Sukkah 50a — La barrique non consacrée, l'eau découverte, et l'ouverture du perek Hé-halil

Sukkah 50a

Sougya : Ce folio achève la sougya du nissoukh ha-mayim (la libation d'eau) puis referme le chapitre Loulav ve-arava. La question centrale est celle laissée ouverte en 49b : pourquoi la Michna exige-t-elle que l'eau puisée la veille de Chabbat le soit dans une barrique d'or NON consacrée ?

Trois réponses s'étagent -- Zé'iri y voit un empêchement de fond (l'eau consacrée serait passoul par lina, la nuit passée), Hizkiya un simple décret rabbinique (on croira qu'elle fut consacrée avec intention), R. Yannai au nom de R.

Zera un décret encore plus résistant (on croira qu'elle fut remplie pour le kidouch yadayim ve-raglayim, qui n'a pas de chiour). La Guemara passe ensuite à l'eau découverte (guilouy) : pourquoi ne pas la filtrer, puisque R.

Nehemia tient que le venin flotte ? Réponse : la permission de R.

Nehemia vaut pour le hedyot, non pour le gavoha -- Hakrivéhou na le-féhatékha (Malachie 1,8). Le folio se clôt sur le Hadran et sur la première Michna du perek Hé-halil : la flûte, cinq ou six jours.

Le fil du folio : la barrique, l'eau découverte, puis le chapitre de la flûte Fin de la sougya du nissoukh ha-mayim, clôture du perek Loulav ve-arava, ouverture de Hé-halil. Bloc A (seg. 0) -- pourquoi une barrique NON consacrée ? Zé'iri, puis Hizkiya Réponse de Zé'iri (49b) achevée ici : pas de chiour pour l'eau + les kelei charet consacrent sans daat -- donc une barrique consacrée consacrerait toute l'eau, qui deviendrait passoul par lina (nuit passée). Hizkiya renverse : les kelei charet ne consacrent qu'avec daat. Rien n'est réellement consacré. La raison devient une gezera : on dira qu'elle fut consacrée avec daat -- et on conclura à tort que la lina n'invalide pas. Bloc B (seg. 1) -- R. Yannai au nom de R. Zera : la gezera tient même s'il y a un chiour Concède les deux points contraires : il y a un chiour (trois logs) et il faut le daat. Alors rien ne devrait se consacrer... sauf que le spectateur dira : elle fut remplie pour le kidouch yadayim ve-raglayim (sanctification des mains et des pieds) -- lequel, lui, n'a aucun chiour. Même erreur finale : ils croiront que la lina n'invalide pas les nessakhim. C'est la horva -- la brèche. Bloc C (seg. 2) -- l'eau découverte : et si on la filtrait ? La Michna invalide l'eau nichpékha (renversée) ou nitgaléta (laissée découverte). Objection : qu'on la passe à la mésannénet (le filtre) ! Serait-ce donc que la Michna contredit R. Nehemia ? Car R. Nehemia enseigne : si le vase INFÉRIEUR est couvert, il n'y a pas de guilouy -- le venin du serpent est comme une éponge : il flotte et reste en place, il ne descend pas. Bloc D (seg. 3) -- la réponse : hedyot n'est pas gavoha La Michna peut être de R. Nehemia : il a permis l'eau filtrée pour le hedyot (l'homme ordinaire), jamais pour le gavoha (l'autel). Malachie 1,8 : Présente-le donc à ton gouverneur -- t'agréera-t-il ? Ce que tu n'offrirais pas à un dignitaire, tu ne l'offres pas sur l'autel. Bloc E (seg. 4-5) -- Hadran alakh Loulav ve-arava, et ouverture du perek Hé-halil Nouvelle Michna : la flûte -- cinq ou six jours. C'est la flûte du Beit ha-choéva, qui ne repousse ni le Chabbat ni le Yom tov -- d'où le compte : six si le Yom tov tombe Chabbat, cinq sinon. Tossefot : cette formulation est choisie pour pouvoir préciser du Beit ha-choéva -- celle du korban, elle, repousse.
Le parcours des six segments, du dernier mot sur la barrique à la première Michna du nouveau chapitre.
Trois lectures d'une même Michna : pourquoi la barrique doit-elle être NON consacrée ? Deux variables commandent tout : y a-t-il un chiour pour l'eau ? les kelei charet consacrent-ils sans daat ? Zé'iri (49b -- seg. 0) raison de FOND Chiour pour l'eau ? NON -- toute quantité se consacre Consécration sans daat ? OUI -- le vase agit tout seul Ce qui se passerait L'eau puisée la veille de Chabbat reçoit une kedouchat ha-gouf. Elle passe la nuit dans la lichka : lina -- elle est réellement passoul, comme les emourim d'un korban. Statut de l'interdit De-oraita, sur le fond : l'eau serait vraiment inutilisable. Rachi : hoil ve-ikdachou kedouchat ha-gouf, hava lehou ke-émouréi korban. Hizkiya (seg. 0) raison de GÉZERA Chiour pour l'eau ? NON -- cela, on l'apprend bien de notre Michna (Rachi) Consécration sans daat ? NON -- il faut une intention Ce qui se passerait Rien ne se consacre réellement : on remplit sans intention. Mais le lendemain, celui qui voit puiser dans un kli charet dira : le-daat nitkadchou -- on l'a bien consacrée hier soir. Statut de l'interdit De-rabbanan : on protège le public d'une déduction fausse. R. Yannai / R. Zera (seg. 1) gezera minimale Chiour pour l'eau ? OUI -- trois logs, pas plus : une barrique ne se consacre pas Consécration sans daat ? NON -- il faut une intention Ce qui se passerait Aucune consécration possible ici. Mais le spectateur pensera à un AUTRE usage sans chiour : le kidouch yadayim ve-raglayim, qui exige une eau consacrée et accepte cent logs sans limite. Statut de l'interdit De-rabbanan, avec les hypothèses les plus concessives possible. Le risque commun aux trois : la horva (la brèche) Voir verser au matin une eau crue consacrée la veille -- et en conclure : ein lina moélet be-nessakhim, la nuit passée n'invalide pas les libations.
Zé'iri, Hizkiya, R. Yannai : trois raisons pour une même règle, et deux variables qui les séparent.
La mésannénet (le filtre) et le guilouy : la thèse de R. Nehemia Le venin du serpent est comme une éponge : il flotte et reste en place. Il ne traverse donc pas le filtre. Cas 1 : le vase INFÉRIEUR est découvert yech bo michoum guilouy -- l'eau est interdite vase supérieur (la mésannénet) ars nahach (venin) -- il flotte vase inférieur DÉCOUVERT : un serpent peut y boire directement Le filtre ne sert à rien Le danger ne vient pas du haut mais du bas : c'est le récipient d'arrivée qui est exposé. Rachi : la durée du guilouy = le temps qu'un serpent sorte, boive et regagne son trou (Houlin 10a). Cas 2 : le vase INFÉRIEUR est couvert ein bo michoum guilouy -- même si le haut est ouvert le venin reste en surface supérieur DÉCOUVERT vase inférieur COUVERT : rien ne peut y accéder L'eau filtrée est buvable Position de R. Nehemia. D'où l'objection de la Guemara : liaavir be-mésannénet -- qu'on filtre ! Rachi : le koliér des marchands, une sorte de tamis suspendu pour filtrer le konditon (vin aromatisé). La réponse du seg. 3 : ce qui vaut pour le hedyot ne vaut pas pour le gavoha R. Nehemia parle de ce qu'un homme peut boire. L'autel exige le choix, non le rattrapé : Hakrivéhou na le-féhatékha (Malachie 1,8).
Le dispositif du filtre selon R. Nehemia, et pourquoi il ne suffit pas pour l'autel.
1
וְאִי מַייְתִי בִּמְקֻודֶּשֶׁת, אִיפְּסִילוּ לְהוּ בְּלִינָה. חִזְקִיָּה אָמַר: כְּלֵי שָׁרֵת אֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא מִדַּעַת, וּגְזֵירָה שֶׁמָּא יֹאמְרוּ לְדַעַת נִתְקַדְּשׁוּ.

