Sukkah 49b — Brûler les libations en sainteté, boucher les chitin, et l'éloge de la discrétion et du hessed

Sukkah 49b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du débat concernant le sort des libations : de même qu'elles sont versées en sainteté, leur surplus doit être brûlé en sainteté, ce que Rabina établit par une gezera chava kodech-kodech. La Guemara utilise ensuite la loi de la meila (le détournement de biens consacrés) comme test pour identifier l'auteur d'une baraita, et le fait deux fois en sens inverse : chaque hypothèse est neutralisée, une fois par le cas où le vin a été recueilli dans un récipient (d'ikélat), une fois par le principe selon lequel rien dont la mitsva est accomplie n'est plus sujet à meila.

Rech Lakich apporte alors une pratique du Temple : pendant le nissoukh du vin on bouchait les chitin, pour que le verset ba-kodech hassékh nessekh chékhar s'accomplisse — d'où l'analyse par Rav Papa des trois sens de chékhar, et la remarque que la satiété du vin passe par le gosier. Le folio bascule ensuite dans un long développement aggadique : la beauté des pas d'Israël montant pour la fête, la Torah comparée à la cuisse cachée, le verset de Mikha lu comme un éloge de la discrétion, puis la hiérarchie construite par Rabbi Elazar — la tsedaka au-dessus des sacrifices, les guemilout hassadim au-dessus de la tsedaka pour trois raisons — et enfin la définition de la torat 'hessed comme Torah lichma ou Torah destinée à être enseignée.

Le folio se referme en revenant à la michna, sur la raison pour laquelle la jarre d'or du Chabbat n'était volontairement pas consacrée.

Le fil du folio : des chitin bouchés à la Torah de 'hessed Sukkah 49b passe d'un débat technique sur la meila à un long bloc aggadique sur la discrétion et la bonté. Mouvement 1 (seg. 0) -- fin de la position de Rabbi Elazar bar Tsadok Les libations restées entre la rampe et l'autel doivent être brûlées -- et brûlées en sainteté. Rabina : gezera chava kodech / kodech, entre ba-kodech hassékh nessekh et ki kodech hou (le notar). Enjeu : le lieu de la sereifa (combustion) -- dans l'enceinte sainte, pas dans le hel. Mouvement 2 (seg. 1-3) -- la meila comme test d'attribution Baraita : nessakhim, au début il y a meila ; descendus dans les chitin, il n'y a plus de meila. Version 1 : ce doit être R. Elazar bar Tsadok -- sinon l'énoncé serait sans objet (tout est au tehom). Version 2 (ika de-amri) : ce doit être les Rabbanan -- sinon la kedoucha subsisterait encore. Les deux fois la Guemara refuse de trancher : d'ikélat d'un côté, mitsvatô na'assit de l'autre. Mouvement 3 (seg. 3-4) -- Rech Lakich : on bouche les chitin Pendant le nissoukh du vin on obture l'orifice, pour que le verset ba-kodech hassékh nessekh chékhar s'accomplisse. Rav Papa : chékhar = boire, rassasier, enivrer. Donc l'autel doit paraître un gosier plein. Conséquence pratique : on est rassasié par le gosier -- d'où les grandes gorgées de Rava. Mouvement 4 (seg. 5-12) -- le grand bloc aggadique : tsniout et 'hessed Rava : ma yafou fé'amayikh -- la beauté des pas d'Israël montant pour la fête ; bat nadiv = fille d'Avraham. Rav Anan : hamoukei yerekhayikh -- la Torah se compare à la cuisse, elle veut la discrétion. R. Elazar sur Mikha : din, guemilout hassadim, hatsnéa lékhet -- puis un kal va-homer sur la discrétion. Hiérarchie : tsedaka au-dessus des korbanot ; guemilout hassadim au-dessus de la tsedaka (3 raisons). Clôture : le hen révèle la crainte du Ciel ; la Torah lichma (ou pour l'enseigner) est la torat 'hessed. Mouvement 5 (seg. 13) -- retour à la michna : ke-ma'asséhoû ba-hol Pourquoi une jarre d'or NON consacrée ? Zeiri : pas de chiour pour l'eau, et le keli charet consacre sans intention.
Le fil du folio : de la gezera chava sur la combustion des libations au retour à la michna.
La meila comme test : qui est l'auteur de la baraita des nessakhim ? Deux versions symétriques de la même enquête -- et deux refus de trancher. Baraita : les nessakhim -- au début on est passible de meila ; descendus dans les chitin, on ne l'est plus. Version 1 -- lachon richon Hypothèse : c'est R. Elazar bar Tsadok. Chez lui le vin s'accumule entre rampe et autel : on peut y descendre, donc dire non-meila à un sens. Car si c'étaient les Rabbanan : tout est tombé au tehom (l'abîme) -- l'énoncé serait inutile. Réponse : même les Rabbanan -- cas d'ikélat Version 2 -- ika de-amri Hypothèse inverse : c'est les Rabbanan, et non R. Elazar bar Tsadok. Chez les Rabbanan le vin quitte tout usage sacré. Car si c'était R. Elazar : le vin reste dans sa kedoucha, puisqu'il exige encore d'être brûlé. Réponse : même R. Elazar -- mitsvatô na'assit Les deux principes qui neutralisent le test d'ikélat : on a suspendu un récipient dans les chitin, donc du vin a bien été recueilli même chez les Rabbanan. mitsvatô na'assit : rien dont la mitsva est déjà accomplie n'est encore sujet à meila -- le nissoukh est la mitsva. À retenir : kedoucha et meila ne coïncident pas Le vin peut rester saint (au point d'exiger la sereifa) et n'être pourtant plus sujet à meila : la meila suit le tsorekh gavoah.
Les deux versions du test de la meila, et les deux principes qui l'empêchent de trancher.
L'échelle de Rabbi Elazar : korbanot, tsedaka, guemilout hassadim Deux énoncés successifs construisent une hiérarchie, puis une baraita en donne les trois raisons. Les korbanot (hatat, acham, ola, chelamim -- tous des zevahim) niveau de référence La tsedaka -- supérieure à tous les sacrifices Michlei 21,3 : pratiquer la tsedaka et le michpat est préféré par l'Éternel au sacrifice (mi-zavah). Les guemilout hassadim -- supérieurs à la tsedaka Hochea 10,12 : semez selon la tsedaka, moissonnez selon le 'hessed. Semer est incertain (rouille, grêle) ; moissonner, on mange à coup sûr. Baraita : les trois raisons de cette supériorité 1. Le moyen tsedaka : par son argent seul 'hessed : par son corps ET son argent 2. Le destinataire tsedaka : les pauvres 'hessed : pauvres ET riches 3. L'état du bénéficiaire tsedaka : les vivants 'hessed : vivants ET morts Corollaire (seg. 9) : la tsedaka n'est payée qu'à la mesure du 'hessed qu'elle contient -- l'effort et l'attention, pas la somme.
L'échelle korbanot / tsedaka / guemilout hassadim, et les trois raisons de la baraita.
1
כְּשֵׁם שֶׁנִּיסּוּכוֹ בִּקְדֻושָּׁה, כָּךְ שְׂרֵיפָתוֹ בִּקְדֻושָּׁה. מַאי מַשְׁמַע? אָמַר רָבִינָא: אָתְיָא ״קֹדֶשׁ״ ״קֹדֶשׁ״. כְּתִיב הָכָא: ״בַּקֹּדֶשׁ הַסָּךְ נֶסֶךְ״, וּכְתִיב הָתָם: ״וְשָׂרַפְתָּ אֶת הַנּוֹתָר בָּאֵשׁ לֹא יֵאָכֵל כִּי קֹדֶשׁ הוּא״.

…de même que sa libation (nissoukh) se fait en sainteté, de même sa combustion se fait en sainteté. D'où cela ressort-il [qu'il s'agit bien de combustion] ?

Rabina a dit : cela se déduit [par une gezera chava] « kodech » — « kodech ». Il est écrit ici : « ba-kodech hassékh nessekh » (dans le lieu saint tu verseras la libation — Bamidbar 28,7), et il est écrit là-bas : « tu brûleras au feu ce qui reste, cela ne sera pas mangé car c'est saint (kodech) » (Chemot 29,34).

📜 Rachi (3)
מַה נִיסּוּכוֹ בִּקְדֻושָּׁה כו' לָא יָלֵיף מֵהָכָא אֶלָּא שֶׁשְּׂרֵיפָתוֹ בִּקְדֻושָּׁה וְלֹא בְּחַיִל חוּץ לָעֲזָרָה אֲבָל הוֹצָאָתוֹ מִשָּׁם פְּשִׁיטָא לֵיהּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְמַלְּאוּ וְלֹא צָרִיךְ קְרָא:
De même que sa libation se fait en sainteté, etc. — on ne déduit d'ici que ceci : que sa combustion doit se faire en sainteté, et non dans le hel, hors de la azara. Mais qu'il faille les en extraire, cela lui est évident — afin que [les chitin] ne se remplissent pas — et aucun verset n'est nécessaire pour cela.
מַאי מַשְׁמַע מֵהָכָא שְׂרֵיפָה:
D'où cela ressort-il — [d'où tire-t-on] d'ici la combustion ?
אָתְיָא קֹדֶשׁ קֹדֶשׁ וְאִיכָּא לְמֵימַר נָמֵי דְּמִצְוַת הוֹצָאָתוֹ וּשְׂרֵיפָתוֹ מֵהָכָא יָלֵיף:
Cela se déduit kodech — kodech — et l'on peut aussi dire que c'est d'ici que se déduisent l'obligation de les extraire et celle de les brûler.
💡 Explication

Fin de la position de Rabbi Elazar bar Tsadok, commencée en 49a : chez lui les libations ne disparaissent pas dans l'abîme mais s'accumulent entre la rampe et l'autel ; on les recueillait tous les soixante-dix ans et on les brûlait. Reste à fonder cette combustion sur un verset.

La gezera chava est une règle d'exégèse : deux passages employant le même mot s'éclairent l'un l'autre. Ici le mot-pont est kodech. Le verset des libations le contient sans parler de combustion ; le verset du notar (le reste d'un sacrifice) le contient en parlant explicitement de brûler. Le transfert se fait donc du second vers le premier.

Rachi précise l'apport réel du verset : ce n'est pas qu'il faille brûler — cela va de soi, sinon les chitin se rempliraient — mais qu'il faille le faire en sainteté, c'est-à-dire dans l'enceinte de la azara et non dans le hel qui lui est extérieur.

🖼️ Schéma
La gezera chava de Rabina : kodech / kodech Comment tirer du verset des libations une obligation de BRÛLER le reste, et de le brûler en lieu saint. Verset 1 -- les libations Bamidbar 28,7 : ba-KODÈCH hassékh nessekh (dans le lieu saint tu verseras la libation) On y lit le mot kodech -- mais rien sur le sort du surplus. Question de la Guemara : mai machma ? d'où la sereifa ? Verset 2 -- le notar (reste) Chemot 29,34 : tu brûleras le reste au feu, il ne sera pas mangé car il est KODÈCH Ici le mot kodech est explicitement lié à la combustion. C'est le terme-pont de la gezera chava. kodech mot identique Conclusion transférée du verset 2 vers le verset 1 Le surplus des libations se brûle -- et, selon Rachi, ce que le verset ajoute surtout : il se brûle EN SAINTETÉ, c'est-à-dire dans l'enceinte de la azara, non dans le hel qui lui est extérieur.
Le mot kodech relie le verset des libations à celui du notar : c'est la gezera chava de Rabina.
2
כְּמַאן אָזְלָא הָא (דְּתַנְיָא): נְסָכִים, בַּתְּחִילָּה מוֹעֲלִין בָּהֶן. יָרְדוּ לַשִּׁיתִין — אֵין מוֹעֲלִין בָּהֶן. לֵימָא רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק הִיא, דְּאִי רַבָּנָן, הָא נָחֲתוּ לְהוּ לִתְהוֹם!

