Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la baraita commencée en 47b : le signe PaZaR KaSHaV énumère les six domaines (payis, zman, regel, korban, chir, berakha) qui font de Chemini Atseret un regel bifnei atsmo, une fête à part entière — Tossefot y greffe le débat Rachi / Rabbenou Tam / Rabbenou Hananel sur la lina et sur le report du deuil. Vient ensuite la michna du Hallel et de la simha, obligatoires huit jours : la Guemara la fonde sur 've-hayita akh samea'h' (Dt 16,15), où le mot redondant 'samea'h' inclut la nuit du huitième jour tandis que le restrictif 'akh' exclut celle du premier — parce que la première a de la simha devant elle et la seconde non.
Troisième michna : la souka ne dure que sept jours ; on ne la démonté pourtant pas après le dernier repas, mais on redescend les ustensiles dès min'ha en l'honneur du huitième jour. La Guemara demande ce que fait celui qui n'a nulle part où les descendre et devra manger dans la souka le huitième : R.
Hiyya bar Achi la rend passoul par une brèche de quatre tefahim, RIBaL y allume la lampe — pas de mahloket, ha lan ve-ha lehu (Bavel, où le huitième est un septième douteux, contre Erets Israël). Le folio s'achève sur l'ouverture de la michna du nissoukh ha-mayim, la libation d'eau : la fiole d'or de trois loguim puisée au Chiloah, les sonneries à la Porte des Eaux et les deux bassins percés de l'autel.
[Chemini Atseret est] un regel (fête) à part entière quant au [signe] PaZaR KaSHaV : un payis (tirage au sort) à part entière ; un zman (bénédiction du temps) à part entière ; un regel (fête) à part entière ; un korban (offrande) à part entière ; un chir (chant) à part entière ; une berakha (bénédiction) à part entière.
La baraita citée en 47b en appui de Rav Nahman s'achève ici. Elle déploie le siman (signe mnémotechnique) PaZaR KaSHaV — six initiales : Payis, Zman, Regel, Korban, SHir, Berakha. Chacune désigne un domaine où le huitième jour ne prolonge pas le Hag mais fonctionne comme une fête autonome (regel bifnei atsmo).
Le point décisif pour la discussion de 47b est le zman : puisque la baraita compte une bénédiction du temps propre au huitième jour, elle confirme Rav Nahman — on y récite chehehiyanou. Rachi glose ensuite chaque terme : nouveau tirage au sort entre les michmarot, offrande hors de la série décroissante des taureaux, mention du jour dans la bénédiction.
Tossefot ouvre ici un long débat : ce siman ne recouvre pas exactement la baraita de 47b, qui parlait de lina (nuitée obligatoire à Jérusalem) et non de berakha. Rabbenou Tam lit berakha comme birkat hamazon et tefila, et fait porter la lina par le mot regel ; Rabbenou Hananel y voit plutôt le pouvoir du huitième jour d'annuler la chelochim (les trente jours de deuil).
MICHNA. Le Hallel et la simha (réjouissance) — huit [jours].
Comment cela ? Cela enseigne qu'une personne est tenue au Hallel, à la simha et au kavod (honneur) du dernier jour de fête du Hag comme pour tous les autres jours du Hag.
Cette michna reprend et détaille la première michna du chapitre, qui avait donné des durées différentes selon les mitsvot (loulav sept jours, souka sept jours, Hallel et simha huit jours...). Elle explicite ici la ligne 'huit' : le huitième jour ne connaît ni souka ni loulav, mais il est pleinement inclus dans le Hallel, la simha et le kavod yom tov.
Rachi précise les deux termes techniques : la simha désigne concrètement les chalmei simha (les offrandes de paix de réjouissance, dont on mange la viande), et le Hallel signifie ici ligmor et ha-Hallel — réciter le Hallel en entier, et non dans sa version abrégée.
GUEMARA. D'où [proviennent] ces choses ?
Car nos maîtres ont enseigné : 'Et tu seras assurément (akh) joyeux' (Deutéronome 16,15) — [ce verset vient] inclure les nuits du dernier jour de fête. Ou bien ne s'agit-il pas plutôt du premier jour de fête ?
