Sukkah 50b — Cho'eva ou hachouva : le nom de la fête, puis le statut du halil au Temple

Sukkah 50b

Sougya : Le folio s'ouvre sur une divergence de terminologie entre Rav Yehouda et Rav Eina : la fête des Sim'hat Beit ha-Cho'eva s'appelle-t-elle « du puisage » (cho'eva) ou « l'importante » (hachouva) ? Mar Zoutra tranche que les deux lectures sont justes, chacune adossée à sa source.

La Guemara bascule ensuite sur une baraita : le halil (flûte) repousse-t-il le Chabbat ? Rav Yossef ramène ce débat entre Rabbi Yossi bar Yehouda et les Sages à une seule question de principe — l'essentiel du chant léviïque réside-t-il dans l'instrument (ikar chira bi-khli), ce qui en fait une avoda, ou dans la voix (ikar chira ba-pe), ce qui réduit l'instrument à un accompagnement ?

Il tente de le prouver par une baraita sur les kelei charet fabriqués en bois, mais la Guemara démonte cette preuve de deux façons : d'abord par le principe « on ne déduit pas le possible de l'impossible », puis en montrant que Rabbi et Rabbi Yossi bar Yehouda divergent simplement sur la mida exégétique appliquée à la menora — klal ou-frat contre ribouy ou-mi'out.

Le fil du folio : du nom de la fête à la nature du chant Comment une question de vocabulaire glisse vers un débat sur le statut des instruments dans le Temple. Mouvement 1 (seg. 0) -- Comment s'appelle la fête ? Rav Yehouda et Rav Eina : l'un dit cho'eva (puisage), l'autre hachouva (importante). Mar Zoutra : les deux ont raison. Cho'eva vient du verset d'Isaie ; hachouva de Rav Nahman. Enjeu : est-ce le puisage de l'eau qui nomme la fête, ou son rang parmi les mitsvot ? Mouvement 2 (seg. 1) -- Le halil repousse-t-il le Chabbat ? Baraita : R. Yossi bar Yehouda dit oui ; les Sages disent qu'il ne repousse même pas le yom tov. Rav Yossef recadre : le débat porte sur le chant du KORBAN, pas sur celui du cho'eva. Racine du désaccord : ikar chira bi-khli (par l'instrument) contre ikar chira ba-pe (par la bouche). Si l'instrument est l'essentiel, en jouer est une avoda -- et l'avoda repousse le Chabbat. Mouvement 3 (seg. 2) -- La preuve de Rav Yossef Baraita : des kelei charet faits en BOIS -- Rabbi invalide, R. Yossi bar Yehouda valide. Lecture de Rav Yossef : qui valide tient l'instrument pour l'essentiel, donc l'abouv de Moché (un chalumeau de roseau) était un keli charet -- preuve qu'un ustensile de bois est valable. Même couple de Tanaim, même clivage suppose : la preuve semble tenir. Mouvement 4 (seg. 3-6) -- La Guemara démonte la preuve : deux relectures (a) Tous tiennent bi-khli ; ils divergent sur : déduit-on le possible de l'impossible ? (b) Tous tiennent ba-pe ; ils divergent sur la mida appliquée à la menora : klal-prat contre ribouy-mi'out. Dans les deux cas, la baraita du bois cesse de prouver quoi que ce soit sur l'ikar chira. Idée centrale Un instrument n'a de statut sacré que si le chant qu'il porte est lui-même du service. Tout dépend de où loge l'essentiel.
Le fil du folio : du nom de la fête à la réfutation de la preuve de Rav Yossef.
Ikar chira : par l'instrument ou par la bouche ? Une seule question de principe, quatre conséquences pratiques. Ikar chira BI-KHLI R. Yossi bar Yehouda L'essentiel du chant léviïque passe par les instruments : halil, kinorot, nevalim. Conséquence 1 -- statut Jouer = AVODA (service du Temple). Conséquence 2 -- Chabbat Le tamid repousse le Chabbat, donc son chant aussi : le halil REPOUSSE. Conséquence 3 -- kelei charet Les instruments sont des kelei charet ; l'abouv de Moché, de roseau, en atteste. Ikar chira BA-PE Les Rabbanan (et Rabbi) L'essentiel est la voix des leviim ; l'instrument ne fait qu'embellir le son. Conséquence 1 -- statut Jouer n'est PAS une avoda. Conséquence 2 -- Chabbat Le halil ne repousse ni Chabbat ni yom tov : ce n'est pas la mitsva. Conséquence 3 -- kelei charet Les instruments ne sont pas kelei charet : on n'apprend rien de l'abouv de Moché. Point d'accord des deux camps Le chant du cho'eva (les leviim sur les quinze marches, toute la nuit) n'est PAS du service : c'est une simha yetera, une joie surérogatoire destinée à rendre les mitsvot aimables. Donc il ne repousse pas le Chabbat, même pour R. Yossi bar Yehouda.
Ikar chira bi-khli contre ikar chira ba-pe : la question de principe et ses trois conséquences.
Deux midot sur un seul verset : la menora (Exode 25,31) Même séquence de mots, deux grammaires exégétiques, deux verdicts sur le bois. Le verset, en trois temps 1. Et tu feras un chandelier de... 2. ...or pur... 3. ...d'une seule pièce sera fait le chandelier Rabbi -- klal, prat, klal 1 = KLAL (généralité, matière non dite) 2 = PRAT (particulier : or, donc métal) 3 = retour au KLAL Règle Klal ou-frat ou-khlal : tu n'inclus que ke-ein ha-prat, ce qui ressemble au prat. Application Le prat est un MÉTAL : on n'inclut donc que les métaux (argent, cuivre...). Verdict : keli charet en bois = PASSOUL R. Yossi b. Yehouda -- ribouy, mi'out, ribouy 1 = RIBOUY (amplification : tout entre) 2 = MI'OUT (restriction : or seulement) 3 = retour au RIBOUY Règle Ribouy, mi'out, ribouy : riba ha-kol -- on inclut tout, sauf le plus indigne. Application On inclut toutes les matières, bois compris ; le mi'out n'exclut que le hères (argile). Verdict : keli charet en bois = KACHER Ce que cette lecture change pour la sougya Si Rabbi et R. Yossi divergent seulement sur la mida exégétique, leur débat sur le bois ne dit plus rien sur l'ikar chira : la preuve de Rav Yossef tombe.
Klal-prat-klal contre ribouy-mi'out-ribouy appliqués au verset de la menora.
1
גְּמ׳ אִיתְּמַר: רַב יְהוּדָה וְרַב עֵינָא, חַד תָּנֵי: שׁוֹאֵבָה, וְחַד תָּנֵי: חֲשׁוּבָה. אָמַר מַר זוּטְרָא: מַאן דְּתָנֵי שׁוֹאֵבָה לָא מִשְׁתַּבַּשׁ, וּמַאן דְּתָנֵי חֲשׁוּבָה לָא מִשְׁתַּבַּשׁ. מַאן דְּתָנֵי שׁוֹאֵבָה לָא מִשְׁתַּבַּשׁ, דִּכְתִיב: ״וּשְׁאַבְתֶּם מַיִם בְּשָׂשׂוֹן״. וּמַאן דְּתָנֵי חֲשׁוּבָה לָא מִשְׁתַּבַּשׁ, דְּאָמַר רַב נַחְמָן: מִצְוָה חֲשׁוּבָה הִיא, וּבָאָה מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית.

