Sukkah 52b — Anatomie du yetser hara, les quatre artisans de la délivrance, et le retour à la menorah du Beit haChoéva

Sukkah 52b

Sougya : Le grand développement aggadique ouvert en 52a se poursuit et culmine ici. Reich Lakich pose le théorème : le penchant au mal attaque chaque jour et cherche la mort de l'homme, qui ne s'en sort que par un secours d'en haut.

L'école de Rabbi Yichmael donne le seul remède — le traîner au beit hamidrach : pierre, il se dissout ; fer, il éclate ; et Tossefot ouvre une longue discussion sur qui, du marteau ou du roc, brise l'autre. Suivent quatre approfondissements : le yetser est aussi le témoin à charge du monde à venir (sahada = manon par l'atbach de Rabbi Hiya) ; il commence hors de l'homme et finit en lui ; il monte de passant à hôte puis à maître de maison ; et il se nourrit de ce qui le rassasie.

Vient alors la liste des quatre créations regrettées — exil, Kasdim, Yichmeélim, yetser hara — et le contrepoids de Rabbi Yo'hanan : trois versets seulement empêchent Israël de s'effondrer sous le poids de sa propre faute. La sougya bascule ensuite vers la fin des temps : les quatre artisans de Zekharia (deux Machia'h, Eliahou, le kohen tsedek), l'objection de Rav Chechet et sa capitulation devant Hana en aggada, puis les sept bergers autour de David et les huit princes.

Le folio revient enfin à la michna : la menorah de cinquante coudées, ses quatre échelles, les quatre jeunes kohanim et leurs trente log chacun — plus forts que le fils de Marta bat Baytos, non par la charge mais par la raideur de la montée.

Le fil du folio : diagnostic du yetser, puis pronostic de la délivrance, puis retour au rite Un même folio tient trois registres : la psychologie morale, l'eschatologie, la michna du Beit haChoéva. Mouvement 1 (seg. 0-5) -- Anatomie du yetser hara : ce qu'il est, ce qu'il devient Reich Lakich : il attaque chaque jour et vise la mort ; sans aide d'en haut l'homme ne tient pas. École de R. Yichmael : le seul remède est le beit hamidrach. Pierre -> dissoute ; fer -> éclate. R. Yonatan : il incite ici-bas, puis il témoigne contre l'homme là-haut (sahada = manon). Rav Houna : d'abord au-dehors, ensuite au-dedans. Rava : passant, puis hôte, puis maître de maison. Enjeu : le yetser n'est pas un état mais un processus. Chaque enseignement décrit une étape de son emprise. Mouvement 2 (seg. 6-9) -- Le regret et le contrepoids Quatre créations regrettées : galout, Kasdim, Yichmeélim, yetser hara -- chacune avec son verset. R. Yo'hanan renverse la charge : trois versets attestent que le cœur est aussi entre les mains de Hachem. Rav Papa en ajoute un quatrième : "je mettrai mon esprit au-dedans de vous". Enjeu : si le yetser est une création regrettée, l'homme n'en porte pas seul le poids -- sinon il s'effondre. Mouvement 3 (seg. 10-12) -- Les figures de la fin Quatre artisans de Zekharia : Machia'h ben David, Machia'h ben Yossef, Eliahou, le kohen tsedek. Objection de Rav Chechet, réfutée par la fin du verset ; il cède : en aggada, Hana est le plus fort. Sept bergers autour de David au centre, et huit princes d'hommes (Mikha 5, 4). Enjeu : après avoir décrit la maladie, la sougya nomme les médecins -- personnes, non mécanismes. Mouvement 4 (seg. 13-16) -- Retour à la michna : la menorah et ses porteurs Menorah de 50 coudées, quatre échelles, quatre jeunes kohanim, 120 log en tout (30 chacun). Ils surpassent le fils de Marta bat Baytos -- non par le poids porté, mais par la raideur de la montée. Le folio se referme sur la clarté du Beit haChoéva qui atteignait chaque cour de Yerouchalayim. Enjeu : la sougya passe de la nuit intérieure de l'homme à la nuit illuminée de la ville. Le lien n'est pas fortuit.
Les quatre mouvements du folio : anatomie du yetser, regret et contrepoids, figures de la fin, retour à la menorah.
L'escalade du yetser hara : quatre enseignements, une seule courbe Trois maîtres décrivent le même mouvement avec des images différentes : de l'extérieur vers l'intérieur. jeunesse / première rencontre emprise achevée הלך helekh -- le passant Rachi : il passe son chemin, il ne loge pas. אורח orea'h -- l'hôte Rachi : un hôte de passage, qui loge chez lui. איש ich -- le maître de maison Rachi : baal habayit. Il n'est plus reçu, il reçoit. Les autres formulations de la même courbe Rav Houna : d'abord "il les a égarés" (du dehors), ensuite "en eux" (planté au cœur). R. Yonatan : d'abord il incite ici-bas, ensuite il témoigne à charge dans le monde à venir. Rava lit tout cela dans la parabole de Natan à David (Chemouel II 12, 4) : un seul verset, trois noms. Ben Yehoyada : les finales de helekh-orea'h-ich forment חשך, l'obscurcissement -- qui vient à la fin.
Une seule courbe décrite par quatre maîtres : le yetser passe du dehors au dedans, de l'invité au maître des lieux.
La menorah du Beit haChoéva : cinquante coudées, quatre échelles, trente log chacun Et pourquoi ces jeunes kohanim dépassent le fils de Marta bat Baytos : la pente, non le poids. Le dispositif (baraita) coupes d'or 50 coudées 4 échelles, 4 jeunes des pir'hei kehouna 30 log chacun = 120 log en tout La question de la guemara et sa réponse Question : 120 log au total, ou 120 log pour chacun ? Rachi : "pour tous" voudrait dire 30 par enfant. Ta chema : une baraita tranche -- 30 chacun, 120 en tout. 30 log = environ 10 à 17 litres d'huile par enfant, hissés au sommet d'une échelle de plusieurs dizaines de coudées. Pourquoi sont-ils plus remarquables ? Ce n'est pas la charge Hypothèse rejetée : le poids. Deux cuisses de taureau pèsent plus. kevech : rampe 32 coudées de long pour 9 de haut pente douce -- "lo zakif" soulam : échelle quasi verticale "zakif touva" Conclusion : la performance ne se mesure pas au fardeau mais à l'inclinaison du chemin. Et le fils de Marta fut arrêté non par faiblesse mais par "be-rov am hadrat melekh".
Le dispositif de la michna, la question des 120 log, et le vrai critère de la prouesse : la pente.
1
רַע כָּל הַיּוֹם״. אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: יִצְרוֹ שֶׁל אָדָם מִתְגַּבֵּר עָלָיו בְּכָל יוֹם וּמְבַקֵּשׁ לַהֲמִיתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צוֹפֶה רָשָׁע לַצַּדִּיק וּמְבַקֵּשׁ לַהֲמִיתוֹ״, וְאִלְמָלֵא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁעוֹזֵר לוֹ — אֵינוֹ יָכוֹל לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ לֹא יַעַזְבֶנּוּ בְיָדוֹ וְלֹא יַרְשִׁיעֶנּוּ בְּהִשָּׁפְטוֹ״.

« … mauvais tout le jour ». Rabbi Chimon ben Lakich a dit : le yetser (penchant) de l'homme se renforce contre lui chaque jour et cherche à le faire mourir, ainsi qu'il est dit : « le racha (méchant) épie le tsadik (juste) et cherche à le faire mourir » ; et si le Saint béni soit-Il ne lui venait pas en aide, il ne pourrait rien contre lui, ainsi qu'il est dit : « Hachem ne l'abandonnera pas entre ses mains et ne le déclarera pas coupable lors de son jugement ».

📜 Rachi (2)
רַע כָּל הַיּוֹם כָּל הַיּוֹם רָעָתוֹ מִתּוֹסֶפֶת:
« Mauvais tout le jour » — tout au long du jour, sa malfaisance va s'ajoutant.
ה' לֹא יַעַזְבֶנּוּ בְיָדוֹ בָּתְרֵיהּ כְּתִיב:
« Hachem ne l'abandonnera pas entre ses mains » — c'est écrit juste après [le verset précédent].
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une citation de Berechit 6, 5 commencée en 52a : le penchant du cœur de l'homme est rak ra kol hayom, « uniquement mauvais tout le jour ». Rachi en tire une nuance de dynamique : ce n'est pas une quantité fixe de mal, c'est un mal qui s'ajoute heure après heure.

Reich Lakich transforme cette observation en théorème, et il le fait par une relecture audacieuse de Tehilim 37, 32. Le verset semble décrire un méchant extérieur qui guette un juste ; il le lit comme une scène intérieure : le racha, c'est le yetser hara logé dans l'homme ; le tsadik, c'est l'homme lui-même. L'agression n'est donc pas sociale mais psychique — et son objectif n'est pas la faute, c'est la mort.

La conséquence est vertigineuse : livré à ses seules forces, l'homme perd. Rachi souligne que la preuve du secours vient du verset immédiatement suivant (37, 33) — la structure même du psaume enseigne que le secours est collé à l'attaque.

🖼️ Schéma
Le théorème de Reich Lakich : un combat quotidien qu'on ne gagne pas seul Deux versets consécutifs de Tehilim 37 fournissent l'attaque et le secours. Le racha qui guette Tehilim 37, 32 : "le racha épie le tsadik et cherche à le faire mourir" Lecture : le racha = le yetser, intérieur à l'homme lui-même. L'homme chaque jour, le yetser se renforce seul : il ne peut pas Le secours d'en haut Tehilim 37, 33 : "Hachem ne l'abandonnera pas entre ses mains" Rachi : ce verset est écrit juste après le précédent. Le remède de l'école de Rabbi Yichmael : le traîner au beit hamidrach S'il est PIERRE (אבן) La Torah est comparée à l'eau (Yech. 55, 1) et "les eaux ont usé les pierres" (Iyov 14, 19) -> il se dissout, lentement S'il est FER (ברזל) "ma parole est comme le feu... comme un marteau qui fait éclater le roc" (Yirm. 23, 29) -> il éclate, d'un coup
Le combat de Tehilim 37 lu comme une scène intérieure, et le remède proposé juste après.
2
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: אִם פָּגַע בְּךָ מְנֻווָּל זֶה — מָשְׁכֵהוּ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. אִם אֶבֶן הוּא — נִימּוֹחַ, אִם בַּרְזֶל הוּא מִתְפּוֹצֵץ. אִם אֶבֶן הוּא נִימּוֹחַ, דִּכְתִיב: ״הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם״, וּכְתִיב: ״אֲבָנִים שָׁחֲקוּ מַיִם״. אִם בַּרְזֶל הוּא מִתְפּוֹצֵץ, דִּכְתִיב: ״הֲלֹא כֹה דְבָרִי כָּאֵשׁ נְאֻם ה׳ וּכְפַטִּישׁ יְפֹוצֵץ סָלַע״.

L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : si ce vaurien t'accoste, traîne-le vers le beit hamidrach. S'il est de pierre — il se dissout ; s'il est de fer — il éclate.

S'il est de pierre il se dissout, car il est écrit : « ho ! vous tous qui avez soif, allez vers l'eau », et il est écrit : « les pierres, les eaux les ont usées ». S'il est de fer il éclate, car il est écrit : « ma parole n'est-elle pas comme le feu, dit Hachem, et comme un marteau qui fait éclater le roc ? »

