Sukkah 55a -- Une seule sonnerie pour plusieurs moussafim, et les six chants de Hol HaMoed

Sukkah 55a

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya du signe de Roch Hodech : les deux explications de Rabbi Yo'hanan ne se contredisent pas, car on a institué DEUX signes distincts, l'ordre du chant et la place des graisses sur l'autel. Il liquide ensuite la position de Rabbi Aha bar Hanina, qui voulait une série de sonneries pour chaque moussaf : une première réfutation vient de la beraita de Rava bar Chmouel et de son verset ou-ve-rachei hodcheikhem, expliqué par Abaye puis par Rav Achi ; une seconde vient de la beraita des six chants de Hol HaMoed, où le Chabbat évince purement et simplement le chant du jour et fait tomber Yimotou, le dernier.

Ce qui subsiste de Rabbi Aha est réinterprété : on allonge les sonneries (Ravina) ou l'on multiplie les trompettes (les Sages de Césarée), mais jamais on n'en ajoute le nombre. Le folio se ferme sur une question pratique de diaspora : puisque chaque jour de Hol HaMoed y est douteux, quelle section des moussafim dire ?

Abaye repousse le second jour, Rava le septième -- une beraita l'appuie -- et Ameimar institué à Nehardea le procédé du dilougei, qui dit chaque jour les deux sections en les faisant se chevaucher.

Le fil du folio : la fin de Rabbi Aha, et le chant de Hol HaMoed Cinq blocs : clôture de la sougya du Roch Hodech, double réfutation de Rabbi Aha, puis le doute des deux jours en diaspora. Bloc A (seg. 0) -- deux signes valent mieux qu'un Difficulté de 54b : le signe que le mois a été fixé en son temps, est-ce l'ordre du chant ou la place des graisses sur l'autel ? Réponse : tere hekera avdinan -- on a institué DEUX signes. Qui voit l'un a vu, qui voit l'autre a vu. Aucune contradiction. Bloc B (seg. 1-2) -- première réfutation de Rabbi Aha : la beraita de Rava bar Chmouel Yakhol : de même qu'on sonne pour le moussaf du Chabbat seul et pour celui de Roch Hodech seul, on sonnerait pour CHAQUE moussaf. Talmoud lomar ou-ve-rachei hodcheikhem (Bamidbar 10,10) : non. Teyouvta de Rabbi Aha -- réfutation définitive. D'où vient la preuve ? Abaye : tous les mois sont assimilés entre eux. Rav Achi : hodchekhem au singulier contre ou-ve-rachei au pluriel. Bloc C (seg. 3-6) -- seconde réfutation : les six chants de Hol HaMoed Beraita : un psaume par jour de Hol HaMoed. Mnémoniques de Rav Safra (HOMBEHI) et de Rav Papa (HOMEHBI), qui diffèrent sur les jours 4 et 5. Et si le Chabbat tombe l'un de ces jours : Yimotou -- le dernier chant -- est repoussé. Donc le Chabbat on ne dit QUE le chant du Chabbat. Or Rabbi Aha soutenait qu'on donne à chaque moussaf son propre chant et ses propres sonneries. Teyouvta -- seconde réfutation. Objection : mais Rabbi Aha appuyait sa position sur un verset ET sur une beraita. Que deviennent-ils ? Bloc D (seg. 7) -- ce qui survit de Rabbi Aha : ha-kol lefi ha-moussafin, mais autrement Ravina : on ALLONGE les sonneries. Les Sages de Césarée au nom de Rabbi Aha : on MULTIPLIE les sonneurs (les trompettes). Dans les deux cas le NOMBRE de sonneries reste neuf : le supplément de moussaf est marqué par la durée ou par le volume, jamais par le compte. Bloc E (seg. 8-10) -- et nous, en diaspora, qui avons deux jours de doute ? Chaque jour de Hol HaMoed est un doute : est-ce le 2e ou le 3e jour de la fête ? Or les moussafim diffèrent, les taureaux vont en diminuant. Abaye : c'est le SECOND qui saute. Rava : c'est le SEPTIÈME qui saute -- et une beraita l'appuie : Yimotou, le dernier, est repoussé. Ameimar à Nehardea : ni l'un ni l'autre -- medalgei dilougei, on dit chaque jour les DEUX sections douteuses, en les faisant se chevaucher. C'est là coutume qui a prévalu : le premier jour de Hol HaMoed, on lit et l'on dit le 2e ET le 3e jour, et ainsi de suite jusqu'à Hochana Rabba.
Le fil complet du folio : clôture de la sougya du signe de Roch Hodech, double réfutation de Rabbi Aha bar Hanina, ce qui subsiste de sa position, puis le doute des deux jours de fête en diaspora.
Les six chants de Hol HaMoed, et les deux mnémoniques Un psaume par jour, désigné par son premier mot. La lettre initiale de chaque mot forme le simana. Jour Mot d'ouverture Psaume Motif du choix (selon Rachi) Lettre 1 Havou la-Chem Teh. 29 Début de la Simhat Beit HaChoeva ; kol Hachem al ha-mayim, la libation d'eau ה 2 Ve-la-racha amar Teh. 50 Paroles de reproche à la foule venue à la Azara ; bal te aher des trois fêtes ו 3 Mi yakoum li Teh. 94,16 Les détresses sous les royaumes ; on se réjouit malgré tout et l'on prie מ 4 Binou boarim Teh. 94,8 Temps de la récolte : leket, chikh ha, pea, maasser ani -- reproche sur les dîmes ב 5 Hassiroti mi-sevel Teh. 81,7 Paroles de consolation ; on est jugé sur l'eau à la fête, on prie pour la pluie ה 6 Yimotou kol mosdei Teh. 82,5 Rendez justice au pauvre : les dîmes ; le vol des dons aux pauvres attire la famine י Rav Safra : HOMBEHI ה ו מ ב ה י Havou / Ve-la-racha / Mi yakoum / Binou / Hassiroti / Yimotou C'est l'ordre du texte de notre beraita. Simana du simana : ambouha de-safrei -- ambouha ressemble à HOMBEHI, et safrei renvoie à Safra. Rav Papa : HOMEHBI ה ו מ ה ב י Havou / Ve-la-racha / Mi yakoum / Hassiroti / Binou / Yimotou Il intervertit les jours 4 et 5 : Hassiroti passe avant Binou. Seule différence entre les deux maîtres. Le premier, le troisième et le dernier ne bougent pas.
Les six psaumes de Hol HaMoed avec le motif de leur choix selon Rachi, et les deux mnémoniques concurrents de Rav Safra et de Rav Papa.
Le doute des deux jours : quelle section de moussaf dire chaque jour de Hol HaMoed ? En diaspora les deux premiers jours sont Yom Tov ; le premier jour de Hol HaMoed est donc peut-être le 2e, peut-être le 3e jour de la fête. Position HM 1 HM 2 HM 3 HM 4 HM 5 (Hochana Rabba) Abaye le 2e saute 3e jour 4e jour 5e jour 6e jour 7e jour Rava le 7e saute 2e jour 3e jour 4e jour 5e jour 6e jour Ameimar dilougei 2e + 3e 3e + 4e 4e + 5e 5e + 6e 6e + 7e Pourquoi Rava est-il appuyé par la beraita, et pourquoi Ameimar tranche autrement Rava lit la beraita des chants comme un principe : la section repoussée aujourd hui, on la dit demain ; c'est la DERNIÈRE qui est déracinée. Le Chabbat de Hol HaMoed, le chant du Chabbat prend la place du jour ; les autres glissent d'un cran, et Yimotou tombe hors du calendrier. Abaye, lui, supprime le doublon en amont : puisque le 2e jour est déjà douteux, qu'il soit repoussé d'emblée et entièrement. Ameimar refuse de sacrifier une section : on dit les deux possibilités chaque jour, avec recouvrement d'un jour sur l'autre. Rachi étend l'institution d'Ameimar à la lecture de la Torah ; Tossefot conteste sa répartition entre les quatre montées (voir seg. 10).
Les trois solutions au doute des jours de Hol HaMoed en diaspora : Abaye, Rava et Ameimar, jour par jour.
1
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֵידַע שֶׁהֻוקְבַּע רֹאשׁ חֹודֶשׁ בִּזְמַנּוֹ. תְּרֵי הֶיכֵּירָא עָבְדִינַן. דַּחֲזֵי הַאי — חֲזִי, וַחֲזֵי בְּהַאי — חֲזִי.

Et Rabbi Yo'hanan a dit [au sujet des graisses de Roch Hodech placées sous le karkov] : c'est pour faire savoir que le Roch Hodech a été fixé en son temps ! -- Nous instituons deux signes distinctifs : celui qui voit celui-ci a vu, et celui qui voit celui-là a vu.

📜 Rachi (1)
וא"ר יוֹחָנָן לְכָךְ סוֹדְרִין אוֹתָן לְמַעְלָה מִשְּׁאָר אֵבָרִים לְהַרְאוֹת שֶׁהֵן חֲשׁוּבֵין וּלְהוֹדִיעַ שֶׁהֻוקְבַּע הַחֹדֶשׁ בִּזְמַנּוֹ:
Et Rabbi Yo'hanan a dit : c'est pourquoi on les dispose au-dessus des autres membres, pour montrer qu'elles sont importantes, et pour faire savoir que le mois a été fixé en son temps.
💡 Explication

Fin de la difficulté ouverte à la page précédente. Rabbi Yo'hanan avait expliqué que, lorsque Roch Hodech tombe un Chabbat, le chant de Roch Hodech précède celui du Chabbat -- contre la règle tadir ve-cheeino tadir, tadir kodem (le fréquent passe avant) -- précisément pour signaler publiquement que le tribunal a fixé le mois en son temps, après le vingt-neuvième jour. La guemara avait objecté : mais le signe n'est-il pas plutôt la place des graisses sur l'autel, celles de Roch Hodech étant déposées sous le karkov, au-dessus de toutes les autres ? Et de fait, sur ce point aussi, Rabbi Yo'hanan a dit que c'était pour faire savoir que le mois avait été fixé en son temps.