Et s'il l'apportait dans une [barrique] consacrée, [les eaux] deviendraient invalides par la lina (le fait d'avoir passé la nuit). Hizkiya a dit : les kelei charet (les ustensiles du service) ne consacrent qu'avec daat (une intention) ; et [la raison de la Michna est] un décret, de peur que l'on dise qu'elles ont été consacrées avec intention.

📜 Rachi (2)
וְאִי מַייְתֵי בִּמְקֻודֶּשֶׁת אִיפְּסַלוּ בְּלִינָה הוֹאִיל וְאִיקַּדַּשׁוּ קְדֻושַּׁת הַגּוּף הָווּ לְהוּ כְּאֵימוּרֵי קָרְבָּן:
Et s'il l'apportait dans une [barrique] consacrée, elles deviendraient invalides par la lina — puisqu'elles auraient reçu une kedouchat ha-gouf (une sainteté intrinsèque), elles seraient comme les emourim (les parts brûlées) d'un korban.
חִזְקִיָּה אָמַר הָא וַדַּאי מָצֵית לְמִשְׁמַע מִינָּהּ דְּאֵין שִׁיעוּר לַמַּיִם אֲבָל קִידּוּשׁ שֶׁלֹּא מִדַּעַת לָא שָׁמְעִינַן מִינָּהּ וְטַעֲמָא דְּמַתְנִי' דְּלָא מַיְיתֵי בִּמְקֻודֶּשֶׁת דְּמַאן דַּחֲזֵי לְהוּ לְמָחָר דְּשָׁקְלִי לְהוּ מִתּוֹךְ כְּלִי שָׁרֵת סָבַר לְדַעַת שֶׁיְּקַדְּשֵׁם כְּלִי נִיתְּנוּ בּוֹ מֵאֶתְמוֹל וְכֵיוָן דְּאֵין שִׁיעוּר לַמַּיִם קִדְּשׁוּם הַכְּלִי וְקָא חָזֵי דִּמְנַסְּכִי לְהוּ ש"מ אֵין לִינָה מוֹעֶלֶת בִּנְסָכִים וְנָפְקָא מִינָּהּ חֻורְבָּה:
Hizkiya a dit — cela, tu peux certes le déduire [de notre Michna] : qu'il n'y a pas de chiour (de mesure) pour l'eau. Mais qu'il y ait consécration sans daat (sans intention), nous ne le déduisons pas de la. Et la raison de notre Michna, si l'on n'apporte pas [l'eau] dans une [barrique] consacrée, c'est que celui qui les verra le lendemain, lorsqu'on les prend dans un kli charet, pensera qu'on les y a déposées la veille avec l'intention que le vase les consacre ; et puisqu'il n'y a pas de chiour pour l'eau, le vase les aura consacrées ; et il voit qu'on les verse en libation — il en conclura que la lina n'affecte pas les nessakhim (les libations), et il en résulte une horva (une brèche).
🗂️ Tossefot (2)
וְאִי מַייְתֵי לְהוּ בִּמְקֻודֶּשֶׁת אִיפְּסַלוּ בְּלִינָה. וא"ת דְּנַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁמִּלְּאוּהוּ הַקּוֹף כֵּיוָן שֶׁנִּתְמַלְּאָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דִּכְלִי שָׁרֵת אֵינָם מְקַדְּשִׁים שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ וְאִי מִשּׁוּם דְּכִי מָטוּ לֵילֵי דְּבֵי שִׁימְשֵׁי תִּיקְדּוֹשׁ דְּלַיְלָה אֵין מְחֻוסַּר זְמַן וּמִיפַּסְלוּ בְּלִינָה סוֹף סוֹף מֵאַחַר דְּקֹודֶם לָכֵן נִתְמַלְּאוּ יֵשׁ לָנוּ לְחָושְׁבָן כְּאִלּוּ מִלְּאוֹ הַקּוֹף כִּדְאַשְׁכְּחַן בִּמְנָחוֹת פ' שְׁתֵּי הַלֶּחֶם (מְנָחוֹת דַּף ק. וְשָׁם) גַּבֵּי לֶחֶם הַפָּנִים שֶׁסִּידְּרוֹ אַחַר הַשַּׁבָּת שֶׁאֲפִילּוּ הוּא עַל הַשֻּׁלְחָן כַּמָּה יָמִים אֵין בְּכָךְ כְּלוּם דְּנַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁסִּידְּרוֹ הַקּוֹף וי"ל דְּלָא דָמֵי דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּלָא בָּעֵי בָּהֶן בִּגְדֵי כְּהֻונָּה בְּמִילּוּי וא"ת וַהֲלֹא צְלוֹחִית שֶׁל זָהָב הַמַּחֲזֶקֶת שְׁלֹשָׁה לֻוגִּין מְקֻודֶּשֶׁת הָיְתָה דְּלָא קָתָנֵי שֶׁאֵינָהּ מְקֻודֶּשֶׁת כִּדְקָתָנֵי גַּבֵּי חָבִית וְלָא קָתָנֵי שֶׁיְּהוּ מְקַדְּשִׁין אוֹתָן בִּכְלִי שָׁרֵת אַחֵר קֹודֶם נִיסּוּךְ וא"כ הֵיאַךְ הָיוּ מְמַלְּאִין מִמֵּי הַשִּׁילּוּחַ הָא מִיפַּסְלִי בְּיוֹצֵא כֵּיוָן דְּנִתְקַדְּשׁוּ בִּכְלִי שָׁרֵת כִּי הֵיכִי דְּמִיפַּסְלִי בְּלִינָה וְכֵן פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס בְּהֶדְיָא בְּרֵישׁ שְׁתֵּי מִדּוֹת (מְנָחוֹת פז: וְשָׁם) גַּבֵּי שֻׁלְחָן אֲבָל מְקַדֵּשׁ לִיפָּסֵל בְּלִינָה וּבְיוֹצֵא וּבְפֶ' הַמִּזְבֵּחַ מְקַדֵּשׁ (זְבָחִים דַּף פח.) מְפָרֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אֲבָל מְקַדְּשִׁין לִיפָּסֵל אִם יָצָא חוּץ לַקְּלָעִים אוֹ נָגַע בּוֹ טְבוּל יוֹם וְגַם רַבֵּינוּ שְׁלֹמֹה פֵּירֵשׁ פ"ב דִּזְבָחִים (דַּף כ: וְשָׁם) גַּבֵּי יְצִיאָה מַהוּ שֶׁתּוֹעִיל בְּקִידּוּשׁ יָדַיִם וְרַגְלַיִם כְּדֶרֶךְ כָּל הַקֳּדָשִׁים הַנִּפְסָלִים בְּיוֹצֵא וְהַשְׁתָּא קָשֶׁה מִמִּי דִּצְלוֹחִית דְּלָא מִיפַּסְלִי בְּיוֹצֵא וּמִיהוּ אֵין מִכָּאן קֻושְׁיָא כָּל כָּךְ דְּאֵין כְּלִי שָׁרֵת מְקַדֵּשׁ בַּחוּץ עַד שֶׁיִּכָּנֵס לִפְנִים כִּדְאָמַר שְׁמוּאֵל בְּהֶדְיָא בְּשִׁילְהֵי הַמִּזְבֵּחַ מְקַדֵּשׁ (זְבָחִים דַּף פח.) דִּכְלִי שָׁרֵת אֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא מִתּוֹכָן וְאֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא מִבִּפְנִים אֲבָל קָשֶׁה מפ"ק דִּמְנָחוֹת (דַּף ט. וְשָׁם) דִּפְלִיגִי בִּבְלָלָהּ חוּץ לְחוֹמַת עֲזָרָה דְּרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר כְּשֵׁירָה דְּמִדִּכְהֻונָּה לָא בָּעֲיָא פְּנִים נָמֵי לָא בָּעֲיָא וְר' יוֹחָנָן אָמַר פְּסוּלָה כֵּיוָן דַּעֲשִׂיָּיתוֹ בִּכְלִי נְהִי דִּכְהֻונָּה לָא בָּעֲיָא פְּנִים מִיהָא בָּעֲיָא אַלְמָא בִּפְנִים מִתְקַדְּשָׁא וְאַפֵּ"ה לָא מִיפַּסְלָא בְּיוֹצֵא וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶ' הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת מז.) דְּאָמַר רַב שֵׁשֶׁת הָנֵי תַּנָּאֵי כְּרַבִּי סְבִירָא לְהוּ דְּאָמַר שְׁחִיטָה מְקַדְּשָׁא פִּי' דְּאִיפַּסְלָא בְּיוֹצֵא וּבְסוֹף שְׁמַעְתִּין (דַּף מח.) קָאָמַר הָא דְּלָא כְּרַבִּי דְּאִי כְּרַבִּי כֵּיוָן דְּאָמַר שְׁחִיטָה מְקַדְּשָׁא דְּפָרֵיק לְהוּ הֵיכָא אִי אַבָּרַאי אִיפַּסְלִי בְּיוֹצֵא מַשְׁמַע דַּוְקָא מִשּׁוּם דִּשְׁחִיטָה מַקְדְּשָׁא הוּא מִיפְסָל בְּיוֹצֵא הָא לָאו הָכִי לָא אע"ג דְּרַבִּי אִית לֵיהּ תַּנּוּר מְקַדֵּשׁ בִּמְנָחוֹת פֶּרֶק רַבִּי יִשְׁמָעֵאל (מְנָחוֹת דַּף עב:) מִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת דִּבְאֵין עִם הַזֶּבַח שָׁאנֵי דְּהָא נְסָכִים הַבָּאִים עִם הַזֶּבַח לָא מִיפַּסְלִי בְּלִינָה אֶלָּא בִּשְׁחִיטַת הַזֶּבַח כִּדְאָמַר זְעֵירִי בְּפֶרֶק הַתּוֹדָה (מְנָחוֹת עט.) וְאֵלּוּ בִּפְנֵי עַצְמָן תְּנַן בְּמַס' מְעִילָה ('דַּף י.) קִידְּשׁוּ בִּכְלִי נִפְסְלוּ בְּלִינָה וְעוֹד יֵשׁ לְדַקְדֵּק מְהַנֵּהוּ דִּתְנַן פֶּרֶק שֵׁנִי דִמְעִילָה (שָׁם) קָדְשׁוּ הֻוכְשְׁרוּ לִיפָּסֵל בִּטְבוּל יוֹם וּבִמְחֻוסַּר כִּפּוּרִים וּבְלִינָה וְלָא קָתָנֵי וּבְיוֹצֵא אע"ג דְּגַבֵּי עוֹפוֹת וּזְבָחִים הֲוָה מָצֵי לְמִיתְנֵי לֵיהּ וְלָא תָּנֵי לֵיהּ אַיְּידֵי דְּלָא תָּנֵי לֵיהּ גַּבֵּי שְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְלֶחֶם הַפָּנִים וּמְנָחוֹת לָא תָּנֵי