Sukkah 54b — Ce que la michna a omis : du plafond des quarante-huit tekiot au report de Roch Hachana

Sukkah 54b

Sougya : La Guemara achève l'examen de la michna des tekiot au Mikdach. Erev Pessa'h n'est pas une omission, puisque notre michna suit Rabbi Yehouda, pour qui la troisième équipe du Pessa'h, trop peu nombreuse, n'atteignait jamais le verset Ahavti et n'avait donc que trois tekiot ; la vraie omission est erev Pessa'h tombant un vendredi, où l'on retire six sonneries et l'on en rentre six.

Mais le plafond de quarante-huit cède dès qu'erev Pessa'h tombe un Chabbat : cinquante et une selon Rabbi Yehouda, cinquante-sept selon les Sages. La réponse — la michna n'enseigne que ce qui se produit chaque année — ouvre alors une longue digression de calendrier : le premier jour de Souccot ne tombe jamais un vendredi, car il faudrait que Kippour tombe un dimanche, accolé au Chabbat ; deux sources semblent pourtant l'admettre, et la Guemara les attribue à A'herim, qui tiennent un calendrier fixe où l'écart d'une année à l'autre est invariablement de quatre jours.

Le folio se referme sur l'objection faite à Rabbi A'ha bar Hanina : si le chant de Roch Hodech ne fait que précéder celui du Chabbat, pourquoi le fréquent ne passe-t-il pas d'abord ? Rabbi Yo'hanan y voit un signe public de la fixation du mois — mais un autre signe existe déjà, la place des graisses sur la rampe de l'autel.

Le fil du folio : du décompte des tekiot au calendrier Une michna d'arithmétique liturgique fait surgir une question de calendrier, puis une question d'ordre au Mikdach. Mouvement 1 (seg. 0-3) -- Qu'a donc omis le Tana ? Erev Pessa'h n'est pas une omission : la michna suit R. Yehouda, pour qui la 3e équipe (peu nombreuse) n'atteint jamais Ahavti -- 3 tekiot seulement. Objection : on avait dit que la michna n'est PAS de R. Yehouda. Réponse : elle le suit sur un point et diverge sur un autre. Vraie omission : erev Pessa'h tombant un vendredi -- apik shit (on retire 6) ve-ayil shit (on rentre 6) : total 48 malgré tout. Puis le plafond saute : erev Pessa'h un Chabbat donne 51 (R. Yehouda) ou 57 (Sages). Plus de 48. Mouvement 2 (seg. 4-5) -- Le critère : ce qui arrive chaque année Réponse : la michna n'enseigne que les cas annuels. Erev Pessa'h un Chabbat ne tombe pas tous les ans. Contre-attaque : et le vendredi à l'intérieur de Souccot, arrive-t-il chaque année ? Non, si le 1er jour de fête tombe un vendredi. Réponse : ce cas n'existe pas -- on repousse. Sinon Kippour tomberait un dimanche, accolé au Chabbat (légumes, morts). Mécanisme : Eloul devient plein (30 jours), Roch Hachana glisse au Chabbat. Mouvement 3 (seg. 6-9) -- Repousse-t-on vraiment ? Deux témoins contraires : les graisses du Chabbat offertes à Kippour (donc Kippour un dimanche) ; et la braita de R. Zera : Kippour un vendredi (pas de tekiot) ou à l'issue du Chabbat (pas de havdala). Réponse : notre michna suit les Sages (on allonge le mois selon le besoin) ; ces sources suivent A'herim (calendrier fixe). A'herim : écart invariable de 4 jours d'une année à l'autre (5 si embolismique) -- donc aucune dehiya. Mouvement 4 (seg. 10-12) -- Retour à R. A'ha bar Hanina : un chir par moussaf ? Objection : Roch Hodech un Chabbat -- le chir de Roch Hodech repousse celui du Chabbat. Donc un seul, pas deux. Rav Safra : doche = doche likdom, il passe en premier. Mais pourquoi ? Tadir (fréquent) devrait passer avant ! R. Yo'hanan : pour faire savoir que Roch Hodech a été fixé en son temps -- un hekera public. Dernière objection : le hekera existe déjà ailleurs -- la place des graisses sur la rampe de l'autel. Suite en 55a.
Le fil du folio en quatre mouvements : arithmétique, critère de l'annuel, mahloket de calendrier, ordre des chants.
L'arithmétique des tekiot : 21 au minimum, 48 au maximum Comment chaque cas se compose -- et où le plafond de 48 se fissure. Socle quotidien : 21 3 à l'ouverture des portes + 9 pour le tamid du matin + 9 pour le tamid de l'après-midi = 21. Une sonnerie = tekia + teroua + tekia, comptées ici pour trois (la michna n'est donc pas de R. Yehouda sur ce point). Les suppléments Moussaf (Chabbat, fête, Roch Hodech)+9 Vendredi : havtala (3) + havdala (3)+6 Souccot : porte haute, porte basse, puisage de l'eau, sur l'autel (3 x 4)+12 Erev Pessa'h : hallel de chaque équipe (9 + 9 + 9 chez les Sages)+27 La correction de R. Yehouda La 3e équipe de Pessa'h était peu nombreuse : son abattage s'achevait avant qu'elle n'atteigne Ahavti ki yichma (Ps 116,1), 2e paragraphe du hallel. 3e équipe : 3 tekiot au lieu de 9 (-6). Erev Pessa'h ordinaire : 21 + 9 + 9 + 3 = 42. Chez les Sages : 21 + 9 + 9 + 9 = 48. Les totaux, cas par cas Jour ordinaire2121 Vendredi de Hol haMoed Souccot (le cas de la michna)21 + 12 + 9 + 648 Erev Pessa'h ordinaire (R. Yehouda)21 + 9 + 9 + 342 Erev Pessa'h un vendredi (l'omission trouvée)42 + 648 Erev Pessa'h un Chabbat -- R. Yehouda21 + 9 + 9 + 9 + 351 Erev Pessa'h un Chabbat -- les Sages21 + 9 + 9 + 9 + 957
Comment se composent 21, 42, 48, 51 et 57 tekiot -- et où le plafond de la michna cède.
Le calendrier en débat : repousse-t-on Roch Hachana ? Une question liturgique de comptage devient une mahloket sur la structure même de l'année. Les Sages (notre michna) On allonge le mois selon le besoin (le-tsorekh) : Eloul peut recevoir un 30e jour. Conséquence : le 1er jour de Souccot ne tombe jamais un vendredi -- donc il y a toujours un vendredi à l'intérieur de Hol haMoed. Kippour n'est jamais accolé au Chabbat. Raison (Roch Hachana 20a) : deux jours consécutifs sans travail -- légumes fanés, morts sans sépulture. A'herim On n'allonge ni ne raccourcit aucun mois selon le besoin : plein, défectif, plein, défectif... 6 mois de 30 + 6 mois de 29 = 354 jours 350 jours = 50 semaines, il reste 4 jours. Écart fixe : 4 jours par an, 5 si embolismique. (Le mois intercalaire est toujours défectif : 29 jours = 4 semaines + 1 jour.) Kippour peut donc être accolé au Chabbat. Nafka mina : les sources qui contredisent la dehiya Michna (Chabbat 114b) : les graisses du Chabbat sont offertes à Kippour -- donc Kippour peut tomber un dimanche. Braita de R. Zera : Kippour un vendredi (pas de tekiot) ou à l'issue du Chabbat (pas de havdala) -- donc Kippour peut border le Chabbat. Ces deux sources suivent A'herim ; notre michna suit les Sages. La contradiction se dissout. La chaîne qui déclenche la dehiya 1er jour Souccotvendredi 15 Tichri = 1 TichriRoch Hachana vendredi 10 TichriKippour dimanche Chabbat + Kippour-- on repousse
Les Sages contre A'herim : allonger le mois selon le besoin, ou laisser courir l'horloge.
1
אִי מִשּׁוּם עֶרֶב הַפֶּסַח — לָאו שִׁיּוּרָא הוּא, דְּהָא מַנִּי רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דְּאָמַר: מִימֵיהֶם שֶׁל כַּת שְׁלִישִׁית לֹא הִגִּיעָה לוֹמַר ״אָהַבְתִּי כִּי יִשְׁמַע ה׳״, מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ עַמָּהּ מוּעָטִין.

