Sukkah 55b -- Les 24 michmarot face aux moussafim de Souccot : la rotation en cercle, les 70 taureaux des nations, et les trois moments d'égalité

Sukkah 55b

Sougya : Le folio commence par une arithmétique : les moussafim de Souccot -- treize taureaux le premier jour, décroissant jusqu'à sept -- doivent être répartis entre les vingt-quatre gardes sacerdotales (michmarot) qui montent toutes au Temple pour la fête. Chaque bête revient à une garde, et les gardes en surnombre se partagent les quatorze agneaux.

Le septième jour, toutes sont à égalité ; le huitième, on revient au tirage au sort (payis) comme aux autres regalim, avec cette règle de rotation : qui a offert les taureaux aujourd'hui n'en offrira pas demain, alla hozrin halila -- on tourne en cercle. La guemara demande si notre michna suit Rabbi, pour qui le taureau du huitième jour repart d'un tirage à vingt-quatre, ou les Sages, pour qui il revient à l'une des deux gardes qui n'ont pas triplé -- et répond que même pour les Sages, ces deux gardes doivent bien être départagées.

Le folio bascule alors : Rabbi Elazar enseigne que les soixante-dix taureaux répondent aux soixante-dix nations et le taureau unique du huitième jour à la nation unique, avec la parabole du roi qui demande à son ami un petit festin afin de jouir de lui seul ; Rabbi Yo'hanan conclut : malheur aux nations, elles ont perdu sans savoir ce qu'elles ont perdu. Une nouvelle michna ouvre ensuite la question des trois moments de l'année où toutes les gardes sont égales -- eimoureï ha-regalim et partage du le'hem hapanim -- que la guemara fonde sur le verset de Devarim 18.

Le fil du folio : qui offre quoi, et pourquoi soixante-dix Une arithmétique de répartition entre les 24 michmarot -- puis, brusquement, le sens de cette arithmétique Segments 0 à 3 -- Michna : la table de répartition des sept jours Les taureaux décroissent de 13 à 7. Chaque bête va à une garde ; les gardes qui restent se partagent les 14 agneaux, à deux ou à un. Le 7e jour tout le monde est à égalité. Le 8e jour on revient au payis (tirage au sort). Règle : hozrin halila -- on tourne en cercle. Segments 4 et 5 -- notre michna : Rabbi ou les Sages ? Si le 8e jour on tire au sort, cela ressemble à Rabbi, pour qui le payis repart de zéro avec les 24 gardes. Rejet : même pour les Sages il faut un payis -- entre les deux seules gardes candidates. La michna ne dit pas ba-tehila (depuis le début). Segments 6 et 7 -- la braita des deux gardes qui ne triplent pas Toutes doublent et triplent, sauf deux qui doublent seulement. Même réponse : lo shilshu vise les taureaux de Souccot, pas celui du 8e jour. Et ce que la braita enseigne n'est pas un simple calcul : c'est la rotation elle-même -- qui a offert aujourd'hui n'offrira pas demain. Segments 8 à 10 -- le renversement : 70 taureaux pour 70 nations Rabbi Elazar : les 70 taureaux répondent aux 70 nations ; le taureau unique du 8e jour répond à la nation unique. Parabole du roi : le grand festin pour les serviteurs, puis le petit festin pour l'ami -- que je jouisse de toi seul. Rabbi Yo'hanan : malheur aux nations, elles ont perdu et ne savent pas ce qu'elles ont perdu. Sans mizbeah, qui expie pour elles ? Segments 11 et 12 -- nouvelle michna : trois moments d'égalité Aux trois regalim, toutes les gardes sont égales pour les eimoureï ha-regalim et le partage du le'hem hapanim. À Chavouot : voici de la matsa, voici du hametz. Mais le michmar de service garde les temidin, nedarim, nedavot et korbanot tsibour. Segments 13 à 15 -- guemara : eimourim ne veut pas dire eimourim Rav Hisda : lire amour, ce qui est dit. Puis le drach de Devarim 18 : me-ehad che'arekha -- quand tout Israël entre par une seule porte.
Le plan du folio : de la table de répartition à la parabole du roi, puis à la michna des trois moments d'égalité.
La table de la michna : 24 michmarot, sept jours, 14 agneaux chaque jour Une bête par garde tant qu'il y a des bêtes ; les gardes en trop se serrent sur les agneaux Jour Taureaux Béliers Bouc Gardes affectées (1 bête) Gardes restantes 2 agneaux chacune 1 agneau chacune 1er 13 2 1 16 8 6 gardes x 2 = 12 2 gardes x 1 = 2 2e 12 2 1 15 9 5 gardes x 2 = 10 4 gardes x 1 = 4 3e 11 2 1 14 10 4 gardes x 2 = 8 6 gardes x 1 = 6 4e 10 2 1 13 11 3 gardes x 2 = 6 8 gardes x 1 = 8 5e 9 2 1 12 12 2 gardes x 2 = 4 10 gardes x 1 = 10 6e 8 2 1 11 13 1 garde x 2 = 2 12 gardes x 1 = 12 7e 7 2 1 10 14 aucune 14 gardes x 1 = 14 Lecture : le 1er jour, 13 taureaux + 2 béliers + 1 bouc = 16 bêtes pour 16 gardes ; les 8 gardes restantes se partagent les 14 agneaux (6 x 2 + 2 x 1). Le 7e jour : 7 + 2 + 1 = 10 gardes servies, 14 gardes restantes, 14 agneaux -- kulan chavin, toutes égales.
La michna en tableau : chaque jour, les bêtes du moussaf réparties sur les 24 michmarot.
Hozrin halila : pourquoi 22 gardes triplent et deux seulement doublent Le calcul de Rachi, garde par garde (ordre de Divrei Hayamim I 24 : Yehoyariv, Yedaya, Harim...) Le chiffre dans la case = combien de taureaux cette garde a déjà offerts à la fin de ce jour 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 J1 13 taureaux 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 J2 12 taureaux 2 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 J3 11 taureaux 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 J4 10 taureaux 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 J5 9 taureaux 3 3 3 3 3 3 3 2 2 J6 8 taureaux 3 3 3 3 3 3 3 3 J7 7 taureaux 3 3 3 3 3 3 3 Total 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 2 2 Chaque jour on reprend la où l'on s'était arrêté, sans jamais faire offrir deux jours de suite les taureaux à la même garde. Résultat : 22 x 3 + 2 x 2 = 70 taureaux. Les gardes 23 et 24 sont les deux qui chonot ve-ein méchalchot -- elles doublent sans tripler.
La rotation en cercle selon Rachi : qui offre les taureaux quel jour, et pourquoi deux gardes restent à deux.
1
מַתְנִי׳ יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג הָיוּ שָׁם שְׁלֹשָׁה עָשָׂר פָּרִים, אֵילִים שְׁנַיִם וְשָׂעִיר אֶחָד. נִשְׁתַּייְּרוּ שָׁם אַרְבָּעָה עָשָׂר כְּבָשִׂים לִשְׁמֹונֶה מִשְׁמָרוֹת. בְּיוֹם רִאשׁוֹן, שִׁשָּׁה מַקְרִיבִין שְׁנַיִם שְׁנַיִם. וְהַשְּׁאָר, אֶחָד אֶחָד.

MICHNA. Le premier jour de fête (yom tov) de la Fête (Souccot), il y avait là treize taureaux, deux béliers et un bouc.

