Sukkah 56a -- Souka ou Zman : l'ordre des bénédictions, et la disgrâce du mishmar de Bilga

Sukkah 56a

Sougya : Le folio achève d'abord la beraita du folio précédent : la part égale promise à tous les mishmarot par le verset helek ke-helek yokhelou ne peut viser ni les sacrifices ni les obligations étrangères à la fête, mais uniquement le le'hem hapanim, ce pain dont le service a déjà été accompli le Chabbat d'avant. Il ouvre ensuite la grande mahloket du chapitre sur l'ordre des bénédictions le premier soir de Souccot : Rav tient que la souka précède le zman parce que l'obligation propre du jour l'emporte, Rabba bar bar Hana que le zman précède parce que le fréquent passe avant le rare.

La Guemara tente de rabattre cette dispute sur celle de Beit Chammai et Beit Hillel au sujet de l'ordre du kidouch, puis montre que chacun des deux amoraim peut parler selon les deux écoles : la mahloket reste autonome, et la halakha tranche pour Rav -- souka puis zman. Le folio se clôt sur une nouvelle michna qui règle le partage des douze pains de proposition selon la position du Yom Tov par rapport au Chabbat, et qui énonce les trois pénalités infligées au mishmar de Bilga, dont la raison ne sera donnée qu'au folio suivant.

Le fil du folio : ordre des bénédictions, puis le partage des pains Six blocs : fin de la beraita du le'hem hapanim, la mahloket souka/zman, son test contre Beit Chammai-Beit Hillel, la halakha, puis une nouvelle michna. Bloc A (seg. 0-1) -- fin de la beraita : quelle est cette part égale ? Helek ke-helek yokhelou : la part de consommation est égale. Pas les sacrifices (déjà acquis par le service) mais le LE'HEM HAPANIM. Limite : levad mimkarav -- les obligations qui ne viennent pas à cause de la fête restent au seul mishmar de la semaine. Bloc B (seg. 2-3) -- la mahloket : dans quel ordre bénir en entrant dans la souka ? Rav : SOUKA puis ZMAN -- hiyouva de-yoma adif, l'obligation propre du jour passe devant. Rabba bar bar Hana : ZMAN puis SOUKA -- tadir ve-cheeino tadir, tadir kodem : le fréquent passe devant. Bloc C (seg. 4-8) -- tentative de rabattre la mahloket sur Beit Chammai / Beit Hillel Beraita du kidouch : Beit Chammai, jour puis vin ; Beit Hillel, vin puis jour. Rav = Beit Chammai, Rabba = Beit Hillel ? Rejet double : Rav parle même selon Beit Hillel (là, le vin CAUSE le kidouch ; ici le zman ne cause pas la souka). Et Rabba parle même selon Beit Chammai (là, le jour cause le vin ; ici la souka ne cause pas le zman -- cf. les voyageurs). Bloc D (seg. 9-11) -- objection depuis la michna, puis la halakha Michna : à Atseret, voici de la MATSA, voici du HAMETS. Le hamets est l'obligation du jour et passe pourtant après : teyouvta de Rav ? Réponse : tannaim hi -- Abba Chaoul inverse l'ordre. Rav a donc un appui tannaitique. Trancher : Rav Nahman bar Rav Hisda contre Rav ; Rav Chechet fils de Rav Idi avec Rav. VE-HILKHETA : souka puis zman. Bloc E (seg. 12-13) -- fin du commentaire de la michna précédente Chear korbanot tsibour inclut : le PAR HELEM DAVAR de la communauté et les BOUCS de l'idolâtrie. Ve-hou makriv et ha-kol inclut : le KETZ HAMIZBEAH, les olot achetées sur les surplus pour que l'autel ne chôme pas. Bloc F (seg. 14-18) -- nouvelle michna : Yom Tov contigu au Chabbat, et Bilga Contigu : tous les mishmarot partagent également. Un jour d'écart : 10 pains au mishmar fixe, 2 aux attardés. Sinon 6/6, ou 7/5 (R. Yehouda). Entrants au nord, sortants au sud -- sauf BILGA, toujours au sud, anneau fixe, niche bouchée. Le pourquoi viendra en 56b.
Le fil du folio en six blocs, de la fin de la beraita du lehem hapanim jusqu à la michna de Bilga.
Souka ou Zman ? Les deux principes qui s'affrontent Le premier soir de Souccot, on doit dire deux bénédictions. Laquelle ouvre ? Deux règles de priorité se disputent le pas. RAV Souka, puis Zman Principe : hiyouva de-yoma adif L'obligation propre à ce jour-ci passe en premier. La souka est la mitsva spécifique du jour ; le zman n'est qu'une bénédiction de joie. Appui tannaitique : Abba Chaoul (hamets avant matsa). RABBA BAR BAR HANA Zman, puis Souka Principe : tadir ve-cheeino tadir, tadir kodem Le plus fréquent passe en premier. Le zman se dit à toutes les fêtes de l'année ; la souka, une seule fois par an. Appui : la michna de notre chapitre (matsa avant hamets). La tentative de rabattement sur Beit Chammai / Beit Hillel -- et son échec Hava amina : Rav = Beit Chammai (jour avant vin, donc obligation du jour avant tadir) ; Rabba = Beit Hillel (tadir d'abord). Rav répond : même selon Beit Hillel, car là-bas le VIN CAUSE le kidouch ; ici, sans zman on dirait quand même la souka. Rabba répond : même selon Beit Chammai, car là-bas le JOUR CAUSE le vin ; ici, sans souka on dirait quand même le zman. Conclusion : aucun des deux n'est prisonnier d'une école. La mahloket reste autonome. Trancher Rav Nahman bar Rav Hisda enseigne contre Rav (zman d'abord) -- Rav Chechet fils de Rav Idi enseigne comme Rav (souka d'abord). VE-HILKHETA : SOUKA, PUIS ZMAN Nafka mina pratique Le soir du 15 Tichri, en entrant dans la souka : on dit d'abord lechev ba-souka, puis chehe heyanou. Tossefot ajoute que le le'hem hapanim peut lui aussi compter comme obligation du jour -- ce qui neutralise l'objection tirée de la michna.
La mahloket souka/zman : deux principes de priorité, le test contre Beit Chammai-Beit Hillel, et la halakha.
Les douze pains de proposition : qui prend combien ? Le le'hem hapanim se partage le Chabbat, jour où les mishmarot se relaient. Le calendrier de la fête change la clé de répartition. CAS 1 -- Yom Tov colle au Chabbat (veille ou lendemain) Le mishmar entrant a dû arriver en avance (il ne pouvait pas voyager le Chabbat) ; le sortant a dû s'attarder pour la même raison. Les Sages ont institué que TOUS les mishmarot présents partagent à égalité -- kedei de-nikhlou bahadei hadadei, pour qu'ils mangent ensemble. Résultat : partage ÉGAL entre tous. CAS 2 -- un seul jour sépare le Yom Tov du Chabbat Ex. : premier Yom Tov le lundi. Ils pouvaient venir le dimanche, mais sont venus dès la veille de Chabbat -- personne ne les y forçait. Ex. : dernier Yom Tov le jeudi. Ils pouvaient repartir le vendredi, mais se sont attardés pour le Chabbat -- de leur propre chef. Mishmar dont le temps est fixe : 10 pains Les mishmarot attardés : 2 pains CAS 3 -- un Chabbat ordinaire de l'année (relais normal des mishmarot) Tanna kamma Entrant 6 -- Sortant 6 Partage strictement égal des douze pains. Rabbi Yehouda Entrant 7 -- Sortant 5 L'entrant sert le matin ET le soir, il gagne une part. Lieu du partage Entrants au NORD (côté de l'abattage des kodachei kodachim, côté de l'essentiel) -- sortants au SUD. Bilga : toujours au sud, en pénalité.
Les trois clés de répartition des douze pains de proposition selon la position du Yom Tov par rapport au Chabbat.
1
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״חֵלֶק כְּחֵלֶק יֹאכֵלוּ״, כְּחֵלֶק עֲבוֹדָה כָּךְ חֵלֶק אֲכִילָה. וּמַאי אֲכִילָה? אִילֵּימָא קָרְבָּנוֹת, מֵהָתָם נָפְקָא: ״לַכֹּהֵן הַמַּקְרִיב אֹותָהּ לוֹ תִהְיֶה״! אֶלָּא: לֶחֶם הַפָּנִים.

Le verset dit : Ils mangeront à parts égales (Devarim 18,8) -- de même que la part du service [est égale], de même la part de la consommation. Et de quelle consommation s'agit-il ?

