Sukkah 48a — PaZaR KaSHaV, la simha de huit jours, la souka du septième soir et l'ouverture du nissoukh ha-mayim

Sukkah 48a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la baraita commencée en 47b : le signe PaZaR KaSHaV énumère les six domaines (payis, zman, regel, korban, chir, berakha) qui font de Chemini Atseret un regel bifnei atsmo, une fête à part entière — Tossefot y greffe le débat Rachi / Rabbenou Tam / Rabbenou Hananel sur la lina et sur le report du deuil. Vient ensuite la michna du Hallel et de la simha, obligatoires huit jours : la Guemara la fonde sur 've-hayita akh samea'h' (Dt 16,15), où le mot redondant 'samea'h' inclut la nuit du huitième jour tandis que le restrictif 'akh' exclut celle du premier — parce que la première a de la simha devant elle et la seconde non.

Troisième michna : la souka ne dure que sept jours ; on ne la démonté pourtant pas après le dernier repas, mais on redescend les ustensiles dès min'ha en l'honneur du huitième jour. La Guemara demande ce que fait celui qui n'a nulle part où les descendre et devra manger dans la souka le huitième : R.

Hiyya bar Achi la rend passoul par une brèche de quatre tefahim, RIBaL y allume la lampe — pas de mahloket, ha lan ve-ha lehu (Bavel, où le huitième est un septième douteux, contre Erets Israël). Le folio s'achève sur l'ouverture de la michna du nissoukh ha-mayim, la libation d'eau : la fiole d'or de trois loguim puisée au Chiloah, les sonneries à la Porte des Eaux et les deux bassins percés de l'autel.

Le fil du folio : trois michnayot enchaînées De la clôture de la baraita PaZaR KaSHaV à l'ouverture du nissoukh ha-mayim. Bloc A (seg. 0) -- fin de la baraita commencée en 47b Chemini Atseret est un regel bifnei atsmo (fête à part entière) selon le signe PaZaR KaSHaV : payis, zman, regel, korban, chir, berakha. Cette baraita était citée en appui de Rav Nahman (on récite le zman le huitième jour) -- elle s'achève ici. Bloc B (seg. 1-3) -- michna : Hallel et simha, huit jours Michna : on est tenu au Hallel, à la simha et au kavod du dernier jour comme aux autres jours. Guemara mena hanei mile : la baraita lit 've-hayita akh samea'h' (Dt 16,15) comme un ribouy (inclusion) des nuits du dernier jour de fête. Mot 'akh' = terme restrictif : il partage. Arbitrage : on inclut la nuit du huitième (simha la veille), on exclut la nuit du premier (rien avant). Bloc C (seg. 4-7) -- michna : la souka, sept jours seulement Michna : le septième jour, après le repas, on ne démonté pas la souka, mais on redescend les ustensiles dès min'ha, en l'honneur du huitième jour. Guemara : et s'il n'a nulle part où les descendre et doit manger dans la souka le huitième ? R. Hiyya bar Achi : il y perce une brèche de quatre tefahim (il l'invalide). RIBaL : il y allume la lampe. Pas de mahloket : ha lan ve-ha lehu (Bavel vs Erets Israël). Grande souka : on y rentre les mane mikhla. Bloc D (seg. 8) -- michna : le nissoukh ha-mayim (libation d'eau) Fiole d'or de trois loguim remplie à la source de Chiloah ; à la Porte des Eaux : tekia-teroua-tekia. Montée sur le kevech (rampe), virage à gauche, deux bassins d'argent percés. R. Yehouda : ils étaient de chaux, seule leur surface était noircie par le vin. Le texte s'interrompt sur 'ou-menoukavin' (et percés) : la suite se lit en 48b.
Le fil du folio : quatre blocs, de la fin de la baraita PaZaR KaSHaV à l'ouverture du nissoukh ha-mayim.
PaZaR KaSHaV : les six marques d'autonomie de Chemini Atseret Signe mnémotechnique (siman) de la baraita : six domaines où le huitième jour se détache du Hag. P -- Payis Tirage au sort à part Pendant les 7 jours, les taureaux étaient répartis par un ordre fixe entre les 24 michmarot. Le 8e : nouveau tirage. Z -- Zman Bénédiction du temps à part On y récite chehehiyanou comme au début d'une fête neuve. C'est le point qui appuyait Rav Nahman en 47b. R -- Regel Fête à part Rachi : on ne s'assied plus dans la souka. Rabbenou Tam : il exige la lina (nuitée à Jérusalem) comme un regel propre. K -- Korban Offrande à part Un seul taureau, hors de la série décroissante du Hag : sinon le 8e jour aurait porté six taureaux (Rachi). SH -- Chir Chant des Leviim à part R. Tam : les 7 jours on ne disait qu'un demi-psaume par jour ; le 8e, un psaume entier (55a, siman HOMBaHI). B -- Berakha Bénédiction à part Rachi : on nomme 'ce huitième jour'. Tossefta : on bénissait le roi (I Rois 8,66). R. Tam : birkat hamazon et tefila. Le débat de Tossefot : PaZaR KaSHaV coïncide-t-il avec la baraita de 47b ? En 47b la baraita disait : chir, korban, berakha et lina. Ici le siman donne berakha mais pas lina. Rachi : berakha = mention du jour (ou bénédiction du roi). R. Tam : berakha = birkat hamazon + tefila, et le 'regel à part' du siman est précisément ce qui porte la lina. Rabbenou Hananel : il repousse le deuil.
PaZaR KaSHaV : les six marques par lesquelles Chemini Atseret se détache du Hag, et le débat Rachi / Rabbenou Tam.
Le huitième jour dans la souka : comment éviter bal tossif Arbre de décision : il n'a pas de place où descendre ses ustensiles et doit manger dans la souka. Il mange dans la souka le 8e jour Risque : paraître ajouter à la mitsva (bal tossif) Erets Israël (ha lehu) Ils connaissent la fixation du mois : le 8e jour n'est en rien un 7e douteux. R. Hiyya bar Achi : pohet arba'a Il perce une brèche de 4 tefahim dans le sekhakh : la souka devient passoul -- plus aucun soupçon d'ajout. Bavel (ha lan) Le 8e jour est un 7e douteux : il faudra peut-être y siegier demain. RIBaL : madlik bah et ha-ner Il y allume la lampe -- geste interdit dans une souka valide : le heker est fait sans rien invalider. Objection : cela ne vaut que pour une petite souka Dans une grande souka, la lampe est permise : aucun signe distinctif. Réponse : il y introduit les mane mikhla Rava : ustensiles de repas hors de la souka, ustensiles de boisson dedans. Les y faire entrer est donc en soi le heker recherché.
Arbre de décision : quel heker (signe distinctif) faire quand on doit manger dans la souka le huitième jour.
1
רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ לְעִנְיַן פָּזֵ״‎ר קֶשֶׁ״‎ב. פַּייִס בִּפְנֵי עַצְמוֹ. זְמַן בִּפְנֵי עַצְמוֹ. רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ. קָרְבָּן בִּפְנֵי עַצְמוֹ. שִׁירָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ. בְּרָכָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ.

[Chemini Atseret est] un regel (fête) à part entière quant au [signe] PaZaR KaSHaV : un payis (tirage au sort) à part entière ; un zman (bénédiction du temps) à part entière ; un regel (fête) à part entière ; un korban (offrande) à part entière ; un chir (chant) à part entière ; une berakha (bénédiction) à part entière.