Si c'est à cause de la veille de Pessa'h — ce n'est pas une omission, car de qui est [notre michna] ? Elle est de Rabbi Yehouda, qui a dit : de tous leurs jours, jamais la troisième équipe (kat) n'est parvenue à dire « Ahavti ki yichma Hachem » (« J'aime que Hachem entende ma voix », Ps 116,1), parce que les gens qui la composaient étaient peu nombreux.

📜 Rachi (1)
לֹא הִגִּיעָה לְאַהֲבָתִי שֶׁל קְרִיאָה רִאשׁוֹנָה וְאֵין בָּהּ אֶלָּא ג' תְּקִיעוֹת מִפְּנֵי שֶׁעִמָּהּ מוּעָטִין שֶׁבִּשְׁתֵּי כִּתּוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת נִתְמַלְּאָה הָעֲזָרָה לְכָל כַּת וְנִשְׁאַר כַּת שְׁלִישִׁית בִּמְעַט וְלֹא הָיָה שְׁחִיטַת פִּסְחֵיהֶן מַאֲרֶכֶת בִּכְדֵי קְרִיאַת שָׁלֹשׁ הֻלָּלוֹת:
« Elle n'est pas parvenue à Ahavti » — [Ahavti] de la première lecture [du hallel] ; et elle n'a que trois tekiot, parce que ses gens étaient peu nombreux : les deux premières équipes remplissaient la Azara, chacune à son tour, et il ne restait pour la troisième équipe que peu de monde, si bien que l'abattage de leurs pessahim ne durait pas le temps de trois lectures du hallel.
🗂️ Tossefot (1)
אִי מִשּׁוּם עֶרֶב הַפֶּסַח לָאו שִׁיּוּרָא הוּא הָא מַנִּי רַבִּי יְהוּדָה הִיא. תֵּימַהּ וְכִי יַעֲמִידֶנָּה כְּר' יְהוּדָה כְּדֵי שֶׁיִּקְשֶׁה לוֹ וְכִי הַאי גַּווְנָא אִיכָּא בְּנָזִיר פֶּרֶק שְׁלֹשָׁה מִינִים (נָזִיר דַּף לח: וְשָׁם) אִי מִשּׁוּם בַּל יַחֵל לָאו שִׁיּוּרָא הוּא וְכֵן בב"ק ספ"ק (דַּף טו.) וּבִכְתֻובּוֹת פֶּרֶק אֵלּוּ נְעָרוֹת (כְּתֻובּוֹת דַּף מא. וְשָׁם) אִי מִשּׁוּם חֲצִי כֹּופֶר לָאו שִׁיּוּרָא הוּא בְּהַהוּא נִיחָא טְפֵי דְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ לְמֵימַר הָכִי כְּדֵי שֶׁלֹּא יִקְשֶׁה לָמֶ"ד פַּלְגָא נִזְקָא מָמוֹנָא דְּשִׁיֵּיר חֲצִי כֹּופֶר מַאי שַׁייַּר דְּהַאי שַׁיַּיר:
« Si c'est à cause de la veille de Pessa'h, ce n'est pas une omission, car de qui est-elle ? Elle est de Rabbi Yehouda. » Étonnant : va-t-il établir [la michna] selon Rabbi Yehouda uniquement pour pouvoir ensuite lui objecter ? On trouve un cas semblable dans Nazir, chapitre Chelocha minim (38b) : « si c'est à cause de bal ya'hel (ne pas profaner sa parole), ce n'est pas une omission » ; de même dans Baba Kama a la fin du premier chapitre (15a) et dans Ketoubot, chapitre Elou naarot (41a) : « si c'est à cause du demi-kofer, ce n'est pas une omission ». Là-bas cela se comprend mieux, car il avait besoin de parler ainsi pour éviter une difficulté à celui qui soutient que le demi-dommage est de l'argent (pelga nizka mamona) : puisqu'il a omis le demi-kofer, qu'a-t-il donc omis d'autre, pour avoir omis cela ?
💡 Explication

Suite de la discussion ouverte en 53b : la michna énumère les cas de tekiot au Mikdach, et l'on cherche ce qu'elle a omis. Première piste rejetée : la veille de Pessa'h. Ce n'est pas une omission, car la michna suit Rabbi Yehouda.

Le Pessa'h était abattu en trois katot (équipes) successives, chacune accompagnée du hallel avec ses neuf tekiot. Mais la troisième équipe était la plus réduite : les deux premières avaient rempli la Azara, il ne restait que peu de monde. Son abattage s'achevait donc avant même qu'elle n'atteigne Ahavti, deuxième paragraphe du hallel — d'où trois tekiot seulement au lieu de neuf.

Le total de la veille de Pessa'h tombe ainsi à quarante-deux, sous le plafond de la michna : rien à signaler, donc rien d'omis.

2
(הָא אוֹקִימְנָא) דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה! וְדִלְמָא הַאי תַּנָּא סָבַר לָהּ כְּוָותֵיהּ בַּחֲדָא, וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא.

(Mais n'avons-nous pas établi) qu'elle n'est pas selon Rabbi Yehouda ! — Et peut-être ce Tana pense-t-il comme lui sur un point, et diverge-t-il de lui sur un autre.

📜 Rachi (2)
וְהָאָמְרַתְּ רֵישָׁא דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאִי ר' יְהוּדָה תְּקִיעָה וּתְרוּעָה וּתְקִיעָה בַּחֲדָא מַנִּי לְהוּ:
« Mais tu as dit que le début [de la michna] n'est pas selon Rabbi Yehouda » — car si c'était Rabbi Yehouda, il compterait tekia, teroua et tekia comme une seule [sonnerie].
סָבַר לָהּ כְּוָותֵיהּ בַּחֲדָא בְּעֶרֶב הַפֶּסַח וּפְלִיג עָלֶיהָ בְּמִנְיַן הַתְּקִיעוֹת:
« Il pense comme lui sur un point » — sur la veille de Pessa'h ; et il diverge de lui sur le décompte des tekiot.
💡 Explication

Objection immédiate : en 53b, on avait montré que notre michna n'est pas de Rabbi Yehouda, puisqu'elle compte tekia, teroua et tekia pour trois sonneries, alors que Rabbi Yehouda n'en compte qu'une.

