Sukkah 52a -- Le yetser hara : son égorgement à venir, ses sept noms, et la loi selon laquelle il grandit avec l'homme

Sukkah 52a

Sougya : Le folio part du verset de Zekharia invoqué à la fin de 51b pour justifier le tikoun gadol de la Ezrat nachim : puisque la Torah sépare hommes et femmes jusque dans le deuil des derniers temps, où le yetser hara ne domine pas, à plus forte raison à l'heure de la joie de la Simhat beit ha-choéva. Mais de quel deuil parle Zekharia ?

Rabbi Dossa et les Rabbanan divergent : sur Machiah ben Yossef tué, ou sur le yetser hara égorgé. De cette seconde lecture naît la grande derasha de Rabbi Yehouda : à la fin des temps, Dieu égorge le yetser hara devant les justes et les méchants ; aux uns il apparaît comme une haute montagne, aux autres comme un fil de cheveu, et les deux camps pleurent pour des raisons exactement inverses.

Suivent Rav Assi (le yetser passe du fil d'araignée au câble de chariot), la baraita de Machiah ben David qui ne demande que la vie, puis le catalogue de Rabbi Avira : les sept noms du yetser hara, donnés par Dieu, Moche, David, Chelomo, Yechaya, Ye'hezkel et Yoël. Le folio se clôt sur l'épisode d'Abaye, qui suit trois parsaot un homme et une femme pour empêcher une faute qui n'a pas lieu, et en tire contre lui-même un verdict accablant -- jusqu'à ce qu'un vieillard lui enseigne que plus on est grand, plus le yetser l'est aussi.

Le fil du folio : du hesped de Zekharia au yetser hara qui grandit avec l'homme Quatre blocs : le kal va-homer de la séparation, l'égorgement du yetser, les sept noms, et l'épisode d'Abaye. Bloc A (seg. 0-2) -- le verset de Zekharia et la question : de quel deuil s'agit-il ? Le tikoun gadol de la Ezrat nachim est justifié par un kal va-homer tiré de Zekharia 12,12 : si à l'heure du hesped, où le yetser hara ne domine pas, la Torah sépare hommes et femmes, à plus forte raison à l'heure de la joie. Mais ce hesped, sur qui porte-t-il ? Mahloket R. Dossa / Rabbanan : sur Machiah ben Yossef tué -- ou sur le yetser hara tué. Objection : si c'est le yetser hara qui meurt, il faudrait faire une fête, pas un deuil. Amai bakhou -- pourquoi ont-ils pleuré ? Bloc B (seg. 3-5) -- la derasha de R. Yehouda : l'égorgement du yetser, et ce qu'il devient Le Saint béni soit-Il égorge le yetser hara devant justes et méchants : montagne pour les uns, fil de cheveu pour les autres. Les deux pleurent, pour des raisons inverses -- et Dieu Lui-même s'étonne avec eux (Zekharia 8,6). Rav Assi : au début fil de toile d'araignée, à la fin câble de chariot. Puis la baraita de Machiah ben David qui demande la vie. Nafka mina spirituelle : la taille du yetser n'est pas une donnée objective, elle dépend de ce qu'on en a fait. Bloc C (seg. 6-9) -- R. Avira : les sept noms du yetser hara Ra (Dieu), arel (Moche), tame (David), soné (Chelomo), mikhchol (Yechaya), even (Ye'hezkel), tsefoni (Yoël). Sept nommeurs, sept versets, sept angles : la nature du yetser vue par celui qui l'a affronté. La baraita développe le verset de Yoël 2,20 : où on l'exile, ce qu'il a détruit (les deux Temples), qui il vise en priorité. Abaye : ou-ve-talmidei hakhamim yoter mi-koulam -- et les sages de la Torah plus que tous les autres. Bloc D (seg. 10-12) -- Abaye se prend en flagrant délit, et la loi du sage Abaye suit trois parsaot un homme et une femme pour empêcher une faute -- qui n'a pas lieu. Il en tire sur lui-même un verdict accablant : mi de-sani li, celui que je hais (moi-même), n'aurait pas tenu. Il s'appuie à la porte, accablé. Le vieillard : kol ha-gadol me-havero, yitsro gadol heimenou -- plus on est grand, plus le yetser est grand. R. Yitshak conclut : yitsro chel adam mitgaber alav be-khôl yom -- le combat se rejoue chaque jour (suite en 52b).
Le fil du folio : quatre blocs, du kal va-homer de Zekharia jusqu'à la règle du yetser proportionnel à la grandeur.
Les sept noms du yetser hara -- qui l'a nommé, comment, et pourquoi Chaque nommeur décrit l'ennemi tel qu'il l'a rencontré : le nom est un diagnostic, pas une étiquette. NOM DONNÉ PAR VERSET CE QUE LE NOM DIT DE LUI RA -- mauvais réa Le Saint béni soit-Il Bereichit 8,21 -- yetser lev ha-adam ra mi-néourav Le diagnostic du Créateur : mauvais dès l'origine. AREL -- incirconcis Moche Devarim 10,16 -- ou-maltem et orlat levavkhem Une membrane à trancher : il s'ôte, il ne se raisonne pas. TAME -- impur David Tehilim 51,12 -- lev tahor bera li Elokim (mi-klal de-ika tame) Déduit à rebours : s'il faut un cœur pur, il en existe un impur. SONÉ -- ennemi Chelomo Michlei 25,21-22 -- im raev sonakha haakhilehou le'hem Un ennemi qu'on nourrit de Torah jusqu'à en faire un allié. MIKHCHOL -- obstacle Yechaya Yechaya 57,14 -- harimou mikhchol mi-derekh ami Non pas un adversaire, mais une pierre en travers du chemin. EVEN -- pierre Ye'hezkel Ye'hezkel 36,26 -- va-hassiroti et lev ha-even mi-bessarkhem Ce n'est plus un obstacle extérieur : c'est le cœur devenu pierre. TSEFONI -- le caché Yoël Yoël 2,20 -- ve-et ha-tsefoni arhik mi-aleikhem Le plus dangereux : celui qui est tapi et se déguise en yetser tov. Progression : d'un mal extérieur nommé par Dieu, jusqu'à un mal intérieur, caché, qui prend l'apparence du bien. Ben Yehoyada : les initiales des sept noms valent 710 = ra met (le mal est mort) ; avec sept kolelim, 717 = nahach + satan.
Les sept noms du yetser hara : qui l'a nommé, sur quel verset, et ce que chaque nom révèle de sa nature.
L'égorgement du yetser hara : pourquoi les deux camps pleurent Même scène, même cadavre -- deux perceptions inverses, et deux larmes de sens opposé. LES TSADIKIM une haute montagne Leur larme : heikh yakholnou li-khboch har gavoha ka-ze -- comment avons-nous pu vaincre une telle montagne ? Rachi : ils se souviennent de ce que leur a coûté, de leur vivant, de soumettre ce méchant. Larme de stupeur rétrospective. LES RECHAIM un simple fil de cheveu Leur larme : heikh lo yakholnou li-khboch et hout ha-saara ha-ze -- comment n'avons-nous pas pu ? Rien ne les séparait de la victoire : c'est cela, exactement, qui est insoutenable. Larme de honte rétrospective. Ve-af ha-Kadoch baroukh Hou tame imahem -- et le Saint béni soit-Il s'étonne avec eux Zekharia 8,6 : ki yipale be-einei cheerit ha-am ha-ze ... gam be-einai yipale -- si cela est étonnant à leurs yeux, à Mes yeux aussi. Ben Yehoyada : cet étonnement est une bonté -- Il le montre aux justes pour qu'ils croient que la victoire fut la leur.
L'égorgement à venir : montagne pour les justes, fil de cheveu pour les méchants -- et l'étonnement de Dieu.
1
״וְסָפְדָה הָאָרֶץ מִשְׁפָּחוֹת מִשְׁפָּחוֹת לְבָד מִשְׁפַּחַת בֵּית דָּוִד לְבָד וּנְשֵׁיהֶם לְבָד״. אָמְרוּ: וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמַה לֶעָתִיד לָבֹא, שֶׁעוֹסְקִין בְּהֶסְפֵּד וְאֵין יֵצֶר הָרָע שׁוֹלֵט בָּהֶם — אָמְרָה תּוֹרָה אֲנָשִׁים לְבַד וְנָשִׁים לְבַד. עַכְשָׁיו, שֶׁעֲסוּקִין בְּשִׂמְחָה וְיֵצֶר הָרָע שׁוֹלֵט בָּהֶם — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

« Et la terre fera le deuil, chaque famille à part : la famille de la maison de David à part et leurs femmes à part » (Zekharia 12,12). Ils dirent : n'est-ce pas là un kal va-homer (raisonnement à fortiori) ?

Si, pour l'avenir, où l'on est occupé au hesped (l'éloge funèbre) et où le yetser hara (le penchant au mal) ne domine pas sur eux, la Torah a dit : les hommes à part et les femmes à part -- maintenant, où l'on est occupé à la joie et où le yetser hara domine sur eux, à plus forte raison !

📜 Rachi (3)
וְסָפְדָה הָאָרֶץ בִּנְבוּאַת זְכַרְיָה וּמִתְנַבֵּא לֶעָתִיד שֶׁיִּסְפְּדוּ עַל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף שֶׁנֶּהֱרַג בְּמִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג וּכְתִיב מִשְׁפַּחַת בֵּית דָּוִד לְבָד וּנְשֵׁיהֶם לְבָד שָׁאפֵי' בִּשְׁעַת הַצַּעַר צָרִיךְ לְהַבְדִּיל אֲנָשִׁים מִנָּשִׁים:
Dans la prophétie de Zekharia. Il prophétise pour l'avenir : on fera le deuil de Machiah ben Yossef, tué dans la guerre de Gog et Magog. Et il est écrit : « la famille de la maison de David à part et leurs femmes à part » -- car même à l'heure de la douleur il faut séparer les hommes des femmes.
שֶׁעִסּוּקִין בְּהֶסְפֵּד בְּאוֹתָהּ שָׁעָה וְהַמִּצְטַעֵר אֵינוֹ מֵיקֵל רֹאשׁוֹ מַהֵר וְעוֹד שֶׁאֵין יֵצֶר הָרַע שׁוֹלֵט כִּדְקָאָמַר קְרָא וַהֲסִירֹותִי אֶת לֵב הָאֶבֶן וּלְקַמָּן אָמַר שהקב"ה שׁוֹחֲטוֹ כו' אָמְרָה תּוֹרָה כוּ':
À cette heure-là ; et celui qui est dans la peine ne verse pas vite dans la légèreté d'esprit. De plus, le yetser hara ne domine pas, comme le dit le verset : « et j'ôterai le cœur de pierre » ; et plus loin il est dit que le Saint béni soit-Il l'égorge, etc. -- et pourtant la Torah a dit, etc.
כָּאן שֶׁעִסּוּקִין בְּשִׂמְחָה וּקְרוֹבָה לְקַלּוּת רֹאשׁ וְעוֹד שיצה"ר שׁוֹלֵט עַכְשָׁיו לֹא כָל שֶׁכֵּן:
Et [la joie] est proche de la légèreté d'esprit ; de plus le yetser hara domine désormais -- à plus forte raison.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמַה לֶעָתִיד לָבוֹא, שֶׁהֵם עוֹסְקִים בְּהֶסְפֵּד, וְאֵין יֵצֶר הָרַע מִתְגָּרֶה בָּהֶם, אָמְרָה תּוֹרָה: נָשִׁים לְבַד וַאֲנָשִׁים לְבַד, עַכְשָׁיו שֶׁעוֹסְקִין בְּשִׂמְחָה, וְיֵצֶר הָרַע מִתְגָּרֶה בָּהֶן, עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה! נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט תְּרֵי מִילֵּי כְּנֶגֶד שְׁנֵי מִינֵי יֵצֶר הָרַע הָאֶחָד מִצַּד הַחֹומֶר הַמֻּוטְבָּע בָּאָדָם מֵעֵת הַלֵּידָה וְזֶה וַדַּאי יִתְבַּטֵּל עַל יְדֵי אֲנִינוּת וְזִכְרוֹן הַמִּיתָה וְהַשֵּׁנִי יֵצֶר הָרַע הַנִּקְרָא מַלְאָךְ רַע שֶׁנִּמְשַׁךְ וּבָא מִצַּד הַקְּלִיפָּה וְזֶה לֹא יִתְבַּטֵּל עַל יְדֵי אֲנִינוּת וְזִכָּרוֹן הַמִּיתָה וְעַל זֶה אָמְרוּ רז"ל בְּקִידּוּשִׁין (קִידּוּשִׁין פ:) 'מַה יִּתְאוֹנֵן אָדָם חָי גֶּבֶר עַל חֲטָאָיו' (אֵיכָה ג, לט) אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת אֲנִינוּת יִצְרוֹ שֶׁל אָדָם מִתְגַּבֵּר עָלָיו, וּכְאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה שֶׁהֵבִיאוּ הַתּוֹסָפוֹת שָׁם, אַךְ לֶעָתִיד בְּבִיטּוּל הַקְּלִיפּוֹת גַּם זֶה הַיֵּצֶר הָרַע יִתְבַּטֵּל. וְעַל זֶה אָמְרוּ רז"ל שֶׁהַיֵּצֶר הָרַע נִשְׁחָט לֶעָתִיד. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר וּמַה לֶעָתִיד לָבוֹא שֶׁהֵם עוֹסְקִים בְּהֶסְפֵּד, וְאָז וַדַּאי יֵצֶר הָרַע הַנַּעֲשֶׂה מִכֹּחַ הַחֹומֶר הֶעָכוּר שֶׁבָּאָדָם יִתְבַּטֵּל בַּאֲנִינוּת וְהֶסְפֵּד וְעוֹד נָמֵי אֵין יֵצֶר הָרַע שֶׁנִּמְשַׁךְ מִן הַקְּלִיפָּה מִתְגָּרֶה בָּהֶם מֵאַחַר דְּהַקְּלִיפָּה בְּטֵלָה שֶׁיָּבַשׁ מְקוֹרוֹ אָמְרָה תּוֹרָה: נָשִׁים לְבַד וַאֲנָשִׁים לְבַד, עַכְשָׁיו שֶׁעוֹסְקִין בְּשִׂמְחָה, שֶׁהַיֵּצֶר הָרַע הַנַּעֲשֶׂה מִן הַחֹומֶר מִתְגַּבֵּר וּמוֹסִיף וְעוֹד יֵצֶר הָרַע הַשֵּׁנִי שֶׁהוּא מִן הַקְּלִיפָּה מִתְגָּרֶה בָּהֶן, עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!
« Et si pour l'avenir, où l'on est occupé au hesped et où le yetser hara ne les excite pas, la Torah a dit : les femmes à part et les hommes à part -- maintenant, où l'on est occupé à la joie et où le yetser hara les excite, à plus forte raison ! » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que [la guemara] prend deux éléments en regard de deux sortes de yetser hara. Le premier vient du <i>homer</i> (la matière) implantée en l'homme dès sa naissance, et celui-là est certainement annulé par l'<i>aninout</i> (le deuil aigu) et le souvenir de la mort. Le second est le yetser hara appelé <i>malakh ra</i> (ange mauvais), qui découle et provient du côté de la <i>kelipa</i> (l'écorce), et celui-là n'est pas annulé par l'aninout ni par le souvenir de la mort. C'est sur lui que nos Sages ont dit dans Kiddouchin (80b), sur le verset « de quoi se plaindrait l'homme vivant ? Chaque homme sur ses fautes » (Eikha 3,39) : même à l'heure de l'aninout le yetser de l'homme se renforce sur lui -- comme dans cette histoire rapportée là-bas par les Tossefot. Mais dans l'avenir, avec l'annulation des kelipot, ce yetser hara-là aussi sera annulé ; et c'est sur cela que nos Sages ont dit que le yetser hara sera égorgé dans l'avenir. C'est le sens de : « et si pour l'avenir, où l'on est occupé au hesped » -- et alors, certainement, le yetser hara fait de la force de la matière trouble de l'homme est annulé par l'aninout et le hesped, et de plus le yetser hara qui découle de la kelipa ne les excite pas, puisque la kelipa est annulée et sa source tarie -- [et pourtant] la Torah a dit : les femmes à part et les hommes à part. Maintenant, où l'on est occupé à la joie, où le yetser hara fait de la matière se renforce et augmente, et où de plus le second yetser hara, celui de la kelipa, les excite -- à plus forte raison !
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la conclusion du raisonnement entamé à la fin de 51b, qui justifie le tikoun gadol : l'aménagement construit chaque année dans la Ezrat nachim pour séparer hommes et femmes pendant la Simhat beit ha-choéva. La preuve n'est pas une règle explicite mais un kal va-homer tiré d'une scène de deuil prophétique.

La force de l'argument tient à l'écart entre les deux situations : le hesped des derniers temps est le contexte le moins propice à la légèreté qui soit -- on y pleure, et le yetser hara y est déjà neutralisé. Si même là, la Torah exige la séparation, alors la simha, qui appelle naturellement la kalut roch (la légèreté d'esprit), l'exige à plus forte raison.

2
הָא הֶסְפֵּידָא מַאי עֲבִידְתֵּיהּ? פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי דּוֹסָא וְרַבָּנַן. חַד אָמַר: עַל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף שֶׁנֶּהֱרַג, וְחַד אָמַר: עַל יֵצֶר הָרַע שֶׁנֶּהֱרַג.

