baalim tiennent le bord Baalim tiennent le bord Main du cohen sous le fond du panier Mouvement de tenoufa : va-et-vient horizontal, puis haut et bas. Tossefot : le contact n'est pas littéral -- sinon il y aurait hatsitsa (interposition) entre la main et le panier.
La tenoufa des bikourim : gezera chava yad-yad et geste à deux mains.
1
מַאי לַָאו, זְמַן? לֹא, בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וּתְפִלָּה.

Cette [berakha] n'est-elle pas le zman (chehehiyanou) ? Non : [c'est] le birkat hamazon (actions de grâces après le repas) et la tefila (prière).

📜 Rachi (2)
מַאי לַָאו זְמַן הַךְ בְּרָכָה דְּקָאָמַר ר' יְהוּדָה מַאי הִיא לָאו הַיְינוּ זְמַן לְעַצְמוֹ:
N'est-ce pas le zman — cette berakha dont parle R. Yehouda, quelle est-elle ? N'est-ce pas le zman (chehehiyanou) récité pour lui-même [pour le huitième jour] ?
בִּרְכַּת הַמָּזוֹן דְּעַד הַשְׁתָּא אָמְרִי' אֶת יוֹם חַג הַסֻּוכּוֹת הַזֶּה וְכָאן אֶת יוֹם שְׁמִינִי חַג עֲצֶרֶת הַזֶּה:
Le birkat hamazon — car jusqu'à présent on disait « ce jour de la fête de Souccot », et ici [on dit] « ce huitième jour, fête de Atseret ».
💡 Explication

La baraita de R. Yehouda (fin de 47a) énumérait ce que Chemini Atseret exige comme les sept jours du Hag : korban, chir, berakha, lina. La Guemara veut savoir de quelle berakha il s'agit.

Si c'est le zman — la bénédiction chehehiyanou dite pour l'inauguration d'un temps nouveau — cela appuierait R. Yo'hanan, qui soutient qu'on la récite à Chemini. La Guemara refuse : la berakha visée, c'est simplement la mention du jour dans le birkat hamazon et dans la tefila, où l'on cesse de dire 'la fête de Souccot' pour dire 'le huitième jour, fête de Atseret'.

🖼️ Schéma
Ce que Rachi entend par 'birkat hamazon et tefila' La berakha propre à Chemini, c'est la mention du jour qui change de formule. Les sept jours du Hag את יום חג הסוכות הזה et yom Hag ha-Soukkot ha-ze 'ce jour de la fête de Souccot' Une seule et même fête, sept jours durant. Le huitième jour את יום שמיני חג העצרת הזה et yom Chemini Hag ha-Atseret ha-ze 'ce huitième jour, fête de Atseret' Nom propre : marqué du regel bifnei atsmo. Donc la baraita n'appuie pas R. Yo'hanan : cette berakha-là n'est pas le chehehiyanou.
La formule qui change : c'est cela, la berakha propre à Chemini selon Rachi.
2
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ זְמַן — זְמַן כָּל שִׁבְעָה מִי אִיכָּא? הָא לָא קַשְׁיָא: דְּאִי לָא בָּרֵיךְ הָאִידָּנָא — מְבָרֵךְ לְמָחָר, אוֹ לְיוֹמָא אַחַרְיַנָא.

Ainsi est-il d'ailleurs raisonnable [de comprendre], car si tu venais à penser [qu'il s'agit du] zman — le zman existe-t-il tous les sept jours ? Ce n'est pas une difficulté : car s'il ne l'a pas récité aujourd'hui, il le récite demain, ou un autre jour.

💡 Explication

Argument de vraisemblance en faveur de la lecture « birkat hamazon ». R. Yehouda a comparé Chemini aux sept jours du Hag : la berakha en question existe donc chaque jour de la fête. Or le zman ne se dit qu'une fois, à l'entrée de la fête.

La Guemara désamorce l'objection : la baraita ne dit pas qu'on récite le zman sept fois, mais qu'on peut encore le réciter durant les sept jours — celui qui a oublié le premier jour rattrape le lendemain ou n'importe quel autre jour de la fête. La lecture « zman » redevient donc possible.

3
מִכָּל מָקוֹם כּוֹס בָּעֵינַן! לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַב נַחְמָן, דְּאָמַר רַב נַחְמָן: זְמַן אוֹמְרוֹ אֲפִילּוּ בַּשּׁוּק. דְּאִי אָמְרַתְּ בָּעֵינַן כּוֹס — כּוֹס כֹּל יוֹמָא מִי אִיכָּא? דִּלְמָא דְּאִיקְּלַע לֵיהּ כּוֹס.

En tout état de cause, nous exigeons une coupe (kos) ! Disons que [cette baraita] vient appuyer Rav Nahman, car Rav Nahman a dit : le zman, on le récite même au marché.

Car si tu dis que nous exigeons une coupe — y a-t-il une coupe chaque jour ? [Rejet :] peut-être [parle-t-on du cas] où une coupe s'est justement trouvée à sa disposition.

📜 Rachi (3)
מ"מ הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ זְמַן בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְאַפֵּי' לָא בְּרִיךְ יוֹמָא קַמָּא הָא בָּעֵינָא כּוֹס שֶׁל יַיִן וְאֵין יַיִן מָצוּי לְכָל אָדָם בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד:
En tout état de cause — comment trouve-t-on un zman pendant hol hamoed ? Même s'il ne l'a pas récité le premier jour : il faut une coupe de vin, et le vin n'est pas disponible pour tout le monde pendant hol hamoed.
לֵימָא הָא דְּקָתָנֵי בְּרָכָה כָּל ז' וּמְפָרֵשׁ' דְּהַיְינוּ זְמַן:
Disons — ce qui est enseigné, [à savoir] une berakha durant les sept jours, et qu'on explique comme étant le zman.
מְסַייֵּעַ לר"נ דְּאָמַר אוֹמְרוֹ בַּשּׁוּק בְּלֹא כּוֹס:
Cela appuie Rav Nahman — qui dit qu'on le récite au marché, sans coupe.
💡 Explication

Nouvelle attaque contre le rattrapage du zman : la bénédiction du temps se dit normalement sur une coupe de vin, et le vin n'est pas disponible pour tout le monde pendant hol hamoed (les jours intermédiaires). Comment la baraita peut-elle supposer un zman possible n'importe quel jour ?

