Sukkah 48b — Les deux bassins du nissoukh, le puisage dans la joie et le Tsedouki qui versa l'eau sur ses pieds

Sukkah 48b

Sougya : Ce folio achève la michna du nissoukh ha-mayim puis la commente pas à pas. La michna décrit les deux sefalim (bassins d'argent) placés au coin sud-ouest de l'autel, percés de becs de calibres différents pour que l'eau et le vin s'écoulent en un temps égal, et règle le cas du Chabbat, où l'eau est puisée la veille au Chiloah dans une jarre d'or volontairement non consacrée.

La Guemara demande d'abord d'où vient toute cette solennité du puisage : Rav Eina l'ancre dans le verset ou-cheavtem mayim be-sasson, ce qui ouvre une longue digression aggadique où deux minim nommés Sasson et Simha se disputent la préséance à coups de versets, puis où Rabbi Abbahou retourne la même particule be- contre un provocateur. Elle revient ensuite au texte : sens de circulation sur l'autel et ses trois exceptions, raison pour laquelle le bassin de l'eau noircissait lui aussi, et surtout l'identification de l'auteur de la michna — les Rabbanan plutôt que Rabbi Yehouda, comme le prouve le couple lexical meoubeh/dak opposé à rahav/katsar.

Le folio se referme sur la baraita du cohen tsedouki lapidé à coups d'etroguim, et sur la corne d'autel bouchée au sel pour la seule dignité du lieu.

Le fil du folio : les deux bassins, le puisage, et le Tsedouki Fin de la michna du nissoukh ha-mayim, puis la Guemara qui la commente segment par segment. Michna, suite (seg. 0-2) Les deux sefalim (bassins) percés de becs : un trou épais (vin), un trou fin (eau), pour qu'ils se vident ensemble. Ouest = eau, est = vin ; interversion après coup = valide (yatsa). R. Yehouda : un log, huit jours. Chabbat : jarre d'or non consacrée remplie la veille. Ouverture de la Guemara (seg. 3) -- mena hanei mili ? Rav Eina : le verset ou-cheavtem mayim be-sasson (Yechayahou 12,3) fonde la joie du puisage. Tossefot : ou bien le verset fonde l'exigence de l'eau du Chiloah -- mi-mayenei ha-yechoua. Digression aggadique sur le mot sasson (seg. 4-5) Deux minim nommés Sasson et Simha se disputent la préséance à coups de versets. Puis un min nommé Sasson provoque R. Abbahou : vous puiserez de l'eau pour moi. R. Abbahou répond sur la préposition : be-sasson, pas le-sasson -- avec toi, non pour toi. Retour à la michna : la montée à l'autel (seg. 6) Règle générale : on monte par la droite, on contourne, on descend par la gauche. Trois exceptions montent par la gauche et reviennent sur leurs talons : nissoukh ha-mayim, nissoukh ha-yayin, et l'ola d'oiseau quand elle est trop nombreuse à l'est. Deux précisions techniques (seg. 7-10) 1. Pourquoi le bassin de l'eau noircissait-il lui aussi ? Parce qu'on les intervertissait parfois. 2. La michna est-elle de R. Yehouda (1 log / 3 loguim) ? Non : même pour les Rabbanan (3 loguim des deux côtés), le vin est visqueux et l'eau fluide -- d'où deux trous différents. Preuve : R. Yehouda parle de rahav / katsar (large / étroit), la michna de meoubeh / dak. Clôture (seg. 11) -- la baraita de l'incident Le Tsedouki verse l'eau sur ses pieds, la foule le lapide ; la corne de l'autel est endommagée et bouchée au sel -- non pour la rendre apte, mais pour que l'autel ne soit pas vu abîmé.
Le fil du folio : de la fin de la michna à l'incident du Tsedouki.
Les deux sefalim au coin sud-ouest : coupe et trajet du liquide Coupe verticale. Le cohen verse dans le bassin ; le liquide sort par le bec et descend vers les chitin. Sefel de l'EAU (ouest) 3 loguim d'eau bec (hotem) à trou FIN (dak) l'eau est fluide : elle sortirait trop vite Sefel du VIN (est) 3 loguim de vin bec à trou ÉPAIS (meoubeh) le vin est visqueux : il sortirait trop lentement Sommet de l'autel (coin sud-ouest) CHITIN cavités très profondes sous l'autel But du dispositif Les deux libations doivent s'achever exactement en même temps (bat ahat). Si on intervertit Eau dans le bassin du vin ou l'inverse : yatsa -- valide après coup.
Les deux sefalim percés, leurs becs de calibres différents, et la descente vers les chitin.
De qui est notre michna ? Rabbanan ou Rabbi Yehouda Enjeu : pourquoi deux trous de tailles différentes si les deux bassins ont le même volume ? RABBANAN (tana kama) Eau : 3 loguim -- Vin : 3 loguim (revi'it ha-hin) Volumes ÉGAUX des deux côtés. Objection : pourquoi des trous inégaux ? Réponse : hamra samikh, maya kalich -- le vin est épais, l'eau est fluide. À volume égal, le vin coule plus lentement. Écart de débit MODESTE : il suffit d'un trou un peu plus épais -- meoubeh / dak. C'est notre michna RABBI YEHOUDA Eau : 1 log -- Vin : 3 loguim Volumes INÉGAUX : rapport de 1 à 3. Il faut un écart de débit BEAUCOUP plus grand pour finir ensemble. Sa baraita dit donc : deux kichvaot, celle du vin à l'ouverture LARGE (rahav), celle de l'eau ÉTROITE (katsar). Vocabulaire différent de notre michna. Ce n'est donc pas lui Argument décisif : le lexique trahit l'auteur rahav / katsar marque un écart plus fort que meoubeh / dak (Rachi). La michna emploie le couple faible : elle vise donc un écart faible, celui de la viscosité seule -- donc les Rabbanan. Conclusion de la Guemara : chema mina -- apprends-en que la michna n'est pas R. Yehouda.
Rabbanan ou Rabbi Yehouda : ce que le choix des mots révèle sur l'auteur de la michna.
1
כְּמִין שְׁנֵי חֳוטָמִין דַּקִּין, (וְאֶחָד) מְעֻובֶּה וְאֶחָד דַּק, כְּדֵי שֶׁיְּהוּ שְׁנֵיהֶם כָּלִין בְּבַת אַחַת. מַעֲרָבוֹ — שֶׁל מַיִם, מִזְרָחוֹ — שֶׁל יַיִן. עֵירָה שֶׁל מַיִם לְתוֹךְ שֶׁל יַיִן, וְשֶׁל יַיִן לְתוֹךְ שֶׁל מַיִם — יָצָא.

…comme deux fines narines (becs percés), (et) l'un épais et l'un fin, afin que tous deux s'achèvent en même temps. Celui de l'ouest — pour l'eau ; celui de l'est — pour le vin.

S'il a versé celui de l'eau dans celui du vin, ou celui du vin dans celui de l'eau — il s'est acquitté.

