Sukkah 51b — La joie de Beit haChoéva, la splendeur perdue (Hérode, Alexandrie) et le grand aménagement de la séparation

Sukkah 51b

Sougya : La michna achève la description de la nuit du Beit haChoéva : jonglage de torches, orchestre des Lévites sur les quinze marches, sonneries de trompettes rythmant la descente vers la source, puis le demi-tour vers l'ouest où l'on proclame le contraire exact de la faute des pères de Ye'hezkel. La Guemara enchaîne sur trois « qui n'a pas vu » : la joie du Choéva, Yerouchalayim dans sa splendeur, le Temple dans sa construction — identifié à l'édifice d'Hérode, en marbre verdâtre et blanc, dont les rangées décalées imitent les vagues de la mer.

Suit le tableau de la grande synagogue d'Alexandrie : basilique à double portique, soixante et onze chaires d'or, une bima où un hazan agite un foulard pour déclencher le amen, des corporations assises par métier qui font vivre l'artisan de passage — et sa destruction par Alexandre, châtiment du retour interdit en Égypte. Le folio se clôt sur le « tikkoun gadol » de la michna : la gezouztra de la 'ezrat nachim, la séparation des hommes et des femmes en trois étapes, et l'objection de principe — comment modifier un plan donné par écrit de la main de Hachem ?

Le fil du folio : de la fête vue à la splendeur perdue, puis à la règle à inventer Trois registres s'enchaînent : la description rituelle, la nostalgie du grandiose, la halakha qui corrige. Mouvement 1 (seg. 0-1) -- La michna : orchestre, marches, trompettes Torches jonglées, Lévites sur les 15 marches face aux 15 Chir haMaalot, instruments sans nombre. Deux kohanim aux trompettes : au chant du coq, à la dixième marche, au sol de la 'ezrat nachim. Enjeu : la sonnerie n'est pas décorative, elle scande la marche vers l'eau du Chiloah. Mouvement 2 (seg. 2) -- Le demi-tour vers l'ouest Arrivés à la porte est, ils se retournent : nos pères avaient le dos au Heikhal et se prosternaient au soleil. Nous, c'est vers Hachem que sont nos yeux. R. Yehouda : ils doublaient la formule. Le rite se définit par négation : on rejoue la scène de Ye'hezkel 8 à l'envers. Mouvement 3 (seg. 3-4) -- Les trois " qui n'a pas vu " et l'édifice d'Hérode Joie du Choéva / Yerouchalayim dans sa splendeur / le Temple dans sa construction : quel Temple ? Abaye (ou Rav Hisda) : celui d'Hérode. Marbre chicha et marmara, rangées décalées, refus de l'or. Le beau ici n'est pas le précieux : la pierre nuancée vaut mieux que l'or uniforme. Mouvement 4 (seg. 5-8) -- Alexandrie : la gloire d'Israël et sa destruction Basilique à double portique, 71 chaires d'or, bima centrale, foulard agité pour le amen. Assises par corporations : l'artisan pauvre reconnaît les siens et y trouve sa subsistance. Abaye : Alexandre les a tous tués -- ils avaient transgressé " vous ne retournerez plus par ce chemin ". La splendeur de l'exil est réelle, mais elle repose sur un interdit : elle ne tient pas. Mouvement 5 (seg. 9-12) -- Le tikkoun gadol et son problème R. Elazar : le grand aménagement, c'est la gezouztra -- femmes en haut, hommes en bas, en trois étapes. Objection : " le tout par écrit, de la main de Hachem " -- comment modifier le plan révélé ? Rav : ils ont trouvé un verset et l'ont exposé (la suite en 52a). Idée centrale : la plus grande joie exige la plus stricte architecture. On ne protège pas la simha en la bridant, mais en construisant autour d'elle.
Le fil des cinq mouvements du folio : michna, demi-tour, nostalgie, Alexandrie, tikkoun.
Le parcours de la nuit : de la 'ezrat Israël à la porte de l'est Coupe d'ouest en est. On descend en sonnant ; à la porte est, on se retourne vers l'ouest. OUEST EST Heikhal le Sanctuaire 'Ezrat kohanim Mizbéah Doukhan du chant du korban (Rachi : près de l'autel) 'Ezrat Israël niveau haut 15 marches 1/2 coudée x 1/2 coudée 'Ezrat nachim Lieu de la joie de Beit haChoéva torches, orchestre, gezouztra Les Lévites se tiennent sur les marches, tournés vers cette cour. Porte est Har haBayit versant est Aller : on descend d'ouest en est, en sonnant À la porte est : demi-tour du regard vers l'ouest Rachi (seg. 0) Les Lévites des 15 marches jouent pour la joie du Choéva seulement. Le doukhan du chant du korban est ailleurs : près de l'autel. Deux lieux, deux fonctions distinctes. Tossefot (seg. 0) Middot 2,6 et Yoma 16a : R. Eliezer b. Yaakov placé une marche d'une coudée portant le doukhan, entre 'ezrat Israël et 'ezrat kohanim. Le doukhan n'est donc pas près de l'autel : Tossefot signale la tension avec Rachi.
Topographie du parcours nocturne, avec la divergence Rachi / Tossefot sur l'emplacement du doukhan.
Le tikkoun gadol en trois étapes (seg. 9-10) Deux essais dans le plan horizontal échouent ; seule la séparation verticale tient. Étape 1 -- état initial Femmes AU-DEDANS Hommes AU-DEHORS Les hommes doivent traverser pour entrer : ils se mélangent. ÉCHEC : kalout roch Étape 2 -- inversion Hommes AU-DEDANS Femmes AU-DEHORS Les hommes ne regardent plus derrière eux -- mais le passage subsiste. ÉCHEC : kalout roch encore Étape 3 -- verticalité Femmes EN HAUT gezouztra sur des zizin Hommes EN BAS Aucun trajet commun, aucun croisement. TIENT Le problème de fond (seg. 11-12) On a modifié le plan du Temple. Or " le tout par écrit, de la main de Hachem " : le plan était révélé. Rav : ils ont trouvé un verset et l'ont exposé -- l'autorisation devait être tirée du texte lui-même.
Les trois états successifs de la 'ezrat nachim, et l'objection de principe qui suit.
1
בַּאֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר שֶׁבִּידֵיהֶן, וְאוֹמְרִים לִפְנֵיהֶם דִּבְרֵי שִׁירוֹת וְתֻושְׁבָּחוֹת. וְהַלְוִיִּם בְּכִנּוֹרוֹת וּבִנְבָלִים וּבִמְצִלְתַּיִם וּבַחֲצוֹצְרוֹת וּבִכְלֵי שִׁיר בְּלֹא מִסְפָּר, עַל חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה מַעֲלוֹת הַיּוֹרְדוֹת מֵעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל לְעֶזְרַת נָשִׁים, כְּנֶגֶד חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה (מַעֲלוֹת) שֶׁבַּתְּהִלִּים, שֶׁעֲלֵיהֶן לְוִיִּם עוֹמְדִין בִּכְלֵי שִׁיר וְאוֹמְרִים שִׁירָה.

… avec des torches de feu dans leurs mains, et ils disaient devant eux des paroles de chants et de louanges. Et les Lévites [jouaient] de kinorot (lyres), de nevalim (harpes), de cymbales, de trompettes et d'instruments de musique sans nombre, sur les quinze marches qui descendent de la 'ezrat Israël vers la 'ezrat nachim, correspondant aux quinze [Chir ha]Maalot des Psaumes — c'est sur elles que les Lévites se tiennent avec des instruments de musique et disent le chant.

📜 Rachi (4)
בַּאֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר זוֹרְקִין אוֹתָם כְּלַפֵּי מַעְלָה וּמְקַבְּלִין אוֹתָם וְיֵשׁ שֶׁבְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כֵּן בְּאַרְבַּע אֲבוּקוֹת אוֹ בִּשְׁמוֹנָה וְזוֹרֵק זוֹ וּמְקַבֵּל זוֹ וְזוֹרֵק זוֹ וּמְקַבֵּל זוֹ:
« Avec des torches de feu » — ils les lancent vers le haut et les rattrapent ; certains sont assez experts pour le faire avec quatre torches, ou avec huit : ils lancent celle-ci et rattrapent celle-là, lancent celle-ci et rattrapent celle-là.
דִּבְרֵי תּוּשְׁבָּחוֹת מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
« Des paroles de louanges » — cela est expliqué dans la Guemara.
ט"ו מַעֲלוֹת אֹורֶךְ הַמַּעֲלָה בְּרֹוחַב הָעֲזָרָה וְרֹוחַב הַמַּעֲלָה חֲצִי אַמָּה וְרוּמָהּ חֲצִי אַמָּה כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת מִדּוֹת (פ"ב מ"ג) וּבְסֵדֶר יוֹמָא (דַּף טז.):
« Quinze marches » — la longueur de la marche court sur la largeur de la 'azara ; la largeur de la marche est d'une demi-coudée et sa hauteur d'une demi-coudée, comme nous le disons dans le traité Middot (ch. 2, michna 3) et dans l'ordre de Yoma (fol. 16a).
שֶׁעֲלֵיהֶן הַלְּוִיִּם עוֹמְדִין [בִּכְלֵי] שִׁיר לְשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה אֲבָל דּוּכָן לָשִׁיר הַקָּרְבָּן אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ הָיָה:
« C'est sur elles que les Lévites se tiennent avec des instruments de musique » — pour la joie de Beit haChoéva ; mais le doukhan destiné au chant du sacrifice se trouvait près de l'autel.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁעֲלֵיהֶן הַלְּוִיִּם עוֹמְדִין בִּכְלֵי שִׁיר. לְשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה אֲבָל דּוּכָן לְשִׁיר דְּקָרְבָּן אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ הָיָה כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' וּבְמַס' מִדּוֹת (פ"ב מ"ו) תְּנַן וּמַיְיתֵי לָהּ בפ"ק דְּיוֹמָא (דַּף טז.) ראב"י אוֹמֵר מַעֲלָה הָיְתָה שָׁם גְּבוֹהָה אַמָּה וְדוּכָן נָתוּן עָלֶיהָ וְאוֹתָהּ מַעֲלָה הָיְתָה בֵּין עֶזְרַת יִשְׂרָאֵל לְעֶזְרַת כֹּהֲנִים:
« C'est sur elles que les Lévites se tiennent avec des instruments de musique. » Pour la joie de Beit haChoéva, mais le doukhan du chant du sacrifice se trouvait près de l'autel : ainsi a expliqué Rachi (le Kountras). Or dans le traité Middot (ch. 2, michna 6) nous avons appris — et la Guemara le cite au premier chapitre de Yoma (16a) — que Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : il y avait là une marche haute d'une coudée, sur laquelle le doukhan était posé ; et cette marche se trouvait entre la 'ezrat Israël et la 'ezrat kohanim.
💡 Explication

La michna finit de peindre la scène. Trois strates se superposent : les hassidim qui jonglent avec des torches, la foule qui répond par des chirot ve-tichbahot, et l'orchestre lévitique. Le détail des instruments — kinorot, nevalim, cymbales, hatsotserot — n'est pas ornemental : il pose la question, centrale dans tout ce chapitre, du statut de la musique instrumentale au Temple.

