Sukkah 51a — Le chant du Temple : la voix ou l'instrument, et la nuit du Beit ha-choéva

Sukkah 51a

Sougya : Ce folio poursuit la question ouverte plus haut : l'essentiel du chant léviticque au Temple est-il la voix (ikkar chira be-fé) ou l'instrument (be-kli) ? La Guemara propose d'y voir une mahloket tannaitique déjà formulée dans Arakhin, où trois tannaim divergent sur l'identité des musiciens -- esclaves de Cohanim (R.

Meir), Israélites de lignée (R. Yossi), Leviim (R.

Hanina ben Antigonos). Le rapprochement est réfuté par le cas de R.

Yossi, qui ne loge dans aucune des deux cases : tous tiennent donc ikkar chira be-fé, et leur divergence porte sur un simple fait historique, dont la nafka mina est méalin mi-doukhan -- l'estrade fait-elle présomption de lignée et de droit au maasser ? Vient ensuite R.

Yirmeya bar Abba, qui inverse la lecture de Rav Yossef : la mahloket sur le halil porte sur le chir chel choéva, non sur celui du korban. Une baraita puis le dioukk de notre Michna réfutent Rav Yossef sur deux points -- teyouvta be-tartei.

Les deux versets des Chroniques (Hizkiyahou et Chelomo) sont alors produits et retournés de part et d'autre, chaque camp lisant chez l'autre l'accompagnement plutôt que l'essentiel. Le folio s'achève sur la Michna célèbre : celui qui n'a pas vu la Simhat beit ha-choéva n'a jamais vu de réjouissance de sa vie.

Le fil du folio : qui tenait les instruments, qui repousse le Chabbat, et la nuit du puisage Quatre blocs : la mahloket d'Arakhin, la réfutation de Rav Yossef, les deux versets des Chroniques, la Michna de la Simhat beit ha-choéva. Bloc A (seg. 0-5) -- ke-tannai : la question ikkar chira be-fé ou be-kli est-elle déjà une mahloket tannaitique ? Michna d'Arakhin : qui tenait les instruments à côté des Leviim ? R. Meir dit des esclaves de Cohanim ; R. Yossi dit des Israélites de lignée ; R. Hanina ben Antigonos dit des Leviim. Lecture proposée : esclaves = ikkar be-fé, Leviim = ikkar be-kli. Ve-tisbera : la lecture casse sur R. Yossi, qui ne tient ni l'un ni l'autre. Donc tous tiennent ikkar chira be-fé, et leur divergence porte sur un simple FAIT historique : hakhi hava maasse -- voici comment cela s'est passé. Nafka mina : méalin mi-doukhan -- l'estrade suffit-elle à présumer la lignée, et à donner droit au maasser richone ? Bloc B (seg. 6-10) -- R. Yirmeya bar Abba contre Rav Yossef : deux teyouvtot R. Yirmeya bar Abba : la mahloket entre R. Yossi be-R. Yehouda et les Rabbanan porte sur le chir chel choéva ; pour le chir chel korban, tous s'accordent -- c'est une avoda, elle repousse le Chabbat. Rav Yossef tenait exactement l'inverse. Une baraita le réfute sur R. Yossi (teyouvta), puis le dioukk de notre Michna le réfute sur les Rabbanan : teyouvta be-tartei. L'échappatoire de Rav Yossef -- la baraita dit choéva le-hodiakha kohho de-R. Yossi -- ne résiste pas au zehou de la Michna. Bloc C (seg. 11-14) -- deux versets des Chroniques, lus dans les deux sens Pour ikkar be-kli : Hizkiyahou (II Chr. 29,27) -- hehel chir Hachem ve-ha-hatsotserot ve-al yedei kelei David : le verset appelle les instruments chant de l'Éternel. Pour ikkar be-fé : Chelomo (II Chr. 5,13) -- la-mhatsetserim ve-la-mchorerim, aucun instrument n'y est nommé. Puis chacun retourne le verset de l'autre : al yedei kelei David = levassoumei kala (pour adoucir la voix) ; et mchorerim domia de-mhatsetserim (le chantre est à l'image du trompette : avec un instrument). Aucun verset n'est décisif : chaque camp lit dans l'autre verset l'accompagnement plutôt que l'essentiel. Bloc D (seg. 15-16) -- Michna : mi che-lo raa Simhat beit ha-choéva lo raa simha mi-yamav À l'issue du premier Yom tov, on descend à la Ezrat nachim pour le tikoun gadol. Menorot d'or, quatre sfalim au sommet, quatre échelles, quatre pirhei kehouna, 120 logs d'huile, mèches taillées dans les vêtements usés -- et toute la ville éclairée.
Le parcours des dix-sept segments : la mahloket d'Arakhin, la double teyouvta, les deux versets, la Michna du puisage.
Ikkar chira be-fé ou be-kli : deux versets, deux lectures, et une seule conclusion Le chant du Temple est-il essentiellement la voix des Leviim, ou l'orchestre qui l'accompagne ? BE-FÉ -- l'essentiel est la voix Son verset : II Chroniques 5,13 (Chelomo) Et ce fut comme un seul pour les trompettes et pour les chantres, pour faire entendre une seule voix. Rachi : aucun kli n'y est nommé Les hatsotserot ne sont pas des kelei chir : elles servent aux sonneries des temidim et des moussafim. Ce que l'adversaire en fait Mchorerim domia de-mhatsetserim : de même que le trompette sonne par un instrument, le chantre aussi. Tossefot précise la vraie déduction : le verset scinde deux louanges. BE-KLI -- l'essentiel est l'instrument Son verset : II Chroniques 29,27 (Hizkiyahou) Au moment où commença l'ola, commença le chant de l'Éternel, et les trompettes, et par les kelei David. Rachi : le verset nomme les kelim chir Hachem Les instruments de David sont eux-mêmes appelés chant de l'Éternel -- donc le chant, c'est l'instrument. Ce que l'adversaire en fait Hehel chir Hachem = par la bouche ; al yedei kelei David = levassoumei kala, pour adoucir la voix. L'instrument devient un ornement du chant, non le chant lui-même. Conclusion de la sougya (seg. 3) : de-koulei alma ikkar chira be-fé Les trois tannaim d'Arakhin ne divergent PAS sur ce principe. Le test qui le prouve est R. Yossi (seg. 2) : s'il tenait be-fé, des esclaves conviendraient aussi -- pourquoi exiger des Israélites de lignée ? S'il tenait be-kli, il faudrait des Leviim et non des Israélites. Sa position ne loge dans aucune des deux cases : la lecture doctrinale est donc fausse. Il reste une divergence de FAIT -- qui tenait effectivement les instruments -- dont la portée halakhique est ailleurs : méalin mi-doukhan, l'estrade fait-elle présomption de lignée, et donne-t-elle droit au maasser richone ?
Be-fé ou be-kli : les deux versets, les deux lectures croisées, et la conclusion unanime de la sougya.
Le tikoun gadol de la Ezrat nachim : l'installation des menorot Une lecture littérale de la Michna, avec les précisions de Rachi et la question de Tossefot. Ezrat nachim -- en contrebas de la Ezrat Israël Rachi : Cohanim et Leviim y DESCENDENT, sur la pente de la montagne. 4 sfalim d'or au sommet de chaque menora 4 sulamot par menora pirhei kehouna 4 yeladim kad de 120 logs Rachi : menorot hautes de 50 amot Ce que la Michna compte quatre par quatre 4 sfalim d'or au sommet -- 4 échelles par menora -- 4 enfants des pirhei kehouna -- chacun avec une cruche de 120 logs, versée dans chaque sefel. Rachi : ce sont de jeunes hommes, chacun monte à son échelle. Les mèches : du vêtement usé à la lumière Mibalei mikhnesei kohanim ou-mehemyaneihen : on défait et on déchire les culottes et les ceintures hors d'usage -- Rachi : des bigdei serad, propriété du public. Tossefot demande : pourquoi pas la ketonet, elle aussi de lin ? Le Ben Yehoyada répond par ce que chaque vêtement expie. Pourquoi toute la ville était éclairée Rachi : les menorot montent à 50 amot, le Har ha-Bayit est déjà en hauteur, et le mur oriental qui ferme la Ezrat nachim était BAS (Yoma 16a) : la lumière passe par-dessus. D'où la formule de la Michna : pas une cour de Jérusalem qui ne fût éclairée par la lumière du Beit ha-choéva.
Le tikoun gadol de la Ezrat nachim, lu avec Rachi, Tossefot et le Ben Yehoyada.
1
כְּתַנָּאֵי, (דְּתַנְיָא): עַבְדֵי כֹּהֲנִים הָיוּ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מִשְׁפַּחַת בֵּית הַפְּגָרִים וּמִשְׁפַּחַת בֵּית צִיפְּרַיָּא, וּמֵאֱמָאוּם הָיוּ, שֶׁהָיוּ מַשִּׂיאִין לִכְהֻונָּה.

[Cette divergence est] comme [celle des] Tannaim, car il a été enseigné : c'étaient des esclaves de Cohanim — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : [c'étaient] la famille de Beit ha-Pegarim et la famille de Beit Tzipparya, et ils étaient d'Emmaüs — [des Israélites] qui mariaient [leurs filles] à la kehouna (la prêtrise).