Il restait alors quatorze agneaux pour huit michmarot (gardes sacerdotales). Le premier jour, six d'entre elles en offrent deux chacune, et les autres, un chacune.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' יו"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג כּוּ' וְכָל הַמִּשְׁמָרוֹת עוֹלוֹת לָרֶגֶל וְשֵׁשׁ עֲשָׂרָה מֵהֶם מַקְרִיבִין שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה בְּהֵמוֹת הַלָּלוּ:
Toutes les michmarot montent au Temple pour la fête, et seize d'entre elles offrent ces seize bêtes.
נִשְׁתַּייְּרוּ כּוּ' דְּכָל הַמִּשְׁמָרוֹת זוֹכוֹת בַּחוֹבוֹת הַבָּאוֹת מֵחֲמַת הָרֶגֶל בָּרֶגֶל וְאֵין מִשְׁמָר שֶׁל אוֹתָהּ שַׁבָּת יְכוֹלָה לְעַכֵּב עֲלֵיהֶן כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא:
Car toutes les michmarot ont droit aux obligations qui viennent en raison de la fête, pendant la fête, et la garde à qui revient ce chabbat-là ne peut pas les en empêcher, comme nous le dirons dans la guemara.
יוֹם הָרִאשׁוֹן שֶׁהָיוּ שְׁמוֹנָה מִשְׁמָרוֹת לי"ד כְּבָשִׂים שִׁשָּׁה מִשְׁמָרוֹת מִן הַשְּׁמוֹנָה הָיוּ מַקְרִיבִין שְׁנֵי כְּבָשִׂים כָּל אַחַת מֵהֶן הֲרֵי שְׁנֵים עָשָׂר כְּבָשִׂים:
Il y avait huit michmarot pour quatorze agneaux : six michmarot sur les huit offraient deux agneaux chacune, ce qui fait douze agneaux.
וְהַשְּׁאָר שְׁנַיִם הַנּוֹתָרוֹת מַקְרִיבוֹת אֶחָד אֶחָד:
Les deux qui restent offrent un agneau chacune.
💡 Explication

Toute la michna repose sur un principe de répartition simple : une bête par michmar (garde sacerdotale), tant qu'il y a des bêtes. Les vingt-quatre michmarot montent toutes au Temple pour le regel (fête de pèlerinage), et les moussafim de Souccot sont assez nombreux pour occuper presque tout le monde.

Le premier jour : 13 taureaux + 2 béliers + 1 bouc = 16 bêtes pour 16 michmarot. Restent 8 michmarot et 14 agneaux : six en prennent deux (douze agneaux), deux en prennent un. Rachi ajoute une précision de droit : le michmar dont c'est normalement le tour cette semaine-là ne peut pas revendiquer ces sacrifices pour lui seul, car ils viennent mehamat ha-regel -- à cause de la fête.

2
בַּשֵּׁנִי, חֲמִשָּׁה מַקְרִיבִין שְׁנַיִם שְׁנַיִם. וְהַשְּׁאָר, אֶחָד אֶחָד. בַּשְּׁלִישִׁי, אַרְבָּעָה מַקְרִיבִין שְׁנַיִם שְׁנַיִם. וְהַשְּׁאָר, אֶחָד אֶחָד.

Le deuxième jour, cinq en offrent deux chacune, et les autres, un chacune. Le troisième jour, quatre en offrent deux chacune, et les autres, un chacune.

📜 Rachi (6)
בַּשֵּׁנִי שֶׁנִּתְמַעֵט אֶחָד מִן הַפָּרִים וְנִשְׁתַּייְּרוּ תִּשְׁעָה מִשְׁמָרוֹת לי"ד כְּבָשִׂים:
Le deuxième jour, où l'on a retranché un taureau : il reste donc neuf michmarot pour quatorze agneaux.
חֲמִשָּׁה מֵהֶם מַקְרִיבִים שְׁנַיִם שְׁנַיִם הֲרֵי עֲשָׂרָה:
Cinq d'entre elles offrent deux agneaux chacune : cela fait dix.
וְהַשְּׁאָר אַרְבָּעָה הַנּוֹתָרוֹת מַקְרִיבוֹת כָּל אֶחָד כֶּבֶשׂ אֶחָד:
Les quatre restantes offrent chacune un agneau.
בַּשְּׁלִישִׁי שֶׁנִּתְמַעֵט עוֹד אֶחָד מִן הַפָּרִים וְנִשְׁאֲרוּ עֲשָׂרָה מִשְׁמָרוֹת לי"ד כְּבָשִׂים:
Le troisième jour, où l'on a encore retranché un taureau : restent dix michmarot pour quatorze agneaux.
אַרְבָּעָה מַקְרִיבִין שְׁנַיִם שְׁנַיִם דְּהָווּ לְהוּ שְׁמוֹנָה:
Quatre en offrent deux chacune : cela leur fait huit.
וְהַשְּׁאָר אֶחָד אֶחָד שִׁשָּׁה כְּבָשִׂים לְשִׁשָּׁה מִשְׁמָרוֹת:
Six agneaux pour six michmarot.
💡 Explication

Le mécanisme est mécanique : chaque jour on retranche un taureau, donc une michmar de moins est servie par les grosses bêtes, et une de plus vient se ranger sur les agneaux. Comme le nombre d'agneaux reste fixe à quatorze, le nombre de michmarot qui en prennent deux diminue d'une unité chaque jour.

3
בָּרְבִיעִי, שְׁלֹשָׁה מַקְרִיבִין שְׁנַיִם שְׁנַיִם. וְהַשְּׁאָר, אֶחָד אֶחָד. בַּחֲמִישִׁי, שְׁנַיִם מַקְרִיבִין שְׁנַיִם שְׁנַיִם. וְהַשְּׁאָר, אֶחָד אֶחָד. בַּשִּׁשִּׁי, אֶחָד מַקְרִיב שְׁנַיִם. וְהַשְּׁאָר, אֶחָד אֶחָד.

Le quatrième jour, trois en offrent deux chacune, et les autres, un chacune. Le cinquième jour, deux en offrent deux chacune, et les autres, un chacune.

Le sixième jour, une seule en offre deux, et les autres, un chacune.

4
בַּשְּׁבִיעִי, כֻּולָּן שָׁוִין. בַּשְּׁמִינִי, חָזְרוּ לְפַייֵּס כְּבָרְגָלִים. אָמְרוּ: מִי שֶׁהִקְרִיב פָּרִים הַיּוֹם — לֹא יַקְרִיב לְמָחָר, אֶלָּא חוֹזְרִין חָלִילָה.

Le septième jour, toutes sont à égalité. Le huitième jour, on revenait au payis (tirage au sort) comme aux (autres) fêtes de pèlerinage.

Ils ont dit : celui qui a offert les taureaux aujourd'hui n'en offrira pas demain ; mais on tourne en cercle (hozrin halila).

