Sukkah 54a — Le décompte des sonneries au Temple : de la tekia sans pause aux quarante-huit de la veille de Pessah

Sukkah 54a

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya du chofar : pourquoi la parole de Rav Kahana -- il n'y a entre tekia et teroua rien du tout -- ne peut se comprendre que selon Rabbi Yehouda, pour qui tekia-teroua-tekia forment une seule sonnerie. Puis s'ouvre toute la sougya du DÉCOMPTE des sonneries au Temple, en commentaire de la michna qui fixe un plancher de vingt et une et un plafond de quarante-huit.

Trois questions s'enchaînent : où placer la dernière série de trois sonneries de la fête -- au dixième degré (les Rabbanan) ou sur l'autel (Rabbi Eliezer ben Yaakov, position de notre michna) ? La beraita rapportée du Sud par Rabbi Aha bar Hanina -- on sonne pour chaque moussaf séparément -- est-elle compatible avec le plafond de quarante-huit ?

Rabbi Zera essaie de sauver le calcul en supprimant les trois sonneries des portes le Chabbat ; Rava le réfute rudement (maan haï de-lo hach le-kimheh, qui n'a cure de sa farine) et tranche autrement : le Chabbat on ne puise pas l'eau. Reste alors Roch Hachana tombant un Chabbat, avec ses trois moussafim -- et la guemara doit recourir à tana ve-chayer, en produisant un second cas omis : la veille de Pessa'h, où les vingt-sept sonneries du Hallel des trois groupes d'égorgeurs complètent elles aussi les quarante-huit.

Le fil du folio : de la sonnerie sans pause au compte des quarante-huit Cinq blocs : la fin de la sougya du chofar, puis toute la sougya du DÉCOMPTE des tekiot au Temple. Bloc A (seg. 0-1) -- pourquoi Rav Kahana parle forcément selon Rabbi Yehouda Hava amina : il parlerait même selon les Rabbanan, pour exclure R. Yo'hanan (neuf sonneries en neuf heures : acquitté). Réfutation : son expression est ve-lo kloum, PAS DU TOUT -- donc pas même une pause minime. Cela ne peut être que R. Yehouda. Tossefot ajoute : il faut tout de même kedei nechima, le temps d'une respiration, pour séparer tekia et teroua. Bloc B (seg. 2-4) -- où placer la troisième série de trois sonneries ? La michna compte trois al gabei ha-mizbeah (sur l'autel) et ne dit rien du dixième degré : elle est donc R. Eliezer ben Yaakov. Beraita : trois le-maala asirit (au dixième degré) selon les Rabbanan. Les deux positions s'excluent : l'une OU l'autre, jamais les deux. Raison : chacun élimine la série qui ferait doublon avec une sonnerie déjà faite (portes / puisage). Bloc C (seg. 5) -- Rabbi Aha bar Hanina rapporte du Sud une beraita Yitkeou (Bamidbar 10,8) est un mot superflu, puisque 10,10 dit déjà ou-tekatem. Il enseigne donc : ha-kol lefi ha-moussafin. Règle nouvelle : on sonne pour CHAQUE moussaf séparément. Un jour à deux ou trois saintetés multiplie les neuf sonneries. Bloc D (seg. 6-8) -- la beraita du Sud est-elle compatible avec la michna ? Objection : si on sonne par moussaf, le Chabbat dans la fête donnerait 51, plus que le maximum de 48 annoncé par la michna. R. Zera : on ne sonne pas pour l'ouverture des portes le Chabbat -- retour à 48. Rava le réfute deux fois (bekhol yom ; et pourquoi omettre le cas plus riche ?). Rava tranche : le Chabbat on ne puise pas l'eau, donc on perd BEAUCOUP de sonneries -- le Chabbat dans la fête est loin des 48. Nouvelle objection : et Roch Hachana tombant un Chabbat, avec trois moussafim -- 21 + 27 = 48 exactement ? Bloc E (seg. 9-10) -- tana ve-chayer : il a enseigné et il a omis Réponse : la veille de Chabbat était nécessaire pour trancher comme R. Eliezer ben Yaakov. Contre-question : rien n'empêchait d'enseigner les deux. Donc : le tana a omis. Règle de la guemara : on n'accepte tana ve-chayer que s'il existe AU MOINS un autre cas omis. Cet autre cas : la veille de Pessa'h -- 27 sonneries au Hallel des trois groupes d'égorgeurs, soit 48 avec les 21 quotidiennes.
Le fil du folio en cinq blocs : la fin de la sougya du chofar, la mahloket sur l'emplacement des sonneries, la beraita du Sud, l'objection des cinquante et une, et la sortie par tana ve-chayer.
Le compte des sonneries : quels jours atteignent quarante-huit ? Socle quotidien de 21, puis les suppléments propres à chaque jour. La michna dit : jamais moins de 21, jamais plus de 48. SOCLE : bekhol yom -- 21 sonneries chaque jour 3 pour l'ouverture des portes (petihat chearim) + 9 pour le tamid du matin + 9 pour le tamid de l'après-midi = 21 Chaque bloc de 9 = 3 arrêts (perakim) du chant des Leviim, et à chaque arrêt tekia - teroua - tekia. VEILLE DE CHABBAT DANS LA FÊTE = 48 21 socle + 9 moussaf de la fête + 12 propres à la fête : 3 porte haute, 3 porte basse, 3 puisage de l'eau, 3 sur l'autel + 6 de la veille de Chabbat : 3 pour faire cesser le travail, 3 pour séparer saint et profane Total : 48 -- c'est le cas enseigné par la michna CHABBAT DANS LA FÊTE -- le cas discuté Selon R. Aha bar Hanina : 21 + 9 (moussaf fête) + 9 (moussaf Chabbat) + 12 (fête) = 51 R. Zera : on retire les 3 des portes = 48. Rava réfute : la michna dit bekhol yom 21. Rava tranche : le Chabbat on NE PUISE PAS l'eau, donc les 12 de la fête tombent aussi. Total très inférieur à 48 : le cas n'a rien à apprendre ROCH HACHANA UN CHABBAT = 48 21 socle + 9 moussaf de Roch Hachana + 9 moussaf de Roch Hodech + 9 moussaf du Chabbat = 21 + 27 = 48 -- MAIS seulement si l'on tient comme R. Aha bar Hanina (un moussaf, une série). Pourquoi la michna ne l'enseigne-t-elle pas ? -> tana ve-chayer VEILLE DE PESSA'H = 48 (le cas omis) 21 socle + 27 à l'égorgement du Pessa'h : trois groupes (kitot), chacun avec le Hallel, 9 sonneries par Hallel = 48. C'est LE second cas omis -- il valide donc la réponse tana ve-chayer sur Roch Hachana. Rachi et Tossefot divergent sur la manière d'obtenir 27 (trois lectures du Hallel, ou trois arrêts dans un seul Hallel).
Le compte comparé des sonneries : le socle quotidien de vingt et une, puis les quatre jours candidats aux quarante-huit -- veille de Chabbat dans la fête, Chabbat dans la fête, Roch Hachana un Chabbat, veille de Pessah.
1
מַהוּ דְתֵימָא: אֲפִילּוּ כְּרַבָּנָן, וּלְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר: שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם — יָצָא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Ce que tu aurais pu dire : [Rav Kahana parlerait] même selon les Rabbanan, et [ce serait] pour exclure Rabbi Yo'hanan, qui a dit : celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée s'est acquitté. [C'est pourquoi] il nous l'enseigne [que Rav Kahana suit uniquement Rabbi Yehouda].