📜 Rachi (4)
כְּמִין שְׁנֵי חֳוטָמִין דַּקִּים חֹוטֶם אֶחָד בַּסֵּפֶל וְנֶקֶב אֶחָד בְּחָוטְמוֹ וְהַכֹּהֵן מְעָרֶה בְּפִי הַסְּפָלִים וְהַנְּסָכִים מְקַלְּחִין וְיוֹרְדִין דֶּרֶךְ הֶחֳוטָמִין עַל גַּב הַמִּזְבֵּחַ וּבַמִּזְבֵּחַ הָיָה נֶקֶב שֶׁבּוֹ הַמַּיִם וְהַיַּיִן יוֹרְדִין לַשִּׁיתִין שֶׁל מִזְבֵּחַ שֶׁהָיוּ עֲמֻוקִּין וַחֲלוּלִים מְאֹד:
Comme deux fines narines — un bec par bassin, et un trou dans ce bec ; le cohen verse dans l'ouverture des bassins, et les libations jaillissent et descendent par les becs sur le dessus de l'autel. Et dans l'autel il y avait un trou par lequel l'eau et le vin descendaient vers les chitin (cavités) de l'autel, qui étaient très profondes et très creuses.
אֶחָד מְעֻובֶּה וְאֶחָד דַּק אֶחָד מִנְּקָבִים מְעֻובֶּה אוֹתוֹ שֶׁל יַיִן וְאֶחָד דַּק אוֹתוֹ שֶׁל מַיִם:
L'un épais et l'un fin — l'un des trous est épais, celui du vin, et l'un est fin, celui de l'eau.
שֶׁיְּהוּ שְׁנֵיהֶם כֵּלִים כְּאֶחָד כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא שֶׁהַמַּיִם מְמַהֲרִים לָצֵאת לְפִיכָךְ צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא הַנֶּקֶב דַּק:
Afin que tous deux s'achèvent ensemble — comme l'explique la Guemara : l'eau s'écoule plus vite, c'est pourquoi il faut que son trou soit fin.
ה"ג מַעֲרָבוֹ שֶׁל מַיִם מִזְרָחוֹ שֶׁל יַיִן הַסְּפָלִים נְתוּנִים אֵצֶל הַקֶּרֶן זֶה לִפְנֵי זֶה סְמוּכִין זֶה לָזֶה אֶחָד לְצַד מַעֲרָב וְאֶחָד לִפְנִים הֵימֶנּוּ דְּהַיְינוּ לַמִּזְרָח:
Ainsi faut-il lire (hakhi garsinan) : « celui de l'ouest, pour l'eau ; celui de l'est, pour le vin » — les bassins sont posés près du coin [de l'autel], l'un devant l'autre et contigus : l'un du côté ouest, et l'autre plus à l'intérieur par rapport à lui, c'est-à-dire vers l'est.
🗂️ Tossefot (2)
כְּמִין חֳוטָמִין דַּקִּין. פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' חֹוטֶם אֶחָד בַּסֵּפֶל וְנֶקֶב אֶחָד בְּחָוטְמוֹ וְהַכֹּהֵן מְעָרָה מַיִם בְּפִי הַסְּפָלִים וְהַנְּסָכִים מְקַלְּחִין דֶּרֶךְ הֶחֳוטָמִין ע"ג הַמִּזְבֵּחַ וּבַמִּזְבֵּחַ הָיָה נֶקֶב שֶׁבּוֹ הַמַּיִם וְהַיַּיִן יוֹרְדִין לַשִּׁיתִין שֶׁל מִזְבֵּחַ שֶׁהָיוּ חִלּוּלִין מְאֹד וַעֲמֻוקִּין וְזוֹ תֵּימַהּ גְּדוֹלָה מִנַּיִן לוֹ כָּל אוֹתוֹ הָעִנְיָן שֶׁמֵּחֹוטֶם שֶׁל הַסְּפָלִים מְקַלֵּחַ עַל גַּג הַמִּזְבֵּחַ וּמִשָּׁם לְנֶקֶב הַמִּזְבֵּחַ וּמִשָּׁם לַשִּׁיתִין דִּלְמָא הוּא דְּמִנֶּקֶב הַסְּפָלִים יוֹרְדִין לַשִּׁיתִין כְּמִין שְׁנֵי נִקְבֵי הַחֹוטֶם וְלֹא שֶׁהָיָה בּוֹלֵט כְּמִין חֹוטֶם כִּי הַהִיא דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת מִדּוֹת (פ"ג מ"ב) גַּבֵּי דָּמִים וּבְקֶרֶן מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית הָיוּ שְׁנֵי נְקָבִים כְּמִין שְׁנֵי חֳוטָמִין דַּקִּין שֶׁהַדָּמִים נִיתָּנִין עַל יְסוֹד מַעֲרָבִית וְעַל יְסוֹד דְּרוֹמִית וְיוֹרְדִין בָּהֶן וּמִתְעָרְבִין בָּאַמָּה וְשֶׁמָּא כְּמִין בְּלִיטַת חֹוטֶם הָיָה עָשׂוּי עַל הַנֶּקֶב שֶׁלֹּא יִפֹּול עָלָיו דָּבָר לְסָותְמוֹ:
« Comme des narines fines. » Rachi (le Kountras) a expliqué : un bec par bassin, et un trou dans ce bec ; le cohen verse l'eau dans l'ouverture des bassins, et les libations jaillissent par les becs sur le dessus de l'autel ; et dans l'autel il y avait un trou par lequel l'eau et le vin descendaient vers les chitin de l'autel, qui étaient très creuses et profondes. Or c'est un grand étonnement : d'où tient-il tout ce parcours — que depuis le bec des bassins cela jaillit sur le toit de l'autel, de là vers le trou de l'autel, et de là vers les chitin ? Peut-être est-ce depuis le trou même des bassins que [les libations] descendent vers les chitin, et [l'expression] « comme deux narines » ne désigne que deux orifices semblables aux narines [du nez], sans qu'il y ait eu une saillie en forme de nez — à l'image de ce que nous avons appris au traité Midot (3, 2) à propos des sangs : « et au coin sud-ouest il y avait deux trous comme deux fines narines », car les sangs sont versés sur le yessod (socle) ouest et sur le yessod sud, ils y descendent et se mélangent dans l'amah (canal). Et peut-être y avait-il une sorte de saillie en forme de nez au-dessus du trou, afin que rien n'y tombe et ne vienne le boucher.
אֶחָד מְעֻובֶּה וְאֶחָד דַּק. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אֶחָד מִן הַנְּקָבִים מְעֻובֶּה מַשְׁמַע שֶׁרוֹצֶה לוֹמַר שֶׁהָיָה הַנֶּקֶב רָחָב וְגָדוֹל זֶה מִזֶּה וְלָשׁוֹן מְעֻובֶּה מַשְׁמַע שֶׁשּׁוּלֵי הַסֵּפֶל הָיוּ עָבִים וּמִתּוֹךְ כָּךְ אֵין הַמַּשְׁקֶה מְמַהֵר לָצֵאת:
« L'un épais et l'un fin. » Rachi a expliqué : l'un des trous est épais — ce qui implique qu'il veut dire que ce trou était plus large et plus grand que l'autre. Mais le terme meoubeh (épaissi) suggère plutôt que le fond du bassin était épais, et que de ce fait le liquide ne s'écoule pas rapidement.
💡 Explication

La michna décrit le dispositif d'écoulement des deux libations. Chaque sefel (bassin d'argent) se termine par un hotem (littéralement une narine : un bec percé) par lequel le liquide descend sur le sommet de l'autel, puis vers les chitin, les cavités profondes qui recueillent les libations.

Le point technique : les deux trous n'ont pas le même calibre — l'un meoubeh (épais, large) pour le vin, l'autre dak (fin) pour l'eau. Objectif : que les deux écoulements s'achèvent bat ahat, en un seul temps. La Guemara reviendra longuement sur la raison de cet écart (segments 8 à 10).

Enfin, la michna précise l'orientation — ouest pour l'eau, est pour le vin — mais ajoute aussitôt que l'interversion n'invalide pas : yatsa, il s'est acquitté. L'emplacement prescrit n'est donc pas me'akev (bloquant) après coup.

🖼️ Schéma
Les deux sefalim au coin sud-ouest : coupe et trajet du liquide Coupe verticale. Le cohen verse dans le bassin ; le liquide sort par le bec et descend vers les chitin. Sefel de l'EAU (ouest) 3 loguim d'eau bec (hotem) à trou FIN (dak) l'eau est fluide : elle sortirait trop vite Sefel du VIN (est) 3 loguim de vin bec à trou ÉPAIS (meoubeh) le vin est visqueux : il sortirait trop lentement Sommet de l'autel (coin sud-ouest) CHITIN cavités très profondes sous l'autel But du dispositif Les deux libations doivent s'achever exactement en même temps (bat ahat). Si on intervertit Eau dans le bassin du vin ou l'inverse : yatsa -- valide après coup.
Coupe des deux sefalim : calibres des becs et trajet vers les chitin.
2
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בַּלֹּוג הָיָה מְנַסֵּךְ כָּל שְׁמוֹנָה. וְלַמְנַסֵּךְ אוֹמֵר לוֹ: הַגְבַּהּ יָדְךָ. שֶׁפַּעַם אֶחָד נִסֵּךְ אֶחָד עַל גַּבֵּי רַגְלָיו, וּרְגָמוּהוּ כָּל הָעָם בְּאֶתְרוֹגֵיהֶן.