Réponse classique de la Guemara : un Tana peut suivre une autorité sur une question et s'en séparer sur une autre — savar lah kevatei be-hada ou-palig alei be-hada. Ici : d'accord avec Rabbi Yehouda sur la troisième équipe du Pessa'h, en désaccord sur la manière de compter les sonneries.

3
אֶלָּא: מַאי שַׁיַּיר דְּהַאי שַׁיַּיר? שַׁייַּר עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת, אַפֵּיק שֵׁית וְעַיֵּיל שֵׁית.

Mais alors : qu'a-t-il donc omis, pour avoir omis celui-ci ? — Il a omis la veille de Pessa'h qui tombe un vendredi : tu retires six et tu fais entrer six.

📜 Rachi (3)
וְאֶלָּא הוֹאִיל וְאִיכָּא לְאוֹקְמָה כְּרַבִּי יְהוּדָה מַאי שַׁיַּיר דְּהַאי שַׁיַּיר:
« Mais alors » — puisqu'on peut l'établir selon Rabbi Yehouda, qu'a-t-il donc omis, pour avoir omis celui-ci ?
עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת דְּאַפֵּיק שִׁית מִתְּקִיעוֹת כַּת שְׁלִישִׁית כְּר' יְהוּדָה:
« La veille de Pessa'h qui tombe un vendredi : tu retires six » — des tekiot de la troisième équipe, selon Rabbi Yehouda.
וְעָייֵל שִׁית דְּכָל עֶרֶב שַׁבָּת דְּהַבְטָלָה וְהַבְדָּלָה:
« Et tu fais entrer six » — celles de chaque vendredi : [trois] pour faire cesser le travail (havtala) et [trois] pour marquer la séparation (havdala).
💡 Explication

Puisque la veille de Pessa'h ordinaire n'est pas une omission, la question reste ouverte : la michna passe sous silence Roch Hachana ; or on ne parle d'omission que si plusieurs cas manquent (mai chayer de-haï chayer). Il faut donc trouver un second cas manquant.

Réponse : la veille de Pessa'h tombant un vendredi. La formule araméenne apik chit ve-ayil chit — « fais sortir six, fais entrer six » — décrit le troc : par rapport aux quarante-huit du compte standard, on retire les six tekiot que la troisième équipe n'accomplit pas (neuf ramenées à trois, selon Rabbi Yehouda) et l'on ajoute les six du vendredi : trois pour faire cesser le travail (havtala) et trois pour marquer la séparation (havdala). Le total reste quarante-huit, mais le cas est distinct.

🖼️ Schéma
Apik shit ve-ayil shit : on retire six, on rentre six Erev Pessa'h tombant un vendredi : le total reste 48, mais la composition change. Erev Pessa'h en semaine (Sages) Socle quotidien21 1re équipe -- hallel9 2e équipe -- hallel9 3e équipe -- hallel complet9 Total48 Déjà le plafond de la michna. apik shit 3e équipe : 9 -> 3 ayil shit vendredi : +6 Erev Pessa'h un vendredi (R. Yehouda) Socle quotidien21 1re + 2e équipes18 3e équipe (pas d'Ahavti)3 Havtala (3) + havdala (3)6 Total48 Cas distinct, même total : c'est bien une omission.
Le troc arithmétique : moins six à la troisième équipe, plus six pour l'entrée du Chabbat.
4
וְאֵין מוֹסִיפִין עַל אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה. וְלֹא? וְהָא אִיכָּא עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, דְּאִי לְרַבִּי יְהוּדָה — חַמְשִׁין וַחֲדָא, אִי לְרַבָּנָן — חַמְשִׁין וְשֶׁבַע!

« Et l'on n'ajoute pas au-delà de quarante-huit. » — Vraiment pas ? Mais il y a la veille de Pessa'h qui tombe un Chabbat : si l'on suit Rabbi Yehouda — cinquante et une ; si l'on suit les Sages — cinquante-sept !

📜 Rachi (2)
וְלֹא מוֹסִיפִין עַל מ"ח וְלֹא בִּתְמִיהָה גָּרְסִינַן לֵיהּ:
« Et l'on n'ajoute pas au-delà de quarante-huit — vraiment pas ? » — nous lisons cela sur le ton de l'étonnement.
דְּאִי לְרַבִּי יְהוּדָה חַמְשִׁין וַחֲדָא כ"א שֶׁבְּכָל יוֹם וְתִשְׁעָה דְּמוּסָפִין הֲרֵי שְׁלֹשִׁים וּשְׁמוֹנָה עֲשָׂרָה דִּשְׁתֵּי כִּתּוֹת וּשְׁלֹשָׁה דְּכַת שְׁלִישִׁית הֲרֵי חַמְשִׁין וַחֲדָא:
« Si l'on suit Rabbi Yehouda, cinquante et une » — les vingt et une de chaque jour, et neuf pour le moussaf : cela fait trente ; plus dix-huit pour les deux équipes, plus trois pour la troisième équipe : cela fait cinquante et une.
💡 Explication

La Guemara passe à la seconde clause de la michna : jamais plus de quarante-huit tekiot. Rachi prévient qu'il faut lire la reprise « ve-lo ? » sur le ton de l'étonnement.

Le contre-exemple est la veille de Pessa'h tombant un Chabbat. On additionne : vingt et une du socle quotidien, neuf pour le moussaf du Chabbat — déjà trente — puis dix-huit pour les deux premières équipes et trois pour la troisième (Rabbi Yehouda) : cinquante et une. Selon les Sages, qui accordent neuf tekiot à la troisième équipe aussi : cinquante-sept.

Dans les deux cas, le plafond annoncé est dépassé. La michna semble donc fausse — c'est la difficulté que le segment suivant devra résoudre.

5
כִּי קָתָנֵי, מִידֵּי דְּאִיתֵיהּ בְּכָל שָׁנָה. עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, דְּלֵיתֵיהּ בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה, לָא קָתָנֵי. אַטּוּ עֶרֶב שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג מִי אִיתֵיהּ בְּכָל שָׁנָה? זִימְנִין דְּלָא מַשְׁכַּחַתְּ לֵיהּ. וְהֵיכִי דָּמֵי, כְּגוֹן שֶׁחָל יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן בְּעֶרֶב שַׁבָּת.

Quand il enseigne, [il enseigne] ce qui existe chaque année. La veille de Pessa'h qui tombe un Chabbat, qui n'existe pas chaque année, il ne l'enseigne pas. — Est-ce à dire que le vendredi tombant à l'intérieur de la fête existe, lui, chaque année ?

Il arrive qu'on ne le trouve pas ! Et comment cela ?

Par exemple lorsque le premier jour de fête tombe un vendredi.