📜 Rachi (3)
בַּשְּׁבִיעִי כֻּולָּן שָׁוִין כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת הַמַּקְרִיבוֹת כְּבָשִׂים שָׁווֹת שֶׁכָּל אַחַת מְקָרֶבֶת אֶחָד שֶׁהֲרֵי אֵינָם אֶלָּא שִׁבְעָה פָּרִים וְאֵילִים שְׁנַיִם וְשָׂעִיר אֶחָד לַעֲשָׂרָה מִשְׁמָרוֹת נִשְׁתַּיְּירוּ י"ד כְּבָשִׂים לי"ד מִשְׁמָרוֹת:
Toutes les michmarot qui offrent des agneaux sont à égalité, car chacune en offre un seul : en effet il n'y a que sept taureaux, deux béliers et un bouc, soit dix michmarot servies ; restent quatorze agneaux pour quatorze michmarot.
בַּשְּׁמִינִי חוֹזְרִים לְפַיֵּיס כְּבָרְגָלִים פַּר אֶחָד וְאַיִל אֶחָד וְשִׁבְעָה כְבָשִׂים הַקְּרֵיבִים בַּשְּׁמִינִי אֵין קְרֵיבִים כְּסֵדֶר קָרְבְּנוֹת הֶחָג שֶׁקָּרְבוּ לְפִי סֵדֶר מִשְׁמָרוֹת כִּדְבָעֵינַן לְפָרוֹשֵׁי בַּמַּסְּקָנָא אֶלָּא כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת בָּאוֹת וּמְפַיְּסוֹת עֲלֵיהֶן כְּמוֹ שֶׁמְּפַיְּסִין בִּשְׁאָר רְגָלִים שֶׁאֵין קָרְבְּנוֹתֵיהֶן מְרֻובִּין לְהַקְרִיבָן לְפִי הַסֵּדֶר וּלְהַשְׁווֹת בָּהֶן כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת אַף בַּשְּׁמִינִי כֻּולָּן מְפַייְּסִין וְהַזּוֹכֶה בְּפַייִס מַקְרִיבוֹ וּבְסֵדֶר יוֹמָא (דַּף כב.) מְפָרֵשׁ הֵיאַךְ מְפִיסִין:
Le taureau unique, le bélier unique et les sept agneaux offerts le huitième jour ne sont pas offerts selon l'ordre des sacrifices de la Fête, qui étaient offerts selon l'ordre des michmarot, comme nous l'expliquerons dans la conclusion ; mais toutes les michmarot viennent et tirent au sort à leur sujet, comme on tire au sort aux autres fêtes de pèlerinage, dont les sacrifices ne sont pas assez nombreux pour être offerts selon l'ordre et pour y égaliser toutes les michmarot. Le huitième jour aussi, toutes tirent au sort, et celle qui gagne au payis l'offre ; et dans l'ordre de Yoma (22a) on explique comment on tire au sort.
אָמְרוּ מִי שֶׁהָיָה מַקְרִיב הַיּוֹם פָּרִים לֹא הָיָה מַקְרִיב לְמָחָר פָּרִים שֶׁאֵין הַמִּשְׁמָרוֹת שֶׁהִקְרִיבוּ כְּבָשִׂים אֶתְמוֹל מַנִּיחִים אוֹתָם אֶלָּא חוֹזְרִין חֲלִילָה וְנִמְצְאוּ כֻּולָּן שׁוֹנוֹת וּמְשַׁלְּשׁוֹת בְּפָרִים חוּץ מִשְּׁתַּיִם שֶׁשּׁוֹנוֹת וְאֵין מְשַׁלְּשׁוֹת כֵּיצַד בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן הָיוּ י"ג פָּרִים וְהִקְרִיבוּ י"ג מִשְׁמָרוֹת כְּדֶרֶךְ שֶׁסִּדְּרוּם בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (א כד) יְהוֹיָרִיב רִאשׁוֹן וְאַחֲרָיו יְדַעְיָה חָרִים כו' כֻּולָּן כְּמוֹת שֶׁהֵן סְדוּרִים נִשְׁתַּייְּרוּ עַשְׁתֵּי עֶשְׂרֵה אַחֲרוֹנוֹת לָאֵילִים וְלַכְּבָשִׂים לַמָּחֳרָת הָיוּ שְׁנֵים עָשָׂר פָּרִים וּמַקְרִיבִין אוֹתָן הָנָךְ י"א מִשְׁמָרוֹת וְחוֹזֵר יְהוֹיָרִיב וּמַקְרִיב אֶחָד נִמְצָא שֶׁשָּׁנָה יְהוֹיָרִיב לְבַדּוֹ בַּשְּׁלִישִׁי הָיוּ אַחַד עָשָׂר פָּרִים וְהִקְרִיבוּם י"א מִשְׁמָרוֹת שֶׁאַחֲרֵי יְהוֹיָרִיב נִמְצָא שֶׁשָּׁנוּ י"ב מִשְׁמָרוֹת בָּרְבִיעִי הָיוּ עֲשָׂרָה פָּרִים וְהִקְרִיבוּם עֲשָׂרָה מִשְׁמָרוֹת שֶׁלְּאַחֲרֵיהֶם הֲרֵי שֶׁשָּׁנוּ נִמְצְאוּ כ"ב מִשְׁמָרוֹת שׁוֹנוֹת בַּחֲמִישִׁי תִּשְׁעָה פָּרִים שְׁתֵּי מִשְׁמָרוֹת הָאַחֲרוֹנוֹת הִקְרִיבוּ שְׁנַיִם מֵהֶן וְחָזַר יְהוֹיָרִיב וְשֵׁשׁ מִשְׁמָרוֹת שֶׁלְּאַחֲרָיו וְהִקְרִיבוּ שִׁבְעָה הֲרֵי שֶׁשִּׁילְּשׁוּ שִׁבְעָה מִשְׁמָרוֹת בַּשִּׁשִּׁי שְׁמוֹנָה פָּרִים וְהִקְרִיבוּם הַשְּׁמוֹנָה שֶׁלְּאַחֲרֵיהֶם הֲרֵי ט"ו מִשְׁמָרוֹת שֶׁשִּׁילְּשׁוּ בַּשְּׁבִיעִי שִׁבְעָה פָּרִים לְשִׁבְעָה מִשְׁמָרוֹת נִמְצְאוּ כֻּולָּן מְשַׁלְּשׁוֹת חוּץ מִשְּׁתַּיִם הָאַחֲרוֹנוֹת:
Il s'agit des taureaux : les michmarot qui ont offert des agneaux hier ne les laissent pas [aux mêmes], mais on tourne en cercle -- si bien que toutes doublent et triplent (dans les taureaux), à l'exception de deux qui doublent sans tripler. Comment cela ? Le premier jour il y avait treize taureaux, et treize michmarot les ont offerts dans l'ordre où elles sont rangées dans Divrei Hayamim (I 24) : Yehoyariv en premier, puis Yedaya, Harim, etc., toutes selon leur rang ; restaient les onze dernières pour les béliers et les agneaux. Le lendemain il y avait douze taureaux : ces onze michmarot les offrent, puis Yehoyariv revient et en offre un -- il se trouve donc que Yehoyariv seul à doublé. Le troisième jour il y avait onze taureaux, offerts par les onze michmarot qui suivent Yehoyariv : douze michmarot ont donc doublé. Le quatrième jour il y avait dix taureaux, offerts par les dix suivantes, qui doublent aussi : cela fait vingt-deux michmarot ayant doublé. Le cinquième jour, neuf taureaux : les deux dernières michmarot en offrent deux, puis Yehoyariv revient avec les six qui le suivent et ils en offrent sept -- voilà sept michmarot qui ont triplé. Le sixième jour, huit taureaux, offerts par les huit suivantes : cela fait quinze michmarot ayant triplé. Le septième jour, sept taureaux pour sept michmarot : il se trouve alors que toutes ont triplé, sauf les deux dernières.
💡 Explication

Deux notions nouvelles. D'abord payis (tirage au sort) : aux fêtes ordinaires, les sacrifices sont trop peu nombreux pour occuper vingt-quatre michmarot ; on tire donc au sort. À Souccot, au contraire, l'abondance permet une répartition par ordre de rang, selon la liste des vingt-quatre gardes de Divrei Hayamim I 24.

Ensuite hozrin halila -- on tourne en cercle. On ne recommence pas chaque jour par la première garde : on reprend la où l'on s'est arrêté. C'est cette rotation qui produit le résultat remarquable calculé par Rachi : sur soixante-dix taureaux, vingt-deux michmarot en offrent trois et deux seulement en offrent deux. Le schéma de synthèse ci-dessus suit ce calcul garde par garde.

5
גְּמָ׳ נֵימָא מַתְנִיתִין רַבִּי הִיא וְלָא רַבָּנַן? דְּתַנְיָא: פַּר הַבָּא בַּשְּׁמִינִי — בַּתְּחִילָּה מְפִיסִין עָלָיו, דִּבְרֵי רַבִּי. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַחַת מִשְׁתֵּי מִשְׁמָרוֹת דְּלֹא שִׁלְּשׁוּ בְּפָרִים, עוֹשֶׂה אוֹתוֹ.