La réponse est simple et importante : tere hekera avdinan -- on a institué deux signes, non pas un seul dont on discuterait l'identité. Ils ne se concurrencent pas, ils se complètent : de-haze haï haze, ve-haze be-haï haze, qui perçoit l'un a bien reçu l'information, qui perçoit l'autre aussi. Rachi précise le mécanisme du second signe : on dispose ces graisses au-dessus des autres membres, ce qui les marque à la fois comme importantes et comme témoins de la date.

🖼️ Schéma
Deux signes distincts que le mois a bien été fixé en son temps La difficulté (fin de 54b) Rabbi Yo'hanan donne DEUX explications différentes du même fait : savoir que Roch Hodech a été fixé en son temps. Laquelle est le signe ? Signe 1 : l'ordre du chant Roch Hodech tombant un Chabbat, le chant de Roch Hodech précède celui du Chabbat, contre la règle tadir ve-cheeino tadir tadir kodem. Perçu par ceux qui ENTENDENT, dans toute la Azara. Signe 2 : la place des graisses Tamid du matin : moitié basse de la rampe, à l'est. Moussafim : moitié basse de la rampe, à l'ouest. Roch Hodech : sous le karkov, plus haut que tout. Perçu par ceux qui VOIENT l'autel de près. La réponse : tere hekera avdinan -- nous faisons deux signes De-haze haï haze : qui voit l'un a vu, qui voit l'autre a vu. Deux canaux complémentaires, pas deux versions concurrentes.
Les deux signes concurrents -- l'ordre du chant et la place des graisses -- et la réponse de la guemara : ils sont tous deux institués, chacun pour un public différent.
2
מֵיתִיבִי, דְּתָנֵי רָבָא בַּר שְׁמוּאֵל: יָכוֹל כְּשֵׁם שֶׁתּוֹקְעִין עַל שַׁבָּת בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְעַל רֹאשׁ חֹדֶשׁ בִּפְנֵי עַצְמוֹ, כָּךְ יִהְיוּ תּוֹקְעִין עַל כָּל מוּסָף וּמוּסָף — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּבְרָאשֵׁי חָדְשֵׁיכֶם״, תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי אֲחָא! תְּיוּבְתָּא.

On objecte, car Rava bar Chmouel a enseigné : on aurait pu penser que, de même qu'on sonne pour le Chabbat à lui seul et pour le Roch Hodech à lui seul, de même sonnerait-on pour chaque moussaf en particulier -- c'est pourquoi le verset dit : et à vos néoménies. Réfutation de Rabbi Aha !

Réfutation.

📜 Rachi (3)
יָכוֹל כְּשֵׁם שֶׁתּוֹקְעִין עַל מוּסָף שֶׁל ר"ח בִּפְנֵי עַצְמוֹ כְּשֶׁחָל בְּחוֹל וְעַל מוּסָף שַׁבָּת בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּשֶׁהִיא לְבַדָּהּ:
On aurait pu penser que, de même qu'on sonne : pour le moussaf de Roch Hodech à lui seul lorsqu'il tombe un jour de semaine, et pour le moussaf du Chabbat à lui seul lorsqu'il est seul.
כָּךְ תּוֹקְעִין עַל כָּל מוּסָף וּמוּסָף כְּשֶׁחָלוּ לִהְיוֹת יַחַד:
De même sonnerait-on pour chaque moussaf en particulier : lorsqu'ils tombent ensemble.
ת"ל וּבְרָאשֵׁי חָדְשֵׁיכֶם גַּבֵּי תְּקִיעוֹת כְּתִיב וּבְיוֹם שִׂמְחַתְכֶם וּבְמוֹעֲדֵיכֶם וּבְרָאשֵׁי חָדְשֵׁיכֶם וּתְקַעְתֶּם וְגוֹ':
C'est pourquoi le verset dit : et à vos néoménies -- à propos des sonneries il est écrit : au jour de votre réjouissance, à vos fêtes et à vos néoménies, vous sonnerez, etc. (Bamidbar 10,10).
💡 Explication

Nouvelle attaque contre Rabbi Aha bar Hanina, dont la thèse -- ha-kol lefi ha-moussafin, on sonne selon le nombre des moussafim -- occupait déjà le folio précédent. La beraita construit la hava amina exactement comme lui : puisqu'un Chabbat ordinaire a ses neuf sonneries et qu'un Roch Hodech ordinaire a les siennes, on croirait que, le jour où les deux coïncident, on sonne deux fois neuf.

La formule yakhol ... talmoud lomar est la structure classique du midrach halakha : on énonce l'hypothèse que la logique seule imposerait, puis le verset la rejette. Ici le verset est ou-ve-rachei hodcheikhem (Bamidbar 10,10). La guemara conclut par la formule la plus forte de son arsenal : teyouvta, redoublée -- la position de Rabbi Aha est réfutée, non pas simplement contestée.

3
מַאי תַּלְמוּדָא? אָמַר אַבַּיֵּי, אֲמַר קְרָא: ״וּבְרָאשֵׁי חָדְשֵׁיכֶם״ — הֻוקְּשׁוּ כָּל חֳדָשִׁים כֻּולָּם זֶה לָזֶה. רַב אַשִּׁי אָמַר: כְּתִיב ״חָדְשְׁכֶם״, וּכְתִיב ״וּבְרָאשֵׁי״ — וְאֵיזֶה חֹדֶשׁ שֶׁיֵּשׁ לוֹ שְׁנֵי רָאשִׁים, הֱוֵי אוֹמֵר: זֶה רֹאשׁ הַשָּׁנָה, וְאָמַר רַחֲמָנָא ״חָדְשְׁכֶם״, חַד הִיא.

Quelle est la preuve tirée du verset ? Abaye a dit : le verset dit et à vos néoménies -- tous les mois ont été assimilés les uns aux autres.

Rav Achi a dit : il est écrit hodchekhem [votre mois, au singulier] et il est écrit ou-ve-rachei [et aux têtes, au pluriel] -- et quel est le mois qui possède deux têtes ? Tu dois dire : c'est Roch Hachana.

Or le Miséricordieux a dit hodchekhem -- il est un.

📜 Rachi (2)
הֻוקְּשׁוּ כָּל הַחֲדָשִׁים כֻּולָּן לְעִנְיַן תְּקִיעוֹת שֶׁתְּקִיעוֹתֵיהֶן שָׁווֹת:
Tous les mois ont été assimilés les uns aux autres : quant aux sonneries -- leurs sonneries sont identiques.
שְׁנֵי רָאשִׁים ר"ח ור"ה וְקַרְייֵהּ רַחֲמָנָא חָדְשְׁכֶם חָסֵר כְּתִיב לְעִנְיַן תְּקִיעוֹת:
Deux têtes : Roch Hodech et Roch Hachana ; et le Miséricordieux l'a appelé hodchekhem, écrit défectif, quant aux sonneries.
💡 Explication

La guemara ne se contente jamais d'une citation : elle demande mai talmouda, où exactement se loge la preuve dans le verset. Deux lectures sont proposées.

Abaye travaille sur le pluriel rachei hodcheikhem : il constitue un hekech, une assimilation de tous les Roch Hodech entre eux. Or le Roch Hodech ordinaire, en semaine, n'a qu'une seule série de neuf sonneries. Un Roch Hodech tombant un Chabbat n'en aura donc pas davantage. Rachi résume : leurs sonneries sont identiques.

Rav Achi travaille sur une tension interne au verset : hodchekhem est écrit haser, défectif, donc au singulier, alors que ou-ve-rachei, les têtes, est au pluriel. Quel mois possède réellement deux têtes ? Tichri : il est à la fois tête de mois et tête d'année -- Roch Hachana. Et c'est précisément de ce mois-là, où deux saintetés se superposent, que la Torah dit hodchekhem au singulier : had hi, il est un. Le cumul des occasions ne démultiplie pas les sonneries.

🖼️ Schéma
Mai talmouda ? Comment le verset prouve-t-il une sonnerie unique Bamidbar 10,10 ou-ve-yom simhatkhem ou-ve-moadeikhem OU-VE-RACHEI HODCHEKHEM ou-tekatem ba-hatsotserot Abaye : hekech entre les mois Le verset dit rachei hodcheikhem au PLURIEL : tous les Roch Hodech sont assimilés l'un à l'autre. Or un Roch Hodech ordinaire, en semaine, n'a qu'une série de sonneries pour son moussaf. Donc un Roch Hodech tombant un Chabbat n'en a pas davantage : une seule série pour les deux. Rachi : leurs sonneries sont identiques. Rav Achi : le mot a deux têtes Écrit HODCHEKHEM, défectif, donc SINGULIER ; mais OU-VE-RACHEI, têtes, au PLURIEL. Quel mois a deux têtes ? Celui de Tichri : tête de mois ET tête d'année -- Roch Hachana. Et la Torah l'appelle pourtant hodchekhem, au singulier : had hi, il est UN. Deux saintetés le même jour : une seule sonnerie. Même conclusion par deux voies : le cumul de moussafim n'ajoute jamais de série de sonneries.
Les deux voies exégétiques vers la même conclusion : le hekech des mois entre eux chez Abaye, et la tension singulier-pluriel du verset chez Rav Achi.
4
וְעוֹד, תַּנְיָא: בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד, בָּרִאשׁוֹן מֶה הָיוּ אוֹמְרִים: ״הָבוּ לַה׳ בְּנֵי אֵלִים״. בַּשֵּׁנִי מֶה הָיוּ אוֹמְרִים: ״וְלָרָשָׁע אָמַר אֱ-לֹהִים״. בַּשְּׁלִישִׁי מֶה הָיוּ אוֹמְרִים: ״מִי יָקוּם לִי עִם מְרֵעִים״.

