Sougya : La Guemara achève l'examen de la michna des tekiot au Mikdach. Erev Pessa'h n'est pas une omission, puisque notre michna suit Rabbi Yehouda, pour qui la troisième équipe du Pessa'h, trop peu nombreuse, n'atteignait jamais le verset Ahavti et n'avait donc que trois tekiot ; la vraie omission est erev Pessa'h tombant un vendredi, où l'on retire six sonneries et l'on en rentre six.
Mais le plafond de quarante-huit cède dès qu'erev Pessa'h tombe un Chabbat : cinquante et une selon Rabbi Yehouda, cinquante-sept selon les Sages. La réponse — la michna n'enseigne que ce qui se produit chaque année — ouvre alors une longue digression de calendrier : le premier jour de Souccot ne tombe jamais un vendredi, car il faudrait que Kippour tombe un dimanche, accolé au Chabbat ; deux sources semblent pourtant l'admettre, et la Guemara les attribue à A'herim, qui tiennent un calendrier fixe où l'écart d'une année à l'autre est invariablement de quatre jours.
Le folio se referme sur l'objection faite à Rabbi A'ha bar Hanina : si le chant de Roch Hodech ne fait que précéder celui du Chabbat, pourquoi le fréquent ne passe-t-il pas d'abord ? Rabbi Yo'hanan y voit un signe public de la fixation du mois — mais un autre signe existe déjà, la place des graisses sur la rampe de l'autel.
Si c'est à cause de la veille de Pessa'h — ce n'est pas une omission, car de qui est [notre michna] ? Elle est de Rabbi Yehouda, qui a dit : de tous leurs jours, jamais la troisième équipe (kat) n'est parvenue à dire « Ahavti ki yichma Hachem » (« J'aime que Hachem entende ma voix », Ps 116,1), parce que les gens qui la composaient étaient peu nombreux.
Suite de la discussion ouverte en 53b : la michna énumère les cas de tekiot au Mikdach, et l'on cherche ce qu'elle a omis. Première piste rejetée : la veille de Pessa'h. Ce n'est pas une omission, car la michna suit Rabbi Yehouda.
Le Pessa'h était abattu en trois katot (équipes) successives, chacune accompagnée du hallel avec ses neuf tekiot. Mais la troisième équipe était la plus réduite : les deux premières avaient rempli la Azara, il ne restait que peu de monde. Son abattage s'achevait donc avant même qu'elle n'atteigne Ahavti, deuxième paragraphe du hallel — d'où trois tekiot seulement au lieu de neuf.
Le total de la veille de Pessa'h tombe ainsi à quarante-deux, sous le plafond de la michna : rien à signaler, donc rien d'omis.
(Mais n'avons-nous pas établi) qu'elle n'est pas selon Rabbi Yehouda ! — Et peut-être ce Tana pense-t-il comme lui sur un point, et diverge-t-il de lui sur un autre.
Objection immédiate : en 53b, on avait montré que notre michna n'est pas de Rabbi Yehouda, puisqu'elle compte tekia, teroua et tekia pour trois sonneries, alors que Rabbi Yehouda n'en compte qu'une.
Réponse classique de la Guemara : un Tana peut suivre une autorité sur une question et s'en séparer sur une autre — savar lah kevatei be-hada ou-palig alei be-hada. Ici : d'accord avec Rabbi Yehouda sur la troisième équipe du Pessa'h, en désaccord sur la manière de compter les sonneries.
Mais alors : qu'a-t-il donc omis, pour avoir omis celui-ci ? — Il a omis la veille de Pessa'h qui tombe un vendredi : tu retires six et tu fais entrer six.
Puisque la veille de Pessa'h ordinaire n'est pas une omission, la question reste ouverte : la michna passe sous silence Roch Hachana ; or on ne parle d'omission que si plusieurs cas manquent (mai chayer de-haï chayer). Il faut donc trouver un second cas manquant.
Réponse : la veille de Pessa'h tombant un vendredi. La formule araméenne apik chit ve-ayil chit — « fais sortir six, fais entrer six » — décrit le troc : par rapport aux quarante-huit du compte standard, on retire les six tekiot que la troisième équipe n'accomplit pas (neuf ramenées à trois, selon Rabbi Yehouda) et l'on ajoute les six du vendredi : trois pour faire cesser le travail (havtala) et trois pour marquer la séparation (havdala). Le total reste quarante-huit, mais le cas est distinct.
« Et l'on n'ajoute pas au-delà de quarante-huit. » — Vraiment pas ? Mais il y a la veille de Pessa'h qui tombe un Chabbat : si l'on suit Rabbi Yehouda — cinquante et une ; si l'on suit les Sages — cinquante-sept !
La Guemara passe à la seconde clause de la michna : jamais plus de quarante-huit tekiot. Rachi prévient qu'il faut lire la reprise « ve-lo ? » sur le ton de l'étonnement.