GUEMARA. Dirons-nous que notre michna est de Rabbi et non des Sages ?

Car il est enseigné dans une braita : le taureau qui vient le huitième jour -- on tire au sort à son sujet depuis le début (ba-tehila), paroles de Rabbi. Et les Sages disent : c'est l'une des deux michmarot qui n'ont pas triplé dans les taureaux qui l'accomplit.

📜 Rachi (2)
גְּמ' לֵימָא מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי בַּשְּׁמִינִי חוֹזְרִים לְפַיֵּיס כְּבָרְגָלִים וְקָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּכָל הַמִּשְׁמָרוֹת בָּאוֹת וּמְפַיְּסוֹת רַבִּי הִיא וְלָא רַבָּנַן:
[Notre michna], qui enseigne que le huitième jour on revient au payis comme aux (autres) fêtes ; et il monte à l'esprit que toutes les michmarot viennent et tirent au sort -- ce serait donc Rabbi et non les Sages.
בַּתְּחִילָּה מְפִיסִין עָלָיו כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת כְּאִילּוּ הוּא תְּחִילַּת קָרְבָּנוֹת וְלָא אָמְרִינַן לִיקְרְבוּ חַד מֵהָנָךְ שֶׁלֹּא שֶׁיִּשְּׁלוּ:
Toutes les michmarot [tirent au sort], comme s'il s'agissait du début des sacrifices ; et nous ne disons pas : que ce soit l'une de celles qui n'ont pas triplé qui l'offre.
💡 Explication

La guemara attaque la dernière phrase de la michna. Si le huitième jour on revient au payis, cela suppose que le taureau de Chemini Atseret n'appartient d'avance à personne -- ce qui est exactement la position de Rabbi : ba-tehila mefissin alav, on tire au sort depuis le début, comme si la série des sacrifices recommençait à zéro.

Les Sages, eux, voient dans ce taureau la suite de la série de Souccot : il vient réparer l'inégalité des deux michmarot qui n'ont offert que deux taureaux au lieu de trois. Si notre michna était des Sages, il ne devrait donc y avoir aucun tirage au sort.

6
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, אַטּוּ שְׁתֵּי מִשְׁמָרוֹת לָא אַפּוֹסֵי בָּעֵי?

Tu peux même dire que c'est [conforme aux] Sages : est-ce à dire que les deux michmarot [restantes] n'ont pas besoin, elles aussi, de tirer au sort ?

📜 Rachi (1)
לָאו אֶפּוֹסֵי בָּעֵי בֵּין שְׁתֵּיהֶן אֵיזֶה מֵהֶן תִּזְכֶּה בּוֹ וְדִלְמָא הַהוּא פַּייִס דְּקָאָמַר מַתְנֵי' בֵּין שְׁתֵּיהֶן הָיָה דְּהָא לָא תְּנַן בֵּיהּ בַּתְּחִילָּה:
Entre les deux, [pour savoir] laquelle des deux l'obtiendra ; et peut-être ce payis dont parle notre michna se faisait-il entre elles deux -- car il n'y est pas enseigné ba-tehila (depuis le début).
💡 Explication

La réponse tient à un mot absent. La michna dit hazru le-fayis (on revient au tirage), mais elle ne dit pas ba-tehila (depuis le début). Or les Sages eux aussi ont besoin d'un tirage : les michmarot lésées sont deux, et le taureau est un. Il faut donc bien les départager.

La nafka mina (conséquence pratique) entre les deux opinions n'est donc pas l'existence du payis, mais son assiette : vingt-quatre participantes chez Rabbi, deux seulement chez les Sages.

🖼️ Schéma
Le taureau du 8e jour : qui l'offre ? Chemini Atseret : 1 taureau, 1 bélier, 7 agneaux Rabbi ba-tehila mefissin alav On tire au sort depuis le début, avec les 24 gardes. Le 8e jour est une fête à part : ses sacrifices ne prolongent pas la série de Souccot. Aucune garde n'a de titre acquis sur ce taureau. Les Sages une des deux qui n'ont pas triplé Deux gardes seulement ont offert deux taureaux au lieu de trois. Le taureau du 8e jour répare cette inégalité : il revient à l'une des deux. La série continue au lieu de recommencer. Question de la guemara : la michna dit hazru le-fayis (on revient au tirage) -- serait-elle Rabbi et non les Sages ? Car pour les Sages, il n'y aurait pas de tirage du tout : le taureau irait de droit à une des deux gardes lésées. Réponse : afilou teima rabanan -- même les Sages ont besoin d'un payis. Les deux gardes lésées sont deux : il faut bien départager laquelle des deux gagne le taureau. C'est cela, le payis de la michna. Nafka mina : chez Rabbi, payis à 24 ; chez les Sages, payis à 2. La michna ne dit pas ba-tehila -- elle peut donc être des Sages.
La mahloket sur le taureau du huitième jour et la manière dont la guemara sauve notre michna.
7
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא: כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת שׁוֹנוֹת וּמְשַׁלְּשׁוֹת, חוּץ מִשְּׁנֵי מִשְׁמָרוֹת שֶׁשּׁוֹנוֹת וְאֵין מְשַׁלְּשׁוֹת? נֵימָא רַבִּי וְלָא רַבָּנַן! אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן: מַאי לֹא שִׁלְּשׁוּ — בִּפְרִי הֶחָג.

Selon qui va ce qui est enseigné dans cette braita : toutes les michmarot doublent et triplent, à l'exception de deux michmarot qui doublent et ne triplent pas ? Dirons-nous que c'est Rabbi et non les Sages !

[Non :] tu peux même dire que c'est [conforme aux] Sages -- que veut dire elles n'ont pas triplé ? [Elles n'ont pas triplé] dans les taureaux de la Fête.

💡 Explication

Même attaque, même parade. La braita affirme que deux michmarot ne triplent jamais -- ce qui semble contredire les Sages, pour qui l'une des deux offre justement un troisième taureau à Chemini Atseret.

La réponse restreint le champ de l'expression : lo chilchou ne veut pas dire qu'elles n'ont jamais offert trois taureaux, mais qu'elles n'en ont pas offert trois parmi les taureaux de Souccot. Ce que le taureau du huitième jour leur apporte est d'un autre ordre : il appartient à Chemini Atseret, regel bifnei atsmo (une fête à part entière).

8
וּמַאי קָא מַשְׁמַע לַן! הָא קָא מַשְׁמַע לַן: מִי שֶׁהִקְרִיב פָּרִים הַיּוֹם — לֹא יַקְרִיב לְמָחָר, אֶלָּא חוֹזְרִין חָלִילָה.

Et que vient-elle nous apprendre ? Voici ce qu'elle vient nous apprendre : celui qui a offert les taureaux aujourd'hui n'en offrira pas demain, mais on tourne en cercle.

📜 Rachi (2)
מַאי קמ"ל וְכִי מִנְייָנָא אֲתָא לְאַגְמְרִינַן שֶׁכֵּן עוֹלֶה הַחֶשְׁבּוֹן כְּשֶׁחוֹזְרִין חָלִילָה:
Est-ce donc un simple dénombrement qui viendrait nous enseigner que le compte tombe ainsi lorsqu'on tourne en cercle ?
וּמְשַׁנֵּי קמ"ל מַאי דְּאַשְׁמוֹעִינַן נָמֵי תַּנָּא דְּמַתְנִיתִין מִי שֶׁהָיָה מַקְרִיב פָּרִים הַיּוֹם כו':
Et il répond : elle nous enseigne ce que nous a également enseigné le tana de notre michna -- celui qui offrait les taureaux aujourd'hui, etc.
💡 Explication

Objection de bon sens : soixante-dix taureaux divisés par vingt-quatre michmarot donnent nécessairement vingt-deux fois trois et deux fois deux. Pourquoi une braita pour énoncer une division ?

