Sukkah 53a - Hillel, les pieds de l'homme et les prouesses du Bet ha-Choéva

Sukkah 53a

Sougya : Le folio poursuit la description de la simhat Bet ha-Choéva et bascule vite vers l'aggada. Après la lumière si vive qu'une femme aurait pu y trier son blé, la guemara rapporte les deux chants de la fête -- celui des hassidim, qui bénissent une jeunesse sans faute, et celui des baalei techouva, qui bénissent une vieillesse qui a racheté la leur -- puis les paroles de Hillel l'Ancien : im ani kan, ha-kol kan, et le lieu que j'aime, là mes pieds me conduisent.

De là naît le thème central du daf : raglohi de-bar inich inoun arvin beh, les pieds de l'homme sont ses garants et le mènent là où on le réclame -- illustré par le crâne qui flotte et par l'épisode de Chelomo, qui croit soustraire ses deux scribes à l'ange de la mort et les convoie lui-même jusqu'à Louz, le lieu exact du décret. Suivent les prouesses de la fête : les huit torches et la kidda de Rabban Chimon ben Gamliel, la blessure de Levi et sa double cause, les jongleurs, et la journée sans sommeil de R.

Yehochoua ben Hanania. Le daf revient enfin à la michna pour demander à quoi correspondent les quinze maalot, et s'interrompt sur la question de David : est-il permis d'écrire le Nom pour arrêter l'abîme ?

Le fil du folio : de la lumière du Bet ha-Choéva aux quinze degrés de David Quatre blocs : la lumière, les deux chants, les pieds de l'homme, les prouesses -- puis le retour à la michna. Bloc A (seg. 0-1) -- la lumière, puis les deux chants de la fête Une femme pouvait trier le blé à la lumière du Bet ha-Choéva. Tossefot, avec le Yerouchalmi : boreret n'est pas littéral -- elle aurait PU trier, tant la clarté était grande (sinon il y aurait détournement de hekdesh). Puis deux chœurs : hassidim (heureuse notre jeunesse) et baalei techouva (heureuse notre vieillesse) -- et une phrase commune. Bloc B (seg. 2) -- Hillel l'Ancien : im ani kan, ha-kol kan Si je suis ici, tout est ici. Rachi : Hillel parle au nom de Dieu (ma Chekhina). Tossefot, avec le Yerouchalmi : il parle de lui-même. Puis : vers le lieu que j'aime, mes pieds me conduisent -- et la réciprocité, tu viens chez Moi, Je viens chez toi. Rachi tranche une guirsa : sans la phrase sur les pieds, la parole de R. Yo'hanan qui suit n'aurait aucun rattachement. Bloc C (seg. 3-5) -- les pieds de l'homme sont ses garants Le crâne qui flotte : mesure pour mesure, sans fin -- toi, puis ceux qui t'ont noyé. Le monde est un enchaînement de comptes. R. Yo'hanan : raglohi de-bar inich inoun arvin beh -- les pieds sont les garants ; ils mènent l'homme là où on le réclame. Preuve narrative : Chelomo veut sauver ses deux scribes de l'ange de la mort, et c'est lui-même qui les envoie à Louz -- où ils meurent. Nafka mina : la fuite est le chemin. Le sauvetage décidé par l'homme est l'instrument du décret. Bloc D (seg. 6-12) -- les prouesses de la fête, puis retour à la michna Rabban Chimon ben Gamliel : huit torches jonglées sans qu'elles se touchent, et la kidda sur les deux pouces -- que nul autre ne savait faire. Levi tente la kidda devant Rabbi et reste boiteux. Question : n'était-ce pas plutôt sa parole lancée vers le Ciel ? Réponse : les deux ensemble. Série des jongleurs : Levi (huit couteaux), Chemouel devant le roi Chapour (huit coupes), Abaye (huit œufs, ou quatre). R. Yehochoua ben Hanania : nous ne voyions pas le sommeil -- neuf stations dans la journée. Objection du serment, et sa résolution. Enfin les quinze maalot : David creuse les chitin, le tehom monte -- et la difficulté du mot maalot (montées) au lieu de yordot. Le folio s'interrompt sur la question de David : est-il permis d'écrire le Nom sur un tesson pour le jeter dans l'abîme ? (suite en 53b)
Le fil du folio : les quatre blocs de Souccot 53a, de la lumière du Bet ha-Choéva jusqu'à la question de David sur le Nom.
Les pieds de l'homme sont ses garants -- une même phrase, trois bouches Hillel l'énonce comme un désir, R. Yo'hanan comme une loi, Chelomo la découvre à ses dépens. 1. HILLEL -- le désir Le makom she-ani ohev : le lieu que j'aime, là mes pieds me conduisent. Les pieds suivent l'amour : ce que je chéris, mon corps y va de lui-même. 2. R. YO'HANAN -- la loi Raglohi de-bar inich inoun arvin beh : les pieds sont ses garants (arev = caution). Rachi : le lieu où il est réclamé est celui où il a été décrété qu'il mourrait. 3. CHELOMO -- la preuve Il répète la phrase après coup, quand il comprend qu'il a lui- même accompli le décret. Ben Yehoyada : patah -- il ouvre, donc la phrase naît ici ; elle n'existait pas avant. L'épisode de Louz -- le piège se referme par le geste qui voulait l'éviter L'ange est triste on me réclame ces deux-là Chelomo croit sauver se-irim, envoi à Louz Ils meurent à Louz le lieu exact du décret L'ange est joyeux tu les y as envoyés Le nœud : l'ange dit dyatvei hakha -- qui sont assis ICI. Chelomo l'entend comme un aveu de gêne et croit devoir les éloigner. Ben Yehoyada : l'ange était triste au contraire de ce qu'ils soient LOIN du lieu du décret -- et il n'avait pas de moyen de les y mener. Le sauveteur est devenu le convoyeur. C'est exactement ce que veut dire : les pieds sont les garants.
Une seule phrase -- les pieds de l'homme sont ses garants -- énoncée par Hillel, formulée en loi par R. Yohanan, et vérifiée malgré lui par Chelomo.
La journée de Souccot selon R. Yehochoua ben Hanania -- neuf stations sans coupure Lo rainou chena be-eineinou : la nuit ne s'arrête pas, elle se raccorde au matin suivant. 1 Tamid du matin 2 Prière (chaharit) 3 Korban moussaf 4 Prière des moussafin 5 Bet ha-midrach 6 Manger et boire 7 Prière de minha 8 Tamid du crépuscule 9 Bet ha-Choéva La joie de la nuit débouche directement sur le tamid du lendemain : la boucle ne laisse pas de place au sommeil. L'objection : ini ? R. Yo'hanan : celui qui jure chevoua che-lo ichan chelocha yamim -- serment que je ne dormirai pas trois jours -- on le flagellé et il dort immédiatement. Donc rester trois jours éveillé est humainement impossible : le serment est un chevouat chav (serment vain), comme jurer que le marbre est or. La résolution : ela hakhi ka-amar Il ne dit pas qu'ils ne dormaient pas du tout, mais : lo taamnou taam chena -- nous n'avons pas goûté le GOÛT du sommeil. De-havou menamnemei à-katfa de-hadadei : ils sommeillaient sur l'épaule les uns des autres. Un assoupissement, pas un sommeil -- la loi du corps est sauvé, et l'éloge de la baraita aussi.
Les neuf stations de la journée selon R. Yehochoua ben Hanania, l'objection tirée du serment, et la résolution par taam chena.
1
אִשָּׁה הָיְתָה בּוֹרֶרֶת חִטִּים לָאוֹר שֶׁל בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה.

Une femme triait le blé à la lumière du Bet ha-Choéva.

🗂️ Tossefot (1)
אִשָּׁה הָיְתָה בּוֹרֶרֶת חִיטִּין לְשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה. בִּירוּשַׁלְמִי פָּרִיךְ הֵיאַךְ בּוֹרֶרֶת הָאִיכָּא מְעִילָה דְּשֶׁמֶן וּפְתִילָה הָיוּ שֶׁל הֶקְדֵּשׁ וּמְשַׁנֵּי דְּקוֹל וּמַרְאֶה וָרֵיחַ אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם מְעִילָה וְקָשֶׁה דִּבְפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כו. וְשָׁם) אָמְרִינַן עֲלָהּ מְעִילָה הוּא דְּלֵיכָּא הָא אִיסּוּרָא אִיכָּא וי"ל דְּבוֹרֶרֶת לָאו דַּוְקָא אֶלָּא כְּלוֹמַר הָיְתָה יְכוֹלָה לִבְרֹור מֵרֹוב אוֹרָה:
« Une femme triait le blé à la joie du Bet ha-Choéva. » Dans le Yerouchalmi on objecte : comment triait-elle ? Il y a la meila (détournement de bien consacré), puisque l'huile et la mèche étaient du hekdech ! Et l'on répond : le son, la vue et l'odeur ne comportent pas de meila. Mais cela fait difficulté, car au chapitre Kol Chaa (Pessahim 26a, et là-bas) nous disons à ce sujet : c'est la meila qu'il n'y a pas, mais l'interdit, lui, existe. Et l'on peut dire que « elle triait » n'est pas à prendre au sens propre, mais veut dire : elle était capable de trier, tant la lumière était abondante.
💡 Explication

La michna mesure l'intensité de la lumière par un usage domestique très précis : le berira, le tri du blé, qui exige de distinguer à l'œil des grains de la terre et des cailloux -- c'est le travail qui demande le plus de clarté dans une maison. Dire qu'une femme pouvait le faire de nuit, à la seule lumière de la cour du Temple, c'est dire que la nuit y était abolie.

Tossefot y voit aussitôt un problème halakhique, soulevé par le Yerouchalmi : l'huile et les mèches des grandes menorot étaient du hekdech (consacré). En tirer un profit privé, c'est de la meila (détournement de bien consacré). Le Yerouchalmi répond que le son, la vue et l'odeur ne sont pas soumis à la meila -- mais Tossefot objecte depuis Pessahim 26a : l'absence de meila n'annule pas l'interdit.

D'où la solution : boreret lav davka -- le verbe n'est pas littéral. La michna ne raconte pas un acte, elle donne une échelle : la lumière était telle qu'une femme aurait pu trier son blé.

🖼️ Schéma
Boreret : au sens propre ou au sens du possible ? La difficulté du Yerouchalmi reprise par Tossefot, et sa conséquence sur la lecture de la michna. Une femme triait le blé à cette lumière Lecture littérale -- elle triait vraiment Objection du Yerouchalmi : l'huile et la mèche sont du hekdesh -- il y a meila (détournement) ! Réponse : kol, mare, reah -- le son, la vue et l'odeur ne sont pas soumis à la meila. Mais Pessahim 26a : meila hou de-leka, ha issoura ika -- pas de meila, mais l'interdit demeure. -- impasse -- Lecture de Tossefot -- boreret lav davka Boreret n'est pas à prendre au sens propre : la michna dit qu'elle AURAIT PU trier. C'est une mesure de la clarté, pas le récit d'un acte qui a eu lieu. Aucun profit n'est tiré du hekdesh : ni meila, ni issour. La difficulté disparaît entièrement. -- retenu --
La difficulté du Yerouchalmi sur la meila, et la solution de Tossefot : boreret décrit un possible, pas un fait.
2
חֲסִידִים וְאַנְשֵׁי מַעֲשֶׂה כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן, יֵשׁ מֵהֶן אוֹמְרִים: אַשְׁרֵי יַלְדוּתֵנוּ שֶׁלֹּא בִּייְּשָׁה אֶת זִקְנוּתֵנוּ — אֵלּוּ חֲסִידִים וְאַנְשֵׁי מַעֲשֶׂה. וְיֵשׁ מֵהֶן אוֹמְרִים: אַשְׁרֵי זִקְנוּתֵנוּ שֶׁכִּפְּרָה אֶת יַלְדוּתֵנוּ — אֵלּוּ בַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה. אֵלּוּ וְאֵלּוּ אוֹמְרִים: אַשְׁרֵי מִי שֶׁלֹּא חָטָא, וּמִי שֶׁחָטָא — יָשׁוּב וְיִמְחֹול לוֹ.

« Les hassidim et les hommes d'action, etc. » Nos maîtres ont enseigné : certains d'entre eux disaient : « Heureuse notre jeunesse, qui n'a pas fait honte à notre vieillesse » -- ce sont les hassidim et les hommes d'action. Et certains d'entre eux disaient : « Heureuse notre vieillesse, qui a expié notre jeunesse » -- ce sont les baalei techouva (les repentants).