Puisqu'il dit 'akh' — [ce mot] opère un partage [il exclut].
Mena hanei mile : la Guemara cherche la source scripturaire. Rachi pose bien le problème — la Tora rattache explicitement la simha aux sept jours (Dt 16,13-14), jamais au huitième. Il faut donc un mot supplémentaire.
Ce mot est saméa'h dans 've-hayita akh saméa'h' : il fait doublon avec le 've-samahta' du verset précédent, donc il est un ribouy (terme d'inclusion). Mais le même verset porte akh, qui en herméneutique est un terme restrictif (mi'out) : il ne faut donc pas tout inclure, mais partager — d'où la question : quelle nuit inclut-on, celle du premier jour ou celle du huitième ?
Rachi ajoute la mécanique fine : c'est la nuit du huitième qui est incluse (car les autres nuits sont déjà comprises dans 'jours'), et le jour lui-même suit par kal va-homer. Concrètement, la question porte sur les chelamim : peut-on se réjouir la nuit du huitième avec la viande abattue le septième, alors qu'on ne peut pas offrir de nuit ?
Et qu'as-tu vu [qui te conduise] à inclure les nuits du dernier jour de fête et à exclure les nuits du premier jour de fête ? J'inclus les nuits du dernier jour de fête — parce qu'il y a de la simha avant elles ; et j'exclus les nuits du premier jour de fête — parce qu'il n'y a pas de simha avant elles.
Ou-ma raita — 'et qu'as-tu vu ?' : formule par laquelle la Guemara réclame le critère qui justifie de répartir ainsi le ribouy et le mi'out. Un verset qui inclut d'un côté et exclut de l'autre doit livrer une raison de choisir quel cas est inclus.
La réponse est un principe de continuité : la nuit du huitième jour est précédée d'une journée de simha (le septième jour du Hag), il est donc naturel que la réjouissance s'y prolonge — les chelamim abattus le septième se mangent le soir. La nuit du premier jour, elle, n'est précédée d'aucune journée de fête : rien ne s'y prolonge, et l'on n'exigera pas d'abattre des chelamim la veille pour cette nuit-là.
MICHNA. La souka — sept [jours].
Comment cela ? [Lorsqu']il a fini de manger [le septième jour], il ne défera pas sa souka ; mais il redescend les ustensiles à partir de min'ha et au-delà, en raison du kavod (honneur) du dernier jour de fête du Hag.
La michna traite la fin de l'obligation de souka. Deux gestes contraires s'équilibrent. D'un côté, on ne démonte pas : l'obligation court jusqu'au bout du septième jour — Rachi rappelle qu'on doit encore y dormir et y étudier, et qu'un repas peut se présenter.
De l'autre, on redescend les ustensiles (et les literies, montés dans la souka au début du Hag) dès l'heure de min'ha. Ce n'est pas un démontage mais un signe : Rachi explique qu'on montre ainsi qu'on se prépare à accueillir le huitième jour, en apprêtant l'endroit où l'on soupera le soir. La souka reste debout mais cesse d'être la maison.
GUEMARA. S'il n'a pas d'ustensiles à redescendre, qu'en est-il ? — Il n'a pas d'ustensiles ?!
Mais alors, lorsqu'il s'est servi [de la souka], avec quoi s'est-il servi ? Plutôt [la question est] : s'il n'a pas de place où redescendre ses ustensiles, qu'en est-il ?
Rabbi Hiyya bar (Rav) [Achi] dit : il y perce une brèche de quatre [tefahim]. Et Rabbi Yehochoua ben Levi dit : il y allume la lampe.
La Guemara commence par corriger sa propre question : celui qui a passé sept jours dans la souka a forcément des ustensiles. Le vrai cas est l'inverse — il n'a nulle part où les descendre, donc il devra continuer à manger dans la souka le huitième jour.
Le problème devient alors : bal tossif (l'interdit d'ajouter aux mitsvot). Manger dans la souka un huitième jour, sans signe distinctif, revient à faire une souka de huit jours. Il faut donc un heker, un geste qui montre qu'on n'y est pas au titre de la mitsva.