📜 Rachi (5)
כְּתַנָּאֵי עִיקַּר שִׁיר בַּפֶּה אוֹ בִּכְלִי:
Comme [celle des] Tannaim — [la question de savoir si] l'essentiel du chant est par la bouche ou par l'instrument.
עַבְדֵי כֹּהֲנִים הָיוּ [מִשְׁנָה] בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין הִיא עַל אוֹחֲזֵי כְּלֵי שִׁיר בִּשְׁעַת שִׁיר שֶׁל קָרְבָּן קָיְימִינַן:
C'étaient des esclaves de Cohanim — c'est une Michna du traité Arakhin ; nous nous tenons [dans cette discussion] sur ceux qui tiennent les instruments de musique au moment du chant du korban.
מִשְׁפַּחַת בֵּית הַפְּגָרִים וּמִשְׁפַּחַת בֵּית צִיפְּרַיָּא זֶה שֵׁם הַמִּשְׁפָּחוֹת:
La famille de Beit ha-Pegarim et la famille de Beit Tzipparya — ce sont les noms des familles.
וּמֵאֱמָאוּם הָיוּ זֶה שֵׁם מְקוֹמָם:
Et ils étaient d'Emmaüs — c'est le nom de leur localité.
וּמַשִּׂיאִין לִכְהֻונָּה יִשְׂרָאֵל מְיֻוחָסִין הָיוּ שֶׁנְּשֵׁיהֶם אַלְמָנוֹת וּבְנוֹתָם רְאוּיוֹת לִינָּשֵׂא לַכֹּהֲנִים:
Et ils mariaient à la kehouna — c'étaient des Israélites de lignée avérée, de sorte que leurs femmes veuves et leurs filles étaient aptes à épouser des Cohanim.
🗂️ Tossefot (1)
כְּתַנָּאֵי עַבְדֵי כֹּהֲנִים הָיוּ. מִשְׁנָה הִיא פֶּרֶק שֵׁנִי דַּעֲרָכִין (דַּף י.) וְתֵימַהּ דְּהָכָא מַסְּקִינַן דכ"ע עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה וְהָתָם קָתָנֵי רֵישָׁא דְּחָלִיל מַכֶּה בִּשְׁמוֹנָה יְמֵי הֶחָג וְאִי אֶפְשָׁר בְּלֹא שַׁבָּת וְי"ל דְּהָא מְפָרֵשׁ טַעַם מִשּׁוּם דְּאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ וּבַיְּרוּשַׁלְמִי פָּרֵיךְ וּמְשַׁנֵּי רֵישָׁא רַבִּי יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה הִיא:
Comme les Tannaim : c'étaient des esclaves de Cohanim. C'est une Michna du deuxième chapitre d'Arakhin (10a). Et c'est étonnant : ici nous concluons que, de l'avis de tous, l'essentiel du chant est par la bouche ; or la-bas la reicha enseigne que la flûte joue pendant les huit jours de la fête — ce qui est impossible sans qu'un Chabbat s'y trouve ! On peut répondre que la raison y est expliquée : parce qu'il n'y a pas de chevout au Mikdach (le Temple). Et dans le Yerouchalmi, on pose la question et l'on répond : la reicha est de Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda.
💡 Explication

La Guemara tente de rattacher la question en cours — ikkar chira be-fé ou be-kli (l'essentiel du chant est-il la voix ou l'instrument ?) — à une divergence tannaitique déjà constituée. Rachi le précise d'emblée : la Michna citée vient du traité Arakhin (10a), et elle porte sur ceux qui tenaient les instruments au moment du chant qui accompagne le korban.

R. Meir dit qu'il s'agissait d'esclaves de Cohanim — le statut le plus bas envisageable. R. Yossi refuse cette version : c'étaient des Israélites de deux familles nommées, Beit ha-Pegarim et Beit Tzipparya, originaires d'Emmaüs. La précision finale n'est pas décorative : chehayou massiin la-kehouna, ils mariaient leurs filles à des Cohanim. Rachi explique que c'étaient des Israélites meyouhassim, de lignée assez établie pour que leurs veuves et leurs filles soient aptes à épouser un Cohen — ce qui exige une généalogie vérifiée.

Tossefot ouvre ici une difficulté latérale : si l'on conclut que tous tiennent ikkar chira be-fé, comment cette même Michna d'Arakhin peut-elle enseigner que la flûte joue huit jours de la fête, ce qui suppose nécessairement un Chabbat ? La réponse tient au principe ein chevout ba-mikdach (les interdits rabbiniques de chevout ne s'appliquent pas au Temple) ; le Yerouchalmi, lui, attribue la reicha à R. Yossi be-R. Yehouda.

🖼️ Schéma
Qui tenait les instruments à côté des Leviim ? La Michna d'Arakhin 10a Rachi : nous parlons de ceux qui tiennent les kelei chir au moment du chant du korban. R. Meir avdei kohanim des esclaves de Cohanim Statut le plus bas des trois. Si des esclaves suffisent, c'est que l'instrument n'est pas le cœur du service. R. Yossi Israélites meyouhassim Beit ha-Pegarim, Beit Tzipparya D'Emmaüs. Rachi : de lignée si avérée que leurs veuves et leurs filles pouvaient épouser des Cohanim. R. Hanina b. Antigonos Leviim et eux seuls Rachi : les Israélites y sont passoul. Si seul un Levi peut jouer, l'instrument semble bien être l'avoda elle-même. La lecture proposée par la Guemara : ce serait déjà notre mahloket esclaves = ikkar chira be-fé (l'instrument n'est qu'accompagnement) | Leviim = ikkar chira be-kli (l'instrument est le service).
Trois versions d'un même usage du Temple, et la lecture doctrinale que la Guemara va leur proposer.
2
רַבִּי חֲנִינָא בֶּן אַנְטִיגְנוֹס אוֹמֵר: לְוִיִּם הָיוּ. מַאי לָאו בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי, דְּמַאן דְּאָמַר עֲבָדִים הָיוּ, קָסָבַר: עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה. וּמַאן דְּאָמַר לְוִיִּם הָיוּ, קָסָבַר: עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי.

Rabbi Hanina ben Antigonos dit : c'étaient des Leviim. N'est-ce pas sur ceci qu'ils divergent : celui qui dit que c'étaient des esclaves tient que l'essentiel du chant est par la bouche ; et celui qui dit que c'étaient des Leviim tient que l'essentiel du chant est par l'instrument ?

📜 Rachi (1)
לְוִיִּם הָיוּ אֲבָל יִשְׂרְאֵלִים פְּסוּלִין לְכָךְ:
C'étaient des Leviim — mais des Israélites y sont passoul (invalides).
💡 Explication

La troisième opinion complète le tableau : pour R. Hanina ben Antigonos, seuls des Leviim tenaient les instruments. Rachi ajoute la conséquence négative que la formule implique : des Israélites y seraient passoul (invalides).

La Guemara propose alors sa lecture doctrinale. Si de simples esclaves pouvaient tenir les instruments, c'est que l'orchestre n'est pas le service lui-même mais son accompagnement — donc ikkar chira be-fé. Si au contraire l'instrument exige un Levi, comme le chant vocal, c'est qu'il est lui-même l'avoda — donc ikkar chira be-kli. Le raisonnement passe du statut du musicien au statut de la musique : plus l'exécutant doit être qualifié, plus l'acte est du service.

3
וְתִסְבְּרָא?! רַבִּי יוֹסֵי מַאי קָסָבַר? אִי קָסָבַר עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה — אֲפִילּוּ עֲבָדִים נָמֵי, אִי קָסָבַר עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי — לְוִיִּם אִין, יִשְׂרְאֵלִים לָא!

Et peux-tu le penser ainsi ?! Rabbi Yossi, que tient-il donc ?

S'il tient que l'essentiel du chant est par la bouche — alors même des esclaves conviendraient aussi ! Et s'il tient que l'essentiel du chant est par l'instrument — alors des Leviim oui, mais des Israélites non !

💡 Explication

Ve-tisbera — « et peux-tu vraiment le penser ? » — est la formule par laquelle la Guemara teste une identification proposée. Elle applique l'hypothèse à la position médiane, celle de R. Yossi, et montre qu'elle n'y entre pas.

Le test est une alternative exhaustive : R. Yossi doit bien tenir l'une des deux positions. S'il tient be-fé, l'instrument est secondaire et des esclaves suffiraient — pourquoi alors exiger des Israélites de lignée ? S'il tient be-kli, l'instrument est l'avoda et seuls des Leviim peuvent le tenir — pourquoi alors parler d'Israélites ? Les deux branches échouent, l'une par excès d'exigence, l'autre par défaut.

La leçon de méthode est nette : une divergence tripartite ne se laisse pas replier sur une alternative binaire. Le troisième terme — l'Israélite de lignée — n'a de place dans aucune des deux doctrines, et c'est lui qui fait tomber tout le rapprochement.

🖼️ Schéma
Ve-tisbera : le test qui casse la lecture doctrinale On applique l'hypothèse à la position médiane -- celle de R. Yossi -- et les deux branches échouent. Hypothèse : la mahloket d'Arakhin EST la mahloket ikkar chira be-fé / be-kli. Test : où loge alors R. Yossi (Israélites) ? Branche 1 : R. Yossi tiendrait be-fé Alors l'instrument n'est qu'accompagnement, et des esclaves feraient très bien l'affaire. Mais il exige des Israélites de lignée. Échec. Branche 2 : R. Yossi tiendrait be-kli Alors l'instrument est l'avoda, et seuls des Leviim peuvent le tenir -- Leviim oui, Israélites non. Mais il dit précisément des Israélites. Échec. Ela : de-koulei alma ikkar chira be-fé -- tous tiennent que l'essentiel du chant est la voix Ce qui les sépare n'est plus une doctrine mais un fait : mar savar hakhi hava maasse, chacun rapporte l'usage autrement.
Le test applique à la position médiane, et les deux branches qui échouent.
4
אֶלָּא: דְּכֻולֵּי עָלְמָא עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה. וּבְהָא קָא מִיפַּלְגִי, דְּמַר סָבַר: הָכִי הֲוָה מַעֲשֶׂה, וּמַר סָבַר: הָכִי הֲוָה מַעֲשֶׂה.

Plutôt : de l'avis de tous, l'essentiel du chant est par la bouche. Et c'est sur ceci qu'ils divergent : l'un tient que l'événement s'est passé ainsi, et l'autre tient que l'événement s'est passé ainsi.

💡 Explication

La Guemara retire donc l'enjeu doctrinal de cette Michna. De-koulei alma ikkar chira be-fé : les trois tannaim s'accordent que l'essentiel du chant est la voix, et l'instrument n'est qu'un accompagnement.