Rabbi Yehouda dit : c'est avec [un récipient d']un log qu'il faisait la libation, et [cela] tous les huit [jours]. Et à celui qui verse, on lui dit : lève ta main !

Car une fois, quelqu'un versa [l'eau] sur ses pieds, et tout le peuple le lapida avec leurs etroguim.

📜 Rachi (2)
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר כוּ' בָּתַרְתִּי פְּלִיגִי אַשְּׁלֹשָׁה לֻוגִּין קָאֵי וְאַשִּׁבְעָה דְּקָאָמַר ת"ק וַאֲתָא רַבִּי יְהוּדָה לְמֵימַר אַף בַּשְּׁמִינִי מְנַסְּכִים:
Rabbi Yehouda dit, etc. — il diverge sur deux points : il se réfère aux trois loguim, et aux sept [jours] qu'a dits le tana kama ; et Rabbi Yehouda vient dire que l'on fait aussi la libation le huitième [jour].
הַגְבַּהּ אֶת יָדְךָ שֶׁנִּרְאֶה שֶׁתִּתֵּן הַמַּיִם בַּסֵּפֶל לְפִי שֶׁהַצָּדוֹקִין אֵין מוֹדִין בְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם שֶׁפַּעַם אַחַת נֶסֶךְ צָדוֹקִי אֶחָד אֶת הַמַּיִם עַל רַגְלָיו:
Lève ta main — afin que l'on voie que tu verses bien l'eau dans le bassin, parce que les Tsedoukim n'admettent pas la libation d'eau ; car une fois un Tsedouki versa l'eau sur ses pieds.
💡 Explication

Rabbi Yehouda conteste le tana kama sur deux points à la fois, comme le note Rachi : le volume (un log, et non trois loguim) et la durée (huit jours, et non sept). Ces deux divergences seront exploitées plus loin par la Guemara.

La consigne hagbah yadekha (lève ta main) est une mesure de contrôle public : les Tsedoukim (Sadducéens) rejetaient la libation d'eau, absente du texte écrit et fondée sur la tradition orale. Un cohen sadducéen pouvait donc saboter le rite en versant à côté. Lever la main rend le geste visible de toute l'assemblée.

L'incident évoqué ici en une ligne sera raconté en détail par une baraita au dernier segment du folio.

3
כְּמַעֲשֵׂהוּ בַּחֹול כָּךְ מַעֲשֵׂהוּ בַּשַּׁבָּת, אֶלָּא שֶׁהָיָה מְמַלֵּא מֵעֶרֶב שַׁבָּת חָבִית שֶׁל זָהָב שֶׁאֵינָהּ מְקֻודֶּשֶׁת מִן הַשִּׁילוֹחַ וּמַנִּיחָהּ בַּלִּשְׁכָּה. נִשְׁפְּכָה, נִתְגַּלְּתָה, הָיָה מְמַלֵּא מִן הַכִּיּוֹר. שֶׁהַיַּיִן וְהַמַּיִם מְגֻולִּין — פְּסוּלִין לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ.

Comme on procède en semaine, ainsi procède-t-on le Chabbat, sauf que l'on remplissait dès la veille de Chabbat une jarre d'or non consacrée, [puisée] au Chiloah, et on la déposait dans la lichka (chambre du Temple). [Si l'eau] s'est répandue, [ou si] elle a été laissée découverte, il remplissait à partir du kiyor (bassin d'ablutions) — car le vin et l'eau laissés découverts sont passoulim (invalides) pour l'autel.

📜 Rachi (3)
שֶׁאֵינָהּ מְקֻודֶּשֶׁת לֹא נִתְחַנְּכָה לַעֲבוֹדַת הַמִּזְבֵּחַ שֶׁתְּהֵא קְדוֹשָׁה לִכְלִי שָׁרֵת דְּקַייְמָא לָן (יוֹמָא דַּף יב:) כָּל הַכֵּלִים שֶׁעָשָׂה מֹשֶׁה מְשִׁיחָתָן מְקַדַּשְׁתָּן מִכָּאן וְאֵילָךְ עֲבוֹדָתָן מְחַנַּכְתָּן וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מ"ט מְמַלְּאִים בְּשֶׁאֵינוֹ מְקֻודָּשׁ:
Non consacrée — elle n'a pas été inaugurée pour le service de l'autel de manière à être sanctifiée comme keli charet (ustensile du service) ; car nous tenons pour établi (Yoma 12b) : tous les ustensiles qu'a faits Moche, c'est leur onction qui les sanctifie ; à partir de là, c'est leur usage [dans le service] qui les inaugure. Et dans la Guemara on explique pour quelle raison on remplit avec un [récipient] non consacré.
הָיָה מְמַלֵּא מִן הַכִּיּוֹר מִן הַמַּיִם שֶׁבְּתוֹךְ הַכִּיּוֹר וּמֵי הַכִּיּוֹר אע"פ שֶׁנִּמְשַׁח וְהֻוקְדַּשׁ לִכְלִי שָׁרֵת וּמְקַדֵּשׁ מֵימָיו אֵין נִפְסָלִין בְּלִינָה שֶׁהָיוּ מְשַׁקְּעִין אוֹתוֹ מִבְּעֶרֶב בַּבּוֹר כִּדְאָמַר בְּסֵדֶר יוֹמָא (דַּף לז.) אַף הוּא עָשָׂה מֻוכְנִי לַכִּיּוֹר שֶׁהָיוּ מְשַׁקְּעִין בַּמּוּכְנִי הַכִּיּוֹר שֶׁלֹּא יְהוּ מֵימָיו נִפְסָלִין בְּלִינָה:
Il remplissait à partir du kiyor — à partir de l'eau qui se trouve dans le kiyor. Et l'eau du kiyor, bien qu'il ait été oint et consacré comme keli charet et qu'il sanctifie son eau, n'est pas invalidée par la lina (nuitée), car on le faisait descendre le soir dans le puits — comme il est dit dans le Seder Yoma (37a) : « lui aussi fit une moukhni (mécanisme) pour le kiyor » — on faisait descendre le kiyor au moyen de la moukhni afin que son eau ne soit pas invalidée par la lina.
שֶׁהַיַּיִן וְהַמַּיִם מְגֻולִּים כו' נִתְגַּלָּה הַייְנוּ טַעְמָא דִּמְמַלֵּא מִן הַכִּיּוֹר וְלֹא הָיָה מְנַסֵּךְ מֵהֶן לְפִי שֶׁהַיַּיִן [וְהַמַּיִם] הַמְגֻולִּין פְּסוּלִין לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ דְּחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא שָׁתָה מֵהֶן נָחָשׁ וְהָאֶרֶס מְעֹורָב בָּהֶן וְנִמְצָא שֶׁאֵינוֹ מְנַסֵּךְ מַיִם כַּשִּׁיעוּר שֶׁהֲרֵי הָאֶרֶס מַשְׁלִים לְשִׁיעוּרָן:
Car le vin et l'eau découverts, etc. — [le cas où] elle a été découverte : voilà la raison pour laquelle il remplit à partir du kiyor et ne faisait pas la libation avec cette eau — parce que le vin [et l'eau] découverts sont invalides pour l'autel, car nous craignons qu'un serpent en ait bu et que le venin s'y soit mêlé ; il se trouverait alors qu'il ne verse pas de l'eau dans la mesure requise, puisque c'est le venin qui compléterait la mesure.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהַיַּיִן וְהַמַּיִם מְגֻולִּין פְּסוּלִין לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ. שֶׁמָּא שָׁתָה מֵהֶן נָחָשׁ וְהָאֶרֶס מְעֹורָב בַּמַּיִם וְנִמְצָא שֶׁאֵינוֹ מְנַסֵּךְ מַיִם כַּשִּׁיעוּר שֶׁהֲרֵי הָאֶרֶס מַשְׁלִים לְשִׁיעוּרָן כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְיִתָּכֵן פֵּירוּשׁ זֶה לְמַאי דְּסָלְקָא דַּעְתֵּיהּ מֵעִיקָּרָא בַּגְּמָרָא דְּפָרִיךְ (לְקַמָּן סֻוכָּה נ.) וּנְעַבְּרִינְהוּ בִּמְסַנֶּנֶת אֲבָל לְפִי הַמַּסְּקָנָא מְפָרְשִׁינַן מִשּׁוּם הַקְרִיבֵהוּ נָא לְפֶחָתֶךָ:
« Car le vin et l'eau découverts sont invalides pour l'autel. » De crainte qu'un serpent en ait bu et que le venin se soit mêlé à l'eau, si bien qu'il ne verse pas de l'eau dans la mesure requise, puisque le venin compléterait la mesure — ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Cette explication convient à ce que la Guemara envisageait au départ, lorsqu'elle objecte (plus loin, Souka 50a) : « qu'on les fasse donc passer par un filtre ! » Mais selon la conclusion, nous expliquons [l'invalidation] au titre de « offre-le donc à ton gouverneur » (Malakhie 1, 8 — on ne présente pas à l'autel ce qu'on n'oserait offrir à un dignitaire).
💡 Explication