Réponse : le contenu de la braita n'est pas le résultat, c'est la procédure. Elle enseigne la règle de rotation -- hozrin halila -- dont le décompte n'est que la conséquence. Sans cette règle, le même total pourrait être atteint par d'autres répartitions, beaucoup moins équitables.

9
אָמַר רַבִּי (אֶלְעָזָר): הָנֵי שִׁבְעִים פָּרִים כְּנֶגֶד מִי — כְּנֶגֶד שִׁבְעִים אֻומּוֹת. פַּר יְחִידִי לָמָּה — כְּנֶגֶד אֻומָּה יְחִידָה.

Rabbi (Elazar) a dit : ces soixante-dix taureaux, face à quoi [sont-ils offerts] ? Face aux soixante-dix nations.

Et pourquoi un taureau unique ? Face à la nation unique.

📜 Rachi (2)
שִׁבְעִים פָּרִים פָּרֵי הֶחָג שִׁבְעִים הֵם חוּץ מִשֶּׁל שְׁמִינִי כְּנֶגֶד שִׁבְעִים אֻומּוֹת לְכַפֵּר עֲלֵיהֶם שֶׁיָּרְדוּ גְּשָׁמִים בְּכָל הָעוֹלָם לְפִי שֶׁנִּידּוֹנִין בֶּחָג עַל הַמַּיִם:
Les taureaux de la Fête sont au nombre de soixante-dix, sans compter celui du huitième jour ; ils sont offerts face aux soixante-dix nations, pour expier sur elles, afin que les pluies tombent dans le monde entier -- car c'est à la Fête (Souccot) que l'on est jugé sur l'eau.
פַּר יְחִידִי שֶׁל שְׁמִינִי:
Celui du huitième jour.
💡 Explication

Retournement complet du folio : ce qui n'était qu'une table de répartition devient un enseignement sur la place d'Israël parmi les nations. Les soixante-dix taureaux (13+12+11+10+9+8+7 = 70) correspondent aux soixante-dix nations issues de la table de Berechit 10.

Rachi précise le mécanisme : Souccot est le moment où le monde est jugé sur l'eau (michna Roch Hachana 1,2). Les taureaux sont donc une kapara (expiation) offerte par Israël au bénéfice des nations, pour que la pluie tombe partout. Le taureau unique du huitième jour répond, lui, à la ouma ye'hida -- Israël seul.

10
מָשָׁל לְמֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם שֶׁאָמַר לַעֲבָדָיו: עֲשׂוּ לִי סְעוּדָה גְּדוֹלָה. לְיוֹם אַחֲרוֹן אָמַר לְאוֹהֲבוֹ: עֲשֵׂה לִי סְעוּדָה קְטַנָּה כְּדֵי שֶׁאֵהָנֶה מִמְּךָ.

Parabole (machal) d'un roi de chair et de sang qui dit à ses serviteurs : faites-moi un grand festin. Le dernier jour, il dit à son ami : fais-moi un petit festin, afin que je jouisse de toi.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵהָנֶה מִמְּךָ אֵין לִי הֲנָייָה וְקוֹרַת רוּחַ בְּשֶׁל אֵלּוּ אֶלָּא בְּשֶׁלְּךָ:
Je n'ai ni jouissance ni contentement dans [le festin] de ceux-là, mais seulement dans le tien.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲשֵׂה לִי סְעוּדָה קְטַנָּה, כְּדֵי שֶׁאֵהָנֶה מִמְּךָ. פֵּירוּשׁ אִם תִּהְיֶה הַסְּעוּדָה גְּדוֹלָה יֹאמְרוּ בַּעֲבוּר הֲנָאַת הַסְּעוּדָה כִּי רַבָּה הִיא בָּאתִי אֶצְלְךָ אֲבָל אִם תִּהְיֶה סְעוּדָה קְטַנָּה שֶׁאֵין בָּהּ שִׁיעוּר הֲנָאָה לֹא יֹאמְרוּ בִּשְׁבִילָהּ בָּאתִי אֶלָּא בִּשְׁבִילְךָ בָּאתִי, וְכֵן הָעִנְיָן בַּנִּמְשָׁל. וּמַה שֶׁאָמַר 'שִׁבְעִים פָּרִים כְּנֶגֶד שִׁבְעִים אַמּוֹת' בָּזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב מַה שֶׁאָמַר עַל מֶלֶךְ הַמָּשִׁיחַ (תְּהִלִּים עב, ט) 'לְפָנָיו יִכְרְעוּ צִיִּים וְאֹיְבָיו עָפָר יִלְחֲכוּ' שֶׁאֵין לָהֶם אֶלָּא רַק שִׁבְעִים פַּר וְזֶהוּ עָפָר 'ע' פַּר' וּמִסְפַּר שִׁבְעִים מְעַט שֶׁהוּא שִׁיעוּר לְכִיחָה. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד (יְשַׁעְיָה מט, כג) 'וְהָיוּ מְלָכִים אֹמְנַיִךְ וְשָׂרוֹתֵיהֶם מֵינִיקֹתַיִךְ אַפַּיִם אֶרֶץ יִשְׁתַּחֲווּ לָךְ וַעֲפַר רַגְלַיִךְ יִלְחֲכוּ' פֵּירוּשׁ ע' פַּר שֶׁל רַגְלֶיךָ הֵם הַמּוֹעֲדִים יִלְחֲכוּ. וּמַה שֶׁאָמַר 'פַּר יְחִידִי כְּנֶגֶד אַמָּה יְחִידָה , נִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה רָמַז הַכָּתוּב בְּאִיּוֹב (אִיּוֹב יט, כה) 'וַאֲנִי יָדַעְתִּי גֹּאֲלִי חָי וְאַחֲרוֹן עַל עָפָר יָקוּם' אָמַרְתִּי לְשׁוֹן שֶׁבַח כְּמוֹ (דְּבָרִים כו, יז) 'אֶת ה' הֶאֱמַרְתָּ הַיּוֹם' רוֹצֶה לוֹמַר נִשְׁתַּבַּחְתִּי בְּגוֹאֲלֵי חַי הוּא הקב"ה וְלָכֵן וְאַחֲרוֹן זֶה יוֹם שְׁמִינִי עֲצֶרֶת שֶׁמַּקְרִיבִים בּוֹ פַּר אַחֲרוֹן לְשִׁבְעִים פָּרִים הִנֵּה זֶה עַל ע' פַּר יָקוּם שֶׁיִּתְקוֹמֵם וְיִתְעַלֶּה בְּמַעֲלָה עַל כָּל ע' פַּר הַקּוֹדְמִים אֵלָיו כִּי בּוֹ נִיכָּר אַהֲבָתוֹ יִתְבָּרֵךְ בְּיִשְׂרָאֵל כַּנִּזְכָּר בַּמָּשָׁל שֶׁאָמַר לְאוֹהֲבוֹ עֲשֵׂה לִי סְעוּדָה קְטַנָּה וְכוּ'.
"Fais-moi un petit festin, afin que je jouisse de toi." Explication : si le festin était grand, on dirait que c'est pour la jouissance du festin -- parce qu'il est abondant -- que je suis venu chez toi ; mais si le festin est petit, sans mesure de jouissance, on ne dira pas que c'est pour lui que je suis venu, mais bien pour toi que je suis venu. Et il en va de même dans le nimchal (ce que la parabole signifie). Et sur ce qui est dit, "soixante-dix taureaux face aux soixante-dix nations", il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion du verset dit au sujet du roi machiah (Tehilim 72,9) : "devant lui s'agenouilleront les habitants du désert, et ses ennemis lècheront la poussière (afar)" -- car ils n'ont que soixante-dix taureaux, et c'est cela afar : ayin par (soixante-dix taureaux) ; et le nombre soixante-dix est peu de chose, c'est la mesure de ce qu'on lèche. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel (Yechaya 49,23) : "des rois seront tes nourriciers et leurs princesses tes nourrices, la face contre terre ils se prosterneront devant toi et lècheront la poussière de tes pieds" -- explication : les ayin par (soixante-dix taureaux) de tes pieds, ce sont les fêtes, ils les lècheront. Et sur ce qui est dit, "un taureau unique face à la nation unique", il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion du verset de Iyov (19,25) : "et moi, je sais que mon rédempteur est vivant et que, dernier, il se lèvera sur la poussière" -- amarti est un terme de louange, comme (Devarim 26,17) "tu as loué (hé'emarta) l'Éternel aujourd'hui" ; c'est-à-dire : je me suis glorifie de mon rédempteur vivant, qui est le Saint béni soit-Il. Et c'est pourquoi "et dernier" -- c'est le huitième jour, Chemini Atseret, où l'on offre le dernier taureau après les soixante-dix taureaux : celui-là "sur ayin par (soixante-dix taureaux) se lèvera", c'est-à-dire qu'il se dressera et s'élèvera en rang au-dessus des soixante-dix taureaux qui le précèdent -- car c'est par lui que se reconnaît Son amour, béni soit-Il, pour Israël, comme il est mentionné dans la parabole : il dit à son ami, fais-moi un petit festin, etc.
💡 Explication