📜 Rachi (6)
פז"ר קש"ב סִימָן הוּא כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
PaZaR KaSHaV — c'est un signe mnémotechnique, comme [la baraita] l'explique au fur et à mesure.
פַּייִס בִּפְנֵי עַצְמוֹ שֶׁבְּכָל פְּרִי הֶחָג לֹא הָיוּ מְטִילִין פַּייִס אֵיזֶה מִשְׁמָר יַקְרִיב לְפִי שֶׁבְּסֵדֶר הָיוּ מַקְרִיבִין אוֹתָן עַד שֶׁכָּל כ"ד מִשְׁמָרוֹת שׁוֹנוֹת וּמְשַׁלְּשׁוֹת בָּהֶן חוּץ מִשְּׁתַּיִם כִּדְאָמְרִי' בְּהֶחָלִיל (לְקַמָּן סֻוכָּה דַּף נה:) וּפַר דִּשְׁמִינִי בַּתְּחִילָּה מְפַייְּסִין עָלָיו:
Un payis à part entière — car pour tous les taureaux du Hag on ne procédait pas à un tirage au sort [pour déterminer] quelle michmar (garde de cohanim) offrirait, parce qu'on les offrait selon un ordre [fixé d'avance], si bien que les vingt-quatre michmarot y revenaient une deuxième et une troisième fois, sauf deux d'entre elles, comme nous le disons dans [le chapitre] Hé-halil (infra Souka 55b) ; mais pour le taureau du huitième jour, on procède à un payis dès le début.
זְמַן לְבָרֵךְ בּוֹ שֶׁהֶחֱיָינוּ:
Zman — pour y réciter la bénédiction chehehiyanou.
רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ . שֶׁאֵין יוֹשְׁבִין בַּסֻּוכָּה:
Un regel à part entière — car on ne s'assied pas dans la souka.
קָרְבָּן לְעַצְמוֹ שֶׁאֵינוֹ כְּסֵדֶר פְּרִי הֶחָג דא"כ הָיוּ בּוֹ שִׁשָּׁה פָּרִים:
Un korban à part — car il ne suit pas l'ordre des taureaux du Hag ; car s'il en allait ainsi, il y aurait eu ce jour-là six taureaux.
בְּרָכָה לְעַצְמוֹ אֶת יוֹם הַשְּׁמִינִי וּבַתּוֹסֶפְתָּא מַשְׁמַע שֶׁמְּבָרְכִין אֶת הַמֶּלֶךְ וְהָכִי גָּרְסִינַן לָהּ בְּרָכָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מְלָכִים א ח׳:ס״ו) בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי שִׁלַּח אֶת הָעָם וַיְבָרֲכוּ אֶת הַמֶּלֶךְ:
Une berakha à part — [on nomme dans la bénédiction] 'ce huitième jour'. Et dans la Tossefta il ressort qu'on bénissait le roi ; et voici la leçon que nous y lisons : 'une berakha à part entière, ainsi qu'il est dit (I Rois 8,66) : le huitième jour il renvoya le peuple, et ils bénirent le roi.'
🗂️ Tossefot (1)
רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ. דְּאֵין יוֹשְׁבִין בַּסֻּוכָּה קָרְבָּן לְעַצְמוֹ שֶׁאֵינוֹ בְּסֵדֶר פְּרִי הֶחָג דא"כ הָיוּ בּוֹ שִׁשָּׁה פָּרִים בְּרָכָה לְעַצְמוֹ אֶת יוֹם שְׁמִינִי חַג הָעֲצֶרֶת הַזֶּה וּבַתּוֹסֶפְתָּא מַשְׁמַע שֶׁמְּבָרְכִין אֶת הַמֶּלֶךְ דה"ג בָּהּ בְּרָכָה לְעַצְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי שִׁלַּח אֶת הָעָם וַיְבָרֲכוּ אֶת הַמֶּלֶךְ כָּךְ פֵּי' בַּקְּוַנְט' וְהַשְׁתָּא לָא הָוֵי כִּי הַהוּא דְּתַנְיָא לְעֵיל דְּאָמְרִינַן כְּשֵׁם שֶׁחַג טָעוּן שִׁיר קָרְבָּן בְּרָכָה וְלִינָה כָּךְ שְׁמִינִי טָעוּן קָרְבָּן שִׁיר וּבְרָכָה וְלִינָה וְרַבֵּינוּ תָּם מְפָרֵשׁ בְּרָכָה דְּהָכָא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וּתְפִלָּה כִּי הַהִיא דִּלְעֵיל וְרֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ לְעִנְיַן שֶׁטָּעוּן לִינָה וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל מְפָרֵשׁ לְעִנְיַן [שֶׁיִּדְחֶה] אֲבֵילוּת מִשּׁוּם דְּאָמְרִי' פֶּרֶק בָּתְרָא דְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף יט.) דְּהַקּוֹבֵר אֶת מֵתוֹ שִׁבְעָה יָמִים קֹודֶם הָרֶגֶל בָּטְלָה מִמֶּנּוּ גְּזֵרַת שְׁלֹשִׁים וְזִימְנִין דְּלֵיכָּא שִׁבְעָה קֹודֶם לָרֶגֶל וְאַפֵּ"ה בָּטְלָה הֵימֶנּוּ גְּזֵרַת ל' מִשּׁוּם שְׁמִינִי עֲצֶרֶת וְרַבֵּינוּ תָּם עַצְמוֹ יָסַד בְּמַעֲרִיב שֶׁל שְׁמִינִי עֲצֶרֶת קֹודֶשׁ לְלִינָה וּשְׁלֹשִׁים יִדְחֵם כַּאֲשֶׁר אֲבֵלִים יִנָּחֵם וּמִיהוּ אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁיִּדְחֶה לְגַמְרֵי דְּהָא פֶּרֶק בָּתְרָא דְמו"ק (דַּף כֹּד: וְשָׁם) אָמְרִי' יוֹם אֶחָד לִפְנֵי הֶחָג וְחַג וּשְׁמִינִי שֶׁלּוֹ הֲרֵי כָּאן עֶשְׂרִים וְאֶחָד יוֹם וּבִרְכַּת הַמֶּלֶךְ לָא בָּעֵי לְמִיתְנֵי מִשּׁוּם דְּצָרִיךְ לְמִיתְנֵי דֻּומְיָא דִּבְרָכָה שֶׁל ז' יְמֵי הַחַג שִׁיר שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים מִזְמוֹר שָׁלֵם משא"כ בִּשְׁאָר יְמֵי הֶחָג שֶׁלֹּא הָיוּ אוֹמְרִים מִזְמוֹר שָׁלֵם אֶלָּא חֶצְיוֹ הַיּוֹם וְחֶצְיוֹ לְמָחָר כָּךְ מְפָרֵשׁ ר"ת כִּדְאִיתָא בְּשִׁילְהֵי הֶחָלִיל (לְקַמָּן סֻוכָּה דַּף נה.) דְּמוֹתֵיב בָּהּ סִימָנָא הומבה"י וּלְעֵיל פֵּירַשְׁתִּי שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים לַמְנַצֵּחַ עַל הַשְּׁמִינִית:
Un regel à part entière. Car on ne s'assied pas dans la souka. Un korban à part, car il n'entre pas dans l'ordre des taureaux du Hag — car s'il en allait ainsi, il y aurait eu ce jour-là six taureaux. Une berakha à part : 'ce huitième jour, fête de l'Atseret'. Et dans la Tossefta il ressort qu'on bénissait le roi, car voici la leçon qu'on y lit : 'une berakha à part, ainsi qu'il est dit : le huitième jour il renvoya le peuple, et ils bénirent le roi.' Ainsi a expliqué Rachi. Mais alors [ce siman] ne correspond pas à la baraita enseignée plus haut, où nous disons : de même que le Hag exige chir (chant), korban, berakha et lina (nuitée à Jérusalem), de même le huitième exige korban, chir, berakha et lina. Rabbenou Tam explique donc que la berakha dont il s'agit ici est le birkat hamazon et la tefila, comme dans la baraita précédente, et que 'un regel à part entière' vise le fait qu'il exige la lina. Rabbenou Hananel, lui, explique [que le huitième jour est un regel à part] quant au fait qu'il repousse le deuil (avelout) : car nous disons au dernier chapitre de Moed Katan (19a) que celui qui enterre son mort sept jours avant la fête voit s'annuler pour lui le décret des trente jours ; or il arrive qu'il n'y ait pas sept jours avant la fête et que, malgré tout, le décret des trente jours soit annulé pour lui — à cause de Chemini Atseret. Rabbenou Tam lui-même a composé dans le maariv de Chemini Atseret : 'saint pour la lina, et les trente il les repousse, comme il console les endeuillés.' Toutefois, il est impossible de dire qu'il [le huitième jour] les repousse totalement, car au dernier chapitre de Moed Katan (24b) nous disons : un jour avant le Hag, plus le Hag, plus son huitième — cela fait vingt et un jours. Quant à la bénédiction du roi, [la baraita] n'avait pas besoin de l'enseigner, parce qu'il lui fallait enseigner [une berakha] semblable à la berakha des sept jours du Hag. [Et pour] le chir : c'est qu'on récitait [le huitième jour] un psaume entier, ce qui n'est pas le cas les autres jours du Hag, où l'on ne disait pas un psaume entier mais la moitié aujourd'hui et la moitié le lendemain — ainsi l'explique Rabbenou Tam, comme il est rapporté à la fin de Hé-halil (infra Souka 55a), où l'on pose le siman HOMBaHI ; et plus haut j'ai expliqué qu'on disait 'Lamnatseah al ha-cheminit'.
💡 Explication

La baraita citée en 47b en appui de Rav Nahman s'achève ici. Elle déploie le siman (signe mnémotechnique) PaZaR KaSHaV — six initiales : Payis, Zman, Regel, Korban, SHir, Berakha. Chacune désigne un domaine où le huitième jour ne prolonge pas le Hag mais fonctionne comme une fête autonome (regel bifnei atsmo).

Le point décisif pour la discussion de 47b est le zman : puisque la baraita compte une bénédiction du temps propre au huitième jour, elle confirme Rav Nahman — on y récite chehehiyanou. Rachi glose ensuite chaque terme : nouveau tirage au sort entre les michmarot, offrande hors de la série décroissante des taureaux, mention du jour dans la bénédiction.

Tossefot ouvre ici un long débat : ce siman ne recouvre pas exactement la baraita de 47b, qui parlait de lina (nuitée obligatoire à Jérusalem) et non de berakha. Rabbenou Tam lit berakha comme birkat hamazon et tefila, et fait porter la lina par le mot regel ; Rabbenou Hananel y voit plutôt le pouvoir du huitième jour d'annuler la chelochim (les trente jours de deuil).

🖼️ Schéma
Korban bifnei atsmo : la série des taureaux du Hag Nombres 29 : une suite décroissante sur sept jours, puis une rupture. Jour 1 13 Jour 2 12 Jour 3 11 Jour 4 10 Jour 5 9 Jour 6 8 Jour 7 7 Jour 8 6 ? Or la Tora prescrit UN SEUL taureau le huitième jour (Nb 29,36) Rachi : si le 8e avait prolongé la série, il en aurait porté six. Il rompt donc l'ordre : korban à part. Même logique pour le payis Les 70 taureaux des sept jours étaient répartis d'avance entre les 24 michmarot (gardes de cohanim), chacune revenant deux ou trois fois -- pas besoin de tirage au sort quotidien (voir 55b). Le taureau du huitième, lui, sort de cette répartition : on refait un payis depuis le début.
Korban et payis à part : pourquoi le huitième jour rompt la série des taureaux du Hag.
2
מַתְנֵי׳ הַהַלֵּל וְהַשִּׂמְחָה — שְׁמוֹנָה. כֵּיצַד? מְלַמֵּד שֶׁחַייָּב אָדָם בְּהַלֵּל וּבְשִׂמְחָה וּבִכְבוֹד יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג כִּשְׁאָר כָּל יְמוֹת הַחַג.

MICHNA. Le Hallel et la simha (réjouissance) — huit [jours].