Le Chabbat, on ne peut ni puiser au Chiloah ni transporter l'eau. On anticipe donc la veille. Le détail décisif : la jarre est en or mais non consacrée (eina mekoudechet) — elle n'a jamais servi comme keli charet (ustensile du service). Rachi rappelle la règle : les ustensiles de Moche étaient sanctifiés par l'onction ; depuis, c'est leur premier usage dans le service qui les inaugure. Une jarre non inaugurée ne sanctifie donc pas son contenu — et ce qui n'est pas sanctifié n'est pas invalidé par la lina (le fait de passer la nuit).

Deux pannes sont envisagées : l'eau renversée (nichpekha) ou découverte (nitgaleta). Dans les deux cas, on se rabat sur l'eau du kiyor, qui échappait elle aussi à la lina grâce à la moukhni, le mécanisme d'Ben Katin qui descendait le bassin dans un puits chaque soir.

Le guiloui (fait de laisser un liquide découvert) est un interdit fondé sur la crainte du venin de serpent. Rachi en tire ici un raisonnement quantitatif : le venin mélangé compléterait la mesure, et la libation serait donc incomplète. Tossefot signalera que la conclusion de la Guemara donne une autre raison.

🖼️ Schéma
L'eau du nissoukh le Chabbat : la chaîne normale et les deux pannes Veille de Chabbat on puise au Chiloah (interdit le Chabbat) Jarre d'or NON consacrée non inaugurée comme keli charet : pas de pesoul lina Déposée à la lichka elle y passe la nuit Nissoukh le jour du Chabbat Deux pannes possibles -- même solution de secours 1. Nichpekha -- l'eau s'est répandue il n'y a plus rien à verser panne matérielle 2. Nitgaleta -- laissée découverte crainte du venin de serpent (Rachi) panne de statut : mégoulé = passoul On remplit à partir du KIYOR son eau ne subit pas la lina : la moukhni le descendait dans le puits chaque soir
Le circuit de l'eau le Chabbat et les deux pannes qui renvoient au kiyor.
4
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַב עֵינָא, דְּאָמַר קְרָא: ״וּשְׁאַבְתֶּם מַיִם בְּשָׂשׂוֹן וְגוֹ׳״.

Guemara. D'où [tient-on] ces choses ?

Rav Eina dit : car le verset dit « et vous puiserez de l'eau dans la joie (be-sasson)… » (Yechayahou 12, 3).

📜 Rachi (1)
גְּמ' מְנָא ה"מ דְּתוֹקְעִין וּמְרִיעִין בִּשְׁאִיבַת הַמַּיִם שֶׁל נִסּוּךְ:
Guemara. D'où [tient-on] ces choses — que l'on sonne teki'a et teroua lors du puisage de l'eau de la libation.
🗂️ Tossefot (1)
מְנָא הנ"מ. דְּתוֹקְעִין וּמְרִיעִין בִּשְׁאִיבַת מַיִם שֶׁל נִיסּוּךְ כָּךְ פֵּי' הַקְּוַנְט' וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּמִנָּלַן דְּמֵי הַשִּׁילּוּחַ בָּעֵי וּמְפָרֵשׁ מִדִּכְתִיב מִמַּעְיְינֵי הַיְּשׁוּעָה:
« D'où [tient-on] ces choses ? » — que l'on sonne teki'a et teroua lors du puisage de l'eau de la libation : ainsi a expliqué le Kountras. On peut encore expliquer : d'où [savons-nous] qu'il faut précisément l'eau du Chiloah ? Et [la Guemara] répond : de ce qu'il est écrit « aux sources du salut ».
💡 Explication

Mena hanei mili — formule standard par laquelle la Guemara réclame la source scripturaire d'une pratique énoncée par la michna. Reste à savoir de quelle pratique il s'agit.

Selon Rachi, la question porte sur les sonneries (teki'a et teroua) qui accompagnaient le puisage : d'où vient cette solennité ? Réponse : du mot be-sasson — le puisage se fait dans la joie.

Tossefot propose une seconde lecture : la question porterait sur l'exigence que l'eau vienne précisément du Chiloah, et la réponse tiendrait alors à la suite du verset, mi-mayénei ha-yechoua (aux sources du salut). Le même verset fonde donc, selon la lecture, soit la joie, soit la provenance.

5
הָנְהוּ תְּרֵי מִינֵי, חַד שְׁמֵיהּ שָׂשׂוֹן וְחַד שְׁמֵיהּ שִׂמְחָה. אֲמַר לֵיהּ שָׂשׂוֹן לְשִׂמְחָה: אֲנָא עֲדִיפָנָא מִינָּךְ, דִּכְתִיב: ״שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה יַשִּׂיגוּ וְגוֹ׳״. אֲמַר לֵיהּ שִׂמְחָה לְשָׂשׂוֹן: אֲנָא עֲדִיפָנָא מִינָּךְ, דִּכְתִיב: ״שִׂמְחָה וְשָׂשׂוֹן לַיְּהוּדִים״. אֲמַר לֵיהּ שָׂשׂוֹן לְשִׂמְחָה: חַד יוֹמָא שָׁבְקוּךְ וְשַׁוְּיוּךְ פַּרְוַונְקָא, דִּכְתִיב: ״כִּי בְּשִׂמְחָה תֵּצְאוּ״. אֲמַר לֵיהּ שִׂמְחָה לְשָׂשׂוֹן: חַד יוֹמָא שָׁבְקוּךְ וּמָלוּ בָּךְ מַיָּא, דִּכְתִיב: ״וּשְׁאַבְתֶּם מַיִם בְּשָׂשׂוֹן״.

Il y avait ces deux minim (hérétiques) : l'un se nommait Sasson et l'autre se nommait Simha. Sasson dit à Simha : je vaux mieux que toi, car il est écrit « Sasson et Simha les atteindront… » (Yechayahou 35, 10).

Simha dit à Sasson : je vaux mieux que toi, car il est écrit « Simha et Sasson pour les Yehoudim » (Esther 8, 17). Sasson dit à Simha : un jour on te congédiera et l'on fera de toi un parvanka (coursier), car il est écrit « car c'est dans la simha que vous sortirez » (Yechayahou 55, 12).

Simha dit à Sasson : un jour on te congédiera et l'on puisera de l'eau avec toi, car il est écrit « et vous puiserez de l'eau be-sasson ».

