Sougya : Le grand développement aggadique ouvert en 52a se poursuit et culmine ici. Reich Lakich pose le théorème : le penchant au mal attaque chaque jour et cherche la mort de l'homme, qui ne s'en sort que par un secours d'en haut.
L'école de Rabbi Yichmael donne le seul remède — le traîner au beit hamidrach : pierre, il se dissout ; fer, il éclate ; et Tossefot ouvre une longue discussion sur qui, du marteau ou du roc, brise l'autre. Suivent quatre approfondissements : le yetser est aussi le témoin à charge du monde à venir (sahada = manon par l'atbach de Rabbi Hiya) ; il commence hors de l'homme et finit en lui ; il monte de passant à hôte puis à maître de maison ; et il se nourrit de ce qui le rassasie.
Vient alors la liste des quatre créations regrettées — exil, Kasdim, Yichmeélim, yetser hara — et le contrepoids de Rabbi Yo'hanan : trois versets seulement empêchent Israël de s'effondrer sous le poids de sa propre faute. La sougya bascule ensuite vers la fin des temps : les quatre artisans de Zekharia (deux Machia'h, Eliahou, le kohen tsedek), l'objection de Rav Chechet et sa capitulation devant Hana en aggada, puis les sept bergers autour de David et les huit princes.
Le folio revient enfin à la michna : la menorah de cinquante coudées, ses quatre échelles, les quatre jeunes kohanim et leurs trente log chacun — plus forts que le fils de Marta bat Baytos, non par la charge mais par la raideur de la montée.
« … mauvais tout le jour ». Rabbi Chimon ben Lakich a dit : le yetser (penchant) de l'homme se renforce contre lui chaque jour et cherche à le faire mourir, ainsi qu'il est dit : « le racha (méchant) épie le tsadik (juste) et cherche à le faire mourir » ; et si le Saint béni soit-Il ne lui venait pas en aide, il ne pourrait rien contre lui, ainsi qu'il est dit : « Hachem ne l'abandonnera pas entre ses mains et ne le déclarera pas coupable lors de son jugement ».
Le folio s'ouvre sur la fin d'une citation de Berechit 6, 5 commencée en 52a : le penchant du cœur de l'homme est rak ra kol hayom, « uniquement mauvais tout le jour ». Rachi en tire une nuance de dynamique : ce n'est pas une quantité fixe de mal, c'est un mal qui s'ajoute heure après heure.
Reich Lakich transforme cette observation en théorème, et il le fait par une relecture audacieuse de Tehilim 37, 32. Le verset semble décrire un méchant extérieur qui guette un juste ; il le lit comme une scène intérieure : le racha, c'est le yetser hara logé dans l'homme ; le tsadik, c'est l'homme lui-même. L'agression n'est donc pas sociale mais psychique — et son objectif n'est pas la faute, c'est la mort.
La conséquence est vertigineuse : livré à ses seules forces, l'homme perd. Rachi souligne que la preuve du secours vient du verset immédiatement suivant (37, 33) — la structure même du psaume enseigne que le secours est collé à l'attaque.
L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : si ce vaurien t'accoste, traîne-le vers le beit hamidrach. S'il est de pierre — il se dissout ; s'il est de fer — il éclate.
S'il est de pierre il se dissout, car il est écrit : « ho ! vous tous qui avez soif, allez vers l'eau », et il est écrit : « les pierres, les eaux les ont usées ». S'il est de fer il éclate, car il est écrit : « ma parole n'est-elle pas comme le feu, dit Hachem, et comme un marteau qui fait éclater le roc ? »
Après le diagnostic, l'ordonnance — et elle est unique. Le verbe est frappant : non pas « fuis », mais mochkhéhou, « traîne-le ». On n'échappe pas au yetser, on l'emmène avec soi là où il ne survit pas.
Les deux images ne sont pas redondantes, elles décrivent deux régimes de résistance. La pierre cède à l'usure : la Torah, comparée à l'eau (Yechayahou 55, 1), dissout par la durée — « les eaux ont usé les pierres ». Le fer cède à l'impact : la parole est un feu et un marteau (Yirmiahou 23, 29), et elle brise d'un coup. Durée contre choc, patience contre éclat.
Tossefot ouvre ici une longue difficulté de lecture : dans le verset, c'est le marteau qui brise le roc, alors que notre guemara compare le yetser au fer que la Torah brise. Rabbenou Tam sauve la leçon reçue en retournant la phrase — c'est le roc qui fait éclater le marteau — appuyé sur une aggada de saphir placé sur l'enclume ; mais Taanit 4a, qui loue le talmid 'hakham « dur comme le fer », résiste à cette inversion.
Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : le yetser hara incite l'homme en ce monde-ci, et il témoigne contre lui pour le monde à venir, ainsi qu'il est dit : « celui qui dorlote son serviteur depuis l'enfance, sa fin sera manon » — car dans l'atbach de Rabbi Hiya, on appelle sahada (le témoin) manon.
Nouvelle aggravation. Jusqu'ici le yetser était un agresseur ; il devient maintenant un témoin à charge. Celui qui vous a poussé à la faute viendra déposer contre vous — là où aucune défense n'est possible, puisque le témoin connaît le dossier de l'intérieur.
Le verset support est Michlei 29, 21, dont le dernier mot, manon, est un hapax obscur. La guemara le décode par l'atbach, un alphabet de substitution attribué à Rabbi Hiya : chaque lettre est appariée à celle qui la complète à 10, à 100, puis à 1000 (alef+têt = 10, youd+tsadi = 100, kof+tsadi final = 1000…). Rachi donne la table entière, y compris le cas des trois lettres orphelines hé, noun et kaf, qu'il apparie entre elles. Appliqué à manon, le code restitue sahada, mot araméen pour « témoin ».
Rachi ajoute une précision qui donne son sel à la lecture : le mot du verset est avdo, « son serviteur ». Le yetser est, de droit, le serviteur de l'homme — « et toi, tu domineras sur lui » (Berechit 4, 7). Ce qui est décrit n'est donc pas une fatalité, mais un renversement de hiérarchie que l'homme a lui-même organisé en le « dorlotant ».
Rav Houna a relevé une contradiction : il est écrit « car un esprit de zenounim (débauche) les a égarés », et il est écrit « [un esprit de zenounim est] en eux » ! — Au début il les égare [du dehors], et à la fin il est en eux.
Deux versets d'Hochea (4, 12 et 5, 4) emploient la même expression, roua'h zenounim, mais avec deux prépositions incompatibles. « Il les a égarés » suppose une force extérieure qui détourne ; « en eux » suppose une disposition intrinsèque.
La résolution est chronologique, non logique : les deux versets sont vrais, mais à deux moments. Rachi l'exprime en deux mots — d'abord un simple égarement, ensuite quelque chose de planté dans le cœur. Ce qui commence comme une sollicitation venue du dehors finit par devenir une part de l'identité. C'est exactement la courbe que Rava va décrire au segment suivant, avec un autre vocabulaire.
Rava a dit : au début [l'Écriture] l'appelle « passant » (helekh), puis elle l'appelle « hôte » (orea'h), puis elle l'appelle « homme » (ich), ainsi qu'il est dit : « et un passant vint chez l'homme riche, et il répugna à prendre de son propre menu et gros bétail pour l'apprêter au voyageur (orea'h) », et il est écrit : « et il prit la brebis de l'homme pauvre et l'apprêta pour l'homme venu chez lui ».
Rava fait tenir toute la psychologie du yetser dans un seul verset — et dans un seul verset de reproche à David (Chemouel II 12, 4), la parabole de Natan sur la brebis du pauvre. Le même personnage y est nommé successivement de trois manières, et Rava lit cette variation comme une progression.
Rachi donne le degré exact de chacun : le helekh passe sans loger ; l'orea'h loge mais reste un invité ; l'ich, dans le langage du verset, c'est le baal habayit, le maître des lieux. Le renversement est complet : celui qu'on hébergeait finit par recevoir chez lui.
La force de la lecture tient à son contexte : Natan parle à David au sujet de Bat-Cheva. La parabole n'illustre donc pas un principe général, elle diagnostique un cas précis — comment un homme de la stature de David a pu laisser un passant devenir maître de maison.
Rabbi Yo'hanan a dit : l'homme a un petit membre — s'il l'affame, il est rassasié ; s'il le rassasie, il est affamé, ainsi qu'il est dit : « selon leur pâturage, ils se sont rassasiés, etc. »
Enseignement bref et économique, qui énonce la loi d'inversion propre au désir : la satisfaction n'éteint pas l'appétit, elle l'entretient ; la retenue, elle, apaise. Rachi décale légèrement le sens de chaque terme pour le rendre opératoire : rassasié signifie « avec une force intacte », et affamé signifie « un corps sans force, appauvri au temps de la vieillesse ». Ce n'est donc pas seulement une règle morale, c'est une observation physiologique.