📜 Rachi (3)
מְנֻווָּל זֶה יֵצֶר הָרַע:
« Ce vaurien » — le yetser hara.
לְכוּ לַמַּיִם נִמְשְׁלָה תּוֹרָה לַמַּיִם וּכְתִיב אֲבָנִים שָׁחֲקוּ מַיִם:
« Allez vers l'eau » — la Torah est comparée à l'eau, et il est écrit : « les pierres, les eaux les ont usées ».
דִּבְרֵי כָּאֵשׁ וְהָאֵשׁ מְפַעְפֵּעַ אֶת הַבַּרְזֶל וְהַיְינוּ מִתְפּוֹצֵץ שֶׁהַנִּיצוֹצוֹת נִיתָּזִין מִמֶּנּוּ:
« Ma parole est comme le feu » — et le feu pénètre le fer de part en part ; c'est cela « il éclate », car les étincelles en jaillissent.
🗂️ Tossefot (1)
אִם בַּרְזֶל הוּא מִתְפּוֹצֵץ שֶׁנֶּאֱמַר וּכְפַטִּישׁ יְפֹוצֵץ סָלַע. וְתֵימַהּ הָא מַשְׁמַע שֶׁהַפַּטִּישׁ הוּא בַּרְזֶל מְפוֹצֵץ סֶלַע וּכְמוֹ כֵּן קָשֶׁה פֶּרֶק אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לד. וְשָׁם:) דְּקָאָמְרִינַן מַה בַּרְזֶל מִתְחַלֵּק לְכַמָּה נִיצוֹצוֹת אַף מִקְרָא אֶחָד יוֹצֵא לְכַמָּה טְעָמִים וְכֵן קַשְׁיָא בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת פֶּרֶק אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף פח: וְשָׁם) מַה פַּטִּישׁ זֶה מִתְחַלֵּק לְכַמָּה נִיצוֹצוֹת אַף כָּל דִּיבּוּר וְדִיבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הקב"ה מִתְחַלֵּק לְשִׁבְעִים לָשׁוֹן וּבְהַהִיא דְּסַנְהֶדְרִין הָיָה מַגִּיהַּ רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל מְחַלֵּק וְלָא גָּרְסִינַן מִתְחַלֵּק וְלֹא יִתָּכֵן לְהַגִּיהַּ כֵּן כְּלָל דְּמַה לוֹ לְהַזְכִּיר הַפַּטִּישׁ ה"ל לְמֵימַר מַה סֶלַע מִתְחַלֵּק וְעוֹד בְּהַךְ דִּשְׁמַעְתִּין מַשְׁמַע שֶׁהַבַּרְזֶל מִתְפּוֹצֵץ וְאִית דְּגָרֵיס הָכָא אִם בַּרְזֶל הוּא מְפַעְפֵּעַ שֶׁנֶּאֱמַר הֲלֹא כֹה דְבָרִי כָּאֵשׁ וְאֵשׁ מְפַעְפֵּעַ אֶת הַבַּרְזֶל וְאִם סֶלַע הוּא מִתְפּוֹצֵץ שֶׁנֶּאֱמַר וּכְפַטִּישׁ יְפֹוצֵץ סָלַע וְרַבֵּינוּ תָּם מְקַיֵּים גִּירְסַת הַסְּפָרִים וּמְפָרֵשׁ וּכְפַטִּישׁ יְפוֹצֵץ סָלַע שֶׁהַסֶּלַע מְפוֹצֵץ אֶת הַבַּרְזֶל כִּדְאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ (אַגָּדָה) מַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁקָּנָה סְנַפִּירִין וּבָא לְבָדְקוֹ נְתָנוֹ עַל הַסַּדָּן וְהִכָּה בְּקוּרְנָס נִבְקַע הַסַּדָּן וְנֶחֱלַק הַקּוּרְנָס וּסְנַפִּירִין לֹא נֶחֱלַק מִמְּקוֹמוֹ הַיְינוּ הוּא דִּכְתִיב וּכְפַטִּישׁ יְפוֹצֵץ סָלַע הַסֶּלַע יְפוֹצֵץ אֶת הַפַּטִּישׁ וּסְנַפִּירִין הוּא אֶבֶן סַפִּיר ואע"ג דְּלָא כְּתַב יְפוֹצְצוֹ סֶלַע הַרְבֵּה פְּסוּקִים יֵשׁ בְּעִנְיָן זֶה אֲבָנִים שָׁחֲקוּ מַיִם (אִיּוֹב י״ד:י״ט) פֵּירוּשׁוֹ שָׁחֲקוּ אוֹתָן מַיִם וּקְצָת קָשֶׁה דְּהָכָא מְדַמֶּה פַּטִּישׁ ליצה"ר וּבְהָנְהוּ מְדַמֵּי פַּטִּישׁ לְדִבְרֵי תּוֹרָה בְּסַנְהֶדְרִין וּבְשַׁבָּת וְשֶׁמָּא ה"ט דְּמִקְּרָא אֶחָד יוֹצֵא לְכַמָּה טְעָמִים וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁ ר"ת דִּבְרֵישׁ מַסֶּכֶת תַּעֲנִית (דַּף ד.) אָמַר כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁאֵינוֹ קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל אֵינוֹ תַּלְמִיד חָכָם שֶׁנֶּאֱמַר כְּפַטִּישׁ יְפוֹצֵץ סָלַע אַלְמָא פַּטִּישׁ קָשֶׁה וּמְפוֹצֵץ אֶת הַסֶּלַע:
« S'il est de fer, il éclate, ainsi qu'il est dit : et comme un marteau qui fait éclater le roc. » — Cela étonne : le verset semble dire que c'est le marteau, qui est de fer, qui fait éclater le roc [alors qu'ici le fer désigne le yetser et le marteau la Torah]. La même difficulté se pose au chapitre É'had dinei mamonot (Sanhédrin 34a) où l'on dit : « de même que le fer se divise en une multitude d'étincelles, de même un seul verset se déploie en plusieurs sens » ; et de même dans le traité Chabbat, chapitre Amar Rabbi Akiva (Chabbat 88b) : « de même que ce marteau se divise en une multitude d'étincelles, de même chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il se divise en soixante-dix langues ». Sur ce passage de Sanhédrin, Rabbenou Chemouel corrigeait la leçon en me'halek (il divise) au lieu de mit'halek (il se divise) ; mais il n'est pas possible de corriger ainsi, car pourquoi alors mentionner le marteau ? Il aurait fallu dire : « de même que le roc se divise ». De plus, dans notre passage, le texte indique bien que c'est le fer qui éclate. Certains ont la leçon : « s'il est de fer, il fond, ainsi qu'il est dit : ma parole n'est-elle pas comme le feu — et le feu fait fondre le fer ; et s'il est un roc, il éclate, ainsi qu'il est dit : et comme un marteau qui fait éclater le roc ». Rabbenou Tam, lui, maintient la leçon des livres et explique « et comme un marteau qui fait éclater le roc » ainsi : c'est le roc qui fait éclater le marteau. Comme on le dit dans le midrach (aggada) : un homme acheta un sanpirinon (saphir) et vint l'éprouver ; il le posa sur l'enclume et frappa au maillet — l'enclume se fendit, le maillet se brisa, et le saphir ne bougea pas de sa place. C'est ce que veut dire « et comme un marteau qui fait éclater le roc » : le roc fait éclater le marteau ; et le sanpirin est la pierre de saphir. Et bien qu'il ne soit pas écrit [au verset] « yefotsetsou selah », il existe beaucoup de versets construits de la sorte : « les pierres, les eaux les ont usées » (Iyov 14, 19), dont le sens est : ce sont les eaux qui les ont usées. Une légère difficulté subsiste : ici on compare le marteau au yetser hara, alors que là-bas (Sanhédrin et Chabbat) on compare le marteau aux paroles de Torah — mais c'est peut-être précisément la raison pour laquelle « un seul verset se déploie en plusieurs sens ». Et l'explication de Rabbenou Tam se heurte à une difficulté : au début du traité Taanit (4a) on dit : « tout talmid 'hakham qui n'est pas dur comme le fer n'est pas un talmid 'hakham, ainsi qu'il est dit : comme un marteau qui fait éclater le roc » — d'où il ressort bien que le marteau est le plus dur et qu'il fait éclater le roc.
🪔 Ben Yehoyada (2)
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: בְּנִי, אִם פָּגַע בְּךָ מְנֻוָּל זֶה, מָשְׁכֵהוּ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. יֵשׁ לְדַקְדֵּק הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'בָּרַח וְהִכָּנֵס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ' וּלְשׁוֹן 'מָשְׁכֵהוּ' מַשְׁמַע שֶׁיּוֹלִיכֵהוּ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, וּמַה יַעֲשֶׂה בּוֹ שָׁם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה דֶּרֶךְ מָשָׁל, יָבֹא יֵצֶר הָרַע בַּבֹּוקֶר וְיֹאמַר לָאָדָם הַיּוֹם הָרוּחַ טוֹב צֵא לַשָּׂדוֹת וּכְרָמִים וְטַיֵּיל שָׁם אוֹ הַיּוֹם יֵשׁ מַרְאֶה עֹונֶג בְּמָקוֹם פְּלוֹנִי וְנִקְבָּצִים שָׁם אֲנָשִׁים וְנָשִׁים לֵךְ וְטַייֵּל שָׁם וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה, אִם יֹאמַר אָדָם: לֹא כִּי אֶלָּא אֵלֵךְ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ! אָז הַיֵּצֶר הָרַע שֶׁהוּא הַשָּׂטָן יַעֲשֶׂה לוֹ עַכָּבוֹת מִבַּחוּץ מִינִים מִמִּינִים שׁוֹנִים. כֵּיצַד יַעֲשֶׂה? יֹאמַר לְיֵצֶר הֵן כֵּן אֶעֱשֶׂה כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ! וּכְשֶׁיֵּצֵא מִבֵּיתוֹ אוֹמֵר בְּפֵירוּשׁ שֶׁהוֹלֵךְ לְטִיּוּל דְּנִמְצֵאת הֲלִיכָתוֹ הוּא עִם הַיֵּצֶר הָרַע בְּיַחַד שֶׁמַּרְאֶה לוֹ שֶׁהוּא הוֹלֵךְ עִמּוֹ עַל פִּי עֲצָתוֹ וְאַחַר שֶׁיַּגִּיעַ לְפֶתַח בֵּית הַמִּדְרָשׁ אָז יִשָּׁמֵט וְיִכָּנֵס שָׁם וְנִמְצָא מָשַׁךְ אוֹתוֹ עַד פֶּתַח בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְזֶהוּ שֶׁאָמַר 'מָשְׁכֵהוּ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ'.
« L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : mon fils, si ce vaurien t'accoste, traîne-le vers le beit hamidrach. » Il y a lieu de s'interroger : il aurait fallu dire « fuis et entre au beit hamidrach » ; l'expression « traîne-le » indique qu'on le conduit au beit hamidrach — et qu'y ferait-on de lui ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est une parabole. Le yetser hara vient au matin et dit à l'homme : aujourd'hui l'air est bon, sors dans les champs et les vignes et va t'y promener ; ou bien : il y a aujourd'hui un spectacle en tel endroit, où se rassemblent hommes et femmes, va t'y promener — et choses semblables. Si l'homme répond : « non, j'irai plutôt au beit hamidrach ! », alors le yetser hara, qui est le satan, lui dressera au-dehors toutes sortes d'obstacles. Que faire donc ? Qu'il dise au yetser : « oui, je ferai comme tu l'as dit ! » ; et en sortant de sa maison, qu'il déclare explicitement qu'il s'en va se promener — sa marche se trouve alors faite en compagnie du yetser hara, à qui il montre qu'il chemine avec lui selon son conseil. Puis, arrivé à la porte du beit hamidrach, qu'il s'esquive et y entre. Il se trouve ainsi qu'il l'a trainé jusqu'à la porte du beit hamidrach : c'est le sens de « traîne-le vers le beit hamidrach ».
אִם אֶבֶן הוּא, נִמּוֹחַ .. אִם בַּרְזֶל הוּא מִתְפּוֹצֵץ. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט שְׁתֵּי דִּמְיוֹנוֹת אֶבֶן וּבַרְזֶל כִּי שְׁתֵּי מִינֵי יֵצֶר הָרַע הֵם, אֶחָד עַל מִצְוַת עֲשֵׂה וְזֶה קוֹרֵא אוֹתוֹ בְּשֵׁם אֶבֶן כִּי מְטַמְטֵם לִבּוֹ שֶׁל אָדָם וְלֹא יַנִּיחַ לוֹ תַּאֲוָה לְקַיֵּים מִצְוַת עֲשֵׂה, וְאֶחָד עַל בִּיטּוּל מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁמְּיַעֲצוֹ לַעֲשׂוֹת אִיסּוּר לְהִכְרִיתוּ מִן הַקְּדֻושָּׁה דְּנִמְצָא עֲצָתוֹ הִיא כְּבַרְזֶל שֶׁחוֹתֵךְ וְכוֹרֵת. אוֹ יוּבַן בס"ד אֶבֶן וּבַרְזֶל רֶמֶז לִשְׁנֵי מִינֵי מְצוּדוֹת שֶׁל יֵצֶר הָרַע הָאַחַת הָעֹושֶׁר שֶׁמֵּעֲשִׁירוֹ כְּדֵי שֶׁיִּבְעַט כִּי הוּא שָׂטָן הוּא יֵצֶר הָרָע וְזוֹ תִּדְמֶה לַבַּרְזֶל שֶׁשּׁוֹלֵט בַּכֹּל, כֵּן הֶעָשִׁיר שׁוֹלֵט בְּעָושְׁרוֹ עַל כָּל אָדָם, וְהָאַחַת הָעֹונִי שֶׁמְּרוֹשֵׁשׁ אוֹתוֹ כְּדֵי שֶׁיְּבַעֵט, וְזֶה יִדְמֶה לְאֶבֶן שֶׁהַכֹּל דָּשִׁים עָלֶיהָ כֵּן הֶעָנִי הַכֹּל דָּשִׁים בּוֹ. וְעַיֵּין מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד בְּמַאֲמָרִים אֵלּוּ בַּגְּמָרָא דְּקִידּוּשִׁין דַּף לָמֶ"ד.
« S'il est de pierre, il se dissout… s'il est de fer, il éclate. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il prend deux comparaisons — la pierre et le fer — parce qu'il existe deux sortes de yetser hara. L'un porte sur les mitsvot positives (mitsvot asse), et il l'appelle du nom de pierre, car il obstrue le cœur de l'homme et ne lui laisse aucun désir d'accomplir une mitsva positive. L'autre porte sur la transgression des interdits (lo taasse) : il lui conseille de commettre une faute afin de le retrancher de la sainteté ; son conseil est alors comme le fer, qui tranche et retranche. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, que la pierre et le fer font allusion à deux sortes de filets du yetser hara. Le premier est la richesse : il l'enrichit afin qu'il regimbe — car « il est le satan, il est le yetser hara » — et cela ressemble au fer, qui domine tout : ainsi le riche domine tout homme par sa richesse. Le second est la pauvreté : il le dépouille afin qu'il regimbe, et cela ressemble à la pierre, que tous foulent aux pieds : ainsi le pauvre, que tous foulent. Et vois ce que j'ai écrit, avec l'aide du Ciel, dans ces développements sur la guemara de Kidouchin, folio 30.
💡 Explication

Après le diagnostic, l'ordonnance — et elle est unique. Le verbe est frappant : non pas « fuis », mais mochkhéhou, « traîne-le ». On n'échappe pas au yetser, on l'emmène avec soi là où il ne survit pas.

Les deux images ne sont pas redondantes, elles décrivent deux régimes de résistance. La pierre cède à l'usure : la Torah, comparée à l'eau (Yechayahou 55, 1), dissout par la durée — « les eaux ont usé les pierres ». Le fer cède à l'impact : la parole est un feu et un marteau (Yirmiahou 23, 29), et elle brise d'un coup. Durée contre choc, patience contre éclat.