לֵיהּ בְּהָנְהוּ וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶ' כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים לו.) גַּבֵּי לִישָׁה דִּמְנָחוֹת נְהִי דְּבִזְרִיזִין לֵיתָא בִּמְקוֹם זְרִיזִין אִיתָא אוֹרְחָא דְמִילְּתָא הוּא דְּדֶרֶךְ לַעֲשׂוֹתָהּ בִּמְקוֹם זְרִיזִין וִיצִיאָה דְּקִידּוּשׁ יָדַיִם וְרַגְלַיִם לָאו מִשּׁוּם פְּסוּל יוֹצֵא הוּא אֶלָּא כִּדְקָאָמְרִינַן הָתָם כֵּיוָן דְּפָרֵישׁ אַסּוֹחֵי אַסַּח דַּעְתֵּיהּ וְהָא דְּדָייֵק פֶּרֶק שְׁתֵּי הַלֶּחֶם (מְנָחוֹת צה:) אָמַרְתָּ לִישָׁתָן וַעֲרִיכָתָן מִבַּחוּץ אַלְמָא מִדַּת יָבֵשׁ לֹא נִתְקַדְּשָׁה וְכֵן בְּסוֹף כָּל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה (מְנָחוֹת סג.) דְּדָרֵישׁ ר' שִׁמְעוֹן תַּנּוּר תַּנּוּר שְׁתֵּי פְּעָמִים שֶׁתְּהֵא אֲפִייָּתָן בַּתַּנּוּר וְשֶׁיְּהֵא הִקְדִּישָׁן בַּתַּנּוּר וּפָרִיךְ מֵהָא דִּתְנַן ר"ש אוֹמֵר לְעוֹלָם הֱוֵי רָגִיל לוֹמַר שְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְלֶחֶם הַפָּנִים כְּשֵׁירוֹת בָּעֲזָרָה וּכְשֵׁירוֹת אֲבִי פַּגֵּי לָאו מִשּׁוּם דְּאִי מַקְדְּשָׁא הָוֵי מִיפְּסִיל בְּיוֹצֵא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּדָבָר מְכֹועָר הוּא לְהוֹצִיא דָּבָר לַחוּץ שֶׁנִּתְקַדֵּשׁ וא"ת כֵּיוָן דְּבִקְדֻושַּׁת כְּלִי לָא מִיפַּסְלָא בְּיוֹצֵא מִנְחַת כֹּהֲנִים וְחָבִיתִי כֹּהֵן גָּדוֹל דְּלֵית בְּהוּ קְמִיצָה וּנְסָכִים הַבָּאִים בִּפְנֵי עַצְמָן אֵימַת מִיפַּסְלִי בְּיוֹצֵא וי"ל וַדַּאי דִּבְאוֹתָן מוֹעִיל קִידּוּשׁ כְּלִי דִּכְוָותֵיהּ אָמְרִינַן בְּסוֹף ב"ש בִּזְבָחִים (דַּף מה:) יֵשׁ לוֹ מַתִּירִים מִשֶּׁקָּרְבוּ מַתִּירָיו אֵין לוֹ מַתִּירִין מִשֶּׁיִּקְדְּשׁוּ בִּכְלִי וְאִם תֹּאמַר לְפִי מַה שֶׁפֵּירַשׁ' דִּכְלִי שָׁרֵת אֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא בִּפְנִים אִם כֵּן אַכַּתִּי תִּיקְשֵׁי לָן וְנַיְיתֵי בִּמְקֻודֶּשֶׁת וְלָא יַכְנִיסוּם בָּעֲזָרָה עַד לְאַחַר עַמּוּד הַשַּׁחַר כְּדֵי שֶׁלֹּא יִפָּסְלוּ בְּלִינָה וְי"ל דְּא"כ מַה יוֹעִיל שֶׁתְּהֵא מְקֻודֶּשֶׁת וְעוֹד דְּדָבָר מְכֹועָר הוּא לְהַשְׁהוֹתָם כָּל כָּךְ בִּכְלִי שָׁרֵת בַּחוּץ:
Et s'il les apportait dans une [barrique] consacrée, elles deviendraient invalides par la lina. Et si tu demandes : qu'on considère cela comme si un singe l'avait remplie (naasé ke-mi che-milouhou ha-kof), puisqu'elle a été remplie hors de son temps — car les kelei charet ne consacrent pas ce qui est hors de son temps. Et si [tu dis que la difficulté demeure] parce qu'à l'arrivée de la nuit du vendredi soir cela se consacrerait, la nuit n'étant pas mehousar zman (privée de son temps), et qu'elles seraient alors invalidées par la lina — en fin de compte, puisqu'elles ont été remplies auparavant, nous devons les considérer comme si un singe les avait remplies, ainsi que nous le trouvons à Menahot, chapitre Chtei ha-le'hem (100a), à propos du le'hem ha-panim qu'on aurait disposé après le Chabbat : même s'il reste plusieurs jours sur la table, cela ne fait rien, car c'est comme si un singe l'avait disposé. Et l'on peut répondre que ce n'est pas comparable : ici c'est différent, car le remplissage n'exige pas les bigdei kehouna (les vêtements sacerdotaux). Et si tu demandes : mais la fiole d'or contenant trois logs, elle, était consacrée — car [la Michna] n'enseigne pas à son sujet qu'elle n'est pas consacrée, comme elle l'enseigne à propos de la barrique, et elle n'enseigne pas non plus qu'on les consacrerait dans un autre kli charet avant la libation. Et s'il en est ainsi, comment pouvait-on remplir aux eaux du Chiloah ? Elles seraient invalidées par le yotse (le fait d'être sorties), puisqu'elles ont été consacrées dans un kli charet — de la même manière qu'elles sont invalidées par la lina. Et c'est ainsi que Rachi a expliqué explicitement au début de Chtei midot (Menahot 87b) à propos de la table : mais elle consacre pour rendre invalide par la lina et par le yotse. Et au chapitre Ha-mizbeah mekadech (Zevahim 88a), Rachi explique : mais ils consacrent pour rendre invalide s'il est sorti hors des tentures ou si un téroul yom (tevoul yom) l'a touché. Et Rabbenou Chelomo a également expliqué au chapitre 2 de Zevahim (20b), à propos de la sortie : est-elle effective pour le kidouch yadayim ve-raglayim, à la manière de tous les objets consacrés qui sont invalides par le yotse ? Et maintenant il y a une difficulté à partir de l'eau de la fiole, qui n'est pas invalidée par le yotse. Toutefois, de là il n'y a pas tellement de question, car un kli charet ne consacre pas au-dehors tant qu'il n'est pas entré au-dedans, comme le dit explicitement Chemouel à la fin de Ha-mizbeah mekadech (Zevahim 88a) : les kelei charet ne consacrent que ce qui est en eux (mi-tokham) et seulement au-dedans. Mais il y a une difficulté à partir du premier chapitre de Menahot (9a), où l'on diverge sur une minha mélangée hors du mur de la azara : Rech Lakich dit qu'elle est valide, car de même qu'elle n'exige pas la kehouna elle n'exige pas non plus le dedans ; et R. Yo'hanan dit qu'elle est invalide, car sa confection se fait dans un vase — soit, elle n'exige pas la kehouna, mais le dedans, elle l'exige. Il en ressort qu'elle se consacre au-dedans, et pourtant elle n'est pas invalidée par le yotse. Et de même il ressort du chapitre Ha-tekhelet (Menahot 47a), où Rav Chechet dit : ces Tanaim tiennent comme Rabbi, qui dit que la chehita consacre — c'est-à-dire qu'elle devient invalide par le yotse ; et à la fin de la sougya (48a) il est dit : ceci n'est pas selon Rabbi, car si c'était selon Rabbi, puisqu'il dit que la chehita consacre, où les rachetterait-il ? Si c'est au-dehors, elles seraient invalidées par le yotse — ce qui implique que c'est précisément parce que la chehita consacre qu'il y a invalidation par le yotse, et sinon non, bien que Rabbi tienne que le four consacre, à Menahot, chapitre Rabbi Yichmael (72b). Toutefois on peut écarter cela : ce qui vient avec le zevah est différent, car les nessakhim qui viennent avec le zevah ne sont invalides par la lina qu'à partir de la chehita du zevah, comme le dit Zé'iri au chapitre Ha-toda (Menahot 79a) ; tandis que ceux qui viennent