Et ce hesped, de quoi s'agit-il ? Rabbi Dossa et les Rabbanan divergent à ce sujet.

L'un dit : sur Machiah ben Yossef qui a été tué. Et l'autre dit : sur le yetser hara qui a été tué.

🪔 Ben Yehoyada (1)
עַל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף שֶׁנֶּהֱרַג. נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ כְּתִיב (זְכַרְיָה יב, י) 'וְהִבִּיטוּ אֵלַי אֵת אֲשֶׁר דְּקָרוּ' דְּיָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב מְגִלָּה עֲמֻוקּוֹת זַ"ל בְּצוּרַת אוֹת א' דְּהַיּוּ"ד הָעֶלְיוֹנָה רוֹמֶזֶת לְמָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד וְיוֹ"ד הַתַּחְתּוֹנָה לְמָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר 'וְהִבִּיטוּ אֵלַי' קְרִי בֵיהּ אֶל יוֹ"ד 'אֶת אֲשֶׁר דְּקָרוּ' אֶת א' שַׂר דְּקָרוּ כִּי הוּא נִקְרָא שַׂר וְגָדוֹל בְּיִשְׂרָאֵל לְגַבֵּי מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד.
« Sur Machiah ben Yossef qui a été tué. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela qu'il est écrit (Zekharia 12,10) « et ils regarderont vers Moi, celui qu'ils ont transpercé ». Car on sait ce qu'a écrit le Rav Meguale Amoukot, de mémoire bénie, au sujet de la forme de la lettre alef : le <i>youd</i> supérieur fait allusion à Machiah ben David, et le <i>youd</i> inférieur à Machiah ben Yossef. C'est le sens de « ils regarderont vers Moi (<i>elai</i>) » -- lis-y <i>el youd</i>, vers le youd ; « celui qu'ils ont transpercé (<i>et acher dakarou</i>) » -- [découpé :] <i>et alef -- sar dakarou</i>, le prince qu'ils ont transpercé, car il est appelé prince et grand en Israël à l'égard de Machiah ben David.
💡 Explication

La guemara quitte un instant la halakha de la séparation pour interroger le verset lui-même : ce grand deuil collectif des derniers temps, quel en est l'objet ? Deux lectures s'affrontent, et elles ne sont pas de même registre. La première est historique : on pleure Machiah ben Yossef, le messie précurseur tué dans la guerre de Gog et Magog. La seconde est psychologique et mystique : on pleure le yetser hara lui-même, mis à mort.

Le procédé had amar ... ve-had amar (l'un dit ... et l'autre dit) signale que la tradition n'a pas retenu qui défendait quelle position. C'est la seconde lecture qui va porter tout le reste du folio.

3
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר עַל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף שֶׁנֶּהֱרַג, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וְהִבִּיטוּ אֵלַי אֵת אֲשֶׁר דָּקָרוּ וְסָפְדוּ עָלָיו כְּמִסְפֵּד עַל הַיָּחִיד״. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר עַל יֵצֶר הָרַע שֶׁנֶּהֱרַג — הַאי הֶסְפֵּידָא בָּעֵי לְמֶעְבַּד? שִׂמְחָה בָּעֵי לְמֶעְבַּד! אַמַּאי בָּכוּ?

Soit, pour celui qui dit : sur Machiah ben Yossef qui a été tué -- c'est bien là ce qui est écrit : « et ils regarderont vers Moi, celui qu'ils ont transpercé, et ils feront sur lui un deuil comme le deuil d'un fils unique » (Zekharia 12,10). Mais pour celui qui dit : sur le yetser hara qui a été tué -- faut-il donc faire un hesped pour cela ?

C'est une simha (une fête) qu'il faudrait faire ! Pourquoi ont-ils pleuré ?

📜 Rachi (2)
וְהִבִּיטוּ אֵלַי אֵת אֲשֶׁר דָּקָרוּ יִסְתַּכְּלוּ בֶּהָרוּג שֶׁלִּפְנֵיהֶם:
Ils contempleront le tué qui est devant eux.
וְסָפְדוּ עָלָיו כְּמִסְפֵּד עַל הַיָּחִיד כְּאָדָם הַמַּסְפִּיד עַל בֵּן יָחִיד שֶׁהָיָה לוֹ וּמֵת:
Comme un homme qui fait l'éloge funèbre d'un fils unique qu'il avait et qui est mort.
💡 Explication

La guemara teste les deux lectures contre le verset. La première colle sans effort : le verset parle d'un transpercé qu'on pleure comme un fils unique, ce qui décrit exactement une mort violente. La seconde bute sur une objection de bon sens : la mort du yetser hara est la délivrance espérée depuis toujours -- simha baei le-mebad, c'est une fête qu'il faudrait faire.

La question amai bakhou (pourquoi ont-ils pleuré ?) n'est pas rhétorique : la réponse qui vient au segment suivant est l'une des pages les plus célèbres du Talmud sur la connaissance de soi.

4
כִּדְדָרַשׁ רַבִּי יְהוּדָה: לֶעָתִיד לָבֹא, מְבִיאוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיֵצֶר הָרָע, וְשׁוֹחֲטוֹ בִּפְנֵי הַצַּדִּיקִים וּבִפְנֵי הָרְשָׁעִים. צַדִּיקִים נִדְמֶה לָהֶם כְּהַר גָּבוֹהַּ, וּרְשָׁעִים נִדְמֶה לָהֶם כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה. הַלָּלוּ בּוֹכִין וְהַלָּלוּ בּוֹכִין. צַדִּיקִים בּוֹכִין וְאוֹמְרִים: הֵיאַךְ יָכֹולְנוּ לִכְבּוֹשׁ הַר גָּבוֹהַּ כָּזֶה! וּרְשָׁעִים בּוֹכִין וְאוֹמְרִים: הֵיאַךְ לֹא יָכֹולְנוּ לִכְבּוֹשׁ אֶת חוּט הַשַּׂעֲרָה הַזֶּה! וְאַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא תָּמֵהַּ עִמָּהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּה אָמַר ה׳ צְבָאוֹת כִּי יִפָּלֵא בְּעֵינֵי שְׁאֵרִית הָעָם הַזֶּה בַּיָּמִים הָהֵם גַּם בְּעֵינַי יִפָּלֵא״.

Comme l'a exposé Rabbi Yehouda : dans l'avenir, le Saint béni soit-Il amène le yetser hara et l'égorge en présence des tsadikim (les justes) et en présence des rechaim (les méchants). Aux justes il apparaît comme une haute montagne, et aux méchants il apparaît comme un fil de cheveu.

Ceux-ci pleurent et ceux-là pleurent. Les justes pleurent et disent : comment avons-nous pu vaincre une montagne aussi haute !

Et les méchants pleurent et disent : comment n'avons-nous pas pu vaincre ce fil de cheveu ! Et même le Saint béni soit-Il s'étonne avec eux, ainsi qu'il est dit : « Ainsi parle l'Éternel Tsevaot : si cela est étonnant aux yeux du reste de ce peuple en ces jours-là, à Mes yeux aussi ce sera étonnant » (Zekharia 8,6).