Le mot décisif est ohavô -- son ami, son bien-aimé -- opposé à avadav, ses serviteurs. Le grand festin est offert par les serviteurs et profite à beaucoup ; le petit festin est offert par l'ami et ne profite qu'à la relation elle-même.

Rachi tire toute la force de la parabole du mot che-éhané mimékha : le roi ne dit pas qu'il jouira du repas, mais de toi. Le Ben Yehoyada renverse encore le rapport : c'est justement parce que le festin est petit qu'il prouve l'amour, car nul ne peut prétendre que le roi soit venu pour la table.

🖼️ Schéma
La parabole du roi : le grand festin et le petit festin Mâchal (parabole) à gauche, nimchal (ce qu'elle signifie) à droite Le machal Le roi aux serviteurs : faites-moi un grand festin Plusieurs jours, table abondante, beaucoup de monde Le dernier jour, à son ami (ohavô) : fais-moi un petit festin, che-éhané mimékha -- que je jouisse de toi, de toi seul. Le nimchal Sept jours de Souccot : 70 taureaux 70 taureaux face aux 70 nations du monde Chemini Atseret : un seul taureau face à la ouma ye'hida, la nation unique -- Israël, reste seul avec le Roi. Rachi : le petit festin n'a pas de quoi réjouir en lui-même -- c'est justement pourquoi il prouve que le Roi vient pour l'ami, non pour la table.
Le machal et le nimchal : sept jours pour les nations, un huitième jour pour l'ami seul.
11
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אוֹי לָהֶם לַגּוֹיִים, שֶׁאָבְדוּ — וְאֵין יוֹדְעִין מַה שֶּׁאִבְּדוּ. בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים, מִזְבֵּחַ מְכַפֵּר עֲלֵיהֶן. וְעַכְשָׁיו, מִי מְכַפֵּר עֲלֵיהֶן?!

Rabbi Yo'hanan a dit : malheur aux nations (goyim), qui ont perdu -- et ne savent pas ce qu'elles ont perdu. Du temps où le Temple était debout, le mizbeah (autel) expiait sur elles.

Et maintenant, qui expie sur elles ?!

💡 Explication

Conclusion du développement aggadique, et son point le plus aigu : la perte des nations est une perte invisible pour celui qui la subit. Elles ignoraient déjà, du vivant du Temple, que soixante-dix taureaux étaient offerts pour elles ; elles ignorent donc aussi ce que la destruction leur a coûté.

La question finale -- mi mekhapèr aleihen, qui expie sur elles ? -- reste volontairement sans réponse. Elle donne au deuil du mizbeah une portée qui déborde Israël : le Temple détruit, c'est un service rendu au monde entier qui a cessé.

12
מַתְנֵי׳ בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה הָיוּ כָּל מִשְׁמָרוֹת שָׁווֹת: בְּאֵימוּרֵי הָרַגְלַיִם, וּבְחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים.

MICHNA. À trois moments de l'année, toutes les michmarot étaient à égalité : dans les eimourei ha-regalim (les portions des fêtes de pèlerinage) et dans le partage du le'hem hapanim (pain de proposition).

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' בַּג' פְּרָקִים בִּשְׁלֹשָׁה רְגָלִים:
Aux trois fêtes de pèlerinage (regalim).
בְּאֵימוּרֵי רְגָלִים בְּעוֹרוֹת שֶׁל עוֹלוֹת וּבְחָזֶה וְשׁוֹק שֶׁל שַׁלְמֵי חֲגִיגָה הַבָּאוֹת מֵחֲמַת הָרֶגֶל וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאי לְשׁוֹן אֵימוּרִים דְּקָתָנֵי:
Dans les peaux des olot (holocaustes), et dans la poitrine et la cuisse des chalmei haguiga qui viennent en raison de la fête ; et dans la guemara on explique ce que signifie le terme eimourim employé ici.
וּבְחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים אִם אֵירְעָה שַׁבָּת בָּרֶגֶל שֶׁבְּשַׁבָּת מְסַלְּקִין אוֹתוֹ וּמְסַדְּרִין לֶחֶם אַחֵר תַּחְתָּיו כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא כֹּד) בְּיוֹם הַשַּׁבָּת יַעַרְכֶנּוּ:
Si chabbat tombe pendant la fête : car le chabbat on retire le [pain de proposition] et on en dispose un autre à sa place, comme il est écrit (Vayikra 24) : le jour du chabbat il le disposera.
🗂️ Tossefot (1)
וּבְחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים. דַּוְקָא בְּחִילּוּקוֹ שָׁוִין אֲבָל סִילּוּקוֹ וְסִידּוּרוֹ וְהַקְטָרַת הַבְּזִיכִין לַמִּשְׁמָר הַקָּבוּעַ דְּהָכִי תַּנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא לֶחֶם הַפָּנִים עֲבוֹדָתוֹ בַּמִּשְׁמָר הַקָּבוּעַ וַאֲכִילָתוֹ בְּכָל הַמִּשְׁמָרוֹת וְהַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּבַגְּמָרָא מִרַבֵּינַן לֵיהּ חֵלֶק כְּחֵלֶק יֹאכֵלוּ מַשְׁמַע לַאֲכִילָה רַבֵּיהּ רַחֲמָנָא וְלֹא לַעֲבוֹדָה וּמוּסָף שַׁבָּת לָא מְפָרְשָׁהּ מַתְנִיתִין מִידִי וְשֶׁיִּירָא וְהָוֵי בִּכְלַל דִּשְׁאָר קָרְבְּנוֹת צִבּוּר וְכִי קָאָמַר בַּגְּמָרָא לְאֵתוֹיֵי פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר וּשְׂעִירֵי ע"ז הֲוָה מָצֵי לַאֲתוּיֵי מוּסָף שַׁבָּת דִּבְהֶדְיָא קָתָנֵי בַּתּוֹסֶפְתָּא שֶׁהוּא לַמִּשְׁמָר הַקָּבוּעַ וְהָא דִּמְרַבֶּה לֶחֶם הַפָּנִים טְפֵי דְּיֹאכְלוּ מַשְׁמַע מִידִי דַּאֲכִילָה הוּא עִיקָּרוֹ וְהַייְנוּ לֶחֶם הַפָּנִים שֶׁכְּבָר נַעֲשָׂה מִצְוָתוֹ מִשַּׁבָּת שֶׁעָבְרָה שֶׁסִּידְּרוּהוּ עַל הַשֻּׁלְחָן וְאֵינוֹ מְחֻוסָּר מֵעַתָּה אֶלָּא סִילּוּק דְּאִי מִשּׁוּם הַקְטָרַת בְּזִיכְיַן לְהַתִּיר לֶחֶם קָאָתְייָן וְאֵין עֲבוֹדָה זוֹ בְּגוּף הַלֶּחֶם:
Et dans le partage du le'hem hapanim. C'est uniquement pour son partage qu'elles sont à égalité ; mais son retrait (silouk), sa disposition (sidour) et la combustion des bezikhin (godets d'encens) reviennent au michmar fixe. Ainsi est-il enseigné dans la Tossefta : le le'hem hapanim -- son service revient au michmar fixe, et sa consommation à toutes les michmarot. Et la raison en est que dans la guemara nous l'incluons à partir de helek ke-helek yokhelou (part pour part ils mangeront) : cela implique que la Torah a étendu la règle à la consommation, et non au service. Quant au moussaf de chabbat, notre michna n'en dit rien et l'a laissé de côté : il entre dans la catégorie des autres korbanot tsibour (sacrifices publics). Et lorsque la guemara dit [que le et ha-kol vient] inclure le taureau du helem davar de la communauté et les boucs de l'idolâtrie, elle aurait pu aussi bien inclure le moussaf de chabbat, dont la Tossefta enseigne explicitement qu'il revient au michmar fixe. Et si l'on inclut plutôt le le'hem hapanim, c'est parce que yokhelou (ils mangeront) implique une chose dont l'essentiel est la consommation -- et c'est le cas du le'hem hapanim, dont la mitsva a déjà été accomplie depuis le chabbat précédent, où on l'a disposé sur la table, et auquel il ne manque désormais que le retrait ; car pour ce qui est de la combustion des bezikhin, qui vient permettre le pain à la consommation, ce service ne porte pas sur le corps du pain lui-même.
💡 Explication