par eux-mêmes, nous avons appris au traité Meila (10a) : s'ils les ont consacrés dans un vase, ils sont devenus invalides par la lina. Et l'on peut encore déduire de ce que nous avons appris au chapitre 2 de Meila (ibid.) : s'ils ont été consacrés, ils sont devenus aptes à être invalides par un tevoul yom, par un mehousar kippourim et par la lina — et [la michna] n'enseigne pas 'et par le yotse', bien qu'à propos des oiseaux et des sacrifices elle aurait pu l'enseigner ; et elle ne l'enseigne pas parce qu'elle ne l'a pas enseigné à propos des chtei ha-le'hem, du le'hem ha-panim et des menahot : elle ne l'a donc pas enseigné pour ceux-là. Et ce que nous disons au chapitre Kol chaa (Pessahim 36a) à propos du pétrissage des menahot — soit, il n'est pas [accompli] par les zerizin (les empressés), mais il l'est à l'endroit des zerizin — c'est la manière ordinaire des choses : l'usage est de le faire à l'endroit des zerizin. Et la sortie, s'agissant du kidouch yadayim ve-raglayim, ne relève pas de l'invalidation par le yotse, mais de ce que nous disons là-bas : puisqu'il s'est écarté, il s'est distrait. Et ce que le chapitre Chtei ha-le'hem (Menahot 95b) déduit — tu dis que leur pétrissage et leur mise en forme se font au-dehors : il en ressort qu'une mesure de sec n'a pas été consacrée ; et de même à la fin de Kol ha-menahot baot matsa (Menahot 63a), où R. Chimon expose 'tanour, tanour' deux fois — que leur cuisson se fasse au four et que leur consécration se fasse au four ; et l'on objecte à partir de ce que nous avons appris : R. Chimon dit, aie toujours coutume de dire que les chtei ha-le'hem et le le'hem ha-panim sont valides dans la azara et valides sur le toit de Bei Pagi — ce n'est pas parce que, s'ils étaient consacrés, ils seraient invalides par le yotse, mais parce que c'est une chose inconvenante de faire sortir au-dehors un objet qui a été consacré. Et si tu demandes : puisque, par la sainteté d'un vase, il n'y a pas d'invalidation par le yotse, quand donc la minhat kohanim, les havitin du Cohen gadol — qui ne comportent pas de kemitsa — et les nessakhim venant par eux-mêmes deviennent-ils invalides par le yotse ? Et l'on peut répondre : pour ceux-là, certainement, la consécration par le vase est effective ; de même disons-nous à la fin de Beit Chammai dans Zevahim (45b) : ce qui a des matirin — dès que ses matirin ont été offerts ; ce qui n'a pas de matirin — dès qu'ils ont été consacrés dans un vase. Et si tu demandes : selon ce que nous avons expliqué, que les kelei charet ne consacrent qu'au-dedans, alors la difficulté demeure — qu'on l'apporte donc dans une [barrique] consacrée, et qu'on ne les fasse pas entrer dans la azara avant l'aube, afin qu'elles ne soient pas invalidées par la lina ! Et l'on peut répondre : s'il en est ainsi, à quoi servirait qu'elle soit consacrée ? Et de plus, c'est une chose inconvenante de les laisser si longtemps dans un kli charet au-dehors.
חִזְקִיָּה אָמַר כְּלֵי שָׁרֵת אֵין מְקַדְּשִׁין שֶׁלֹּא מִדַּעַת. תֵּימַהּ דִּבְפֶ' הַתּוֹדָה (מְנָחוֹת כח:) פְּלִיגִי בְּתוֹדָה שֶׁשְּׁחָטָהּ עַל שְׁמוֹנִים חַלּוֹת חִזְקִיָּה אָמַר קָדְשׁוּ אַרְבָּעִים מִתּוֹךְ שְׁמוֹנִים ר' יוֹחָנָן אָמַר לֹא קָדְשׁוּ וּמַסִּיק אַבַּיֵּי דִּפְלִיגִי בִּכְלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין שֶׁלֹּא מִדַּעַת חִזְקִיָּה סָבַר מְקַדְּשִׁין וּכְמוֹ כֵּן קַשְׁיָא דְרַבִּי יוֹחָנָן אֶדֶר' יוֹחָנָן דְּרַב פָּפָּא קָאָמַר הָתָם דכ"ע כְּלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין שֶׁלֹּא מִדַּעַת ובפ"ק דִּמְנָחוֹת (דַּף ז. וְשָׁם) גַּבֵּי קְמִיצַת פְּסוּלִין דְּתַנְיָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא קָמַץ אֲבָל קִידֵּשׁ פָּסַל וּפָרִיךְ וְכִי מַהְדַּר לֵיהּ לְקֹומֶץ לְדֻוכְתֵּיהּ לִיקָּדֵשׁ וְלִיפְסֹול א"ר יוֹחָנָן זֹאת אוֹמֶרֶת כְּלֵי שָׁרֵת אֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא מִדַּעַת וּמִיהוּ דְּר' יוֹחָנָן אִיכָּא לְשַׁנּוּיֵי שָׁאנֵי תּוֹדָה דְּמִתּוֹךְ שֶׁמְּקַדֵּשׁ מ' מִתּוֹךְ פ' מִדַּעַת מְקַדֵּשׁ נָמֵי שֶׁלֹּא מִדַּעַת אֲבָל מֵהַךְ. קָשֶׁה שֶׁאֵין שִׁיעוּר לַמַּיִם וְאַפֵּ"ה אֵין מְקַדְּשִׁין שֶׁלֹּא מִדַּעַת וְי"ל דְּשָׁאנֵי הָכָא שֶׁלֹּא בִּזְמַן הוּא אע"ג דְּאָמְרִינַן בְּסוֹף שְׁתֵּי הַלֶּחֶם (מְנָחוֹת ק.) דִּכְלִי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ מ"מ גָּרַע שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּן מִבִּזְמַנָּן לְעִנְיַן שֶׁלֹּא מִדַּעַת:
Hizkiya a dit : les kelei charet ne consacrent pas sans daat. C'est étonnant, car au chapitre Ha-toda (Menahot 78b) on diverge à propos d'une toda que l'on a abattue au titre de quatre-vingts pains : Hizkiya dit que quarante se sont consacrés parmi les quatre-vingts, R. Yo'hanan dit qu'ils ne se sont pas consacrés ; et Abbaye conclut que leur divergence porte sur la question de savoir si les kelei charet consacrent sans daat — Hizkiya tenant qu'ils consacrent. Et de même il y a une difficulté de R. Yo'hanan contre R. Yo'hanan : car Rav Papa dit là-bas que tout le monde s'accorde que les kelei charet consacrent sans daat ; et au premier chapitre de Menahot (7a), à propos de la kemitsa faite par des personnes inaptes, il est enseigné : ils n'ont enseigné cela que s'il a pris la poignée, mais s'il l'a consacrée il l'a invalidée ; et l'on objecte : lorsqu'il remet la poignée à sa place, qu'elle se consacre et devienne invalide ! R. Yo'hanan a dit : cela prouve que les kelei charet ne consacrent qu'avec daat. Toutefois, pour R. Yo'hanan, on peut répondre que la toda est différente : puisqu'il consacre quarante parmi quatre-vingts avec daat, il consacre aussi sans daat. Mais à partir de notre sougya, c'est difficile : il n'y a pas de chiour pour l'eau, et pourtant [les kelei charet] ne consacrent pas sans daat. Et l'on peut répondre qu'ici c'est différent, car c'est hors de son temps ; et bien que nous disions à la fin de Chtei ha-le'hem (Menahot 100a) que les kelei charet consacrent hors de leur temps, malgré tout, hors du temps est plus faible que dans le temps s'agissant de [la consécration] sans daat.
💡 Explication