📜 Rachi (4)
דִּכְתִיב שִׂמְחָה וְשָׂשׂוֹן אַקְדִּים קְרָא לְשִׂמְחָה קַמֵּיהּ שָׂשׂוֹן:
Car il est écrit « Simha et Sasson » — le verset a placé Simha avant Sasson.
חַד יוֹמָא שֶׁבְּקַוֵּךְ יַפְקִיעוּךָ מִן הַשָּׁמַיִם:
Un jour on te congédiera — on te destituera depuis le ciel.
פַּרְווָנְקָא רָץ לָרוּץ לְפָנָיו:
Parvanka — un coureur, [chargé] de courir devant lui.
בְּשִׂמְחָה תֵּצְאוּ שֶׁהוּא יִרְאֶה הַדְּרָכִים וְיַעֲבֹור מַעְבְּרוֹת הַמַּיִם:
« Dans la simha vous sortirez » — car c'est lui qui repère les chemins et franchit les gués des eaux.
💡 Explication

Digression aggadique déclenchée par le mot sasson du verset précédent. Deux minim portant chacun un nom de joie s'affrontent par exégèse interposée : chacun invoque un verset où son nom précède celui de l'autre.

La joute bascule ensuite du terrain de la préséance à celui du rôle : chacun montre que l'autre, dans un troisième verset, n'est plus un sujet mais un simple instrument. « Dans la simha vous sortirez » fait de Simha un parvanka, l'estafette qui court en tête du cortège. Et « vous puiserez de l'eau be-sasson » fait de Sasson un contenant à eau. C'est cette dernière pointe que le segment suivant reprendra au compte de Rabbi Abbahou.

🖼️ Schéma
Sasson contre Simha : un duel de versets en quatre répliques Chacun cherche à prouver sa préséance par l'ordre des mots dans l'Écriture. SASSON SIMHA 1. Je vaux mieux que toi Sasson ve-simha yassigou (Yechayahou 35,10) -- mon nom vient en premier. 2. Non, je vaux mieux que toi Simha ve-sasson la-Yehoudim (Esther 8,17) -- là, c'est moi qui ouvre. 3. Tu seras réduit au rang de coursier Ki be-simha tetséou (Yechayahou 55,12) -- tu marches devant, comme un parvanka. 4. Et toi, on puisera de l'eau avec toi Ou-chéavtem mayim be-sasson -- tu ne seras plus qu'une outre. Même lecture de la particule be- au segment suivant : R. Abbahou répond au min nommé Sasson.
Les quatre répliques du duel exégétique entre Sasson et Simha.
6
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִינָא דִּשְׁמֵיהּ שָׂשׂוֹן לְרַבִּי אֲבָהוּ: עֲתִידִיתוּ דִּתְמַלּוֹ לִי מַיִם לְעָלְמָא דְּאָתֵי, דִּכְתִיב: ״וּשְׁאַבְתֶּם מַיִם בְּשָׂשׂוֹן״, אֲמַר לֵיהּ: אִי הֲוָה כְּתִיב ״לְשָׂשׂוֹן״ — כִּדְקָאָמְרַתְּ, הַשְׁתָּא דִּכְתִיב ״בְּשָׂשׂוֹן״ — מַשְׁכֵּיהּ דְּהָהוּא גַּבְרָא מְשַׁוֵּינַן לֵיהּ גּוֹדָא וּמָלֵינַן בֵּיהּ מַיָּא.

Un certain min nommé Sasson dit à Rabbi Abbahou : vous êtes destinés à puiser de l'eau pour moi dans le monde à venir, car il est écrit « et vous puiserez de l'eau be-sasson ». Il lui répondit : s'il était écrit « le-sasson (pour Sasson) », ce serait comme tu dis ; maintenant qu'il est écrit « be-sasson (avec Sasson) », c'est de la peau de cet homme-là que nous ferons une outre, et c'est avec elle que nous puiserons de l'eau.

📜 Rachi (1)
מַשְׁכָּא דְּהָהוּא גַּבְרָא מְשַׁוֵּינַן לֵהּ גּוֹדָא נוֹד וַחֲבֵירוֹ בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף קלח.) הַגּוֹד וְהַמְשַׁמֶּרֶת:
De la peau de cet homme nous ferons une gouda — [gouda désigne] une outre (nod) ; et son parallèle se trouve au traité Chabbat (138a) : « la gouda et la méchameret (le filtre) ».
💡 Explication

Toute la répartie tient à une préposition. Le min lit be-sasson comme un datif déguisé : puiser pour Sasson. Rabbi Abbahou objecte que le datif se dirait le-sasson ; la lettre bet marque au contraire l'instrument ou le moyen — on puise au moyen de Sasson.

D'où la réponse cinglante : si tu es l'instrument du puisage, ta peau servira d'outre (gouda). Rachi glose ce terme rare par nod, l'outre de cuir, en renvoyant à son emploi dans Chabbat 138a. Le procédé exégétique — trancher un débat théologique sur la valeur d'une lettre servile — est caractéristique des joutes de Rabbi Abbahou avec les minim de Césarée.

7
עָלָה בַּכֶּבֶשׁ וּפָנָה לִשְׂמֹאלוֹ כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: כָּל הָעוֹלִים לַמִּזְבֵּחַ — עוֹלִין דֶּרֶךְ יָמִין וּמַקִּיפִין וְיוֹרְדִין דֶּרֶךְ שְׂמֹאל. חוּץ מִן הָעוֹלֶה לִשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים הַלָּלוּ, שֶׁעוֹלִין דֶּרֶךְ שְׂמֹאל וְחוֹזְרִין עַל הֶעָקֵב. וְאֵלּוּ הֵן: נִיסּוּךְ הַמַּיִם, וְנִיסּוּךְ הַיַּיִן, וְעוֹלַת הָעוֹף כְּשֶׁרָבְתָה בַּמִּזְרָח.

« Il montait sur la rampe et tournait à sa gauche », etc. Nos maîtres ont enseigné : tous ceux qui montent à l'autel montent par la droite, font le tour, et descendent par la gauche — hormis celui qui monte pour ces trois choses-ci, pour lesquelles on monte par la gauche et l'on revient sur ses talons.

Et les voici : la libation d'eau, la libation de vin, et l'ola (holocauste) d'oiseau lorsqu'elle était trop nombreuse à l'est.