Tossefot ouvre ici une longue difficulté de lecture : dans le verset, c'est le marteau qui brise le roc, alors que notre guemara compare le yetser au fer que la Torah brise. Rabbenou Tam sauve la leçon reçue en retournant la phrase — c'est le roc qui fait éclater le marteau — appuyé sur une aggada de saphir placé sur l'enclume ; mais Taanit 4a, qui loue le talmid 'hakham « dur comme le fer », résiste à cette inversion.

3
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: יֵצֶר הָרָע מְסִיתוֹ לָאָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה, וּמֵעִיד עָלָיו לָעוֹלָם הַבָּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְפַנֵּק מִנֹּועַר עַבְדּוֹ וְאַחֲרִיתוֹ יִהְיֶה מָנוֹן״ — שֶׁכֵּן בְּאַטְבַּ״‎ח שֶׁל רַבִּי חִייָּא, קוֹרִין לְסָהֲדָה מִנּוּן.

Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : le yetser hara incite l'homme en ce monde-ci, et il témoigne contre lui pour le monde à venir, ainsi qu'il est dit : « celui qui dorlote son serviteur depuis l'enfance, sa fin sera manon » — car dans l'atbach de Rabbi Hiya, on appelle sahada (le témoin) manon.

📜 Rachi (2)
עַבְדּוֹ יצה"ר הוּא עַבְדּוֹ שֶׁל אָדָם שֶׁאִם רָצָה הֲרֵי הוּא מָסוּר בְּיָדוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְאַתָּה תִּמְשָׁל בּוֹ:
« Son serviteur » — le yetser hara est le serviteur de l'homme : s'il le veut, il lui est livré entre les mains, ainsi qu'il est dit : « et toi, tu domineras sur lui ».
באטב"ח אַלְפָא בֵּיתָא הוּא א"ט ב"ח ג"ז ד"ו הֲרֵי עֲשִׂירִיּוֹת י"צ כ"פ ל"ע מ"ס הֲרֵי מֵאוֹת ק"ץ ר"ף ש"ן ת"ם הֲרֵי אֲלָפִים וְנִשְׁאֲרוּ הַנָּ"ךְ שֶׁלֹּא הָיָה לַהֵ"א בֶּן זוּג בָּעֲשִׂירִיּוֹת וְלֹא לַנּוּ"ן בֶּן זוּג בְּמֵאוֹת לְפִי סֵדֶר הָאוֹתִיּוֹת וְלֹא לַכָּ"ף בֶּן זוּג בְּאַלְפַּיִם וְחִבְּרָם יַחַד נִמְצָא דֶּרֶךְ אָלֶף בֵּית זֶה סָהֲדָה מִנּוּן סָמֶ"ךְ מִן מ"ס בִּמְקוֹם מֵ"ם הֵ"א מִן ה"ן בִּמְקוֹם נוּ"ן דלי"ת מִן ד"ו בִּמְקוֹם וָי"ו וְעוֹד ה' בִּמְקוֹם נוּ"ן:
« Be-atbach » — c'est un alphabet [de substitution] : alef-têt, beit-het, guimel-zayin, dalet-vav — voilà les unités ; youd-tsadi, kaf-pe, lamed-ayin, mem-samekh — voilà les dizaines ; kof-tsadi final, rech-pe final, chin-noun final, tav-mem final — voilà les milliers. Restent alors hé, noun et kaf, qui n'avaient pas de partenaire : le hé n'en avait pas parmi les dizaines, le noun n'en avait pas parmi les centaines selon l'ordre des lettres, et le kaf n'en avait pas parmi les milliers — on les a donc appariés ensemble. Il se trouve ainsi que, par la voie de cet alphabet, sahada donne manon : le samekh, de la paire mem-samekh, à la place du mem ; le hé, de la paire hé-noun, à la place du noun ; le dalet, de la paire dalet-vav, à la place du vav ; et de nouveau le hé à la place du noun.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(מִשְׁלֵי כט, כא) "מְפַנַּק מְנַעֵר עַבְדּוֹ, וְאַחֲרִיתוֹ יִהְיֶה מִנּוּן" שֶׁכֵּן בְּ'אטב"ח' דְּבֵי רַבִּי חַיָּא קוֹרִין ל'סָהֲדָה ': 'מָנוֹן '. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הִזְכִּירוּ בְּחִילּוּף אוֹתִיּוֹת? וְלָא עוֹד אֶלָּא שֶׁהוּא חִלּוּף סָהֲדָה שֶׁהוּא תַּרְגּוּם שֶׁל עֵד, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'וְאַחֲרִיתוֹ יִהְיֶה עֵד'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אָמַר 'מָנוֹן' לִרְמֹוז בָּזֶה לְפִי דַּרְכּוֹ עוֹד עִנְיָן אַחֵר לוֹמַר כִּי סוֹפוֹ יִתְגַּבֵּר עָלָיו בַּשֵּׁם הַשְּׁלִישִׁי מִשִּׁבְעָה שֵׁמוֹת שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא שֵׁם 'טָמֵא' [50] שֶׁמִּסְּפָרוֹ נוּ"ן כִּי שֵׁם זֶה קָשֶׁה מִכָּל שְׁמוֹת הַיֵּצֶר הָרַע כִּי הוּא מִסְפַּר נוּ"ן שַׁעֲרֵי טֻומְאָה וְלָכֵן אָמַר 'מִנּוּן' תַּנִּיחַ חיר"ק תַּחַת מ' וְתִהְיֶה אוֹת הַשִּׁימּוּשׁ וְעִיקַּר הַתֵּיבָה נוּן רוֹצֶה לוֹמַר יִהְיֶה אַחֲרִיתוֹ מִשֵּׁם נוּן שֶׁהוּא שֵׁם 'טָמֵא' וְהוּא רֹאשׁ שְׁמוֹ שֶׁל נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי לְכָךְ נָחָשׁ הַתַּחְתּוֹן אֶרֶס שֶׁלּוֹ בְּרֹאשׁוֹ. אוֹ אוֹתִיּוֹת 'מָנוֹן' יֵשׁ בְּתוֹכָם גַּם כֵּן מָנוֹן רוֹצֶה לוֹמַר בִּמְלוֹאָם לִרְמֹוז שֶׁיִּתְחַלֵּק לִשְׁנֵי סָהֲדָה אֶחָד מִצַּד יֵצֶר הַמִּתְהַוֶּה מִן הַחֹומֶר וְאֶחָד מִצַּד יֵצֶר הַנִּמְשָׁךְ וּבָא מֵהַקְּלִיפָּה כָּאָמוּר לְעֵיל וְנַעֲשׂוּ ב' עֵדִים בַּדָּבָר.
(Michlei 29, 21) « celui qui dorlote son serviteur depuis l'enfance, sa fin sera manon » — car dans l'atbach de l'école de Rabbi Hiya on appelle sahada : manon. Il y a lieu de demander : pourquoi l'avoir mentionné par une permutation de lettres ? Et bien plus : il s'agit de la permutation de sahada, qui n'est que la traduction araméenne de ed (témoin) — il aurait donc fallu dire simplement « sa fin sera un témoin » ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a dit manon pour faire allusion, chemin faisant, à un autre point encore : qu'à la fin il prendra le dessus sur l'homme sous le troisième de ses sept noms, qui est le nom tame (impur), dont le nombre est noun (cinquante). Car ce nom est le plus dur de tous les noms du yetser hara, puisqu'il correspond aux cinquante portes d'impureté. C'est pourquoi il a dit manon : place un hirik sous le mem, qui devient alors lettre servile, et le fond du mot reste noun — c'est-à-dire : sa fin viendra du nom noun, qui est le nom tame, et qui est aussi la première lettre du nom du serpent primordial (na'hach) ; c'est pour cela que le venin du serpent d'en bas est dans sa tête. Ou bien : les lettres de manon contiennent elles-mêmes deux fois manon — c'est-à-dire dans leur développement complet — pour faire allusion à ce qu'il se dédoublera en deux sahada : l'un du côté du yetser qui advient à partir de la matière, l'autre du côté du yetser qui découle et vient de la kelipa, comme il a été dit plus haut ; et ils deviennent deux témoins en la matière.
💡 Explication

Nouvelle aggravation. Jusqu'ici le yetser était un agresseur ; il devient maintenant un témoin à charge. Celui qui vous a poussé à la faute viendra déposer contre vous — là où aucune défense n'est possible, puisque le témoin connaît le dossier de l'intérieur.

Le verset support est Michlei 29, 21, dont le dernier mot, manon, est un hapax obscur. La guemara le décode par l'atbach, un alphabet de substitution attribué à Rabbi Hiya : chaque lettre est appariée à celle qui la complète à 10, à 100, puis à 1000 (alef+têt = 10, youd+tsadi = 100, kof+tsadi final = 1000…). Rachi donne la table entière, y compris le cas des trois lettres orphelines hé, noun et kaf, qu'il apparie entre elles. Appliqué à manon, le code restitue sahada, mot araméen pour « témoin ».

Rachi ajoute une précision qui donne son sel à la lecture : le mot du verset est avdo, « son serviteur ». Le yetser est, de droit, le serviteur de l'homme — « et toi, tu domineras sur lui » (Berechit 4, 7). Ce qui est décrit n'est donc pas une fatalité, mais un renversement de hiérarchie que l'homme a lui-même organisé en le « dorlotant ».

🖼️ Schéma
L'atbach de Rabbi Hiya : comment sahada (témoin) devient manon Chaque lettre est appariée à celle qui la complète à 10, à 100, puis à 1000. Rachi donne la table entière. Unités -- somme 10 א ט ב ח ג ז ד ו 1+9, 2+8, 3+7, 4+6 Dizaines -- somme 100 י צ כ פ ל ע מ ס 10+90, 20+80, 30+70, 40+60 Centaines -- somme 1000 ק ץ ר ף ש ן ת ם 100+900, 200+800, 300+700, 400+600 Les trois lettres restantes ה נ ך sans partenaire : Rachi les apparie entre elles Application, lettre par lettre (Michlei 29, 21) samekh (paire mem-samekh) donne mem | hé (paire hé-noun) donne noun dalet (paire dalet-vav) donne vav | hé à nouveau donne noun final סהדה sahada -- "témoin" en araméen מנון manon -- le mot du verset
La table d'atbach de Rachi, et le décodage lettre par lettre de manon en sahada.
4
רַב הוּנָא רָמֵי כְּתִיב: ״כִּי רוּחַ זְנוּנִים הִתְעָה״. וּכְתִיב: ״בְּקִרְבָּם״! בַּתְּחִלָּה הִתְעָם, וּלְבַסּוֹף בְּקִרְבָּם.

Rav Houna a relevé une contradiction : il est écrit « car un esprit de zenounim (débauche) les a égarés », et il est écrit « [un esprit de zenounim est] en eux » ! — Au début il les égare [du dehors], et à la fin il est en eux.

📜 Rachi (2)
הִתְעָם תָּעוּת בְּעָלְמָא:
« Les a égarés » — un simple égarement [venu du dehors].
בְּקִרְבָּם מַשְׁמַע נָטוּעַ בְּלִבָּם:
« En eux » — cela indique qu'il est planté dans leur cœur.
💡 Explication

Deux versets d'Hochea (4, 12 et 5, 4) emploient la même expression, roua'h zenounim, mais avec deux prépositions incompatibles. « Il les a égarés » suppose une force extérieure qui détourne ; « en eux » suppose une disposition intrinsèque.

La résolution est chronologique, non logique : les deux versets sont vrais, mais à deux moments. Rachi l'exprime en deux mots — d'abord un simple égarement, ensuite quelque chose de planté dans le cœur. Ce qui commence comme une sollicitation venue du dehors finit par devenir une part de l'identité. C'est exactement la courbe que Rava va décrire au segment suivant, avec un autre vocabulaire.

5
אָמַר רָבָא: בַּתְּחִלָּה קְרָאוֹ ״הָלַךְ״, וּלְבַסּוֹף קְרָאוֹ ״אוֹרֵחַ״, וּלְבַסּוֹף קְרָאוֹ ״אִישׁ״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיָּבֹא הֵלֶךְ לְאִישׁ הֶעָשִׁיר וַיַּחְמֹול לָקַחַת מִצֹּאנוֹ וּמִבְּקָרוֹ לַעֲשׂוֹת לָאֹורֵחַ״, וּכְתִיב: ״וַיִּקַּח אֶת כִּבְשַׂת הָאִישׁ הָרָשׁ וַיַּעֲשֶׂהָ לָאִישׁ הַבָּא אֵלָיו״.

Rava a dit : au début [l'Écriture] l'appelle « passant » (helekh), puis elle l'appelle « hôte » (orea'h), puis elle l'appelle « homme » (ich), ainsi qu'il est dit : « et un passant vint chez l'homme riche, et il répugna à prendre de son propre menu et gros bétail pour l'apprêter au voyageur (orea'h) », et il est écrit : « et il prit la brebis de l'homme pauvre et l'apprêta pour l'homme venu chez lui ».