📜 Rachi (2)
זִימְנִין דְּלָא מַשְׁכַּחַת לָהּ שֶׁיְּהוּ בּוֹ תְּקִיעוֹת דְּמִילּוּי הַמַּיִם דְּמַתְנִי':
« Il arrive qu'on ne le trouve pas » — [un vendredi] où aient lieu les tekiot du puisage de l'eau dont parle notre michna.
וְהֵיכִי דָּמֵי כְּגוֹן שֶׁחָל יו"ט הָרִאשׁוֹן בְּעֶרֶב שַׁבָּת דְּשִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה לָא דָּחֲיָא יוֹם טוֹב כְּדִתְנַן מוֹצָאֵי יו"ט כּוּ' וְכִי מָטֵי תּוּ עֶרֶב שַׁבָּת הֲוָה לֵיהּ שְׁמִינִי עֲצֶרֶת:
« Et comment cela ? Par exemple lorsque le premier jour de fête tombe un vendredi » — car [les tekiot de] Simhat Beit haChoéva ne repoussent pas le Yom Tov, comme nous avons appris : « à l'issue du premier jour de fête, etc. » ; et lorsque revient le vendredi suivant, c'est déjà Chemini Atseret.
🗂️ Tossefot (1)
כְּגוֹן שֶׁחָל יו"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת. דְּאֵין תְּקִיעוֹת שֶׁל שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה דּוֹחוֹת יו"ט אע"פ שֶׁהַתְּקִיעוֹת שֶׁל בָּטְלָה מִמְּלָאכוֹת דּוֹחוֹת יו"ט כְּדִתְנַן בְּסוֹף פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף כו:) וְהַטַּעַם פִּי' בְּרֵישׁ פִּירְקִין:
« Par exemple lorsque le premier jour de la fête tombe un vendredi. » Car les tekiot de Simhat Beit haChoéva ne repoussent pas le Yom Tov, bien que les tekiot destinées à faire cesser les travaux repoussent, elles, le Yom Tov, comme nous l'avons appris à la fin du premier chapitre de Houlin (26b) ; et la raison en a été expliquée au début de notre chapitre.
💡 Explication

Réponse : la michna ne prétend pas à l'exhaustivité absolue. Elle enseigne les configurations annuelles ; la veille de Pessa'h tombant un Chabbat, qui ne revient pas tous les ans, est laissée de côté. Le plafond de quarante-huit vaut donc pour l'année-type.

Contre-attaque redoutable : le cas même que la michna a retenu — le vendredi de Hol haMoed Souccot, celui qui donne quarante-huit — n'est pas non plus garanti chaque année. Si le premier jour de fête (15 Tichri) tombe un vendredi, le vendredi suivant est déjà Chemini Atseret : aucun vendredi ne subsiste à l'intérieur de la fête.

Rachi ajoute la raison technique : les tekiot de Simhat Beit haChoéva et du puisage de l'eau ne repoussent pas le Yom Tov, elles n'ont donc lieu que pendant les jours intermédiaires.

6
כִּי מִקְּלַע יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן בְּעֶרֶב שַׁבָּת — מְדַחֵי דָּחֵינַן לֵיהּ. מַאי טַעְמָא, כֵּיוָן דְּאִיקְּלַע יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת, יוֹם הַכִּפּוּרִים אֵימַת הָוֵי — בְּחַד בְּשַׁבָּת, הִלְכָּךְ דָּחֵינַן לֵיהּ.

Lorsque le premier jour de fête tomberait un vendredi — nous le repoussons. Quelle en est la raison ?

Dès lors que le premier jour de fête de Souccot tomberait un vendredi, quand serait Yom Kippour ? Un dimanche.

C'est pourquoi nous le repoussons.

📜 Rachi (2)
מִידְחָא דָּחֵינַן לֵיהּ וְעָבְדִינַן לֵיהּ אֱלוּל מְעֻובָּר כִּי הֵיכִי דְּלִיקְּלַע רֹאשׁ הַשָּׁנָה בְּשַׁבָּת:
« Nous le repoussons » — nous faisons de Eloul un mois plein, afin que Roch Hachana tombe le Chabbat.
מ"ט כו' בְּחַד בְּשַׁבָּא וְחָייְשִׁינַן מִשּׁוּם יַרְקַייָּא וּמִשּׁוּם מֵתְיָיא כִּדְאִיתָא בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף כ.):
« Quelle en est la raison… un dimanche » — et nous craignons à cause des légumes (yerakya) et à cause des morts (metaya), comme il est dit dans Roch Hachana (20a).
💡 Explication

Réponse : le cas invoqué n'existe tout simplement pas. Le premier jour de Souccot ne tombe jamais un vendredi, parce que le tribunal le repousse (dehiya) en déclarant Eloul plein — trente jours au lieu de vingt-neuf — de sorte que Roch Hachana glisse au Chabbat.

Le calcul : le 15 Tichri et le 1er Tichri sont séparés de quatorze jours, soit exactement deux semaines — ils tombent donc le même jour de la semaine. Si Souccot commençait un vendredi, Roch Hachana serait un vendredi, et Yom Kippour, le 10 Tichri, tomberait neuf jours plus tard : un dimanche.

Or Kippour accolé au Chabbat crée deux journées consécutives sans travail. Rachi renvoie à Roch Hachana 20a : on craint pour les légumes (yerakya) qui se fanent faute d'être cueillis, et pour les morts (metaya) qui resteraient sans sépulture. D'où le report.

🖼️ Schéma
Pourquoi le 1er jour de Souccot ne tombe jamais un vendredi Le raisonnement en cinq temps, du 15 Tichri au report de Roch Hachana. 1. Hypothèse Le 1er jour de Souccot (15 Tichri) tombe un vendredi. 2. Déduction 15 - 1 = 14 jours = 2 semaines : Roch Hachana aussi vendredi. 3. Conséquence 10 Tichri = vendredi + 9 jours = dimanche : Kippour un dimanche. 4. Danger Chabbat puis Kippour : deux jours sans travail d'affilée -- yerakya (légumes fanés) et metaya (morts sans sépulture). 5. La parade : la dehiya On déclare Eloul plein : 30 jours au lieu de 29. Roch Hachana glisse du vendredi au Chabbat. Kippour passe alors au lundi, Souccot au Chabbat. Sans dehiya Chabbat + Kippour Avec dehiya Kippour au lundi Retombée sur notre michna : puisque le 1er jour de fête n'est jamais un vendredi, Hol haMoed contient toujours un vendredi -- le cas des 48 tekiot arrive bien chaque année. La michna était donc cohérente : elle n'enseigne que l'annuel.
De l'hypothèse au report : la chaîne de raisonnement qui interdit un premier jour de Souccot en vendredi.
7
וּמִי דָּחֵינַן לֵיהּ? וְהָא תְנַן: חֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים,

Et le repoussons-nous vraiment ? Mais nous avons appris : les graisses [des sacrifices] du Chabbat sont offertes à Yom Kippour —

📜 Rachi (2)
וְהִתְנָן פֶּרֶק אֵלּוּ קְשָׁרִים:
« Mais nous avons appris » — au chapitre Elou kecharim.
חֶלְבֵי שַׁבָּת שֶׁל תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁחָל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת אַלְמָא חָיֵיל יוה"כ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת:
« Les graisses du Chabbat » — celles du tamid de l'après-midi ; elles sont offertes à Yom Kippour qui tombe à l'issue du Chabbat. Il apparaît donc que Yom Kippour peut tomber à l'issue du Chabbat.
💡 Explication

Nouvelle objection, cette fois contre le principe même de la dehiya. Une michna du traité Chabbat (chapitre Elou kecharim, 114b) enseigne que les graisses du tamid de l'après-midi du Chabbat, non encore consumées, peuvent être offertes le jour de Kippour qui suit.