Selon qui va ceci (ce qui est enseigné dans la baraita) : « Les libations (nessakhim) : au début, on est passible de meila (détournement de biens consacrés) à leur égard ; une fois descendues dans les chitin — on n'est plus passible de meila à leur égard. » Dirons-nous que c'est Rabbi Elazar bar Tsadok ? Car si c'étaient les Rabbanan — voilà qu'elles sont déjà descendues dans l'abîme (tehom) !

📜 Rachi (3)
בַּתְּחִילָּה מוֹעֲלִין בָּהֶם מִשֶּׁהֻוקְדְּשׁוּ עַד שֶׁנִּתְנַסְּכוּ יֵשׁ בָּהֶם מְעִילָה דְּקָדְשֵׁי גָּבוֹהַּ נִינְהוּ:
Au début on est passible de meila à leur égard — depuis qu'elles ont été consacrées jusqu'à ce qu'elles soient versées, il y a meila à leur égard, car ce sont des kodchei gavoah (des biens saints appartenant au Très-Haut).
יָרְדוּ לַשִּׁיתִין אֵין מוֹעֲלִין בָּהֶן שֶׁאֵין בָּהֶם שׁוּם צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ:
Une fois descendues dans les chitin, on n'est plus passible de meila à leur égard — car elles ne servent plus à aucun besoin du Temple (tsorekh gavoah).
כְּמַאן אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי אֵין מוֹעֲלִין כַּר' אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק דְּאֵין יוֹרְדִין לַתְּהוֹם וְאֶפְשָׁר לֵירֵד וְלַהֲבִיאָם:
Selon qui — a-t-il fallu enseigner qu'il n'y a plus de meila ? Selon Rabbi Elazar bar Tsadok, pour qui [les libations] ne descendent pas dans l'abîme et où il est possible de descendre les rechercher [d'où l'utilité de préciser qu'il n'y a plus de meila].
🗂️ Tossefot (1)
נְסָכִים בַּתְּחִילָּה מוֹעֲלִין בָּהֶם. מִשְׁנָה הִיא בִּמְעִילָה פֶּרֶק וְלַד חַטָּאת (מְעִילָה דַּף יא.) וּמַסִּיק עֲלָהּ בגמ' בִּלְשׁוֹנוֹת אֲחֵרִים שֶׁאֵין כְּתוּבִים כָּאן וְגִירְסָא דְּהָכָא עִיקָּר:
« Les libations : au début on est passible de meila à leur égard. » C'est une michna dans le traité Meila, chapitre Velad Hatat (Meila 11a) ; et la Guemara y conclut avec d'autres formulations qui ne sont pas écrites ici — et la version d'ici est la version principale (ikar).
💡 Explication

La meila est le détournement, même involontaire, d'un bien consacré à un usage profane ; elle entraîne réparation et sacrifice. La baraita fixe une borne : la meila cesse quand les libations descendent dans les chitin.

La Guemara traite cet énoncé comme un indice d'auteur. Dire « il n'y a plus de meila » n'a d'intérêt que si le cas peut se présenter, donc si le vin est encore accessible. Or seul Rabbi Elazar bar Tsadok soutient qu'il s'arrête entre la rampe et l'autel ; chez les Rabbanan il descend jusqu'au tehom, l'abîme, et la question ne se poserait jamais.

🖼️ Schéma
La meila comme test : qui est l'auteur de la baraita des nessakhim ? Deux versions symétriques de la même enquête -- et deux refus de trancher. Baraita : les nessakhim -- au début on est passible de meila ; descendus dans les chitin, on ne l'est plus. Version 1 -- lachon richon Hypothèse : c'est R. Elazar bar Tsadok. Chez lui le vin s'accumule entre rampe et autel : on peut y descendre, donc dire non-meila à un sens. Car si c'étaient les Rabbanan : tout est tombé au tehom (l'abîme) -- l'énoncé serait inutile. Réponse : même les Rabbanan -- cas d'ikelat Version 2 -- ika de-amri Hypothèse inverse : c'est les Rabbanan, et non R. Elazar bar Tsadok. Chez les Rabbanan le vin quitte tout usage sacré. Car si c'était R. Elazar : le vin reste dans sa kedoucha, puisqu'il exige encore d'être brûlé. Réponse : même R. Elazar -- mitsvato na'assit Les deux principes qui neutralisent le test d'ikelat : on a suspendu un récipient dans les chitin, donc du vin a bien été recueilli même chez les Rabbanan. mitsvato na'assit : rien dont la mitsva est déjà accomplie n'est encore sujet à meila -- le nissoukh est la mitsva. À retenir : kedoucha et meila ne coïncident pas Le vin peut rester saint (au point d'exiger la sereifa) et n'être pourtant plus sujet à meila : la meila suit le tsorekh gavoah.
Les deux versions du test, et les deux réponses qui l'empêchent de trancher.
3
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, בִּדְאֶיקְלֹט.

Tu peux même dire que c'est [selon] les Rabbanan : dans un cas où [le vin] a été recueilli (be-d'ikelat).

📜 Rachi (1)
דְּאֶיקְלֹט אִם תָּלָה כְּלִי בְּתוֹךְ הַשִּׁיתִין וְקִיבֵּל:
Où cela a été recueilli — s'il a suspendu un récipient à l'intérieur des chitin et qu'il a recueilli [les libations].
💡 Explication

Le test échoue. Même pour les Rabbanan, il existe un cas où le vin reste récupérable : d'ikelat, littéralement « où cela a été capté ». Rachi décrit le dispositif : on a suspendu un récipient à l'intérieur des chitin, et il a intercepté le vin avant qu'il ne file vers l'abîme.

La baraita reste donc compatible avec les deux opinions : on ne peut pas s'en servir pour identifier son auteur.

4
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: לֵימָא רַבָּנָן הִיא, וְלָא רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק? דְּאִי רַבִּי אֶלְעָזָר, אַכַּתִּי בִּקְדֻושְׁתַּייְהוּ קָייְמִי! אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי אֶלְעָזָר, אֵין לְךָ דָּבָר שֶׁנַּעֲשָׂה מִצְוָתוֹ וּמוֹעֲלִין בּוֹ. אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: בִּזְמַן שֶׁמְּנַסְּכִין יַיִן עַל גַּבֵּי מִזְבֵּחַ, פּוֹקְקִין אֶת הַשִּׁיתִין. לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר: ״בַּקֹּדֶשׁ הַסֵּךְ נֶסֶךְ שֵׁכָר לַה׳״.

Et certains disent [une autre version] : dirons-nous que c'est [selon] les Rabbanan, et non selon Rabbi Elazar bar Tsadok ? Car si c'était Rabbi Elazar, elles se tiennent encore dans leur sainteté !

[Réponse :] tu peux même dire que c'est Rabbi Elazar — il n'existe aucune chose dont la mitsva a été accomplie et à l'égard de laquelle on soit encore passible de meila. Rech Lakich a dit : au moment où l'on verse le vin sur l'autel, on bouche les chitin, afin d'accomplir ce qui est dit : « ba-kodech hassékh nessekh chékhar la-Hachem » (dans le lieu saint tu verseras une libation de boisson forte à l'Éternel — Bamidbar 28,7).

📜 Rachi (4)
א"ד לֵימָא הָא דְּקָתָנֵי יָרְדוּ לַשִּׁיתִין אֵין מוֹעֲלִין רַבָּנָן הִיא וְאֶיקְלֹט אֵין מוֹעֲלִין דְּאֵין בָּהֶן מֵעַתָּה צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ דְּאִי ר' אֶלְעָזָר אַכַּתִּי בִּקְדֻושְׁתַּייְהוּ קָייְמִי דְּקָאָמַ' שׂוֹרְפִין אוֹתוֹ בִּקְדֻושָּׁה אַלְמָא קְדֻושָּׁתוֹ עֲלֵיהֶם מִדְּבָעוּ שְׂרֵיפָה:
Et certains disent : dirons-nous — que ce qui est enseigné, « une fois descendues dans les chitin il n'y a plus de meila », suit les Rabbanan ; et [même] si cela a été recueilli il n'y a pas de meila, car désormais [les libations] ne servent plus à aucun besoin du Temple. Car si c'était Rabbi Elazar [bar Tsadok], elles se tiennent encore dans leur sainteté — puisqu'il dit qu'on les brûle en sainteté : preuve que leur sainteté demeure sur elles, du fait qu'elles exigent d'être brûlées.
שֶׁנַּעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ וְנִיסּוּכוֹ הוּא עִיקַּר מִצְוָתוֹ:
Dont la mitsva a été accomplie — et sa libation est l'essentiel de sa mitsva.
פּוֹקְקִין אֶת הַשִּׁיתִין אֶת נֶקֶב שֶׁבְּרֹאשׁ הַמִּזְבֵּחַ שֶׁהַנְּסָכִים יוֹרְדִין בּוֹ לַשִּׁיתִין שֶׁיִּרְאֶה הַיַּיִן עָלָיו כְּגָרוֹן מָלֵא וְשֶׁבַע:
On bouche les chitin — l'orifice qui se trouve au sommet de l'autel, par lequel les libations descendent vers les chitin ; ainsi le vin apparaît sur lui comme un gosier plein et rassasié.
שְׂכַר לְשׁוֹן שִׁכְרוּת וְשִׂמְחָה וּנְסִיכָה:
Chékhar — un terme qui évoque l'ivresse (chikhrout), la joie et la libation (nessikha).
💡 Explication

Le même test, retourné. Cette fois l'hypothèse est que la baraita suit les Rabbanan : chez eux le vin quitte définitivement l'usage sacré, donc plus de meila. Chez Rabbi Elazar bar Tsadok, au contraire, il conserverait sa kedoucha — puisque le segment précédent vient d'établir qu'il exige d'être brûlé en sainteté.

La réponse dissocie deux notions qu'on confond spontanément : la kedoucha (le statut sacré) et la meila (la responsabilité pour usage profane). Dès lors que mitsvato na'assit, que la mitsva de l'objet est accomplie — et le nissoukh est précisément la mitsva du vin — il n'y a plus de meila, même si un résidu de sainteté subsiste.

Rech Lakich ouvre alors un autre sujet : une pratique du Temple. On obturait l'orifice qui menait aux chitin pendant le versement, pour que le vin stationne visiblement au sommet de l'autel. Le mot chékhar du verset l'exige : il ne suffit pas de verser, il faut l'image d'une boisson qui remplit.

🖼️ Schéma
Rech Lakich : pendant le nissoukh, on bouche les chitin Pour que le vin stagne au sommet de l'autel et donne l'image d'un gosier plein. Coupe de l'autel pendant la libation corps de l'autel vin retenu au sommet orifice vers les chitin bouchon (pekek) chitin tant que le bouchon est en place, rien ne descend le débat sur le tehom est donc suspendu ici Pourquoi ? l'image du verset ba-kodech hassékh nessekh CHÉKHAR la-Hachem (Bamidbar 28,7) chékhar n'évoque pas seulement le fait de verser : il évoque une boisson qui rassasie et qui enivre. Or on ne se rassasie de vin que par un gosier plein. Il faut donc que le vin stationne, visible, au sommet de l'autel -- et non qu'il file aussitôt vers le bas. Rachi : que le vin apparaisse sur lui comme un gosier plein et rassasié.
L'orifice bouche pendant le nissoukh : le vin stagne au sommet, comme un gosier plein.
5
מַאי מַשְׁמַע? אָמַר רַב פָּפָּא: ״שֵׁכָר״ — לְשׁוֹן שְׁתִיָּה, לְשׁוֹן שְׂבִיעָה, לְשׁוֹן שִׁכְרוּת. אָמַר רַב פָּפָּא: שְׁמַע מִינַּהּ כִּי שָׂבַע אִינִישׁ חַמְרָא — מִגְּרוֹנֵיהּ שֶׁבַע. אָמַר רָבָא: צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דְּלָא נְפִישׁא לֵיהּ חַמְרָא, לִיגַמַּע גַּמּוֹעֵי. רָבָא אַכָּסָא דְבִרְכְּתָא אַגְמַע גַּמּוֹעֵי.

