Sukkah 49a — L'autel invalide et les chitin, conduits créés avant le monde

Sukkah 49a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la baraita du sadducéen (48b) : puisque la corne de l'autel avait été ébréchée, l'autel devenait passoul, car tout mizbeah privé de kevech (rampe), de keren (corne), de yessod (base) ou de ribboua (forme carrée) est invalide pour le service ; R. Yossi bar Yehouda y ajoute le sovev (la corniche).

La Guemara passe alors sous l'autel : Rabba bar bar Hana au nom de R. Yo'hanan enseigne que les chitin — les conduits qui reçoivent les libations — ont été créés dès les six jours de la Création, ce qu'il tire du Cantique des cantiques (7,2), l'école de R.

Yichmael lisant même le premier mot de la Tora comme bara shit. Une baraita de R.

Yossi confirme par le chant de la vigne (Isaie 5) que le yekev creusé par le Vigneron divin, ce sont les chitin. Le daf s'achève sur une position opposée, celle de R.

Elazar bar Tsadok : un simple loul à fond de marbre entre la rampe et l'autel, que de jeunes cohanim venaient vider tous les soixante-dix ans du vin figé, pour le brûler en sainteté.

Le fil du folio : de la corne ébréchée aux chitin qui plongent vers l'abîme Quatre blocs : ce qui rend un autel invalide, puis ce qu'il y a dessous. Bloc A (seg. 0) -- fin de la baraita commencée en 48b Un Tsedouki (sadducéen) a versé l'eau sur ses pieds ; lapidé d'etroguim, la corne de l'autel fut ébréchée. On l'a colmatée au sel -- non pour la rendre valide, mais pour qu'on ne voie pas un autel ébréché. Pourquoi pas valide ? Tout autel privé de kevech, keren, yessod ou ribboua est passoul (invalide). R. Yossi bar Yehouda ajoute le sovev (corniche). Rachi : chaque élément est appuyé sur un verset disant ha-mizbeah. Bloc B (seg. 1) -- les chitin sont antérieurs au monde Rabba bar bar Hana au nom de R. Yo'hanan : les chitin (conduits sous l'autel) ont été créés aux six jours de la Création. Preuve par Cantique 7,2 : hamoukei yerekhayikh = les chitin ; kemo halaim = ils sont creusés (mehollalin) et descendent jusqu'au tehom (l'abîme) ; maase yedei oman = l'ouvrage de l'art du Saint béni soit-Il -- non celui d'un homme. École de R. Yichmael : ne lis pas bereshit mais bara shit -- Il a créé le chit dès l'ouverture de la Tora. Bloc C (seg. 2) -- la baraita de R. Yossi : le pressoir de la vigne Même thèse, autre verset : le chant de la vigne (Isaie 5,1-2). R. Yossi lit le parcours entier comme une carte du Temple : sorek = le Beit ha-Mikdach, migdal = l'autel, yekev = les chitin. Le vigneron du machal étant Dieu, le yekev est creusé par Lui : les chitin sont dans la Création. Tossefot : la Tossefta lit autrement (migdal = heikhal, yekev = mizbeah) ; les chitin viennent alors du mot gam. Bloc D (seg. 3) -- la baraita de R. Elazar bar Tsadok : le loul Un petit orifice (loul) entre le kevech et l'autel, côté ouest de la rampe. Tous les soixante-dix ans, de jeunes cohanim y descendaient chercher le vin figé en galettes, et le brûlaient en sainteté. Rachi : ce Tana ne tient donc pas que les chitin descendent au tehom -- sinon rien ne s'y accumulerait.
Le fil du folio : quatre blocs, de la corne ébréchée au loul vidé tous les soixante-dix ans.
Anatomie du mizbeah : les cinq pièces dont l'absence invalide Coupe schématique (vue depuis l'ouest). Proportions indicatives, non à l'échelle. niveau du sol de la azara kevech (rampe) 32 amot de long, 16 de large aviir loul chitin mehollalin ve-yordin ad ha-tehom (selon R. Yo'hanan et R. Yossi) 1. keren -- corne 1 ama x 1 ama x 1 ama de haut 2. ribboua -- le carré rabboua yihye ha-mizbeah (Ex 27,1) 3. sovev -- corniche indispensable pour R. Yossi b. Yehouda seulement (karkov = sovev) 4. yessod -- base le retrait d'une ama, en bas 5. kevech -- rampe el penei ha-mizbeah (Lev 6,7) : la rampe est la face de l'autel, son accès. Règle de Rav Houna (Zevahim 62a) : partout où le verset dit ha-mizbeah, l'élément visé est le-akev -- son absence invalide le service.
Anatomie du mizbeah : kevech, keren, yessod, ribboua, sovev — et les chitin qui plongent sous lui.
Les chitin : création divine ou creusement humain ? Une même question -- que devient le vin des libations ? -- et trois positions. A. Depuis les six jours de la Création R. Yo'hanan (Rabba bar bar Hana) École de R. Yichmael R. Yossi (baraita) Versets Cant 7,2 : maase yedei oman Gen 1,1 : bereshit = bara shit Isaie 5,2 : ve-gam yekev hatsev bo Conséquence Le conduit descend jusqu'au tehom : le vin s'y perd sans jamais remplir la cavité. Rachi : c'est pourquoi il faut retirer de ce texte la phrase ve-alav kara David -- elle contredirait cette position. B. Creusés par David œuvre humaine L'autre Tana (Tossefot) R. Yo'hanan de Soukka 53a Appui La lecture Isaie 5,2 qui donne l'autel, avec la suite du texte ve-alav kara David. Difficulté relevée par Tossefot R. Yo'hanan contre R. Yo'hanan : ici il les dit créés, en 53a il raconte que David les creusa et que le tehom monta. Réponse : deux Amoraim rapportent au nom de R. Yo'hanan. C. Une cavité fermée R. Elazar bar Tsadok Baraita, segment 3 Description Un loul entre kevech et autel, à l'ouest de la rampe ; fond de marbre, quatre parois. Nafka mina (conséquence) Le vin ne s'absorbe pas : il s'accumule, moisit et se fige. Tous les 70 ans il faut vider le loul, sinon il déborde. Rachi le dit explicitement : ce Tana n'admet pas que les chitin descendent au tehom.
Trois positions sur les chitin : création divine, creusement par David, ou simple cavité fermée.
1
שֶׁכָּל מִזְבֵּחַ שֶׁאֵין לוֹ לֹא כֶּבֶשׁ וְלֹא קֶרֶן וְלֹא יְסוֹד וְלֹא רִיבּוּעַ — פָּסוּל לַעֲבוֹדָה. רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף הַסּוֹבֵב.

…car tout autel qui n'a ni kevech (rampe), ni keren (corne), ni yessod (base), ni ribboua (forme carrée) — est passoul (invalide) pour le service. Rabbi Yossi bar Yehouda dit : le sovev (la corniche) aussi.