Le nombre quinze est un chiffrage théologique : les quinze marches qui relient les deux cours répondent aux quinze Chir haMaalot (Tehilim 120-134). L'architecture cite l'Écriture.

Rachi ajoute une précision lourde de conséquences : ces marches servent à la joie du Choéva, tandis que le doukhan du chant qui accompagne le sacrifice se trouvait ailleurs, près de l'autel. Deux musiques, deux lieux, deux statuts. Tossefot signale que cette répartition entre en tension avec Middot et Yoma.

🖼️ Schéma
Le parcours de la nuit : de la 'ezrat Israël à la porte de l'est Coupe d'ouest en est. On descend en sonnant ; à la porte est, on se retourne vers l'ouest. OUEST EST Heikhal le Sanctuaire 'Ezrat kohanim Mizbéah Doukhan du chant du korban (Rachi : près de l'autel) 'Ezrat Israël niveau haut 15 marches 1/2 coudée x 1/2 coudée 'Ezrat nachim Lieu de la joie de Beit haChoéva torches, orchestre, gezouztra Les Lévites se tiennent sur les marches, tournés vers cette cour. Porte est Har haBayit versant est Aller : on descend d'ouest en est, en sonnant À la porte est : demi-tour du regard vers l'ouest Rachi (seg. 0) Les Lévites des 15 marches jouent pour la joie du Choéva seulement. Le doukhan du chant du korban est ailleurs : près de l'autel. Deux lieux, deux fonctions distinctes. Tossefot (seg. 0) Middot 2,6 et Yoma 16a : R. Eliezer b. Yaakov placé une marche d'une coudée portant le doukhan, entre 'ezrat Israël et 'ezrat kohanim. Le doukhan n'est donc pas près de l'autel : Tossefot signale la tension avec Rachi.
Où se tiennent les Lévites : la divergence Rachi / Tossefot sur l'emplacement du doukhan.
2
וְעָמְדוּ שְׁנֵי כֹּהֲנִים בְּשַׁעַר הָעֶלְיוֹן שֶׁיּוֹרֵד מֵעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל לְעֶזְרַת נָשִׁים, וּשְׁתֵּי חֲצוֹצְרוֹת בִּידֵיהֶן, קָרָא הַגֶּבֶר — תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ. הִגִּיעוּ לְמַעְלָה עֲשִׂירִית — תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ. הִגִּיעוּ לָעֲזָרָה — תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ.

Et deux kohanim se tenaient à la porte supérieure qui descend de la 'ezrat Israël vers la 'ezrat nachim, deux trompettes en main. Au chant du coq — ils sonnaient tekia, teroua et tekia.

Arrivés à la dixième marche — tekia, teroua et tekia. Arrivés à la 'azara — tekia, teroua et tekia.

📜 Rachi (3)
תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ זֶה סִימָן לֵילֵךְ לְמַלֹּאות הַמַּיִם לְנִיסּוּךְ מִן הַשִּׁילּוּחַ:
« Ils sonnaient tekia et teroua » — c'est le signal d'aller remplir [les récipients] d'eau pour la libation, depuis [la source de] Chiloah.
הִגִּיעוּ לָעֲזָרָה לְקַרְקַע עֶזְרַת נָשִׁים:
« Arrivés à la 'azara » — au sol de la 'ezrat nachim.
תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ וּבְרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף לג:) יָלֵיף בְּכָל תְּקִיעוֹת פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ וּתְרוּעָה בְּאֶמְצַע:
« Tekia, teroua et tekia » — et dans Roch Hachana (33b) on apprend que dans toutes les sonneries il y a une [sonnerie] simple avant et une simple après, la teroua étant au milieu.
🗂️ Tossefot (1)
קָרָא הַגֶּבֶר תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ. תֵּימַהּ דְּמַשְׁמַע שֶׁמִּקְּרוֹת הַגֶּבֶר הוֹלְכִין לִשְׁאֹוב מַיִם וא"כ הָיוּ נִפְסָלִין בְּלִינָה דע"כ לָא פְלִיגִי פ"ב דִּזְבָחִים (דַּף כ.) אֶלָּא לְעִנְיַן קִידּוּשׁ יָדַיִם וְרַגְלַיִם מִקְּרוֹת הַגֶּבֶר וְעַד צַפְרָא [אִי] פָּסְלָא בְּלִינָה אוֹ לֹא אֲבָל מֵי הַכִּיּוֹר (עַצְמוֹ) נִפְסָלִין בְּעַמּוּד הַשַּׁחַר כִּדְמוֹכַח הָתָם וְאַפֵּי' סִילְּקָן מִן הַכִּיּוֹר אַחַר קְרוֹת הַגֶּבֶר הֲדַר מְשַׁקַּע לֵיהּ וי"ל דְּשׁוֹהִין הָיוּ בִּתְקִיעוֹת וּבַתְּרוּעוֹת וּבַהֲפִיכַת פְּנֵיהֶם לַמַּעֲרָב וְגַם בַּחֲזָרָה לְאַחַר מִילּוּי וְהָיָה מֵאִיר הַיּוֹם קֹודֶם שֶׁיַּגִּיעוּ לָעֲזָרָה וְעַד שֶׁיְּקַדְּשֵׁן בִּכְלִי לֹא הֻוכְשְׁרוּ לִיפָּסֵל בְּלִינָה כְּדִתְנַן פֶּרֶק חַטַּאת הָעוֹף בְּמַסֶּכֶת מְעִילָה (דַּף י.) גַּבֵּי נְסָכִים וְאַף עַל פִּי שֶׁהַצְּלוֹחִית הָיְתָה מְקֻודֶּשֶׁת מִכָּל מָקוֹם אֵין כְּלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין בַּחוּץ אֶלָּא בִּפְנִים:
« Au chant du coq — ils sonnaient tekia, teroua et tekia. » Difficulté : il en ressort qu'ils allaient puiser l'eau dès le chant du coq ; or elle aurait alors été invalidée par lina (le fait d'avoir passé la nuit). Car au chapitre 2 de Zevahim (20a) on ne discute que du kidouch des mains et des pieds accompli entre le chant du coq et l'aube — pour savoir s'il est invalidé par lina ou non ; mais l'eau du kiyor elle-même est invalidée dès le lever de l'aube ('amoud ha-chahar), comme cela ressort là-bas, et même s'il l'a retirée du kiyor après le chant du coq, il l'y replonge. Et l'on peut répondre : ils s'attardaient dans les tekiot et les teroua'ot, et en tournant leur visage vers l'ouest, et aussi au retour après avoir puisé ; le jour s'éclairait donc avant qu'ils n'atteignent la 'azara. Et tant qu'on ne les sanctifie pas dans un keli [charet], elles ne deviennent pas aptes à être invalidées par lina, comme nous l'avons appris au chapitre Hatat ha'of du traité Mei'la (10a) à propos des libations. Et bien que la fiole fût consacrée, en tout état de cause les kelei charet ne sanctifient pas au-dehors, mais seulement au-dedans.
💡 Explication

La nuit est rythmée par un protocole sonore précis. Chaque série est la même — tekia (son plein), teroua (son brisé), tekia — mais chaque occurrence signale une étape différente : le départ au chant du coq, le passage de la dixième marche, l'arrivée au sol de la cour.

Rachi donne la fonction pratique : ces sonneries sont le signal d'aller puiser l'eau à la source du Chiloah pour le nissoukh ha-mayim. La musique n'accompagne pas la fête, elle la commande.

Tossefot soulève alors une difficulté de chronologie sacrificielle : si l'on puise dès le chant du coq, l'eau serait invalidée par lina (le fait de passer la nuit). La réponse joue sur deux ressorts : la lenteur réelle du cortège, et le fait que l'eau ne devient susceptible d'invalidation qu'une fois sanctifiée dans un keli charet, ce qui n'a lieu qu'à l'intérieur.

🖼️ Schéma
Les trois séries de sonneries et ce qu'elles signalent Deux kohanim à la porte haute ; chaque série est tekia - teroua - tekia. temps 1. Kara ha-gever Au chant du coq tekia / teroua / tekia Rachi : signal de partir puiser l'eau au Chiloah Tossefot : d'où le problème de lina 2. Dixième marche À mi-descente des 15 tekia / teroua / tekia Le point de non-retour de la descente est marqué. 3. Arrivée à la 'azara Rachi : au sol de la 'ezrat nachim tekia / teroua / tekia Puis on sonne sans interruption jusqu'à la porte est. Structure constante (Roch Hachana 33b) : une sonnerie simple avant, une simple après, la teroua brisée au milieu.
Les trois séries tekia-teroua-tekia et l'étape que chacune signale.
3
(הִגִּיעוּ לַקַּרְקַע — תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ.) הָיוּ תּוֹקְעִין וְהוֹלְכִין עַד שֶׁמַּגִּיעִין לְשַׁעַר הַיּוֹצֵא מִמִּזְרָח. הִגִּיעוּ לְשַׁעַר הַיּוֹצֵא מִמִּזְרָח — הָפְכוּ פְּנֵיהֶן מִמִּזְרָח לְמַעֲרָב וְאָמְרוּ: אֲבוֹתֵינוּ שֶׁהָיוּ בַּמָּקוֹם הַזֶּה — ״אֲחֹורֵיהֶם אֶל הַהֵיכָל וּפְנֵיהֶם קֵדְמָה וּמִשְׁתַּחֲוִים קֵדְמָה לַשֶּׁמֶשׁ״, וְאָנוּ לֵיהּ עֵינֵינוּ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, הָיוּ שׁוֹנִין וְאוֹמְרִין: אָנוּ לֵיהּ, וְלֵיהּ עֵינֵינוּ.