📜 Rachi (2)
צַדִּיקִים בּוֹכִים שֶׁנִּזְכָּרִים בְּצַעֲרָם שֶׁהָיָה לָהֶם לִכְבֹּושׁ הָרָשָׁע הַזֶּה בְּחַיֵּיהֶם:
Ils se souviennent de la peine qu'ils ont eue à soumettre ce méchant durant leur vie.
כִּי יִפָּלֵא בְּעֵינַי וְגוֹ' סֵיפֵיהּ דִּקְרָא גַּם בְּעֵינַי יִפָּלֵא:
La fin du verset est : « à Mes yeux aussi ce sera étonnant ».
🪔 Ben Yehoyada (2)
צַדִּיקִים נִדְמֶה לָהֶם כְּהַר גָּבוֹהַּ, רְשָׁעִים נִדְמֶה לָהֶם כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה כִּי הַצַּדִּיקִים הֵם בְּאַחְדוּת וְנֶחְשָׁבִים כֻּולָּם חֵלֶק אֶחָד לָכֵן יִצְטָרְפוּ כּוֹחוֹת הַיֵּצֶר שֶׁל כֻּולָּם בְּיַחַד וְיִהְיוּ נִרְאִין לְכָל אֶחָד וְאֶחָד כְּהַר כִּי זֶה הוּא שִׁיעוּר שֶׁל כֻּולָּם, אַךְ הָרְשָׁעִים נִפְרָדִין וּבְפֵירוּד קָייְמִי לָכֵן כָּל אֶחָד נִדְמֶה לוֹ כֹּחַ הַיֵּצֶר שֶׁלּוֹ דַּוְקָא. אוֹ יוּבַן הַצַּדִּיקִים מְשַׁבְּרִים כָּל יוֹם כּוֹחוֹ שֶׁל יֵצֶר הָרַע וּבָא לָהֶם כָּל יוֹם כֹּחַ חָדָשׁ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ (קִידּוּשִׁין ל:) 'יִצְרוֹ שֶׁל אָדָם מִתְחַדֵּשׁ עָלָיו בְּכָל יוֹם' וְלָכֵן יִצְטָרְפוּ כָּל הַכּוֹחוֹת שֶׁל כָּל יוֹם לִפְנֵיהֶם וְיִהְיוּ כְּהַר, אַךְ הָרְשָׁעִים אֵין מְשַׁבְּרִים כֹּחַ יֵצֶר הָרַע הַבָּא לָהֶם בְּיוֹם רִאשׁוֹן כְּדֵי שֶׁיָּבֹא לָהֶם יֵצֶר הָרַע חָדָשׁ לָכֵן נִדְמֶה לָהֶם כֹּחַ הָרִאשׁוֹן בִּלְבַד שֶׁהוּא שִׁיעוּר קָטָן כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה. אוֹ יוּבַן בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ הָרִאשׁוֹנִים זַ"ל עַל פָּסוּק (עָמוֹס ד, יג) 'יוֹצֵר הָרִים וּבֹרֵא רוּחַ וּמַגִּיד לְאָדָם מַה שָׂחוּ' שֶׁיֵּשׁ חוֹטֵא בְּדִיבּוּר בְּאוֹמְרוֹ רוּחַ הוּא וְאֵין בּוֹ מַמָּשׁ וְזֶה רָאוּי שֶׁיִּלְמֹוד מוּסָר מֵהֶהָרִים הַגְּבוֹהִים שֶׁבְּרָאָם הקב"ה בָּעוֹלָם בִּשְׁבִיל הָרוּחַ הַקָּשֶׁה שֶׁלֹּא יַחֲרִיב הָעוֹלָם כִּי לוּלֵי הֶהָרִים הָיָה חֹוזֶק שֶׁלּוֹ בָּא עַל בָּתֵּי הַיִּשּׁוּב וּמַחֲרִיבָם, אַךְ עַתָּה יִפְגַּע בֶּהָרִים הַגְּבוֹהִים תְּחִלָּה וְיֻחְלַשׁ כּוֹחוֹ, וְלָזֶה אָמַר יוֹצֵר הָרִים בִּשְׁבִיל שֶׁבּוֹרֵא רוּחַ וְלָכֵן מַגִּיד לָאָדָם מַה שָׂחוּ, שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהִנָּצֵל בְּאוֹמְרוֹ רוּחַ אֵין בּוֹ מַמָּשׁ דְּהָא קָא חָזוּ דְּרוּחַ יֵשׁ בּוֹ מַמָּשׁ וּמַחֲרִיב הָעוֹלָם דִּלְכָךְ הֻוצְרְכוּ הֶהָרִים הַגְּבוֹהִים לִהְיוֹת בָּעוֹלָם בִּשְׁבִיל לִשְׁמוֹר הָעוֹלָם מִנְּזָקִין שֶׁל הָרוּחַ עַד כָּאן דִּבְרֵיהֶם. וְהִנֵּה יָדוּעַ כִּי בְּרִית הַלָּשׁוֹן מְכֻווָּן כְּנֶגֶד בְּרִית הַמְעֻוָּר וְלָכֵן הַצַּדִּיקִים שֶׁשָּׁמְרוּ בְּרִית הַלָּשׁוֹן גַּם כֵּן בִּשְׁבִיל שֶׁלָּמְדוּ מוּסָר מִן הֶהָרִים לְכָךְ יֵצֶר הָרַע נִדְמֶה לָהֶם כְּהַר גָּבוֹהַּ, אַךְ הָרְשָׁעִים מִלְּבַד שֶׁחָטְאוּ בִּבְרִית הַלָּשׁוֹן עוֹד חָטְאוּ בִּבְרִית הַמְעֻוָּר שֶׁכְּנֶגְדּוֹ שֶׁפָּגְעוּ בַּעֲרָיוֹת שֶׁעָשׂוּ שְׁתֵּי פְתִילוֹת בְּנֵר אֶחָד וְלֹא לָמְדוּ מוּסָר לָזֶה מִן הַשְּׂעָרוֹת שֶׁבְּרֹאשׁ הָאָדָם שֶׁבָּרָא הקב"ה לְכָל שֵׂעָר אֶחָד גֻּומָּא אַחַת שֶׁאִם הָיוּ שְׁתֵּי שְׂעָרוֹת בְּגֻומָּא אַחַת נִזּוֹק מְאוֹר עֵינָיו שֶׁל אָדָם, וְלָכֵן הֵם שֶׁלֹּא לָמְדוּ מוּסָר מִן הַשַּׁעַר וְעָשׂוּ ב' פְּתִילוֹת בְּנֵר אֶחָד בְּחֶטְאָם בִּבְרִית הַמְעֻוָּר לָכֵן נִדְמֶה לָהֶם יֵצֶר הָרַע כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה לוֹמַר לָהֶם לָמָּה לֹא לְקַחְתָּם מוּסָר מִן הַשַּׁעַר לְשַׁבֵּר יֵצֶר הָרַע זֶה שֶׁהֶחֱטִיא אֶתְכֶם בִּבְרִית הַמְעֻוָּר?! וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁנִּדְמֶה לַצַּדִּיקִים כְּהַר כִּי הַצַּדִּיקִים הָיוּ רוֹאִין בְּעֵינֵיהֶם מַעֲשֵׂה הָעֲבֵירָה כְּהַר תָּבוֹר וְלָכֵן הָיוּ מִזְדַּעְזְעִים וּפוֹרְשִׁים מִמֶּנָּה לְכָךְ הַיֵּצֶר הָרַע נִדְמֶה לָהֶם לֶעָתִיד כְּהַר גָּבוֹהַּ, אַךְ הָרְשָׁעִים הָיוּ רוֹאִין בְּעֵינֵיהֶם מַעֲשֵׂה הָעֲבֵירָה לְדָבָר קָטָן וְקַל מְאֹד וּלְכָךְ עָבְרוּ עֲבֵירָה לְכָךְ הַיֵּצֶר הָרַע נִדְמֶה לָהֶם כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה כְּעֵרֶךְ הָעֲבֵירָה שֶׁהָיָה נִרְאֶה בְּעֵינֵיהֶם. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי הַיֵּצֶר הָרַע מֻוכְרָח שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֵלֶק טוֹב כִּי אִי אֶפְשָׁר לְהִתְקַיֵּים הַקְּלִיפָּה בְּרַע בִּלְבַד וְלָכֵן מְבַקְּשִׁים בַּבַּקָּשָׁה הַמְתֻוקֶּנֶת מֵרַבֵּינוּ הָרָשָׁ"שׁ זַ"ל 'הַפֶּרֶד נָא מֵעָלֵינוּ צַד הָרַע שֶׁבְּיֵצֶר הָרַע' מִכְּלָל דְּאִית בֵּיהּ צַד טוֹב, וְהַצַּדִּיקִים מִשְׁתַּמְּשִׁין בְּיֵצֶר הָרַע בַּחֵלֶק הַטּוֹב שֶׁבּוֹ בִּלְבַד לְצֹורֶךְ עוֹנָה וּפְרִיָּה וּרְבִיָּה וַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה הַהֶכְרֵחִית וְעֹונֶג שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב וְאֵין מִשְׁתַּמְּשִׁים בְּכֻולּוֹ דְּהַייְנוּ בְּחֵלֶק הָרַע שֶׁבּוֹ גַּם כֵּן אֲבָל הָרְשָׁעִים מִשְׁתַּמְּשִׁין בְּכֻולּוֹ גַּם בְּרָע שֶׁבּוֹ, וְהִנֵּה יֵצֶר [300] גֵּימַטְרְיָא ש' וְעִם אוֹתִיּוֹת הָרַע הֲרֵי צֵירוּף 'שַׂעֲרָה' לָכֵן לָרְשָׁעִים נִדְמֶה לָהֶם כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה כִּי הֵם נִשְׁתַּמְּשׁוּ בִּשְׂעָרָהּ כֻּולָּהּ אַךְ הַצַּדִּיקִים לֹא נִשְׁתַּמְּשׁוּ בְּכָל הַשַּׂעֲרָה שֶׁרוֹמֶזֶת עַל יֵצֶר הָרַע כִּי אוֹתִיּוֹת 'עָשׁ' דְּשַׂעֲרָה רוֹמְזִים עַל חֵלֶק הָרַע עָשׁ יֹאכְלֵם וְנִשְׁאַר אוֹתִיּוֹת 'הָר' רוֹמְזִים לְחַלֵּק הַטּוֹב לְכָךְ נִדְמֶה לָהֶם כְּהַר שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת הַר מִן שַׂעֲרָה הָרוֹמֶזֶת לִכְלָלוּת הַיֵּצֶר הָרַע כֻּולּוֹ. אוֹ יוּבַן בס"ד דְּכָתְבוּ חַכְמֵי הַמּוּסָר זַ"ל שֶׁהָאָדָם צָרִיךְ לִרְאוֹת עַצְמוֹ בָּעוֹלָם הַזֶּה כִּסְפִינָה הַהוֹלֶכֶת בַּיָּם שֶׁהִיא עוֹמֶדֶת תָּמִיד בְּסַכָּנָה וְגַלִּי הַיָּם יְסוֹבְבוּהָ תָּמִיד כֵּן הָאָדָם הוּא עוֹמֵד בְּסַכָּנַת הַיֵּצֶר הָרַע בָּעוֹלָם הַזֶּה וְתָמִיד סוֹבְבִין אוֹתוֹ כּוֹחוֹת הַיֵּצֶר הָרַע שֶׁהֵם גַּלִּים הַבָּאִים לְהַטְבִּיעַ הַסְּפִינָה. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהָאָדָם נִקְרָא 'גָּבַר' שֶׁהוּא מִסְפַּר 'סְפִינָה' [205] שֶׁצָּרִיךְ לִרְאוֹת עַצְמוֹ תָּמִיד כִּסְפִינָה הַמְהַלֶּכֶת בַּיָּם שֶׁצָּרִיךְ לָשִׂים לֵב עַל שְׁמִירָתָהּ בְּכָל רֶגַע, וְלָכֵן הַצַּדִּיקִים שֶׁהָיוּ רוֹאִין עַצְמָן תָּמִיד כְּמוֹ סְפִינָה בַּיָּם שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל הַיֵּצֶר הָרַע לְהַכְשִׁילָם, עַל כֵּן יִדְמֶה לָהֶם הַיֵּצֶר הָרַע לֶעָתִיד כִּ'הֲרַ' [205] שֶׁהוּא מְסַפֵּר סְפִינָה, אַךְ הָרְשָׁעִים שֶׁעָשׂוּ רָשָׁע בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁדָּבְקוּ בָּהּ וְלֹא שָׁבוּ וְלֹא זָזוּ מִמֶּנָּה וּלְכָךְ הָיְתָה עֲבֵירָה גּוֹרֶרֶת עֲבֵירָה כִּי הֶעָוֹן שֶׁעָשׂוּ נַעֲשָׂה רִשְׁעָה לְשׁוֹן נְקֵבָה שֶׁדַּרְכָּהּ לְהִתְעַבֵּר וּלְהוֹלִיד בָּנִים כֵּן הֵם הָיְתָה עֲבֵירָה גּוֹרֶרֶת עֲבֵירָה וְעוֹשֶׂה כַּמָּה תּוֹלָדוֹת שֶׁלֹּא הָיְתָה בְּסוּג רָשָׁע שֶׁהוּא לְשׁוֹן זָכָר שֶׁאֵינוֹ מוֹלִיד אֶלָּא הָיְתָה בְּסוּג רִשְׁעָה שֶׁהוּא לְשׁוֹן נְקֵבָה לְכָךְ נִדְמֶה לָהֶם הַיֵּצֶר הָרַע לֶעָתִיד כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה, כִּי 'שַׂעֲרָה' בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון 'רִשְׁעָה' שֶׁהִיא לְשׁוֹן נְקֵבָה שֶׁדַּרְכָּהּ לְהִתְעַבֵּר וּלְהוֹלִיד. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רז"ל (וַיִּקְרָא רַבָּה לה, ב) 'הַכִּכָּר וְהַמֵּקֵל יָרְדוּ מוֹכְרָכִין מִן הַשָּׁמַיִם אִם זָכוּ הֲרֵי כִּכָּר לֶאֱכֹול וְאִם לֹא זָכוּ מַקֵּל לִרְדּוֹת', וּפֵרַשְׁנוּ כִּכָּר רוֹמֵז לְכֹחַ הַיֵּצֶר הַטּוֹב שֶׁהוּא מְחַיֶּה אֶת הָאָדָם וּמַקֵּל רוֹמֵז לְכֹחַ הַיֵּצֶר הָרַע שֶׁהוּא רוֹדֶה וּמַכֶּה בָּאָדָם וְלָכֵן הָאָבוֹת סוֹף שְׁמָם 'מַקֵּל' לִרְמֹוז כִּי הֵם גָּבְרוּ עַל יֵצֶר הָרַע וְשָׂמוּ אוֹתוֹ תַּחַת רַגְלָם. וְהִנֵּה תַּרְגּוּם שֶׁל 'מַקֵּל' הוּא 'חַטְרָא' כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר כב, כז) 'וַיַּךְ אֶת הָאָתוֹן בְּמַקֵּל' וְתִרְגֵּם אוּנְקְלוֹס 'בְּחַטְרָא' וְאַף עַל פִּי דִּכְתִיב חוּטְרָא בְּאָלֶ"ף יֵשׁ לִדְרֹושׁ חָוטְרָהּ בְּהֵ"א כִּי בְּמִבְטָא הֵם אֶחָד וּכְהַאי גַּווְנָא כָּתַב רַבֵּינוּ מהרש"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי שְׁמוּאֵל וִיטָאל] זַ"ל בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת בְּמַאֲמַר צִיקֵי קְדֵרָה דַּחֲשִׁיב לָהּ קְדֵרָה בְּהֵ"א יְעֻויַּן שָׁם. וְנִמְצָא חָוטְרָהּ בְּהֵ"א שֶׁהוּא רוֹמֵז לְיֵצֶר הָרַע יֵשׁ בְּאוֹתִיּוֹת אֵלּוּ חוּט וְאוֹתִיּוֹת הַר וְהִנֵּה חוּט רוֹמֵז לְכֹחַ הָרַע שֶׁבּוֹ שֶׁעַל יָדוֹ נַעֲשֶׂה חֵטְא וְחוּט לְשׁוֹן חֵטְא הוּא אֲבָל אוֹתִיּוֹת הַר רוֹמֵז לְחֵלֶק הַטּוֹב שֶׁבּוֹ שֶׁהוּא מְרוֹמָם וְעֶלְיוֹן וְגָבוֹהַּ, וְלָכֵן לַצַּדִּיקִים שֶׁנִּשְׁתַּמְּשׁוּ בַּחֵלֶק הַטּוֹב שֶׁבּוֹ נִדְמֶה לָהֶם כְּהַר גָּבוֹהַּ וְלָרְשָׁעִים שֶׁנִּשְׁתַּמְּשׁוּ בַּחֵלֶק הָרַע שֶׁבּוֹ נִדְמֶה לָהֶם כְּחוּט שֶׁרוֹמֵז לְחַלֵּק הָרַע שֶׁבּוֹ.
« Aux justes il apparaît comme une haute montagne, aux méchants comme un fil de cheveu. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, [voici] la raison de cela. Les justes sont dans l'unité et sont tous comptés comme une seule part ; c'est pourquoi les forces du yetser de tous se joignent ensemble et apparaissent à chacun d'eux comme une montagne -- car telle est la mesure de tous. Les méchants, eux, sont séparés et demeurent dans la division ; c'est pourquoi à chacun n'apparaît que la force de son propre yetser. -- Ou bien on peut le comprendre ainsi : les justes brisent chaque jour la force du yetser hara, et chaque jour une force nouvelle leur vient, comme ils ont dit (Kiddouchin 30b) « le yetser de l'homme se renouvelle sur lui chaque jour » ; toutes les forces de chaque jour se joignent donc devant eux et font une montagne. Les méchants, eux, ne brisent pas la force du yetser hara qui leur est venue le premier jour, de sorte qu'un yetser hara nouveau leur vienne ; c'est pourquoi seule la première force leur apparaît, qui est une petite mesure, comme un fil de cheveu. -- Ou bien on peut le comprendre, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'ont dit les Richonim, de mémoire bénie, sur le verset (Amos 4,13) « Il forme les montagnes et crée le vent, et Il dit à l'homme quelle est sa pensée » : il y a celui qui faute par la parole en disant « ce n'est que du vent, il n'y a là rien de réel ». Celui-là devrait tirer une leçon de morale des hautes montagnes que le Saint béni soit-Il a créées dans le monde à cause du vent violent, afin qu'il ne détruise pas le monde ; car sans les montagnes sa force viendrait s'abattre sur les maisons habitées et les détruirait, tandis que maintenant il rencontre d'abord les hautes montagnes et sa force faiblit. C'est pourquoi il dit « Il forme les montagnes » parce qu'« Il crée le vent », et c'est pourquoi « Il dit à l'homme quelle est sa pensée » : l'homme ne peut se sauver en disant « le vent n'a rien de réel », puisqu'on voit bien que le vent a de la réalité et détruit le monde -- et c'est pour cela qu'il a fallu de hautes montagnes dans le monde, pour le protéger des dommages du vent. Jusqu'ici leurs paroles. Or on sait que le <i>brit ha-lachon</i> (l'alliance de la langue) correspond au <i>brit ha-maor</i> (l'alliance de la circoncision). Aussi, les justes, qui ont gardé le brit ha-lachon -- et cela précisément parce qu'ils ont tiré leçon des montagnes -- le yetser hara leur apparaît-il comme une haute montagne. Mais les méchants, outre qu'ils ont fauté contre le brit ha-lachon, ont encore fauté contre le brit ha-maor qui lui correspond, en tombant dans les <i>arayot</i> (les unions interdites), faisant « deux mèches dans une seule lampe » ; et ils n'ont pas tiré leçon des cheveux de la tête de l'homme, car le Saint béni soit-Il a créé pour chaque cheveu un seul follicule -- car s'il y avait deux cheveux dans un seul follicule, la lumière des yeux de l'homme en serait atteinte. C'est pourquoi, eux qui n'ont pas tiré leçon du cheveu et ont fait deux mèches dans une seule lampe en fautant contre le brit ha-maor, le yetser hara leur apparaît comme un fil de cheveu, pour leur dire : pourquoi n'avez-vous pas tiré leçon du cheveu, pour briser ce yetser hara qui vous a fait fauter contre le brit ha-maor ?! -- Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, [voici] la raison pour laquelle il apparaît aux justes comme une montagne : les justes voyaient de leurs yeux l'acte de la transgression comme le mont Tabor, c'est pourquoi ils en tremblaient et s'en écartaient ; aussi le yetser hara leur apparaît-il dans l'avenir comme une haute montagne. Mais les méchants voyaient de leurs yeux l'acte de la transgression comme une chose petite et très légère, et c'est pourquoi ils ont transgressé ; aussi le yetser hara leur apparaît-il comme un fil de cheveu, à la mesure de la transgression telle qu'elle apparaissait à leurs yeux. -- D'une autre manière il me semble, avec l'aide du Ciel : le yetser hara comporte nécessairement une part de bien, car il est impossible que la kelipa subsiste par le mal seul ; c'est pourquoi l'on demande, dans la bakacha établie par notre maître le Rachach, de mémoire bénie : « sépare de nous, de grâce, le côté mauvais du yetser hara » -- d'où l'on déduit qu'il y a en lui un côté bon. Les justes n'utilisent du yetser hara que sa part bonne, pour le devoir conjugal et la procréation, pour le manger et le boire nécessaires, et pour le délice du Chabbat et des fêtes ; ils ne l'utilisent pas tout entier, c'est-à-dire pas aussi sa part mauvaise. Les méchants, eux, l'utilisent tout entier, y compris le mal qui est en lui. Or <i>yetser</i> (יצר) vaut 300, soit la lettre chin ; avec les lettres de <i>ha-ra</i>, cela forme <i>seara</i> (שערה, cheveu). C'est pourquoi il apparaît aux méchants comme un fil de cheveu, car ils ont utilisé le cheveu tout entier ; tandis que les justes n'ont pas utilisé tout le <i>seara</i>, qui évoque le yetser hara : les lettres <i>ayin-chin</i> (עש) de שערה évoquent la part mauvaise -- « la mite (<i>ach</i>) les dévorera » -- et il reste les lettres <i>hé-rech</i> (הר, montagne), qui évoquent la part bonne ; aussi leur apparaît-il comme une montagne (<i>har</i>), lettres tirées de <i>seara</i>, laquelle évoque le yetser hara dans son ensemble. -- Ou bien on peut le comprendre, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'ont écrit les maîtres de la morale, de mémoire bénie : l'homme doit se voir en ce monde comme un navire allant sur la mer, qui est toujours en danger et que les vagues entourent sans cesse ; ainsi l'homme se tient en ce monde dans le danger du yetser hara, et les forces du yetser hara l'entourent toujours, qui sont les vagues venues engloutir le navire. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, pourquoi l'homme est appelé <i>guever</i> (גבר), qui a la valeur numérique de <i>sefina</i> (navire) [205] : il doit toujours se voir comme un navire allant sur la mer, dont il faut veiller à la garde à chaque instant. Aussi les justes, qui se voyaient toujours comme un navire sur la mer, de sorte que le yetser hara ne pouvait les faire trébucher, le yetser hara leur apparaîtra-t-il dans l'avenir comme une <i>montagne</i> (הר) [205], qui est la valeur de <i>sefina</i>. Mais les méchants, qui ont commis le mal en ce monde, s'y sont attachés et ne s'en sont pas détournés ; c'est pourquoi une transgression en entraînait une autre, car la faute qu'ils commettaient devenait <i>richa</i> (רשעה) au féminin, dont le propre est de concevoir et d'enfanter : ainsi, chez eux, une transgression en entraînait une autre et engendrait plusieurs dérives -- ils n'étaient pas dans la catégorie de <i>racha</i> (רשע), au masculin, qui n'enfante pas, mais dans celle de <i>richa</i>, au féminin. C'est pourquoi le yetser hara leur apparaît dans l'avenir comme un fil de cheveu : car <i>seara</i> (שערה), lettres inversées, donne <i>richa</i> (רשעה), au féminin, dont le propre est de concevoir et d'enfanter. -- Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel : nos Sages ont dit (Vayikra Rabba 35,2) « la miche et le bâton sont descendus liés ensemble du ciel : s'ils sont méritants, voici une miche à manger ; s'ils ne sont pas méritants, un bâton pour châtier ». Nous avons expliqué que la miche évoque la force du yetser tov, qui fait vivre l'homme, et le bâton évoque la force du yetser hara, qui châtie et frappe l'homme. C'est pourquoi les noms des Patriarches ont pour dernières lettres <i>makel</i> (מקל, bâton) [Avraha-M, Yitsha-K, Israë-L], pour indiquer qu'ils ont dominé le yetser hara et l'ont mis sous leurs pieds. Or la traduction araméenne de <i>makel</i> est <i>houtra</i>, comme il est dit (Bamidbar 22,27) « et il frappa l'ânesse avec le bâton », qu'Onkelos traduit <i>be-houtra</i> ; et bien qu'il soit écrit חוטרא avec un alef, on peut l'interpréter <i>houtra</i> avec un hé, car à la prononciation c'est un -- ainsi a écrit notre maître le Maharcho [Rabbi Chmouel Vital], de mémoire bénie, dans le Sefer ha-Kavanot, au propos des <i>tsikei kedera</i>, où il compte <i>kedera</i> avec un hé ; vois-y. Il se trouve donc que חוטרה avec un hé, qui évoque le yetser hara, contient les lettres <i>hout</i> (fil) et les lettres <i>har</i> (montagne) : <i>hout</i> évoque la force mauvaise qui est en lui, par laquelle se fait la faute -- et <i>hout</i> est de la langue de <i>het</i> (faute) ; tandis que les lettres <i>har</i> évoquent la part bonne qui est en lui, élevée, supérieure et haute. C'est pourquoi, aux justes qui ont utilisé sa part bonne, il apparaît comme une haute montagne ; et aux méchants qui ont utilisé sa part mauvaise, il apparaît comme un fil, qui évoque sa part mauvaise.
וְאַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא תָּמֵהַּ עִמָּהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר : (זְכַרְיָה ח, ו) "כִּי יִפָּלֵא בְּעֵינֵי שְׁאֵרִית הָעָם הַזֶּה בַּיָּמִים הָהֵם גַּם בְּעֵינַי יִפָּלֵא ". הִנֵּה נוֹדַע כִּי פְּלִיאָה זוֹ שֶׁיִּתְפַּלֵּא הקב"ה עוֹשֶׂה אוֹתָהּ לְעֵינֵי הַצַּדִּיקִים כְּדֵי לְהֵטִיב לִבָּם שֶׁיַּחְשְׁבוּ שֶׁהֵם כָּבְשׁוּ הַיֵּצֶר הָרַע וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב אֹהֶל יַעֲקֹב זַ"ל וּשְׁאָר מְפָרְשִׁים זַ"ל וְכָל זֶה הוּא עוֹשֶׂה בְּחַסְדּוֹ יִתְבָּרֵךְ לַעֲשׂוֹת שֶׁאֵינוֹ זוֹכֶה כְּזוֹכֶה. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד (שְׁמוֹת כ, ה) 'וְעֹשֶׂה חֶסֶד לַאֲלָפִים לְאֹהֲבַי וּלְשֹׁמְרֵי מִצְוֹ‍תַי' תֵּיבַת 'לַאֲלָפִים' בְּהִפּוּךְ הִיא 'לִפְלָאִים' רוֹצֶה לוֹמַר הַפְּלָאִים שֶׁמַּרְאֶה הקב"ה לֶעָתִיד שֶׁגַּם בְּעֵינָיו יִפָּלֵא, כָּל זֶה עוֹשֶׂה בִּשְׁבִיל אוֹהֲבָיו וְשׁוֹמְרֵי מִצְוֹתָיו הֵם הַצַּדִּיקִים שֶׁבָּזֶה יִטַב לִבָּם וְיִשְׂמְחוּ בְּחָשְׁבָם שֶׁהֵם כִּבּוּשׁוֹ הַיֵּצֶר הָרַע.
« Et même le Saint béni soit-Il s'étonne avec eux, ainsi qu'il est dit (Zekharia 8,6) : <i>si cela est étonnant aux yeux du reste de ce peuple en ces jours-là, à Mes yeux aussi ce sera étonnant</i>. » Voici : on sait que cet étonnement dont s'étonne le Saint béni soit-Il, Il le produit aux yeux des justes afin de réjouir leur cœur, pour qu'ils pensent que ce sont eux qui ont vaincu le yetser hara -- comme l'a écrit le Rav Ohel Yaakov, de mémoire bénie, et les autres commentateurs, de mémoire bénie. Et tout cela, Il le fait par Sa bonté, bénie soit-Il, pour traiter celui qui n'a pas mérité comme s'il avait mérité. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, (Chemot 20,5) « et qui fait grâce jusqu'à mille générations (<i>la-alafim</i>) à ceux qui M'aiment et gardent Mes commandements » : le mot <i>la-alafim</i> (לאלפים), lettres inversées, donne <i>li-flaim</i> (לפלאים, les étonnements) -- c'est-à-dire que les étonnements que le Saint béni soit-Il montre dans l'avenir, quand « à Ses yeux aussi ce sera étonnant », Il les produit tous pour ceux qui L'aiment et gardent Ses commandements, c'est-à-dire les justes : car par là leur cœur sera réjoui et ils se réjouiront en pensant que ce sont eux qui ont vaincu le yetser hara.
💡 Explication