Si l'on dit : celle des sacrifices -- mais cela se déduit déjà de la : Au kohen qui l'offre, elle appartiendra (Vayikra 7,9) ! Il s'agit donc plutôt du le'hem hapanim (pain de proposition).

📜 Rachi (6)
תַּלְמוּד לוֹמַר חֵלֶק כְּחֵלֶק בָּתְרֵיהּ דְּהַהוּא קְרָא דִּלְעֵיל כְּתִיב דְּאוֹקְמָא בְּרֶגֶל:
Ce verset est écrit à la suite du verset précédent, celui que [la beraita] a rapporté à la fête de pèlerinage.
חֵלֶק אֲכִילָה שָׁוֶה בְּכֻולָּן כְּחִילּוּק עֲבוֹדָה דְּאִתְּרַבִי לְעֵיל מוּבָא בְּכָל אַוַּת נַפְשׁוֹ וְשֵׁרֵת:
La part de la consommation est égale pour tous, comme la répartition du service, qui a été incluse plus haut à partir de : et il viendra selon tout le désir de son âme... et il servira (Devarim 18,6-7).
וּמַאי אֲכִילָה אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן:
Quelle consommation le verset avait-il besoin de nous enseigner ?
אִילֵּימָא אֲכִילָה דְּקָרְבָּנוֹת דִּשְׂעִירֵי חַטָּאוֹת וְחָזֶה וְשׁוֹק:
Si tu dis qu'il s'agit de la consommation des sacrifices -- les boucs des hattatot, la poitrine et la cuisse [des chelamim].
מֵהָתָם נָפְקָא לַכֹּהֵן הַמַּקְרִיב אֹותָהּ וְגוֹ' מִי שֶׁעוֹבְדָהּ אוֹכְלָהּ וְכֵיוָן דְּאִתְּרַבִי לַעֲבוֹדָה פְּשִׁיטָא דְּמֵיכָל נָמֵי אָכְלִי:
Cela se déduit déjà de la : Au kohen qui l'offre, etc. -- celui qui en accomplit le service la mange ; et puisqu'ils ont été inclus dans le service, il est évident qu'ils mangent aussi.
אֶלָּא לֶחֶם הַפָּנִים אִיצְטְרִיךְ לְרַבּוּיֵי שֶׁאֵין בּוֹ שׁוּם עֲבוֹדַת לֶחֶם שֶׁכְּבָר נַעֲשֵׂית עֲבוֹדָתוֹ מִשַּׁבָּת שֶׁעָבְרָה:
Il fallait plutôt inclure le le'hem hapanim, dans lequel il n'y a aucun service du pain, car son service a déjà été accompli le Chabbat précédent.
💡 Explication

Fin de la beraita commencée en 55b. Le verset helek ke-helek yokhelou égalise tous les mishmarot pendant la fête : ce que l'un gagne, tous le gagnent. Mais la Guemara demande quelle consommation ce verset ajoute réellement.

Pas celle des sacrifices : un autre verset enseigne déjà que celui qui accomplit le service mange. Or les mishmarot ont déjà été inclus dans le service. Le verset serait redondant.

Reste donc le le'hem hapanim : ces douze pains ont été cuits et disposés le Chabbat précédent. Aucun service ne reste à accomplir sur eux ce Chabbat-ci -- il n'y a plus que la consommation. C'est exactement l'objet qu'il fallait un verset supplémentaire pour inclure.

2
יָכוֹל אַף בְּחוֹבוֹת הַבָּאוֹת שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הָרֶגֶל בָּרֶגֶל, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לְבַד מִמְכָּרָיו עַל הָאָבוֹת״ — מַה מָכְרוּ הָאָבוֹת זֶה לָזֶה, אֲנִי בְּשַׁבַּתִּי וְאַתָּה בְּשַׁבַּתֶּךָ.

On aurait pu penser [que l'égalité vaut] même pour les obligations qui viennent pendant la fête sans être dues à la fête : le verset dit donc : hormis leurs transactions selon les pères (Devarim 18,8) -- qu'ont donc vendu les pères les uns aux autres ? Moi durant ma semaine, et toi durant ta semaine.

📜 Rachi (4)
יָכוֹל אַף חוֹבוֹת הַבָּאוֹת שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הָרֶגֶל בָּרֶגֶל יְהוּ זוֹכִין בַּעֲבוֹדָתָן וְיַחֲלֹוקוּ:
On aurait pu penser que même pour les obligations qui arrivent pendant la fête sans être dues à la fête, [tous les mishmarot] auraient droit à leur service et se les partageraient.
ת"ל לְבַד מִמְכָּרָיו חוּץ מִמַּה שֶׁמָּכְרוּ אָבוֹת זֶה לָזֶה:
Le verset dit : hormis ses transactions -- exception faite de ce que les pères se sont vendu les uns aux autres.
וּמַה מָכְרוּ אָבוֹת זֶה לָזֶה כְּלוֹמַר שֶׁהִתְנוּ בֵּינֵיהֶם שֶׁיְּהוּ מְשַׁמְּשִׁין כָּל אֶחָד בְּשַׁבַּתּוֹ קָבוּעַ:
C'est-à-dire qu'ils ont convenu entre eux que chacun servirait durant sa semaine, de façon fixe.
אֲנִי בְּשַׁבַּתִּי וְאַתָּה בְּשַׁבַּתֶּךָ וּנְדָרִים וּנְדָבוֹת וְקָרְבְּנוֹת צִבּוּר דְּאִיתַנְהוּ בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה וַהֲרֵי הֵן לַמִּשְׁמָר הַמְשַׁמֵּשׁ לֵיתַנְהוּ בִּכְלַל הָרֶגֶל שֶׁלֹּא יְהוּ שָׁוִין בָּהֶן אֶלָּא לַמִּשְׁמָר שֶׁבְּאוֹתוֹ שָׁבוּעַ יְהוּ כְּבִשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה הִלְכָּךְ עַל כָּרְחָךְ לָא אִתְרַבּוֹ מֵחֵלֶק כְּחֵלֶק יֹאכְלוּ אֶלָּא מְמֻשְׁמְעוֹתֶיהָ דִּקְרָא דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ אֶלָּא אֲכִילָה וְהַיְינוּ לֶחֶם הַפָּנִים דַּאֲכִילָה אִית בֵּיהּ אֲבָל עֲבוֹדָה לֵית בֵּיהּ:
Et les vœux, les offrandes volontaires et les sacrifices publics, qui existent aussi le reste de l'année et reviennent alors au mishmar en service, ne sont pas inclus dans [le partage de] la fête : les mishmarot ne seront pas égaux à leur sujet, mais ils reviendront au mishmar de cette semaine-là, comme le reste de l'année. Force est donc d'admettre que ce qui a été inclus par ils mangeront à parts égales ne l'a été que selon le sens propre du verset : une chose où il n'y a que de la consommation -- et c'est le le'hem hapanim, dans lequel il y a consommation mais pas de service.
💡 Explication

Contrepoids de la règle précédente. Pendant la fête, Jérusalem est pleine : beaucoup en profitent pour s'acquitter de vœux et d'offrandes volontaires qui n'ont rien à voir avec la fête elle-même. Fallait-il les partager entre tous les mishmarot ?

Non : levad mimkarav al ha-avot. Les vingt-quatre familles sacerdotales ont conclu entre elles un pacte fondateur -- moi durant ma semaine, toi durant la tienne. Ce pacte reste intact pour tout ce qui n'est pas spécifique à la fête.

Rachi tire de là une preuve rétroactive : puisque les sacrifices ordinaires restent au mishmar de service, l'égalisation du verset ne peut viser qu'une chose qui est pure consommation sans service -- le le'hem hapanim.

3
בָּעֲצֶרֶת אוֹמֵר לוֹ הֵילָךְ וְכוּ׳. אִיתְּמַר, רַב אָמַר: סֻוכָּה, וְאַחַר כָּךְ זְמַן. רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר: זְמַן, וְאַחַר כָּךְ סֻוכָּה.

À Atseret il lui dit : voici pour toi, etc. Il a été dit : Rav dit : la souka, puis le zman.

Rabba bar bar Hana dit : le zman, puis la souka.