Les uns et les autres disaient : « Heureux celui qui n'a pas fauté ; et celui qui a fauté, qu'il se repente et il lui sera pardonné. »

📜 Rachi (3)
יֵשׁ מֵהֶם אוֹמְרִים הַייְנוּ תֻּושְׁבַּחְתָּא דְּמַתְנִי' שֶׁמְּשַׁבְּחִין להקב"ה עַל כָּךְ:
C'est la louange (touchbéha) dont parle notre michna : c'est ainsi qu'ils louaient le Saint béni soit-Il.
אֵלּוּ חֲסִידִים כָּל חָסִיד הָוֵי חָסִיד מֵעִיקָּרוֹ:
Tout hassid l'est depuis l'origine [il n'a pas de passé fautif à racheter].
שֶׁלֹּא בִּייְּשָׁה כּוּ' שֶׁלֹּא עָבַרְנוּ עֲבֵירָה בְּיַלְדוּתֵנוּ לְבַיֵּישׁ אֶת זִקְנוּתֵנוּ:
Nous n'avons pas commis dans notre jeunesse de faute qui vienne faire honte à notre vieillesse.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אַשְׁרֵי יַלְדוּתֵנוּ שֶׁלֹּא בִּיְּשָׁה אֶת זִקְנָתֵנוּ. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי דְּבָרִים אֵלּוּ אוֹמְרִים אוֹתָם הַכֹּל מִנַּעַר וְעַד זָקֵן וְהַיְינוּ כִּי עִנְייָנִים הַגּוּפָנִיִּים מְכַוְּנִים בְּשֵׁם 'מַעֲשֵׂה יַלְדוּת' וְעִנְייָנִים הַנַּפְשִׁיִּים מְכַוְּנִים בְּשֵׁם 'מַעֲשֵׂה זְקֵנוֹת' וְהָאָדָם יֵשׁ לוֹ שְׁנֵי מִינֵי עֲסָקִים בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁהֵם עֲסָקִים שֶׁל גּוּפָנִיּוֹת וַעֲסָקִים שֶׁל נַפְשִׁיּוֹת, וְאִם הָאָדָם עוֹסֵק עִסְקֵי הַגּוּף בִּזְרִיזוּת וְשִׂמְחָה וּבְשֶׁלִּימוֹת וְעִסְקֵי הַנֶּפֶשׁ בְּעַצְלוּת וְעִצָּבוֹן וּבְמַחְסוֹר הָא וַדַּאי יֵבוֹשׁ וִיכַלֵּם מִצַּד עִסְקֵי הַגּוּף אֵיךְ לֹא תִּהְיֶה כּוֹהֶנֶת כַּפֻּנְדָּקִית (מִשְׁנָה יְבָמוֹת טז, ז) וְעַל זֶה אוֹמְרִים 'אַשְׁרֵי יַלְדוּתֵנוּ' הֵם עֲסָקִים הַגּוּפָנִיִּים 'שֶׁלֹּא בִּיְּשָׁה אֶת זִקְנָתֵנוּ' רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁלֹּא גָּרְמוּ לָנוּ בּוּשָׁה בְּעֵסֶק הַנִּפָּשַׁיי שֶׁהֵם עִסְקֵי זִקְנָתֵינוּ. וְחוֹזְרִים וְאוֹמְרִים עוֹד 'אַשְׁרֵי זִקְנָתֵנוּ' הֵם עִסְקֵי הַנֶּפֶשׁ שֶׁבַּיְּצִירָה 'שֶׁכָּפְרָה עַל יַלְדוּתֵנוּ' הֵם עִסְקֵי הַגּוּף דְּלָא יִבָּצֵר מִהְיוֹת בָּהֶם אֵיזֶה מִכְשׁוֹל וְאִיסּוּר הֵן מִצַּד הַדִּיבּוּר הֵן מִצַּד הַמַּעֲשֶׂה.
« Heureuse notre jeunesse, qui n'a pas fait honte à notre vieillesse. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces paroles-là, tous les prononcent, du plus jeune au plus vieux. En effet, les affaires du corps sont désignées par l'expression « œuvre de jeunesse » (maase yaldout), et les affaires de l'âme par « œuvre de vieillesse » (maase ziknout). Or l'homme a en ce monde deux sortes d'occupations : les occupations corporelles et les occupations de l'âme. Si l'homme s'occupe des affaires du corps avec empressement, joie et perfection, et des affaires de l'âme avec paresse, tristesse et manque -- il aura certainement honte et confusion du fait même de ses affaires corporelles : comment la femme de Cohen ne vaudrait-elle pas au moins l'aubergiste (Michna Yevamot 16,7) ? C'est sur cela qu'ils disent « heureuse notre jeunesse » -- ce sont les affaires corporelles -- « qui n'a pas fait honte à notre vieillesse », c'est-à-dire qu'elles ne nous ont pas causé de honte dans l'affaire de l'âme, qui est l'affaire de notre vieillesse. Et ils reprennent en disant encore « heureuse notre vieillesse » -- ce sont les affaires de l'âme dans la créature -- « qui a expié notre jeunesse » -- ce sont les affaires du corps, car il est impossible qu'il ne s'y soit pas trouvé quelque achoppement et quelque interdit, que ce soit du côté de la parole ou du côté de l'acte.
אֵלּוּ וְאֵלּוּ אוֹמְרִים: אַשְׁרֵי מִי שֶׁלֹּא חָטָא, וּמִי שֶׁחָטָא, יָשׁוּב וְיִמְחֹל לוֹ. קָשֶׁה לְמַאי אִצְטְרִיכוּ לְפָרֵשׁ זֹאת הֲלֹא הַתְּשׁוּבָה כְּתוּבָה בַּתּוֹרָה וּבַנְּבִיאִים וּבַכְּתוּבִים? וְנִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה אִם חָטָא וְלֹא שָׁב שֶׁכְּבָר נֶחְתַּם לְרָעָה בְּיוֹם כִּיפּוּר בִּנְעִילָה יֵשׁ לוֹ עֲדַייִן תַּקָּנָה עַד הוֹשַׁעְנָא רַבָּה וּשְׁמִינִי עֲצֶרֶת שֶׁיִּכָּתֵב וְיֵחָתֵם בְּסֵפֶר מְחִילָה וּבְסֵפֶר חַיִּים כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת שֶׁנָּתַן הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל זְמַן חָדָשׁ אַחַר כִּיפּוּר עַד שְׁמִינִי עֲצֶרֶת קֹודֶם מוּסָף וְשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה הִיא קֹודֶם שְׁמִינִי עֲצֶרֶת לְכָךְ אוֹמְרִים מִי שֶׁחָטָא יָשׁוּב וְיִמְחֹל לוֹ.
« Les uns et les autres disent : heureux celui qui n'a pas fauté ; et celui qui a fauté, qu'il se repente et il lui sera pardonné. » Difficulté : pourquoi avaient-ils besoin d'expliciter cela ? La techouva n'est-elle pas écrite dans la Torah, dans les Prophètes et dans les Écrits ! Il me semble que l'intention est celle-ci : si l'on a fauté et que l'on ne s'est pas repenti, de sorte que l'on a déjà été scellé pour le mal à Yom Kippour, à la Neila, il reste encore un remède jusqu'à Hochana Rabba et Chemini Atseret -- être inscrit et scellé dans le livre du pardon et dans le livre de la vie, comme il est écrit dans le Sefer ha-Kavanot : le Saint béni soit-Il a donné à Israël un délai nouveau après Kippour, jusqu'à Chemini Atseret avant moussaf. Or la joie du Bet ha-Choéva se tient avant Chemini Atseret ; c'est pourquoi ils disent : celui qui a fauté, qu'il se repente et il lui sera pardonné.
💡 Explication

La michna disait que les hassidim et les anchei maase (les hommes d'action) dansaient devant le peuple. La baraita rapporte ce qu'ils chantaient -- et révèle que la fête faisait entendre deux chants distincts, selon la biographie de celui qui chantait.

Les uns bénissent leur jeunesse : elle n'a rien laissé qui vienne aujourd'hui faire honte. Rachi durcit le trait -- kol hassid havei hassid me-ikaro : le hassid l'est depuis l'origine, il n'y a chez lui aucun passé à couvrir. Les autres bénissent leur vieillesse : c'est elle qui a expié (kipra) leur jeunesse. Le passé n'est pas effacé, il est racheté par ce qui vient après.

Le point remarquable est la phrase finale, chantée ensemble : heureux qui n'a pas fauté -- la supériorité du premier état est maintenue et non lissée ; mais qui a fauté, qu'il revienne, et il lui sera pardonné. Aucun des deux groupes ne chante contre l'autre.

🖼️ Schéma
Les deux chœurs du Bet ha-Choéva -- et la phrase qui les réunit Chacun chante sa propre biographie ; puis les deux chantent ensemble la même chose. Hassidim et anchei maase Achrei yaldoutéinou che-lo bicha et ziknoutéinou Heureuse notre jeunesse, qui n'a pas fait honte à notre vieillesse. Rachi : kol hassid havei hassid me-ikaro -- un hassid Baaléi techouva Achrei ziknoutéinou che-kipra et yaldoutéinou Heureuse notre vieillesse, qui a expié notre jeunesse. Le passé n'est pas effacé : il est racheté. C'est là l'est depuis l'origine -- il n'y a pas de faute à couvrir. vieillesse qui donne son sens rétrospectif à la jeunesse. Elou ve-elou omrim -- les uns et les autres disent Achrei mi che-lo hâta, ou-mi che-hâta -- yachouv ve-yimhol lo Ben Yehoyada : dit au Bet ha-Choéva, donc avant Chemini Atseret -- le délai de pardon court encore.
Deux chœurs, deux biographies, une seule conclusion commune -- avec la lecture du Ben Yehoyada sur le calendrier du pardon.
3
תַּנְיָא: אָמְרוּ עָלָיו עַל הִלֵּל הַזָּקֵן, כְּשֶׁהָיָה שָׂמֵחַ בְּשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה, אָמַר כֵּן: אִם אֲנִי כָּאן — הַכֹּל כָּאן, וְאִם אֵינִי כָּאן — מִי כָּאן. הוּא הָיָה אוֹמֵר כֵּן: מָקוֹם שֶׁאֲנִי אוֹהֵב — שָׁם רַגְלַי מוֹלִיכוֹת אוֹתִי. אִם תָּבֹא אֶל בֵּיתִי — אֲנִי אָבֹא אֶל בֵּיתֶךָ, אִם אַתָּה לֹא תָּבֹא אֶל בֵּיתִי — אֲנִי לֹא אָבֹא אֶל בֵּיתֶךָ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּכָל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת שְׁמִי אָבֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ״.

Il est enseigné : on a dit de Hillel l'Ancien que, lorsqu'il se réjouissait à la joie du Bet ha-Choéva, il disait ceci : « Si je suis ici, tout est ici ; et si je ne suis pas ici, qui est ici ? » Il disait encore ceci : « Vers le lieu que j'aime, là mes pieds me conduisent. Si tu viens dans ma maison, je viendrai dans ta maison ; si tu ne viens pas dans ma maison, je ne viendrai pas dans ta maison » -- ainsi qu'il est dit : « En tout lieu où je ferai mentionner mon Nom, je viendrai à toi et je te bénirai » (Chemot 20,21).

