Sukkah 53b — Le Nom effacé pour sauver le monde, puis l'arithmétique des tekiot au Mikdach

Sukkah 53b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du récit des chitin : l'abîme est monté sous l'autel, David demande s'il est permis d'écrire le Nom divin sur un tesson pour le jeter dans les eaux et les faire redescendre. Personne ne répond, David lance une malédiction, et Ahitofel tranche par un kal va-homer tiré de la sota : si la Tora accepte l'effacement du Nom pour la paix d'un seul couple, à plus forte raison pour la paix du monde entier.

Suit une mesure du monde — l'abîme descend de seize mille coudées, David le remonte de quinze mille par les quinze Chir hamaalot, et Oulla en déduit que l'épaisseur de la terre est de mille coudées. La Guemara revient ensuite à la michna du Beit haChoeva : la dixième marche (teikou), le crime des anciens qui tournaient le dos au Heikhal, et la formule « nous, à Ya-h » qu'il a fallu reformuler pour ne pas paraître invoquer deux puissances.

La seconde moitié est une michna nouvelle, toute arithmétique : jamais moins de vingt et une tekiot au Mikdach, jamais plus de quarante-huit — et la Guemara montre que ce compte suppose une mahloket cachée avec Rabbi Yehouda sur ce qu'est une sonnerie.

Le fil du folio : d'un tesson jeté dans l'abîme à un compte de sonneries Deux moitiés sans rapport apparent : une aggada de mesure du monde, puis une michna d'arithmétique liturgique Segment 0 -- la question restée sans réponse, puis le kal va-homer d'Ahitofel Écrire le Nom sur un tesson pour arrêter l'abîme ? Personne ne répond. David maudit. Ahitofel déduit de la sota : la paix du monde vaut bien celle d'un couple. Segment 1 -- la mesure : 16 000 en bas, 15 000 en haut, 1 000 de terre Trop bas nuit à la fertilité. Oulla en tire l'épaisseur de la croûte terrestre ; Rav Mecharchia explique les puits peu profonds de Bavel par les échelles de l'Euphrate. Segments 2 à 5 -- retour à la michna du Beit haChoeva Où se tenaient les kohanim sur les quinze marches (teikou) ; ce que cachait « leurs dos vers le Heikhal » ; pourquoi la formule « à Ya-h » a dû être reformulée. Segments 6 à 8 -- michna nouvelle : pas moins de 21, pas plus de 48 21 chaque jour (3 + 9 + 9), +9 les jours de moussaf, +6 la veille de Chabbat. Le maximum de 48 est atteint une seule fois par an : veille de Chabbat pendant Souccot. Segment 9 -- la michna n'est pas selon Rabbi Yehouda : 7 et 16 au lieu de 21 et 48 Même rituel, comptage différent : pour R. Yehouda le triplet tekia-teroua-tekia est UNE sonnerie ; pour les Sages, chaque souffle compte pour un. Segment 10 -- la preuve de R. Yehouda : la Tora appelle « sonner » la teroua elle-même « Outkatem teroua » puis « teroua yitkeou » : le verbe de la tekia sert pour la teroua. Les Sages y lisent plutôt l'obligation d'encadrer la teroua de deux tekiot. Segment 11 -- la preuve des Sages : le rassemblement se fait par une tekia SANS teroua Si le triplet était indivisible, la Tora commanderait une demi-mitsva. R. Yehouda répond : cette tekia-là n'est pas une mitsva, c'est un simple signal de convocation. Segment 12 -- conséquence pratique : Rav Kahana et l'absence de pause Un signal peut être érigé en mitsva. Et si le triplet est une unité, rien ne le coupe : entre tekia et teroua, pas le moindre intervalle. La Guemara objecte que c'est évident. Ce qui relie les deux moitiés : dans les deux cas, une pratique du Mikdach oblige à fixer une unité de compte -- une coudée de profondeur, une sonnerie.
Le fil du folio, de la fin de l'aggada des chitin à la michna des sonneries.
La mesure du monde : où se tient l'abîme Trois positions successives de la nappe du tehom, en coudées sous la surface Surface du sol -- l'autel et ses chitin épaisseur de terre : 1 000 coudées (conclusion de Oulla) position finale du tehom : 1 000 coudées de profondeur après le tesson : 16 000 coudées -- trop bas, le monde se dessèche 1. descente : 16 000 2. remontée : 15 000 L'outil de la descente Le Nom écrit sur un tesson (hispa), qui coule au lieu de flotter et vient boucher l'orifice. L'outil de la remontée Les quinze Chir hamaalot : quinze psaumes, mille coudées chacun. L'objection et sa réponse Objection : on creuse quelques mètres à Bavel et l'eau sort -- donc pas 1 000 coudées. Rav Mecharchia : cette eau-là n'est pas le tehom, ce sont les échelles de l'Euphrate -- des galeries souterraines où l'eau du fleuve, né d'une source très haute, remonte.
Les trois positions du tehom et la mesure de l'épaisseur de la terre.
Même rituel, deux comptes : la mahloket cachée sous les chiffres de la michna Personne ne conteste ce que font les kohanim -- on conteste ce qui mérite d'être appelé une sonnerie Les Sages (notre michna) Rabbi Yehouda (braita) Unité de compte Chaque souffle compte pour un : la tekia à part, la teroua à part. Un triplet vaut donc trois. Unité de compte Le triplet tekia-teroua-tekia est UNE sonnerie : une seule mitsva, donc un seul compte. Minimum : 21 3 (ouverture des portes) + 9 (tamid du matin) + 9 (tamid de l'après-midi) = 21 soit 7 triplets comptés chacun pour trois. Minimum : 7 1 + 3 + 3 = 7 Les mêmes 7 triplets, comptés chacun pour un. 21 divisé par 3 = 7 : le rituel est identique. Maximum : 48 Veille de Chabbat pendant Souccot : 3+3+3+3+3 + 9+9+9 + 3+3 = 48 soit 16 triplets. Maximum : 16 Les mêmes 16 triplets, comptés chacun pour un. 48 divisé par 3 = 16. Le rapport constant de 3 trahit l'objet du désaccord. Preuve « Pour rassembler l'assemblée vous sonnerez une tekia et ne sonnerez pas de teroua » : une tekia seule est donc une entité complète -- sinon la Tora ordonnerait une demi-mitsva. Preuve « Outkatem teroua » puis « teroua yitkeou » : la Tora emploie le verbe de la tekia pour décrire la teroua -- signe qu'elles ne font qu'un. La tekia du rassemblement est un signal, pas une mitsva. Nafka mina rapportée par la Guemara Rav Kahana : « entre la tekia et la teroua, il n'y a rien du tout » -- pas de pause, sinon le temps de reprendre son souffle (Rachi). Ce n'est cohérent que si le triplet est une unité indivisible : c'est donc Rabbi Yehouda. La Guemara objecte aussitôt que cela va de soi.
Carte de la mahloket : 21/48 chez les Sages, 7/16 chez Rabbi Yehouda -- toujours un rapport de trois.
1
אַחַסְפָּא, וְנִשְׁדְּיֵהּ בִּתְהוֹמָא וּמַנַּח! לֵיכָּא דְּקָאָמַר לֵיהּ מִידֵּי. אָמַר דָּוִד: כָּל דְּיָדַע לְמֵימַר וְאֵינוֹ אוֹמֵר, יֵחָנֵק בִּגְרוֹנוֹ. נָשָׂא אֲחִיתֹופֶל קַל וָחֹומֶר בְּעַצְמוֹ: וּמַה לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם בֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ, אָמְרָה תּוֹרָה: שְׁמִי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדֻושָּׁה יִמָּחֶה עַל הַמַּיִם, לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם לְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. אֲמַר לֵיהּ: שָׁרִי.

[Est-il permis d'écrire le Nom] sur un tesson d'argile, de le jeter dans l'abîme, et [alors les eaux] se calmeraient ? Il n'y eut personne pour lui dire quoi que ce soit.