📜 Rachi (2)
מַהוּ דְתֵימָא רַבָּנָן הִיא וְיָכוֹל לְהַפְסִיק בֵּינְתַיִם הַפְסָקָה מוּעֶטֶת וּמַאי אֵין בֵּין דְּקָאָמַר שֶׁלֹּא יַמְתִּין הַמַּתָּנָה מְרֻובָּה לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יוֹחָנָן:
Ce que tu aurais pu dire : c'est [l'avis des] Rabbanan -- et il peut donc s'interrompre entre-temps par une pause brève ; et que signifierait alors le ein bein qu'il énonce ? Qu'il n'attende pas une attente prolongée -- pour exclure Rabbi Yo'hanan.
תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת הָאֲמוּרוֹת בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה מִן הַתּוֹרָה שָׁלֹשׁ לְמַלְכֻיוֹת תְּקִיעָה תְּרוּעָה תְּקִיעָה וְשָׁלֹשׁ לְזִכְרוֹנוֹת וְשָׁלֹשׁ לַשּׁוֹפָרוֹת כִּדְאָמְרִינַן בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף לד.) וְהַאי דְּעָבְדִינַן טְפֵי מִשּׁוּם סְפֵיקָא דִּתְרוּעָה הוּא דְּלָא יָדְעִינַן אִי גְּנוּחֵי הוּא אִי יַלּוֹלֵי הוּא:
Neuf sonneries : celles qui sont énoncées à Roch Hachana selon la Torah -- trois pour les malkhouyot (tekia, teroua, tekia), trois pour les zikhronot et trois pour les chofarot, comme nous le disons dans Roch Hachana (34a). Et si nous en faisons davantage, c'est à cause du doute sur la teroua : nous ne savons pas si elle est genouhei (gémissement) ou yeloulei (sanglot).
🗂️ Tossefot (1)
מַהוּ דְּתֵימָא אֲפִילּוּ כְּרַבָּנַן. וְאֵין בֵּין דְּקָאָמַר שֶׁלֹּא יַפְסִיק בֵּין זֶה לָזֶה הַפְסָקָה מְרֻובָּה כְּדֵי לִגְמֹור שְׁלָשְׁתָּן כִּדְרַבִּי אָבָהוּ דְּאָמַר בְּשִׁילְהֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף לד: וְשָׁם) שָׁהָה כְּדֵי לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ וּלְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא דְּשָׁהָה כְּדֵי לִגְמֹור אֶת כֻּולָּן אֵינוֹ חוֹזֵר לָרֹאשׁ קמ"ל דַּוְקָא לְרַבִּי יְהוּדָה קָאָמַר רַב כָּהֲנָא מִשּׁוּם דִּתְקִיעָה וּתְרוּעָה וּתְקִיעָה כֻּולָּהּ אַחַת הִיא וַאֲפִילּוּ הַפְסָקָה מוּעֶטֶת פָּחוֹת מִכְּדֵי לִגְמֹור שְׁלָשְׁתָּן לֹא יַפְסִיק אֶלָּא כְּדֵי נְשִׁימָה דְּהַפְסָקָה צָרִיךְ כִּדְאָמַר בְּשִׁילְהֵי ר"ה (שָׁם) וּתְקַעְתֶּם תְּרוּעָה תְּקִיעָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ וּתְרוּעָה בפ"ע אֲבָל לְרַבָּנָן לָא חָיְישִׁינַן אִי מַפְסִיק טוּבָא וְהַשְׁתָּא לְעִנְיַן תְּקִיעוֹת לָא נָפְקָא לָן מִינֵּיהּ מִידִי לְרַבִּי יְהוּדָה בִּפְלוּגְתָּא דְּר' אַבָּהוּ וְר' יוֹחָנָן וְכִי פְּלִיגִי אַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן וּלְעִנְיַן מִילֵּי טוּבָא בְּהַלֵּל וּבִמְגִילָּה ובק"ש וּבִתְפִלָּה:
Ce que tu aurais pu dire : même selon les Rabbanan. Et le ein bein qu'il énonce signifierait qu'il ne doit pas s'interrompre entre l'une et l'autre par une pause prolongée, [d'une durée] suffisante pour achever les trois -- conformément à Rabbi Abbahou qui dit à la fin de Roch Hachana (34b) : s'il s'est arrêté le temps d'achever la totalité, il revient au début. Et [ce serait] pour exclure Rabbi Yo'hanan, qui dit : celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée s'est acquitté -- car même s'il s'est arrêté le temps de les achever toutes, il ne revient pas au début. [La guemara] nous enseigne donc que Rav Kahana a parlé spécifiquement selon Rabbi Yehouda, parce que tekia, teroua et tekia sont toutes une seule et même chose : même une pause brève, inférieure au temps d'achever les trois, il ne doit pas la faire -- rien que le temps d'une respiration (kedei nechima), car une [telle] pause est nécessaire, comme il est dit à la fin de Roch Hachana (ibid.) : ou-tekatem teroua -- la tekia par elle-même et la teroua par elle-même. Mais selon les Rabbanan nous ne nous soucions pas qu'il s'interrompe beaucoup. Dès lors, quant aux sonneries, la controverse de Rabbi Abbahou et de Rabbi Yo'hanan n'a aucune conséquence pour nous selon Rabbi Yehouda ; et lorsqu'ils divergent, c'est selon les Rabbanan -- et [cela porte] sur de nombreuses matières : dans le Hallel, dans la meguila, dans la lecture du Chema et dans la tefila.
💡 Explication

La guemara achève l'établissement de la parole de Rav Kahana : ein bein tekia li-teroua ve-lo kloum -- entre la tekia et la teroua, rien du tout. On avait demandé pourquoi il fallait préciser qu'il parle selon Rabbi Yehouda : n'était-ce pas évident ? Réponse : sans cette précision, on aurait pu lire sa phrase autrement.

La hava amina (supposition initiale) est celle-ci : Rav Kahana parlerait même selon les Rabbanan, pour qui tekia et teroua sont deux sonneries distinctes, et il viendrait seulement interdire une pause prolongée -- c'est-à-dire prendre position contre Rabbi Yo'hanan, qui admet un intervalle illimité (neuf sonneries étalées sur neuf heures de la journée acquittent encore).

Rachi précise le contenu de ces neuf sonneries : ce sont les neuf de Roch Hachana selon la Torah -- trois pour malkhouyot (tekia, teroua, tekia), trois pour zikhronot, trois pour chofarot. Si nous en sonnons davantage aujourd'hui, c'est à cause du safek sur la nature de la teroua : nous ne savons pas si c'est genouhei (gémissement) ou yeloulei (sanglot).

🖼️ Schéma
Quelle pause est tolérable entre tekia, teroua et tekia ? Trois seuils, du plus strict au plus large -- et c'est le mot ve-lo kloum qui désigne le plus strict. La séquence : TEKIA -- TEROUA -- TEKIA (une seule unité, la bava) Question : jusqu'où peut-on s'arrêter entre les trois sans devoir tout recommencer depuis le début ? 1. RABBI YEHOUDA le plus strict Aucune pause du tout : ein bein tekia li-teroua VE-LO KLOUM. Tossefot précise : sauf kedei nechima, le temps d'une respiration -- il en faut. 2. RABBI ABBAHOU position intermédiaire S'il s'est arrêté le temps de dire la séquence entière, il RECOMMENCE au début. Une pause plus courte ne casse pas la séquence. Roch Hachana 34b 3. RABBI YO'HANAN le plus large Neuf sonneries entendues en neuf heures différentes de la journée : il est ACQUITTÉ. Même une interruption énorme ne fait pas recommencer. Ce que la guemara écarte ici Hava amina : Rav Kahana parlerait selon les Rabbanan (pause brève permise) et viserait seulement R. Yo'hanan -- position 2 contre 3. Réfutation : il a dit ve-lo kloum, PAS DU TOUT. Or contre R. Yo'hanan il aurait suffi de dire : pas de pause PROLONGÉE. Donc Rav Kahana est en position 1, celle de R. Yehouda : tekia-teroua-tekia forment une seule et même sonnerie. Nafka mina selon Tossefot : le débat R. Abbahou / R. Yo'hanan ne change rien pour les tekiot selon R. Yehouda, mais il compte pour le Hallel, la meguila, le Chema et la tefila.
Les trois seuils de pause tolérable entre les sonneries -- R. Yehouda, R. Abbahou, R. Yo'hanan -- et la raison pour laquelle Rav Kahana se situe au plus strict.
2
וְאֵימָא הָכִי נָמֵי! אִם כֵּן, מַאי ״וְלֹא כְלוּם״?

Et dis effectivement qu'il en est ainsi ! -- Si c'était le cas, que signifierait « et rien du tout » ?

📜 Rachi (1)
וְלֹא כְלוּם מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ הַפְסָקָה מוּעֶטֶת לֵיתָא:
Et rien du tout : cela implique que même une pause brève n'a pas lieu d'être.
💡 Explication

La guemara accepte un instant la hava amina : et pourquoi ne pas dire, en effet, que Rav Kahana suit les Rabbanan et ne vise que Rabbi Yo'hanan ?

La réfutation tient à un seul mot. Rav Kahana n'a pas dit « il n'y a pas de pause prolongée » ; il a dit ve-lo kloum -- et rien du tout. Cette expression, note Rachi, implique que même une pause brève est exclue. Or les Rabbanan tolèrent la pause brève ; seul Rabbi Yehouda, pour qui les trois sonneries forment une unité indivisible, exige qu'il n'y ait rigoureusement rien entre elles.

