Sukkah 56b -- Les deux pains du michmar entrant, la réfutation de Rav Yehouda, et la sanction perpétuelle de Bilga : le traité Souka s'achève sur le voisinage

Sukkah 56b

Sougya : Ce dernier folio de Souka part d'un solde comptable : pourquoi le michmar entrant reçoit-il deux pains de plus que le sortant ? Rabbi Yitshak y voit le salaire de la fermeture des portes, et Abaye refuse l'arrangement dal be-dal au nom d'un proverbe -- botsina tava mi-kara, un petit concombre aujourd'hui vaut mieux qu'une grosse courge demain.

Rav Yehouda veut étendre le partage aux peaux des moussafin ; une première braita ne le réfute pas, mais celle de l'école de Chemouel, qui traite explicitement du partage et n'en dit rien, le réfute définitivement : teyouvta. Le folio bascule ensuite dans le récit : Myriam fille de Bilga apostasie, frappe le mizbeah du pied et l'insulte, et le michmar entier est condamné à partager pour toujours au sud.

Reste la question qui clôt le traité -- pourquoi punir tout un michmar pour une seule femme ? Abaye répond par deux proverbes, puis retourne le second : oy la-racha oy li-chkheno, mais aussi tov la-tsadik tov li-chkheno.

Le fil du folio : une comptabilité de pains qui finit en leçon sur le voisinage Dernier folio de Souka -- on part de deux pains en litige et l'on arrive au verset de Yechayahou qui clôt le traité Segment 0 -- Les deux pains en trop : pourquoi le michmar entrant en reçoit septRabbi Yitshak : c'est le salaire de la fermeture des portes -- l'entrant ferme le soir ce que le sortant a ouvert.Proposition rejetée : dal be-dal (renonce, on renoncera). Abaye : botsina tava mi-kara -- le petit tout de suite vaut mieux.Segments 1 et 2 -- Rav Yehouda et les peaux des moussafin : jusqu'à la teyouvtaRav Yehouda : entrant et sortant partagent aussi les peaux des moussafin de chaque chabbat.Une première braita ne prouve rien (elle ne traite pas du partage). Celle de l'école de Chemouel, si -- teyouvta.Segment 3 -- Nord et sud : une géographie qui se lit à l'œilLes entrants partagent au nord, les sortants au sud : la place occupée dit à tous qui commence et qui finit.Le nord est le côté de la plus grande sainteté dans la azara ; y partager est un honneur.Segments 4 et 5 -- Bilga toujours au sud : deux récits d'une même sanctionTana kama : Myriam fille de Bilga apostasie, frappe le mizbeah du pied et l'insulte -- loukos, le loup.Yech omrim : le michmar tardait à venir, Yechevav a servi à sa place. Bilga perd le nord, Yechevav le garde.Segments 6 et 7 -- Pourquoi punir tout un michmar pour une seule femme ?Abaye : shouta de-yanouka be-shouka -- ce que l'enfant dit dans la rue, il l'a entendu chez son père ou sa mère.Et pour les parents, tout le michmar ? Oy la-racha oy li-chkheno -- et son revers : tov la-tsadik tov li-chkheno. Segment 8 -- Hadran alakh Hé-halil ve-slika la masekhet Souka Le traité s'achève sur une promesse de retour -- et sur le bien, non sur la sanction.
Le plan du folio : du solde de deux pains jusqu'au verset de Yechayahou qui clôt le traité Souka.
Où l'on partage le le'hem hapanim : le nord, le sud, et le cas Bilga Le lieu du partage n'est pas un détail d'organisation : c'est un affichage public de qui entre et qui sort La azara (le parvis) TSAFON -- le nord Le michmar ENTRANT partage ici : kedei she-yiraou she-hen nikhnassin, afin que l'on voie qu'ils entrent. Côté de la plus grande sainteté -- y partager est un honneur (Rachi, segment 5). DAROM -- le sud Le michmar SORTANT partage ici : kedei she-yiraou she-hen yotsin, afin que l'on voie qu'ils sortent. Sa semaine est finie ; il n'a plus de titre à la place d'honneur. On ENTRE On SORT BILGA -- figé au sud Même la semaine où il ENTRE, il partage au sud. La sanction est permanente et visible de tous : chaque cohen qui passe lit l'humiliation sur le plan. + son anneau (taba'at) fixé et sa niche (halon) bouchée. Le michmar reste en fonction : on l'humilie, on ne le raye pas. YECHEVAV -- figé au nord Même la semaine où il SORT, il partage au nord. Bilga entre juste après lui : le nord étant libéré à perpétuité, il en hérite à perpétuité. Le voisin d'un méchant sort d'ordinaire perdant -- celui-ci sort gagnant. C'est l'exception que note la guemara.
Le partage du lehem hapanim dans la azara : nord pour ceux qui entrent, sud pour ceux qui sortent -- et les deux michmarot figées.
Deux versions de la faute de Bilga -- et pourquoi une seule pose problème Même sanction dans les deux récits ; mais l'un l'explique tout seul, l'autre exige deux étapes de justification Tana kama -- Myriam bat Bilga une faute individuelle, féminine, extérieure au michmar Yech omrim -- le michmar tardait une faute collective, commise par le michmar lui-même Le fait rapportéMyriam, fille du michmar de Bilga, apostasie,épouse un officier grec, entre avec eux dansle Heikhal et frappe le mizbeah du pied.Le michmar de Bilga tarde à arriver quandvient sa semaine. Yechevav, qui devaitsortir, reste et sert à sa place.Ce qui est reprocheUne parole de mépris envers le service :loukos loukos, jusqu'à quand dévoreras-tu lesbiens d'Israël sans nous défendre ?Un mépris en actes : on ne se présente pas àson tour. Rachi : mokhah milta -- celaprouve que le service ne leur était pascher.La sanctionAnneau fixé, niche bouchée, partagé au sud àperpétuité -- prononcée après la victoire desHachmonaim.Même sanction. La faute étant collective, lasanction collective ne fait pas difficulté.La difficulté du segment 6À cause de la fille, on pénalise le père -- etau-delà, tout le michmar ? Rachi : même lepère, aurait-on dû le punir ?Aucune difficulté : c'est le michmar entierqui a manqué à son tour.La réponse d'AbayeShouta de-yanouka be-shouka : ce que l'enfantdit dans la rue vient de son père ou de samère -- donc les parents. Puis oy la-racha oyli-chkheno pour le reste du michmar.Sans objet. Nafka mina -- ce que la première version oblige à admettre Que la responsabilité se transmet de l'enfant aux parents (éducation), puis des parents au voisinage (solidarité) : deux extensions que la seconde version n'a jamais besoin de poser.
Les deux récits de la faute de Bilga confrontés ligne à ligne : c'est le premier qui rend la sanction collective difficile.
1
וְהָנֵי תַּרְתֵּי מַאי עֲבִידְתַּייְהוּ? אָמַר רַבִּי יִצְחָק: בִּשְׂכַר הֲגָפַת דְּלָתוֹת. וְנֵימָא לֵיהּ דַּל בְּדַל! אָמַר אַבַּיֵּי: בּוּצִינָא טָבָא מִקְּרָא.

Et ces deux [pains supplémentaires], quelle est donc leur fonction ? Rabbi Yitshak a dit : en salaire de la fermeture des portes.

Mais qu'il lui dise donc : retire et l'on retirera (dal be-dal) ! Abaye a dit : un petit concombre [aujourd'hui] vaut mieux qu'une courge [demain].