Or cela suppose que Kippour tombe à l'issue du Chabbat, c'est-à-dire un dimanche — précisément la configuration que la dehiya est censée interdire.

8
וַאֲמַר רַבִּי זֵירָא: כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב בְּבָבֶל, הֲוָה אָמְרִי הָא דְּתַנְיָא: יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת לֹא הָיוּ תּוֹקְעִין, וּבְמוֹצָאֵי שַׁבָּת לֹא הָיוּ מַבְדִּילִין — דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא. כִּי סְלֵיקִית לְהָתָם, אַשְׁכַּחְתֵּיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, דְּיָתֵיב וְקָאָמַר: רַבִּי עֲקִיבָא הִיא!

Et Rabbi Zera a dit : lorsque nous étions à la maison d'étude de Rav, en Babylonie, nous disions que ce qui a été enseigné — « Yom Kippour qui tombe un vendredi, on ne sonnait pas ; et [s'il tombait] à l'issue du Chabbat, on ne faisait pas la havdala » — était de l'avis de tous. Mais lorsque je suis monté là-bas [en Terre d'Israël], j'ai trouvé Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi, assis et disant : c'est [l'opinion de] Rabbi Akiva !

📜 Rachi (5)
וְאָמַר ר' זֵירָא הָתָם בְּאֵלּוּ קְשָׁרִים:
« Et Rabbi Zera a dit » — là-bas, au chapitre Elou kecharim.
כִּי הֲוֵינַן בְּבָבֶל הֲוָה אָמְרִי הָא דְּתַנְיָא יוה"כ שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּע"ש לֹא הָיוּ תּוֹקְעִין לְהַבְטִיל וּלְהַבְדִּיל מִשּׁוּם דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים נָמֵי לָאו מְלָאכָה עֲבִיד:
« Lorsque nous étions en Babylonie, nous disions que ce qui a été enseigné — Yom Kippour qui tombe un vendredi, on ne sonnait pas » — ni pour faire cesser le travail (havtala) ni pour marquer la séparation (havdala), parce qu'à Yom Kippour non plus on n'accomplit pas de travail.
וּבְמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְאִם חָל יוה"כ לִהְיוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת:
« Et à l'issue du Chabbat » — c'est-à-dire si Yom Kippour tombe à l'issue du Chabbat.
לֹא הָיוּ מַבְדִּילִין עַל הַכּוֹס בֵּין קוֹדֶשׁ לְקוֹדֶשׁ כְּדֶרֶךְ שֶׁמַּבְדִּילִין מִשַּׁבָּת ליו"ט דְּהָתָם הוּא שֶׁהַיּוֹצֵא חָמוּר וְהַנִּכְנָס קַל אֲבָל כָּאן הַנִּכְנָס חָמוּר כַּיּוֹצֵא לְעִנְיַן כָּל אִיסּוּר מְלָאכָה וַהֲוָה אָמְרִינַן דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא בֵּין לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֵּין לר"ע דִּפְלִיגִי גַּבֵּי חֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין ביוה"כ מִיתּוֹקְמָה:
« On ne faisait pas la havdala » — sur la coupe, entre une sainteté et une autre, à la manière dont on sépare du Chabbat au Yom Tov : car là, celui qui sort est plus grave et celui qui entre plus léger, tandis qu'ici celui qui entre est aussi grave que celui qui sort quant à toute interdiction de travail. Et nous disions que c'était l'avis de tous : cela s'établit aussi bien selon Rabbi Ichmael que selon Rabbi Akiva, qui divergent au sujet des graisses du Chabbat offertes à Yom Kippour.
כִּי סְלֵיקִית לְהָתָם אַשְׁכַּחְתֵּיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּר' שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי דְּיָתֵיב וְקָאָמַר ר"ע הִיא וְהָתָם מְפָרֵשׁ לְמִילְּתֵיהּ מִיהוּ שָׁמְעִינַן נָמֵי מִבָּרַייְתָא דְּחָל יוה"כ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת:
« Quand je suis monté là-bas, j'ai trouvé Rabbi Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi assis et disant : c'est Rabbi Akiva » — et là-bas son propos est expliqué ; quoi qu'il en soit, nous apprenons aussi de cette braita que Yom Kippour peut tomber à l'issue du Chabbat.
💡 Explication

Seconde contre-source, elle aussi tirée du même passage de Chabbat. La braita envisage deux configurations impossibles selon la dehiya : Kippour tombant un vendredi, et Kippour tombant à l'issue du Chabbat.

Dans le premier cas on ne sonnait pas : les tekiot du vendredi servent à faire cesser le travail et à séparer le sacré du profane, or à Kippour on ne travaille déjà pas. Dans le second on ne faisait pas de havdala sur la coupe : la havdala du Chabbat au Yom Tov se justifie parce qu'on passe du plus grave au plus léger ; ici, le jour qui entre est aussi rigoureux que celui qui sort.

Rabbi Zera rapporte un désaccord de tradition : en Babylonie on tenait cette braita pour unanime ; en Terre d'Israël, on l'attribuait à Rabbi Akiva seul. Quoi qu'il en soit, la braita atteste que Kippour peut border le Chabbat — la difficulté tient toujours.

9
לָא קַשְׁיָא: הָא רַבָּנָן, הָא אֲחֵרִים הִיא.

Ce n'est pas une difficulté : ceci est [selon] les Sages, cela est [selon] A'herim.

📜 Rachi (1)
הָא רַבָּנַן הָא אֲחֵרִים מַתְנֵי' רַבָּנָן דִּפְלִיגִי אַדַּאֲחֵרִים וְאָמְרִי מְעַבְּרִין הַחֹדֶשׁ לְצֹורֶךְ הִלְכָּךְ ר"ה בְּעֶרֶב שַׁבָּת לָא מִיקְלַע דְּדָחֵינַן לֵיהּ וְהָנָךְ מַתְנִיתִין דְּאָמְרִי מִיקְלַע וְלָא אָמְרִינַן דָּחֵינַן אֲחֵרִים הִיא דְּאָמְרִי אֵין מְעַבְּרִין אֶת הַחֹדֶשׁ לְצֹורֶךְ:
« Ceci [selon] les Sages, cela [selon] A'herim » — notre michna suit les Sages, qui divergent de A'herim et disent qu'on prolonge le mois selon le besoin ; dès lors Roch Hachana ne tombe pas un vendredi, puisque nous le repoussons. Et ces michnayot-là, qui disent qu'il tombe [ainsi] et que nous ne repoussons pas, sont de A'herim, qui disent qu'on ne prolonge pas le mois selon le besoin.
💡 Explication

Résolution par attribution à deux écoles. Notre michna — celle qui suppose un vendredi assuré à l'intérieur de la fête — suit les Sages, pour qui l'on allonge le mois selon le besoin (meabrin et ha-hodech le-tsorekh) : Roch Hachana ne tombe jamais un vendredi, car on le repousse.