D'où cela ressort-il ? Rav Papa a dit : « chékhar » — c'est un terme de boisson (chetiya), un terme de satiété (seviya), un terme d'ivresse (chikhrout).

Rav Papa a dit : apprends de là que lorsqu'un homme est rassasié de vin, c'est par son gosier qu'il est rassasié. Rava a dit : un jeune érudit (tsourva me-rabbanan) qui n'a pas beaucoup de vin, qu'il l'avalé à grandes gorgées.

Rava, sur la coupe de la bénédiction (kos chel berakha), l'avalait à grandes gorgées.

📜 Rachi (3)
מִגְּרוֹנֵיהּ שֶׁבַע ע"י שֶׁשּׁוֹתֵהוּ בִּלְגִימוֹת גַּסּוֹת וְגָרוֹן מָלֵא הוּא מַשְׂבִּיעַ וְלֹא עַל יְדֵי שְׁתִיָּה מְרֻובָּה שֶׁמַּכְנִיס הַרְבֵּה יַיִן בְּמֵעָיו ע"י לְגִימוֹת דַּקּוֹת וְאֵינָן כָּאֳוכָלִין שֶׁשֹּׂובַע שֶׁלָּהֶם בָּא בְּמִילּוּי כָּרֵס:
C'est par son gosier qu'il est rassasié — c'est en le buvant à grosses gorgées, le gosier plein, qu'il rassasie ; et non par une boisson abondante où l'on fait entrer beaucoup de vin dans ses entrailles à petites gorgées. [Les boissons] ne sont pas comme les aliments, dont la satiété vient du remplissage du ventre.
לְגַמֵּעַ גְּמוּעֵי בִּלְגִימוֹת גַּסּוֹת:
Qu'il l'avalé à grandes gorgées — à grosses lampées.
מְגַמֵּעַ לֵיהּ גַּמּוֹעֵי דֶּרֶךְ שְׂבִיעָה מִשּׁוּם חִיבּוּב מִצְוָה:
Il l'avalait à grandes gorgées — à la manière du rassasiement, par hibouv mitsva (amour de la mitsva).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב פָּפָּא: 'שֵׁכָר', לְשׁוֹן שְׁתִיָּה, לְשׁוֹן שְׂבִיעָה, לְשׁוֹן שִׁכְרוּת. נִרְאֶה לִי בס"ד לְשׁוֹן שְׁתִיָּה הוּא מִלְּשׁוֹן 'אַשָּׂכִיר חֲצִי מִדָּם' בְּפָרָשַׁת הַאֲזִינוּ (דְּבָרִים לב, מב) שֶׁתִּרְגֵּם אוּנְקְלוֹס 'אָרוּי גֵּירֵי', נִמְצָא שֵׁכָר לְשׁוֹן רִוּוּי וְהָאָדָם מִתְרַווֶּה בִּשְׁתִיָּה. וּמַה שֶׁאָמַר לְשׁוֹן שְׂבִיעָה הוּא מִלְּשׁוֹן 'כָּל עֹשֵׂי שֶׂכֶר אַגְמֵי נָפֶשׁ' בִּישַׁעְיָה (יְשַׁעְיָה יט, י) שֶׁהוּא לְשׁוֹן סְתִימָה וְכֵן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל פָּסוּק 'זֶרַע צְדָקָה שֵׁכָר אֱמֶת' בְּמִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי יא, יח) נִמְצָא שֵׁכָר לְשׁוֹן סְתִימָה וּסְגִירָה, וְכֵן הִשָּׁבַע סוֹגֵר וְסוֹתֵם חֲלַל הַכֶּרֶם שֶׁלֹּא יֵשׁ מָקוֹם חָלוּל עוֹד לְהַכְנִיס בּוֹ דָּבָר, ו' לְשׁוֹן שִׁכְרוּת' כְּמִשְׁמָעוֹ.
« Rav Papa a dit : chékhar — terme de boisson, terme de satiété, terme d'ivresse. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le terme de boisson vient de l'expression « achkir hitsaï mi-dam » (j'enivrerai mes flèches de sang), dans la paracha Haazinou (Devarim 32,42), qu'Onkelos traduit « arvéi guiraï » (je saturerai mes flèches) : il apparaît donc que chékhar est un terme de saturation (ravaya), et que l'homme se sature en buvant. Et ce qu'il dit « terme de satiété » vient de l'expression « kol osséi sèkher agméi nafèch » dans Isaie (19,10), qui est un terme d'obturation — ainsi l'a expliqué Rachi, de mémoire bénie, sur le verset « zera tsedaka sèkher émet » dans les Proverbes (11,18). Il apparaît donc que sèkher est un terme d'obturation et de fermeture ; de même le rassasiement ferme et obture la cavité du ventre, de sorte qu'il n'y reste plus d'espace vide où introduire quoi que ce soit. Et « terme d'ivresse » — selon son sens littéral.
💡 Explication

Le mot chékhar est traité comme un mot à trois étages. Il dit d'abord l'acte de boire, ensuite l'effet de rassasiement, enfin l'ivresse. C'est le sens intermédiaire qui justifie la pratique de Rech Lakich : une libation qui s'écoule aussitôt ne rassasie personne, il faut qu'elle remplisse.

Rav Papa en tire une observation physiologique : contrairement à la nourriture, dont la satiété vient du remplissage du ventre, celle du vin se joue au gosier. Rava en tire une conséquence de table pour l'étudiant pauvre en vin : à quantité égale, de grandes gorgées rassasient plus que de petites — et il applique la même règle à la kos chel berakha, par hibouv mitsva, l'amour porté à la mitsva.

🖼️ Schéma
Rav Papa : les trois sens de chékhar Un seul mot du verset porte trois registres -- et de là sort une règle pratique de table. 1. chetiya le boire Ben Yehoyada : de achkir (Devarim 32,42), qu'Onkelos rend par arvéi : saturer. le buveur est saturé 2. seviya le rassasiement Ben Yehoyada : sèkher au sens d'obturer (Isaie 19,10). Le rassasiement ferme le vide. plus de place à remplir 3. chikhrout l'ivresse Sens littéral du mot. Rachi ajoute : chékhar évoque l'ivresse, la joie, la libation. registre de la simha Déduction de Rav Papa Si le vin doit rassasier, c'est que la satiété du vin passe par le GOSIER -- pas par le remplissage du ventre. Rava, conseil au tsourva me-rabbanan Peu de vin ? boire à grandes gorgées, pas à petites. Rava, pratique personnelle Sur le kos chel berakha : grandes gorgées, par hibouv mitsva.
Les trois registres de chékhar, la déduction de Rav Papa et les deux applications de Rava.
6
דָּרַשׁ רָבָא, מַאי דִכְתִיב: ״מַה יָּפוּ פְעָמַיִךְ בַּנְּעָלִים בַּת נָדִיב״ — מַה יָּפוּ פַּעֲמוֹתֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל בְּשָׁעָה שֶׁעוֹלִין לָרֶגֶל. ״בַּת נְדִיב״ — בִּתּוֹ שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ שֶׁנִּקְרָא נָדִיב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נְדִיבֵי עַמִּים נֶאֱסָפוּ עַם אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם״. ״אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם״, וְלֹא אֱ-לֹהֵי יִצְחָק וְיַעֲקֹב?! אֶלָּא: ״אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם״, שֶׁהָיָה תְּחִילָּה לַגֵּרִים.

Rava a exposé (darach) : que signifie ce qui est écrit « ma yafou fé'amayikh ba-ne'alim bat nadiv » (que tes pas sont beaux dans les sandales, fille de prince — Chir ha-Chirim 7,2) ? Que les pas d'Israël sont beaux à l'heure où ils montent [à Jérusalem] pour la fête (aliya la-reguel).

« Bat nadiv » — la fille d'Avraham notre père, qui fut appelé nadiv (prince, généreux), ainsi qu'il est dit : « les princes (nedivei) des peuples se sont rassemblés, le peuple du Dieu d'Avraham » (Tehilim 47,10). « Le Dieu d'Avraham » — et non le Dieu d'Its'hak et de Yaakov ?!

Mais [c'est bien] « le Dieu d'Avraham », car il fut le premier des convertis (guerim).

📜 Rachi (3)
בַּנְּעָלִים בַּעֲלִייַּת רְגָלִים:
Dans les sandales — lors de la montée pour les fêtes de pèlerinage (aliya la-reguel).
נְדִיב שֶׁנָּדְבוּ לִבּוֹ לְהַכִּיר אֶת בּוֹרְאוֹ:
Nadiv — car son cœur l'a porté, d'un élan généreux, à reconnaître son Créateur.
תְּחִילָּה לַגֵּרִים בְּנִדְבַת לִבּוֹ לְהִתְגַּיֵּיר:
Le premier des convertis — par l'élan généreux de son cœur à se convertir.
💡 Explication

Le folio bascule dans l'aggada, en restant sur le même chapitre du Chir ha-Chirim que les derachot précédentes sur les chitin. Fe'amayikh désigne les pas ; les ne'alim, les sandales du voyageur : d'où la lecture sur la montée au Temple pour les trois fêtes de pèlerinage.

Le point délicat est la question posée au verset des Tehilim : pourquoi « le Dieu d'Avraham » seul, alors que les trois patriarches sont habituellement nommés ensemble ? La réponse tient au contexte du verset, qui parle des nedivei amim, les princes des nations : c'est autour d'Avraham qu'ils se rassemblent, parce qu'il fut le premier à venir de l'extérieur — le premier des guerim. Rachi ajoute la nuance : nadiv dit ici l'élan spontané du cœur, aussi bien pour reconnaître son Créateur que pour se convertir.

7
תָּנָא דְּבֵי רַב עָנָן, מַאי דִכְתִיב: ״חַמּוּקֵי יַרְכִיךְ״ — לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה כְּיָרֵךְ? לוֹמַר לְךָ: מַה יֶרֶךְ בַּסֵּתֶר, אַף דִּבְרֵי תוֹרָה בַּסֵּתֶר.

On a enseigné dans l'école de Rav Anan : que signifie ce qui est écrit « hamoukei yerekhayikh » (les courbes cachées de tes cuisses — Chir ha-Chirim 7,2) ? Pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à une cuisse ?

Pour te dire : de même que la cuisse est cachée, ainsi les paroles de Torah [se tiennent] dans la discrétion.