D'où une tentative de preuve : la baraita appuierait Rav Nahman, pour qui le zman se dit même au marché, sans coupe. La Guemara rejette : la baraita peut parler du cas fortuit où une coupe se trouvait là. Elle décrit une possibilité, pas la manière idéale.

🖼️ Schéma
Le zman exige-t-il une coupe de vin ? Si oui, on ne peut pas le rattraper n'importe quel jour de hol hamoed. Rattraper le zman un autre jour Réponse proposée au segment 1 Si le zman exige une coupe Le vin n'est pas disponible pour tous pendant hol hamoed. Donc : pas de rattrapage quotidien et la lecture 'berakha = zman' redevient intenable. Rav Nahman : pas de coupe requise 'Le zman, on le dit même au marché.' La baraita l'appuierait : elle suppose un zman possible chaque jour, donc sans coupe. Le chehehiyanou est lié au temps, pas au vin. Rejet de la preuve : dilma de-ikla leh kos Peut-être la baraita parle-t-elle du cas où une coupe s'est justement trouvée là.
L'exigence de la coupe, la position de Rav Nahman, et le rejet de la preuve.
4
וְסָבַר רַבִּי יְהוּדָה שְׁמִינִי טָעוּן לִינָה? וְהָא תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִנַּיִן לְפֶסַח שֵׁנִי שֶׁאֵינוֹ טָעוּן לִינָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּפָנִיתָ בַבֹּקֶר וְהָלַכְתָּ לְאֹהָלֶיךָ״, וּכְתִיב: ״שֵׁשֶׁת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת״. אֶת שֶׁטָּעוּן שִׁשָּׁה — טָעוּן לִינָה, אֶת שֶׁאֵינוֹ טָעוּן שִׁשָּׁה — אֵינוֹ טָעוּן לִינָה. לִמְעוּטֵי מַאי? לָאו לְמַעוֹטֵי נָמֵי שְׁמִינִי שֶׁל חַג?

Et R. Yehouda tient-il [vraiment] que Chemini exige la lina (le fait de passer la nuit à Jérusalem) ?

Mais n'a-t-on pas enseigné : R. Yehouda dit — d'où [sait-on] que Pessa'h Cheni n'exige pas la lina ?

Car il est dit : « et tu te tourneras le matin et tu iras vers tes tentes » (Deut. 16, 7), et il est écrit [ensuite] : « six jours tu mangeras des matsot » (Deut.

16, 8). Ce qui exige les six [jours] exige la lina ; ce qui n'exige pas les six [jours] n'exige pas la lina.

Pour exclure quoi ? N'est-ce pas aussi pour exclure le huitième jour de la fête ?

📜 Rachi (3)
מִנַּיִן לְפֶסַח שֵׁנִי הָאָמוּר לִטְמֵאִים לַעֲשׂוֹתוֹ בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי שֶׁאֵינוֹ טָעוּן לִינָה בִּירוּשָׁלַיִם:
D'où [sait-on] pour Pessa'h Cheni — celui qui est prescrit aux personnes impures, pour qu'elles l'accomplissent au second mois — qu'il n'exige pas la lina à Jérusalem.
וּפָנִיתָ בַּבֹּקֶר וּסְמִיךְ לֵיהּ שֵׁשֶׁת יָמִים וְגוֹ' פֶּסַח שֵׁנִי אֵינוֹ אָסוּר בְּחָמֵץ אֶלָּא שֶׁטָּעוּן מַצָּה לְמִצְוָה וְאוֹכֵל חָמֵץ מִיָּד:
« Et tu te tourneras le matin » — et lui est juxtaposée [la phrase] « six jours, etc. ». Pessa'h Cheni n'est pas interdit dans le hamets : il exige seulement la matsa comme mitsva, et l'on peut manger du hamets immédiatement.
ה"ג מַאי לָאו לְמַעוֹטֵי נָמֵי שְׁמִינִי דְּכֵיוָן דְּאֵינוֹ אֶלָּא י"ט יָחִיד אֵינוֹ טָעוּן לִינָה:
Telle est la leçon : « n'est-ce pas aussi pour exclure le huitième jour ? » — puisqu'il n'est qu'un yom tov isolé, il n'exigerait pas la lina.
💡 Explication

La Guemara passe au quatrième terme de la baraita : la lina, obligation de rester à Jérusalem la nuit suivant la fête avant de rentrer chez soi.

Contradiction apparente : ailleurs, R. Yehouda tire de la juxtaposition de deux versets une règle générale — seul ce qui est suivi de six jours de fête exige la lina. Il l'applique à Pessa'h Cheni (le second Pessa'h, celui des personnes impures ou éloignées), qui n'a pas de six jours et donc pas de lina.

Or Chemini Atseret est un yom tov isolé, sans six jours à sa suite. La règle ne devrait-elle pas l'exclure lui aussi — contredisant la baraita de 47a ?

5
לֹא, לְמַעוֹטֵי פֶּסַח שֵׁנִי דִּכְוָותֵיהּ. הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דִּתְנַן: הַבִּיכּוּרִים טְעוּנִין קָרְבָּן וְשִׁיר וּתְנוּפָה וְלִינָה. מַאן שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאָמַר תְּנוּפָה — רַבִּי יְהוּדָה, וְקָאָמַר: טָעוּן לִינָה.

Non : [c'est] pour exclure Pessa'h Cheni, qui lui est semblable. Ainsi est-il d'ailleurs raisonnable, car nous avons appris [dans une michna] : les bikourim (prémices) exigent un korban (offrande), un chir (chant), une tenoufa (balancement) et la lina.

Qui as-tu entendu dire [qu'ils exigent] la tenoufa ? R.