📜 Rachi (2)
אִם אֲנִי כָּאן הַכֹּל כָּאן דּוֹרֵשׁ הָיָה לָרַבִּים שֶׁלֹּא יֶחֶטְאוּ בִּשְׁמוֹ שֶׁל הקב"ה אִם אֲנִי כָּאן הַכֹּל כָּאן כָּל זְמַן שֶׁאֲנִי חָפֵץ בַּבַּיִת הַזֶּה וּשְׁכִינָתִי שְׁרוּיָה בּוֹ יְהֵא כְּבוֹדוֹ קַיָּים וְיָבֹאוּ הַכֹּל כָּאן וְאִם תֶּחֱטָאוּ וַאֲסַלֵּק שְׁכִינָתִי מִי יָבֹא כָּאן:
Il enseignait publiquement, pour qu'on ne faute pas, en parlant au nom du Saint béni soit-Il : « si je suis ici, tout est ici » -- tant que Je désire cette Maison et que ma Chekhina y réside, son honneur subsiste et tous viendront ici ; mais si vous fautez et que Je retire ma Chekhina, qui viendra ici ?
הָכִי גָרְסִינַן בַּתּוֹסֶפְתָּא הוּא הָיָה אוֹמֵר לְמָקוֹם שֶׁאֲנִי אוֹהֵב שָׁם רַגְלַי מוֹלִיכוֹת אוֹתִי אִם תָּבֹא לְבֵיתִי וְנִרְאֶה לִי שֶׁאַף כָּאן צָרִיךְ לְגָורְסָהּ כֵּן מִשּׁוּם דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן בָּתְרָהּ רַגְלוֹהִי דְּבַר אִינִישׁ כּוּ' וְאִי לָא גָּרְסִינַן לֵיהּ מַאי שַׁיְיכָא דְּר' יוֹחָנָן הָכָא:
Telle est la version (guirsa) de la Tossefta : « Il disait ceci : vers le lieu que j'aime, là mes pieds me conduisent ; si tu viens dans ma maison... » Et il me semble qu'il faut la lire ainsi ici aussi, parce que Rabbi Yo'hanan énonce ensuite « les pieds de l'homme, etc. » -- et si nous ne retenions pas cette version, quel rapport la parole de Rabbi Yo'hanan aurait-elle ici ?
🗂️ Tossefot (1)
אִם אֲנִי כָּאן. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁהָיָה הִלֵּל אוֹמֵר בִּשְׁמוֹ שֶׁל הקב"ה אֲבָל בַּיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע שֶׁהָיָה אוֹמֵר עַל עַצְמוֹ דְּפָרִיךְ וּלְקִילּוּסָיו הוּא צָרִיךְ כְּלוֹמַר וְכִי הָיָה צָרִיךְ לְשַׁבְּחוֹ וְהָכְתִיב אֶלֶף אַלְפִין יְשַׁמְּשׁוּנֵּיהּ וּמְשַׁנֵּי דִּכְנֶגֶד יִשְׂרָאֵל הָיָה אוֹמֵר וְחָבִיב עָלָיו קִילּוּסָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל מִן הַכֹּל שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוּאֵל ב כ״ג:א׳) וּנְעִים זְמִירוֹת יִשְׂרָאֵל וּכְתִיב (תְּהִילִּים כ״ב:ד׳) וְאַתָּה קָדוֹשׁ יוֹשֵׁב תְּהִלּוֹת יִשְׂרָאֵל וּמִיהוּ הָא דְּקָאָמַר אִם אַתָּה תָּבֹא אֶל בֵּיתִי אֲנִי אָבֹא אֶל בֵּיתֶךָ לֹא אֶפְשָׁר אֶלָּא בַּשְּׁכִינָה דְּהָא דְּרֵישׁ לֵיהּ מִדִּכְתִיב בְּכָל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת שְׁמִי אָבֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ:
« Si je suis ici. » Le Kountress (Rachi) a expliqué que Hillel parlait au nom du Saint béni soit-Il ; mais du Yerouchalmi il ressort qu'il parlait de lui-même, car [le Yerouchalmi] objecte : « et a-t-Il besoin de ses louanges ? » -- c'est-à-dire : avait-il besoin de Le louer, alors qu'il est écrit « mille milliers Le servent » (Daniel 7,10) ? Et il répond : c'est en face d'Israël qu'il parlait, et les louanges d'Israël Lui sont plus chères que tout, ainsi qu'il est dit « et doux par les chants d'Israël » (II Chemouel 23,1), et il est écrit « et Toi, Saint, Tu sièges [sur] les louanges d'Israël » (Tehilim 22,4). Toutefois, ce qui est dit « si tu viens dans ma maison, je viendrai dans ta maison » ne peut se comprendre que de la Chekhina, puisqu'on le dérive de ce qui est écrit « en tout lieu où je ferai mentionner mon Nom, je viendrai à toi et je te bénirai ».
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמְרוּ עָלָיו עַל הִלֵּל הַזָּקֵן, כְּשֶׁהָיָה שָׂמֵחַ שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה, הָיָה אוֹמֵר: אִם אֲנִי כָּאן, הַכֹּל כָּאן. הָא דְּנָקֵיט 'עָלָיו' לוֹמַר דְּשֶׁבַח זֶה עָלָיו דַּוְקָא נֶאֱמַר וְלֹא עַל זוּלָתוֹ אַף עַל גַּב דְּרַבִּים חֲכָמִים וַחֲסִידִים הָיוּ נִמְצָאִים וּשְׂמֵחִים בְּשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה. וּמַה שֶׁאָמַר 'אִם אֲנִי כָּאן' נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁהִלֵּל הָיָה בּוֹ נִיצוֹץ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְלָכֵן הָיָה עָנָיו גָּדוֹל וָחַי ק"ך שָׁנָה, וְיָדוּעַ שֶׁמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הָיָה שָׁקוּל כְּנֶגֶד כָּל יִשְׂרָאֵל וְלָכֵן עַל נִיצוֹץ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁבּוֹ אָמַר אִם אֲנִי כָּאן הַכֹּל כָּאן וְרָמַז גַּם כֵּן לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בְּתֵיבוֹת 'אִם אָנִי' שֶׁהֵם 'א' מֵאַיִן' וְהַמִּלּוּי שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה [מִ״ ם ש י״ן ה״ א ] הוּא אוֹתִיּוֹת מֵאַיִן. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (בַּמִּדְבָּר יא, יג) 'מֵאַיִן לִי בָּשָׂר לָתֵת לְכָל הָעָם הַזֶּה', רוֹצֶה לוֹמַר מֵאַיִן 'לִי' וְלָכֵן מֵאַיִן לִי בָּשָׂר לָתֵת לְכָל הָעָם הַזֶּה. אוֹ יוּבַן הַמַּלְכוּת נִקְרֵאת אֲנִי וְהַיְּסוֹד נִקְרָא כֹּל וְלָזֶה אָמַר אִם 'אֲנִי' כָּאן הֲ'כֹל' כָּאן, כַּוָּנָתוֹ לְחַבֵּר הַיְּסוֹד עִם הַמַּלְכוּת וּלְכָךְ סִיֵּים לַמָּקוֹם שֶׁאֲנִי הִיא הַמַּלְכוּת אוֹהֵב, רַגְלֵי רֶמֶז לְזִוּוּג שֶׁמְּכוֹנָה בְּשֵׁם רֶגֶל כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוּאֵל ב' יא, ח) 'וְרָחַץ רַגְלֶיךָ' מוֹלִיכוֹת אוֹתִי וְכַוָּנָתוֹ לְזִוּוּג דְּגַדְלוּת, אוֹתִי 'אַוַּת יו"ד'. וְעוֹד פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַמַּאֲמָר הַזֶּה עַל פִּי הַקְדָּמָה מֵרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י בְּסוֹד הַמִּצְוָה שֶׁל רְאִיַּית כָּל זָכָר בְּיִשְׂרָאֵל בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ בָּרֶגֶל יְעֻויַּן שָׁם. וּפֵרַשְׁתִּי 'מִי כָּאן' עַל הַבִּינָה וְהָבֵן בַּדְּבָרִים.
« On a dit de lui, de Hillel l'Ancien, que lorsqu'il se réjouissait à la joie du Bet ha-Choéva il disait : si je suis ici, tout est ici. » Le fait d'employer « de lui » (alav) vient dire que cette louange fut prononcée à son sujet précisément et non au sujet d'un autre, bien que de nombreux sages et hassidim se trouvassent là et se réjouissent à la joie du Bet ha-Choéva. Et quant à ce qu'il dit « si je suis ici » -- il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que Hillel avait en lui une étincelle (nitsots) de Moche notre maître, la paix soit sur lui ; c'est pourquoi il était d'une grande humilité et vécut cent vingt ans. Et il est connu que Moche notre maître, la paix soit sur lui, pesait autant que tout Israël ; c'est donc au sujet de l'étincelle de Moche notre maître qui était en lui qu'il a dit « si je suis ici, tout est ici ». Et il a fait allusion également à Moche notre maître dans les mots « im ani », qui sont « le aleph de me-ayin » ; car le milouy (l'épellation pleine) du nom de Moche notre maître -- mem, chin, hé -- donne les lettres de me-ayin. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Bamidbar 11,13) « me-ayin li bassar latet le-khôl ha-am ha-ze » : c'est-à-dire, « me-ayin » est à moi -- et c'est pourquoi « d'où aurai-je de la viande à donner à tout ce peuple ». Ou bien on comprendra ainsi : la Malkhout est appelée « ani » (moi) et le Yessod est appelé « kol » (tout) ; c'est pourquoi il dit « si ani est ici, kol est ici », son intention étant d'unir le Yessod à la Malkhout. Et c'est pourquoi il conclut : « vers le lieu que ani -- c'est la Malkhout -- aime » ; « mes pieds » fait allusion au zivoug (l'union), qui est désigné par le mot « pied », comme il est dit (II Chemouel 11,8) « et lave tes pieds » ; « me conduisent » -- son intention porte sur le zivoug de gadlout ; « oti » (moi) -- « ot youd » (la lettre youd). Et j'ai encore expliqué, avec l'aide du Ciel, cet énoncé d'après une introduction de notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar Maamrei Rachbi, dans le sod de la mitsva de la comparution de tout mâle en Israël au Temple lors de la fête ; qu'on s'y reporte. Et j'ai expliqué « qui est ici » (mi kan) sur la Bina -- et comprends bien ces choses.
וְאַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אוֹמֵר: אִם אַתָּה תָּבוֹא לְבֵיתִי אָבוֹא לְבֵיתְךָ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַגּוּף נִקְרָא בְּשֵׁם בַּיִת כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בִּקְהִלַּת (קֹהֶלֶת יב, ג) , וְאִם אַתָּה תָּבֹא אֶל בֵּיתִי בֵּית הַמִּקְדָּשׁ לְקַיֵּים מִצְוַת רְאִיָּה בִּשְׁלֵימוּת אָז אֲנִי אָבֹא אֶל בֵּיתֶךָ הוּא הַגּוּף שֶׁלְּךָ שֶׁנִּקְרָא בַּיִת שֶׁאֲשֵׁרָה שְׁכִינָתִי בְּגוּפְךָ כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (הוֹשֵׁעַ יא, ט) 'בְּקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ' וְכֵן הוּא אוֹמֵר (יִרְמְיָה ז, ד) 'הֵיכַל ה' הֵמָּה' וְכֵן הוּא אוֹמֵר (שְׁמוֹת כה, ח) 'וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם' וּמֵבִיא עַל זֶה הַפָּסוּק (שְׁמוֹת כ, כ) 'בְּכָל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת שְׁמִי' דְּהַיְינוּ בְּגוּף הָאָדָם שֶׁנִּרְמַז בּוֹ שֵׁם הֲוָיָ"ה ב"ה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הַשְּׁלָ"ה זַ"ל שְׁנֵי עֵינַיִם הֵם ב' יודי"ן וְחֹוטֶם הוּא וָא"ו הֲרֵי כ"ו כְּמִנְיַן שֵׁם הֲוָיָ"ה ב"ה 'אָבוֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ' בְּעַיִן טוֹבָה דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית מט, כב) 'בֵּן פֹּרָת יוֹסֵף בֵּן פֹּרָת עֲלֵי עַיִן'.
« Et même le Saint béni soit-Il dit : si tu viens dans ma maison, je viendrai dans ta maison. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le corps est appelé « maison », comme il est dit dans Kohelet (12,3). Et si toi tu viens dans ma maison -- le Temple -- pour accomplir parfaitement la mitsva de reiya (la comparution), alors moi je viendrai dans ta maison, qui est ton corps, appelé « maison », en ce que je ferai reposer ma Chekhina dans ton corps, comme il est dit (Hochea 11,9) « au milieu de toi, le Saint », et comme il est dit (Yirmiya 7,4) « le sanctuaire de Hachem, ce sont eux », et comme il est dit (Chemot 25,8) « et ils me feront un sanctuaire, et je résiderai en eux ». Et il apporte à ce sujet le verset (Chemot 20,20) « en tout lieu où je ferai mentionner mon Nom » -- c'est-à-dire dans le corps de l'homme, où le Nom Havaya, béni soit-Il, se trouve en allusion, comme l'a écrit le Chela, de mémoire bénie : les deux yeux sont deux youd et le nez est un vav, soit vingt-six, la valeur numérique du Nom Havaya béni soit-Il ; « je viendrai à toi et je te bénirai » -- d'un bon œil, ainsi qu'il est écrit (Bereichit 49,22) « fils fécond, Yossef, fils fécond au-dessus de l'œil ».
💡 Explication

La phrase im ani kan, ha-kol kan est l'une des plus discutées du Talmud, et Rachi et Tossefot s'y séparent nettement. Pour Rachi, Hillel ne parle pas de lui-même : il enseigne publiquement au nom du Saint béni soit-Il. Le sens devient : tant que Je désire cette Maison et que ma Chekhina y réside, tous y viennent ; si vous fautez et que Je retire ma Chekhina, qui viendra ici ? La phrase est un avertissement, pas un éloge de soi.

Pour Tossefot, s'appuyant sur le Yerouchalmi, Hillel parle bien de lui-même -- le Yerouchalmi objecte d'ailleurs : Dieu aurait-Il besoin de ses louanges ? -- et répond que ce sont les louanges d'Israël qui Lui sont chères. Tossefot concède toutefois que la seconde moitié (tu viens chez Moi, Je viens chez toi) ne peut se dire que de la Chekhina, puisqu'elle est déduite d'un verset.

Rachi fait ici un travail de guirsa (établissement du texte) : il faut lire la phrase sur les pieds, sinon la parole de Rabbi Yo'hanan qui suit immédiatement n'aurait aucun point d'attache dans la sougya. C'est cette phrase qui fait le lien de tout le folio.

4
אַף הוּא רָאָה גֻּלְגֹּולֶת אַחַת שֶׁצָּפָה עַל פְּנֵי הַמַּיִם, אָמַר לָהּ: עַל דְּאַטֵּפְתְּ אַטְפוּךְ וּמְטִיפַיִךְ יְטוּפוּן. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רַגְלוֹהִי דְּבַר אִינִישׁ אִינּוּן עָרְבִין בֵּיהּ, לַאֲתַר דְּמִיתַּבְעִי — תַּמָּן מוֹבִילִין יָתֵיהּ.

Lui aussi vit un crâne qui flottait à la surface de l'eau. Il lui dit : « Parce que tu as noyé, on t'a noyé ; et ceux qui t'ont noyé seront noyés. » Rabbi Yo'hanan a dit : les pieds de l'homme sont ses garants ; vers le lieu où il est réclamé, là ils le conduisent.