La phrase achève la réponse de Zé'iri commencée à la fin de 49b. La Michna (48b) prescrit de puiser l'eau la veille de Chabbat dans une barrique d'or non consacrée. Pourquoi non consacrée ? Parce que, selon Zé'iri, il n'y a pas de chiour (pas de mesure limite) pour l'eau de la libation et que les kelei charet consacrent sans daat : le vase agirait donc tout seul, l'eau recevrait une kedouchat ha-gouf (sainteté intrinsèque) dès le vendredi soir, et Rachi précise qu'elle aurait alors le statut des emourim d'un korban — donc invalidée par la nuit passée.

Hizkiya renverse la prémisse : pour lui, un kli charet ne consacre qu'avec une intention. Rien ne serait donc réellement consacré, et la lina n'aurait aucune prise. La règle de la Michna cesse d'être un empêchement de fond pour devenir une gezera — un décret préventif : celui qui verra au matin puiser l'eau dans un ustensile du service croira qu'on l'y avait déposée la veille avec l'intention de la consacrer, et, la voyant tout de même versée, en tirera une conclusion fausse.

Rachi nomme le péril : horva, la brèche. L'erreur ne reste pas théorique, elle deviendra une pratique — on croira que ein lina moélet be-nessakhim, que la nuit passée n'invalide pas les libations.

🖼️ Schéma
La nuit du vendredi : pourquoi une barrique consacrée serait un piège On ne puise pas Chabbat : l'eau du Chiloah est tirée la veille et attend dans la lichka. Érev Chabbat on remplit la barrique d'or aux eaux du Chiloah La nuit -- dans la lichka l'eau attend jusqu'au matin Chabbat matin on verse le nissoukh ha-mayim devant toute l'assistance Barrique CONSACRÉE (ce que la Michna refuse) 1. Le kli charet consacre l'eau -- kedouchat ha-gouf. 2. Elle a désormais le statut des emourim d'un korban. 3. La nuit passe : lina. 4. Au matin, l'eau est PASSOUL -- inutilisable. C'est la lecture de Zé'iri : un empêchement réel, pas un décret. Barrique NON consacrée (ce que la Michna prescrit) 1. Un simple récipient d'or, de statut houlin. 2. Rien ne se consacre : la lina ne mord pas. 3. Au matin, on transvase dans le kli charet. 4. La consécration a lieu au moment utile. L'eau est kachera pour le nissoukh. Le renversement de Hizkiya : le vase ne consacre qu'avec daat Alors le tableau rouge s'effondre : sans intention, rien n'est consacré, et la lina n'a pas de prise. Il faut une autre raison. Elle est sociale : gezera chema yomrou le-daat nitkadchou -- de peur qu'on dise qu'elle fut consacrée exprément. Conséquence redoutée : le public conclura que la lina n'invalide pas les nessakhim. Et cette erreur, elle, se propage.
Barrique consacrée ou non : ce qui change la nuit du vendredi, et le glissement de la raison de fond vers le décret.
2
אָמַר רַבִּי יַנַּאי אָמַר רַבִּי זֵירָא: אֲפִילּוּ תֵּימָא יֵשׁ שִׁיעוּר לַמַּיִם, וּכְלֵי שָׁרֵת אֵין מְקַדְּשִׁין אֶלָּא מִדַּעַת, וּגְזֵירָה שֶׁמָּא יֹאמְרוּ לְקִידּוּשׁ יָדַיִם וְרַגְלַיִם מִלְּאָן.

Rabbi Yannai a dit au nom de Rabbi Zera : tu peux même dire qu'il y a un chiour (une mesure) pour l'eau, et que les kelei charet ne consacrent qu'avec daat (une intention) — et [la raison de la Michna est] un décret, de peur que l'on dise qu'il les a remplies pour le kidouch yadayim ve-raglayim (la sanctification des mains et des pieds).