(Arrivés au sol — tekia, teroua et tekia.) Ils continuaient à sonner tout en marchant, jusqu'à atteindre la porte qui sort vers l'est. Arrivés à la porte qui sort vers l'est, ils tournaient leur visage de l'est vers l'ouest et disaient : « Nos pères qui étaient en ce lieu — "le dos tourné au Sanctuaire de Hachem et le visage vers l'orient, et ils se prosternaient vers l'orient devant le soleil" — mais nous, c'est vers Hachem que sont nos yeux. » Rabbi Yehouda dit : ils répétaient et disaient : « Nous, nous sommes à Hachem, et vers Hachem sont nos yeux. »

📜 Rachi (4)
וְהָיוּ תּוֹקְעִין וְהוֹלְכִין בְּאֵלּוּ שָׁלֹשׁ אַחֲרוֹנוֹת מַאֲרִיכִין עַד שֶׁמַּגִּיעִין לְשַׁעַר הַיּוֹצֵא מֵעֶזְרַת נָשִׁים לְהַר הַבַּיִת לְשִׁיפּוּלוֹ לַמִּזְרָח וְהַשַּׁעַר הַהוּא מְכֻווָּן כְּנֶגֶד שַׁעַר שֶׁמֵּעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל לְעֶזְרַת נָשִׁים וְיוֹרְדִין מִמַּעֲרָב לַמִּזְרָח וּכְשֶׁהָיוּ נִכְנָסִין לַמִּקְדָּשׁ הָיוּ הוֹלְכִין מִמִּזְרָח לַמַּעֲרָב דֶּרֶךְ עֲלִיָּיה:
« Ils continuaient à sonner tout en marchant » — dans ces trois dernières [séries] ils prolongeaient jusqu'à atteindre la porte qui sort de la 'ezrat nachim vers le Har haBayit, sur son versant est ; et cette porte était exactement en face de la porte qui va de la 'ezrat Israël à la 'ezrat nachim. Ils descendaient d'ouest en est ; et lorsqu'on entrait dans le Sanctuaire, on allait d'est en ouest, en montant.
הָפְכוּ פְּנֵיהֶם לַמַּעֲרָב לְצַד הָעֲזָרוֹת וְהַהֵיכָל לוֹמַר דָּבָר זֶה:
« Ils tournaient leur visage » — vers l'ouest, du côté des 'azarot et du Heikhal, pour dire cette parole.
אֲבוֹתֵינוּ בַּבַּיִת הָרִאשׁוֹן הָיוּ כּוֹפְרִין וְלֹא הָיוּ פְּנֵיהֶם לַבַּיִת אֶלָּא אֲחֹורֵיהֶם אֶל הֵיכַל ה' וְגוֹ' פָּסוּק הוּא בִּיחֶזְקֵאל (ח):
« Nos pères » — au premier Temple ils reniaient, et leur visage n'était pas tourné vers la Maison, mais « le dos au Heikhal de Hachem » etc. — c'est un verset dans Ye'hezkel (ch. 8).
שׁוֹנִין אוֹתָהּ כּוֹפְלִין אוֹתָהּ כְּדִמְפָרֵשׁ אָנוּ לְיָהּ וּלְיָהּ עֵינֵינוּ:
« Ils la répétaient » — ils la doublaient, comme il l'explique : « nous sommes à Hachem, et vers Hachem sont nos yeux ».
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲבוֹתֵינוּ שֶׁהָיוּ בַּמָּקוֹם הַזֶּה, אֲחֹורֵיהֶם אֶל הֵיכַל ה' וּפְנֵיהֶם קֵדְמָה וְכוּ'. הָא דְּהֻוצְרְכוּ לְהַזְכִּיר חַטַּאת אֲבוֹתָם, נִרְאֶה לִי בס"ד כְּדֵי לִסְתֹּום פִּי שָׂטָן שֶׁלֹּא יְקַטְרֵג בְּקִנְאָתוֹ בִּרְאוֹתוֹ הַשִּׂמְחָה שֶׁלָּהֶם בְּאוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁאָז יָבֹא לִזְכֹּור עוֹנוֹת רִאשׁוֹנִים וִיסַייֵּם בָּאַחֲרוֹנִים לְחַפֵּשׂ לָהֶם מַה שֶׁבְּחוֹרִין וּבַסְּדָקִים וְעַתָּה בִּרְאוֹתוֹ שֶׁהֵם עַצְמָם מְדַבְּרִים בִּגְנוּת יִשְׂמַח וְיִשְׁתֹּוק וְהוּא עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמַר רז"ל (תְּהִלִּים קו, כג) 'לוּלֵי מֹשֶׁה בְחִירוֹ עָמַד בַּפֶּרֶץ לְפָנָיו' שֶׁעָמַד בְּמָקוֹם הַפּוֹרֵץ הוּא הַשָּׂטָן לִדְחוֹתוֹ עַל יְדֵי שֶׁאָמַר (שְׁמוֹת לב, לא) 'אָנָּא חָטָא הָעָם הַזֶּה חֲטָאָה גָּדְלָה' וְכֵן הָעִנְיָן כָּאן. אוֹ יוּבַן עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב אֹהֶל יַעֲקֹב זַ"ל עַל פָּסוּק (הוֹשֵׁעַ ז, א) 'כְּרָפְאִי לְיִשְׂרָאֵל וְנִגְלָה עֲוֹ‍ן אֶפְרַיִם' שֶׁיַּעֲרִיךְ הַבֵּינוֹנִים לְגַבֵּי רְשָׁעִים וּבָזֶה נִרְאִין הַבֵּינוֹנִים צַדִּיקִים לְגַבֵּי דְּיָדָם וְאָז לֹא יִהְיֶה קִטְרוּג עַל כַּמָּה חֶסְרוֹנוֹת הַנִּמְצָאִים בָּהֶם.
« Nos pères qui étaient en ce lieu, le dos tourné au Heikhal de Hachem et le visage vers l'orient, etc. » Pourquoi ont-ils eu besoin de mentionner la faute de leurs pères ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour fermer la bouche du satan, afin qu'il n'accuse pas dans sa jalousie en voyant leur joie en ce lieu même : il en viendrait alors à évoquer les fautes anciennes, puis à finir par les récentes, cherchant chez eux ce qui se cache dans les trous et les fissures. Mais maintenant, voyant qu'ils parlent eux-mêmes de leur propre honte, il se réjouit et se tait. C'est dans l'esprit de ce qu'ont dit nos Sages sur « n'eût été Moché Son élu qui se tint sur la brèche devant Lui » (Tehilim 106, 23) : il s'est tenu à la place de celui qui ouvre la brèche — le satan — pour le repousser, en disant lui-même « de grâce, ce peuple a commis une grande faute » (Chemot 32, 31) ; il en va de même ici. On peut aussi le comprendre selon ce qu'écrit le Ohel Yaakov sur le verset « quand Je guéris Israël, la faute d'Efraim se découvre » (Hochea 7, 1) : on compare les moyens (benonim) aux méchants, et de la sorte les moyens apparaissent justes en regard de ceux-là ; il n'y a plus alors d'accusation sur les nombreux manques qui se trouvent en eux.
אָנוּ לֵיהּ מִשְׁתַּחֲוִים וְלֵיהּ עֵינֵינוּ מְיַחֲלוֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עַתָּה אֵין הַשֵּׁם שָׁלֵם דִּכְתִיב (שְׁמוֹת יז, טז) 'כִּי יָד עַל כֵּס יָהּ' וַאֲנַחְנוּ מְצַפִּין שֶׁיִּהְיֶה שָׁלֵם בְּהֶאָרַת יהי"ה שֶׁיִּתְעַלּוּ אוֹתִיּוֹת ו"ה לִהְיוֹת י"ה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד הַפָּסוּק (זְכַרְיָה יד, ט) 'בַּיּוֹם הַהוּא יִהְיֶה ה' אֶחָד וּשְׁמוֹ אֶחָד', וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ אָנוּ לֵיהּ כִּי עַתָּה הַשֵּׁם הוּא בְּסוֹד אוֹתִיּוֹת 'יָהּ' דַּוְקָא אַךְ וְלֵיהּ עֵינֵינוּ כִּי אֲנַחְנוּ מְצַפִּים שֶׁיִּשְׁאָלֵם בְּשֵׁם י"ה שֶׁאָז הוּא אוֹתִיּוֹת 'יִהְיֶה'. אוֹ יוּבַן בס"ד הַכַּוָּנָה כֵּיוָן שֶׁאֲנַחְנוּ חֶלְקוֹ יִתְבָּרֵךְ לָכֵן מְצַפִּים לוֹ עַל כָּל צָרְכֵינוּ וְזֶהוּ אָנוּ לֵיהּ כְּלוֹמַר חֶלְקוֹ יִתְבָּרֵךְ לְכָךְ לֵיהּ עֵינֵינוּ. אוֹ יוּבַן בס"ד הַכַּוָּנָה אֲנַחְנוּ מַעֲלִים מִתּוֹרָה וּמִצְוֹת מ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] לְ'יֶה' וְאָז לֵיהּ עֵינֵינוּ שֶׁיַּמְשִׁיךְ לָנוּ שֶׁפַע בְּסוֹד מ"ד [מִיַּיִן דֻּוכְרִין] וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (שִׁיר הַשִּׁירִים ו, ג) אֲנִי לְדוֹדִי וְדוֹדִי לִי. אוֹ יוּבַן יִשְׂרָאֵל נִקְרָאִים בְּנֵי עוֹלָם הַבָּא שֶׁהֵם סוֹד י"ה שֶׁבַּשֵּׁם, וְלֵיהּ עֵינֵינוּ שֶׁנְּצַיֵּיר תָּמִיד שְׁתֵּי עֵינֵינוּ הֵם כְּנֶגֶד חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] שֶׁהוּא סוֹד י"ה.
« Nous nous prosternons devant Hachem, et vers Hachem nos yeux espèrent. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que pour l'heure le Nom n'est pas complet, ainsi qu'il est écrit « car la main est sur le trône de Kah » (Chemot 17, 16) ; et nous attendons qu'Il soit complet par l'illumination de « Y-H-Y-H », que les lettres vav et hé s'élèvent pour devenir youd et hé, comme l'a écrit notre maître le Ari zal dans le sod (sens caché) du verset « en ce jour Hachem sera Un et Son Nom Un » (Zekharia 14, 9). C'est ce qu'ils disent : « nous sommes à Kah » — car pour l'heure le Nom se tient dans le sod des seules lettres youd-hé ; « et vers Kah sont nos yeux », car nous espérons qu'Il les complète par le Nom Kah, formant alors les lettres « Y-H-Y-H ». On peut aussi le comprendre ainsi : puisque nous sommes Sa part, béni soit-Il, nous espérons donc en Lui pour tous nos besoins — c'est le sens de « nous sommes à Hachem », c'est-à-dire Sa part, et c'est pourquoi « vers Hachem sont nos yeux ». On peut encore le comprendre ainsi : nous élevons, par la Torah et les mitsvot, des mayin noukvin (eaux féminines, l'élan qui monte d'en bas) vers « Kah » ; et alors « vers Kah sont nos yeux », pour qu'Il fasse descendre sur nous l'abondance dans le sod des mayin doukhrin (eaux masculines, l'influx qui descend d'en haut), comme le dit le verset « je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi » (Chir haChirim 6, 3). On peut aussi comprendre qu'Israël est appelé « enfants du monde à venir », qui sont le sod du youd-hé du Nom ; « et vers Kah sont nos yeux » : que nous nous représentions toujours nos deux yeux comme correspondant à 'Hokhma et Bina, qui sont le sod de youd-hé.
💡 Explication

Le cortège sort de l'enceinte en marchant vers l'est. Au seuil, geste décisif : le demi-tour. Le corps s'oriente exactement comme celui des idolâtres de Ye'hezkel 8, 16 — mais dans le sens inverse. La déclaration ne fait pas que citer le verset : elle le rejoue à l'envers, sur place.