📜 Rachi (2)
מַאי דִּכְתִיב חַמּוּקֵי יְרֵכַיִךְ וְגוֹ' לָמָּה נִמְשְׁלוּ וְכוּ' רַב עָנָן דָּרַשׁ לִקְרָא כְּמוֹ חֲלָאִים כַּלּוּחוֹת שֶׁהָיוּ מֵאֲבָנִים טוֹבוֹת כְּמוֹ נֶזֶם [זָהָב] וַחֲלִי כֶּתֶם (מִשְׁלֵי כ״ה:י״ב) מַעֲשֵׂה יְדֵי אָמָּן וְהַלּוּחוֹת מַעֲשֵׂה אֱ-לֹהִים (שְׁמוֹת ל״ב:ט״ז):
Que signifie ce qui est écrit « hamoukei yerekhayikh », etc., pourquoi ont-elles été comparées, etc. — Rav Anan a exposé le verset en lisant « halaim » (bijoux) comme désignant les Tables [de la Loi], qui étaient faites de pierres précieuses, à l'image de « un anneau d'or et un bijou (hali) d'or fin » (Michlei 25,12), « œuvre des mains d'un artiste » — or les Tables étaient « œuvre de Dieu » (Chemot 32,16).
חַמּוּקֵי יַרְכִיךְ הַנִּסְתָּרִים כְּיֶרֶךְ שֶׁכְּבוֹד הַתּוֹרָה בְּצִנְעָא וְלֹא לִהְיוֹת יוֹשֵׁב וְשׁוֹנֶה בְּגֹובַהּ שֶׁל עִיר וְלֹא לְשַׁנּוֹת לְתַלְמִידָיו בַּשּׁוּק כִּדְאָמַר בְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף טז.):
Hamoukéi yerekhayikh — [les paroles de Torah sont] cachées comme la cuisse, car l'honneur de la Torah est dans la discrétion : ne pas s'asseoir et étudier sur les hauteurs de la ville, ni enseigner à ses élèves sur la place du marché, comme il est dit au traité Moed Katan (16a).
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַה יֶרֶךְ בַּסֵּתֶר, אַף דִּבְרֵי תוֹרָה בַּסֵּתֶר. נִרְאֶה לִי בס"ד הַיָּרֵךְ הוּא רֹאשׁ חֲצִי הַשֵּׁנִי שֶׁל הַגּוּף וְלָכֵן שַׁיָּיךְ בּוֹ שְׁלֹשָׁה תּוֹאֲרִים אֵלּוּ דְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם 'סָתַר' שֶׁהוּא ס וָף ת וָךְ ר אֵשׁ דְּאֶפְשָׁר לִקְרוֹתוֹ סוֹף לְגַבֵּי חֲצִי הָעֶלְיוֹן שֶׁל הַגּוּף, וְאֶפְשָׁר לִקְרוֹתוֹ תּוֹךְ דְּהוּא בְּאֶמְצַע הַגּוּף, וְאֶפְשָׁר לִקְרוֹתוֹ רֹאשׁ שֶׁהוּא רֹאשׁ חֲצִי הַשֵּׁנִי שֶׁל הַגּוּף, וְכֵן שְׁלֹשָׁה עוֹלָמוֹת בי"ע [בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] שֶׁהֵם חֲיָילוֹת הַמַּלְכוּת אֲשֶׁר נִתְקָנִים וְנִבְרָרִים עַל יְדֵי הַתּוֹרָה הֵם גַּם כֵּן רְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת 'סֵתֶר' דַּעֲשִׂיָּה הִיא סוֹף וִיצִירָה תּוֹךְ וּבְרִיאָה רֹאשׁ לָעוֹלָמוֹת שֶׁהֵם חַיָּילוֹת הַמַּלְכוּת. וְנִרְאֶה דִּקְרָא לְחַלֵּק הַסּוֹד בְּשֵׁם 'חֲלָאִים' (שִׁיר הַשִּׁירִים ז, ב) שֶׁהוּא 'לֶחֶם י"א' רֶמֶז לזו"ן [זְעֵיר וְנֻוקְבָּא] שֶׁהֵם ו"ה שֶׁבַּשֵּׁם אֲשֶׁר מִסְפָּרָם י"א. גַּם י"א הוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת י ו"ד א צִילּוֹת וְדוֹק.
« De même que la cuisse est cachée, ainsi les paroles de Torah sont cachées. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la cuisse (yarekh) est la tête de la seconde moitié du corps ; c'est pourquoi trois qualifications lui conviennent, dont les initiales forment le mot seter (le caché) : sof (la fin), tokh (le milieu), roch (la tête). On peut l'appeler sof relativement à la moitié supérieure du corps ; on peut l'appeler tokh, car elle se trouve au milieu du corps ; et on peut l'appeler roch, car elle est la tête de la seconde moitié du corps. De même, les trois mondes BY"A [Beria, Yetsira, Assiya], qui sont les armées de la Malkhout et qui sont réparés et triés par la Torah, sont eux aussi allusionnés dans les lettres de seter : Assiya est le sof, Yetsira le tokh, et Beria le roch des mondes qui sont les armées de la Malkhout. Et il semble que [le verset] appelle la dimension du sod du nom de halaim (Chir ha-Chirim 7,2), dont les lettres se recomposent en le'hem yod-alef (le pain de onze) : allusion au ZO"N [Zeir Anpin et Noukva], qui sont le vav et le hé du Nom, dont la valeur est onze. De plus, yod-alef est l'acronyme de Yod (le nom Yod) et Atsilout — et examine bien la chose.
💡 Explication

La suite immédiate du même verset. La cuisse (yarekh) est ce que le vêtement couvre toujours : la comparaison ne porte pas sur une pudeur morale mais sur un mode d'existence — la Torah est à sa place quand elle n'est pas exposée.

Rachi donne la portée pratique en renvoyant à Moed Katan 16a : ne pas s'installer pour étudier sur les hauteurs de la ville, ne pas enseigner à ses élèves sur la place du marché. Ce n'est pas l'étude en public qui est visée, mais sa mise en spectacle.

8
וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, מַאי דִכְתִיב: ״הִגִּיד לְךָ אָדָם מַה טּוֹב וּמָה ה׳ דּוֹרֵשׁ מִמְּךָ כִּי אִם עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט וְאַהֲבַת חֶסֶד וְהַצְנֵעַ לֶכֶת עִם אֱ-לֹהֶיךָ״. ״עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט״ — זֶה הַדִּין, ״וְאַהֲבַת חֶסֶד״ — זוֹ גְּמִילוּת חֲסָדִים, ״וְהַצְנֵעַ לֶכֶת עִם אֱ-לֹהֶיךָ״ — זוֹ הוֹצָאַת הַמֵּת וְהַכְנָסַת כַּלָּה לַחֻופָּה. וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמַה דְּבָרִים שֶׁדַּרְכָּן לַעֲשׂוֹתָן בְּפַרְהֶסְיָא, אָמְרָה תּוֹרָה ״הֶצְנֵעַ לֶכֶת״, דְּבָרִים שֶׁדַּרְכָּן לַעֲשׂוֹתָן בְּצִנְעָא — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Et c'est ce qu'a dit Rabbi Elazar : que signifie ce qui est écrit « Il t'a dit, homme, ce qui est bien, et ce que l'Éternel exige de toi : rien d'autre que de pratiquer la justice (assot michpat), d'aimer la bonté (ahavat 'hessed) et de marcher humblement (ve-hatsnéa lèkhet) avec ton Dieu » (Mikha 6,8) ? « Pratiquer la justice » — c'est le din (le jugement) ; « aimer la bonté » — ce sont les guemilout hassadim (les actes de bonté) ; « marcher humblement avec ton Dieu » — c'est l'accompagnement du mort [à sa sépulture] et l'introduction de la fiancée sous le dais nuptial (houppa).

Or n'est-ce pas un raisonnement à fortiori (kal va-homer) : si pour des choses dont l'usage est de les accomplir en public la Torah dit « marche humblement », alors pour des choses dont l'usage est de les accomplir dans la discrétion — à combien plus forte raison !

📜 Rachi (2)
הוֹצָאַת הַמֵּת וְהַכְנָסַת כַּלָּה דִּכְתִיב בְּהוּ לֶכֶת טוֹב לָלֶכֶת אֶל בֵּית אֵבֶל מִלֶּכֶת אֶל בֵּית מִשְׁתֶּה (קֹהֶלֶת ז׳:ב׳) אַף שָׁם צָרִיךְ הֶצְנֵעַ לִסְעֹוד בְּמִדָּה נָאָה וְלִשְׂמֹוחַ בְּמִדָּה נָאָה וְלֹא לְהַנְהִיג קַלּוּת רֹאשׁ בְּעַצְמוֹ וי"א אִם צָרִיךְ לְבַזְבֵּז לְהוֹצָאַת מֵת עָנִי אוֹ לְהַכְנָסַת כַּלָּה עֲנִיָּיה יַעֲשֶׂה בְּצִנְעָא וְלָא לֵימָא קַמֵּי מַאן דְּלָא יָדַע דְּעָבְדִי [כֵּן] וְכֵן מְפָרֵשׁ בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי:
L'accompagnement du mort et l'introduction de la fiancée — car à leur propos figure le terme « aller » (lèkhet) : « mieux vaut aller à la maison de deuil qu'aller à la maison du festin » (Kohelet 7,2). Là aussi il faut de la discrétion : manger avec une juste mesure, se réjouir avec une juste mesure, et ne pas se conduire avec légèreté. Et certains disent : s'il faut dépenser pour l'enterrement d'un mort pauvre ou pour marier une fiancée pauvre, qu'il le fasse discrètement et n'en parle pas devant celui qui ignore qu'il agit ainsi ; c'est ainsi que l'expliquent les Cheiltot de Rav Ahai.
דְּבָרִים שֶׁדַּרְכָּן לַעֲשׂוֹתָן בְּצִנְעָא כְּגוֹן צְדָקָה הַנִּיתֶּנֶת לְעָנִי בַּסֵּתֶר שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ לְשׁוּם אָדָם מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּמֵת וּבְכַלָּה לְפִי שֶׁאֲחֵרִים מִתְעַסְּקִין בָּהֶן וְיוֹדְעִין הַיְּצִיאָה מִשֶּׁל מִי וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר דְּכָל מִילֵּי בָּעֵי צְנִיעוּתָא וְהוּא הַדִּין לְדִבְרֵי תּוֹרָה:
Des choses dont l'usage est de les accomplir dans la discrétion — par exemple la tsedaka donnée au pauvre en secret, qu'il n'est nul besoin de faire savoir à quiconque ; ce qui n'est pas le cas pour le mort et pour la fiancée, où d'autres personnes s'en occupent et savent de qui vient la dépense. Et c'est ce que dit Rabbi Elazar : que toute chose exige de la discrétion — et il en va de même pour les paroles de Torah.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהַצְנֵעַ לֶכֶת זוֹ הַכְנָסַת כַּלָּה וְהִלְוִיתָ הַמֵּת. נָקֵיט הָנֵי תַּרְתֵּי כִּי מִשְּׁנֵיהֶם יָצָא פֹּועַל אֶחָד שֶׁהָאָדָם שֶׁרוֹאֶה הַנִּישּׂוּאִין יִזְכֹּור יוֹם הַמִּיתָה דְּאִם לֹא הָיָה מִיתָה לֹא הָיוּ נוֹשְׂאִין נָשִׁים וּמַתִּישִׁים כּוֹחָם וְטוֹרְדִין עַצְמָן וּכְמוֹ שֶׁנֹּאמַר שֶׁאָמְרוּ הַמֵּפֵר' זַ"ל:
« Marcher humblement — c'est l'introduction de la fiancée et l'accompagnement du mort. » Il retient précisément ces deux [pratiques] parce qu'il en sort un seul et même effet : celui qui voit les noces se souviendra du jour de la mort — car s'il n'y avait pas la mort, on ne prendrait pas femme, on n'épuiserait pas ses forces et on ne s'accablerait pas de soucis ; comme l'ont dit les commentateurs, de mémoire bénie.
💡 Explication

Rabbi Elazar prolonge Rav Anan : la discrétion n'est pas une règle propre à l'étude, c'est une exigence générale. Il décompose le verset de Mikha en trois : le din, les guemilout hassadim, et — pour hatsnéa lekhet — deux mitsvot précises, l'enterrement du mort et l'accompagnement de la fiancée.