David dit : quiconque sait dire [une chose] et ne la dit pas, qu'il soit étranglé dans sa gorge. Ahitofel éleva alors en lui-même un kal va-homer : et si, pour faire la paix entre un homme et sa femme, la Tora a dit que Mon Nom, écrit en sainteté, soit effacé sur les eaux — pour faire la paix dans le monde entier, à plus forte raison !

Il lui dit : c'est permis.

📜 Rachi (3)
אַחַסְפָּא מִפְּנֵי שֶׁהַחֶרֶס צוֹלֵל וְיוֹרֵד וְאֵינוֹ צָף כְּדֵי שֶׁיֵּרֵד וְיָנוּחַ עַל הַנֶּקֶב וּבְאַגָּדַת דְּסֵפֶר שְׁמוּאֵל מְפֹורָשׁ שֶׁמְּצָאוֹ דָּוִד עַל פְּנֵי נֶקֶב הַתְּהוֹם וְכָתוּב בּוֹ שֶׁהָיָה שָׁם מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְרֵאשִׁית:
« Sur un tesson » — parce que le tesson coule et descend, il ne flotte pas ; ainsi il descendra et se posera sur l'orifice. Et dans l'aggada du livre de Chemouel il est expliqué que David trouva [ce tesson] sur l'orifice de l'abîme, et qu'il y était écrit qu'il se trouvait là depuis les six jours de la Création.
לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם בֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ לִבְדֹּוק אֶת הַסּוֹטָה וְאִם טְהוֹרָה הִיא יְהֵא שָׁלוֹם בֵּינֵיהֶם:
« Pour faire la paix entre un homme et sa femme » — pour éprouver la sota : si elle est pure, la paix régnera entre eux.
שֶׁמִּי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדֻושָּׁה שֶׁכָּתַב בַּמְּגִילָּה יִתֵּן ה' אוֹתְךָ וְגוֹ' כְּדִכְתִיב וְכָתַב אֶת הָאָלֹות הָאֵלֶּה וְגוֹ' (בַּמִּדְבָּר ה׳:כ״א):
« Mon Nom, qui est écrit en sainteté » — car il écrivait dans le rouleau « que Hachem te donne... » etc., comme il est écrit : « et [le kohen] écrira ces imprécations... » (Bamidbar 5:21-23).
🪔 Ben Yehoyada (2)
נשא אחיתפל קל־וחמר בעצמו. יש לדקדק תיבת 'בעצמו' לשון יתר? ונראה לי הכונה לא לשם שמים אמר קל וחומר זה אלא חשש בשביל עצמו שלא תתקיים בו קללת דוד המלך ע"ה. או יובן בס"ד דיש להבין למה הוצרך להתיר מכח קל וחומר, לימא ליה אין כאן איסורא מעיקרא משום דהוי גורם מחיקה? על כן נראה לי דאחיתופל חשש לעצמו מקללת דוד המלך ע"ה אפילו אם ישיב תשובה של היתר משום דזה הכלל ידוע (מכות יא.) דקללת חכם אפילו על תנאי עושה רושם, אך אמר ודאי דוד המלך ע"ה יתפלל עליו שלא יהיה נזוק מדבריו אלו כדי שלא יהיה הוא גרמא לו בזה הקללה וגמירי (שבת קמט:) כל שחבירו נענש על ידו אין מכניסין אותו במחיצתו של הקב"ה, ולכן ודאי יתפלל עליו שלא ינזק, על כן אמר אם אשיב גרמא מותר גם הוא לא יתפלל עלי משום דזה גרמא הוא שגרם לו נזק בקללתו, ולכך הביא אחיתופל היתר מכח קל וחומר דאפילו דאין בזה פיטור מכח גרמא הרי זו מותר משום דאיכא קל וחומר. ברם הדבר יפלא כיון דהתהום עלה איך לא שטף העולם בזמן דביני וביני עד שהורה אחיתופל ועד שכתבו שם אחספא, כי מי התהום ודאי עלו עד שטח קרקע המזבח והם אשר העלו עמהם אותו חספא שנברא שם מששת ימי בראשית ואחר כך כתבו עליו השם? ונראה לי בס"ד כי כאשר ראה שעלו המים והגיעו לפתח הנקב שבמזבח תכף אמר שם המפורש בפיו ובכוחו הוריד את המים למטה למקומן הראשון, אך ידע כי אין זה דבר המתקיים יען כי ראה שהקב"ה לא מנע עליית התהום במאמרו בדבור בלבד אלא מנעו באותו חרס שהיה שם לכך אמר שמע מינה דרצונו יתברך בכך ומה שירד עתה התהום הוא רק לפי שעה ולכך רצה שיחזיר החספא למקומו על ידי כתיבת שם המפורש שיכתוב עליו ובזה ירד אותו חספא למטה למקומו הראשון כאשר היה מונח מששת ימי בראשית.
« Ahitofel éleva un kal va-homer en lui-même. » Il y a lieu de s'interroger : le mot « en lui-même » (be-atsmo) n'est-il pas superflu ? Il me semble que l'intention est celle-ci : ce n'est pas pour l'amour du Ciel qu'il énonça ce kal va-homer, mais par souci de lui-même, pour que ne s'accomplisse pas sur lui la malédiction de David, notre roi, la paix soit sur lui. On peut aussi le comprendre ainsi, avec l'aide du Ciel : il faut d'abord comprendre pourquoi il a fallu permettre par la force d'un kal va-homer — qu'il lui dise plutôt qu'il n'y a là aucun interdit dès le départ, puisque ce n'est qu'une cause indirecte d'effacement (gorem méhika) ! C'est pourquoi il me semble qu'Ahitofel craignait pour lui-même la malédiction de David, même s'il donnait une réponse permissive, car cette règle est connue (Makot 11a) : la malédiction d'un sage, même conditionnelle, laisse une trace. Mais il se disait : certainement David priera pour lui afin qu'il ne subisse aucun dommage de ces paroles, pour ne pas être lui-même la cause (garma) de ce mal par sa malédiction ; car il est reçu (Chabbat 149b) que quiconque est cause de la punition de son prochain n'est pas introduit dans l'enceinte du Saint béni soit-Il — donc il priera certainement pour lui. Aussi s'est-il dit : si je réponds que la cause indirecte est permise, lui non plus ne priera pas pour moi, car ce n'est [alors] qu'une cause indirecte qu'il aura produite en me nuisant par sa malédiction. C'est pourquoi Ahitofel a apporté la permission par la force d'un kal va-homer : même s'il n'y a pas ici d'exemption au titre de garma, la chose reste permise puisqu'il y a un kal va-homer. Mais la chose étonne : puisque l'abîme était monté, comment le monde n'a-t-il pas été submergé dans l'intervalle, le temps qu'Ahitofel tranche et qu'on écrive le Nom sur le tesson ? Car les eaux de l'abîme étaient certainement montées jusqu'à la surface du sol de l'autel, et ce sont elles qui ont fait remonter avec elles ce tesson créé la depuis les six jours de la Création, après quoi on y écrivit le Nom. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que lorsqu'il vit les eaux monter et atteindre l'ouverture de l'orifice de l'autel, il prononça aussitôt de sa bouche le Nom explicite et, par sa force, fit redescendre les eaux à leur place première. Mais il savait que cela ne durerait pas, car il voyait que le Saint béni soit-Il n'avait pas empêché la montée de l'abîme par une simple parole, mais l'avait empêchée par ce tesson qui se trouvait là. Il en conclut que telle était Sa volonté, bénie soit-elle, et que la descente présente de l'abîme n'était que provisoire. C'est pourquoi il voulut faire revenir le tesson à sa place par l'écriture du Nom explicite sur lui : ainsi ce tesson redescendrait à sa place première, telle qu'il y reposait depuis les six jours de la Création.
לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם בֵּין כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם, עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה?! יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דָּבָר זֶה הוּא עִנְיַן פִּקּוּחַ נְפָשׁוֹת שֶׁל כָּל הָעוֹלָם וְלֹא שַׁיָּיךְ לָשׁוֹן זֶה שֶׁל 'לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם' כָּאן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי פִּקּוּחַ נְפָשׁוֹת לֹא יֵשׁ בָּזֶה כִּי אֶפְשָׁר לִכְתֹּוב שֵׁם הַמְפֹורָשׁ עַל אוֹתוֹ חַסְפָּא וְיִהְיֶה צַד שֶׁכָּתוּב בּוֹ הַשֵּׁם לְמַעְלָה וְצַד שֶׁאֵין כָּתוּב בּוֹ עַל פִּי הַמַּיִם שֶׁל הַתְּהוֹם אֲשֶׁר לְמַטָּה וְרַק הַחִסָּרוֹן שֶׁיֵּצֵא מִזֶּה הוּא שֶׁלֹּא יִהְיוּ עוֹשִׂין נְסָכִין בְּכָל יוֹם כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵרֵד הַיַּיִן וְיִמְחֹוק הַשֵּׁם וּמִמֵּילָא תִּתְבַּטֵּל מִצְוַת הַנְּסָכִין כִּי לַחְפֹּור שִׁיתִין בְּמָקוֹם אַחֵר אִי אֶפְשָׁר כִּי הַכֹּל הָיָה נִמְסָר לָהֶם עַל פִּי רוּחַ הַקֹּודֶשׁ וְאִי אֶפְשָׁר לְשַׁנּוֹת הַמָּקוֹם אֲפִילּוּ טֶפַח אֶחָד וְאִם כֵּן הַנְּסָכִין שֶׁהֵם כְּמוֹ קָרְבָּנוֹת שֶׁעוֹשִׂים שָׁלוֹם בֵּין כָּל הָעוֹלָם לַאֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם הָיוּ בְּטֵלִין לְכָךְ אָמַר קַל וָחֹומֶר לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם וְכוּ'.
« Pour faire la paix entre le monde entier et leur Père céleste, à plus forte raison ! » On peut objecter : il s'agit ici du sauvetage des vies (pikouah nefachot) du monde entier, et l'expression « faire la paix » ne convient pas ici ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il n'y a pas ici de pikouah nefachot, car il est possible d'écrire le Nom explicite sur ce tesson de telle sorte que la face portant le Nom soit tournée vers le haut, et la face non écrite vers les eaux de l'abîme, en bas. Le seul manque qui en résulterait est qu'on ne pourrait plus faire les libations (nessakhim) chaque jour, de peur que le vin ne descende et n'efface le Nom ; et de là, la mitsva des nessakhim serait annulée — car creuser les chitin en un autre endroit est impossible, tout leur ayant été transmis par l'esprit saint (roua'h hakodech), et l'on ne peut déplacer l'endroit fût-ce d'un tefah. Or les nessakhim, qui sont comme des sacrifices, font la paix entre le monde entier et leur Père céleste ; c'est pourquoi il a dit : kal va-homer, pour faire la paix, etc.
💡 Explication