Le verset d'appui (Hochea 13, 6) est choisi pour sa suite implicite : « ils se sont rassasiés… leur cœur s'est élevé, c'est pourquoi ils M'ont oublié ». La séquence est satiété puis oubli — ce qui relie ce dictum à toute la sougya : le yetser ne se nourrit pas du manque mais de l'abondance.
Tossefot précise le sens de « le rassasier » en renvoyant à Sanhédrin 107a : il s'agit de multiplier les rapports jour et nuit, comme dans l'épisode de David qui « interverti sa couche de la nuit en couche du jour » — et à qui, précisément, cette halakha-ci échappa.
Rav Hana bar Aha a dit — on dit à la maison de Rav : il y a quatre choses au sujet desquelles le Saint béni soit-Il regrette de les avoir créées, et les voici : la galout (l'exil), les Kasdim (Chaldéens), les Yichméélim, et le yetser hara. La galout, car il est écrit : « et maintenant, qu'ai-je [à faire] ici, dit Hachem, puisque mon peuple a été pris pour rien, etc. ».
Les Kasdim, car il est écrit : « voici le pays des Kasdim, ce peuple qui n'a pas été ».
La sougya passe du plan individuel au plan de l'histoire. Le procédé exégétique est constant : dans chaque cas, la guemara repère dans l'Écriture une formule où Hachem parle de Sa propre création sur un ton de 'harata (regret). « Qu'ai-je à faire ici ? » n'est pas une question d'information — Rachi le dit sèchement : « c'est cela, le regret ».
Pour les Kasdim, la formule « ce peuple qui n'a pas été » (Yechayahou 23, 13) est lue non comme une notation historique mais comme un souhait rétrospectif : Rachi glose « il ne mérite pas [d'exister] — plût au Ciel qu'il n'eût pas été ».
Le Ben Yehoyada pose l'évidente objection théologique : le regret suppose l'ignorance de l'avenir, impossible en haut. Sa réponse est juridique et non psychologique — la formule sert à établir leur culpabilité, en coupant d'avance l'argument « nous n'avons fait qu'exécuter un décret ».
Les Yichméélim, car il est écrit : « les tentes des brigands sont tranquilles, et ceux qui irritent Dieu sont en sécurité, [pour] celui que Dieu a amené de Sa main ». Le yetser hara, car il est écrit : « et celle que j'ai maltraitée ».
Les deux derniers items de la liste. Pour les Yichméélim, Rachi identifie « les tentes des brigands » (Iyov 12, 6) aux Arabes nomades des déserts, et il fait porter tout le poids de la preuve sur la fin du verset : « pour celui que Dieu a amené de Sa main » — c'est-à-dire que l'irritation qu'ils causent, Il se l'est amenée Lui-même en les mettant au monde.
Pour le yetser hara, le verset est Mikha 4, 6. Rachi restitue son début — « je rassemblerai la boiteuse et je recueillerai celle qui a été chassée » — pour montrer que « va-acher hareoti » n'est pas un simple parallélisme poétique : Hachem y déclare avoir créé le yetser hara qui les fait fauter, et donc avoir causé leur exil. Ce même verset va servir, au segment suivant, de premier des trois versets de sauvetage de Rabbi Yo'hanan.
Rabbi Yo'hanan a dit : sans ces trois versets, les pieds des ennemis d'Israël [euphémisme pour Israël lui-même] auraient chancelé. L'un, car il est écrit : « et celle que j'ai maltraitée ».
L'autre, car il est écrit : « voici, comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous, etc. ». Et le troisième : « j'ôterai le cœur de pierre de votre chair et je vous donnerai un cœur de chair ».
Le renversement de la sougya. Après cinq enseignements qui décrivent la force du yetser, Rabbi Yo'hanan tire la conclusion qu'on n'osait pas formuler : si l'homme portait seul la responsabilité de sa faute, il ne tiendrait pas debout. L'expression « les ennemis d'Israël » est un euphémisme classique — on évite de dire directement qu'Israël pourrait s'effondrer.
Les trois versets ne disent pas la même chose. Mikha 4, 6 dit que le yetser est une création ; Yirmiahou 18, 6 dit que l'homme est de l'argile entre les mains du potier ; Ye'hezkel 36, 26 dit que le changement de cœur est un acte divin. Ensemble, ils déplacent une part de la responsabilité vers le Créateur. Rachi résume : ils « attestent que les fautes et les mérites sont entre Ses mains, et qu'Il sonde les cœurs ».
L'équilibre de la sougya tient à ce couple : sans le mouvement précédent, on nierait la gravité du yetser ; sans celui-ci, on désespérerait de l'homme.