Guemara. Il a été dit : Rav Yehouda et Rav Eina [divergeaient] — l'un enseignait « cho'eva » (puisage) et l'autre enseignait « hachouva » (importante).

Mar Zoutra a dit : celui qui enseigne « cho'eva » ne se trompe pas, et celui qui enseigne « hachouva » ne se trompe pas. Celui qui enseigne « cho'eva » ne se trompe pas, car il est écrit : « Et vous puiserez de l'eau avec allégresse [aux sources du salut] » (Isaie 12,3).

Et celui qui enseigne « hachouva » ne se trompe pas, car Rav Nahman a dit : c'est une mitsva importante, et elle vient depuis les six jours de la Création.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית דַּאֲמַרַן לְעֵיל שִׁיתִין נִבְרְאוּ מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית לְקַבֵּל הַנְּסָכִים:
Guemara. « Depuis les six jours de la Création » — comme nous l'avons dit plus haut : les chitin (les cavités creusées sous l'autel) ont été créés depuis les six jours de la Création, afin de recevoir les nessakhim (les libations).
🗂️ Tossefot (2)
חַד תָּנֵי שׁוֹאֵבָה. בַּיְּרוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ שֶׁמִּשָּׁם שׁוֹאֲבִים רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁהַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה מִתּוֹךְ שִׂמְחָה דִּכְתִיב וַיְהִי כְּנַגֵּן הַמְנַגֵּן וַתְּהִי עָלָיו רוּחַ ה' וּמַיְיתִי עֻובְדָּא דְּיוֹנָה בֶּן אֲמִיתִּי שֶׁהָיָה מֵעוֹלֵי רְגָלִים וּבְשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה שָׁרְתָה עָלָיו שְׁכִינָה:
« L'un enseignait cho'eva. » Dans le Yerouchalmi on explique que c'est de là que l'on puise le roua'h ha-kodech (l'esprit de sainteté), car la Chekhina ne repose que dans la joie, ainsi qu'il est écrit : « Et il advint, lorsque le musicien joua, que l'esprit de l'Éternel fut sur lui » (II Rois 3,15). Et il rapporte l'épisode de Yona ben Amitaï, qui faisait partie des pèlerins montés pour la fête : c'est lors de la Sim'hat Beit ha-Cho'eva que la Chekhina reposa sur lui.
וְחַד תָּנֵי חֲשׁוּבָה. בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת ע"ז (דַּף ב. וְשָׁם) גַּבֵּי עֵידֵיהֶן וְאֵדֵיהֶן מְפָרֵשׁ טַעְמָא מַאן דְּתָנֵי אֵדֵיהֶן מ"ט לָא תָּנֵי עֵידֵיהֶן וּבִשְׁמַעְתִּין לָא דִּייֵּק הָכִי וְלֹא בְּדֻוכְתֵי טוּבָא בְּרֵישׁ כֵּיצַד מְעַבְּרִין (עֵירוּבִין דַּף נג.) מְעַבְּרִין וּמְאַבְּרִין וּבְפֶ' הַגּוֹזֵל בָּתְרָא (ב"ק קטז:) גַּבֵּי מַסִּיקִין וּמְצִיקִין וּבְרֵישׁ פֶּרֶק שֵׁנִי דִּיבָמוֹת (דַּף יז. וְשָׁם) גַּבֵּי רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וּבְפֶרֶק מַשִּׁילִין (בֵּיצָה דַּף לה:):
« Et l'autre enseignait hachouva. » Au début du traité Avoda Zara (2a, et parallèles), à propos de « eideihen » et « eideihen » [leurs fêtes / leurs témoignages], la Guemara explique la raison [du choix du terme] : celui qui enseigne l'une des deux leçons, pourquoi n'enseigne-t-il pas l'autre ? Or dans notre sougya elle ne pousse pas ainsi l'analyse — pas plus qu'en de nombreux autres endroits : au début de Keitsad Me'abrin (Erouvin 53a) à propos de « me'abrin » et « me'abrin », au chapitre Ha-Gozel Batra (Baba Kama 116b) à propos de « massikin » et « metsikin », au début du deuxième chapitre de Yevamot (17a, et parallèles) à propos de « richona » et « chenia », et au chapitre Machilin (Beitsa 35b).
💡 Explication

La Guemara ouvre sur une question de nom, qui est en réalité une question de nature. La fête nocturne de Souccot est-elle nommée d'après le geste qui la déclenche — le puisage (cho'eva) de l'eau au Chiloah pour le nissoukh ha-mayim (libation d'eau) — ou d'après son rang parmi les mitsvot (hachouva, l'importante) ?

Mar Zoutra refuse de trancher : chacune des deux leçons a son point d'appui. « Cho'eva » s'adosse à un verset d'Isaie où puisage et allégresse sont déjà liés ; « hachouva » s'adosse à Rav Nahman, qui remonte cette mitsva jusqu'aux chechet yemei bereshit (les six jours de la Création). Rachi rappelle l'enseignement antérieur : les chitin, les cavités creusées sous l'autel pour absorber les libations, ont été créées dès l'origine du monde.

La formule lo michtabech (« il ne se trompe pas ») est typique : elle valide deux traditions concurrentes sans les fusionner, chacune éclairant un aspect différent du même rite.

🖼️ Schéma
Deux noms pour une même fête -- et deux ancrages CHO'EVA -- le puisage שואבה Ancrage : Isaie 12,3 ou-chavtem mayim be-sasson -- et vous puiserez de l'eau avec allégresse. Le nom vient du GESTE : on puise l'eau au Chiloah pour le nissoukh ha-mayim. Tossefot (Yerouchalmi) : on y puise aussi le roua'h ha-kodech -- la joie appelle la Chekhina. HACHOUVA -- l'importante חשובה Ancrage : Rav Nahman mitsva hachouva hi -- c'est une mitsva importante, venue des six jours de la Création. Le nom vient du RANG : les chitin (cavités sous l'autel) furent créées dès l'origine pour recevoir les nessakhim (Rachi). Une mitsva inscrite dans le plan du monde. Mar Zoutra : lo michtabech -- aucun des deux ne se trompe. Les deux noms disent deux vérités de la même fête.
Les deux noms de la fête et leurs ancrages respectifs.
2
תָּנוּ רַבָּנַן: הֶחָלִיל דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַף יוֹם טוֹב אֵינוֹ דּוֹחֶה. אָמַר רַב יוֹסֵף: מַחְלֹוקֶת בְּשִׁיר שֶׁל קָרְבָּן, דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי, וַעֲבוֹדָה הִיא, וְדוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת. וְרַבָּנָן סָבְרִי: עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה, וְלָאו עֲבוֹדָה הִיא, וְאֵינָהּ דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת. אֲבָל שִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה, דִּבְרֵי הַכֹּל שִׂמְחָה הִיא, וְאֵינָהּ דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת.