📜 Rachi (2)
שֶׁכָּל מִזְבֵּחַ כוּ' לְהָכִי אֵין כָּשֵׁר לָעֲבוֹדָה שֶׁכָּל הַמִּזְבֵּחַ שֶׁאֵין לוֹ קֶרֶן וְכֶבֶשׁ וִיסוֹד וְרִיבּוּעַ פָּסוּל לַעֲבוֹדָה הָכִי גָּרְסִינַן קֶרֶן אֶבֶן אַמָּה עַל אַמָּה בְּרוּם אַמָּה לְכָל קֶרֶן וִיסוֹד דְּהַיְינוּ אַמָּה כְּנִיסָה רִאשׁוֹנָה וְרִיבּוּעַ שֶׁאֵינוֹ מְרֻובָּע אִם חָסֵר אֶחָד מִכָּל אֵלּוּ פָּסוּל וְטַעֲמָא אָמַר רַב הוּנָא בִּשְׁחִיטַת קָדָשִׁים (זְבָחִים סב.) כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר הַמִּזְבֵּחַ לְעַכֵּב דְּהָכִי מַשְׁמַע הַמִּזְבֵּחַ זֶהוּ הַמִּזְבֵּחַ הֶעָשׂוּי כֵּן וְהָנָךְ בְּכוּלְּהוּ כְּתִיב הַמִּזְבֵּחַ עַל קַרְנֹות הַמִּזְבֵּחַ בְּאֶצְבָּעֶךָ בַּמִּלּוּאִים (שְׁמוֹת כ״ט:י״ב) וּבְכֶבֶשׁ כְּתִיב אֶל פְּנֵי הַמִּזְבֵּחַ (וַיִּקְרָא ו׳:ז׳) וְהַכֶּבֶשׁ הוּא פָּנָיו שֶׁל מִזְבֵּחַ שֶׁהוּא פִּתְחוֹ וַעֲלִייָּתוֹ וּבִיסוֹד כְּתִיב אֶל יְסוֹד הַמִּזְבֵּחַ (שָׁם ח) וּבְרִיבּוּעַ כְּתִיב רָבוּעַ יִהְיֶה הַמִּזְבֵּחַ (שְׁמוֹת כ״ז:א׳):
Car tout autel etc. — c'est pour cela qu'il n'est pas valide pour le service : car tout autel qui n'a ni corne, ni rampe, ni base, ni forme carrée est passoul pour le service. Telle est notre version. La corne : une pierre d'une ama sur une ama, d'une ama de haut, pour chaque corne. Le yessod : c'est-à-dire l'ama du premier retrait. Et le ribboua : [un autel] qui n'est pas carré. Si l'un de ces éléments manque, il est passoul. Et la raison, Rav Houna l'a donnée au traité Chehitat kodachim (Zevahim 62a) : partout où il est dit ha-mizbeah (l'autel), c'est pour rendre l'élément indispensable — car voici ce que cela signifie : l'autel, c'est-à-dire l'autel fait de cette manière. Et pour tous ces éléments il est écrit ha-mizbeah : pour les cornes il est écrit 'sur les cornes de l'autel, avec ton doigt', dans [la section des] milouim (Exode 29,12) ; pour le kevech il est écrit 'devant la face de l'autel' (Lévitique 6,7) — et le kevech est la face de l'autel, car il en est l'entrée et la montée ; pour le yessod il est écrit 'à la base de l'autel' (ibid. 8) ; et pour le ribboua il est écrit 'l'autel sera carré' (Exode 27,1).
רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר אַף הַסּוֹבֵב מְעַכְּבוֹ דְּקָסָבַר כַּרְכּוֹב הַמִּזְבֵּחַ זֶהוּ הַסּוֹבֵב וַהֲרֵי נֶאֱמַר בּוֹ הַמִּזְבֵּחַ וְרַבָּנָן סְבִירָא לְהוּ זֶהוּ הַכִּיּוֹר וְהָכִי אָמְרִינַן בִּזְבָחִים בְּפֶרֶק קָדְשֵׁי קָדָשִׁים (שָׁם):
Rabbi Yossi bar Yehouda dit : le sovev aussi — il est lui aussi indispensable, car il tient que le karkov ha-mizbeah, c'est le sovev, et il y est bien dit 'ha-mizbeah'. Et les Sages tiennent que [le karkov] désigne le kiyour (la moulure), et c'est ainsi que nous le disons au traité Zevahim, chapitre Kodchei kodachim (ibid.).
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁכָּל מִזְבֵּחַ שֶׁאֵין לוֹ קֶרֶן. וְזֶה שֶׁקַּרְנוֹ נִפְגְּמָה הֲוָה לֵיהּ קֶרֶן כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ וּלְכָךְ נִפְסַל לַעֲבוֹדָה דְּאֵין לוֹ קֶרֶן דִּפְגִימָה פּוֹסֶלֶת בְּאַבְנֵי מִזְבֵּחַ כְּדֵי שֶׁתַּחְגֹּור בָּהּ צִפֹּורֶן כִּדְאָמַר פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף יח. וְשָׁם) וְטַעֲמָא פֵּירֵשׁ שָׁם בַּקְּוַנְט' מִשּׁוּם דִּכְתִיב אֲבָנִים שְׁלֵמוֹת תִּבָּנֶה [וּבְסִידָא] פְּלִיגִי בָּהּ תַּנָּאֵי הָתָם ר"ש בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר טֶפַח ר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר כְּזַיִת וי"ל דְּהַטַּעַם מִשּׁוּם דְּלָא חֲשִׁיב רִיבּוּעַ לְמַר בְּהַאי שִׁיעוּרָא וּלְמַר בְּהַאי שִׁיעוּרָא וְרִיבּוּעַ מְעַכֵּב כִּדְקָתָנֵי הָכָא וּמִיהוּ בַּמִּזְבֵּחַ נִיחָא דִּכְתִיב רָבוּעַ יִהְיֶה הַמִּזְבֵּחַ אֲבָל קֶרֶן מִנָּלַן דְּסִיד הָיָה בַּקֶּרֶן דאע"פ שֶׁפֵּירֵשׁ כָּאן בַּקְּוַנְט' קֶרֶן אֶבֶן מְרֻובָּע אַמָּה עַל אַמָּה בְּרוּם אַמָּה לֹא יִתָּכֵן דע"י מַלְבֵּן נַעֲשֶׂה כְּדַאי' בְּפֶ' אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים נד.) וְשֶׁמָּא רִבּוּעַ דְּקֶרֶן יָלְפִינַן מִמִּזְבֵּחַ וא"ת וְאַבְנֵי מִזְבֵּחַ מַאי אִירְיָא מִשּׁוּם דְּנִפְגְּמָה תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דְּחָסְרָה הָאֶבֶן וַאֲפִילּוּ לֹא נִפְגְּמָה לָא קָרֵינַן בְּהוּ שְׁלֵמוּת כִּדְמוֹכַח פ' אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (שָׁם) גַּבֵּי מִזְרָחִית דְּרוֹמִית שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ יְסוֹד דְּפָרִיךְ הֵיכִי עָבְדִי לָהּ אִי דְּגָיֵיז לֵהּ אֲבָנִים שְׁלֵמוֹת אָמַר רַחֲמָנָא וי"ל דְּהָכִי קָאָמַר לֵיהּ הָתָם אִי גָּייֵז לְשַׁבֵּר הָאֶבֶן אִי אֶפְשָׁר [לְשַׁבֵּר] בְּלֹא פְּגִימָה וְאֵין כָּאן שְׁלֵמוֹת וְאִם בָּא לְפָחוֹת וּלְהַחֲלִיק בְּסַכִּין בְּלֹא פְּגִימָה אִיכָּא אִיסּוּרָא דְּלָא תָּנִיף עֲלֵיהֶן בַּרְזֶל וְכֵן מַשְׁמַע בְּמַסֶּכֶת ע"ז פ' ר' יִשְׁמָעֵאל (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף נב:) גַּבֵּי אַבְנֵי מִזְבֵּחַ. שֶׁקִּצְּצוּם וּגְנָזוּם בֵּית חַשְׁמוֹנַאי דְּקָאָמַר הֵיכִי נַעֲבֵיד נִיתְבְּרִינְהוּ אֲבָנִים שְׁלֵמוֹת אָמַר רַחֲמָנָא נַסְּרִינְהוּ פִּי' לַעֲשׂוֹת בְּלֹא פְּגִימוֹת לֹא תָנִיף עֲלֵיהֶם בַּרְזֶל כְּתִיב וא"ת וְלֶיעְבְּדוּ עַל יְדֵי שָׁמִיר דִּבְבַיִת שֵׁנִי הֲוָה שָׁמִיר כִּדְמוֹכַח בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה בְּפֶ' עֶגְלָה עֲרוּפָה (סוֹטָה דַּף מח.) דְּקָאָמַר מִשֶּׁמֵּתוּ נְבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים בָּטְלוּ אוּרִים וְתֻומִּים מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בָּטַל שָׁמִיר וְהַייְנוּ בַּיִת שֵׁנִי דְּאִי בַּיִת רִאשׁוֹן לִיעָרְבִינְהוּ מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בִּטְּלוּ אוּרִים וְתֻומִּים וְשָׁמִיר דְּמִשֶּׁמֵּתוּ נְבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים הָיָה חֻורְבַּן הַבַּיִת כִּדְתַנְיָא בגמ' מִשֶּׁחָרַב בהמ"ק בָּטְלוּ אוּרִים וְתֻומִּים וְהַייְנוּ בַּיִת רִאשׁוֹן דַּחֲמִשָּׁה דְּבָרִים חֲסַר בַּיִת שֵׁנִי מִבַּיִת רִאשׁוֹן כִּדְאִיתָא בְּיוֹמָא (דַּף כא:) אֶלָּא בָּטַל הַשָּׁמִיר הַיְינוּ לְאַחַר בַּיִת שֵׁנִי וְכֵן הָא דְּקָאָמַר רַשְׁבָּ"ג הָתָם מִשֶּׁחָרַב בהמ"ק נִיטַּל טַעַם הַפֵּירוֹת מִסְּתָמָא לְאַחַר חֻורְבַּן בַּיִת שֵׁנִי קָאָמַר שֶׁחָרַב בְּיָמָיו תֵּדַע דְּאַשְׁכְּחַן בְּבַיִת שֵׁנִי שֶׁהָיוּ פֵּירוֹת מִתְבָּרְכִין בִּימֵי שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח. שֶׁנַּעֲשִׂין חִטִּין כִּכְלָיוֹת שֶׁל שׁוֹר הַגָּדוֹל וְעוֹד יֵשׁ לְהָבִיא רְאָיָה דַּהֲוָה שָׁמִיר בְּבַיִת שֵׁנִי מֵעֻובְדָּא דִּדְמָא בֶּן נְתִינָה דפ"ק דְּקִידּוּשִׁין (דַּף לא.) ודפ"ב דע"ז (דַּף כג: וְשָׁם) שֶׁבִּקְּשׁוּ מִמֶּנּוּ חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל אֲבָנִים לָאֵפוֹד וְאַבְנֵי אֵפוֹד בָּעוּ שָׁמִיר כִּדְקָאָמַר ר' נְחֶמְיָה פ' עֶגְלָה עֲרוּפָה (סוֹטָה מח:) כְּדִכְתִיב בְּמִלּוּאֹותָם וְאַפֵּי' ר' יְהוּדָה דִּפְלִיג עָלֶיהָ וְאָמַר שָׁמִיר שֶׁבּוֹ בָּנָה שְׁלֹמֹה אֶת בהמ"ק מוֹדֶה נָמֵי דְּאַבְּנֵי אֵפוֹד בָּעוּ שָׁמִיר כִּדְמוֹכַח פֶּ' מִי שֶׁאֲחָזוֹ (גִּיטִּין סח. וְשָׁם) גַּבֵּי בִּנְיַן בהמ"ק שֶׁעָשָׂה שְׁלֹמֹה דְּקָאָמְרִינַן הֵיכִי נַעֲבִיד אִיכָּא שָׁמִיר דְּאַיְיתִי מֹשֶׁה לְאַבְנֵי אֵפֹוד וְהַהִיא עַל כָּרְחָךְ רַבִּי יְהוּדָה הִיא דִּלֵּר' נְחֶמְיָה לָא הֲוָה שָׁמִיר לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ וְעֻובְדָּא דִּדְמָא בֶּן נְתִינָה בְּבַיִת שֵׁנִי הֲוָה דְּקָאָמְרִינַן הָתָם לְשָׁנָה נוֹלְדָה לוֹ פָּרָה אֲדֻומָּה בְּעֶדְרוֹ וְשֶׁבַע פֵּרוֹת הָיוּ הָרִאשׁוֹנָה שֶׁעָשָׂה מֹשֶׁה שְׁנִיָּה שֶׁעָשָׂה עֶזְרָא כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת פָּרָה (פ"ג מ"ה) וְכֵיוָן שֶׁהָיָה שָׁמִיר בְּבַיִת שֵׁנִי כִּדְפָרֵישִׁית אַמַּאי גְּנָזוּם בֵּית חַשְׁמוֹנַאי וי"ל שָׁמִיר אֵין עוֹשֶׂה אוֹתָן שְׁלֵמוּת שֶׁלֹּא תַּחְגֹּור בָּהּ צִפֹּורֶן וא"ת א"כ הֵיאַךְ בָּנוּ אֶת הַמִּזְבֵּחַ דְּלָא אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁהָיָה מְתַקֵּן מִבַּחוּץ וּמַכְנִיסוֹ מִבִּפְנִים דַּאֲפִילּוּ כִּי הַאי גַווְנָא בַּמִּזְבֵּחַ אָסוּר כִּדְתַנְיָא בַּמְּכִילְתָּא בְּסוֹף פָּרָשַׁת וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ לֹא תִבְנֶה אֶתְהֶן גָּזִית בּוֹ אֵין אַתָּה בּוֹנֶה גָּזִית אֲבָל אַתָּה בּוֹנֶה גָּזִית בַּהֵיכָל וּבְקוֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים וּמֶה אֲנִי מְקַיֵּים וּמַקָּבוֹת וְהַגַּרְזֶן וְכָל כְּלִי בַרְזֶל לֹא נִשְׁמַע בַּבַּיִת בְּהִבָּנֹותוֹ בַּבַּיִת אֵינוֹ נִשְׁמָע אַלְמָא בַּמִּזְבֵּחַ אֲפִילּוּ בַּחוּץ אֵינוֹ נִשְׁמָע וְכֵן יָסַד רַבֵּינוּ אֵלִיָּהוּ הַזָּקֵן בְּאַזְהָרַת אֱמֶת יֶהְגֶּה חִיכֵּי אַבְנֵי מִזְבֵּחַ תּוֹךְ וּבַר כֵּן נָגֹוזּוּ וְעָבַר וְהָיִינוּ יְכוֹלִין לְחַלֵּק בֵּין קֹודֶם שֶׁהֻוקְדְּשׁוּ אֲבָנִים לַמִּזְבֵּחַ דְּעוֹדָן חֻולִּין לְאַחַר שֶׁהֻוקְדְּשׁוּ אֲבָל אֵין צָרִיךְ דְּמַשְׁמַע בְּפָ' אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים נד. וְשָׁם) שֶׁבָּנוּ אוֹתוֹ בַּאֲבָנִים הַחֲלוּקוֹת כְּגוֹן חַלֻּוקֵי אֲבָנִים מִן הַנַּחַל שֶׁבְּחוֹל הַיָּם וּבְחוֹל הַיָּם נִבְרְאוּ חֲלָקוֹת מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּגַבֵּי בֵּית הַמִּקְדָּשׁ כְּתִיב אֶבֶן שְׁלֵמָה מַסָּע נִבְנָה וְאָמַר ר' יְהוּדָה דַּהֲוָה שָׁמִיר לבהמ"ק.:
Car tout autel qui n'a pas de corne. Et celui dont la corne a été ébréchée : sa corne est comme si elle n'existait pas, et c'est pourquoi il devient passoul pour le service, puisqu'il n'a pas de corne. Car une bréchure (pegima) invalide les pierres de l'autel dès lors qu'un ongle peut s'y accrocher, comme il est dit au premier chapitre de Houlin (18a) ; et Rachi y a expliqué la raison : parce qu'il est écrit 'tu bâtiras des pierres entières (chelemot)'. Et à propos de la chaux (sid), des Tanaim divergent là-bas : R. Chimon ben Yohai dit un tefah, R. Eliezer ben Yaakov dit la taille d'une olive. Et l'on peut dire que la raison en est que le ribboua n'est plus respecté — pour l'un à partir de cette mesure, pour l'autre à partir de celle-là — et le ribboua est indispensable, comme il est enseigné ici. Mais cela va bien pour [le corps de] l'autel, où il est écrit 'l'autel sera carré' ; pour la corne, d'où le savons-nous ? Car bien que Rachi ait expliqué ici que la corne était une pierre carrée d'une ama sur une ama et d'une ama de haut, cela ne peut pas être : elle était faite au moyen d'un moule (malben), comme il est dit au chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 54a) ; et peut-être le caractère carré de la corne se déduit-il de celui de l'autel. Et si tu demandes : pour les pierres de l'autel, pourquoi [invalider] spécifiquement à cause d'une bréchure ? Qu'on le déduise plutôt du fait que la pierre est amputée — et même sans bréchure on ne peut plus les appeler 'entières', comme il ressort du chapitre Eizehou mekoman (ibid.) à propos de l'angle sud-est [de l'autel], qui