Nouvelle michna, nouveau sujet : non plus la répartition du travail à Souccot, mais les trois moments de l'année -- les trois regalim -- où l'ordre ordinaire des michmarot s'efface et où toutes reçoivent une part égale.

Deux domaines sont cités : les eimourei ha-regalim (que la guemara va devoir redéfinir, car les eimourim au sens propre sont brûlés sur l'autel et ne se partagent pas) et le partage du le'hem hapanim, les douze pains disposés sur la table et remplacés chaque chabbat. Tossefot pose immédiatement la limite : c'est le partage qui est égal, pas le service -- disposer les pains, les retirer, brûler les bezikhin reste au michmar dont c'est le tour.

13
בַּעֲצֶרֶת, אוֹמֵר לוֹ: הֵילָךְ מַצָּה, הֵילָךְ חָמֵץ. מִשְׁמָר שֶׁזְּמַנּוֹ קָבוּעַ, הוּא מַקְרִיב תְּמִידִין, נְדָרִים וּנְדָבוֹת, וּשְׁאָר קָרְבְּנוֹת צִבּוּר — וּמַקְרִיב אֶת הַכֹּל.

À Chavouot (Atseret), on lui dit : voici pour toi de la matsa, voici pour toi du hametz. Le michmar dont le temps est fixe, c'est lui qui offre les temidin (sacrifices perpétuels), les nedarim (vœux) et les nedavot (offrandes volontaires), et les autres korbanot tsibour (sacrifices publics) -- et il offre le tout.

📜 Rachi (6)
וּבָעֲצֶרֶת כְּשֶׁאֵירַע בְּשַׁבָּת וְיֵשׁ בּוֹ חִילּוּק חָמֵץ דִּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים שֶׁהוּא מַצָּה כִּדְאָמְרִינַן בְּכָל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה (מְנָחוֹת דַּף נב:):
Quand elle tombe un chabbat : il y a alors le partage du hametz -- les deux pains -- et le partage du le'hem hapanim, qui est de la matsa, comme nous le disons : toutes les menahot viennent en matsa (Menahot 52b).
אוֹמֵר לוֹ לְכָל אֶחָד כְּשֶׁנּוֹתְנִין לוֹ חֶלְקוֹ הֵילָךְ מַצָּה וּכְשֶׁנּוֹתְנִין לוֹ בִּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם אוֹמְרִים לוֹ הֵילָךְ חָמֵץ לְפִי שֶׁאֵין חוֹלְקִים קָרְבָּן כְּנֶגֶד קָרְבָּן אֶלָּא מִכָּל אֶחָד חֶלְקוֹ כִּדְקַיְימָא לָן בְּקִידּוּשִׁין (דַּף נג.) וּבִמְנָחוֹת (דַּף עג.) מִלְּכָל בְּנֵי אַהֲרֹן תִּהְיֶה וּלְפִיכָךְ מוֹדִיעִים אוֹתוֹ:
À chacun, quand on lui donne sa part [du le'hem hapanim], on dit : voici pour toi de la matsa ; et quand on lui donne sa part des deux pains, on lui dit : voici pour toi du hametz. Car on ne partage pas un sacrifice contre un autre sacrifice, mais chacun reçoit sa part de chacun, comme nous le tenons établi dans Kidouchin (53a) et dans Menahot (73a), d'après le verset : pour tous les fils d'Aharon ce sera. C'est pourquoi on l'en informe.
מִשְׁמָר שֶׁזְּמַנּוֹ קָבוּעַ שֶׁהָיָה מְשַׁמֵּשׁ בְּשַׁבָּת זוֹ שֶׁהָרֶגֶל חָל בְּתוֹכָהּ:
Qui servait ce chabbat-là au cours duquel tombe la fête.
מַקְרִיב תְּמִידִין שֶׁהֲרֵי אֵינָם בִּשְׁבִיל הָרֶגֶל:
Car ils ne sont pas offerts en raison de la fête.
וּנְדָרִים וּנְדָבוֹת שֶׁנְּדָבוֹ וְנָדְרוּ כָּל הַשָּׁנָה וּמַקְרִיבִין אוֹתָם עַכְשָׁיו אֵין שְׁאָר הַמִּשְׁמָרוֹת זוֹכִין בָּהֶם שֶׁאֵין זוֹכִין אֶלָּא חוֹבוֹת שֶׁמֵּחֲמַת הָרֶגֶל:
Que l'on a voués et offerts volontairement tout au long de l'année et que l'on offre maintenant : les autres michmarot n'y ont aucun droit, car elles n'ont droit qu'aux obligations qui viennent en raison de la fête.
וְהוּא מַקְרִיב אֶת הַכֹּל בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לַאֲתוּיֵי מַאי:
Dans la guemara on explique ce que cela vient inclure.
💡 Explication

La formule hilékh matsa, hilékh hametz a une raison technique précise, donnée par Rachi : on ne fait pas de troc entre sacrifices. Un cohen ne peut pas prendre une double part de le'hem hapanim en renonçant aux deux pains -- il doit recevoir une part de chacun (Kidouchin 53a). D'où l'annonce explicite au moment de la remise.

La seconde moitié pose le principe symétrique. Le michmar che-zmano kavoua -- celui dont c'est le tour cette semaine-là -- conserve tout ce qui ne vient pas mehamat ha-regel : les temidin (offerts tous les jours de l'année), les nedarim et nedavot (voués bien avant la fête), et les autres sacrifices publics. La fête ne suspend pas le tour des gardes : elle lui ajoute une couche de partage.