Nos maîtres ont enseigné : le halil (la flûte) repousse le Chabbat — paroles de Rabbi Yossi bar Yehouda. Et les Sages disent : il ne repousse même pas le yom tov.

Rav Yossef a dit : la divergence porte sur le chant du sacrifice (chir chel korban), car Rabbi Yossi tient que l'essentiel du chant est par l'instrument (ikar chira bi-khli), et [en jouer] est donc une avoda (un service), et cela repousse le Chabbat ; tandis que les Rabbanan tiennent que l'essentiel du chant est par la bouche (ikar chira ba-pe), et que [jouer] n'est pas une avoda, et cela ne repousse donc pas le Chabbat. Mais quant au chant du cho'eva, de l'avis de tous c'est [une simple] réjouissance, et il ne repousse pas le Chabbat.

📜 Rachi (5)
בְּשִׁיר שֶׁל קָרְבָּן בֶּחָלִיל הַמַּכֶּה לִפְנֵי הַמִּזְבֵּחַ בִּשְׁעַת נִיסּוּךְ (הַמַּיִם ו) הַיַּיִן לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר וְנִיסּוּךְ הַיַּיִן לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם שֶׁהַלְּוִיִּם עוֹמְדִין עַל דּוּכָנָם וְאוֹמְרִים שִׁיר וְהֶחָלִיל מַכֶּה לִפְנֵיהֶם כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (דַּף י.) בי"ב יוֹם בַּשָּׁנָה הֶחָלִיל מַכֶּה לִפְנֵי הַמִּזְבֵּחַ וְאֵין אוֹמְרִים שִׁיר עַל הַמִּזְבֵּחַ אֶלָּא עַל הַיַּיִן כִּדְאָמְרִינַן הָתָם וּבְאוֹתוֹ חָלִיל נֶחֱלַק רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה לוֹמַר שֶׁהוּא דּוֹחֶה:
« Au sujet du chant du sacrifice » — [il s'agit] du halil qui joue devant l'autel à l'heure de la libation (de l'eau et) du vin pour le tamid du matin, et de la libation du vin pour le tamid de l'après-midi, tandis que les leviim se tiennent sur leur doukhan (estrade) et disent le chant, le halil jouant devant eux. Ainsi que nous l'avons appris dans le traité Arakhin (10a) : « Douze jours dans l'année, le halil joue devant l'autel. » Et l'on ne dit le chant sur l'autel que sur le vin, comme il est dit là-bas. C'est à propos de ce halil-là que Rabbi Yossi bar Yehouda diverge, en disant qu'il repousse [le Chabbat].
עִיקַּר שִׁירָה שֶׁקָּרְבַּן צִבּוּר טָעוּן שִׁיר מִן הַתּוֹרָה כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (דַּף יא.) מִכַּמָּה מִקְרָאוֹת וְסָבַר ר' יוֹסֵי עִיקַּר הַשִּׁיר אֵינוֹ אא"כ חָלִיל מַכֶּה עִם הַשִּׁיר וְכֵן כִּנּוֹרוֹת וּנְבָלִים הַכֹּל כַּמִּנְיָן הַמְפֹורָשׁ שָׁם הִלְכָּךְ עֲבוֹדָה הִיא וְכִי הֵיכִי דְּתָמִיד דּוֹחֶה שַׁבָּת שִׁיר שֶׁלּוֹ נָמֵי דּוֹחֶה שַׁבָּת:
« L'essentiel du chant » — car un sacrifice public requiert le chant de par la Torah, comme il est dit dans le traité Arakhin (11a) à partir de plusieurs versets. Et Rabbi Yossi tient que le chant n'est essentiellement [accompli] que si le halil joue avec le chant, ainsi que les kinorot (lyres) et les nevalim (harpes), le tout selon le nombre précisé là-bas. Dès lors c'est une avoda ; et de même que le tamid repousse le Chabbat, son chant aussi repousse le Chabbat.
בְּפֶה הַלְוִיִּם אוֹמְרִים הַשִּׁיר דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ כְּגוֹן לָהּ' הָאָרֶץ וּמְלֹואָהּ (תְּהִילִּים כ״ד:א׳) בָּרִאשׁוֹן גָּדוֹל ה' וּמְהֻולָּל (שָׁם מח) בַּשֵּׁנִי וְכֵן כֻּולָּם וּבְשַׁבָּת שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְחַלֵּיל אֵינוֹ דּוֹחֶה שֶׁאֵין כְּלֵי שִׁיר הַמִּצְוָה וּלְקַמָּן יָלְפִינַן טַעְמַיְיהוּ מִקְּרָאֵי:
« Par la bouche » — les leviim disent le chant du jour, chaque jour le sien : par exemple « À l'Éternel appartient la terre et ce qui la remplit » (Psaumes 24,1) le premier jour, « Grand est l'Éternel et digne de louange » (Psaumes 48) le deuxième, et ainsi pour tous. Et le Chabbat, où le halil est impossible, [le chant] ne repousse pas [le Chabbat], car les instruments de musique ne constituent pas la mitsva. Et plus loin nous déduirons leurs raisons de versets.
אֲבָל שִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה שֶׁהָיָה כָּל הַלַּיְלָה עַל מַעֲלוֹת הַיּוֹרְדוֹת מֵעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל לְעֶזְרַת נָשִׁים כִּדְקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' וְהַלְוִיִּם בְּכִנּוֹרוֹת וּבִנְבָלִים:
« Mais le chant du cho'eva » — qui avait lieu toute la nuit, sur les marches qui descendent de la cour d'Israël à la cour des femmes, comme l'enseigne notre Michna : « et les leviim avec des kinorot et des nevalim ».
דִּבְרֵי הַכֹּל שִׂמְחָה יְתֵירָה הִיא וְאֵינָהּ מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא לְחַבֵּב אֶת הַמִּצְוֹת וְלָא דָּחֵי שַׁבָּת:
« De l'avis de tous c'est une joie surérogatoire » — et elle n'est pas de la Torah, mais [instituée] pour rendre les mitsvot aimables ; elle ne repousse donc pas le Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבָּנַן סָבְרִי עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה. תֵּימַהּ דִּבְפֶ' הַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (עֵירוּבִין קב:) תְּנַן קוֹשְׁרִין נִימָא בַּמִּקְדָּשׁ אֲבָל לֹא בַּמְּדִינָה וְאִיכָּא תַּנָּא בגמ' דְּאָמַר לֹא הָיָה קוֹשְׁרָהּ אֲנָא עוֹנְבָהּ וְעַד כָּאן לָא פְּלִיגִי אֶלָּא בְּתִיקּוּן כְּלִי אִי דָּחֵי שַׁבָּת מִשּׁוּם מַכְשִׁירֵי קָרְבָּן אֲבָל שִׁיר עַצְמוֹ לכ"ע דָּחֵי וּתְנַן נָמֵי פֶּרֶק שֵׁנִי דַּעֲרָכִין (דַּף י.) בִּשְׁנֵים עָשָׂר יוֹם בַּשָּׁנָה הֶחָלִיל מַכֶּה לִפְנֵי הַמִּזְבֵּחַ בִּשְׁחִיטַת פֶּסַח רִאשׁוֹן וּבְפֶסַח שֵׁנִי ובי"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח ובי"ט שֶׁל עֲצֶרֶת וּשְׁמֹנֶה יְמֵי הַחַג אַלְמָא דָּחֵי שַׁבָּת וי"ט דא"א לִשְׁמֹנַת יְמֵי הֶחָג בְּלֹא שַׁבָּת וּלְרַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא דְּמַסִּיק בִּשְׁמַעְתִּין בְּשִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה פְּלִיגִי אֲבָל שִׁיר שֶׁל קָרְבָּן לכ"ע דָּחֵי נִיחָא וְרַב יוֹסֵף דְּהָכָא אִיתּוֹתַב מִבָּרַייְתָא וצ"ל דְּמַתְנִיתִין דַּעֲרָכִין וּדְעֵירוּבִין הֲוָה מוֹקֵי לְהוּ רַב יוֹסֵף כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה וּמִיהוּ אַכַּתִּי קָשֶׁה דִּבְסוֹף תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים סה.) מַשְׁמַע דְּמִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא דְּאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ וְאַפֵּי' ר' נָתָן דְּמַחְמִיר הָתָם מוֹדֶה דִּשְׁבוּת צְרִיכָא הִתִּירוּ וְעוֹד תְּנַן בְּפִירְקִין (דַּף נג:) גַּבֵּי תְּקִיעוֹת שֶׁל מִקְדָּשׁ דִּבְכָל יוֹם הָיוּ שָׁם עֶשְׂרִים וְאַחַת תְּקִיעוֹת וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת כִּדְדָיֵיק בַּגְּמָרָא דִּבְכָל יוֹם תְּנַן. וְלָא אִשְׁתְּמִיט דִּפְלִיג שׁוּם תַּנָּא וְאֵין לוֹמַר דְּהָנְהוּ תְּקִיעוֹת דְּאוֹרָייְתָא דְּהָא (דְּקָתָנֵי) שָׁלֹשׁ לִפְתִיחַת שְׁעָרִים וּתְקִיעוֹת נָמֵי שָׁלֹשׁ כְּדֵי לְהַבְטִיל הָעָם מִמְּלָאכָה דּוֹחוֹת י"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת כְּדִתְנַן פֶּרֶק קַמָּא דְּחֻולִּין (דַּף כו:) י"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת תּוֹקְעִין וְלֹא מַבְדִּילִין שֶׁהָיוּ מְשַׁנִּין בָּהֶם בְּמִקְצָת כְּדִמְפָרֵשׁ הָתָם טַעְמָא בַּגְּמָרָא וְכָל הָנֵי דְּהָתָם דְּרַבָּנָן וְלָא גְּזוּר בַּמִּקְדָּשׁ וּבְמִילּוּי הַמַּיִם דִּכְתִיב וּשְׁאַבְתֶּם מַיִם בְּשָׂשׂוֹן. גְּזוּר וי"ל דִּלְפִי שֶׁהָיָה שָׁם רֹוב כְּלֵי שִׁיר חֲלִילִים כִּנּוֹרוֹת מְצִלְתַּיִם נְבָלִים שֶׁצְּרִיכִים לְתַקֵּן תָּדִיר גְּזוּר בְּהוּ טְפֵי מֵהָנָךְ דְּסַגִּי בְּשׁוֹפָר דְּלָא בָּעֵי תִּיקּוּן וְאַגַּב דִּגְזוּר בְּהוּ גְּזוּר נָמֵי שֶׁלֹּא יִתְקְעוּ לְמִילּוּי הַמַּיִם בי"ט כִּדְמוֹכַח בְּפִירְקִין (דַּף נד:) דְּפָרִיךְ אִי הָכִי עֶרֶב שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג נָמֵי לָא לִיחְשְׁבֵיהּ זִימְנִין דְּלָא אַשְׁכְּחַן כְּגוֹן דְּחָל יו"ט רִאשׁוֹן שֶׁל חַג בע"ש כְּלוֹמַר דְּבָצְרִי לְהוּ תְּקִיעוֹת מִשּׁוּם דְּלָא תָּקְעִי לְמִילּוּי הַמַּיִם וְהַייְנוּ טַעְמָא כִּדְפָרֵישְׁנָא לְפִי שֶׁרְגִילִין בְּהוּ לְהַרְבּוֹת בִּשְׁאָר כְּלֵי שִׁיר בְּלֹא מִסְפָּר כְּדִתְנַן בְּפִירְקִין (דַּף נא:) גָּזְרוּ שֶׁלֹּא יִתְקְעוּ כְּלָל:
« Et les Rabbanan tiennent que l'essentiel du chant est par la bouche. » C'est étonnant. Car au chapitre Ha-Motsé Tefilin (Erouvin 102b) nous avons appris : « On noue une corde [d'instrument] au Temple, mais pas en province » ; et il y a dans la Guemara un Tana qui dit : « On ne la nouait pas, mais on faisait une boucle. » Or ils ne divergent là que sur la réparation de l'instrument — si elle repousse le Chabbat au titre des makhchirei korban (les préparatifs du sacrifice) — mais quant au chant lui-même, de l'avis de tous il repousse [le Chabbat]. Et nous avons appris également au deuxième chapitre d'Arakhin (10a) : « Douze jours dans l'année le halil joue devant l'autel : à l'abattage du premier Pessa'h, au second Pessa'h, le premier jour de fête de Pessa'h, le jour de fête de Chavouot, et les huit jours de la fête [de Souccot]. » Il en ressort qu'il repousse le Chabbat et le yom tov, car il est impossible que huit jours de fête tombent sans qu'un Chabbat s'y trouve. Selon Rav Yirmeya bar Abba, qui conclut dans notre sougya que la divergence porte sur le chant du cho'eva, mais que le chant du korban repousse de l'avis de tous, tout va bien. Mais Rav Yossef, ici, est réfuté par une baraita ; il faut donc dire que les michnayot d'Arakhin et d'Erouvin, Rav Yossef les établissait selon Rabbi Yossi bar Yehouda. Toutefois une difficulté demeure : à la fin de Tamid Nichhat (Pessahim 65a) il ressort qu'il est évident qu'il n'y a pas de chevout (interdit rabbinique) au Temple — et même Rabbi Natan, qui y est rigoureux, admet qu'un chevout nécessaire [au service] a été permis. De plus, nous avons appris dans notre chapitre (53b) au sujet des sonneries du Temple, que chaque jour il y avait là vingt et une sonneries, et même le Chabbat, comme la Guemara le déduit précisément de « chaque jour » — et aucun Tana ne s'est trouvé pour diverger. Et l'on ne peut pas dire que ces sonneries seraient d'ordre toraique : car [parmi elles] trois étaient pour l'ouverture des portes, et trois sonneries encore pour faire cesser le peuple du travail, lesquelles repoussent le yom tov qui tombe la veille du Chabbat, comme nous l'avons appris au premier chapitre de Houlin (26b) : « Un yom tov qui tombe la veille du Chabbat : on sonne mais on ne fait pas la havdala » — car on y apportait quelques modifications, comme la Guemara l'explique là-bas. Or toutes ces sonneries sont d'ordre rabbinique et l'on n'a pas décrété au Temple ; et pour le puisage de l'eau, dont il est écrit « et vous puiserez de l'eau avec allégresse », on aurait décrété ? On peut répondre : puisqu'il y avait là une grande quantité d'instruments de musique — halilim, kinorot, cymbales, nevalim — qui exigent des réparations constantes, on a décrété à leur sujet plus qu'à l'égard de ceux-là, où le chofar suffisait, lequel ne demande pas de réparation. Et du fait même qu'on a décrété à leur sujet, on a décrété aussi de ne pas sonner pour le puisage de l'eau le yom tov, comme il ressort de notre chapitre (54b), où la Guemara objecte : « S'il en est ainsi, la veille du Chabbat tombant durant la fête ne devrait pas non plus être comptée » — réponse : il arrive qu'on ne le trouve pas, par exemple lorsque le premier jour de fête de Souccot tombe la veille du Chabbat ; c'est-à-dire que les sonneries y sont en nombre réduit parce qu'on ne sonne pas pour le puisage de l'eau. Et la raison est bien celle que nous avons expliquée : parce qu'on avait coutume d'y multiplier sans compter les autres instruments de musique, comme nous l'avons appris dans notre chapitre (51b) : « Ils décrétèrent qu'on ne sonnerait plus du tout. »
💡 Explication