📜 Rachi (5)
שֶׁצָּפָה עַל פְּנֵי הַמַּיִם שֶׁחָתְכוּ אֶת רֹאשׁוֹ וֶהֱטִילוּהוּ לַמַּיִם וְהִכִּיר בּוֹ שֶׁהוּא רוֹצֵחַ וּפָגְעוּ בּוֹ עַכְשָׁיו לִסְטִים כַּיּוֹצֵא בוֹ:
On lui avait tranché la tête et on l'avait jetée à l'eau ; il reconnut à cela qu'il s'agissait d'un meurtrier, et que des brigands de son espèce l'avaient frappé à leur tour.
אֲמַר לַהּ עַל דְּאַטֵּפְתְּ אַטְפוּךְ עַל שֶׁהֵצַפְתָּ גֻּלְגּוֹלוֹת שֶׁל אֲחֵרִים בַּמַּיִם אַטְּפוּךְ הֱצִיפוּךְ אֲחֵרִים עַכְשָׁיו:
Il lui dit : parce que tu as fait flotter les crânes d'autrui dans l'eau, on t'a noyé -- d'autres t'ont fait flotter à ton tour.
לְסוֹף מַטִּיפַיִךְ יְטוּפוּן עוֹד יָבֹא יוֹם וְיָצִיפוּ גֻּולְגָּולְתָּם שֶׁל אֵלּוּ שֶׁהֲרָגוּךְ:
À la fin, ceux qui t'ont noyé seront noyés : un jour viendra où l'on fera flotter le crâne de ceux qui t'ont tué.
לַאֲתַר דְּמִתָּבְעִי לְמָקוֹם שֶׁנִּגְזַר עָלָיו לָמוּת בּוֹ מִשָּׁם הוּא מִתְבַּקֵּשׁ לִיטֹּול נִשְׁמָתוֹ:
Vers le lieu où il est réclamé : vers le lieu où il a été décrété qu'il mourrait -- c'est de là qu'on réclame que l'on prenne son âme.
תַּמָּן מוֹבִילִין יָתֵיהּ לְשֵׁם רַגְלָיו מוֹלִיכוֹת אוֹתוֹ:
Là ils le conduisent : c'est là que ses pieds le mènent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַף הוּא רָאָה גֻּלְגֹּלֶת אַחַת שֶׁצָּפָה עַל פְּנֵי הַמַּיִם, אָמַר לָהּ: עַל דְּאַטַּפְתְּ אַטְּפוּךְ, וְסוֹף מְטִיפַיִךְ יְטוּפוּן. עַיֵּין רַשִׁ"י וּמָהַרְשָׁ"א וְנִרְאֶה פָּשׁוּט שֶׁהוּא לֹא הִכִּיר זֶה הַצָּף מִי הוּא דְּרָאָה רֹאשׁ אָדָם חָתוּךְ לְגַמְרֵי דְּבָזֶה נִיכָּר שֶׁלֹּא נֶהֱרַג בְּשׁוֹגֵג דְּלָא יִזְדַּמֵּן שֶׁיִּהְיֶה נֶהֱרָג בְּשׁוֹגֵג הֲרִיגָה כָּזוֹ שֶׁיֵּחָתְכוּ רֹאשׁוֹ לְגַמְרֵי, גַּם שֵׂיעָר דְּוַדַּאי נֶהֱרַג עַל עֲבֵירָה שֶׁל רְצִיחָה וְלֹא עַל עֲבֵירָה אַחֶרֶת מֵאַחַר שֶׁנִּתְנַוֵּול נִיוּוּל כָּזֶה שֶׁחָתְכוּ רֹאשׁוֹ לְגַמְרֵי וַדַּאי הוּא עַל רְצִיחָה שֶׁרָצַח גִּלְגְּלוֹ עָלָיו מִן הַשָּׁמַיִם זֹאת. בְּרַם יֵשׁ לְדַקְדֵּק תֵּיבַת 'אַחַת' יַתִּיר כֵּיוָן דְּאָמַר גֻּלְגֹּלֶת לְשׁוֹן יָחִיד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהוּא לֹא רָאָה צוּרַת פָּנִים וְרַק הִכִּיר בָּהּ שֶׁהִיא שֶׁל זָכָר וְלֹא שֶׁל נְקֵבָה כִּי הָאִשָּׁה גֻּלְגֹּלֶת שֶׁלָּהּ עֶצֶם אֶחָד וְשֶׁל אִישׁ שְׁתַּיִם מֻורְכָּבִים זֶה בָּזֶה וְהוּא רָאָה חֲתִיכָה אַחַת מִן הַשְׁתַּיִם לְכָךְ אָמַר 'גֻּלְגֹּלֶת אַחַת' וְכֵיוָן דְּהִכִּיר שֶׁהִיא שֶׁל זָכָר דִּבֵּר עִמָּהּ דִּבְרֵי מוּסָר כְּדֵי שֶׁיִּקְּחוּ הַשּׁוֹמְעִין מוּסָר זֶה לְעַצְמָן וְאָמַר לַהּ עַל דְּאַטֵּפְתְּ אַטְפוּךְ פֵּירוּשׁ בַּעֲבוּר הַשְׁחָתַת זֶרַע לְבַטָּלָה שֶׁהִשְׁחִית בְּיָדַיִם כְּמַעֲשֵׂה דּוֹר הַמַּבּוּל שֶׁזֶּה נֶחְשָׁב שְׁפִיכוּת דָּמִים לְכָךְ רָצְחוּ אוֹתְךָ וּלְכָךְ אַתְּ צָפָה עַל פִּי הַמַּיִם דְּהַזֶּרַע נִקְרָא מַיִם, וּלְכָךְ דּוֹר הַמַּבּוּל לָקוּ בַּמַּיִם בַּעֲבוּר עָוֹן זֶה וְסוֹף מַטִּיפֶיךָ אֵלּוּ הַמַּשְׁחִיתִים שֶׁנִּבְרְאוּ מִן עֲוֹן שִׁכְבַת זֶרַע לְבַטָּלָה אֲשֶׁר הֵם קִטְרְגוּ עָלֶיךָ וְעָשׂוּ לְךָ רְצִיחָה זוֹ גַּם הֵם יְטוּפוּן שֶׁיִּמְחוּ בַּמַּיִם שֶׁהִיא הַתּוֹרָה שֶׁל הַצַּדִּיקִים. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהוּא הִכִּיר בָּהּ שֶׁהִיא שֶׁל אִשָּׁה מִפְּנֵי שֶׁרָאָה אוֹתָהּ עֶצֶם אַחַת וְאֵינָהּ מֻורְכֶּבֶת מִשְׁתֵּי חֲתִיכוֹת לָכֵן אָמַר 'גֻּלְגֹּלֶת אַחַת' רוֹצֶה לוֹמַר גֻּלְגֹּלֶת שֶׁהִיא חֲתִיכָה אַחַת וְהֵבִין שֶׁזּוֹ הָיְתָה אֵשֶׁת אִישׁ וְקִלְקְלָה בִּזְנוּת וּמִיתָתָהּ בְּחֶנֶק לְכָךְ טָבְעָה בַּמַּיִם וְאָכְלוּ הַדָּגִים אֶת גּוּף שֶׁלָּהּ וְנִשְׁאַר הַגֻּלְגֹּלֶת בִּלְבַד שֶׁצָּפָה עַל פִּי הַמַּיִם, וּזְנוּת נִקְרָא בְּשֵׁם מַיִם דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ט, יז) 'מַיִם גְּנוּבִים יִמְתְּקוּ' וְלָזֶה אָמַר עַל דְּאַטַּפְתְּ לַאֲחֵרִים בְּמַיִם גְּנוּבִים לְכָךְ אַטְּפוּךְ מִן הַשָּׁמַיִם בְּמַיִם אֵלּוּ וְסוֹף מַטִּיפַיִךְ אֵלּוּ כּוֹחוֹת הַיֵּצֶר הָרַע אֲשֶׁר הֶחֱטִיאוּךָ וְגָרְמוּ לְךָ זֹאת יְטוּפוּן בְּמַיִם שֶׁל תּוֹרָה שֶׁיִּמְחוּ וְיִתְבַּטְּלוּ בָּהּ.
« Lui aussi vit un crâne qui flottait à la surface de l'eau ; il lui dit : parce que tu as noyé, on t'a noyé, et à la fin ceux qui t'ont noyé seront noyés. » Vois Rachi et le Maharcha. Il paraît évident qu'il ne savait pas qui était ce corps flottant : il vit une tête d'homme entièrement tranchée, et l'on reconnaît à cela qu'il n'a pas été tué par inadvertance -- il n'arrive pas qu'un homme soit tué par inadvertance d'une mise à mort telle qu'on lui tranche entièrement la tête. Il en déduisit aussi qu'il avait certainement été tué pour une faute de meurtre et non pour une autre faute, puisque, ayant été ainsi outragé au point qu'on lui trancha entièrement la tête, c'est assurément pour un meurtre qu'il avait commis qu'on le lui a fait retomber dessus depuis le Ciel. Mais il y a lieu de s'attacher au mot « un » (ahat), qui paraît superflu, puisqu'il a déjà dit « crâne » au singulier. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il ne vit pas la forme du visage, et qu'il reconnut seulement qu'il s'agissait d'un mâle et non d'une femme : car le crâne de la femme est un os d'une seule pièce, et celui de l'homme deux pièces emboîtées l'une dans l'autre -- et il vit une pièce unique sur les deux, c'est pourquoi il dit « un crâne ». Et puisqu'il reconnut que c'était celui d'un mâle, il lui adressa des paroles de morale afin que ceux qui entendraient en tirent leçon pour eux-mêmes. Il lui dit : « parce que tu as noyé, on t'a noyé » -- c'est-à-dire, pour la destruction de la semence en vain qu'il a répandue de ses mains, à la manière de la génération du Déluge, ce qui est compté comme effusion de sang ; c'est pourquoi ils t'ont assassiné, et c'est pourquoi tu flottes à la surface des eaux, car la semence est appelée eau ; et c'est pourquoi la génération du Déluge fut frappée par les eaux, à cause de cette faute. « Et à la fin ceux qui t'ont noyé » -- ce sont les destructeurs (mashhitim) créés à partir de la faute de la semence émise en vain, qui t'ont accusé et t'ont infligé ce meurtre ; eux aussi « seront noyés », c'est-à-dire effacés par les eaux, qui sont la Torah des justes. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il reconnut qu'il s'agissait d'une femme, parce qu'il vit un os d'une seule pièce, non composé de deux morceaux -- c'est pourquoi il dit « un crâne », c'est-à-dire un crâne qui est d'une seule pièce. Il comprit alors que c'était une femme mariée qui s'était corrompue dans la débauche, dont la mort est par étranglement ; c'est pourquoi elle fut noyée dans l'eau, les poissons dévorèrent son corps et il ne resta que le crâne, qui flottait à la surface des eaux. Et la débauche est désignée par le mot « eaux », comme il est écrit (Michlei 9,17) « des eaux volées sont douces ». C'est sur cela qu'il dit : « parce que tu as noyé » les autres dans des eaux volées, c'est pourquoi « on t'a noyé » depuis le Ciel dans ces eaux-ci ; « et à la fin ceux qui t'ont noyé » -- ce sont les forces du yetser hara qui t'ont fait fauter et t'ont attiré cela -- « seront noyés » dans les eaux de la Torah, qui les effaceront et les annuleront.
💡 Explication

Hillel lit une scène muette. Rachi explique ce qu'il a vu au juste : une tête tranchée et jetée à l'eau -- le signe, pour lui, d'un meurtrier à son tour frappé par des brigands de son espèce. La sentence est en araméen et en trois temps : al de-atift, atifoukh, ou-metifaikh yetoufoun.

Le point dur n'est pas le premier terme -- mesure pour mesure -- mais le troisième : ceux qui ont exécuté la sentence seront eux-mêmes noyés. Le fait qu'un châtiment soit mérité ne blanchit pas la main qui l'inflige. La chaîne des comptes ne s'arrête pas au coupable ; elle continue.

La parole de Rabbi Yo'hanan qui suit prolonge exactement la phrase de Hillel sur les pieds, et Rachi la lit dans un sens redoutable : le-atar de-mitbaei, le lieu où l'on est réclamé, c'est le lieu où il a été décrété que l'on mourrait. Le mot arev (garant, caution) est technique : les pieds ne sont pas un moyen de transport, ils sont une dette à honorer.

5
הָנְהוּ תַּרְתֵּי כּוּשָׁאֵי דַּהֲווֹ קָייְמִי קַמֵּי שְׁלֹמֹה, אֱלִיחֹרֶף וַאֲחִיָּה בְּנֵי שִׁישָׁא, סוֹפְרִים דִּשְׁלֹמֹה הָווּ. יוֹמָא חַד חַזְיֵיהּ מַלְאַךְ הַמָּוֶת דַּהֲוָה קָא עֲצִיב, אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי עֲצִיבַתְּ? אֲמַר לֵיהּ: דְּקָא בָּעוּ מִינַּאי הָנֵי תַּרְתֵּי כּוּשָׁאֵי דְּיָתְבִי הָכָא. מַסְרִינְהוּ לַשְּׂעִירִים, שַׁדְּרִינְהוּ לְמָחוֹזָא דְּלוּז. כִּי מְטוֹ לְמָחוֹזָא דְלוּז — שְׁכִיבוּ.

Ces deux Kouchim qui se tenaient devant Chelomo -- Élihoref et Ahiya, fils de Chicha -- étaient les scribes de Chelomo. Un jour, il vit l'ange de la mort qui était triste.

Il lui dit : pourquoi es-tu triste ? Il lui répondit : parce qu'on me réclame ces deux Kouchim qui sont assis ici.

Il les remit aux se-irim (démons) et les envoya au district de Louz. Lorsqu'ils arrivèrent au district de Louz, ils moururent.