3
עֶרֶב שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג כּוּ׳. וְאִילּוּ לְמַעֲלָה עֲשִׂירִית לָא קָתָנֵי. מַתְנִיתִין מַנִּי? רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא. דְּתַנְיָא: שָׁלֹשׁ לְמַעְלָה עֲשִׂירִית, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: שָׁלֹשׁ עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ.

« La veille du Chabbat qui tombe pendant la fête, etc. » -- et pourtant [la michna] n'enseigne pas « au dixième degré ». Selon qui est notre michna ?

C'est Rabbi Eliezer ben Yaakov. Car il a été enseigné : trois [sonneries] au dixième degré ; Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : trois sur l'autel.

💡 Explication

Nouvelle sougya, qui va occuper tout le reste du folio : le décompte des sonneries au Temple. La michna (53b) a énuméré les quarante-huit sonneries de la veille de Chabbat tombant pendant Souccot : trois pour l'ouverture des portes, trois à la porte haute, trois à la porte basse, trois pour le puisage de l'eau, trois sur l'autel, neuf pour le tamid du matin, neuf pour celui de l'après-midi, neuf pour le moussaf, trois pour faire cesser le travail et trois pour séparer le saint du profane.

La guemara relève une absence : la michna ne mentionne nulle part le dixième degré (le-maala asirit), c'est-à-dire la dixième des quinze marches qui descendent de la cour d'Israël à la Ezrat nachim. Or une beraita connaît une position où l'on sonne précisément là. Notre michna n'est donc pas de tout le monde : elle est de Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui place cette série de trois sur l'autel.

4
הָאוֹמֵר לְמַעְלָה עֲשִׂירִית — אֵינוֹ אוֹמֵר עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ, וְהָאוֹמֵר עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ — אֵינוֹ אוֹמֵר לְמַעֲלָה עֲשִׂירִית.

Celui qui dit « au dixième degré » ne dit pas « sur l'autel », et celui qui dit « sur l'autel » ne dit pas « au dixième degré ».

📜 Rachi (1)
אֵינוֹ אוֹמֵר עַל גַּבֵּי מִזְבֵּחַ שֶׁהָיוּ תּוֹקְעִין לְגַבֵּי הַמִּזְבֵּחַ:
Ne dit pas sur l'autel : [c'est-à-dire] qu'on sonnait auprès de l'autel.
💡 Explication

Précision décisive pour la suite du calcul : les deux positions ne s'additionnent pas. Le total des sonneries propres à la fête reste de douze dans les deux cas -- trois à la porte haute, trois à la porte basse, trois pour le puisage, et une quatrième série de trois dont seul l'emplacement est en débat.

C'est ce qui rend l'argument du segment précédent valide : si les deux emplacements pouvaient coexister, l'absence du dixième degré dans la michna ne prouverait rien. Puisqu'ils s'excluent, cette absence identifie l'auteur de la michna.

5
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב? כֵּיוָן דְּתָקַע לִפְתִיחַת שְׁעָרִים, לְמַעֲלָה עֲשִׂירִית לָמָּה לִי דְּתָקַע? הַאי לָאו שַׁעַר הוּא! הִלְכָּךְ, עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ עֲדִיף. וְרַבָּנָן סָבְרִי: כֵּיוָן דְּתָקַע לְמִילּוּי הַמַּיִם, עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ לָמָּה לִי? הִלְכָּךְ, לְמַעְלָה הָעֲשִׂירִית עָדִיף.

Quelle est la raison de Rabbi Eliezer ben Yaakov ? Puisqu'il a déjà sonné pour l'ouverture des portes, pourquoi aurais-je besoin qu'il sonne au dixième degré ?

Celui-ci n'est pas une porte ! Dès lors, [sonner] sur l'autel est préférable.

Et les Rabbanan tiennent : puisqu'il a déjà sonné pour le puisage de l'eau, pourquoi [sonner] sur l'autel ? Dès lors, le dixième degré est préférable.

📜 Rachi (1)
ה"ג לְגַבֵּי הַמִּזְבֵּחַ לָמָּה לִי דְּתָקַע הָא תָּקַע לֵיהּ לְמִילּוּי הַמַּיִם כָּל תְּקִיעוֹת הַלָּלוּ שֶׁל שַׁעַר הָעֶלְיוֹן וְהַתַּחְתּוֹן וְשַׁעַר הַמַּיִם מִשּׁוּם מִילּוּי הַמַּיִם הוּא הִלְכָּךְ לַעֲרָבָה לָמָּה לִי תְּקִיעָה הָא כָּל הָנֵי תְּקִיעוֹת דְּמוּסָפִין בֶּחָג אֵינָן אֶלָּא מִשּׁוּם וּשְׁאַבְתֶּם מַיִם בְּשָׂשׂוֹן הִלְכָּךְ הוֹאִיל וּגְמִירִי חֶשְׁבּוֹן הַתְּקִיעוֹת בְּחַג שְׁנֵים עָשָׂר לְמַעְלָה הָעֲשִׂירִית עָדִיף לְמֶיעְבַּד דְּמוֹכְחָא מִילְּתָא שֶׁהֵן מִשּׁוּם מִילּוּי הַמַּיִם שֶׁתּוֹקֵעַ לְכֻולָּן עַל דְּבַר הַמִּילּוּי כַּסֵּדֶר וּמַעֲלָה עֲשִׂירִית מִשּׁוּם דְּמָקוֹם מְסֻויָּם בְּעָלְמָא הוּא לֵידַע הֵיכָן תּוֹקְעִין אוֹתָם וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי שָׁלֹשׁ לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ כְּשֶׁמּוֹלִיכִין אֶת הַמַּיִם לַמִּזְבֵּחַ וה"ג לְגַבֵּי הַמִּזְבֵּחַ לָמָּה לִי דְּתָקַע הָא תָּקַע לֵיהּ בִּשְׁעַת נִסּוּךְ הַמַּיִם ט' לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר בִּשְׁעַת נְסָכִים הָיוּ שֶׁאֵין אוֹמְרִים שִׁיר אֶלָּא עַל הַיַּיִן וְקַשְׁיָא לִי א"כ נְפִישָׁן לְהוּ תְּקִיעוֹת דְּהָא אִיכָּא הָנָךְ דִּתְנַן גַּבֵּי זְקִיפַת עֲרָבָה אוֹ שֶׁמָּא זְקִיפַת עֲרָבָה בְּעֵת שֶׁמּוֹלִיכִין הַמַּיִם לַמִּזְבֵּחַ הִיא:
Voici la version [correcte] : « auprès de l'autel, pourquoi aurais-je besoin qu'il sonne ? Il a déjà sonné pour le puisage de l'eau. » -- Toutes ces sonneries, celles de la porte haute, de la porte basse et de la porte des Eaux, sont à cause du puisage de l'eau. Dès lors, pour l'arava, pourquoi une sonnerie ? Car toutes ces sonneries des moussafim pendant la fête ne sont là qu'à cause de « et vous puiserez de l'eau dans la joie » (Yechaya 12,3). Dès lors, puisqu'il est reçu par tradition que le compte des sonneries de la fête est de douze, il est préférable de les faire au dixième degré, car la chose est ainsi manifeste : elles sont à cause du puisage de l'eau, puisqu'il sonne pour toutes sur ce qui touche au puisage, selon l'ordre [du trajet] ; et [pourquoi] le dixième degré ? Parce que c'est simplement un lieu déterminé, pour savoir où on les sonne. -- Et moi j'ai entendu [une autre explication] : « trois auprès de l'autel », lorsqu'on conduit l'eau vers l'autel ; et la version serait : « auprès de l'autel, pourquoi aurais-je besoin qu'il sonne ? Il a déjà sonné au moment de la libation de l'eau », les neuf du tamid du matin ayant lieu au moment des libations, car on ne dit le chant que sur le vin. Mais cela m'est difficile : s'il en était ainsi, les sonneries deviendraient trop nombreuses, car il y a encore celles que nous avons apprises à propos du dressement de l'arava. -- Ou bien peut-être le dressement de l'arava a-t-il lieu au moment où l'on conduit l'eau vers l'autel.
💡 Explication

Chaque position élimine la série qui lui paraît faire doublon, et garde l'autre.

Rabbi Eliezer ben Yaakov : les sonneries de ce cortège sont des sonneries de passage -- on sonne aux portes. Puisqu'on a déjà sonné pour l'ouverture des portes, sonner encore au dixième degré n'ajoute rien : haï lav chaar hou, celui-ci n'est pas une porte, une marche d'escalier ne marque aucun seuil. La quatrième série ira donc à l'aboutissement du trajet, sur l'autel.