Une baraita pose une question apparemment technique : le halil repousse-t-il le Chabbat ? Mais la baraita ne précise pas quel halil. C'est tout le travail de Rav Yossef que de recadrer : il y avait au Temple deux musiques distinctes — celle qui accompagnait le korban (les leviim sur le doukhan pendant la libation de vin du tamid) et celle, nocturne et festive, de la Sim'hat Beit ha-Cho'eva.

Rav Yossef affirme que la mahloket ne porte que sur la première, et qu'elle se ramène à un unique principe : où loge l'essentiel du chant ? Si c'est dans l'instrument, en jouer fait partie du service divin — et puisque le tamid lui-même repousse le Chabbat, son chant le repousse aussi. Si c'est dans la voix, l'instrument n'est qu'un ornement sonore (Rachi : levassoumei kala, embellir la voix), et rien ne justifie de profaner le Chabbat pour lui.

Sur la seconde musique, en revanche, tous s'accordent : c'est une sim'ha yetera, une joie surérogatoire instituée, dit Rachi, « pour rendre les mitsvot aimables » — elle n'est pas d'ordre toraique et ne repousse pas le Chabbat.

🖼️ Schéma
Quel halil ? Le recadrage de Rav Yossef La baraita parle de deux musiques très différentes. Une seule est en débat. Chir chel KORBAN Où : devant l'autel, pendant le nissoukh du vin, au tamid du matin et du soir. Qui : les leviim sur le doukhan chantent ; le halil joue devant eux (Arakhin 10a). Statut : de la Torah -- un korban public exige le chant. C'EST LÀ QUE PORTE LA MAHLOKET Chir chel CHO'EVA Où : sur les marches descendant de la cour d'Israël à la cour des femmes. Quand : toute la nuit, avec kinorot et nevalim (notre Michna). Statut : simha yetera -- pas de la Torah, mais pour rendre les mitsvot aimables. DIVREI HA-KOL : ne repousse pas Chabbat Les deux positions sur le chir chel korban R. Yossi bar Yehouda ikar chira bi-khli -> c'est une avoda le tamid repousse le Chabbat -> le halil REPOUSSE le Chabbat Les Hakhamim ikar chira ba-pe -> ce n'est pas une avoda l'instrument n'est pas la mitsva -> ne repousse même pas le yom tov
Deux musiques du Temple, une seule en débat.
3
אָמַר רַב יוֹסֵף: מְנָא אָמֵינָא דִּבְהָא פְּלִיגִי, דְּתַנְיָא: כְּלֵי שָׁרֵת שֶׁעֲשָׂאָן שֶׁל עֵץ, רַבִּי פּוֹסֵל וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה מַכְשִׁיר. מַאי לַָאו בְּהָא קָמִיפַּלְגִי, מַאן דְּמַכְשִׁיר סָבַר: עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי, וְיָלְפִינַן מֵאַבּוּבָא דְּמֹשֶׁה. וּמַאן דִּפְסִיל סָבַר: עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה, וְלָא יָלְפִינַן מֵאַבּוּבָא דְמֹשֶׁה.

Rav Yossef a dit : d'où dis-je qu'ils divergent sur ce point ? De ce qui est enseigné [dans une baraita] : des kelei charet (ustensiles du service) que l'on a faits en bois — Rabbi les déclare passoul (invalides) et Rabbi Yossi bar Yehouda les déclare kacher.

N'est-ce donc pas sur ce point qu'ils divergent : celui qui déclare kacher tient que l'essentiel du chant est par l'instrument, et nous déduisons [alors la validité du bois] de l'abouv (le chalumeau) de Moché ; et celui qui invalide tient que l'essentiel du chant est par la bouche, et nous ne déduisons donc pas de l'abouv de Moché ?

📜 Rachi (3)
דִּבְהָכִי פְּלִיגִי בְּעִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה אוֹ בִּכְלִי:
« Qu'ils divergent sur ce point » — à savoir : [la question de savoir si] l'essentiel du chant est par la bouche ou par l'instrument.
מַאן דְּמַכְשַׁר עֵץ לְכָל כְּלֵי שָׁרֵת סָבַר עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי וְהָווּ לְהוּ כְּלֵי הַשִּׁיר כְּלֵי שָׁרֵת וְאַבּוּב הָיָה בַּמִּקְדָּשׁ מֵימוֹת מֹשֶׁה וְהוּא שֶׁל קָנֶה כְּדִתְנַן בַּעֲרָכִין (דַּף י:) הִלְכָּךְ שְׁאָר כְּלֵי שָׁרֵת מִינֵּיהּ יָלְפִינַן לְאַכְשׁוֹרֵי בְּשֶׁל עֵץ:
« Celui qui déclare kacher » — le bois pour tout keli charet — tient que l'essentiel du chant est par l'instrument ; les instruments de musique sont donc pour lui des kelei charet. Or il y avait au Temple un abouv depuis les jours de Moché, et il était de roseau, comme nous l'avons appris dans Arakhin (10b). Dès lors, pour les autres kelei charet, c'est de lui que nous déduisons de les valider en bois.
עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה וּכְלִי לְבַסּוֹמֵי קָלָא בְּעָלְמָא הוּא הִלְכָּךְ כְּלֵי הַשִּׁיר אֵינָן כְּלֵי שָׁרֵת וְלָא יָלְפִינַן מִינַּייְהוּ לְדַמּוֹיֵי כְּלֵי שָׁרֵת לָאַבּוּב שֶׁל מֹשֶׁה:
« L'essentiel du chant est par la bouche » — et l'instrument ne sert qu'à embellir la voix (levassoumei kala) ; dès lors les instruments de musique ne sont pas des kelei charet, et nous n'en déduisons pas d'assimiler les kelei charet à l'abouv de Moché.
💡 Explication