Comment cela ? Cela enseigne qu'une personne est tenue au Hallel, à la simha et au kavod (honneur) du dernier jour de fête du Hag comme pour tous les autres jours du Hag.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' וְהַשִּׂמְחָה שַׁלְמֵי שִׂמְחָה:
MICHNA. Et la simha — les chalmei simha (offrandes de paix de la réjouissance).
וְהִלֵּל לִגְמֹור בּוֹ אֶת הַהַלֵּל:
Et le Hallel — pour y réciter le Hallel en entier.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר ר' זֵירָא לָא לִקְנֵי אִינִישׁ לוּלִיבָּא לְיָנוֹקָא בְּיוֹמָא טָבָא קַמָּא מ"ט יָנוֹקָא מַקְנֵי קָנְיָא קְנוּיֵי לָא מַקְנֵי וְאִישְׁתְּכַח דְּקָא נָפֵיק בְּלוּלָב שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ: מַתְנֵי' הַהַלֵּל וְהַשִּׂמְחָה שְׁמֹנָה כֵּיצַד מְלַמֵּד שֶׁאָדָם חַיָּיב בִּכְבוֹד יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן כִּשְׁאָר יְמוֹת הֶחָג:
Rabbi Zeira a dit : qu'un homme n'acquière pas un loulav pour un enfant (katan) le premier jour de fête. Quelle en est la raison ? Un enfant peut acquérir [pour lui-même], mais il ne peut pas transférer la propriété [à un autre] ; il se trouverait donc que [le père] s'acquitte avec un loulav qui n'est pas le sien. — MICHNA : 'Le Hallel et la simha, huit [jours]. Comment cela ? Cela enseigne qu'un homme est tenu au kavod du dernier jour de fête comme pour les autres jours du Hag.'
💡 Explication

Cette michna reprend et détaille la première michna du chapitre, qui avait donné des durées différentes selon les mitsvot (loulav sept jours, souka sept jours, Hallel et simha huit jours...). Elle explicite ici la ligne 'huit' : le huitième jour ne connaît ni souka ni loulav, mais il est pleinement inclus dans le Hallel, la simha et le kavod yom tov.

Rachi précise les deux termes techniques : la simha désigne concrètement les chalmei simha (les offrandes de paix de réjouissance, dont on mange la viande), et le Hallel signifie ici ligmor et ha-Hallel — réciter le Hallel en entier, et non dans sa version abrégée.

3
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי — דְּתָנוּ רַבָּנַן: ״וְהָיִיתָ אַךְ שָׂמֵחַ״ — לְרַבּוֹת לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן. אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן? כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״אַךְ״ — חִלֵּק.

GUEMARA. D'où [proviennent] ces choses ?

Car nos maîtres ont enseigné : 'Et tu seras assurément (akh) joyeux' (Deutéronome 16,15) — [ce verset vient] inclure les nuits du dernier jour de fête. Ou bien ne s'agit-il pas plutôt du premier jour de fête ?

Puisqu'il dit 'akh' — [ce mot] opère un partage [il exclut].

📜 Rachi (4)
גְּמ' מְנָא ה"מ דִּשְׁמִינִי חַייָּב בְּשִׂמְחָה דְּהָא לָא כְּתִיב בֵּיהּ בְּהֶדְיָא אֶלָּא בְּשִׁבְעַת יְמֵי הֶחָג דִּכְתִיב (דְּבָרִים ט״ז:י״ג) חַג הַסֻּוכֹּות תַּעֲשֶׂה לְךָ וְגוֹ' וּסְמִיךְ לֵיהּ וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ:
GUEMARA. D'où [proviennent] ces choses — que le huitième [jour] est tenu à la simha ; car cela n'est pas écrit explicitement à son sujet, mais seulement pour les sept jours du Hag, ainsi qu'il est écrit (Deutéronome 16,13) : 'Tu te feras la fête des Soukot etc.', et, juste après : 'et tu te réjouiras dans ta fête'.
אַךְ שָׂמֵחַ בְּהַהִיא פָּרָשָׁה דְּעֶשֶׂר תְּעַשֵּׂר כְּתִיב ז' יָמִים תָּחֹוג:
'Akh samea'h' — c'est écrit dans cette section [du Deutéronome] de 'asser te'asser', où il est écrit : 'sept jours tu célèbreras'.
לְרַבּוֹת לֵילֵי יו"ט הָאַחֲרוֹן לְשִׂמְחָה שֶׁלְּפָנָיו לְכָולְלוֹ עִם שְׂבֵעַת הַיָּמִים שֶׁיִּזְבַּח שְׁלָמִים בַּשְּׁבִיעִי כְּדֵי לֶאֱכֹול לֵיל שְׁמִינִי דְּהַאי שָׂמֵחַ לְמַאי אֲתָא כֵּיוָן דִּכְתִיב לְעֵיל מִינֵּיהּ וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ אֶלָּא לְרַבּוֹת שִׂמְחַת לֵיל שְׁמִינִי וְכֵיוָן דְּאִתְּרַבִי לֵילֵי יו"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁהוּא טָפֵל ק"ו הַיּוֹם שֶׁהוּא עִיקָּר שֶׁחַייָּב בְּשִׂמְחָה וּשְׁאָר הַלֵּילוֹת לָא צְרִיכִי רִיבּוּיֵי דְּיָמִים אֲפִילּוּ לֵילוֹת בַּמַּשְׁמָע כִּדְרַבִּינַן גַּבֵּי סֻוכָּה (לְעֵיל סֻוכָּה מג.) וְכִי אִיצְטְרִיךְ לְלֵילֵי יו"ט הָאַחֲרוֹן אִיצְטְרִיךְ דְּאֵינוֹ בִּכְלַל שִׁבְעָה וְעַל כָּרְחֲךָ לַיְלָה אִתְרַבַּי שֶׁהוּא סָמוּךְ לְשִׁבְעַת יָמִים דִּקְרָא וְיוֹם אָתֵי בְּק"ו וְאַשְׁמְעִינַן שֶׁבַּשְּׁלָמִים הַנִּזְבָּחִים בְּחַג הַסֻּוכּוֹת יִשְׂמְחוּ בְּלֵיל שְׁמִינִי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהַקְרִיב בַּלַּיְלָה:
Pour inclure les nuits du dernier jour de fête — pour la simha qui la précède, afin de la joindre aux sept jours : qu'il abatte des chelamim le septième [jour] afin d'en manger la nuit du huitième. Car ce [mot] 'samea'h', pourquoi vient-il, puisqu'il est écrit plus haut 'et tu te réjouiras dans ta fête' ? Ce n'est donc que pour inclure la simha de la nuit du huitième. Et dès lors que la nuit du dernier jour de fête est incluse — elle qui n'est que secondaire (tafel) — à plus forte raison (kal va-homer) le jour lui-même, qui est principal (ikar), est-il tenu à la simha. Quant aux autres nuits, elles n'ont pas besoin d'inclusion, car 'des jours' comprend aussi les nuits, comme nous l'avons déduit à propos de la souka (supra Souka 43a) ; c'est donc pour la nuit du dernier jour de fête que [le verset] était nécessaire, puisqu'elle n'est pas comprise dans les sept. Et c'est forcément la nuit qui est incluse, elle qui est contiguë aux sept jours du verset, tandis que le jour vient par kal va-homer. Et [le verset] nous apprend qu'avec les chelamim abattus pendant le Hag des Soukot on se réjouira la nuit du huitième — puisqu'on ne peut pas offrir de nuit.
אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא לְרַבּוֹת לֵילֵי יו"ט הָרִאשׁוֹן וְאַשָּׁמְעִי' שֶׁצָּרִיךְ לִזְבֹּוחַ שְׁלָמִים עֶרֶב יוֹם טוֹב לְשִׂמְחַת לַיְלָה הָרִאשׁוֹן וְלָא בָּעֵינַן זְבִיחָה בִּשְׁעַת שִׂמְחָה:
Ou bien n'est-ce pas plutôt pour inclure les nuits du premier jour de fête — et cela nous apprendrait qu'il faut abattre des chelamim la veille du jour de fête pour la simha de la première nuit, et qu'on n'exige pas que l'abattage ait lieu au moment même de la simha.
💡 Explication

Mena hanei mile : la Guemara cherche la source scripturaire. Rachi pose bien le problème — la Tora rattache explicitement la simha aux sept jours (Dt 16,13-14), jamais au huitième. Il faut donc un mot supplémentaire.

Ce mot est saméa'h dans 've-hayita akh saméa'h' : il fait doublon avec le 've-samahta' du verset précédent, donc il est un ribouy (terme d'inclusion). Mais le même verset porte akh, qui en herméneutique est un terme restrictif (mi'out) : il ne faut donc pas tout inclure, mais partager — d'où la question : quelle nuit inclut-on, celle du premier jour ou celle du huitième ?

Rachi ajoute la mécanique fine : c'est la nuit du huitième qui est incluse (car les autres nuits sont déjà comprises dans 'jours'), et le jour lui-même suit par kal va-homer. Concrètement, la question porte sur les chelamim : peut-on se réjouir la nuit du huitième avec la viande abattue le septième, alors qu'on ne peut pas offrir de nuit ?

🖼️ Schéma
Comment 've-hayita akh saméa'h' produit la simha du huitième Un mot en trop (ribouy) et un mot restrictif (mi'out) dans le même verset. Le problème (Rachi) : la simha du 8e jour n'est écrite nulle part Dt 16,13-14 lie la simha aux sept jours : 'la fête des Soukot tu te feras... et tu te réjouiras dans ta fête'. D'où vient alors l'obligation de simha le huitième jour ? Dt 16,15 : 've-hayita akh saméa'h' (et tu seras assurément joyeux) 'Saméa'h' est redondant après 've-samahta' : c'est un ribouy. Mais 'akh' est restrictif : il partage. Hava amina : la nuit du 1er jour On abattrait les chelamim la veille de la fête pour se réjouir dès la 1re nuit. Cela impliquerait qu'on n'exige pas que l'abattage tombe au moment de la simha. Retenu : la nuit du 8e jour On abat les chelamim le 7e jour et on en mange la nuit du huitième. Critère (seg. 3) : on inclut ce qui a de la simha devant soi, on exclut ce qui n'en a pas. Kal va-homer (Rachi) : si la nuit -- qui n'est que secondaire (tafel) -- est incluse, à plus forte raison le jour lui-même, qui est principal (ikar), est tenu à la simha.
Le ribouy 'saméa'h' et le mi'out 'akh' : comment le verset produit la simha du huitième jour.
4
וּמֶה רָאִיתָ לְרַבּוֹת לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן וּלְהוֹצִיא לֵילֵי יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן? מְרַבֶּה אֲנִי לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן — שֶׁיֵּשׁ שִׂמְחָה לְפָנָיו, וּמוֹצִיא אֲנִי לֵילֵי יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן — שֶׁאֵין שִׂמְחָה לְפָנָיו.