Rachi précise la géographie : on descend d'ouest en est pour sortir, alors qu'on entre toujours d'est en ouest, en montant. Le retournement du visage annule symboliquement le sens de la descente.

Le désaccord de Rabbi Yehouda porte sur la formule : était-elle simple, ou doublée — « nous sommes à Hachem » puis « vers Hachem sont nos yeux » ? Une répétition liturgique qui insiste sur l'appartenance avant l'espérance.

🖼️ Schéma
Le demi-tour : rejouer Ye'hezkel 8 à l'envers Même lieu, même orientation du corps, sens exactement inverse. Les pères (premier Temple) Heikhal soleil (est) " le dos au Heikhal, le visage vers l'orient, se prosternant vers l'orient devant le soleil " Ye'hezkel 8, 16 -- Rachi : ils reniaient. Corps tourné vers l'est Nous (à la porte de l'est) Heikhal " et nous, c'est vers Hachem que sont nos yeux " R. Yehouda : on double -- " nous sommes à Hachem, et vers Hachem sont nos yeux " Regard retourné vers l'ouest Ben Yehoyada : évoquer soi-même la faute des pères ferme la bouche de l'accusateur avant qu'il ne parle.
Même lieu, même posture, orientation inversée : la faute des pères rejouée à l'envers.
4
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: מִי שֶׁלֹּא רָאָה שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה — לֹא רָאָה שִׂמְחָה מִיָּמָיו. מִי שֶׁלֹּא רָאָה יְרוּשָׁלַיִם בְּתִפְאַרְתָּהּ — לֹא רָאָה כְּרַךְ נֶחְמָד מֵעוֹלָם. מִי שֶׁלֹּא רָאָה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בְּבִנְיָנוֹ — לֹא רָאָה בִּנְיָן מְפֹואָר מֵעוֹלָם. מַאי הִיא? אָמַר אַבָּיֵי וְאִיתֵּימָא רַב חִסְדָּא: זֶה בִּנְיַן הוֹרְדּוֹס.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : celui qui n'a pas vu la joie de Beit haChoéva n'a jamais vu de joie de sa vie.

Celui qui n'a pas vu Yerouchalayim dans sa splendeur n'a jamais vu de ville agréable. Celui qui n'a pas vu le Beit haMikdach dans sa construction n'a jamais vu d'édifice magnifique.

De quoi s'agit-il ? Abaye a dit — et certains disent Rav Hisda : c'est l'édifice d'Hérode.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מַאי הִיא אֵיזֶה מִן הַבִּנְיָנִים שֶׁל שְׁלֹמֹה אוֹ שֶׁל נְחֶמְיָה בֶּן חֲכַלְיָה אוֹ שֶׁל הוֹרְדּוֹס שֶׁסְּתָרוֹ וּבְנָאוֹ:
« Guemara. De quoi s'agit-il ? » — lequel des édifices : celui de Chelomo, celui de Nehemia fils de Hakhalia, ou celui d'Hérode, qui l'a démoli et rebâti.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִי שֶׁלֹּא רָאָה יְרוּשָׁלַיִם בְּתִפְאַרְתָּהּ, לֹא רָאָה כְּרַךְ נֶחְמָד מִיָּמָיו. וּמִי שֶׁלֹּא רָאָה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בְּבִנְיָנוֹ, לֹא רָאָה בִּנְיָן מְפֹאָר מֵעוֹלָם. מַאי הִיא? אָמַר אַבָּיֵי וְאִיתֵּימָא רַב חִסְדָּא: זֶה בִּנְיַן הוֹרְדּוֹס. הָא דְּלָא שָׁאַל עַל יְרוּשָׁלַיִם גַּם כֵּן, מִשּׁוּם דְּבָזֶה אֵין לוֹ סָפֵק דְּוַדַּאי קָאֵי עַל זְמַן מַלְכוּת שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיוּ כָּל יִשְׂרָאֵל עֲשִׁירִים גְּדוֹלִים וְאֵין הַכֶּסֶף נֶחְשָׁב בַּיָּמִים הַהֵם וּבְוַדַּאי בָּנוּ כֻּולָּם בָּתִּים מְפֹואָרִים כִּי הָיָה לָהֶם זְמַן מְנוּחָה מִסָּבִיב וְכֵן שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה בָּנָה כַּמָּה וְכַמָּה בִּנְיָינִים מְפֹואָרִים וּלְכָךְ הָיְתָה יְרוּשָׁלַיִם כֶּרֶךְ נֶחְמָד הַפְלֵא וָפֶלֶא. בְּרַם מַה שֶׁאָמַר עַל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ אִי אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ דְּקָאֵי עַל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְהַקְדִּים בֵּית הַמִּקְדָּשׁ לִירוּשָׁלַיִם, וְעוֹד הֲוָה לֵיהּ לִכְלֹול אוֹתָם יַחַד וְהָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'כֹּל שֶׁלֹּא רָאָה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בְּבִנְיָינוֹ וִירוּשָׁלַיִם בְּתִפְאַרְתָּהּ לֹא רָאָה בִּנְיָן מְפֹואָר וְכָרַךְ נֶחְמָד מִיָּמָיו' כֵּיוָן דִּשְׁנֵיהֶם בִּזְמַן אֶחָד הֵם אֶלָּא וַדַּאי מִדְּהִקְדִּים אֶת יְרוּשָׁלַיִם וְנָקֵיט בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בָּאַחֲרוֹנָה כְּמִלְּתָא בְּאַפֵּי נַפְשָׁהּ שְׁמַע מִינָּה דְּלָאו עַל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ דְּבָנָה שְׁלֹמֹה דִּקְדִים קָאֵי וּלְכָךְ שָׁאַל 'מַאי הִיא?'
« Et celui qui n'a pas vu Yerouchalayim dans sa splendeur n'a jamais vu de ville agréable ; et celui qui n'a pas vu le Beit haMikdach dans sa construction n'a jamais vu d'édifice magnifique. De quoi s'agit-il ? Abaye a dit, et certains disent Rav Hisda : c'est l'édifice d'Hérode. » Si la Guemara n'a pas posé la même question au sujet de Yerouchalayim, c'est que là il n'y a aucun doute : il s'agit certainement de l'époque du règne du roi Chelomo, la paix soit sur lui, où tout Israël était immensément riche et où l'argent ne comptait pour rien en ces jours-là ; ils bâtirent assurément tous des maisons magnifiques, car ils jouissaient d'un temps de repos tout alentour, et le roi Chelomo lui-même bâti quantité d'édifices magnifiques — c'est pourquoi Yerouchalayim était une ville agréable à merveille. Mais ce qui est dit du Beit haMikdach, il est impossible de l'expliquer comme portant sur le Temple bâti par Chelomo : il aurait alors fallu placer le Beit haMikdach avant Yerouchalayim ; de plus il aurait fallu les inclure ensemble et dire « quiconque n'a pas vu le Beit haMikdach dans sa construction et Yerouchalayim dans sa splendeur n'a jamais vu d'édifice magnifique ni de ville agréable », puisque tous deux appartiennent à une même époque. Mais puisqu'il a placé Yerouchalayim en premier et a pris le Beit haMikdach en dernier, comme une chose à part, on en déduit qu'il ne s'agit pas du Temple bâti par Chelomo qui le précède — et c'est pourquoi il demande : « de quoi s'agit-il ? »
💡 Explication

La Guemara ouvre sur une baraita en trois temps qui hiérarchise trois superlatifs : la joie, la ville, l'édifice. Chaque proposition est formulée négativement — « n'a jamais vu » — ce qui la rend intransmissible : la description ne remplace pas l'expérience.

Seule la troisième proposition fait problème, et la Guemara s'y arrête : quel Temple ? Celui de Chelomo, celui de Nehemia, ou la reconstruction d'Hérode ? La réponse, surprenante, est l'édifice d'Hérode — l'œuvre d'un roi que la tradition juge sévèrement.

5
בְּמַאי בָּנֶיהָ? אָמַר (רָבָא): בְּאַבְנֵי שִׁישָׁא וּמַרְמְרָא. אִיכָּא דְאָמְרִי: בְּאַבְנֵי שֵׁישָׁא כֻּוחְלָא וּמַרְמְרָא. אַפֵּיק שָׂפָה וְעַייֵּל שָׂפָה, כִּי הֵיכִי דִּלְקַבֵּל סִידָא. סָבַר לְמִשֶּׁעִיָּיהּ בְּדַהֲבָא, אָמְרוּ לֵיהּ רַבָּנָן: שַׁבְקֵיהּ, דְּהָכִי שַׁפִּיר טְפֵי, דְּמִיתְחֲזֵי כְּאִדְוָתָא דְּיַמָּא.

Avec quoi l'a-t-il bâti ? Rava a dit : avec des pierres de chicha (marbre verdâtre) et de marmara (marbre blanc).

Certains disent : avec des pierres de chicha, de koukhla (marbre bleuté) et de marmara. Il faisait ressortir une rangée et rentrer une rangée, afin qu'elles reçoivent le plâtre.

Il pensa le revêtir d'or ; les Sages lui dirent : laisse-le, car ainsi c'est plus beau, car cela à l'apparence des vagues de la mer.