Le folio reprend au milieu du récit commencé en 53a : David creuse les chitin (les canaux sous l'autel qui reçoivent les libations), l'abîme (tehom) est monté et menace de submerger le monde. La question posée à l'académie est technique et redoutable : peut-on écrire le Nom divin sur un tesson sachant qu'il sera plongé dans l'eau, donc voué à l'effacement — un interdit explicite de la Tora ?

Personne ne répond. La malédiction de David ne vise pas l'ignorance mais le silence de celui qui sait : « qu'il soit étranglé dans sa gorge » — la gorge, c'est-à-dire l'organe même de la parole retenue. C'est cette pression qui fait parler Ahitofel.

Sa réponse est un kal va-homer (raisonnement à fortiori) tiré de la sota : la Tora prescrit d'écrire les imprécations contenant le Nom puis de les effacer dans l'eau que la femme boira, et cela dans le seul but de rétablir la paix d'un foyer. Si ce prix est acceptable pour un couple, il l'est à plus forte raison pour le monde entier. Le mouvement est classique — du cas léger déjà tranché vers le cas lourd en suspens.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer d'Ahitofel Du cas le plus léger -- un seul couple -- au cas le plus lourd -- le monde entier Le kal -- cas léger, déjà tranché Enjeu : la paix entre un homme et sa femme soupçonnée (sota). Prix accepté par la Tora : le Nom écrit en sainteté est effacé dans l'eau. Verdict : permis (Bamidbar 5) Le homer -- cas lourd, en question Enjeu : la paix du monde entier -- l'abîme monte et menace de tout submerger. Prix demandé : le même -- le Nom écrit sur un tesson, jeté dans les eaux. Verdict déduit : à plus forte raison à fortiori Ce qui déclenche la réponse : une malédiction « Quiconque sait dire une chose et ne la dit pas, qu'il soit étranglé dans sa gorge. » Le silence des sages n'est pas neutre : quand une réponse existe et que la vie du monde en dépend, se taire devient une faute. La lecture du Ben Ich Haï Pourquoi « en lui-même » (be-atsmo) ? Parce qu'Ahitofel raisonne d'abord pour son propre compte : il craint la malédiction, et une réponse trop faible -- « ce n'est qu'une cause indirecte » -- ne l'en aurait pas protégé.
Structure du kal va-homer : de la paix d'un couple à la paix du monde.
2
כָּתֵב שֵׁם אַחַסְפָּא וְשָׁדֵי לִתְהוֹמָא, וּנְחֵית תְּהוֹמָא שִׁיתְּסַר אַלְפֵי גַּרְמִידֵי. כִּי חָזֵי דְּנָחֵית טוּבָא, אָמַר: כַּמָּה דְּמִידְּלֵי — טְפֵי מִירְטָב עָלְמָא. אֲמַר חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה מַעֲלוֹת, וְאַסְּקֵיהּ חֲמֵיסַר אַלְפֵי גַּרְמִידֵי, וְאוֹקְמֵיהּ בְּאַלְפָא גַּרְמִידֵי. אָמַר עֻולָּא: שְׁמַע מִינַּהּ סֻומְכָא דְאַרְעָא אַלְפָּא גַּרְמִידֵי. וְהָא חָזֵינַן דְּכָרֵינַן פֻּורְתָּא וְנָפְקִי מַיָּא! אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא: הַהוּא מִסֻּולָּמָא דִּפְרָת.

Il écrivit le Nom sur un tesson et le jeta dans l'abîme, et l'abîme descendit de seize mille coudées. Voyant qu'il était descendu excessivement, il dit : plus [les eaux] sont hautes, plus le monde est irrigué.

Il prononça les quinze [psaumes du] Chir hamaalot et les fit remonter de quinze mille coudées, et il les établit à mille coudées. Oulla dit : apprends de là que l'épaisseur de la terre est de mille coudées.

Mais nous voyons bien que l'on creuse un peu et que l'eau sort ! Rav Mecharchia dit : celle-là vient des échelles de l'Euphrate.