Le contre-exemple est la veille de Pessa'h tombant un Chabbat. On additionne : vingt et une du socle quotidien, neuf pour le moussaf du Chabbat — déjà trente — puis dix-huit pour les deux premières équipes et trois pour la troisième (Rabbi Yehouda) : cinquante et une. Selon les Sages, qui accordent neuf tekiot à la troisième équipe aussi : cinquante-sept.
Dans les deux cas, le plafond annoncé est dépassé. La michna semble donc fausse — c'est la difficulté que le segment suivant devra résoudre.
Quand il enseigne, [il enseigne] ce qui existe chaque année. La veille de Pessa'h qui tombe un Chabbat, qui n'existe pas chaque année, il ne l'enseigne pas. — Est-ce à dire que le vendredi tombant à l'intérieur de la fête existe, lui, chaque année ?
Il arrive qu'on ne le trouve pas ! Et comment cela ?
Par exemple lorsque le premier jour de fête tombe un vendredi.
Réponse : la michna ne prétend pas à l'exhaustivité absolue. Elle enseigne les configurations annuelles ; la veille de Pessa'h tombant un Chabbat, qui ne revient pas tous les ans, est laissée de côté. Le plafond de quarante-huit vaut donc pour l'année-type.
Contre-attaque redoutable : le cas même que la michna a retenu — le vendredi de Hol haMoed Souccot, celui qui donne quarante-huit — n'est pas non plus garanti chaque année. Si le premier jour de fête (15 Tichri) tombe un vendredi, le vendredi suivant est déjà Chemini Atseret : aucun vendredi ne subsiste à l'intérieur de la fête.
Rachi ajoute la raison technique : les tekiot de Simhat Beit haChoéva et du puisage de l'eau ne repoussent pas le Yom Tov, elles n'ont donc lieu que pendant les jours intermédiaires.
Lorsque le premier jour de fête tomberait un vendredi — nous le repoussons. Quelle en est la raison ?
Dès lors que le premier jour de fête de Souccot tomberait un vendredi, quand serait Yom Kippour ? Un dimanche.
C'est pourquoi nous le repoussons.
Réponse : le cas invoqué n'existe tout simplement pas. Le premier jour de Souccot ne tombe jamais un vendredi, parce que le tribunal le repousse (dehiya) en déclarant Eloul plein — trente jours au lieu de vingt-neuf — de sorte que Roch Hachana glisse au Chabbat.
Le calcul : le 15 Tichri et le 1er Tichri sont séparés de quatorze jours, soit exactement deux semaines — ils tombent donc le même jour de la semaine. Si Souccot commençait un vendredi, Roch Hachana serait un vendredi, et Yom Kippour, le 10 Tichri, tomberait neuf jours plus tard : un dimanche.
Or Kippour accolé au Chabbat crée deux journées consécutives sans travail. Rachi renvoie à Roch Hachana 20a : on craint pour les légumes (yerakya) qui se fanent faute d'être cueillis, et pour les morts (metaya) qui resteraient sans sépulture. D'où le report.
Et le repoussons-nous vraiment ? Mais nous avons appris : les graisses [des sacrifices] du Chabbat sont offertes à Yom Kippour —
Nouvelle objection, cette fois contre le principe même de la dehiya. Une michna du traité Chabbat (chapitre Elou kecharim, 114b) enseigne que les graisses du tamid de l'après-midi du Chabbat, non encore consumées, peuvent être offertes le jour de Kippour qui suit.
Or cela suppose que Kippour tombe à l'issue du Chabbat, c'est-à-dire un dimanche — précisément la configuration que la dehiya est censée interdire.
Et Rabbi Zera a dit : lorsque nous étions à la maison d'étude de Rav, en Babylonie, nous disions que ce qui a été enseigné — « Yom Kippour qui tombe un vendredi, on ne sonnait pas ; et [s'il tombait] à l'issue du Chabbat, on ne faisait pas la havdala » — était de l'avis de tous. Mais lorsque je suis monté là-bas [en Terre d'Israël], j'ai trouvé Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi, assis et disant : c'est [l'opinion de] Rabbi Akiva !
Seconde contre-source, elle aussi tirée du même passage de Chabbat. La braita envisage deux configurations impossibles selon la dehiya : Kippour tombant un vendredi, et Kippour tombant à l'issue du Chabbat.
Dans le premier cas on ne sonnait pas : les tekiot du vendredi servent à faire cesser le travail et à séparer le sacré du profane, or à Kippour on ne travaille déjà pas. Dans le second on ne faisait pas de havdala sur la coupe : la havdala du Chabbat au Yom Tov se justifie parce qu'on passe du plus grave au plus léger ; ici, le jour qui entre est aussi rigoureux que celui qui sort.
Rabbi Zera rapporte un désaccord de tradition : en Babylonie on tenait cette braita pour unanime ; en Terre d'Israël, on l'attribuait à Rabbi Akiva seul. Quoi qu'il en soit, la braita atteste que Kippour peut border le Chabbat — la difficulté tient toujours.
Ce n'est pas une difficulté : ceci est [selon] les Sages, cela est [selon] A'herim.