Les Rabbanan raisonnent en sens inverse : puisqu'on a déjà sonné pour le puisage de l'eau, sonner de nouveau sur l'autel redoublerait le même acte -- l'eau puisée est l'eau versée. Mieux vaut jalonner le trajet ; et le dixième degré, explique Rachi, n'est qu'un repère convenu pour savoir où l'on sonne. Rachi ajoute la logique d'ensemble : toutes ces sonneries surnuméraires de la fête ne sont là que pour ou-cheavtem mayim be-sasson -- « vous puiserez de l'eau dans la joie » ; les rattacher toutes au parcours de l'eau rend la chose manifeste. Le nombre douze, lui, est acquis par tradition.

🖼️ Schéma
Les douze sonneries de la fête : le dixième degré OU l'autel Le compte de douze est acquis par tradition. La mahloket ne porte que sur l'emplacement de la DERNIÈRE série de trois. Le trajet de l'eau, et les sonneries qui le ponctuent Puisage au Chiloah --> porte des Eaux --> porte basse --> porte haute --> les quinze degrés --> l'autel Trois séries sont incontestées : porte haute, porte basse, puisage de l'eau. Reste une quatrième série à placer. RABBI ELIEZER BEN YAAKOV trois SUR L'AUTEL (al gabei ha-mizbeah) Raison : on a déjà sonné pour l'ouverture des portes. Pourquoi sonner en plus au dixième degré ? Haï lav chaar hou -- celui-ci n'est pas une porte ! Une sonnerie doit marquer un passage réel ; un degré d'escalier n'en est pas un. C'est la position de NOTRE MICHNA LES RABBANAN (beraita) trois AU DIXIÈME DEGRÉ (le-maala asirit) Raison : on a déjà sonné pour le puisage de l'eau. Sonner encore sur l'autel ferait doublon avec le même acte. Mieux vaut jalonner le TRAJET de l'eau : le dixième degré est un simple repère convenu, pour savoir où l'on sonne. Rachi : ainsi il est manifeste que TOUTES Règle d'exclusion mutuelle (seg. 3) Celui qui dit le dixième degré ne dit pas l'autel ; celui qui dit l'autel ne dit pas le dixième degré. Jamais quinze sonneries : toujours douze. Nafka mina pour la suite : c'est parce que la michna ne mentionne PAS le dixième degré qu'on l'identifie à R. Eliezer ben Yaakov -- point qui servira en seg. 7 et 9.
La mahloket sur l'emplacement de la quatrième série de trois sonneries : sur l'autel (R. Eliezer ben Yaakov, position de notre michna) ou au dixième degré (les Rabbanan).
6
כִּי אֲתָא רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא מִדָּרוֹמָא, אַיְּיתִי מַתְנִיתָא בִּידֵיהּ: ״וּבְנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֲנִים יִתְקְעוּ בַּחֲצֹוצְרוֹת״, שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״יִתְקְעוּ״, שֶׁכְּבָר נֶאֱמַר ״וּתְקַעְתֶּם בַּחֲצֹוצְרֹות עַל עֹולֹותֵיכֶם וְעַל זִבְחֵי שַׁלְמֵיכֶם״. וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״יִתְקְעוּ״ — הַכֹּל לְפִי הַמּוּסָפִין תּוֹקְעִין. הוּא תָּנֵי לָהּ, וְהוּא אָמַר לָהּ: לוֹמַר שֶׁתּוֹקְעִין עַל כָּל מוּסָף וּמוּסָף.

Lorsque Rabbi Aha bar Hanina vint du Sud, il apporta une beraita en main : « Et les fils d'Aharon, les kohanim, sonneront des trompettes » (Bamidbar 10,8) -- or le verset n'a pas besoin de dire « sonneront », puisqu'il est déjà dit « et vous sonnerez des trompettes sur vos holocaustes et sur vos sacrifices de chelamim » (Bamidbar 10,10). Que vient donc enseigner « sonneront » ? -- Tout se sonne selon les moussafim.

C'est lui qui l'enseignait et c'est lui qui l'expliquait : cela veut dire qu'on sonne pour chaque moussaf en particulier.

📜 Rachi (4)
שֶׁאֵין ת"ל יִתְקְעוּ אֶלָּא וּבְנֵי אַהֲרֹן בַּחֲצוֹצְרוֹת:
Le verset n'a pas besoin de dire « sonneront » : mais [il aurait suffi d'écrire] « et les fils d'Aharon, avec les trompettes ».
הַכֹּל לְפִי הַמּוּסָפִין תּוֹקְעִין מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל לָהּ:
Tout se sonne selon les moussafim : il va l'expliquer.
הוּא תָּנֵי לָהּ רַבִּי אֲחָא דְּתָנֵי לָהּ הוּא אָמַר לָהּ:
C'est lui qui l'enseignait : Rabbi Aha, qui l'enseignait, c'est lui qui l'expliquait.
לוֹמַר שֶׁתּוֹקְעִין כו' הוּא הָיָה מְפָרֵשׁ לָהּ דְּמַאי הַכֹּל לְפִי הַמּוּסָפִין דְּקָאָמְרִינַן שֶׁתּוֹקְעִין עַל כָּל מוּסָף וּמוּסָף יוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת כְּגוֹן שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב וְצָרִיךְ שְׁנֵי מוּסָפִין תּוֹקְעִין לְכָל מוּסָף שֶׁאוֹמְרִים לְמוּסָף שַׁבָּת שִׁיר שֶׁל שַׁבָּת וְתוֹקְעִין תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת לִשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים וּלְמוּסַף יו"ט שִׁיר שֶׁל יוֹם טוֹב וְתוֹקְעִין ט' תְּקִיעוֹת:
Cela veut dire qu'on sonne, etc. : c'est lui qui l'expliquait -- que signifie « tout selon les moussafim » que nous disons ? Qu'on sonne pour chaque moussaf en particulier. Un jour qui comporte deux saintetés, par exemple Chabbat et Yom Tov, et qui requiert deux moussafim : on sonne pour chaque moussaf, car pour le moussaf du Chabbat on dit le chant du Chabbat et l'on sonne neuf sonneries aux trois perakim, et pour le moussaf du Yom Tov [on dit] le chant du Yom Tov et l'on sonne neuf sonneries.
💡 Explication

Rabbi Aha bar Hanina rapporte de Judée (darroma, le Sud) une beraita fondée sur un mot superflu (yitor). Le verset de Bamidbar 10,8 dit : « et les fils d'Aharon, les kohanim, sonneront des trompettes ». Le verbe est de trop : deux versets plus loin, la Torah a déjà prescrit de sonner sur les offrandes. Rachi précise qu'il aurait suffi d'écrire « et les fils d'Aharon, avec les trompettes ».

Le mot surnuméraire enseigne donc une règle nouvelle : ha-kol lefi ha-moussafin tokin -- tout se sonne selon les moussafim. La guemara note que la formule est obscure et que celui qui transmet la beraita est aussi celui qui en donne l'explication (hou tani lah ve-hou amar lah) : on sonne pour chaque moussaf séparément.

Rachi donne l'exemple : un jour qui porte deux saintetés -- Chabbat et Yom Tov -- exige deux moussafim ; on sonne alors pour chacun. Pour le moussaf du Chabbat on dit le chant du Chabbat avec neuf sonneries réparties sur les trois perakim (arrêts du chant des Leviim), et pour le moussaf du Yom Tov le chant du jour avec neuf sonneries supplémentaires.

7
תְּנַן: עֶרֶב שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג הָיוּ שָׁם אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה. וְאִם אִיתָא, לִיתְנֵי: שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ חַמְשִׁין וְחַד! אָמַר רַבִּי זֵירָא: לְפִי שֶׁאֵין תּוֹקְעִין לִפְתִיחַת שְׁעָרִים בְּשַׁבָּת.

Nous avons appris [dans la michna] : la veille du Chabbat qui tombe pendant la fête, il y avait là quarante-huit [sonneries]. Or si c'était exact, qu'il enseigne « le Chabbat qui tombe pendant la fête » -- tu y trouves cinquante et une !

Rabbi Zera dit : parce qu'on ne sonne pas pour l'ouverture des portes le Chabbat.