Voici la réponse à amai bakhou : on pleure, mais pas sur le yetser hara -- on pleure sur soi. La scène est un tribunal rétrospectif où l'adversaire de toute une vie est enfin rendu visible, et où chacun découvre du même coup la vraie mesure de ce qu'il a affronté.

Le renversement est parfait. Les tsadikim voient une montagne et pleurent de stupeur : ils n'avaient pas mesuré leur propre victoire. Les rechaim voient un fil de cheveu et pleurent de honte : rien, ou presque, ne les séparait de la victoire. La taille apparente du yetser n'est donc pas une donnée objective -- elle est le reflet du combat que chacun a mené, ou refuse de mener.

Le dernier trait est le plus étonnant : Dieu Lui-même tame imahem, s'étonne avec eux. Le Ben Yehoyada y lit un acte de bonté -- un étonnement mis en scène pour laisser aux justes le sentiment que la victoire fut vraiment la leur.

5
אָמַר רַב אַסִּי: יֵצֶר הָרָע בַּתְּחִילָּה דּוֹמֶה לְחוּט שֶׁל בֻּוכְיָא, וּלְבַסּוֹף דּוֹמֶה כַּעֲבוֹתוֹת הָעֲגָלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הוֹי מֹושְׁכֵי הֶעָוֹן בְּחַבְלֵי הַשָּׁוְא וְכַעֲבוֹת הָעֲגָלָה חַטָּאָה״.

Rav Assi a dit : le yetser hara ressemble au début à un fil de boukhia (toile d'araignée), et à la fin il ressemble aux câbles épais du chariot, ainsi qu'il est dit : « Malheur à ceux qui traînent la faute avec les cordes du néant, et le péché comme avec le câble du chariot » (Yechaya 5,18).

📜 Rachi (4)
שֶׁל בּוּכְיָא עַכָּבִישׁ שֶׁקּוֹרִין איריני"א:
L'araignée, que l'on appelle <i>iregne</i> [en langue vernaculaire].
וּלְבַסּוֹף מִשֶּׁאָדָם נִמְשָׁךְ אַחֲרָיו מְעַט מִתְגַּבֵּר וְהוֹלֵךְ בּוֹ:
Dès lors que l'homme se laisse un peu entraîner après lui, il va se renforçant en lui.
מֹושְׁכֵי הֶעָוֹן בְּחַבְלֵי הַשָּׁוְא בַּתְּחִלָּה הָיוּ מְבִיאִין אוֹתוֹ עֲלֵיהֶם ע"י חֲבָלִים שֶׁאֵינָן שֶׁל כְּלוּם:
Au début, ils l'amenaient sur eux au moyen de cordes qui ne sont rien du tout.
וְכַעֲבוֹת הָעֲגָלָה חֶבֶל עָבֶה שֶׁקּוֹשְׁרִין בּוֹ אֶת הַפָּרָה לְמַחֲרִישָׁה:
Une corde épaisse avec laquelle on attache la vache à la charrue.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יֵצֶר הָרָע בַּתְּחִלָּה דּוֹמֶה לְחוּט שֶׁל בֻּוכְיָא, וּלְבַסּוֹף דּוֹמֶה כַּעֲבוֹתוֹת הָעֲגָלָה. נִרְאֶה לָכֵן תִּמְצָא מִנְהַג אַנְשֵׁי עֲיָרֵינוּ יע"א שֶׁקּוֹרִין הַיְּהוּדִים לְחוּטֵי עַכָּבִישׁ 'חוּט הַשָּׂטָן' וְשֹׁורֶשׁ דָּבָר זֶה הוּא עַל פִּי מַאֲמָר זֶה כָּאן דְּרַבִּי אַסִּי. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁדִּימּוּ תְּחִלָּתוֹ לְבוּכְיָא שֶׁהוּא קוּרֵי עַכָּבִישׁ שֶׁאֵלּוּ נַעֲשִׂים מִן הָרִיר שֶׁל עַכָּבִישׁ כִּי כֵן יֵצֶר הָרַע תְּחִילָּתוֹ מִתְהַווֶּה אֵצֶל הָאָדָם מִן דִּיבּוּר אָסוּר שֶׁהוּא רִיר הַפֶּה. אוֹ יוּבַן לִרְמֹוז שֶׁהוּא נִימּוֹחַ עַל יְדֵי הַדְּמָעוֹת וְהַבְּכִיָּה תֵּכֶף כְּמוֹ קוּרֵי עַכָּבִישׁ דְּנִימּוֹחִים תֵּכֶף בְּמַיִם וְסוֹפוֹ כַּעֲבוֹת הָעֲגָלָה כִּי 'עָבוֹת' בְּהִפּוּךְ אַתָּווָן 'תּוּעַב' וְגַם הוּא לְמַפְרֵעַ 'תּוֹבֵעַ' כִּי מַרְאֶה עַצְמוֹ מְיַעֵץ לָאָדָם בְּאַהֲבָתוֹ בּוֹ אַךְ בֶּאֱמֶת הוּא תּוּעַב אוֹתוֹ כִּי אַחַר כָּךְ עוֹלֶה וּמְקַטְרֵג וְתוֹבֵעַ דִּין עָלָיו לְמַעְלָה כִּי הוּא שָׂטָן הוּא יֵצֶר הָרָע. גַּם אָמַר הָעֶגְלָה כִּי 'עֲגָלָה' בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון 'גָּעֲלָה' שֶׁגּוֹעֵל בָּאָדָם וְגַם הוּא בְּהִפּוּךְ אַתָּווָן 'לְעָגָה' שֶׁלּוֹעֵג וּמְשַׂחֵק בּוֹ. נִמְצָא תְּחִלָּתוֹ דּוֹמֶה לְעַכָּבִישׁ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַכָּבִישׁ 'עַיִן כַּף בִּישׁ' שֶׁעוֹשֶׂה לְעֵין הָאָדָם וְכַף הָאָדָם בְּיֵשׁ בַּעֲצָתוֹ כִּי כָּל מַעֲשֶׂה תִּתְיַחֵס לְכַף וְכָל הַתְחָלָה שֶׁל עֲבֵירָה תִּהְיֶה מִן הָעֵינַיִם. וְהִנֵּה זֶה הָעַכָּבִישׁ בִּלְשׁוֹן הַמִּקְרָא הוּא 'שֶׁמֵּמִית' וְחָלַק שְׁמוֹ לִשְׁתַּיִם וּקְרֵי בֵּיהּ ש' מֵמִית וְהַייְנוּ כִּי ש' מִסְפַּר 'יָצַר' שֶׁהוּא מֵמִית אֶת הָאָדָם הִיא דּוֹמָה לִשְׂמָמִית. וּבָזֶה יוּבַן (מִשְׁלֵי ל, כח) 'שֶׁמֵּמִית בְּיָדַיִם תִּתְפַּשׂ' רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁמֵּמִית זֶה יֵצֶר הָרַע בְּ'יָדַיִם' חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וּקְרֵי בָּהּ 'יָד מִי' דְּהַתְּשׁוּבָה מְכֻונֵּית בְּשֵׁם יָד בָּאָה מִן בְּחִינַת מ"י שֶׁהִיא הַבִּינָה שֶׁמִּשָּׁם אוֹר תְּשׁוּבָה עִלָּאָה בָּהּ נִתְפַּס הַיֵּצֶר הָרַע וְנִמְסָר בְּיַד הָאָדָם. וּבָזֶה יוּבַן דִּכְתִיב בִּישַׁעְיָה (יְשַׁעְיָה נט, ה) 'בֵּיצֵי צִפְעוֹנִי בִּקֵּעוּ וְקוּרֵי עַכָּבִישׁ יְאָרְגוּ' בֵּיצֵי צִפְעוֹנִי הֵם כּוֹחוֹת הַיֵּצֶר הָרַע שֶׁנִּקְרָא צִפְעוֹנִי, בִּקְּעוּ לְהוֹלִיד אֶפְרוֹחִים רָעִים וְאֵלֶּה תְּחִילָּתָם הָיוּ רַכִּים וְדַקִּים שֶׁהֵם כְּמוֹ קוּרֵי עַכָּבִישׁ הָרַכִּים וְדַקִּים כָּךְ הֵם יַאַרְגוּ בִּמְלָאַכְתָּם וְרַק הָאָדָם לֹא נִשְׁמַר מֵהֶם וְנָפַל בְּיָדָם.
« Le yetser hara ressemble au début à un fil de boukhia, et à la fin aux câbles du chariot. » Il apparaît que c'est pour cela que tu trouves l'usage des gens de notre ville -- que le Très-Haut la protège -- où les Juifs appellent les fils d'araignée « fil du Satan » : la racine de cette chose est ce propos même de Rabbi Assi, ici. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'ils ont comparé son commencement à la <i>boukhia</i>, c'est-à-dire à la toile d'araignée, c'est parce que celle-ci se forme de la bave de l'araignée : ainsi le yetser hara, à son commencement, se forme chez l'homme à partir d'une parole interdite, qui est la bave de la bouche. Ou bien on peut le comprendre comme une allusion à ce qu'il fond aussitôt sous les larmes et les pleurs, comme les toiles d'araignée qui fondent aussitôt dans l'eau. Et sa fin est « comme les câbles du chariot » : car <i>avot</i> (עבות), lettres inversées, donne <i>toev</i> (תועב, il abhorre), et lu à rebours <i>tovea</i> (תובע, il réclame) -- car il se donne pour le conseiller de l'homme, comme s'il l'aimait, alors qu'en vérité il l'abhorre, puisque ensuite il monte, accuse et réclame jugement contre lui en haut : car il est le satan, il est le yetser hara. Il dit aussi <i>ha-agala</i> (le chariot) : car <i>agala</i> (עגלה), lettres inversées, donne <i>gaala</i> (געלה, il a en dégoût), et aussi <i>laaga</i> (לעגה, il se moque) -- car il a l'homme en dégoût et se rit de lui. Il se trouve donc que son commencement ressemble à l'araignée (<i>akavich</i>) ; et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'<i>akavich</i> (עכביש) se lit <i>ayin kaf bich</i> : il rend mauvais (<i>bich</i>) l'œil (<i>ayin</i>) de l'homme et sa main (<i>kaf</i>) par son conseil -- car tout acte se rapporte à la main, et tout commencement de transgression vient des yeux. Or cette araignée, dans la langue de l'Écriture, se nomme <i>semamit</i> (שממית) ; divise son nom en deux et lis-y <i>chin memit</i> (ש ממית, le chin qui fait mourir) : car chin vaut 300, valeur de <i>yetser</i>, lequel fait mourir l'homme -- voilà pourquoi il est semblable à la <i>semamit</i>. Par là se comprend (Michlei 30,28) « la semamit se saisit avec les mains (<i>be-yadaim</i>) » : c'est-à-dire, cette semamit est le yetser hara ; « <i>be-yadaim</i> » -- divise le mot en deux et lis-y <i>yad Mi</i> (יד מי) : la techouva est désignée du nom de « main » et vient de l'aspect de <i>Mi</i> (מי), qui est la Bina, d'où vient la lumière de la techouva supérieure -- c'est par elle que le yetser hara est saisi et livré entre les mains de l'homme. Par là se comprend ce qui est écrit dans Yechaya (59,5) « ils font éclore des œufs de vipère (<i>tsifoni</i>) et tissent des toiles d'araignée » : les œufs de la vipère sont les forces du yetser hara, qui est appelé <i>tsifoni</i> ; « ils éclosent » pour enfanter de mauvais poussins, et ceux-ci sont d'abord tendres et fins comme les toiles d'araignée, tendres et fines -- ainsi tissent-ils leur ouvrage ; seulement l'homme ne s'en est pas gardé et est tombé entre leurs mains.
💡 Explication

Après la scène finale du jugement, la guemara revient au présent : comment le yetser hara opère-t-il, ici et maintenant ? La réponse de Rav Assi tient dans un écart d'échelle. Il n'attaque jamais de front ; il commence par un hout chel boukhia, un fil de toile d'araignée que rien ne semble justifier de craindre -- et c'est précisément ce qui le rend efficace.

Le verset de Yechaya contient déjà les deux états, dans l'ordre : d'abord les havlei ha-chav, les cordes du néant, puis le avot ha-agala, le câble de trait. Le glissement n'est pas l'œuvre du yetser mais celle de l'homme : chaque cession ajoute un brin au fil.

🖼️ Schéma
Rav Assi : du fil d'araignée au câble de chariot Le yetser hara ne change pas de nature, il change d'épaisseur -- et c'est l'homme qui la lui donne. BE-TEHILA -- au début hout chel boukhia un fil de toile d'araignée Rachi : akavich -- l'araignée. On le romprait d'un souffle. l'homme cède un peu OU-LE-VASSOF -- à la fin ka-avotot ha-agala comme les câbles épais du chariot Rachi : la corde épaisse dont on attache la vache à la charrue. Le verset (Yechaya 5,18) contient déjà les deux états hoy mochekhei hé-avon be-havlei ha-chav -- ve-kha-avot ha-agala hataa : on tire d'abord avec des cordes de rien, on finit attelé. Ben Yehoyada : la toile se fait de la bave de l'araignée -- comme le yetser naît d'une parole interdite, bave de la bouche. Et elle fond aussitôt dans l'eau : les larmes de la techouva la dissolvent, tant qu'elle n'est encore qu'un fil.
Le fil devient câble : le yetser ne grossit pas tout seul, c'est l'homme qui le tresse.
6
תָּנוּ רַבָּנַן: מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד שֶׁעָתִיד לְהִגָּלוֹת בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ, אוֹמֵר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: שְׁאַל מִמֶּנִּי דָּבָר וְאֶתֵּן לָךְ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֲסַפְּרָה אֶל חֹוק וְגוֹ׳ אֲנִי הַיּוֹם יְלִדְתִּיךָ. שְׁאַל מִמֶּנִּי וְאֶתְּנָה גוֹיִם נַחֲלָתֶךָ״. וְכֵיוָן שֶׁרָאָה מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף שֶׁנֶּהֱרַג, אוֹמֵר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! אֵינִי מְבַקֵּשׁ מִמְּךָ אֶלָּא חַיִּים. אוֹמֵר לוֹ: חַיִּים, עַד שֶׁלֹּא אָמַרְתָּ כְּבָר הִתְנַבֵּא עָלֶיךָ דָּוִד אָבִיךָ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חַיִּים שָׁאַל מִמְּךָ נָתַתָּה לוֹ וְגוֹ׳״.

Nos maîtres ont enseigné : à Machiah ben David, qui doit se révéler bientôt et de nos jours, le Saint béni soit-Il dit : demande-Moi une chose et Je te la donnerai, ainsi qu'il est dit : « Je proclamerai le décret, etc. -- aujourd'hui Je t'ai engendré. Demande-Moi, et Je te donnerai les nations pour héritage » (Tehilim 2,7-8).