📜 Rachi (4)
כַּמָּה דְּמִידְּלֵי טְפֵי מִירְטַב עָלְמָא כַּמָּה שֶׁהַתְּהוֹם גָּבוֹהַּ וְסָמוּךְ לָאָרֶץ מִתְלַחְלֵחַ הָעוֹלָם וְהָאָרֶץ מַצְמַחַת פֵּירוֹתֶיהָ:
« Plus elles sont hautes, plus le monde est irrigué » — plus l'abîme est haut et proche du sol, plus le monde s'humidifie et plus la terre fait pousser ses fruits.
אָמַר ט"ו מִזְמוֹרִים שֶׁל שִׁיר הַמַּעֲלוֹת:
« Il prononça » — les quinze psaumes du Chir hamaalot.
סֻומְכָּא דְּאַרְעָא עֹובִי הָאָרֶץ עַד הַתְּהוֹם:
« L'épaisseur de la terre » — l'épaisseur de la terre jusqu'à l'abîme.
סֻולָּמֵי דִּפְרָת מַעֲלוֹת הָעֲשׂוּיוֹת כִּמְחִילּוֹת שֶׁבָּהֶן מֵי פְּרָת עוֹלִין תַּחַת הַקַּרְקַע לְפִי שֶׁפְּרָת גָּבוֹהַּ מוֹצְאוֹ מְאֹד כִּדְאָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת (דַּף נה.) כָּל הַנְּהָרוֹת לְמַטָּה מִפְּרָת וּמַיִם הַיּוֹצְאִים מֵהַר גָּבוֹהַּ אִם דֶּרֶךְ מְתֻוקָּן לָהֶם עוֹלִין עַל הָר כַּיּוֹצֵא בוֹ וְלֹא יוֹתֵר לְפִיכָךְ אַף הַחוֹפְרִים בֶּהָרִים שֶׁבְּבָבֶל הַסְּמוּכָה לִפְרָת מוֹצִיאִין מַיִם:
« Les échelles de l'Euphrate » — des degrés aménagés comme des galeries, par lesquels les eaux de l'Euphrate montent sous le sol ; car l'Euphrate a sa source très haut, comme nous le disons dans Bekhorot (55a) : tous les fleuves sont plus bas que l'Euphrate. Or une eau qui sort d'une montagne élevée, si on lui aménage un passage, monte jusqu'à une montagne semblable, mais pas plus haut. C'est pourquoi ceux qui creusent dans les montagnes de Bavel, proche de l'Euphrate, font sortir de l'eau.
💡 Explication

Le récit devient une mesure du monde. Le tesson fait son office et l'abîme chute de seize mille coudées — mais trop bas est aussi un problème : Rachi explique que la proximité de la nappe rend le sol humide et fertile. David corrige donc à la hausse en récitant les quinze Chir hamaalot (Tehilim 120-134), un psaume par millier de coudées, et fixe la nappe à mille coudées.

Oulla transforme le récit en donnée : si la nappe est à mille coudées sous la surface, l'épaisseur de la croûte terrestre (soumkha de-ara) est de mille coudées. L'objection est empirique et immédiate : à Bavel, on creuse quelques mètres et l'eau apparaît.

La réponse de Rav Mecharchia sauve la donnée en distinguant deux eaux : celle des puits babyloniens n'est pas le tehom mais l'eau de l'Euphrate, qui circule dans des galeries souterraines (les « échelles ») depuis une source située très haut. Rachi ajoute le principe hydraulique : une eau née sur une hauteur remonte, par un conduit, jusqu'à une hauteur équivalente — jamais au-delà.

3
וְעָמְדוּ כֹּהֲנִים בְּשַׁעַר הָעֶלְיוֹן שֶׁיּוֹרֵד כּוּ׳. בָּעֵי רַבִּי יִרְמְיָה: לְמַעְלָה עֲשִׂירִית — דְּנָחֵית חַמְשָׁה וְקָאֵי אַעַשְׂרָה, אוֹ דִּלְמָא דְּנָחֵית עַשְׂרָה וְקָאֵי אַחַמְשָׁה? תֵּיקוּ.

« Et des kohanim se tenaient à la porte supérieure qui descend [de la cour d'Israël à la cour des femmes] », etc. Rabbi Yirmeya demanda : « [arrivés] à la dixième marche » — [cela veut-il dire] qu'il descendait cinq [marches] et se tenait avec dix [encore au-dessous], ou peut-être qu'il descendait dix et se tenait avec cinq [encore au-dessous] ?

La question reste sans réponse (teikou).

📜 Rachi (1)
וְקָאֵי אַחֲמִשָּׁה עָמְדוּ עַל חֲמִשָּׁה שֶׁעֲדַיִין יֵשׁ ה' מַעֲלוֹת לֵירֵד עַד עֶזְרַת הַנָּשִׁים:
« Et se tenait avec cinq » — ils se tenaient sur cinq, c'est-à-dire qu'il restait encore cinq marches à descendre jusqu'à la cour des femmes.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna du Beit haChoéva : quinze marches descendent de la cour d'Israël à la cour des femmes, et les kohanim sonnaient de la trompette en atteignant « la dixième marche ». Rabbi Yirmeya pose la seule question qui vaille : on compte à partir d'où ?

Rachi fixe le vocabulaire du dilemme : l'expression kai à-hamécha signifie « il s'est tenu avec cinq [marches] encore à descendre ». Les deux lectures placent donc le kohen respectivement au dixième degré depuis le bas, ou au dixième depuis le haut.

La conclusion est teikou — la question reste ouverte. C'est une situation fréquente pour les détails de topographie du Mikdach : plus aucune pratique ne permet de trancher, et aucun texte ne le fait.

🖼️ Schéma
Les quinze marches : où se tenaient les kohanim aux trompettes ? Rabbi Yirmeya : la dixième marche -- comptée depuis le haut ou depuis le bas ? Teikou. Lecture 1 : il descend 5 marches il en reste 10 sous lui Lecture 2 : il descend 10 marches il en reste 5 sous lui Cour d'Israël Cour d'Israël position 10e depuis le bas position 10e depuis le haut Cour des femmes Cour des femmes Aucune source ne tranche : la question reste ouverte (teikou). Rachi fixe le vocabulaire : « kai à-hamécha » = il reste cinq marches à descendre.
Les deux lectures possibles de « la dixième marche », sur les quinze degrés.
4
תָּנוּ רַבָּנַן, מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּפְנֵיהֶם קֵדְמָה״, אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁ״אֲחֹורֵיהֶם אֶל הֵיכַל ה׳״?

Nos maîtres ont enseigné : du fait même qu'il est dit « et leurs visages vers l'orient », ne sais-je pas déjà que « leurs dos [étaient] vers le Sanctuaire de Hachem » ?

📜 Rachi (1)
מִמַּשְׁמָע שְׁנָא' וּפְנֵיהֶם קֵדְמָה אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁאֲחֹורֵיהֶם אֶל הֵיכַל ה' שֶׁהָיוּ עוֹמְדִים פֶּתַח הַהֵיכָל כְּדִכְתִיב בְּרֵישֵׁיהּ דִּקְרָא וְהִנֵּה פֶתַח הֵיכַל ה' כְּעֶשְׂרִים וַחֲמִשָּׁה אִישׁ וְלָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיכְתַּב אֶלָּא וּפְנֵיהֶם קָדְמָה וּמִמֵּילָא יָדַעְנָא דַּאֲחוֹרֵיהֶם אֶל הֵיכַל ה' שֶׁהֵיכָל הוּא בַּמַּעֲרָב וּפְתָחוֹ בְּכֹותֶל מִזְרָחִי:
« Du fait même qu'il est dit : et leurs visages vers l'orient, ne sais-je pas que leurs dos étaient vers le Sanctuaire de Hachem ? » — car ils se tenaient à l'entrée du Heikhal, comme il est écrit au début du verset : « et voici, à l'entrée du Sanctuaire de Hachem, environ vingt-cinq hommes ». Il n'aurait donc fallu écrire que « et leurs visages vers l'orient », et je saurais de moi-même que leurs dos étaient vers le Sanctuaire de Hachem, puisque le Heikhal est à l'ouest et que son entrée est dans le mur oriental.
💡 Explication

La michna faisait dire aux gens du Second Temple : « nos pères, en ce lieu, avaient le dos tourné au Sanctuaire de Hachem et le visage vers l'orient, et ils se prosternaient devant le soleil » (Ye'hezkel 8:16). La braita examine le verset avec l'outil habituel : y a-t-il une redondance ?

Oui, apparemment. Rachi rappelle la topographie : le Heikhal est à l'ouest et son entrée perce le mur oriental ; ceux qui se tenaient à cette entrée, tournés vers l'est, avaient nécessairement le dos au Heikhal. Dire « leurs visages vers l'orient » suffisait donc. Le membre de phrase supplémentaire doit porter autre chose — ce sera l'objet du segment suivant.