Les michnayot et braitot qui admettent Kippour accolé au Chabbat suivent A'herim, pour qui l'on n'intervient jamais sur la longueur des mois : le calendrier se déroule mécaniquement, et tous les jours de la semaine restent possibles.

10
דְּתַנְיָא, אֲחֵרִים אוֹמְרִים: אֵין בֵּין עֲצֶרֶת לַעֲצֶרֶת וְאֵין בֵּין רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְרֹאשׁ הַשָּׁנָה אֶלָּא אַרְבָּעָה יָמִים בִּלְבַד, וְאִם הָיְתָה שָׁנָה מְעֻובֶּרֶת — חֲמִשָּׁה.

Comme il a été enseigné : A'herim disent — il n'y a, d'une Atseret [Chavouot] à l'autre, ni d'un Roch Hachana a l'autre, qu'un écart de quatre jours seulement ; et si l'année était embolismique (mee'ouberet) — cinq.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא אַרְבָּעָה יָמִים בִּלְבַד אִם זֶה בְּאֶחָד בַּשַּׁבָּת יָחוּל לַשָּׁנָה הַבָּאָה בַּחֲמִישִׁי בַּשַּׁבָּת דְּהַייְנוּ אַרְבָּעָה יָמִים וְזֶה הַסֵּדֶר לְפִי מוֹלַד לְבָנָה הוּא שֶׁבֵּין מוֹלָד לְמוֹלָד עֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה יוֹם וּמֶחֱצָה לִשְׁנֵי מוֹלָדוֹת חֲמִשִּׁים וְתִשְׁעָה נִמְצָא כָּל חָדְשֵׁי הַשָּׁנָה אֶחָד מָלֵא וְאֶחָד חָסֵר וַאֲחֵרִים סְבִירָא לְהוּ דְּאֵין מְעַבְּרִין וְאֵין מְחַסְּרִין שׁוּם חֹודֶשׁ לְצֹורֶךְ אֶלָּא קוֹבְעִים רָאשֵׁי חֳדָשִׁים אֶחָד מָלֵא וְאֶחָד חָסֵר לְעוֹלָם נִמְצָא בֵּין פֶּסַח לְפֶסַח ד' יָמִים שִׁשָּׁה מְלֵאִים וְשִׁשָּׁה חֲסֵרִים שְׁלֹשׁ מֵאוֹת וַחֲמִשִּׁים וְאַרְבָּעָה יָמִים הֵן שָׁלֹשׁ מֵאוֹת וַחֲמִשִּׁים יָמִים חֲמִשִּׁים שְׁבוּעוֹת נִמְצְאוּ ד' יְתֵירִים בֵּין קְבִיעַת שָׁנָה זוֹ לִקְבִיעַת שָׁנָה הַבָּאָה:
« Seulement quatre jours » — si celui-ci tombe un dimanche, il tombera l'année suivante un jeudi, soit quatre jours. Et cet ordre suit la lunaison : d'un molad à l'autre il y a vingt-neuf jours et demi, soit cinquante-neuf pour deux molads ; il se trouve ainsi que les mois de l'année sont l'un plein, l'autre défectif. Et A'herim tiennent qu'on ne prolonge ni ne raccourcit aucun mois selon le besoin, mais qu'on fixe les néoménies l'une pleine, l'autre défective, toujours. Il se trouve donc, d'un Pessa'h à l'autre, quatre jours : six mois pleins et six défectifs font trois cent cinquante-quatre jours ; trois cent cinquante jours font cinquante semaines ; il reste donc quatre jours en plus entre la fixation de cette année-ci et celle de l'année suivante.
וְאִם הָיְתָה שָׁנָה מְעֻובֶּרֶת חֲמִשָּׁה דְּקָסָבַר חֹדֶשׁ הָעִיבּוּר לְעוֹלָם חָסֵר עֶשְׂרִים וּשְׁמוֹנָה יָמִים שֶׁלּוֹ אַרְבָּעָה שְׁבוּעוֹת נִמְצָא יוֹם אֶחָד יָתֵר תְּנֵהוּ עַל אַרְבָּעָה יָמִים שֶׁבְּשָׁנָה פְּשׁוּטָה הֲרֵי חֲמִשָּׁה:
« Et si l'année était embolismique, cinq » — car il tient que le mois de l'intercalation est toujours défectif : ses vingt-huit jours font quatre semaines, il se trouve donc un jour en plus ; ajoute-le aux quatre jours de l'année ordinaire, cela fait cinq.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא ד' יָמִים בִּלְבַד. דְּקָסָבַר אֵין מְעַבְּרִין אֶת הַחֹדֶשׁ לְצֹורֶךְ וְכֻולָּם הוֹלְכִים לְפִי הַמּוֹלָדוֹת וּבְפֶרֶק ב' דַּעֲרָכִין (דַּף ט: וְשָׁם) פָּרִיךְ דְּאִיכָּא יוֹמָא דְּשָׁעֵי לִתְלָת שְׁנִין וְאִיכָּא יוֹמָא דַּחֲלָקִים לִתְלָתִין שְׁנִין לְפִי שֶׁיֵּשׁ עֲדַייִן שְׁמוֹנָה שָׁעוֹת ותתע"ו חֲלָקִים וְעוֹלוֹת הַשָּׁעוֹת יוֹם אֶחָד לְסוֹף שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְהַחֲלָקִים עוֹלִין לַיּוֹם לְסוֹף שְׁלֹשִׁים שָׁנָה וּמְשַׁנֵּי כֵּיוָן דְּלֵיתָא בְּכוּלֵּי שְׁנֵי לָא קָחֲשִׁיב:
« Seulement quatre jours. » Car il tient qu'on ne prolonge pas le mois selon le besoin, et que tout suit les molads. Au deuxième chapitre de Arakhin (9b) on objecte qu'il existe un « jour des heures » tous les trois ans et un « jour des halakim » tous les trente ans : car il reste encore huit heures et huit cent soixante-seize halakim [par an] ; les heures totalisent un jour au bout de trois ans, et les halakim totalisent un jour au bout de trente ans. On répond : puisque cela ne se produit pas toutes les années, il ne le compte pas.
💡 Explication

Voici la position d'A'herim, qui fonde tout le système sur la lunaison : d'un molad à l'autre, vingt-neuf jours et demi, soit cinquante-neuf pour deux mois. Les mois alternent donc rigoureusement, plein et défectif, sans jamais qu'on les rallonge « selon le besoin ».

Le calcul est limpide : six mois de trente et six de vingt-neuf font 354 jours ; trois cent cinquante jours forment cinquante semaines exactes ; il reste donc quatre jours de décalage d'une année à l'autre. Si Roch Hachana tombe un dimanche cette année, il tombera un jeudi l'année prochaine.

En année embolismique, le mois ajouté est toujours défectif : vingt-neuf jours, soit quatre semaines plus un jour. D'où cinq jours d'écart. Aucun jour de la semaine n'est donc exclu — et Kippour peut border le Chabbat.