Deux solutions : R. Hiyya bar Achi — percer quatre tefahim dans le sekhakh, ce qui rend la souka passoul (elle n'est plus une souka du tout) ; RIBaL — y allumer la lampe, geste qu'on évite dans une souka valide (risque d'incendie), et qui suffit donc à marquer la différence sans rien détruire. Tossefot conteste ici la mesure de quatre : le vide (avir) invalide déjà à trois tefahim.
Et ils ne divergent pas : ceci [vaut] pour nous et cela pour eux.
Ve-lo pligui — la Guemara désamorce la mahloket : les deux Amoraim ne s'opposent pas, ils parlent de deux publics. Ha lan ('ceci pour nous') vise Bavel, ha lehu ('cela pour eux') vise Erets Israël.
La différence tient au calendrier. En Erets Israël, où l'on connaît la kevi'a de-yarha (la fixation officielle du mois), le huitième jour est certainement le huitième : la souka n'a plus aucun usage, on peut donc la brécher et l'invalider. En diaspora, le huitième jour est un septième douteux (yom tov cheni chel galouyot) : il faudra peut-être encore y siéger — impossible de la détruire. D'où la solution de RIBaL, la lampe, qui marque sans invalider.
Cela va bien pour une petite souka ; [mais pour] une grande souka, qu'y a-t-il à dire ? — Qu'il y introduise les ustensiles de repas (mane mikhla). Car Rava a dit : les ustensiles de repas — hors de la souka ; les ustensiles de boisson — dans la souka.
Objection sur la solution de RIBaL : allumer la lampe n'est un signe distinctif que dans une petite souka, où la lampe est proscrite par crainte d'incendie. Dans une grande souka, la lampe est permise en temps normal — l'allumer ne signale donc rien.
Réponse : il y introduit les mane mikhla, les ustensiles de repas (marmites, écuelles), que Rava exclut de la souka parce qu'ils deviennent répugnants après usage. Les y faire entrer est en soi une conduite incompatible avec une souka en fonction : le heker est obtenu par le geste inverse — non pas descendre les ustensiles, mais y monter ceux qui n'y ont pas leur place.
MICHNA. La libation d'eau (nissoukh ha-mayim), comment [se faisait-elle] ?
Une fiole d'or contenant trois loguim, on la remplissait [d'eau puisée] au Chiloah. Lorsqu'ils parvenaient à la Porte des Eaux, on sonnait une tekia, une teroua et une tekia.
[Le cohen] montait sur le kevech (rampe) et se tournait vers sa gauche : deux bassins d'argent étaient là. Rabbi Yehouda dit : ils étaient de chaux, seulement leur surface était noircie à cause du vin.
Et [ils étaient] percés...
Nouvelle michna, qui ouvre la description du nissoukh ha-mayim — la libation d'eau versée sur l'autel pendant Soukot, à côté de la libation de vin quotidienne. Elle détaille la séquence : puisage à la source du Chiloah, fiole d'or de trois loguim (Rachi : la mesure de la plus petite libation, un quart de hin), entrée par la Porte des Eaux qui doit son nom à cet usage, sonneries de joie fondées sur le verset 'et vous puiserez de l'eau avec allégresse' (Isaie 12,3).
Puis la scène sur l'autel : le cohen monte par le kevech (la rampe, au sud) et tourne à gauche, ce qui l'amène au coin sud-ouest, là où se font les nessakhim. Deux bassins y reçoivent, l'un l'eau, l'autre le vin.
Enfin une mahloket sur leur matière : le tana kama les dit d'argent ; R. Yehouda répond qu'ils étaient de chaux, et que seule leur surface noircie par le vin leur donnait l'aspect de l'argent. Tossefot montre que cette question n'est pas anecdotique : comment passer d'une fiole d'or à un bassin d'argent, alors qu'en matière de sainteté on monte et on ne descend pas ? Le texte s'interrompt sur 'ou-menoukavin' (et percés) — la suite se lit en 48b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).