📜 Rachi (4)
הָלַךְ עוֹבֵר דֶּרֶךְ עָלָיו וְאֵינוֹ מִתְאַכְסֵן עִמּוֹ:
« Passant » — il ne fait que passer son chemin devant lui, et il ne loge pas chez lui.
אֹורַח אַכְסְנַאי:
« Hôte » — un hôte de passage, qui loge chez lui.
אִישׁ בַּעַל הַבַּיִת:
« Homme » — le maître de maison.
וְיָבֹא הָלַךְ בְּדָוִד וּבַת שֶׁבַע קָאֵי דְּקָאָמַר לֵיהּ נָבִיא לְדָוִד עַל יֵצֶר רַע הַבָּא עָלָיו:
« Et un passant vint » — cela se rapporte à David et Bat-Cheva : c'est ce que le prophète dit à David au sujet du yetser hara qui était venu sur lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בַּתְּחִלָּה קָרְאוּ: 'הָלַךְ ', וּלְבַסּוֹף קָרְאוּ 'אֹורַח', וּלְבַסּוֹף קָרְאוּ 'אִישׁ '. נִרְאֶה לִי בס"ד סוֹפֵי תֵּיבוֹת 'הָלַךְ אֹורַח אִישׁ' חֹשֶׁךְ , שֶׁמַּחְשִׁיךְ לָאָדָם וְזֶה הַחֹשֶׁךְ יִהְיֶה בַּסּוֹף לְכָךְ נִרְמַז בְּסוֹפֵי תֵּיבוֹת. גַּם הוּא אוֹתִיּוֹת שָׁכַח , שֶׁנִּשְׁכְּחוּ דִבְרֵי תוֹרָה וּמוּסָר. גַּם הוּא אוֹתִיּוֹת כַּחַשׁ , שֶׁמַּכְחִישׁוֹ וּמַזִּיקוֹ וּבָאֶמְצַע יֵשׁ לְרִי , רֶמֶז לַקְּלִיפָּה הַנִּקְרֵאת לר"י וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת בְּגֵימַטְרְיָא ז' רֶמֶז לְשִׁבְעָה שֵׁמוֹת שֶׁהֵם שִׁבְעָה כּוֹחוֹת טֻומְאָה שֶׁיֵּשׁ לוֹ.
« Au début il l'appelle helekh, puis il l'appelle orea'h, puis il l'appelle ich. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres finales de helekh, orea'h, ich forment 'hochekh (l'obscurité) : car il obscurcit l'homme, et cette obscurité ne vient qu'à la fin — c'est pourquoi elle est allusionnée dans les lettres finales. Ces mêmes lettres forment aussi chakha'h (l'oubli), car les paroles de Torah et de morale s'en trouvent oubliées. Elles forment encore ka'hach (le mensonge, l'affaiblissement), car il le fait dépérir et lui nuit. Et au milieu [des trois mots] se trouvent les lettres lamed-rech-youd, allusion à la kelipa appelée lari ; et les lettres initiales [des trois mots] ont pour valeur numérique sept, allusion aux sept noms, qui sont les sept forces d'impureté dont il dispose.
💡 Explication

Rava fait tenir toute la psychologie du yetser dans un seul verset — et dans un seul verset de reproche à David (Chemouel II 12, 4), la parabole de Natan sur la brebis du pauvre. Le même personnage y est nommé successivement de trois manières, et Rava lit cette variation comme une progression.

Rachi donne le degré exact de chacun : le helekh passe sans loger ; l'orea'h loge mais reste un invité ; l'ich, dans le langage du verset, c'est le baal habayit, le maître des lieux. Le renversement est complet : celui qu'on hébergeait finit par recevoir chez lui.

La force de la lecture tient à son contexte : Natan parle à David au sujet de Bat-Cheva. La parabole n'illustre donc pas un principe général, elle diagnostique un cas précis — comment un homme de la stature de David a pu laisser un passant devenir maître de maison.

🖼️ Schéma
L'escalade du yetser hara : quatre enseignements, une seule courbe Trois maîtres décrivent le même mouvement avec des images différentes : de l'extérieur vers l'intérieur. jeunesse / première rencontre emprise achevée הלך helekh -- le passant Rachi : il passe son chemin, il ne loge pas. אורח orea'h -- l'hôte Rachi : un hôte de passage, qui loge chez lui. איש ich -- le maître de maison Rachi : baal habayit. Il n'est plus reçu, il reçoit. Les autres formulations de la même courbe Rav Houna : d'abord "il les a égarés" (du dehors), ensuite "en eux" (planté au cœur). R. Yonatan : d'abord il incite ici-bas, ensuite il témoigne à charge dans le monde à venir. Rava lit tout cela dans la parabole de Natan à David (Chemouel II 12, 4) : un seul verset, trois noms. Ben Yehoyada : les finales de helekh-orea'h-ich forment חשך, l'obscurcissement -- qui vient à la fin.
Les trois noms du même personnage dans Chemouel II 12, 4, et les formulations parallèles des autres maîtres.
6
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵבֶר קָטָן יֵשׁ לוֹ לָאָדָם, מַרְעִיבוֹ — שָׂבֵעַ, מַשְׁבִּיעוֹ — רָעָב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כְּמַרְעִיתָם וְיִשָּׁבְעוּ וְגוֹ׳״.

Rabbi Yo'hanan a dit : l'homme a un petit membre — s'il l'affame, il est rassasié ; s'il le rassasie, il est affamé, ainsi qu'il est dit : « selon leur pâturage, ils se sont rassasiés, etc. »

📜 Rachi (4)
אֵבֶר קָטָן גְּוִייָּה גִּיד:
« Un petit membre » — l'organe du corps.
מַשְׁבִּיעוֹ בְּתַשְׁמִישׁ:
« S'il le rassasie » — par les rapports conjugaux.
רָעָב גּוּפוֹ חָסֵר כֹּחַ וְרָעָב לְעֵת זִקְנָה:
« Affamé » — son corps manque de force et se trouve affamé au temps de la vieillesse.
שֶׁבַע בְּכֹחַ שָׁלֵם:
« Rassasié » — avec une force intacte.
🗂️ Tossefot (1)
מַשְׁבִּיעוֹ. שֶׁמַּרְבֶּה בְּתַשְׁמִישׁ בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה דְּהָא מַיְיתֵי לָהּ בְּחֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף קז.) גַּבֵּי. עֻובְדָּא דְּדָוִד שֶׁאָמַר בְּחָנֵנִי ה' וְנִסְנֵי דְּקָאָמַר מִיָּד לְעֵת עֶרֶב וַיָּקָם דָּוִד מֵעַל מִשְׁכָּבוֹ וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב שֶׁהָפַךְ מִשְׁכָּבוֹ שֶׁל לַיְלָה לְמִשְׁכָּבוֹ שֶׁל יוֹם וְנִתְעַלְּמָה מִמֶּנּוּ הֲלָכָה דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אֵבֶר קָטָן יֵשׁ בּוֹ בָּאָדָם:
« S'il le rassasie » — c'est-à-dire qu'il multiplie les rapports de jour comme de nuit. En effet, on rapporte cet enseignement dans le chapitre 'Helek (Sanhédrin 107a) à propos de l'épisode de David, qui dit : « éprouve-moi, Hachem, et mets-moi à l'essai » ; il est dit aussitôt : « et ce fut au soir, David se leva de sa couche », et Rav Yehouda a dit au nom de Rav qu'il avait interverti sa couche de la nuit en couche du jour, et qu'une halakha lui échappa — celle que Rabbi Yo'hanan a énoncée : « l'homme a en lui un petit membre… ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵבֶר קָטָן יֵשׁ בּוֹ בָּאָדָם, מַשְׁבִּיעוֹ רָעָב, מַרְעִיבוֹ שָׂבֵעַ. נִרְאֶה לִי בס"ד יֵשׁ בָּאָדָם צֶלֶם מֵאוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה בִּפְנִימִיּוּתוֹ וְצֶלֶם מֵאוֹתִיּוֹת שֵׁם אֱלֹקִים בְּחִיצוֹנִיּוּתוֹ וּשְׁנֵיהֶם נִגְמָרִין בַּעֲטָרָה שֶׁל הָאֵבֶר הַזֶּה וְלָכֵן חִיבּוּר שְׁנֵי שֵׁמוֹת הוי"ה אֱלֹקִים שֶׁהֵם אֶחָד בִּפְנִימִיּוּת וְאֶחָד בַּחִיצָנִיּוֹת אִם תְּמַלְּאֵם בְּמִלּוּי יודי"ן יִהְיוּ שֶׁבַע שֶׁהֵם ע"ב ש' שֶׁבַע שֶׁהֵם ע"ב ש' וְאִם תְּמַלֵּא שֵׁם הֲוָיָ"ה ביודי"ן [יוּ"ד ה"י וָי"ו ה"י = 72] וְשֵׁם אֱלֹקִים בְּרִיבּוּעַ [אֱלֹקִים בְּרִיבּוּעַ הוּא כָּזֶה: א, א״ל, אל״ה, אלה״י, א-להי״ם = 200] יִהְיֶה צֵירוּף 'רָעָב' שֶׁהוּא ר' מִסְפַּר שֵׁם אֱלֹקִים וע"ב מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה.
« L'homme a en lui un petit membre : s'il le rassasie il est affamé, s'il l'affame il est rassasié. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a dans l'homme un tselem (image) fait des lettres du nom Havaya en son intériorité, et un tselem fait des lettres du nom Elokim en son extériorité, et que tous deux s'achèvent à l'extrémité de ce membre. Aussi, l'union des deux noms Havaya et Elokim — l'un à l'intérieur, l'autre à l'extérieur — donne ceci : si tu les développes par le milouy en youdin, ils font sava (rassasié), soit ayin-beit (72) et chin (300). Et si tu développes le nom Havaya en youdin [youd-vav-dalet hé-youd vav-youd-vav hé-youd = 72] et le nom Elokim en carré [le carré d'Elokim est ainsi : alef, alef-lamed, alef-lamed-hé, alef-lamed-hé-youd, alef-lamed-hé-youd-mem = 200], on obtient la combinaison raev (affamé), soit rech (200), nombre du nom Elokim, et ayin-beit (72), nombre du nom Havaya.
💡 Explication

Enseignement bref et économique, qui énonce la loi d'inversion propre au désir : la satisfaction n'éteint pas l'appétit, elle l'entretient ; la retenue, elle, apaise. Rachi décale légèrement le sens de chaque terme pour le rendre opératoire : rassasié signifie « avec une force intacte », et affamé signifie « un corps sans force, appauvri au temps de la vieillesse ». Ce n'est donc pas seulement une règle morale, c'est une observation physiologique.

Le verset d'appui (Hochea 13, 6) est choisi pour sa suite implicite : « ils se sont rassasiés… leur cœur s'est élevé, c'est pourquoi ils M'ont oublié ». La séquence est satiété puis oubli — ce qui relie ce dictum à toute la sougya : le yetser ne se nourrit pas du manque mais de l'abondance.

Tossefot précise le sens de « le rassasier » en renvoyant à Sanhédrin 107a : il s'agit de multiplier les rapports jour et nuit, comme dans l'épisode de David qui « interverti sa couche de la nuit en couche du jour » — et à qui, précisément, cette halakha-ci échappa.

7
אָמַר רַב חָנָא בַּר אַחָא, אָמְרִי בֵּי רַב: אַרְבָּעָה מִתְחָרֵט עֲלֵיהֶן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁבְּרָאָם, וְאֵלּוּ הֵן: גָּלוּת, כַּשְׂדִּים, וְיִשְׁמְעֵאלִים, וְיֵצֶר הָרַע. גָּלוּת, דִּכְתִיב: ״וְעַתָּה מַה לִּי פֹה נְאֻם ה׳ כִּי לֻקַּח עַמִּי חִנָּם וְגוֹ׳״. כַּשְׂדִּים, דִּכְתִיב: ״הֵן אֶרֶץ כַּשְׂדִּים זֶה הָעָם לֹא הָיָה״.

Rav Hana bar Aha a dit — on dit à la maison de Rav : il y a quatre choses au sujet desquelles le Saint béni soit-Il regrette de les avoir créées, et les voici : la galout (l'exil), les Kasdim (Chaldéens), les Yichméélim, et le yetser hara. La galout, car il est écrit : « et maintenant, qu'ai-je [à faire] ici, dit Hachem, puisque mon peuple a été pris pour rien, etc. ».

Les Kasdim, car il est écrit : « voici le pays des Kasdim, ce peuple qui n'a pas été ».