Rav Papa a dit : [on l'apprend] aussi de celui-ci : « et je mettrai mon esprit au-dedans de vous, etc. »
Rav Papa ajoute Ye'hezkel 36, 27, le verset qui suit immédiatement le troisième de Rabbi Yo'hanan. La progression est significative : Ye'hezkel 36, 26 promettait le retrait du cœur de pierre ; 36, 27 promet en plus l'infusion d'un esprit — « et je ferai que vous marchiez selon Mes lois ». Non seulement l'obstacle est ôté, mais l'impulsion est donnée.
« Hachem me fit voir quatre artisans (harachim) » — qui sont ces quatre artisans ? Rav Hana bar Bizna a dit au nom de Rabbi Chimon Hassida : le Machia'h fils de David, le Machia'h fils de Yossef, Eliahou, et le kohen tsedek.
Rav Chechet objecta : s'il en est ainsi, comment comprendre ce qui est écrit : « et il me dit : ce sont là les cornes qui ont dispersé Yehouda » ? Ceux-là sont donc venus pour la dévastation !
[et non pour délivrer]
Bascule de registre : la sougya quitte la psychologie morale pour l'eschatologie. Zekharia 2, 3 mentionne quatre harachim sans les nommer ; Rabbi Chimon Hassida en donne la liste — deux Machia'h, Eliahou et le kohen tsedek.
Le mot harach signifie artisan, et Rachi vérifie que chacun mérite le titre : les deux Machia'h sont artisans du Beit haMikdach à venir ; Eliahou est tailleur de pierre, puisqu'il a bâti l'autel du Carmel ; quant au kohen tsedek, il l'identifie à Chem fils de Noa'h, artisan de l'arche bâtie avec son père — tout en signalant que le Berechit Rabba y voit Malki-Tsedek.
L'objection de Rav Chechet est textuelle et sérieuse : le verset immédiatement suivant déclare « ce sont là les cornes qui ont dispersé Yehouda ». Si l'ange répond ainsi à la question « que sont ces artisans ? », alors les quatre seraient des instruments de destruction — l'exact contraire de la lecture messianique.
Il lui dit : descends jusqu'à la fin du verset — « et ceux-ci sont venus pour les effrayer, pour abattre les cornes des nations qui ont levé la corne contre le pays de Yehouda afin de le disperser, etc. ». Il lui répondit : qu'ai-je à faire avec Hana en matière d'aggada ?
La réponse est une leçon de méthode exégétique tenue en trois mots araméens : chefil le-sifei di-kra, « descends jusqu'au bas du verset ». Rachi glose même le verbe : « abaisse-toi vers le bas du verset, jusqu'à sa fin ». Le début du verset ne répond pas à la question du prophète ; c'est la fin qui distribue les rôles — les cornes sont les nations, et les artisans viennent les effrayer et les abattre.
Mais le vrai enseignement du passage est la dernière phrase. Rav Chechet, immense maître, ne concède pas seulement un point : il énonce un principe de compétence. Rachi le rend sans détour : « il est plus expert que moi en aggada, et je ne saurais l'emporter sur lui ». La halakha et l'aggada n'ont pas nécessairement les mêmes autorités — reconnaître le domaine de l'autre fait partie de la discipline.
« Et celui-ci sera la paix : quand Achour viendra dans notre pays et qu'il foulera nos palais, nous dresserons contre lui sept bergers et huit princes d'hommes ». Qui sont ces « sept bergers » ?
David au milieu ; Adam, Chet et Métouchéla'h à sa droite ; Avraham, Yaakov et Moche à sa gauche. Et qui sont ces « huit princes d'hommes » ?
Yichai, Chaoul, Chemouel, Amos, Tsefania, Tsidkiahou, le Machia'h et Eliahou.
Le verset de Mikha 5, 4 promet, contre Achour, sept bergers et huit princes. La guemara ne se contente pas de nommer : elle dispose. David est au centre, trois figures d'avant le déluge à sa droite, trois patriarches et législateur à sa gauche. La géométrie est le message.
Rachi, chose rare, avoue son ignorance : « je n'en connais pas la raison ». Il ne résout pas la liste, il note seulement l'absence frappante de Yits'hak, et rappelle un enseignement selon lequel celui-ci est occupé ailleurs — à sauver ses enfants du jugement du Guehinam. Sur les trois de droite, il précise qu'il s'agit de justes d'avant le déluge, et que Métouchéla'h était un juste accompli : les sept jours de sursis accordés à sa génération furent les jours de son deuil.