Le choix de ces deux-là fait toute la force du kal va-homer : ce sont, par nature, les actes les plus collectifs et les plus visibles de la vie juive. Si la Torah réclame de la retenue jusque là, à plus forte raison pour ce qui se fait déjà en privé.

Rachi donne deux lectures de l'exigence : soit la mesure dans le comportement lui-même (manger et se réjouir avec mesure, sans légèreté), soit — au nom des Cheiltot de Rav Ahai — la discrétion sur la dépense engagée pour un mort pauvre ou une fiancée pauvre.

🖼️ Schéma
Le verset de Mikha lu par Rabbi Elazar, et son kal va-homer Trois exigences, dont la troisième s'applique aux mitsvot les plus publiques qui soient. assot michpat pratiquer la justice = le din le tribunal, la loi appliquée ahavat 'hessed aimer la bonté = guemilout hassadim le bien fait de sa personne hatsnéa lekhet marcher humblement = enterrer le mort, conduire la fiancée à la houppa deux mitsvot par nature publiques Le kal va-homer Si pour des actes qu'on accomplit NORMALEMENT EN PUBLIC (cortège funèbre, noces) la Torah dit : marche humblement -- alors pour des actes qu'on accomplit déjà dans la discrétion (tsedaka au pauvre, étude), à combien plus forte raison. Pourquoi ce passage est ici Il prolonge Rav Anan : la cuisse est cachée, la Torah veut la discrétion -- et Rachi conclut : toute chose exige de la tsniout.
Les trois clauses du verset de Mikha et le à fortiori qu'en tire Rabbi Elazar.
9
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: גָּדוֹל הָעוֹשֶׂה צְדָקָה יוֹתֵר מִכָּל הַקָּרְבָּנוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֲשֹׂה צְדָקָה וּמִשְׁפָּט נִבְחָר לַה׳ מִזָּבַח״. וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: גְּדוֹלָה גְּמִילוּת חֲסָדִים יוֹתֵר מִן הַצְּדָקָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זִרְעוּ לָכֶם לִצְדָקָה וְקִצְרוּ לְפִי חֶסֶד״. אִם אָדָם זוֹרֵעַ — סָפֵק אוֹכֵל סָפֵק אֵינוֹ אוֹכֵל, אָדָם קוֹצֵר — וַדַּאי אוֹכֵל.

Rabbi Elazar a dit : plus grand est celui qui pratique la tsedaka que tous les sacrifices, ainsi qu'il est dit : « pratiquer la tsedaka et le michpat est préféré par l'Éternel au sacrifice » (Michlei 21,3). Et Rabbi Elazar a dit : plus grands sont les guemilout hassadim que la tsedaka, ainsi qu'il est dit : « semez pour vous selon la tsedaka, et moissonnez selon le 'hessed » (Hochea 10,12) : si un homme sème — il est incertain qu'il mange ou qu'il ne mange pas ; mais un homme qui moissonne — il mange assurément.

📜 Rachi (3)
נִבְחַר לָהּ' מִזְבֵּחַ הַכֹּל בִּכְלַל זֶבַח חַטָּאת וְאָשָׁם וְעוֹלָה וּשְׁלָמִים כֻּולָּם זֶבַח הֵם:
Préféré par l'Éternel au sacrifice (zevah) — tout est inclus dans le mot zevah : hatat, acham, ola et chelamim, tous sont des zevahim.
שֶׁנֶּאֱמַר זִרְעוּ לָכֶם לִצְדָקָה וְגוֹ' קָרָא הַכָּתוּב לִזְרִיעָה צְדָקָה וְאֶת הַחֶסֶד קְרָא קָצִיר וְטוֹבָה קְצִירָה מִזְּרִיעָה כְּדִמְפָרֵשׁ:
Ainsi qu'il est dit « semez pour vous selon la tsedaka », etc. — le verset appelle le semis tsedaka et il appelle le 'hessed moisson ; or la moisson vaut mieux que le semis, comme il l'explique.
אָדָם זוֹרֵעַ כו'. סָפֵק אֵינוֹ אוֹכֵל שֶׁמָּא לֹא יִצְמַח אוֹ יִלְקֶה בְּשִׁדָּפוֹן וּבָרָד:
Un homme sème, etc. — il est incertain qu'il ne mange pas : peut-être [la semence] ne poussera-t-elle pas, ou sera-t-elle frappée par la rouille (chidafon) et la grêle.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גָּדוֹל הָעוֹשֶׂה צְדָקָה יוֹתֵר מִכָּל הַקָּרְבָּנוֹת שֶׁנֶּאֱמַר: (מִשְׁלֵי כא, ג) "עֲשֹׂה צְדָקָה וּמִשְׁפָּט נִבְחָר לַה' מִזָּבַח ". קָשֶׁה וַהֲלֹא הַכָּתוּב אָמַר 'מִזְבֵּחַ' לְשׁוֹן יָחִיד וְלֹא אָמַר 'מִזְּבָחִים'? וְנִרְאֶה לִי דְּדָיֵיק הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'מִקָּרְבָּן' וְאָמַר 'מִזְבֵּחַ' לִרְמֹוז עַל מְקוֹם הַמִּזְבֵּחַ שֶׁשָּׁם מַקְרִיבִים כָּל הַקָּרְבָּנוֹת וְתֵיבַת מִזְבֵּחַ קָרֵינַן בָּהּ מִזְבֵּחַ.
« Plus grand est celui qui pratique la tsedaka que tous les sacrifices, ainsi qu'il est dit (Michlei 21,3) : pratiquer la tsedaka et le michpat est préféré par l'Éternel au sacrifice (mi-zavah). » Difficulté : le verset dit bien mi-zavah au singulier, et non mi-zevahim (au pluriel) ! Il me semble que [Rabbi Elazar] procède d'une lecture précise : il aurait fallu dire mi-korban ; s'il est dit mi-zavah, c'est pour faire allusion au lieu de l'autel, la où l'on offre tous les sacrifices — car le mot mi-zavah peut aussi se lire mizbeah (l'autel).
💡 Explication

Deux énoncés qui construisent une échelle à trois niveaux. Le premier place la tsedaka au-dessus des sacrifices : Rachi souligne que le mot zevah du verset englobe toutes les catégories — hatat, acham, ola, chelamim.

Le second place les guemilout hassadim au-dessus de la tsedaka, par une lecture du verset d'Hochea qui assigne à chacune un moment agricole : la tsedaka est le semis, le 'hessed est la moisson. L'argument n'est pas moral mais logique : semer laisse la récolte incertaine (Rachi : la semence peut ne pas lever, ou être frappée par la rouille et la grêle), tandis que moissonner, c'est déjà manger.

🖼️ Schéma
L'échelle de Rabbi Elazar : korbanot, tsedaka, guemilout hassadim Deux énoncés successifs construisent une hiérarchie, puis une baraita en donne les trois raisons. Les korbanot (hatat, acham, ola, chelamim -- tous des zevahim) niveau de référence La tsedaka -- supérieure à tous les sacrifices Michlei 21,3 : pratiquer la tsedaka et le michpat est préféré par l'Éternel au sacrifice (mi-zavah). Les guemilout hassadim -- supérieurs à la tsedaka Hochea 10,12 : semez selon la tsedaka, moissonnez selon le 'hessed. Semer est incertain (rouille, grêle) ; moissonner, on mange à coup sûr. Baraita : les trois raisons de cette supériorité 1. Le moyen tsedaka : par son argent seul 'hessed : par son corps ET son argent 2. Le destinataire tsedaka : les pauvres 'hessed : pauvres ET riches 3. L'état du bénéficiaire tsedaka : les vivants 'hessed : vivants ET morts Corollaire (seg. 9) : la tsedaka n'est payée qu'à la mesure du 'hessed qu'elle contient -- l'effort et l'attention, pas la somme.
L'échelle korbanot / tsedaka / guemilout hassadim, avec les trois raisons de la baraita (seg. 10).
10
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵין צְדָקָה מִשְׁתַּלֶּמֶת אֶלָּא לְפִי חֶסֶד שֶׁבָּהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זִרְעוּ לָכֶם לִצְדָקָה וְקִצְרוּ לְפִי חֶסֶד״.

Et Rabbi Elazar a dit : la tsedaka n'est rétribuée qu'à la mesure du 'hessed qu'elle contient, ainsi qu'il est dit : « semez pour vous selon la tsedaka, et moissonnez selon le 'hessed » (Hochea 10,12).

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לְפִי גְּמִילוּת חֲסָדִים שֶׁבָּהּ הַנְּתִינָה הִיא הַצְּדָקָה וְהַטֹּורַח הוּא הַחֶסֶד כְּגוֹן מוֹלִיכָהּ לְבֵיתוֹ אוֹ טֹורַח שֶׁתַּעֲלֶה לוֹ לְהַרְבֵּה כְּגוֹן נוֹתֵן לוֹ פַּת אֲפוּיָה אוֹ בֶּגֶד לִלְבֹּושׁ אוֹ מָעוֹת בְּעֵת שֶׁהַתְּבוּאָה מְצוּיָה שֶׁלֹּא יוֹצִיא מְעוֹתָיו לְאִיבּוּד שֶׁנּוֹתֵן לִבּוֹ וְדַעְתּוֹ לְטוֹבָתוֹ שֶׁל עָנִי:
Qu'à la mesure des guemilout hassadim qu'elle contient — le don, c'est la tsedaka ; la peine qu'on se donne, c'est le 'hessed : par exemple lui porter [le don] jusqu'à sa maison, ou se donner du mal pour que cela lui vaille davantage — par exemple lui donner du pain déjà cuit, ou un vêtement à mettre, ou de l'argent au moment où le blé est disponible, afin qu'il ne perde pas son argent — car [le donateur] met son cœur et son esprit au service du bien du pauvre.
זַרְעוֹ לָכֶם לִצְדָקָה הַצְּדָקָה הִיא הַזְּרִיעָה שֶׁזּוֹרֵעַ כְּדֵי לִקְצֹור לְקַבֵּל שָׂכָר וּקְצָרוֹ לְפִי חֶסֶד שֶׁתְּקַבְּלוּ שָׂכָר לְפִי הַחֶסֶד שֶׁבָּהּ:
Semez pour vous selon la tsedaka — la tsedaka est le semis : il sème afin de moissonner, c'est-à-dire de recevoir une récompense ; « et moissonnez selon le 'hessed » — vous recevrez une récompense à la mesure du 'hessed qu'elle contient.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין הַצְּדָקָה מִשְׁתַּלֶּמֶת, אֶלָּא לְפִי גְּמִילוּת חֲסָדִים שֶׁבָּהּ. פֵּירוּשׁ יֵשׁ נוֹתֵן צְדָקָה לֶעָנִי אֲשֶׁר לֹא גָּרַם לוֹ חַיּוּת נַפְשׁוֹ כִּי הָיָה לוֹ דָּבָר לִחְיוֹת בּוֹ בְּצִמְצוּם, וְיֵשׁ נוֹתֵן צְדָקָה לְעָנִי שֶׁבָּזֶה הַחֲיֵיהוּ מַמָּשׁ כְּגוֹן אוֹתוֹ עָנִי שֶׁל נַחוּם אִישׁ גַּם זוֹ (תַּעֲנִית כא.) אוֹ כְּגוֹן שֶׁהָיָה חוֹלֶה מְסֻוכָּן וְעַל יְדֵי שֶׁנָּתַן לוֹ מָעוֹת קָנָה בָּהֶם סַמָּנִים וְשָׁתָה וְנִיצּוֹל מִסַּכָּנָה וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה לְכָךְ נֶאֱמַר לְפִי גְּמִילוּת חֲסָדִים שֶׁבָּהּ. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז אוֹתִיּוֹת צְדָקָה צ ד"י ד ל"ת ק ו"ף הַ" א אוֹתִיּוֹת הַמִּלּוּי הֵם 'אֶלֶף יָדוֹת' כִּי הַצְּדָקָה אַף עַל פִּי שֶׁהִיא בַּעֲשִׂיָּה אִם יִהְיֶה לְאָדָם בָּהּ מַחֲשָׁבָה טוֹבָה וּקְדֻושָּׁה מַעֲלָה אוֹתָהּ עַד הָאֲצִילוּת שֶׁשָּׁם סוֹד מִסְפַּר הָאֲלָפִים וְאָז מִמֵּילָא יְקַבֵּל עָלֶיהָ שָׂכָר גָּדוֹל כְּעֵרֶךְ הָאֲצִילוּת שֶׁשָּׁם מַדְרֵגַת הָאֲלָפִים וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר 'מִשְׁתַּלֶּמֶת לְפִי גְּמִילוּת חֲסָדִים שֶׁבָּהּ' רוֹצֶה לוֹמַר גְּמִילוּת חֲסָדִים הָרְמוּזָה בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת צְדָקָה שֶׁהוּא 'אֶלֶף יָדוֹת' אֲשֶׁר זֶה נַעֲשֶׂה עַל יְדֵי כֹּחַ קְדֻושַּׁת הַמַּחֲשָׁבָה.
« La tsedaka n'est rétribuée qu'à la mesure des guemilout hassadim qu'elle contient. » Explication : il y a celui qui donne la tsedaka à un pauvre à qui il n'a pas procuré la vie de son âme, car celui-ci avait de quoi vivre, fût-ce à l'étroit ; et il y a celui qui donne la tsedaka à un pauvre à qui, par ce don, il a réellement rendu la vie — comme ce pauvre de Nahoum Ich Gam Zou (Taanit 21a), ou comme un malade en danger qui, grâce à l'argent reçu, a acheté des remèdes, les a bus et fut sauvé du péril, et ainsi de suite. C'est pourquoi il est dit : à la mesure des guemilout hassadim qu'elle contient. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion aux lettres du mot tsedaka — tsadi, dalet, kouf, hé : les lettres de leur remplissage (milouy) forment elef yadot (mille mains). Car la tsedaka, bien qu'elle relève de l'action (assiya), si l'homme y joint une pensée bonne et sainte, il l'élève jusqu'à l'Atsilout, la où réside le secret du compte des milliers ; et alors il reçoit nécessairement pour elle une grande récompense, à la mesure de l'Atsilout, où se tient le degré des milliers. C'est le sens de « elle est rétribuée à la mesure des guemilout hassadim qu'elle contient » : c'est-à-dire le guemilout hassadim allusionne à l'intérieur même des lettres de tsedaka, soit elef yadot — ce qui s'accomplit par la force de la sainteté de la pensée.
💡 Explication