Et lorsqu'il vit que Machiah ben Yossef avait été tué, il dit devant Lui : Maître du monde, je ne Te demande rien d'autre que la vie. Il lui répond : la vie ?

Avant même que tu ne l'aies dite, David ton père a déjà prophétisé sur toi, ainsi qu'il est dit : « il T'a demandé la vie, Tu la lui as donnée, etc. » (Tehilim 21,5).

📜 Rachi (2)
אֲסַפְּרָה עַל חוֹק אֲסַפֵּר דָּבָר זֶה לִהְיוֹת לְחֹק וּלְזִכָּרוֹן:
Je raconterai cette chose pour qu'elle soit un décret et un mémorial.
הַיּוֹם יַלָּדְתִּיךְ הַיּוֹם אֲגַלֶּה לַבְּרִיּוֹת שֶׁבְּנֵי אַתָּה:
Aujourd'hui Je révélerai aux créatures que tu es Mon fils.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אוֹמֵר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: בְּנִי, שְׁאַל מָה אַתָּה מְבַקֵּשׁ, וַאֲנִי נוֹתֵן לְךָ. יָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ הֶפְרֵשׁ בֵּין מַשְׁמָעוּת שְׁאֵלָה לְבֵין מַשְׁמָעוּת בַּקָּשָׁה כִּי בַּקָּשָׁה הִיא עַל הַתַּכְלִית וְהֵיכָן נִרְמְזָה בַּכָּתוּב הַזֶּה דְּלָא אָמַר אֶלָּא (תְּהִלִּים ב, ח) 'שְׁאַל מִמֶּנִּי'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנִרְמְזָה הַבַּקָּשָׁה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שָׁם) 'וַאֲחֻזָּתְךָ אַפְסֵי אֶרֶץ' וְהַיְינוּ סוֹף אוֹתִיּוֹת 'אֶרֶץ' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת 'בִּקֵּשׁ' רוֹצֶה לוֹמַר אֲנִי נוֹתֵן לְךָ רְשׁוּת עַל בַּקָּשָׁה גַּם כֵּן וְלֹא עַל שְׁאֵלָה בִּלְבַד. וְהֵשִׁיב 'אֵינִי מְבַקֵּשׁ מִמְּךָ אֶלָּא חַיִּים' פֵּירוּשׁ אוֹרוֹת הַמֹּוחִין שֶׁנִּקְרָאִים חַיִּים. גַּם חַיִּים 'חַי יָם' כְּלוֹמַר חִיבּוּר יְסוֹד הַנִּקְרָא חַי בַּמַּלְכוּת הַנִּקְרֵאת יָם בִּתְמִידוּת דְּלָא פְּסִיק, וְיָדוּעַ כִּי מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד הוּא יְסוֹד דְּלֵאָה וּמָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף יְסוֹד דְּרָחֵל וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י בְּפָרָשַׁת תְּצַוֶּה, לָכֵן בִּקֵּשׁ חַיִּים 'חַי יָם' עַל בְּחִינָתוֹ. וְלָזֶה אָמַר לוֹ הקב"ה כְּבָר הִתְנַבֵּא עָלֶיךָ דָּוִד אָבִיךָ (תְּהִלִּים כא, ה) 'חַיִּים שָׁאַל מִמְּךָ נָתַתָּה לוֹ' תֵּיבַת לוֹ עוֹלָה לֵאָה [36] כִּי לֵאָה אֵינָהּ בִּמְקוֹם הַמִּיתָה וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל אִם כֵּן יֵשׁ לְךָ חַיִּים בְּלָאו הָכִי גַּם לוֹ הַיְּסוֹד שֶׁכָּלוּל מִן שִׁשָּׁה קְצוֹת וְשִׁשָּׁה פְּעָמִים שִׁשָּׁה עוֹלֶה 'לוֹ'.
« Le Saint béni soit-Il lui dit : Mon fils, demande ce que tu veux et Je te le donne. » On sait qu'il y a une différence entre le sens de <i>chee'la</i> (la demande) et celui de <i>bakacha</i> (la requête), car la bakacha porte sur la finalité. Or où cela est-il suggéré dans ce verset, qui ne dit que « demande-Moi » (Tehilim 2,8) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la bakacha y est suggérée par ce qui est dit (ibid.) « et pour possession les extrémités de la terre (<i>afsei arets</i>) » : les lettres qui suivent celles d'<i>erets</i> (א-ר-ץ) sont ב-ש-ק, soit <i>bakèch</i> (requiers) -- c'est-à-dire : Je te donne permission sur la bakacha également, et non sur la chee'la seulement. Et il répondit : « je ne Te demande rien d'autre que la vie (<i>'hayim</i>) », c'est-à-dire les lumières des <i>mohin</i> (les cerveaux), qui sont appelées <i>'hayim</i>. Et aussi, <i>'hayim</i> (חיים) se lit <i>haï yam</i> (חי ים) : c'est-à-dire l'union du Yessod, appelé <i>Haï</i>, avec la Malkhout, appelée <i>Yam</i> (mer), de façon continue et sans interruption. Et l'on sait que Machiah ben David est le Yessod de Léa et Machiah ben Yossef le Yessod de Rahel, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar Maamarei Rachbi, parachat Tetsave ; c'est pourquoi il demanda <i>'hayim</i> -- <i>haï yam</i> -- selon son propre niveau. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il lui dit : David ton père a déjà prophétisé sur toi (Tehilim 21,5) « il T'a demandé la vie, Tu la lui as donnée (<i>natata lo</i>) » -- le mot <i>lo</i> (לו) vaut autant que <i>Léa</i> [36], car Léa n'est pas au lieu de la mort, ainsi qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie ; ainsi tu as la vie de toute façon. Et aussi, <i>lo</i> désigne le Yessod, qui est composé des six extrémités, et six fois six font <i>lo</i> [36].
💡 Explication

La baraita revient au premier terme de la mahloket -- Machiah ben Yossef tué -- et en tire une scène. Le Saint béni soit-Il offre à Machiah ben David un blanc-seing appuyé sur le Psaume 2 : chal mimeni, demande-Moi. On attendrait une demande à la mesure de l'offre : les nations, la terre, la royauté.

La réponse déplace tout : eini mevakech mimekha ela 'hayim -- je ne demande que la vie. Ayant vu tomber son précurseur, le messie ne demande pas le pouvoir mais de ne pas subir le même sort. Et la réponse divine est plus fine encore : la demande était déjà exaucée avant d'être formulée, par la bouche de David lui-même.

7
דָּרֵשׁ רַבִּי עַוִּירָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: שִׁבְעָה שֵׁמוֹת יֵשׁ לוֹ לְיֵצֶר הָרָע. הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא קְרָאוֹ ״רַע״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי יֵצֶר לֵב הָאָדָם רַע מִנְּעֻורָיו״. מֹשֶׁה קְרָאוֹ ״עָרֵל״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמַלְתֶּם אֵת עָרְלַת לְבַבְכֶם״. דָּוִד קְרָאוֹ ״טָמֵא״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֵב טָהוֹר בְּרָא לִי אֱ-לֹהִים״, מִכְּלָל דְּאִיכָּא טָמֵא.

Rabbi Avira, et certains disent Rabbi Yehochoua ben Levi, a exposé : le yetser hara a sept noms. Le Saint béni soit-Il l'a appelé « ra » (mauvais), ainsi qu'il est dit : « car le penchant du cœur de l'homme est mauvais dès sa jeunesse » (Bereichit 8,21).

Moche l'a appelé « arel » (incirconcis), ainsi qu'il est dit : « et vous circoncirez le prépuce de votre cœur » (Devarim 10,16). David l'a appelé « tame » (impur), ainsi qu'il est dit : « crée en moi un cœur pur, ô Dieu » (Tehilim 51,12) -- d'où l'on déduit qu'il en existe un impur.

🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁבַע שֵׁמוֹת יֵשׁ לוֹ לְיֵצֶר הָרָע. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי כד, טז) 'שֶׁבַע יִפּוֹל צַדִּיק וְקָם' אִם יִפֹּול בְּיַד הַיֵּצֶר הָרַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ שֶׁבַע שֵׁמוֹת לֹא יַעַזְבֶנּוּ הקב"ה בְּיָדוֹ אֶלָּא וְקָם. וְנִרְמָז בְּאוֹת וָא"ו עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא שִׁשָּׁה סְדָרִים כְּמִנְיַן וָא"ו וְהִיא תַּבְלִין לְיֵצֶר הָרַע וְזֶה וְקָם 'וָא"ו קָם' רוֹצֶה לוֹמַר עַל יְדֵי הַתּוֹרָה נַעֲשֶׂה קִימָה לַצַּדִּיק. נִמְצָא לְפִי זֶה שְׁמוֹת הַיֵּצֶר הָרַע הַכְּתוּבִים בַּתּוֹרָה הֵם שְׁנַיִם שֶׁהֵם שֵׁם 'רַע' שֶׁקְּרָאוֹ הקב"ה וְשֵׁם 'עָרֵל' שֶׁקְּרָאוֹ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה. וְנִרְאֶה לִי כִּי לָכֵן תִּמְצָא עִיקַּר שְׁמוֹ הַשָּׁגוּר בְּפִי הַכֹּל הוּא שֵׁם יֵצֶר הָרַע כִּי 'יָצַר' גֵּימַטְרְיָא 'עָרֵל' [300] וְהוּא שֵׁם שֶׁקְּרָאוֹ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וּ'רֶע' הוּא שֵׁם שֶׁקְּרָאוֹ הקב"ה וְנִמְצָא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת כָּל שְׁמוֹתָיו הֵם מִסֵּפֶר 'רַע מֵת' [רַע, עָרֵל, טָמֵא, שׂוֹנֵא, מִכְשׁוֹל, אֶבֶן, צְפוֹנִי =710 ] שֶׁסּוֹפוֹ חֵלֶק רַע שֶׁבּוֹ יִהְיֶה מֵת שֶׁיִּתְבַּטֵּל לְגַמְרֵי וְעִם שִׁבְעָה כּוֹלְלִים שֶׁל רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שְׁמוֹתָיו הֵם מִסְפַּר 'נַחַשׁ שָׂטָן' [717] בְּדִקְדּוּק.
« Le yetser hara a sept noms. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est le sens de ce verset (Michlei 24,16) : « sept fois le juste tombe et se relève (<i>va-kam</i>) » -- s'il tombe entre les mains du yetser hara, qui a sept noms, le Saint béni soit-Il ne l'abandonnera pas entre ses mains, mais « il se relève ». Et il est fait allusion, par la lettre vav [de <i>va-kam</i>], à la Torah orale, qui est six ordres, comme la valeur de vav, et qui est le <i>tavlin</i> (le remède) contre le yetser hara : c'est le sens de <i>va-kam</i> -- <i>vav kam</i>, c'est-à-dire que par la Torah se fait le relèvement du juste. Il ressort de là que les noms du yetser hara écrits dans la Torah sont deux : le nom <i>ra</i> que lui a donné le Saint béni soit-Il, et le nom <i>arel</i> que lui a donné Moche notre maître, la paix sur lui. Et il me semble que c'est pourquoi tu trouves que son nom principal, celui qui court sur toutes les lèvres, est « yetser hara » : car <i>yetser</i> (יצר) a la même valeur que <i>arel</i> (ערל) [300], nom donné par Moche notre maître, la paix sur lui, et <i>ra</i> est le nom donné par le Saint béni soit-Il. Et il se trouve que les initiales de tous ses noms totalisent la valeur de <i>ra met</i> (רע מת, le mal est mort) [ra, arel, tame, soné, mikhchol, even, tsefoni = 710] -- car sa fin est que la part mauvaise qui est en lui sera morte, c'est-à-dire entièrement annulée ; et avec les sept <i>kolelim</i> (unités d'ensemble) des initiales de ses noms, cela fait la valeur de <i>nahach chatan</i> (נחש שטן) [717], exactement.
מֹשֶׁה קְרָאוֹ: 'עָרֵל '. נִרְאֶה לִי בס"ד בִּזְמַן שֶׁקְּרָאוֹ הקב"ה 'רָע' לֹא הָיָה אָדָם מְצֻוֶּוה עֲדַייִן בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה כִּי לֹא נִצְטַוָּה וְנִתְחַייֵּב אֶלָּא בְּשֶׁבַע מִצְוֹת וְאִם כֵּן יֵצֶר הָרַע שֶׁל בִּיטּוּל תּוֹרָה לֹא הָיָה עֲדַייִן בָּעוֹלָם דְּאַף עַל גַּב דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן הָיָה עוֹסֵק בַּתּוֹרָה לֹא הָיָה מְצֻווֶּה בָּזֶה, אַךְ כְּשֶׁקִּבֵּל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה תּוֹרָה מִסִּינַי נִצְטַוּוּ יִשְׂרָאֵל בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה וְאָז נַעֲשָׂה יֵצֶר הָרַע שֶׁל בִּיטּוּל תּוֹרָה לְהַחֲטִיא אֶת הָאָדָם שֶׁלֹּא יַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה וְיָדוּעַ כִּי עֵסֶק הַתּוֹרָה הוּא רָמוּז בְּאוֹת לָמֶ"ד לָכֵן כְּשֶׁרָאָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁנַּעֲשָׂה יֵצֶר הָרַע לְבִיטּוּל תּוֹרָה הוֹסִיף אוֹת ל' עַל שֵׁם רַע שֶׁהָיָה לְיֵצֶר הָרַע מִתְּחִלָּה וּקְרָאוֹ 'עָרֵל '. וּמַה שֶׁקְּרָאוֹ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה בְּשֵׁם 'טָמֵא ', נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עִיקַּר הַכּוֹרֵת שֶׁמַּכְרִית הַיֵּצֶר הָרַע הוּא הַזְּמִירוֹת וְלָכֵן קֹודֶם נָחָשׁ יֵשׁ אוֹתִיּוֹת זֶמֶר, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד מַה שֶׁאָמַר הקב"ה לְנָחָשׁ (בְּרֵאשִׁית ג, טו) 'וְאֵיבָה אָשִׁית בֵּינְךָ וּבֵין הָאִשָּׁה וּבֵין זַרְעֲךָ וּבֵין זַרְעָהּ הוּא יְשׁוּפְךָ רֹאשׁ' כְּלוֹמַר בְּרֹאשׁ שִׁמְךָ שֶׁהוּא זֶמֶר שֶׁיִּתְגַּבֵּר עָלֶיךָ בּוֹ, 'וְאַתָּה תְּשׁוּפֶנּוּ עָקֵב' אוֹתִיּוֹת שֶׁלְּךָ, כִּי אַחַר נָחָשׁ יֵשׁ תס"ט לְשׁוֹן הַסְטַאָה שֶׁהוּא סוֹטָה אֶת הָאָדָם, וְהִנֵּה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה קְרָאוֹ 'טָמֵא' כִּי רָאָה דְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה קְרָאוֹ 'עָרֵל' וְאִם תָּסִיר מִסְפַּר זֶמֶר [247] מִן עָרֵל [300] יִשָּׁאֵר מִסֵּפֶר טָמֵא [50+כְּלָלוּת אוֹתִיּוֹת=53] שֶׁזֶּה הַחֵלֶק לֹא יִמְחֶה בְּזֶמֶר אֶלָּא בַּתּוֹרָה דְּמִבִּינָה נָפְקָא שֶׁיֵּשׁ בָּהּ חֲמִשִּׁים שְׁעָרִים וּבָזֶה מַכְנִיעַ וּמְבַטֵּל הַסִּטְרָא אַחֲרָא שֶׁהוּא מִסֵּפֶר חֲמִישִּׁים. אֲבָל שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה קְרָאוֹ 'שׂוֹנֵא' נִרְאֶה לִי כִּי לָקַח מִסְפַּר עָרֵל [300] שֶׁקָּרְאוּ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וּמִסְפָּר טָמֵא [50] שֶׁקְּרָאוֹ אָבִיו הֲרֵי כָּאן מִסְפַּר ש"ן וְהוֹסִיף עַל זֶה כְּלָלוּת אוֹתִיּוֹת 'עָרֵל טָמֵא' שֶׁהֵם שִׁשָּׁה הֲרֵי כָּאן שִׁי"ן וָא"ו נוּ"ן וְהוֹסִיף עוֹד אֶחָד כְּלָלוּת הַכֹּל הֲרֵי כָּאן אוֹתִיּוֹת 'שׂוֹנֵא' [357] . וּבָא יְשַׁעְיָה הַנָּבִיא ע"ה וּקְרָאוֹ 'מִכְשׁוֹל' כִּי לָקַח 'שׁוֹן' [356] מִן שׂוֹנֵא וְעָשָׂה מֵהֶם אוֹתִיּוֹת 'כָּשׁוֹל' [356] דְּמִכְשׁוֹל וְנִשְׁאַר אוֹת א' דְּשׂוֹנֵא הוֹסִיף עָלָיו מִסְפַּר זֶבֶל שֶׁהוּא כִּינּוּי לְיֵצֶר הָרַע וְכִינּוּי לַקְּלִיפָּה שֶׁנִּקְרֵאת זֶבֶל [39] כְּמוֹ שֶׁאָמַר מַר אֲדוֹנִי אָבִי זַ"ל הֲרֵי נַעֲשָׂה אוֹת א' מִסֵּפֶר מ' וְהִנִּיחַ עַל כָּשׁוֹל וְנַעֲשָׂה 'מִכְשׁוֹל' [396] . וּבָא יְחֶזְקֵאל הַנָּבִיא ע"ה וּקְרָאוֹ 'אֶבֶן' דְּיָדוּעַ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (בְּרֵאשִׁית א, לא) 'וְהִנֵּה טוֹב מְאֹד' בְּיוֹם שִׁישִּׁי וְדָרְשׁוּ רז"ל (בְּרֵאשִׁית רַבָּה ט, יא) 'טוֹב' זֶה יֵצֶר הַטּוֹב, 'מְאֹד' זֶה יֵצֶר הָרַע, וְקָשֶׁה אֵיךְ אוֹמֵר עַל יֵצֶר הָרַע 'מְאֹד'? אַךְ הַכַּוָּנָה הוּא עַל חֵלֶק הַטּוֹב שֶׁבְּיֵצֶר הָרַע כִּי אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִהְיֶה בּוֹ חֵלֶק טוֹב אֲשֶׁר מִמֶּנּוּ נַעֲשֵׂית פְּרִיָּה וּרְבִיָּה שֶׁשְּׁקוּלָה כְּנֶגֶד כָּל הַמִּצְוֹת וְלָזֶה הַחֵלֶק הַטּוֹב שֶׁבּוֹ קוֹרֵא אוֹתוֹ מְאֹד שֶׁהוּא 'טוֹב מְאֹד' וְזֶה הַחֵלֶק הַטּוֹב שֶׁבְּיֵצֶר הָרַע הוּא נִקְרָא גֶּשֶׁם שֶׁל הָאָדָם לָכֵן מִסְפַּר גֶּשֶׁם [343] הוּא מְסַפֵּר 'הִנֵּה מַה טּוֹב וּמַה נָעִים' (תְּהִלִּים קלג, א) . וְהִנֵּה יְחֶזְקֵאל הַנָּבִיא ע"ה רָאָה שֶׁקְּרָאוֹ יְשַׁעְיָה הַנָּבִיא ע"ה מִכְשׁוֹל [396] שֶׁהוּא מִסְפַּר שצ"ו הֵסִיר מִמֶּנּוּ מִסְפַּר גֶּשֶׁם [343] שֶׁהוּא חֵלֶק הַטּוֹב שֶׁבּוֹ שֶׁהוּא 'הִנֵּה מַה טּוֹב וּמַה נָעִים' וְנִשְׁאַר בּוֹ מִסְפַּר אֶבֶן שֶׁהוּא חֵלֶק הָרַע שֶׁבּוֹ לְכָךְ קְרָאוֹ 'אֶבֶן' [53] . אַךְ יוֹאֵל הַנָּבִיא ע"ה קְרָאוֹ 'צְפוֹנִי' כִּיוֵּן עַל יֵצֶר הָרַע הַמְצֻפִּין רֹועַ עֲצָתוֹ שֶׁהוּא מִתְחַפֵּשׁ בְּבִגְדֵי יֵצֶר הַטּוֹב שֶׁמְּדַבֵּר עִם הָאָדָם דְּבָרִים שֶׁמַּרְאֶה לוֹ שֶׁהוּא מְיַעֲצוֹ לִדְבַר מִצְוָה אַךְ תַּחְתֵּיהֶם תַּעֲמֹוד הַבַּהֶרֶת שֶׁמַּפִּילוֹ בָּזֶה בַּעֲבֵירָה וְלָזֶה הַיֵּצֶר הָרַע קְרָאוֹ 'צְפוֹנִי', וְלָכֵן עַל זֶה הַיֵּצֶר הָרַע הִבְטִיחָם הקב"ה (יוֹאֵל ב, כ) 'וְאֶת הַצְּפוֹנִי אַרְחִיק מֵעֲלֵיכֶם' כִּי יֵצֶר הָרַע הַגָּלוּי צָרִיךְ שֶׁהָאָדָם יְרַחֲקֵהוּ כִּי 'הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם' (בְּרָכוֹת לג:) .
« Moche l'a appelé <i>arel</i>. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'à l'époque où le Saint béni soit-Il l'a appelé <i>ra</i>, l'homme n'était pas encore commandé sur l'étude de la Torah, car il n'avait reçu commandement et obligation que sur les sept mitsvot ; ainsi le yetser hara du <i>bitoul Torah</i> (l'abandon de l'étude) n'existait pas encore dans le monde -- car même si Adam ha-richon s'occupait de Torah, il n'en avait pas reçu le commandement. Mais lorsque Moche notre maître, la paix sur lui, reçut la Torah du Sinaï, Israël fut commandé sur l'étude de la Torah, et alors se forma le yetser hara du bitoul Torah, pour faire fauter l'homme et l'empêcher d'étudier. Et l'on sait que l'étude de la Torah est évoquée par la lettre lamed ; c'est pourquoi, lorsque Moche notre maître, la paix sur lui, vit que s'était formé un yetser hara pour le bitoul Torah, il ajouta la lettre lamed au nom <i>ra</i> que le yetser hara portait au début, et il l'appela <i>arel</i>. -- Et quant au nom de <i>tame</i> que lui a donné le roi David, la paix sur lui, il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce qui tranche et retranche principalement le yetser hara, ce sont les <i>zemirot</i> (les chants) ; c'est pourquoi, avant [les lettres de] <i>nahach</i> (נחש), se trouvent les lettres de <i>zemer</i> (זמר). Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, ce que le Saint béni soit-Il a dit au serpent (Bereichit 3,15) : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance ; lui t'écrasera la tête » -- c'est-à-dire : par la tête de ton nom, qui est <i>zemer</i>, il te dominera ; « et toi tu le mordras au talon », [par] tes lettres [suivantes] : car après <i>nahach</i> se trouve [la valeur] 469, de la langue de <i>hastaa</i> (l'égarement), car il égare l'homme. Or le roi David, la paix sur lui, l'a appelé <i>tame</i> : car il vit que Moche notre maître, la paix sur lui, l'avait appelé <i>arel</i> [300] ; et si tu retranches la valeur de <i>zemer</i> [247] de celle d'<i>arel</i> [300], il reste la valeur de <i>tame</i> [50, avec le total des lettres : 53] -- car cette part-là ne s'efface pas par le chant, mais par la Torah, qui sort de la Bina, où il y a cinquante portes ; et par là on soumet et on annule la sitra a'hra, qui est le nombre cinquante. -- Mais le roi Chelomo, la paix sur lui, l'a appelé <i>soné</i> : il me semble qu'il a pris la valeur d'<i>arel</i> [300] donnée par Moche notre maître, la paix sur lui, et la valeur de <i>tame</i> [50] donnée par son père -- voilà le nombre 350 -- et il y a ajouté le total des lettres d'<i>arel tame</i>, qui sont six : voilà chin, vav, noun ; et il a encore ajouté un, le kolel de l'ensemble : voilà les lettres de <i>soné</i> [357]. -- Puis vint le prophète Yechaya, la paix sur lui, et l'appela <i>mikhchol</i> : car il prit <i>chin-vav-noun</i> [356] de <i>soné</i> et en fit les lettres <i>kaf-chin-vav-lamed</i> [356] de <i>mikhchol</i> ; et il resta la lettre alef de <i>soné</i>, à laquelle il ajouta la valeur de <i>zevel</i> (fumier) [39], qui est un surnom du yetser hara et un surnom de la kelipa appelée <i>zevel</i>, comme l'a dit mon maître et père, de mémoire bénie -- voilà que la lettre alef est devenue la valeur de mem [40], qu'il a posée sur <i>kachol</i>, et l'on obtient <i>mikhchol</i> [396]. -- Puis vint le prophète Ye'hezkel, la paix sur lui, et l'appela <i>even</i> : car on sait ce que dit l'Écriture (Bereichit 1,31) « et voici, c'était très bon (<i>tov meod</i>) » au sixième jour, et nos Sages ont exposé (Bereichit Rabba 9,11) : « <i>tov</i> », c'est le yetser tov ; « <i>meod</i> », c'est le yetser hara. Et cela fait difficulté : comment dire du yetser hara qu'il est <i>meod</i> ? Mais l'intention porte sur la part bonne du yetser hara, car il est impossible qu'il n'y ait pas en lui une part bonne, dont procède la procréation, qui équivaut à toutes les mitsvot ; c'est cette part bonne qu'il appelle <i>meod</i>, à savoir <i>tov meod</i>. Et cette part bonne du yetser hara est appelée le <i>guechem</i> (le corps) de l'homme ; c'est pourquoi la valeur de <i>guechem</i> [343] est celle de « <i>hine ma tov ou-ma naïm</i> » (Tehilim 133,1). Or le prophète Ye'hezkel, la paix sur lui, vit que le prophète Yechaya, la paix sur lui, l'avait appelé <i>mikhchol</i> [396] : il en retrancha la valeur de <i>guechem</i> [343], qui est sa part bonne, « <i>hine ma tov ou-ma naïm</i> », et il resta la valeur d'<i>even</i>, qui est sa part mauvaise -- c'est pourquoi il l'appela <i>even</i> [53]. -- Mais le prophète Yoël, la paix sur lui, l'a appelé <i>tsefoni</i> : il visait le yetser hara qui dissimule la malice de son conseil, qui se déguise dans les vêtements du yetser tov, parlant à l'homme de façon à lui montrer qu'il lui conseille une chose de mitsva, alors qu'en dessous se tient la tache [du mal] et qu'il le fait par là tomber dans la transgression -- c'est ce yetser hara-là qu'il a appelé <i>tsefoni</i>. Et c'est pourquoi, sur ce yetser hara, le Saint béni soit-Il leur a promis (Yoël 2,20) « et le tsefoni, Je l'éloignerai de vous » : car le yetser hara manifeste, c'est à l'homme de l'éloigner, puisque « tout est entre les mains du Ciel sauf la crainte du Ciel » (Berakhot 33b).
💡 Explication

Nouvelle unité : un catalogue en sept entrées, chacune formée du même triplet -- un nommeur, un nom, un verset. L'ordre n'est pas alphabétique mais chronologique : Dieu, puis Moche, puis David, puis Chelomo, puis les prophètes. On lit donc une histoire de la connaissance du yetser hara à travers ceux qui l'ont affronté.

Le troisième nom se distingue des deux premiers par sa méthode : le verset de David ne nomme pas le yetser, il demande un cœur pur. Le nom tame est obtenu mi-klal de-ika tame -- par déduction à rebours : si l'on doit demander un cœur pur, c'est qu'il en existe un impur.

8
שְׁלֹמֹה קְרָאוֹ ״שׂוֹנֵא״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִם רָעֵב שֹׂנַאֲךָ הַאֲכִילֵהוּ לָחֶם וְאִם צָמֵא הַשְׁקֵהוּ מָיִם כִּי גֶחָלִים אַתָּה חֹותֶה עַל רֹאשׁוֹ וַה׳ יְשַׁלֶּם לָךְ״. אַל תִּקְרֵי ״יְשַׁלֵּם לָךְ״, אֶלָּא ״יַשְׁלִימֶנּוּ לְךָ״.

Chelomo l'a appelé « soné » (ennemi), ainsi qu'il est dit : « Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger, et s'il a soif, donne-lui de l'eau à boire ; car ce sont des charbons ardents que tu amasses sur sa tête, et l'Éternel te le rendra » (Michlei 25,21-22). Ne lis pas « yechalem lakh » (Il te le rendra), mais « yachliménou lakh » (Il te le rendra pacifique).

📜 Rachi (4)
אִם רָעָב שַׁנָּאֵךְ יִצְרְךָ הָרָע רָעֵב וְתָאֵב לַעֲבֵירָה:
Ton yetser hara a faim et désire la transgression.
הַאֲכִילֵהוּ לֶחֶם הַטְרִיחֵהוּ בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה דִּכְתִיב לְכוּ לַחְמוֹ בְּלַחְמִי (מִשְׁלֵי ט׳:ה׳):
Fatigue-le par la guerre de la Torah, car il est écrit : « venez, mangez de mon pain » (Michlei 9,5).
הִשְׁקָהוּ מַיִם תּוֹרָה דִּכְתִיב בָּהּ הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם (יְשַׁעְיָהוּ נ״ה:א׳):
[Les eaux, c'est] la Torah, dont il est écrit : « Ho, quiconque a soif, allez vers les eaux » (Yechaya 55,1).
יַשְׁלִימֶנּוּ לְךָ שֶׁיְּהֵא שָׁלֵם יִצְרְךָ עִמְּךָ וְאוֹהַבְךָ וְאַל יַשִּׁיאֲךָ לַחֲטוֹא וְלֵיאָבֵד מִן הָעוֹלָם:
Que ton yetser soit entier (<i>chalem</i>) avec toi et t'aime, et qu'il ne t'incite pas à fauter et à te perdre du monde.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹמֹה קְרָאוֹ: 'שׂוֹנֵא', שֶׁנֶּאֱמַר : (מִשְׁלֵי כה, כא) "אִם רָעֵב שֹׂנַאֲךָ הַאֲכִילֵהוּ לָחֶם וְאִם צָמֵא הַשְׁקֵהוּ מָיִם, כִּי גֶחָלִים אַתָּה חֹתֶה עַל רֹאשׁוֹ, וָהּ' יְשַׁלֵּם לָךְ" אַל תִּקְרֵי: "יְשַׁלֵּם לְךָ", אֶלָּא: "יַשְׁלִימֶנּוּ לְךָ ". נִרְאֶה לִי בס"ד אָמְרוּ רז"ל (קִידּוּשִׁין ל:) בָּרָאתִי יֵצֶר הָרַע בָּרָאתִי לוֹ תּוֹרָה תַּבְלִין, וְתוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הִיא בְּחִינַת שֵׁם הֲוָיָ"ה וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה בְּחִינַת שֵׁם אדנ"י וְנִקְרְאוּ בְּשֵׁם לֶחֶם וּבְשֵׁם מַיִם , אֶחָד כְּנֶגֶד תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְאֶחָד כְּנֶגֶד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְעַל יְדֵי לִימּוּד שְׁנֵיהֶם שֶׁהֵם בְּחִינַת הוי"ה אדנ"י שֶׁמִּסְפָּרָם צ"א אָז גֶּחָלִים [91] שֶׁהֵם מִסְפַּר צ"א אַתָּה חֹתֶה עַל רֹאשׁוֹ וּפֵירֵשׁ מֵהֵיכָן יָבוֹאוּ גֶּחָלִים אֵלּוּ וְאָמַר וָהּ' יְשַׁלֵּם לְךָ , כָּל מָקוֹם שֶׁאוֹמֵר וָהּ' הַכַּוָּנָה הוּא וּבֵית דִּינוֹ כְּלוֹמַר שֵׁם הֲוָיָ"ה וְשֵׁם אדנ"י. וְאָמַר 'עַל רֹאשׁוֹ ' כִּי הַכְנָעַת הַסִּטְרָא אַחֲרָא בְּרֹאשׁ שֶׁלָּהֶם לָכֵן הַנָּחָשׁ נֶהֱרַג בְּרֹאשׁוֹ. וּמַה שֶׁאָמַר 'יַשְׁלִימֶנּוּ לְךָ' כִּי תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הִיא חֲמִשָּׁה סְפָרִים וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שִׁשָּׁה סְדָרִים אַךְ תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה כְּפוּלָה כְּמוֹ שֶׁאָמַר זְכַרְיָה הַנָּבִיא ע"ה 'מְגִלָּה עָפָה' (זְכַרְיָה ה, א) וְאִם כֵּן הִיא מִסְפַּר י"ב וְעִם חֲמִשָּׁה שֶׁל תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הֲרֵי י"ט וְאִם תּוֹסִיף י"ט עַל מִסְפַּר שׂוֹנֵא [357] יִהְיֶה מִסְפַּר שָׁלוֹם [376] וְזֶהוּ 'יַשְׁלִימֶנּוּ לְךָ' שֶׁמַּגִּיעַ לְךָ שָׁלוֹם גַּם מִן הַיֵּצֶר הָרַע וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ (תַּלְמוּד יְרוּשַׁלְמִי בְּרָכוֹת סז:) בְּאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה (נְחֶמְיָה ט, ח) 'וּמָצָאתָ אֶת לְבָבוֹ נֶאֱמָן לְפָנֶיךָ' לִבּוֹ לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא לְבָבוֹ.
« Chelomo l'a appelé <i>soné</i>, ainsi qu'il est dit (Michlei 25,21) : <i>si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger, et s'il a soif, donne-lui de l'eau à boire, car ce sont des charbons ardents que tu amasses sur sa tête, et l'Éternel te le rendra</i> -- ne lis pas <i>yechalem lakh</i> mais <i>yachliménou lakh</i>. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : nos Sages ont dit (Kiddouchin 30b) « J'ai créé le yetser hara, J'ai créé pour lui la Torah comme <i>tavlin</i> (remède) ». Or la Torah écrite est de l'ordre du Nom Havaya et la Torah orale de l'ordre du Nom Ado-nai, et elles sont appelées du nom de <i>le'hem</i> (pain) et du nom de <i>mayim</i> (eau), l'un en regard de la Torah écrite et l'autre en regard de la Torah orale ; et c'est par l'étude des deux, qui sont les aspects de Havaya et Ado-nai, dont la somme est 91, qu'alors « des charbons (<i>gehalim</i>) » [91], qui est le nombre 91, « tu amasses sur sa tête ». Et il précise d'où viennent ces charbons en disant « et l'Éternel te le rendra » : partout où il est dit « et l'Éternel (<i>va-Hachem</i>) », l'intention est « Lui et Son tribunal », c'est-à-dire le Nom Havaya et le Nom Ado-nai. Et il dit « sur sa tête », car la soumission de la sitra a'hra se fait à leur tête -- c'est pourquoi le serpent est mis à mort par la tête. Et quant à « <i>yachliménou lakh</i> » : la Torah écrite, ce sont cinq livres, et la Torah orale six ordres ; mais la Torah orale est double, comme l'a dit le prophète Zekharia, la paix sur lui, « un rouleau qui vole » (Zekharia 5,1) -- elle est donc du nombre 12, et avec les cinq de la Torah écrite cela fait 19 ; et si tu ajoutes 19 à la valeur de <i>soné</i> [357], cela donne la valeur de <i>chalom</i> [376]. C'est le sens de « <i>yachliménou lakh</i> » : la paix te vient aussi du yetser hara -- comme ils ont dit (Talmud de Jérusalem, Berakhot) d'Avraham notre père, la paix sur lui (Nehemia 9,8) « et Tu as trouvé son cœur (<i>levavo</i>) fidèle devant Toi » : il n'est pas dit <i>libo</i> mais <i>levavo</i> [les deux cœurs, les deux penchants].
💡 Explication

Le quatrième nom vient avec un mode d'emploi. Le verset de Michlei semble donner un conseil de générosité envers un adversaire humain ; lu du yetser hara, il devient une stratégie de combat : on ne l'affame pas, on le nourrit -- de Torah.