Le Ben Yehoyada affronte les deux difficultés que la disposition soulève — comment David peut-il surpasser Adam, Avraham et Moche ? et pourquoi les plus grands sont-ils à gauche ? Sa réponse repose sur l'idée que chacune de ces figures ne viendra que par une part d'elle-même, inégale selon les cas, et que la place centrale de David réalise la promesse « son trône sera comme le soleil devant Moi », le soleil occupant le milieu des sept astres.
« Quatre échelles, etc. » On a enseigné : la hauteur du candélabre était de cinquante coudées, et quatre jeunes gens parmi les pir'hei kehouna (apprentis de la prêtrise) [y montaient], ayant en main des cruches d'huile de cent vingt log. On a demandé : cent vingt log en tout, ou bien pour chacun d'eux ?
Viens et écoute : « et ils avaient en main des cruches d'huile de trente log chacune, qui font au total cent vingt log ».
Retour brusque à la michna, après tout le développement aggadique. On revient à la scène technique de la joie du Beit haChoéva : des candélabres d'or de cinquante coudées, avec quatre échelles chacun, que gravissent quatre jeunes des pir'hei kehouna, portant l'huile jusqu'aux coupes.
La question de la guemara est de pure lecture : la baraita dit « des cruches d'huile de cent vingt log » — le chiffre porte-t-il sur l'ensemble ou sur chaque enfant ? Rachi précise l'enjeu : si c'est un total, cela fait trente par enfant. La réponse vient d'une seconde baraita qui le dit explicitement — trente chacun, cent vingt en tout.
Le chiffre n'est pas anodin : trente log représentent une charge considérable à hisser au sommet d'une échelle, et c'est ce qui va fonder la comparaison du segment suivant.
On a enseigné : et ils étaient plus remarquables encore que le fils de Marta bat Baytos. On a dit du fils de Marta bat Baytos qu'il prenait les deux cuisses d'un grand taureau acheté mille zouz et qu'il marchait talon contre pouce ; mais ses frères les kohanim ne le laissaient pas faire, en raison de : « dans la multitude du peuple est la splendeur du roi ».
La baraita introduit un point de comparaison : le fils de Marta bat Baytos, kohen renommé pour sa force. Sa prouesse consistait à porter seul les deux cuisses d'un taureau valant mille zouz — donc énorme — et à gravir la rampe de l'autel talon contre pouce, c'est-à-dire à pas mesurés. Rachi souligne le contraste : celui qui porte une charge lourde a normalement tendance à courir pour s'en débarrasser ; lui allait posément.
La fin du passage est halakhique, non anecdotique. Ses collègues l'en empêchaient — non parce que c'était dangereux, mais en vertu de be-rov am hadrat melekh (Michlei 14, 28) : la gloire du Roi réside dans le nombre de ceux qui servent. Rachi renvoie à Yoma 26b : un taureau est offert par vingt-quatre kohanim. La performance individuelle, même réelle, cède devant l'exigence de participation collective.
En quoi étaient-ils plus remarquables ? Si l'on dit : à cause du poids — ces [cuisses]-là sont plus lourdes !
Plutôt : là-bas, c'était une rampe (kevech), inclinée au quart, et elle n'était pas raide ; ici, ce sont des échelles, et elles sont très raides.
La guemara refuse une comparaison paresseuse. Si le critère était le poids, la comparaison tournerait à l'avantage du fils de Marta : deux cuisses de taureau pèsent plus que trente log d'huile. L'objection est nette — hani yakirei tefei.
Le vrai critère est donc la pente. Rachi chiffre la rampe de l'autel : trente-deux coudées de long pour neuf de haut, soit environ quatre coudées de longueur par coudée de hauteur — une inclinaison douce. Les échelles de la menorah, elles, sont quasi verticales : zakif touva.
La conclusion vaut au-delà du cas : la difficulté d'un effort ne se mesure pas à la masse déplacée mais à la géométrie du trajet. C'est aussi une remarque sur la manière de comparer deux prouesses — il faut d'abord identifier la variable pertinente.
« Et il n'y avait pas de cour à Yerouchalayim [qui ne fût éclairée par la lumière du Beit haChoéva] ». On a enseigné :
Le folio se clôt sur une reprise de la michna et l'amorce d'une baraita qui sera développée en 53a. La clarté des candélabres ne restait pas dans l'enceinte : elle atteignait chaque cour de Yerouchalayim.
La composition du folio prend ici tout son sens. Il s'est ouvert sur la nuit intérieure de l'homme — un adversaire qui se renforce chaque jour et qu'on ne vainc pas seul — et il se ferme sur une nuit où aucune cour de la ville ne restait obscure. Le beit hamidrach du début et la menorah de la fin remplissent le même office.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).