🖼️ Schéma
A'herim : l'année comme une horloge, sans rattrapage Douze mois alternés, un écart invariable de quatre jours. Le calcul Un mois lunaire : 29 jours et demi (59 jours pour deux mois). Donc 6 mois pleins (30) + 6 mois défectifs (29) = 354 jours. 350 jours = 50 semaines exactement. Reste 4 jours : c'est le décalage annuel du jour de la fête. Année embolismique : le mois ajouté est toujours défectif -- 29 jours, soit 4 semaines et 1 jour. D'où 5 jours d'écart. Exemple Roch Hachana cette année : dimanche Année suivante : + 4 jours = jeudi Année embolismique : + 5 jours = vendredi Aucun jour n'est écarté : la dehiya n'existe pas. Ce que la différence produit Sages : on allonge le mois selon le besoin -- Kippour n'est jamais accolé au Chabbat, Souccot ne commence jamais un vendredi. A'herim : rien ne bouge -- Kippour peut tomber un vendredi ou un dimanche ; d'où les graisses du Chabbat offertes à Kippour. Objection de Tossefot (Arakhin 9b) : il reste 8 heures et 876 halakim par an -- un jour de plus tous les 3 ans, un autre tous les 30 ans. Réponse : ce qui n'arrive pas chaque année n'est pas compté.
Le calendrier fixe de A'herim : 354 jours, cinquante semaines et quatre jours de reste.
11
מֵיתִיבִי: רֹאשׁ חֹדֶשׁ שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — שִׁיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ דּוֹחֶה שִׁיר שֶׁל שַׁבָּת. וְאִי אִיתָא, לֵימָא דְּשַׁבָּת וְלֵימָא דְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ!

On objecte : Roch Hodech qui tombe un Chabbat — le chant (chir) de Roch Hodech repousse le chant du Chabbat. Or s'il en est ainsi, qu'on dise celui du Chabbat et qu'on dise celui de Roch Hodech !

📜 Rachi (1)
מֵיתִיבִי לְרַבִּי אֲחָא דְּאָמַר תּוֹקְעִין עַל כָּל מוּסָף וּמוּסָף:
« On objecte » — à Rabbi A'ha, qui a dit qu'on sonne pour chaque moussaf.
💡 Explication

Retour à la thèse de Rabbi A'ha bar Hanina (évoquée plus haut) : on sonnait des tekiot pour chaque moussaf offert dans la journée, et non une seule fois. Une braita vient la contredire.

Quand Roch Hodech tombe un Chabbat, le chir — le chant des Lévites accompagnant le sacrifice — de Roch Hodech repousse celui du Chabbat. Un seul chant est donc dit. Si l'on multipliait vraiment les rites par moussaf, on dirait les deux chants ; et de même, on sonnerait deux séries de tekiot.

12
אָמַר רַב סִפְרָא: מַאי דּוֹחֶה — דּוֹחֶה לְקַדֵּם. וְאַמַּאי? תָּדִיר וְשֶׁאֵינוֹ תָּדִיר — תָּדִיר קוֹדֵם!

Rav Safra a dit : que signifie « repousse » ? — Il repousse en passant en premier. — Et pourquoi donc ? [La règle veut que] entre ce qui est fréquent (tadir) et ce qui ne l'est pas, le fréquent passe en premier !

🗂️ Tossefot (1)
וְאַמַּאי תָּדִיר וְשֶׁאֵינוֹ תָּדִיר תָּדִיר קוֹדֵם. בְּלֹא רַב סָפְרָא יָכוֹל לְהַקְשׁוֹת כֵּן:
« Et pourquoi ? Tadir et non-tadir, le tadir passe en premier. » Même sans [la relecture de] Rav Safra, on pouvait poser cette question.
💡 Explication

Rav Safra désamorce l'objection par une relecture du mot doche : il ne signifie pas ici « évince », mais doche likdom — « repousse pour passer devant ». Les deux chants sont dits ; celui de Roch Hodech est simplement placé en tête. La thèse de Rabbi A'ha survit.

Mais une nouvelle difficulté surgit du principe général : tadir ve-cheeino tadir, tadir kodem — entre un rite fréquent et un rite rare, le fréquent passe d'abord. Le Chabbat revient chaque semaine, Roch Hodech chaque mois : le chant du Chabbat devrait donc précéder.

Tossefot note finement que cette question ne dépend pas de Rav Safra : même sans sa relecture, on pouvait déjà la poser.

13
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֵידַע שֶׁהֻוקְבַּע רֹאשׁ חֹדֶשׁ בִּזְמַנּוֹ. וְהַאי הֶיכֵּירָא עָבְדִינַן? הָא הֶיכֵּירָא אַחֲרִינָא עָבְדִינַן! (דְּתַנְיָא) חֶלְבֵי תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר נִיתָּנִין מֵחֲצִי כֶּבֶשׁ וּלְמַטָּה בַּמִּזְרָח, וְשֶׁל מוּסָפִין נִיתָּנִין מֵחֲצִי כֶּבֶשׁ וּלְמַטָּה בַּמַּעֲרָב, וְשֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ נִיתָּנִין תַּחַת כַּרְכֹּוב הַמִּזְבֵּחַ וּלְמַטָּה.

Rabbi Yo'hanan a dit : pour faire savoir que Roch Hodech a bien été fixé en son temps. — Et est-ce ce signe-là (hekera) que nous faisons ? C'est un autre signe que nous faisons !

(Comme il a été enseigné :) les graisses du tamid du matin sont déposées à partir de la moitié de la rampe (kevech) et en dessous, du côté est ; celles des moussafim sont déposées à partir de la moitié de la rampe et en dessous, du côté ouest ; et celles de Roch Hodech sont déposées sous le rebord (karkov) de l'autel et en dessous.