Yehouda — et il dit [pourtant qu'ils] exigent la lina.

📜 Rachi (8)
לָא לְמַעוֹטֵי פֶּסַח שֵׁנִי דִּכְוָותֵיהּ אֵינוֹ מְמַעֵט אֶלָּא פֶּסַח שֵׁנִי לְבַדּוֹ דִּבְפֶסַח קָאֵי וּפֶסַח קָמְמַעֵט אֲבָל שָׁבוּעוֹת וּשְׁמִינִי עֲצֶרֶת אע"ג דְּלָא אִיתַנְהוּ ז' יָמִים טָעוּן לִינָה:
Non, pour exclure Pessa'h Cheni qui lui est semblable — il n'exclut que Pessa'h Cheni seul, car [le verset] traite de Pessa'h et c'est un Pessa'h qu'il exclut ; mais Chavouot et Chemini Atseret, bien qu'ils ne comportent pas sept jours, exigent la lina.
ה"נ מִסְתַּבְּרָא דְּלָא מְמַעֵיט ר' יְהוּדָה אֶלָּא פֶּסַח שֵׁנִי לְחוּד:
Ainsi est-il d'ailleurs raisonnable — que R. Yehouda n'exclut que Pessa'h Cheni seul.
טְעוּנִין קָרְבָּן לְהָבִיא עִמָּהֶם שְׁלָמִים וּבְהַשַּׁ"ס יְרוּשַׁלְמִי יָלֵיף מִוְּשָׂמַחְתָּ בְּכָל הַטּוֹב (דְּבָרִים כ״ו:י״א) וְאֵין שִׂמְחָה אֶלָּא שְׁלָמִים דִּכְתִיב (שָׁם כז) וְזָבַחְתָּ שְׁלָמִים וְאָכַלְתָּ וְשָׂמַחְתָּ וְשִׁיר נַמֵּי יָלֵיף לָהּ מִבְּכָל הַטּוֹב וְאֵין טוֹב אֶלָּא שִׁיר וְהַלְּוִיִּם הָיוּ אוֹמְרִים אוֹתוֹ וּמַהוּ שִׁיר אֲרוֹמִמְךָ ה' כִּי דִלִּיתָנִי (תְּהִילִּים ל׳:ב׳) דִּכְתִיב (יְחֶזְקֵאל ל״ג:ל״ב) יְפֵה קוֹל וּמֵטִיב נַגֵּן וּבְסִפְרֵי (פָּרָשַׁת רְאֵה) נָמֵי תַּנְיָא בְּכָל הַטּוֹב זֶה הַשִּׁיר:
Exigent un korban — [c'est-à-dire] d'apporter avec eux des chelamim (offrandes de paix). Dans le Talmud de Jérusalem on le déduit de « et tu te réjouiras de tout le bien » (Deut. 26, 11) : or il n'y a de joie que par les chelamim, comme il est écrit « tu sacrifieras des chelamim, tu mangeras et tu te réjouiras » (ibid. 27, 7). Le chir se déduit lui aussi de « de tout le bien » : il n'y a de « bien » que le chant, et ce sont les Lévites qui le disaient. Et quel était ce chant ? « Je T'exalterai, Hachem, car Tu m'as relevé » (Ps. 30, 2), car il est écrit « [une] belle voix et [qui] joue bien » (Ez. 33, 32). Et dans le Sifri (parachat Réé) il est enseigné de même : « de tout le bien » — c'est le chant.
וּתְנוּפָה לְקַמֵּיהּ יָלֵיף לָהּ:
Et la tenoufa — [la Guemara] la déduit plus loin.
וְלִינָה הָתָם יָלֵיף לָהּ וּפָנִיתָ בַּבֹּקֶר הָא לָמַדְתָּ שֶׁכָּל הַפִּינּוֹת שֶׁאַתָּה פּוֹנֶה לֹא יְהוּ אֶלָּא בַּבֹּקֶר:
Et la lina — là-bas on la déduit de « et tu te tourneras le matin » : tu apprends de là que tous les départs que tu accomplis ne doivent avoir lieu qu'au matin.
מַאן שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאָמַר תְּנוּפָה לְבִיכּוּרִים:
Qui as-tu entendu dire [qu'il faut] la tenoufa — pour les bikourim.
ר' יְהוּדָה כְּדִלְקַמָּן:
R. Yehouda — comme [il sera dit] plus loin.
וְקָאָמַר הָכָא טְעוּנִין לִינָה ואע"ג דְּאֵין טְעוּנִין שִׁשָּׁה:
Et il dit ici qu'ils exigent la lina — et cela bien qu'ils n'exigent pas les six jours.
🗂️ Tossefot (1)
הַבִּיכּוּרִים טְעוּנִים קָרְבַּן שִׁיר תְּנוּפָה וְלִינָה. בְּפֶ' ג' דְּבִיכּוּרִים (מ"ו) מְפָרֵשׁ דִּבְאֶמְצַע הַקְּרִיאָה הָיְתָה תְּנוּפָה דִּתְנַן הִגִּיעַ לַאֲרַמִּי אֹובֵד אָבִי מוֹרִיד הַסַּל מִכְּתֵפוֹ וְאוֹחֲזוֹ בְּשִׂפְתוֹתָיו וְכֹהֵן מַנִּיחַ יָדוֹ תַּחְתָּיו וּמְנִיפוֹ וְקוֹרֵא מֵאֲרַמִּי אוֹבֵד אָבִי עַד שֶׁגּוֹמֵר כָּל הַפָּרָשָׁה כֻּולָּהּ וּמַנִּיחוֹ בְּצַד הַמִּזְבֵּחַ וּמִשְׁתַּחֲוֶה וְיוֹצֵא מַשְׁמַע שֶׁלֹּא הָיָה מֵנִיף אֶלָּא בִּשְׁעַת הַקְּרִיאָה אֲבָל בְּסִפְרֵי (פָּרָשַׁת רְאֵה) מַשְׁמַע דְּאִיכָּא שְׁתֵּי תְּנוּפוֹת דְּקָתָנֵי וְהִנַּחְתּוֹ לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ מְלַמֵּד שֶׁטְּעוּנִין תְּנוּפָה ב' פְּעָמִים אַחַת בִּשְׁעַת קְרִיאָה וְאַחַת בִּשְׁעַת הִשְׁתַּחֲוָיָה וְהָתָם בְּסִפְרֵי דָּרַשׁ ב' תְּנוּפוֹת מִדִּכְתִיב וְלָקַח הַכֹּהֵן הַטֶּנֶא מִיָּדֶךָ כְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב וְשֶׁמָּא סָבַר לַהּ נָמֵי כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּדָרֵישׁ הָכָא וְהִנַּחְתּוֹ זוֹ תְּנוּפָה וּלְהָכִי בָּעֵי ב' תְּנוּפוֹת דְּוָלָקַח הַכֹּהֵן בְּאֶמְצַע קְרִיאָה כְּתִיב וְכִי כְּתִיב וְהִנַּחְתּוֹ גַּבֵּי הִשְׁתַּחֲוָיָה כְּתִיב וּמַשְׁמַע לֵיהּ לְשׁוֹן תְּנוּפָה מִלְּשׁוֹן לֵךְ נְחֵה אֶת הָעָם (שְׁמוֹת לב) מנא"ר בְּלַעַ"ז וּמוֹלִיךְ וּמֵבִיא א"נ מִדְּאַחַר הַנָּחַת כֹּהֵן כְּתִיב' עוֹד הַנָּחָה אַחֲרִיתָא לְאַחַר קַרְיָא' ש"מ דִּלְאַחַר הַנָּחַת כֹּהֵן חָזַר וּנְטָלוֹ כְּדֵי לַחֲזֹור וּלְהָנִיף אַחַר קְרִיאָה דְּהַייְנוּ בִּשְׁעַת הִשְׁתַּחֲוָיָה אֲבָל קָשֶׁה דִּבְפֶרֶק בָּתְרָא דְּמַכּוֹת (דַּף יח:) אָמְרִינַן מַאן תְּנָא דִּפְלִיג עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה ר"א בֶּן יַעֲקֹב מְנָא לֵיהּ דִּפְלִיגִי דִּלְמָא דָּרְשִׁי תַּרְוַייְהוּ כְּמוֹ תַּנָּא דְּסִפְרֵי וְהָתָם מַשְׁמַע דר"א מַייְתֵי לֵיהּ וְהִנַּחְתּוֹ לוֹמַר דְּהַנָּחָה מְעַכֶּבֶת בָּהֶן וְשֶׁמָּא מִדְּלָא מַיְיתֵי כָּל חַד דְּרָשׁ' דְּחַבְרֵיהּ מִכְּלָל דְּלָא ס"ל וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּרֵישׁ תְּנוּפָה מִוְּהַנָּחָתוֹ וְאַפֵּ"ה מוּקֵי לָהּ בִּשְׁעַת קְרִיאָה כְּדִתְנַן פֶּרֶק