Reste alors une divergence d'un tout autre ordre : mar savar hakhi hava maasse — « l'un tient que l'événement s'est passé ainsi ». Ce n'est plus une question de principe mais de fait historique : qui, concrètement, montait sur le doukhan avec les instruments ? Chaque tanna rapporte l'usage du Temple différemment.

Une telle divergence peut sembler sans portée. La Guemara va précisément demander, au segment suivant, ce qui en dépend — car un désaccord purement factuel entre tannaim n'a sa place dans la Michna que s'il commande une halakha.

5
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמַעֲלִין מִדּוּכָן לְיֻוחֲסִין וּלְמַעֲשֵׂר קָא מִיפַּלְגִי.

Quelle en est la nafka mina (la conséquence pratique) ? C'est sur [la question de savoir si] l'on élève depuis le doukhan (l'estrade) quant au yohassin (la lignée) et quant au maasser qu'ils divergent.

📜 Rachi (1)
מַעֲלִין מִדּוּכָן הָרוֹאֵהוּ עוֹמֵד עַל הַדּוּכָן עִם הַלְוִיִּם א"צ לִבְדֹּוק אַחֲרָיו לֹא לְהַשִּׂיאוֹ מְיֻוחֶסֶת וְלֹא לָתֵת לוֹ מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן דְּוַדַּאי לֵוִי הוּא שֶׁמִּפְּנֵי דָּבָר זֶה לֹא הִרְגִּילוּ לְהַעֲמִיד שָׁם כִּי אִם לְוִיִּם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִטְעוּ בָּהֶם בְּנֵי אָדָם לְהַחֲזִיקָם כִּלְוִיִּם וְאֵינָם לְוִיִּם:
On élève depuis le doukhan — celui qui le voit se tenir sur le doukhan avec les Leviim n'a pas besoin d'enquêter sur lui, ni pour lui donner en mariage une femme de lignée avérée, ni pour lui remettre le maasser richone (la première dîme) : car c'est certainement un Levi, puisque, pour cette raison même, on n'avait pas coutume de faire tenir là quiconque sinon des Leviim, afin que les gens ne se trompent pas à leur sujet en les tenant pour Leviim alors qu'ils ne le sont pas.
🗂️ Tossefot (1)
מַעֲלִין מִדּוּכָן. רָאוּהוּ עוֹמֵד עַל הַדּוּכָן עִם הַלְוִיִּם אֵין צָרִיךְ לִבְדֹּוק אַחֲרָיו לֹא לְהַשִּׂיאוֹ מְיֻוחֶסֶת וְלִיתֵּן לוֹ מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן דְּוַדַּאי לֵוִי הוּא שֶׁמִּפְּנֵי דָּבָר זֶה לֹא הִרְגִּילוּ עֲבָדִים לַעֲמֹוד שָׁם כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס מַשְׁמַע שֶׁרוֹצֶה לוֹמַר דִּפְלִיגִי בְּהָכִי דְּמַר סָבַר אֵין לְהַעֲמִיד עֲבָדִים לַדּוּכָן דְּחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יַעֲלוּם לְיוּחֲסִין וּלְמַעֲשֵׂר וּמַר סָבַר לָא חָיְישִׁינַן לְמַעֲשֵׂר אֲבָל חָייְשִׁינַן לְיוּחֲסִין וּמַר סָבַר אַף לְיוּחֲסִין לֹא חָייְשִׁינַן וְאֵין הַלָּשׁוֹן מַשְׁמַע כֵּן דְּקָאָמַר וְהָכָא בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי מָר סָבַר הָכִי הֲוָה מַעֲשֶׂה ומ"ס הָכִי הֲוָה מַעֲשֶׂה מַשְׁמַע שֶׁהַמַּעֲשֵׂר אֵין תָּלוּי בְּהַעֲלָאָה אֶלָּא הַעֲלָאָה תְּלוּיָה בְּמַעֲשֵׂר דְּמָר סָבַר הָכִי הֲוָה מַעֲשֶׂה שֶׁהַלְּוִיִּם הָיוּ בְּקִיאִים בִּכְלֵי שִׁיר וּמַר סָבַר עֲבָדִים הָיוּ בְּקִיאִים יוֹתֵר מִן הַכֹּל וְהֶעֱמִידוּם וּמִיהוּ פֶּרֶק שֵׁנִי דַּעֲרָכִין (דַּף יא. וְשָׁם) מַשְׁמַע כְּפֵירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס דְּגָרַס וְהָכָא בְּמַעֲלִין מִדּוּכָן לְמַעַשְׂרוֹת וּלְיוּחֲסִין קָמִיפַּלְגִי וּמִיהוּ גַּם לְפִי מַה שֶׁפֵּירַשְׁתִּי שָׁם יֵשׁ לְיַשְּׁבוֹ:
On élève depuis le doukhan. S'ils l'ont vu se tenir sur le doukhan avec les Leviim, il n'est pas besoin d'enquêter sur lui, ni pour lui faire épouser [une femme] de lignée avérée, ni pour lui remettre le maasser richone, car c'est certainement un Levi — puisque, pour cette raison, on n'avait pas coutume de faire tenir là des esclaves : ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Cela laisse entendre qu'il veut dire qu'ils divergent sur ceci : l'un tient qu'il ne faut pas placer d'esclaves au doukhan, car nous craignons qu'on ne les élève quant au yohassin et quant au maasser ; l'autre tient que nous ne craignons pas pour le maasser mais que nous craignons pour le yohassin ; et l'autre tient que même pour le yohassin nous ne craignons pas. Mais la formulation ne laisse pas entendre cela, car il est dit : « et ici, c'est sur ceci qu'ils divergent : l'un tient que l'événement s'est passé ainsi, et l'autre tient que l'événement s'est passé ainsi » — ce qui laisse entendre que le maasser ne dépend pas de la haalaa (l'élévation), mais que la haalaa dépend du maasser : l'un tient que l'événement s'est passé ainsi, que les Leviim étaient experts en instruments de musique ; et l'autre tient que les esclaves étaient plus experts que quiconque, et qu'on les y a placés. Toutefois, au deuxième chapitre d'Arakhin (11a et là-bas), il ressort comme l'explication du Kountras, car on y a la leçon : « et ici, c'est sur [la question de savoir si] l'on élève depuis le doukhan quant aux maassrot et quant au yohassin qu'ils divergent ». Toutefois, même selon ce que j'ai expliqué là-bas, il y a moyen de le concilier.
💡 Explication

La question le-mai nafka mina exige qu'un désaccord factuel produise une conséquence pratique. La réponse est mealin mi-doukhan : le seul fait d'avoir vu un homme se tenir sur l'estrade des Leviim suffit-il à l'élever, c'est-à-dire à lui reconnaître le statut de Levi sans autre enquête ?

Rachi explique le mécanisme : celui qu'on voit sur le doukhan parmi les Leviim n'a pas besoin d'être vérifié, ni pour lui donner en mariage une femme de lignée avérée, ni pour lui remettre le maasser richone (la première dîme, qui revient au Levi) — car c'est justement pour éviter toute confusion qu'on n'y faisait monter que des Leviim.

Toute la logique est donc rétrospective : la rigueur de l'usage ancien détermine la force probante du spectacle. Si des esclaves y montaient, l'estrade ne prouve rien ; si seuls des Leviim y montaient, elle prouve tout. Tossefot conteste ce sens de lecture — il faudrait selon lui aller du fait vers la halakha, et non l'inverse — mais reconnaît qu'Arakhin 11a soutient la version de Rachi.

6
מַאן דְּאָמַר עֲבָדִים הָיוּ, קָסָבַר: אֵין מַעֲלִין מִדּוּכָן לְיֻוחֲסִין, וְלֹא לְמַעֲשֵׂר. וּמַאן דְּאָמַר יִשְׂרָאֵל הָיוּ, קָסָבַר: מַעֲלִין מִדּוּכָן יוּחֲסִין, אֲבָל לֹא לְמַעֲשֵׂר. וּמַאן דְּאָמַר לְוִיִּם הָיוּ, קָסָבַר: מַעֲלִין מִדּוּכָן, בֵּין לְיֻוחֲסִין בֵּין לְמַעֲשֵׂר.

Celui qui dit que c'étaient des esclaves tient : on n'élève pas depuis le doukhan, ni quant au yohassin ni quant au maasser. Celui qui dit que c'étaient des Israélites tient : on élève depuis le doukhan quant au yohassin, mais non quant au maasser.

Et celui qui dit que c'étaient des Leviim tient : on élève depuis le doukhan, tant quant au yohassin que quant au maasser.

📜 Rachi (3)
וּמַאן דְּאָמַר עֲבָדִים הָיוּ קָסָבַר אֵין סוֹמְכִין עַל הַדּוּכָן מִלִּבְדֹּוק אַחֲרָיו לְהַעֲלוֹתָן לְיוּחֲסִין הִלְכָּךְ לֹא נִזְהֲרוּ עַל כָּךְ:
Et celui qui dit que c'étaient des esclaves — il tient qu'on ne s'appuie pas sur le doukhan pour se dispenser d'enquêter sur lui afin de l'élever quant au yohassin ; c'est pourquoi on n'a pas pris de précaution à ce sujet.
ומ"ד יִשְׂרָאֵל הָיוּ סָבַר מִדּוּכָן לְיוּחֲסִין מַעֲלִין שֶׁמִּפְּנֵי דָּבָר זֶה לֹא הִרְגִּילוּ לְהַעֲמִיד שָׁם עֲבָדִים:
Et celui qui dit que c'étaient des Israélites — il tient qu'on élève du doukhan quant au yohassin, car c'est pour cette raison qu'on n'avait pas coutume d'y faire tenir des esclaves.
אֲבָל לֹא לְמַעַשְׂרוֹת שֶׁלֹּא נִזְהֲרוּ מִלְּהַעֲמִיד שָׁם יִשְׂרָאֵל:
Mais non quant aux maassrot — car on ne s'est pas gardé d'y faire tenir des Israélites.
💡 Explication

Les trois positions se rangent maintenant sur une échelle continue, du plus permissif au plus strict, et chaque cran de rigueur dans l'usage ancien ajoute un cran de force probante au doukhan.