Résolution par attribution à deux écoles. Notre michna — celle qui suppose un vendredi assuré à l'intérieur de la fête — suit les Sages, pour qui l'on allonge le mois selon le besoin (meabrin et ha-hodech le-tsorekh) : Roch Hachana ne tombe jamais un vendredi, car on le repousse.
Les michnayot et braitot qui admettent Kippour accolé au Chabbat suivent A'herim, pour qui l'on n'intervient jamais sur la longueur des mois : le calendrier se déroule mécaniquement, et tous les jours de la semaine restent possibles.
Comme il a été enseigné : A'herim disent — il n'y a, d'une Atseret [Chavouot] à l'autre, ni d'un Roch Hachana a l'autre, qu'un écart de quatre jours seulement ; et si l'année était embolismique (mee'ouberet) — cinq.
Voici la position d'A'herim, qui fonde tout le système sur la lunaison : d'un molad à l'autre, vingt-neuf jours et demi, soit cinquante-neuf pour deux mois. Les mois alternent donc rigoureusement, plein et défectif, sans jamais qu'on les rallonge « selon le besoin ».
Le calcul est limpide : six mois de trente et six de vingt-neuf font 354 jours ; trois cent cinquante jours forment cinquante semaines exactes ; il reste donc quatre jours de décalage d'une année à l'autre. Si Roch Hachana tombe un dimanche cette année, il tombera un jeudi l'année prochaine.
En année embolismique, le mois ajouté est toujours défectif : vingt-neuf jours, soit quatre semaines plus un jour. D'où cinq jours d'écart. Aucun jour de la semaine n'est donc exclu — et Kippour peut border le Chabbat.
On objecte : Roch Hodech qui tombe un Chabbat — le chant (chir) de Roch Hodech repousse le chant du Chabbat. Or s'il en est ainsi, qu'on dise celui du Chabbat et qu'on dise celui de Roch Hodech !
Retour à la thèse de Rabbi A'ha bar Hanina (évoquée plus haut) : on sonnait des tekiot pour chaque moussaf offert dans la journée, et non une seule fois. Une braita vient la contredire.
Quand Roch Hodech tombe un Chabbat, le chir — le chant des Lévites accompagnant le sacrifice — de Roch Hodech repousse celui du Chabbat. Un seul chant est donc dit. Si l'on multipliait vraiment les rites par moussaf, on dirait les deux chants ; et de même, on sonnerait deux séries de tekiot.
Rav Safra a dit : que signifie « repousse » ? — Il repousse en passant en premier. — Et pourquoi donc ? [La règle veut que] entre ce qui est fréquent (tadir) et ce qui ne l'est pas, le fréquent passe en premier !
Rav Safra désamorce l'objection par une relecture du mot doche : il ne signifie pas ici « évince », mais doche likdom — « repousse pour passer devant ». Les deux chants sont dits ; celui de Roch Hodech est simplement placé en tête. La thèse de Rabbi A'ha survit.
Mais une nouvelle difficulté surgit du principe général : tadir ve-cheeino tadir, tadir kodem — entre un rite fréquent et un rite rare, le fréquent passe d'abord. Le Chabbat revient chaque semaine, Roch Hodech chaque mois : le chant du Chabbat devrait donc précéder.
Tossefot note finement que cette question ne dépend pas de Rav Safra : même sans sa relecture, on pouvait déjà la poser.
Rabbi Yo'hanan a dit : pour faire savoir que Roch Hodech a bien été fixé en son temps. — Et est-ce ce signe-là (hekera) que nous faisons ? C'est un autre signe que nous faisons !
(Comme il a été enseigné :) les graisses du tamid du matin sont déposées à partir de la moitié de la rampe (kevech) et en dessous, du côté est ; celles des moussafim sont déposées à partir de la moitié de la rampe et en dessous, du côté ouest ; et celles de Roch Hodech sont déposées sous le rebord (karkov) de l'autel et en dessous.
Rabbi Yo'hanan justifie l'exception au principe du tadir : la préséance du chant de Roch Hodech est un hekera, un signe public destiné à faire savoir que le tribunal a bien sanctifié le mois en son temps. Rachi explique le besoin : la plupart des gens n'ont pas vu de leurs yeux le renouvellement de la lune, et pourraient douter.
Objection finale : ce hekera existe déjà ailleurs, et sous une forme bien plus concrète. Sur la rampe de l'autel, chaque catégorie de sacrifice avait sa place assignée — le tamid du matin d'un côté, les moussafim de l'autre, ceux de Roch Hodech près du karkov. Le but premier était d'éviter de faire fumer un moussaf avant le tamid ; mais la place distincte des offrandes de Roch Hodech constituait déjà un signe visible.
Tossefot signale que la version de nos livres est fautive : la michna de Chekalim 8,8 inverse est et ouest et place les graisses de Roch Hodech sur le karkov et au-dessus. Le folio s'arrête ici ; la réponse viendra en 55a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).