5
אֶלָּא מַה תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֲחֹורֵיהֶם אֶל הֵיכַל ה׳״ — מְלַמֵּד שֶׁהָיוּ פּוֹרְעִין עַצְמָן, וּמַתְרִיזִין כְּלַפֵּי מַטָּה.

Alors que vient enseigner « leurs dos vers le Sanctuaire de Hachem » ? Cela enseigne qu'ils se découvraient et faisaient leurs besoins vers le bas.

📜 Rachi (2)
מַפְרִיעִין מְגַלִּין:
« Ils se découvraient » — ils se dévoilaient.
וּמַתְרִיזִין רֵיעִי:
« Et ils projetaient » — des excréments.
💡 Explication

La réponse de la braita est brutale, et c'est voulu. Le membre de phrase redondant ne décrit pas une orientation mais un outrage : ils ne se contentaient pas de tourner le dos, ils se découvraient et se soulageaient vers le bas — euphémisme, comme le note la tradition, pour la direction de la Présence divine.

Le procédé exégétique mérite d'être noté : c'est parce que le verset dit une chose déjà connue qu'on cherche derrière elle une chose qui, elle, ne pouvait être dite en clair. La redondance devient l'indice d'un non-dit. Et cela éclaire, en retour, la formule de la michna : « nous, nos yeux sont vers Ya-h » n'est pas une formule pieuse générale, c'est la réponse exacte à ce qui s'est passé ici.

6
אָנוּ לְיָהּ וּלְיָהּ עֵינֵינוּ כּוּ׳. אֵינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי זֵירָא: כָּל הָאוֹמֵר ״שְׁמַע״ ״שְׁמַע״, כְּאִילּוּ אָמַר ״מוֹדִים״ ״מוֹדִים״! אֶלָּא הָכִי אָמְרִי: הֵמָּה מִשְׁתַּחֲוִים קֵדְמָה, וְאָנוּ לֵיהּ (אֲנַחְנוּ מוֹדִים), וְעֵינֵינוּ לֵיהּ מְיַחֲלוֹת.

« Nous, à Ya-h, et vers Ya-h nos yeux », etc. Est-ce ainsi ?!

Mais Rabbi Zeira n'a-t-il pas dit : quiconque dit « Chema, Chema » c'est comme s'il disait « Modim, Modim » ! Plutôt, voici ce qu'ils disaient : eux se prosternent vers l'orient, et nous, c'est à Hachem [que nous rendons grâce], et nos yeux espèrent en Hachem.

📜 Rachi (3)
שְׁמַע שְׁמַע פְּסוּקָא פְּסוּקָא וְתָנֵי לֵיהּ:
« Chema, chema » — [il dit] verset après verset et le répète.
כְּאוֹמֵר מוֹדִים מוֹדִים דִּתְנַן (בְּרָכוֹת דַּף לג:) מְשַׁתְּקִין אוֹתוֹ מִשּׁוּם דְּמֶיחְזֵי כִּשְׁתֵּי רָשׁוּיוֹת:
« Comme celui qui dit : Modim, Modim » — car nous avons appris (Berakhot 33b) qu'on le fait taire, parce que cela a l'apparence de deux puissances.
אָנוּ לֵיהּ מִשְׁתַּחֲוִים וְלֵיהּ עֵינֵינוּ מְיַחֲלוֹת דְּכֵיוָן דְּאַתְּרֵי מִילֵּי קָמַדְכַּר לֵיהּ תְּרֵי זִימְנֵי וְלָאו אַחֲדָא מִילְּתָא תְּרֵי זִימְנֵי לֵית לַן בַּהּ:
« Nous, c'est à Hachem que nous nous prosternons, et vers Hachem nos yeux espèrent » — puisqu'il Le mentionne deux fois pour deux choses distinctes, et non deux fois pour une seule et même chose, cela ne nous pose pas de problème.
💡 Explication

Objection de forme liturgique. La michna leur fait dire une phrase où le Nom revient deux fois de suite. Or Rabbi Zeira enseigne que répéter « Chema, Chema » équivaut à dire « Modim, Modim » — formule pour laquelle la michna de Berakhot (33b) prescrit de faire taire l'officiant, car elle donne l'apparence de s'adresser à deux puissances (chetei rechouyot).

La réponse ne modifie pas la piété mais la syntaxe : la phrase réelle comportait trois membres distincts — le constat sur les anciens, l'acte de reconnaissance présent, l'espérance tournée vers l'avenir. Rachi dégage le critère : ce qui est proscrit, c'est de mentionner deux fois le Nom pour une seule et même chose ; quand chaque mention porte un contenu propre, la répétition ne pose plus de problème.

🖼️ Schéma
Pourquoi la formule a dû être reformulée Une répétition du Nom peut donner l'impression d'invoquer deux puissances Formule brute -- deux fois le Nom sur un seul objet « Nous, à Ya-h -- et vers Ya-h nos yeux » : le Nom revient deux fois pour dire une seule et même chose. Même structure que « Chema, Chema » ou « Modim, Modim », que l'on fait taire (Berakhot 33b). Formule réelle -- chaque mention porte un contenu différent 1. « Eux se prosternent vers l'orient » -- le contraste avec les anciens. 2. « Et nous, à Hachem [nous rendons grâce] » -- l'acte présent. 3. « Et nos yeux espèrent en Hachem » -- l'attente tournée vers l'avenir. Le critère de Rachi Ce n'est pas la répétition du Nom qui pose problème, c'est la répétition sans nouveau contenu. « Puisqu'il le mentionne deux fois pour deux choses distinctes, et non deux fois pour une seule, cela ne nous gêne pas. »
De là formule brute à la formule réelle : trois membres, trois contenus distincts.
7
מַתְנִי׳ אֵין פּוֹחֲתִין מֵעֶשְׂרִים וְאַחַת תְּקִיעוֹת בַּמִּקְדָּשׁ, וְאֵין מוֹסִיפִין עַל אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה. בְּכָל יוֹם הָיוּ שָׁם עֶשְׂרִים וְאַחַת תְּקִיעוֹת בַּמִּקְדָּשׁ: שָׁלֹשׁ לִפְתִיחַת שְׁעָרִים, וְתֵשַׁע לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר, וְתֵשַׁע לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם. וּבַמּוּסָפִין הָיוּ מוֹסִיפִין עוֹד תֵּשַׁע.

MICHNA. On ne descend pas en dessous de vingt et une tekiot dans le Mikdach, et l'on n'ajoute pas au-delà de quarante-huit.

Chaque jour il y avait là vingt et une tekiot dans le Mikdach : trois pour l'ouverture des portes, neuf pour le tamid du matin, et neuf pour le tamid de l'après-midi. Et les jours de moussafim, on en ajoutait neuf de plus.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' מֵעֶשְׂרִים וְאַחַת תְּקִיעוֹת בְּכָל יוֹם כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ וּתְרוּעָה בְּאֶמְצַע חֲשִׁיב לֵיהּ תְּלָת:
MICHNA. « De vingt et une tekiot » — chaque jour, comme il l'explique ensuite. Une [sonnerie] simple avant, une simple après, et une teroua au milieu : il les compte pour trois.
שָׁלֹשׁ לִפְתִיחַת שְׁעָרִים שַׁעֲרֵי הָעֲזָרָה:
« Trois pour l'ouverture des portes » — les portes de la Azara.
תֵּשַׁע לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר כְּשֶׁהָיוּ מְנַסְּכִין אֶת נִסְכֵּי הַתָּמִיד הַלְוִיִּם אוֹמְרִים בַּשִּׁיר וּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים הָיוּ בַּשִּׁיר שֶׁהָיוּ מַפְסִיקִין בּוֹ וְתוֹקְעִין הַכֹּהֲנִים בַּחֲצוֹצְרוֹת וּמִשְׁתַּחֲוִים הָעָם כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת תָּמִיד (פ"ז מ"ג) הִגִּיעוּ לַפֶּרֶק תָּקְעוּ וְהִשְׁתַּחֲווּ הָעָם עַל כָּל פֶּרֶק תְּקִיעָה וְעַל כָּל תְּקִיעָה הִשְׁתַּחֲוָיָה וְעַל כָּל תְּקִיעָה הָיְתָה תְּרוּעָה בְּאֶמְצַע וּפְשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ:
« Neuf pour le tamid du matin » — lorsqu'on versait les libations du tamid, les Leviim disaient le chir ; ce chant comportait trois pauses au cours desquelles ils s'interrompaient, les kohanim sonnaient des trompettes et le peuple se prosternait, comme nous l'avons appris au traité Tamid (7:3) : « arrivés à la pause, ils sonnaient et le peuple se prosternait » — à chaque pause une sonnerie, et à chaque sonnerie une prosternation ; et chaque sonnerie comportait une teroua au milieu, avec une [sonnerie] simple avant et après.
וּבְמוּסָפִין בְּיוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף מוֹסִיפִין עוֹד תֵּשַׁע לְשִׁיר שֶׁל מוּסָפִין:
« Et les jours de moussafim » — un jour où il y a un moussaf, on ajoute encore neuf [sonneries] pour le chir des moussafim.
💡 Explication