n'avait pas de yessod : on y demande comment on procédait — si on la coupait, or le Miséricordieux a dit 'des pierres entières' ! Et l'on peut répondre que voici ce qu'on dit là-bas : si l'on coupe pour briser la pierre, il est impossible de la briser sans bréchure, et il n'y a plus alors de 'pierres entières' ; et si l'on veut la réduire et la lisser au couteau sans bréchure, il y a l'interdit de 'tu ne lèveras pas sur elles de fer'. Et cela ressort de même au traité Avoda zara, chapitre R. Yichmael (52b), à propos des pierres de l'autel que les Hasmonéens avaient découpées et mises de côté : on y dit 'comment ferons-nous ? Les briserons-nous ? — le Miséricordieux a dit des pierres entières ! Les scierons-nous ?' — c'est-à-dire les travailler sans bréchures — 'il est écrit : tu ne lèveras pas sur elles de fer'. Et si tu demandes : qu'on le fasse au moyen du chamir (le ver qui fend la pierre) ! Car le chamir existait au second Temple, comme il ressort du traité Sota, chapitre Egla aroufa (48a), où l'on dit : depuis la mort des premiers prophètes, les Ourim ve-Toumim ont cessé ; depuis la destruction du Temple, le chamir a cessé — et il s'agit du second Temple, car s'il s'agissait du premier, on aurait dû les réunir [en une seule clause] : 'depuis la destruction du Temple ont cessé les Ourim ve-Toumim et le chamir'. Car 'depuis la mort des premiers prophètes' correspond à la destruction du Temple, comme il est enseigné dans la Guemara : depuis la destruction du Temple les Ourim ve-Toumim ont cessé — et c'est le premier Temple, puisque cinq choses manquaient au second Temple par rapport au premier, comme il est dit à Yoma (21b) ; ainsi la cessation du chamir se situe après le second Temple. De même, ce que Rabban Chimon ben Gamliel dit là-bas — depuis la destruction du Temple le goût des fruits a été retiré — vise vraisemblablement l'après-destruction du second Temple, détruit de son vivant. La preuve : nous trouvons qu'au second Temple les fruits étaient bénis aux jours de Chimon ben Chatah, au point que les grains de blé devenaient comme les rognons d'un grand taureau. Et l'on peut encore apporter une preuve que le chamir existait au second Temple, à partir de l'épisode de Dama ben Netina, au premier chapitre de Kidouchin (31a) et au deuxième chapitre d'Avoda zara (23b) : les sages d'Israël lui demandèrent des pierres pour le efod, or les pierres du efod requéraient le chamir, comme le dit R. Nehemia au chapitre Egla aroufa (Sota 48b), d'après ce qui est écrit 'be-milouotam' (dans leurs sertissures). Et même R. Yehouda, qui diverge de lui et dit que le chamir servit à Salomon pour bâtir le Temple, admet lui aussi que les pierres du efod requéraient le chamir, comme il ressort du chapitre Mi che-ahazo (Guitin 68a) à propos de la construction du Temple par Salomon, où l'on dit : comment ferons-nous ? Il y a le chamir que Moché apporta pour les pierres du efod — et ce passage est nécessairement selon R. Yehouda, car selon R. Nehemia le chamir n'a pas servi au Temple. Et l'épisode de Dama ben Netina se situe au second Temple, puisqu'on y dit : l'année suivante, une vache rousse naquit dans son troupeau — or il y eut sept vaches [rousses], la première faite par Moché, la seconde par Ezra, comme nous l'avons appris au traité Para (3,5). Et puisque le chamir existait au second Temple comme je l'ai expliqué, pourquoi les Hasmonéens ont-ils mis [les pierres] de côté ? On peut répondre : le chamir ne les rend pas entières au point qu'un ongle ne puisse s'y accrocher. Et si tu demandes : s'il en est ainsi, comment ont-ils bâti l'autel ? Car on ne peut pas dire qu'on taillait la pierre au-dehors et qu'on la faisait entrer au-dedans : même ainsi c'est interdit pour l'autel, comme il est enseigné dans la Mekhilta à la fin de la parachat Vayichma Yitro : 'tu ne les bâtiras pas en pierres de taille' — c'est en lui [l'autel] que tu ne bâtis pas en pierres de taille, mais tu peux bâtir en pierres de taille le heikhal et le saint des saints ; et comment maintiens-je 'ni marteau, ni hache, ni aucun outil de fer ne fut entendu dans la Maison lors de sa construction' (I Rois 6,7) ? Dans la Maison il ne se fait pas entendre. Il en ressort que pour l'autel, même au-dehors, [le fer] ne doit pas se faire entendre. Et de même Rabbenou Eliahou le Vieux a formulé dans les azharot 'Emet yehge hiki' : les pierres de l'autel, au-dedans comme au-dehors, ainsi furent-elles taillées, et [le fer] passa. Nous aurions pu distinguer entre l'état des pierres avant qu'elles ne fussent consacrées à l'autel — où elles sont encore profanes (houlin) — et après leur consécration ; mais ce n'est pas nécessaire, car il ressort du chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 54a) qu'on le bâtissait avec des pierres lisses, comme les galets du torrent qui sont dans le sable de la mer — et dans le sable de la mer elles ont été créées lisses depuis les six jours de la Création. Toutefois il reste une difficulté : à propos du Temple il est écrit 'une pierre entière, déjà préparée, servit à la construction' (I Rois 6,7), et R. Yehouda a dit que le chamir servit au Temple.
💡 Explication