📜 Rachi (1)
סֻוכָּה וְאַחַ"כּ זְמַן מִי שֶׁלֹּא בֵּירַךְ שֶׁהֶחֱיָינוּ בַּעֲשִׂייָּתָהּ שֶׁהָיְתָה עֲשׂוּייָה וְעוֹמֶדֶת וְתַנְיָא בְּפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (לְעֵיל סֻוכָּה דַּף מו.) כְּשֶׁנִּכְנַס לֵישֵׁב מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם סֻוכָּה וּזְמַן וְאָמַר רַב סֻוכָּה לֵימָא בְּרֵישָׁא וַהֲדַר זְמַן:
Il s'agit de celui qui n'a pas récité chehe heyanou lors de sa construction, parce qu'elle était déjà construite et dressée. Et il a été enseigné au chapitre Loulav ve-Arava (plus haut, Souka 46a) : quand il entre pour s'y asseoir, il récite deux bénédictions, celle de la souka et celle du zman. Et Rav dit : qu'il dise d'abord la souka, puis le zman.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הָיוּ לְפָנָיו מִצְוֹת הַרְבֵּה מְבָרֵךְ אקב"ו עַל הַמִּצְוֹת רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מְבָרֵךְ עַל כָּל אַחַת וְאַחַת בִּפְנֵי עַצְמָהּ אָמַר ר' זֵירָא וְאִיתֵּימָא ר' חֲנִינָא בַּר פָּפָּא הֲלָכָה כר"י. גָּרְסִי' בְּפֶרֶק הֶחָלִיל (סֻוכָּה דַּף נו.) אִיתְּמַר רַב יְהוּדָה אָמַר סֻוכָּה וְאַחַ"כּ זְמַן רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר זְמַן וְאַחַ"כּ סֻוכָּה וְהִלְכְתָא סֻוכָּה וְאַחַ"כּ זְמַן יֵשׁ מִן הַגְּדוֹלִים אוֹמְרִים דִּבְלֵיל שֵׁנִי אוֹמֵר זְמַן תְּחִלָּה דִּזְמַן לָא קָאֵי אַסֻּוכָּה דַּאֲפִילּוּ אִם הָיָה לֵיל יו"ט רִאשׁוֹן חוֹל יָצָא בִּזְמַן דְּסֻוכָּה וּלְפִי סְבָרַת בְּנֵי אייבר"א שֶׁחִלְּקוּ בֵּין בִּשְׁעַת עֲשִׂיָּיה בֵּין לְאַחַר עֲשִׂייָּה קָאֵי זְמַן נָמֵי אַסֻּוכָּה וְרָאַבְיָ"ה כָּתַב שֶׁבְּכָל פַּעַם י"ל זְמַן בָּאַחֲרוֹנָה דְּהָא יו"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת מְבָרֵךְ יקנה"ז אע"ג דִּזְמַן לָא קָאֵי אַהַבְדָּלָה וי"ל דְּלָא דָּמֵי דְּהָתָם הַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּהַבְדָּלָה טְעוּנָה כּוֹס הִלְכָּךְ אֵין לְהַפְסִיק בִּזְמַן בֵּין בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן לְהַבְדָּלָה אֲבָל הָכָא אִי סֻוכָּה לָא בָּעֵי זְמַן בְּלֵיל שֵׁנִי לָמָּה יַפְסִיק בְּסֻוכָּה בֵּין קִידּוּשׁ לִזְמַן דְּהָא אִיכָּא אָמוֹרָא דס"ל דַּאֲפִילּוּ בְּלֵיל רִאשׁוֹן דְּסֻוכָּה בָּעֲיָא זְמַן סָמוּךְ לַקִּידּוּשׁ וְקָאֵי נָמֵי אַסֻּוכָּה דְּבָתְרֵיהּ וא"כ בְּלֵיל שֵׁנִי אִי סֻוכָּה לָא בָּעֲיָא זְמַן לכ"ע רָאוּי לִסְמֹוךְ הַזְּמַן לְקִידּוּשׁ:
Nos maîtres ont enseigné : si plusieurs mitsvot se présentent devant lui, il bénit : qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné au sujet des commandements. Rabbi Yehouda dit : il bénit sur chacune d'elles séparément. Rabbi Zeira, et certains disent Rabbi Hanina bar Papa, a dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda. Nous lisons au chapitre HeHalil (Souka 56a) : il a été dit, Rav Yehouda dit : la souka puis le zman ; Rabba bar bar Hana dit : le zman puis la souka ; et la halakha est : la souka puis le zman. Certains des grands [décisionnaires] disent que le second soir on dit le zman en premier, car le zman ne porte pas sur la souka : même si le premier soir de Yom Tov avait été un jour ordinaire, on se serait acquitté du zman de la souka. Mais selon l'opinion des maîtres d'Évreux, qui distinguent entre [la bénédiction dite] au moment de la construction et [celle dite] après la construction, le zman porte aussi sur la souka. Et le Raavya a écrit que chaque fois on peut dire le zman en dernier : car pour un Yom Tov qui tombe après le Chabbat on récite YaKNeHaZ, bien que le zman ne porte pas sur la havdala. Et l'on peut répondre que ce n'est pas comparable : là-bas, la raison en est que la havdala requiert une coupe [de vin], et il ne faut donc pas interrompre par le zman entre bore péri hagafen et la havdala ; mais ici, si la souka n'exige pas le zman le second soir, pourquoi interrompre par [la bénédiction de] la souka entre le kidouch et le zman ? Car il y a un amora qui estime que même le premier soir la souka exige le zman [dit] à proximité du kidouch, et [ce zman] porte aussi sur la souka qui vient après. S'il en est ainsi, le second soir, où de l'avis de tous la souka n'exige pas le zman, il convient de rapprocher le zman du kidouch.
💡 Explication

Nouvelle sougya, greffée sur le mot hilakh de la michna (un ordre de priorité entre deux choses). Question : le premier soir de Souccot, en entrant dans la souka, on doit dire deux bénédictions -- lechev ba-souka et chehe heyanou (dite ici zman, le temps). Laquelle vient en premier ?

Rachi précise le cas : il s'agit de quelqu un qui n'a pas déjà dit chehe heyanou en construisant la souka, parce qu'il l'a trouvée toute faite. Sinon la question ne se poserait pas.

Rav : souka puis zman. Rabba bar bar Hana : zman puis souka. Le folio entier va chercher le principe qui commande chacune des deux positions.

4
רַב אָמַר: סֻוכָּה וְאַחַר כָּךְ זְמַן — חִיּוּבָא דְּיוֹמָא עָדִיף. רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר: זְמַן וְאַחַר כָּךְ סֻוכָּה — תָּדִיר וְשֶׁאֵינוֹ תָּדִיר תָּדִיר קוֹדֵם.

Rav dit : la souka puis le zman -- l'obligation du jour est préférable. Rabba bar bar Hana dit : le zman puis la souka -- entre ce qui est fréquent et ce qui ne l'est pas, le fréquent passe en premier.

📜 Rachi (1)
זְמַן תָּדִיר שֶׁנּוֹהֵג בְּכָל הָרַגְלַיִם:
Le zman est fréquent, car il s'applique à toutes les fêtes.
💡 Explication

La Guemara nomme les deux principes. Rav invoque hiyouva de-yoma adif : la bénédiction qui exprime l'obligation spécifique de ce jour-ci passe devant. La souka est la mitsva propre du 15 Tichri ; le zman n'est qu'une marque de joie.

Rabba bar bar Hana invoque la règle générale des priorités du Temple, tadir ve-cheeino tadir, tadir kodem : entre deux actes, le plus fréquent passe en premier. Or, précise Rachi, le zman se dit à toutes les fêtes de l'année, tandis que la souka ne revient qu'une fois.

Retenir la structure : ce n'est pas une querelle de mots mais un conflit entre deux hiérarchies -- la spécificité contre la fréquence.

5
לֵימָא רַב וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה בִּפְלֻוגְתָּא דְּבֵית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל קָמִיפַּלְגִי, דְּתָנוּ רַבָּנַן: דְּבָרִים שֶׁבֵּין בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל בַּסְּעֻודָּה. בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם.

Dirons-nous que Rav et Rabba bar bar Hana divergent dans la même controverse que Beit Chammai et Beit Hillel ? Car nos maîtres ont enseigné : voici les points de divergence entre Beit Chammai et Beit Hillel au sujet du repas.

Beit Chammai disent : il bénit sur le jour puis bénit sur le vin ; et Beit Hillel disent : il bénit sur le vin puis bénit sur le jour.

📜 Rachi (2)
דְּבָרִים שֶׁבֵּין ב"ש וב"ה בִּסְעוּדָה דְּבָרִים שֶׁנֶּחְלְקוּ בְּהִלְכוֹת סְעוּדָה:
Les points sur lesquels ils ont divergé dans les lois du repas.
מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם כְּשֶׁמְּקַדֵּשׁ בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת קָדוֹשׁ הַיּוֹם תְּחִילָּה וְאַחַר כָּךְ בִּרְכַּת הַיַּיִן:
Il bénit sur le jour -- quand on fait le kidouch les soirs de Chabbat : d'abord la sanctification du jour, puis la bénédiction du vin.
💡 Explication

La Guemara cherche à rattacher la mahloket amoraïque à une mahloket tannaitique connue : l'ordre du kidouch du vendredi soir. Faut-il d'abord la bénédiction de la sanctification du jour, ou d'abord bore péri hagafen ?