ג' דְּבִיכּוּרִים (מ"ו) מִשּׁוּם דִּוְהַנִּיחוֹ [קַמָּא] גַּבֵּי קְרִיאָה כְּתִיב לְכָךְ נִרְאֶה דִּבְסִפְרֵי דְּרֵישׁ תְּנוּפָה לְהִשְׁתַּחֲוָיָה מִדְּאִיתַּקַּשׁ לַהֲנָחָה וְעוֹד תַּנָּא שְׁלִישִׁי דְּלֵית לֵיהּ תְּנוּפָה כְּלָל כִּדְמַשְׁמַע הָכָא מַאן שָׁמְעַת דְּאָמַר תְּנוּפָה רַבִּי יְהוּדָה מִכְּלָל דְּרַבָּנָן לָא בָּעוּ תְּנוּפָה כְּלָל וְהוּא תַּנָּא פֶּרֶק כָּל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה (מֻנְחֵית דַּף סא.) דִּתְנַן הָתָם גַּבֵּי וְאֵלּוּ טְעוּנוֹת תְּנוּפוֹת הַבִּיכּוּרִים כְּדִבְרֵי ר"א בֶּן יַעֲקֹב שְׁמַע מִינָּה דִּלְרַבָּנָן לָא בָּעוּ תְּנוּפָה וְכִי קָאָמַר בְּמַכּוֹת מַאן תְּנָא דִּפְלִיג עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה ר"א בֶּן יַעֲקֹב נִיחָא לֵיהּ לְאֵתוּיֵי תַּנָּא דְּמַשְׁכַּח בְּהֶדְיָא וְעוֹד י"ל דֹּב' תְּנוּפוֹת לָאו דַּוְקָא אֶלָּא לְפִי שֶׁיֵּשׁ בִּיכּוּרִים שֶׁאֵין טְעוּנִין קְרִיאָה כְּגוֹן מִן הֶחָג וְעַד הַחֲנֻוכָּה כְּדִתְנַן פ"ק דְּבִיכּוּרִים (מ"ו) וְקָאָמַר דְּהַטִּעוּנִין קְרִיאָה מֵנִיף בִּשְׁעַת קְרִיאָה וְשֶׁאֵין בָּהֶן קְרִיאָה מֵנִיף בִּשְׁעַת הִשְׁתַּחֲוָאָה:
« Les bikourim exigent korban, chir, tenoufa et lina. » Au chapitre 3 de [la michna] Bikourim (3, 6) il est expliqué que la tenoufa avait lieu au milieu de la lecture [du passage], car nous avons appris : lorsqu'il arrive à « arami oved avi » (un Araméen [voulait] faire périr mon père), il descend le panier de son épaule, le tient par ses bords, le cohen place sa main dessous et le balance, puis il lit depuis « arami oved avi » jusqu'à ce qu'il achève toute la section ; il le dépose à côté de l'autel, se prosterne et sort. Cela indique qu'il ne balançait qu'au moment de la lecture. Mais dans le Sifri (parachat Réé) il ressort qu'il y a deux tenoufot, car il est enseigné : « et tu le déposeras devant Hachem ton Dieu » — cela enseigne qu'ils exigent la tenoufa deux fois, une au moment de la lecture et une au moment de la prosternation. Or la-bas, dans le Sifri, on tire les deux tenoufot de ce qu'il est écrit « et le cohen prendra le panier de ta main », comme R. Eliezer ben Yaakov ; et peut-être [le Sifri] tient-il aussi comme R. Yehouda, qui interprète ici « ve-hinahto » comme la tenoufa — et c'est pourquoi il faut deux tenoufot : car « et le cohen prendra » est écrit au milieu de la lecture, tandis que « ve-hinahto » est écrit à propos de la prosternation. Et il comprend « ve-hinahto » au sens de tenoufa d'après l'expression « va, conduis (nehé) le peuple » (Ex. 32, 34) — mener en ancien français — c'est-à-dire faire aller et venir. Ou bien : puisque après le dépôt fait par le cohen il est écrit encore un autre dépôt après la lecture, on en déduit qu'après le dépôt du cohen il l'a repris pour le balancer de nouveau après la lecture, c'est-à-dire au moment de la prosternation. Mais il y a une difficulté : au dernier chapitre de Makkot (18b) nous disons « quel est le tana qui diverge de R. Yehouda ? R. Eliezer ben Yaakov » — d'où sait-on qu'ils divergent ? Peut-être interprètent-ils tous deux comme le tana du Sifri ! Et là-bas il ressort que R. Eliezer apporte « ve-hinahto » pour dire que le dépôt est indispensable (me'akev) pour eux. Peut-être du fait que chacun n'apporte pas la derasha de l'autre, on en déduit qu'il ne la tient pas. Il reste toutefois une difficulté : R. Yehouda déduit la tenoufa de « ve-hinahto » et pourtant il la situe au moment de la lecture, comme nous l'avons appris au chapitre 3 de Bikourim (3, 6), parce que le premier « ve-hinihho » est écrit à propos de la lecture. C'est pourquoi il semble que, dans le Sifri, on déduit la tenoufa de la prosternation de ce qu'elle est mise en parallèle avec le dépôt. Il y a en outre un troisième tana qui n'admet pas du tout la tenoufa, comme il ressort d'ici : « qui as-tu entendu dire [qu'il faut] la tenoufa ? R. Yehouda » — d'où il découle que les Sages n'exigent pas du tout la tenoufa. C'est le tana du chapitre « Kol ha-menahot baot matsa » (Menahot 61a), où nous avons appris, à propos de « et voici celles qui exigent la tenoufa » : les bikourim, selon les paroles de R. Eliezer ben Yaakov. On en déduit que pour les Sages ils n'exigent pas la tenoufa ; et lorsqu'on dit dans Makkot « quel est le tana qui diverge de R. Yehouda ? R. Eliezer ben Yaakov », il lui convenait d'apporter un tana qui diverge explicitement. On peut encore répondre que « deux tenoufot » n'est pas à prendre au pied de la lettre : mais parce qu'il y a des bikourim qui n'exigent pas la lecture, comme ceux apportés entre le Hag et 'Hanouka, comme nous l'avons appris au premier chapitre de Bikourim — et l'on dit que ceux qui exigent la lecture, on les balance au moment de la lecture, et ceux qui n'ont pas de lecture, on les balance au moment de la prosternation.
💡 Explication