Nouvelle michna, d'un tout autre registre : une comptabilité des sonneries de trompette au Mikdach, avec un plancher et un plafond. Le principe de composition, donné par Rachi, est constant : chaque groupe est un triplet tekia — teroua — tekia, une sonnerie simple avant, une après, la teroua (son brisé) au milieu, et l'ensemble compte pour trois.

Le socle quotidien est donc de sept triplets : un pour l'ouverture des portes de la Azara, trois pour le tamid du matin et trois pour celui de l'après-midi. Rachi explique le chiffre de neuf : le chir des Leviim accompagnant les libations du tamid comportait trois pauses ; à chaque pause les kohanim sonnaient et le peuple se prosternait (Tamid 7:3).

Les jours à moussaf — Roch Hodech, fêtes — le chir des korbanot moussaf ajoute ses trois pauses, donc neuf sonneries de plus.

8
וּבְעֶרֶב שַׁבָּת הָיוּ מוֹסִיפִין שֵׁשׁ: שָׁלֹשׁ לְהַבְטִיל אֶת הָעָם מִמְּלָאכָה, וְשָׁלֹשׁ לְהַבְדִּיל בֵּין קֹדֶשׁ לְחֹול.

Et la veille de Chabbat on en ajoutait six : trois pour faire cesser le peuple du travail, et trois pour séparer entre le sacré et le profane.

📜 Rachi (2)
שְׁלֹשָׁה לְהַבְטִיל הָעָם מִמְּלָאכָה כְּדִמְפָרֵשׁ בְּשִׁילְהֵי בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לה:):
« Trois pour faire cesser le peuple du travail » — comme il l'explique à la fin de [du chapitre] Bameh madlikin (Chabbat 35b).
בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול כְּשֶׁקָּדַשׁ הַיּוֹם לְהוֹדִיעַ שֶׁחָשְׁכָה וְיֵשׁ מֵעַתָּה חִיּוּב סְקִילָה בִּמְלָאכָה:
« Entre le sacré et le profane » — lorsque le jour est devenu saint, pour faire savoir que la nuit est tombée et qu'à partir de ce moment il y a une obligation de sekila pour un travail [accompli].
💡 Explication

Deux fonctions bien distinctes, et c'est ce qui justifie deux groupes séparés. Le premier est un signal d'anticipation : il reste encore du temps, mais on arrête le travail. Le second marque le moment même de l'entrée du Chabbat.

Rachi explique l'enjeu du second groupe : il fait savoir que la nuit est tombée, et donc que l'accomplissement d'un travail expose désormais à la peine de sekila. La sonnerie n'est pas une cérémonie, c'est un avertissement de droit pénal adressé à toute une ville. Le détail des six sonneries de la veille de Chabbat est exposé à la fin du chapitre Bameh madlikin (Chabbat 35b).

9
עֶרֶב שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג הָיוּ שָׁם אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה: שָׁלֹשׁ לִפְתִיחַת שְׁעָרִים, שָׁלֹשׁ לַשַּׁעַר הָעֶלְיוֹן, וְשָׁלֹשׁ לַשַּׁעַר הַתַּחְתּוֹן, וְשָׁלֹשׁ לְמִילּוּי הַמַּיִם, וְשָׁלֹשׁ עַל גַּבֵּי מִזְבֵּחַ, תֵּשַׁע לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר, וְתֵשַׁע לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם, וְתֵשַׁע לְמוּסָפִין, שָׁלֹשׁ לְהַבְטִיל אֶת הָעָם מִן הַמְּלָאכָה, וְשָׁלֹשׁ לְהַבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול.

Une veille de Chabbat tombant pendant la fête, il y avait là quarante-huit [tekiot] : trois pour l'ouverture des portes, trois pour la porte supérieure, trois pour la porte inférieure, trois pour le puisage de l'eau, trois sur l'autel, neuf pour le tamid du matin, neuf pour le tamid de l'après-midi, neuf pour les moussafim, trois pour faire cesser le peuple du travail, et trois pour séparer entre le sacré et le profane.

📜 Rachi (5)
שָׁלֹשׁ לִפְתִיחַת שְׁעָרִים כְּמוֹ בְּכָל יוֹם שִׁבְעָה שְׁעָרִים הָיוּ בָּעֲזָרָה:
« Trois pour l'ouverture des portes » — comme chaque jour : il y avait sept portes dans la Azara.
שָׁלֹשׁ לְשַׁעֵר הָעֶלְיוֹן דַּאֲמַרַן לְעֵיל קָרָא הַגֶּבֶר תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ:
« Trois pour la porte supérieure » — dont nous avons parlé plus haut : « au chant du coq, ils sonnaient une tekia, une teroua et une tekia ».
שָׁלֹשׁ לְשַׁעַר הַתַּחְתּוֹן דַּאֲמַרַן לְעֵיל הִגִּיעוּ לָעֲזָרָה תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ וְהָיוּ מַאֲרִיכִין בָּהֶן עַד שֶׁהִגִּיעוּ לְשַׁעֵר הַיּוֹצֵא לַמִּזְרָח וְהוּא שַׁעַר הַתַּחְתּוֹן וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ אַמַּאי לָא חֲשִׁיב שָׁלֹשׁ שֶׁל מַעְלָה הָעֲשִׂירִית:
« Trois pour la porte inférieure » — dont nous avons parlé plus haut : « arrivés à la Azara, ils sonnaient une tekia, une teroua et une tekia » ; et ils les prolongeaient jusqu'à ce qu'ils atteignent la porte qui sort vers l'orient, c'est-à-dire la porte inférieure. Et dans la Guemara on explique pourquoi il ne compte pas les trois de la dixième marche.
שָׁלֹשׁ לְמִילּוּי הַמַּיִם אַחַר שֶׁמִּלְּאוּם וְשָׁבוּ וּבָאוּ לָהֶן לָעֲזָרָה דֶּרֶךְ שַׁעַר הַמַּיִם וּתְנַן לְעֵיל בְּפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מח:) הִגִּיעוּ לְשַׁעַר הַמַּיִם תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ:
« Trois pour le puisage de l'eau » — après qu'ils avaient puisé, qu'ils étaient revenus et arrivés à la Azara par la porte des Eaux ; et nous avons appris plus haut, au chapitre Loulav ve-arava (Souccah 48b) : « arrivés à la porte des Eaux, ils sonnaient une tekia, une teroua et une tekia ».
שָׁלֹשׁ לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ כְּשֶׁזּוֹקְפִין אֶת הָעֲרָבָה כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף מה.) וְזוֹקְפִין אֶת הָעֲרָבָה בְּצִידֵּי הַמִּזְבֵּחַ וְתָקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ:
« Trois sur l'autel » — lorsqu'ils dressaient la aravah, comme nous l'avons appris au chapitre Loulav ve-arava plus haut (Souccah 45a) : « et ils dressaient les rameaux de saule sur les côtés de l'autel, et l'on sonnait une tekia, une teroua et une tekia ».
💡 Explication

Le maximum de quarante-huit n'est atteint qu'à une seule condition : une veille de Chabbat pendant Souccot. Toutes les causes de sonnerie s'y superposent — le socle quotidien (21), le moussaf du jour de fête (9), les quatre groupes propres au rituel du nissoukh hamayim et de la aravah (12), et les six de l'entrée du Chabbat.