Le parallèle est tentant : Beit Chammai font passer le jour (= l'obligation du jour), Beit Hillel font passer le vin (= le fréquent). Exactement les deux principes de Rav et de Rabba bar bar Hana.

6
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן — שֶׁהַיּוֹם גּוֹרֵם לַיַּיִן שֶׁיָּבֹא, וּכְבָר קִידֵּשׁ הַיּוֹם וַעֲדַייִן יַיִן לֹא בָּא. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם — שֶׁהַיַּיִן גּוֹרֵם לְקִידּוּשָׁא שֶׁתֵּאָמֵר. דָּבָר אַחֵר: בִּרְכַּת הַיַּיִן תְּדִירָה, וּבִרְכַּת הַיּוֹם אֵינָהּ תְּדִירָה. תָּדִיר וְשֶׁאֵינוֹ תָּדִיר — תָּדִיר קוֹדֵם.

Beit Chammai disent : il bénit sur le jour puis bénit sur le vin -- car le jour fait venir le vin, et le jour est déjà sanctifié alors que le vin n'est pas encore venu. Et Beit Hillel disent : il bénit sur le vin puis bénit sur le jour -- car le vin fait que le kidouch soit dit.

Autre explication : la bénédiction du vin est fréquente, et la bénédiction du jour n'est pas fréquente ; entre ce qui est fréquent et ce qui ne l'est pas, le fréquent passe en premier.

📜 Rachi (3)
שֶׁהַיּוֹם גּוֹרֵם לַיַּיִן שֶׁיָּבֹא שֶׁאִם לֹא מִפְּנֵי קִידּוּשׁ לֹא הָיָה נִזְקָק לְכוֹס לִפְנֵי סְעוּדָה:
Car le jour fait venir le vin -- car sans le kidouch, il n'aurait pas eu besoin d'une coupe avant le repas.
וּכְבָר קָדַשׁ הַיּוֹם כְּלוֹמַר וְעוֹד טַעַם אַחֵר שֶׁקָּדַשׁ הַיּוֹם מֵאֵלָיו מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה וַעֲדַייִן יַיִן לֹא בָּא לְפָנָיו:
Et le jour est déjà sanctifié -- c'est-à-dire : il y a encore une autre raison, à savoir que le jour s'est sanctifié de lui-même dès la tombée de la nuit, alors que le vin n'est pas encore arrivé devant lui.
שֶׁהַיַּיִן גּוֹרֵם לְקִידּוּשׁ שֶׁתֵּאָמֵר שֶׁאִם לֹא הָיָה לוֹ יַיִן לֹא הָיָה מְקַדֵּשׁ בִּכְדִי וְהוּא הַדִּין נָמֵי לִמְקַדֵּשׁ עַל הַפַּת מַקְדִּים בִּרְכַּת הַפַּת מֵהַאי טַעְמָא שֶׁהַפַּת בִּמְקוֹם יַיִן:
Car le vin fait que le kidouch soit dit -- car s'il n'avait pas eu de vin, il n'aurait pas fait le kidouch pour rien. Et il en va de même pour celui qui fait le kidouch sur le pain : il fait passer d'abord la bénédiction du pain, pour cette même raison, le pain tenant lieu de vin.
💡 Explication

La beraita développe les raisons -- et c'est là que se joue tout le folio. Chaque école donne deux arguments.

Beit Chammai : (1) le jour est la cause de la venue du vin -- sans kidouch, on n'aurait pas apporté de coupe avant le repas ; (2) le jour est déjà sanctifié de lui-même dès la nuit tombée, le vin n'est pas encore là.

Beit Hillel : (1) le vin est la cause du kidouch -- sans vin, pas de kidouch du tout ; (2) davar aher, la bénédiction du vin est tadir. Le fait que le tadir ne vienne qu'en second argument sera décisif : Rav en déduira que le tadir seul n'aurait pas suffi.

🖼️ Schéma
Le kidouch : jour d'abord ou vin d'abord ? BEIT CHAMMAI -- le jour, puis le vin 1. Le jour CAUSE la venue du vin : sans kidouch, il n'aurait pas eu besoin d'une coupe avant le repas. 2. Le jour est déjà sanctifié de lui-même dès la nuit tombée ; le vin, lui, n'est pas encore arrivé. Logique : la cause avant l'effet, et l'antérieur avant le postérieur. BEIT HILLEL -- le vin, puis le jour 1. Le vin CAUSE que le kidouch soit dit : sans vin, il n'aurait pas fait kidouch pour rien. 2. Davar aher : la bénédiction du vin est TADIR (fréquente), celle du jour ne l'est pas. Logique : la cause avant l'effet -- mais ici c'est le vin qui est la cause. Plus la règle du tadir. Le point que la Guemara va exploiter Chaque école a DEUX arguments. Beit Hillel n'avancent le tadir qu'en second (davar aher) -- signe qu'il ne suffit pas seul.
Les deux arguments de chaque école sur l'ordre du kidouch. Noter la position secondaire du tadir chez Beit Hillel.
7
לֵימָא רַב דְּאָמַר כְּבֵית שַׁמַּאי, וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה דְּאָמַר כְּבֵית הִלֵּל!

Dirons-nous donc que Rav s'exprime comme Beit Chammai, et Rabba bar bar Hana comme Beit Hillel ?

📜 Rachi (2)
לֵימָא רַב דְּאָמַר חוֹבַת הַיּוֹם עֲדִיפָא מִתָּדִיר דְּאָמַר כְּבֵית שַׁמַּאי:
Dirons-nous que Rav, qui dit que l'obligation du jour l'emporte sur le fréquent, s'exprime comme Beit Chammai.
וְרַבָּה כב"ה דְּאָמְרִי תָּדִיר עָדִיף:
Et Rabba comme Beit Hillel, qui disent que le fréquent l'emporte.
💡 Explication

Formulation explicite de l'identification. Si elle tenait, elle serait gênante pour Rav : la halakha suit Beit Hillel. Rav se trouverait à soutenir une position rejetée.

8
אָמַר לָךְ רַב: אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְבֵית הִלֵּל. עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל הָתָם, אֶלָּא שֶׁהַיַּיִן גּוֹרֵם לְקִידּוּשָׁא שֶׁתֵּאָמֵר; אֲבָל הָכָא — אִי לָאו זְמַן, מִי לָא אָמְרִינַן סֻוכָּה!

Rav peut te dire : moi, je parle même selon Beit Hillel. Beit Hillel n'ont dit ce qu'ils ont dit là-bas que parce que le vin fait que le kidouch soit dit ; mais ici, s'il n'y avait pas le zman, ne dirions-nous pas [malgré tout la bénédiction de] la souka ?

📜 Rachi (1)
אֶלָּא שֶׁהַיַּיִן גּוֹרֵם כו' אִי לָאו דְּהַאי טַעְמָא נָמֵי אִיכָּא מִשּׁוּם תָּדִיר לָא הָווּ מְקַדְּמוֹ לֵיהּ דְּחוֹבַת הַיּוֹם עֲדִיפָא:
Mais seulement parce que le vin fait venir, etc. -- si cette raison-là ne s'ajoutait pas à celle du fréquent, ils n'auraient pas fait passer [le vin] en premier, car l'obligation du jour l'emporte.
🗂️ Tossefot (1)
עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי ב"ה הָתָם אֶלָּא שֶׁהַיַּיִן גּוֹרֵם לְקִידּוּשׁ שֶׁתֵּאָמֵר. תֵּימַהּ הָא קָאָמְרִי ב"ה דְּהַיַּיִן תָּדִיר וי"ל לֹא מִטַּעַם זֶה לְחוּדֵיהּ קוֹדֶמֶת לְחוֹבַת הַיּוֹם דְּנֵימָא מִטַּעַם זֶה יַקְדִּים זְמַן לַסֻּוכָּה וְשֶׁמָּא אֵינוֹ בָּא לְייַשֵּׁב דִּבְרֵי רַב אֶלָּא לְפִי דְּבָרָיו בְּדִין וְלֹא לְפִי טַעֲמֵי בֵּית הִלֵּל:
Étonnant : Beit Hillel ont pourtant bien dit aussi que le vin est fréquent ! On peut répondre : ce n'est pas pour cette raison seule qu'elle précède l'obligation du jour, de sorte qu'on puisse dire que pour cette même raison le zman devrait précéder la souka. Et peut-être [la Guemara] ne vient-elle établir les propos de Rav que selon son propre raisonnement dans ce cas, et non selon les raisons de Beit Hillel.
💡 Explication

Première dissociation. Rav soutient qu'il tient même selon Beit Hillel, et la clé est l'argument de la causalité, pas celui du tadir.