Et qu'as-tu vu [qui te conduise] à inclure les nuits du dernier jour de fête et à exclure les nuits du premier jour de fête ? J'inclus les nuits du dernier jour de fête — parce qu'il y a de la simha avant elles ; et j'exclus les nuits du premier jour de fête — parce qu'il n'y a pas de simha avant elles.

💡 Explication

Ou-ma raita — 'et qu'as-tu vu ?' : formule par laquelle la Guemara réclame le critère qui justifie de répartir ainsi le ribouy et le mi'out. Un verset qui inclut d'un côté et exclut de l'autre doit livrer une raison de choisir quel cas est inclus.

La réponse est un principe de continuité : la nuit du huitième jour est précédée d'une journée de simha (le septième jour du Hag), il est donc naturel que la réjouissance s'y prolonge — les chelamim abattus le septième se mangent le soir. La nuit du premier jour, elle, n'est précédée d'aucune journée de fête : rien ne s'y prolonge, et l'on n'exigera pas d'abattre des chelamim la veille pour cette nuit-là.

5
מַתְנֵי׳ סֻוכָּה — שִׁבְעָה. כֵּיצַד? גָּמַר מִלֶּאֱכֹול — לֹא יַתִּיר אֶת סֻוכָּתוֹ. אֲבָל מוֹרִיד אֶת הַכֵּלִים מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה, מִפְּנֵי כְּבוֹד יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג.

MICHNA. La souka — sept [jours].

Comment cela ? [Lorsqu']il a fini de manger [le septième jour], il ne défera pas sa souka ; mais il redescend les ustensiles à partir de min'ha et au-delà, en raison du kavod (honneur) du dernier jour de fête du Hag.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי גָּמַר מִלֶּאֱכֹול בַּשְּׁבִיעִי:
MICHNA. Il a fini de manger — le septième [jour].
לֹא יַתִּיר אֶת סֻוכָּתוֹ לֹא יַתִּיר אֲגָדִים שֶׁלָּהּ לְסוֹתְרָהּ דְּהָא כָּל הַיּוֹם חוֹבָתָהּ לִישֹׁן וּלְשַׁנֵּן וְאִי אִקְּלַע לֵיהּ סְעוּדְתָא אָכֵיל לָהּ בְּגַוַּוהּ:
Il ne défera pas sa souka — il ne dénouera pas ses liens pour la démonter, car toute la journée elle reste son obligation : y dormir et y étudier ; et si un repas se présente à lui, il le mange à l'intérieur.
אֲבָל מוֹרִיד הוּא אֶת הַכֵּלִים וְאֶת הַמַּצָּעוֹת שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן בְּתוֹכָהּ כִּדְתַנְיָא בְּפֶ' הַיָּשֵׁן (לְעֵיל סֻוכָּה דַּף כֹּח:) הָיוּ לוֹ כֵּלִים נָאִים וּמַצָּעוֹת נָאוֹת מַעֲלָן לַסֻּוכָּה:
Mais il redescend les ustensiles — ainsi que les literies dont il s'est servi à l'intérieur, comme il est enseigné au chapitre Ha-yachen (supra Souka 28b) : 's'il avait de beaux ustensiles et de belles literies, il les monte à la souka'.
מִפְּנֵי כְּבוֹד יוֹם טוֹב שֶׁמַּרְאֶה כְּמֵכִין עַצְמוֹ לִקְרָאתוֹ לְמָקוֹם שֶׁיִּסְעֹוד שָׁם הַלַּיְלָה:
En raison du kavod du jour de fête — car il montre ainsi qu'il se prépare à sa rencontre, [en apprêtant] l'endroit où il prendra son repas la nuit.
⚖️ Rosh (3)
סֻוכָּה שִׁבְעָה כֵּיצַד גָּמַר מִלֶּאֱכֹול לֹא יַתִּיר אֶת סֻוכָּתוֹ אֲבָל מוֹרִיד הוּא אֶת הַכֵּלִים מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה בִּשְׁבִיל כְּבוֹד יו"ט הָאַחֲרוֹן:
'La souka — sept [jours]. Comment cela ? Il a fini de manger, il ne défera pas sa souka ; mais il redescend les ustensiles à partir de min'ha et au-delà, en raison du kavod du dernier jour de fête.'
אָמַר רָבָא מָאנֵי מִישְׁתָּא בִּמְטַלַּלְתָּא מָאנֵי מֵיכְלָא בַּר מִמַּעֲלַלְתָּא חַצְבָּא וְשָׁחֵיל בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא שְׁרָגָא אָמְרִי לָהּ בִּמְטַלַּלְתָּא וְאָמְרִי לַהּ בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא וְלָא פְּלִיגִי הָא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה וְהָא בְּסֻוכָּה קְטַנָּה הָנֵי מָאנֵי לָא אַייְרֵי בְּחַד עִנְיָנָא דְּמָאנֵי מֵיכְלָא וּמָאנֵי מִשְׁתְּיָא אַייְרֵי בְּשָׁעָה שֶׁאֵין מִשְׁתַּמְּשִׁין בָּהֶן מָאנֵי מִשְׁתְּיָא לָא מְאִיסֵי אֲבָל מָאנֵי מֵיכְלָא כְּגוֹן קְעָרוֹת לְאַחַר שֶׁאָכְלוּ בָּהֶם מְאִיסֵי וְאֵין לְהַשְׁהוֹתָם בַּסֻּוכָּה אֲבָל בִּשְׁרָגָא אַף בַּבָּעָה שֶׁהוּא דָּלוּק אֵין לְהַנִּיחַ בַּסֻּוכָּה כִּדְמוֹכַח בְּפִירְקִין דִּלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף מח.) דִּתְנַן גָּמַר מִלֶּאֱכֹול פֵּירוּשׁ בַּשְּׁבִיעִי לֹא יַתִּיר אֶת סֻוכָּתוֹ דִּלְמָא מִיתְרַמֵּי לֵיהּ סְעוּדָה אַחֲרִיתִי אֲבָל מוֹרִיד הוּא אֶת הַכֵּלִים מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה בִּשְׁבִיל כְּבוֹד יו"ט הָאַחֲרוֹן אֵין לוֹ מָקוֹם לְהוֹרִיד כֵּלִים וְצָרִיךְ הוּא לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה ביו"ט הָאַחֲרוֹן כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה שֶׁיִּפָּסֵל אֶת הַסֻּוכָּה דְּאֵינוֹ נִרְאֶה כְּמוֹסִיף אִם יֹאכַל בַּשְּׁמִינִי בַּסֻּוכָּה רִיבָּ"ל אוֹמֵר מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר תִּינַח סֻוכָּה קְטַנָּה גְּדוֹלָה מַאי אִיכָּא לְמֵימַר. לְמֵימַר. דִּמְעַייֵּל בָּהּ מָאנֵי דְּמֵיכְלָא אַלְמָא שְׁרָגָא בְּסֻוכָּה קְטַנָּה אַף בְּשָׁעָה שֶׁהוּא דָּלוּק אֵין לְהַנִּיחוֹ בְּסֻוכֶּרֶת וְהַטַּעַם שֶׁיֵּשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא יִתְקָרֵב הַנֵּר לְדוֹפְנֵי הַסֻּוכָּה וְתֹאחַז בָּהֶן הָאוּר:
Rava a dit : les ustensiles de boisson (mane michtya) dans la souka, les ustensiles de repas (mane mikhla) hors de la souka ; la cruche et le [seau] hors de la souka ; la lampe (chraga), certains disent dans la souka et certains disent hors de la souka — et ils ne divergent pas : ceci [vise] une grande souka et cela une petite souka. Ces ustensiles ne relèvent pas d'un même sujet : les ustensiles de repas et les ustensiles de boisson concernent le moment où l'on ne s'en sert pas — les ustensiles de boisson ne sont pas répugnants, tandis que les ustensiles de repas, comme les écuelles, le deviennent une fois qu'on y a mangé, et il ne faut pas les laisser dans la souka. Mais la lampe, même au moment où elle est allumée, ne doit pas être laissée dans la souka, comme le prouve notre chapitre plus loin (48a), où l'on a enseigné : 'il a fini de manger' — c'est-à-dire le septième [jour] — 'il ne défera pas sa souka', de peur qu'un autre repas ne se présente à lui ; 'mais il redescend les ustensiles à partir de min'ha et au-delà, en raison du kavod du dernier jour de fête'. [Et si] il n'a pas de place où redescendre ses ustensiles et qu'il lui faut manger dans la souka le dernier jour de fête, comment fait-il ? Qu'il rende la souka passoul (invalide), de sorte qu'il n'apparaisse pas comme ajoutant [à la mitsva] s'il mange dans la souka le huitième. RIBaL (R. Yehochoua ben Levi) dit : il y allume la lampe. Cela va bien pour une petite souka ; pour une grande, qu'y a-t-il à dire ? Qu'il y introduise les ustensiles de repas. Il en ressort donc que dans une petite souka la lampe, même au moment où elle est allumée, ne doit pas y être laissée ; et la raison en est qu'il y a lieu de craindre que la lampe ne s'approche des parois de la souka et que le feu ne les prenne.
מַתְנִי' הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה אוֹ בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה כְּשֵׁרָה וְעוֹלִין לָהּ בְּיוֹם טוֹב בְּרֹאשׁ הָאִילָן אוֹ עַל גַּבֵּי גָּמָל כְּשֵׁרָה וְאֵין עוֹלִין לָהּ ביו"ט שְׁתַּיִם בִּידֵי אָדָם וְאַחַת בָּאִילָן אוֹ שְׁתַּיִם בָּאִילָן וְאַחַת בִּידֵי אָדָם כְּשֵׁרָה וְאֵין עוֹלִין לָהּ בְּיוֹם טוֹב שְׁלֹשָׁה בִּידֵי אָדָם וְאַחַת בָּאִילָן כְּשֵׁרָה וְעוֹלִין לָהּ בְּיוֹם טוֹב. זֶה הַכְּלָל כָּל שֶׁאִילּוּ יִנָּטֵל הָאִילָן וִיכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּשֵׁרָה וְעוֹלִין לָהּ ביו"ט כָּאן פֵּי' רַשִׁ"י שֶׁסָּמַךְ קַרְקָעִית הַסֻּוכָּה רֻובָּהּ בְּאִילָן וְעָשָׂה בְּרֹאשׁ הָאִילָן הַמְּחִיצּוֹת וּבְפֶ' מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ (שַׁבָּת דַּף קנד:) פִּי' שֶׁסָּמַךְ הַסְּכָךְ עַל הָאִילָן וְסֻוגְייַן דְּהָתָם מוֹכַחַת כֵּן שֶׁהָאִילָן דְּפָנוֹת לַסֻּוכָּה וְקָנִים שֶׁל הַסְּכָךְ נִסְמָכִין עַל הָאִילָן וְאָסוּר לִיכָּנֵס בּוֹ ביו"ט גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַנִּיחַ חֲפָצָיו עַל הַסְּכָךְ וְהַאי דִּנְקַט עוֹלִין מִשּׁוּם דְּכָל כְּנִיסַת סֻוכָּה מֻוזְכֶּרֶת בַּגְּמָרָא בִּלְשׁוֹן עֲלִיָּיה לְפִי שֶׁסֻּוכָּתָן הָיְתָה בְּרֹאשׁ הַגַּג כְּדִלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף כט.) אֵין מַטְרִיחִין לַעֲלוֹת אָמַר לָהֶן הַעֲלוּם לְסֻוכָּה דַּף כו: אֲבָל מוֹרִיד הוּא אֶת הַכֵּלִים דַּף מח.: גְּמ' מַתְנֵי' מַנִּי ר"ע הִיא דְּתַנְיָא הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל פּוֹסֵל ור"ע מַכְשִׁיר אָמַר אַבַּיֵּי דכ"ע הֵיכָא דְּאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה ד"ה פְּסוּלָה יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיָם ד"ה כְּשֵׁרָה כ"פ בִּיכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה שֶׁל הַיָּם רַבָּן גַּמְלִיאֵל סָבַר דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְכֵיוָן דְּאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיָם לָאו כְּלוּם הוּא ור"ע סָבַר סֻוכָּה דִּירַת עֲרַאי בָּעֵינַן וְכֵיוָן דִּיכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה כְּשֵׁרָה וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי עֲקִיבָא. תַּנְיָא עֲשָׂאָהּ לִבְהֵמָה דֹּופֶן לְסֻוכָּה רַבִּי מֵאִיר פּוֹסֵל וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי יְהוּדָה:
MICHNA : 'Celui qui fait sa souka au sommet d'un chariot ou au sommet d'un bateau — elle est kachère, et l'on y monte le jour de fête. Au sommet d'un arbre ou sur le dos d'un chameau — elle est kachère, mais l'on n'y monte pas le jour de fête. Deux [parois] faites de main d'homme et une [formée] par l'arbre, ou deux par l'arbre et une de main d'homme — elle est kachère, mais l'on n'y monte pas le jour de fête. Trois de main d'homme et une par l'arbre — elle est kachère, et l'on y monte le jour de fête. Voici la règle : chaque fois que, l'arbre étant retiré, elle pourrait tenir debout par elle-même, elle est kachère et l'on y monte le jour de fête.' Ici Rachi a expliqué qu'il a appuyé la majeure partie du plancher de la souka sur l'arbre et fait les cloisons au sommet de l'arbre ; mais au chapitre Mi che-hehchikh (Chabbat 154b) il a expliqué qu'il a appuyé le sekhakh sur l'arbre — et notre sougya là-bas le prouve ainsi : l'arbre sert de parois à la souka et les roseaux du sekhakh s'appuient sur l'arbre ; et il est interdit d'y entrer le jour de fête, par décret [de crainte] qu'il ne pose ses objets sur le sekhakh. Et si [la michna] emploie 'on monte', c'est parce que toute entrée dans une souka est mentionnée dans la Guemara en termes de montée, leurs soukot étant faites au sommet du toit, comme plus loin (Souka 29a) : 'on n'impose pas la peine de monter' ; [et] 'il leur dit : montez-les a la souka' (26b) ; [et] 'mais il redescend les ustensiles' (48a). GUEMARA : de qui est notre michna ? Elle est de R. Akiva. Car il est enseigné : 'celui qui fait sa souka au sommet d'un bateau — Rabban Gamliel invalide et R. Akiva déclare kacher'. Abaye a dit : de l'avis de tous, là où elle ne peut pas tenir sous un vent ordinaire de la terre ferme, tout le monde s'accorde qu'elle est passoul ; [et] si elle peut tenir sous un vent ordinaire de la mer, tout le monde s'accorde qu'elle est kachère. Là où ils divergent, c'est lorsqu'elle peut tenir sous un vent ordinaire de la terre ferme mais non sous un vent ordinaire de la mer : Rabban Gamliel estime qu'il nous faut une habitation permanente (dirat keva), et puisqu'elle ne peut pas tenir sous un vent ordinaire de la mer, elle n'est rien ; et R. Akiva estime que la souka doit être une habitation temporaire (dirat arai), et puisqu'elle peut tenir sous un vent ordinaire de la terre ferme, elle est kachère. Et la halakha est comme R. Akiva. Il est enseigné : 's'il a fait d'un animal une paroi pour la souka, R. Meir invalide et R. Yehouda déclare kacher' — et la halakha est comme R. Yehouda.
💡 Explication