📜 Rachi (2)
ר' יַנַּאי אָמַר אֲפִילּוּ תֵּימָא יֵשׁ שִׁיעוּר לַמַּיִם וְאַפֵּ"ה נְפַק מִינָּהּ חֻורְבָּה:
Rabbi Yannai a dit — tu peux même dire qu'il y a un chiour (une mesure) pour l'eau, et malgré cela il en résulte une horva (une brèche).
גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאמְרוּ לְקִידּוּשׁ יָדַיִם וְרַגְלַיִם לְכֹהֵן גָּדוֹל מִלְּאוּם וְקִדְּשׁוּם בִּכְלִי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁים יָדַיִם וְרַגְלַיִם אֶלָּא בְּמַיִם מְקֻודָּשִׁים דֻּומְיָא דְּכִיּוֹר שֶׁנִּמְשַׁח בְּשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה וּמְקַדֵּשׁ אֶת מֵימָיו וְהֵם לְקִידּוּשׁ יָדַיִם וְרַגְלַיִם וְאַף קִתוֹן שֶׁל זָהָב שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין לִכְבוֹדוֹ שֶׁל כ"ג לְקַדֵּשׁ הֵימֶנּוּ יָדָיו וְרַגְלָיו כִּדְאָמְרִי' בְּסֵדֶר יוֹמָא פ' טָרַף בַּקַּלְפִּי (יוֹמָא דַּף מג:) מְקֻודָּשׁ הָיָה וְאָתֵי לְמֵימַר הָכָא לְקִידּוּשׁ יָדַיִם וְרַגְלַיִם מִילְּאוּם וְלֵית לְהוּ שִׁיעוּרָא שָׁאפֵי' הֲוָה ק' לֻוגִּין רְאוּיָן הֵם לִכְלִי וְנִתְקַדְּשׁוּ וְכִי חָזֵי דִּמְנַסְּכִי לְהוּ אָמַר אֵין לִינָה מוֹעֶלֶת בִּנְסָכִים:
Un décret, de peur que l'on dise [qu'il les a remplies] pour le kidouch yadayim ve-raglayim — [c'est-à-dire] : c'est pour le Cohen gadol qu'on les a remplies et consacrées dans un vase. Car on ne sanctifie les mains et les pieds qu'avec de l'eau consacrée, à l'image du kiyor, qui a été oint du chemen ha-michha (l'huile d'onction) et qui consacre ses eaux, lesquelles servent au kidouch yadayim ve-raglayim. Et même le kiton (la cruche) d'or que l'on faisait en l'honneur du Cohen gadol, pour qu'il y sanctifie ses mains et ses pieds, comme nous le disons dans l'ordre de Yoma, chapitre Taraf be-kalpi (Yoma 43b), était consacré. On en viendra donc à dire ici : c'est pour le kidouch yadayim ve-raglayim qu'on les a remplies — et pour cela il n'y a pas de chiour : même s'il y avait cent logs, ils seraient adaptés au vase et se seraient consacrés. Et lorsqu'il voit qu'on les verse en libation, il dit : la lina n'affecte pas les nessakhim.
💡 Explication

R. Yannai propose la réponse la plus concessive des trois : il accorde à son adversaire les deux prémisses qui devraient faire tomber le décret. Premièrement, il y a bien un chiour pour l'eau du nissoukh — trois logs — de sorte qu'une barrique, qui en contient davantage, ne saurait être consacrée pour cet usage. Deuxièmement, les kelei charet exigent le daat. Sur le papier, plus rien ne peut se consacrer : le décret devrait être sans objet.

La faille est ailleurs. Il existe un second usage de l'eau consacrée dans le Temple, qui, lui, n'a aucune limite de quantité : le kidouch yadayim ve-raglayim. Rachi rappelle que cette sanctification n'est valable qu'avec une eau consacrée — à l'image du kiyor, oint du chemen ha-michha et qui consacre son eau — et il mentionne le kiton d'or préparé à Yom Kippour en l'honneur du Cohen gadol (Yoma 43b), lui aussi consacré. Pour cet usage, cent logs seraient encore adaptés au vase, donc consacrés.

Le spectateur du lendemain n'a donc même pas besoin d'imaginer une infraction : il lui suffit de supposer une autre destination. Et il aboutit à la même conclusion fausse — ein lina moelet be-nessakhim —, ce que Rachi nomme la horva.

🖼️ Schéma
R. Yannai : la gezera survit même aux hypothèses les plus défavorables Afilou teima -- il concède les deux prémisses qui devraient ruiner le décret, et le décret tient encore. Concession 1 Il y a un chiour pour l'eau : trois logs, pas davantage. Une barrique en contient bien plus. Concession 2 Les kelei charet ne consacrent qu'avec daat -- une intention. Or on remplit sans rien viser. Attendu Aucune consécration n'est même concevable ici. Le décret devrait tomber. Il ne tombe pas. La faille : un second usage de l'eau consacrée, celui-là SANS chiour Le kidouch yadayim ve-raglayim -- la sanctification des mains et des pieds du cohen -- exige lui aussi une eau consacrée, à l'image du kiyor oint de chemen ha-michha, qui consacre son eau. Rachi rappelle même le kiton d'or préparé en l'honneur du Cohen gadol à Yom Kippour (Yoma 43b) : lui aussi était consacré. Et pour cet usage-là, aucune limite : cent logs seraient encore adaptés au vase -- donc consacrés. Le spectateur n'a donc pas besoin de supposer une consécration illégale : il lui suffit d'imaginer une autre destination. La horva -- la même, au bout des trois chemins Ils voient verser au matin une eau crue consacrée la veille, et concluent : ein lina moelet be-nessakhim -- la nuit passée n'invalide pas les libations.
Deux concessions, une faille, et la même erreur au bout : la mécanique du décret selon R. Yannai.
3
נִשְׁפְּכָה אוֹ נִתְגַּלְּתָה כּוּ׳. וְאַמַּאי? לְיַעֲבִיר בִּמְסַנֶּנֶת. לֵימָא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי נְחֶמְיָה, דְּתַנְיָא: מְסַנֶּנֶת יֵשׁ בָּהּ מִשּׁוּם גִּילּוּי. אָמַר רַבִּי נְחֶמְיָה: אֵימָתַי — בִּזְמַן שֶׁהַתַּחְתּוֹנָה מְגֻולֶּה, אֲבָל בִּזְמַן שֶׁהַתַּחְתּוֹנָה מְכֻוסָּה, אַף עַל פִּי שֶׁהָעֶלְיוֹנָה מְגֻולָּה — אֵין בָּהּ מִשּׁוּם גִּילּוּי. מִפְּנֵי שֶׁאֶרֶס נָחָשׁ דּוֹמֶה לִסְפוֹג צָף וְעוֹמֵד בִּמְקוֹמוֹ.

« Si elle s'est renversée ou si elle est restée découverte, etc. » — et pourquoi [serait-elle invalide] ? Qu'on la fasse passer par une mesannenet (un filtre) !

Dirons-nous que notre Michna n'est pas conforme à Rabbi Nehemia ? Car il a été enseigné : une mesannenet est sujette au guilouy (l'interdit de ce qui est resté découvert).

Rabbi Nehemia a dit : quand cela ? Lorsque le [vase] inférieur est découvert ; mais lorsque le [vase] inférieur est couvert, même si le supérieur est découvert, elle n'est pas sujette au guilouy — car le venin du serpent est semblable à une éponge : il flotte et reste en place.