Dans le kidouch, le vin est indispensable : sans lui, la bénédiction du jour ne se dit pas. Il y a une dépendance réelle. Mais entre zman et souka, aucune dépendance : sans zman on dirait quand même la souka (tout au long des sept jours de la fête, on bénit sur la souka sans dire le zman).

Rachi ajoute la logique implicite : Beit Hillel eux-mêmes n'auraient pas fait passer le vin sur la seule force du tadir, sans la causalité -- preuve que l'obligation du jour l'emporte quand le tadir est seul.

9
וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר לָךְ: אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְבֵית שַׁמַּאי. עַד כָּאן לָא אָמְרִי בֵּית שַׁמַּאי הָתָם, אֶלָּא שֶׁהַיּוֹם גּוֹרֵם לַיַּיִן שֶׁיָּבֹא; אֲבָל הָכָא — אִי לָאו סֻוכָּה, מִי לָא אָמְרִינַן זְמַן!

Et Rabba bar bar Hana peut te dire : moi, je parle même selon Beit Chammai. Beit Chammai n'ont dit ce qu'ils ont dit là-bas que parce que le jour fait venir le vin ; mais ici, s'il n'y avait pas la souka, ne dirions-nous pas [malgré tout] le zman ?

📜 Rachi (1)
אִי לָאו סֻוכָּה אִי לָאו יְשִׁיבַת סֻוכָּה מִי לָא אָמְרִינַן זְמַן כְּגוֹן הוֹלְכֵי דְּרָכִים דִּפְטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה אוֹמְרִין זְמַן בִּשְׁבִיל הַמּוֹעֵד כְּמוֹ בִּשְׁאָר רְגָלִים:
S'il n'y avait pas la souka -- s'il n'y avait pas l'obligation de résider dans la souka, ne dirions-nous pas le zman ? Ainsi les voyageurs, qui sont dispensés de la souka, disent le zman à cause de la fête, comme lors des autres fêtes.
💡 Explication

Seconde dissociation, exactement symétrique. Chez Beit Chammai, le jour précède parce qu'il cause la venue du vin. Mais la souka ne cause pas le zman.

Rachi donne la preuve concrète : les voyageurs (holkhei derakhim), dispensés de la souka, disent tout de même le zman à l'entrée de la fête, comme aux autres fêtes. Le zman tient à la fête elle-même, pas à la souka.

Bilan du bloc : ni Rav ni Rabba bar bar Hana ne sont prisonniers d'une école. La mahloket est autonome et devra être tranchée sur ses propres bases.

10
תְּנַן, בַּעֲצֶרֶת אוֹמֵר לוֹ: הֵילָךְ מַצָּה, הֵילָךְ חָמֵץ. וְהָא הָכָא, דְּחָמֵץ עִיקָּר וּמַצָּה טָפֵל, וְקָתָנֵי: הֵילָךְ מַצָּה וְהֵילָךְ חָמֵץ, תְּיוּבְתָּא דְּרַב!

Nous avons appris [dans la michna] : à Atseret il lui dit : voici de la matsa pour toi, voici du hamets pour toi. Or ici, le hamets est principal et la matsa secondaire, et pourtant [la michna] enseigne : voici de la matsa, voici du hamets -- réfutation de Rav !

📜 Rachi (2)
דְּחָמֵץ עִיקָּר שֶׁהִיא חוֹבָה לַיּוֹם:
Que le hamets est principal -- car il est l'obligation du jour.
וּמַצָּה טָפֵל שֶׁהוּא שֶׁל שַׁבָּת שֶׁעָבְרָה וְקָתָנֵי דְּפָלְגִי מַצָּה בְּרֵישָׁא אַלְמָא תָּדִיר עָדִיף:
Et la matsa secondaire -- car elle est du Chabbat précédent ; et pourtant [la michna] enseigne qu'ils partagent la matsa en premier -- preuve que le fréquent l'emporte.
💡 Explication

Objection tirée de la michna même du chapitre. À Chavouot tombant un Chabbat, le kohen distribue à la fois le le'hem hapanim (matsa, cuit le Chabbat précédent) et les deux pains de Chavouot (hamets, offrande propre du jour).

La michna nomme la matsa en premier. Or le hamets est l'obligation du jour et la matsa n'est que le tadir. Le tadir passe donc devant l'obligation du jour : c'est une teyouvta contre Rav.

🖼️ Schéma
L'objection tirée de la michna : matsa avant hamets MATSA = le'hem hapanim Cuit le Chabbat PRECEDENT. Son service est déjà fait. Ce n'est pas l'obligation de ce jour-ci. Mais il revient CHAQUE Chabbat de l'année. -- donc : TADIR (fréquent) HAMETS = les deux pains Offerts ce jour même, à Atseret (Chavouot). C'est le korban propre de la fête. Une seule fois par an. -- donc : HOVAT HA-YOM (obligation du jour) La michna dit : hilakh matsa, hilakh hamets -- le tadir passe AVANT l'obligation du jour. Teyouvta de Rav ? Réponse de Rav : tannaim hi. La beraita rapporte aussi l'avis d'ABBA CHAOUL -- hilakh hamets, hilakh matsa. Rav suit Abba Chaoul ; la michna suit le tanna kamma. Il n'y a plus de réfutation, seulement deux tannaim.
L'objection : dans la michna, le tadir (le'hem hapanim) est nommé avant l'obligation du jour (les deux pains).
11
אָמַר לָךְ רַב: תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: הֵילָךְ מַצָּה, הֵילָךְ חָמֵץ. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: הֵילָךְ חָמֵץ, הֵילָךְ מַצָּה.

Rav peut te dire : c'est une controverse de tannaim. Car il a été enseigné : voici de la matsa pour toi, voici du hamets pour toi.

Abba Chaoul dit : voici du hamets pour toi, voici de la matsa pour toi.

💡 Explication

Réponse standard : tannaim hi. La beraita rapporte les deux ordres. Le tanna kamma dit matsa d'abord, Abba Chaoul dit hamets d'abord.

Rav se range derrière Abba Chaoul. L'objection n'est plus une réfutation, seulement une michna qui suit l'autre tanna.

12
דָּרַשׁ רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא: לֹא כְּדִבְרֵי רַב, דְּאָמַר: סֻוכָּה, וְאַחַר כָּךְ זְמַן — אֶלָּא: זְמַן, וְאַחַר כָּךְ סֻוכָּה. וְרַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר: סֻוכָּה, וְאַחַר כָּךְ זְמַן. וְהִלְכְתָא: סֻוכָּה, וְאַחַר כָּךְ זְמַן.

Rav Nahman bar Rav Hisda a enseigné publiquement : non pas selon les paroles de Rav, qui a dit la souka puis le zman -- mais : le zman puis la souka. Et Rav Chechet, fils de Rav Idi, a dit : la souka puis le zman.

Et la halakha est : la souka puis le zman.