Rachi décode les deux aliments. Le le'hem (le pain) renvoie à lekhou lahamou be-lahmi, « venez, mangez de mon pain » (Michlei 9,5) : la Torah ; et le mot joue avec milhama, la guerre -- fatiguer le yetser par la joute de l'étude. Les mayim (les eaux) renvoient à hoy kol tsamé lekhou la-mayim (Yechaya 55,1) : la Torah encore.

Le al tikri final change l'horizon du combat. L'objectif n'est plus de vaincre le yetser mais de le rendre chalem, entier et en paix avec l'homme -- non plus un ennemi soumis, mais un allié.

9
יְשַׁעְיָה קְרָאוֹ ״מִכְשׁוֹל״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״סֹולּוּ סֹולּוּ פַּנּוּ דָרֶךְ הָרִימוּ מִכְשׁוֹל מִדֶּרֶךְ עַמִּי״. יְחֶזְקֵאל קְרָאוֹ ״אֶבֶן״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲסִרֹתִי אֶת לֵב הָאֶבֶן מִבְּשַׂרְכֶם וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב בָּשָׂר״. יוֹאֵל קְרָאוֹ ״צְפוֹנִי״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאֶת הַצְּפוֹנִי אַרְחִיק מֵעֲלֵיכֶם״. תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְאֶת הַצְּפוֹנִי אַרְחִיק מֵעֲלֵיכֶם״ — זֶה יֵצֶר הָרַע, שֶׁצָּפוּן וְעוֹמֵד בְּלִבּוֹ שֶׁל אָדָם.

Yechaya l'a appelé « mikhchol » (obstacle), ainsi qu'il est dit : « Frayez, frayez, aplanissez le chemin, ôtez l'obstacle du chemin de Mon peuple » (Yechaya 57,14). Ye'hezkel l'a appelé « even » (pierre), ainsi qu'il est dit : « et j'ôterai le cœur de pierre de votre chair, et Je vous donnerai un cœur de chair » (Ye'hezkel 36,26).

Yoël l'a appelé « tsefoni » (le caché, celui du nord), ainsi qu'il est dit : « et le tsefoni, Je l'éloignerai de vous » (Yoël 2,20). Nos maîtres ont enseigné : « et le tsefoni, Je l'éloignerai de vous » -- c'est le yetser hara, qui est tsafoun (caché) et se tient dans le cœur de l'homme.

📜 Rachi (1)
הַצְּפוֹנִי כְּדִמְפָרֵשׁ צָפוֹן בְּלִבּוֹ שֶׁל אָדָם:
Comme il l'explique : caché dans le cœur de l'homme.
💡 Explication

Les trois derniers noms achèvent une progression vers l'intériorité. Mikhchol est encore extérieur : une pierre en travers du chemin, qu'on peut ôter. Even a franchi la frontière : ce n'est plus un obstacle sur la route mais le lev ha-even, le cœur lui-même devenu pierre.

Tsefoni pousse le mouvement à son terme. La baraita en donne l'étymologie de façon explicite : tsafoun ve-omed be-libo chel adam -- il est tapi, en embuscade, dans le cœur de l'homme. Le nom joue sur le double sens de la racine (le nord, et ce qui est caché), et c'est le sens de dissimulation que la baraita retient : le plus redoutable des sept est celui qu'on ne voit pas venir.

10
״וְהִדַּחְתִּיו אֶל אֶרֶץ צִיָּה וּשְׁמָמָה״ — לִמְקוֹם שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם מְצוּיִין לְהִתְגָּרוֹת בָּהֶן. ״אֶת פָּנָיו אֶל הַיָּם הַקַּדְמֹונִי״ — שֶׁנָּתַן עֵינָיו בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן וְהֶחְרִיבוֹ, וְהָרַג תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבּוֹ. ״וְסֹופוֹ אֶל הַיָּם הָאַחֲרוֹן״ — שֶׁנָּתַן עֵינָיו בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי וְהֶחְרִיבוֹ, וְהָרַג תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבּוֹ. ״וְעָלָה בָאְשׁוֹ וְתַעַל צַחֲנָתוֹ״ — שֶׁמַּנִּיחַ אוּמוֹת הָעוֹלָם, וּמִתְגָּרֶה בְּשׂוֹנְאֵיהֶם שֶׁל יִשְׂרָאֵל. ״כִּי הִגְדִּיל לַעֲשׂוֹת״ — אָמַר אַבַּיֵּי: וּבְתַלְמִידֵי חֲכָמִים יוֹתֵר מִכֻּולָּם.

« Et Je le pousserai vers une terre aride et désolée » (Yoël 2,20) -- vers un lieu où les hommes ne se trouvent pas, pour qu'il puisse les exciter. « Sa face vers la mer orientale (ha-kadmoni) » -- car il a jeté les yeux sur le premier (moukdam) Temple et l'a détruit, et il a tué les talmidei hakhamim (les sages de la Torah) qui s'y trouvaient.

« Et son extrémité vers la mer dernière (ha-aharon) » -- car il a jeté les yeux sur le second (aharon) Temple et l'a détruit, et il a tué les talmidei hakhamim qui s'y trouvaient. « Et sa puanteur montera, et sa fétidité montera » -- car il laisse les nations du monde et s'attaque aux ennemis d'Israël [euphémisme pour Israël lui-même].

« Car il a fait de grandes choses » -- Abaye a dit : et [il s'attaque] aux talmidei hakhamim plus qu'à tous les autres.

📜 Rachi (2)
פָּנָיו אֶל הַיָּם הַקַּדְמֹונִי הַמִּקְדָּשׁ הָרִאשׁוֹן שֶׁהוּא כַּיָּם שֶׁהָיוּ הַכֹּל נִקְבָּצִים שָׁם כַּיָּם שֶׁכָּל הַנְּחָלִים הוֹלְכִים אֵלָיו:
Le premier Temple, qui est comme la mer, car tous s'y rassemblaient -- comme la mer, vers laquelle vont tous les fleuves.
וְעָלָה בְּאִשּׁוֹ וְצַחֲנָתוֹ וּמִפְּנֵי שֶׁהֶעֱלָה בְּאִשָּׁה וְסֵרָחוֹן שֶׁהִנִּיחַ הָאֻומּוֹת וְנִתְגָּרָה בְּיִשְׂרָאֵל:
Et parce qu'il a fait monter une puanteur et une infection, en laissant les nations et en s'attaquant à Israël.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(יוֹאֵל ב, כ) "וְהִדַּחְתִּיו אֶל אֶרֶץ צִיָּה וּשְׁמָמָה", לִמְקוֹם שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם מְצוּיִין לְהִתְגָּרוֹת בָּהֶן. פֵּירוּשׁ בְּנֻוקְבָּא דִּתְהוֹמָא רַבָּא, 'פָּנָיו אֶל הַיָּם הַקַּדְמֹנִי' שֶׁנָּתַן אֶת עֵינָיו בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן וְהֶחְרִיבוֹ וְכוּ' פֵּירֵשׁ הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם אִם תַּנִּיחַ אוֹת ע' בַּצְּפוֹנִי יִהְיֶה צִפְעוֹנִי שֶׁהוּא נָחָשׁ הַנּוֹשֵׁךְ עַייֵּן שָׁם. וּבָזֶה יוּבַן מַאֲמַר רז"ל (עֲבוֹדָה זָרָה כ.) 'מַלְאַךְ הַמָּוֶת מָלֵא עֵינַיִם' שֶׁמַּנִּיחַ עַיִ"ן בְּכָל צְפוֹנִי וּצְפוֹנִי אֲשֶׁר בַּלְּבָבוֹת בְּנֵי אָדָם. וּבָזֶה יוּבַן רֶמֶז הַכָּתוּב בְּאִיּוֹב (אִיּוֹב טז, ט) 'צֳרִי יִלְטֹושׁ עֵינָיו' שֶׁמַּנִּיחַ עַיִן בְּתוֹךְ צְפוֹנִי כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה צִפְעוֹנִי לְיִשֹּׁוךְ וְ'צֳרִי' אוֹתִיּוֹת 'יָצַר'. וּבָזֶה יוּבַן מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דִּמְצִיעָא (בָּבָא מְצִיעָא קז: עַל הַפָּסוּק בִּדְבָרִים ז, טו) וְהֵסִיר ה' מִמְּךָ כָּל חֹלִי - זֶה עַיִן , רוֹצֶה לוֹמַר עַיִ"ן שֶׁל צִפְעוֹנִי, וְלָכֵן נֶאֱמַר בְּבִלְעָם (בַּמִּדְבָּר כד, ד) 'נָפַל וְגִלּוּי עֵינַיִם' שֶׁהִנִּיחַ וְגִילָּה בַּעֲצָתוֹ אוֹת עַיִ"ן בְּכָל צְפוֹנִי שֶׁבִּלְבָבוֹת בְּנֵי אָדָם שֶׁעַל יְדֵי עֲצָתוֹ חָטְאוּ בִּזְנוּת בְּשִׁיטִּים וּבָזֶה נֵשׁוּכוּ שֶׁנָּפְלוּ כ"ד אֶלֶף. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרָם 'שֶׁנָּתַן אֶת עֵינָיו בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן וְהֶחְרִיבוֹ וְהָרַג תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שָׁבוּ', שֶׁזֶּה נִרְמַז בְּשֵׁם 'יֵצֶר רָע' שֶׁהוּא יִצָּרֵר ע' שֶׁהֵם שִׁבְעִים סַנְהֶדְרִין שֶׁיּוֹשְׁבִים בְּלִשְׁכַּת הַגָּזִית שֶׁהִיא בִּכְלַל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וּמְקֻודֶּשֶׁת וַעֲלֵיהֶם אָמַר 'הָרַג תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבּוֹ' רוֹצֶה לוֹמַר תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁיּוֹשְׁבִים בּוֹ שֶׁהֵם ע' סַנְהֶדְרִין וְלָזֶה אָמַר 'נָתַן עֵינָיו' רוֹצֶה לוֹמַר אוֹת עַיִ"ן שֶׁלּוֹ. אוֹ יוּבַן קֹודֶם אוֹתִיּוֹת 'יָצַר' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת 'קְטָף' שֶׁקָּטַף בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וּקְטָף תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבּוֹ, וְלָזֶה אָמַר (יוֹאֵל ב, כ) 'פָּנָיו' רוֹצֶה לוֹמַר מַה שֶׁרָמוּז בָּאוֹתִיּוֹת שֶׁקֹּודֶם שְׁמוֹ זֶה עָשָׂה 'אֶל הַיָּם הַקַּדְמֹנִי' הוּא בַּיִת רִאשׁוֹן שֶׁקָּטַף אוֹתוֹ, 'וְסִפּוֹ' רוֹצֶה לוֹמַר סוֹף אוֹתִיּוֹת יֵצֶר שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת 'כַּקַּשׁ' זֶה עָשָׂה 'אֶל הַיָּם הָאַחֲרוֹן' בַּיִת שֵׁנִי שֶׁשָּׂרַף אוֹתוֹ כִּשְׂרֵיפַת קַשׁ עַל יְדֵי טִיטוּס הָרָשָׁע שֶׁנִּשְׂרַף בְּאֵשׁ הֶדְיוֹט וְהָיָה כַּקַּשׁ לִשְׂרֵיפָה. גַּם נִרְמַז בְּמִסְפַּר 'כַּקַּשׁ' [420] שֶׁהוּא מִסְפַּר ת"ך שֶׁהָיָה זֶה בִּשְׁנַת ת"ך לְבִנְייָנוֹ. 'וְעָלָה בְּאִשּׁוֹ' שֶׁמַּנִּיחַ עַכּוּ"ם וּמִתְגָּרֶה בְּיִשְׂרָאֵל וְזֶה סֵרָחוֹנוֹ שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִטְעוֹן לְכָךְ נִבְרָא לְהַחֲטִיא וּשְׁלִיחוּתֵיהּ עֲבִיד דְּאִם כֵּן לָמָּה מַנִּיחַ עַכּוּ"ם וּמִתְגָּרֶה בְּיִשְׂרָאֵל?! 'וַתַּעַל צַחֲנָתוֹ' אוֹתִיּוֹת 'חֲצוֹת נו"ן' דְּאָז נֶחְצַץ נוּ"ן שֶׁל נָחָשׁ וְשָׂטָן לִהְיוֹת שְׁנֵי אוֹתִיּוֹת מ"י כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל.
(Yoël 2,20) « Et Je le pousserai vers une terre aride et désolée », vers un lieu où les hommes ne se trouvent pas pour qu'il les excite. Explication : dans le <i>noukba de-tehoma raba</i> (le gouffre du grand abîme). « Sa face vers la mer orientale », car il a jeté les yeux sur le premier Temple et l'a détruit, etc. Le Rav Petah Einayim a expliqué : si tu places la lettre ayin dans <i>tsefoni</i> (צפוני), cela donne <i>tsifoni</i> (צפעוני, la vipère), qui est le serpent qui mord ; vois-y. Par là se comprend le propos de nos Sages (Avoda Zara 20a) « l'ange de la mort est plein d'yeux » : il place un <i>ayin</i> dans chaque <i>tsefoni</i>, dans tous les <i>tsefoni</i> qui sont dans les cœurs des hommes. Par là se comprend l'allusion du verset dans Iyov (16,9) « mon adversaire (<i>tsari</i>) aiguise ses yeux » : il place un œil dans le <i>tsefoni</i> afin qu'il devienne <i>tsifoni</i> et morde -- et <i>tsari</i> (צרי) a les mêmes lettres que <i>yetser</i> (יצר). Par là se comprend ce qu'ils ont dit dans la guemara de Metsia (Baba Metsia 107b, sur Devarim 7,15) « et l'Éternel éloignera de toi toute maladie -- c'est l'œil [mauvais] », c'est-à-dire le <i>ayin</i> du <i>tsifoni</i>. Et c'est pourquoi il est dit de Bilam (Bamidbar 24,4) « tombant et les yeux découverts » : par son conseil il a placé et dévoilé la lettre <i>ayin</i> dans tous les <i>tsefoni</i> qui sont dans les cœurs des hommes -- car c'est par son conseil qu'ils ont fauté par la débauche à Chitim, et par là ils furent mordus, puisque vingt-quatre mille tombèrent. -- Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à leur parole « il a jeté les yeux sur le premier Temple et l'a détruit, et il a tué les talmidei hakhamim qui s'y trouvaient » : cela est suggéré dans le nom <i>yetser ra</i> (יצר רע), qui se lit <i>yitsror ayin</i> (יצרר ע) -- ce sont les soixante-dix (<i>ayin</i> = 70) du Sanhédrin qui siègent à la Lichkat ha-Gazit, laquelle fait partie du Temple et est sanctifiée ; c'est d'eux qu'il est dit « il a tué les talmidei hakhamim qui s'y trouvaient », c'est-à-dire les talmidei hakhamim qui y siègent, les soixante-dix du Sanhédrin ; et c'est pourquoi il dit « il a jeté les yeux (<i>einav</i>) », c'est-à-dire sa lettre <i>ayin</i>. -- Ou bien on peut comprendre : avant les lettres de <i>yetser</i> (יצר) se trouvent les lettres <i>katef</i> (קטף, il a cueilli), car il a cueilli le Temple et cueilli les talmidei hakhamim qui s'y trouvaient. C'est pourquoi il dit (Yoël 2,20) « sa face (<i>panav</i>) », c'est-à-dire : ce qui est suggéré par les lettres qui précèdent son nom, il l'a fait « vers la mer orientale », c'est-à-dire le premier Temple, qu'il a cueilli. « Et son extrémité (<i>sofo</i>) », c'est-à-dire les lettres qui suivent celles de <i>yetser</i>, qui sont les lettres <i>kakach</i> (כקש) : cela, il l'a fait « vers la mer dernière », le second Temple, qu'il a brûlé comme on brûle du chaume (<i>kach</i>), par Titus le méchant, lequel fut brûlé par un feu ordinaire et fut comme du chaume pour la brûlure. Et il est aussi fait allusion, par la valeur de <i>kakach</i> [420], au nombre 420, car cela eut lieu la quatre cent vingtième année de sa construction. « Et sa puanteur montera » -- car il laisse les idolâtres et s'attaque à Israël ; et c'est là sa fétidité, car il ne peut plaider qu'il a été créé pour faire fauter et qu'il accomplit sa mission -- car s'il en était ainsi, pourquoi laisse-t-il les idolâtres et s'attaque-t-il à Israël ?! « Et sa fétidité montera (<i>tsahanato</i>) » -- les lettres [de צחנתו] donnent <i>hatsot noun</i> (חצות נו״ן), car alors est retranché le noun de <i>nahach</i> et de <i>satan</i>, pour qu'il ne reste que les deux lettres <i>mi</i> (מ״י), comme l'ont dit les kabbalistes, de mémoire bénie.
💡 Explication

La baraita lit le verset de Yoël mot à mot, comme un acte d'accusation. Chaque membre du verset devient un chef d'inculpation : où l'on exilera le yetser (un désert sans personne à corrompre), ce qu'il a détruit (les deux Temples et leurs sages), et ce qui fait sa puanteur particulière -- non pas de faire fauter, ce pour quoi il fut créé, mais de choisir sa cible : il laisse les nations tranquilles et s'acharne sur Israël.