📜 Rachi (2)
וְאִם אִיתָא דְּתוֹקְעִין עַל כָּל מוּסָף לִיתְנֵי שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג:
Or si c'était exact -- qu'on sonne pour chaque moussaf -- qu'il enseigne « le Chabbat qui tombe pendant la fête ».
שֶׁאֵין תּוֹקְעִין לִפְתִיחַת שְׁעָרִים בְּשַׁבָּת שֶׁאֵינָהּ לְמִצְוָה כִּתְקִיעוֹת שֶׁל קָרְבָּן דִּכְתִיבִי בִּקְרָא וּתְקַעְתֶּם בַּחֲצֹוצְרֹות עַל עֹולֹותֵיכֶם אֲבָל הָנָךְ לְסִימָנָא נִינְהוּ שֶׁיִּשְׁמְעוּ וְיָבֹאוּ לְמַעֲמָדָם וּלְדוּכָנָם וְלָא דָּחוּ שַׁבָּת הִלְכָּךְ הֲדַר הָוֵי לְהוּ מ"ח:
Qu'on ne sonne pas pour l'ouverture des portes le Chabbat : car elle n'est pas une mitsva, comme le sont les sonneries du sacrifice, qui sont écrites dans le verset « et vous sonnerez des trompettes sur vos holocaustes » ; mais celles-là ne sont qu'un signal, pour qu'ils entendent et viennent à leur maamad et à leur doukhan -- et elles ne repoussent pas le Chabbat. Dès lors, on revient à quarante-huit.
💡 Explication

La règle de Rabbi Aha bar Hanina est mise à l'épreuve du plafond de la michna : « on n'ajoute pas au-delà de quarante-huit ». Or, si l'on sonne une série de neuf par moussaf, le Chabbat tombant pendant Souccot devrait totaliser cinquante et une sonneries : vingt et une du socle quotidien, douze propres à la fête, neuf pour le moussaf de la fête et neuf pour celui du Chabbat. Non seulement la michna aurait dû enseigner ce cas plus riche, mais il contredirait son propre maximum.

Rabbi Zera répond en retranchant trois : les sonneries de l'ouverture des portes ne se font pas le Chabbat. Rachi en donne la raison de fond -- elles ne sont pas une mitsva du korban, de celles que le verset prescrit (« et vous sonnerez des trompettes sur vos holocaustes ») ; elles ne sont qu'un signal, pour que chacun entende et vienne à son maamad et les Leviim à leur doukhan. Un simple signal ne repousse pas le Chabbat. On revient donc à quarante-huit.

🖼️ Schéma
L'objection des cinquante et une, et la réponse de Rabbi Zera Si l'on sonne pour chaque moussaf, le Chabbat dans la fête dépasse le plafond de la michna. CHABBAT DANS LA FÊTE selon R. Aha 21 socle quotidien + 12 propres à la fête (portes, eau, autel) + 9 moussaf de la fête + 9 moussaf du Chabbat = 51 > 48 PROBLÈME La michna : ein mossifin al mem-het -- on n'ajoute pas au-delà de 48. RÉPONSE DE RABBI ZERA On ne sonne pas pour l'ouverture des portes le Chabbat : ces trois-là ne sont pas une mitsva du korban, seulement un SIGNAL, pour appeler chacun à son maamad et les Leviim à leur doukhan. 51 - 3 = 48 Un signal ne repousse pas le Chabbat. La double réfutation de Rava (seg. 7) 1. Hada -- la michna dit bekhol yom, 21 Ces 21 INCLUENT les trois des portes. Si le Chabbat elles ne se font pas, on tomberait sous 21 -- contre ein pohatin. 2. Ve-od -- même en te suivant, ton exemple est mal choisi Si Chabbat et veille de Chabbat font tous deux 48, il fallait enseigner CHABBAT : on y apprend deux choses à la fois -- R. Eliezer ben Yaakov (autel, pas dixième degré) ET R. Aha bar Hanina (une série par moussaf). Alors que la veille de Chabbat n'apprend que R. Eliezer ben Yaakov : les six de havtala et havdala étaient déjà dans la recha.
L'objection des cinquante et une sonneries, la réponse de Rabbi Zera par la suppression des trois sonneries des portes, et la double réfutation de Rava.
8
אָמַר רָבָא: מַאן הַאי דְּלָא חָשׁ לְקִימְחֵיהּ! חֲדָא: ד״בְּכָל יוֹם״ תְּנַן, וְעוֹד: אִי נָמֵי כַּהֲדָדֵי נִינְהוּ, לִיתְנֵי שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג הָיוּ שָׁם אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה, דְּשָׁמַעְתָּ מִינָּהּ תַּרְתֵּי: שָׁמְעַתְּ מִינַּהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב, וְשָׁמְעַתְּ מִינַּהּ דְּרַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא.

Rava dit : quel est celui-là, qui n'a cure de sa farine ! Premièrement : nous avons appris « chaque jour » [vingt et une] ; et de plus : même si elles sont égales entre elles, qu'il enseigne « le Chabbat qui tombe pendant la fête, il y avait là quarante-huit » -- ce dont tu apprendrais deux choses : tu en apprendrais [la position] de Rabbi Eliezer ben Yaakov, et tu en apprendrais [celle] de Rabbi Aha bar Hanina.

📜 Rachi (5)
מַאן הָא דְּתָרֵיץ הָכִי:
Quel est celui-là : qui a répondu ainsi.
דְּלָא חָשׁ לְקִימְחָא טוֹחֵן וּמוֹצִיא סֻובִּין וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ כְּלוֹמַר מַרְבֶּה דְּבָרִים שֶׁאֵינָם:
Qui n'a cure de sa farine : il moud et fait sortir le son [avec la farine] sans s'en soucier -- c'est-à-dire qu'il multiplie des propos sans substance.
חֲדָא דְּמַתְנִי' תְּנַן בְּכָל יוֹם הָיוּ שָׁם אַחַת וְעֶשְׂרִים וּמָנֵי פְּתִיחַת שְׁעָרִים בַּהֲדַייְהוּ וְאִם אֵינָם בְּשַׁבָּת נִמְצָא שֶׁפּוֹחֲתִין מֵאַחַת וְעֶשְׂרִים:
Premièrement, notre michna enseigne « chaque jour » : il y avait là vingt et une, et elle compte l'ouverture des portes parmi elles ; or si elles n'ont pas lieu le Chabbat, il se trouve qu'on descend au-dessous de vingt et une.
וְעוֹד אִי נָמֵי כִּי הֲדָדֵי נִינְהוּ כְּלוֹמַר אַפֵּי' לִדְבָרָיו שֶׁאֵין תּוֹקְעִין לִפְתִיחַת שְׁעָרִים בְּשַׁבָּת וְהָווּ לְהוּ נַמֵּי בְּשַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הֶחָג מ"ח כִּדְהָווּ אַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה בע"ש שֶׁבְּתוֹךְ הֶחָג לִיתְנֵי שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג דְּהָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי וּלְמִישְׁבַּק ע"ש:
Et de plus, même si elles sont égales entre elles : c'est-à-dire, même selon ses propres paroles -- qu'on ne sonne pas pour l'ouverture des portes le Chabbat, en sorte que le Chabbat tombant pendant la fête fasse lui aussi quarante-huit, comme il y en a quarante-huit la veille du Chabbat tombant pendant la fête -- qu'il enseigne alors « le Chabbat qui tombe pendant la fête » ; car c'est cela qu'il aurait fallu enseigner, en laissant de côté la veille de Chabbat.
דְּהָא שָׁמְעִינַן מִינַּהּ תַּרְתֵּי שָׁמְעַתְּ מִינַּהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב דְּאֵין תּוֹקְעִין לְמַעְלָה הָעֲשִׂירִית אֶלָּא עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ כִּדְקָאָמַר לְהוּ וְאָזֵיל וְשָׁמְעִינַן מִינֵּיהּ דְּרַבִּי אֲחָא דְּתוֹקְעִין עַל כָּל מוּסָף דְּאִילּוּ שְׁלֹשָׁה לְהַבְדִּיל וְג' לְהַבְטִיל אַשְׁמְעִינַן בְּרֵישָׁא וְאַמַּאי שָׁבְקָה וּתְנָא ע"ש וְלָא אַשְׁמְעִינַן מִילְּתָא חַדְתָּא אֶלָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב לְחֻודָּא:
Car nous en apprenons deux choses : tu en apprends [la position] de Rabbi Eliezer ben Yaakov -- qu'on ne sonne pas au dixième degré mais sur l'autel, comme il va le dire -- et nous en apprenons [celle] de Rabbi Aha, qu'on sonne pour chaque moussaf. Alors que les trois pour séparer [le saint du profane] et les trois pour faire cesser [le travail], il nous les a déjà enseignés dans la recha. Pourquoi donc a-t-il laissé cela de côté et enseigné la veille de Chabbat, ne nous enseignant ainsi qu'une seule chose nouvelle, celle de Rabbi Eliezer ben Yaakov ?
💡 Explication

L'expression de Rava est une image de meunier : maan haï de-lo hach le-kimheh -- qui est celui-là, qui n'a cure de sa farine ? Rachi l'explique : il moud et laisse passer le son avec la farine sans s'en soucier ; autrement dit, il multiplie des propos sans substance.