Rav Yossef cherche un appui à sa lecture. Il produit une baraita où les mêmes deux Tanaim — Rabbi et Rabbi Yossi bar Yehouda — s'opposent sur un tout autre sujet : peut-on fabriquer des kelei charet (les ustensiles du service du Temple) en bois ?

Sa reconstruction est une chaîne à quatre maillons. Si l'ikar chira est dans l'instrument, alors les instruments de musique du Temple sont eux-mêmes des kelei charet. Or l'abouv, ce chalumeau de roseau conservé au Temple depuis les jours de Moché (Arakhin 10b), était un instrument de musique. Il existe donc un keli charet de bois — et l'on en apprend pour tous les autres. Si au contraire l'ikar chira est dans la voix, l'abouv n'est qu'un accessoire sonore, la chaîne se rompt dès le premier maillon, et rien ne valide le bois.

La force apparente de l'argument tient à la coïncidence des noms : deux baraitot, deux débats, les mêmes protagonistes. Rav Yossef en conclut à l'identité du clivage sous-jacent.

🖼️ Schéma
La preuve de Rav Yossef : la chaîne de l'abouv de Moché Baraita : keli charet fait en BOIS Rabbi : passoul -- R. Yossi bar Yehouda : kacher R. Yossi b. Yehouda -- MAKHCHIR 1. ikar chira BI-KHLI 2. donc les instruments de musique sont de vrais kelei charet 3. or l'ABOUV du Temple, depuis Moché, était de roseau (Arakhin 10b) 4. donc il existe un keli charet en bois -> on en apprend pour tous les autres Rabbi -- POSSEL 1. ikar chira BA-PE 2. l'instrument ne sert qu'à levassoumei kala -- embellir la voix 3. donc l'abouv n'est PAS un keli charet 4. la chaîne est rompue dès le départ -> aucun modèle pour valider le bois Force de l'argument : ce sont exactement les deux mêmes Tanaim que dans la baraita du halil. Même clivage, croit Rav Yossef.
La chaîne de raisonnement de Rav Yossef, maillon par maillon.
4
לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי, וְהָכָא בְּדָנִין אֶפְשָׁר מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר קָמִיפַּלְגִי. מַאן דְּמַכְשִׁיר סָבַר: דָּנִין אֶפְשָׁר מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר, וּמַאן דִּפְסִיל סָבַר: לָא דָּנִין אֶפְשָׁר מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר.

Non ! [Ce n'est pas nécessairement cela :] de l'avis de tous, l'essentiel du chant est par l'instrument, et ici c'est sur [la question de savoir si] l'on déduit le possible de l'impossible (danin efchar mi-che-i efchar) qu'ils divergent.

Celui qui déclare kacher tient que l'on déduit le possible de l'impossible, et celui qui invalide tient que l'on ne déduit pas le possible de l'impossible.

📜 Rachi (1)
אֵין דָּנִין אֶפְשָׁר מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר שְׁאָר כֵּלִים אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיוּ שֶׁל מַתֶּכֶת וְהֵן מְכֻובָּדִים הִלְכָּךְ מִמְּנוֹרָה יָלְפִינַן לְהוּ וְלֹא מֵאַבּוּב שֶׁל מֹשֶׁה דְּהָתָם טַעְמָא מִשּׁוּם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת שֶׁל מַתֶּכֶת כְּדִמְפָרֵשׁ בַּעֲרָכִין (דַּף י:) שֶׁצִּפָּהוּ זָהָב וְלֹא הָיָה קוֹלוֹ עָרֵב נָטְלוּ אֶת צִיפּוּיוֹ וְהָיוּ קוֹלוֹ עֶרֶב וּמַאן דְּמַכְשַׁר סָבַר דָּנִין אֶפְשָׁר מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר דמ"מ אַשְׁכְּחַן כְּלֵי שָׁרֵת דְּעֵץ:
« On ne déduit pas le possible de l'impossible » — les autres ustensiles, il est possible qu'ils soient de métal, et ils en sont plus honorables ; c'est donc de la menora que nous les déduisons, et non de l'abouv de Moché. Car là-bas la raison [du bois] est qu'il était impossible de le faire en métal, comme l'explique Arakhin (10b) : on l'avait recouvert d'or et son son n'était plus agréable ; on retira son placage et son son redevint agréable. Et celui qui déclare kacher tient que l'on déduit le possible de l'impossible, car de toute façon nous trouvons [dans la Torah] un keli charet en bois.
💡 Explication

La Guemara casse la preuve sans casser la chaîne : admettons que tous tiennent l'ikar chira bi-khli, et donc que l'abouv de Moché était bien un keli charet de bois. Le désaccord peut alors porter, non sur le statut du chant, mais sur une règle de déduction générale.

Efchar mi-che-i efchar : peut-on tirer la loi d'un cas où l'on avait le choix à partir d'un cas où l'on ne l'avait pas ? Rachi rappelle le fait rapporté dans Arakhin (10b) : on avait plaqué l'abouv d'or, et son timbre s'était gâté ; on retira le placage et le son redevint agréable. L'abouv est donc de roseau par nécessité acoustique, non par choix. Les autres ustensiles, eux, peuvent être de métal — et le métal, ajoute Rachi, est plus honorable.

Qui invalide dit : un cas de force majeure ne fonde pas la règle des cas ordinaires ; on apprend donc de la menora. Qui valide dit : peu importe la cause, la Torah nous montre bel et bien un keli charet en bois — le précédent suffit.