📜 Rachi (3)
גָּלוּת שֶׁהִגְלָה אֶת יִשְׂרָאֵל:
« La galout » — d'avoir exilé Israël.
מַה לִי פֹּה זוֹ הִיא חֲרָטָה:
« Qu'ai-je [à faire] ici » — c'est cela, le regret.
לֹא הָיָה אֵינוֹ כְּדֵי וְהַלְוַאי לֹא הָיָה:
« N'a pas été » — il ne mérite pas [d'exister] ; plût au Ciel qu'il n'eût pas été.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַרְבָּעָה, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִתְחָרֵט עֲלֵיהֶם עַל שֶׁבְּרָאָם, אֵלּוּ הֵן: כַּשְׂדִּיִּים, וְיֵצֶר הָרַע, יִשְׁמָעֵאל, גָּלוּת. וַדַּאי לֹא שַׁיָּיךְ חֲרָטָה אֶצְלוֹ יִתְבָּרֵךְ כִּי הוּא צוֹפֶה עֲתִידוֹת וְיוֹדֵעַ נִסְתָּרוֹת צוֹפֶה וּמַבִּיט עַד סוֹף כָּל הַדּוֹרוֹת! אַךְ נָקֵיט לְשׁוֹן חֲרָטָה לְבָרֵר חוֹבָה שֶׁלָּהֶם כִּי יֵצֶר הָרַע יֹאמַר שֶׁבָּרְאוּ הקב"ה לְהַחֲטִיא עַל כֵּן מֵאַחַר שֶׁעָשָׂה שְׁלִיחוּתוֹ יִתְבָּרֵךְ רָאוּי שֶׁיְּקַבֵּל שָׂכָר, לְכָךְ אָמַר הקב"ה לְשׁוֹן חֲרָטָה בְּיֵצֶר הָרַע לְהַרְאוֹת שֶׁאֵין לוֹ רָצוֹן בִּמְלַאכְתּוֹ שֶׁל יֵצֶר הָרַע וְאֵין נֶחְשָׁב לוֹ שֶׁעָשָׂה רְצוֹן השי"ת אֶלָּא אַדְּרַבָּה לְהֵפֶךְ! וְכֵן בַּגָּלוּת יֹאמְרוּ אוּמוֹת הָעוֹלָם מֵאַחַר שהקב"ה גָּזַר עַל יִשְׂרָאֵל גָּלוּת וְשִׁעְבּוּד עָשִׂינוּ רְצוֹנוֹ וְיֵשׁ לָנוּ שָׂכָר, לְכָךְ אָמַר הַקב"ה עַל הַגָּלוּת לְשׁוֹן חֲרָטָה לְהַרְאוֹת שֶׁלֹּא עָשׂוּ רְצוֹנוֹ בָּזֶה! וְכֵן כַּשְׂדִּיִּים שֶׁהָיוּ בַּעֲלֵי עֵצָה לִנְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע לַהֲבִיאוֹ לְהַחֲרִיב יְרוּשָׁלַיִם יֹאמְרוּ מֵאַחַר שֶׁהַנְּבִיאִים נִתְנַבְּאוּ בְּחֻרְבָּנָהּ יָפֶה עָשִׂינוּ בְּעֵצָה וְיֵשׁ לָנוּ שָׂכָר, לְכָךְ נֶאֱמַר עַל מְצִיאוּתָם בָּעוֹלָם לְשׁוֹן חֲרָטָה לְהַרְאוֹת שֶׁאֵין לוֹ יִתְבָּרֵךְ רָצוֹן בָּהֶם כְּלָל! וְכֵן יִשְׁמָעֵאל כֵּיוָן שֶׁאָמַר אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה (בְּרֵאשִׁית יז, יח) 'לוֹ יִשְׁמָעֵאל יִחְיֶה לְפָנֶיךָ' וְהֵשִׁיב לוֹ וּלְיִשְׁמָעֵאל שְׁמַעְתִּיךָ הִנֵּה בֵּרַכְתִּי אֹתוֹ וְכוּ' יֹאמַר יֵשׁ להקב"ה רָצוֹן בִּי וְחָבִיב אֲנִי לְפָנָיו כִּי אַבְרָהָם בִּקֵּשׁ שֶׁיִּחְיֶה בִּלְבַד והקב"ה הוֹסִיף לוֹ יוֹתֵר עַל בַּקָּשָׁתוֹ, לְכָךְ בִּמְצִיאוּת יִשְׁמָעֵאל בָּעוֹלָם אָמַר לְשׁוֹן חֲרָטָה לְהַרְאוֹת כִּי הוּא מָאוּס לִפְנֵי הקב"ה!
« Il y a quatre choses au sujet desquelles le Saint béni soit-Il regrette de les avoir créées ; les voici : les Kasdim, le yetser hara, Yichmael, la galout. » Assurément, le regret ne saurait s'appliquer à Lui, béni soit-Il, car Il devine l'avenir et connaît les choses cachées, Il observe et voit jusqu'à la fin de toutes les générations ! Mais il emploie le langage du regret pour établir leur culpabilité. Car le yetser hara dira que le Saint béni soit-Il l'a créé pour faire fauter, et que, dès lors qu'il a accompli Sa mission, il mérite récompense ; c'est pourquoi le Saint béni soit-Il emploie un langage de regret à propos du yetser hara, pour montrer qu'Il n'a aucun agrément dans l'ouvrage du yetser hara, et qu'il ne lui est pas compté d'avoir accompli la volonté de Hachem — bien au contraire ! De même pour la galout : les nations du monde diront que, puisque le Saint béni soit-Il a décrété sur Israël l'exil et l'asservissement, elles ont fait Sa volonté et méritent récompense ; c'est pourquoi le Saint béni soit-Il emploie à propos de la galout un langage de regret, pour montrer qu'elles n'ont pas fait Sa volonté en cela ! De même pour les Kasdim, qui furent les conseillers de Nevoukhadnetsar le racha et le poussèrent à détruire Yerouchalayim : ils diront que, puisque les prophètes avaient prophétisé sa destruction, ils ont bien agi par leur conseil et méritent récompense ; c'est pourquoi il est dit sur leur existence même dans le monde un langage de regret, pour montrer qu'Il n'a aucun agrément en eux ! De même pour Yichmael : puisque Avraham notre père, que la paix soit sur lui, a dit (Berechit 17, 18) « puisse Yichmael vivre devant Toi », et qu'Il lui a répondu « et quant à Yichmael, Je t'ai entendu, voici Je l'ai béni, etc. », il dira : le Saint béni soit-Il a de l'agrément en moi et je Lui suis cher, puisque Avraham demanda seulement qu'il vive, et que le Saint béni soit-Il a ajouté au-delà de sa demande ; c'est pourquoi, sur l'existence de Yichmael dans le monde, Il a employé un langage de regret, pour montrer qu'il est répugnant devant le Saint béni soit-Il !
💡 Explication

La sougya passe du plan individuel au plan de l'histoire. Le procédé exégétique est constant : dans chaque cas, la guemara repère dans l'Écriture une formule où Hachem parle de Sa propre création sur un ton de 'harata (regret). « Qu'ai-je à faire ici ? » n'est pas une question d'information — Rachi le dit sèchement : « c'est cela, le regret ».

Pour les Kasdim, la formule « ce peuple qui n'a pas été » (Yechayahou 23, 13) est lue non comme une notation historique mais comme un souhait rétrospectif : Rachi glose « il ne mérite pas [d'exister] — plût au Ciel qu'il n'eût pas été ».

Le Ben Yehoyada pose l'évidente objection théologique : le regret suppose l'ignorance de l'avenir, impossible en haut. Sa réponse est juridique et non psychologique — la formule sert à établir leur culpabilité, en coupant d'avance l'argument « nous n'avons fait qu'exécuter un décret ».

🖼️ Schéma
Les quatre créations dont la Torah exprime le regret -- et leur verset Chaque item est adossé à un verset où l'Écriture prête à Hachem une formule de repentir. Galout -- l'exil Yechayahou 52, 5 "et maintenant, qu'ai-je [à faire] ici ?" Rachi : voilà le regret. Kasdim Yechayahou 23, 13 "ce peuple qui n'a pas été" Rachi : il ne mérite pas d'être -- plût au Ciel ! Yichméélim Iyov 12, 6 "les tentes des brigands sont tranquilles" Rachi : Lui-même les a amenés. Yetser hara Mikha 4, 6 "et celle que j'ai maltraitée" Rachi : j'ai créé le yetser. Le contrepoids immédiat de Rabbi Yo'hanan : trois versets, sans lesquels "les pieds auraient chancelé" 1. Mikha 4, 6 -- "et celle que j'ai maltraitée" : le yetser est une création, non une invention de l'homme. 2. Yirmiahou 18, 6 -- "comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous" : la matière ne se façonne pas seule. 3. Ye'hezkel 36, 26 -- "j'ôterai le cœur de pierre" ; et Rav Papa ajoute 36, 27 -- "je mettrai mon esprit en vous". Rachi : ces versets attestent que fautes et mérites sont entre Ses mains, et qu'Il sonde les cœurs.
Les quatre créations regrettées avec leur verset, et le contrepoids des trois versets de Rabbi Yo'hanan.
8
יִשְׁמְעֵאלִים, דִּכְתִיב: ״יִשְׁלָיוּ אֹהָלִים לְשֹׁודְדִים וּבַטֻּוחוֹת לְמַרְגִּיזֵי אֵל לַאֲשֶׁר הֵבִיא אֱלוֹהַּ בְּיָדוֹ״. יֵצֶר הָרַע, דִּכְתִיב: ״וַאֲשֶׁר הֵרַעְתִּי״.

Les Yichméélim, car il est écrit : « les tentes des brigands sont tranquilles, et ceux qui irritent Dieu sont en sécurité, [pour] celui que Dieu a amené de Sa main ». Le yetser hara, car il est écrit : « et celle que j'ai maltraitée ».

📜 Rachi (2)
אֹהָלִים לַשּׁוֹדְדִים אֵלּוּ עַרְבִיִּים הַשּׁוֹכְנִים בְּאֹהָלִים בַּמִּדְבָּרוֹת וְרוֹעִים מַקְנֶה כָּל יְמֵיהֶם וּכְתִיב סֵיפֵיהּ דִּקְרָא לַאֲשֶׁר הֵבִיא וְגוֹ' כְּלוֹמַר הוּא עַצְמוֹ גָּרַם לוֹ הַרְגָּזָתוֹ שֶׁהֱבִיאָם בָּעוֹלָם:
« Les tentes des brigands » — ce sont les Arabes qui habitent sous des tentes dans les déserts et font paître du bétail tous leurs jours ; et la fin du verset dit : « pour celui que Dieu a amené, etc. », c'est-à-dire que Lui-même s'est causé l'irritation qu'ils Lui font, puisqu'Il les a amenés au monde.
וַאֲשֶׁר הֵרַעְתִּי רֵישָׁא דִקְרָא אֹוסְפָה הַצֹּולֵעָה וְהַנִּדָּחָה אֲקַבֵּצָה וַאֲשֶׁר הֲרֵעֹתִי אֲנִי בָּרָאתִי אֶת יֵצֶר הָרַע הַמַּחֲטִיאָם וְגָרַמְתִּי לָהֶם כָּל זֹאת:
« Et celle que j'ai maltraitée » — le début du verset dit : « je rassemblerai la boiteuse et je recueillerai celle qui a été chassée » ; « et celle que j'ai maltraitée » [signifie] : c'est Moi qui ai créé le yetser hara qui les fait fauter, et c'est Moi qui leur ai causé tout cela.
💡 Explication

Les deux derniers items de la liste. Pour les Yichméélim, Rachi identifie « les tentes des brigands » (Iyov 12, 6) aux Arabes nomades des déserts, et il fait porter tout le poids de la preuve sur la fin du verset : « pour celui que Dieu a amené de Sa main » — c'est-à-dire que l'irritation qu'ils causent, Il se l'est amenée Lui-même en les mettant au monde.

Pour le yetser hara, le verset est Mikha 4, 6. Rachi restitue son début — « je rassemblerai la boiteuse et je recueillerai celle qui a été chassée » — pour montrer que « va-acher hareoti » n'est pas un simple parallélisme poétique : Hachem y déclare avoir créé le yetser hara qui les fait fauter, et donc avoir causé leur exil. Ce même verset va servir, au segment suivant, de premier des trois versets de sauvetage de Rabbi Yo'hanan.

9
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אִלְמָלֵא שָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ, נִתְמוֹטְטוּ רַגְלֵיהֶם שֶׁל שׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. חַד, דִּכְתִיב: ״וַאֲשֶׁר הֵרַעְתִּי״. וְחַד, דִּכְתִיב: ״הִנֵּה כַחֹומֶר בְּיַד הַיּוֹצֵר כֵּן אַתֶּם וְגוֹ׳״. וְאִידָךְ: ״וַהֲסִרֹתִי אֶת לֵב הָאֶבֶן מִבְּשַׂרְכֶם וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב בָּשָׂר״.

Rabbi Yo'hanan a dit : sans ces trois versets, les pieds des ennemis d'Israël [euphémisme pour Israël lui-même] auraient chancelé. L'un, car il est écrit : « et celle que j'ai maltraitée ».

L'autre, car il est écrit : « voici, comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous, etc. ». Et le troisième : « j'ôterai le cœur de pierre de votre chair et je vous donnerai un cœur de chair ».

📜 Rachi (1)
שְׁלֹשָׁה מִקְרָאוֹת הַמְּעִידִין שֶׁהָעֲוֹנוֹת וְהַזְּכִיּוֹת בְּיָדוֹ וְתֹוכֶן הַלְּבָבוֹת:
« Trois versets » — qui attestent que les fautes et les mérites sont entre Ses mains, et qu'Il sonde les cœurs.
💡 Explication

Le renversement de la sougya. Après cinq enseignements qui décrivent la force du yetser, Rabbi Yo'hanan tire la conclusion qu'on n'osait pas formuler : si l'homme portait seul la responsabilité de sa faute, il ne tiendrait pas debout. L'expression « les ennemis d'Israël » est un euphémisme classique — on évite de dire directement qu'Israël pourrait s'effondrer.

Les trois versets ne disent pas la même chose. Mikha 4, 6 dit que le yetser est une création ; Yirmiahou 18, 6 dit que l'homme est de l'argile entre les mains du potier ; Ye'hezkel 36, 26 dit que le changement de cœur est un acte divin. Ensemble, ils déplacent une part de la responsabilité vers le Créateur. Rachi résume : ils « attestent que les fautes et les mérites sont entre Ses mains, et qu'Il sonde les cœurs ».

L'équilibre de la sougya tient à ce couple : sans le mouvement précédent, on nierait la gravité du yetser ; sans celui-ci, on désespérerait de l'homme.

10
רַב פָּפָּא אָמַר, אַף מֵהַאי נָמֵי: ״וְאֶת רוּחִי אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם וְגוֹ׳״.

Rav Papa a dit : [on l'apprend] aussi de celui-ci : « et je mettrai mon esprit au-dedans de vous, etc. »

💡 Explication

Rav Papa ajoute Ye'hezkel 36, 27, le verset qui suit immédiatement le troisième de Rabbi Yo'hanan. La progression est significative : Ye'hezkel 36, 26 promettait le retrait du cœur de pierre ; 36, 27 promet en plus l'infusion d'un esprit — « et je ferai que vous marchiez selon Mes lois ». Non seulement l'obstacle est ôté, mais l'impulsion est donnée.