Ce segment achève la baraita commencée en 48b : le sadducéen ayant versé la libation d'eau sur ses pieds, la foule l'a lapidé d'etroguim et, dans la bousculade, la corne de l'autel à été ébréchée. On l'a colmatée avec une poignée de sel — non pour rendre l'autel valide, mais pour qu'il ne soit pas vu ébréché. Notre phrase donne la raison de ce non : un autel amoindri est passoul la-avoda.

La liste est une checklist cumulative de quatre éléments : le kevech (la rampe d'accès, au sud), les keren (les quatre cornes des angles supérieurs), le yessod (le retrait d'une ama à la base) et le ribboua (le fait d'être carré). Rachi rattache chacun à un verset où figure le mot ha-mizbeah — car selon la règle de Rav Houna (Zevahim 62a), partout où l'Écriture dit ha-mizbeah, l'élément visé est le-akev : indispensable, et non simple mitsva.

Reste une mahloket : R. Yossi bar Yehouda ajoute le sovev, la corniche qui ceinture l'autel à mi-hauteur, parce qu'il identifie au sovev le karkov ha-mizbeah du verset ; les Sages voient dans le karkov le kiyour, une moulure décorative, qui n'invalide pas.

🖼️ Schéma
Cet autel est-il valide pour le service ? La liste est cumulative : un seul élément manquant suffit à rendre passoul. kevech la rampe Lev 6,7 keren les quatre cornes Ex 29,12 yessod la base Lev 8,15 ribboua la forme carrée Ex 27,1 sovev la corniche R. Yossi b. Yehouda Tout présent -- kacher pour la avoda Le service accompli dessus est valide. Un seul manque -- passoul la-avoda Une corne ébréchée compte comme absente (Tossefot). Le sel du récit de 48b sauve l'apparence, pas la validité. Mahloket sur le sovev R. Yossi b. Yehouda : karkov = sovev, donc indispensable. Rabbanan : karkov = kiyour, la moulure décorative -- non indispensable. Source : Zevahim, ch. Kodchei kodachim.
La checklist de validité de l'autel, et le point de désaccord sur le sovev.
2
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שִׁיתִין, מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית נִבְרְאוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חַמּוּקֵי יְרֵכַיִךְ כְּמוֹ חֲלָאִים מַעֲשֵׂה יְדֵי אָמָּן״. ״חַמּוּקֵי יַרְכִיךְ״ — אֵלּוּ הַשִּׁיתִין. ״כְּמוֹ חֲלָאִים״ — שֶׁמְּחוֹלְלִין וְיוֹרְדִין עַד הַתְּהוֹם. ״מַעֲשֵׂה יְדֵי אָמָּן״ — זוֹ מַעֲשֵׂה יְדֵי אֻומָּנוּתוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״בְּרֵאשִׁית״, אַל תִּיקְרֵי ״בְּרֵאשִׁית״, אֶלָּא ״בָּרָא שִׁית״.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les chitin (les conduits sous l'autel) ont été créés depuis les six jours de la Création, ainsi qu'il est dit : « les courbes de tes flancs sont comme des colliers, ouvrage de mains d'artiste » (Cantique 7,2). « Les courbes de tes flancs » — ce sont les chitin ; « comme des colliers (halaim) » — car ils sont creusés (mehollalin) et descendent jusqu'au tehom (l'abîme) ; « ouvrage de mains d'artiste (oman) » — c'est l'ouvrage des mains de l'art du Saint béni soit-Il.

On a enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : « Bereshit » (au commencement) — ne lis pas « bereshit », mais « bara chit » (Il a créé le conduit).

📜 Rachi (3)
שִׁיתִין חָלָל שֶׁתַּחַת הַמִּזְבֵּחַ כְּנֶגֶד מְקוֹם הַנְּסָכִים:
Chitin — la cavité qui se trouve sous l'autel, face à l'emplacement des libations (nessakhim).
חַמּוּקֵי סִתְרֵי לְשׁוֹן חָמַק עָבַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ה׳:ו׳) נִסְתָּר וְנִכְסֶה מִמֶּנִּי וְכֵן עַד מָתַי תִּתְחַמָּקִין (יִרְמְיָהוּ ל״א:כ״ב) תִּסָּתְרִי מִמֶּנִּי שֶׁאַתְּ בּוּשָׁה לִיקָּרֵב אֵלַי עַל שֶׁמַּעֲלַת בֵּי חַמּוּקֵי יַרְכִיךְ לְשׁוֹן יֶרֶךְ הַמִּזְבֵּחַ (וַיִּקְרָא א):
Hamoukei — [au sens de] 'ce qui est caché', du langage de 'hamak avar' (Cantique 5,6) : il s'est dérobé et s'est caché de moi ; et de même 'jusqu'à quand te déroberas-tu (titehamakin)' (Jérémie 31,21) : tu te caches de moi, parce que tu as honte de t'approcher de moi, ayant été infidèle envers moi. 'Hamoukei yerekhayikh' — du langage de yerekh (le flanc) de l'autel (Lévitique 1).
מַעֲשֵׂה יְדֵי אֻומָּנוּתוֹ שֶׁל הקב"ה גָּרְסִינַן וַעֲלֵיהֶם כָּרָה דָּוִד וְכוּ' לָא גָּרְסִינַן לֵיהּ בַּתּוֹסֶפְתָּא וְהָכָא נָמֵי לָא גָּרְסִינַן לֵיהּ דְּמַאן דְּאִית לֵיהּ שֶׁכְּרָאָן לֵית לֵיהּ שֶׁמִּשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית נִבְרְאוּ:
L'ouvrage des mains de l'art du Saint béni soit-Il — telle est notre version. 'Et par-dessus eux David creusa etc.' — nous ne le lisons pas [ici] : on ne le lit pas dans la Tossefta, et ici non plus on ne le lit pas, car celui qui tient que David les a creusés ne tient pas qu'ils ont été créés depuis les six jours de la Création.
🗂️ Tossefot (1)
אַל תִּיקְרֵי בְּרֵאשִׁית אֶלָּא בָּרָא שִׁית. הַאי תַּנָּא וְר' יוֹחָנָן סָבְרִי מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית נִבְרְאוּ אֲבָל אִידָךְ תַּנָּא דְּדָרֵישׁ וְגַם יֶקֶב חָצָב לֵית לֵיהּ דְּמֵהַהוּא קְרָא דְּרֵישׁ מִזְבֵּחַ וְשִׁיתִין לַמִּזְבֵּחַ בִּידֵי אָדָם הֲוָה וּבְמִילְּתֵיהּ גָּרְסִינַן וְעָלָיו כָּרָה דָּוִד וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּר' יוֹחָנָן אֶדֶר' יוֹחָנָן דְּהָכָא סָבַר מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית נִבְרְאוּ דְּדָרֵישׁ מַעֲשֵׂה יְדֵי אָמָּן מַעֲשֵׂה אֻומָּנוּתוֹ שֶׁל מָקוֹם וּלְקַמָּן בְּפֶרֶק הֶחָלִיל (סֻוכָּה נג.) א"ר יוֹחָנָן בְּשָׁעָה שֶׁכָּרָה דָּוִד שִׁיתִין קְפָא תְּהוֹמָא וְשֶׁמָּא אָמוֹרָאֵי נִינְהוּ וְאַלִּיבָּא דְּר' יוֹחָנָן:
Ne lis pas bereshit mais bara chit. Ce Tana et R. Yo'hanan tiennent qu'ils ont été créés depuis les six jours de la Création ; mais l'autre Tana, qui expose 've-gam yekev hatsév bo', ne le tient pas, car de ce verset il expose l'autel — et les chitin, [faits] pour l'autel, étaient œuvre humaine ; et dans son propos nous lisons bien 'et par-dessus lui David creusa'. Toutefois il y a une difficulté : R. Yo'hanan contre R. Yo'hanan. Ici il tient qu'ils ont été créés depuis les six jours de la Création, puisqu'il expose 'maase yedei oman' comme l'ouvrage de l'art de l'Omniprésent ; et plus loin, au chapitre Hé-halil (Soukka 53a), R. Yo'hanan a dit : à l'heure où David creusa les chitin, l'abîme (tehom) monta. Et peut-être s'agit-il de deux Amoraim [rapportant] selon R. Yo'hanan.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(שִׁיר הַשִּׁירִים ז, ב) "מַעֲשֵׂה יְדֵי אָמָּן", מַעֲשֵׂה יְדֵי אֻמָּנוּתוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. נִרְאֶה לִי בס"ד לְהָכִי נָקֵיט לְשׁוֹן 'אָמֵן' כִּי בְּאוֹתִיּוֹת אֵלּוּ רָמוּז שְׁמוֹ שֶׁל הקב"ה בִּכְתִיבָתוֹ וּקְרִיאָתוֹ שֶׁהוּא הוי"ה אדנ"י שֶׁעוֹלִים מִסְפַּר אָמֵן. גַּם אָמֵן רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א ל מ לְךָ נ אָמֵן.
(Cantique 7,2) « ouvrage de mains d'artiste (oman) » — l'ouvrage des mains de l'art du Saint béni soit-Il. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le texte emploie précisément le terme 'oman' parce que dans ces lettres est fait allusion au Nom du Saint béni soit-Il, dans son écriture et dans sa lecture : car HaVaYaH [tel qu'il s'écrit] et A-D-N-Y [tel qu'il se lit] totalisent ensemble la valeur numérique de 'amen'. De plus, AMeN est l'acrostiche de 'É-l Melekh Néeman' (Dieu, Roi fidèle).
💡 Explication

Changement de registre : la Guemara quitte la halakha de l'autel pour ce qu'il y a dessous. Les chitin sont les conduits creux qui, depuis l'angle sud-ouest, reçoivent le vin et l'eau des nessakhim (libations). R. Yo'hanan affirme qu'ils sont antérieurs à l'autel lui-même : créés aux six jours de la Création.