Pour R. Meir, des esclaves y montaient : on n'a donc pris aucune précaution, et l'estrade ne prouve rien — ni la lignée, ni le droit au maasser. Pour R. Yossi, on évitait les esclaves mais on tolérait des Israélites : l'estrade écarte donc le soupçon d'un statut infamant et vaut pour le yohassin, mais elle ne prouve pas qu'on ait affaire à un Levi — donc pas de maasser. Pour R. Hanina ben Antigonos, seuls des Leviim y montaient : l'estrade prouve tout.

Rachi souligne l'articulation exacte pour la position de R. Yossi : « mais non pour les maassrot » — parce qu'on ne s'est pas gardé d'y placer des Israélites. Le même spectacle porte donc deux niveaux d'information différents selon la discipline qui régnait sur l'estrade.

🖼️ Schéma
La nafka mina : mealin mi-doukhan -- que prouve le fait d'avoir vu quelqu'un sur l'estrade ? Yohassin = présomption de lignée (marier sa fille sans enquête). Maasser = droit au maasser richone du Levi. Qui, selon lui, tenait les instruments Mealin le-yohassin ? Mealin le-maasser ? R. Meir -- des esclaves On n'a donc pris aucune précaution sur l'estrade. NON NON R. Yossi -- des Israélites de lignée On évitait les esclaves, on tolérait les Israélites. OUI NON R. Hanina b. Antigonos -- des Leviim Seuls des Leviim montaient : l'estrade prouve tout. OUI OUI Le sens de la lecture : plus l'usage était strict, plus l'estrade fait preuve Rachi : celui qu'on voit sur le doukhan avec les Leviim n'a pas besoin d'être vérifié -- car pour cette raison même on n'y faisait monter que des Leviim, afin qu'on ne se trompe pas en tenant pour Leviim des gens qui ne le sont pas.
Trois positions, deux colonnes : ce que l'estrade prouve, selon la rigueur de l'usage supposé.
7
וְרַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר: מַחְלֹוקֶת בְּשִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה, דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה סָבַר: שִׂמְחָה יְתֵירָה נָמֵי דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת, וְרַבָּנָן סָבְרִי: שִׂמְחָה יְתֵירָה אֵינָהּ דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת. אֲבָל בְּשִׁיר שֶׁל קָרְבָּן, דִּבְרֵי הַכֹּל עֲבוֹדָה הִיא, וְדוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת.

Et Rabbi Yirmeya bar Abba a dit : la divergence porte sur le chant du [Beit ha-]choéva (du puisage), car Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda tient que la simha yetera (la joie surajoutée) elle aussi repousse le Chabbat, tandis que les Rabbanan tiennent que la simha yetera ne repousse pas le Chabbat. Mais quant au chant du korban, de l'avis de tous c'est une avoda (un service), et il repousse le Chabbat.

📜 Rachi (2)
וְר' יִרְמְיָה אָמַר כוּ' לְעֵיל קָאֵי אַפְּלוּגְתָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה וְרַבָּנָן וּפְלִיג אַדְּרַב יוֹסֵף:
Et Rabbi Yirmeya a dit, etc. — cela se rattache à ce qui précède, à la divergence entre Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda et les Rabbanan, et il diverge d'avec Rav Yossef.
הָכִי גָּרְסִינַן דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר שִׂמְחָה יְתֵירָה נָמֵי דּוֹחָה שַׁבָּת הוֹאִיל וְשִׂמְחַת מִצְוָה הִיא וּבֶחָלִיל אֵין אִיסּוּר מְלָאכָה אֶלָּא שְׁבוּת בְּעָלְמָא:
Voici la leçon [du texte] : car Rabbi Yossi tient que la simha yetera elle aussi repousse le Chabbat, puisque c'est une joie de mitsva, et que pour la flûte il n'y a pas d'interdit de melakha, mais seulement un chevout ordinaire.
💡 Explication

La sougya change d'objet et revient à la divergence sur le halil (la flûte) laissée plus haut. Rachi le note : ce que dit ici R. Yirmeya bar Abba se rattache à la mahloket entre R. Yossi be-R. Yehouda et les Rabbanan, et il diverge d'avec Rav Yossef.

Sa thèse est l'exact renversement de celle de Rav Yossef. Pour lui, ce qui est en débat, c'est la musique de la Simhat beit ha-choéva : R. Yossi be-R. Yehouda estime que même une simha yetera — une joie surajoutée, qui n'est pas un service du Temple — repousse le Chabbat ; les Rabbanan le refusent. Quant à la musique qui accompagne le korban, elle n'est pas discutée : c'est une avoda, et une avoda repousse le Chabbat.

Rachi donne la raison de fond du côté de R. Yossi : la joie du puisage est une joie de mitsva, et jouer de la flûte n'est de toute manière pas une melakha de Torah — ce n'est qu'un chevout, un interdit rabbinique, que l'on peut écarter devant une telle joie.

🖼️ Schéma
Rav Yossef contre R. Yirmeya bar Abba : la double réfutation Rav Yossef (position antérieure) La mahloket R. Yossi be-R. Yehouda / Rabbanan porte sur le chir chel KORBAN. Pour le chir chel choéva, R. Yossi lui-même concède qu'il ne repousse pas le Chabbat. Deux affirmations distinctes -- donc deux cibles à abattre. R. Yirmeya bar Abba (seg. 6) La mahloket porte sur le chir chel CHOÉVA : R. Yossi tient que la simha yetera aussi repousse le Chabbat ; les Rabbanan non. Pour le korban, tous : c'est une avoda, elle repousse. Rachi : joie de mitsva, et la flûte n'est qu'un chevout, non une melakha. Seg. 7 -- la baraita : TEYOUVTA n. 1 (contre le volet R. Yossi) Le chir chel choéva repousse le Chabbat -- paroles de R. Yossi be-R. Yehouda. Les Sages : même le Yom tov, il ne repousse pas. Donc R. Yossi ne concède rien sur le choéva : la première moitié de Rav Yossef tombe. Seg. 8-9 -- la tentative de sortie Objection : si la baraita ne discute QUE du choéva, c'est que pour le korban les Rabbanan concèdent -- teyouvta be-tartei ! Rav Yossef répond : ils divergent aussi sur le korban ; si la baraita cite le choéva, c'est le-hodiakha kohho de-R. Yossi -- pour montrer jusqu'où il va : même la joie surajoutée repousse le Chabbat. Seg. 10 -- le zehou de notre Michna : TEYOUVTA n. 2 (contre le volet Rabbanan) Zehou halil chel beit ha-choéva -- CELLE-CI ne repousse pas ; celle du korban, si. De qui est cette Michna ? Pas R. Yossi, qui fait repousser même le choéva. Donc les Rabbanan -- qui concèdent pour le korban. Teyouvta be-tartei. Teyouvta.
Deux lectures inverses de la même mahloket, et les deux réfutations qui vont suivre.
8
מֵיתִיבִי: שִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַף יוֹם טוֹב אֵינוֹ דּוֹחֶה. תְּיוּבְתָּא דְּרַב יוֹסֵף! תְּיוּבְתָּא.

On objecte : le chant du [Beit ha-]choéva repousse le Chabbat — paroles de Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda. Et les Sages disent : même le Yom tov il ne repousse pas.

[C'est] une réfutation de Rav Yossef ! Réfutation.

📜 Rachi (1)
תְּיוּבְתָּא דְּרַב יוֹסֵף דְּאָמַר מוֹדֶה ר' יוֹסֵי בְּשִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה דְּלָא יִדָּחֶה:
Réfutation de Rav Yossef — qui a dit que Rabbi Yossi concède, pour le chant du choéva, qu'il ne repousse pas.
💡 Explication

Une baraita est produite, et elle détruit la première moitié de la position de Rav Yossef. Celui-ci soutenait que R. Yossi be-R. Yehouda concède que le chant du choéva ne repousse pas le Chabbat — la divergence ne portant, selon lui, que sur le chant du korban. Or la baraita lui met dans la bouche exactement le contraire : chir chel choéva doheh et ha-Chabbat.

La formule teyouvta ... teyouvta, répétée, est la marque la plus forte de la Guemara : la réfutation n'est pas seulement proposée, elle est acceptée. La position de Rav Yossef est écartée, non pas amendée.

9
לֵימָא בְּשִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה הוּא דִּפְלִיגִי, אֲבָל בְּשִׁיר שֶׁל קָרְבָּן דִּבְרֵי הַכֹּל דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת. לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַב יוֹסֵף בְּתַרְתֵּי!

Dirons-nous : c'est sur le chant du [Beit ha-]choéva qu'ils divergent, mais quant au chant du korban, de l'avis de tous il repousse le Chabbat ? Dirons-nous que ce sera une réfutation de Rav Yossef sur deux points !

📜 Rachi (2)
אֲבָל בְּשִׁיר שֶׁל קָרְבָּן דּוֹחֶה כּוּ' הַאי לְשׁוֹן קוּשְׁיָא וּבַעְיָא הוּא כְּלוֹמַר חָזֵינַן הָכָא דִּבְשֶׁל שׁוֹאֵבָה פְּלִיגִי וְאִיכָּא לְמֵידַק הָא בְּשֶׁל קָרְבָּן מוֹדוּ רַבָּנָן דְּדָחֵי:
Mais quant au chant du korban il repousse, etc. — cette formulation est une question et une interrogation, c'est-à-dire : nous voyons ici que c'est sur celui du choéva qu'ils divergent, et il y a lieu d'en déduire que pour celui du korban les Rabbanan concèdent qu'il repousse.
נֵימָא תֶּהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַב יוֹסֵף נַמֵּי בְּהָא דְּאָמַר לְעֵיל בְּשֶׁל קָרְבָּן פְּלִיגִי וְהָכָא דָּיְיקִינַן דְּמוֹדוּ רַבָּנָן בֵּיהּ וְהָוְיָא תְּיוּבְתָּא בָּתַרְתִּי בְּשֶׁל שׁוֹאֵבָה הָוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ מִדְּרַבִּי יוֹסֵי וּבְשֶׁל קָרְבָּן הָוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ מִדְּרַבָּנָן:
Dirons-nous que ce sera une réfutation de Rav Yossef — également sur ce qu'il a dit plus haut, à savoir que c'est sur celui du korban qu'ils divergent ; or ici nous déduisons que les Rabbanan y concèdent, et ce sera une réfutation sur deux points : pour celui du choéva, la réfutation lui vient de Rabbi Yossi ; et pour celui du korban, la réfutation lui vient des Rabbanan.
💡 Explication

La Guemara pousse l'avantage. Si la baraita ne discute que du chant du choéva, c'est apparemment que sur le chant du korban personne ne diverge — les Rabbanan eux-mêmes concèdent qu'il repousse le Chabbat. Or Rav Yossef affirmait que c'est précisément là que se situait la mahloket.