📜 Rachi (6)
תְּרֵי כּוּשָׁאֵי עַל שֵׁם שֶׁהָיוּ יָפִים קָרֵי לְהוּ הָכִי:
Deux Kouchim : on les appelle ainsi parce qu'ils étaient beaux.
אֱלִיחֹורֶף וְאַחֶיהָ פָּסוּק הוּא בִּמְלָכִים שֶׁהָיוּ סוֹפְרִים לִשְׁלֹמֹה:
Élihoref et Ahiya : c'est un verset dans Melakhim -- ils étaient scribes de Chelomo.
דְּקָא בָּעוּ מִינַּאי אֵלּוּ מִתְבַּקְּשִׁים מִמֶּנִּי לְמַעְלָה שֶׁהִגִּיעַ זְמַנָּם לָמוּת וְלֹא הָיָה יָכוֹל לִיטֹּול נִשְׁמָתָם כֵּיוָן שֶׁלֹּא נִגְזַר עֲלֵיהֶם לָמוּת כִּי אִם בְּשַׁעַר לוּז:
Parce qu'on me les réclame : on me les demande d'en haut, car leur temps de mourir est arrivé ; mais il ne pouvait pas prendre leur âme, puisqu'il n'avait été décrété qu'ils meurent qu'à la porte de Louz.
מַסְרִינְהוּ שְׁלֹמֹה:
Il les remit : c'est Chelomo.
לַשְּׂעִירִים לַשֵּׁדִים שֶׁהוּא הָיָה מֶלֶךְ עֲלֵיהֶם כִּדְכָתֵי' (דִּבְרֵי הַיָּמִים א כ״ט:כ״ג) וַיֵּשֶׁב שְׁלֹמֹה עַל כִּסֵּא ה' לְמֶלֶךְ שֶׁמָּלַךְ עַל הָעֶלְיוֹנִים וְעַל הַתַּחְתּוֹנִים:
Aux se-irim : aux démons, sur lesquels il régnait, ainsi qu'il est écrit (I Divrei ha-Yamim 29,23) « et Chelomo s'assit sur le trône de Hachem comme roi » -- il régna sur les êtres d'en haut et sur ceux d'en bas.
אַמְטִינְהוּ לְמָחוֹזָא דְּלוּז עִיר שֶׁאֵין מַלְאַךְ הַמָּוֶת שׁוֹלֵט בְּתוֹכָהּ כִּדְאָמְרִינַן בְּסוֹטָה (דַּף מו:):
Il les fit conduire au district de Louz : une ville à l'intérieur de laquelle l'ange de la mort n'exerce pas de pouvoir, comme nous le disons dans Sota 46b.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דְּקָא מִיתַּבְעִי מִינַּאי הָנֵי תְּרֵי כּוּשָׁאֵי דְּיָתְבִי הָכָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֻוצְרַךְ לוֹמַר 'דְּיָתְבִי הָכָא' כֵּיוָן דְּאָמַר 'הָנֵי' שְׁמַע מִינָּה דְּהָיוּ לְפָנָיו וּמוֹרֶה בְּאֶצְבַּע עֲלֵיהֶם? וְנִרְאֶה דְּאָמַר לוֹ כֵּן לְהַטְעוֹתוֹ כְּדֵי שֶׁיָּבִין שֶׁבָּא לִרְמֹוז לוֹ שֶׁיַּבְרִיחֵם בְּמָקוֹם שֶׁאֵין שְׁלִיטָה לָמוּת שָׁם, וְהֶרְאָה עַצְמוֹ מִצְטַעֵר עַל צַעֲרוֹ שֶׁל שְׁלֹמֹה אֲשֶׁר וַדַּאי יִצְטַעֵר עֲלֵיהֶם אַחַר מוֹתָם וּלְכָךְ אָמַר לוֹ 'דְּיָתְבִי הָכָא' בִּמְקוֹם שְׁלִיטַת הַמָּוֶת וְצָרִיךְ שֶׁתַּבְרִיחֵם לְמָקוֹם שֶׁאֵין בּוֹ שְׁלִיטַת הַמָּוֶת, אַךְ בֶּאֱמֶת כַּוָּנַת לִבּוֹ שֶׁאָמַר לוֹ 'דְּיָתְבִי הָכָא' הוּא רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁהוּא מִצְטַעֵר עַל אֲשֶׁר שֶׁהֵם יָתְבִי הָכָא בְּמָקוֹם שֶׁאֵינוֹ מוּכָן לָהֶם לָמוּת בּוֹ שֶׁהֵם רְחוֹקִים מִן אוֹתוֹ מָקוֹם הַמּוּכָן לָהֶם מַהֲלַךְ רַב וּמִי יוֹלִיכֵם לְשָׁם עַתָּה זוֹ הָיְתָה כַּוָּנָתוֹ הָעִקָּרִית? אַךְ שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה הֵבִין שֶׁהוּא מִצְטַעֵר עַל צַעֲרוֹ בִּשְׁבִיל אַהֲבָתוֹ עִמּוֹ וּבָא לִרְמֹוז לוֹ שֶׁיַּבְרִיחֵם לְמָקוֹם שֶׁאֵין בּוֹ שְׁלִיטַת הַמָּוֶת וְכֵן עָשָׂה שֶׁהַבְּרִיחִם לַלּוּז עַל יְדֵי שֵׁדִים בְּרֶגַע וְאָז עָשָׂה שָׁם מַלְאַךְ הַמָּוֶות שְׁלִיחוּתוֹ בַּר מִינָן.
« Parce qu'on me réclame ces deux Kouchim qui sont assis ici. » Il y a lieu d'objecter : pourquoi a-t-il eu besoin de dire « qui sont assis ici », puisqu'en disant « ces deux-là » on comprend déjà qu'ils étaient devant lui et qu'il les désignait du doigt ? Il apparaît qu'il lui parla ainsi pour l'induire en erreur, afin qu'il comprenne qu'on lui faisait entendre de les faire fuir dans un lieu où la mort n'a pas de pouvoir ; et il se montra affligé de la peine de Chelomo, qui certainement s'affligerait à leur sujet après leur mort. C'est pourquoi il lui dit « qui sont assis ici », au lieu où la mort exerce son pouvoir -- et il faudrait donc que tu les fasses fuir vers un lieu où elle n'en a pas. Mais en vérité, l'intention de son cœur, en disant « qui sont assis ici », était de dire qu'il s'affligeait justement de ce qu'ils sont assis ici, dans un lieu qui n'est pas celui qui leur est préparé pour y mourir, et qu'ils sont éloignés de ce lieu qui leur est préparé d'une longue distance -- et qui donc les y conduira maintenant ? Telle était son intention principale. Mais le roi Chelomo, la paix soit sur lui, comprit qu'il s'affligeait de sa propre peine à lui, par amour pour lui, et qu'il venait lui faire entendre de les faire fuir vers un lieu où la mort n'a pas de pouvoir. Et c'est ce qu'il fit : il les fit fuir à Louz par l'entremise des démons, en un instant -- et alors l'ange de la mort y accomplit sa mission, que le Ciel nous en préserve.
💡 Explication

L'histoire est construite comme une démonstration de la maxime précédente, et son ressort est un malentendu. L'ange dit qu'on lui réclame ces deux hommes « qui sont assis ici » (de-yatvéi hakha). Chelomo l'entend comme : le décret pèse sur eux ici et maintenant -- donc il faut les éloigner.

Il dispose pour cela d'un pouvoir unique : il règne sur les se-irim, les démons (Rachi le tire du verset de Divrei ha-Yamim, il régna sur les êtres d'en haut et sur ceux d'en bas), et il connaît une ville hors de portée -- Louz, où l'ange de la mort n'a pas d'emprise (Sota 46b).

Rachi donne la clé : l'ange ne pouvait pas prendre leur âme, parce qu'il n'avait été décrété qu'ils meurent qu'à la porte de Louz. Le mot hakha ne désignait donc pas le danger mais son impossibilité. La fuite organisée par Chelomo est le seul moyen par lequel le décret pouvait s'accomplir.

6
לְמָחָר, חַזְיֵהּ מַלְאַךְ הַמָּוֶת דַּהֲוָה קָבָדַח! אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי בִּדְיֵחַת? אֲמַר לֵיהּ: בַּאֲתַר דְּבָעוּ מִינַּאי, תַּמָּן שַׁדַּרְתִּינְהוּ. מִיָּד פָּתַח שְׁלֹמֹה וְאָמַר: רַגְלוֹהִי דְּבַר אִינִישׁ אִינּוּן עָרְבִין בֵּיהּ, לַאֲתַר דְּמִיתַּבְעִי — תַּמָּן מוֹבִילִין יָתֵיהּ.

Le lendemain, il vit l'ange de la mort qui était joyeux. Il lui dit : pourquoi es-tu joyeux ?

Il lui répondit : au lieu même où on me les réclamait, c'est là que tu les as envoyés. Aussitôt Chelomo ouvrit [la bouche] et dit : les pieds de l'homme sont ses garants ; vers le lieu où il est réclamé, là ils le conduisent.

📜 Rachi (1)
עֲרֵבִין בֵּיהּ לַשָּׁמַיִם מְשַׁלְּמִין עַרְבוּתָן וּמוֹלִיכִין אוֹתוֹ לְמָקוֹם שֶׁמִּתְבַּקֵּשׁ שָׁם:
Ses garants : ils s'acquittent envers le Ciel de leur caution, et le conduisent au lieu où il est réclamé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פָּתַח שְׁלֹמֹה וְאָמַר: רַגְלוֹהִי דְּבַר אִינִישׁ, אִינּוּן עֲרֵבִין בֵּיהּ, לְאַתְרָא דְּמִתָּבְעִי, לְתַמָּן מוֹבִילִין יָתֵיהּ. הָא דְּאָמַר 'פָּתַח שְׁלֹמֹה' דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אָמַר 'שְׁלֹמֹה', נִרְאֶה לְלַמֶּדְךָ שֶׁדָּבָר זֶה עַל יְדֵי מַעֲשֶׂה זוֹ נִתְחַדֵּשׁ וְלֹא הָיוּ דְּבָרִים אֵלּוּ נֶאֱמָרִים בְּפִי הָעוֹלָם קֹודֶם זֶה שֶׁאִם הָיוּ דְּבָרִים אֵלּוּ אֲמוּרִים לֹא הָיָה טוֹעֶה שְׁלֹמֹה בַּהֲבָנַת דְּבָרָיו שֶׁל מַלְאַךְ הַמָּווֶת בְּאוֹמְרוֹ 'דְּיָתְבִי הָכָא' אֶלָּא הָיָה מֵבִין דְּבָרָיו וְלֹא הָיָה מַנִּיחַ שֶׁיִּזּוֹזוּ מֵאוֹתוֹ מָקוֹם. וְהָא דְּיִחֵס הָרָעָה לָרְגָלִים מִפְּנֵי שֶׁהַקְּלִיפּוֹת נֶאֱחָזִים בָּרְגָלִים כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַזַ"ל בִּבְרָכוֹת (בְּרָכוֹת ו.) הָנֵי בִּרְכֵּי דְּרַבָּנָן דְּשִׁלְהֵי מִנַּיְיהוּ הֱוִוי.
« Chelomo ouvrit et dit : les pieds de l'homme sont ses garants ; vers le lieu où il est réclamé, c'est là qu'ils le conduisent. » Ce qui est dit « Chelomo ouvrit », alors qu'il aurait fallu dire simplement « Chelomo dit », vient, semble-t-il, t'enseigner que cette parole fut inaugurée à l'occasion de cet événement, et qu'elle n'était pas dite auparavant dans la bouche des gens ; car si ces paroles avaient déjà été dites, Chelomo ne se serait pas trompé dans la compréhension des paroles de l'ange de la mort quand il dit « qui sont assis ici » -- il aurait compris ses paroles et n'aurait pas laissé ces deux hommes bouger de leur place. Et si le mal est ici rapporté aux pieds, c'est parce que les kelipot s'attachent aux pieds, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, dans Berakhot (6a) : ces genoux des sages qui s'affaiblissent, c'est d'elles [des forces extérieures] que cela provient.
💡 Explication

La réponse de l'ange est d'une brièveté cruelle : be-atar de-baou minai, taman chadartinhou -- au lieu où on me les réclamait, tu les as envoyés toi-même. Ce n'est pas Chelomo qui a échoué à sauver ; c'est son sauvetage qui était le moyen.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur le verbe : la guemara dit patah (il ouvrit) et non simplement amar (il dit). Le verbe patah marque une inauguration : la maxime naît ici, elle n'existait pas auparavant dans la bouche des gens. Preuve interne : si elle avait déjà circulé, Chelomo n'aurait pas mal compris les mots de l'ange -- il aurait su qu'il ne fallait surtout pas les faire bouger.

Le Ben Yehoyada ajoute pourquoi ce sont les pieds qui portent la responsabilité : les kelipot s'attachent aux pieds, comme le suggère Berakhot 6a à propos de la fatigue des jambes des sages.

7
תַּנְיָא: אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, כְּשֶׁהָיָה שָׂמֵחַ שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה, הָיָה נוֹטֵל שְׁמֹנֶה אֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר, וְזוֹרֵק אַחַת וְנוֹטֵל אַחַת וְאֵין נוֹגְעוֹת זוֹ בָּזוֹ. וּכְשֶׁהוּא מִשְׁתַּחֲוֶה, נוֹעֵץ שְׁנֵי גּוּדָלָיו בָּאָרֶץ וְשׁוֹחֶה וְנוֹשֵׁק אֶת הָרִצְפָּה וְזוֹקֵף, וְאֵין כָּל בְּרִיָּה יְכוֹלָה לַעֲשׂוֹת כֵּן, וְזוֹ הִיא קִידָּה.

Il est enseigné : on a dit de Rabban Chimon ben Gamliel que, lorsqu'il se réjouissait à la joie du Bet ha-Choéva, il prenait huit torches enflammées, en lançait une et en rattrapait une, et elles ne se touchaient pas l'une l'autre. Et lorsqu'il se prosternait, il plantait ses deux pouces dans le sol, se penchait, baisait le dallage et se redressait -- et aucune créature ne pouvait faire ainsi.

Et c'est cela, la kidda.