🗂️ Tossefot (1)
וְהִלְכְתָא סֻוכָּה וְאַחַ"כּ זְמַן. וְלָא חָייְשִׁינַן לִסְתָם מַתְנִי' דְּקָתָנֵי הֵילָךְ מַצָּה הֵילָךְ חָמֵץ א"נ חֲשִׁיב נָמֵי לֶחֶם הַפָּנִים חוֹבַת הַיּוֹם אַף עַל פִּי שֶׁהֵם מִשַּׁבָּת שֶׁעָבְרָה:
Et nous ne tenons pas compte de la michna anonyme qui enseigne : voici de la matsa, voici du hamets. Ou bien : le le'hem hapanim est lui aussi tenu pour une obligation du jour, bien qu'il soit du Chabbat précédent.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הָיוּ לְפָנָיו מִצְוֹת הַרְבֵּה מְבָרֵךְ אקב"ו עַל הַמִּצְוֹת רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מְבָרֵךְ עַל כָּל אַחַת וְאַחַת בִּפְנֵי עַצְמָהּ אָמַר ר' זֵירָא וְאִיתֵּימָא ר' חֲנִינָא בַּר פָּפָּא הֲלָכָה כר"י. גָּרְסִי' בְּפֶרֶק הֶחָלִיל (סֻוכָּה דַּף נו.) אִיתְּמַר רַב יְהוּדָה אָמַר סֻוכָּה וְאַחַ"כּ זְמַן רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר זְמַן וְאַחַ"כּ סֻוכָּה וְהִלְכְתָא סֻוכָּה וְאַחַ"כּ זְמַן יֵשׁ מִן הַגְּדוֹלִים אוֹמְרִים דִּבְלֵיל שֵׁנִי אוֹמֵר זְמַן תְּחִלָּה דִּזְמַן לָא קָאֵי אַסֻּוכָּה דַּאֲפִילּוּ אִם הָיָה לֵיל יו"ט רִאשׁוֹן חוֹל יָצָא בִּזְמַן דְּסֻוכָּה וּלְפִי סְבָרַת בְּנֵי אייבר"א שֶׁחִלְּקוּ בֵּין בִּשְׁעַת עֲשִׂיָּיה בֵּין לְאַחַר עֲשִׂייָּה קָאֵי זְמַן נָמֵי אַסֻּוכָּה וְרָאַבְיָ"ה כָּתַב שֶׁבְּכָל פַּעַם י"ל זְמַן בָּאַחֲרוֹנָה דְּהָא יו"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת מְבָרֵךְ יקנה"ז אע"ג דִּזְמַן לָא קָאֵי אַהַבְדָּלָה וי"ל דְּלָא דָּמֵי דְּהָתָם הַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּהַבְדָּלָה טְעוּנָה כּוֹס הִלְכָּךְ אֵין לְהַפְסִיק בִּזְמַן בֵּין בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן לְהַבְדָּלָה אֲבָל הָכָא אִי סֻוכָּה לָא בָּעֵי זְמַן בְּלֵיל שֵׁנִי לָמָּה יַפְסִיק בְּסֻוכָּה בֵּין קִידּוּשׁ לִזְמַן דְּהָא אִיכָּא אָמוֹרָא דס"ל דַּאֲפִילּוּ בְּלֵיל רִאשׁוֹן דְּסֻוכָּה בָּעֲיָא זְמַן סָמוּךְ לַקִּידּוּשׁ וְקָאֵי נָמֵי אַסֻּוכָּה דְּבָתְרֵיהּ וא"כ בְּלֵיל שֵׁנִי אִי סֻוכָּה לָא בָּעֲיָא זְמַן לכ"ע רָאוּי לִסְמֹוךְ הַזְּמַן לְקִידּוּשׁ:
Nos maîtres ont enseigné : si plusieurs mitsvot se présentent devant lui, il bénit : qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné au sujet des commandements. Rabbi Yehouda dit : il bénit sur chacune d'elles séparément. Rabbi Zeira, et certains disent Rabbi Hanina bar Papa, a dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda. Nous lisons au chapitre HeHalil (Souka 56a) : il a été dit, Rav Yehouda dit : la souka puis le zman ; Rabba bar bar Hana dit : le zman puis la souka ; et la halakha est : la souka puis le zman. Certains des grands [décisionnaires] disent que le second soir on dit le zman en premier, car le zman ne porte pas sur la souka : même si le premier soir de Yom Tov avait été un jour ordinaire, on se serait acquitté du zman de la souka. Mais selon l'opinion des maîtres d'Évreux, qui distinguent entre [la bénédiction dite] au moment de la construction et [celle dite] après la construction, le zman porte aussi sur la souka. Et le Raavya a écrit que chaque fois on peut dire le zman en dernier : car pour un Yom Tov qui tombe après le Chabbat on récite YaKNeHaZ, bien que le zman ne porte pas sur la havdala. Et l'on peut répondre que ce n'est pas comparable : là-bas, la raison en est que la havdala requiert une coupe [de vin], et il ne faut donc pas interrompre par le zman entre bore péri hagafen et la havdala ; mais ici, si la souka n'exige pas le zman le second soir, pourquoi interrompre par [la bénédiction de] la souka entre le kidouch et le zman ? Car il y a un amora qui estime que même le premier soir la souka exige le zman [dit] à proximité du kidouch, et [ce zman] porte aussi sur la souka qui vient après. S'il en est ainsi, le second soir, ou de l'avis de tous la souka n'exige pas le zman, il convient de rapprocher le zman du kidouch.
💡 Explication

Deux derachot opposées des amoraim postérieurs, puis la décision. Rav Nahman bar Rav Hisda enseigne contre Rav ; Rav Chechet fils de Rav Idi enseigne comme Rav.

Ve-hilkheta : souka ve-ahar kakh zman. C'est la pratique retenue : en entrant dans la souka le premier soir, on dit d'abord lechev ba-souka, puis chehe heyanou.

Tossefot règle le dernier obstacle : ou bien la michna anonyme (matsa avant hamets) n'est pas suivie, ou bien le le'hem hapanim compte lui aussi comme obligation du jour -- auquel cas la michna n'avait de toute façon rien à dire sur le tadir.

13
מִשְׁמָר שֶׁזְּמַנּוֹ קָבוּעַ [וְכוּ׳], וּשְׁאָר קָרְבְּנוֹת צִבּוּר. לַאֲתוּיֵי מַאי? לְאֵתוֹיֵי פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר וּשְׂעִירֵי עֲבוֹדָה זָרָה.

Le mishmar dont le temps est fixé, etc., et les autres sacrifices publics. Qu'est-ce que cela vient inclure ?

Cela vient inclure le taureau [offert] pour une décision erronée de la communauté, et les boucs de l'idolâtrie.

📜 Rachi (1)
פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר אִם אֵירַע בָּהֶן בָּרֶגֶל שֶׁעָבְרוּ עֲבֵירָה בְּהוֹרָאַת ב"ד:
Le taureau pour une décision erronée de la communauté -- s'il leur est arrivé, pendant la fête, d'avoir transgressé sur une décision du beit din.
💡 Explication

Retour au commentaire de la michna précédente. Elle disait que le mishmar de la semaine offre les temidim, les vœux, les offrandes volontaires et les autres sacrifices publics. Cette dernière expression paraît vague : que vise-t-elle ?

Réponse : le par helem davar chel tsibour (le taureau offert quand le tribunal a rendu une décision erronée que la communauté a suivie) et les seirei avoda zara (les boucs offerts pour une transgression involontaire d'idolâtrie). Ces sacrifices n'ont pas de date fixe ; s'ils tombent pendant la fête, ils reviennent au seul mishmar de la semaine, non à tous.

14
וְהוּא מַקְרִיב אֶת הַכֹּל. לַאֲתוּיֵי מַאי? לַאֲתוּיֵי קָיֵיץ הַמִּזְבֵּחַ.

Et c'est lui qui offre le tout. Qu'est-ce que cela vient inclure ?

Cela vient inclure le ketz hamizbeah (le dessert de l'autel).

📜 Rachi (1)
קָייֵץ הַמִּזְבֵּחַ כְּשֶׁהוּא בָּטֵל שֶׁכָּלְתָה הַקְטָרַת תָּמִיד וְאֵין מֵבִיא נֶדֶר וּנְדָבָה הָיוּ שׁוֹפָרוֹת שָׁם שֶׁנּוֹתְנִין בָּהֶם מָעוֹת כָּל מֻותָּרוֹת הַשִּׁנּוּיִין בְּהַשַּׁ"ס בְּכָל מָקוֹם וְכָל מָקוֹם שֶׁאָמְרוּ יִרְעוּ עַד שֶׁיִּסְתָּאֲבוּ וְיִמָּכְרוּ וְיִפְּלוּ דְּמֵיהֶן לִנְדָבָה וּמֵהֶן לוֹקְחִין עוֹלוֹת לְקַיֵּיץ הַמִּזְבֵּחַ וּלְשׁוֹן קָייֵץ כְּאָדָם הָאוֹכֵל תְּאֵנִים בְּקִינּוּחַ סְעוּדָה:
Le ketz hamizbeah -- lorsque [l'autel] est inoccupé, que l'offrande du tamid est achevée et que personne n'apporte de vœu ni d'offrande volontaire. Il y avait là des troncs dans lesquels on déposait l'argent de tous les surplus mentionnés partout dans le Talmud, ainsi que de tous les cas où l'on a dit qu'ils paîtront jusqu'à devenir tarés, qu'on les vendra et que leur prix tombera dans la caisse des offrandes volontaires : de cet argent on achetait des olot pour le ketz hamizbeah. Et le terme ketz est employé comme pour un homme qui mange des figues en fin de repas.
💡 Explication

Dernière précision de la michna. Le ketz hamizbeah -- littéralement les fruits d'été, le dessert de l'autel -- désigne des olot achetées sur les surplus des caisses du Temple, offertes lorsque l'autel serait resté inoccupé, pour qu'il ne chôme pas.