La michna traite la fin de l'obligation de souka. Deux gestes contraires s'équilibrent. D'un côté, on ne démonte pas : l'obligation court jusqu'au bout du septième jour — Rachi rappelle qu'on doit encore y dormir et y étudier, et qu'un repas peut se présenter.

De l'autre, on redescend les ustensiles (et les literies, montés dans la souka au début du Hag) dès l'heure de min'ha. Ce n'est pas un démontage mais un signe : Rachi explique qu'on montre ainsi qu'on se prépare à accueillir le huitième jour, en apprêtant l'endroit où l'on soupera le soir. La souka reste debout mais cesse d'être la maison.

6
גּמ׳ אֵין לוֹ כֵּלִים לְהוֹרִיד, מַהוּ? אֵין לוֹ כֵּלִים?! אֶלָּא כִּי אִשְׁתַּמַּשׁ בְּמַאי אִשְׁתַּמַּשׁ? אֶלָּא: אֵין לוֹ מָקוֹם לְהוֹרִיד כֵּלָיו, מַהוּ? רַבִּי חַיָּיא בַּר (רַב) אָמַר: פּוֹחֵת בָּהּ אַרְבָּעָה. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר: מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר.

GUEMARA. S'il n'a pas d'ustensiles à redescendre, qu'en est-il ? — Il n'a pas d'ustensiles ?!

Mais alors, lorsqu'il s'est servi [de la souka], avec quoi s'est-il servi ? Plutôt [la question est] : s'il n'a pas de place où redescendre ses ustensiles, qu'en est-il ?

Rabbi Hiyya bar (Rav) [Achi] dit : il y perce une brèche de quatre [tefahim]. Et Rabbi Yehochoua ben Levi dit : il y allume la lampe.