📜 Rachi (5)
עוֹלִין דֶּרֶךְ יָמִין כְּשֶׁהוּא עוֹלֶה לְרֹאשׁ הַמִּזְבֵּחַ פּוֹנִין לְקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית דְּהַייְנוּ לִימִין הָעוֹלָה שֶׁהַכֶּבֶשׁ בִּדְרוֹמוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וּמִקְּרָאֵי יָלְפִינַן לָהּ (זְבָחִים דַּף סב:) וּמַעֲלֹותֵהוּ פְּנוֹת קָדִים (יְחֶזְקֵאל מ״ג:י״ז) כְּשֶׁתַּעֲלוּ בּוֹ תִּפְנוּ לַמִּזְרָח:
On monte par la droite — lorsqu'il monte au sommet de l'autel, on se tourne vers le coin sud-est, c'est-à-dire vers la droite de celui qui monte, car la rampe (kevech) se trouve au sud de l'autel. Et nous le déduisons de versets (Zevahim 62b) : « et ses marches sont tournées vers l'orient » (Ye'hezkel 43, 17) — quand vous y monterez, tournez-vous vers l'est.
וּמַקִּיפִין וְיוֹרְדִין דֶּרֶךְ שְׂמֹאל כְּשֶׁהוּא בָּא לֵירֵד אֵינוֹ חוֹזֵר עַל עֲקֵבָיו אֶלָּא מַקִּיף סָבִיב לַמִּזְבֵּחַ עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַכֶּבֶשׁ וְיוֹרֵד בְּמַעֲרָבוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ שֶׁהִיא לִשְׂמֹאלוֹ בַּעֲלִייָּתוֹ וְהַאי דְּאֵין חוֹזְרִין עַל הֶעָקֵב דא"כ נִמְצָא מְהַלֵּךְ לְצַד שְׂמֹאלוֹ שֶׁהֲרֵי פָּנָיו לַמִּזְבֵּחַ וְאֵינוֹ מַחֲזִיר לוֹ אֲחוֹרָיו וְרַחֲמָנָא אָמַר כָּל פִּינּוֹת שֶׁאַתָּה פּוֹנֶה לֹא יְהוּ אֶלָּא דֶּרֶךְ יָמִין דְּנָפְקָא לָן מִדְּתָנֵי רָמִי בַּר יְחֶזְקֵאל עוֹמֵד עַל שְׁנֵים עָשָׂר בָּקָר וְכוּ' בְּמַסֶּכֶת זְבָחִים (דַּף סב:):
On fait le tour et l'on descend par la gauche — quand il vient à descendre, il ne revient pas sur ses talons, mais contourne l'autel jusqu'à atteindre la rampe, et il descend du côté ouest de la rampe, qui se trouvait à sa gauche lors de sa montée. Et la raison pour laquelle on ne revient pas sur ses talons : car alors il se trouverait marcher vers sa gauche, puisque sa face est tournée vers l'autel et qu'il ne lui tourne pas le dos ; or le Miséricordieux a dit : tous les virages que tu prends ne doivent se faire que par la droite — ce que nous déduisons de ce qu'a enseigné Rami bar Ye'hezkel : « [la mer d'airain] posée sur douze bœufs », etc., au traité Zevahim (62b).
חוּץ מִן הָעוֹלָה לֹג' דְּבָרִים הַנַּעֲשִׂין בְּקֶרֶן מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית שֶׁפּוֹנִים דֶּרֶךְ שְׂמֹאל כְּשֶׁהֵן בְּרֹאשׁ הַמִּזְבֵּחַ פּוֹנִין לְקֶרֶן מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית שֶׁהִיא לִשְׂמֹאלוֹ וְאֵין פּוֹנִין לְיָמִין שֶׁיְּהוּ פּוֹנִין סָבִיב עַד שֶׁיַּגִּיעוּ לְקֶרֶן מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית וּבִשְׁחִיטַת קָדָשִׁים (דַּף סד.) מְפָרֵשׁ טַעְמָא נְסָכִים שֶׁמָּא יִתְעַשְּׁנוּ בַּעֲשַׁן הַמַּעֲרָכָה כְּשֶׁיַּקִּיפוּהוּ סָבִיב שֶׁיּוֹתֵר מִמַּהֲלַךְ מֵאָה אַמָּה יֵשׁ בְּהֶיקֵּף הַמִּזְבֵּחַ וְעוֹלַת הָעוֹף שֶׁמָּא תָּמוּת בֶּעָשָׁן:
Hormis celui qui monte pour ces trois choses — qui se font au coin sud-ouest, et pour lesquelles on tourne par la gauche : arrivés au sommet de l'autel, ils se tournent vers le coin sud-ouest, qui est à leur gauche, et ils ne tournent pas par la droite en contournant [l'autel] jusqu'à atteindre le coin sud-ouest. Et dans [le traité] Chehitat Kodachim (Zevahim 64a) on explique la raison : les nessakhim (libations), de peur qu'elles ne s'enfument dans la fumée du bûcher si on leur faisait faire le tour, car le pourtour de l'autel représente plus de cent coudées de marche ; et l'ola d'oiseau, de peur qu'elle ne meure par la fumée.
וְחוֹזְרִין עַל הֶעָקֵב גָּרְסִינַן וְלָא גָּרְסִינַן וּמַקִּיפִין עַל הֶעָקֵב בַּדֶּרֶךְ שֶׁעָלוּ בּוֹ וְאֵין מַקִּיפִין דְּכָל כַּמָּה דְּמָצֵינַן לִמְעוּטֵי בְּהִילּוּךְ שֶׁל שְׂמֹאל מְמַעֲטִינַן:
« Et ils reviennent sur les talons » : telle est notre version (garsinan), et nous ne lisons pas « et ils font le tour ». [Ils redescendent] par le chemin par lequel ils sont montés et ne contournent pas ; car autant qu'il nous est possible de réduire la marche vers la gauche, nous la réduisons.
כְּשֶׁרָבְתָה בַּמִּזְרָח מְקוֹם עוֹלַת הָעוֹף עַל קֶרֶן דְּרוֹמִית מִזְרָחִית הִיא מִפְּנֵי שֶׁקְּרוֹבָה לְבֵית הַדֶּשֶׁן שֶׁשָּׁם זוֹרְקִין מֻורְאָה וְנוֹצָה כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא א׳:ט״ז) וְהִשְׁלִיךְ אֹותָהּ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ וְגוֹ' וּבֵית הַדֶּשֶׁן הָיָה אֵצֶל הַכֶּבֶשׂ בְּמִזְרָחָהּ סָמוּךְ לָהּ בִּשְׁלֹשָׁה טְפָחִים וְרָחוֹק מִן הַמִּזְבֵּחַ כ' אַמָּה כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת תָּמִיד (פ"א מ"ד) גַּבֵּי תּוֹרֵם אֶת הַדֶּשֶׁן וּכְשֶׁעוֹלַת הָעוֹף רַבָּה בַּמִּזְרָח שֶׁיֵּשׁ שָׁם כֹּהֲנִים רַבִּים מוֹלְקִין עוֹלַת הָעוֹף בָּאִין וְעוֹשִׂין אוֹתָהּ בְּמַעֲרָבִית דְּרוֹמִית אוֹתָם שֶׁאֵין יְכוֹלִין לַעֲמֹוד שָׁם:
Lorsqu'elle était trop nombreuse à l'est — la place de l'ola d'oiseau est au coin sud-est, parce qu'il est proche du beit ha-déchen (l'emplacement des cendres), où l'on jette le jabot et le plumage, comme il est écrit « et il la jettera près de l'autel… » (Vayikra 1, 16). Et le beit ha-déchen se trouvait près de la rampe, à son est, à trois tefahim d'elle, et à vingt coudées de l'autel, comme nous l'avons appris au traité Tamid (1, 4) a propos de celui qui prélève les cendres. Et lorsque l'ola d'oiseau devenait nombreuse à l'est — c'est-à-dire qu'il y avait là de nombreux cohanim procédant à la melika (pincement de la nuque) de l'ola d'oiseau — ceux qui ne pouvaient tenir à cet endroit venaient l'accomplir au [coin] sud-ouest.
🗂️ Tossefot (2)
וְחוֹזְרִין עַל הֶעָקֵב. לֹא כְּמוֹ שֶׁפֵּי' בַּקְּוַנְט' מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יַרְבֶּה בְּהִילּוּךְ בְּחִנָּם דא"כ כְּשֶׁהִיא בְּקֶרֶן דְּרוֹמִית מִזְרָחִית נָמֵי אֶלָּא הַיְינוּ טַעְמָא דְּהָכָא דַּחֲזָרָתָן עַל הֶעָקֵב הָוֵי דֶּרֶךְ יָמִין:
« Et ils reviennent sur les talons. » Non pas comme l'a expliqué le Kountras, [à savoir] pour ne pas multiplier inutilement la marche ; car s'il en était ainsi, il en irait de même lorsque [le service] se fait au coin sud-est. Mais la raison est plutôt qu'ici, leur retour sur les talons constitue [précisément] un virage par la droite.
וְעוֹלַת הָעוֹף כְּשֶׁרָבְתָה בַּמִּזְרָח. בָּרַיְיתָא זוֹ כֻּולָּהּ מִשְׁנָה שְׁלֵימָה הִיא בְּמַסֶּכֶת זְבָחִים פֶּרֶק קָדְשֵׁי קָדָשִׁים (זְבָחִים דַּף סג.) וְהָתָם דִּייֵּק מִדְּקָא אָמַר כְּשֶׁרָבְתָה בַּמִּזְרָח מִכְּלָל דִּמְקוֹמָהּ בַּמִּזְרָח וְעַל חִנָּם נְקַט טַעְמָא מִן הַדִּיּוּק דִּבְהֶדְיָא תְּנַן הָתָם (דַּף סד:) עוֹלַת הָעוֹף כֵּיצַד הָיְתָה נַעֲשֵׂית עָלָה לַכֶּבֶשׁ וּפָנָה לַסּוֹבֵב בָּא לוֹ לְקֶרֶן דְּרוֹמִית מִזְרָחִית):
« Et l'ola d'oiseau lorsqu'elle était nombreuse à l'est. » Cette baraita est tout entière une michna complète au traité Zevahim, chapitre Kodchei Kodachim (63a). Et là-bas on infère : du fait qu'il dit « lorsqu'elle était nombreuse à l'est », il ressort que sa place [normale] est à l'est. Or c'est en vain qu'on tire l'argument d'une inférence, car il y est enseigné explicitement (64b) : « l'ola d'oiseau, comment se faisait-elle ? Il montait sur la rampe, tournait vers le sovev (corniche), et venait au coin sud-est. »
💡 Explication

Principe général du service : kol pinot che-ata poné lo yihyou ela derekh yamin — tout virage se prend par la droite. Comme le kevech (la rampe) est au sud, celui qui monte à la face au nord : sa droite est donc l'est, et il gagne le coin sud-est, puis contourne tout l'autel avant de redescendre.

