Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la baraita du sadducéen (48b) : puisque la corne de l'autel avait été ébréchée, l'autel devenait passoul, car tout mizbeah privé de kevech (rampe), de keren (corne), de yessod (base) ou de ribboua (forme carrée) est invalide pour le service ; R. Yossi bar Yehouda y ajoute le sovev (la corniche).
La Guemara passe alors sous l'autel : Rabba bar bar Hana au nom de R. Yo'hanan enseigne que les chitin — les conduits qui reçoivent les libations — ont été créés dès les six jours de la Création, ce qu'il tire du Cantique des cantiques (7,2), l'école de R.
Yichmael lisant même le premier mot de la Tora comme bara shit. Une baraita de R.
Yossi confirme par le chant de la vigne (Isaie 5) que le yekev creusé par le Vigneron divin, ce sont les chitin. Le daf s'achève sur une position opposée, celle de R.
Elazar bar Tsadok : un simple loul à fond de marbre entre la rampe et l'autel, que de jeunes cohanim venaient vider tous les soixante-dix ans du vin figé, pour le brûler en sainteté.
…car tout autel qui n'a ni kevech (rampe), ni keren (corne), ni yessod (base), ni ribboua (forme carrée) — est passoul (invalide) pour le service. Rabbi Yossi bar Yehouda dit : le sovev (la corniche) aussi.
Ce segment achève la baraita commencée en 48b : le sadducéen ayant versé la libation d'eau sur ses pieds, la foule l'a lapidé d'etroguim et, dans la bousculade, la corne de l'autel à été ébréchée. On l'a colmatée avec une poignée de sel — non pour rendre l'autel valide, mais pour qu'il ne soit pas vu ébréché. Notre phrase donne la raison de ce non : un autel amoindri est passoul la-avoda.
La liste est une checklist cumulative de quatre éléments : le kevech (la rampe d'accès, au sud), les keren (les quatre cornes des angles supérieurs), le yessod (le retrait d'une ama à la base) et le ribboua (le fait d'être carré). Rachi rattache chacun à un verset où figure le mot ha-mizbeah — car selon la règle de Rav Houna (Zevahim 62a), partout où l'Écriture dit ha-mizbeah, l'élément visé est le-akev : indispensable, et non simple mitsva.
Reste une mahloket : R. Yossi bar Yehouda ajoute le sovev, la corniche qui ceinture l'autel à mi-hauteur, parce qu'il identifie au sovev le karkov ha-mizbeah du verset ; les Sages voient dans le karkov le kiyour, une moulure décorative, qui n'invalide pas.
Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les chitin (les conduits sous l'autel) ont été créés depuis les six jours de la Création, ainsi qu'il est dit : « les courbes de tes flancs sont comme des colliers, ouvrage de mains d'artiste » (Cantique 7,2). « Les courbes de tes flancs » — ce sont les chitin ; « comme des colliers (halaim) » — car ils sont creusés (mehollalin) et descendent jusqu'au tehom (l'abîme) ; « ouvrage de mains d'artiste (oman) » — c'est l'ouvrage des mains de l'art du Saint béni soit-Il.
On a enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : « Bereshit » (au commencement) — ne lis pas « bereshit », mais « bara chit » (Il a créé le conduit).
Changement de registre : la Guemara quitte la halakha de l'autel pour ce qu'il y a dessous. Les chitin sont les conduits creux qui, depuis l'angle sud-ouest, reçoivent le vin et l'eau des nessakhim (libations). R. Yo'hanan affirme qu'ils sont antérieurs à l'autel lui-même : créés aux six jours de la Création.
La preuve est une derasha en trois temps sur Cantique 7,2, chaque membre du verset livrant une propriété : ce qui est caché dans le flanc (les chitin) ; ce qui est creux et plongé jusqu'à l'abîme (jeu de mots halaim / mehollalín) ; et l'auteur de l'ouvrage — l'oman, l'artisan, qui est Dieu et non un homme. Ce dernier point est le nerf de l'affaire : Rachi souligne qu'il faut par conséquent retirer de notre texte la phrase « et par-dessus eux David creusa », car celui qui tient que David les a creusés ne peut pas tenir qu'ils datent de la Création.