🖼️ Schéma
Première réfutation : danin efchar mi-che-i efchar ? Peut-on déduire un cas où l'on AVAIT le choix d'un cas où l'on ne l'avait PAS ? Le fait, expliqué par Rachi (Arakhin 10b) On plaqua l'abouv d'or : son timbre se gâta. On retira le placage : le timbre redevint agréable. L'abouv est en roseau par NÉCESSITE -- le métal était impossible. DANIN -- on déduit (makhchir) Peu importe la raison du bois : de toute façon la Torah nous montre un keli charet fait de bois. Le précédent existe, il suffit. -> bois valable pour tout keli charet EIN DANIN -- on ne déduit pas (possel) Les autres ustensiles PEUVENT être de métal -- et le métal est plus honorable. Un cas de force majeure ne fonde pas la règle des cas ordinaires. -> on apprend de la MENORA, pas de l'abouv Nafka mina pour la sougya : les deux Tanaim peuvent tenir ikar chira bi-khli. La preuve de Rav Yossef ne tient plus.
Pourquoi l'abouv de Moché était en roseau, et ce que l'on peut en tirer.
5
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: דְּכֻולֵּי עָלְמָא דְּעִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה, וְאֵין דָּנִין אֶפְשָׁר מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר, וְהָכָא בְּמֵילַף מְנוֹרָה בִּכְלָלֵי וּפְרָטֵי אוֹ בְּרִבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי קָא מִיפַּלְגִי. רַבִּי דְּרֵישׁ כְּלָלֵי וּפְרָטֵי, רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה דָּרֵישׁ רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי.

Et si tu veux, dis [autrement] : de l'avis de tous, l'essentiel du chant est par la bouche, et l'on ne déduit pas le possible de l'impossible ; et ici c'est sur la manière de déduire [la loi] de la menora — par klalei ou-fratei (généralités et particuliers) ou par ribouyei ou-mi'outei (amplifications et restrictions) — qu'ils divergent. Rabbi expose [la Torah] par klalei ou-fratei ; Rabbi Yossi bar Yehouda expose par ribouyei ou-mi'outei.

📜 Rachi (2)
ה"ג וְאִיבָּעֵית אֵימָא עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה וְאֵין דָּנִין אֶפְשָׁר מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר וה"פ דכ"ע עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה וְלֵיכָּא לְמֵילַף מֵאַבּוּב ואת"ל עִיקָּר בִּכְלִי אֲפִילּוּ הָכָא מֵאַבּוּב לֹא גָּמַר דְּאֵין דָּנִין אֶפְשָׁר מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר:
Telle est la leçon : « Et si tu veux, dis : l'essentiel du chant est par la bouche, et l'on ne déduit pas le possible de l'impossible. » — Et voici l'explication : de l'avis de tous, l'essentiel du chant est par la bouche, et il n'y a donc rien à déduire de l'abouv. Et même si tu voulais dire que l'essentiel est par l'instrument, même ici il ne déduirait pas de l'abouv, car l'on ne déduit pas le possible de l'impossible.
וְהָכָא בְּמֵילַף מְנוֹרָה בִּכְלָלֵי וּפְרָטֵי אוֹ בְּרִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי קָמִיפַּלְגִי ה"ג ול"ג מִמְּנוֹרָה יֵשׁ שֶׁדּוֹרְשִׁין אֶת הַתּוֹרָה בִּכְלָל וּפְרָט וְיֵשׁ שֶׁדּוֹרְשִׁין אוֹתָהּ בְּמִדַּת רִבּוּי וּמִיעוּט הַדּוֹרְשָׁהּ בִּכְלָל וּפְרָט מַשְׁמַע לֵיהּ פְּרָט הַבָּא אַחַר כְּלָל פֵּירוּשׁוֹ שֶׁל כְּלָל הִלְכָּךְ כְּלָל וּפְרָט אֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶּׁבַּפְּרָט וַאֲפִילּוּ דְּבָרִים הַדּוֹמִין לִפְרָט אֵין נִדּוֹנִין עִמּוֹ לְפִי שֶׁהוּא פֵּירוּשׁוֹ מַהוּ כְּלָל הַכָּלוּל לְמַעְלָה זֶה שֶׁאֲנִי אוֹמֵר לְךָ עַכְשָׁיו וְלֹא יוֹתֵר וְכִי אָתֵי כְּלָל שֵׁנִי אַחַר הַפְּרָט בָּא לְהוֹסִיף עָלָיו וְדַייְּךָ אִם תּוֹסִיף עָלָיו אֶת הַדּוֹמִים לוֹ הִלְכָּךְ אִי אַתָּה דָּן עַל יְדֵי כְּלָל הָאַחֲרוֹן אֶלָּא דְּבָרִים הַדּוֹמִין לִפְרָט שֶׁלֹּא נִתְרַבּוּ מִתְּחִילָּה וְהַדּוֹרְשָׁהּ בְּרִיבּוּי וּמִיעוּט לָא מַשְׁמַע לֵיהּ פְּרָט הַבָּא אַחַר כְּלָל פֵּירוּשׁוֹ שֶׁל כְּלָל דְּנֵימָא אֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶׁבַּפְּרָט אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבִכְלַל קַמָּא נִתְרַבָּה הַכֹּל בַּמַּשְׁמָע אָתֵי פְּרָטָא בָּתְרָאָה לִמְעוּטֵי מְמֻשְׁמְעוֹתֶיהָ וְכִי הֲדַר אָתֵי רִיבּוּי אַחֲרֵינִי בַּהֲדֵיהּ אַהֲנֵי לְרַבּוֹיֵי כָּל מִילֵּי דְּאֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁהֵן כְּעֵין הַפְּרָט לָא אִיצְטְרִיךְ דְּלָא אִימְּעִיטוּ לְהוּ מִמִּיעוּטָא וְהָכִי אָמַר בְּהֶדְיָא בְּפֶרֶק נִגְמַר הַדִּין (סַנְהֶדְרִין דַּף מה:) גַּבֵּי כָּל הַנִּסְקָלִין נִתְלִין דְּמַאן דְּדָרֵישׁ רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי מַשְׁמַע לֵיהּ בְּרִיבּוּי וּמִיעוּט לְחוּדֵיהּ בְּלֹא רִיבּוּי אַחֲרוֹן כָּל הַדּוֹמִין לִפְרָט:
« Et ici c'est sur la manière de déduire la menora — par klalei ou-fratei ou par ribouyei ou-mi'outei — qu'ils divergent. » Telle est la leçon, et l'on ne lit pas « de la menora ». — Certains exposent la Torah par klal ou-frat, et d'autres l'exposent par la mida de ribouy ou-mi'out. Celui qui l'expose par klal ou-frat comprend que le prat venant après un klal est l'explication du klal ; dès lors, [dans] un klal ou-frat, « il n'y a dans le klal que ce qui est dans le prat », et même les choses semblables au prat ne sont pas jugées avec lui, puisqu'il en est l'explication : qu'est-ce donc que le klal énonce plus haut ? Cela même que je te dis maintenant, et rien de plus. Et lorsque vient un second klal après le prat, il vient y ajouter — et il te suffit d'y ajouter ce qui lui ressemble ; dès lors, tu ne juges par le dernier klal que les choses semblables au prat, qui n'avaient pas été incluses dès le départ. Et celui qui l'expose par ribouy ou-mi'out ne comprend pas que le prat venant après le klal soit l'explication du klal, au point que nous dirions « il n'y a dans le klal que ce qui est dans le prat » ; mais puisque dans le premier klal tout était déjà inclus dans le sens [du mot], le prat final vient retrancher de ce sens ; et lorsque revient ensuite une autre amplification avec lui, elle sert à inclure toutes choses — car quant aux choses semblables au prat, il n'était pas nécessaire [de les inclure], puisqu'elles n'avaient pas été exclues par le mi'out. Et ainsi est-il dit explicitement au chapitre Nigmar ha-Din (Sanhédrin 45b), à propos de « tous ceux qui sont lapidés sont pendus » : celui qui expose par ribouyei ou-mi'outei comprend que par un ribouy et un mi'out seuls, sans la dernière amplification, [sont déjà inclus] tous ceux qui ressemblent au prat.
💡 Explication

Seconde relecture, encore plus radicale : le débat sur le bois ne dit rien du tout sur le chant. Les deux Tanaim peuvent s'accorder sur l'ikar chira ba-pe et sur le rejet du efchar mi-che-i efchar — et ne diverger que sur la mida, la règle herméneutique, avec laquelle on lit le verset de la menora.