Le même verset, exploité une seconde fois. Ici la lecture ne compare plus deux mitsvot mais décompose un seul acte : dans un don, il y a la somme (la tsedaka) et il y a la manière (le 'hessed). Le verset attache la récompense à la seconde.

Rachi rend cela concret : porter le don jusque chez le pauvre, lui donner du pain déjà cuit plutôt que du blé, un vêtement plutôt que de quoi l'acheter, ou de l'argent au moment où les prix sont bas pour qu'il n'y perde pas. Le dénominateur commun : le donateur a pensé à l'intérêt réel du pauvre.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים גְּדוֹלָה גְּמִילוּת חֲסָדִים יוֹתֵר מִן הַצְּדָקָה. צְדָקָה — בְּמָמוֹנוֹ; גְּמִילוּת חֲסָדִים — בֵּין בְּגוּפוֹ, בֵּין בְּמָמוֹנוֹ. צְדָקָה — לַעֲנִיִּים; גְּמִילוּת חֲסָדִים — בֵּין לָעֲנִיִּים בֵּין לָעֲשִׁירִים. צְדָקָה — לְחַיִּים; גְּמִילוּת חֲסָדִים — בֵּין לַחַיִּים בֵּין לַמֵּתִים.

Nos maîtres ont enseigné : en trois choses les guemilout hassadim sont plus grands que la tsedaka. La tsedaka — par son argent ; les guemilout hassadim — aussi bien par sa personne (son corps) que par son argent.

La tsedaka — aux pauvres ; les guemilout hassadim — aussi bien aux pauvres qu'aux riches. La tsedaka — aux vivants ; les guemilout hassadim — aussi bien aux vivants qu'aux morts.

📜 Rachi (2)
גְּמִילוּת חֲסָדִים בֵּין בְּגוּפוֹ כְּגוֹן מַסְפִּיד לְמֵת נוֹשְׂאוֹ קוֹבְרוֹ מְשַׂמֵּחַ חָתָן מַלְוֶה חֲבֵירוֹ בַּדֶּרֶךְ:
Les guemilout hassadim, aussi bien par son corps — par exemple : prononcer l'éloge funèbre du mort, le porter, l'enterrer, réjouir le marié, accompagner son prochain sur la route.
וּבְמָמוֹנוֹ מַלְוֶה לוֹ מָעוֹת מַשְׁאִילוֹ כֵּלִים וּבְהֵמָה:
Et par son argent — lui prêter de l'argent, lui prêter des ustensiles ou une bête.
💡 Explication

La baraita fournit le fondement structurel de l'énoncé du segment 8 : la supériorité du 'hessed n'est pas une appréciation, c'est une question d'extension. Sur chacun des trois axes — moyen, destinataire, état du bénéficiaire — la tsedaka occupe un sous-ensemble de ce que couvre le 'hessed.

Rachi illustre les deux modes : par le corps (prononcer l'éloge funèbre, porter et enterrer le mort, réjouir le marié, accompagner son prochain sur la route) et par l'argent (prêter de l'argent, prêter des ustensiles ou une bête). Le troisième axe est le plus fort : la tsedaka n'a aucun sens pour un mort, le 'hessed si — c'est même la 'hessed chel émet, la bonté qui n'attend rien en retour.

12
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כָּל הָעוֹשֶׂה צְדָקָה וּמִשְׁפָּט, כְּאִילּוּ מִילֵּא כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ חֶסֶד. שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֹוהֵב צְדָקָה וּמִשְׁפָּט חֶסֶד ה׳ מָלְאָה הָאָרֶץ״. שֶׁמָּא תֹּאמַר כָּל הַבָּא לִקְפֹּוץ קוֹפֵץ, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מַה יָּקָר חַסְדְּךָ אֱ-לֹהִים (חֶסֶד ה׳ מָלְאָה הָאָרֶץ) וְגוֹ׳״. יָכוֹל אַף יְרֵא שָׁמַיִם כֵּן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְחֶסֶד ה׳ מֵעוֹלָם וְעַד עוֹלָם עַל יְרֵאָיו״.

Et Rabbi Elazar a dit : quiconque pratique la tsedaka et le michpat, c'est comme s'il avait rempli le monde entier de 'hessed, ainsi qu'il est dit : « Il aime la tsedaka et le michpat ; de la bonté de l'Éternel la terre est remplie » (Tehilim 33,5). Dirais-tu peut-être que quiconque vient bondir [sur une occasion de bonté] bondît [et l'obtient] ?

Le verset enseigne : « combien précieuse est ta bonté, ô Dieu (de la bonté de l'Éternel la terre est remplie), etc. » (Tehilim 36,8). On aurait pu croire qu'il en va de même pour celui qui craint le Ciel — le verset enseigne : « mais la bonté de l'Éternel est d'éternité en éternité sur ceux qui Le craignent » (Tehilim 103,17).