Et en outre, il a été enseigné : pendant Hol HaMoed, le premier jour, que disaient-ils ? Rendez à l'Éternel, fils des puissants (Tehilim 29,1).

Le deuxième, que disaient-ils ? Et au méchant Dieu a dit (Tehilim 50,16).

Le troisième, que disaient-ils ? Qui se lèvera pour moi contre les malfaiteurs (Tehilim 94,16).

📜 Rachi (6)
בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד דְּסֻוכּוֹת:
Pendant Hol HaMoed : de Souccot.
מֶה הָיוּ אוֹמְרִים בְּשִׁיר הַמּוּסָפִין:
Que disaient-ils : dans le chant des moussafim.
בָּרִאשׁוֹן בְּיוֹם רִאשׁוֹן דחוש"מ:
Le premier : le premier jour de Hol HaMoed.
אוֹמְרִים הָבוּ לָהּ' וְגוֹ' כָּל הַמִּזְמוֹר עַל שֵׁם שֶׁהַיּוֹם תְּחִלַּת שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה דְּהַיְינוּ כָּבוֹד וְעֹוז וּבְאוֹתוֹ מִזְמוֹר קוֹל ה' עַל הַמָּיִם עַל שֵׁם נִיסּוּךְ הַמַּיִם:
Ils disent Havou la-Chem, etc. : tout le psaume -- parce que ce jour est le commencement de la Simhat Beit HaChoeva, c'est-à-dire gloire et force ; et dans ce même psaume [il est dit] la voix de l'Éternel est sur les eaux, en raison de la libation d'eau.
וְלָרָשָׁע אָמַר כוּ' וְכָל הַמִּזְמוֹר דִּבְרֵי כִּבּוּשִׁין הֵן לַנֶּאֱסָפִים לְעֶזְרָה לְמִצְוַת הַחַג וּשְׂמֵחִים שִׂמְחַת הַחַג וּמוֹכִיחָם מַה לְּךָ לְסַפֵּר חֻקָּי כְּלוֹמַר לָמָּה לְךָ לָבֹא לְבַיִת זֶה עִם שְׁאָר עִמִּי אִם אֵינְךָ חוֹזֵר בִּתְשׁוּבָה וּבְאוֹתוֹ מִזְמוֹר כְּתִיב זְבַח לֵא-לֹהִים תּוֹדָה וְשַׁלֵּם לְעֶלְיוֹן נְדָרֶיךָ עַל שֶׁחַג הַסֻּוכּוֹת זְמַן בַּל תְּאַחֵר הוּא לְשָׁלֹשׁ רְגָלִים כְּסִדְרָן וְסוֹף הַמִּזְמוֹר זֹובֵחַ תּוֹדָה יְכַבְּדָנְנִי וְשָׂם דֶּרֶךְ אַרְאֶנּוּ וְגוֹ':
Et au méchant [Dieu] a dit, etc. : et tout le psaume est fait de paroles de reproche adressées à ceux qui se sont rassemblés dans la Azara pour la mitsva de la fête et qui se réjouissent de la joie de la fête ; et il les reprend : que t importe de raconter mes lois -- c'est-à-dire : pourquoi viens-tu dans cette Maison avec le reste du peuple si tu ne reviens pas par la techouva ? Et dans ce psaume il est écrit : offre à Dieu un sacrifice de reconnaissance et acquitte tes vœux au Très-Haut -- car la fête de Souccot est le temps du bal teaher pour les trois fêtes selon leur ordre ; et la fin du psaume : celui qui offre un sacrifice de reconnaissance m honore, et à qui règle sa voie je montrerai [le salut de Dieu], etc.
מִי יָקוּם לִי עִם מְרֵעִים וּבֵינוֹ בּוֹעֲרִים בְּמִזְמוֹר אֶחָד הֵם וּבֵינוֹ בּוֹעֲרִים מֻוקְדָּם וּמִי יָקוּם לִי מְאֻוחָר וְהֵם מַקְדִּימִין אֶת הַמְאֻוחָר וְנִרְאֶה בְּעֵינַי מִפְּנֵי שֶׁפָּרָשַׁת מִי יָקוּם לִי מְדַבֶּרֶת עַל צָרוּתָן שֶׁהָיוּ מְשֻׁועְבָּדִין בְּבַיִת שֵׁנִי תַּחַת מַלְכֵי פָּרַס וּמַלְכֵי יָוָן וּמַלְכֵי רוֹמִי וְאַף עַל פִּי כֵן אֵינָן נִמְנָעִים מִלִּשְׂמוֹחַ שִׂמְחַת מַלְכָּם וּמִתְפַּלְּלִים מִי יָקוּם לָנוּ לְהַצִּילֵנוּ מִן הַמְּרֵעִים הָאֵלֶּה לוּלֵי ה' עֶזְרָתָה לִּי כִּמְעַט שָׁכְנָה דוּמָה נַפְשִׁי אִם אָמַרְתִּי מָטָה רַגְלִי וְגוֹ' שַׂרְעַפַּי בְּקִרְבִּי תַּנְחוּמֶיךָ יְשַׁעַשְׁעוּ כְּלוֹמַר אַף לְפִי צָרוֹתֵינוּ אֵין אָנוּ נִמְנָעִין מִלָּבֹא לְהִשְׁתַּעֲשֵׁעַ בְּתַנְחוּמֶיךָ וְכוּ' עַד סוֹף הַמִּזְמוֹר וּלְמָחָר בֵּינוֹ בּוֹעֲרִים בָּעָם מִפְּנֵי שֶׁעַכְשָׁיו זְמַן מַתְּנוֹת עֲנִיִּים שֶׁהוּא זְמַן אָסִיף זְמַן לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה וּמַעְשַׂר עָנִי וּכְשֶׁמַּגִּיעִין יָמִים הָאַחֲרוֹנִים שֶׁהֵן קְרוֹבִים לִפְרֹושׁ וְלָשׁוּב לְבָתֵּיהֶם קוֹרִין לִפְנֵיהֶן לְהוֹכִיחָם שֶׁיְּעַשְּׂרוּ כָּרָאוּי ואע"פ שֶׁהַמַּעַשְׂרוֹת בְּצִנְעָה וְלֹא יֹאמְרוּ מִי רֹואֵנוּ וּמִי יוֹדְעֵנוּ לְכָךְ אוֹמֵר בֵּינוֹ בּוֹעֲרִים בָּעָם שֶׁאוֹמְרִים בְּלִבָּם מִי יַגִּיד מַעֲשֵׂינוּ הֲנֹוטַע אֹזֶן הֲלֹא יִשְׁמָע אִם יֹוצֵר עַיִן הֲלֹא יַבִּיט הֲיֹוסֵר גּוֹיִם הֲלֹא יוֹכִיחַ וְגוֹ' עַד מִי יָקוּם לִי:
Qui se lèvera pour moi contre les malfaiteurs : [ce verset] et Comprenez, hommes stupides, sont dans un seul et même psaume ; or Comprenez, hommes stupides vient avant, et Qui se lèvera pour moi vient après -- et ils font passer le plus tardif avant le plus ancien. Et il me semble que c'est parce que la section Qui se lèvera pour moi parle de leurs détresses, du temps où ils étaient asservis, sous le second Temple, aux rois de Perse, aux rois de Grèce et aux rois de Rome ; et malgré cela ils ne s'abstiennent pas de se réjouir de la joie de leur Roi, et ils prient : qui se lèvera pour nous, pour nous sauver de ces malfaiteurs ? Si l'Éternel n'avait été mon secours, peu s'en faut que mon âme n'eût habité le silence ; si je dis : mon pied chancelle, etc. ; quand mes soucis abondent en moi, tes consolations réjouissent mon âme -- c'est-à-dire : même au milieu de nos détresses nous ne nous abstenons pas de venir nous réjouir en tes consolations, etc., jusqu'à la fin du psaume. Et le lendemain [on dit] Comprenez, hommes stupides parmi le peuple, parce que c'est maintenant le temps des dons aux pauvres, qui est le temps de la récolte, le temps du leket, de la chikh ha et de la pea et du maasser ani ; et lorsque arrivent les derniers jours, où ils sont proches de se séparer et de retourner chez eux, on lit devant eux pour les reprendre, afin qu'ils prélèvent les dîmes comme il convient. Et bien que les dîmes se donnent en secret, qu'ils ne disent pas : qui nous voit et qui nous connaît ? C'est pourquoi il dit : Comprenez, hommes stupides parmi le peuple -- eux qui disent en leur cœur : qui rapportera nos actes ? Celui qui a planté l'oreille n'entendrait-il pas ? Celui qui a formé l'œil ne verrait-il pas ? Celui qui châtie les nations ne reprendrait-il pas, etc., jusqu'à Qui se lèvera pour moi.
💡 Explication

Seconde offensive contre Rabbi Aha, d'une autre nature : non plus un verset, mais une beraita descriptive du chant des Leviim pendant les jours intermédiaires de Souccot. Chaque jour reçoit un psaume, désigné ici par son mot d'ouverture.

Rachi ne se borne pas à identifier les psaumes : il explique pour chacun pourquoi ce jour-là. Le premier jour on dit Havou la-Chem (Tehilim 29) parce que c'est le commencement de la Simhat Beit HaChoéva -- le psaume parle de kavod va-oz, gloire et force -- et parce qu'il contient kol Hachem al ha-mayim, la voix de l'Éternel sur les eaux, en écho au nissoukh ha-mayim, la libation d'eau. Le deuxième jour, ve-la-racha (Tehilim 50) : ce sont des divrei kevouchin, des paroles de reproche adressées à la foule rassemblée dans la Azara, et le psaume rappelle l'acquittement des vœux, car Souccot est le terme du bal teaher, l'interdiction de tarder au-delà des trois fêtes.