📜 Rachi (4)
גְּמ' אֵין לוֹ מָקוֹם אַחֵר לֶאֱכֹול שָׁם (שֶׁיּוֹרִיד כֵּלָיו וְצָרִיךְ לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה) ביו"ט הָאַחֲרוֹן:
GUEMARA. Il n'a pas de place — d'autre où manger la (de sorte qu'il redescendrait ses ustensiles, alors qu'il lui faut manger dans la souka) le dernier jour de fête.
מַאי מַה יַעֲשֶׂה לְהוֹכִיחַ שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף עַל הַמִּצְוָה לַעֲשׂוֹת סֻוכָּה שְׁמֹנָה יָמִים:
Qu'en est-il — que fera-t-il pour montrer qu'il n'ajoute pas à la mitsva en faisant une souka de huit jours ?
פּוֹחֵת בָּהּ אַרְבָּעָה טְפָחִים וּפוֹסְלָהּ:
Il y perce une brèche de quatre — tefahim, et il l'invalide.
מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר דְּאָמְרִי' (דַּף כט.) שְׁרָגָא בְּסֻוכָּה קְטַנָּה לְבַר מִמְּטַלַּלְתָּא:
Il y allume la lampe — car nous disons (supra 29a) : la lampe, dans une petite souka, [se place] hors de la souka.
🗂️ Tossefot (2)
פּוֹחֵת בָּהּ אַרְבָּעָה. טְפָחִים וּפוֹסְלָהּ כָּךְ פֵּי' בַּקְּוַנְט' וְתֵימַהּ מַה שִׁיעוּר הוּא זֶה בְּאַרְבָּעָה וַהֲלֹא אֲוִיר פּוֹסֵל בִּשְׁלֹשָׁה בֵּין בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה בֵּין בְּסֻוכָּה קְטַנָּה בֵּין בָּאֶמְצַע כִּדְמוֹכַח שִׁילְהֵי פ' קַמָּא (דַּף יז.):
Il y perce une brèche de quatre. Tefahim, et il l'invalide — ainsi a expliqué Rachi. Et c'est étonnant : quelle mesure est-ce là, quatre ? Or un vide (avir) invalide dès trois [tefahim], que ce soit dans une grande souka ou dans une petite, et même au milieu, comme cela ressort de la fin du premier chapitre (17a).
מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר. פֵּירַשְׁנוּ לְעֵיל פֶּרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כט. וְשָׁם בד"ה וְאָמְרִי לָהּ):
Il y allume la lampe. Nous l'avons expliqué plus haut, au chapitre Ha-yachen (Souka 29a, et là-bas s.v. 've-amri lah').
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אֵין לוֹ מָקוֹם לְהוֹרִיד אֶת הַכֵּלִים מַהוּ רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר פּוֹחֵת בָּהּ אַרְבָּעָה וְרִיבָּ"ל אָמַר מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר וְלָא פְּלִיגִי הָא לַן וְהָא לְהוּ תִּינַח סֻוכָּה קְטַנָּה סֻוכָּה גְּדוֹלָה מַאי מְעַייֵּל בָּהּ מָנָא דְּמֵיכְלָא כְּרָבָא דְּאָמַר רָבָא מְנָא דְּמִשָּׁתְיָא בִּמְטַלַּלְתָּא מָאנֵי דְּמֵיכְלָא לְבַר מִמְּטַלְּתָא פרש"י הָא לָן לִבְנֵי בָּבֶל שֶׁהַשְּׁמִינִי שֶׁלָּנוּ סָפֵק שְׁבִיעִי דְּלָא קִים לָן בְּקִיבּוּעָא דְּיַרְחָא מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר וְלֹא יִפְחָתֶנָּה וְיַפְסִילֶנָּה לְפִי שֶׁצָּרִיךְ בָּהּ לְמָחָר וְהָא לְהוּ לִבְנֵי א"י דְּקִים לְהוּ בְּקִיבּוּעָא דְּיַרְחָא דְּלָא יָתְבִי בַּסֻּוכָּה בַּשְּׁמִינִי פּוֹחֵת מַשְׁמַע מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁוֹ דְּסֻוכָּה קְטַנָּה צָרִיךְ לְהַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא נִרְאֶה כֶּבֶל תּוֹסִיף מַה שֶׁיֹּאכַל בָּהּ בַּלַּיְלָה. וְתֵימַהּ לִי שֶׁלֹּא רָאִיתִי מִי שֶׁעָשָׂה כֵּן וְעוֹד קָשֶׁה דָּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי דְּאָמַר לִבְנֵי בָּבֶל מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר מַשְׁמַע דְּקָאֵי דַּוְקָא אַשְׁאִין לוֹ מָקוֹם לְהוֹרִיד כֵּלָיו בַּז' וְהָא לֵיתָא דַּאֲפִילּוּ יֵשׁ לוֹ מָקוֹם לְהוֹרִיד צָרִיךְ לְהַדְלִיק בּוֹ אֶת הַנֵּר שֶׁלֹּא יְהֵא נִרְאֶה כֶּבֶל תּוֹסִיף מַה שֶׁאוֹכֵל בָּהּ בַּלַּיְלָה וְלָא מִיסְתַּבֵּר לְמֵימַר מַה שֶׁמּוֹרִיד כֵּלָיו אע"פ שֶׁחוֹזֵר וּמַעֲלֶה בַּלַּיְלָה אִיכָּא הֶיכֵּרָא בְּהָכִי דְּאֵינוֹ נִרְאֶה דְּעוֹבֵר בְּבַל תּוֹסִיף מַה שֶׁאוֹכֵל בַּלַּיְלָה וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּרִיבָּ"ל דְּאָמַר לִבְנֵי בָּבֶל מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר בְּאֵין לוֹ מָקוֹם לְהוֹרִיד כֵּלָיו בַּשְּׁמִינִי קָאֵי וְצָרִיךְ לֵישֵׁב בָּהּ בַּתְּשִׁיעִי הִלְכָּךְ צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת הֶיכֵּר שֶׁאֵינוֹ עוֹבֵר בְּבַל תּוֹסִיף וּמַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר כִּי אֵינוֹ יָכוֹל לְפָחוֹת בָּהּ בְּיוֹם טוֹב וְרַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי לִבְנֵי א"י קָאָמַר דְּפוֹחֵת בָּהּ ד' בַּז' וְכֵן כָּתַב הָרַב אַלְפָסִי זַ"ל:
GUEMARA : 'S'il n'a pas de place où redescendre les ustensiles, qu'en est-il ? Rav Hiyya bar Achi dit : il y perce une brèche de quatre ; et RIBaL dit : il y allume la lampe. Et ils ne divergent pas : ceci pour nous et cela pour eux. Cela va bien pour une petite souka ; pour une grande souka, quoi [faire] ? Il y introduit les ustensiles de repas, conformément à Rava — car Rava a dit : les ustensiles de boisson dans la souka, les ustensiles de repas hors de la souka.' Rachi a expliqué : 'ceci pour nous', c'est-à-dire pour les gens de Bavel, dont le huitième [jour] est un septième douteux puisque nous ne sommes pas fixés sur la fixation du mois : il y allume la lampe et ne la brèche pas — ce qui l'invaliderait — parce qu'il en aura besoin demain ; 'et cela pour eux', c'est-à-dire pour les gens d'Erets Israël, qui sont fixés sur la fixation du mois et ne siègent pas dans la souka le huitième : il perce. Il ressort de son commentaire que, dans une petite souka, il faut y allumer la lampe afin que ce qu'il y mangera la nuit n'apparaisse pas comme un bal tossif. Or cela m'étonne, car je n'ai vu personne agir ainsi. Et il y a une autre difficulté : R. Yehochoua ben Levi, qui dit aux gens de Bavel d'y allumer la lampe, semblerait ne viser précisément que celui qui n'a pas de place où redescendre ses ustensiles le septième — or il n'en est rien, car même s'il a une place où les redescendre, il lui faut y allumer la lampe pour que ce qu'il y mange la nuit n'apparaisse pas comme un bal tossif ; et il n'est pas raisonnable de dire que le fait de redescendre ses ustensiles — bien qu'il les remonte la nuit — constitue en soi un heker suffisant pour qu'il n'apparaisse pas transgresser bal tossif par ce qu'il mange la nuit. Il paraît donc [préférable] d'expliquer que RIBaL, qui dit aux gens de Bavel d'y allumer la lampe, vise celui qui n'a pas de place où redescendre ses ustensiles le huitième et qui devra siegier dans la souka le neuvième : il lui faut donc faire un heker montrant qu'il ne transgresse pas bal tossif, et il y allume la lampe, puisqu'il ne peut pas y percer de brèche le jour de fête. Quant à Rav Hiyya bar Achi, c'est aux gens d'Erets Israël qu'il parle : il y perce quatre [tefahim] le septième. Et ainsi a écrit le Rav Alfassi (le RIF), de mémoire bénie.
💡 Explication

La Guemara commence par corriger sa propre question : celui qui a passé sept jours dans la souka a forcément des ustensiles. Le vrai cas est l'inverse — il n'a nulle part où les descendre, donc il devra continuer à manger dans la souka le huitième jour.

Le problème devient alors : bal tossif (l'interdit d'ajouter aux mitsvot). Manger dans la souka un huitième jour, sans signe distinctif, revient à faire une souka de huit jours. Il faut donc un heker, un geste qui montre qu'on n'y est pas au titre de la mitsva.

Deux solutions : R. Hiyya bar Achi — percer quatre tefahim dans le sekhakh, ce qui rend la souka passoul (elle n'est plus une souka du tout) ; RIBaL — y allumer la lampe, geste qu'on évite dans une souka valide (risque d'incendie), et qui suffit donc à marquer la différence sans rien détruire. Tossefot conteste ici la mesure de quatre : le vide (avir) invalide déjà à trois tefahim.

7
וְלָא פְּלִיגִי: הָא לַן וְהָא לְהוּ.

Et ils ne divergent pas : ceci [vaut] pour nous et cela pour eux.

📜 Rachi (2)
הָא לָן לִבְנֵי בָּבֶל שֶׁהַשְּׁמִינִי שֶׁלָּהֶם סָפֵק שְׁבִיעִי דְּלָא קִים לְהוּ בִּקְבִיעָא דְּיַרְחָא מַדְלִיק בָּהּ אֶת הַנֵּר וְלֹא יִפְחָתֶנָּה וְיִפְסְלֶנָּה לְפִי שֶׁצָּרִיךְ לֵישֵׁב בָּהּ מָחָר:
Ceci pour nous — pour les gens de Bavel, dont le huitième [jour] est un septième douteux, puisqu'ils ne sont pas fixés sur la fixation du mois : il y allume la lampe et ne la brèche pas — ce qui l'invaliderait — parce qu'il devra y siéger demain.
וְהָא לְהוּ לִבְנֵי א"י דְּקִים לְהוּ בִּקְבִיעָא דְּיַרְחָא וְלָא יָתְבִי בַּסֻּוכָּה בַּשְּׁמִינִי פּוֹחֵת:
Et cela pour eux — pour les gens d'Erets Israël, qui sont fixés sur la fixation du mois et ne siègent pas dans la souka le huitième : il perce.
💡 Explication

Ve-lo pligui — la Guemara désamorce la mahloket : les deux Amoraim ne s'opposent pas, ils parlent de deux publics. Ha lan ('ceci pour nous') vise Bavel, ha lehu ('cela pour eux') vise Erets Israël.

La différence tient au calendrier. En Erets Israël, où l'on connaît la kevi'a de-yarha (la fixation officielle du mois), le huitième jour est certainement le huitième : la souka n'a plus aucun usage, on peut donc la brécher et l'invalider. En diaspora, le huitième jour est un septième douteux (yom tov cheni chel galouyot) : il faudra peut-être encore y siéger — impossible de la détruire. D'où la solution de RIBaL, la lampe, qui marque sans invalider.

8
הָא תִּינַח סֻוכָּה קְטַנָּה, סֻוכָּה גְּדוֹלָה מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? דִּמְעַייֵּל בַּהּ מָאנֵי מֵיכְלָא. דְּאָמַר רָבָא: מָאנֵי מֵיכְלָא — בַּר מִמְּטַלַּלְתָּא. מָאנֵי מִשְׁתְּיָא — בִּמְטַלַּלְתָּא.

Cela va bien pour une petite souka ; [mais pour] une grande souka, qu'y a-t-il à dire ? — Qu'il y introduise les ustensiles de repas (mane mikhla). Car Rava a dit : les ustensiles de repas — hors de la souka ; les ustensiles de boisson — dans la souka.