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּא כָּל הַבָּא לִקְפֹּוץ וְלַעֲשׂוֹת צְדָקָה וְחֶסֶד קוֹפֵץ וּמַסְפִּיקִין וּמַמְצִיאִין לוֹ אֲנָשִׁים מְהֻוגָּנִים לְכָךְ ת"ל מַה יָקָר צָרִיךְ לָתֵת לֵב וְלִטְרֹוחַ וּלְרַדֵּף אַחֲרֶיהָ לְפִי שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה תָּמִיד לִזְכּוֹת בָּהּ לִמְהֻוגָּנִים:
Dirais-tu peut-être que quiconque vient bondir — pour pratiquer la tsedaka et le 'hessed — bondît, et qu'on lui en fournit l'occasion en lui présentant des hommes dignes de la recevoir ? Le verset enseigne : « combien précieuse » — il faut y mettre son cœur, se donner de la peine et courir après elle, car elle ne se trouve pas toujours à portée, [l'occasion] d'en gratifier des hommes dignes.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל הָעוֹשֶׂה צְדָקָה וּמִשְׁפָּט, כְּאִלּוּ מִלָּאו לְעוֹלָם כֻּלּוֹ חֶסֶד. פֵּירֵשׁ בְּנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו עַל פִּי מַעֲשֶׂה דְּאוֹתוֹ עָשִׁיר שֶׁהָיָה מַרְבֶּה בִּצְדָקָה לַעֲנִיִּים אַךְ עִם בְּנֵי בֵּיתוֹ מְצַמְצֵם שֶׁלֹּא רָצָה לִקְנוֹת מִיָּרָק שֶׁל הַיּוֹם אֶלָּא שֶׁל אֶתְמוֹל שֶׁהָיָה מְכַלְכֵּל בֵּיתוֹ בְּמִשְׁפָּט וְזֶהוּ שֶׁאָמַר כָּל הָעוֹשֶׂה צְדָקָה וּמִשְׁפָּט רוֹצֶה לוֹמַר צְדָקָה לַעֲנִיִּים וּמִשְׁפָּט לְבֵיתוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו. וּמַה שֶׁאָמַר 'כְּאִלּוּ מִלָּאו לָעוֹלָם כֻּלּוֹ חֶסֶד' נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹתִיּוֹת 'אֶרֶץ' בְּמִילּוֹאָם רְמוּזִים חֲמִשָּׁה גְּבוּרוֹת שֶׁהֵם חֲמִשָּׁה שְׁמוֹת אֱלֹקִים שֶׁעוֹלִים ת"ל [חֲמִשָּׁה פְּעָמִים אֱ-לֹהִים [86] עוֹלִים 430] וְעִם חֲמִשָּׁה הַשֹּׁורֶשׁ תל"ה [435] שֶׁכֵּן אֶרֶץ א ל"ף ר י"ש צ ד"י מִסְפַּר הַמִּלּוּי תל"ד וְעִם הַכּוֹלֵל תל"ה. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (תְּהִלִּים מו, ט) 'לְכוּ חֲזוּ מִפְעֲלוֹת ה' אֲשֶׁר שָׂם שַׁמּוֹת בָּאָרֶץ' וְלָכֵן הַתּוֹרָה מְכֻונֵּית בְּשֵׁם אֶרֶץ לִרְמֹוז עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה יִמְתַּק שְׁמוֹת אֱלֹקִים שֶׁהֵם ה׳ גְּבוּרוֹת הָרְמוּזִים תּוֹךְ אוֹתִיּוֹת 'אֶרֶץ'. וְהִנֵּה בַּמִּיתּוּק יִהְיֶה מִסְפַּר תל"ד הַנִּזְכָּר מִסְפַּר י"ד פְּעָמִים א"ל שֶׁהוּא חֶסֶד בְּסוֹד (זְכַרְיָה ד, ב) 'שִׁבְעָה וְשִׁבְעָה מוּצָקוֹת' כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הרמ"ז [הָרַב מֹשֶׁה זְכוּת] זַ"ל, וי"ד פְּעָמִים א"ל עוֹלֶה מִסְפַּר חֶסֶד וְאָז יִהְיֶה מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים לג, ה) 'חֶסֶד ה' מְלֵאָה הָאָרֶץ' וְהָעוֹלָם הוּא הָאָרֶץ וְעוֹשֶׂה צְדָקָה וּמִשְׁפָּט זוֹכֶה לְמַתֵּק הָהּ׳ גְּבוּרוֹת שְׁמוֹת אֱלֹקִים שֶׁרְמוּזִים בְּמִלּוּי הָאָרֶץ שֶׁאָז יִהְיֶה 'חֶסֶד ה' מְלֵאָה הָאָרֶץ'. שֶׁמָּא תֹּאמַר: כָּל הַבָּא לִקְפֹּץ קוֹפֵץ פֵּירוּשׁ כָּל הַבָּא לִקְפֹּוץ מִמִּדַּת הַדִּין לְמִדַּת רַחֲמִים קוֹפֵץ שֶׁיּוּכַל לְהַפֵּךְ מִדַּת הַדִּין לְמִדַּת רַחֲמִים? תַּלְמוּד לוֹמַר (תְּהִלִּים לוֹ, ח) 'מַה יָקָר חַסְדְּךָ אֱלֹקִים' דָּבָר זֶה לַעֲשׂוֹת שֵׁם אֱלֹקִים חֶסֶד הוּא דָּבָר יָקָר וְאֵין כֹּחַ בָּזֶה אֶלָּא לַצַּדִּיקִים.
« Quiconque pratique la tsedaka et le michpat, c'est comme s'il avait rempli le monde entier de 'hessed. » Mon fils bien-aimé, le rav Yaakov (que Dieu le garde), a expliqué cela d'après l'histoire de ce riche qui multipliait la tsedaka envers les pauvres, mais se restreignait avec les siens : il ne voulait pas acheter les légumes du jour, mais ceux de la veille — car il conduisait sa maison avec mesure (michpat). C'est le sens de « quiconque pratique la tsedaka et le michpat » : la tsedaka pour les pauvres, et le michpat pour sa maison — fin de ses paroles, que Dieu le garde. Et quant à « comme s'il avait rempli le monde entier de 'hessed », il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres du mot arets (la terre), dans leur remplissage (milouy), font allusion aux cinq guevourot, qui sont cinq fois le Nom Elokim et totalisent 430 [cinq fois 86 = 430], et avec les cinq de la racine, 435. Ainsi arets — alef (alef, lamed, fé), rech (rech, yod, chin), tsadi (tsadi, dalet, yod) — donne pour le remplissage 434, et avec l'unité d'ensemble 435. C'est ainsi que j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel (Tehilim 46,9) : « allez, contemplez les œuvres de l'Éternel, qui a mis des dévastations (chamot) sur la terre » [chamot se lisant aussi chemot, des Noms]. C'est pourquoi la Torah est désignée par le nom arets : pour indiquer que par l'étude de la Torah on adoucit les Noms Elokim, qui sont les cinq guevourot allusionnées dans les lettres de arets. Or dans cet adoucissement, le compte de 434 devient quatorze fois É"L, ce qui est le 'hessed, selon le sod de (Zekharia 4,2) « sept et sept conduits », comme l'a écrit le RaMa"Z [Rav Moche Zakout], de mémoire bénie ; et quatorze fois É"L équivaut au compte de 'hessed. Alors s'accomplit ce que dit le verset (Tehilim 33,5) : « de la bonté de l'Éternel la terre est remplie » — le monde étant la terre : celui qui pratique tsedaka et michpat mérite d'adoucir les cinq guevourot, les Noms Elokim allusionnés dans le remplissage de arets, et alors « de la bonté de l'Éternel la terre est remplie ». « Dirais-tu peut-être : quiconque vient bondir, bondît ? » — c'est-à-dire : quiconque vient bondir de la midat ha-din (mesure de rigueur) vers la midat ha-rahamim (mesure de miséricorde) le pourrait-il, au point de transformer la rigueur en miséricorde ? Le verset enseigne (Tehilim 36,8) : « combien précieuse est ta bonté, Elokim » — faire du Nom Elokim un 'hessed est chose précieuse, et seuls les justes en ont la force.
שֶׁמָּא תֹּאמַר: כָּל הַבָּא לִקְפֹּץ קוֹפֵץ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי יח, טז) 'מַתָּן אָדָם יַרְחִיב לוֹ וְלִפְנֵי גְדֹלִים יַנְחֶנּוּ', וְהַכַּוָּנָה יֵשׁ אָדָם שֶׁאֵין לוֹ יְכֹולֶת לִיתֵּן לִצְדָקָה אֲשֶׁר יְקַבְּצוּ הַגַּבָּאִים מִן הָעָם אֶלָּא דָּבָר מוּעָט וְלָכֵן בְּוַדַּאי יִכְתְּבוּ שְׁמוֹ בְּפִנְקָס לְבַסּוֹף, אַךְ אִם נָתַן אוֹתָהּ בְּלֵב טוֹב וְשִׂמְחָה יוֹתֵר מִן הָעֲשִׁירִים שֶׁנָּתְנוּ מָמוֹן הַרְבֵּה נִכְתַּב בְּסֵפֶר הַזִּכְרוֹנוֹת לְמַעְלָה בְּרֹאשׁ, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר יֵשׁ 'מַתַּן אָדָם יַרְחִיב לוֹ' כִּי לְמַעְלָה 'לִפְנֵי גְּדֵלִים יַנְחֶנּוּ' אַף עַל פִּי שֶׁמַּתְּנָתוֹ מְעַט הִיא, נִמְצָא זֶה 'קוֹפֵץ' בְּסֵפֶר הַזִּכְרוֹנוֹת מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה. וְאָמַר לֹא כָּל אָדָם יִזְכֶּה לְכָךְ אֶלָּא רַק אוֹתוֹ שֶׁהוּא נוֹתֵן בְּשִׂמְחָה שְׁלֵימָה וְכַוָּנָה טוֹבָה בְּיוֹתֵר. אוֹ יוּבַן דְּמִצְוַת הַצְּדָקָה הִיא בַּעֲשִׂיָּה אַךְ מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ כַּוָּנָה וּמַחְשָׁבָה יְקָרָה בְּאוֹתָהּ צְדָקָה אָז מַעֲלֶה אוֹתָהּ עַד הָאֲצִילוּת נִמְצָא זֶה 'קוֹפֵץ' מִן הָעֲשִׂיָּה לַאֲצִילוּת וְלָאו כָּל אָדָם זוֹכֶה לְכָךְ.
« Dirais-tu peut-être : quiconque vient bondir, bondît. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce que dit le verset (Michlei 18,16) : « le présent d'un homme lui fait de la place, et le conduit devant les grands ». L'intention est celle-ci : il y a un homme qui n'a pas les moyens de donner à la collecte des gabbaïm qu'une somme modique, et l'on inscrira donc son nom en dernier sur le registre ; mais s'il a donné de bon cœur et avec joie, plus que les riches qui ont donné beaucoup d'argent, il est inscrit en haut, en tête, dans le livre des souvenirs d'en haut. C'est le sens de « le présent d'un homme lui fait de la place », car en haut « il le conduit devant les grands », bien que son don soit modique : le voilà donc qui « bondit » dans le livre des souvenirs, de bas en haut. Et il est dit que tout homme ne mérite pas cela, mais seulement celui qui donne avec une joie entière et une intention particulièrement bonne. Ou bien on peut le comprendre ainsi : la mitsva de la tsedaka relève de l'action (assiya) ; mais celui qui met dans cette tsedaka une intention et une pensée précieuses l'élève jusqu'à l'Atsilout — le voilà donc qui « bondit » de l'Assiya vers l'Atsilout, et tout homme ne mérite pas cela.
💡 Explication

La derasha avance en trois temps, chacun corrigeant le précédent. Premier temps : qui joint tsedaka et michpat remplit le monde de 'hessed — le verset des Tehilim juxtapose en effet les trois termes.

Deuxième temps (chema tomar) : si la terre en est pleine, l'occasion serait à portée de main de quiconque veut « bondir » dessus. Le verset corrige : cette bonté est yakar, précieuse — donc rare. Rachi explique la rareté par la difficulté de trouver des bénéficiaires dignes : il faut y mettre son cœur, se donner de la peine, courir après.

Troisième temps (yakhol) : cette rareté découragerait le juste lui-même. Le dernier verset la restreint : pour ceux qui Le craignent, la bonté est « d'éternité en éternité » — l'occasion, chez eux, ne manque pas.

🖼️ Schéma
Trois versets, trois corrections successives La derasha avance par objections anticipées : chema tomar, puis yakhol. Étape 1 -- l'énoncé Qui pratique tsedaka et michpat, c'est comme s'il avait rempli le monde entier de 'hessed. Tehilim 33,5 : Il aime la tsedaka et le michpat ; de la bonté de l'Éternel la terre est remplie. Étape 2 -- chema tomar : la terre en est pleine, donc chacun se sert ? Objection : quiconque veut bondir sur une occasion de 'hessed la trouverait toute prête. Tehilim 36,8 : combien PRÉCIEUSE est ta bonté -- Rachi : il faut la chercher, elle est rare et demande de la peine. Étape 3 -- yakhol : même le yere chamayim resterait-il sans occasion ? Correction inverse : la rareté ne vaut pas pour celui qui craint le Ciel. Tehilim 103,17 : la bonté de l'Éternel est d'éternité en éternité SUR CEUX QUI LE CRAIGNENT.
Les trois étapes de la derasha : l'énoncé, la restriction chema tomar, la contre-restriction yakhol.
13
אָמַר רַבִּי חָמָא בַּר פָּפָּא: כָּל אָדָם שֶׁיֵּשׁ עָלָיו חֵן, בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא יְרֵא שָׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חֶסֶד ה׳ מֵעוֹלָם וְעַד עוֹלָם עַל יְרֵאָיו״. וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, מַאי דִכְתִיב: ״פִּיהָ פָּתְחָה בְחָכְמָה וְתוֹרַת חֶסֶד עַל לְשׁוֹנָהּ״, וְכִי יֵשׁ תּוֹרָה שֶׁל חֶסֶד וְיֵשׁ תּוֹרָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל חֶסֶד? אֶלָּא: תּוֹרָה לִשְׁמָהּ — זוֹ הִיא תּוֹרָה שֶׁל חֶסֶד, שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ — זוֹ הִיא תּוֹרָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל חֶסֶד. אִיכָּא דְאָמְרִי: תּוֹרָה לְלָמְדָהּ — זוֹ הִיא תּוֹרָה שֶׁל חֶסֶד, שֶׁלֹּא לְלָמְדָהּ — זוֹ הִיא תּוֹרָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל חֶסֶד.

Rabbi Hama bar Papa a dit : tout homme sur qui repose de la grâce (hen), il est certain qu'il craint le Ciel, ainsi qu'il est dit : « mais la bonté de l'Éternel est d'éternité en éternité sur ceux qui Le craignent » (Tehilim 103,17). Et Rabbi Elazar a dit : que signifie ce qui est écrit « elle ouvre sa bouche avec sagesse, et une Torah de bonté (torat 'hessed) est sur sa langue » (Michlei 31,26) ?

Y aurait-il donc une Torah de 'hessed et une Torah qui n'est pas de 'hessed ?! Mais : la Torah [étudiée] lichma (pour elle-même) — voilà la Torah de 'hessed ; [étudiée] chelo lichma — voilà la Torah qui n'est pas de 'hessed.