📜 Rachi (4)
וְאַמַּאי מַיִם מְגֻולִּין פְּסוּלִין:
Et pourquoi — les eaux restées découvertes seraient-elles invalides ?
לְעַבְרִינְהוּ בִּמְסַנֶּנֶת קוליי"ר בְּלַעַ"ז מְסַנֶּנֶת שֶׁמְּסַנְּנִין בָּהּ קוֹנְדִּיטוֹן כְּמוֹ שֶׁעוֹשִׂין בַּעֲלֵי חֲנוּיוֹת שֶׁתָּלוּי כְּמִין כְּבָרָה וּבוֹ אַבְקַת רוֹכֵל וְיַיִן וְתַחְתֶּיהָ כְּלִי וְהַקּוֹנְדִּיטוֹן מִסְתַּנֵּן לְתוֹכוֹ:
Qu'on les fasse passer par une mesannenet — kolier en langue vernaculaire : un filtre avec lequel on filtre le konditon (le vin aromatisé), comme le font les marchands : on suspend une sorte de tamis, dans lequel se trouvent la poudre du droguiste et le vin, et en dessous un récipient — et le konditon se filtre dedans.
יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם גִּילּוּי אִם הִנִּיחוֹ בְּלֹא שְׁמִירָה כְּשִׁיעוּר שְׁהִיַּית גִּילּוּי הַמְפֹורָשׁ בְּהַכֹּל שׁוֹחֲטִין (חֻולִּין י.) כְּדֵי שֶׁיֵּצֵא נָחָשׁ מִתַּחַת אֹזֶן כְּלִי וְיִשְׁתֶּה וְיַחֲזֹור לְחוֹרוֹ וַאֲסוּרָה בִּשְׁתִיָּה:
Elle est sujette au guilouy — s'il l'a laissée sans surveillance pendant la durée du guilouy définie au chapitre Ha-kol chohatin (Houlin 10a) : le temps qu'un serpent sorte de sous l'anse du vase, boive et regagne son trou. Elle est alors interdite à la boisson.
הַתַּחְתּוֹנָה כְּלִי הַתַּחְתּוֹן:
Le [vase] inférieur — le récipient du dessous.
💡 Explication

La Guemara revient au dernier membre de la Michna : si l'eau nichpekha (s'est renversée) ou nitgaleta (est restée découverte), on la remplace par l'eau du kiyor, car le vin et l'eau restés découverts sont invalides pour l'autel. L'interdit de guilouy vise le risque qu'un serpent ait bu et laissé son venin ; Rachi en donne la durée exacte : le temps qu'un serpent sorte de sous l'anse du vase, boive et regagne son trou (Houlin 10a).

L'objection est technique : liaavir be-mesannenet, qu'on la filtre. Rachi décrit l'objet — le kolier en langue vernaculaire, ce tamis suspendu que les marchands utilisaient pour filtrer le konditon (vin aromatisé aux poudres d'apothicaire) au-dessus d'un récipient. La Guemara suggère alors que notre Michna contredirait R. Nehemia.

Car R. Nehemia énonce une règle physique : le venin est comme une éponge, il flotte et reste en place. Il ne traverse donc pas le filtre. Ce qui compte n'est plus le vase du haut mais celui du bas : si le vase inférieur est couvert, l'eau recueillie est saine. Le point de bascule est déplacé.

🖼️ Schéma
Le raisonnement du segment : une objection, puis une hypothèse sur l'auteur de la Michna Hava amina -- kouchia -- tentative d'attribution. 1. Le donné de la Michna Nichpekha o nitgaleta -- si l'eau s'est renversée ou est restée découverte, elle est invalide ; on la remplace au kiyor. 2. L'objection : ve-amai ? Liaavir be-mesannenet ! Puisque le venin flotte, un filtre devrait suffire à récupérer l'eau. Pourquoi l'écarter purement et simplement ? 3. Lima matnitin de-la ke-Rabbi Nehemia -- dirons-nous que la Michna le contredit ? Baraita : une mesannenet est sujette au guilouy. R. Nehemia : quand cela ? Quand le vase inférieur est découvert. S'il est couvert, même le supérieur ouvert ne rend pas l'eau interdite -- car le venin est comme une éponge : il flotte en place. Ce que l'objection présuppose -- et qui sera brisé au segment suivant Que ce qui rend l'eau potable la rend aussi apte à l'autel. Or le Temple ne demande pas le permis : il demande le choisi.
De la Michna à l'attribution : les trois temps du raisonnement de ce segment.
4
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי נְחֶמְיָה, אֵימַר דְּאָמַר רַבִּי נְחֶמְיָה לְהֶדְיוֹט, אֲבָל לְגָבוֹהַּ מִי אָמַר? וְלֵית לֵיהּ לְרַבִּי נְחֶמְיָה: ״הַקְרִיבֵהוּ נָא לְפֶחָתֶךָ הֲיִרְצְךָ אוֹ הֲיִשָּׂא פָנֶיךָ אָמַר ה׳ צְבָאוֹת״?!

Tu peux même dire [que notre Michna est] conforme à Rabbi Nehemia : dis que Rabbi Nehemia a énoncé [sa permission] pour le hedyot (l'homme ordinaire) — mais pour le gavoha (le Très-Haut, c'est-à-dire l'autel), l'a-t-il dit ? Et Rabbi Nehemia ne tient-il donc pas : « Présente-le donc à ton gouverneur : t'agréera-t-il, te fera-t-il bon visage ? dit l'Éternel Tsevaot » (Malachie 1,8) ?!

💡 Explication

La réponse dissout l'objection sans rien retirer à R. Nehemia. Sa règle physique reste vraie — le venin flotte — et sa permission reste valable : pour la consommation profane, l'eau filtrée est buvable. Mais la question posée n'est pas la même des deux côtés. Pour le hedyot, le critère est négatif : y a-t-il un danger ? Non — donc c'est permis. Pour le gavoha, le critère est positif : cette eau est-elle digne d'être offerte ?

Le verset de Malachie est l'axe de toute la halakha des korbanot sur ce point : Hakrivehou na le-fehatekha — présente donc ton offrande à ton gouverneur, et vois s'il l'accepte. Ce qu'on n'oserait pas mettre devant un dignitaire humain, on ne le pose pas sur l'autel. Une eau rattrapée par un filtre est peut-être potable ; elle n'est pas mouvhar, choisie.

La formule ve-leit lei le-Rabbi Nehemia — R. Nehemia ne tiendrait-il pas ce verset ? — est une question rhétorique : nul ne conteste ce principe, il est donc superflu de supposer une divergence entre lui et la Michna.

🖼️ Schéma
Hedyot / gavoha : deux seuils d'exigence pour une même eau La permission de R. Nehemia ne franchit pas la porte de la azara. Eau découverte, puis filtrée Hedyot -- l'usage profane Question posée : cette eau est-elle dangereuse ? Réponse de R. Nehemia : non, si le vase inférieur était couvert. Le venin n'est jamais descendu. Verdict : permise à la boisson. Le critère est négatif : il suffit qu'il n'y ait pas de péril. L'eau rattrapée reste de l'eau. Gavoha -- l'autel Question posée : cette eau est-elle digne d'être offerte ? Le péril écarté ne suffit pas. Imar de-amar Rabbi Nehemia le-hedyot, aval le-gavoha mi amar ? Verdict : invalide pour le nissoukh. Le critère est positif : il faut le mouvhar, le choisi. Malachie 1,8 -- le verset qui commande la distinction Hakrivehou na le-fehatekha, ha-yirtsekha o ha-yissa panekha ? Présente-le donc à ton gouverneur : t'agréera-t-il, te fera-t-il bon visage ?
Deux questions différentes posées à la même eau : le seuil du permis et le seuil du digne.
5
הֲדַרַן עֲלָךְ לוּלָב וַעֲרָבָה

Hadran alakh — nous reviendrons vers toi, [chapitre] Loulav ve-arava.

💡 Explication

Formule de clôture du quatrième chapitre de Souccot, Loulav ve-arava. La racine araméenne hadar signifie « revenir » : nous reviendrons vers toi, chapitre que nous quittons — une promesse d'y retourner, et non un adieu.