Réponse : la règle des six jours ne balaie pas tout. Le verset traite de Pessa'h ; il n'exclut donc que le cas parallèle, Pessa'h Cheni. Chavouot et Chemini Atseret, bien que dépourvus de six jours, restent soumis à la lina.

Preuve indirecte tirée de la michna des bikourim : les prémices exigent quatre choses, dont la tenoufa et la lina. Or les bikourim n'ont évidemment pas de « six jours ». Et le seul tana connu pour exiger la tenoufa des bikourim est précisément R. Yehouda. Donc R. Yehouda lui-même impose la lina hors du critère des six jours : sa règle est bien limitée à Pessa'h Cheni.

🖼️ Schéma
Les quatre exigences des bikourim -- et l'identité de leur tana Michna Bikourim : korban, chir, tenoufa, lina. Or les bikourim n'ont pas de 'six jours'. Korban Chelamim apportés avec les prémices Yerouchalmi : be-khôl ha-tov Chir Chant des Lévites Aromimkha Hachem Psaume 30 Tenoufa Balancement du panier La clé de l'identification Déduite plus loin (seg. 5-8) Lina Nuitée à Jérusalem Sans 'six jours' ! Ve-fanita ba-boker Le raisonnement d'identification Qui exige la tenoufa des bikourim ? R. Yehouda. Et ce même tana exige la lina. Donc R. Yehouda n'exclut pas tout ce qui manque de six jours -- seulement Pessa'h Cheni. Le point faible (attaque au segment 6) R. Eliezer ben Yaakov exige lui aussi la tenoufa : la michna pourrait être de lui, et non de R. Yehouda.
Les quatre exigences des bikourim et le raisonnement qui identifie leur tana.
6
דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: ״וְהִנַּחְתּוֹ״ — זוֹ תְּנוּפָה. אַתָּה אוֹמֵר זוֹ תְּנוּפָה, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא הַנָּחָה מַמָּשׁ. כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״וְהִנִּיחוֹ״, הֲרֵי הַנָּחָה אָמוּר. הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וְהִנַּחְתּוֹ״ — זוֹ תְּנוּפָה.

Car il a été enseigné : R. Yehouda dit — « ve-hinahto » (et tu le déposeras), c'est la tenoufa.

Tu dis que c'est la tenoufa, ou peut-être n'est-ce qu'un dépôt au sens propre ? Lorsqu'il est dit « ve-hinihho » (et il le déposera), voilà que le dépôt est déjà énoncé.

Dès lors, comment vais-je maintenir [le sens de] « ve-hinahto » ? C'est la tenoufa.