La preuve est une derasha en trois temps sur Cantique 7,2, chaque membre du verset livrant une propriété : ce qui est caché dans le flanc (les chitin) ; ce qui est creux et plongé jusqu'à l'abîme (jeu de mots halaim / mehollalín) ; et l'auteur de l'ouvrage — l'oman, l'artisan, qui est Dieu et non un homme. Ce dernier point est le nerf de l'affaire : Rachi souligne qu'il faut par conséquent retirer de notre texte la phrase « et par-dessus eux David creusa », car celui qui tient que David les a creusés ne peut pas tenir qu'ils datent de la Création.

L'école de R. Yichmael pousse la lecture à l'extrême : le tout premier mot de la Tora, redécoupe (al tikri), se lit bara chit — le conduit de l'autel figure dès le premier verset du monde.

🖼️ Schéma
Cantique 7,2 relu comme une notice technique de l'autel Trois membres de verset, trois affirmations sur les chitin. hamoukei yerekhayikh les courbes / les cachés de tes flancs Ce sont les chitin. Rachi : hamouk = ce qui est dérobé et caché ; yerekh = le flanc de l'autel. kemo halaim comme des maillons de collier Ils sont creusés et descendent jusqu'au tehom. Jeu sur halaim / mehollalín : le maillon est un anneau vide. maase yedei oman ouvrage de mains d'artiste L'art du Saint béni soit-Il -- donc pas celui de David. C'est le point litigieux : d'où la suppression de ve-alav kara David. École de R. Yichmael : al tikri bereshit ela bara shit Les mêmes consonnes, une autre coupe des mots : le premier mot de la Tora contient déjà la création du chit.
Cantique 7,2 relu membre par membre : identité, forme et auteur des chitin.
3
תַּנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שִׁיתִּין מְחוֹלָלִין וְיוֹרְדִין עַד תְּהוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָשִׁירָה נָּא לִידִידִי שִׁירַת דּוֹדִי לְכַרְמוֹ כֶּרֶם הָיָה לִידִידִי בְּקֶרֶן בֶּן שָׁמֶן. וַיְעַזְּקֵהוּ וַיְסַקְּלֵהוּ וַיִּטָּעֵהוּ שֹׂורֵק וַיִּבֶן מִגְדָּל בְּתוֹכוֹ וְגַם יֶקֶב חָצֵב בּוֹ״. ״וַיִּטָּעֵהוּ שׂוֹרֵק״ — זֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, ״וַיִּבֶן מִגְדָּל בְּתוֹכוֹ״ — זֶה מִזְבֵּחַ, ״וְגַם יֶקֶב חָצֵב בּוֹ״ — אֵלּוּ הַשִּׁיתִין.

On a enseigné dans une baraita : Rabbi Yossi dit : les chitin sont creusés et descendent jusqu'au tehom (l'abîme), ainsi qu'il est dit : « Je veux chanter pour mon bien-aimé le chant de mon ami au sujet de sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile ; il la becha, en ôta les pierres, y planta un cep de choix (sorek), bâtit une tour (migdal) au milieu d'elle et y creusa aussi un pressoir (yekev) » (Isaie 5,1-2).

« Il y planta un cep de choix » — c'est le Temple ; « il bâtit une tour au milieu d'elle » — c'est l'autel ; « et il y creusa aussi un pressoir » — ce sont les chitin.