Le troisième jour pose une difficulté que Rachi soulève lui-même : Mi yakoum li (94,16) et Binou boarim (94,8) appartiennent au même psaume, et l'on dit le verset le plus tardif avant le plus ancien. Sa réponse, donnée comme une opinion personnelle -- ve-nireh be-einai, il me semble --, est thématique : le passage Mi yakoum li parle des persécutions subies sous les royaumes du second Temple, et le peuple, sans renoncer à la joie de la fête, y prie pour être délivré ; tandis que Binou boarim est un reproche sur les dîmes, qu'on réserve aux derniers jours, quand chacun s'apprête à rentrer chez soi.

5
בָּרְבִיעִי מֶה הָיוּ אוֹמְרִים: ״בֵּינוֹ בּוֹעֲרִים בָּעָם״. בַּחֲמִישִׁי מֶה הָיוּ אוֹמְרִים: ״הֲסִירוֹתִי מִסֵּבֶל שִׁכְמוֹ״. בַּשִּׁשִּׁי מֶה הָיוּ אוֹמְרִים: ״יִמּוֹטוּ כָּל מוֹסְדֵי אָרֶץ״. וְאִם חָל שַׁבָּת בְּאֶחָד מֵהֶם, ״יִמּוֹטוּ״ יִדְחֶה.

Le quatrième, que disaient-ils ? Comprenez, hommes stupides parmi le peuple (Tehilim 94,8).

Le cinquième, que disaient-ils ? J'ai ôté son épaule du fardeau (Tehilim 81,7).

Le sixième, que disaient-ils ? Tous les fondements de la terre chancellent (Tehilim 82,5).

Et si le Chabbat tombe l'un de ces jours, Yimotou est repoussé.

📜 Rachi (4)
הֲסִירוֹתִי מִסֵּבֶל שִׁכְמוֹ דִּבְרֵי תַּנְחוּמִין הֵן אִם תִּזְכּוּ בַּצָּרָה קָרָאתָ וָאֲחַלְּצֶךָּ אֶעֶנְךָ בְּסֵתֶר רַעַם אֶבְחָנְךָ עַל מֵי מְרִיבָה כו' עַל הַמַּיִם שֶׁנִּידּוֹנִין עֲלֵיהֶם בֶּחָג לְפִי מַה שֶׁאֲנִי בּוֹחֲנֵךְ אֶפְסוֹק לְךָ עַל שֵׁם שֶׁמִּתְפַּלְּלִין עַל הַגְּשָׁמִים וּצְרִיכִים לָהֶם וּכְתִיב בְּמִזְמוֹר זֶה אָנֹכִי ה' אֱ-לֹהֶיךָ הַמַּעַלְךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם הַרְחֶב פִּיךָ וַאֲמַלְאֵהוּ שֶׁאֶשְׁלַח לָכֶם בְּרָכָה וְסוֹף הַמִּזְמוֹר וְיַאֲכִילֵהוּ מֵחֵלֶב חִטָּה וְגוֹ':
J'ai ôté son épaule du fardeau : ce sont des paroles de consolation. [Si vous le méritez] : dans la détresse tu as appelé et je t ai délivré, je t ai répondu dans le secret du tonnerre, je t ai éprouvé aux eaux de Meriva, etc. -- au sujet des eaux, dont on est jugé à la fête : selon la manière dont je t éprouve je fixerai ta part ; parce qu'on prie pour les pluies et qu'on en a besoin. Et il est écrit dans ce psaume : je suis l'Éternel ton Dieu qui t ai fait monter du pays d'Égypte, élargis ta bouche et je la remplirai -- car je vous enverrai la bénédiction ; et la fin du psaume : et il le nourrirait de la fleur du froment, etc.
יִמּוֹטוּ כָּל מוֹסְדֵי אָרֶץ בְּמִזְמוֹר אֱ-לֹהִים נִצָּב בַּעֲדַת אֵל וְאוֹמְרִים כָּל הַמִּזְמוֹר עַל שֵׁם שֶׁכָּתוּב בּוֹ עָנִי וָרָשׁ הִצְדִּיקוּ אֵלּוּ מַעַשְׂרוֹת שֶׁכָּךְ הוּא נִדְרָשׁ בְּחֻולִּין צַדֵּק מִשֶּׁלְּךָ וְתֵן לוֹ בְּפֶרֶק הַזְּרוֹעַ (חֻולִּין דַּף קלד.) לֹא יָדְעוּ וְלֹא יָבִינוּ וּמִי שֶׁאֵינוֹ נוֹתֵן לִבּוֹ לְהָבִין לְכָךְ בַּחֲשֵׁכָה יִתְהַלְּכוּ זוֹ מִיתָה כְּדִתְנַן (אָבוֹת פ"ה מ"ט) בְּאַרְבָּעָה פְרָקִים הַדֶּבֶר מִתְרַבֶּה כו' בְּמוֹצָאֵי הֶחָג שֶׁבְּכָל שָׁנָה מִפְּנֵי גֶזֶל מַתְּנוֹת עֲנִיִּים וְגוֹרֵם קְלָלָה לְעוֹלָם וּרְעָבוֹן שֶׁיִּמּוֹטוּ כָּל אַפְסֵי אָרֶץ:
Tous les fondements de la terre chancellent : dans le psaume Dieu se tient dans l'assemblée divine ; et l'on dit tout le psaume parce qu'il y est écrit : rendez justice au pauvre et à l'orphelin -- ce sont les dîmes, car ainsi cela est interprété dans Houlin : fais justice de ce qui est à toi et donne-lui, au chapitre HaZeroa (Houlin 134a). Ils ne savent ni ne comprennent -- et celui qui n'applique pas son cœur à comprendre, c'est pourquoi ils marchent dans les ténèbres, ce qui est la mort, comme nous l'avons appris (Avot 5,9) : en quatre périodes la peste se multiplie, etc., à l'issue de la fête de chaque année, à cause du vol des dons aux pauvres ; et cela attire la malédiction sur le monde, et la famine, de sorte que chancellent tous les confins de la terre.
וְאִם חָל שַׁבָּת בְּאֶחָד מֵהֶן יִדְחוּ שִׁיר הַמּוֹעֵד מִלִּפְנֵי שִׁיר שַׁבָּת:
Et si le Chabbat tombe l'un de ces jours : les chants de la fête seront repoussés devant le chant du Chabbat.
יִמּוֹטוּ יִדָּחֶה שֶׁהוּא שִׁיר אַחֲרוֹן וְנִדְחָה מִפְּנֵי שֶׁאָמְרוּ בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת שִׁיר שֶׁהָיָה רָאוּי לוֹמַר אֶתְמוֹל שֶׁאֵין מְדַלְּגִין סֵדֶר הַשִּׁיר וּבַשֵּׁנִי שִׁיר שֶׁל אֶחָד בְּשַׁבָּת נִמְצָא הָאַחֲרוֹן נִדְחֶה:
Yimotou est repoussé : car c'est le dernier chant, et il est repoussé parce que le dimanche on dit le chant qu'il aurait fallu dire la veille -- car on ne saute pas l'ordre du chant -- et le lundi le chant du dimanche ; il se trouve donc que le dernier est repoussé.
💡 Explication

La beraita achève la liste, puis livre la clause décisive : si le Chabbat tombe l'un de ces jours, Yimotou est repoussé. Le Chabbat de Hol HaMoed a son propre psaume (Tehilim 92), et il ne le partage pas : ce jour-là, on ne dit que le chant du Chabbat, pas celui de la fête.

Rachi explique la mécanique exacte, et c'est elle qui fait la force de l'objection. On ne saute pas un chant -- ein medalguin seder ha-chir, on ne rompt pas l'ordre de la série. Le dimanche on dit donc le chant qui aurait dû être dit la veille, le lundi celui du dimanche, et ainsi de suite : toute la série glisse d'un cran. Comme il n'y a que six jours pour six chants, celui qui déborde est nécessairement le dernier -- Yimotou.

C'est exactement ce que Rabbi Aha ne peut pas admettre : selon lui, chaque sainte occasion reçoit son propre chant et ses propres sonneries, donc le Chabbat de Hol HaMoed devrait cumuler les deux et rien ne serait repoussé. Sur le contenu, Rachi note que Hassiroti (Tehilim 81) tient des paroles de consolation et se rattache au jugement sur l'eau, dont on décide à Souccot, tandis que Yimotou (Tehilim 82) revient encore aux dîmes -- le vol des dons aux pauvres attirant, selon la michna d'Avot, la peste à l'issue de la fête.

🖼️ Schéma
Pourquoi c'est Yimotou qui tombe, et pas un autre Règle de Rachi : ein medalgin seder ha-chir -- on ne saute pas l'ordre du chant. Le Chabbat s'insère, tout le reste glisse. Semaine ordinaire de Hol HaMoed -- six jours, six chants Havou Ve-la-racha Mi yakoum Binou Hassiroti Yimotou Un Chabbat tombe pendant Hol HaMoed -- exemple : le Chabbat prend la place du 3e jour Havou Ve-la-racha CHABBATson propre chant, seul Mi yakoum Binou Hassiroti Yimotou : hors jeu Le Chabbat ne partage pas sa journée : on n'y dit QUE le chant du Chabbat. Les chants de la fête ne sont pas sautés, ils sont décalés d'un cran. Il n'y a que six jours pour six chants : celui qui déborde est nécessairement le DERNIER. C'est la réfutation frontale de Rabbi Aha bar Hanina.
Le Chabbat prend une journée entière pour son propre chant ; les chants de la fête ne sont pas sautés mais décalés, et le dernier, Yimotou, tombe hors de la semaine.
6
רַב סָפְרָא מַנַּח בְּהוּ סִימָנָא: ״הומבה״‎י״. רַב פָּפָּא מַנַּח בְּהוּ סִימָנָא: ״הומהב״‎י״. וְסִימָנְךָ, ״אַמְבּוּהָא דְּסִפְרֵי״.