📜 Rachi (5)
גְּמ' וְהָנֵי תַּרְתֵּי מַאי עֲבִידְתַּיְיהוּ אֶדֶר' יְהוּדָה קָאֵי דְּאָמַר הַנִּכְנָס נוֹטֵל שֶׁבַע:
Guemara. Et ces deux, quelle est donc leur fonction : cela se rapporte à Rabbi Yehouda, qui a dit que le [michmar] entrant prend sept [pains, et le sortant cinq].
בִּשְׂכַר הֲגָפַת דְּלָתוֹת שֶׁמִּשְׁמָר הַנִּכְנָס מֵגִיף הַדְּלָתוֹת עַרְבִית שֶׁפָּתַח אוֹתָן מִשְׁמָר הַיּוֹצֵא:
En salaire de la fermeture des portes : car le michmar entrant ferme le soir les portes que le michmar sortant avait ouvertes [au matin].
וְנֵימָא לֵיהּ יוֹצֵא לַנִּכְנָס:
Mais qu'il lui dise : [c'est] le [michmar] sortant qui parle au [michmar] entrant.
דַּל בְּדַל הָסֵר חֹוק זֶה מִכָּאן בִּשְׁבִיל שֶׁיְּסִירוּהוּ אֶצְלְךָ אִם תִּטֹּול עַכְשָׁיו שֶׁבַע יִטֹּול לַשַּׁבָּת הַבָּאָה מִשְׁמָר הַנִּכְנָס שֶׁבַע וְאַתָּה טֹול עַתָּה בְּשָׁוֶה כְּדֵי שֶׁתִּטּוֹל גַּם אַתָּה לַשַּׁבָּת הַבָּאָה בְּשָׁוֶה דַּל הָסֵר כְּמוֹ דַּל רְגָלִים (ר"ה דַּף ז:) וְכִדְגָרְסִינַן בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת (דַּף ב.) דַּל עַשְׁתְּרוֹת קַרְנַיִם אִיכָּא צֵל סֻוכָּה דַּל דְּפָנוֹת לֵיכָּא צֵל סֻוכָּה דַּל מַעְשַׂר בְּהֵמָה (ר"ה דַּף ז:):
Dal be-dal : retire ce droit d'ici, afin qu'on le retire aussi chez toi. Si tu prends sept maintenant, le michmar entrant en prendra sept la semaine prochaine ; prends plutôt maintenant à parts égales, afin que toi aussi, la semaine prochaine, tu prennes à parts égales. Dal signifie retire, comme dans dal reglayim -- retranche les pattes (Roch Hachana 7b) ; et comme nous lisons au début de notre traité (2a) : dal ashterot karnayim -- retire les rochers en forme de cornes, et il y a de l'ombre de souka ; dal defanot -- retire les parois, et il n'y a plus d'ombre de souka ; ainsi que dal maasar behema (Roch Hachana 7b).
בּוּצִינָא טָבָא מִקְּרָא מְשַׁל הֶדְיוֹט הוּא הָאוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ דְּלַעַת קְטַנָּה אֲנִי נוֹתֵן לְךָ בִּמְחֻובָּר אִם תִּרְצֶה לְתָולְשָׁהּ עַכְשָׁיו תָּלוּשׁ וְאִם תִּרְצֶה לְהַנִּיחָהּ עַד שֶׁתִּיגְדַּל וְתֵיעָשֶׂה קְרָא הִנִּיחָהּ וְתִגְדַּל טוֹב לוֹ לִיטְּלָה מִיָּד שֶׁמָּא לְאַחַר זְמַן יִתְחָרֵט בּוֹ זֶה אוֹ שֶׁמָּא לֹא יִצְטָרֵךְ זֶה לָזֶה ה"נ גַּבֵּי מִשְׁמָרוֹת מִי שֶׁרָאוּי לִיטֹּול עַכְשָׁיו לֹא יַמְתִּין לַשַּׁבָּת הַבָּאָה:
Un petit concombre vaut mieux qu'une courge : c'est un proverbe populaire. Quelqu'un dit à son compagnon : je te donne cette petite courge encore attachée [à sa tige] ; si tu veux la cueillir maintenant, cueille-la, et si tu veux la laisser jusqu'à ce qu'elle grandisse et devienne une kara [grosse courge], laisse-la et elle grandira. Il vaut mieux pour lui la prendre immédiatement, de peur que l'autre ne se ravise plus tard, ou bien que celui-ci n'ait plus besoin de celui-là. Il en va de même ici pour les michmarot : celui à qui il revient de prendre maintenant ne doit pas attendre la semaine prochaine.
🗂️ Tossefot (1)
בּוּצִינָא טָבָא מִקְּרָא. מְשַׁל הֶדְיוֹט הוּא הָאוֹמֵר לַחֲבֵרוֹ דְּלַעַת קְטַנָּה אֲנִי נוֹתֵן לְךָ בִּמְחֻובָּר אִם תִּרְצֶה לְהַנִּיחָהּ עַד שֶׁתִּיגְדַּל וְתֵיעָשֶׂה קְרָא תַּנִּיחֶהָ טוֹב לוֹ לִיטְּלָה מִיָּד שֶׁמָּא לְאַחַר זְמַן יִתְחָרֵט בּוֹ זֶה אוֹ שֶׁמָּא לֹא יִצְטָרֵךְ זֶה לָזֶה כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס ור"ת מְפָרֵשׁ דְּעַל כָּרְחֲךָ בּוּצִינָא וּקְרָא שְׁנֵי מִינִים הֵם דְּקִשּׁוּאִין מְתַרְגְּמִינַן בּוּצִינָא וּדְלַעַת הַיְינוּ קְרָא כִּדְמוֹכַח בִּנְדָרִים פֶּרֶק הַנּוֹדֵר מִן הַמְבֻושָּׁל (נְדָרִים דַּף נא.) דְּאָמְרִינַן מַאי דְּלַעַת הָרְמוּצָה קָרֵי קַרְקוּזָאֵי וְקִישּׁוּאִין וְדִילּוּעִין ב' מִינִים כִּדְמוֹכַח בְּמַסֶּכֶת כִּלְאַיִם (פ"ג מ"ה) דִּתְנַן נוֹטֵעַ אָדָם קִישּׁוּת וּדְלַעַת בְּתוֹךְ גֻּומָּא א' וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא זוֹ נוֹטָה לְצַד זוֹ וְזוֹ נוֹטָה לְצַד זוֹ וְנוֹטֶה שֵׂעָר שֶׁל זוֹ לְכָאן וְשֵׂעָר שֶׁל זוֹ לְכָאן וְעוֹד רְאָיָה מֵהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרַבּוֹת דַּף מח.) בּוּצִינָא מְקַטְּפִי' יְדִיעַ מַשְׁמַע דִּלְאַחַר שֶׁנִּגְמַר הַפְּרִי נִקְרָא בּוּצִינָא וְאוֹמֵר ר"ת שֶׁהַקִּישּׁוּת מִין פְּרִי קָטָן מִדְּלַעַת שֶׁמְּמַהֵר לְהִתְבַּשֵּׁל וְיָכוֹל לְתָולְשׁוֹ מִיָּד וְהַדְּלַעַת גְּדוֹלָה וְאֵינָהּ מְמַהֶרֶת לְהִתְבַּשֵּׁל וְאֵין יָכוֹל לְתָולְשָׁהּ עַד לְאַחַר זְמַן וְאוֹהֵב אָדָם דָּבָר מוּעָט לְאַלְתַּר מִדָּבָר מְרֻובֶּה לְאַחַר זְמַן:
Botsina tava mi-kara. C'est un proverbe populaire : quelqu'un dit à son compagnon, je te donne cette petite courge encore attachée ; si tu veux la laisser jusqu'à ce qu'elle grandisse et devienne une kara, laisse-la -- mais il vaut mieux pour lui la prendre immédiatement, de peur que l'autre ne se ravise plus tard, ou que l'un n'ait plus besoin de l'autre. Ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Mais Rabbenou Tam explique que botsina et kara sont nécessairement deux espèces distinctes : car kichouin (les concombres) se traduit [en araméen] par botsina, tandis que la courge est kara, comme cela ressort de Nedarim, chapitre Ha-noder min ha-mevouchal (51a), où nous disons : qu'est-ce que la delaat ha-remoutsa ? kari koukzaei. Et concombres et courges sont bien deux espèces, comme cela ressort du traité Kilayim (3,5), où il est enseigné : un homme peut planter un concombre et une courge dans une même fosse, pourvu que l'un penche d'un côté et l'autre de l'autre, et que le feuillage de l'un aille par ici et celui de l'autre par là. Autre preuve, de ce que nous disons au chapitre Chelocha che-akhelou (Berakhot 48a) : botsina mi-katfeh yedia -- le concombre se reconnaît à sa sève ; ce qui implique qu'une fois le fruit achevé on l'appelle encore botsina. Et Rabbenou Tam dit que le concombre est une espèce de fruit plus petit que la courge, qui mûrit vite et que l'on peut cueillir immédiatement, tandis que la courge est grande, ne mûrit pas vite, et ne peut être cueillie qu'après un certain temps ; or l'homme aime mieux une petite chose tout de suite qu'une grande chose plus tard.
💡 Explication

Le folio ouvre sur un reste de comptabilité. Selon Rabbi Yehouda, les douze pains du le'hem hapanim ne se partagent pas six-six entre le michmar sortant et le michmar entrant : l'entrant en prend sept. Reste à justifier ces deux pains d'écart -- Rabbi Yitshak y voit un salaire pour un travail réel, la hagafat delatot, la fermeture des portes du Temple au soir, qui incombe à l'entrant alors que c'est le sortant qui les avait ouvertes.