Trois services échappent à la règle parce qu'ils s'accomplissent au coin sud-ouest, immédiatement à gauche de celui qui monte. Faire le tour coûterait plus de cent coudées de marche : Rachi rapporte de Zevahim 64a que les libations s'enfumeraient au passage du bûcher, et que l'oiseau risquerait de mourir asphyxié avant la melika.

Rachi et Tossefot divergent sur la justification du demi-tour. Pour Rachi, on limite au maximum la marche vers la gauche. Pour Tossefot, l'argument ne tient pas — il vaudrait aussi pour le coin sud-est — et il faut dire que le retour sur les talons constitue lui-même, géométriquement, un virage par la droite.

🖼️ Schéma
Circulation sur l'autel : la règle de droite et ses trois exceptions Vue de dessus. Le nord est en haut ; le kevech (rampe) est au sud, donc en bas. NORD MIZBÉAH sommet de l'autel OUEST EST sud-est sud-ouest KEVECH SUD -- montée Règle générale (trait bleu) Arrivé en haut, on tourne à DROITE (coin sud-est), on contourne tout l'autel et on redescend à GAUCHE de la rampe. Jamais de virage à gauche : kol pinot derekh yamin. Exception (trait orange) On tourne à GAUCHE vers le coin sud-ouest, puis on revient sur ses talons (hozerin al hé-akev) par le chemin de la montée -- ce demi-tour est lui-même un virage à droite (Tos.). Les trois exceptions 1. Nissoukh ha-mayim (eau) 2. Nissoukh ha-yayin (vin) 3. Ola d'oiseau quand elle est trop nombreuse à l'est Toutes se font au coin sud-ouest. Pourquoi les dispenser ? Le tour de l'autel fait plus de cent coudées de marche. Les libations s'enfumeraient dans la fumée du bûcher, et l'oiseau pourrait mourir asphyxié (Rachi, Zevahim 64a).
La règle de droite, le contournement, et les trois services dispensés.
8
אֶלָּא, שֶׁהָיוּ מַשְׁחִירִין. בִּשְׁלָמָא דְּיַיִן מַשְׁחִיר, דְּמַיָּא אַמַּאי מַשְׁחִיר? כֵּיוָן דְּאָמַר מַר: עֵירָה שֶׁל מַיִם לְתוֹךְ שֶׁל יַיִן, וְשֶׁל יַיִן לְתוֹךְ שֶׁל מַיִם יָצָא — שֶׁל מַיִם אָתֵי לְאַשְׁחוֹרֵי.

« Sauf qu'ils noircissaient. » Soit, celui du vin noircit ; mais celui de l'eau, pourquoi noircirait-il ? Puisque le Maître a dit : s'il a versé celui de l'eau dans celui du vin, ou celui du vin dans celui de l'eau, il s'est acquitté — celui de l'eau aussi en vient à noircir.

📜 Rachi (1)
אָתֵי לְאַשְׁחוֹרֵי לְפִי שֶׁפְּעָמִים שֶׁמַּחְלִיפִין:
En vient à noircir — parce que parfois on les intervertit.
💡 Explication

Retour à un détail de la michna : Rabbi Yehouda soutenait que les bassins étaient de chayich (pierre calcaire) et non d'argent, mais qu'ils noircissaient à l'usage.

L'objection est de pure observation : le vin tache, mais l'eau ne tache pas. Pourquoi les deux bassins présentaient-ils la même altération ? La réponse recycle la clause de la michna sur l'interversion : puisque verser l'un dans l'autre reste valide, cela arrivait en pratique — et Rachi précise che-pe'amim che-mahlifin, on les intervertissait parfois. Le bassin de l'eau recevait donc du vin à l'occasion, et finissait par noircir lui aussi.

9
וּמְנֻוקָּבִים כְּמִין שְׁנֵי חֳוטָמִין וְכוּ׳. לֵימָא מַתְנִיתִין רַבִּי יְהוּדָה הִיא וְלָא רַבָּנַן, דִּתְנַן: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בַּלֹּוג הָיָה מְנַסֵּךְ כָּל שְׁמוֹנָה. דְּאִי רַבָּנָן, — כִּי הֲדָדֵי נִינְהוּ!

« Et percés comme deux narines », etc. Dirons-nous que notre michna est [selon] Rabbi Yehouda et non [selon] les Rabbanan ?

Car nous avons appris [dans la michna] : Rabbi Yehouda dit : c'est avec [un récipient d']un log qu'il faisait la libation, tous les huit [jours]. Car si [c'était selon] les Rabbanan — ils sont pourtant égaux l'un à l'autre !

📜 Rachi (1)
לֵימָא מַתְנִיתִין דְּבָעֵי אֶחָד מְעֻובֶּה וְאֶחָד דַּק רַבִּי יְהוּדָה הִיא דְּאָמַר שֶׁל מַיִם לֹוג וְשֶׁל יַיִן רְבִיעִית הַהִין כְּתִיב בְּנִסְכֵּי תָּמִיד הַיְינוּ ג' לֻוגִּין שֶׁהַהִין שְׁנֵים עָשָׂר לֹוג:
Dirons-nous que notre michna — qui exige « l'un épais et l'un fin » — est [selon] Rabbi Yehouda, qui dit que [le récipient] de l'eau [contient] un log et celui du vin un « quart de hin », comme il est écrit à propos des libations du tamid, c'est-à-dire trois loguim, puisque le hin fait douze loguim.
💡 Explication

La Guemara veut identifier l'auteur de la michna. Son raisonnement : la différence de calibre des trous ne se comprend que si les volumes diffèrent.

Or seul Rabbi Yehouda pose des volumes inégaux — un log d'eau contre trois loguim de vin. Rachi explique d'où viennent ces trois loguim : la Tora prescrit pour les libations du tamid revi'it ha-hin, un quart de hin ; et le hin valant douze loguim, un quart en fait trois.

Pour les Rabbanan en revanche, les deux récipients contiennent trois loguim : ki hadadei ninhou, ils sont identiques. À volume égal et hauteur égale, pourquoi des orifices différents ? La michna semble donc devoir être attribuée à Rabbi Yehouda — ce que la Guemara va refuser.

10
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן: חַמְרָא סְמִיךְ, מַיָּא קְלִישׁ.

Tu peux même dire [que c'est selon] les Rabbanan : le vin est épais [visqueux], l'eau est fluide.

📜 Rachi (2)
סְמִיךְ עב:
Samikh — épais.
וּמַיָּא קְלִישֵׁי וְיוֹצְאִין בְּנֶקֶב קָטָן:
Et l'eau est fluide — et elle sort [déjà] par un petit trou.
💡 Explication

Réponse en quatre mots : hamra samikh, maya kalich. Le débit ne dépend pas seulement du volume mais de la viscosité. À orifice égal, le vin s'écoulerait plus lentement que l'eau ; il faut donc lui donner un trou plus large pour que les deux libations s'achèvent ensemble.

Rachi souligne le corollaire : l'eau, étant fluide, sort déjà assez vite par un petit trou. La michna reste donc parfaitement intelligible selon les Rabbanan, même avec deux récipients de trois loguim.