Rachi tient à préciser le registre de la phrase : « mais quant au chant du korban il repousse » n'est pas une affirmation mais une question, une interrogation formulée comme un dioukk. Et il détaille l'arithmétique de la double réfutation : sur le choéva, Rav Yossef est réfuté par la parole de R. Yossi ; sur le korban, il le serait par le silence des Rabbanan. D'où teyouvta be-tartei — une réfutation sur deux points.

10
אָמַר לְךָ רַב יוֹסֵף: פְּלִיגִי בְּשִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה, וְהוּא הַדִּין לְקָרְבָּן. וְהַאי דְּקָמִיפַּלְגִי בְּשִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה — לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה, דַּאֲפִילּוּ דְּשׁוֹאֵבָה נָמֵי דָּחֵי.

Rav Yossef pourra te dire : ils divergent quant au chant du [Beit ha-]choéva, et il en va de même pour celui du korban. Et si c'est sur le chant du choéva qu'ils divergent [expressément], c'est pour te faire connaître la force de Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda : même celui du choéva aussi, il [le] repousse.

📜 Rachi (1)
וְהוּא הַדִּין לְקָרְבָּן וּמִדְּרַבָּנָן לָא תּוֹתְבֵּיהּ:
Et il en va de même pour le korban — et des Rabbanan tu ne le réfuteras pas.
💡 Explication

Rav Yossef ne peut plus sauver le premier volet — la baraita l'a définitivement réfuté sur R. Yossi. Il tente donc de sauver le second : la baraita mentionne le choéva, mais cela n'implique nullement que le korban soit hors débat. Ils divergent sur les deux.

L'argument invoqué est un procédé de rédaction classique : le-hodiakha kohho, « pour te faire connaître la force » d'un maître. Une baraita choisit parfois le cas extrême plutôt que le cas central, afin de montrer jusqu'où va une opinion. Ici, dire que R. Yossi fait repousser même la joie surajoutée du puisage est plus fort que de le dire du chant du korban.

Rachi résume la portée exacte de la manœuvre : « et il en va de même pour le korban — et des Rabbanan tu ne le réfuteras pas ». Rav Yossef ne cherche plus à gagner, seulement à bloquer la seconde réfutation.

11
וְהָא קָתָנֵי: זֶהוּ חָלִיל שֶׁל בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה שֶׁאֵינוֹ דּוֹחֶה לֹא אֶת הַשַּׁבָּת וְלֹא אֶת יוֹם טוֹב: זֶהוּ דְּאֵינוֹ דּוֹחֶה, אֲבָל דְּקָרְבָּן דּוֹחֶה מַנִּי? אִי נֵימָא רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה, הָאָמַר שִׁיר שֶׁל שׁוֹאֵבָה נָמֵי דּוֹחֶה! אֶלָּא לָאו, רַבָּנָן — וּתְיוּבְתָּא דְּרַב יוֹסֵף בְּתַרְתֵּי! תְּיוּבְתָּא.

Mais n'est-il pas enseigné [dans notre Michna] : « c'est là la flûte du Beit ha-choéva, qui ne repousse ni le Chabbat ni le Yom tov » ? — « c'est là » celle qui ne repousse pas, mais celle du korban repousse : de qui est-ce [donc] ? Si l'on dit Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda — n'a-t-il pas dit que le chant du choéva lui aussi repousse !

Plutôt, n'est-ce pas les Rabbanan — et [c'est donc] une réfutation de Rav Yossef sur deux points ! Réfutation.

📜 Rachi (2)
וְהָא קָתָנֵי מַתְנִיתִין וְזֶהוּ חָלִיל כו' ל"ג וְהָא עֲלָהּ קָתָנֵי אֶלָּא וְהָא קָתָנֵי:
Mais n'est-il pas enseigné dans notre Michna « et c'est là la flûte », etc. — on n'a pas la leçon « ve-ha ala katani » (et n'a-t-il pas été enseigné à son sujet), mais « ve-ha katani » (et n'est-il pas enseigné).
אֶלָּא לָאו רַבָּנַן הִיא דְּשָׁמְעִינַן לְהוּ בִּדְשׁוֹאֵבָה דְּלָא דָחֵי וְקָתָנֵי זֶהוּ לִמְעוּטֵי דְּקָרְבָּן אַלְמָא בְּשֶׁל קָרְבָּן מוֹדוֹ:
Plutôt, n'est-ce pas les Rabbanan — car nous les avons entendus, au sujet de celui du choéva, [dire] qu'il ne repousse pas ; et il est enseigné « c'est là » pour exclure celui du korban : il en ressort que pour celui du korban ils concèdent.
💡 Explication

Le coup de grâce vient de notre propre Michna, par la force du mot zehou — « c'est là ». Un tel démonstratif est toujours restrictif : en disant « c'est là la flûte du Beit ha-choéva qui ne repousse pas », la Michna exclut implicitement une autre flûte, celle du korban, qui, elle, repousse.

Reste à identifier l'auteur de la Michna. Ce ne peut être R. Yossi be-R. Yehouda, puisque pour lui même le choéva repousse le Chabbat. Ce sont donc les Rabbanan — et l'on voit qu'ils concèdent pour le korban. La seconde moitié de Rav Yossef tombe à son tour : teyouvta be-tartei, réfutation sur les deux points, acceptée.

Rachi signale au passage une variante textuelle : il ne faut pas lire ve-ha ala katani mais simplement ve-ha katani — la citation vient de la Michna elle-même, non d'une baraita qui la commenterait.

12
מַאי טַעְמָא דְּמַאן דְּאָמַר עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי? דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר חִזְקִיָּהוּ לְהַעֲלוֹת הָעֹולָה לְהַמִּזְבֵּחַ וּבְעֵת הֵחֵל הָעוֹלָה הֵחֵל שִׁיר ה׳ וְהַחֲצֹוצְרוֹת וְעַל יְדֵי כְּלֵי דָּוִיד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל״.

Quelle est la raison de celui qui dit que l'essentiel du chant est par l'instrument ? Car il est écrit : « Et Hizkiyahou dit d'offrir l'ola (l'holocauste) sur l'autel ; et au moment où commença l'ola, commença le chant de l'Éternel, et les trompettes, et par le moyen des instruments de David roi d'Israël » (II Chroniques 29,27).

📜 Rachi (1)
הַחֹל שִׁיר ה' וַחֲצוֹצְרוֹת וְעַל יְדֵי כְּלֵי דָּוִיד אַלְמָא כְּלֵי דָּוִד שִׁיר ה' קָרֵי לֵיהּ:
« Commença le chant de l'Éternel, et les trompettes, et par le moyen des instruments de David » — il en ressort que les instruments de David, il les appelle « chant de l'Éternel ».
💡 Explication

La Guemara revient à la question de fond et demande à chaque camp son appui scripturaire. Pour celui qui tient ikkar chira be-kli, le verset est celui de la restauration du service par le roi Hizkiyahou.

La force de la preuve tient à la construction de la phrase. Le verset dit héhel chir Hachem, « commença le chant de l'Éternel », puis enchaîne sans rupture ve-al yedei kelei David, « et par le moyen des instruments de David ». Rachi tire le fil : le verset appelle les instruments de David « chant de l'Éternel ». Si l'Écriture désigne l'orchestre du nom même du chant sacré, c'est que l'instrument n'est pas un accompagnement mais le chant lui-même.

13
מַאי טַעְמָא דְּמַאן דְּאָמַר עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה? דִּכְתִיב: ״וַיְהִי כְּאֶחָד לַמְחַצְּצרִים וְלַמְשֹׁורְרִים לְהַשְׁמִיעַ קוֹל אֶחָד״.

Quelle est la raison de celui qui dit que l'essentiel du chant est par la bouche ? Car il est écrit : « Et ce fut comme un seul, pour les trompettes et pour les chantres, pour faire entendre une seule voix » (II Chroniques 5,13).