📜 Rachi (5)
[שֶׁייִּשָּׂא] שַׁייִשׁ צָבוּעַ לֹא לָבָן וְלֹא שָׁחֹור אֶלָּא כְּעֵין יָרוֹק בְּלַעַ"ז בי"ש:
« Chicha » — un marbre coloré, ni blanc ni noir, mais d'une teinte verdâtre ; en langue vernaculaire : bis.
[וּמַרְמְרָא] שַׁייִשׁ לָבָן:
« Et marmara » — un marbre blanc.
כֻּוחְלָא שֶׁיִּשָּׂא צָבוּעַ כִּכְחוֹל:
« Koukhla » — un marbre teinté comme le bleu (kohl).
אַפֵּיק שָׂפָה שׁוּרָה שֶׁל אֲבָנִים נִכְנְסָה וְשׁוּרָה יוֹצְאָהּ:
« Il faisait ressortir une rangée » — une rangée de pierres rentrait et une rangée ressortait.
דְּמִיחְזֵי כְּאִדְוָתָא דְּיַמָּא כְּגַלֵּי הַיָּם שֶׁהָאֲבָנִים מְשֻׁונִּים בְּמַרְאֵיהֶן זוֹ מִזּוֹ וְהָעֵינַיִם הַמִּסְתַּכְּלוֹת בָּהֶן שׁוֹטְטוּת וְנִרְאוֹת כְּאִילּוּ גַּלֵּי הַיָּם הֵם נָדִים וְנָעִים:
« Cela à l'apparence des vagues de la mer » — comme les flots de la mer, car les pierres diffèrent les unes des autres par leur aspect, et les yeux qui les fixent errent et croient voir des vagues de la mer qui bougent et ondoient.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּאַבְנֵי שִׁישָׁא וּמַרְמְרָא. אִיכָּא דְאָמְרִי: בְּאַבְנֵי שִׁישָׁא, כֻּוחְלָא וּמַרְמְרָא. אָמְרוּ רז"ל דַּאֲבָנִים אֵלּוּ נִגְלוּ לָהֶם בְּתוֹךְ הַיָּם בְּדֶרֶךְ נֵס מִן הַשָּׁמַיִם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ג' אֲבָנִים אֵלּוּ 'שְׁכֶם' לִרְמֹוז אִם יַעֲשׂוּ תְּשׁוּבָה שְׁלֵימָה שֶׁהִיא מְשֻׁולֶּשֶׁת בְּוִדּוּי וַחֲרָטָה וַעֲזִיבַת הַחֵטְא שֶׁיֵּשׁ בָּהּ כְּדֵי סִיפּוּק לְכַפֵּר חֵטְא וְעָוֹן וָפֶשַׁע אָז יִזְכּוּ בִּזְמַן הַבַּיִת הַהוּא לַמִּקְרָא שֶׁכָּתוּב (צְפַנְיָה ג, ט) 'כִּי אָז אֶהְפֹּךְ אֶל עַמִּים שָׂפָה בְרוּרָה לִקְרֹא כֻלָּם בְּשֵׁם ה' לְעָבְדוֹ שְׁכֶם אֶחָד', וְלָכֵן נִבְנָה בְּדֶרֶךְ זֶה אַפֵּיק שפא וְעָיֵל שפא. גַּם אֲבָנִים הַנִּזְכָּר רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'שְׁכֶם' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'ש ם כ בוּד מ לְכַוָּתוֹ' כִּי נִרְאָה שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעֵינֵי הַכֹּל בְּבִנְיָן מְפֹואָר זֶה. גַּם הֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'מֶשֶׁךְ' רֶמֶז בְּבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ 'מֶשֶׁךְ חַסְדְּךָ לִידָעֶיךָ' (תְּהִלִּים לו, יא) .
« Avec des pierres de chicha et de marmara ; certains disent : de chicha, de koukhla et de marmara. » Nos Sages ont dit que ces pierres leur furent révélées au sein de la mer, miraculeusement, depuis le Ciel. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que les initiales de ces trois pierres forment « chekhem » (chin-kaf-mem), pour faire allusion à ceci : s'ils accomplissent une techouva complète — celle qui est triple : aveu (vidouy), regret (harata) et abandon de la faute ('aziva) — laquelle suffit à expier la faute (het), l'iniquité ('avon) et la révolte (pécha), alors ils mériteront, au temps de ce Temple, ce qui est écrit : « alors Je changerai les peuples en une langue claire, pour qu'ils invoquent tous le Nom de Hachem, pour Le servir d'une seule épaule (chekhem ehad) » (Tsefania 3, 9). C'est pourquoi il fut bâti de cette manière : une rangée ressort et une rangée rentre. De plus, les initiales de ces pierres, « chekhem », sont aussi les initiales de « Chem Kevod Malkhouto » (le Nom de la gloire de Son royaume), car le nom de la gloire de Son royaume s'y voyait aux yeux de tous dans cet édifice magnifique. Elles sont encore les lettres de « mechekh » — allusion, dans la construction du Beit haMikdach, à « prolongé (mechokh) Ta bonté envers ceux qui Te connaissent » (Tehilim 36, 11).
💡 Explication

Le détail technique est précis : des assises de marbre de couleurs différentes, montées en saillie et en retrait alternées. La raison invoquée est d'abord pratique — la sida (le plâtre) tient mieux sur un mur irrégulier — mais l'effet obtenu est optique.

Le refus de l'or est le cœur du passage. Hérode veut recouvrir : les Sages veulent laisser voir. Rachi explique l'effet : les nuances différentes font flotter le regard, si bien que les pierres semblent bouger comme la houle. Le beau ici n'est pas le précieux — c'est le vivant.

6
תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִי שֶׁלֹּא רָאָה דְּיוֹפְּלוּסְטוֹן שֶׁל אֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁל מִצְרַיִם, לֹא רָאָה בִּכְבוֹדָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. אָמְרוּ: כְּמִין בָּסִילְקֵי גְּדוֹלָה הָיְתָה, סְטָיו לִפְנִים מִסְטָיו. פְּעָמִים שֶׁהָיוּ בָּהּ (שִׁשִּׁים רִבּוֹא עַל שִׁשִּׁים רִבּוֹא), כִּפְלַיִם כְּיוֹצְאֵי מִצְרַיִם. וְהָיוּ בָּהּ שִׁבְעִים וְאַחַת קָתֶדְרָאוֹת שֶׁל זָהָב, כְּנֶגֶד שִׁבְעִים וְאַחַת שֶׁל סַנְהֶדְרִי גְּדוֹלָה, כָּל אַחַת וְאַחַת אֵינָהּ פְּחוּתָה מֵעֶשְׂרִים וְאֶחָד רִבּוֹא כִּכְּרֵי זָהָב. וּבִימָה שֶׁל עֵץ בְּאֶמְצָעִיתָהּ, וְחַזַּן הַכְּנֶסֶת עוֹמֵד עָלֶיהָ וְהַסּוּדָרִין בְּיָדוֹ. וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ לַעֲנוֹת אָמֵן, הַלָּה מֵנִיף בַּסּוּדָר וְכָל הָעָם עוֹנִין אָמֵן.

Il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit : celui qui n'a pas vu le diyoflostone d'Alexandrie d'Égypte n'a jamais vu la gloire d'Israël. Ils ont dit : c'était comme une grande basilique, un portique à l'intérieur d'un portique.

Il arrivait qu'il s'y trouve (soixante myriades sur soixante myriades), le double de ceux qui sortirent d'Égypte. Et il y avait là soixante et onze chaires (kathédrot) d'or, correspondant aux soixante et onze du grand Sanhédrin, chacune ne valant pas moins de vingt et une myriades de talents d'or.

Et une bima (estrade) de bois en son milieu : le hazan de la synagogue s'y tenait, les foulards en main. Et lorsqu'on arrivait au moment de répondre amen, il agitait le foulard et tout le peuple répondait amen.