Première réfutation. La michna dit bekhol yom -- chaque jour, vingt et une sonneries -- et ces vingt et une incluent les trois de l'ouverture des portes. Si elles ne se faisaient pas le Chabbat, on tomberait au-dessous de vingt et une, en contradiction avec le plancher posé par la michna elle-même (ein pohatin).

Seconde réfutation. Même en admettant la thèse de Rabbi Zera -- Chabbat et veille de Chabbat font alors tous deux quarante-huit --, le choix de la michna reste mauvais. Il fallait enseigner le Chabbat, car ce cas apprend deux nouveautés à la fois : celle de Rabbi Eliezer ben Yaakov (on ne sonne pas au dixième degré) et celle de Rabbi Aha bar Hanina (une série par moussaf). Tandis que la veille de Chabbat n'apprend que la première : les six sonneries de havtala et de havdala avaient déjà été enseignées dans la partie précédente de la michna.

9
אֶלָּא אָמַר רָבָא: לְפִי שֶׁאֵין תּוֹקְעִין לְמִילּוּי מַיִם בְּשַׁבָּת, דְּבָצְרִי טוּבָא. וְלִיתְנֵי נָמֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, דְּהָא אִיכָּא תְּלָתָא מוּסָפִין: מוּסָף דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה, מוּסָף דְּרֹאשׁ חֹודֶשׁ, מוּסָף דְּשַׁבָּת.

Rava dit plutôt : parce qu'on ne sonne pas pour le puisage de l'eau le Chabbat, de sorte qu'elles sont bien moins nombreuses. -- Et qu'il enseigne aussi Roch Hachana qui tombe un Chabbat, car il y a là trois moussafim : le moussaf de Roch Hachana, le moussaf de Roch Hodech et le moussaf du Chabbat !

📜 Rachi (3)
לְפִי שֶׁאֵין תּוֹקְעִין לְמִילּוּי הַמַּיִם בַּשַּׁבָּת שֶׁכְּבָר נִתְמַלְּאוּ מֵעֶרֶב שַׁבָּת כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (לְעֵיל סֻוכָּה דַּף מח:) אֶלָּא שֶׁהָיָה מְמַלֵּא מֵעֶרֶב שַׁבָּת:
Parce qu'on ne sonne pas pour le puisage de l'eau le Chabbat : car elles avaient déjà été remplies depuis la veille du Chabbat, comme nous l'avons appris au chapitre Loulav ve-arava (plus haut, Souca 48b) -- si ce n'est qu'il remplissait depuis la veille du Chabbat.
וּבָצְרִי לְהוּ טוּבָא כָּל הַנּוֹסָפוֹת בְּחַג דְּשַׁעַר עֶלְיוֹן וְתַחְתּוֹן וְשַׁעַר הַמַּיִם וּלְגַבֵּי מִזְבֵּחַ וּבָצְרִי לְהוּ נַמֵּי דִּלְהַבְטִיל וּלְהַבְדִּיל דְּעֶרֶב שַׁבָּת וְאִיכָּא טוּבָא:
Et il en manque beaucoup : toutes les [sonneries] surnuméraires de la fête, celles de la porte haute et de la porte basse, de la porte des Eaux et de l'autel ; et il manque aussi celles pour faire cesser [le travail] et pour séparer [le saint du profane] de la veille du Chabbat -- et cela fait beaucoup.
וְלִיתְנֵי ר"ה כו' לְרַבִּי אֲחָא מוֹתְבִינַן אִם אִיתָא דְּתוֹקְעִין לְכָל מוּסָף לִיתְנֵי ר"ה שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת הָיוּ שָׁם מ"ח כ"א שֶׁבְּכָל יוֹם וכ"ז שֶׁל שְׁלֹשָׁה מוּסָפִין:
Et qu'il enseigne Roch Hachana, etc. : c'est à Rabbi Aha que nous objectons -- s'il est vrai qu'on sonne pour chaque moussaf, qu'il enseigne « Roch Hachana qui tombe un Chabbat, il y avait là quarante-huit » : les vingt et une de chaque jour et les vingt-sept des trois moussafim.
💡 Explication

La réponse de Rava. Le Chabbat, on ne puise pas l'eau : la michna du chapitre Loulav ve-arava (48b) enseigne que l'eau était déjà puisée depuis la veille. Tombent donc non seulement les trois du puisage, mais toute la série des sonneries propres à la fête -- porte haute, porte basse, porte des Eaux, autel -- et de surcroît les six de la veille de Chabbat. De-batsri touva : il en manque beaucoup. Le Chabbat dans la fête n'est donc nullement un cas de quarante-huit, et la michna n'avait aucune raison de l'enseigner.

La nouvelle objection. Mais alors, qu'elle enseigne Roch Hachana tombant un Chabbat : trois saintetés se rencontrent ce jour-là, donc trois moussafim -- Roch Hachana, Roch Hodech et Chabbat -- soit vingt-sept sonneries, qui s'ajoutent aux vingt et une du socle et donnent exactement quarante-huit. Rachi souligne que l'objection vise Rabbi Aha : si sa règle est vraie, ce cas devait figurer dans la michna. Son absence semble la réfuter.

🖼️ Schéma
La vraie réponse de Rava, et l'objection de Roch Hachana RAVA : le Chabbat, on ne puise pas L'eau était déjà puisée depuis la veille (michna Souka 48b). Donc tombent : les 12 de la fête (porte haute, porte basse, porte des Eaux, autel) et les 6 de la veille de Chabbat. De-batsri touva : il en manque BEAUCOUP. ALORS : ROCH HACHANA UN CHABBAT Trois saintetés le même jour, donc trois moussafim distincts : Roch Hachana 9 Roch Hodech 9 Chabbat 9 21 + 27 = 48 -- pourquoi l'omettre ? La sortie de la guemara (seg. 9-10) Tentative : la veille de Chabbat dans la fête était NÉCESSAIRE, pour trancher comme R. Eliezer ben Yaakov. -- Rejeté : personne ne demande de choisir. Qu'il enseigne l'un ET l'autre, chacun ayant sa nouveauté. Réponse finale : tana ve-chayer -- il a enseigné et il a omis. Mais la guemara contrôle immédiatement : mai chayer de-haï chayer ? Qu'a-t-il omis d'AUTRE ? Car on n'invoque pas une omission isolée : il faut au moins deux cas laissés de côté. Réponse : la veille de Pessa'h. L'omission devient une liste, donc un procédé légitime du tana.
La réponse de Rava (le Chabbat on ne puise pas l'eau) et l'objection de Roch Hachana tombant un Chabbat, qui atteint exactement quarante-huit avec ses trois moussafim.
10
עֶרֶב שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ, לְאַשְׁמֹעִינַן כִּדְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. אַטּוּ מִי קָאָמַר — לִיתְנֵי הָא וְלָא לִיתְנֵי הָא? לִיתְנֵי הָא וְלִיתְנֵי הָא! תָּנָא וְשַׁיַּיר. מַאי שַׁייַּר דְּהַאי שַׁיַּיר?

[Enseigner] la veille du Chabbat qui tombe pendant la fête lui était nécessaire, pour nous enseigner [la position] de Rabbi Eliezer ben Yaakov. -- Est-ce que quelqu'un dit : qu'il enseigne ceci et n'enseigne pas cela ? Qu'il enseigne ceci et qu'il enseigne cela ! -- Le tana a enseigné et a omis. -- Qu'a-t-il donc omis [d'autre], pour qu'il ait omis celui-ci ?

📜 Rachi (1)
כִּדְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב דְּמָנֵי לְהוּ וְלָא חֲשִׁיב דִּלְמַעְלָה הָעֲשִׂירִית:
Comme Rabbi Eliezer ben Yaakov : car il les a comptées et n'a pas fait figurer celle du dixième degré.
💡 Explication

Première tentative de réponse : la michna avait besoin du cas de la veille de Chabbat, car c'est lui qui révèle sa position halakhique -- elle compte les sonneries sans faire figurer le dixième degré, donc elle tranche comme Rabbi Eliezer ben Yaakov.

La guemara rejette l'argument : personne ne demandait de choisir entre les deux cas. Litni ha ve-litni ha -- qu'il enseigne celui-ci et celui-là, puisque chacun apporte une nouveauté propre.