La guemara propose alors un arrangement : dal be-dal, littéralement retire contre retire. Que le sortant dise à l'entrant de renoncer à son supplément cette semaine, en échange de quoi on y renoncera de même la semaine prochaine, quand les rôles seront inversés. Sur deux semaines le compte est exactement le même.

Abaye refuse au nom d'un proverbe de marché : botsina tava mi-kara. Un droit qu'on peut exercer maintenant ne s'échange pas contre un droit équivalent diffère -- non parce que le calcul serait faux, mais parce que le temps introduit deux risques que Rachi nomme : l'autre peut se raviser, ou bien la relation elle-même peut ne plus avoir cours.

🖼️ Schéma
Les deux pains en trop : la proposition dal be-dal et son refus Douze pains à partager chaque chabbat entre le michmar sortant et le michmar entrant Le point de départ -- Rabbi Yehouda (Rachi) L'entrant prend SEPT pains, le sortant CINQ. Deux pains penchent donc du côté de l'entrant. Rabbi Yitshak : ces deux-là sont un salaire -- hagafat delatot, l'entrant ferme le soir les portes que le sortant a ouvertes. La proposition : dal be-dal Le sortant dit à l'entrant : retire ce droit cette semaine, et on le retirera de même chez toi la semaine prochaine. Partageons six-six aujourd'hui, six-six la prochaine fois. Sur deux semaines, le total est rigoureusement identique. Le refus d'Abaye : botsina tava mi-kara Le petit concombre tout de suite vaut mieux que la grosse courge plus tard. Deux pains certains cette semaine valent mieux que six plus six promis sur deux semaines. Le total est le même -- le risque ne l'est pas. Les deux risques que Rachi nomme 1. Celui qui promet peut se raviser d'ici là. 2. La semaine prochaine, l'un des deux peut n'avoir plus besoin de l'autre. Le principe général Un droit exercable maintenant ne se troque pas contre un droit équivalent diffère : le temps lui-même a une valeur.
Le solde des deux pains : ce que propose dal be-dal, et le risque temporel qu'Abaye lui oppose.
2
אָמַר רַב יְהוּדָה: וּבְמוּסָפִין חוֹלְקִין. מֵיתִיבִי: מִשְׁמָרָה הַיּוֹצֵאת עוֹשָׂה תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר וּמוּסָפִין, מִשְׁמָרָה הַנִּכְנֶסֶת עוֹשָׂה תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם וּבָזִיכִין — וְאִילּוּ ״מוּסָפִין חוֹלְקִין״ לָא קָתָנֵי! הַאי תַּנָּא בַּחֲלֻוקָּה לָא קָא מַיְירֵי.

Rav Yehouda a dit : et dans les moussafin ils partagent [aussi les peaux]. On soulève une objection : le michmar sortant fait le tamid du matin et les moussafin ; le michmar entrant fait le tamid de l'après-midi et les bezikhin -- et pourtant "dans les moussafin ils partagent", cela n'est pas enseigné !

[Réponse :] ce tana ne traite pas du partage.

📜 Rachi (3)
וּבְמוּסָפִין חוֹלְקִין כִּי הֵיכִי דְּפָלְגִי בְּלֶחֶם הַפָּנִים מִשְׁמָר הַנִּכְנָס וְהַיּוֹצֵא פָּלְגִי נָמֵי בְּעוֹרוֹת הַמּוּסָפִין שֶׁל כָּל שַׁבָּת:
Et dans les moussafin ils partagent : de même que le michmar entrant et le michmar sortant partagent le le'hem hapanim, de même partagent-ils les peaux des moussafin de chaque chabbat.
וּבְזִיכְיַן מְסַלְּקִין וּמְסַדְּרִין לֶחֶם הַפָּנִים וּמַקְטִירִין שְׁנֵי בְּזִיכֵי לְבוֹנָה שֶׁסִּילְּקוּ מֵעַל הַשֻּׁלְחָן וְהֵן מַתִּירִין אֶת הַלֶּחֶם בַּאֲכִילָה כְּדִכְתִיב וְהָיָה לַלֶּחֶם לְאַזְכָּרָה:
Et les bezikhin : ils retirent et disposent le le'hem hapanim, et font brûler les deux godets d'encens (levona) qu'ils ont retirés de dessus la table ; ce sont eux qui rendent le pain permis à la consommation, comme il est écrit : et ce sera pour le pain en azkara.
הַאי תַּנָּא לָא אַיְירֵי בַּחֲלֻוקָּה כְּלָל וְאִם תֹּאמַר מֵאַחַר שֶׁהַמִּשְׁמָר הַיֹּוצֵא עוֹשֶׂה הַמּוּסָפִין הֵיאַךְ יַחְלְקוּ בָּהֶם מִשְׁמָר הַנִּכְנָס אִינְהוּ נָמֵי מְהַפְּכִי בְּהוּ בְּצִינּוֹרָא עַל הַמִּזְבֵּחַ כָּל הַיּוֹם לְאַחַר שֶׁיָּצָא מִשְׁמָר הַיּוֹצֵא וּמַתְנִיתִין דְּאַיְּירִי בַּחֲלֻוקָּה וְלָא תְּנָא חֲלֻוקָּה דְּמוּסָפִין הַייְנוּ טַעֲמָא דְּלָא אוֹתְבֵיהּ דְּאִיכָּא לְמֵימַר תַּנָּא דְּמַתְנִיתִין אַיְּידֵי דְּאַיְּירִי בְּלֶחֶם הַפָּנִים דְּרַגְלַיִם הוּא אַייְּרִי בְּלֶחֶם דִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה וְאַגַּב גְּרָרָא בְּעָלְמָא נְסַב חֲלֻוקָּה בִּשְׁאָרֵי שַׁבָּתוֹת:
Ce tana ne traite pas du tout du partage : et si tu objectes, puisque le michmar sortant accomplit les moussafin, comment le michmar entrant y aurait-il une part ? [Sache que] eux aussi les retournent avec la fourche (tsinora) sur le mizbeah tout au long du jour, après la sortie du michmar sortant. Quant à notre michna, qui traite bien du partage et qui n'enseigne pourtant pas le partage des moussafin -- la raison pour laquelle on n'en a pas tiré d'objection est qu'on peut dire : le tana de la michna, puisqu'il traitait du le'hem hapanim des fêtes de pèlerinage, en est venu à traiter du pain des autres jours de l'année, et c'est de façon purement incidente qu'il a mentionné le partage des autres chabbatot.
💡 Explication

Rav Yehouda étend le partage entre michmar sortant et michmar entrant : au-delà des douze pains, il faut aussi diviser les peaux des moussafin du chabbat -- une ressource de valeur, puisque les peaux des sacrifices reviennent aux cohanim.

L'objection est un argument du silence : une braita décrit précisément la répartition entre les deux michmarot et ne mentionne jamais ce partage-là. La réponse désamorce l'argument en distinguant deux objets différents : cette braita répartit le service (qui accomplit quel sacrifice), non les parts. Son silence sur le partage ne prouve donc rien.

Rachi ajoute la pièce manquante du raisonnement : on aurait pu croire que l'entrant n'a aucun titre sur les moussafin puisque c'est le sortant qui les offre. Mais l'entrant participe malgré tout au sacrifice -- il retourne les parts sur le mizbeah avec la tsinora tout le reste du jour.