📜 Rachi (2)
שְׁנֵי גּוֹדְלָיו שֶׁל שְׁתֵּי יָדָיו וְנִשְׁעַן עֲלֵיהֶן עַד שֶׁשּׁוֹחֶה וְנוֹשֵׁק אֶת הָרִצְפָּה לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר כִּי רָצוּ עֲבָדֶיךָ אֶת אֲבָנֶיהָ (תְּהִילִּים ק״ב:ט״ו):
Ses deux pouces : ceux de ses deux mains ; il s'appuyait sur eux jusqu'à se pencher et baiser le dallage, pour accomplir ce qui est dit « car tes serviteurs ont chéri ses pierres » (Tehilim 102,15).
וְזוֹ קִידָּה הָאֲמוּרָה בַּכְּתוּבִים דְּאָמַר מַר קִידָּה עַל אַפַּיִם אֵין לוֹ לְהִשְׁתַּטֵּחַ לְהַגִּיעַ לְאֶרֶץ גּוּפוֹ אֶלָּא פָּנָיו בִּלְבַד מִי שֶׁיּוֹדֵעַ וְיָכוֹל לַעֲשׂוֹת כֵּן וּבְדוֹרוֹ שֶׁל רַבָּן שִׁמְעוֹן לֹא הָיָה אֶחָד מֵעוֹמְדֵי עֲזָרָה יָכוֹל לַעֲשׂוֹת כֵּן אֶלָּא הוּא:
Et c'est cela la kidda : celle qui est mentionnée dans les Écrits. Car le Maître a dit : la kidda se fait sur la face -- il n'a pas à étendre son corps jusqu'à toucher terre, mais seulement son visage ; cela, pour qui sait et peut le faire. Et dans la génération de Rabban Chimon, il n'y avait personne parmi ceux qui se tenaient dans la Azara qui pût faire ainsi, sinon lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, כְּשֶׁהָיָה שָׂמֵחַ שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה, הָיָה נוֹטֵל שְׁמֹונֶה אֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר בְּיָדוֹ אַחַת. נִרְאֶה לִי בס"ד כְּנֶגֶד ב' שֵׁמוֹת [אוֹתִיּוֹת] הוי"ה אדנ"י אוֹ כְּנֶגֶד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׁמֹנָה דַּרְגִין שֶׁהֵם כָּשֵׁר וּפָסוּל, אָסוּר וּמֻותָּר, חַייָּב וְזַכַּאי, טָהוֹר וְטָמֵא, 'וְזוֹרְקָן כְּלַפֵּי מַעְלָה' רֶמֶז לְבֵירוּר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁמַּעֲלֶה אוֹתָם מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה עַל יְדֵי יִחוּד הוי"ה אדנ"י וְעַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה. וְהָיָה 'זוֹרֵק אַחַת וּמְקַבֵּל אַחַת' שֶׁמַּעֲלֶה אוֹר מ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] וּמְקַבֵּל אוֹר מ"ד [מִיַּיִן דֻּוכְרִין] 'וְאֵין אַחַת מֵהֶן נוֹגַעַת בַּחֲבֶרְתָּהּ' שֶׁהָיָה מִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת הָעֲלִיּוֹת כָּל אֶחָד לְשָׁרְשׁוֹ וְלֹא הָיוּ מִתְבַּלְבְּלִים הַכַּוָּנוֹת וְהַיִּחוּדִים זֶה בָּזֶה. 'וּכְשֶׁהוּא מִשְׁתַּחֲוֶה נוֹעֵץ שְׁנֵי גּוּדָלָיו בָּאָרֶץ' דְּנִמְצָא כָּל גּוּפוֹ נִסְמָךְ עַל ב' גּוֹדְלָיו רֶמֶז כִּי הַגּוּף רוֹמֵז לְעוֹלָם, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּתִּיקּוּנִים בְּרֵאשִׁית (בְּרֵאשִׁית מט, כב) 'בֶּן פְּרָת' שֶׁהָאָדָם נִקְרָא עוֹלָם קָטָן וְהַגּוּדָל הוּא כְּנֶגֶד סְפִירַת הַחֶסֶד כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת בִּדְרוּשֵׁי הַצִּיצִית וּכְתִיב (תְּהִלִּים פט, ג) 'עוֹלָם חֶסֶד יִבְנֶה' שֶׁהוּא מִתְקַיֵּים עַל יְדֵי הַחֶסֶד. גַּם יָדוּעַ גֹּודֶל רוֹמֵז לְיִשְׂרָאֵל וְהָעוֹלָם קַייָּם עֲלֵיהֶם. 'וְשׁוֹחֶה' רֶמֶז חֲשִׁיבוּת הָאָדָם הוּא בְּמִדַּת הָעֲנָוָה 'וְנוֹשֵׁק הָרִצְפָּה' שֶׁהִיא חֵלֶק הַדּוֹמֵם בְּפִיו לִרְמֹוז כִּי הָאָדָם בְּפִיו יוּכַל לְבָרֵר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה אֲפִילּוּ מֵחֵלֶק הַדּוֹמֵם שֶׁהוּא תַּחְתּוֹן עַל יְדֵי תּוֹרָה וּתְפִלָּה וְעַל יְדֵי אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה דְּהַכֹּל הוּא בַּפֶּה, וְאַחַר כָּךְ 'זוֹקֵף' כִּי הַשָּׁפֵל הקב"ה מַגְבִּיהוֹ וְזוֹקְפוֹ. וְלֵוִי הָיָה מְטַיֵּיל בִּשְׁמֹנָה סַכִּינִים לִכְבוֹד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁיֵּשׁ אֵצֶל רַבִּי שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ח' דַּרְגִין וְדִבְרֵי תּוֹרָה הֵם כְּמוֹ חֶרֶב וְסַכִּין לְהַכְרִית בָּהֶם הַקְּלִיפּוֹת כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְחֶרֶב פִּיפִיּוֹת בְּיָדָם (תְּהִלִּים קמט, ו) .
« On a dit de lui, de Rabbi Chimon ben Gamliel, que lorsqu'il se réjouissait à la joie du Bet ha-Choéva il prenait huit torches de feu dans une seule main. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela correspond aux deux Noms [aux lettres] Havaya et Ado-nay ; ou bien cela correspond à la Torah orale, qui comporte huit degrés : kacher et passoul, interdit et permis, coupable et innocent, pur et impur. « Et il les lançait vers le haut » : allusion au berour (au triage) des étincelles de sainteté, qu'il fait monter d'en bas vers le haut par l'unification de Havaya et Ado-nay et par l'étude de la Torah. Et il « lançait l'une et en recevait une » : il fait monter la lumière des mayin noukvin et reçoit la lumière des mayin doukhrin. « Et aucune d'elles ne touchait sa compagne » : il avait l'intention de faire monter chacune vers sa racine propre, et les kavanot et les yihoudim ne se mélangeaient pas les uns aux autres. « Et lorsqu'il se prosternait, il plantait ses deux pouces dans le sol » : il se trouve donc que tout son corps s'appuyait sur ses deux pouces -- allusion à ceci que le corps fait signe vers le monde, comme il est écrit dans les Tikounim sur « ben porat » (Bereichit 49,22), que l'homme est appelé un petit monde ; et le pouce correspond à la sefira de 'Hessed, comme il est écrit dans le Chaar ha-Kavanot dans les dévelloppements sur les tsitsit, et il est écrit (Tehilim 89,3) « le monde est bâti par le 'hessed » -- il subsiste par le 'hessed. Il est connu aussi que le pouce fait signe vers Israël, et que le monde subsiste par eux. « Et il se penche » : allusion à ceci que la valeur de l'homme est dans la mesure de l'humilité. « Et il baise le dallage », qui est la part du domem (l'inanimé), avec sa bouche : pour faire allusion à ceci que l'homme peut, par sa bouche, trier les étincelles de sainteté même de la part du domem, qui est la plus basse -- par la Torah et la prière, et par le manger et le boire, car tout cela se fait par la bouche. Et ensuite « il se redresse », car celui qui s'abaisse, le Saint béni soit-Il l'élève et le redresse. Et Levi marchait avec huit couteaux en l'honneur de la Torah orale qui se trouvait chez Rabbi, laquelle comporte huit degrés ; et les paroles de Torah sont comme une épée et un couteau pour trancher par elles les kelipot, ainsi qu'il est dit (Tehilim 149,6) « et une épée à deux tranchants dans leur main ».
💡 Explication

Deux prouesses, de nature très différente. La première est un jonglage de huit torches allumées, avec une précision décrite négativement : ve-ein nogot zo ba-zo, elles ne se touchent pas -- c'est cela l'exploit, plus que le nombre.

La seconde est la kidda. Rachi en donne la définition technique : kidda al apayim -- une prosternation sur la face, où le corps ne s'étend pas à terre, seul le visage descend. Ici, la difficulté est portée à son comble : tout le poids repose sur les deux goudalim (pouces) plantés au sol, et le retour à la verticale se fait sans appui. Rachi conclut que personne, dans la génération de Rabban Chimon, parmi tous ceux qui se tenaient dans la Azara, n'en était capable.

Rachi ajoute le motif du baiser au dallage : accomplir ki ratsou avadeikha et avaneha -- car tes serviteurs ont chéri ses pierres (Tehilim 102,15).

🖼️ Schéma
La kidda de Rabban Chimon ben Gamliel -- ce qui la rend impossible Trois contraintes cumulées : appui sur les seuls pouces, corps non étendu, remontée sans aide. Le geste les deux gouddalim (pouces) plantés le visage seul touche le dallage 1. Noéts chenei goudalav ba-arets -- il plante ses deux pouces au sol Rachi : les pouces des deux mains ; tout le poids du corps repose sur eux seuls. 2. Kidda al apayim -- le corps ne s'étend pas à terre Seul le visage descend. Ce n'est ni la kria (genoux) ni la hichtahavaya (corps étendu). 3. Ve-zokef -- il se redresse sans rien pousser C'est là que Levi se blesse : sans appui des mains, tout l'effort de la remontée porte sur les reins (matnav). Rachi explique par là l'itla -- il resta boiteux. Rachi : dans la génération de Rabban Chimon, personne parmi ceux qui se tenaient dans la Azara n'en était capable, sinon lui. Et il baisait le dallage pour accomplir : ki ratsou avadeikha et avaneha -- car tes serviteurs ont chéri ses pierres (Tehilim 102,15).
Les trois contraintes cumulées de la kidda : appui sur les seuls pouces, corps non étendu, remontée sans aide -- et pourquoi la remontée est le point de rupture.
8
לֵוִי אַחְוִי קִידָּה קַמֵּיהּ דְּרַבִּי וְאִיטְּלַע. וְהָא גְּרָמָא לֵיהּ? וְהָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לְעוֹלָם אַל יָטִיחַ אָדָם דְּבָרִים כְּלַפֵּי מַעְלָה, שֶׁהֲרֵי אָדָם גָּדוֹל הֵטִיחַ דְּבָרִים כְּלַפֵּי מַעְלָה וְאִיטְּלַע, וּמַנּוּ — לֵוִי. הָא וְהָא גְּרַמָא לֵיהּ.

Levi montra une kidda devant Rabbi et devint boiteux. Et est-ce cela qui l'a rendu boiteux ?

Mais Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit : que jamais un homme ne lance des paroles vers le Haut, car un grand homme a lancé des paroles vers le Haut et est devenu boiteux -- et qui est-ce ? Levi !

[Réponse :] l'un et l'autre l'ont rendu boiteux.

📜 Rachi (4)
אִיטְּלַע נַעֲשָׂה חִיגֵּר לְפִי שֶׁכְּשֶׁזּוֹקֵף גּוּפוֹ מֵאֵלָיו וְאֵינוֹ נִשְׁעָן עַל יָדָיו בַּחֲזָקָה לִדְחֹוף גּוּפוֹ לְמַעְלָה נִמְצָא כָּל אֹונֶס זְקִיפָתוֹ עַל מָתְנָיו:
Il devint boiteux : parce que, lorsqu'il redresse son corps de lui-même sans s'appuyer fortement sur ses mains pour se pousser vers le haut, tout l'effort de son redressement se trouve porter sur ses reins.
יָטִיחַ יִזְרֹוק לְשׁוֹן כִּמְטַחֲוֵי קֶשֶׁת (בְּרֵאשִׁית כא):
Yatiah : qu'il jette -- du langage de « à la portée d'un tir d'arc » (Bereichit 21,16).
הָטִיחַ דְּבָרִים בְּמַס' תַּעֲנִית (דַּף כֹּה.) עָלִיתָ וְיָשַׁבְתָּ לְךָ בַּמָּרוֹם וְאִי אַתָּה מַשְׁגִּיחַ עַל בָּנֶיךָ:
Il lança des paroles : dans le traité Taanit (25a) -- « Tu es monté et Tu Te sièges dans les hauteurs, et Tu ne prends pas soin de Tes enfants. »
הָא וְהָא גְּרַמָא לֵיהּ נֶעֱנַשׁ בְּחַטָּאת דְּבָרִים וְנֶעֱנַשׁ בִּשְׁעַת הַמְאֹורָע כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף לב.) נְפַל תּוֹרָא חַדֵּד לְסַכִּינָא:
L'un et l'autre l'ont causé : il fut puni pour la faute de ses paroles, et il fut puni au moment de l'incident, selon ce que nous disons dans le traité Chabbat (32a) : le bœuf est tombé -- aiguise le couteau.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָא וְהָא גְּרַמָא לֵיהּ. נִרְאֶה לִי דְּנִזְכַּר עַתָּה הֲטָחַת דְּבָרִים שֶׁעָשָׂה בִּשְׁבִיל עֲצִירַת גְּשָׁמִים בְּעֵת שֶׁהָיָה מְשַׂמֵּחַ אֶת רַבִּי בְּיִסּוּרִין שֶׁלּוֹ שֶׁבַּעֲבוּרָם לֹא הָיוּ הַגְּשָׁמִים יוֹרְדִין כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דִּמְצִיעָא כָּל אוֹתָם הַשָּׁנִים שֶׁהָיָה לְרַבִּי יִסּוּרִין לֹא הֻוצְרַךְ הָעוֹלָם לְמָטָר שֶׁלֹּא הָיָה הַמָּטָר יוֹרֵד אֶלָּא נֶעְצַר. אוֹ יוּבַן כִּי הַיִּסּוּרִין בָּאוּ לְרַבִּי בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא רָצָה לְתַקֵּן אוֹתוֹ הָעֵגֶל בְּפִיו בִּתְפִלָּה אֶלָּא הִנִּיחוֹ לִשְׁחִיטָה, וְלָכֵן הוּא שֶׁהֵטִיחַ בְּפִיו נַעֲשָׂה עָלָיו קִטְרוּג מִצַּד הַפֶּה כִּי יִסּוּרֵי רַבִּי גַּם כֵּן בָּאוּ מִסִּיבַּת הַפֶּה.
« L'un et l'autre l'ont causé. » Il me semble que l'on évoque ici la parole lancée qu'il avait faite au sujet de la retenue des pluies, au moment même où il réjouissait Rabbi dans ses souffrances -- souffrances à cause desquelles les pluies ne tombaient pas, comme ils ont dit dans la guemara de Baba Metsia : durant toutes ces années où Rabbi eut des souffrances, le monde n'eut pas besoin de pluie, car la pluie ne tombait pas mais était retenue. Ou bien on comprendra ainsi : les souffrances vinrent à Rabbi parce qu'il n'avait pas voulu arranger la chose pour ce veau par sa bouche, dans la prière, mais l'avait laissé à l'abattage. Et c'est pourquoi celui qui lança des paroles par sa bouche, une accusation fut portée contre lui du côté de la bouche -- car les souffrances de Rabbi aussi étaient venues à cause de la bouche.
💡 Explication

La guemara met en concurrence deux explications d'un même fait, et refuse de choisir. La première est mécanique : Rachi décrit précisément l'accident -- en se redressant sans appuyer fortement sur les mains, tout l'effort de la remontée se reporte sur les reins (matnav).

La seconde est morale : selon Rabbi Elazar, Levi avait hetiah devarim kelapei maala -- lancé des paroles vers le Haut. Rachi renvoie à Taanit 25a et cite la phrase : « Tu es monté et Tu Te sièges dans les hauteurs, et Tu ne prends pas soin de Tes enfants. » Le verbe hetiah signifie proprement jeter, lancer, comme dans « à la portée d'un tir d'arc » (Bereichit 21,16).

La réponse ha ve-ha garma leh n'est pas un compromis mou. Rachi la précise par la formule de Chabbat 32a : nafal tora, hadad le-sakina -- le bœuf est tombé, aiguise le couteau. La dette morale existait ; l'exploit physique a seulement fourni l'occasion, l'heure et le lieu de son recouvrement.