L'école de R. Yichmael pousse la lecture à l'extrême : le tout premier mot de la Tora, redécoupe (al tikri), se lit bara chit — le conduit de l'autel figure dès le premier verset du monde.
On a enseigné dans une baraita : Rabbi Yossi dit : les chitin sont creusés et descendent jusqu'au tehom (l'abîme), ainsi qu'il est dit : « Je veux chanter pour mon bien-aimé le chant de mon ami au sujet de sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile ; il la becha, en ôta les pierres, y planta un cep de choix (sorek), bâtit une tour (migdal) au milieu d'elle et y creusa aussi un pressoir (yekev) » (Isaie 5,1-2).
« Il y planta un cep de choix » — c'est le Temple ; « il bâtit une tour au milieu d'elle » — c'est l'autel ; « et il y creusa aussi un pressoir » — ce sont les chitin.
Une baraita vient appuyer la thèse précédente par un tout autre verset. R. Yossi lit le célèbre chant de la vigne d'Isaie comme une description codée du Temple : la vigne est Israël, le sorek (cep de choix) est le Beit ha-Mikdach, la tour bâtie au milieu est l'autel, et le yekev (le pressoir, une fosse creusée) ce sont les chitin.
L'argument tient à l'identité du vigneron : dans le machal, celui qui plante, bâtit et creuse est Dieu. Si donc le yekev fait partie de ce qu'Il a creusé, les chitin ne sont pas un aménagement humain — ils appartiennent à l'ordre de la Création, et descendent bien jusqu'au tehom.
Tossefot signale une variante textuelle lourde de conséquences : la Tossefta répartit autrement les référents (la tour = le heikhal, le pressoir = l'autel, appelé yekev parce qu'on y verse le vin des pressoirs). Dans cette version, les chitin ne sortent plus du mot yekev mais du mot superflu gam (« aussi »), traité comme un ribboui (terme d'inclusion).
On a enseigné dans une baraita : Rabbi Elazar bar Tsadok a dit : il y avait un petit orifice (loul) entre le kevech (la rampe) et l'autel, du côté ouest de la rampe ; et une fois tous les soixante-dix ans, de jeunes cohanim (pirhei kehouna) y descendaient et y ramassaient du vin figé qui ressemblait à des galettes de figues pressées ; ils venaient alors le brûler en sainteté, ainsi qu'il est dit : « dans le lieu saint, verse une libation de boisson forte à l'Éternel » (Nombres 28,7) —
Cette dernière baraita décrit une réalité tout autre : non pas un conduit sans fond, mais un loul, une cavité maçonnée, située dans l'espace d'air qui sépare la rampe de l'autel, du côté occidental de la rampe. Rachi précise sa géométrie : le kevech mesure trente-deux amot de long et seize de large ; le loul occupe les huit amot occidentales ; il a quatre parois et un fond de dalles de marbre, de sorte que le vin ne s'y absorbe pas.
D'où la conséquence : tout le vin des libations de l'année s'y accumule, moisit et se fige en masses semblables à des galettes de figues séchées. Il faut donc périodiquement vider le loul — tous les soixante-dix ans, par de jeunes cohanim assez agiles pour y descendre. Ce vin restant du kodech, il est interdit à tout profit : on ne le jette pas, on le brûle en lieu saint, dans la azara, ce que Rachi rattache au verset par un hekech (rapprochement) entre la combustion et la libation elle-même.
Rachi tire la conclusion polémique : ce Tana ne peut pas tenir que les chitin descendent jusqu'au tehom — sinon rien ne s'y accumulerait jamais. Il diverge donc des Sages, et la Guemara le dira explicitement plus loin.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).