3
אָמַר רָבָא: וְהָא תָּנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל, דְּמַיְירֵי בַּחֲלֻוקָּה, ו״בְּמוּסָפִין חוֹלְקִין״ לָא קָתָנֵי? דִּתְנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל: מִשְׁמָרָה הַיּוֹצֵאת עוֹשָׂה תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר וּמוּסָפִין, מִשְׁמָרָה הַנִּכְנֶסֶת עוֹשָׂה תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם וּבָזִיכִין. אַרְבָּעָה כֹּהֲנִים הָיוּ נִכְנָסִין שָׁם. שְׁנַיִם מִמְּשַׁמְּרָהּ זוֹ, וּשְׁנַיִם מִמְּשַׁמְּרָהּ זוֹ, וְחוֹלְקִין לֶחֶם הַפָּנִים. וְאִילּוּ ״בְּמוּסָפִין חוֹלְקִין״ לָא קָתָנֵי! תְּיוּבְתָּא דְּרַב יְהוּדָה! תְּיוּבְתָּא.

Rava a dit : mais le tana de l'école de Chemouel, qui traite bien du partage, n'enseigne pas non plus "dans les moussafin ils partagent" ! Car le tana de l'école de Chemouel a enseigné : le michmar sortant fait le tamid du matin et les moussafin, le michmar entrant fait le tamid de l'après-midi et les bezikhin.

Quatre cohanim y entraient : deux de ce michmar-ci et deux de ce michmar-là, et ils partagent le le'hem hapanim. Et pourtant "dans les moussafin ils partagent", cela n'est pas enseigné !

Réfutation de Rav Yehouda ! Réfutation [définitive].

📜 Rachi (1)
נִכְנָסִין לָעֲזָרָה:
Entraient : dans la azara (le parvis).
💡 Explication

Rava reprend la même attaque, mais avec un texte que la réponse précédente ne peut plus neutraliser. La braita de l'école de Chemouel enseigne exactement la même répartition du service, et ajoute une phrase décisive : quatre cohanim entraient, deux de chaque michmar, et ils partagent le le'hem hapanim.

Ce tana-là traite donc bel et bien du partage. Son silence sur les peaux des moussafin devient alors significatif : s'il avait fallu les partager, c'était l'endroit pour le dire. D'où la teyouvta -- et le mot est répété, ce qui signale dans la guemara une réfutation que l'on renonce à lever.

Le mouvement des deux segments est un modèle de méthode : un argument du silence ne vaut rien tant qu'on n'a pas montré que le texte était tenu de parler.

🖼️ Schéma
Comment une braita qui se tait devient une réfutation Le silence d'un texte ne prouve rien -- sauf si ce texte avait précisément pour objet d'en parler Rav Yehouda : ou-va-moussafin holkin Entrant et sortant partagent aussi les peaux des moussafin de chaque chabbat Attaque 1 -- une braita anonyme Elle enseigne : le sortant fait le tamid du matin et les moussafin ; l'entrant fait le tamid de l'après-midi et les bezikhin. Rien sur le partage des moussafin. Réponse : haï tana be-haluka la ka mayri. Ce tana répartit le TRAVAIL, pas les parts. Son silence sur le partage n'a donc aucune valeur d'argument. Attaque 2 -- Rava, la braita de l'école de Chemouel Même enseignement, PLUS une phrase décisive : quatre cohanim entraient, deux de ce michmar et deux de celui-là, et ils partagent le le'hem hapanim. Cette braita traite bel et bien du partage -- et pourtant elle ne mentionne QUE le le'hem hapanim. La réponse précédente ne peut plus être réservée. TEYOUVTA DE-RAV YEHOUDA -- TEYOUVTA Réfutation définitive : le mot répété marque que la guemara ne cherche plus de sortie La règle de lecture à retenir Un argument du silence ne vaut que si l'on a d'abord établi que le texte était tenu de parler. Toute la différence entre les deux attaques tient à cela.
Deux arguments du silence, un seul valide : la braita de l'école de Chemouel parle du partage, donc son silence compte.
4
הַנִּכְנָסִין חוֹלְקִין בַּצָּפוֹן. תָּנוּ רַבָּנַן: הַנִּכְנָסִין חוֹלְקִין בַּצָּפוֹן — כְּדֵי שֶׁיֵּרָאוּ שֶׁהֵן נִכְנָסִין, וְהַיּוֹצְאִין חוֹלְקִין בַּדָּרוֹם — כְּדֵי שֶׁיֵּרָאוּ שֶׁהֵן יוֹצְאִין.

"Les [michmarot] entrantes partagent au nord." Nos maîtres ont enseigné : les entrantes partagent au nord -- afin que l'on voie qu'elles entrent ; et les sortantes partagent au sud -- afin que l'on voie qu'elles sortent.

📜 Rachi (1)
כְּדֵי שֶׁיִּרְאוּ נִכְנָסִין טַעְמָא דְּמַתְנִיתִין קָא מְפָרֵשׁ וּגְמָרָא הִיא:
Afin que l'on voie qu'elles entrent : [la braita] explique la raison de la michna -- et c'est de la guemara [insérée dans le corps de la michna].
💡 Explication

La michna assignait déjà des lieux ; la braita en donne la raison, et cette raison est d'ordre public : le lieu du partage sert d'affichage. Qui passe dans la azara voit immédiatement, sans avoir à demander, quel michmar commence sa semaine et quel michmar l'achève.

Le nord (tsafon) est dans le Temple le côté de la plus grande sainteté -- c'est là que l'on égorge les kodchei kodachim. L'attribuer aux entrants est donc un honneur, et Rachi le dira explicitement plus loin. Toute la sanction de Bilga tiendra dans le fait de lui retirer cet honneur à perpétuité.

Rachi relève au passage un point technique de mise en page du Talmud : cette braita est guemara, non michna -- une explication rapportée à la suite du texte de la michna.

🖼️ Schéma
Où l'on partage le le'hem hapanim : le nord, le sud, et le cas Bilga Le lieu du partage n'est pas un détail d'organisation : c'est un affichage public de qui entre et qui sort La azara (le parvis) TSAFON -- le nord Le michmar ENTRANT partage ici : kedei she-yiraou she-hen nikhnassin, afin que l'on voie qu'ils entrent. Côté de la plus grande sainteté -- y partager est un honneur (Rachi, segment 5). DAROM -- le sud Le michmar SORTANT partage ici : kedei she-yiraou she-hen yotsin, afin que l'on voie qu'ils sortent. Sa semaine est finie ; il n'a plus de titre à la place d'honneur. On ENTRE On SORT BILGA -- figé au sud Même la semaine où il ENTRE, il partage au sud. La sanction est permanente et visible de tous : chaque cohen qui passe lit l'humiliation sur le plan. + son anneau (taba'at) fixé et sa niche (halon) bouchée. Le michmar reste en fonction : on l'humilie, on ne le raye pas. YECHEVAV -- figé au nord Même la semaine où il SORT, il partage au nord. Bilga entre juste après lui : le nord étant libéré à perpétuité, il en hérite à perpétuité. Le voisin d'un méchant sort d'ordinaire perdant -- celui-ci sort gagnant. C'est l'exception que note la guemara.
Le nord aux entrants, le sud aux sortants -- et les deux michmarot que la sanction a figées.
5
בִּילְגָּה לְעוֹלָם חוֹלֶקֶת בַּדָּרוֹם. תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּמִרְיָם בַּת בִּילְגָּה שֶׁהֵמִירָה דָּתָהּ, וְהָלְכָה וְנִשֵּׂאת לְסַרְדְּיוֹט אֶחָד מִמַּלְכֵי יְוָונִים. כְּשֶׁנִּכְנְסוּ יְווָנִים לַהֵיכָל, הָיְתָה מְבַעֶטֶת בְּסַנְדָּלָהּ עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ, וְאָמְרָה: לוֹקוּס לוֹקוּס! עַד מָתַי אַתָּה מְכַלֶּה מָמוֹנָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל וְאִי אַתָּה עוֹמֵד עֲלֵיהֶם בִּשְׁעַת הַדְּחָק! וּכְשֶׁשָּׁמְעוּ חֲכָמִים בַּדָּבָר, קָבְעוּ אֶת טַבַּעְתָּהּ וְסָתְמוּ אֶת חַלּוֹנָהּ.

"Bilga partage toujours au sud." Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Myriam, fille de Bilga, apostasia (litt. changea sa religion), s'en alla et épousa un officier (sardiot) au service des rois grecs. Lorsque les Grecs entrèrent dans le Heikhal, elle frappait du pied avec sa sandale sur le mizbeah et disait : loukos ! loukos !