11
״וַיַּרְאֵנִי ה׳ אַרְבָּעָה חָרָשִׁים״, מַאן נִינְהוּ אַרְבָּעָה חָרָשִׁים? אָמַר רַב חָנָא בַּר בִּיזַּנָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד, וּמָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף, וְאֵלִיָּהוּ, וְכֹהֵן צֶדֶק. מֵתִיב רַב שֵׁשֶׁת: אִי הָכִי, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֵלַי אֵלֶּה הַקְּרָנוֹת אֲשֶׁר זֵרוּ אֶת יְהוּדָה״, הָנֵי לְשׁוּבָה אָתוּ!

« Hachem me fit voir quatre artisans (harachim) » — qui sont ces quatre artisans ? Rav Hana bar Bizna a dit au nom de Rabbi Chimon Hassida : le Machia'h fils de David, le Machia'h fils de Yossef, Eliahou, et le kohen tsedek.

Rav Chechet objecta : s'il en est ainsi, comment comprendre ce qui est écrit : « et il me dit : ce sont là les cornes qui ont dispersé Yehouda » ? Ceux-là sont donc venus pour la dévastation !

[et non pour délivrer]

📜 Rachi (4)
חֲרָשִׁים אֻומָּנִים:
« Harachim » — des artisans.
מְשִׁיחִים שְׁנֵיהֶם חֲרָשִׁים לְבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ אֵלִיָּהוּ חָרַשׁ אֶבֶן שֶׁבָּנָה מִזְבֵּחַ בְּהַר הַכַּרְמֶל וּמָצִינוּ שֶׁהוּא עָתִיד לְהִשְׁתַּלֵּחַ:
Les deux Machia'h sont tous deux artisans pour la construction du Beit haMikdach. Eliahou est tailleur de pierre, car il a bâti un autel sur le mont Carmel ; et nous trouvons qu'il doit être envoyé dans l'avenir.
וְכֹהֵן צֶדֶק הוּא שֵׁם בֶן נֹחַ וְנִקְרָא חֵרֵשׁ וַיְחַזֵּק חָרָשׁ אֶת צֹורֵף (יְשַׁעְיָהוּ מ״א:ו׳-ז׳) וּבִבְרֵאשִׁית רַבָּה (פ' מ"ג) מְפָרֵשׁ לֵיהּ בְּמַלְכֵי צֶדֶק שֶׁבָּא לִקְרַאת אַבְרָהָם וּבָרְכוּ וְחִיזְּקוֹ וּקְרָאוֹ חֵרֵשׁ עַל שֵׁם בִּנְיַן הַתֵּיבָה שֶׁבָּנָה עִם אָבִיו:
« Et le kohen tsedek » — c'est Chem fils de Noa'h. Il est appelé « artisan » d'après « l'artisan encourage l'orfèvre » (Yechayahou 41, 6-7). Et dans le Berechit Rabba (chap. 43) on l'explique de Malki-Tsedek, qui vint à la rencontre d'Avraham, le bénit et le fortifia. On l'appelle artisan à cause de la construction de l'arche, qu'il bâtit avec son père.
אֵלֶּה הַקְּרָנוֹת אֲשֶׁר זֵרוּ בָּתְרֵיהּ כְּתִיב:
« Ce sont là les cornes qui ont dispersé » — c'est écrit juste après [le verset des quatre artisans].
🪔 Ben Yehoyada (1)
(זְכַרְיָה ב, ג) "וַיַּרְאֵנִי ה' אַרְבָּעָה חָרָשִׁים ". מַאן נִינְהוּ 'אַרְבָּעָה חֲרָשִׁים'? אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: זֶה מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד, וּמָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף, וְאֵלִיָּהוּ, וְכֹהֵן צֶדֶק. נִרְאֶה לִי בס"ד אַרְבַּעְתָּם רְמוּזִים בְּתֵיבַת 'חֲרָשִׁים' שֶׁיֵּשׁ בְּתֵיבָה זוֹ אוֹתִיּוֹת מָשִׁיחַ [ ח ר שִׂים ] דְּקָאֵי עַל מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד וּמָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף, וְיֵשׁ גַּם כֵּן בְּתֵיבָה זוֹ אוֹתִיּוֹת שֵׁם [חַר שִׂים ] זֶה שֵׁם בֶּן נֹחַ שֶׁהוּא מַלְכֵי צֶדֶק, וְיֵשׁ גַּם כֵּן בְּתֵיבָה זוֹ אוֹתִיּוֹת חַי [ ח רָשׁ י ם] רֶמֶז לְאֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב שֶׁנִּשְׁאַר חַי וְעָלָה חַי לַשָּׁמַיִם.
(Zekharia 2, 3) « Hachem me fit voir quatre harachim. » Qui sont ces quatre harachim ? Rabbi Chimon Hassida a dit : c'est le Machia'h fils de David, le Machia'h fils de Yossef, Eliahou, et le kohen tsedek. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que tous quatre sont allusionnés dans le mot même de harachim. Car il y a dans ce mot les lettres de machia'h [het-rech-chin-youd-mem], ce qui vise le Machia'h fils de David et le Machia'h fils de Yossef ; il y a aussi dans ce mot les lettres de Chem [chin-mem], c'est-à-dire Chem fils de Noa'h, qui est Malki-Tsedek ; et il y a encore dans ce mot les lettres de 'haï (vivant) [het-youd], allusion à Eliahou, de mémoire bénie, qui est resté vivant et qui est monté vivant au ciel.
💡 Explication

Bascule de registre : la sougya quitte la psychologie morale pour l'eschatologie. Zekharia 2, 3 mentionne quatre harachim sans les nommer ; Rabbi Chimon Hassida en donne la liste — deux Machia'h, Eliahou et le kohen tsedek.

Le mot harach signifie artisan, et Rachi vérifie que chacun mérite le titre : les deux Machia'h sont artisans du Beit haMikdach à venir ; Eliahou est tailleur de pierre, puisqu'il a bâti l'autel du Carmel ; quant au kohen tsedek, il l'identifie à Chem fils de Noa'h, artisan de l'arche bâtie avec son père — tout en signalant que le Berechit Rabba y voit Malki-Tsedek.

L'objection de Rav Chechet est textuelle et sérieuse : le verset immédiatement suivant déclare « ce sont là les cornes qui ont dispersé Yehouda ». Si l'ange répond ainsi à la question « que sont ces artisans ? », alors les quatre seraient des instruments de destruction — l'exact contraire de la lecture messianique.

🖼️ Schéma
Les quatre harachim de Zekharia -- et l'objection de Rav Chechet, résolue par la fin du verset Machia'h ben David Rachi : les deux Machia'h sont artisans pour la construction du Mikdach. Machia'h ben Yossef même titre d'artisan du bâtiment à venir Eliahou Rachi : tailleur de pierre -- il a bâti l'autel du Carmel, et doit être envoyé à nouveau. Kohen tsedek Rachi : Chem fils de Noa'h, artisan de l'arche ; Berechit Rabba 43 : Malki-Tsedek. Objection de Rav Chechet Le verset suivant dit : "ce sont là les cornes qui ont dispersé Yehouda". Les quatre seraient donc des destructeurs, non des libérateurs. Réponse : chefil le-sifei di-kra "Descends jusqu'au bas du verset" : "et ceux-ci sont venus pour les effrayer, pour abattre les cornes". Les cornes sont les nations ; les artisans les brisent. Et la capitulation, qui est le vrai enseignement du passage "Qu'ai-je à faire avec Hana en matière d'aggada ?" -- Rachi : il est plus expert que moi en aggada, je ne saurais l'emporter. Un amora reconnaît publiquement la supériorité d'un autre dans un domaine précis. La halakha et l'aggada ont des maîtres distincts.
Les quatre artisans selon Rachi, l'objection de Rav Chechet, et sa résolution par la fin du verset.
12
אֲמַר לֵיהּ, שְׁפֵיל לְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא: ״וְיָבוֹאוּ אֵלֶּה לְהַחֲרִיד אֹותָם לְיַדּוֹת אֶת קַרְנוֹת הַגּוֹיִם הַנֹּושְׂאִים קֶרֶן אֶל אֶרֶץ יְהוּדָה לְזָרוֹתָהּ וְגוֹ׳״. אֲמַר לֵיהּ: בַּהֲדֵי חָנָא בְּאַגָּדְתָּא לָמָּה לִי.

Il lui dit : descends jusqu'à la fin du verset — « et ceux-ci sont venus pour les effrayer, pour abattre les cornes des nations qui ont levé la corne contre le pays de Yehouda afin de le disperser, etc. ». Il lui répondit : qu'ai-je à faire avec Hana en matière d'aggada ?

📜 Rachi (3)
שְׁפֵיל לְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא דְּאֵלֶּה הַקְּרָנוֹת וַיָּבֹאוּ אֵלֶּה לְהַחֲרִיד אֹותָם סוֹף הַפָּסוּק הוֹכִיחַ שֶׁתְּחִילָּתוֹ אֵינוֹ מְדַבֵּר בֶּחָרָשִׁים אֶלָּא בָּאֻומּוֹת שֶׁכְּשֶׁשָּׁאַל הַנָּבִיא אֶת הַמַּלְאָךְ מָה אֵלֶּה הַחֲרָשִׁים אָמַר לוֹ אֵלֶּה הַקְּרָנוֹת כְּלוֹמַר אֻומּוֹת הַלָּלוּ אֲשֶׁר זֵרוּ אֶת יְהוּדָה וְיָבֹאוּ אֵלֶּה הַחֲרָשִׁים לְהַחֲרִיד אוֹתָם הַקְּרָנוֹת לְיַדּוֹת אֶת קַרְנוֹת הַגּוֹיִם:
« Descends jusqu'à la fin du verset » — [le verset dit] « ce sont là les cornes », puis « et ceux-ci sont venus pour les effrayer » : la fin du verset prouve que son début ne parle pas des artisans, mais des nations. Car lorsque le prophète demanda à l'ange : que sont ces artisans ? il lui répondit « ce sont là les cornes », c'est-à-dire ces nations qui ont dispersé Yehouda ; « et ceux-ci », les artisans, « sont venus pour les effrayer », ces cornes, « pour abattre les cornes des nations ».
שְׁפִיל הַשָּׁפֵל עַצְמְךָ לְתַחְתִּית הַמִּקְרָא לְסוֹפוֹ:
« Chefil » — abaisse-toi vers le bas du verset, jusqu'à sa fin.
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת בַּהֲדֵי חָנָא בְּאַגָּדְתָּא לָמָּה לִי מַה לִי אֶצְלוֹ בַּהַגָּדָה בָּקִי הוּא בַּהַגָּדָה מִמֶּנִּי וְלֹא אוּכַל לוֹ:
« Rav Chechet dit : qu'ai-je à faire avec Hana en matière d'aggada » — qu'ai-je à faire face à lui en aggada ? Il est plus expert que moi en aggada, et je ne saurais l'emporter sur lui.
💡 Explication

La réponse est une leçon de méthode exégétique tenue en trois mots araméens : chefil le-sifei di-kra, « descends jusqu'au bas du verset ». Rachi glose même le verbe : « abaisse-toi vers le bas du verset, jusqu'à sa fin ». Le début du verset ne répond pas à la question du prophète ; c'est la fin qui distribue les rôles — les cornes sont les nations, et les artisans viennent les effrayer et les abattre.

Mais le vrai enseignement du passage est la dernière phrase. Rav Chechet, immense maître, ne concède pas seulement un point : il énonce un principe de compétence. Rachi le rend sans détour : « il est plus expert que moi en aggada, et je ne saurais l'emporter sur lui ». La halakha et l'aggada n'ont pas nécessairement les mêmes autorités — reconnaître le domaine de l'autre fait partie de la discipline.

13
״וְהָיָה זֶה שָׁלוֹם אַשּׁוּר כִּי יָבֹא בְאַרְצֵנוּ וְכִי יִדְרֹוךְ בְּאַרְמְנֹותֵינוּ וַהֲקֵמֹנוּ עָלָיו שִׁבְעָה רֹועִים וּשְׁמֹנָה נְסִיכֵי אָדָם״. מַאן נִינְהוּ ״שִׁבְעָה רוֹעִים״? דָּוִד בְּאֶמְצַע, אָדָם שֵׁת וּמְתוּשֶׁלַח מִימִינוֹ, אַבְרָהָם יַעֲקֹב וּמֹשֶׁה בִּשְׂמֹאלוֹ. וּמַאן נִינְהוּ ״שְׁמֹנָה נְסִיכֵי אָדָם״? יִשַׁי, וְשָׁאוּל, וּשְׁמוּאֵל, עָמוֹס, וּצְפַנְיָה, צִדְקִיָּה, וּמָשִׁיחַ, וְאֵלִיָּהוּ.

« Et celui-ci sera la paix : quand Achour viendra dans notre pays et qu'il foulera nos palais, nous dresserons contre lui sept bergers et huit princes d'hommes ». Qui sont ces « sept bergers » ?

David au milieu ; Adam, Chet et Métouchéla'h à sa droite ; Avraham, Yaakov et Moche à sa gauche. Et qui sont ces « huit princes d'hommes » ?

Yichai, Chaoul, Chemouel, Amos, Tsefania, Tsidkiahou, le Machia'h et Eliahou.