La conclusion d'Abaye resserre encore le cercle : ou-ve-talmidei hakhamim yoter mi-koulam. Ce n'est pas une remarque en passant -- c'est la transition vers les segments suivants, où Abaye va en faire lui-même l'expérience.

11
כִּי הָא דְּאַבָּיֵי שַׁמְעֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דְּקָאָמַר לְהַהִיא אִתְּתָא: נַקְדִּים וְנִיזֵּיל בְּאוֹרְחָא. אֲמַר: אֵיזִיל אַפְרְשִׁינְהוּ מֵאִיסּוּרָא. אֲזַל בָּתְרַייְהוּ תְּלָתָא פַּרְסֵי בְּאַגְמָא. כִּי הֲווֹ פָּרְשִׁי מֵהֲדָדֵי, שַׁמְעִינְהוּ דְּקָא אָמְרִי: אוֹרְחִין רַחִיקָא, וְצַוְותִּין בְּסִימָא.

Comme dans ce fait d'Abaye : il entendit un certain homme dire à une certaine femme : levons-nous tôt et faisons route ensemble. Il se dit : je vais aller les séparer de l'issour (l'interdit).

Il marcha derrière eux trois parsaot (parasanges) dans les roseaux du marais. Lorsqu'ils se séparèrent l'un de l'autre, il les entendit qui disaient : notre route était longue, et douce fut notre compagnie.

📜 Rachi (4)
נַקְדִּים וְנִיזֵּיל בְּאוֹרְחָא נַשְׁכִּים בְּהַשְׁכָּמָה קֹודֶם הַיּוֹם הַשְׁכָּמָה קָרֵי קַדְמוּתָא בַּשַּׁ"ס:
Levons-nous de bon matin, avant le jour ; le lever matinal est appelé <i>kadmouta</i> dans le Talmud.
כִּי הֲווֹ פָּרְשִׁי מֵהֲדָדֵי שֶׁהָיוּ מִשְׁתֵּי עֲייָרוֹת וְהִגִּיעוּ לְפָרָשַׁת דְּרָכִים פֵּירֵשׁ זֶה לְכָאן וְזוֹ לְכָאן:
Ils étaient de deux villes différentes ; parvenus au croisement des chemins, l'un partit d'un côté et l'autre de l'autre.
אוֹרְחָא רַחִיקָא דֶּרֶךְ רְחוֹקָה הִיא בֵּין שְׁתֵּי מְקוֹמוֹתֵינוּ וְאִי אֶפְשֵׁינוּ עוֹד לֵילֵךְ יַחַד:
La route est longue entre nos deux localités, et nous ne pouvons plus aller ensemble.
וְצַווְתִּין בְּסִימָא אִילּוּ הָיִינוּ יְכוֹלִים לֵילֵךְ בְּדֶרֶךְ אֶחָד הָיָה נָעִים צֶוֶות שֶׁלָּנוּ:
Si nous avions pu aller par un même chemin, notre compagnie eût été agréable.
💡 Explication

La guemara illustre le mot d'Abaye du segment précédent -- le yetser s'attaque aux sages plus qu'à tous -- par une histoire dont Abaye est lui-même le héros, et la victime. Le point de départ est une conduite exemplaire : entendant une phrase équivoque, il ne juge pas, il ne dénonce pas, il escorte, sur trois parsaot -- une douzaine de kilomètres -- et par le marais, pour n'être pas vu.

Le retournement tient dans la dernière phrase. Rien ne s'est passé. Les deux voyageurs se séparent sur une remarque parfaitement innocente : orhin rehika ve-tsavtin bessima. Abaye avait supposé une faute, et il n'y en a pas eu -- ce qui va lui apprendre quelque chose non pas sur eux, mais sur lui.

🖼️ Schéma
L'épisode d'Abaye : celui qui surveille découvre qui il est Quatre temps -- et un retournement : la faute n'a pas eu lieu, mais le verdict tombe sur le surveillant. 1. Il entend Un homme dit à une femme : nakdim ve-nezil be-orha -- levons-nous tôt et faisons route ensemble. 2. Il les suit Trois parsaot dans les roseaux du marais -- afrechinhou me-issoura : pour les séparer de l'interdit. 3. Rien n'arrive Ils se séparent en disant : orhin rehika ve-tsavtin bessima -- notre route était longue, et douce la compagnie. 4. Le verdict qu'Abaye porte sur lui-même i maan de-sani li hava, la hava matsi le-okoumei nafcheih -- si c'avait été celui que je hais (lui-même), il n'aurait pas tenu. Le sava le relevé kol ha-gadol me-havero, yitsro gadol heimenou -- quiconque est plus grand que son prochain, son yetser est plus grand que lui. Ce n'est pas une consolation de circonstance : c'est la loi qui explique pourquoi Abaye voit ce que les deux voyageurs ne voient pas.
L'épisode d'Abaye en quatre temps : la surveillance se retourne en verdict sur le surveillant.
12
אָמַר אַבַּיֵּי: אִי מַאן דְּסָנֵי לִי הֲוָה, לָא הֲוָה מָצֵי לְאוֹקוֹמֵי נַפְשֵׁיהּ. אֲזַל תְּלָא נַפְשֵׁיהּ בְּעִיבּוּרָא דְּדָשָׁא וּמִצְטַעֵר. אֲתָא הַהוּא סָבָא, תְּנָא לֵיהּ: כָּל הַגָּדוֹל מֵחֲבֵירוֹ — יִצְרוֹ גָּדוֹל הֵימֶנּוּ.

Abaye dit : si c'avait été celui que je hais [euphémisme pour lui-même], il n'aurait pas pu se maîtriser. Il alla s'appuyer contre le montant de la porte, dans la peine.

Un certain vieillard vint et lui enseigna : quiconque est plus grand que son prochain, son yetser est plus grand que le sien.

📜 Rachi (2)
אִי מַאן דְּסָנֵי לִי אִם הָיָה שׂוֹנְאֵי מִתְייַחֵד עִם הָאִשָּׁה לָא הֲוָה מָצֵי אוֹקוֹמֵי אַנַּפְשֵׁיהּ מִלַּחֲטוֹא וְעַל עַצְמוֹ הָיָה אוֹמֵר:
Si mon ennemi [= lui-même] s'était isolé avec cette femme, il n'aurait pas pu se retenir de fauter -- et c'est de lui-même qu'il parlait.
תְּלָא נַפְשֵׁיהּ נִשְׁעָן עַל בְּרִיחַ הַדֶּלֶת כְּאָדָם שֶׁמְּחַשֵּׁב וּמִצְטַעֵר:
Il s'appuya sur la barre de la porte, comme un homme qui réfléchit et se désole.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲזַל תָּלָה נַפְשֵׁיהּ בְּעִיבְרָא דְּדַשָּׁא. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל נִשְׁעָן עַל בְּרֵיחַ הַדֶּלֶת כְּאָדָם שֶׁמְּחַשֵּׁב וּמִצְטַעֵר. וְיֵשׁ לְהָבִין לָמָּה לֹא נִשְׁעָן עַל כֹּותֶל וְכַיּוֹצֵא וְהָלַךְ לְהִשָּׁעֵן אֵצֶל הַדֶּלֶת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא (שַׁבָּת לא:) מַכְרִיז רַבִּי יַנַּאי חֲבָל עַל דְּלֵית לֵיהּ דָּרְתָא וְתַרְעָא לְבֵיתֵיהּ עֲבִיד, דִּמְדַמֶּה הַיִּרְאָה לְבַיִת וְהַחָכְמָה לְשַׁעֵר, וְלָכֵן אַבַּיֵּי שֶׁחָשַׁב בְּדַעְתּוֹ דְּלָא הֲוָה מָצֵי לְאוֹקְמֵיהּ אַנַּפְשֵׁיהּ אִם הָיָה מִתְייַחֵד עִם אִשָּׁה נִמְצָא עוֹדֶנּוּ בְּחָכְמָה שֶׁהִיא שַׁעַר וְלֹא נִכְנַס עֲדַיִין לִשְׁלֵימוּת הַיִּרְאָה שֶׁהִיא בַּיִת לָכֵן הָיָה נִשְׁעָן וְעוֹמֵד אֵצֶל הַדֶּלֶת רוֹצֶה לוֹמַר עוֹדֶנִּי בַּשַּׁעַר וְלֹא נִכְנַסְתִּי לַבַּיִת שֶׁהוּא שְׁלֵימוֹת הַיִּרְאָה.
« Il alla s'appuyer contre le montant de la porte. » Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : il s'appuya sur la barre de la porte comme un homme qui réfléchit et se désole. Il y a lieu de comprendre : pourquoi ne s'est-il pas appuyé contre un mur ou quelque chose de semblable, et est-il allé s'appuyer auprès de la porte ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est enseigné dans la guemara (Chabbat 31b) : Rabbi Yannai proclamait -- malheur à celui qui n'a pas de maison (<i>darta</i>) et qui fait une porte (<i>tar'a</i>) à sa maison -- comparant ainsi la crainte [du Ciel] à la maison, et la sagesse à la porte. Aussi Abaye, qui pensa en lui-même qu'il n'aurait pas pu se maîtriser s'il s'était isolé avec une femme, se trouvait encore dans la sagesse, qui est la porte, et n'était pas encore entré dans la perfection de la crainte, qui est la maison ; c'est pourquoi il se tenait appuyé auprès de la porte, c'est-à-dire : je suis encore au portail et je ne suis pas entré dans la maison, qui est la perfection de la crainte.
תְּנָא לֵיהּ הַהוּא סָבָא: כָּל הַגָּדוֹל מֵחֲבֵרוֹ, יִצְרוֹ גָּדוֹל מִמֶּנּוּ. יֵשׁ לְהָבִין אֵיךְ נִתְייַשְּׁבָה דַּעְתּוֹ בִּדְבָרִים אֵלּוּ דְּאִם הוּא יִצְרוֹ גָּדוֹל מִיִּצְרָם שֶׁל אוֹתָם הָאִישׁ וְהָאִשָּׁה הִנֵּה גַּם הוּא גָּדוֹל כּוֹחוֹ מִכּוֹחָם לְשַׁבֵּר וְלִכְפּוֹת יִצְרוֹ, וְאַמַּאי הוּא שִׁיעֵר בְּדַעְתּוֹ דְּלָא מָצֵי וְהֵם מָצוּ וְלָא אִכְפַּת לְהוּ כְּלָל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרָמַז לוֹ כִּי הַשְׁעָרָתוֹ זֹאת לֹא הָיְתָה מְכֻוֶּונֶת כִּי מֵחֲמַת שֶׁהוּא אֵינוֹ מְלֻומָּד בְּכָךְ נִרְאֶה לוֹ אוֹתוֹ דְּבַר חִידּוּשׁ וּלְכָךְ שִׁיעֵר בְּעַצְמוֹ אַךְ הֵם הָיוּ מֻורְגָּלִים בְּכָךְ וְלָא אִכְפַּת לְהוּ.
« Un certain vieillard lui enseigna : quiconque est plus grand que son prochain, son yetser est plus grand que lui. » Il y a lieu de comprendre comment cette parole a apaisé son esprit : car si son yetser est plus grand que celui de cet homme et de cette femme, sa force aussi est plus grande que la leur pour briser et soumettre son yetser -- pourquoi donc a-t-il estime en son esprit que lui n'aurait pas pu, alors qu'eux l'ont pu et que cela ne leur coûtait rien du tout ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il lui a fait entendre que cette estimation n'était pas juste : parce que lui n'est pas accoutumé à cela, la chose lui a paru extraordinaire, et c'est ainsi qu'il a estimé de lui-même ; mais eux y étaient habitués, et cela ne leur coûtait rien.
💡 Explication

Abaye tire de l'épisode la conclusion la plus dure possible, et il la formule par un euphémisme classique -- maan de-sani li, « celui que je hais » : on ne s'attribue pas à soi-même un tel jugement en clair. Le sens est net : moi, dans cette situation, je n'aurais pas tenu là où ces deux inconnus ont tenu sans effort.

Le geste qui suit est celui d'un homme accablé : il va s'appuyer contre la porte. Le Ben Yehoyada refuse d'y voir un simple détail de décor et lit le lieu : la porte est le seuil, la 'hokhma (la sagesse) ; la maison est la yira (la crainte du Ciel). Abaye se tient au seuil, pas encore entré.

Le vieillard le relève par une règle générale : kol ha-gadol me-havero, yitsro gadol heimenou. Le yetser n'est pas une constante distribuée également -- il est proportionné à la stature de celui qu'il affronte. La lucidité d'Abaye n'est donc pas le signe d'une faiblesse mais de sa grandeur.

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אָמַר רַבִּי יִצְחָק: יִצְרוֹ שֶׁל אָדָם מִתְגַּבֵּר עָלָיו בְּכָל יוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רַק

Rabbi Yitshak a dit : le yetser de l'homme se renforce sur lui chaque jour, ainsi qu'il est dit : « rak (seulement)

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: יִצְרוֹ שֶׁל אָדָם מִתְחַדֵּשׁ עָלָיו בְּכָל יוֹם וְיוֹם. כָּךְ גִּירְסָא הָעִקָּרִית דְּגָרְסִינַן כָּאן מִתְחַדֵּשׁ וּבְדִבְרֵי רֵישׁ לָקִישׁ מִתְגַּבֵּר. וְנִרְאֶה לִי בס"ד רַבִּי יִצְחָק אַיְירֵי בְּיֵצֶר הָרַע הַנִּמְשָׁךְ וּבָא מִצַּד הַקְּלִיפָּה, וְלָזֶה אָמַר מִתְחַדֵּשׁ כִּי כְּנֶגֶד כָּל יוֹם יֵשׁ קְלִיפָּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ, אַךְ רֵישׁ לָקִישׁ אַיְירֵי בְּיֵצֶר הָרַע הַנִּמְשָׁךְ וּבָא מִצַּד חֹומֶר הֶעָכוּר שֶׁבָּאָדָם וְזֻוהֲמַת הַנָּחָשׁ הַכְּרוּכָה בּוֹ וּכְנֶגֶד זֶה אָמַר מִתְגַּבֵּר.
« Rabbi Yitshak a dit : le yetser de l'homme se renouvelle sur lui chaque jour. » Telle est la version principale, car nous lisons ici <i>mithadech</i> (il se renouvelle), et dans les paroles de Rech Lakich <i>mitgaber</i> (il se renforce). Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yitshak parle du yetser hara qui découle et provient du côté de la kelipa ; c'est pourquoi il dit « il se renouvelle », car en regard de chaque jour il y a une kelipa distincte. Mais Rech Lakich parle du yetser hara qui découle et provient du côté de la matière trouble qui est en l'homme et de la souillure du serpent qui y est attachée ; et c'est en regard de cela qu'il dit « il se renforce ».
💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu de la citation : le verset invoqué est Bereichit 6,5, rak ra kol ha-yom -- « seulement mauvais tout le jour » -- et la suite du développement se lit en 52b.

Le mot d'ordre de Rabbi Yitshak ferme la boucle ouverte par Rav Assi et par l'épisode d'Abaye : le yetser n'est pas un adversaire qu'on vainc une fois. Il se renforce chaque jour, ce qui signifie aussi que la victoire d'hier ne protège pas aujourd'hui.

Le Ben Yehoyada signale ici une variante de girsa importante : la version qu'il tient pour principale lit mithadech (il se renouvelle) au nom de Rabbi Yitshak, et réserve mitgaber (il se renforce) à Rech Lakich -- et il fait de cet écart de vocabulaire une distinction de fond entre deux sortes de yetser.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).