📜 Rachi (1)
לַמְחַצְצְרִים וְלַמְשׁוֹרְרִים וְהָכָא לָא כְּתִיב כֵּלִים וַחֲצוֹצְרוֹת לָאו כְּלֵי שִׁיר נִינְהוּ שֶׁהֵן לִתְקִיעוֹת הַתְּמִידִין וְהַמּוּסָפִין:
« Pour les trompettes et pour les chantres » — et ici il n'est pas écrit d'instruments ; et les trompettes ne sont pas des instruments de musique, car elles servent aux sonneries des temidim (les offrandes quotidiennes) et des moussafim (les offrandes additionnelles).
🗂️ Tossefot (1)
לַמְחַצְצְרִים וְלַמְשׁוֹרְרִים וְהָכָא לָא כְּתִיבִי כֵּלִים וַחֲצוֹצְרוֹת לֹא כְּלֵי שִׁיר נִינְהוּ שֶׁהֵם לִתְקִיעוֹת הַתְּמִידִין וְהַמּוּסָפִין כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוֹנ' ותימ' קְרָא גּוּפֵיהּ כָּתוּב בִּכְלֵי שִׁיר דִּקְרָא הָכִי כְּתִיב בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (ב' ה') גַּבֵּי שְׁלֹמֹה כְּאֶחָד לַמְחַצְּצרִים וְלַמְשֹׁורְרִים לְהַשְׁמִיעַ קוֹל אֶחָד לְהַלֵּל וּלְהֹודוֹת לַה' וּכְהָרִים קוֹל בַּחֲצֹוצְרוֹת וּבִמְצִלְתַּיִם וּבִכְלֵי הַשִּׁיר וּבְהַלֵּל לַה' כִּי טוֹב כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ וְי"ל דְּדָיֵיק מִדְּחִלְּקָם לֵב' הִילּוּלִים דְּמֵעִיקָּרָא כְּתִיב גַּבֵּי שִׁירָה בַּפֶּה לְהַשְׁמִיעַ קוֹל אֶחָד לְהַלֵּל לְהוֹדוֹת לָהּ' וּלְבָתַר הָכִי כְּתִיב גַּבֵּי כְּלֵי הַשִּׁיר וּבְהַלֵּל לָהּ' שְׁמַע מִינֵּיהּ דְּעִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה וּכְלִי הַשִּׁיר לִבְסוּמֵי קָלָא:
« Pour les trompettes et pour les chantres » — et ici il n'est pas écrit d'instruments, et les trompettes ne sont pas des instruments de musique car elles servent aux sonneries des temidim et des moussafim : ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Et c'est étonnant, car le verset lui-même est écrit avec des instruments de musique ! Car ainsi est-il écrit dans les Chroniques (II, 5), à propos de Chelomo : « comme un seul, pour les trompettes et pour les chantres, pour faire entendre une seule voix pour louer et rendre grâce à l'Éternel ; et lorsqu'on éleva la voix avec les trompettes, et avec les cymbales, et avec les instruments de musique, et en louant l'Éternel : car Il est bon, car Sa bonté est éternelle ». On peut répondre qu'il le déduit de ce que [le verset] a partagé [le passage] en deux louanges : d'abord il est écrit, à propos du chant par la bouche, « pour faire entendre une seule voix, pour louer et rendre grâce à l'Éternel » ; et ensuite seulement il est écrit, à propos des instruments de musique, « et en louant l'Éternel ». Apprends-en que l'essentiel du chant est par la bouche, et que les instruments de musique servent à adoucir la voix (levassouméi kala).
💡 Explication

Le camp adverse produit le verset de l'inauguration du Temple par Chelomo. L'argument, selon Rachi, est un argument du silence : le verset nomme les mchorérim (les chantres) et les mhatsetsérim (les trompettes), et rien d'autre — aucun instrument de musique n'y figure. Et Rachi ajoute la précision indispensable : les hatsotserot ne sont pas des kelei chir, elles ne servent pas à l'accompagnement musical, mais aux sonneries qui ponctuent les temidim et les moussafim.

Tossefot refuse cette lecture et corrige. Le verset, cité en entier, mentionne bel et bien les cymbales et les kelei ha-chir ! L'argument du silence est donc faux. La vraie déduction est ailleurs : le verset scinde deux louanges successives. D'abord, à propos du chant vocal, « pour faire entendre une seule voix, pour louer et rendre grâce à l'Éternel » ; ensuite seulement, à propos des instruments, « et en louant l'Éternel : car Il est bon ».

C'est cette ordre qui prouve : la voix constitue la première louange, l'instrument n'intervient que dans une seconde, et son rôle est levassouméi kala — adoucir, embellir la voix.

🖼️ Schéma
La correction de Tossefot : le verset de Chelomo nomme bel et bien des instruments II Chroniques 5,13 -- lu en entier, il contient deux louanges successives. C'est la coupure qui prouve. Louange n. 1 -- la voix Comme un seul pour les trompettes et pour les chantres, pour faire entendre une seule voix, pour LOUER et rendre grâce à l'Éternel. Aucun instrument ici : c'est le chant par la bouche. Louange n. 2 -- les instruments Et lorsqu'on éleva la voix avec les trompettes, les cymbales et les kelei ha-chir, et en LOUANT l'Éternel : car Il est bon. Les instruments arrivent après, dans une seconde louange. La preuve n'est pas l'absence d'instruments, c'est leur place Le verset scinde deux hilloulim : la voix d'abord, l'instrument ensuite. Donc ikkar chira be-fé -- et le kli sert levassouméi kala.
La correction de Tossefot : ce n'est pas l'absence d'instruments qui prouve, mais leur position dans le verset.
14
וְאִידָךְ נָמֵי, הָא כְתִיב: ״וַיֹּאמֶר חִזְקִיָּהוּ״! הָכִי קָאָמַר: ״הַחֹל שִׁיר ה׳״ — בַּפֶּה, ״עַל יְדֵי כְּלֵי דָּוִיד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל״ — לִבְסוּמֵי קָלָא.

Et l'autre aussi [— celui qui tient que l'essentiel est par la bouche —], n'est-il pas écrit « Et Hizkiyahou dit » ! Voici ce que [le verset] veut dire : « commença le chant de l'Éternel » — par la bouche ; « par le moyen des instruments de David roi d'Israël » — pour adoucir la voix.

💡 Explication

Chaque camp doit maintenant neutraliser le verset de l'autre. Celui qui tient be-fé relit le verset de Hizkiyahou en y introduisant une coupure : la proposition héhel chir Hachem désigne le chant proprement dit, celui de la bouche ; la suite, al yedei kelei David, ne le définit pas mais indique par quel moyen il est enrichi.

La clé est le terme levassouméi kala — littéralement « pour parfumer la voix ». L'instrument ne fait pas le chant : il l'assaisonne. Le verset ne dit donc plus « le chant, c'est l'instrument », mais « le chant, avec l'appui de l'instrument ». La preuve adverse est désamorcée sans qu'un mot du verset soit écarté.

15
וְאִידָךְ נָמֵי, הָא כְתִיב: ״וַיְהִי כְּאֶחָד לַמְחַצְצְרִים וְלַמְשׁוֹרְרִים״! הָכִי קָאָמַר: מְשׁוֹרְרִים דֻּומְיָא דִּמְחַצְצְרִים, מַה מְחַצְצְרִים — בִּכְלִי, אַף מְשׁוֹרְרִים — בִּכְלִי.

Et l'autre aussi [— celui qui tient que l'essentiel est par l'instrument —], n'est-il pas écrit « et ce fut comme un seul, pour les trompettes et pour les chantres » ! Voici ce que [le verset] veut dire : les chantres sont à l'image des trompettes — de même que les trompettes [font entendre leur son] par un instrument, de même les chantres [font entendre le leur] par un instrument.

💡 Explication

Symétriquement, le camp be-kli retourne le verset de Chelomo, et par un procédé différent : non plus une coupure, mais une analogie de position. Puisque le verset accole mhatsetsérim et mchorérim dans une même formule — « comme un seul » —, il faut lire les seconds à l'image des premiers.

La formule domia de- (« à l'image de ») est un outil courant : deux termes juxtaposés dans un même membre de phrase se lisent l'un par l'autre. Or le trompette produit son son par un instrument ; donc le chantre aussi. Le verset, loin de prouver le contraire, devient un appui pour be-kli.

Aucun des deux versets ne tranche donc. C'est le trait remarquable de cette sougya : la Guemara conclut sur le principe (de-koulei alma ikkar chira be-fé, seg. 3) par un raisonnement interne aux positions tannaitiques, et non par l'Écriture — laquelle se laisse lire dans les deux sens.

16
מַתְנִי׳ מִי שֶׁלֹּא רָאָה שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה, לֹא רָאָה שִׂמְחָה מִיָּמָיו. בְּמוֹצָאֵי יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג יָרְדוּ לְעֶזְרַת נָשִׁים, וּמְתַקְּנִין שָׁם תִּיקּוּן גָּדוֹל. מְנוֹרוֹת שֶׁל זָהָב הָיוּ שָׁם, וְאַרְבָּעָה סְפָלִים שֶׁל זָהָב בְּרָאשֵׁיהֶם, וְאַרְבָּעָה סֻולָּמוֹת לְכָל אֶחָד וְאֶחָד, וְאַרְבָּעָה יְלָדִים מִפִּירְחֵי כְהֻונָּה וּבִידֵיהֶם כַּדִּים שֶׁל מֵאָה וְעֶשְׂרִים לֹוג שֶׁהֵן מְטִילִין לְכָל סֵפֶל וָסֵפֶל. מִבְּלָאֵי מִכְנְסֵי כֹהֲנִים וּמֵהֶמְייָנֵיהֶן, מֵהֶן הָיוּ מַפְקִיעִין, וּבָהֶן הָיוּ מַדְלִיקִין. וְלֹא הָיָה חָצֵר בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁאֵינָהּ מְאִירָה מְאוֹר בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה.

MICHNA. Celui qui n'a pas vu la Simhat beit ha-choéva (la réjouissance du Lieu du puisage) n'a jamais vu de réjouissance de sa vie.

À l'issue du premier jour de fête de la fête [de Souccot], on descendait à la Ezrat nachim (le parvis des femmes), et l'on y faisait un tikoun gadol (un grand aménagement). Il y avait là des menorot d'or, et quatre sfalim (bassins) d'or à leur sommet, et quatre échelles pour chacune d'elles, et quatre jeunes gens d'entre les pirhei kehouna (les jeunes Cohanim), tenant en main des cruches de cent vingt logs, qu'ils versaient dans chaque bassin.

Des culottes usées des Cohanim et de leurs ceintures, ils tiraient [des bandes], et avec elles ils allumaient. Et il n'y avait pas de cour à Jérusalem qui ne fût éclairée par la lumière du Beit ha-choéva.