📜 Rachi (3)
שִׁבְעָה רוֹעִים וּשְׁמֹנָה נְסִיכִים לֹא יָדַעְתִּי בָּהֶם טַעַם כִּמְדֻומֶּה לִי דְּאָמְרִינַן בְּעָלְמָא וְיִצְחָק לְהֵיכָן אָזַל לְהַצִּיל בָּנָיו מְדִינָה שֶׁל גֵּהִינָּם כְּדִכְתִיב כִּי אַתָּה אָבִינוּ (מִדְרַשׁ יַלְקוּט מִיכָה ה):
« Sept bergers et huit princes » — je n'en connais pas la raison. Il me semble que l'on dit ailleurs : et Yits'hak, où est-il allé ? Sauver ses enfants du jugement du Guehinam, ainsi qu'il est écrit : « car Tu es notre père » (Midrach Yalkout, Mikha 5).
אָדָם שֵׁת וּמְתוּשֶׁלַח מִן הַצַּדִּיקִים שֶׁהָיוּ קֹודֶם הַמַּבּוּל שֶׁלֹּא חָטְאוּ עַד דּוֹר אֱנוֹשׁ כְּדִכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ד) אָז הוּחַל וְגוֹ מְתוּשֶׁלַח צַדִּיק גָּמוּר הָיָה כִּדְאָמְרִינַן בְּחֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף קח:) שְׂבֵעַת יָמִים שֶׁנִּתְלוּ לְדוֹר הַמַּבּוּל הֵן יְמֵי אֶבְלוֹ שֶׁל מְתוּשֶׁלַח:
« Adam, Chet et Métouchéla'h » — ils sont parmi les justes qui vécurent avant le déluge et qui n'ont pas fauté, car [les fautes ne commencèrent] qu'à la génération d'Enoch, ainsi qu'il est écrit (Berechit 4) : « c'est alors que l'on commença, etc. ». Métouchéla'h était un juste accompli, comme on le dit dans 'Helek (Sanhédrin 108b) : les sept jours de sursis accordés à la génération du déluge sont les jours de deuil de Métouchéla'h.
עָמוֹס וּצְפַנְיָה מִן הַנְּבִיאִים הָיוּ:
« Amos et Tsefania » — ils faisaient partie des prophètes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאן נִינְהוּ "שִׁבְעָה רָעִים"? דָּוִד בְּאֶמְצַע, אָדָם, שֵׁת, וּמְתוּשֶׁלַח מִיְּמִינוֹ. אַבְרָהָם, וְיַעֲקֹב, וּמֹשֶׁה מִשְּׂמֹאלוֹ וּמַאן נִינְהוּ "שְׁמֹנָה נְסִיכֵי אָדָם"? יִשַׁי, וְשָׁאוּל, וּשְׁמוּאֵל, וְעָמוֹס, צְפַנְיָה, חִזְקִיָּהוּ, וְאֵלִיָּהוּ, וּמָשִׁיחַ. הִנֵּה וַדַּאי קַבָּלָה הִיא זוֹ בְּיַד רז"ל שֶׁיִּהְיוּ עַל סֵדֶר זֶה, אַךְ קָשֶׁה אֵיךְ יִהְיֶה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה גָּדוֹל מִכֻּולָּם? וְעוֹד אֵיךְ אַבְרָהָם יַעֲקֹב מֹשֶׁה יִהְיוּ מִשְּׂמֹאל וְלֹא בְּיָמִין? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ עַל אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב אֲשֶׁר יִתְגַּלֶּה בְּכָל מִילָה וּמִילָה שֶׁאֵינוֹ בָּא כֻּולּוֹ אֶלָּא רַק חֵלֶק מִמֶּנּוּ שֶׁיִּתְחַלֵּק לְכַמָּה חֲלָקִים, וְלָכֵן יָבֹא בְּאֶלֶף מִילוֹת וְיוֹתֵר אֲשֶׁר יִזְדַּמְּנוּ בְּרֶגַע אֶחָד שֶׁבְּכָל מִילָה יָבֹא חֵלֶק אֶחָד מִמֶּנּוּ וְאֵין כָּל הַחֲלָקִים שָׁוִים שֶׁבְּכָל מִילָה יִתְחַלֵּק בְּחֵלֶק גָּדוֹל לְפִי עֵרֶךְ בַּעֲלֵי הַמִּצְוָה, וְכֵן כָּאן הָרוֹעִים אֲשֶׁר יִתְגַּלּוּ לֶעָתִיד וְדָוִד בְּאֶמְצַע, לֹא יָבֹא כָּל אֶחָד וְאֶחָד כֻּולּוֹ אֶלָּא חֵלֶק אֶחָד מִמֶּנּוּ כְּפִי מַה שֶׁרָאוּי לָבֹא עַל פִּי חָכְמָתוֹ יִתְבָּרֵךְ וּרְצוֹנוֹ הַפָּשׁוּט וְאֵין הַחֲלָקִים שָׁוִים, וְאֶפְשָׁר כִּי הַשְּׁלֹשָׁה שֶׁהֵם מִיָּמִין יָבוֹאוּ בַּחֲלָקִים גְּדוֹלִים וְהַשְּׁלֹשָׁה אֲשֶׁר מִשְּׂמֹאל יָבוֹאוּ בַּחֲלָקִים קְטַנִּים וְחֵלֶק דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אֲשֶׁר בָּאֶמְצַע יָבֹא יוֹתֵר גָּדוֹל אוֹ אֶפְשָׁר שֶׁיָּבֹא כֻּולּוֹ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה קִייֵּם בּוֹ השי"ת הַבְטָחָתוֹ מַה שֶׁאָמַר (תְּהִלִּים פט, לז) 'וְכִסְאוֹ כַּשֶּׁמֶשׁ נֶגְדִּי' שֶׁיִּהְיֶה דֻּוגְמַת הַחַמָּה בְּשִׁבְעָה כּוֹכְבֵי לֶכֶת שֶׁהֵם שצ"ם חנכ"ל [שַׁבְּתַאי, צֶדֶק, מַאְדִּים, חַמָּה, נֹוגַהּ, כּוֹכָב, לְבָנָה] דְּחַמָּה בְּאֶמְצַע כֵּן הוּא בָּאֶמְצַע. וּמַה שֶׁמָּנָה אֶת הַמָּשִׁיחַ בִּנְסִיכִים לְבַסּוֹף נִרְאֶה דְּקָאֵי עַל מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף, אוֹ כִּי הַנְּסִיכִים מָנֵי לְהוּ עַל סֵדֶר הַדּוֹרוֹת שֶׁלָּהֶם וְלָא נָקֵיט לְהוּ עַל סֵדֶר יְשִׁיבָתָם וְאִין הָכִי נָמֵי סֵדֶר יְשִׁיבָתָם יִהְיֶה כְּפִי מַעֲלָתָם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יַעֲשֶׂה הקב"ה כֵּן לֶעָתִיד שֶׁיִּהְיֶה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה יוֹשֵׁב בָּאֶמְצַע בִּמְקוֹם מֶלֶךְ וְיִהְיוּ גְּדוֹלֵי עוֹלָם מִיְּמִינוֹ וּגְדוֹלֵי עוֹלָם מִשְּׂמֹאלוֹ כְּדֵי לְקַיֵּים 'מַאן דְּאִיהוּ זְעֵיר אִיהוּ רַב' שֶׁשִּׁילֵּם לוֹ הקב"ה כָּבוֹד בִּשְׁבִיל דִּבְרֵי עֲנָוָה שֶׁדִּיבֵּר עַל עַצְמוֹ דְּאָמְרוּ רז"ל בְּמִדְרַשׁ שׁוֹחֵר טוֹב אָמַר דָּוִד אֵין לִי לֵישֵׁב בְּמָקוֹם גְּדוֹלִים כִּי יוֹדֵעַ אֲנִי בְּעַצְמִי אֶלָּא יִהְיוּ אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב בִּטְרַקְלִין וּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן בְּקִיטוֹן וַאֲנִי מְקוֹמִי בַּסַּף הֲדָא הוּא דִכְתִיב (תְּהִלִּים פד, יא) 'בָּחַרְתִּי הִסְתּוֹפֵף בְּבֵית אֱלֹקִי' עַד כָּאן. וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד הַמַּאֲמָר שֶׁדִּיבֵּר כְּנֶגֶד אֲחִיזָתָם דְּהָאָבוֹת בחג"ת [חֶסֶד גְּבוּרָה תִּפְאֶרֶת] שֶׁהֵם ג' אֶמְצָעִיּוֹת וּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן בְּנֶצַח וְהוֹד וְדָוִד בְּמַלְכוּת סוֹפָא דְּכָל דַּרְגִין כִּי לָכֵן נִקְרֵאת שַׁעַר וְלָכֵן אוֹמֵר (תְּהִלִּים נא, יז) 'אֲדֹנָי שְׂפָתַי תִּפְתָּח' [כְּלוֹמַר שֵׁם אֲדֹנָי בִּמְלוֹאוֹ גֵּימַטְרְיָא תרע"א 671, שֶׁהוּא תַּרְגּוּם שֶׁל שַׁעַר ] וְהוּא בְּעַנּוֹתוֹ אָמַר בַּסַּף מַמָּשׁ לָכֵן עָשָׂה לוֹ הקב"ה הַכָּבוֹד הַזֶּה לֶעָתִיד שֶׁיְּהֵא יוֹשֵׁב כְּמֶלֶךְ בַּגְּדוּד הוּא בְּאֶמְצַע וּגְדוֹלֵי עוֹלָם מִיְּמִינוֹ וּגְדוֹלֵי עוֹלָם מִשְּׂמֹאלוֹ שֶׁבִּכְלָלָם אַבְרָהָם וְיַעֲקֹב וּמֹשֶׁה. וְנִרְאֶה לִי שִׁבְעָה רוֹעִים כְּנֶגֶד תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהִיא שִׁבְעָה סְפָרִים כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַזַ"ל (שַׁבָּת קטו:) עַל פָּסוּק (מִשְׁלֵי ט, א) 'חֲצָבָהּ עַמּוּדֶיהָ שִׁבְעָה' וּשְׁמֹנָה נְסִיכִים כְּנֶגֶד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׁמֹנָה דַּרְגִין שֶׁהֵם כָּשֵׁר וּפָסוּל, חַיָּיב וְזַכַּאי, טָהוֹר וְטָמֵא, אָסוּר וּמֻותָּר.
Qui sont ces « sept bergers » ? David au milieu ; Adam, Chet et Métouchéla'h à sa droite ; Avraham, Yaakov et Moche à sa gauche. Et qui sont ces « huit princes d'hommes » ? Yichai, Chaoul, Chemouel, Amos, Tsefania, Hizkiahou, Eliahou et le Machia'h. Il est certain qu'il s'agit là d'une tradition reçue par nos maîtres, que ce sera dans cet ordre ; mais cela fait difficulté : comment David le roi, que la paix soit sur lui, serait-il plus grand que tous ? Et comment Avraham, Yaakov et Moche seraient-ils à gauche et non à droite ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut comprendre sur le modèle de ce que l'on a dit d'Eliahou, de mémoire bénie, qui se révèle à chaque circoncision : il ne vient pas tout entier, mais seulement une part de lui, car il se divise en de nombreuses parts ; c'est ainsi qu'il peut venir à mille circoncisions et davantage, qui se trouvent au même instant, en donnant à chacune une part de lui — et toutes les parts ne sont pas égales : à chaque circoncision il se partage en une part plus ou moins grande selon la valeur de ceux qui accomplissent la mitsva. De même ici, pour les bergers qui se révéleront à l'avenir, David au milieu : chacun d'eux ne viendra pas tout entier, mais par une part de lui, selon ce qu'il convient qu'il vienne d'après Sa sagesse bénie et Sa volonté simple ; et les parts ne sont pas égales. Il est possible que les trois qui sont à droite viennent par de grandes parts, que les trois qui sont à gauche viennent par de petites parts, et que la part de David le roi, que la paix soit sur lui, qui est au milieu, vienne plus grande encore — ou peut-être qu'il vienne tout entier. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que par là Hachem accomplit envers lui Sa promesse : « et son trône sera comme le soleil devant Moi » (Tehilim 89, 37) — qu'il soit à l'image du soleil parmi les sept astres errants, qui sont Chabtai, Tsedek, Maadim, Hama, Noga, Kokhav, Levana : de même que le soleil est au milieu, ainsi lui est au milieu. Quant au fait que le Machia'h soit compté en dernier parmi les princes, il semble que cela vise le Machia'h fils de Yossef ; ou bien que les princes ont été énumérés selon l'ordre de leurs générations, et non selon l'ordre de leur place assise — et il va de soi que l'ordre de leur place assise sera selon leur rang. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Saint béni soit-Il agira ainsi dans l'avenir, David le roi, que la paix soit sur lui, siégeant au milieu à la place du roi, les grands du monde à sa droite et les grands du monde à sa gauche, afin d'accomplir « celui qui se fait petit, celui-là est grand » : Hachem lui a payé cet honneur en raison des paroles d'humilité qu'il a dites sur lui-même. Nos maîtres ont enseigné dans le Midrach Cho'her Tov : David a dit — il ne me revient pas de siéger à la place des grands, car je me connais moi-même ; qu'Avraham, Yits'hak et Yaakov soient dans la grande salle, Moche et Aharon dans la chambre, et que ma place à moi soit sur le seuil. C'est ce qui est écrit (Tehilim 84, 11) : « j'ai choisi de me tenir au seuil dans la maison de mon Dieu ». Et j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, que ce propos correspond à leur attache : les patriarches en ''Hessed-Guevoura-Tiferet, qui sont les trois centrales ; Moche et Aharon en Netsa'h et Hod ; et David en Malkhout, fin de tous les degrés — c'est pourquoi elle est appelée « porte », et c'est pourquoi il dit (Tehilim 51, 17) « Hachem, ouvre mes lèvres » [car le nom Ado-nai dans son développement complet a pour valeur 671, qui est la traduction araméenne de « porte »]. Lui, dans son humilité, a dit « sur le seuil » à la lettre ; c'est pourquoi le Saint béni soit-Il lui a fait cet honneur dans l'avenir, qu'il siège comme un roi au milieu de sa troupe, lui au centre, les grands du monde à sa droite et les grands du monde à sa gauche — parmi lesquels Avraham, Yaakov et Moche. Et il me semble que les sept bergers correspondent à la Torah écrite, qui compte sept livres, comme l'ont dit nos maîtres (Chabbat 115b) sur le verset (Michlei 9, 1) « elle a taillé ses sept colonnes » ; et les huit princes correspondent à la Torah orale, où il y a huit degrés : cacher et passoul, coupable et innocent, pur et impur, interdit et permis.
💡 Explication

Le verset de Mikha 5, 4 promet, contre Achour, sept bergers et huit princes. La guemara ne se contente pas de nommer : elle dispose. David est au centre, trois figures d'avant le déluge à sa droite, trois patriarches et législateur à sa gauche. La géométrie est le message.