Jusqu'à quand dévoreras-tu les biens d'Israël sans te tenir à leurs côtés à l'heure de la détresse ? Et lorsque les Sages entendirent l'affaire, ils fixèrent son anneau et bouchèrent sa niche.

📜 Rachi (5)
מִרְיָם בַּת בִּילְגָא מִמִּשְׁמַר בִּילְגָּה הָיְתָה וְכֵן שְׁמָהּ:
Myriam fille de Bilga : elle était du michmar de Bilga, et c'était là son nom.
כְּשֶׁנִּכְנְסוּ יְוָונִים לַהֵיכָל בִּימֵי מַתִּתְיָהוּ בֶּן יוֹחָנָן:
Lorsque les Grecs entrèrent dans le Heikhal : aux jours de Matityahou fils de Yo'hanan.
לוֹקוּס הוּא זְאֵב בְּלָשׁוֹן יְוָונִי:
Loukos : c'est le loup, en langue grecque.
וּכְשֶׁשָּׁמְעוּ חֲכָמִים בַּדָּבָר לְאַחַר שֶׁגָּבְרָה יַד בֵּית חַשְׁמוֹנַאי:
Et lorsque les Sages entendirent l'affaire : après que la main de la maison des Hachmonaim l'eut emporté.
סָתְמוּ חַלּוֹנָהּ שֶׁל מִשְׁמָרָה וּלְקַמָּן פָּרִיךְ וּמִשּׁוּם דִּידָּה קָנְסִינַן לְכֻולָּהּ מִשְׁמָרָה:
Ils bouchèrent sa niche : celle du michmar. Et plus loin [la guemara] objectera : à cause d'elle, pénaliserions-nous tout le michmar ?
🪔 Ben Yehoyada (2)
לוֹקוּס, לוֹקוּס. כָּפְלָה הַלָּשׁוֹן דְּרָמְזָה עַל מִזְבַּח בַּיִת רִאשׁוֹן וּמִזְבֵּחַ בַּיִת שֵׁנִי לוֹמַר שְׁנֵיהֶם לֹא הוֹעִילוּ. וְהָא דִּקְרָאַתּוּ זְאֵב, מִפְּנֵי דְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ הָיָה בְּחֵלֶק בִּנְיָמִין שֶׁנִּקְרָא זְאֵב. וְדַע דְּ'בִּילְגָּה' אֵינוֹ שֵׁם אָבִיהָ אֶלָּא שֵׁם הַמִּשְׁפָּחָה וְכֵן הָעִנְיָן בִּישַׁבֵּב וְשֵׁמוֹת אֵלּוּ הֵם מִזְּמַן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בְּדִבְרֵי הַיָּמִים א' סִימָן כ"ד. וְהָא דִּקְרָאוֹ 'אָחִיו' רוֹצֶה לוֹמַר שְׁכֵינוֹ וְאֵינוֹ אָחִיו מַמָּשׁ.
Loukos, loukos. Elle a redoublé l'expression parce qu'elle faisait allusion au mizbeah du premier Temple et au mizbeah du second Temple, voulant dire que ni l'un ni l'autre n'avait servi à rien. Et si elle l'a appelé loup, c'est parce que le Beth Hamikdach se trouvait dans la part de Binyamin, qui est appelé loup. Et sache que Bilga n'est pas le nom de son père, mais le nom de la famille ; il en va de même pour Yechevav, et ces noms datent de l'époque du roi David, la paix soit sur lui, comme il est dit dans Divrei Hayamim I, chapitre 24. Et lorsque le texte l'appelle son frère, cela veut dire son voisin, et non son frère au sens propre.
וּכְשֶׁשָּׁמְעוּ חֲכָמִים בַּדָּבָר, קָבְעוּ אֶת טַבַּעְתָּהּ, וְסָתְמוּ אֶת חַלּוֹנָהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁעָשׂוּ לָהּ בִּזָּיוֹן בִּשְׁנֵי דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁל טַבַּעַת וְחַלּוֹן כִּי יָדוּעַ אֵין יְנִיקָה מֵאוֹר מַקִּיף אֶלָּא לְיִשְׂרָאֵל דַּוְקָא וְלֹא לְעַכּוּ"ם שֶׁהֵם סִטְרָא דְּנָחָשׁ דִּכְתִיב בֵּיהּ (בְּרֵאשִׁית ג, א) 'וְהַנָּחָשׁ הָיָה עָרֹום' מִפְּנֵי שֶׁאֵין לַקְּלִיפּוֹת יְנִיקָה מֵאוֹר מַקִּיף וְלָכֵן אַחַר דִּבְתָם הֵמִירָה דָּתָהּ שֶׁיָּצְאָה מִכְּלַל יִשְׂרָאֵל שֶׁיֵּשׁ לָהֶם יְנִיקָה מֵאוֹר מַקִּיף וְנִכְנְסָה לְדַת אֻומּוֹת הַחִיצוֹנִים שֶׁאֵין לָהֶם יְנִיקָה מִשָּׁם קָבְעוּ אֶת טַבַּעְתָּהּ כִּי הַטַּבַּעַת צוּרָתָהּ וְעִנְייָנָהּ הוּא דָּבָר הַמַּקִּיף לַעֲשׂוֹת זֵכֶר לַדָּבָר זֶה. וְהָא דְּסָתְמוּ חַלּוֹנָהּ שֶׁעָשׂוּ לָהּ בִּזָּיוֹן בַּחַלּוֹן מִפְּנֵי כִּי בְּאוֹתִיּוֹת 'חַלּוֹן' נִרְמַז כְּבוֹדָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל וְהַיְינוּ דְּתֹואַר 'אָדָם' נִיתַּן לְיִשְׂרָאֵל דַּוְקָא וְאֵין הָעַכּוּ"ם קְרוּיִים אָדָם מִפְּנֵי כִּי אָדָם מִסְפַּר מ"ה שֶׁהוּא מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה דאלפי"ן [יוֹ"ד הֵ"א וָא"ו הֵ"א = 45] . גַּם עוֹד זָכוּ לְבַדָּם לְתֹואַר 'אֶחָד' דִּכְתִיב (שְׁמוּאֵל ב' ז, כג) 'וּמִי כְעַמְּךָ כְּיִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ'. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת ז, כח) 'אָדָם אֶחָד מֵאֶלֶף מָצָאתִי' וְהַיְינוּ אֶלֶף רֶמֶז לְלִימּוּד הַתּוֹרָה כְּמוֹ (תְּהִלִּים נה, יד) 'אַלּוּפִי וּמְיֻדָּעִי', וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר תֹּואַר אָדָם וְתֹואַר אֶחָד מֵאֶלֶף רוֹצֶה לוֹמַר לִימּוּד הַתּוֹרָה מָצָאתִי. וְהִנֵּה שְׁנֵי תּוֹאֲרִים אֵלּוּ מִסְפָּרָם חֵן [אָדָם 45 +אֶחָד 13=חֵן 58] . וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד מַה שֶׁנֶּאֱמַר בַּתּוֹרָה (מִשְׁלֵי ה, יט) 'אַיֶּלֶת אֲהָבִים וְיַעֲלַת חֵן' וְכֵן אָמַר (מִשְׁלֵי ד, ט) 'תִּתֵּן לְרֹאשְׁךָ לִוְיַת חֵן'. גַּם עוֹד עַל יְדֵי הַתּוֹרָה זָכוּ יִשְׂרָאֵל לְתֹואַר 'חַי' הֵן לְחֵלֶק הַגּוּף הֵן לְחֵלֶק הַנֶּפֶשׁ וְלָזֶה אָמַר (דְּבָרִים ד, ד) 'וְאַתֶּם הַדְּבֵקִים בַּה' אֱ-לֹהֵיכֶם חַיִּים כֻּלְּכֶם הַיּוֹם', רוֹצֶה לוֹמַר אַתֶּם גּוּף וְנֶפֶשׁ חַיִּים כֻּלְּכֶם הַגּוּף וְהַנֶּפֶשׁ, וְלָכֵן כְּתִיב (שְׁמוּאֵל ב' כג, כ) 'וּבְנָיָהוּ בֶן יְהוֹיָדָע בֶּן אִישׁ חַי' וּב' פְּעָמִים חַי לַגּוּף וְלַנֶּפֶשׁ הוּא מְסַפֵּר לוֹ. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (שְׁמוֹת טו, כה) 'שָׁם שָׂם לוֹ חֹק וּמִשְׁפָּט' כְּלוֹמַר שָׁם נִמְצָא שֵׁם שֶׁמִּסְּפָרוֹ לוֹ שֶׁהוּא 'חַי-חַי' עַל יְדֵי חֹק וּמִשְׁפָּט שֶׁקִּבְּלוּ יִשְׂרָאֵל. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ב, טז) 'דּוֹדִי לִי וַאֲנִי לוֹ' כְּלוֹמַר דּוֹדִי לִי שֶׁהוּא חֶלְקִי מִפְּנֵי כַּשְׁרוּתִי, וְלָכֵן וַאֲנִי לוֹ יֵשׁ לִי שֵׁם 'חַי-חַי' שֶׁהוּא מִסְפַּר ל"ו. וְהִנֵּה ב' תּוֹאֲרִים שֶׁל אָדָם וְאֶחָד שֶׁהֵם מִסְפַּר חֵן וּב' שֵׁמוֹת 'חַי-חַי' שֶׁל גּוּף וְנֶפֶשׁ שֶׁהֵם מִסֵּפֶר לוֹ נִרְמָזִים בְּאוֹתִיּוֹת חַלּוֹן שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת 'חֵן לוֹ' שֶׁזָּכוּ לָהֶם יִשְׂרָאֵל דַּוְקָא וּלְכָךְ אַחַר שֶׁיָּצְאָה בִּתָּם מִכְּלַל יִשְׂרָאֵל וְנִכְנְסָה לְדַת הָעַכּוּ"ם סָתְמוּ חַלּוֹן שֶׁל אוֹתָהּ מִשְׁמָרָה שֶׁעָשׂוּ לָהֶם בִּזָּיוֹן בַּחַלּוֹן שֶׁלָּהֶם.
Et lorsque les Sages entendirent l'affaire, ils fixèrent son anneau et bouchèrent sa niche. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle on lui a infligé l'humiliation par ces deux choses précisément -- l'anneau et la fenêtre -- est la suivante. Il est connu qu'il n'y a de réception (yenika) depuis la lumière enveloppante (or makif) que pour Israël seul, et non pour les nations, qui sont du côté du serpent (sitra de-nahach), dont il est écrit (Berechit 3,1) : et le serpent était rusé -- parce que les kelipot n'ont aucune réception depuis la lumière enveloppante. C'est pourquoi, après que leur fille eut apostasié, sortant du peuple d'Israël qui reçoit de la lumière enveloppante, et fut entrée dans la religion des nations extérieures qui n'en reçoivent rien, on a fixé son anneau : car l'anneau, par sa forme et par sa nature même, est une chose qui entoure -- pour en faire le rappel. Et quant au fait qu'on ait bouche sa fenêtre, l'humiliation portée sur la fenêtre tient à ce que les lettres du mot halon (fenêtre) contiennent une allusion à l'honneur d'Israël. Car le titre adam est donné à Israël seul, et les nations ne sont pas appelées adam, parce que adam a la valeur numérique 45, qui est celle du Nom Havaya épelé avec des alefin (youd-hé vav-hé = 45). De plus, eux seuls ont mérité le titre ehad (un), comme il est écrit (Chemouel II 7,23) : et qui est comme ton peuple Israël, une nation une (goy ehad) sur la terre. Et par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Kohelet 7,28) : un adam sur mille (elef) j'ai trouvé -- où elef fait allusion à l'étude de la Torah, comme dans (Tehilim 55,14) aloufi ou-meyoudai ; c'est-à-dire : le titre adam et le titre ehad, je les ai trouvés par l'elef, l'étude de la Torah. Or ces deux titres font ensemble le nombre hen (grâce) [adam 45 + ehad 13 = hen 58]. Et par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, ce qui est dit de la Torah (Michle 5,19) : biche d'amours et gazelle de grâce (yaalat hen), et de même (Michle 4,9) : elle donnera à ta tête une couronne de grâce (livyat hen). De plus, par la Torah, Israël a mérité le titre haï (vivant), tant pour la part du corps que pour la part de l'âme ; c'est ce qui est dit (Devarim 4,4) : et vous qui vous attachez à Hachem votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui -- c'est-à-dire : vous, corps et âme, vous êtes tous vivants, le corps et l'âme. C'est pourquoi il est écrit (Chemouel II 23,20) : et Benayahou fils de Yehoyada, fils d'un homme vivant (ben ich haï) -- deux fois haï, pour le corps et pour l'âme, ce qui fait le nombre 36 (lo). Et par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Chemot 15,25) : là Il lui posa un décret et une loi (cham sam lo hok ou-michpat) -- c'est-à-dire : là se trouve le Nom dont le nombre est 36 (lo), qui est haï-haï, par le décret et la loi qu'Israël a reçus. Et c'est ce qui est dit (Chir Hachirim 2,16) : mon bien-aimé est à moi et moi à lui (ani lo) -- c'est-à-dire : mon bien-aimé est à moi, il est ma part en raison de ma droiture, et c'est pourquoi ani lo, j'ai le Nom haï-haï, qui est le nombre 36 (lamed-vav). Or les deux titres adam et ehad, qui font le nombre hen, et les deux noms haï-haï du corps et de l'âme, qui font le nombre lo, sont tous deux inscrits en allusion dans les lettres de halon, qui sont les lettres de hen lo -- ce qu'Israël seul à mérité. Et c'est pourquoi, après que leur fille fut sortie du peuple d'Israël et entrée dans la religion des nations, on a bouche la fenêtre de ce michmar-là : on leur a infligé l'humiliation par leur propre fenêtre.
💡 Explication