📜 Rachi (6)
מַתְנֵי' יוֹרְדִין לְעֶזְרַת נָשִׁים כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם יוֹרְדִין מֵעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְעֶזְרַת נָשִׁים שֶׁלְּמַטָּה הֵימֶנָּה בְּשִׁיפּוּעַ הָהָר:
MICHNA. Ils descendent à la Ezrat nachim — les Cohanim et les Leviim descendent de la Ezrat Israël, qui est plus haute, vers la Ezrat nachim qui est en dessous d'elle, sur la pente de la montagne.
וּמְתַקְּנִין שָׁם תִּיקּוּן גָּדוֹל מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Et l'on y fait un grand aménagement — expliqué dans la Guemara.
וְאַרְבָּעָה סְפָלִים שֶׁל זָהָב בְּרָאשֵׁיהֶן בְּרֹאשׁ כָּל מְנוֹרָה וּמְנוֹרָה:
Et quatre bassins d'or à leur sommet — au sommet de chaque menora.
יְלָדִים בַּחוּרִים וּבִידֵיהֶם כַּדֵּי שֶׁמֶן וְעוֹלִים כָּל אֶחָד בְּסֻולָּמוֹ:
Des jeunes gens — de jeunes hommes ; et dans leurs mains des cruches d'huile, et chacun monte à son échelle.
מִבְּלָאֵי מִכְנְסֵי כֹהֲנִים וּמֵהֶמְיָינֵיהֶן הָיוּ מַפְקִיעִין מִמִּכְנְסֵי בִּגְדֵי הַשְּׂרָד שֶׁהָיוּ מִשֶּׁל צִבּוּר וּמֵאַבְנֵטֵיהֶם הַיְּשָׁנִים מַפְקִיעִין קוֹרְעִין לַעֲשׂוֹת פְּתִילוֹת:
Des culottes usées des Cohanim et de leurs ceintures ils tiraient [des bandes] — des culottes des bigdei serad (les vêtements du service), qui appartenaient au public, et de leurs anciennes ceintures : ils les défaisaient et les déchiraient pour en faire des mèches.
שֶׁלֹּא הָיְתָה מְאִירָה מְאוֹר בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה לְפִי שֶׁהַמְנוֹרוֹת גְּבוֹהִין חֲמִשִּׁים אַמָּה וְהַר הַבַּיִת גָּבוֹהַּ וְהָאוֹרָה זוֹרַחַת בְּכָל הָעִיר וְכֹותֶל מִזְרָחִי שֶׁהוּא לְסוֹף עֶזְרַת נָשִׁים הָיָה נָמוּךְ כִּדְאָמְרִינַן בְּסֵדֶר יוֹמָא (דַּף טז.) וְהַמְנוֹרוֹת עוֹלִין לְמַעְלָה הֵימֶנָּה:
Qui ne fût éclairée par la lumière du Beit ha-choéva — parce que les menorot étaient hautes de cinquante coudées, que le Har ha-Bayit est élevé, et que la lumière rayonnait dans toute la ville ; et le mur oriental, qui se trouve au bout de la Ezrat nachim, était bas, comme nous le disons dans le seder Yoma (16a) — et les menorot s'élevaient au-dessus de lui.
🗂️ Tossefot (1)
מִבְּלָאֵי מִכְנְסֵי כֹהֲנִים וּמֵהֶמְיָינֵיהֶן. תֵּימַהּ דְּלָא חָשֵׁיב נָמֵי כֻּתֹּונֶת שֶׁגַּם הִיא הָיְתָה שֶׁל שֵׁשׁ:
« Des culottes usées des Cohanim et de leurs ceintures ». C'est étonnant qu'on ne compte pas aussi la ketonet (la tunique), qui elle aussi était de chech (de lin fin).
🪔 Ben Yehoyada (2)
וּמְנוֹרוֹת שֶׁל זָהָב הָיוּ שָׁם, וְאַרְבָּעָה סְפָלִים שֶׁל זָהָב בְּרָאשֵׁיהֶם. נִרְאֶה לִי בס"ד מְנוֹרָה רֶמֶז לַתּוֹרָה (מִשְׁלֵי ו, כג) 'כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר' וְלָכֵן הָיָה בְּכָל מְנוֹרָה ד' סְפָלִים כְּנֶגֶד ד' חֲלָקִים שֶׁל פַּרְדֵּ"ס [פָּשַׁט, רֶמֶז, דָּרַשׁ, סוֹד] וְנִקְרָאִים בְּשֵׁם סְפָלִים דְּאִיתָא בַּמִּדְרָשׁ (בְּרֵאשִׁית רַבָּה פח, ו) בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית מ, טז) 'וְהִנֵּה שְׁלֹשָׁה סַלֵּי חֹרִי עַל רֹאשִׁי' אֵלּוּ שְׁלֹשָׁה מַלְכֻיוֹת וְהַסַּל הָעֶלְיוֹן הוּא מַלְכוּת אֱדוֹם עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא אֱדוֹם נִקְרָא בְּשֵׁם סַל וְהַתּוֹרָה מַכְנַעַת אֶת אֱדוֹם דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כז, כב) 'הַקַּל קוֹל יַעֲקֹב' וְאָמְרוּ רז"ל 'כְּשֶׁהַקּוֹל קוֹל יַעֲקֹב אֵין הַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו' וְעִיקַּר עֵסֶק הַתּוֹרָה הוּא בַּפֶּה דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ד, כב) 'כִּי חַיִּים הֵם לִמְצָאֵיהֶם' וְדָרְשׁוּ רז"ל (עֵירוּבִין נג:) לְמוֹצִיאָהָם בַּפֶּה, וְלָכֵן לְעֵסֶק הַתּוֹרָה מְכַנֵּהוּ בְּשֵׁם סֵפֶל כִּי תָּבֹא אוֹת פ' שֶׁבָּהּ עֵסֶק הַתּוֹרָה וְתַפְרִיד אוֹתִיּוֹת סַל שֶׁהֵם כִּינּוּי לֶאֱדוֹם. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רֶמֶז הַמִּשְׁנָה (מִשְׁנָה שַׁבָּת יח, ב) 'כּוֹפִין אֶת הַסַּל לִפְנֵי הָאֶפְרוֹחִים' שֶׁהֵם תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן הֶבֶל שֶׁאֵין בּוֹ חֵטְא כְּלוֹמַר כּוֹפֶה מַלְכוּת אֱדוֹם, וְלָכֵן נִרְמְזוּ בְּאַרְבַּע סְפָלִים אַרְבַּע חֶלְקֵי הַתּוֹרָה שֶׁהֵם פַּרְדֵּ"ס [פָּשַׁט, רֶמֶז, דְּרָשׁ, סוֹד] . וּמַנִּיחִין 'כַּדֵּי שֶׁמֶן שֶׁל מֵאָה וְעֶשְׂרִים לֹג לְכָל סֵפֶל וְסֵפֶל' רֶמֶז כִּי ק"ך צֵרוּפֵי אֱלֹקִים יִתְמַתְּקוּ עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה. גַּם ק"ך לֻוגִּין הֵם שְׁלֹשִׁים קַבִּין רֶמֶז לְאוֹת לָמֶ"ד שֶׁהוּא עֶלְיוֹן הָרוֹמֵז לְלִימּוּד הַתּוֹרָה. 'וְלֹא הָיְתָה חָצֵר בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁלֹּא הָיְתָה מְאִירָה מְאוֹר בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה' נִרְמַז בָּזֶה שֶׁכָּל בַּיִת וּבַיִת צָרִיךְ שֶׁיִּהְיוּ נִשְׁמָעִין בּוֹ דִבְרֵי תוֹרָה וְאָמְרוּ רז"ל (מְגִילָּה טז:) 'לַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה' זוֹ תּוֹרָה, 'וַחֲסִידִים וְאַנְשֵׁי מַעֲשֶׂה הָיוּ מְרַקְּדִים לִפְנֵיהֶם בַּאֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר שֶׁבִּידֵיהֶם' כִּי אֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר הֵם דִבְרֵי תוֹרָה וְתוֹפְסִים אוֹתָם בִּידֵיהֶם לִרְמֹוז שֶׁדִּבְרֵי תּוֹרָה בָּאִים לִידֵי מַעֲשֶׂה כִּי הַמַּעֲשֶׂה תִּתְייַחֵס לְיָד. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַכָּרוֹז אֲשֶׁר מַכְרִיזִין בְּגַן עֵדֶן (פְּסָחִים נ.) אַשְׁרֵי מִי שֶׁבָּא לְכָאן וְתַלְמוּדוֹ 'בְּיָדוֹ' דַּיְיקָא כְּלוֹמַר קִייֵּם אוֹתוֹ בַּמַּעֲשֶׂה אֲשֶׁר תִּתְייַחֵס לַיָּדַיִם. וּמַה שֶׁהָיוּ זוֹרְקִין הָאֲבוּקוֹת לְמַעְלָה וְחוֹזְרִין וּמְקַבְּלִים אוֹתָם, נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ בָּזֶה עַל אוֹרוֹת מ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] אֲשֶׁר מַעֲלִים עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה מִתַּתָּא לְעֵילָּא וְעַל אוֹרוֹת מ"ד [מִיַּיִן דֻּוכְרִין] שֶׁיּוֹרְדִין מֵעִילָּא לְתַתָּא וְדוֹק.
« Et il y avait là des menorot d'or, et quatre sfalim (bassins) d'or à leur sommet. » Il me semble, avec l'aide de Dieu, que la menora est une allusion à la Torah — « car la mitsva est une lampe et la Torah une lumière » (Proverbes 6,23). C'est pourquoi il y avait sur chaque menora quatre sfalim, correspondant aux quatre parties du PaRDeS [pchat (sens simple), remez (allusion), drach (exégèse), sod (secret)]. Et ils sont appelés du nom de sfalim [en raison de ceci] : il est enseigné dans le Midrach (Bereichit Rabba 88,6), sur le verset « et voici trois corbeilles (salei) de pain blanc sur ma tête » (Genèse 40,16), que ce sont les trois royaumes, et que la corbeille supérieure est le royaume d'Edom — vois-y. Il s'avère donc qu'Edom est appelé du nom de sal (corbeille). Or la Torah soumet Edom, car il est écrit « la voix est la voix de Yaakov » (Genèse 27,22), et nos Sages ont dit : « quand la voix est la voix de Yaakov, les mains ne sont pas les mains d'Essav ». Et l'essentiel de l'étude de la Torah se fait par la bouche, car il est écrit « car ils sont vie pour ceux qui les trouvent » (Proverbes 4,22), et nos Sages ont interprété (Erouvin 53b) : le-motsiehem be-fé, pour ceux qui les font sortir par la bouche. C'est pourquoi l'étude de la Torah est désignée du nom de séfel : car tu fais venir la lettre pe (פ), par laquelle se fait l'étude de la Torah, et tu séparés ainsi les lettres sal (סל), qui sont l'appellation d'Edom. Et par là j'ai expliqué, avec l'aide de Dieu, l'allusion de la Michna (Chabbat 18,2) : « on renverse la corbeille (kofin et ha-sal) devant les poussins » — ce sont les tinokot chel beit rabban (les enfants de l'école), le souffle sans péché ; c'est-à-dire que l'on soumet (kofe) le royaume d'Edom. C'est pourquoi les quatre parties de la Torah, qui sont le PaRDeS, sont évoquées par les quatre sfalim. Et l'on y place « des cruches d'huile de cent vingt logs pour chaque bassin » : allusion à ce que les cent vingt (kaf-khaf) permutations du Nom Elokim sont adoucies par l'étude de la Torah. De plus, cent vingt logs font trente kabin — allusion à la lettre lamed, qui est la plus haute [des lettres] et qui évoque le limoud (l'étude) de la Torah. « Et il n'y avait pas de cour à Jérusalem qui ne fût éclairée par la lumière du Beit ha-choéva » : il est fait allusion par là à ce que dans chaque maison doivent se faire entendre des paroles de Torah ; et nos Sages ont dit (Meguila 16b) : « pour les Juifs il y eut lumière » — c'est la Torah. « Et les hassidim et les hommes d'action dansaient devant eux avec des torches de feu dans leurs mains » : car les torches de lumière sont les paroles de Torah, et ils les tiennent dans leurs mains pour signifier que les paroles de Torah doivent aboutir à l'acte (maasse), car l'acte se rapporte à la main. Et par là j'ai expliqué, avec l'aide de Dieu, la proclamation que l'on proclame au Gan Éden (Pessahim 50a) : « heureux celui qui vient ici avec son étude dans sa main » — précisément « dans sa main », c'est-à-dire qu'il l'a accomplie en acte, lequel se rapporte aux mains. Et quant à ce qu'ils lançaient les torches vers le haut et les rattrapaient, il me semble, avec l'aide de Dieu, qu'ils ont fait allusion par là aux lumières des mayin noukvin [les eaux féminines], que l'on fait monter par l'étude de la Torah d'en bas vers en haut, et aux lumières des mayin doukhrin [les eaux masculines], qui descendent d'en haut vers en bas. Et scrute bien.
מִבְּלָאֵי מִכְנְסֵי הַכֹּהֲנִים וּמֵהֶמְיְנֵיהֶם, מֵהֶן הָיוּ מַפְקִיעִין וְכוּ'. וְקָשֶׁה לָמָּה אֵין לוֹקְחִים אֶלָּא מִשְּׁנֵי מִינִים אֵלּוּ בִּלְבַד וְאֵין לוֹקְחִים מִן הַכֻּתֹּונֶת? וְהַתּוֹסָפוֹת נִרְגְּשׁוּ בָּזֶה וְהִנִּיחוּ בַּקֻּושְׁיָא. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רז"ל (עֲרָכִין טז.) אַבְנֵט מְכַפֵּר עַל הִרְהוּר הַלֵּב וּמִכְנָסַיִים עַל עֲרָיוֹת אֲבָל הַכֻּתֹּונֶת מְכַפֶּרֶת עַל שְׁפִיכוּת דָּמִים. וְהִנֵּה בְּקִיבּוּץ עַם רַב שֶׁנִּמְצָאִים שָׁם אֲנָשִׁים וְנָשִׁים שְׂמֵחִים אָז הַיֵּצֶר הָרַע יִתְגָּרֶה יוֹתֵר בִּשְׁתֵּי עוֹנוֹת אֵלּוּ לְהַחֲטִיאָם בַּעֲרָיוֹת וּבְהִרְהוּר הַלֵּב, לָכֵן מְבִיאִין בְּגָדִים אֵלּוּ הַמְכַפְּרִים עַל זֶה וְעַל זֶה לְהַדְלָקַת מִצְוָה כְּדֵי שֶׁיָּגֵינּוּ שֶׁבְּאוֹתוֹ מַעֲמָד לֹא יִתְגָּרֶה הַיֵּצֶר הָרַע בִּשְׁתֵּי מִכְשׁוֹלוֹת אֵלּוּ, וְגַם לְעוֹרֵר אֶת לֵב הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר רוֹאִין אֶת זֹאת הַהַדְלָקָה לָקַחַת מוּסָר לְעַצְמָם לִהְיוֹת נִשְׁמָרִים בְּדָבָר זֶה.
« Des culottes usées des Cohanim et de leurs ceintures, ils en tiraient [des bandes], etc. » Et c'est difficile : pourquoi ne prend-on que ces deux sortes-là seulement, et non de la ketonet (la tunique) ? Les Tossefot s'en sont émus et ont laissé la question ouverte. Et il me semble, avec l'aide de Dieu, [qu'il faut répondre ainsi] : nos Sages ont dit (Arakhin 16a) que l'avnet (la ceinture) expie le hirhour ha-lev (la pensée du cœur), que les mikhnassaïm (les culottes) expient les arayot (les unions interdites), tandis que la ketonet, elle, expie l'effusion de sang. Or, dans un grand rassemblement où se trouvent des hommes et des femmes en joie, le yetser hara (le penchant au mal) excite davantage sur ces deux fautes-là, pour les faire trébucher dans les arayot et dans la pensée du cœur. C'est pourquoi l'on apporte ces vêtements-là, qui expient l'une et l'autre, pour l'allumage de la mitsva, afin qu'ils protègent et qu'en cette assemblée le yetser hara n'excite pas sur ces deux écueils ; et aussi pour éveiller le cœur de ceux qui voient cet allumage, afin qu'ils en tirent pour eux-mêmes une leçon de morale et se gardent en cette matière.
💡 Explication