🖼️ Schéma
Pourquoi Levi est-il devenu boiteux ? Deux causes, une seule blessure Ha ve-ha garma leh : la guemara refuse de choisir -- et cette refus est lui-même la réponse. Cause A -- la cause mécanique Il a exécuté la kidda devant Rabbi : la remontée sans appui fait porter tout l'effort sur les reins. C'est le fait immédiat, celui que raconte le récit. Sans lui, rien ne se serait produit ce jour-là. Cause B -- la cause morale R. Elazar : un grand homme lança des paroles vers le Haut et devint boiteux -- ou-mano ? Levi. Taanit 25a : Tu es monté et Tu Te sièges dans les hauteurs, et Tu ne prends pas soin de Tes enfants. Ha ve-ha garma leh -- l'un et l'autre l'ont causé Rachi, avec Chabbat 32a : nafal tora, hadad le-sakina -- le bœuf est tombé, aiguise le couteau. La dette morale attendait ; l'exploit physique n'a fait que fournir l'heure et le lieu de son recouvrement.
Deux causes d'une même claudication, et pourquoi la guemara les cumule au lieu de trancher.
9
לֵוִי הֲוָה מְטַיֵּיל קַמֵּיהּ דְּרַבִּי בְּתַמְנֵי סַכִּינֵי. שְׁמוּאֵל קַמֵּיהּ שַׁבּוּר מַלְכָּא בִּתְמָנְיָא מְזָגֵי חַמְרָא. אַבַּיֵּי קַמֵּיהּ (דְּרָבָא) בִּתְמָנְיָא בֵּיעֵי, וְאָמְרִי לַהּ בְּאַרְבְּעָה בֵּיעֵי.

Levi marchait devant Rabbi avec huit couteaux. Chemouel, devant le roi Chapour, avec huit coupes de vin.

Abaye, devant (Rabba), avec huit œufs -- et certains disent : avec quatre œufs.

📜 Rachi (3)
קַמֵּיהּ דְּרַבִּי בְּבֵיתוֹ שֶׁהָיָה נָשִׂיא וּמְכַבְּדִין אוֹתוֹ לְשַׂמְּחוֹ שֶׁהָיָה דּוֹאֵג תָּמִיד בְּצָרַת יִשְׂרָאֵל וּבְחָולְיוֹ כִּדְאָמְרִינַן בִּנְדָרִים (דַּף נ:) יוֹמָא דִּמְחַיֵּךְ בֵּיהּ רַבִּי אָתֵי פּוּרְעָנוּת לְעָלְמָא:
Devant Rabbi : dans sa maison ; il était Nassi et on l'honorait en le réjouissant, car il était constamment dans le souci de la détresse d'Israël et dans la souffrance -- comme nous le disons dans Nedarim (50b) : le jour où Rabbi rit, un malheur vient au monde.
שָׁבוּר מַלְכָּא מֶלֶךְ פְּרָס הָיָה:
Chapour le roi : il était roi de Perse.
מַזְגֵּי חַמְרָא כּוֹסוֹת זְכוּכִית מְלֵאִים יַיִן וְאֵין הַיַּיִן נִשְׁפָּךְ:
Des coupes de vin : des coupes de verre pleines de vin, et le vin ne se répandait pas.
💡 Explication

Une petite série de trois, construite sur le même nombre : huit. Elle prolonge les huit torches de Rabban Chimon ben Gamliel et déplace la scène du Temple vers la maison du Nassi, la cour du roi de Perse et la maison d'étude babylonienne.

Rachi justifie la scène chez Rabbi et lui donne son poids : on l'honorait en le réjouissant, parce qu'il était constamment dans le souci de la détresse d'Israël et dans la souffrance. Il cite Nedarim 50b : yoma de-mahikh beh Rabbi, atei pouranouta le-alma -- le jour où Rabbi rit, un malheur vient au monde. Faire rire un tel homme n'est pas un divertissement, c'est un acte.

La prouesse de Chemouel est notée par Rachi dans son détail : des coupes de verre pleines de vin, sans que le vin se répande -- ce qui explique le mot mizgei hamra.

10
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה: כְּשֶׁהָיִינוּ שְׂמֵחִים שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה, לֹא רָאִינוּ שֵׁינָה בְּעֵינֵינוּ. כֵּיצַד? שָׁעָה רִאשׁוֹנָה תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר, מִשָּׁם לִתְפִלָּה, מִשָּׁם לְקָרְבַּן מוּסָף, מִשָּׁם לִתְפִלַּת הַמּוּסָפִין, מִשָּׁם לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, מִשָּׁם לַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, מִשָּׁם לִתְפִלַּת הַמִּנְחָה, מִשָּׁם לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם, מִכָּאן וְאֵילָךְ לְשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה.

Il est enseigné : Rabbi Yehochoua ben Hanania a dit : lorsque nous nous réjouissions à la joie du Bet ha-Choéva, nous ne voyions pas le sommeil dans nos yeux. Comment cela ?

La première heure, le tamid du matin ; de là à la prière ; de là au sacrifice de moussaf ; de là à la prière des moussafin ; de là à la maison d'étude ; de là à manger et boire ; de là à la prière de minha ; de là au tamid du crépuscule ; et à partir de là, à la joie du Bet ha-Choéva.

📜 Rachi (1)
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה מִן הַלְוִיִּם הַמְשׁוֹעֲרִים הָיָה כִּדְאָמַר בַּעֲרָכִין (דַּף יא:) וּכְבָר הָלַךְ ר"י בֶּן גֻּודְגְּדָא לְסַייֵּעַ אֶת ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה בַּהֲגָפַת דְּלָתוֹת:
Rabbi Yehochoua ben Hanania : il était de ceux des Lévites qui étaient de service [aux portes], comme il est dit dans Arakhin (11b) : et Rabbi Yo'hanan ben Goudgueda alla déjà aider Rabbi Yehochoua ben Hanania à fermer les portes.
💡 Explication

La formule lo rainou chena be-eineinou -- nous n'avons pas vu le sommeil dans nos yeux -- est immédiatement justifiée par un emploi du temps, ce qui est la manière talmudique de rendre une hyperbole vérifiable : neuf stations qui s'enchaînent sans intervalle, du tamid du matin jusqu'au Bet ha-Choéva, lequel débouche à son tour sur le tamid du lendemain.

Le détail vaut d'être lu : il y a bien un moment pour manger et boire et un moment pour le bet ha-midrach ; la journée n'est pas une veille ascétique, c'est une journée pleine dont la nuit est la continuation.

Rachi identifie l'auteur : Rabbi Yehochoua ben Hanania était de la classe des Lévites affectés au service des portes, comme il ressort de Arakhin 11b -- il parle donc de l'intérieur, en témoin du Temple.

11
אֵינִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אִישַׁן שְׁלֹשָׁה יָמִים״ — מַלְקִין אוֹתוֹ וְיָשֵׁן לְאַלְתַּר! אֶלָּא הָכִי קָאָמַר: לֹא טָעַמְנוּ טַעַם שֵׁינָה, דַּהֲווֹ מְנַמְנְמִי אַכַּתְפָּא דַהֲדָדֵי.

Vraiment ? Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : « serment que je ne dormirai pas trois jours » -- on le flagellé, et il dort immédiatement !

Non : voici ce qu'il veut dire -- nous n'avons pas goûté le goût du sommeil, car ils sommeillaient sur l'épaule les uns des autres.

📜 Rachi (1)
מַלְקִין אוֹתוֹ שֶׁנִּשְׁבַּע לַשָּׁוְא וּמִשָּׁעָה שֶׁיָּצָאת שְׁבוּעָה מִפִּיו הֲרֵי הוּא כְּנִשְׁבַּע עַל הָעַמּוּד שֶׁל אֶבֶן שֶׁהוּא שֶׁל זָהָב שֶׁאַף זֶה נִשְׁבַּע עַל דָּבָר שֶׁאִי אֶפְשָׁר וּבִשְׁבוּעוֹת (דַּף כט.) תְּנַן דְּהַיְינוּ שְׁבוּעַת שָׁוְא וְחַייָּבִים עַל זְדוֹנָהּ מַכּוֹת וּכְגוֹן שֶׁהִתְרוּ בּוֹ:
On le flagellé : parce qu'il a juré en vain. Dès l'instant où le serment est sorti de sa bouche, il est comme celui qui jure au sujet d'une colonne de pierre qu'elle est d'or -- car lui aussi a juré sur une chose impossible. Et dans Chevouot (29a) nous avons appris que c'est cela le chevouat chav (serment vain), dont on est passible de coups pour la transgression volontaire, et cela lorsqu'on l'a averti.
💡 Explication

La guemara prend la baraita au mot et la confronte à une halakha : selon Rabbi Yo'hanan, jurer de ne pas dormir trois jours est un chevouat chav (serment vain), parce que la chose est humainement impossible. On flagellé le jureur sur-le-champ et il peut aller dormir. Si l'insomnie de trois jours est réputée impossible en droit, comment la baraita peut-elle en revendiquer une semaine ?

Rachi précise le mécanisme : la faute est commise dès l'instant où le serment sort de la bouche -- comme celui qui jure d'une colonne de pierre qu'elle est d'or. C'est le cas type de Chevouot 29a, passible de malkot pour la transgression volontaire, à condition qu'il y ait eu hatraa (avertissement préalable).

La réponse ne modifie pas la halakha, elle relit la baraita : lo taamnou taam chena -- nous n'avons pas goûté le goût du sommeil. Ils dormaient, mais d'un assoupissement pris sur l'épaule du voisin, jamais d'un vrai sommeil.

12
חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה מַעֲלוֹת. אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְהָהוּא מִדְּרַבָּנַן דַּהֲוָה קָמְסַדַּר אַגָּדָתָא קַמֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ: שְׁמִיעַ לָךְ, הָנֵי חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה מַעֲלוֹת, כְּנֶגֶד מִי אֲמָרָם דָּוִד? אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּשָׁעָה שֶׁכָּרָה דָּוִד שִׁיתִין, קְפָא תְּהוֹמָא וּבָעֵי לְמִשְׁטְפֵיהּ לְעָלְמָא. אָמַר דָּוִד חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה מַעֲלוֹת וְהוֹרִידָן. אִי הָכִי, חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה ״מַעֲלוֹת״ — ״יוֹרְדוֹת״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!

« Quinze degrés. » Rav Hisda dit à un certain sage qui ordonnait l'aggada devant lui : as-tu entendu, ces quinze chir ha-maalot, en correspondance de quoi David les a-t-il dits ? Il lui répondit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan -- à l'heure où David creusa les chitin, l'abîme monta et voulut submerger le monde ; David prononça les quinze maalot et les fit descendre. -- S'il en est ainsi, quinze « maalot » (montées) ?

Il aurait fallu dire « yordot » (descentes) !

📜 Rachi (2)
בְּשָׁעָה שֶׁכָּרָה דָּוִד שִׁיתִין וְלָא סְבִירָא לֵיהּ שֶׁמִּשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית נִבְרְאוּ וְאִי סְבִירָא לֵיהּ שֶׁמָּא נִתְמַלְּאוּ עָפָר אוֹ צְרוֹרוֹת וְצָרִיךְ לִכְרוֹתָן:
À l'heure où David creusa les chitin : il ne tient donc pas qu'ils furent créés dès les six jours de la Création ; ou bien, s'il le tient, peut-être s'étaient-ils remplis de terre ou de cailloux, et fallait-il les creuser [de nouveau].
קָפָא תְּהוֹמָא צָף הַתְּהוֹם לְמַעְלָה וְיָצָא וַיָּצֶף הַבַּרְזֶל מְתַרְגְּמִינַן וּקְפָא פַּרְזְלָא (מְלָכִים ב ו):
Kafa tehoma : l'abîme remonta à la surface. « Et le fer surnagea » (II Melakhim 6,6) se traduit [en araméen] « ve-kafa parzela ».
💡 Explication

Retour à la michna : les quinze marches qui descendent de la cour d'Israël à la Ezrat nachim correspondent aux quinze chir ha-maalot des Tehilim. Rav Hisda demande à un sage occupé à messader agadeta -- ordonner l'aggada devant lui -- à quoi ces quinze psaumes correspondent à l'origine.

La réponse au nom de Rabbi Yo'hanan : lorsque David creusa les chitin, les conduits sous l'autel où s'écoulaient les libations, le tehom (l'abîme) remonta et menaça de submerger le monde ; les quinze maalot le firent redescendre. Rachi note au passage la position implicite : ou bien R. Yo'hanan tient que les chitin n'existaient pas depuis les six jours de la Création, ou bien qu'ils s'étaient comblés et qu'il fallait les recreuser.

Rav Hisda lève alors une difficulté purement lexicale mais décisive : si leur fonction est de faire descendre, ils devraient s'appeler chir ha-yordot. Le mot lui-même dément l'explication -- ce qui obligera à rectifier la version dans le segment suivant.