Le folio quitte la comptabilité pour le récit. Myriam bat Bilga -- fille d'une famille sacerdotale, précise Rachi -- apostasie, épouse un officier grec, et entre avec les envahisseurs dans le Heikhal. Son geste est double : elle frappe le mizbeah du pied, avec sa sandale (le contact le plus méprisant possible) et elle l'interpelle en grec : loukos, loup. Le reproche n'est pas l'incroyance mais l'inefficacité -- tu consommes et tu ne protèges pas.

La sanction, prononcée après la victoire hachmonéenne selon Rachi, est matérielle et permanente : on fixe l'anneau du michmar (l'anneau du sol servant à immobiliser l'animal, rendu inutilisable) et l'on bouche sa niche (le logement de ses couteaux). Deux équipements ordinaires, transformés en monument d'infamie.

Le Ben Yehoyada lit ces deux objets comme un langage : l'anneau, forme circulaire, renvoie à l'or makif, la lumière enveloppante dont seul Israël reçoit ; la fenêtre, halon, se lit comme hen lo et condense les titres réservés à Israël. On ne punit pas au hasard -- on retire les signes mêmes de l'appartenance dont la fille est sortie.

🖼️ Schéma
Deux versions de la faute de Bilga -- et pourquoi une seule pose problème Même sanction dans les deux récits ; mais l'un l'explique tout seul, l'autre exige deux étapes de justification Tana kama -- Myriam bat Bilga une faute individuelle, féminine, extérieure au michmar Yech omrim -- le michmar tardait une faute collective, commise par le michmar lui-même Le fait rapportéMyriam, fille du michmar de Bilga, apostasie,épouse un officier grec, entre avec eux dansle Heikhal et frappe le mizbeah du pied.Le michmar de Bilga tarde à arriver quandvient sa semaine. Yechevav, qui devaitsortir, reste et sert à sa place.Ce qui est reprocheUne parole de mépris envers le service :loukos loukos, jusqu'à quand dévoreras-tu lesbiens d'Israël sans nous défendre ?Un mépris en actes : on ne se présente pas àson tour. Rachi : mokhah milta -- celaprouve que le service ne leur était pascher.La sanctionAnneau fixé, niche bouchée, partagé au sud àperpétuité -- prononcée après la victoire desHachmonaim.Même sanction. La faute étant collective, lasanction collective ne fait pas difficulté.La difficulté du segment 6À cause de la fille, on pénalise le père -- etau-delà, tout le michmar ? Rachi : même lepère, aurait-on dû le punir ?Aucune difficulté : c'est le michmar entierqui a manqué à son tour.La réponse d'AbayeShouta de-yanouka be-shouka : ce que l'enfantdit dans la rue vient de son père ou de samère -- donc les parents. Puis oy la-racha oyli-chkheno pour le reste du michmar.Sans objet. Nafka mina -- ce que la première version oblige à admettre Que la responsabilité se transmet de l'enfant aux parents (éducation), puis des parents au voisinage (solidarité) : deux extensions que la seconde version n'a jamais besoin de poser.
Les deux versions de la faute de Bilga mises en regard : le récit de Myriam est le seul qui rende la sanction collective problématique.
6
וְיֵשׁ אוֹמְרִים: מִשְׁמַרְתּוֹ שׁוֹהָה לָבֹא, וְנִכְנַס יֶשֶׁבָב אָחִיו עִמּוֹ וְשִׁימֵּשׁ תַּחְתָּיו. אַף עַל פִּי שֶׁשְּׁכֵינֵי הָרְשָׁעִים לֹא נִשְׂתַּכְּרוּ, שְׁכֵינַי בִּילְגָּה — נִשְׂתַּכְּרוּ, שֶׁבִּילְגָּה לְעוֹלָם חוֹלֶקֶת בַּדָּרוֹם, וִישַׁבֵּב אָחִיו בַּצָּפוֹן.

Et certains disent : son michmar tardait à venir, et Yechevav son frère entra avec lui et servit à sa place. Bien que les voisins des méchants n'y aient jamais rien gagné, les voisins de Bilga, eux, y ont gagné : car Bilga partage toujours au sud, et Yechevav son frère au nord.

📜 Rachi (5)
מִשְׁמַרְתּוֹ שֶׁל בִּילְגָּה שׁוֹהָה לָבֹא כְּשֶׁהִגִּיעַ שַׁבָּת שֶׁלָּהּ לֹא הָיוּ בָּאִים וּמוֹכְחָא מִילְּתָא שֶׁאֵין הָעֲבוֹדָה חֲבִיבָה עָלֶיהָ:
Le michmar de Bilga tardait à venir : lorsque venait sa semaine, ils n'arrivaient pas ; et la chose prouve que le service ne lui était pas cher.
וְנִכְנַס יְשַׁבֵּב אָחִיו סֵדֶר מִשְׁמָרוֹת בִּילְגָּה אַחַר יְשַׁבֵּב וּכְשֶׁיְּשַׁבֵּב יוֹצֵא בִּילְגָּה נִכְנַס וּכְשֶׁשָּׁהָה מִשְׁמֶרֶת בִּילְגָּה לָבֹא עִיכְּבָן יְשַׁבֵּב בְּמִשְׁמַרְתּוֹ וְלֹא יָצָא לְפִיכָךְ קְנָסוּהָ:
Et Yechevav son frère entra : dans l'ordre des michmarot, Bilga vient après Yechevav ; quand Yechevav sort, Bilga entre. Et lorsque le michmar de Bilga tarda à venir, Yechevav retint les siens dans son propre tour de garde et ne sortit pas -- c'est pourquoi on l'a pénalisé.
ואע"פ שֶׁכָּל שְׁכֵינַי הָרְשָׁעִים לֹא נִשְׂתַּכְּרוּ דְּאוֹי לָרָשָׁע אוֹי לִשְׁכֵינוֹ:
Et bien que tous les voisins des méchants n'y aient jamais rien gagné : car malheur au méchant, malheur à son voisin.
שְׁכֵינַי בִּילְגָּה נִשְׂתַּכְּרוּ הַייְנוּ יְשַׁבֵּב:
Les voisins de Bilga y ont gagné : c'est-à-dire Yechevav.
שֶׁבִּילְגָּה לְעוֹלָם חוֹלֶקֶת בַּדָּרוֹם וְאַפֵּי' בִּכְנִיסָתוֹ וִישַׁבֵּב לְעוֹלָם בַּצָּפוֹן אַף בִּיצִיאָתוֹ שֶׁהֲרֵי בִּילְגָּה נִכְנַס אַחֲרָיו וְשֶׁבַח הוּא לָהֶם לְחוֹלְקֵי צָפוֹן:
Car Bilga partage toujours au sud : et même lors de son entrée ; et Yechevav toujours au nord, même lors de sa sortie -- puisque c'est Bilga qui entre après lui. Et c'est un honneur, pour ceux qui partagent, que d'être au nord.
💡 Explication

La seconde version déplace entièrement la faute : plus de fille apostate, mais un manquement professionnel et collectif. Le michmar de Bilga arrive en retard à son tour de garde. Rachi tire la conclusion : mokhah milta, la chose prouve que le service ne leur tenait pas à cœur -- et c'est ce mépris tacite qui est sanctionné.

Le détail structurel importe : Yechevav précède immédiatement Bilga dans le cycle des vingt-quatre michmarot. C'est donc lui qui a dû rester en poste et servir à la place des absents. La sanction crée alors une situation permanente : Bilga figé au sud même quand il entre, Yechevav figé au nord même quand il sort.

La guemara relève l'anomalie morale et l'énonce comme telle : la règle veut que le voisin d'un méchant en pâtisse, or Yechevav gagne une place d'honneur à perpétuité. C'est cette formule, oy la-racha oy li-chkheno, qui reviendra au dernier segment du traité.

7
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר מִשְׁמַרְתּוֹ שׁוֹהָה לָבֹא, הַיְינוּ דְּקָנְסִינַן לְכֻולַּהּ מִשְׁמָרָה. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מִרְיָם בַּת בִּילְגָּה שֶׁהֵמִירָה דָּתָהּ, מִשּׁוּם בְּרַתֵּיה קָנְסִינַן לֵיהּ לְדִידֵיהּ? אָמַר אַבַּיֵּי: אִין, כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי: שׁוּתָא דְיַנּוּקָא בְּשׁוּקָא, אוֹ דַאֲבוּהַּ אוֹ דְאִימֵּיהּ.

Certes, selon celui qui dit que son michmar tardait à venir, on comprend que l'on pénalise le michmar tout entier. Mais selon celui qui dit [que c'est à cause de] Myriam fille de Bilga qui apostasia -- à cause de sa fille, le pénaliserions-nous, lui ?

Abaye a dit : oui, comme disent les gens : le parler de l'enfant dans la rue, il le tient de son père ou de sa mère.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם בְּרַתֵּיה קָנְסִינַן לֵיהּ לְדִידֵיהּ כְּלוֹמַר אַפֵּי' לְאַבּוֹהּ מִי הֲוָה לָן לְמִיקְנְסֵיהּ:
À cause de sa fille, le pénaliserions-nous, lui : c'est-à-dire, même son père, aurions-nous dû le pénaliser ?
שׁוּתָא דְיַנּוּקָא בְּשׁוּקָא דְּאָבוּהָ אוֹ דְּאִימֵּיהּ מְשַׁל הֶדְיוֹט הוּא מַה שֶׁהַתִּינוֹק מְדַבֵּר בַּשּׁוּק מֵאָבִיו אוֹ מֵאִמּוֹ שָׁמַע אַף (זֶה) אִם לֹא שָׁמְעָה מֵאָבִיהָ שֶׁהָיָה מְבַזֶּה אֶת הָעֲבוֹדָה לֹא אָמְרָה כֵּן שׁוּתָא דִּיבּוּר כְּמוֹ לָא תִּיפּוֹק לְכוּ שׁוּתָא (ב"ב דַּף לט.) וּבְקִדּוּשִׁין (דַּף ע.) שׁוּתָא דְּמַר לָא יָדַעְנָא:
Le parler de l'enfant dans la rue, [il le tient] de son père ou de sa mère : c'est un proverbe populaire -- ce que l'enfant dit dans la rue, il l'a entendu de son père ou de sa mère. Ici de même : si elle n'avait pas entendu son père mépriser le service [du Temple], elle n'aurait pas parlé ainsi. Chouta signifie parole, comme dans lo tipouk lekhou chouta (Bava Batra 39a), et dans Kidouchin (70a) : chouta de-mar lo yadana -- je ne connais pas le propos du maître.
💡 Explication

La guemara compare le coût des deux versions. Celle du yech omrim ne coûte rien : c'est le michmar qui a fauté, c'est le michmar qui paie. Celle du tana kama exige au contraire deux transferts de responsabilité successifs -- de la fille aux parents d'abord, puis des parents à tout le michmar.