Rav Safra leur fixait un signe mnémotechnique : HOMBEHI. Rav Papa leur fixait un signe mnémotechnique : HOMEHBI.

Et ton signe [pour ne pas les confondre] : la foule des scribes.

📜 Rachi (3)
הומהב"י סִימָן סֵדֶר הַפָּרָשִׁיּוֹת הוּא וּמַחֲלִיף לְהַקְדִּים הֲסִירוֹתִי לְבֵינוֹ בּוֹעֲרִים בָּעָם:
HOMEHBI : c'est le signe mnémotechnique de l'ordre des sections, et il intervertit, faisant passer Hassiroti avant Comprenez, hommes stupides parmi le peuple.
וְסִימָנְךָ שֶׁלֹּא תִּטְעֶה אֵיזֶה סִימָן שֶׁל רַב סָפְרָא:
Et ton signe : afin que tu ne te trompes pas [en cherchant] quel est le signe de Rav Safra.
אַמְבּוּהָא דְּסִפְרֵי גְּדוּדֵי אֲנָשִׁים וְנָשִׁים רְגִילִים לְהַלֵּךְ בְּמָבוֹי שֶׁל מְלַמְּדֵי תִּינוֹקוֹת שֶׁהַתִּינוֹקוֹת וַאֲבוֹתֵיהֶם וְאִמּוֹתֵיהֶם מְצֻוייָּן אֶצְלָם אַף כָּאן מִי שֶׁשְּׁמוֹ סָפְרָא הָיָה סִימָנוֹ הומבה"י שֶׁדּוֹמֶה לְתֵיבַת אַמְבּוּהָא:
La foule des scribes : des attroupements d'hommes et de femmes ont coutume de circuler dans la ruelle des maîtres d'école, car les enfants, leurs pères et leurs mères s'y trouvent. Ici de même : celui dont le nom était Safra avait pour signe HOMBEHI, qui ressemble au mot ambouha.
💡 Explication

Les simanim sont l'outil mnémotechnique ordinaire du Talmud oral : on retient une suite par les lettres initiales de ses termes. Ici, les six psaumes donnent Havou, Ve-la-racha, Mi yakoum, Binou, Hassiroti, Yimotou, soit ה ו מ ב ה י -- le signe de Rav Safra, qui correspond à l'ordre de notre beraita.

Rav Papa retient ה ו מ ה ב י : il inverse les jours quatre et cinq, plachant Hassiroti avant Binou boarim. C'est la seule divergence entre les deux maîtres.

Reste un risque : confondre les deux signes eux-mêmes. D'où un signe du signe : ambouha de-safrei, la foule des scribes. Rachi explique la double détente : l'expression désigne les attroupements d'hommes et de femmes dans la ruelle des maîtres d'école, où se pressent les enfants et leurs parents ; et surtout, le mot ambouha ressemble à HOMBEHI, tandis que safrei renvoie à Rav Safra. Le signe attribué donc la bonne suite au bon maître.

🖼️ Schéma
Les six chants de Hol HaMoed, et les deux mnémoniques Un psaume par jour, désigné par son premier mot. La lettre initiale de chaque mot forme le simana. Jour Mot d'ouverture Psaume Motif du choix (selon Rachi) Lettre 1 Havou la-Chem Teh. 29 Début de la Simhat Beit HaChoéva ; kol Hachem al ha-mayim, la libation d'eau ה 2 Ve-la-racha amar Teh. 50 Paroles de reproche à la foule venue à la Azara ; bal te aher des trois fêtes ו 3 Mi yakoum li Teh. 94,16 Les détresses sous les royaumes ; on se réjouit malgré tout et l'on prie מ 4 Binou boarim Teh. 94,8 Temps de la récolte : leket, chikh ha, pea, maasser ani -- reproche sur les dîmes ב 5 Hassiroti mi-sevel Teh. 81,7 Paroles de consolation ; on est jugé sur l'eau à la fête, on prie pour la pluie ה 6 Yimotou kol mosdei Teh. 82,5 Rendez justice au pauvre : les dîmes ; le vol des dons aux pauvres attire la famine י Rav Safra : HOMBEHI ה ו מ ב ה י Havou / Ve-la-racha / Mi yakoum / Binou / Hassiroti / Yimotou C'est l'ordre du texte de notre beraita. Simana du simana : ambouha de-safrei -- ambouha ressemble à HOMBEHI, et safrei renvoie à Safra. Rav Papa : HOMEHBI ה ו מ ה ב י Havou / Ve-la-racha / Mi yakoum / Hassiroti / Binou / Yimotou Il intervertit les jours 4 et 5 : Hassiroti passe avant Binou. Seule différence entre les deux maîtres. Le premier, le troisième et le dernier ne bougent pas.
Les six psaumes avec le motif de leur choix selon Rachi, et les deux mnémoniques : HOMBEHI de Rav Safra, HOMEHBI de Rav Papa, qui ne diffèrent que sur les quatrième et cinquième jours.
7
תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא! תְּיוּבְתָּא. וְהָא רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא קְרָא וּמַתְנִיתָא קָאָמַר?

Réfutation de Rabbi Aha bar Hanina ! Réfutation. -- Mais Rabbi Aha bar Hanina appuyait pourtant son propos sur un verset et sur une beraita !

📜 Rachi (1)
תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי אֲחָא דְּאָמַר תּוֹקְעִין עַל כָּל מוּסָף אַלְמָא דְּאָמַר לְכָל אֶחָד שִׁירוּ וְהָכָא קָתָנֵי יִמּוֹטוּ יִדָּחֶה אַלְמָא לֹא אָמְרוּ בְּשַׁבָּת שֶׁל חֹול הַמּוֹעֵד אֶלָּא שִׁיר שֶׁל שַׁבָּת:
Réfutation de Rabbi Aha : qui a dit qu'on sonne pour chaque moussaf -- il en résulte qu'il dit que chacun a son chant ; or ici il est enseigné que Yimotou est repoussé, d'où il résulte que le Chabbat de Hol HaMoed on n'a dit que le chant du Chabbat.
💡 Explication

La guemara tire la conclusion de la beraita des chants : c'est une seconde teyouvta contre Rabbi Aha, indépendante de la première. Rachi expose l'inférence en une ligne : celui qui dit qu'on sonne pour chaque moussaf dit du même coup que chaque moussaf a son chant ; or la beraita enseigne que Yimotou est repoussé, preuve que le Chabbat de Hol HaMoed on n'a dit que le chant du Chabbat.

Mais une position réfutée deux fois pose alors un problème de méthode : Rabbi Aha n'avait pas raisonné dans le vide, il s'appuyait sur un verset et une beraita (ha-kol lefi ha-moussafin). Un verset ne s'évapore pas parce qu'une conclusion a été réfutée. La guemara doit donc conserver ses sources en changeant leur sens : c'est le travail du segment suivant.

8
אָמַר רָבִינָא: לוֹמַר שֶׁמַּאֲרִיכִין בַּתְּקִיעוֹת. רַבָּנַן דְּקֵיסָרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אַחָא אָמְרִי: לוֹמַר שֶׁמַּרְבֶּה בַּתּוֹקְעִין.

Ravina a dit : [le verset et la beraita viennent] dire qu'on allonge les sonneries. Les Sages de Césarée, au nom de Rabbi Aha, disent : [ils viennent] dire qu'on multiplie les sonneurs.

📜 Rachi (2)
אָמַר רָבִינָא לוֹמַר שֶׁמַּאֲרִיךְ בַּתְּקִיעוֹת בָּרַייְתָא קָתָנֵי סְתָמָא הַכֹּל לְפִי הַמּוּסָפִין תּוֹקְעִין וְר' אֲחָא פֵּירְשָׁהּ שֶׁתּוֹקְעִין עַל כָּל מוּסָף וְלָא ה"ל לְפָרוֹשֵׁי הָכִי דְּוַדַּאי אֵין אוֹמֵר אֶלָּא שִׁיר אֶחָד וְאֵין כָּאן אֶלָּא תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת לִשְׁלֹשָׁה פִּרְקֵי הַשִּׁיר וּבָרַיְיתָא קמ"ל שֶׁמַּאֲרִיךְ בְּמֶשֶׁךְ הַתְּקִיעוֹת כְּשֶׁיֵּשׁ שְׁנֵי מוּסָפִין וְאוֹמְרִין הַשִּׁיר לְאַחַר שֶׁקָּרְבוּ נִסְכֵּי שְׁנֵיהֶם:
Ravina a dit : cela veut dire qu'on allonge les sonneries -- la beraita enseigne de manière générale que le tout est selon les moussafim, et Rabbi Aha l'a expliquée en disant qu'on sonne pour chaque moussaf ; or il n'aurait pas dû l'expliquer ainsi, car assurément on ne dit qu'un seul chant, et il n'y a là que neuf sonneries pour les trois arrêts du chant. Et la beraita nous apprend qu'on allonge la durée des sonneries lorsqu'il y a deux moussafim, et que l'on dit le chant après que les libations des deux ont été offertes.
שֶׁמַּרְבֶּה בַּתּוֹקְעִין שֶׁמּוֹסִיפִין חֲצוֹצְרוֹת וְתוֹקְעִין יַחַד וְכוּלְּהוּ חַד מִיחַשְׁבִי דִּתְנַן בַּעֲרָכִין (דַּף יג.) אֵין פּוֹחֲתִין מִשְּׁתֵּי חֲצוֹצְרוֹת וּמִתֵּשַׁע כִּנּוֹרוֹת וּמוֹסִיפִין עַד לְעוֹלָם:
Qu'on multiplie les sonneurs : car on ajoute des trompettes et l'on sonne ensemble, et toutes sont comptées pour une seule ; comme nous l'avons appris dans Arakhin (13a) : on ne descend pas au-dessous de deux trompettes ni de neuf lyres, et l'on peut ajouter sans limite.
💡 Explication

Deux relectures de ha-kol lefi ha-moussafin. Toutes deux sauvent la formule en refusant qu'elle porte sur le nombre de sonneries.