📜 Rachi (8)
לִידִידִי הקב"ה בִּשְׁבִילוֹ אֲנִי מְשׁוֹרְרוֹ וּבִמְקוֹמוֹ אֲנִי לִקְבֹּול עַל זֹאת:
Pour mon bien-aimé (li-didi) — le Saint béni soit-Il : c'est pour Lui que je le chante, et c'est à Sa place que je viens me plaindre de cela.
שִׁירַת דּוֹדִי לְכַרְמוֹ עַל כַּרְמוֹ:
Le chant de mon ami au sujet de sa vigne (le-karmo) — [le lamed a le sens de] 'sur' sa vigne.
כֶּרֶם הָיָה לִידִידִי בְּקֶרֶן בֶּן שָׁמֶן בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל זָוִית הַשְּׁמֵינָה מִכָּל הָאֲרָצוֹת:
Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile (be-keren ben chemen) — en terre d'Israël, le coin le plus gras de toutes les terres.
וַיְעַזְּקֵהוּ בָּנָה לָהֶם עָרִים בְּצוּרוֹת מֻוקָּפוֹת דְּלָתַיִם וּבְרִיחַ כְּטַבַּעַת דִּמְתַרְגְּמִינַן עִיזְקָא (שְׁמוֹת כה):
Va-yéazékéhoû — Il leur bâtit des villes fortifiées, entourées de portes et de verrous, comme un anneau, que le Targoum rend par 'izka' (Exode 25).
וַיְסַקְּלֵהוּ כְּאָדָם הַמְפַנֶּה אֲבָנִים מִכַּרְמוֹ כְּלוֹמַר פִּינָּה הָאֻומּוֹת מִפְּנֵיהֶם שֶׁלֹּא יֵשְׁבוּ בְּאַרְצָם פֶּן יַחֲטִיאוּ אוֹתָם:
Va-yésakéléhou — comme un homme qui débarrasse sa vigne de ses pierres ; c'est-à-dire qu'Il a écarté les nations devant eux, pour qu'elles n'habitent pas dans leur pays, de peur qu'elles ne les fassent fauter.
וַיִּטָּעֵהוּ שׁוּרֻק נְטָעוֹ גְּפָנִים מְשֻׁובָּחוֹת וְלֹא זְמוֹרָה אֶלָּא שָׁרָשִׁין עַצְמָן זֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁהוּא שָׁורְשָׁן וְעִיקָּרָן שֶׁמְּחַבְּבָם לִפְנֵי הַמָּקוֹם:
Va-yitaéhoû sorek — Il y planta des vignes de choix, et non un simple sarment mais les racines elles-mêmes : c'est le Temple, qui est leur racine et leur fondement, ce par quoi Il les rend chers devant l'Omniprésent.
וַיִּבֶן מִגְדָּל בְּתוֹכוֹ זֶה מִזְבֵּחַ הֶעָשׂוּי כְּמִגְדַּל עֹוז:
'Il bâtit une tour au milieu d'elle' — c'est l'autel : fait comme une tour puissante.
וְגַם יֶקֶב חָצֵב בּוֹ בְּאוֹתוֹ מִגְדָּל יֶקֶב הוּא בּוֹר חָפוּר וְכֵן עַד יִקְבֵי הַמֶּלֶךְ (זְכַרְיָה י״ד:י׳) בֵּית שֶׁיֹּחָא דְּמַלְכָּא לְשׁוֹן שִׁיחַ וּמְעָרָה פושיי"ן בְּלַעַ"ז:
'Et il y creusa aussi un pressoir' — dans cette tour même ; le yekev est une fosse creusée. De même 'jusqu'aux pressoirs (yikvéi) du roi' (Zacharie 14,10) : la fosse du roi — du langage de 'siah' (fosse) et de caverne, 'fosses' en langue vernaculaire.
🗂️ Tossefot (1)
וַיִּטָּעֵהוּ שׂוֹרֵק זֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וַיִּבֶן מִגְדָּל בְּתוֹכוֹ זֶה מִזְבֵּחַ וְגַם יֶקֶב חָצֵב בּוֹ אֵלּוּ הַשִּׁיתִין. כָּךְ כָּתוּב בְּכָל הַסְּפָרִים וְזֶה גִּרְסַת הַקְּוַנְט' אֲבָל בַּתּוֹסֶפְתָּא גָּרֵיס וַיִּבֶן מִגְדָּל בְּתוֹכוֹ זֶה הֵיכָל וְגַם יֶקֶב חָצֵב בּוֹ זֶה מִזְבֵּחַ וְקָרֵי לַמִּזְבֵּחַ יֶקֶב לְפִי שֶׁמְּנַסְּכִין עָלָיו אֶת הַיַּיִן שֶׁמּוֹצִיאִין מִן הַיְּקָבִים וּמֵרִיבּוּיָא דְּגַם דָּרְשִׁינַן שִׁיתִין:
« Il y planta un cep de choix » — c'est le Temple ; « il bâtit une tour au milieu d'elle » — c'est l'autel ; « et il y creusa aussi un pressoir » — ce sont les chitin. Ainsi est-il écrit dans tous les livres, et c'est la version de Rachi. Mais dans la Tossefta on lit : « il bâtit une tour au milieu d'elle » — c'est le heikhal ; « et il y creusa aussi un pressoir » — c'est l'autel ; et l'on appelle l'autel 'yekev' parce qu'on y verse en libation le vin que l'on tire des pressoirs. Et c'est du mot superflu 'gam' (aussi) que l'on expose les chitin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"וַיִּטָּעֵהוּ שֶׁרַק" זֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד בֵּית הַמִּקְדָּשׁ הוּא סוֹד הַמַּלְכוּת כַּנִּזְכָּר בְּפַרְדֵּס וְהוּא נָטוּעַ עַל יְדֵי הַיְּסוֹד אֲשֶׁר נְקֻודָּתוֹ שור"ק. 'וַיִּבֶן מִגְדָּל בְּתוֹכוֹ' זֶה מִזְבֵּחַ וְהַייְנוּ מ' שֶׁל מ גָּדֵל הוּא מ' ד מ זֶבַח וג"ד דְּמ גָּד ל הוּא ז' דְּמ ז בְּחַ כִּי 'גָּד' עוֹלֶה ז' וְלָמֶ"ד דְּמִגָּד ל הוּא ב"ח דְּמָז בְּחַ כִּי ב"ח מִסְפַּר עֲשָׂרָה וְעִם נָקוּד צָדִ"י שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שֶׁהוּא עֶשְׂרִים הֲרֵי מִסְפַּר לָמֶ"ד. 'וְגַם יֶקֶב חָצָב בּוֹ' אֵלּוּ שִׁיתִין, דְּעַל יְדֵי הַנִּסּוּךְ נַעֲשֶׂה חִיבּוּר הוי"ה [26] אֱ-לֹהִים [86] שֶׁמִּסְפָּרָם יב"ק [112] אוֹתִיּוֹת יֶקֶב.
« Il y planta un sorek » — c'est le Temple. Il me semble, avec l'aide du Ciel : le Temple est le sod (secret) de la Malkhout, comme il est mentionné dans le Pardes [Rimonim], et il est planté par l'intermédiaire du Yessod, dont la voyelle (nekouda) est le chourouk. « Il bâtit un migdal (tour) au milieu d'elle » — c'est le mizbeah : ainsi, le mem de MiGDaL est le mem de MiZBeaH ; le GD de miGDal est le zayin de miZbéah, car 'gad' [3+4] vaut 7 [= zayin] ; et le lamed de migdaL est le BeaH de mizBeaH, car BH [2+8] vaut dix, et avec le point du tsadi qui s'y trouve, qui vaut vingt, on obtient le compte du lamed [30]. « Et il y creusa aussi un yekev » — ce sont les chitin : car par le nissoukh (la libation) se réalise l'union du Nom HaVaYaH [26] et du Nom Elokim [86], dont la somme est YaBoK [112], les mêmes lettres que YeKeV.
💡 Explication

Une baraita vient appuyer la thèse précédente par un tout autre verset. R. Yossi lit le célèbre chant de la vigne d'Isaie comme une description codée du Temple : la vigne est Israël, le sorek (cep de choix) est le Beit ha-Mikdach, la tour bâtie au milieu est l'autel, et le yekev (le pressoir, une fosse creusée) ce sont les chitin.

L'argument tient à l'identité du vigneron : dans le machal, celui qui plante, bâtit et creuse est Dieu. Si donc le yekev fait partie de ce qu'Il a creusé, les chitin ne sont pas un aménagement humain — ils appartiennent à l'ordre de la Création, et descendent bien jusqu'au tehom.

Tossefot signale une variante textuelle lourde de conséquences : la Tossefta répartit autrement les référents (la tour = le heikhal, le pressoir = l'autel, appelé yekev parce qu'on y verse le vin des pressoirs). Dans cette version, les chitin ne sortent plus du mot yekev mais du mot superflu gam (« aussi »), traité comme un ribboui (terme d'inclusion).

🖼️ Schéma
Le chant de la vigne (Isaie 5,1-2) : deux lectures du machal Même parabole, deux répartitions des référents -- et donc deux façons d'y trouver les chitin. Le verset ve-yaazékéhoû Rachi : villes fortifiées, cerclées comme un anneau (izka). ve-yésakéléhou Rachi : Il a ôté les nations comme on ôte les pierres. ve-yitaéhoû sorek va-yivén migdal be-tokho ve-gam yekev hatsév bo Le mot gam est en trop : tout ribboui appelle une derasha. Version de notre texte (tous les livres, version de Rachi) le Beit ha-Mikdach le mizbeah (autel) les chitin Les chitin sortent directement du mot yekev : le vigneron est Dieu, donc le creusement est de Lui. Version de la Tossefta (rapportée par Tossefot) le Beit ha-Mikdach le heikhal (sanctuaire) le mizbeah, appelé yekev Pourquoi yekev ? Parce qu'on y verse le vin sorti des pressoirs. Ici les chitin se déduisent du mot gam seul.
Les deux répartitions du machal de la vigne, et ce dont on tire les chitin dans chacune.
4
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק: לוּל קָטָן הָיָה בֵּין כֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ בְּמַעֲרָבוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ, וְאַחַת לְשִׁבְעִים שָׁנָה פִּרְחֵי כְהֻונָּה יוֹרְדִין לְשָׁם, וּמְלַקְּטִין מִשָּׁם יַיִן קָרוּשׁ שֶׁדּוֹמֶה לְעִיגּוּלֵי דְבֵילָה, וּבָאִין וְשׂוֹרְפִין אוֹתוֹ בִּקְדֻושָּׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בַּקֹּדֶשׁ הַסֵּךְ נֶסֶךְ שֵׁכָר לַה׳״ —

On a enseigné dans une baraita : Rabbi Elazar bar Tsadok a dit : il y avait un petit orifice (loul) entre le kevech (la rampe) et l'autel, du côté ouest de la rampe ; et une fois tous les soixante-dix ans, de jeunes cohanim (pirhei kehouna) y descendaient et y ramassaient du vin figé qui ressemblait à des galettes de figues pressées ; ils venaient alors le brûler en sainteté, ainsi qu'il est dit : « dans le lieu saint, verse une libation de boisson forte à l'Éternel » (Nombres 28,7) —