Rachi, chose rare, avoue son ignorance : « je n'en connais pas la raison ». Il ne résout pas la liste, il note seulement l'absence frappante de Yits'hak, et rappelle un enseignement selon lequel celui-ci est occupé ailleurs — à sauver ses enfants du jugement du Guehinam. Sur les trois de droite, il précise qu'il s'agit de justes d'avant le déluge, et que Métouchéla'h était un juste accompli : les sept jours de sursis accordés à sa génération furent les jours de son deuil.

Le Ben Yehoyada affronte les deux difficultés que la disposition soulève — comment David peut-il surpasser Adam, Avraham et Moche ? et pourquoi les plus grands sont-ils à gauche ? Sa réponse repose sur l'idée que chacune de ces figures ne viendra que par une part d'elle-même, inégale selon les cas, et que la place centrale de David réalise la promesse « son trône sera comme le soleil devant Moi », le soleil occupant le milieu des sept astres.

🖼️ Schéma
Sept bergers et huit princes d'hommes (Mikha 5, 4) : la disposition, non la liste La guemara ne se contente pas de nommer : elle place David au centre, trois à droite, trois à gauche. Les sept bergers à sa droite Adam Chet Métouchéla'h David au milieu Avraham Yaakov Moche à sa gauche Rachi avoue : "je n'en connais pas la raison". Il note l'absence de Yits'hak -- occupé à sauver ses enfants du din. Les huit nessikhei adam Yichai Chaoul Chemouel Amos Tsefania Tsidkiahou Machia'h Eliahou Rachi : Amos et Tsefania font partie des prophètes. La liste mélange rois, prophètes et figures de la fin. Ben Yehoyada : pourquoi David au centre, et les patriarches à gauche ? Réponse : chacun ne viendra que par une part de lui-même, inégale ; et David au centre comme le soleil parmi les sept astres.
La disposition des sept bergers autour de David, et la liste des huit princes d'hommes.
14
אַרְבָּעָה סֻולָּמוֹת כו׳. תְּנָא: גָּובְהָהּ שֶׁל מְנוֹרָה חֲמִשִּׁים אַמָּה, וְאַרְבָּעָה יְלָדִים שֶׁל פִּרְחֵי כְּהֻונָּה, וּבִידֵיהֶם כַּדֵּי שֶׁמֶן שֶׁל מֵאָה וְעֶשְׂרִים לֹוג. אִיבַּעְיָא לְהוּ: מֵאָה וְעֶשְׂרִים לֹוג כֻּולְּהוּ, אוֹ דִּלְמָא לְכָל חַד וְחַד? תָּא שְׁמַע: וּבִידֵיהֶם כַּדֵּי שֶׁמֶן שֶׁל שְׁלֹשִׁים שְׁלֹשִׁים לֹוג, שֶׁהֵם כֻּולָּם מֵאָה וְעֶשְׂרִים לֹוג.

« Quatre échelles, etc. » On a enseigné : la hauteur du candélabre était de cinquante coudées, et quatre jeunes gens parmi les pir'hei kehouna (apprentis de la prêtrise) [y montaient], ayant en main des cruches d'huile de cent vingt log. On a demandé : cent vingt log en tout, ou bien pour chacun d'eux ?

Viens et écoute : « et ils avaient en main des cruches d'huile de trente log chacune, qui font au total cent vingt log ».

📜 Rachi (1)
לְכוּלְּהוּ לְאַרְבַּעַת הַיְלָדִים דְּהָווּ שְׁלֹשִׁים לְכָל חַד:
« Pour tous » — pour les quatre jeunes gens ensemble, ce qui ferait trente pour chacun.
💡 Explication

Retour brusque à la michna, après tout le développement aggadique. On revient à la scène technique de la joie du Beit haChoéva : des candélabres d'or de cinquante coudées, avec quatre échelles chacun, que gravissent quatre jeunes des pir'hei kehouna, portant l'huile jusqu'aux coupes.

La question de la guemara est de pure lecture : la baraita dit « des cruches d'huile de cent vingt log » — le chiffre porte-t-il sur l'ensemble ou sur chaque enfant ? Rachi précise l'enjeu : si c'est un total, cela fait trente par enfant. La réponse vient d'une seconde baraita qui le dit explicitement — trente chacun, cent vingt en tout.

Le chiffre n'est pas anodin : trente log représentent une charge considérable à hisser au sommet d'une échelle, et c'est ce qui va fonder la comparaison du segment suivant.

🖼️ Schéma
La menorah du Beit haChoéva : cinquante coudées, quatre échelles, trente log chacun Et pourquoi ces jeunes kohanim dépassent le fils de Marta bat Baytos : la pente, non le poids. Le dispositif (baraita) coupes d'or 50 coudées 4 échelles, 4 jeunes des pir'hei kehouna 30 log chacun = 120 log en tout La question de la guemara et sa réponse Question : 120 log au total, ou 120 log pour chacun ? Rachi : "pour tous" voudrait dire 30 par enfant. Ta chema : une baraita tranche -- 30 chacun, 120 en tout. 30 log = environ 10 à 17 litres d'huile par enfant, hissés au sommet d'une échelle de plusieurs dizaines de coudées. Pourquoi sont-ils plus remarquables ? Ce n'est pas la charge Hypothèse rejetée : le poids. Deux cuisses de taureau pèsent plus. kevech : rampe 32 coudées de long pour 9 de haut pente douce -- "lo zakif" soulam : échelle quasi verticale "zakif touva" Conclusion : la performance ne se mesure pas au fardeau mais à l'inclinaison du chemin. Et le fils de Marta fut arrêté non par faiblesse mais par "be-rov am hadrat melekh".
Le dispositif de la menorah, la question des 120 log, et le critère de la prouesse.
15
תְּנָא: וְהֵן מְשֻׁובָּחִין הָיוּ יוֹתֵר מִבְּנָהּ שֶׁל מָרְתָּא בַּת בַּיְיתּוֹס. אָמְרוּ עַל בְּנָהּ שֶׁל מָרְתָּא בַּת בַּיְיתּוֹס שֶׁהָיָה נוֹטֵל שְׁתֵּי יְרֵיכוֹת שֶׁל שׁוֹר הַגָּדוֹל שֶׁלָּקוּחַ בְּאֶלֶף זוּז, וּמְהַלֵּךְ עָקֵב בְּצַד גּוּדָל. וְלֹא הֱנִיחוּהוּ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים לַעֲשׂוֹת כֵּן, מִשּׁוּם: ״בְּרָב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ״.

On a enseigné : et ils étaient plus remarquables encore que le fils de Marta bat Baytos. On a dit du fils de Marta bat Baytos qu'il prenait les deux cuisses d'un grand taureau acheté mille zouz et qu'il marchait talon contre pouce ; mais ses frères les kohanim ne le laissaient pas faire, en raison de : « dans la multitude du peuple est la splendeur du roi ».

📜 Rachi (4)
וְהֵן מְשֻׁובָּחִין בְּדָבָר זֶה הָיוּ מְשֻׁובָּחִים בְּכֹחָם יוֹתֵר מִבְּנָהּ שֶׁל מָרְתָּא:
« Et ils étaient plus remarquables » — en cette chose-là, ils étaient plus remarquables par leur force que le fils de Marta.
בְּנָהּ שֶׁל מָרְתָּא בַּת בַּיְיתּוֹס כֹּהֵן הָיָה:
« Le fils de Marta bat Baytos » — il était kohen.
עָקֵב בְּצַד גּוּדָל הוֹלִיכָן בַּכֶּבֶשׁ בְּנַחַת עֵקֶב רֶגֶל אֶחָד בְּצַד גּוּדָל שֶׁל חֲבִירְתֵּהּ וְדֶרֶךְ נוֹשְׂאֵי מַשּׂאוֹי לָרוּץ:
« Talon contre pouce » — il les portait sur la rampe posément, le talon d'un pied contre le gros orteil de l'autre — alors que l'usage de ceux qui portent une charge est de courir.
וְלֹא הֱנִיחוּהוּ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים לְהוֹלִיךְ שְׁנֵי אֵבָרִים אֶלָּא כַּמִּנְיָן הַמְפֹורָשׁ בְּסֵדֶר יוֹמָא (דַּף כו:) פַּר קָרֵב בכ"ד מִשּׁוּם בְּרָוב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ:
« Mais ses frères les kohanim ne le laissaient pas » — porter deux membres [à lui seul], mais [il fallait s'en tenir] au nombre précisé dans le seder de Yoma (26b) : un taureau est offert par vingt-quatre [kohanim], en raison de « dans la multitude du peuple est la splendeur du roi ».
💡 Explication

La baraita introduit un point de comparaison : le fils de Marta bat Baytos, kohen renommé pour sa force. Sa prouesse consistait à porter seul les deux cuisses d'un taureau valant mille zouz — donc énorme — et à gravir la rampe de l'autel talon contre pouce, c'est-à-dire à pas mesurés. Rachi souligne le contraste : celui qui porte une charge lourde a normalement tendance à courir pour s'en débarrasser ; lui allait posément.

La fin du passage est halakhique, non anecdotique. Ses collègues l'en empêchaient — non parce que c'était dangereux, mais en vertu de be-rov am hadrat melekh (Michlei 14, 28) : la gloire du Roi réside dans le nombre de ceux qui servent. Rachi renvoie à Yoma 26b : un taureau est offert par vingt-quatre kohanim. La performance individuelle, même réelle, cède devant l'exigence de participation collective.

16
מַאי מְשֻׁובָּחִים? אִילֵימָא מִשּׁוּם יֻוקְרָא — הָנֵי יַקִּירֵי טְפֵי! אֶלָּא: הָתָם כֶּבֶשׂ, וּמְרֻובָּע, וְלָא זְקִיף. הָכָא סֻולָּמוֹת, וְזָקֵיף טוּבָא.

En quoi étaient-ils plus remarquables ? Si l'on dit : à cause du poids — ces [cuisses]-là sont plus lourdes !

Plutôt : là-bas, c'était une rampe (kevech), inclinée au quart, et elle n'était pas raide ; ici, ce sont des échelles, et elles sont très raides.

📜 Rachi (3)
אִי מִשּׁוּם יֻוקְרָא כֹּובֶד הַמַּשּׂוֹי:
« Si c'est à cause du poids » — la lourdeur de la charge.
הָנָךְ יַקִּירֵי טְפֵי שְׁתֵּי יְרֵיכוֹת כְּאִילּוּ כְּבֵידוֹת מִשְּׁלֹשִׁים לוֹג:
« Ces [cuisses]-là sont plus lourdes » — deux cuisses [de taureau] sont comme plus lourdes que trente log.
כֶּבֶשׂ וּמְרֻובָּע הַכֶּבֶשׁ הָיָה מְשֻׁפָּע בְּשִׁיפּוּעַ אֹורֶךְ קָרוֹב אַרְבַּע אַמּוֹת שִׁיפּוּעַ לְכָל אַמָּה גֹּובַהּ דִּשְׁתַּיִם וּשְׁלֹשִׁים אַמָּה אֹורֶךְ לְתִשְׁעָה גֹּובַהּ:
« Une rampe, inclinée au quart » — la rampe descendait selon une pente d'environ quatre coudées de longueur pour chaque coudée de hauteur, puisqu'elle avait trente-deux coudées de long pour neuf de haut.
💡 Explication

La guemara refuse une comparaison paresseuse. Si le critère était le poids, la comparaison tournerait à l'avantage du fils de Marta : deux cuisses de taureau pèsent plus que trente log d'huile. L'objection est nette — hani yakirei tefei.

Le vrai critère est donc la pente. Rachi chiffre la rampe de l'autel : trente-deux coudées de long pour neuf de haut, soit environ quatre coudées de longueur par coudée de hauteur — une inclinaison douce. Les échelles de la menorah, elles, sont quasi verticales : zakif touva.

La conclusion vaut au-delà du cas : la difficulté d'un effort ne se mesure pas à la masse déplacée mais à la géométrie du trajet. C'est aussi une remarque sur la manière de comparer deux prouesses — il faut d'abord identifier la variable pertinente.

17
וְלֹא הָיָה חָצֵר בִּירוּשָׁלַיִם. תַּנָּא:

« Et il n'y avait pas de cour à Yerouchalayim [qui ne fût éclairée par la lumière du Beit haChoéva] ». On a enseigné :

💡 Explication

Le folio se clôt sur une reprise de la michna et l'amorce d'une baraita qui sera développée en 53a. La clarté des candélabres ne restait pas dans l'enceinte : elle atteignait chaque cour de Yerouchalayim.

La composition du folio prend ici tout son sens. Il s'est ouvert sur la nuit intérieure de l'homme — un adversaire qui se renforce chaque jour et qu'on ne vainc pas seul — et il se ferme sur une nuit où aucune cour de la ville ne restait obscure. Le beit hamidrach du début et la menorah de la fin remplissent le même office.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).