📜 Rachi (3)
דְּתַנְיָא דְּאִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה תְּנוּפָה בְּבִיכּוּרִים:
Car il a été enseigné — que R. Yehouda tient qu'il y a une tenoufa pour les bikourim.
וְהַנָּחָתוֹ זוֹ תְּנוּפָה דִּבְרֹאשׁ הַפָּרָשָׁה נֶאֱמַר וְלָקַח הַכֹּהֵן הַטֶּנֶא מִיָּדֶךָ וְהִנִּיחוֹ לִפְנֵי ה' וְגוֹ' וּבְסֵיפֵיהּ נֶאֱמַר וְהִנַּחְתּוֹ מִכְּלָל שֶׁחָזַר וּנְטָלוֹ וְלָמָּה נְטָלוֹ לִתְנוּפָה:
« Ve-hinahto », c'est la tenoufa — car au début de la section il est dit « et le cohen prendra le panier de ta main et le déposera devant Hachem, etc. », et à la fin il est dit « et tu le déposeras » : d'où il découle qu'il l'a repris. Et pourquoi l'a-t-il repris ? Pour la tenoufa.
זוֹ הַנָּחָה שֶׁמַּגִּיד לְךָ שֶׁמִּצְוָה לְהַנִּיחוֹ לִפְנֵי הַמִּזְבֵּחַ וְאַחַ"כּ יִטְּלוּהוּ הַכֹּהֲנִים וְיֹאכְלוּהוּ:
C'est un dépôt [au sens propre] — [ce verset] t'apprend que c'est une mitsva de le déposer devant l'autel, après quoi les cohanim le prendront et le mangeront.
💡 Explication

Voici la source de la position de R. Yehouda. La section des bikourim (Deut. 26) contient deux verbes de dépôt : au début, « le cohen prendra le panier de ta main et le déposera (ve-hinihho) devant Hachem » ; à la fin, « et tu le déposeras (ve-hinahto) devant Hachem ton Dieu ».

Le raisonnement est un yitour (surplus de langage) : si le dépôt matériel est déjà prescrit, le second verbe ne peut pas être redondant. Il enseigne donc qu'entre les deux, l'apporteur a repris le panier — et s'il l'a repris, c'est pour le balancer. Ainsi « ve-hinahto » désigne la tenoufa.

7
וְדִלְמָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא, דְּתַנְיָא: ״וְלָקַח הַכֹּהֵן הַטֶּנֶא מִיָּדֶךָ״ — לִימֵּד עַל הַבִּיכּוּרִים שֶׁטְּעוּנִין תְּנוּפָה, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב.

Et peut-être [cette michna] est-elle [l'opinion de] R. Eliezer ben Yaakov ?

Car il a été enseigné : « et le cohen prendra le panier de ta main » (Deut. 26, 4) — cela a enseigné au sujet des bikourim qu'ils exigent la tenoufa ; [telles sont] les paroles de R.

Eliezer ben Yaakov.

📜 Rachi (1)
וְדִלְמָא הַהִיא דְּקָתָנֵי תְּנוּפָה וְלִינָה ר"א בֶּן יַעֲקֹב הוּא דְּשָׁמְעִי' לֵיהּ נָמֵי דְּאָמַר טְעוּנִין תְּנוּפָה אֲבָל כְּרַבִּי יְהוּדָה לָא מִתּוֹקְמָא דְּאִית לֵיהּ לְר' יְהוּדָה כֹּל שֶׁאֵין טָעוּן שִׁשָּׁה אֵין טָעוּן לִינָה וְלָא תֵּילַף מֵהָכָא סְבָרָא דִּידָךְ:
Et peut-être — cette [michna] qui enseigne la tenoufa et la lina est [celle de] R. Eliezer ben Yaakov, dont nous savons aussi qu'il dit qu'ils exigent la tenoufa ; mais elle ne peut pas être établie selon R. Yehouda, puisque R. Yehouda tient que tout ce qui n'exige pas les six [jours] n'exige pas la lina. Et tu ne peux donc pas en tirer ton raisonnement.
💡 Explication

Attaque contre la preuve du segment 4. L'identification « qui exige la tenoufa = R. Yehouda » n'est pas exclusive : R. Eliezer ben Yaakov exige lui aussi la tenoufa des bikourim, mais à partir d'un autre mot du verset.

Si la michna des bikourim suit REBY, elle ne dit plus rien sur la position de R. Yehouda concernant la lina — et l'appui invoqué plus haut s'effondre. Comme le note Rachi, cette michna ne peut pas être de R. Yehouda si l'on maintient sa règle des six jours.

8
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב? אָתְיָא ״יָד״ ״יָד״ מִשְּׁלָמִים, כְּתִיב הָכָא: ״וְלָקַח הַכֹּהֵן הַטֶּנֶא מִיָּדֶךָ״, וּכְתִיב הָתָם: ״יָדָיו תְּבִיאֶינָה אֵת אִשֵּׁי ה׳״.

Quelle est la raison de R. Eliezer ben Yaakov ?

[Cela] se déduit [par une gezera chava] « yad » — « yad » (main) [tirée] des chelamim : il est écrit ici « et le cohen prendra le panier de ta main » (Deut. 26, 4), et il est écrit là-bas « ses mains apporteront les offrandes consumées de Hachem » (Lev.

7, 30).

📜 Rachi (1)
יָדָיו תְּבִיאֶינָה בִּבְעָלִים דִּשְׁלָמִים כְּתִיב גַּבֵּי תְּנוּפָה דִּכְתִיב בְּסֵיפֵיהּ לְהָנִיף אוֹתוֹ תְּנוּפָה וְגוֹ':
« Ses mains apporteront » — cela est écrit au sujet des propriétaires (baalim) des chelamim, à propos de la tenoufa, car il est écrit à la fin [du verset] « pour le balancer en tenoufa, etc. ».
💡 Explication

La méthode de REBY est une gezera chava (analogie verbale) : le même terme yad (main) apparaît dans le verset des bikourim et dans celui des chelamim. Or le verset des chelamim se poursuit explicitement par « pour le balancer en tenoufa devant Hachem ».