📜 Rachi (5)
בֵּין כֶּבֶשׂ לַמִּזְבֵּחַ הַכֶּבֶשׁ אָרְכוּ ל"ב וּמְשַׁפֵּעַ וְעוֹלֶה ט' אַמּוֹת עַד שֶׁשָּׁוֶה לַמִּזְבֵּחַ וְלֹא הָיָה רֹאשׁוֹ מְחֻובָּר לַמִּזְבֵּחַ אֶלָּא אֲוִיר מְעַט מַפְסִיק בֵּינְתַיִם כִּדְאָמַר בִּזְבָחִים (דַּף קד.) וְעָשִׂיתָ עֹולֹותֶיךָ הַבָּשָׂר וְהַדָּם מַה דָּם בִּזְרִיקָה אַף בָּשָׂר בִּזְרִיקָה הָא לָמַדְתָּ אֲוִיר יֵשׁ בֵּין כֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ וְאוֹתוֹ אֲוִיר קָרוּי בֵּין כֶּבֶשׂ לַמִּזְבֵּחַ וְלוּל הָיָה בְּאוֹתוֹ אֲוִיר בְּמַעֲרָבוֹ שֶׁל כֶּבֶשׂ בִּשְׁמוֹנָה אַמּוֹת מַעֲרָבִית שֶׁל כֶּבֶשׂ שֶׁהַכֶּבֶשׂ רָחְבּוֹ ט"ז אַמָּה מִמִּזְרָח לַמַּעֲרָב וְאוֹתוֹ חָלָל שֶׁהַנְּסָכִים יוֹרְדִין לְתוֹכוֹ שֶׁהֵן נַעֲשִׂין בִּדְרוֹמִית מַעֲרָבִית שֶׁל מִזְבֵּחַ וּמֻוקָּף אַרְבַּע מְחִיצּוֹת עַד קַרְקָעִיתוֹ וְקַרְקָעִיתוֹ שֶׁל רִצְפַּת שַׁייִשׁ וְאֵין הַיַּיִן נִבְלָע שָׁם וְכָל נִסְכֵּי יַיִן שֶׁל כָּל הַשָּׁנָה יוֹרְדִין שָׁם וְהַאי תַּנָּא לֵית לֵיהּ שֶׁהָיוּ שִׁיתִין יוֹרְדִין עַד תְּהוֹם וְהָכִי אָמְרִינַן לְקַמָּן דְּלֵית לֵיהּ וּפְלִיג אַדְּרַבָּנָן:
Entre le kevech et l'autel — le kevech a trente-deux [amot] de long ; il monte en pente sur neuf amot jusqu'à arriver au niveau de l'autel, et son extrémité n'était pas jointe à l'autel : un petit espace d'air les séparait, comme il est dit à Zevahim (104a) : 'et tu offriras tes holocaustes, la chair et le sang' — de même que le sang [se donne] par projection (zerika), de même la chair par projection ; tu apprends de là qu'il y a un espace d'air entre le kevech et l'autel, et cet espace est appelé 'entre le kevech et l'autel'. Et le loul se trouvait dans cet espace, du côté ouest du kevech, dans les huit amot occidentales du kevech — car le kevech a seize amot de large, d'est en ouest. Et cette cavité est celle dans laquelle descendaient les libations, qui se font à l'angle sud-ouest de l'autel ; elle était entourée de quatre parois jusqu'à son fond, et son fond était un dallage de marbre, de sorte que le vin ne s'y absorbait pas ; et toutes les libations de vin de l'année entière y descendaient. Et ce Tana ne tient pas que les chitin descendaient jusqu'au tehom — et c'est bien ce que nous disons plus loin : qu'il ne le tient pas, et qu'il diverge des Sages.
פִּרְחֵי כְּהֻונָּה יְלָדִים כֹּהֲנִים:
Pirhei kehouna — de jeunes cohanim.
יַיִן קָרוּשׁ שֶׁנִּעַפַּשׁ וְנִקְרַשׁ:
Vin figé — qui avait moisi et s'était coagulé.
וְשׂוֹרְפִין אוֹתוֹ בִּקְדֻושָּׁה בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ בָּעֲזָרָה וּמִתּוֹךְ הַשִּׁיתִין מוֹצִיאִין אוֹתוֹ שֶׁלֹּא יִתְמַלְּאוּ הַשִּׁיתִין מִן הַנְּסָכִין שֶׁכָּל קָרְבְּנוֹת הַצִּבּוּר וְהַיָּחִיד טְעוּנִין נְסָכִים חוּץ מֵחַטָּאת וְאָשָׁם וְשׂוֹרְפִין אוֹתָם שֶׁאֲסוּרִין בַּהֲנָאָה דְּקֹדֶשׁ הוּא:
Et ils le brûlaient en sainteté — en un lieu saint, dans la azara. Et ils le sortaient des chitin pour que les chitin ne se remplissent pas des libations — car tous les sacrifices, publics comme individuels, requièrent des libations, hormis le hatat et le acham. Et ils les brûlaient parce qu'ils sont interdits à tout profit, étant chose sainte (kodech).
שֶׁנֶּאֱמַר בְּקֹדֶשׁ הַסַּךְ הִקִּישׁ שְׂרֵיפָה לְנִיסּוּכוֹ:
'Ainsi qu'il est dit : dans le lieu saint, verse une libation' — l'Écriture a rapproché (hikich) la combustion de sa libation.
💡 Explication

Cette dernière baraita décrit une réalité tout autre : non pas un conduit sans fond, mais un loul, une cavité maçonnée, située dans l'espace d'air qui sépare la rampe de l'autel, du côté occidental de la rampe. Rachi précise sa géométrie : le kevech mesure trente-deux amot de long et seize de large ; le loul occupe les huit amot occidentales ; il a quatre parois et un fond de dalles de marbre, de sorte que le vin ne s'y absorbe pas.

D'où la conséquence : tout le vin des libations de l'année s'y accumule, moisit et se fige en masses semblables à des galettes de figues séchées. Il faut donc périodiquement vider le loul — tous les soixante-dix ans, par de jeunes cohanim assez agiles pour y descendre. Ce vin restant du kodech, il est interdit à tout profit : on ne le jette pas, on le brûle en lieu saint, dans la azara, ce que Rachi rattache au verset par un hekech (rapprochement) entre la combustion et la libation elle-même.

Rachi tire la conclusion polémique : ce Tana ne peut pas tenir que les chitin descendent jusqu'au tehom — sinon rien ne s'y accumulerait jamais. Il diverge donc des Sages, et la Guemara le dira explicitement plus loin.

🖼️ Schéma
Le loul de R. Elazar bar Tsadok : vue en plan Vue de dessus de la jonction rampe / autel. Le nord est en haut, l'ouest à gauche. mizbeah angle sud-ouest = lieu des nessakhim point de versement kevech (rampe) 16 amot de large, d'est en ouest 8 amot ouest 8 amot est loul aviir bein kevech le-mizbeah L'espace d'air entre rampe et autel : la rampe ne touche pas l'autel, sinon la chair ne serait pas jetée (zerika). Le contenu du loul Quatre parois, fond de dalles de marbre : le vin ne s'absorbe pas. Toutes les libations de vin de l'année y descendent, moisissent et se figent en galettes. Une fois tous les 70 ans 1. Des pirhei kehouna (jeunes cohanim) descendent dans le loul. 2. Ils ramassent le vin figé, semblable à des galettes de figues pressées. 3. Ils le brûlent en sainteté, dans la azara : c'est du kodech, interdit à tout profit (issour hanaa). Le verset qui autorise be-kodech hassékh nessekh chékhar (Nombres 28,7) Rachi : l'Écriture a rapproché (hikich) la combustion de la libation elle-même : on brûle ce vin là où l'on offre -- en lieu saint, et non ailleurs.
Le loul en plan : sa position entre rampe et autel, son contenu et la procédure septuagénaire.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).