📜 Rachi (2)
הַתֵּינַח בְּסֻוכָּה קְטַנָּה בְּהַדְלָקַת הַנֵּר:
Cela va bien pour une petite souka — par l'allumage de la lampe.
סֻוכָּה גְּדוֹלָה מַאי אִיכָּא לְמֵימַר דְּהָכִי אֲמָרָן לְעֵיל (שָׁם) שְׁרָגָא אָמְרִי לָהּ בִּמְטַלַּלְתָּא וְאָמְרִי לָהּ לְבַר מִמְּטַלַּלְתָּא וְלָא פְּלִיגִי הָא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה כו':
Pour une grande souka, qu'y a-t-il à dire — car nous avons dit plus haut (ibid.) : la lampe, certains disent dans la souka et certains disent hors de la souka, et ils ne divergent pas : ceci [vise] une grande souka etc.
💡 Explication

Objection sur la solution de RIBaL : allumer la lampe n'est un signe distinctif que dans une petite souka, où la lampe est proscrite par crainte d'incendie. Dans une grande souka, la lampe est permise en temps normal — l'allumer ne signale donc rien.

Réponse : il y introduit les mane mikhla, les ustensiles de repas (marmites, écuelles), que Rava exclut de la souka parce qu'ils deviennent répugnants après usage. Les y faire entrer est en soi une conduite incompatible avec une souka en fonction : le heker est obtenu par le geste inverse — non pas descendre les ustensiles, mais y monter ceux qui n'y ont pas leur place.

9
מַתְנִי׳ נִיסּוּךְ הַמַּיִם כֵּיצַד? צְלוֹחִית שֶׁל זָהָב מַחְזֶקֶת שְׁלֹשָׁה לֻוגִּים הָיָה מְמַלֵּא מִן הַשִּׁילוֹחַ. הִגִּיעוּ לְשַׁעַר הַמַּיִם, תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ. עָלָה בַּכֶּבֶשׁ וּפָנָה לִשְׂמֹאלוֹ, שְׁנֵי סְפָלִים שֶׁל כֶּסֶף הָיוּ שָׁם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שֶׁל סִיד הָיוּ, אֶלָּא שֶׁהָיוּ מֻושְׁחָרִין פְּנֵיהֶם מִפְּנֵי הַיַּיִן. וּמְנֻוקָּבִין

MICHNA. La libation d'eau (nissoukh ha-mayim), comment [se faisait-elle] ?

Une fiole d'or contenant trois loguim, on la remplissait [d'eau puisée] au Chiloah. Lorsqu'ils parvenaient à la Porte des Eaux, on sonnait une tekia, une teroua et une tekia.

[Le cohen] montait sur le kevech (rampe) et se tournait vers sa gauche : deux bassins d'argent étaient là. Rabbi Yehouda dit : ils étaient de chaux, seulement leur surface était noircie à cause du vin.

Et [ils étaient] percés...