Ravina : on maarikhin bi-tekiot, on allonge la durée des sonneries. Rachi souligne que la beraita était formulée de manière générale et que c'est Rabbi Aha qui l'avait mal explicitée : il n'y a qu un seul chant, donc neuf sonneries pour les trois arrêts (perakim) du chant, et le chant se dit une fois offertes les libations des deux moussafim.

Les Sages de Césarée, transmettant au nom de Rabbi Aha lui-même : on marbe be-tokein, on multiplie les sonneurs. On ajoute des trompettes qui sonnent ensemble, et toutes comptent pour une seule sonnerie. Rachi renvoie à la michna de Arakhin (13a) : on ne descend pas au-dessous de deux trompettes ni de neuf lyres, et l'on peut ajouter sans limite.

Le supplément de sainteté est donc marqué par la durée ou par le volume -- jamais par le compte. Les deux beraitot opposées à Rabbi Aha restent ainsi intactes.

🖼️ Schéma
Que reste-t-il de ha-kol lefi ha-moussafin après la double réfutation ? La beraita, telle quelle : ha-kol lefi ha-moussafin -- le tout selon les moussafim Rabbi Aha la lisait : une série de neuf sonneries PAR moussaf. Cette lecture est désormais réfutée deux fois. Reste à relire la beraita. Ravina : on ALLONGE Meaarikhin bi-tekiot : la durée de chaque sonnerie s'étire quand il y a plusieurs moussafim. Rachi : il n'y a qu'un seul chant, donc neuf sonneries pour les trois arrêts du chant ; et l'on dit le chant après les libations des deux moussafim. Le supplément se marque dans le TEMPS. Césarée : on MULTIPLIE les sonneurs Marbe be-tokein : on ajoute des trompettes et l'on sonne ensemble ; toutes comptent pour une. Rachi renvoie à Arakhin 13a : on ne descend pas au-dessous de deux trompettes et neuf lyres, et l'on peut ajouter sans limite. Le supplément se marque dans le VOLUME. Ce que les deux lectures ont en commun Le NOMBRE de sonneries ne change jamais : neuf. La beraita de Rava bar Chmouel et celle des chants restent intactes.
Les deux façons de conserver la formule ha-kol lefi ha-moussafin sans ajouter de sonneries : allonger leur durée (Ravina) ou multiplier les trompettes (les Sages de Césarée).
9
וַאֲנַן, דְּאִית לַן תְּרֵי יוֹמֵי, הֵיכִי עָבְדִינַן? אַבַּיֵּי אָמַר: שֵׁנִי יִדָּחֶה.

Et nous, qui avons deux jours [de Yom Tov], comment faisons-nous ? Abaye a dit : le second sera repoussé.

📜 Rachi (1)
אֲנַן דְּאִית לַן תְּרֵי יוֹמֵי הֵיכִי עָבְדִינַן מִשּׁוּם דְּאַייְּרִי בִּשְׁתֵּי פָּרָשִׁיּוֹת הַמְאֹורָעוֹת לְיוֹם דְּדָחֵינַן חֲדָא מִינָּהּ קָבָעֵי לָהּ וַאֲנַן דְּמִיבְּעֵי לָן לְמֵימַר בִּצְלוֹתָא דְּמוּסָפִין אֶת מוּסְפֵי הַיּוֹם וְקָרְבְּנוֹת הַחַג אֵינָן שָׁוִין שֶׁהַפָּרִים מִתְמַעֲטִין וְהוֹלְכִין וְאִית לָן תְּרֵי יוֹמֵי י"ט מִסְּפֵיקָא וְלֹא מָצִינוּ לְמֵימַר בי"ט שֵׁנִי פָּרָשַׁת וּבַיּוֹם הַשֵּׁנִי דא"כ עָבְדִינַן לֵיהּ חוֹל וּמִיבְעֵי לָן לְמֵימַר בֵּיהּ וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם כְּיוֹמָא קַמָּא הֵיכִי עָבְדִינַן בָּרִאשׁוֹן שֶׁל חוֹל הַמּוֹעֵד וּבִשְׁאָר הַיָּמִים מִי אָמְרִינַן בְּיוֹמָא קַמָּא וּבַיּוֹם הַשֵּׁנִי דה"ל לְמֵימַר מֵאֶתְמוֹל וְכֵן כַּסֵּדֶר וְנִמְצָא שֶׁבַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי שֶׁל עֲרָבָה נֶאֱמַר וּבַיּוֹם הַשִּׁשִּׁי וְעַל כָּרְחֲךָ לְמָחָר שֶׁהוּא יו"ט לָא מָצֵית לְמֵימַר וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי דְּאִם כֵּן עֲבַדְתְּ לֵיהּ חוֹל וְנִמְצָא שְׁבִיעִי נִדְחֶה אוֹ דִּלְמָא יוֹמָא קַמָּא אָמְרִינַן וּבַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וְשֵׁנִי נִדְחֶה מִמְּקוֹמוֹ מִפְּנֵי שֶׁהוּא סָפֵק יִדָּחֶה לְגַמְרֵי:
Nous, qui avons deux jours, comment faisons-nous : puisqu'il était question de deux sections qui échoient le même jour et dont nous en repoussons une, [la guemara] pose cette question. Nous, qui devons dire dans la prière des moussafim les moussafim du jour -- or les offrandes de la fête ne sont pas identiques, puisque les taureaux vont en diminuant -- et qui avons deux jours de Yom Tov par doute, nous ne pouvons pas dire le second jour de Yom Tov la section Et le second jour, car alors nous en ferions un jour profane, et nous devons y dire Et le quinzième jour comme le premier jour. Comment donc faisons-nous le premier jour de Hol HaMoed et les autres jours ? Disons-nous le premier jour Et le second jour, et Et le troisième jour -- puisqu'il aurait fallu le dire la veille -- et ainsi de suite dans l'ordre, de sorte que le septième jour, celui de la arava, on dira Et le sixième jour ; et nécessairement le lendemain, qui est Yom Tov, tu ne peux pas dire Et le septième jour, car alors tu en ferais un jour profane -- il se trouve donc que le septième est repoussé. Ou bien disons-nous le premier jour Et le troisième jour, et le second est repoussé de sa place : puisqu'il est douteux, il sera entièrement repoussé ?
💡 Explication

Changement de registre : de la description du Temple, on passe à la pratique de la diaspora. La question surgit naturellement de ce qui précède -- on vient de voir un cas où deux textes se disputent une même journée et où l'un est repoussé.

Le problème, exposé par Rachi : dans la prière de Moussaf et dans la lecture de la Torah on mentionne les moussafim de ce jour, or les offrandes de Souccot ne sont pas identiques d'un jour à l'autre -- les taureaux vont en diminuant, treize, douze, onze... Chaque jour a donc sa section propre. Mais en diaspora, les deux premiers jours sont Yom Tov par doute, et le second on ne peut pas dire la section Ou-va-yom ha-cheni, car ce serait le traiter comme un jour profane : on y dit Ou-va-hamicha assar comme le premier jour. Résultat : le premier jour de Hol HaMoed est ambigu -- est-ce le deuxième ou le troisième jour de la fête ?

Abaye tranche : cheni yidahe, le second est repoussé. On dit le premier jour de Hol HaMoed la section du troisième jour, puis le quatrième, et ainsi de suite jusqu'au septième à Hochana Rabba. La section du deuxième jour est purement et simplement abandonnée, puisqu'elle était déjà douteuse.

10
רָבָא אָמַר: שְׁבִיעִי יִדָּחֶה. תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרָבָא: אִם חָל שַׁבָּת לִהְיוֹת בְּאֶחָד מֵהֶן, ״יִמּוֹטוּ״ יִדָּחֶה.

Rava a dit : le septième sera repoussé. Une beraita a été enseignée conformément à Rava : si le Chabbat tombe l'un de ces jours, Yimotou est repoussé.