Le mot commun autorise donc à transférer la tenoufa d'un domaine à l'autre : les bikourim aussi exigent le balancement. Rien à voir avec le yitour de R. Yehouda — c'est une autre mécanique exégétique, avec des conséquences différentes au segment suivant.

🖼️ Schéma
Deux voies pour déduire la tenoufa des bikourim Même conclusion halakhique, deux mécaniques exégétiques différentes. R. Yehouda -- mot en trop Début de la section (Deut. 26, 4) : 've-hinihho lifnei Hachem' -- il le déposera Fin de la section (Deut. 26, 10) : 've-hinahto' -- et tu le déposeras Logique : la hana'ha est déjà dite. Le second verbe serait redondant -- donc il l'a repris entre-temps, et c'est pour le balancer : ve-hinahto = tenoufa. Méthode : ייתור, un mot qui ne peut rester inutile. R. Eliezer ben Yaakov -- gezera chava Ici, bikourim (Deut. 26, 4) : 'ha-téné mi-yadekha' -- de ta main Là-bas, chelamim (Lev. 7, 30) : 'yadav tevienah' -- ses mains apporteront Logique : même mot yad des deux côtés. Or le verset des chelamim conclut par 'lehanif oto tenoufa' -- donc les bikourim aussi exigent la tenoufa. Méthode : gezera chava, analogie verbale entre deux versets. Nafka mina ici : si la michna suit REBY, elle ne prouve plus rien sur la lina selon R. Yehouda.
Deux mécaniques exégétiques pour une même conclusion : yitour contre gezera chava.
9
מַה כָּאן — כֹּהֵן, אַף לְהַלָּן — כֹּהֵן. וּמַה לְהַלָּן — בְּעָלִים, אַף כָּאן — בְּעָלִים. הָא כֵיצַד? כֹּהֵן מַנִּיחַ יָדוֹ תַּחַת יָד בְּעָלִים וּמֵנִיף.

De même qu'ici [c'est] le cohen, de même là-bas [c'est] le cohen ; et de même que là-bas [ce sont] les propriétaires (baalim), de même ici [ce sont] les propriétaires. Comment cela [se fait-il] ?

Le cohen place sa main sous la main des propriétaires, et il balance.

📜 Rachi (2)
מַה כָּאן בְּבִיכּוּרִים כֹּהֵן דִּכְתִיב וְלָקַח הַכֹּהֵן:
De même qu'ici — pour les bikourim, [c'est] le cohen, car il est écrit « et le cohen prendra ».
תַּחַת יַד הַבְּעָלִים בְּעָלִים אוֹחֲזִים בִּשְׂפַת הַטֶּנֶא וְכֹהֵן מַנִּיחַ יָדָיו תַּחַת שׁוּלָיו וְכֵן מְפָרֵשׁ בְּמַסֶּכֶת בִּיכּוּרִים (פ"ג מ"ו):
Sous la main des propriétaires — les propriétaires tiennent le panier par son bord, et le cohen place ses mains sous son fond ; ainsi est-il expliqué dans le traité Bikourim (3, 6).
🗂️ Tossefot (1)
כֹּהֵן מַנִּיחַ יָדוֹ תַּחַת יַד הַבְּעָלִים וּמֵנִיף. לָאו דַּוְקָא קָאָמַר תַּחַת יַד הַבְּעָלִים מַמָּשׁ דא"כ הָוְיָא חֲצִיצָה בֵּין הַכְּלִי וּבֵין הַכֹּהֵן וּבְסוֹף שְׁתֵּי מִדּוֹת מַסְּקִינַן גַּבֵּי בְּעָלִים חֲבֵרִים לַנְפּוּ כֻּולְּהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי קָא הָוְיָא חֲצִיצָה אֶלָּא כְּדִתְנַן פֶּרֶק ג' דְּבִיכּוּרִים (מ"ו) גַּבֵּי סַל שֶׁל בִּיכּוּרִים אוֹחֲזוֹ בְּשִׂפְתוֹתָיו וְכֹהֵן מַנִּיחַ יָדוֹ תַחְתָּיו וּמְנִיפוֹ וְהַייְנוּ תַּחַת יַד הַבְּעָלִים וּמִיהוּ בְּהַהִיא דִּבְעָלִים חֲבֵרִים פִּי' שָׁם בַּקְּוַנְט' דְּבִתְנוּפַת הַכֹּהֵן לֹא אִיכְפַּת לָן אִם יֵשׁ בָּהּ חֲצִיצָה דְּעִיקַּר תְּנוּפָה בִּבְעָלִים הִיא וְתֵימַהּ הִיא מְנָא לֵיהּ הָא דְּתַרְוַייְהוּ כְּתִיבִי וְהָתָם (מְנָחוֹת דַּף סא:) תַּנְיָא גַּבֵּי תְּנוּפָה דִּשְׁלָמִים הָא כֵּיצַד כֹּהֵן מַנִּיחַ יָדוֹ תַּחַת יַד הַבְּעָלִים וּמֵנִיף כֵּיצַד עוֹשֶׂה מַנִּיחַ אֵימוּרִין עַל פִּיסַּת הַיָּד וְחָזֶה וָשׁוֹק עֲלֵיהֶם וְהָתָם מָצִינוּ לְמֵימַר שֶׁאוֹחֵז הַכֹּהֵן בָּאֵימוּרִים הַיּוֹצְאִין חוּץ לְפִיסַּת הַיָּד וּלְפִי שֶׁהַבְּעָלִים לְמַעְלָה קָאָמַר תַּחַת יַד הַבְּעָלִים וּבִירוּשַׁלְמִי דְּסוֹטָה מַשְׁמַע קְצָת דְּהָוֵי בִּנְגִיעָה מַמָּשׁ גַּבֵּי תְּנוּפַת מִנְחַת סוֹטָה דְּפָרִיךְ בִּירוּשַׁלְמִי וְאֵין הַדָּבָר כָּעוּר מֵבִיא מַפָּה וְאֵינוֹ חוֹצֵץ מֵבִיא כֹּהֵן זָקֵן וַאֲפִילּוּ תֵּימָא יֶלֶד אֵין יֵצֶר הָרַע מָצוּי לְאוֹתָהּ שָׁעָה מִיהוּ מָצִינוּ לְמֵימַר דְּאַף עַל פִּי שֶׁזֶּה לְמַטָּה מִן הַכְּלִי וְזֶה לְמַעְלָה מִן הַכְּלִי פְּעָמִים שֶׁנּוֹגְעִין יָדוֹ בְּיָדָהּ עַל יְדֵי שֶׁמִּתְעַסְּקִין בִּתְנוּפָה:
« Le cohen place sa main sous la main des propriétaires et il balance. » Ce n'est pas au sens propre qu'il dit « sous la main des propriétaires » littéralement, car alors il y aurait hatsitsa (interposition) entre le récipient et le cohen. Et à la fin [du chapitre] « Chetei midot » (Menahot 94a) nous concluons, à propos de propriétaires associés (haverim), qu'ils balancent tous ensemble — [or] il y aurait hatsitsa. Mais [il faut comprendre] comme nous l'avons appris au chapitre 3 de Bikourim (3, 6) à propos du panier des bikourim : il le tient par ses bords, et le cohen place sa main dessous et le balance ; et c'est cela [le sens de] « sous la main des propriétaires ». Toutefois, dans le cas des propriétaires associés, Rachi a expliqué là-bas que pour la tenoufa du cohen peu nous importe qu'il y ait une hatsitsa, car l'essentiel de la tenoufa est [le fait] des propriétaires. C'est étonnant : d'où tient-il cela, puisque les deux sont écrits [dans les versets] ? Et là-bas (Menahot 61b) il est enseigné, à propos de la tenoufa des chelamim : « comment cela ? Le cohen place sa main sous la main des propriétaires et il balance. Comment fait-il ? Il place les emourim (parties consumées) sur la paume de la main, et la poitrine et la cuisse par-dessus. » Là-bas nous pouvons dire que le cohen tient les emourim qui dépassent de la paume, et parce que les propriétaires sont au-dessus il dit « sous la main des propriétaires ». Et dans le Yerouchalmi de Sota il ressort quelque peu que c'est un contact réel, à propos de la tenoufa de l'offrande de la sota (femme soupçonnée) : le Yerouchalmi objecte « n'est-ce pas indécent ? » — qu'il apporte un linge ! Mais cela ferait hatsitsa. Qu'il amène un cohen âgé ! Et même si tu dis un jeune : le mauvais penchant n'est pas présent à ce moment-là. Toutefois nous pouvons dire que, bien que l'un soit sous le récipient et l'autre au-dessus, il arrive parfois que sa main touche la sienne du fait qu'ils s'affairent au balancement.
💡 Explication