🖼️ Schéma
David, les chitin et le tehom -- et la difficulté du mot maalot Coupe schématique : ce que David creuse, ce qui remonte, et ce que les quinze cantiques font redescendre. sol de la Azara -- le mizbeah autel chitin : les conduits creusés sous l'autel, où s'écoulent les libations tehom -- les eaux de l'abîme kafa tehoma -- il monte, et veut submerger le monde les 15 maalot le font descendre La difficulté de Rav Hisda Si les quinze cantiques servent à FAIRE DESCENDRE l'abîme, pourquoi les appeler chir ha-maalot -- cantiques des MONTÉES ? Yordot mibaei leh -- il aurait fallu dire cantiques des descentes. Ce que Rachi précise Kara David chitin : soit R. Yo'hanan tient qu'ils n'existaient pas depuis les six jours de la Création -- soit ils s'étaient comblés de terre et de cailloux, et il fallait recreuser. Kafa se traduit par surnager : ve-kafa parzela,
Coupe schématique des chitin sous l'autel, la montée du tehom, et la difficulté lexicale de Rav Hisda sur le mot maalot.
13
אֲמַר לֵיהּ: הוֹאִיל וְאַדְּכַרְתַּן (מִלְּתָא), הָכִי אִתְּמַר: בְּשָׁעָה שֶׁכָּרָה דָּוִד שִׁיתִין, קְפָא תְּהוֹמָא וּבְעָא לְמִשְׁטְפֵיהּ לְעָלְמָא. אָמַר דָּוִד: מִי אִיכָּא דְּיָדַע אִי שְׁרֵי לְמִכְתַּב שֵׁם

Il lui dit : puisque tu me l'as rappelé, voici ce qui a été dit : à l'heure où David creusa les chitin, l'abîme monta et voulut submerger le monde. David dit : y a-t-il quelqu'un qui sache s'il est permis d'écrire le Nom

📜 Rachi (2)
א"ל רַב חִסְדָּא לְדִידֵיהּ הוֹאִיל וְאַדְּכַרְתַּן הָכִי אִיתְּמַר:
Il lui dit : c'est Rav Hisda qui lui dit -- puisque tu me l'as rappelé, voici ce qui a été dit.
מִי אִיכָּא דְּיָדַע כו' דָּוִד לֹא הָיָה מוֹרֶה הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבּוֹ אֲחִיתֹופֶל וְהוּא הָיָה שָׁם:
Y a-t-il quelqu'un qui sache, etc. : David ne tranchait pas de halakha en présence de son maître Ahitofel, et celui-ci se trouvait là.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר דָּוִד: מִי אִיכָּא דְּיָדַע דְּשָׁרֵי לְמִיכְתַּב שֵׁם אַחַסְפָּא. מַקְשִׁים וַהֲלֹא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עֲבַד מַעֲשֶׂה כַּיּוֹצֵא בָּזֶה שֶׁהוֹצִיא אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף מִן הַמַּיִם עַל יְדֵי שֵׁם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָתָם אֶפְשָׁר שֶׁכָּתַב שֵׁם אֶחָד שֶׁאֵינוֹ מִשֵּׁמוֹת שֶׁאֵינָם נִמְחָקִים דְּלֵיכָּא בֵּיהּ אִיסּוּר מְחִיקָה. וּלְדִידִי חָזֵי לִי בְּהַשְׁעָרַת הַשֵּׂכֶל שֶׁכָּתַב שֵׁם מה"ש שֶׁהוּא א' מִשֵּׁמוֹת ע"ב כִּי רָאִיתִי בִּקְהִילַּת יַעֲקֹב זַ"ל שֶׁכָּתַב סְגֻולַּת שֵׁם זֶה לְהָצִיף אֶת הָאָדָם עַל הַמַּיִם שֶׁאִם יִזְכְּרֵהוּ תָּמִיד לֹא יִטְבַּע, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת ב, י) 'וַתִּקְרָא שְׁמוֹ מֹשֶׁה וַתֹּאמֶר כִּי מִן הַמַּיִם מִשֶּׁיַּתְהוּ' מה"ש בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון מֹשֶׁה עַייֵּן שָׁם. וְיִתָּכֵן כָּתַב מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֵׁם זֶה וּבְכוֹחוֹ צָף אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף, אַךְ כָּאן אִי אֶפְשָׁר לִכְתֹּוב שֵׁם זֶה כִּי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה רוֹצֶה לְהוֹרִיד הַמַּיִם וְלֹא לְהָצִיף וְצָרִיךְ לִכְתֹּוב שֵׁם מְפֹורָשׁ דְּאִית בֵּיהּ אִיסּוּר מְחִיקָה. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד אֲפִילּוּ אִם נֹאמַר מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה גַּם כֵּן כָּתַב שֵׁם הַמְפֹורָשׁ הָתָם לֹא שָׁהָה הַשֵּׁם בְּתוֹךְ הַמַּיִם כְּדֵי שֶׁיִּמָּחֵק אֶלָּא בְּרֶגַע אֶחָד עָלָה וְהֶעֱלָה עִמּוֹ אֲרוֹנוֹ שֶׁל יוֹסֵף וּנְטָלוֹ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְלֹא בָּא לִידֵי מְחִיקָה, אַךְ כָּאן צָרִיךְ שֶׁיִּשָּׁאֵר הַחַסְפָּא שֶׁכָּתוּב עָלָיו הַשֵּׁם בְּתוֹךְ הַמַּיִם לְעוֹלָם וּבְוַדַּאי לְפִי רֹוב הַשָּׁנִים יָבֹא לִידֵי מְחִיקָה מִמַּה נַפְשָׁךְ אִם יִהְיֶה עַל צַד הַמֻּונָּח עַל מֵי הַתְּהוֹם יִמָּחֵק בְּרֹוב הַיָּמִים בְּמֵי הַתְּהוֹם וְאִם יִהְיֶה כָּתוּב בַּצַּד הַשֵּׁנִי יִמָּחֵק בְּיַיִן שֶׁל נְסָכִים הַיּוֹרֵד עָלָיו מִן הַשִּׁיתִין בְּכָל יוֹם. וּלְפִי הָאוֹמְרִים שֶׁכָּתַב עַל עֵץ 'עֲלֵה שׁוֹר' נִרְאֶה לִי דְּכָתַב שֵׁם אב"ג ית"ץ [אֲנָא בְּכֹחַ גַּדֶּלֶת יְמִינְךָ תַּתִּיר צְרוּרָה] שֶׁמִּסְּפָרוֹ שׁוֹר [506] . וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה יִתָּכֵן כָּתַב הַשֵּׁם מְפֹורָשׁ בַּחֲקִיקָה וְלֹא בִּכְתִיבָה בִּדְיוֹ, אַךְ כָּאן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁעָלָה בְּיָדוֹ אוֹתוֹ חַסְפָּא שֶׁהָיָה מֻונָּח עַל פִּי הַתְּהוֹם עַל פִּי גְּזֵרָתוֹ יִתְבָּרֵךְ מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית בַּעֲבוּר שְׁמִירַת הָעוֹלָם שֶׁלֹּא יַעֲלֶה מִשָּׁם הַתְּהוֹם רָצָה לִכְתֹּוב שֵׁם הַמְפֹורָשׁ עַל אוֹתוֹ חַסְפָּא כְּדֵי שֶׁיֵּרֵד לִמְקוֹמוֹ הָרִאשׁוֹן לְמַטָּה כַּאֲשֶׁר הֻונַּח שָׁם בְּשֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית וְלָכֵן לֹא רָצָה לִכְתֹּוב הַשֵּׁם בַּחֲקִיקָה בְּאוֹתוֹ חַסְפָּא כִּי בַּחֲקִיקָה נֶחְסַר מִגּוּף הַחַסְפָּא וְנַעֲשָׂה בּוֹ שִׁינּוּי וְהוּא לֹא רָצָה לַעֲשׂוֹת בְּגוּף הַחַסְפָּא שׁוּם שִׁינּוּי אֶלָּא שֶׁיִּשָּׁאֵר כַּאֲשֶׁר נִבְרָא מִקֹּודֶם לְכָךְ רָצָה לִכְתֹּוב עָלָיו הַשֵּׁם בִּדְיוֹ וְצֹורֶךְ בְּתֵיבַת שֵׁם הַמְפֹורָשׁ הָיָה בַּעֲבוּר לְהוֹרִיד אֶת הַחַסְפָּא לִמְקוֹמוֹ הָרִאשׁוֹן שֶׁיִּהְיֶה מֻונָּח כַּאֲשֶׁר הֻונַּח שָׁם בְּשֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד דִּקְדּוּק דִּבְרֵי הַמַּאֲמָר שֶׁאָמַר 'מִי אִיכָּא דְּיָדַע דְּשָׁרֵי לְמִיכְתַּב שֵׁם אַחַסְפָּא וְנִשְׁדֵּיהּ בִּתְהוֹמָא' שֶׁיֵּשׁ כָּאן מִילּוֹת יְתֵירוֹת, וּבָזֶה נִיחָא שֶׁאָמַר צְרִיכִין אֲנַחְנוּ לִכְתֹּוב הַשֵּׁם עַל אוֹתוֹ חַסְפָּא דַּוְקָא שֶׁהָיָה מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית וְלָכֵן אִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת בּוֹ שִׁינּוּי כְּלָל לִכְתֹּוב הַשֵּׁם עַל יְדֵי חֲקִיקָה בְּגוּפוֹ וְגַם הוֹדִיעַ שֶׁכָּל צֹורֶךְ כְּתִיבַת הַשֵּׁם הִיא רַק כְּדֵי לְמִשְׁדְּייֵהּ לְחַסְפָּא בִּתְהוֹמָא שֶׁיִּהְיֶה בִּמְקוֹמוֹ הָרִאשׁוֹן שֶׁהֻונַּח שָׁם מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְרֵאשִׁית. וְהָא דְּקִלֵּל בַּחֲנִיקַת גָּרוֹן נִרְאֶה לְפִי שֶׁדָּבָר זֶה נַעֲשָׂה בְּשִׁיתִין שֶׁהֵם דֻּוגְמַת הַגָּרוֹן וּקְפָא תְּהוֹמָא וְעָלָה בָּהֶם וַהֲרֵי זֶה נַעֲשָׂה שָׁם כְּמוֹ חֲנִיקַת גָּרוֹן וְלָכֵן מִי שֶׁיּוֹדֵעַ תִּיקּוּן דָּבָר זֶה וְלֹא יֹאמַר יֵחָנֵק בִּגְרוֹנוֹ.
« David dit : y a-t-il quelqu'un qui sache s'il est permis d'écrire le Nom sur un tesson ? » On objecte : Moche notre maître, la paix soit sur lui, n'a-t-il pas accompli une chose semblable, lorsqu'il fit sortir des eaux le cercueil de Yossef au moyen d'un Nom ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là-bas il est possible qu'il ait écrit un Nom qui n'est pas de ceux qui ne s'effacent pas, de sorte qu'il n'y avait pas d'interdit d'effacement. Et il m'a paru, par conjecture de la raison, qu'il écrivit le Nom Mem-Hé-Chin, qui est l'un des Noms de soixante-douze ; car j'ai vu dans le Kehilat Yaakov, de mémoire bénie, qu'il écrit la vertu de ce Nom : faire flotter l'homme sur les eaux, en sorte que s'il le mentionne constamment il ne se noiera pas. Et c'est ce qui est dit (Chemot 2,10) « et elle l'appela Moche, car des eaux je l'ai tiré » -- Mem-Hé-Chin étant Moche par permutation des lettres ; qu'on s'y reporte. Il est donc vraisemblable que Moche notre maître écrivit ce Nom-là, et que par sa force le cercueil de Yossef flotta. Mais ici il est impossible d'écrire ce Nom, car le roi David, la paix soit sur lui, veut faire DESCENDRE les eaux et non les faire flotter -- il lui faut donc écrire le Nom explicite (chem ha-meforach), pour lequel il y a un interdit d'effacement. Ou bien encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, que même si l'on dit que Moche notre maître écrivit lui aussi le Nom explicite, là-bas le Nom ne demeura pas dans les eaux assez longtemps pour s'effacer : en un seul instant il monta et fit monter avec lui le cercueil de Yossef, et Moche notre maître le reprit, sans qu'on en vienne à l'effacement. Mais ici, il faut que le tesson sur lequel le Nom est écrit reste dans les eaux pour toujours -- et certainement, au fil des années nombreuses, on en viendra à l'effacement, de quelque côté qu'on le prenne : si [le Nom] est du côté posé sur les eaux de l'abîme, il s'effacera au long des jours dans les eaux de l'abîme ; et s'il est écrit de l'autre côté, il s'effacera par le vin des libations qui descend sur lui depuis les chitin chaque jour. Et selon ceux qui disent qu'il écrivit sur du bois « monte, taureau », il me semble qu'il écrivit le Nom Ana be-koah [aleph-beth-guimel, youd-tav-tsadi], dont le compte est celui de « chor », taureau [506]. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Moche notre maître, la paix soit sur lui, a peut-être écrit le Nom explicite par gravure et non par écriture à l'encre ; mais ici, le roi David, la paix soit sur lui, à qui était parvenu ce tesson posé sur la bouche de l'abîme -- posé là par décret du Béni soit-Il depuis les six jours de la Création, pour la sauvegarde du monde, afin que l'abîme n'en monte pas -- voulait écrire le Nom explicite sur ce tesson afin qu'il redescende à sa place première, en bas, comme il y avait été posé lors des six jours de la Création. C'est pourquoi il ne voulut pas écrire le Nom par gravure sur ce tesson : car par la gravure on retranche du corps même du tesson et on y produit un changement -- et il ne voulait produire aucun changement dans le corps du tesson, mais qu'il demeure tel qu'il avait été créé auparavant ; c'est pourquoi il voulut y écrire le Nom à l'encre. Et le besoin du Nom explicite tenait à ceci qu'il fallait faire redescendre le tesson à sa place première, pour qu'il soit posé comme il avait été posé lors des six jours de la Création. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, le détail des termes de l'énoncé, qui dit « y a-t-il quelqu'un qui sache s'il est permis d'écrire le Nom sur un tesson et de le jeter dans l'abîme » -- où il y a des mots apparemment superflus. Et selon ce qui précède, cela s'éclaire : il dit que nous devons écrire le Nom sur ce tesson-là précisément, celui qui est là depuis les six jours de la Création, et c'est pourquoi il est impossible d'y produire le moindre changement en écrivant le Nom par gravure dans son corps ; et il fait savoir aussi que tout le besoin de l'écriture du Nom n'est que pour jeter le tesson dans l'abîme, afin qu'il soit à sa place première, où il avait été posé depuis les six jours de la Création. Et quant à la malédiction par l'étranglement de la gorge, il apparaît que c'est parce que cette affaire se passait dans les chitin, qui sont à l'image de la gorge, et que l'abîme y monta et s'y éleva -- ce qui s'y produisit fut donc comme un étranglement de la gorge ; c'est pourquoi celui qui connaît la réparation de cette affaire et ne la dit pas, qu'il soit étranglé dans sa gorge.
💡 Explication

Rav Hisda ne rejette pas l'enseignement, il en rétablit la version exacte : houil ve-adkartan, hakhi itmar -- puisque tu me l'as rappelé, voici ce qui a été dit. Le récit reprend au même point, mais va bifurquer : la difficulté du mot maalot se résoudra en 53b, où l'on verra que les quinze cantiques ont d'abord fait monter l'abîme -- qui s'était retiré trop bas -- avant qu'il ne faille l'arrêter.

Le folio s'interrompt sur la question de David : est-il permis d'écrire le Nom [sur un tesson, et de le jeter dans l'abîme] ? La difficulté est double -- il y a l'interdit d'effacer le Nom, puisque le tesson restera dans l'eau ; et il y a la retenue de David lui-même, dont Rachi dit qu'il ne tranchait pas de halakha en présence de son maître Ahitofel, présent sur les lieux.

Le Ben Yehoyada consacre à cette question un très long développement, où il compare le cas au Nom qu'employa Moche pour faire remonter le cercueil de Yossef -- et montre pourquoi la solution de Moche ne pouvait pas servir ici.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).