📜 Rachi (1)
יִמּוֹטוּ יִדָּחֶה שֶׁהוּא אַחֲרוֹן אַלְמָא פָּרָשָׁה שֶׁנִּדְחָה הַיּוֹם אוֹמְרִים אוֹתָהּ לְמָחָר וְאַחֲרוֹנָה נֶעֱקֶרֶת:
Yimotou est repoussé : car c'est le dernier ; il en résulte que la section repoussée aujourd hui, on la dit le lendemain, et que c'est la dernière qui est déracinée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאִם חָל שַׁבָּת לִהְיוֹת בְּאֶחָד מֵהֶם , (תְּהִלִּים פב, ה) "יִמּוֹטוּ" נִדְחֶה. מִכָּאן הֵבֵאתִי רְאָיָה לְסָפֵק שֶׁנָּפַל בְּמִנְהַג עִירֵנוּ בַּגְדָאד יע"א כִּי הַמִּנְהָג פֹּה לְהוֹצִיא בְּלֵיל כִּיפּוּר עִם סֵפֶר כָּל נִדְרֵי עוֹד שִׁשָּׁה סְפָרִים וְכָל אֶחָד יִשָּׂא בְּיָדוֹ סֵפֶר תּוֹרָה אֶחָד מִשִּׁשָּׁה סְפָרִים אֵלּוּ בְּעֵת שֶׁהַנּוֹשֵׂא סֵפֶר כָּל נִדְרֵי מְבָרֵךְ שֶׁהֶחֱיָינוּ, וּנְטִילַת סִפְרֵי תּוֹרָה אֵלּוּ נִמְכָּר בְּדָמִים וְהַמִּנְהָג דְּאֵלּוּ הַנּוֹטְלִים סִפְרֵי תּוֹרָה אֵלּוּ בְּלֵיל כִּיפּוּר בִּשְׁעַת כָּל נִדְרֵי הֵם יַעֲלוּ לְסֵפֶר תּוֹרָה בְּשַׁחֲרִית יוֹם כִּיפּוּר בָּרִאשׁוֹנָה דְּהַייְנוּ בַּעַל סֵפֶר כָּל נִדְרֵי יַעֲלֶה שְׁלִישִׁי וְהַנּוֹטְלִים שִׁשָּׁה סְפָרִים יַעֲלוּ אַחֲרָיו כְּסִדְרָן. גַּם נוֹדַע כִּי מִנְהַג עִירֵנוּ אִם נִזְדַּמֵּן בְּאוֹתוֹ שָׁבוּעַ חָתָן אוֹ אֲבִי הַבֵּן וְחָל שַׁבָּת בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁצָּרִיךְ לַעֲלוֹת לְסֵפֶר תּוֹרָה אֲבִי הַבֵּן אוֹ הֶחָתָן דְּמֻוכְרָחִים לְהַעֲלוֹתוֹ שְׁלִישִׁי הִנֵּה בַּעַל סֵפֶר כָּל נִדְרֵי עוֹלֶה רְבִיעִי וְהַשְּׁאָר אַחֲרָיו כְּסִדְרָן, וְאַף עַל פִּי שֶׁעַל יְדֵי סֵדֶר זֶה יַעֲלֶה בַּעַל סֵפֶר חֲמִישִׁי חוּץ מֵחוֹבַת הַיּוֹם אֵינוֹ יָכוֹל לִטְעוֹן אֲנִי הֶחֱזַקְתִּי לַעֲלוֹת חוֹבַת הַיּוֹם וְלֹא אֶהְיֶה נִדְחֶה מִמְּקוֹמִי, וּמִכָּאן רְאָיָה לְדָבָר זֶה דְּקָאָמַר 'יִמּוֹטוּ' נִדְחֶה וְכֵן כָּאן בַּעַל סֵפֶר חֲמִישִׁי נִדְחֶה חוּץ לְחוֹבַת הַיּוֹם.
Et si le Chabbat tombe l'un de ces jours, Yimotou (Tehilim 82,5) est repoussé. -- De là j'ai tiré une preuve pour un doute survenu dans la coutume de notre ville, Bagdad, que le Très-Haut la protège. Car la coutume est ici de sortir, la nuit de Kippour, avec le sefer de Kol Nidré, six autres sifrei Torah ; et chacun tient en main l'un de ces six sifrei Torah au moment où celui qui porte le sefer de Kol Nidré récite la bénédiction Chéhéhiyanou. Et le fait de prendre ces sifrei Torah se vend à prix d'argent. Et la coutume veut que ceux qui prennent ces sifrei Torah la nuit de Kippour, à l'heure de Kol Nidré, montent à la Torah au matin de Kippour en premier -- c'est-à-dire que celui du sefer de Kol Nidré monte en troisième, et que ceux qui portent les six sifrei Torah montent après lui, selon leur ordre. On sait aussi que la coutume de notre ville est que, s'il se trouve cette semaine-là un hatan ou un père de nouveau-né, et que le Chabbat tombe le jour de Kippour, de sorte qu'il faut faire monter à la Torah le père du nouveau-né ou le hatan -- puisqu'on est contraint de le faire monter en troisième --, alors celui du sefer de Kol Nidré monte en quatrième, et les autres après lui selon leur ordre. Et bien que, par cet ordre, celui du cinquième sefer se trouve monter en dehors de l'obligation du jour, il ne peut pas prétendre : j'avais acquis le droit de monter dans l'obligation du jour et je ne serai pas repoussé de ma place. Et de là une preuve pour cette question, puisqu'il est dit que Yimotou est repoussé ; ici de même, celui du cinquième sefer est repoussé en dehors de l'obligation du jour.
💡 Explication

Rava prend le problème par l'autre bout : chevii yidahé. On commence le premier jour de Hol HaMoed par la section du deuxième jour, puis le troisième, et ainsi de suite ; à Hochana Rabba on dit celle du sixième. La section du septième jour n'a plus de place, puisque le lendemain est Chemini Atseret, qui n'est plus Souccot.

La guemara produit alors un appui, tanya kevaté de-Rava : la clause déjà lue au segment 4 -- le Chabbat de Hol HaMoed fait tomber Yimotou. Rachi dégage le principe général qu'elle contient : la section repoussée aujourd hui, on la dit demain, et c'est la dernière qui est déracinée. Autrement dit, on ne supprime jamais un maillon au milieu de la chaîne ; on décale, et la perte se produit au bout. Cela invalide la logique d'Abaye, qui supprimait un maillon en amont.

11
אַתְקִין אָמֵימָר בִּנְהַרְדְּעָא, דִּמְדַלְּגִי דְּלֻוגֵּי.

Ameimar institua à Nehardea que l'on procède par décalage [en répétant chaque jour la seconde section de la veille].