📜 Rachi (7)
מַתְנֵי' מִן הַשִּׁילּוּחַ מַעְייָן הוּא סָמוּךְ לִירוּשָׁלַיִם:
MICHNA. Au Chiloah — c'est une source proche de Jérusalem.
מַחֲזֶקֶת שְׁלֹשָׁה לֻוגִּין זֶהוּ פָּחוֹת שֶׁבַּנְּסָכִים רְבִיעִית הַהִין לַכֶּבֶשׁ:
Contenant trois loguim — c'est la plus petite des libations : un quart de hin pour un agneau.
שַׁעַר הַמַּיִם אֶחָד מִשַּׁעֲרֵי עֲזָרָה נִקְרָא כֵּן עַל שֵׁם שֶׁמַּכְנִיסִין בּוֹ צְלוֹחִית שֶׁל מַיִם שֶׁל נִיסּוּךְ בֶּחָג:
La Porte des Eaux — l'une des portes du parvis (azara), ainsi nommée parce que c'est par elle qu'on faisait entrer la fiole d'eau de la libation pendant le Hag.
תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ מִשּׁוּם שִׂמְחָה דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ י״ב:ג׳) וּשְׁאַבְתֶּם מַיִם בְּשָׂשׂוֹן:
On sonnait une tekia et une teroua — en raison de la simha, ainsi qu'il est écrit (Isaie 12,3) : 'et vous puiserez de l'eau avec allégresse'.
עָלָה בַּכֶּבֶשׁ שֶׁהָיָה בִּדְרוֹמוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ:
Il montait sur le kevech — qui se trouvait au sud de l'autel.
וּפָנָה לִשְׂמֹאלוֹ שֶׁהַנְּסָכִים נַעֲשִׂים בְּקֶרֶן מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית וּכְשֶׁהוּא פּוֹנֶה לִשְׂמֹאלוֹ הִיא הָרִאשׁוֹנָה וּבְמַסֶּכֶת זְבָחִים יָלֵיף לָהּ מִקְּרָאֵי בְּפֶרֶק קָדְשֵׁי קָדָשִׁים (זְבָחִים דַּף סג.):
Et se tournait vers sa gauche — car les nessakhim (libations) se font au coin sud-ouest, et lorsqu'il se tourne vers sa gauche, c'est celui-là qu'il atteint en premier ; et au traité Zevahim on le déduit de versets, au chapitre Kodchei kodachim (63a).
שֶׁהָיוּ מֻושְׁחָרִין פְּנֵיהֶם וְדוֹמִין לְכֶסֶף שֶׁהוּא שָׁחוֹר מִן הַסִּיד:
Que leur surface était noircie — et [ainsi] ils ressemblaient à de l'argent, qui est foncé par rapport à la chaux.
🗂️ Tossefot (2)
שַׁעַר הַמַּיִם. מִן הַשְּׁעָרִים הַדְּרוֹמִיִּים שֶׁבָּעֲזָרָה הוּא דִּתְנַן בְּמַס' מִדּוֹת (פ"ב מ"ו) שְׁעָרִים הַדְּרוֹמִיִּים סְמוּכִים לַמַּעֲרָב וְקָחֲשִׁיב שַׁעַר הַמַּיִם וְקָתָנֵי לָמָּה נִקְרָא שַׁעַר הַמַּיִם שֶׁבּוֹ מַכְנִיסִין צְלוֹחִית הַמַּיִם שֶׁל נִיסּוּךְ הַמַּיִם בֶּחָג:
La Porte des Eaux. Elle fait partie des portes méridionales du parvis, car nous avons appris au traité Middot (2,6) : 'les portes méridionales, en allant vers l'ouest' — et il y compte la Porte des Eaux, et il enseigne : pourquoi l'appelle-t-on la Porte des Eaux ? Parce que c'est par elle qu'on fait entrer la fiole d'eau de la libation d'eau pendant le Hag.
שְׁנֵי סְפָלִים שֶׁל כֶּסֶף. תֵּימַהּ דִּתְנַן בִּמְנָחוֹת פֶּרֶק שְׁתֵּי הַלֶּחֶם (מְנָחוֹת דַּף צט:) שְׁתֵּי שֻׁולְחָנוֹת הָיוּ בָּאוּלָם אֶחָד שֶׁל כֶּסֶף וְאֶחָד שֶׁל זָהָב עַל שֶׁל כֶּסֶף נוֹתְנִין לֶחֶם הַפָּנִים בִּכְנִיסָתוֹ וְעַל שֶׁל זָהָב בִּיצִיאָתוֹ שֶׁמַּעֲלִין בַּקֹּודֶשׁ וְלֹא מוֹרִידִין אַפֵּי' סִילְּקוּהוּ מֵעַל שֻׁלְחַן הַזָּהָב בַּהֵיכָל לֹא הָיוּ יְכוֹלִים לְהוֹרִידוֹ וּלְהַנִּיחוֹ בְּשֶׁל כֶּסֶף וא"כ הָכָא שֶׁהָיוּ מְמַלְּאִים בִּצְלוֹחִית שֶׁל זָהָב הֵיאַךְ הָיוּ מְנַסְּכִין בִּסְפָלִין שֶׁל כֶּסֶף וְכִי תֵּימָא בִּצְלוֹחִית שֶׁאֵינָהּ מְקֻודֶּשֶׁת הָיוּ מְמַלְּאִין לָא הִיא דְּגַבֵּי חָבִית כְּשֶׁנִּתְמַלֵּא מע"ש קָתָנֵי מַתְנֵי' שֶׁאֵינָהּ מְקֻודֶּשֶׁת כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא בַּגְּמָרָא אֲבָל צְלוֹחִית שֶׁהָיוּ מְמַלְּאִין בְּחוֹל הָיְתָה מְקֻודֶּשֶׁת וי"ל דִּסְפָלִים הָיוּ קְבוּעִים בְּסִיד וְלֹא כֵּלִים נִינְהוּ דְּנֶחְשָׁבִין כְּגוּפוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וַהֲרֵי הֵם כַּלְּבוֹנָה שֶׁהָיְתָה בִּבְזִיכִין שֶׁל זָהָב שֶׁהָיוּ מַקְטִירִין עַל הַמִּזְבֵּחַ:
Deux bassins d'argent. C'est étonnant, car nous avons appris à Menahot, chapitre Chetei ha-le'hem (Menahot 99b) : 'il y avait deux tables dans le oulam (vestibule), l'une d'argent et l'autre d'or ; sur celle d'argent on posait les pains de proposition à leur entrée, et sur celle d'or à leur sortie, car en matière de sainteté on monte et on ne descend pas' — [au point que] même après les avoir retirés de la table d'or du sanctuaire, on ne pouvait pas les rabaisser en les posant sur celle d'argent. Si tel est le cas, ici, où l'on remplissait une fiole d'or, comment pouvait-on verser la libation dans des bassins d'argent ? Et si tu dis qu'on remplissait une fiole non consacrée, il n'en est rien : à propos de la jarre remplie la veille de Chabbat, la michna enseigne bien qu'elle n'est pas consacrée, comme la Guemara en explique la raison ; mais la fiole que l'on remplissait un jour ouvrable, elle, était consacrée. Et l'on peut répondre que les bassins étaient fixés dans la chaux et n'étaient donc pas des ustensiles [distincts] : ils étaient considérés comme faisant corps avec l'autel lui-même. Il en va pour eux comme de l'encens (levona), qui se trouvait dans des coupelles d'or et que l'on faisait fumer sur l'autel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נִסּוּךְ הַמַּיִם כֵּיצַד? צְלוֹחִית שֶׁל זָהָב מַחֲזֶקֶת שְׁלשֶׁת לֻוגִּין וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶּׁעוֹשִׂין בְּנִסּוּךְ הַמַּיִם הוּא רֶמֶז עַל הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת 'מַיִם' וְלָכֵן עוֹשִׂין זֶה קֹודֶם יוֹם שִׂמְחַת תּוֹרָה ו' צְלוֹחִית' אוֹתִיּוֹת 'תַּצְלִיחַ' אוֹ 'תַּצְלִיחוּ' דְּהַתּוֹרָה מַצְלַחַת לְהָעוֹסֵק בָּהּ. ו' זָהָב' הוּא גְּבוּרָה וּמַנִּיחִים בְּתוֹכוֹ מַיִם שֶׁהוּא חֶסֶד רֶמֶז שֶׁבְּעֵסֶק הַתּוֹרָה יִהְיֶה מִיתּוּק הַגְּבוּרוֹת בַּחֲסָדִים ו' מַחֲזֶקֶת שְׁלֹשֶׁת לֻוגִּין' כְּנֶגֶד לִימּוּד הַפְּשָׁט וְלִימּוּד הַפִּלְפּוּל וְלִימּוּד הַסּוֹד, אוֹ כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה דּוֹרוֹת שֶׁמַּחֲזִיקִים בָּהּ דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה נט, כא) 'לֹא יָמוּשׁוּ מִפִּיךָ וּמִפִּי זַרְעֲךָ וּמִפִּי זֶרַע זַרְעֶךָ'. ו' תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ' רֶמֶז לְמִיתּוּק הַגְּבוּרָה הָרוֹמֶזֶת בִּתְרוּעָה בַּחֲסָדִים הָרְמוּזִים בִּתְקִיעָה. 'וּמְנַקְּבִין כְּמִין שְׁנֵי חֳטָמִין' עָשׂוּ שָׁם דֻּוגְמַת חֹוטֶם שֶׁבּוֹ חוּשׁ הָרֵיחַ אֲשֶׁר מִמֶּנּוּ מַגִּיעַ הֲנָאָה לַנְּשָׁמָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (בְּרָכוֹת מג:) עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים קנ, ו) 'כֹּל הַנְּשָׁמָה תְּהַלֵּל יָהּ', אֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁהַנְּשָׁמָה נֶהֱנֵית מִמֶּנּוּ וְאֵין הַגּוּף נֶהֱנֶה מִמֶּנּוּ הֱוֵי אוֹמֵר, זֶה הָרֵיחַ, וְרָמְזוּ בָּזֶה שֶׁיִּלְמֹוד הָאָדָם תּוֹרָה לִשְׁמָהּ שֶׁיִּהְיֶה מִמֶּנָּה הֲנָאָה לַנְּשָׁמָה מַה שֶׁאֵין כֵּן תּוֹרָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ. גַּם הַחֹוטֶם הוּא בַּבִּינָה בְּסוֹד מַה שֶׁאָמַר (זֹהַר חֵלֶק ג קל:) 'לְבַעַל הַחֹוטֶם אֲנִי מִתְפַּלֵּל' וְיָדוּעַ כִּי תּוֹרָה מִבִּינָה נָפְקָא שֶׁנִּיתְּנָה מֵעוֹלָם הַבְּרִיאָה שֶׁהוּא סוֹד בִּינָה. ו' אֶחָד מְעַבֶּה וְאֶחָד דַּק' כִּי הַתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב נִמְשְׁלָה לְמַיִם וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה לְיַיִן, וְהִנֵּה בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה צָרִיךְ הַרְחָבַת פֶּה וְהִרְחַבְתָּ לָשׁוֹן כְּדֵי לְהַסְבִּיר לַתַּלְמִידִים מַה שֶׁאֵין כֵּן תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב לִימּוּדָה בְּנָקֵל וְאֵין צָרִיךְ לָהּ הַרְחָבַת פֶּה כַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, ו' מַעֲרָבִית שֶׁל מַיִם וּמִזְרָחִית שֶׁל יַיִן' נִמְצָא שֶׁל מַיִם קְרוֹבָה יוֹתֵר מִשֶּׁל יַיִן וְכֵן הוּא תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב קְרוֹבָה לָאָדָם יוֹתֵר כִּי תְּחִילַּת הַכֹּל לוֹמֵד תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְאַחַר שֶׁיַּגְדִּיל יִלְמֹוד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְלָכֵן זוֹ בָּעֵינַיִם וְזוֹ בָּאָזְנַיִם, כִּי רְאִייַּת הָעֵינַיִם קְרוֹבָה יוֹתֵר מַשְׁמַע הָאֹזֶן שֶׁאִם יַשְׁלִיכוּ כַּדּוּר אֵשׁ יִתְרָאֶה הַלַּהַב שֶׁל הָאֵשׁ קֹודֶם שֶׁיִּשְׁמַע קוֹל הַכַּדּוּר.
'La libation d'eau, comment ? Une fiole d'or contenant trois loguim, etc.' Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce que l'on accomplit par la libation d'eau est une allusion à la Tora, qui est appelée 'eau' — et c'est pourquoi on l'accomplit avant le jour de Simhat Tora. Et 'tselohit' (fiole) a les mêmes lettres que 'tatsliah' ou 'tatslihou' (tu réussiras / vous réussirez), car la Tora fait réussir celui qui s'y adonne. Et l'or est la Guevoura (rigueur), et l'on y met de l'eau qui est le 'Hessed (bonté) : allusion au fait que par l'étude de la Tora se fait l'adoucissement des Guevourot par les Hassadim. Et 'contenant trois loguim' correspond à l'étude du pchat (le sens simple), à l'étude du pilpoul (la dialectique) et à l'étude du sod (le secret) ; ou bien aux trois générations qui la maintiennent, ainsi qu'il est écrit (Isaie 59,21) : 'ils ne s'écarteront pas de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance, ni de la bouche de la descendance de ta descendance'. Et 'on sonnait une tekia, une teroua et une tekia' est une allusion à l'adoucissement de la Guevoura — évoquée par la teroua — par les Hassadim, évoqués par la tekia. 'Et percés comme deux narines' : on y fit la forme d'un nez, où réside le sens de l'odorat, par lequel un plaisir parvient à la nechama (l'âme), comme ils ont dit (Berakhot 43b) sur le verset (Psaumes 150,6) 'que toute âme (nechama) loue Yah' : quelle est la chose dont l'âme jouit et dont le corps ne jouit pas ? Dis : c'est l'odeur. Ils ont ainsi fait allusion à ce que l'homme doit étudier la Tora lichma (pour elle-même), afin que la nechama en tire une jouissance — ce qui n'est pas le cas de la Tora étudiée chelo lichma. De plus, le nez relève de la Bina (l'intelligence), selon le secret de ce qui est dit (Zohar III, 130b) : 'c'est au Maître du nez que je prie' ; et il est connu que la Tora sort de la Bina, ayant été donnée depuis le monde de la Beria, qui est le secret de la Bina. Et 'l'un épais et l'autre fin' : car la Tora écrite est comparée à l'eau et la Tora orale au vin ; or dans la Tora orale il faut un élargissement de la bouche et de la langue pour expliquer aux élèves, ce qui n'est pas le cas de la Tora écrite, dont l'étude est aisée et n'exige pas l'élargissement de la bouche comme la Tora orale. Et 'celui de l'ouest pour l'eau et celui de l'est pour le vin' : il se trouve que celui de l'eau est plus proche que celui du vin — et il en va de même de la Tora écrite, plus proche de l'homme, car on commence toujours par apprendre la Tora écrite et ce n'est qu'en grandissant que l'on apprend la Tora orale. Et c'est pourquoi celle-ci [passe] par les yeux et celle-là par les oreilles : car la vision des yeux est plus proche que l'audition de l'oreille — si l'on projette une boule de feu, la flamme du feu se voit avant que le bruit de la boule ne se fasse entendre.
💡 Explication

Nouvelle michna, qui ouvre la description du nissoukh ha-mayim — la libation d'eau versée sur l'autel pendant Soukot, à côté de la libation de vin quotidienne. Elle détaille la séquence : puisage à la source du Chiloah, fiole d'or de trois loguim (Rachi : la mesure de la plus petite libation, un quart de hin), entrée par la Porte des Eaux qui doit son nom à cet usage, sonneries de joie fondées sur le verset 'et vous puiserez de l'eau avec allégresse' (Isaie 12,3).

Puis la scène sur l'autel : le cohen monte par le kevech (la rampe, au sud) et tourne à gauche, ce qui l'amène au coin sud-ouest, là où se font les nessakhim. Deux bassins y reçoivent, l'un l'eau, l'autre le vin.

Enfin une mahloket sur leur matière : le tana kama les dit d'argent ; R. Yehouda répond qu'ils étaient de chaux, et que seule leur surface noircie par le vin leur donnait l'aspect de l'argent. Tossefot montre que cette question n'est pas anecdotique : comment passer d'une fiole d'or à un bassin d'argent, alors qu'en matière de sainteté on monte et on ne descend pas ? Le texte s'interrompt sur 'ou-menoukavin' (et percés) — la suite se lit en 48b.

🖼️ Schéma
Le nissoukh ha-mayim : le trajet de l'eau, étape par étape De la source de Chiloah au coin sud-ouest de l'autel. 1. Chiloah Source proche de Jérusalem (Rachi). 2. Fiole d'or 3 loguim = revi'it ha-hin, la plus petite libation. 3. Porte des Eaux Porte sud du parvis (Middot 2,6). Tekia-teroua-tekia. 4. Kevech La rampe, au sud de l'autel. 5. Il se tourne à sa gauche : le coin sud-ouest Autel (mizbeah), vu de dessus eau vin Bassin ouest = eau Bassin est = vin Les nessakhim se font au coin sud-ouest ; en tournant à gauche, c'est le premier atteint. La mahloket sur la matière des bassins Tana kama : ils étaient d'argent. R. Yehouda : de chaux, seulement noircis par le vin -- d'où l'apparence de l'argent.
Le trajet du nissoukh ha-mayim : du Chiloah au coin sud-ouest de l'autel, et la mahloket sur les bassins.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).