Rachi explique le mécanisme financier : les surplus d'argent consacré, ainsi que le prix des animaux devenus tarés qu'on a vendus, tombaient dans la caisse des offrandes volontaires ; on y achetait ces olot. Et il explique l'image : comme les figues qu'on mange en fin de repas.

15
מַתְנִי׳ יוֹם טוֹב הַסָּמוּךְ לַשַּׁבָּת, בֵּין מִלְּפָנֶיהָ בֵּין לְאַחֲרֶיהָ — הָיוּ כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת שָׁווֹת בְּחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים. חָל לִהְיוֹת יוֹם אֶחָד [לְהַפְסִיק] בֵּינְתַיִם — מִשְׁמָר שֶׁזְּמַנּוֹ קָבוּעַ הָיָה נוֹטֵל עֶשֶׂר חַלּוֹת, וְהַמִּתְעַכֵּב נוֹטֵל שְׁתַּיִם. וּבִשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה — הַנִּכְנָס נוֹטֵל שֵׁשׁ, וְהַיּוֹצֵא נוֹטֵל שֵׁשׁ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַנִּכְנָס נוֹטֵל שֶׁבַע, וְהַיּוֹצֵא נוֹטֵל חָמֵשׁ.

MICHNA. Un Yom Tov contigu au Chabbat, que ce soit avant lui ou après lui : tous les mishmarot étaient égaux dans le partage du le'hem hapanim.

S'il se trouvait qu'un seul jour séparât les deux, le mishmar dont le temps est fixé prenait dix pains, et celui qui s'attardait en prenait deux. Et le reste des jours de l'année, l'entrant prend six et le sortant prend six.

Rabbi Yehouda dit : l'entrant prend sept et le sortant cinq.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' בֵּין מִלְּפָנֶיהָ בֵּין מִלְּאַחֲרֶיהָ מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא שֶׁחָל יוֹם טוֹב לְאַחֲרֶיהָ דְּלָא הָוֵי לֵיהּ שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הֶחָג וַאֲפִילּוּ הָכִי הוֹאִיל וּצְרִיכִין לְהַקְדִּים בִּיאָתָן מע"ש בִּשְׁבִיל יו"ט שֶׁהֲרֵי בְּשַׁבָּת לֹא יוּכְלוּ לָבֹא חוֹלְקִין בְּלֶחֶם הַפָּנִים וְכֵן אִם חָל שְׁמִינִי לְפָנֶיהָ בע"ש אע"פ שֶׁאֵין הַשַּׁבָּת בְּתוֹךְ הֶחָג חוֹלְקִין בּוֹ הוֹאִיל וְלֹא יוּכְלוּ לָלֶכֶת:
Que ce soit avant lui ou après lui -- la Guemara explique qu'il s'agit d'un Yom Tov qui tombe après [le Chabbat], de sorte que ce n'est pas un Chabbat situé à l'intérieur de la fête ; et pourtant, puisqu'ils doivent avancer leur arrivée dès la veille de Chabbat à cause du Yom Tov -- car le Chabbat ils ne pourraient pas venir -- ils partagent le le'hem hapanim. De même si le huitième jour tombe avant lui, la veille de Chabbat : bien que le Chabbat ne soit pas à l'intérieur de la fête, ils y partagent, puisqu'ils ne pourraient pas repartir.
חָל יוֹם אֶחָד לְהַפְסִיק בֵּינָתַיִם כְּגוֹן שֶׁחָל יו"ט רִאשׁוֹן בְּשֵׁנִי בְּשַׁבָּת שֶׁהָיוּ יְכוֹלִין לָבֹא בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת וְהֵם קָדְמוּ וּבָאוּ מע"ש אוֹ שֶׁחָל יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן בַּחֲמִישִׁי בְּשַׁבָּת שֶׁהָיוּ יְכוֹלִין לֵילֵךְ מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְנִתְעַכְּבוּ שָׁם בְּשַׁבָּת כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת שֶׁנִּתְעַכְּבוּ אֵין נוֹטְלִין אֶלָּא שְׁתֵּי חַלּוֹת וּמִשְׁמָר שֶׁזְּמַנּוֹ קָבוּעַ נוֹטֵל עָשָׂר וְחוֹלְקִין אוֹתָן בֵּין מִשְׁמָר הַנִּכְנָס לַמִּשְׁמָר הַיּוֹצֵא כְּדֶרֶךְ כָּל שַׁבְּתוֹת הַשָּׁנָה:
S'il se trouve qu'un seul jour sépare les deux -- par exemple si le premier Yom Tov tombe le lundi, de sorte qu'ils auraient pu venir le dimanche mais qu'ils ont devancé leur venue dès la veille de Chabbat ; ou si le dernier Yom Tov tombe le jeudi, de sorte qu'ils auraient pu partir la veille de Chabbat mais se sont attardés là pour le Chabbat : tous les mishmarot qui se sont attardés ne prennent que deux pains, et le mishmar dont le temps est fixé en prend dix, qu'on partage entre le mishmar entrant et le mishmar sortant, comme tous les Chabbatot de l'année.
הַנִּכְנָס נוֹטֵל שֶׁבַע מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא שֶׁהַמִּשְׁמָרוֹת מִתְחַלְּפוֹת בְּשַׁבָּת זוֹ עוֹבֶדֶת שַׁחֲרִית וְזוֹ עוֹבֶדֶת עַרְבִית כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא בַּבָּרַיְיתָא:
L'entrant prend sept -- la Guemara explique que les mishmarot se relaient le Chabbat : celui-ci officie le matin et celui-là officie le soir, comme la Guemara le dit dans une beraita.
💡 Explication

Nouvelle michna. Elle règle la répartition des douze pains selon la place du Yom Tov dans la semaine.

Yom Tov collé au Chabbat : les mishmarot n'avaient pas le choix -- l'entrant a dû arriver avant, le sortant a dû rester après, car on ne voyage pas le Chabbat. Comme la contrainte est objective, tous partagent également.

Un jour d'écart : ils auraient pu voyager le jour intermédiaire. Leur présence n'est plus contrainte mais volontaire : le mishmar en service prend dix pains, les attardés se contentent de deux.

Chabbat ordinaire : six et six pour le tanna kamma ; sept et cinq pour Rabbi Yehouda, parce que le mishmar entrant assure aussi une part du service ce Chabbat-là.

🖼️ Schéma
Les douze pains de proposition : qui prend combien ? Le le'hem hapanim se partage le Chabbat, jour où les mishmarot se relaient. Le calendrier de la fête change la clé de répartition. CAS 1 -- Yom Tov collé au Chabbat (veille ou lendemain) Le mishmar entrant a dû arriver en avance (il ne pouvait pas voyager le Chabbat) ; le sortant a dû s'attarder pour la même raison. Les Sages ont institué que TOUS les mishmarot présents partagent à égalité -- kedei de-nikhlou bahadei hadadei, pour qu'ils mangent ensemble. Résultat : partage ÉGAL entre tous. CAS 2 -- un seul jour sépare le Yom Tov du Chabbat Ex. : premier Yom Tov le lundi. Ils pouvaient venir le dimanche, mais sont venus dès la veille de Chabbat -- personne ne les y forçait. Ex. : dernier Yom Tov le jeudi. Ils pouvaient repartir le vendredi, mais se sont attardés pour le Chabbat -- de leur propre chef. Mishmar dont le temps est fixé : 10 pains Les mishmarot attardés : 2 pains CAS 3 -- un Chabbat ordinaire de l'année (relais normal des mishmarot) Tanna kamma Entrant 6 -- Sortant 6 Partage strictement égal des douze pains. Rabbi Yehouda Entrant 7 -- Sortant 5 L'entrant sert le matin ET le soir, il gagne une part. Lieu du partage Entrants au NORD (côté de l'abattage des kodachei kodachim, côté de l'essentiel) -- sortants au SUD. Bilga : toujours au sud, en pénalité.
Les trois cas de répartition des douze pains, et l'écart entre le tanna kamma et Rabbi Yehouda.
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הַנִּכְנָסִין חוֹלְקִין בַּצָּפוֹן, וְהַיּוֹצְאִין בַּדָּרוֹם. בִּילְגָּה לְעוֹלָם חוֹלֶקֶת בַּדָּרוֹם, וְטַבַּעְתָּהּ קְבוּעָה, וְחַלּוֹנָהּ סְתוּמָה.