📜 Rachi (8)
דְּיוֹפְּלוּסְטוֹן לְשׁוֹן יְוָנִית דַּיּוֹ שְׁנַיִם פְּלוּ לְשׁוֹן שָׂרִים כְּמוֹ מֶטְרֹפּוֹלִין וּכְמוֹ דְּיוֹפּוֹלִין מֵרוֹמִי דְּתַעֲנִית (דַּף יח:) סְטוֹן לְשׁוֹן סְטָיו שְׁנֵי סְטָוִין:
« Diyoflostone » — mot grec : diyo, deux ; flo, terme désignant des dignitaires, comme métropolin, et comme le diyofolin de Rome dans Taanit (18b) ; stone vient de stav (portique) : deux portiques.
סְטָיו כָּפוּל לִישִׁיבַת שָׂרִים שֶׁל אֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁהָלְכוּ שָׁם יוֹחָנָן בֶּן קֹרַח וְשָׂרֵי הַחֲיָילִים לְאַחַר חֻורְבַּן בַּיִת רִאשׁוֹן בִּימֵי יִרְמְיָה וְנִתְייַשְּׁבוּ שָׁם וְאַף עַל פִּי שֶׁעָלָה שָׁם נְבוּכַדְנֶצַּר וְהֶחֱרִיב אֶת מִצְרַיִם וְנֶהֶרְגוּ מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁהָלְכוּ שָׁם כְּמוֹ שֶׁנִּתְנַבֵּא עֲלֵיהֶם יִרְמְיָה (מב) עָלוּ בְּנֵיהֶם שָׁם לִגְדֻולָּה וְעֹושֶׁר עַד שֶׁהֶחֱרִיבָם אָלֶכְּסַנְדְּרוֹס:
« Portique double » — pour la séance des notables d'Alexandrie. Car Yo'hanan ben Kareah et les chefs des armées s'y rendirent après la destruction du premier Temple, aux jours de Yirmeyahou, et s'y établirent. Et bien que Nabuchodonosor y monta, détruisit l'Égypte, et que des Juifs qui s'y étaient rendus furent tués — comme Yirmeyahou l'avait prophétisé à leur sujet (ch. 42) —, leurs fils y accédèrent à la grandeur et à la richesse, jusqu'à ce qu'Alexandre les détruisît.
בְּסִילְקֵי פַּלְטֵירִין גְּבוֹהִים נִקְרָאִים בָּסִילְקָאוֹת:
« Basilique » — les palais élevés sont appelés basilicaot.
כְּנֶגֶד שִׁבְעִים וְאֶחָד זְקֵנִים שֶׁעָשׂוּ לָהֶם סַנְהֶדְרִין:
« Correspondant aux soixante et onze anciens » — car ils s'étaient constitué un Sanhédrin.
כִּכָּרִי זָהָב גָּרְסִינַן:
« Talents d'or » — telle est la version que nous lisons.
בִּימָה כְּעֵין אלמימבר"א שֶׁלָּנוּ:
« Bima » — comme notre almemra (l'estrade de lecture).
חַזַּן הַכְּנֶסֶת שֶׁמֶשׁ הַצִּבּוּר:
« Le hazan de la synagogue » — le serviteur de la communauté.
לַעֲנוֹת אָמֵן שֶׁהָיָה שָׁלִיחַ שֶׁלִּפְנֵי הַתֵּיבָה גּוֹמֵר בִּרְכָתוֹ וְהֵן לֹא הָיוּ יְכוֹלִין כֻּולָּן לִשְׁמֹועַ קוֹלוֹ:
« Pour répondre amen » — car l'officiant placé devant la teva achevait sa bénédiction, et ils ne pouvaient pas tous entendre sa voix.
🗂️ Tossefot (2)
וְהָיוּ בָּהּ ע"א קָתֶדְרָאוֹת שֶׁל זָהָב כְּנֶגֶד ע"א זְקֵנִים. פֵּירוּשׁ סַנְהֶדְרִין תֵּימַהּ הָא דִּתְנַן פֶּרֶק קַמָּא דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף ב. וְשָׁם) סַנְהֶדְרִי גְּדוֹלָה הָיְתָה שֶׁל שִׁבְעִים וְאֶחָד רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר שִׁבְעִים [וא"כ ה"ל לַעֲשׂוֹת רַק שִׁבְעִים קָתֶדְרָאוֹת] וּמִתּוֹךְ כָּךְ צָרִיךְ לְפָרֵשׁ שֶׁאוֹתָהּ קַתֶּדְרָא הָיְתָה לַמֻּופְלָא שבב"ד וְלֹא הָיָה מִן הַחֶשְׁבּוֹן דְּאִי לָאו הָכִי קַשְׁיָא דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה:
« Et il y avait là soixante et onze chaires d'or, correspondant aux soixante et onze anciens. » C'est-à-dire le Sanhédrin. Difficulté : nous avons appris au premier chapitre de Sanhédrin (2a) que le grand Sanhédrin était de soixante et onze, Rabbi Yehouda disant soixante-dix [et s'il s'agit ici de Rabbi Yehouda, il n'aurait dû faire que soixante-dix chaires]. Il faut donc expliquer que cette chaire-là était celle du moufla (le plus éminent) du beit din, et qu'elle n'entrait pas dans le compte ; sans quoi il y aurait contradiction entre Rabbi Yehouda et Rabbi Yehouda.
וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ לַעֲנוֹת אָמֵן מֵנִיף בַּסּוּדָר וְכָל הָעָם עוֹנִין אָמֵן. בֶּעָרוּךְ קַשְׁיָא לֵיהּ לְרַבֵּינוּ נִסִּים הָא דְּאָמַר בְּרֵישׁ גְּמָרָא דִּשְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מו.) אֵין עוֹנִין אָמֵן יְתוֹמָה וְהָא הָכָא לֹא שָׁמְעוּ הַבְּרָכָה אֶלָּא בַּהֲנָפַת הַסּוּדָרִין יוֹדְעִין שֶׁהִגִּיעַ עוֹנַת אָמֵן וְהֵן עוֹנִין אָמֵן יְתוֹמָה וּמְפָרֵשׁ בְּשֵׁם רַבָּנָן דִּבְנֵי מַעֲרָבָא שֶׁעַל מִי שֶׁהוּא חַיָּיב בְּרָכָה קָאָמַר וּבַעֲנִייָּתוֹ אָמֵן רוֹצֶה לָצֵאת יְדֵי חוֹבָתוֹ צָרִיךְ שֶׁיִּשְׁמַע וְאַחַר כָּךְ יַעֲנֶה אָמֵן וְלֹא יַעֲנֶה אָמֵן יְתוֹמָה וְהָא דְּעוֹנִין אָמֵן בַּהֲנָפַת סוּדָרִין הַיְינוּ בִּקְרִיאַת סֵפֶר תּוֹרָה וְלֹא בִּתְפִלָּה וְלֹא בְּדָבָר שֶׁשָּׁלִיחַ מוֹצִיא רַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן וְכֵן מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא דְּפִירְקִין בִּירוּשַׁלְמִי בִּימָה שֶׁל עֵץ בְּאֶמְצַע וְחַזַּן הַכְּנֶסֶת עָלֶיהָ עָמַד אֶחָד מֵהֶן לִקְרוֹת הָיָה הַמְמֻונֶּה מֵנִיף בַּסּוּדָרִין וְהֵם עוֹנִין אָמֵן עַל כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה וּבִבְרָכוֹת יְרוּשַׁלְמִי בְּסוֹף אֵלּוּ דְבָרִים קָאָמַר אֵיזוֹ הִיא אָמֵן יְתוֹמָה הוּנָא אָמַר רַב הֵן הֵן דְּחַיָּיב לוֹמַר בְּרָכָה וְלֹא יָדַע מָה הוּא עוֹנֶה וְרַב כֹּהֵן צֶדֶק גָּאוֹן אָמַר חַיָּיב צִבּוּר לִשְׁתֹּוק וְלִשְׁמֹועַ כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה מִפִּי הַחַזָּן וְאַחַ"כּ יַעֲנֶה אָמֵן לְאַחַר שֶׁתִּכְלֶה הַבְּרָכָה מִפִּי הַמְבָרֵךְ וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר יוֹדְעִים הָיוּ לְכַוֵּון סֵדֶר הַבְּרָכוֹת שֶׁזּוֹ אַחַר זוֹ בְּמִנְיָן שֶׁמּוֹנִין כְּסִדְרָן:
« Et lorsqu'on arrivait au moment de répondre amen, il agitait le foulard et tout le peuple répondait amen. » Dans le Aroukh, Rabbenou Nissim soulève une difficulté à partir de ce qui est dit au début de la Guemara du chapitre « Chelocha che-akhelou » (Berakhot 46a) : on ne répond pas un amen yetoma (amen orphelin) ; or ici ils n'entendaient pas la bénédiction, mais savaient par l'agitation des foulards que le moment du amen était venu, et ils répondaient donc un amen orphelin ! Il explique, au nom des maîtres d'Erets Israël, que cela ne vaut que pour celui qui est tenu par une bénédiction et qui veut s'acquitter de son obligation en répondant amen : celui-là doit entendre, puis répondre amen, et ne pas répondre un amen orphelin. Tandis qu'ici, répondre amen à l'agitation des foulards concernait la lecture du Sefer Torah, et non la tefila, ni une chose dont l'officiant acquitte le public. Ainsi l'explique le Talmud de Jérusalem sur notre chapitre : une bima de bois au milieu, le hazan de la synagogue dessus ; l'un d'eux se levait pour lire, le préposé agitait les foulards et ils répondaient amen à chaque bénédiction. Et dans le Yerouchalmi de Berakhot, a la fin de « Elou devarim », il est dit : qu'est-ce qu'un amen orphelin ? Houna a dit au nom de Rav : c'est celui qui est tenu de dire une bénédiction et ne sait pas à quoi il répond. Et Rav Kohen Tsedek Gaon a dit : la communauté est tenue de se taire et d'entendre chaque bénédiction de la bouche du hazan, puis de répondre amen une fois la bénédiction achevée dans la bouche de celui qui bénit. On peut encore dire qu'ils savaient calculer l'ordre des bénédictions, l'une après l'autre, selon le compte qu'ils tenaient dans l'ordre.
💡 Explication

La baraita quitte Jérusalem pour l'exil et applique la même formule — « n'a jamais vu » — à la grande synagogue d'Alexandrie. Rachi décompose le nom grec : diyo (deux) et stav (portique) : une double colonnade. L'échelle donnée est hyperbolique et délibérément mesurée à l'aune de l'Exode : le double de ceux qui sortirent d'Égypte. Le retour en Égypte est chiffré par le nombre même de la sortie.

Deux détails font ensuite l'objet de discussions. Les soixante et onze chaires : Tossefot note que Rabbi Yehouda tient ailleurs que le Sanhédrin compte soixante-dix, et résout en réservant la soixante-et-unième au moufla (le plus éminent du beit din), hors compte.

Et le foulard : la salle est si vaste qu'on n'entend pas la fin de la berakha. Tossefot y voit un cas de amen yetoma (amen orphelin), en principe interdit, et distingue : la réponse au signal ne valait que pour la lecture de la Torah, non pour une berakha dont l'officiant acquitte le public.

🖼️ Schéma
Le diyoflostone d'Alexandrie : plan et fonctionnement Une basilique si vaste que la voix de l'officiant n'y porte pas. Portique extérieur (stav) Portique intérieur -- " stav lifnim mi-stav " bima de bois, au centre le hazan y tient les foulards 71 kathédrot d'or (21 myriades de talents chacune) Le foulard On n'entend pas la fin de la berakha. Le hazan l'agite : tous répondent amen Tossefot : amen yetoma ? La chaire de trop R. Yehouda tient que le Sanhédrin est de 70 (Sanhédrin 2a). Tossefot : la 71e est celle du moufla, hors compte. Rachi : le nom est grec -- diyo (deux) + stav (portique). La double colonnade servait à l'assemblée des notables.
Plan de la synagogue d'Alexandrie et les deux difficultés soulevées par Tossefot.
7
וְלֹא הָיוּ יוֹשְׁבִין מְעֹורָבִין, אֶלָּא זֶהָבִין בִּפְנֵי עַצְמָן וְכַסָּפִין בִּפְנֵי עַצְמָן וְנַפָּחִין בִּפְנֵי עַצְמָן וְטַרְסִיִּים בִּפְנֵי עַצְמָן וְגַרְדִיִּים בִּפְנֵי עַצְמָן. וּכְשֶׁעָנֵי נִכְנָס שָׁם, הָיָה מַכִּיר בַּעֲלֵי אֻומָּנֻתוֹ וְנִפְנֶה שָׁם. וּמִשָּׁם פַּרְנָסָתוֹ וּפַרְנָסַת אַנְשֵׁי בֵיתוֹ.

Et ils ne siégeaient pas mélangés, mais les orfèvres d'or à part, les orfèvres d'argent à part, les forgerons à part, les artisans du cuivre à part, et les tisserands à part. Et lorsqu'un pauvre y entrait, il reconnaissait ceux de son métier et se tournait vers eux ; et de là venaient sa subsistance et celle des gens de sa maison.

📜 Rachi (5)
זְהֻבִּין כַּסָּפִין צוֹרְפֵי זָהָב צוֹרְפֵי כֶּסֶף:
« Zehavin, kessafin » — les orfèvres d'or, les orfèvres d'argent.
נַפָּחִים חָרָשֵׁי בַּרְזֶל:
« Nappahim » — les artisans du fer.
טַרְסִיִּים חָרָשֵׁי נְחֹושֶׁת:
« Tarsiyim » — les artisans du cuivre.
גַּרְדִּיִּים אוֹרְגִין:
« Gardiyim » — les tisserands.
וְנִפְנֶה לְשָׁם וְנִשְׂכָּר לָהֶם לִמְלָאַכְתָּם:
« Et il se tournait vers eux » — et il était embauché par eux pour leur travail.
💡 Explication

Le passage bascule de l'architecture à la société. Le plan de salle est un dispositif d'entraide : zehavin (orfèvres d'or), kessafin (orfèvres d'argent), nappahin (forgerons du fer), tarsiyim (artisans du cuivre), gardiyim (tisserands) — chacun à son bloc.

La conséquence est immédiate : un artisan de passage, sans relations, reconnaît les siens à leur place. Rachi glose « il se tourne vers eux » par : il est embauché pour leur travail. La grandeur d'Alexandrie n'est donc pas seulement dans l'or des chaires, mais dans le fait que personne n'y reste sans travail.