🖼️ Schéma
Aux trois regalim : ce qui se partage entre les 24 gardes, ce qui reste au michmar de service La ligne de partage : ce qui vient mehamat ha-regel (à cause de la fête) contre le reste de l'année Toutes les 24 gardes sont égales 1. Eimourei ha-regalim Non pas les eimourim brûlés sur l'autel, mais ce qui est amour (dit) au sujet des regalim : - peaux des olot reiya - hazeh ve-chok des chalmei haguiga - peaux des moussafim et boucs de hatat 2. Hilouk le'hem hapanim Si chabbat tombe pendant la fête : le partage du pain, pas son service (Tossefot : sidour, silouk et bezikhin restent au michmar fixe). 3. À Chavouot tombant un chabbat Hilékh matsa (pain de proposition), hilékh hametz (deux pains). Michmar che-zmano kavoua La garde dont c'est le tour cette semaine-là Temidin Ils ne sont pas offerts à cause de la fête. Nedarim et nedavot Voués toute l'année, offerts maintenant : les autres gardes n'y ont aucun droit. Chéar korbanot tsibour Et il offre le tout -- la guemara précisera ce que ce et ha-kol vient inclure. Principe : le regel ne suspend pas l'ordre ordinaire des michmarot, il s'y ajoute. Le drach de la braita : ou-va be-khôl avat nafcho ... ve-cheret -- il sert quand il veut ; mais me-ehad che'arekha : seulement quand tout Israël entre par une seule porte.
La ligne de partage : ce qui vient à cause de la fête se divise entre les 24 gardes, le reste appartient au michmar de service.
14
גְּמָ׳ אֵימוּרֵי הָרְגָלִים שֶׁל גָּבוֹהַּ נִינְהוּ! אָמַר רַב חִסְדָּא: מַה שֶׁאָמוּר בָּרְגָלִים.

GUEMARA. Les eimourei ha-regalim sont [des parts] du Très-Haut !

Rav Hisda a dit : [il faut lire] ce qui est dit (amour) au sujet des fêtes de pèlerinage.

📜 Rachi (2)
גמ' אֵימוּרִין דְּגָבוֹהַּ נִינְהוּ וּמַאי שָׁווֹת אִיכָּא:
Les eimourim appartiennent au Très-Haut -- quelle égalité pourrait-il donc y avoir [entre les michmarot] ?
בְּמַה שֶׁאָמוּר בָּרְגָלִים בְּחִילּוּק קָרְבְּנוֹת הָאֲמוּרִים בָּרֶגֶל הָרְאוּיִין לְהִתְחַלֵּק כְּגוֹן חָזֶה וְשׁוֹק שֶׁל שַׁלְמֵי חֲגִיגָה שֶׁל כָּל יָחִיד וְיָחִיד וְעוֹרוֹת שֶׁל עוֹלוֹת רְאִיָּיה וּמוּסְפֵי צִבּוּר וּשְׂעִירֵי חַטָּאוֹת:
Dans le partage des sacrifices énoncés au sujet de la fête et qui se prêtent au partage : par exemple la poitrine et la cuisse des chalmei haguiga de chaque particulier, ainsi que les peaux des olot reiya, des moussafim publics et des boucs de hatat.
💡 Explication

Objection lexicale. Les eimourim au sens technique sont les graisses et organes brûlés sur le mizbeah : ils sont chel gavoah, part du Très-Haut, et les cohanim n'en reçoivent rien. Il n'y a donc rien à répartir également.

Rav Hisda ré-vocalise le mot : lire non pas eimourei (les parts brûlées) mais amour -- ce qui est dit, énoncé au sujet des regalim. La michna vise donc l'ensemble des prélèvements de la fête qui reviennent aux cohanim : peaux des holocaustes, poitrine et cuisse des chelamim.

15
תָּנוּ רַבָּנַן: מִנַּיִן שֶׁכָּל הַמִּשְׁמָרוֹת שָׁווֹת בְּאֵימוּרֵי הָרְגָלִים, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּבָא בְּכָל אַוַּת נַפְשׁוֹ ... וְשֵׁרֵת״. יָכוֹל אַף בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה כֵּן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מֵאֶחָד שְׁעָרֶיךָ״, לֹא אָמַרְתִּי אֶלָּא בְּשָׁעָה שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל נִכְנָסִין בְּשַׁעַר אֶחָד.

Nos maîtres ont enseigné : d'où [sait-on] que toutes les michmarot sont à égalité dans les eimourei ha-regalim ? L'enseignement de la Torah dit : "et il viendra selon tout le désir de son âme ... et il servira".

Pourrait-on croire qu'il en va de même le reste des jours de l'année ? L'enseignement de la Torah dit : "de l'une de tes portes" -- je n'ai dit cela qu'au moment où tout Israël entre par une seule porte.

📜 Rachi (2)
וּבָא בְּכָל אַוַּת נַפְשׁוֹ וְשֵׁרֵת כְּכָל אֶחָיו שֶׁאֵין הַמִּשְׁמָר מְעַכֵּב עָלָיו וְכֵיוָן דְּזוֹכֶה בַּעֲבוֹדָתוֹ זוֹכֶה בַּאֲכִילָתוֹ דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ז׳:ט׳) לַכֹּהֵן הַמַּקְרִיב אֹותָהּ לוֹ תִהְיֶה ובכ"ד מְקוֹמוֹת נִקְרְאוּ כֹּהֲנִים לְוִיִּם:
Et il viendra selon tout le désir de son âme et il servira comme tous ses frères : car le michmar ne peut pas l'en empêcher ; et puisqu'il a droit au service, il a droit à la consommation, comme il est écrit (Vayikra 7,9) : au cohen qui l'offre, à lui elle sera. Et en vingt-quatre endroits les cohanim sont appelés levi'im.
ת"ל מֵאֶחָד שְׁעָרֶיךָ רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא וְכִי יָבֹא הַלֵּוִי מֵאַחַד שְׁעָרֶיךָ וּדְרֵישׁ לֵיהּ הָכִי כְּמוֹ בְּאֶחָד שְׁעָרֶיךָ כְּשֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל נִכְנָסִין בְּשַׁעַר אֶחָד כְּלוֹמַר בְּעִיר אַחַת:
L'enseignement de la Torah dit : de l'une de tes portes -- c'est le début du verset, et lorsque le levi viendra de l'une de tes portes ; et on l'interprète ainsi, comme si c'était dans une seule de tes portes : lorsque tout Israël entre par une seule porte, c'est-à-dire dans une seule ville.
💡 Explication

Le fondement scripturaire est Devarim 18,6-8, qui autorise le levi (lire ici : le cohen) venu de province à servir ke-khôl ehav, comme tous ses frères, sans que le michmar en fonction puisse s'y opposer. Et qui sert, mange : Rachi appuie ce lien sur Vayikra 7,9.

La restriction vient du début du même verset : me-ehad che'arekha. Lu littéralement -- dans une seule de tes portes -- il désigne le moment où tout Israël entre par la même porte, c'est-à-dire monte à Yerouchalayim : les trois regalim. Le reste de l'année, l'ordre ordinaire des michmarot reprend ses droits.

16
וּבְחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: מִנַּיִן שֶׁכָּל הַמִּשְׁמָרוֹת שָׁווֹת בְּחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים —

"Et dans le partage du le'hem hapanim, etc." Nos maîtres ont enseigné : d'où [sait-on] que toutes les michmarot sont à égalité dans le partage du le'hem hapanim --

📜 Rachi (1)
מִנַּיִן שֶׁכָּל הַמִּשְׁמָרוֹת שָׁווֹת בָּרֶגֶל בְּחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים:
D'où [sait-on] que toutes les michmarot sont à égalité : pendant la fête, dans le partage du le'hem hapanim.
💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu de la braita : la source scripturaire du partage égal du le'hem hapanim -- le verset helek ke-helek yokhelou auquel Tossefot faisait déjà allusion plus haut -- sera donnée au début de 56a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).