Reste alors le recours classique : tana ve-chayer -- le tana a enseigné et a omis, sans prétendre à l'exhaustivité. Mais la guemara ne l'accepte jamais sans contrôle : mai chayer de-haï chayer -- qu'a-t-il omis d'autre ? Le principe est qu'une omission isolée n'est pas une omission ; si le tana n'avait laissé de côté qu'un seul cas, il l'aurait enseigné. Il faut donc produire au moins un second cas manquant pour que l'omission apparaisse comme un procédé et non comme un oubli.

11
שִׁייֵּר עֶרֶב הַפֶּסַח.

Il a omis la veille de Pessa'h.

📜 Rachi (1)
עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁיֵּשׁ בִּשְׁחִיטַת פֶּסַח כ"ז תְּקִיעוֹת שֶׁהַפֶּסַח נִשְׁחָט בַּג' כִּתּוֹת כַּת אַחַר כַּת כִּדְאָמַר בְּתָמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף סד.) וְכָל כַּת קוֹרְאָה אֶת הַהַלֵּל ג' פְּעָמִים שֶׁהָיוּ פִּסְחֵיהֶם מְרֻובִּין וְהָיוּ טְעוּנִין הַלֵּל בִּשְׁחִיטָתָם וְלֹא הָיוּ מַסְפִּיקִין לִשְׁחֹוט פִּסְחָם כָּל כַּת וְכַת עַד שֶׁיִּקְרָאוּהוּ שָׁלֹשׁ פְּעָמִים וְאַף עַל גַּב דִּתְנַן הָתָם אע"פ שֶׁלֹּא שִׁילְּשׁוּ מֵימֵיהֶן הַייְנוּ לֹא גָּמְרוּ פַּעַם שְׁלִישִׁית כֻּולּוֹ אֲבָל מִיהוּ אֵין כַּת שֶׁלֹּא הָיְתָה גּוֹמַרְתּוֹ שְׁתֵּי פְּעָמִים וּמַתְחֶלֶת בּוֹ פַּעַם שְׁלִישִׁית וְאֵין חָסֵר מִן הַתְּקִיעוֹת כְּלוּם שֶׁבִּתְחִילַּת קְרִיאָתוֹ תּוֹקְעִין וְכָל קְרִיאָה ג' תְּקִיעוֹת:
La veille de Pessa'h : car il y a à l'égorgement du Pessa'h vingt-sept sonneries. Le Pessa'h est en effet égorgé en trois groupes, l'un après l'autre, comme il est dit dans [le chapitre] Tamid nichhat (Pessahim 64a) ; et chaque groupe récite le Hallel trois fois, car leurs offrandes pascales étaient nombreuses et requéraient le Hallel lors de leur égorgement, et chaque groupe n'avait pas le temps d'achever d'égorger ses offrandes avant de l'avoir récité trois fois. Et bien que nous ayons appris là-bas « bien qu'ils ne l'aient jamais fait une troisième fois », cela signifie qu'ils n'ont jamais achevé entièrement la troisième fois ; mais en tout cas, il n'est pas de groupe qui ne l'ait achevée deux fois et commencée une troisième. Et il ne manque rien aux sonneries, car c'est au début de la récitation qu'on sonne, et chaque récitation comporte trois sonneries.
🗂️ Tossefot (1)
שִׁייֵּר עֶרֶב הַפֶּסַח. שֶׁיֵּשׁ בִּשְׁחִיטַת הַפֶּסַח עֶשְׂרִים וְשֶׁבַע תְּקִיעוֹת שֶׁהַפֶּסַח נִשְׁחָט בְּשָׁלֹשׁ כִּתּוֹת כַּת אַחַר כַּת כְּדִתְנַן בְּתָמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף סד.) וְכָל כַּת קוֹרְאָה אֶת הַלֵּל שָׁלֹשׁ פְּעָמִים שֶׁהָיוּ פִּסְחֵיהֶן מְרֻובִּין וְהֵם טְעוּנִים הַלֵּל בִּשְׁחִיטָתָן וְלֹא הָיוּ מַסְפִּיקִין לִשְׁחֹוט פִּסְחֵיהֶם כָּל כַּת וְכַת עַד שֶׁיִּקְרָאוּהוּ ג' פְּעָמִים וְאַף עַל גַּב דִּתְנַן וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא שִׁלְּשׁוּ מֵימֵיהֶן הַייְנוּ לֹא גָּמְרוּ פַּעַם שְׁלִישִׁית אֲבָל מִיהוּ אֵין כַּת שֶׁלֹּא הָיְתָה גּוֹמַרְתּוֹ שְׁתֵּי פְּעָמִים וּמַתְחֶלֶת בּוֹ פַּעַם שְׁלִישִׁית וְאֵין חָסֵר מִן הַתְּקִיעוֹת כְּלוּם שֶׁבִּתְחִלַּת קְרִיאָה תּוֹקְעִין וּבְכָל קְרִיאָה שָׁלֹשׁ תְּקִיעוֹת כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְאֵין הַלָּשׁוֹן מַשְׁמַע כֵּן דִּתְנַן הָתָם קָרְאוּ אֶת הַהַלֵּל אִם גָּמְרוּ שָׁנוּ וְאִם שָׁנוּ שִׁלְּשׁוּ אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא שִׁלְּשׁוּ מֵימֵיהֶן מַשְׁמַע שֶׁאֲפִילּוּ כַּת רִאשׁוֹנָה לֹא הִתְחִילָה פַּעַם שְׁלִישִׁית מֵעוֹלָם וְעוֹד מַשְׁמַע שֶׁבְּרָאשֵׁי פְּרָקִים הָיוּ תּוֹקְעִין כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּסוֹף מַסֶּכֶת תָּמִיד גַּבֵּי שִׁיר שֶׁל תָּמִיד דִּבְּרוּ הַלְוִיִּם בַּשִּׁיר הִגִּיעוּ לַפֶּרֶק תָּקְעוּ וְהִשְׁתַּחֲווּ הָעָם עַל כָּל פֶּרֶק תְּקִיעָה וְעַל כָּל תְּקִיעָה הִשְׁתַּחֲוָאָה וּשְׁנֵי פְּרָקִים יֵשׁ בְּהַלֵּל מָדָר' יְהוּדָה דְּאָמַר מִימֵיהֶם שֶׁל כַּת שְׁלִישִׁית לֹא הִגִּיעָה לוֹמַר אָהַבְתִּי מַשְׁמַע דְּאָהַבְתִּי הוּא תְּחִילַּת הַפֶּרֶק וְהוֹדוּ נָמֵי תְּחִילַּת הַפֶּרֶק כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (לְעֵיל סֻוכָּה דַּף לח: וְשָׁם) מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת בְּרָאשֵׁי פְּרָקִים וְהֵם הָיוּ תּוֹקְעִין בִּתְחִלַּת הַהַלֵּל שָׁלֹשׁ תְּקִיעוֹת כְּדִתְנַן פֶּרֶק תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף סד.) נִנְעֲלוּ דַּלְתוֹת הָעֲזָרָה תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ וְכֵן לְכָל פֶּרֶק וּפֶרֶק נִמְצָא לְהַלֵּל אֶחָד תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת וְכֵן לְכָל כַּת וְכַת וְאֵין לְךָ כַּת שֶׁלֹּא הָיְתָה גּוֹמֶרֶת הַלֵּל אֶחָד לְרַבָּנָן נִמְצָא לִשְׁלֹשָׁה כִּתּוֹת שְׁלֹשָׁה הֻלָּלוֹת וּבָהֶן כ"ז תְּקִיעוֹת אֲפִילּוּ כְּשֶׁלֹּא הָיוּ שׁוֹנוֹת אֶת הַהַלֵּל כְּלָל וּכְשֶׁהָיוּ שׁוֹנוֹת נְפִישִׁי תְּקִיעוֹת טוּבָא אֶלָּא הָנֵי דִּפְסִיקִי לֵיהּ קָאָמַר דְּשִׁיֵּיר וְהָא דִּתְנַן אֵין מוֹסִיפִין עַל מ"ח הֲוָה מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי זִימְנִין דְּמוֹסִיפִין כְּגוֹן הֵיכָא דְּשׁוֹנוֹת אֶת הַהַלֵּל אֲבָל בְּלָאו הָכִי פָּרְכִינַן עֲלָהּ מֵעֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת דִּנְפִישִׁי לְרַבִּי יְהוּדָה וּלְרַבָּנָן וּמְשַׁנֵּי כֵּיוָן דְּלֵיתֵיהּ בְּכָל שָׁנָה לָא קָא חֲשִׁיב וּמַה שֶׁפֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁהַכַּת קוֹרְאָה אֶת הַלֵּל לָא הָיְתָה הַכַּת קוֹרְאָה אֶלָּא הַלְּוִיִּם קוֹרְאִים וְכֵן אִיתָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּפְסָחִים הַלְוִיִּם הָיוּ עוֹמְדִים עַל דּוּכָנָן וְאוֹמְרִים אֶת הַהַלֵּל בְּשִׁיר אִם גָּמְרוּ שָׁנוּ וְאִם שָׁנוּ שִׁלְּשׁוּ ואע"פ שֶׁלֹּא שִׁלְּשׁוּ מֵימֵיהֶם א"ר יְהוּדָה מִימֵיהֶם שֶׁל כַּת שְׁלִישִׁית לֹא הִגִּיעָה לוֹמַר אָהַבְתִּי כְּלוֹמַר לֹא הִגִּיעוּ הַלְוִיִּם לוֹמַר אָהַבְתִּי בִּשְׁחִיטַת פִּסְחֵיהֶן:
Il a omis la veille de Pessa'h. Car il y a à l'égorgement du Pessa'h vingt-sept sonneries : le Pessa'h est égorgé en trois groupes, l'un après l'autre, comme nous l'avons appris dans Tamid nichhat (Pessahim 64a), et chaque groupe récite le Hallel trois fois, car leurs offrandes pascales étaient nombreuses et requéraient le Hallel lors de leur égorgement, et chaque groupe n'avait pas le temps d'achever d'égorger ses offrandes avant de l'avoir récité trois fois. Et bien que nous ayons appris « bien qu'ils ne l'aient jamais fait une troisième fois », cela signifie qu'ils n'ont pas achevé la troisième fois ; mais en tout cas, il n'est pas de groupe qui ne l'ait achevée deux fois et commencée une troisième -- et il ne manque rien aux sonneries, car au début de la récitation on sonne, et à chaque récitation trois sonneries. Ainsi a expliqué le Kountress [Rachi]. Mais la langue [de la michna] n'implique pas cela, car nous avons appris là-bas : « ils récitaient le Hallel ; s'ils l'achevaient ils le répétaient, et s'ils le répétaient ils le disaient une troisième fois -- bien qu'ils ne l'aient jamais dit une troisième fois » ; ce qui implique que même le premier groupe n'a jamais commencé une troisième fois. Et de plus, cela implique qu'on sonnait aux débuts de section (rachei perakim), comme nous le trouvons à la fin du traité Tamid a propos du chant du tamid : les Leviim commençaient le chant ; parvenus à une section, on sonnait, et le peuple se prosternait -- pour chaque section une sonnerie, et pour chaque sonnerie une prosternation. Or il y a deux sections dans le Hallel, [comme on le voit] de Rabbi Yehouda qui dit : jamais le troisième groupe n'est parvenu à dire Ahavti -- ce qui implique qu'Ahavti est un début de section ; et Hodou est également un début de section, comme nous le disons au chapitre Loulav ha-gazoul (plus haut, Souca 38b) : de là [on apprend] qu'il y a une mitsva de répondre aux débuts de section. Et ils sonnaient au début du Hallel trois sonneries, comme nous l'avons appris au chapitre Tamid nichhat (Pessahim 64a) : les portes de la Azara se fermaient, ils sonnaient une tekia, faisaient retentir une teroua et sonnaient une tekia -- et de même pour chaque section. Il se trouve donc que pour un seul Hallel il y a neuf sonneries, et de même pour chaque groupe. Or il n'est pas de groupe qui n'ait achevé un Hallel selon les Rabbanan ; il se trouve donc que pour trois groupes il y a trois Hallel, et en eux vingt-sept sonneries -- même lorsqu'ils ne répétaient pas du tout le Hallel. Et lorsqu'ils le répétaient, les sonneries étaient bien plus nombreuses. Mais [le tana] parle de ce qui est fixé et certain pour lui comme étant omis. Et quant à ce que nous avons appris, « on n'ajoute pas au-delà de quarante-huit », on aurait pu objecter qu'il arrive qu'on ajoute, par exemple lorsqu'ils répètent le Hallel ; mais même sans cela nous objectons à ce sujet à partir de la veille de Pessa'h tombant un Chabbat, où elles sont plus nombreuses, tant selon Rabbi Yehouda que selon les Rabbanan -- et [la guemara] répond : puisque cela n'a pas lieu chaque année, ce n'est pas compté. Et quant à ce qu'a expliqué le Kountress, que le groupe récite le Hallel -- ce n'était pas le groupe qui récitait, mais les Leviim qui récitent. Et ainsi est-il [enseigné] dans la Tossefta de Pessahim : les Leviim se tenaient sur leur doukhan et disaient le Hallel en chant ; s'ils l'achevaient ils le répétaient, et s'ils le répétaient ils le disaient une troisième fois, bien qu'ils ne l'aient jamais dit une troisième fois. Rabbi Yehouda dit : jamais le troisième groupe n'est parvenu à dire Ahavti -- c'est-à-dire que les Leviim ne sont pas parvenus à dire Ahavti lors de l'égorgement de leurs offrandes pascales.
💡 Explication