Les quatre groupes de Souccot suivent le trajet de l'eau, déjà décrit au chapitre Loulav ve-arava : la porte supérieure au chant du coq, la porte inférieure à l'arrivée dans la Azara, la porte des Eaux au retour avec la cruche pleine (Souccah 48b), et enfin le dressement des rameaux de saule sur les côtés de l'autel (Souccah 45a).

Rachi relève une absence : la michna ne compte pas les trois sonneries de la dixième marche, pourtant mentionnées plus haut — et il annonce que la Guemara y reviendra. La réponse tient à ce que les kohanim prolongeaient la sonnerie depuis la porte supérieure jusqu'à la porte inférieure : c'est un seul groupe qui se poursuit, non deux.

🖼️ Schéma
Les 48 tekiot : le seul jour de l'année où le maximum est atteint Une veille de Chabbat tombant pendant Souccot -- toutes les causes de sonnerie se superposent Socle commun à tous les jours (21) 21 Ouverture des portes 3 Tamid du matin (chir) 9 Tamid de l'après-midi 9 Parce que c'est un jour à moussaf (+9) +9 Chir des korbanot moussaf 9 Parce que c'est Souccot -- le nissoukh hamayim et la aravah (+12) +12 Porte supérieure 3 Porte inférieure 3 Puisage de l'eau 3 Sur l'autel (aravah) 3 Parce que c'est une veille de Chabbat (+6) +6 Faire cesser le peuple du travail 3 Séparer entre sacré et profane 3 Total : 21 + 9 + 12 + 6 48 Une absence remarquée par Rachi La michna ne compte pas les trois sonneries de la dixième marche, pourtant mentionnées plus haut. Rachi signale que la Guemara y reviendra : les kohanim prolongeaient la sonnerie de la porte supérieure jusqu'à la porte inférieure -- un seul groupe.
Décomposition des 48 sonneries par cause : socle, moussaf, Souccot, veille de Chabbat.
10
גמ׳ מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה. דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַפּוֹחֵת לֹא יִפְחֹות מִשֶּׁבַע, וְהַמּוֹסִיף לֹא יוֹסִיף עַל שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה. בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: תְּקִיעָה תְּרוּעָה תְּקִיעָה — אַחַת הִיא, וְרַבָּנָן סָבְרִי: תְּקִיעָה לְחוּד וּתְרוּעָה לְחוּד.

GUEMARA. Notre michna n'est pas selon Rabbi Yehouda.

Car il est enseigné : Rabbi Yehouda dit : celui qui diminue ne descendra pas en dessous de sept, et celui qui ajoute n'ira pas au-delà de seize. Sur quoi divergent-ils ?

Rabbi Yehouda tient : tekia, teroua, tekia — c'est une seule [sonnerie] ; et les Sages tiennent : la tekia compte à part et la teroua compte à part.

📜 Rachi (1)
גְּמ' אַחַת הִיא מִצְוָה אַחַת הֵן וַחֲדָא חֲשִׁיב לְהוּ:
GUEMARA. « C'est une seule » — elles sont une seule mitsva, et il les compte pour une.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה סָבַר תְּקִיעָה וּתְרוּעָה וּתְקִיעָה אַחַת הִיא. מִכָּאן רְאָיָה לְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס דְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לה: וְשָׁם) גַּבֵּי שֵׁשׁ תְּקִיעוֹת בע"ש שֶׁכֻּולָּן בְּסֵדֶר תְּקִיעָה וּתְרוּעָה וּתְקִיעָה וְהָא דְּקָתָנֵי הָתָם הִתְחִיל לִתְקֹועַ תְּקִיעָה שְׁנִיָּה תְּקִיעָה לָאו דַּוְקָא דִּתְרוּעָה הִיא דְּהָא קָתָנֵי מַתְנִיתִין שָׁלֹשׁ לְהַבְטִיל אֶת הָעָם מִמְּלָאכָה וְר' יְהוּדָה לָא חֲשִׁיב לָהּ אֶלָּא אַחַת ואע"ג דְּאָמְרִינַן בִּשְׁמַעְתִּין לְרַבִּי יְהוּדָה אֵין בֵּין תְּקִיעָה לִתְרוּעָה וּתְקִיעָה וְלֹא כְלוּם לָאו אַכּוּלְּהוּ קָאֵי דְּהָנָךְ לְהַבְטִיל אֶת הָעָם מִן הַמְּלָאכָה הָיָה שְׁהוּת גָּדוֹל בֵּין זוֹ לְזוֹ כִּדְאָמַר בְּסוֹף בַּמֶּה מַדְלִיקִין (ג"ז שָׁם):
« Rabbi Yehouda tient : tekia, teroua et tekia — c'est une seule. » De là, une preuve pour l'explication du Kountras (Rachi) au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 35b, s.v. ad loc.) au sujet des six sonneries de la veille de Chabbat : toutes sont dans l'ordre tekia, teroua, tekia. Et ce qui est enseigné là-bas — « il commença à sonner la deuxième tekia » — le mot tekia n'est pas à prendre au sens strict, car il s'agit d'une teroua : en effet notre michna enseigne « trois pour faire cesser le peuple du travail », et Rabbi Yehouda ne les compte que pour une. Et bien que nous disions dans notre sougya que, pour Rabbi Yehouda, il n'y a rien du tout entre la tekia et la teroua et la tekia, cela ne porte pas sur l'ensemble des cas : car celles-là, destinées à faire cesser le peuple du travail, avaient un long intervalle entre l'une et l'autre, comme il est dit à la fin de Bameh madlikin (ibid.).
💡 Explication

La Guemara commence par situer la michna : elle n'est pas selon Rabbi Yehouda, qui donne 7 et 16 là où la michna donne 21 et 48. Le rapport est exactement de un à trois dans les deux bornes — signature d'un désaccord non pas sur la pratique mais sur l'unité de compte.

Pour Rabbi Yehouda, le triplet tekia-teroua-tekia est ahat hi, une seule chose : une mitsva, donc un seul compte. Pour les Sages, chaque souffle est une entité pour lui-même. Les kohanim font exactement la même chose dans les deux opinions ; seul change ce que l'on appelle « une » sonnerie.

Tossefot en tire une preuve incidente pour la lecture de Rachi dans Chabbat : les six sonneries de la veille de Chabbat sont bien six groupes complets, et non des souffles isolés. Il ajoute une précision importante — quand la Guemara dira plus loin qu'il n'y a « rien du tout » entre les éléments du triplet, cela ne vaut pas pour tous les cas : entre les groupes destinés à faire cesser le travail, il y avait au contraire un long intervalle.