La Michna ouvre le morceau le plus célèbre du traité par une formule absolue : mi che-lo raa Simhat beit ha-choéva, lo raa simha mi-yamav. Le décor est d'abord topographique : on descend à la Ezrat nachim — Rachi précise que les Cohanim et les Leviim descendent de la Ezrat Israël, plus haute, vers le parvis des femmes situé en contrebas, sur la pente de la montagne. Le tikoun gadol — dont la Guemara expliquera qu'il s'agissait de séparer hommes et femmes — reste ici une simple allusion.

Suit une énumération ordonnée par le chiffre quatre : quatre sfalim d'or au sommet de chaque menora, quatre échelles par menora, quatre jeunes gens des pirhei kehouna, chacun montant à son échelle avec une cruche de cent vingt logs d'huile à verser dans son bassin.

Les mèches sont taillées dans les vêtements usés : les mikhnassaïm (culottes) et les avnetim (ceintures) hors d'usage, que Rachi rattache aux bigdei serad appartenant au public ; mafki'in signifie qu'on les défaisait et les déchirait. Tossefot s'étonne qu'on ne mentionne pas la ketonet, elle aussi de lin — question à laquelle le Ben Yehoyada répondra par ce que chaque vêtement expie. Enfin Rachi explique la portée de la lumière : les menorot montaient à cinquante coudées, le Har ha-Bayit dominait la ville, et le mur oriental fermant la Ezrat nachim était bas (Yoma 16a) — la clarté passait par-dessus et atteignait toutes les cours.

🖼️ Schéma
Le tikoun gadol de la Ezrat nachim : l'installation des menorot Une lecture littérale de la Michna, avec les précisions de Rachi et la question de Tossefot. Ezrat nachim -- en contrebas de la Ezrat Israël Rachi : Cohanim et Leviim y DESCENDENT, sur la pente de la montagne. 4 sfalim d'or au sommet de chaque menora 4 sulamot par menora pirhei kehouna 4 yeladim kad de 120 logs Rachi : menorot hautes de 50 amot Ce que la Michna compte quatre par quatre 4 sfalim d'or au sommet -- 4 échelles par menora -- 4 enfants des pirhei kehouna -- chacun avec une cruche de 120 logs, versée dans chaque séfel. Rachi : ce sont de jeunes hommes, chacun monte à son échelle. Les mèches : du vêtement usé à la lumière Mibalei mikhnesei kohanim ou-mehemyaneihen : on défait et on déchire les culottes et les ceintures hors d'usage -- Rachi : des bigdei serad, propriété du public. Tossefot demande : pourquoi pas la ketonet, elle aussi de lin ? Le Ben Yehoyada répond par ce que chaque vêtement expie. Pourquoi toute la ville était éclairée Rachi : les menorot montent à 50 amot, le Har ha-Bayit est déjà en hauteur, et le mur oriental qui ferme la Ezrat nachim était BAS (Yoma 16a) : la lumière passe par-dessus. D'où la formule de la Michna : pas une cour de Jérusalem qui ne fût éclairée par la lumière du Beit ha-choéva.
L'installation de la Michna, avec la topographie, les quatre séries d'objets et l'explication de la lumière.
17
חֲסִידִים וְאַנְשֵׁי מַעֲשֶׂה הָיוּ מְרַקְּדִין בִּפְנֵיהֶם

Les hassidim (les hommes pieux) et les anshéi maasse (les hommes d'action) dansaient devant eux

💡 Explication

La Michna passe des objets aux hommes. Ce ne sont ni les Cohanim en fonction ni les Leviim qui mènent la danse, mais les hassidim et les anshéi maasse — deux catégories définies par la conduite et non par la naissance. La suite, que le folio 51b poursuivra, décrit les torches lancées et rattrapées et les chants qu'ils faisaient entendre.

Le Ben Yehoyada, cité au segment précédent, lit déjà ce détail : les torches tenues en main signifient que les paroles de Torah doivent aboutir à l'acte — maasse, la racine même de anshéi maasse — car l'acte se rapporte à la main.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).