📜 Rachi (5)
לֵידַע שֶׁהֻוקְבַּע רֹאשׁ חֹדֶשׁ בִּזְמַנּוֹ הַאי חֲשִׁיבוּתָא עָבְדִינַן לֵיהּ לְהֶיכֵּרָא שֶׁיַּכִּירוּ דִּפְשִׁיטָא לְהוּ לב"ד שֶׁקִּידְּשׁוּהוּ כְּהִלְכָתוֹ וְלֹא יְגַמְגֵּם לֵב אָדָם עָלָיו דְּרֹוב בְּנֵי אָדָם לֹא רָאוּ חִידּוּשׁ הַלְּבָנָה:
« Pour faire savoir que Roch Hodech a été fixé en son temps » — nous lui accordons cette préséance en guise de signe, pour qu'on sache qu'il est évident aux yeux du tribunal qu'ils l'ont sanctifié selon la règle, et que le cœur de personne n'hésite à son sujet : car la plupart des gens n'ont pas vu le renouvellement de la lune.
חֶלְבֵי הַתָּמִיד ה"ה לְכָל אֲבָרָיו דְּכָל אֶבְרֵי עוֹלָה קָרֵי חֶלְבֵי:
« Les graisses du tamid » — il en va de même pour tous ses membres, car on appelle « graisses » tous les membres d'une ola.
נִיתָּנִין מֵחֲצִי כֶּבֶשׁ וּלְמַטָּה בַּמִּזְרָח שִׁשָּׁה כֹּהֲנִים הַזּוֹכִים בְּהוֹלָכַת אֵבָרִים כִּדְאָמְרִינַן בְּסֵדֶר יוֹמָא (דַּף כז.) מְסַדְּרִין אוֹתוֹ בְּתַחְתִּיתוֹ שֶׁל כֶּבֶשׂ מֵחֶצְיוֹ וּלְמַטָּה בְּמִזְרָחוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ עַד שֶׁיָּבֹא הַמַּעֲלֶה וּמַקְטִירָן מִן הַכֶּבֶשׁ וְלַמִּזְבֵּחַ וְזֶה הָיָה סִימָן שֶׁהֵן שֶׁל תָּמִיד שֶׁפְּעָמִים הָיוּ מִתְעַכְּבִין אֶבְרֵי תָּמִיד עַד הַמּוּסָף וְהָיָה צָרִיךְ הֶיכֵּר שֶׁלֹּא יַקְטִירוּ לְמוּסָפִין קֹודֶם לְעוֹלַת הַתָּמִיד דְּהָא מַפְּקִינַן מִקְּרָא שֶׁאֵין שׁוּם קָרְבָּן קוֹדֵם עַל הַמַּעֲרָכָה לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר הִלְכָּךְ הָיָה צָרִיךְ הֶיכֵּר:
« Déposées à partir de la moitié de la rampe et en dessous, du côté est » — les six cohanim à qui revient le transport des membres, comme nous le disons dans l'ordre de Yoma (27a) : on les dispose au bas de la rampe, de sa moitié vers le bas, du côté est de la rampe, jusqu'à ce que vienne celui qui les monte et les fait fumer, de la rampe vers l'autel. Et c'était là un signe qu'ils appartenaient au tamid : car il arrivait que les membres du tamid soient retardés jusqu'au moussaf, et il fallait un signe pour qu'on ne fasse pas fumer ceux des moussafim avant la ola du tamid — car nous déduisons d'un verset qu'aucun sacrifice ne précède le tamid du matin sur le bûcher ; il fallait donc un signe.
וְשֶׁל מוּסָפִין נִיתָּנִין כְּנֶגְדּוֹ בְּמַעֲרָבוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ שֶׁהַכֶּבֶשׁ רָחְבּוֹ שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה מִן הַמִּזְרָח לַמַּעֲרָב וְאָורְכוֹ ל"ב מִן הַצָּפוֹן לַדָּרוֹם:
« Et celles des moussafim » — sont déposées en face, du côté ouest de la rampe : car la rampe a seize coudées de large d'est en ouest, et trente-deux coudées de long du nord au sud.
וְשֶׁל רָאשֵׁי חֳדָשִׁים אֵבָרִים שֶׁל מוּסְפֵי רָאשֵׁי חֳדָשִׁים נִתָּנִין הָיוּ בַּכֶּבֶשׁ סָמוּךְ לְכַרְכּוֹב הַמִּזְבֵּחַ לְמַטָּה הֵימֶנּוּ מְעַט דְּהַיְינוּ בַּחֲצִי הָעֶלְיוֹן שֶׁל כֶּבֶשׁ שֶׁכָּל הַכֶּבֶשׁ אָורְכּוֹ שְׁלֹשִׁים וּשְׁתַּיִם וְאֵינוֹ מְשַׁפֵּעַ וְעוֹלֶה אֶלָּא תֵּשַׁע אַמּוֹת הַשֵּׁשׁ אַמּוֹת מִן הָאָרֶץ לַסּוֹבֵב וְהַשָּׁלֹשׁ מִן הַסּוֹבֵב וּלְמַעְלָה נִמְצְאוּ שְׁנֵי שְׁלִישֵׁי אֹורֶךְ הַכֶּבֶשׁ מִן הָאָרֶץ לַסּוֹבֵב:
« Et celles des Roch Hodech » — les membres des moussafim de Roch Hodech étaient déposés sur la rampe, près du rebord (karkov) de l'autel, un peu en dessous, c'est-à-dire sur la moitié supérieure de la rampe : car la rampe fait trente-deux coudées de long, mais elle ne s'élève en pente que de neuf coudées — six coudées du sol jusqu'au sovev, et trois du sovev vers le haut ; il se trouve donc que les deux tiers de la longueur de la rampe vont du sol jusqu'au sovev.
🗂️ Tossefot (1)
דְּתַנְיָא אֶבְרֵי תָּמִיד נִיתָּנִין מֵחֲצִי כֶּבֶשׁ וּלְמַטָּה בַּמַּעֲרָב וְשֶׁל מוּסָפִין נִיתָּנִין מֵחֲצִי כֶּבֶשׁ וּלְמַטָּה בַּמִּזְרָח וְשֶׁל רָאשֵׁי חֳדָשִׁים נִיתָּנִין עַל כַּרְכּוֹב הַמִּזְבֵּחַ וּלְמַעְלָה. וְהִיא שְׁנוּיָה כֵּן בְּסוֹף מַסֶּכֶת שְׁקָלִים (פ"ח מ"ח) וְאֵין גִּירְסַת הַסְּפָרִים שֶׁלְּפָנֵינוּ נְכוֹנָה:
« Comme il a été enseigné : les membres du tamid sont déposés à partir de la moitié de la rampe et en dessous à l'ouest ; ceux des moussafim à partir de la moitié de la rampe et en dessous à l'est ; et ceux des Roch Hodech sur le rebord (karkov) de l'autel et au-dessus. » C'est ainsi que cela est enseigné à la fin du traité Chekalim (8,8) ; et la version de nos livres n'est pas exacte.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan justifie l'exception au principe du tadir : la préséance du chant de Roch Hodech est un hekera, un signe public destiné à faire savoir que le tribunal a bien sanctifié le mois en son temps. Rachi explique le besoin : la plupart des gens n'ont pas vu de leurs yeux le renouvellement de la lune, et pourraient douter.

Objection finale : ce hekera existe déjà ailleurs, et sous une forme bien plus concrète. Sur la rampe de l'autel, chaque catégorie de sacrifice avait sa place assignée — le tamid du matin d'un côté, les moussafim de l'autre, ceux de Roch Hodech près du karkov. Le but premier était d'éviter de faire fumer un moussaf avant le tamid ; mais la place distincte des offrandes de Roch Hodech constituait déjà un signe visible.

Tossefot signale que la version de nos livres est fautive : la michna de Chekalim 8,8 inverse est et ouest et place les graisses de Roch Hodech sur le karkov et au-dessus. Le folio s'arrête ici ; la réponse viendra en 55a.

🖼️ Schéma
La rampe de l'autel (kevech) : où l'on dépose les graisses Un signe visuel pour ne pas confondre les sacrifices -- et déjà un hekera de Roch Hodech. Vue de dessus (nord en haut) MIZBEA'H (autel) Moitié supérieure sous le karkov Roch Hodech EST tamid du matin OUEST moussafim Largeur 16 coudées (est-ouest) Longueur 32 coudées (sud-nord) Vue de profil : la montée de 9 coudées autel sovev, à 6 coudées karkov, à 9 coudées La rampe fait 32 coudées de long mais ne s'élève que de 9. Les deux tiers de sa longueur vont du sol jusqu'au sovev (Rachi). Tossefot : notre version est fautive Chekalim 8,8 enseigne l'inverse : tamid a l'OUEST, moussafim à l'EST, et Roch Hodech SUR le karkov et au-dessus, non en dessous.
La rampe de l'autel : trois emplacements, trois catégories de sacrifices — et la variante de Chekalim relevée par Tossefot.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).