🖼️ Schéma
Une synagogue organisée en corporations Le plan de salle est un dispositif d'entraide : s'asseoir, c'est déjà être placé. Zehavin orfèvres d'or Kessafin orfèvres d'argent Nappahin forgerons du fer Tarsiyim artisans du cuivre Gardiyim tisserands L'artisan pauvre entre il reconnaît les siens Il se tourne vers son métier et y est embauché (Rachi) " de là venait sa subsistance et celle des gens de sa maison " La grandeur décrite n'est pas seulement architecturale : la salle est conçue pour que personne n'y reste sans travail.
Le plan par corporations : s'asseoir à la bonne place suffit à trouver du travail.
8
אָמַר אַבַּיֵּי: וְכֻולְּהוּ קַטְלִינְהוּ אָלֶכְּסַנְדְּרוֹס מוֹקְדֹּן. מַאי טַעְמָא אֶיעְנוֹשׁ? מִשּׁוּם דְּעָבְרִי אַהַאי קְרָא: ״לֹא תֹוסִיפוּן לָשׁוּב בַּדֶּרֶךְ הַזֶּה עוֹד״, וְאִינְהוּ הַדּוֹר אָתוּ.

Abaye a dit : et tous, Alexandre de Macédoine les a tués. Pour quelle raison ont-ils été punis ?

Parce qu'ils ont transgressé ce verset : « vous ne retournerez plus jamais par ce chemin » — et eux y sont revenus.

💡 Explication

Le renversement est brutal : tout ce qui vient d'être célébré a été détruit. Abaye donne la cause, non l'événement : la transgression de « lo tossifoun lachouv ba-derekh ha-ze 'od » (Devarim 17, 16), l'interdit de retourner s'installer en Égypte.

La splendeur décrite au segment précédent n'est donc pas invalidée comme splendeur — elle était réelle, elle était « la gloire d'Israël ». Mais elle reposait sur un sol interdit. C'est précisément ce qui rend le récit tragique plutôt que polémique.

9
כִּי אֲתָא, אַשְׁכְּחִינְהוּ דַּהֲווֹ קָרוּ בְּסִיפְרָא: ״יִשָּׂא ה׳ עָלֶיךָ גּוֹי מֵרָחוֹק״, אֲמַר: מִכְּדֵי הָהוּא גַּבְרָא בָּעֵי לְמֵיתֵי סְפִינְתָּא בְּעַשְׂרָה יוֹמֵי, דַּלְיַהּ זִיקָא וְאָתֵי סְפִינְתָּא בְּחַמְשָׁא יוֹמֵי — נְפַל עֲלַיְיהוּ וְקַטְלִינְהוּ.

Quand il arriva, il les trouva en train de lire dans le rouleau : « Hachem mènera contre toi une nation de loin » ; il dit : puisque cet homme-là voulait venir en bateau en dix jours, et que le vent s'est levé et que le bateau est arrivé en cinq jours — il tomba sur eux et les tua.

📜 Rachi (2)
הַהוּא גַבְרָא הֲוָה עָלָיו נֶאֱמַר מִקְרָא זֶה וּגְזֵרַת מֶלֶךְ הִיא לְהַחֲרִיבָהּ:
« Cet homme-là était » — c'est de lui que ce verset a été dit, et c'est un décret royal que de la détruire.
וּדְלִי זִיקָא גָּבַהּ הָרוּחַ:
« Et le vent s'est levé » — le vent a forci.
💡 Explication

Scène d'une ironie noire : ils lisent la malédiction de Devarim 28, 49 — « comme fond l'aigle » — au moment même où celui qu'elle désigne franchit la porte. Alexandre entend le verset comme un oracle le concernant, et la traversée accourcie de moitié lui en fournit la confirmation.

Rachi ferme la lecture : « cet homme-là », c'est bien lui ; et la destruction est un décret royal — entendre : venu d'en haut. Le lecteur n'assiste pas à une conquête, mais à l'exécution d'une sentence.

10
בְּמוֹצָאֵי יוֹם טוֹב כּוּ׳. מַאי תִּיקּוּן גָּדוֹל? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כְּאוֹתָהּ שֶׁשָּׁנִינוּ: חֲלָקָה הָיְתָה בָּרִאשׁוֹנָה. וְהִקִּיפוּהָ גְּזֻוזְטְרָא, וְהִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ נָשִׁים יוֹשְׁבוֹת מִלְמַעְלָה וַאֲנָשִׁים מִלְּמַטָּה.

« À l'issue du premier jour de fête, etc. » Quel est ce grand aménagement (tikkoun gadol) ? Rabbi Elazar a dit : comme ce que nous avons appris — elle était lisse au début ; ils l'entourèrent d'une gezouztra (galerie), et instituèrent que les femmes soient assises en haut et les hommes en bas.

📜 Rachi (2)
חֲלָקָה הָיְתָה הֶעֱזַרְתְּ נָשִׁים בָּרִאשׁוֹנָה וְלֹא הָיוּ זִיזִין יוֹצְאִין מִן הַכְּתָלִים:
« Elle était lisse » — la 'ezrat nachim, au début : aucune console ne sortait des murs.
וְהִקִּיפוּהָ גְּזֻוזְטְרָא נָתְנוּ זִיזִין בַּכְּתָלִים בּוֹלְטִין מִן הַכֹּותֶל סָבִיב סָבִיב וְכָל שָׁנָה מְסַדְּרִין שָׁם גְּזֻוזְטְרָאוֹת לְווֹחִין שֶׁקּוֹרִין בלנ"ק כְּדֵי שֶׁיְּהוּ נָשִׁים עוֹמְדוֹת שָׁם בְּשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה וְרוֹאוֹת וְזֶהוּ תִּיקּוּן גָּדוֹל דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין שֶׁמְּתַקְּנִין בְּכָל שָׁנָה:
« Et ils l'entourèrent d'une gezouztra » — ils posèrent dans les murs des consoles saillant du mur tout autour ; et chaque année on y disposait des galeries, des planches que l'on appelle blanc, afin que les femmes s'y tiennent lors de la joie de Beit haChoéva et voient. C'est cela le « grand aménagement » enseigné par la michna, que l'on refait chaque année.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מַאי תִּקּוּן גָּדוֹל? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כְּאוֹתָהּ שֶׁשָּׁנִינוּ. נִרְאֶה לִי לְפִי זֶה לְהָכִי אַפַּקְיָה בִּלְשׁוֹן תִּיקּוּן כִּי זֶה נַעֲשֶׂה שְׁמִירָה מֵאִיסּוּר זְנוּת דִּכְתִיב בְּהוּ (מִשְׁלֵי ט, יז) 'מַיִם גְּנוּבִים יִמְתְּקוּ' וְהַיְינוּ 'תִּיקּוּן' אוֹתִיּוֹת 'יִמְתְּקוּ'. אוֹ יוּבַן אַפָּקְיָה בִּלְשׁוֹן תִּיקּוּן כִּי תִּיקּוּן בְּהִפּוּךְ אַתָּווָן 'קִינוֹת' כִּי תִּיקּוּן זֶה לָמְדוּ אוֹתוֹ מֵעִנְיַן הַהֶסְפֵּד שֶׁהוּא קִינוֹת שֶׁיַּעֲשׂוּ לֶעָתִיד.
« Quel est ce grand tikkoun ? Rabbi Elazar a dit : comme ce que nous avons appris. » Il me semble, d'après cela, que s'il s'est exprimé en terme de « tikkoun », c'est parce que cela constituait une protection contre l'interdit de la débauche, dont il est écrit « les eaux volées sont douces (yimtakou) » (Michlei 9, 17) : « tikkoun » a les mêmes lettres que « yimtakou ». On peut aussi comprendre qu'il s'est exprimé en terme de tikkoun parce que « tikkoun », lettres inversées, donne « kinot » (lamentations) : ce tikkoun, ils l'ont en effet appris du sujet de l'oraison funèbre à venir, qui est faite de kinot.
התקינו, שיהו נשים יושבות מבחוץ, ואנשים מבפנים, ועדין היו באים לידי קלות־ראש. התקינו, שיהו נשים יושבות מלמעלה, ואנשים מלמטה. נראה הכונה דהיושבים פניהם כלפי העזרה לראות השמחה שעושים בפנים ובתחלה כשהיו האנשים מבחוץ נמצא היו האנשים רואין גם את הנשים ומסתכלים בהם מאחוריהן ולכן התקינו שיהיו הנשים עומדות מבחוץ דאז האנשים אין מסתכלים בנשים דבושה לאדם להחזיר פניו להסתכל וחשו טפי על הסתכלות האנשים דשכיח בהו הרהור טפי ועם כל זה ראו שעדיין באין לידי קלות ראש הן מצד מעבר האנשים על הנשים בכניסתם, הן מצד שגם הנשים מסתכלין באנשים, ואז התקינו להבדילם לגמרי שיהיו הנשים יושבות למעלה והאנשים למטה. ועדיין קשה לי בזה דהמצאה זו של גזוזטרא אינה רחוקה מן השכל ואמאי לא עשו תקנה זו מתחלה עד שהכריחם הנסיון דודאי היה ראוי שיחשבו הקלקול שהיה קודם הנסיון? ונראה לי דהיו הנשים מתרעמים אם יוציאום מהעזרה דאויר העזרה אינו מקודש כמו קרקע העזרה ולכך היו הנשים מעכבים בדבר זה ובפרט כי עזרה זו עזרת נשים ואיך ידחו אותם ממנה ויניחום בגזוזטריאות שהוא באויר העזרה ולכן לא עשו כן בתחלה עד שהכריחם הנסיון לאפרושי מאיסורא.
« Ils instituèrent que les femmes soient assises au-dehors et les hommes au-dedans — et l'on en venait encore à la légèreté ; ils instituèrent que les femmes soient assises en haut et les hommes en bas. » L'intention semble être la suivante : ceux qui siégeaient avaient le visage tourné vers la 'azara, pour voir la joie que l'on y faisait au-dedans. Au début, lorsque les hommes étaient au-dehors, il se trouvait qu'ils voyaient aussi les femmes et les regardaient par-derrière ; c'est pourquoi ils instituèrent que les femmes se tiennent au-dehors, car alors les hommes ne regardent pas les femmes, la honte retenant l'homme de retourner son visage pour regarder — et l'on s'est préoccupé davantage du regard des hommes, chez qui la pensée [interdite] est plus fréquente. Malgré cela, ils virent que l'on en venait encore à la légèreté, soit du fait du passage des hommes au milieu des femmes en entrant, soit du fait que les femmes aussi regardaient les hommes ; ils instituèrent alors de les séparer complètement, les femmes assises en haut et les hommes en bas. Il me reste toutefois une difficulté : cette invention de la gezouztra n'est pas hors de portée de la raison — pourquoi n'ont-ils pas fait cette institution des le début, jusqu'à ce que l'expérience les y contraigne ? Il aurait bien fallu qu'ils envisagent le désordre avant d'en faire l'expérience ! Et il me semble que les femmes protestaient si on les faisait sortir de la 'azara, car l'air de la 'azara n'est pas sanctifié comme le sol de la 'azara ; les femmes faisaient donc obstacle à cette mesure, d'autant que cette cour est la 'ezrat nachim — comment les en repousser et les placer dans des galeries qui ne sont que dans l'air de la 'azara ? C'est pourquoi ils ne le firent pas d'emblée, jusqu'à ce que l'expérience les contraigne à écarter de l'interdit.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna, qui parlait d'un « tikkoun gadol » sans dire lequel. Rabbi Elazar l'identifie : la gezouztra, une galerie de bois installée autour de la 'ezrat nachim.