La gezera chava fonctionne dans les deux sens. Le verset des bikourim nomme explicitement le cohen ; celui des chelamim nomme explicitement les baalim. Chacun importe donc l'acteur de l'autre.

D'où une contrainte pratique apparemment impossible : les deux doivent balancer. La solution est gestuelle — les propriétaires tiennent le panier par ses bords, le cohen glisse sa main sous la leur, et le balancement se fait ensemble. Tossefot précise que le contact n'est pas littéral, sous peine de hatsitsa (interposition) entre la main et le récipient.

10
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? רַב נַחְמָן אָמַר: אוֹמְרִים זְמַן בִּשְׁמִינִי שֶׁל חַג, וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר: אֵין אוֹמְרִים זְמַן בִּשְׁמִינִי שֶׁל חַג. וְהִלְכְתָא: אוֹמְרִים זְמַן בִּשְׁמִינִי שֶׁל חַג.

Qu'en est-il ressorti [en définitive] ? Rav Nahman dit : on récite le zman au huitième jour de la fête.

Et Rav Chechet dit : on ne récite pas le zman au huitième jour de la fête. Et la halakha [est] : on récite le zman au huitième jour de la fête.

📜 Rachi (1)
מַאי הָוֵי עֲלַהּ דִּזְמַן בַּשְּׁמִינִי:
Qu'en est-il ressorti — au sujet du zman le huitième jour.
💡 Explication

Mai havei alah — formule par laquelle la Guemara réclame la conclusion après une série de preuves toutes rejetées. Aucune baraita n'ayant tranché, la question revient à une simple mahloket d'Amoraim.

Rav Nahman (cohérent avec sa position du segment 2 : le zman se dit même sans coupe) : on récite le chehehiyanou à Chemini Atseret. Rav Chechet : non. La Guemara tranche — ve-hilkheta : on le récite. C'est la halakha retenue jusqu'à aujourd'hui.

🖼️ Schéma
Mai havei alah : la décision sur le zman de Chemini Atseret Après des preuves toutes rejetées, la Guemara tranche par une simple mahloket d'Amoraim. Rav Nahman On dit le zman à Chemini. Cohérent avec sa position du seg. 2 : le zman se dit même sans coupe. Rav Chechet On ne dit pas le zman à Chemini. Chemini resterait rattaché au Hag pour ce qui touche au chehehiyanou. Ve-hilkheta : on dit le zman à Chemini du Hag Une baraita vient encore appuyer Rav Nahman -- son texte se poursuit en 48a.
La mahloket Rav Nahman / Rav Chechet et la halakha tranchée.
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תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב נַחְמָן: שְׁמִינִי

Il a été enseigné [une baraita] conforme à [l'avis de] Rav Nahman : le huitième [jour]

💡 Explication

Le folio se clôture sur l'ouverture d'une baraita d'appui (tanya kavateh) à Rav Nahman, dont le texte est coupé par la fin de l'amoud : il ne reste que le mot chemini.

La suite se lit en 48a — la baraita y développe en quoi le huitième jour est un regel à part entière et confirme qu'on y récite le zman.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).