Voici le second cas omis, celui qui valide la réponse tana ve-chayer : la veille de Pessa'h atteint elle aussi quarante-huit sonneries -- vingt et une du socle quotidien et vingt-sept à l'égorgement du Pessa'h.

Rachi expose le calcul : le Pessa'h est égorgé en trois groupes (kitot), l'un après l'autre (Pessahim 64a) ; chaque groupe récite le Hallel trois fois, car les offrandes étaient trop nombreuses pour qu'on achevât l'égorgement avant trois récitations ; et l'on sonne trois sonneries au début de chaque récitation -- soit trois fois trois fois trois. À l'objection tirée de la michna (« bien qu'ils n'aient jamais fait la troisième fois »), Rachi répond qu'ils ne l'ont jamais achevée, mais qu'aucun groupe n'a manqué de la commencer -- et la sonnerie se fait au début, donc rien ne manque au compte.

Tossefot conteste cette lecture sur trois points. D'abord la langue de la michna implique que la troisième récitation n'a jamais même été commencée. Ensuite, on sonne aussi aux rachei perakim, les débuts de section du Hallel -- comme au chant du tamid, où l'on sonne à chaque arrêt et où le peuple se prosterne à chaque sonnerie. Le Hallel ayant deux sections internes (Hodou et Ahavti), un seul Hallel vaut neuf sonneries : trois au début, trois à chaque perek. Trois groupes x neuf = vingt-sept, sans aucune répétition. Enfin, ce n'est pas le groupe qui récite le Hallel mais les Leviim sur leur doukhan, comme l'atteste la Tossefta de Pessahim.

🖼️ Schéma
Veille de Pessa'h : d'où viennent les vingt-sept sonneries ? Même total, deux chemins de calcul : Rachi compte les REPETITIONS du Hallel, Tossefot compte ses ARRÊTS. Le cadre commun (Pessahim 64a) : le Pessa'h est égorgé en TROIS GROUPES, kat ahar kat À chaque groupe : les portes de la Azara se ferment, on sonne tekia - teroua - tekia, et les Leviim disent le Hallel pendant l'égorgement. Groupe 1 --> Groupe 2 --> Groupe 3. Objectif du calcul : 27, pour atteindre 21 + 27 = 48. RACHI -- compter les récitations Chaque groupe récite le Hallel TROIS fois, car les offrandes étaient nombreuses. On sonne 3 sonneries au DÉBUT de chaque récitation. 3 groupes x 3 récitations x 3 = 27 Difficulté assumée : la michna dit qu'ils n'ont jamais fait la 3e fois. Rachi répond : jamais ACHEVÉE -- mais toujours commencée. TOSSEFOT -- compter les arrêts Objection : le texte dit qu'ils n'ont JAMAIS commencé la troisième fois. Autre calcul : on sonne aussi aux rachei perakim, les débuts de section du Hallel (Hodou, Ahavti) -- comme au chant du tamid. 1 Hallel = 3 + 3 + 3 = 9 sonneries 3 groupes x 9 = 27, sans aucune répétition Et s'ils répètent, il y en a bien davantage. Deux corrections supplémentaires de Tossefot 1. Ce ne sont pas les GROUPES qui récitent le Hallel, mais les LEVIIM sur leur doukhan (Tossefta Pessahim). 2. Le tana ne cite comme omis que les cas au compte FIXE ; les jours où l'on répète le Hallel dépassent 48, mais la guemara y répondra par la veille de Pessa'h tombant un Chabbat : ce qui n'arrive pas chaque année n'entre pas dans le compte.
Les vingt-sept sonneries de la veille de Pessa'h : le calcul de Rachi par les récitations répétées du Hallel, et celui de Tossefot par les arrêts internes du Hallel.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).