Rachi décrit le montage en deux temps : des zizin (consoles saillantes) sont fixés une fois pour toutes dans les murs ; puis, chaque année, on pose dessus les planches. C'est ce remontage annuel qui fait de la chose un « aménagement » au présent, et non un simple élément d'architecture.

🖼️ Schéma
La gezouztra : coupe de la 'ezrat nachim aménagée Un dispositif démontable, remonté chaque année pour la fête. mur mur ziz (saillie fixe) ziz (saillie fixe) planches (louhot) planches (louhot) FEMMES FEMMES HOMMES -- au sol de la 'ezrat nachim Le regard des uns ne croise plus le trajet des autres. Rachi : les zizin sont permanents ; les planches, elles, sont posées chaque année -- c'est cela le tikkoun répété. Ben Yehoyada : les femmes s'opposaient à être exclues du sol de la 'azara -- d'où le recours tardif au balcon.
Coupe de la galerie : consoles permanentes, planches posées chaque année.
11
תָּנוּ רַבָּנַן: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ נָשִׁים מִבִּפְנִים וַאֲנָשִׁים מִבַּחוּץ, וְהָיוּ בָּאִים לִידֵי קַלּוּת רֹאשׁ. הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ נָשִׁים יוֹשְׁבוֹת מִבַּחוּץ וַאֲנָשִׁים מִבִּפְנִים, וַעֲדַיִין הָיוּ בָּאִין לִידֵי קַלּוּת רֹאשׁ. הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ נָשִׁים יוֹשְׁבוֹת מִלְמַעְלָה וַאֲנָשִׁים מִלְּמַטָּה.

Nos maîtres ont enseigné : au début, les femmes étaient au-dedans et les hommes au-dehors, et l'on en venait à la légèreté. Ils instituèrent que les femmes soient assises au-dehors et les hommes au-dedans — et l'on en venait encore à la légèreté.

Ils instituèrent que les femmes soient assises en haut et les hommes en bas.

📜 Rachi (2)
מִבִּפְנִים בְּעֶזְרַת נָשִׁים:
« Au-dedans » — dans la 'ezrat nachim.
מִבַּחוּץ בְּרָחְבָּהּ שֶׁל הַר הַבַּיִת וּבַחֵיל:
« Au-dehors » — sur l'esplanade du Har haBayit et dans le heil.
💡 Explication

La baraita raconte une législation par essais successifs. Deux dispositifs horizontaux échouent l'un après l'autre : ils changent qui est devant, mais laissent subsister un trajet commun. La kalout roch (légèreté de conduite) réapparaît à chaque fois.

Rachi précise le sens des mots : « au-dedans » c'est dans la 'ezrat nachim, « au-dehors » c'est sur l'esplanade du Har haBayit et le heil. Le problème est donc bien un problème de circulation : les hommes devaient traverser pour approcher de l'autel.

La solution finale change de dimension : au lieu de déplacer les groupes l'un par rapport à l'autre dans le plan, on les sépare en hauteur. C'est le seul agencement où aucun chemin ne se croise.

🖼️ Schéma
Le tikkoun gadol en trois étapes (seg. 9-10) Deux essais dans le plan horizontal échouent ; seule la séparation verticale tient. Étape 1 -- état initial Femmes AU-DEDANS Hommes AU-DEHORS Les hommes doivent traverser pour entrer : ils se mélangent. ÉCHEC : kalout roch Étape 2 -- inversion Hommes AU-DEDANS Femmes AU-DEHORS Les hommes ne regardent plus derrière eux -- mais le passage subsiste. ÉCHEC : kalout roch encore Étape 3 -- verticalité Femmes EN HAUT gezouztra sur des zizin Hommes EN BAS Aucun trajet commun, aucun croisement. TIENT Le problème de fond (seg. 11-12) On a modifié le plan du Temple. Or " le tout par écrit, de la main de Hachem " : le plan était révélé. Rav : ils ont trouvé un verset et l'ont exposé -- l'autorisation devait être tirée du texte lui-même.
Deux essais horizontaux échouent ; seule la séparation verticale résout le problème.
12
הֵיכִי עֲבִיד הָכִי? וְהָכְתִיב: ״הַכֹּל בִּכְתָב מִיַּד ה׳ עָלַי הִשְׂכִּיל״.

Comment a-t-on pu agir ainsi ? N'est-il pas écrit : « le tout par écrit, de la main de Hachem qui m'a rendu sage » ?

📜 Rachi (3)
הֵיכִי עֲבִיד הָכִי שֶׁהוֹסִיפוּ וְשִׁינּוּ כְּלוּם עַל בִּנְיָן שְׁלֹמֹה:
« Comment a-t-on pu agir ainsi » — qu'ils aient ajouté et modifié quoi que ce soit à la construction de Chelomo.
וְהָכְתִיב גַּבֵּי דָּוִד הַמֶּלֶךְ כְּשֶׁצִּוָּה אֶת שְׁלֹמֹה עַל מִדַּת הַבַּיִת וּבִנְיָינוֹ:
« N'est-il pas écrit » — à propos du roi David, lorsqu'il donna à Chelomo ses instructions sur les mesures de la Maison et sa construction.
הַכֹּל בִּכְתָב מִיַּד ה' עָלַי הִשְׂכִּיל כֹּל מְלֶאכֶת הַתַּבְנִית שֶׁהוֹדִיעוֹ הקב"ה ע"י גָּד הַחוֹזָה וְנָתָן הַנָּבִיא:
« Le tout par écrit, de la main de Hachem qui m'a rendu sage » — tout l'ouvrage du modèle que le Saint béni soit-Il lui fit connaître par l'intermédiaire de Gad le voyant et de Natan le prophète.
💡 Explication

Objection de fond, et non de détail. Le plan du Temple n'est pas une œuvre d'architecte : selon Divrei haYamim I, 28, 19, David l'a reçu par écrit, de la main de Hachem. Rachi précise la chaîne de transmission : le modèle fut communiqué par Gad le voyant et Natan le prophète.

La question est donc : de quel droit un beit din ajoute-t-il une structure à un édifice révélé ? Le problème n'est pas la pudeur — tout le monde en admet la nécessité — mais l'autorité à modifier un plan divin.

13
אָמַר רַב: קְרָא אַשְׁכַּחוּ וּדְרוֹשׁ —

Rav a dit : ils ont trouvé un verset et l'ont exposé —

📜 Rachi (1)
קְרָא אַשְׁכַּחוּ שֶׁצָּרִיךְ לְהַבְדִּיל אֲנָשִׁים מִנָּשִׁים וְלַעֲשׂוֹת גָּדֵר בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא יָבֹאוּ לִידֵי קִלְקוּל:
« Ils ont trouvé un verset » — [enseignant] qu'il faut séparer les hommes des femmes et faire une clôture en Israël, afin qu'on n'en vienne pas au désordre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב יוֹסֵף: קְרָא אַשְׁכַּחוּ וְדָרְשׁוּ. יֵשׁ לְדַקְדֵּק הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דִּכְתִיב וְכוּ' כְּאוֹרְחֵיהּ בְּכָל הַשַּׁ"ס, וּמָה הַלָּשׁוֹן אוֹמֶרֶת 'קְרָא אַשְׁכַּחוּ'? וְנִרְאֶה לִי דְּהַפָּסוּק אֵינוֹ מְדַבֵּר בְּעִנְיָן זֶה וְגַם אֵינוֹ מְדַבֵּר בְּעִנְיַן הַשְּׁמִירָה שֶׁצָּרִיךְ לַעֲשׂוֹת בַּעֲרָיוֹת אֶלָּא מְסַפֵּר עַל הַהֶסְפֵּד שֶׁיִּהְיֶה לֶעָתִיד וּמִינֵּיהּ לָמְדוּ וְדִייְּקוּ הַאי דִּיּוּקָא וְלָכֵן פָּסוּק זֶה נֶחְשָׁב שֶׁבָּא לְיָדָם דֶּרֶךְ מְצִיאָה לִלְמֹוד דָּבָר בְּעִנְיָן זֶה שֶׁל שְׁמִירָה שֶׁרָאוּי לַעֲשׂוֹת מִשּׁוּם אִיסּוּר עֲרָיוֹת.
« Rav Yossef a dit : ils ont trouvé un verset et l'ont exposé. » Il y a lieu de s'interroger : il aurait fallu dire « car il est écrit », etc., comme c'est l'usage dans tout le Chas. Que veut donc dire cette expression, « ils ont trouvé un verset » ? Il me semble que le verset ne parle pas de ce sujet, ni de la protection qu'il faut mettre en place à propos des unions interdites ('arayot) : il raconte l'oraison funèbre qui aura lieu dans l'avenir. C'est de lui qu'ils ont appris et qu'ils ont tiré cette déduction ; c'est pourquoi ce verset est considéré comme leur étant venu en main à la manière d'une trouvaille, pour apprendre une chose sur ce sujet de la protection qu'il convient d'établir en raison de l'interdit des 'arayot.
💡 Explication

La réponse ne conteste pas l'objection : elle déplace la source de l'autorisation. Si l'on a pu modifier le plan, c'est qu'un verset le permettait — l'ajout n'est donc pas une initiative humaine mais une déduction scripturaire.

Rachi indique déjà l'objet de la derasha : il faut séparer les hommes des femmes et faire une clôture en Israël pour qu'on n'en vienne pas au désordre. Le verset lui-même, et son exposition, se lisent au folio suivant (52a) : c'est le passage de Zekharia sur l'oraison funèbre à venir, où familles et femmes se lamentent séparément.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur le mot « ils ont trouvé » (achkehou), inhabituel : le verset ne parlait pas de ce sujet. C'est un verset rencontré, non un verset cité — d'où le terme de trouvaille.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).