11
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דְּאִי רַבִּי יְהוּדָה — ״רָחָב״ וּ״קָצָר״ אִית לֵיהּ. דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שְׁנֵי קַשְׂווָאוֹת הָיוּ שָׁם, אֶחָד שֶׁל מַיִם וְאֶחָד שֶׁל יַיִן. שֶׁל יַיִן — פִּיהָ רָחָב, שֶׁל מַיִם — פִּיהָ קָצָר, כְּדֵי שֶׁיְּהוּ שְׁנֵיהֶם כָּלִין בְּבַת אַחַת, שְׁמַע מִינָּה.

Il est en effet logique [de dire ainsi] : car si [la michna était de] Rabbi Yehouda — c'est « large » et « étroit » qu'il tient. Car il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit : il y avait là deux kichvaot (petites cruches), l'une pour l'eau et l'autre pour le vin.

Celle du vin — son ouverture était large ; celle de l'eau — son ouverture était étroite, afin que toutes deux s'achèvent en même temps. Apprends-en [donc la preuve].

📜 Rachi (2)
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא דְּמַתְנִי' רַבָּנָן הִיא:
Il est en effet logique — que notre michna soit [celle des] Rabbanan.
דְּאִילּוּ ר' יְהוּדָה רָחָב וְקָצָר אִית לֵיהּ כְּלוֹמַר שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּבִלְשׁוֹן אֶחָד רָחָב וְאֶחָד קָצָר קָאָמַר לֵיהּ וְלֹא בְּלָשׁוֹן מְעֻובֶּה וְדַק רָחָב מַשְׁמַע יָתֵר עַל קָצָר טְפֵי מִיִּיתּוּרָא דִּמְעֻובָּה עַל מֵידָק:
Car si c'était Rabbi Yehouda, c'est « large » et « étroit » qu'il tient — c'est-à-dire que nous savons de lui qu'il s'exprime dans les termes « l'un large et l'un étroit », et non dans les termes « épais » et « fin ». [Car] « large » implique un écart plus grand par rapport à « étroit » que ne l'implique le surplus de « épais » sur « fin ».
💡 Explication

Hakhi nami mistabra — la Guemara confirme sa réponse par un argument de lexique. Une baraita rapporte l'avis de Rabbi Yehouda avec un autre couple de termes : rahav / katsar (large / étroit), la où notre michna dit méoubeh / dak (épais / fin).

Rachi explicite le principe : l'écart entre « large » et « étroit » est plus marqué que celui entre « épais » et « fin ». Chaque couple mesure donc un écart de calibre différent — un écart fort chez Rabbi Yehouda, qui doit compenser un rapport de volumes de 1 à 3 ; un écart faible dans la michna, qui n'a qu'à compenser la viscosité.

D'où le chema mina final : le vocabulaire de la michna trahit son auteur, elle n'est pas de Rabbi Yehouda mais des Rabbanan.

🖼️ Schéma
De qui est notre michna ? Rabbanan ou Rabbi Yehouda Enjeu : pourquoi deux trous de tailles différentes si les deux bassins ont le même volume ? RABBANAN (tana kama) Eau : 3 loguim -- Vin : 3 loguim (revi'it ha-hin) Volumes ÉGAUX des deux côtés. Objection : pourquoi des trous inégaux ? Réponse : hamra samikh, maya kalich -- le vin est épais, l'eau est fluide. À volume égal, le vin coule plus lentement. Écart de débit MODESTE : il suffit d'un trou un peu plus épais -- méoubeh / dak. C'est notre michna RABBI YEHOUDA Eau : 1 log -- Vin : 3 loguim Volumes INÉGAUX : rapport de 1 à 3. Il faut un écart de débit BEAUCOUP plus grand pour finir ensemble. Sa baraita dit donc : deux kichvaot, celle du vin a l'ouverture LARGE (rahav), celle de l'eau ÉTROITE (katsar). Vocabulaire différent de notre michna. Ce n'est donc pas lui Argument décisif : le lexique trahit l'auteur rahav / katsar marque un écart plus fort que méoubeh / dak (Rachi). La michna emploie le couple faible : elle vise donc un écart faible, celui de la viscosité seule -- donc les Rabbanan. Conclusion de la Guemara : chema mina -- apprends-en que la michna n'est pas R. Yehouda.
Deux couples lexicaux, deux écarts de calibre, deux auteurs possibles.
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מַעֲרָבוֹ שֶׁל מַיִם. תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּצַדּוּקִי אֶחָד שֶׁנִּיסֵּךְ עַל גַּבֵּי רַגְלָיו, וּרְגָמוּהוּ כָּל הָעָם בְּאֶתְרוֹגֵיהֶן. וְאוֹתוֹ הַיּוֹם נִפְגְּמָה קֶרֶן הַמִּזְבֵּחַ, וְהֵבִיאוּ בּוּל שֶׁל מֶלַח וּסְתָמוּהוּ. לֹא מִפְּנֵי שֶׁהֻוכְשַׁר לַעֲבוֹדָה, אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁלֹּא יֵרָאֶה מִזְבֵּחַ פָּגוּם.

« Celui de l'ouest, pour l'eau. » Nos maîtres ont enseigné : il arriva qu'un certain Tsédouki versa [l'eau] sur ses pieds, et tout le peuple le lapida avec leurs etroguim. Et ce jour-là, la corne de l'autel fut endommagée ; on apporta une motte de sel et on la boucha — non parce qu'elle rendait [l'autel] apte au service, mais afin que l'autel ne soit pas vu endommagé.

📜 Rachi (4)
נִפְגְּמָה קֶרֶן הַמִּזְבֵּחַ ע"י אֲבָנִים שֶׁזָּרְקוּ בּוֹ:
La corne de l'autel fut endommagée — par les pierres qu'on y jeta.
בּוּל שֶׁל מֶלַח מְלֹא אֶגְרוֹף:
Une motte (boul) de sel — plein le poing.
לֹא מִפְּנֵי שֶׁיְּהֵא הַמִּזְבֵּחַ כָּשֵׁר לָעֲבוֹדָה בִּסְתִימָה זוֹ:
Non parce que — l'autel serait rendu apte au service par ce colmatage.
אֶלָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵרָאֶה פָּגוּם מִפְּנֵי הַכָּבוֹד:
Mais afin qu'il ne soit pas vu endommagé — par égard pour l'honneur [de l'autel].
💡 Explication

La baraita développe l'incident évoqué en une ligne au segment 1. Un cohen tsedouki — d'un courant qui refusait la tradition orale — sabote publiquement le nissoukh en versant l'eau à ses pieds. La foule, qui tient encore ses etroguim en main, le lapide avec.

Conséquence matérielle : la keren (corne) de l'autel est ébréchée — par les pierres jetées, précise Rachi. Or un mizbeah pagoum est invalide pour le service. On la bouche avec un boul de melah, une motte de sel de la taille d'un poing.

La baraita prend soin de couper court à l'erreur : ce colmatage ne rend rien kacher. Il ne répond qu'à une exigence de kavod, la dignité due à l'autel, qui ne doit pas être vu dans son état abîmé. La distinction entre aptitude au service et décence de l'apparence est ici parfaitement explicite.

🖼️ Schéma
L'incident du Tsedouki : de la provocation à la réparation au sel 1. Le geste Un cohen tsedouki verse l'eau sur ses pieds : il nie la tora che-be-al pe qui fonde le nissoukh. 2. La réaction Tout le peuple le lapide avec ses etroguim -- le seul projectile que chacun avait en main. 3. Le dégât La keren (corne) de l'autel est ébréchée -- par les pierres jetées, précise Rachi. 4. Le sel Un boul (motte) de sel, plein le poing, bouche la brèche. Ce que le sel ne fait PAS Il ne rend pas l'autel kacher pour la avoda. Un mizbeah pagoum (ébréché) reste passoul : seule une réparation en pierre le rendrait apte. Ce que le sel fait Il masque la brèche : mipnei ha-kavod (Rachi) -- par égard pour l'honneur de l'autel, on ne le laisse pas voir dans son état abîmé. Nafka mina : distinction entre APTITUDE au service et DIGNITÉ de l'apparence La baraita tient à le dire explicitement, pour qu'on n'infère pas de précédent halakhique du geste.
Les quatre temps de l'incident et la portée exacte de la réparation au sel.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).