🖼️ Schéma
Un même groupe de souffles, deux façons de le compter Ce qu'on entend est identique -- seul change ce qu'on appelle « une » sonnerie Ce que font les kohanim (non contesté) tekia teroua encadrée de deux tekiot Les Sages : trois « Tekia à part, teroua à part » -- chaque souffle est une entité pour lui-même. 1 2 3 Rabbi Yehouda : un « Tekia teroua tekia -- ahat hi » : une seule mitsva, donc une seule unité de compte. 1 Ce que cela produit Michna : 21 minimum, 48 maximum. Rabbi Yehouda : 7 minimum, 16 maximum. Rapport exact de 1 à 3 dans les deux bornes -- c'est la signature d'un désaccord sur l'unité de mesure, pas sur la pratique.
La même séquence sonore, comptée pour trois par les Sages et pour un par Rabbi Yehouda.
11
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה? אֲמַר קְרָא: ״וּתְקַעְתֶּם תְּרוּעָה״ (וּכְתִיב: ״תְּרוּעָה יִתְקְעוּ״, הָא כֵיצַד? תְּקִיעָה וּתְרוּעָה — אַחַת הִיא). וְרַבָּנָן: הַהוּא לִפְשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ הוּא דַּאֲתָא (וְרַבִּי יְהוּדָה, לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ מִנָּלֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״שֵׁנִית״).

Quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? Le verset dit : « et vous sonnerez (outkatem) une teroua » (et il est écrit : « une teroua ils sonneront » — comment cela ?

[c'est que] la tekia et la teroua sont une seule chose). Et les Sages : ce [verset] est venu pour [enseigner] une [sonnerie] simple avant elle et une simple après elle.

(Et Rabbi Yehouda, d'où tient-il l'avant et l'après ? Il le tire de « une seconde fois ».)

📜 Rachi (2)
ה"ג מ"ט דר"י דִּכְתִיב וּתְקַעְתֶּם תְּרוּעָה אַלְמָא תְּרוּעָה הַיְינוּ תְּקִיעָה כְּלוֹמַר מִדְּקָרֵי לִתְרוּעָה תְּקִיעָה שְׁמַע מִינַּהּ חֲדָא הִיא:
Telle est la version : « quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? Car il est écrit : et vous sonnerez une teroua » — donc la teroua est [elle-même] une tekia ; c'est-à-dire : du fait qu'il appelle la teroua « tekia », apprends-en qu'elles sont une seule chose.
הַהִיא לִפְשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ מֵהָכָא יָלְפִינַן לָהּ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף לד.) דִּכְתִיב וּתְקַעְתֶּם וַהֲדַר תְּרוּעָה וַהֲדַר כְּתִיב תְּרוּעָה יִתְקְעוּ כְּלוֹמַר אַחַר הַתְּרוּעָה יִתְקְעוּ:
« Ce [verset] est venu pour une [sonnerie] simple avant elle et une simple après elle » — c'est de là que nous l'apprenons dans Roch Hachana (34a), car il est écrit « et vous sonnerez » puis « teroua », et il est écrit ensuite « une teroua ils sonneront », c'est-à-dire : après la teroua ils sonneront.
💡 Explication

La preuve de Rabbi Yehouda est lexicale : la Tora emploie le verbe de la tekia (taka) pour décrire l'acte de la teroua — « outkatem teroua » (Bamidbar 10:5), puis « teroua yitkeou » (10:6). Si le même verbe couvre les deux, c'est qu'ils forment un seul acte.

Les Sages lisent la même paire de versets autrement : la mention de la tekia avant la teroua dans le premier verset, et après elle dans le second, enseigne que chaque teroua doit être encadrée d'une sonnerie simple — c'est la source classique du triplet (Roch Hachana 34a). Le verset ne dit pas que les deux sont une seule chose, il dit dans quel ordre les disposer.

Rabbi Yehouda, qui a déjà utilisé ce verset pour son propre point, doit tirer l'encadrement d'ailleurs : du mot « chenit », une seconde fois, qui implique une tekia supplémentaire.

12
וְרַבָּנָן, מַאי טַעְמַיְיהוּ? דִּכְתִיב: ״וּבְהַקְהִיל אֶת הַקָּהָל תִּתְקְעוּ וְלֹא תָרִיעוּ״, וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ: תְּקִיעָה תְּרוּעָה — אַחַת הִיא, אָמַר רַחֲמָנָא פַּלְגָא דְּמִצְוָה עֲבֵיד וּפַלְגָא לָא עֲבֵיד?! וְרַבִּי יְהוּדָה: הָהוּא לְסִימָנָא בְּעָלְמָא הוּא דַּאֲתָא.

Et les Sages, quelle est leur raison ? Car il est écrit : « et pour rassembler l'assemblée vous sonnerez [une tekia] et vous ne sonnerez pas de teroua ».

Or s'il te venait à l'esprit que la tekia et la teroua sont une seule chose, le Miséricordieux dirait-il : accomplis la moitié de la mitsva et n'accomplis pas [l'autre] moitié ?! Et Rabbi Yehouda : celle-là n'est venue que comme simple signal.

📜 Rachi (1)
הָהוּא לְסִימָנָא בְּעָלְמָא הוּא הַהִיא תְּקִיעָה שֶׁהִיא לְהַקְהִיל הַקָּהָל אֵינָהּ אֶלָּא לְסִימָן כְּשֶׁהָיָה מֹשֶׁה רוֹצֶה לְדַבֵּר אֲלֵיהֶם וְאֵינָהּ מִצְוָה:
« Celle-là n'est qu'un simple signal » — cette tekia destinée à rassembler l'assemblée n'est qu'un signal, pour le moment où Moche voulait leur parler, et ce n'est pas une mitsva.
💡 Explication

Contre-preuve des Sages, tirée de Bamidbar 10:7. Pour convoquer l'assemblée, la Tora prescrit explicitement une tekia sans teroua. Si le triplet était une unité indivisible, la Tora commanderait ici d'accomplir la moitié d'une mitsva — ce qui n'a pas de sens. Donc la tekia seule est une entité complète.

La réponse de Rabbi Yehouda déplace la catégorie : cette tekia-là n'appartient pas au domaine de la mitsva. C'est un simana, un simple signal de convocation — la manière dont Moche appelait le peuple quand il voulait lui parler. On ne peut donc rien en déduire sur la structure des sonneries qui, elles, sont des mitsvot.

13
וְרַבָּנָן: סִימָנָא הוּא, וְרַחֲמָנָא שַׁוְיָה מִצְוָה. כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּאָמַר רַב כָּהֲנָא: אֵין בֵּין תְּקִיעָה לִתְרוּעָה וְלֹא כְּלוּם, כְּמַאן? כְּרַבִּי יְהוּדָה. (אִי רַבִּי יְהוּדָה) פְּשִׁיטָא!

Et les Sages : c'est bien un signal, mais le Miséricordieux en a fait une mitsva. Selon qui va ce qu'a dit Rav Kahana : entre la tekia et la teroua il n'y a rien du tout ?

Selon qui ? Selon Rabbi Yehouda.

(Si c'est Rabbi Yehouda — c'est évident !)

📜 Rachi (2)
רַחֲמָנָא שַׁוְיָה מִצְוָה שֶׁמְּצֻווִּים לְהַקְהִיל בְּסִימָן זֶה וְלֹא בְּאַחֵר:
« Le Miséricordieux en a fait une mitsva » — car ils ont l'ordre de rassembler par ce signal-là et par aucun autre.
וְלֹא כְלוּם לֹא הָיָה מַפְסִיק בֵּינְתַיִם אֶלָּא כְּדֵי נְשִׁימָה:
« Rien du tout » — il n'interrompait pas entre les deux, sinon le temps d'une respiration.
💡 Explication

Réplique des Sages : les deux catégories ne s'excluent pas. Un signal peut être en même temps une mitsva, dès lors que la Tora impose de convoquer par ce moyen précis et par aucun autre (Rachi). Le caractère fonctionnel de la sonnerie ne la retire pas du domaine du commandement.

La Guemara passe alors à une application : Rav Kahana enseigne qu'entre la tekia et la teroua « il n'y a rien du tout ». Rachi précise la mesure : pas d'interruption, sinon le temps d'une respiration. Cette continuité absolue ne se comprend que si le triplet forme une unité indivisible — donc selon Rabbi Yehouda.

Et aussitôt l'objection : si c'est Rabbi Yehouda, pechita — cela va de soi, il n'y avait rien à enseigner. Le folio se termine sur cette objection ; la réponse viendra en 54a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).