Certains disent : la Torah [étudiée] pour l'enseigner — voilà la Torah de 'hessed ; [étudiée] pour ne pas l'enseigner — voilà la Torah qui n'est pas de 'hessed.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְכִי יֵשׁ תּוֹרָה שֶׁל חֶסֶד וְיֵשׁ תּוֹרָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל חֶסֶד? אֶלָּא תּוֹרָה לִשְׁמָהּ, זוֹ הִיא תּוֹרָה שֶׁל חֶסֶד. נִרְאֶה לִי בס"ד יָדוּעַ הַמַּעֲשֶׂה בַּעֲשִׂיָּה וְהַדִּיבּוּר בִּיצִירָה וְהַכַּוָּנָה שֶׁבַּלֵּב בִּבְרִיאָה וְהַמַּחֲשָׁבָה שֶׁבַּמּוֹחַ בַּאֲצִילוּת, וְיָדוּעַ דְּאַרְבָּעָה מִילּוּאִים יֵשׁ בְּשֵׁם הוי"ה ב"ן בַּעֲשִׂיָּה ומ"ה בִּיצִירָה וס"ג בִּבְרִיאָה וע"ב בַּאֲצִילוּת. וְהִנֵּה שֵׁם ע"ב הוּא מִסְפַּר חֶסֶד [72] וְהַהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין לִשְׁמָהּ וְשֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ הוּא בְּכַוָּנָה וּמַחְשָׁבָה וְלָכֵן הַלּוֹמֵד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ שֶׁהִיא שְׁלֵמָה בְּמַחְשָׁבָה גַּם כֵּן אָז עוֹלֶה לַאֲצִילוּת שֶׁשָּׁם מִלּוּי ע"ב שֶׁמִּסְּפָרוֹ חֶסֶד לָכֵן תּוֹרָה לִשְׁמָהּ נִקְרֵאת 'תּוֹרָה שֶׁל חֶסֶד' וְלָזֶה אָמַר (מִשְׁלֵי לֹא, כו) 'פִּיהָ פָּתְחָה בְּחָכְמָה' שֶׁהוּא בִּשְׁלֵימוּת הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁהוּא סוֹד חָכְמָה לָכֵן נִמְצָא 'וְתוֹרַת חֶסֶד עַל לְשׁוֹנָהּ' שֶׁעוֹלֶה לַאֲצִילוּת שֶׁהוּא מִלּוּי ע"ב שֶׁעוֹלֶה חֶסֶד. וּבְנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו פֵּירֵשׁ תּוֹרָה לִשְׁמָהּ אֵין לַקְּלִיפּוֹת מַגָּע בָּהּ וְלָכֵן נִקְרֵאת תּוֹרָה שֶׁל חֶסֶד שֶׁהִיא דֻּוגְמַת הַחֲסָדִים שֶׁאֵין לִקְלִיפּוֹת יְנִיקָה מֵהֶם עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Y aurait-il donc une Torah de 'hessed et une Torah qui n'est pas de 'hessed ? Mais la Torah lichma, voilà la Torah de 'hessed. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : il est connu que l'action se situe dans le monde de Assiya, la parole dans Yetsira, l'intention du cœur dans Beria et la pensée du cerveau dans Atsilout. Il est connu aussi qu'il existe quatre remplissages (milouyim) du Nom Havaya : BA"N dans Assiya, MA"H dans Yetsira, SA"G dans Beria et A"V dans Atsilout. Or le Nom A"V a pour valeur numérique celle de 'hessed [72]. Et la différence entre lichma et chelo lichma tient à l'intention et à la pensée. Dès lors, celui qui étudie la Torah lichma — étude parfaite jusque dans la pensée — la fait monter jusqu'à l'Atsilout, où se trouve le milouy A"V dont le compte est 'hessed ; c'est pourquoi la Torah lichma est appelée « Torah de 'hessed ». Et c'est le sens de (Michlei 31,26) « elle ouvre sa bouche avec 'hokhma » — c'est-à-dire dans la perfection de la pensée, qui est le sod de la 'hokhma ; d'où il ressort que « une Torah de 'hessed est sur sa langue », car elle monte jusqu'à l'Atsilout, qui est le milouy A"V dont la valeur est 'hessed. Et mon fils bien-aimé, le rav Yaakov (que Dieu le garde), a expliqué : la Torah lichma, les kelipot n'ont aucune prise sur elle ; c'est pourquoi elle est appelée Torah de 'hessed, car elle est à l'image des hassadim dont les kelipot ne tirent aucune nourriture (yenika) — fin de ses paroles, que Dieu le garde.
💡 Explication

Rabbi Hama bar Papa exploite le même verset que la conclusion précédente, mais en sens inverse : puisque le 'hessed divin repose sur ceux qui craignent le Ciel, alors voir du hen — de la grâce, de l'agrément — sur quelqu'un est un indice fiable de sa crainte du Ciel.

Puis Rabbi Elazar bute sur une expression du poème Échet Hayil : torat 'hessed. L'objection est logique : la Torah est une, comment qualifier une partie d'elle seulement ? La réponse déplace le prédicat — le 'hessed ne qualifie pas le contenu étudié mais le rapport à l'étude.

Deux versions de ce déplacement. Pour la première, le critère est intérieur : lichma, pour elle-même, contre chelo lichma, avec un motif extérieur. Pour la seconde (ika de-amri), le critère est social : étudier pour enseigner, ou pour garder pour soi.

🖼️ Schéma
Torat 'hessed : deux lectures de la même question Michlei 31,26 -- si toute Torah est Torah, que veut dire une Torah de 'hessed ? Elle ouvre sa bouche avec 'hokhma, et une Torah de 'hessed est sur sa langue -- y a-t-il donc une Torah sans 'hessed ? Lecture 1 -- l'intention lichma (pour elle-même) = Torah de 'hessed chelo lichma = Torah sans 'hessed Le critère est intérieur : ce que vise le cœur en étudiant. Lecture 2 (ika de-amri) -- l'usage pour l'enseigner (lelamda) = Torah de 'hessed pour ne pas l'enseigner = Torah sans 'hessed Le critère est social : la Torah donnée est un acte de 'hessed. Ce qui unit les deux lectures Le 'hessed n'est pas un supplément à la Torah : c'est la manière dont on la porte -- vers elle-même, ou vers autrui.
Les deux lectures de torat 'hessed : le critère de l'intention, et celui de la transmission.
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כְּמַעֲשֵׂהוּ בְּחוֹל כו׳. וְאַמַּאי? נַיְיתֵי בִּמְקֻודֶּשֶׁת! אָמַר זְעֵירִי: קָסָבַר אֵין שִׁיעוּר לַמַּיִם, וּכְלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין שֶׁלֹּא מִדַּעַת.

« Comme on procède en semaine, [ainsi procède-t-on le Chabbat] », etc. Et pourquoi [faire ainsi] ?

Qu'on l'apporte donc dans [une jarre] consacrée ! Zeiri a dit : il tient qu'il n'y a pas de mesure fixée pour l'eau [de la libation], et que les ustensiles du service (kelei charet) consacrent [leur contenu] même sans intention (chelo mi-daat).

📜 Rachi (2)
וְאַמַּאי נַיְיתֵי בִּמְקֻודֶּשֶׁת דְּקָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ אֵין הַכְּלִי מְקַדְּשָׁן קְדֻושַּׁת הַגּוּף לִיפָּסֵל בְּלִינָה אא"כ דַּעְתּוֹ שֶׁיְּקַדְּשֶׁנּוּ הַכְּלִי אוֹ אִם יֵשׁ בָּהֶן יוֹתֵר מִכַּשִּׁיעוּר אֵין רְאוּיִין לַכְּלִי וְאֵין הַכְּלִי מְקַדְּשָׁן דְּאֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא הָרָאוּי לָהֶם:
Et pourquoi ? Qu'on l'apporte dans [une jarre] consacrée — car il pensait d'abord que l'ustensile ne confère pas [au liquide] une sainteté du corps (kedouchat ha-gouf) qui le rendrait passoul par la lina (le fait de passer la nuit), sauf si son intention est que l'ustensile le consacre ; ou bien : s'il y en a plus que la mesure requise, [les liquides] ne conviennent pas à l'ustensile, et l'ustensile ne les consacre pas — car [les kelei charet] ne consacrent que ce qui leur convient.
אֵין שִׁיעוּר לַמַּיִם שֶׁאֲפִילּוּ יוֹתֵר מִשְּׁלֹשָׁה לֻוגִּין רְאוּיִין לְנַסֵּךְ דְּלָא פֵּירְשָׁה בָּהֶן תּוֹרָה שִׁיעוּרָא הִלְכָּךְ רְאוּיִין לַכְּלִי הֵם וּכְלִי מִיָּד מְקַדְּשָׁם דִּכְתִיב (שְׁמוֹת לא) כָּל הַנֹּוגֵעַ בָּהֶם יִקְדָּשׁ וַאֲפִילּוּ אֵינוֹ רוֹצֶה שֶׁיִּתְקַדְּשׁוּ עַד מָחָר הַכְּלִי מְקַדְּשָׁן מִיָּד שֶׁלֹּא מִדַּעַת:
Il n'y a pas de mesure pour l'eau — car même plus de trois logs conviennent pour la libation, la Torah n'ayant pas précisé de mesure à leur égard ; des lors ils conviennent à l'ustensile, et l'ustensile les consacre immédiatement, ainsi qu'il est écrit (Chemot 30,29) « tout ce qui les touchera sera saint » ; et même s'il ne veut pas qu'ils soient consacrés avant le lendemain, l'ustensile les consacre aussitôt, sans intention (chelo mi-daat).
💡 Explication

Retour au texte de la michna (48a) : le Chabbat, on ne puisait pas ; on remplissait la veille une jarre d'or volontairement non consacrée, déposée dans une chambre du Temple. La Guemara s'en étonne : pourquoi ne pas employer directement un ustensile consacré ?

La réponse de Zeiri tient en deux principes qui, combinés, rendent la jarre consacrée dangereuse. D'abord, il n'y a pas de chiour (pas de quantité fixée) pour l'eau du nissoukh : même au-delà de trois logs, elle reste apte au service — donc rien ne l'empêche d'être consacrée. Ensuite, un keli charet consacre son contenu chelo mi-daat, sans qu'on en ait l'intention, dès le contact.

Conséquence : l'eau puisée la veille serait aussitôt investie de la kedouchat ha-gouf, donc invalidée au matin par la lina — le fait d'avoir passé la nuit. D'où le recours à une jarre profane.

🖼️ Schéma
Pourquoi une jarre d'or NON consacrée pour l'eau du Chabbat ? L'eau est puisée la veille : si on l'avait mise dans un keli charet, elle serait perdue au matin. Question de la Guemara nayeti bi-mekoudechet -- qu'on l'apporte donc consacrée ! Hypothèse écartée (la hava amina) Le keli ne consacre que si on en a l'intention, ou seulement la quantité exactement requise. Alors une jarre consacrée serait sans danger : l'eau ne deviendrait pas kodech avant l'heure. Réponse de Zeiri -- deux principes 1. Pas de chiour pour l'eau du nissoukh : même au-delà de trois logs elle reste apte. 2. Les kelei charet consacrent chelo mi-daat, sans qu'on le veuille, dès le contact. D'où la solution de la michna Dans un keli charet, l'eau serait consacrée dès la veille -- donc invalidée par la lina (le fait de passer la nuit). On utilise donc une jarre d'or volontairement non consacrée : l'eau n'entrera en kedoucha qu'au moment voulu.
Pourquoi la jarre du Chabbat n'était pas consacrée : les deux principes de Zeiri et la lina.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).