Les entrants partagent au nord, et les sortants au sud. Bilga partage toujours au sud, son anneau est fixé et sa niche est bouchée.

📜 Rachi (6)
הַנִּכְנָסִין חוֹלְקִין בֵּינֵיהֶם בַּצָּפוֹן אֶת הַמַּגִּיעַ לְחַלְּקָן כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא כְּדֵי שֶׁיִּרְאוּ הַנִּכְנָסִין שֶׁהַצָּפוֹן עִיקָּר שֶׁהֲרֵי קְבָעוֹ הַכָּתוּב לִשְׁחִיטַת קָדְשֵׁי קָדָשִׁים:
Les entrants partagent entre eux au nord ce qui leur revient, comme le dit la Guemara, afin que les entrants voient que le nord est l'essentiel, puisque l'Écriture l'a fixé pour l'abattage des kodachei kodachim.
וְהַיּוֹצְאִים חוֹלְקִים בַּדָּרוֹם כְּדֵי שֶׁיֵּרָאוּ שֶׁהֵן יוֹצְאִין וְהוֹלְכִין לָהֶם לְפִיכָךְ שִׁינּוּ מְקוֹמָן אֵצֶל רוּחַ שֶׁאֵינוֹ עִיקָּר:
Et les sortants partagent au sud -- afin qu'on voie qu'ils sortent et s'en vont ; c'est pourquoi on a changé leur place vers un côté qui n'est pas l'essentiel.
בִּילְגָּה שֵׁם הַמִּשְׁמָרָה:
Bilga -- nom du mishmar.
לְעוֹלָם חוֹלֶקֶת בַּדָּרוֹם וְאַפֵּי' כְּשֶׁהִיא נִכְנֶסֶת קְנָס הוּא שֶׁקְּנָסוּהָ כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Partage toujours au sud -- même lorsqu'elle est entrante ; c'est une pénalité qu'on lui a infligée, comme la Guemara l'explique.
וְטַבַּעְתָּהּ קְבוּעָה כ"ד טַבָּעוֹת הָיוּ בָּעֲזָרָה בִּמְקוֹם בֵּית הַמִּטְבָּחַיִם כְּנֶגֶד עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע מִשְׁמָרוֹת וְהָיוּ נְתוּנוֹת בְּאַבְנֵי רִצְפָּה וְהַטַּבַּעַת פְּתוּחָה מִצַּד אֶחָד וְהוֹפְכָהּ לְמַעְלָה וּמַכְנִיס צַוַּאר הַבְּהֵמָה לְתוֹכָהּ וְחוֹזֵר וְהוֹפֵךְ פִּתְחָהּ לְתוֹךְ הָרִצְפָּה וְטַבַּעַת שֶׁל בִּילְגָּה קְבוּעָה וְאֵינָהּ נֶהְפֶּכֶת כְּדֵי שֶׁתִּשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֶׁל אֲחֵרִים וּגְנַאי הוּא לָהּ:
Et son anneau est fixé -- il y avait vingt-quatre anneaux dans la azara, à l'emplacement de l'abattoir, correspondant aux vingt-quatre mishmarot, encastrés dans les dalles du pavement. L'anneau était ouvert d'un côté : on le retournait vers le haut, on y introduisait le cou de la bête, puis on rabattait son ouverture vers le pavement. Or l'anneau de Bilga était fixé et ne se retournait pas, de sorte qu'elle devait se servir de celui des autres -- et c'est une honte pour elle.
וְחַלּוֹנָהּ סְתוּמָה חַלּוֹנוֹת הָיוּ בְּבֵית הַחֲלִיפוֹת בְּעֹובִי כָּותְלֵי הַתָּאִים שֶׁבִּצְפוֹנוֹ שֶׁל הֵיכָל שֶׁשָּׁם גּוֹנְזִין אֶת סַכִּינֵיהֶן כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת מִדּוֹת (פ"ד מִשְׁנָה ז) וּסְתָמוֹ חַלּוֹנָהּ שֶׁל בִּילְגָּה:
Et sa niche est bouchée -- il y avait des niches dans la Chambre des Couteaux, dans l'épaisseur des murs des cellules situées au nord du Heikhal, où l'on rangeait leurs couteaux, comme nous l'avons appris au traité Middot (4,7) ; et l'on a bouche la niche de Bilga.
💡 Explication

La michna ajoute la géographie du partage. Le nord de la azara est le côté de l'essentiel : c'est là que l'Écriture a fixé l'abattage des kodachei kodachim. Les entrants y partagent ; les sortants partagent au sud, pour qu'on voie qu'ils s'en vont.

Puis une exception nominative : le mishmar de Bilga, frappé de trois pénalités permanentes -- partage toujours au sud même quand il entre, anneau d'abattage soudé, niche à couteaux murée.

La michna ne dit pas pourquoi. La Guemara, en 56b, rapportera l'histoire de Miriam fille de Bilga et le retard chronique du mishmar. Ici, on ne retient que la forme du châtiment : trois marques publiques de disgrâce, sans jamais lui retirer son service.

🖼️ Schéma
Les trois pénalités du mishmar de Bilga La michna les énonce ici sans dire pourquoi. La raison sera donnée en 56b. 1. Toujours au SUD Règle normale : entrants au nord, sortants au sud. Le nord est le côté de l'essentiel (abattage des kodachei kodachim). Bilga partage au sud MÊME quand elle entre : elle a l'air de toujours s'en aller. 2. Anneau FIXÉ 24 anneaux dans la azara, un par mishmar, encastrés dans le dallage de l'abattoir. On les retourne vers le haut pour y bloquer le cou de la bête, puis on les rabat. Celui de Bilga est soudé : elle doit emprunter celui des autres. Honte. 3. Niche BOUCHÉE Dans le beit ha-halifot (Chambre des Couteaux), des niches creusées dans l'épaisseur des murs des cellules au nord du Heikhal, une par mishmar (Middot 4,7). Celle de Bilga a été murchee : elle ne peut plus y ranger ses couteaux. Ce que les trois ont en commun Aucune ne prive Bilga de son service : ce sont des marques publiques et permanentes de disgrâce, visibles de tous les autres mishmarot.
Les trois pénalités de Bilga : placé au sud, anneau soudé, niche bouchée. Trois disgrâces visibles, aucune perte de fonction.
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גְּמָ׳ מַאי מִלְּפָנֶיהָ וּמַאי מִלְּאַחֲרֶיהָ? אִילֵּימָא: לְפָנֶיהָ — יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן, לְאַחֲרֶיהָ — יוֹם טוֹב אַחֲרוֹן, הַיְינוּ שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הֶחָג.

GUEMARA. Que signifie avant lui et que signifie après lui ?

Si l'on dit : avant lui -- le premier Yom Tov ; après lui -- le dernier Yom Tov ; mais c'est exactement le Chabbat situé à l'intérieur de la fête !

💡 Explication

La Guemara attaque la lecture naïve. Si avant le Chabbat désignait le premier jour de fête et après le Chabbat le dernier jour, on décrirait simplement un Chabbat pris à l'intérieur de la fête -- cas déjà connu, que la michna aurait formulé autrement.

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אֶלָּא: לְפָנֶיהָ — יוֹם טוֹב אַחֲרוֹן. לְאַחֲרֶיהָ — יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן. מַאי טַעְמָא — כֵּיוָן דְּהָנֵי מְקַדְּמִי וְהָנֵי מְאַחֲרִי, תַּקִּינוּ רַבָּנַן מִילְּתָא כִּי הֵיכִי דְּנֵיכְלוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי.

Il faut plutôt dire : avant lui -- le dernier Yom Tov ; après lui -- le premier Yom Tov. Quelle en est la raison ?

Puisque ceux-ci arrivent en avance et que ceux-là s'attardent, les Sages ont institué la chose afin qu'ils mangent ensemble.

💡 Explication

Relecture inverse. Avant le Chabbat = le dernier jour de fête tombe le vendredi, si bien que le mishmar sortant ne peut plus partir. Après le Chabbat = le premier jour de fête tombe le dimanche, si bien que le mishmar entrant doit arriver dès le vendredi.

Dans les deux cas, le Chabbat n'est pas à l'intérieur de la fête, mais les deux mishmarot se retrouvent présents malgré eux. D'où l'institution rabbinique : kedei de-nikhlou bahadei hadadei -- qu'ils mangent ensemble. La contrainte du calendrier engendre le partage égal.

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חָל יוֹם אֶחָד.

S'il se trouvait qu'un seul jour [séparât les deux].

💡 Explication

Reprise du lemme suivant de la michna -- le cas où un jour libre sépare le Yom Tov du Chabbat. La discussion se poursuit en 56b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).