Rachi, dans une glose exceptionnellement développée, expose les deux systèmes. Pour qui expose en klal ou-frat, le particulier qui suit une généralité en est l'explication : « il n'y a dans le klal que ce qui est dans le prat ». Un second klal ne fait qu'ajouter ce qui ressemble au prat. Pour qui expose en ribouy ou-mi'out, la généralité initiale incluait déjà tout ; la restriction ne fait qu'en retrancher, et l'amplification finale réinclut largement — il ne reste exclu que le plus indigne.

Le même découpage de mots produit ainsi deux résultats opposés. C'est la différence entre une lecture qui restreint par définition et une lecture qui étend par défaut.

6
רַבִּי דְּרֵישׁ כְּלָלֵי וּפְרָטֵי: ״וְעָשִׂיתָ מְנוֹרַת״ — כְּלָל, ״זָהָב טָהוֹר״ — פְּרָט, ״מַקְשֶׁה תַּעֲשֶׂה הַמְּנוֹרָה״ — חָזַר וְכָלַל. כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל, אִי אַתָּה דָן אֶלָּא כְּעֵין הַפְּרָט. מָה הַפְּרָט מְפֹורָשׁ שֶׁל מַתֶּכֶת, אַף כֹּל שֶׁל מַתֶּכֶת.

Rabbi expose par klalei ou-fratei : « Et tu feras un chandelier de » — c'est un klal (généralité) ; « or pur » — c'est un prat (particulier) ; « d'une seule pièce sera fait le chandelier » — il est revenu et a généralisé. [Or dans] un klal, un prat et un klal, tu ne juges que ce qui est semblable au prat (ke-ein ha-prat) : de même que le prat est explicitement de métal, de même tout [ustensile] doit être de métal.

💡 Explication

Application concrète sur Exode 25,31. Rabbi découpe le verset en trois temps et applique la règle klal ou-frat ou-khlal : la généralité est bornée par le particulier, et la généralité finale ne rouvre la porte qu'à ce qui partage le trait dominant du particulier.

Quel est le trait dominant de « zahav tahor » (or pur) ? Non pas l'or précisément — sinon la menora seule serait visée — mais le fait d'être un métal. On élargit donc à l'argent, au cuivre : tout ustensile du service doit être de métal. Le bois, qui n'est pas ke-ein ha-prat, reste dehors : passoul.

🖼️ Schéma
Le même verset découpé de deux façons ve-asita menorat et tu feras un chandelier de zahav tahor or pur miksha te'ase ha-menora d'une seule pièce sera fait le chandelier Lecture de RABBI KLAL PRAT KLAL Le prat EXPLIQUE le klal. Le second klal ne rajoute que ce qui ressemble au prat. Ata dan ke-ein ha-prat : le prat est du MÉTAL, donc tout doit être métal. Bois exclu -- keli charet en bois passoul Lecture de R. YOSSI BAR YEHOUDA RIBOUY MI'OUT RIBOUY Le premier mot inclut TOUT ; le mi'out retranche ; le second ribouy réinclut largement. Riba ha-kol : on inclut toutes matières. Le mi'out ne garde que le plus indigne à exclure. Seul le HERÈS (argile) est exclu -- le bois est kacher
Le même verset lu par les deux midot, et les deux verdicts sur le bois.
7
רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה, דְּרֵישׁ רִיבּוּיֵי וּמִיעוּטֵי: ״וְעָשִׂיתָ מְנוֹרַת״ — רִיבָּה, ״זָהָב טָהוֹר״ — מִיעֵט, ״מַקְשֶׁה תַּעֲשֶׂה הַמְּנוֹרָה״ — חָזַר וְרִיבָּה, רִיבָּה וּמִיעֵט וְרִיבָּה — רִיבָּה הַכֹּל. מַאי רַבִּי — רַבִּי כָּל מִילֵּי, מַאי מִיעֵט — מִיעֵט שֶׁל חֶרֶס.

Rabbi Yossi bar Yehouda, lui, expose par ribouyei ou-mi'outei : « Et tu feras un chandelier de » — il a amplifié (riba) ; « or pur » — il a restreint (mi'et) ; « d'une seule pièce sera fait le chandelier » — il est revenu et a amplifié. [Or] amplification, restriction et amplification — il a tout inclus.

Qu'a-t-il inclus ? Il a inclus toutes choses.

Qu'a-t-il exclu ? Il a exclu [ce qui est] d'argile (hères).

📜 Rachi (1)
מִיעֵט שֶׁל חֶרֶס דע"כ מִיעוּטָא לִמְעוּטֵי אֲתָא וְזֶהוּ הָרָאוּי לְהִתְמַעֵט יוֹתֵר מִן הַכֹּל:
« Il a exclu [ce qui est] d'argile » — car de toute nécessité le mi'out est venu exclure quelque chose, et c'est cela qui mérite d'être exclu plus que tout.
💡 Explication

Même verset, même découpage en trois, résultat inverse. Dans la mida ribouy ou-mi'out ou-ribouy, la séquence se conclut par riba ha-kol : on inclut tout. Le mi'out n'est pas évacué pour autant — une restriction ne peut rester lettre morte — mais il est réduit à son minimum : il n'exclut plus qu'un seul cas.

Lequel ? Rachi donne le critère : puisque le mi'out doit nécessairement exclure quelque chose, il exclut ce qui mérite le plus d'être exclu — le hères, l'argile, la matière la moins digne du service. Le bois, lui, entre dans l'amplification : un keli charet en bois est kacher.

C'est la nafka mina exacte de la baraita du segment 2 — mais elle ne dépend plus, dans cette lecture, du statut du chant.

8
אָמַר רַב פָּפָּא:

Rav Papa a dit : [la suite au folio 51a].

💡 Explication

L'amud s'interrompt sur l'ouverture d'une nouvelle intervention. Rav Papa va reprendre la reconstruction de Rav Yossef pour la mettre à l'épreuve : la sougya n'a pas encore tranché si le débat sur le halil porte réellement sur le chir chel korban. La suite se lit en 51a, où Rav Yirmeya bar Abba proposera une lecture concurrente — celle que Tossefot invoque déjà ici comme la solution la plus confortable.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).