6
הֶחָלִיל — חֲמִשָּׁה וְשִׁשָּׁה. זֶהוּ הֶחָלִיל שֶׁל בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה, שֶׁאֵינוֹ דּוֹחֶה לֹא אֶת הַשַּׁבָּת וְלֹא אֶת יוֹם טוֹב.

MICHNA. La flûte [se joue] cinq ou six [jours].

C'est la flûte du Beit ha-choeva (le Lieu du puisage), qui ne repousse ni le Chabbat ni le Yom tov.

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' הֶחָלִיל חֲמִשָּׁה וְשִׁשָּׁה פְּעָמִים שֶׁהוּא שִׁשָּׁה יָמִים פְּעָמִים חֲמִשָּׁה:
MICHNA. La flûte, cinq et six — parfois elle est de six jours, parfois de cinq.
וְזֶהוּ חָלִיל שֶׁהָיוּ מְחַלְּלִין לְרַבּוֹת שִׂמְחָה לְבֵית הַשּׁוֹאֵבָה דִּמְפָרֵשׁ בְּמָתְנֵי':
Et c'est la flûte — [ainsi appelée] parce qu'on jouait de la flûte (mehallelin) pour augmenter la joie du Beit ha-choeva, comme cela est expliqué dans la Michna.
בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה כָּל שִׂמְחָה זוֹ אֵינָהּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל נִיסּוּךְ הַמַּיִם כְּדִמְפָרֵשׁ וּשְׁאַבְתֶּם מַיִם בְּשָׂשׂוֹן:
Beit ha-choeva — toute cette joie n'est qu'à cause du nissoukh ha-mayim (la libation d'eau), comme cela est expliqué : « vous puiserez de l'eau dans l'allégresse » (Isaie 12,3).
שֶׁאֵינוֹ דּוֹחֶה וְכוּ' הִלְכָּךְ חָל י"ט לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת פָּשׁוּ לְהוּ שִׁשָּׁה חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד נִמְצָא חָלִיל שִׁשָּׁה חָל י"ט בְּחוֹל הָווּ לְהוּ תְּרֵי יוֹמֵי שַׁבָּת וְי"ט דְּלָא דָחֵי לְהוּ (שַׁבָּת) פָּשׁוּ לְהוּ חֲמִשָּׁה:
Qui ne repousse pas, etc. — c'est pourquoi, si le Yom tov tombe un Chabbat, il leur reste six jours de hol ha-moed : la flûte est donc de six. Si le Yom tov tombe en semaine, ils ont deux journées — le Chabbat et le Yom tov — qui ne sont pas repoussées ; il leur en reste cinq.
🗂️ Tossefot (2)
מַתְנֵי' הֶחָלִיל. הָא דְּלָא קָתָנֵי כֵּיצַד יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת חָלִיל שִׁשָּׁה וּבִשְׁאָר כָּל הַיָּמִים חֲמִשָּׁה כְּדִלְעֵיל בְּפֶרֶק לוּלָב (סֻוכָּה דַּף מב:) מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמִיסְמַךְ וּלְמֵימַר חָלִיל שֶׁל בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה דְּדָיֵיק מִינָּהּ בַּגְּמָרָא הַאי הוּא דְּלָא דָחֵי הָא דְּקָרְבָּן דָּחֵי:
MICHNA. La flûte. Si [la Michna] n'enseigne pas « comment cela ? Un Yom tov qui tombe un Chabbat : la flûte est de six ; et tous les autres jours, de cinq », comme plus haut au chapitre Loulav (Souccot 42b), c'est parce qu'elle veut enchaîner et dire « la flûte du Beit ha-choeva » — dont la Guemara tirera cette déduction : celle-ci ne repousse pas [le Chabbat], mais celle du korban, elle, le repousse.
שֶׁאֵינוֹ דּוֹחֶה לֹא אֶת יו"ט וְלֹא אֶת הַשַּׁבָּת. אע"ג דְּחָלִיל אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁמָּא יְתַקֵּן כְּלֵי שִׁיר כְּמוֹ לֹא מְסַפְּקִין וְלֹא מְטַפְּחִין דְּפֶ' מַשִּׁילִין (בֵּיצָה דַּף לו:) וקיי"ל דְּאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה שָׁאנֵי כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא דְּאֵינָהּ אֶלָּא מִשּׁוּם שִׂמְחָה יְתֵירָה:
Qui ne repousse ni le Yom tov ni le Chabbat. Bien que la flûte ne soit interdite que par crainte qu'on ne répare un instrument de musique — comme « on ne bat pas des mains et on ne frappe pas des mains » du chapitre Machilin (Beitsa 36b) —, et bien que nous tenions ein chevout ba-mikdach (il n'y a pas d'interdit de chevout au Temple), le Beit ha-choeva est différent, comme nous le disons dans la Guemara : il n'est que simha yetera (une joie surajoutée).
💡 Explication

Première Michna du cinquième chapitre, Hé-halil. Le halil est la flûte jouée pendant les nuits de la Simhat beit ha-choeva, la réjouissance du puisage — Rachi rattache la joie au nissoukh ha-mayim, en citant ou-cheavtem mayim be-sasson, « vous puiserez de l'eau dans l'allégresse » (Isaie 12,3).

Le compte « cinq ou six » se calcule par soustraction, comme l'explique Rachi. Souccot dure sept jours ; la flûte du Beit ha-choeva ne repousse ni le Chabbat ni le Yom tov. Si le premier jour de fête tombe un Chabbat, les deux empêchements coïncident sur une seule journée et il reste six jours de hol ha-moed : la flûte joue six jours. Si le Yom tov tombe en semaine, deux journées distinctes sont perdues — le Yom tov et le Chabbat de hol ha-moed — et il n'en reste que cinq.

Tossefot pose deux questions. Pourquoi la Michna n'adopte-t-elle pas la formulation de 42b (« comment cela ? ») ? Pour pouvoir enchaîner sur chel beit ha-choeva — précision dont la Guemara tirera un dioukk : cette flûte ne repousse pas le Chabbat, mais celle du korban, elle, le repousse. Et si l'on objecte que la flûte n'est interdite que par crainte qu'on répare un instrument, alors que ein chevout ba-mikdach (il n'y a pas d'interdit rabbinique de chevout au Temple), Tossefot répond : le Beit ha-choeva fait exception, car il n'est que simha yetera, une joie surajoutée — non un service.

🖼️ Schéma
Pourquoi la flûte joue cinq jours -- ou six Sept jours de Souccot ; la flûte du Beit ha-choeva ne repousse ni le Chabbat ni le Yom tov. On compte ce qui reste. Cas A -- le premier jour de fête tombe un Chabbat Jour 1 Yom tov ET Chabbat pas de flûte Jours 2 à 7 -- hol ha-moed, tous en semaine flûte : 6 jours Les deux empêchements coïncident sur un seul jour : une seule journée est perdue. TOTAL : 6 Cas B -- le premier jour de fête tombe en semaine Jour 1 Yom tov pas de flûte Cinq jours de hol ha-moed en semaine flûte : 5 jours un Chabbat dans hol ha-moed pas de flûte Deux journées distinctes sont perdues : le Yom tov d'un côté, le Chabbat de l'autre. TOTAL : 5 Ce que la formule de la Michna vient dire -- et ce qu'elle laisse entendre Zehou ha-halil chel beit ha-choeva : CETTE flûte-là, celle de la joie du puisage, ne repousse pas le Chabbat. Tossefot : c'est pour pouvoir ajouter cette précision que la Michna a changé de formulation par rapport à 42b -- car la Guemara en tirera un dioukk : celle-là ne repousse pas, mais la flûte du korban, elle, repousse bel et bien. Et si l'on objecte ein chevout ba-mikdach : le Beit ha-choeva est à part -- il n'est que simha yetera, une joie surajoutée.
Le calcul des cinq ou six jours de flûte, et ce que la formulation de la Michna prépare.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).