📜 Rachi (1)
אַתְקִין אָמֵימָר דִּמְדַלְּגִי דְּלֻוגֵּי וְנִמְצְאוּ כֻּולָּן עוֹמְדִין אוֹמְרִין בְּיוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל חוֹל הַמּוֹעֵד בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי וּבַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי סָפֵק שֵׁנִי סָפֵק שְׁלִישִׁי וּלְמָחָר אוֹמְרִים בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וּבְיוֹם הָרְבִיעִי וּבַשְּׁלִישִׁי דְּחוֹל הַמּוֹעֵד בְּיוֹם הָרְבִיעִי וּבַיּוֹם הַחֲמִישִׁי וּבָרְבִיעִי בַּיּוֹם הַחֲמִישִׁי וּבַיּוֹם הַשִּׁשִּׁי וּבַחֲמִישִׁי דְּחוֹל הַמּוֹעֵד שֶׁהוּא הוֹשַׁעְנָא רַבָּא אוֹמְרִים בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי כִּסְפֵיקוֹ וְהַיְינוּ דְּלֻוגֵּי שֶׁאוֹמְרִים הַיּוֹם מַה שֶׁאָמְרוּ אֶתְמוֹל כִּדְאָמְרִינַן (מְגִילָּה דַּף כב.) גַּבֵּי ר"ח רַב אָמַר דּוֹלֵג שֶׁאוֹמֵר הַשֵּׁנִי אֶחָד מִן הַפְּסוּקִים שֶׁאָמַר רִאשׁוֹן וְכִי הֵיכִי דְּאַתְקִין אָמֵימָר לְעִנְיַן תְּפִלָּה עָבְדִינַן נָמֵי לְעִנְיַן קוֹרְאֵי הַתּוֹרָה שֶׁהָרְבִיעִי הַקּוֹרֵא שֶׁהוּא מוּסָף בְּחֻולּוֹ שֶׁל הַמּוֹעֵד יוֹתֵר מִשְּׁאָר יָמִים וְנִיכָּר שֶׁהוּא בָּא לִכְבוֹד הַיּוֹם הוּא קוֹרֵא אֶת סְפֵיקֵי הַיּוֹם כְּמוֹ שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר אוֹמְרָן וְאִם שַׁבָּת הוּא קוֹרְאָן הַמַּפְטִיר וְהַשְּׁלֹשָׁה שֶׁקּוֹרִין תְּחִילָּה אֵין מַקְפִּידִין עַל קְרִיאָתָם יִקְרְאוּ מַה שֶׁיִּרְצוּ וּמִכָּל מָקוֹם כָּךְ הָיוּ נוֹהֲגִין רַבּוֹתַי שְׁנֵי רִאשׁוֹנִים קוֹרְאִים שְׁנַיִם סְפֵיקֵי הַיּוֹם וְהַשְּׁלִישִׁי בְּפָרָשַׁת יוֹם הַמָּחֳרָת שֶׁאֵינָהּ מַסְפִּיקוֹת הַיּוֹם כְּלָל וְהָרְבִיעִי חוֹזֵר וְקוֹרֵא מַה שֶּׁקָּרְאוּ שְׁנַיִם הָרִאשׁוֹנִים:
Ameimar institua que l'on procède par décalage : il se trouve alors que tous se tiennent [dans l'ordre]. Le premier jour de Hol HaMoed on dit Et le second jour et Et le troisième jour -- doute : peut-être le second, peut-être le troisième ; et le lendemain on dit Et le troisième jour et Et le quatrième jour ; et le troisième jour de Hol HaMoed, Et le quatrième jour et Et le cinquième jour ; et le quatrième, Et le cinquième jour et Et le sixième jour ; et le cinquième jour de Hol HaMoed, qui est Hochana Rabba, on dit Et le sixième jour et Et le septième jour, selon son doute. Et c'est cela le décalage : on dit aujourd hui ce qu'on a dit hier, comme nous disons (Meguila 22a) à propos de Roch Hodech -- Rav dit qu'il décale, c'est-à-dire que le second dit l'un des versets qu'a dits le premier. Et de même qu'Ameimar l'a institué pour la prière, nous le faisons aussi pour les lecteurs de la Torah : le quatrième appelé, qui est celui que Hol HaMoed ajoute par rapport aux autres jours et dont on voit bien qu'il vient en l'honneur du jour, lit les sections douteuses du jour, comme l'officiant les dit ; et si c'est Chabbat, c'est le maftir qui les lit. Quant aux trois qui lisent d'abord, on n'est pas regardant sur leur lecture : qu'ils lisent ce qu'ils veulent. Néanmoins, ainsi avaient coutume mes maîtres : les deux premiers lisent les deux sections douteuses du jour, le troisième la section du lendemain, qui n'appartient nullement aux doutes du jour, et le quatrième revient lire ce qu'ont lu les deux premiers.
🗂️ Tossefot (1)
אַתְקִין אָמֵימָר דִּמְדַלְּגִי דְּלֻוגֵּי. יוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל חוֹל הַמּוֹעֵד אוֹמֵר בְּמוּסָף בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי וּבַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי לְפִי שֶׁהוּא סָפֵק שֵׁנִי סָפֵק שְׁלִישִׁי וְכֵן בְּכָל יוֹם וָיוֹם שֶׁל חוֹל הַמּוֹעֵד סָפֵק הָרָאוּי וּפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס כִּי הֵיכִי דְּאַתְקִין אָמֵימָר לְעִנְיַן תְּפִלָּה עָבְדִינַן נָמֵי לְעִנְיַן קוֹרְאֵי הַתּוֹרָה וּרְבִיעִי שֶׁנִּתּוֹסַף לְחוֹל הַמּוֹעֵד יוֹתֵר מִשְּׁאָר יָמִים וְנִיכָּר שֶׁהוּא בָּא לִכְבוֹד הַיּוֹם הוּא קוֹרֵא סְפֵיקֵי הַיּוֹם כְּמוֹ שש"ץ אוֹמְרָן וְאִם שַׁבָּת הוּא קוֹרְאָן הַמַּפְטִיר וְג' הַקּוֹרְאִים תְּחִילָּה שְׁנַיִם רִאשׁוֹנִים קוֹרְאִים שְׁתֵּי סְפֵיקוֹת הַיּוֹם וְהַשְּׁלִישִׁי בְּפָרָשַׁת יוֹם הַמָּחֳרָת וְהָרְבִיעִי חוֹזֵר וְקוֹרֵא מַה שֶּׁקָּרְאוּ שְׁנַיִם הָרִאשׁוֹנִים וְהָשְׁתָּא לְפִי סֵדֶר זֶה יִשְׁתַּנֶּה הַסֵּדֶר בְּיוֹם הוֹשַׁעְנָא רַבָּא שֶׁאִם יִקְרְאוּ שְׁנַיִם הָרִאשׁוֹנִים שְׁתֵּי סְפֵיקוֹת הָיָה הַשְּׁלִישִׁי זָקוּק לִקְרוֹת בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי עֲצֶרֶת תִּהְיֶה לָכֶם וְאֵין נָכוֹן לִקְרוֹת בֶּחָג פָּרָשָׁה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל חַג וְאִם מַתְחִיל הָרִאשׁוֹן וְקוֹרֵא פָּרָשָׁה שֶׁלִּפְנֵי הַסְּפֵיקוֹת וְשֵׁנִי וּשְׁלִישִׁי קוֹרְאִים הַסְּפֵיקוֹת נִמְצָא שֶׁאֵין סֵדֶר זֶה כְּסֵדֶר שְׁאָר הַיָּמִים וְעוֹד דְּבַחֲנֻוכָּה כְּשֶׁקּוֹרְאִין בְּפָרָשַׁת נְשִׂיאִים רְגִילִים שְׁנַיִם הָרִאשׁוֹנִים לִקְרוֹת נָשִׂיא אֶחָד דְּיוֹמָא וּשְׁלִישִׁי קוֹרֵא דִּלְמָחֳרָת אַלְמָא חֲשִׁיב רִאשׁוֹן עִיקָּר וּבְחַג אִיפְּכָא דְּאַדְּרַבָּה הָאַחֲרוֹן נֶחְשָׁב עִיקָּר לְפִיכָךְ רָאוּי לְהַנְהִיג שֶׁכָּל הָאַרְבָּעָה הַקּוֹרְאִים בַּתּוֹרָה אֵין קוֹרְאִים כִּי אִם בִּסְפֵיקוֹת יוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל חוֹל הַמּוֹעֵד קוֹרֵא רִאשׁוֹן בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי וְשֵׁנִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וְחוֹזֵר שְׁלִישִׁי וְקוֹרֵא בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי וּרְבִיעִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה קוֹרִין בִּסְפֵיקוֹת בְּכָל יוֹם וְיוֹם:
Ameimar institua que l'on procède par décalage. Le premier jour de Hol HaMoed on dit dans Moussaf Et le second jour et Et le troisième jour, parce qu'il y a doute -- peut-être le second, peut-être le troisième -- et ainsi chaque jour de Hol HaMoed, [on dit] le doute qui lui convient. Et le Kountress [Rachi] a expliqué : de même qu'Ameimar l'a institué pour la prière, nous le faisons aussi pour les lecteurs de la Torah ; et le quatrième, qui est ajouté à Hol HaMoed par rapport aux autres jours et dont on voit bien qu'il vient en l'honneur du jour, lit les sections douteuses du jour comme l'officiant les dit ; et si c'est Chabbat, c'est le maftir qui les lit ; et parmi les trois qui lisent d'abord, les deux premiers lisent les deux doutes du jour, et le troisième la section du lendemain, et le quatrième revient lire ce qu'ont lu les deux premiers. Or, selon cet ordre, l'ordre se trouverait modifié le jour de Hochana Rabba : car si les deux premiers lisent les deux sections douteuses, le troisième serait contraint de lire Le huitième jour, ce sera pour vous une assemblée -- et il ne convient pas de lire pendant la fête une section qui n'est pas de la fête ; et si le premier commence et lit la section qui précède les sections douteuses, et que le second et le troisième lisent les sections douteuses, il se trouve que cet ordre n'est pas comme l'ordre des autres jours. Et de plus, à Hanoukka, lorsqu'on lit dans la section des Nessiim, les deux premiers ont coutume de lire un seul nassi, celui du jour, et le troisième lit celui du lendemain -- d'où il ressort que le premier est tenu pour l'essentiel ; alors qu'à la fête c'est l'inverse, puisque au contraire le dernier est tenu pour l'essentiel. C'est pourquoi il convient d'instituer que les quatre lecteurs de la Torah ne lisent que les sections douteuses : le premier jour de Hol HaMoed, le premier lit Et le second jour, le second Et le troisième jour, puis le troisième revient et lit Et le second jour, et le quatrième Et le troisième jour ; et de la même manière on lit les sections douteuses chaque jour.
💡 Explication

Troisième voie, et c'est elle qui s'est imposée : medalgei dilougei. Plutôt que de sacrifier une section, on dit chaque jour les deux possibilités, avec recouvrement d'un jour sur l'autre. Rachi déroule le calendrier : le premier jour de Hol HaMoed on dit Et le second jour et Et le troisième jour ; le lendemain le troisième et le quatrième ; puis le quatrième et le cinquième ; puis le cinquième et le sixième ; et à Hochana Rabba le sixième et le septième. Chaque journée couvre ainsi son propre doute, et aucune section n'est perdue. Rachi rapproche le procédé du dolègue de Meguila 22a, où le second lecteur reprend un verset déjà lu par le premier.

Rachi étend l'institution d'Ameimar de la prière à la lecture de la Torah : le quatrième appelé -- celui que Hol HaMoed ajoute aux autres jours et dont on voit bien qu'il vient en l'honneur du jour -- lit les deux sections douteuses, comme le fait le officiant ; le Chabbat, c'est le maftir. Sur les trois premiers appelés, dit-il, on n'est pas regardant ; mais ses maîtres pratiquaient ainsi : les deux premiers lisent les deux sections douteuses, le troisième lit la section du lendemain, et le quatrième reprend ce qu'ont lu les deux premiers.

Tossefot conteste cette répartition sur deux points. D'abord elle se détraque à Hochana Rabba : le troisième appelé devrait y lire Ba-yom ha-chemini atseret, et il n'est pas convenable de lire pendant la fête une section qui n'est pas de la fête ; et l'autre arrangement possible romprait l'uniformité des jours. Ensuite, l'analogie de Hanoukka joue contre Rachi : dans la section des Nessiim, les deux premiers lisent le nassi du jour et le troisième celui du lendemain -- signe que c'est le premier qui est tenu pour l'essentiel ; or ici l'ordre de Rachi fait de l'appelé final l'essentiel. Tossefot propose donc un ordre entièrement homogène : les quatre appelés ne lisent que les deux sections douteuses -- premier et troisième la section antérieure, second et quatrième la section postérieure -- et ainsi chaque jour.

🖼️ Schéma
Le doute des deux jours : quelle section de moussaf dire chaque jour de Hol HaMoed ? En diaspora les deux premiers jours sont Yom Tov ; le premier jour de Hol HaMoed est donc peut-être le 2e, peut-être le 3e jour de la fête. Position HM 1 HM 2 HM 3 HM 4 HM 5 (Hochana Rabba) Abaye le 2e saute 3e jour 4e jour 5e jour 6e jour 7e jour Rava le 7e saute 2e jour 3e jour 4e jour 5e jour 6e jour Ameimar dilougei 2e + 3e 3e + 4e 4e + 5e 5e + 6e 6e + 7e Pourquoi Rava est-il appuyé par la beraita, et pourquoi Ameimar tranche autrement Rava lit la beraita des chants comme un principe : la section repoussée aujourd hui, on la dit demain ; c'est la DERNIÈRE qui est déracinée. Le Chabbat de Hol HaMoed, le chant du Chabbat prend la place du jour ; les autres glissent d'un cran, et Yimotou tombe hors du calendrier. Abaye, lui, supprime le doublon en amont : puisque le 2e jour est déjà douteux, qu'il soit repoussé d'emblée et entièrement. Ameimar refuse de sacrifier une section : on dit les deux possibilités chaque jour, avec recouvrement d'un jour sur l'autre. Rachi étend l'institution d'Ameimar à la lecture de la Torah ; Tossefot conteste sa répartition entre les quatre montées (voir seg. 10).
Les trois solutions au doute des jours de Hol HaMoed en diaspora, jour par jour : Abaye repousse le second, Rava le septième, Ameimar dit chaque jour les deux sections en les faisant se chevaucher.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).