Rachi aiguise l'objection : la question n'est même pas de savoir si l'on peut punir le michmar pour le père, mais si l'on pouvait déjà punir le père lui-même pour ce qu'a fait sa fille adulte, mariée, sortie du peuple.

La réponse d'Abaye est un proverbe et non un raisonnement juridique : shouta de-yanouka be-shouka. Ce qu'un enfant répète au dehors, il l'a entendu au dedans. Le blasphème de Myriam sur le mizbeah n'est donc pas un accident individuel : il rend audible ce qui se disait chez ses parents. La faute reprochée au père n'est pas l'apostasie de sa fille, mais le mépris du service dont elle est le symptôme.

8
וּמִשּׁוּם אֲבוּהּ וְאִימֵּיהּ קָנְסִינַן לְכֻולַּהּ מִשְׁמָרָה? אָמַר אַבַּיֵּי: אוֹי לָרָשָׁע אוֹי לִשְׁכֵינוֹ, טוֹב לַצַּדִּיק טוֹב לִשְׁכֵינוֹ [שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִמְרוּ צַדִּיק כִּי טוֹב כִּי פְרִי מַעַלְלֵיהֶם יֹאכֵלוּ״].

Et à cause de son père et de sa mère, pénaliserions-nous le michmar tout entier ? Abaye a dit : malheur au méchant, malheur à son voisin ; bien au juste, bien à son voisin -- [comme il est dit : "dites du juste qu'il est bon, car ils mangeront le fruit de leurs actes"].

📜 Rachi (1)
אוֹי לָרָשָׁע וְאוֹי לִשְׁכֵינוֹ בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים תַּנְיָא וְחָלְצוּ אֶת הָאֲבָנִים נָגַע בָּאֶבֶן שֶׁבַּמִּקְצוֹעַ שְׁנֵיהֶן חוֹלְצִין ואע"פ שֶׁהַנֶּגַע לֹא נִרְאֶה אֶלָּא בְּבֵיתוֹ שֶׁל זֶה מֵחֲמַת שֶׁהָיְתָה עֵינוֹ צָרָה בְּכֵלָיו חֲבֵירוֹ לָקָה בִּשְׁבִילוֹ מִכָּאן אָמְרוּ אוֹי לָרָשָׁע אוֹי לִשְׁכֵינוֹ וּמִמֵּילָא טוֹב לַצַּדִּיק טוֹב לִשְׁכֵינוֹ דְּמִדָּה טוֹבָה מְרֻובָּה:
Malheur au méchant et malheur à son voisin : il est enseigné dans le Torat Kohanim, [sur le verset] "et ils arracheront les pierres" : si la plaie (nega) a touché une pierre située dans l'angle [entre deux maisons], tous deux doivent l'arracher. Et bien que la plaie ne soit apparue que dans la maison de celui-ci, parce qu'il avait l'œil mauvais à l'égard de ses biens, c'est son compagnon qui a été frappé à cause de lui. De là on a dit : malheur au méchant, malheur à son voisin. Et il en découle de soi-même : bien au juste, bien à son voisin -- car la mesure du bien est plus large.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר אַבַּיֵּי: אוֹי לָרָשָׁע וְאוֹי לִשְׁכֵנוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד יָדוּעַ כָּל יִשְׂרָאֵל תְּלוּיִם וַאֲחוּזִים בִּיסוֹד לָכֵן נִקְרְאוּ כֻּולָּם בְּשֵׁם צַדִּיקִים דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה ס, כא) 'וְעַמֵּךְ כֻּלָּם צַדִּיקִים' כִּי שֵׁם צַדִּיק הוּא בִּיסוֹד וְלָכֵן נִקְרְאוּ כֻּולָּם עַל שֵׁם יוֹסֵף דִּכְתִיב (עָמוֹס ה, טו) 'יַחֲנֹן ה' אֱלֹקִי צִבְקוֹת שְׁאֵרִית יוֹסֵף' וְלָכֵן כְּתִיב (בְּרֵאשִׁית לז, ב) 'אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב יוֹסֵף' כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּעִנְיַן הַלּוּלָב וּמִינָיו עַייֵּן שָׁם. וּלְכָךְ פְּגַם הָעֲוֹנוֹת שֶׁלָּהֶם מַגִּיעַ לַיְּסוֹד יוֹתֵר וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָה נז, א) 'הַצַּדִּיק אָבָד וְאֵין אִישׁ שָׂם עַל לֵב'. וְלָכֵן כְּשֶׁאֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם אָז נִקְרָא הַיְּסוֹד בְּשֵׁם דַּל כִּי בְּחֶטְאָם עוֹשִׂים אוֹתוֹ דַּל ח"ו וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים מא, ב) 'אַשְׁרֵי מַשְׂכִּיל אֶל דָּל' לְתַקְּנוֹ וּלְהַשְׁלִים חֶסְרוֹנוֹ, וְהִנֵּה מִסְפַּר דַּל הַנַּעֲשֶׂה כְּשֶׁאֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם נֶהְפַּךְ לָרְשָׁעִים מִסֵּפֶר אוֹי אוֹי [אוֹי 17 + אוֹי 17= דָּל 34] כָּפוּל שֶׁהוּא אוֹי לָרָשָׁע אוֹי לִשְׁכֵנוֹ כִּי ב' פְּעָמִים דָּל הוּא ב' פְּעָמִים אוֹי. וְלַצַּדִּיקִים שֶׁבָּהֶם נֶהְפַּךְ לִשְׁנֵי פְּעָמִים טוֹב [17] כִּי ב' פְּעָמִים טוֹב הוּא מִסְפַּר דַּל וְהַיְינוּ טוֹב לַצַּדִּיק טוֹב לִשְׁכֵנוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַמִּזְבֵּחַ נִקְרָא כֵּן עַל שֵׁם הַזֶּבַח שֶׁעוֹשִׂין עָלָיו וְהִיא שֶׁבָּעֲטָה בְּסַנְדָּלָהּ עָלָיו וְאָמְרָה לוֹקוּס לוֹקוּס פְּעָמִים נֶהְפַּךְ לְמִשְׁפַּחְתָּהּ מִסְפַּר זֶבַח [17] לְמִסְפַּר אוֹי [17] פַּעֲמַיִים כִּי ב' פְּעָמִים זֶבַח הוּא מִסְפַּר ב' פְּעָמִים אוֹי הֲרֵי נַעֲשָׂה 'אוֹי לָרָשָׁע אוֹי לִשְׁכֵנוֹ' אֲבָל הַצַּדִּיק שֶׁמְּקַייֵּם מִצְוַת הַזֶּבַח בְּכִפְלַיִם אֶחָד בְּמַעֲשֶׂה וְאֶחָד בַּפֶּה דְּ'כֹל הַקּוֹרֵא בְּפָרָשַׁת עוֹלָה כְּאִלּוּ הִקְרִיב עוֹלָה' (מְנָחוֹת קי.) נֶהְפַּךְ לָהֶם מִסְפַּר זֶבַח לְמִסְפַּר טוֹב כִּפְלַייִם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר 'טוֹב לַצַּדִּיק טוֹב לְשִׁכְנוֹ' דְּאִם תַּכְנִיס מנצפ"ך הַכְּפוּלוֹת בְּתוֹךְ אלפ"א בית"א וְתִמְנֶה מִן תַּשְׁרָ"ק עַד צָדִ"י אֶת הָאוֹתִיּוֹת בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה ת"ו שִׁי"ן רֵי"שׁ קוּ"ף צָדִ"י, צָדִ"י נִשְׁלַם מִסְפַּר טו"ב אוֹתִיּוֹת בְּצָדִ"י הַשֵּׁנִי וְזֶהוּ שֶׁאָמַר טוֹב לַצַּדִּיק שֶׁאוֹת צָדִ"י נִשְׁלַם בּוֹ מִסְפַּר טו"ב, וְאִם תִּמְנֶה הָאוֹתִיּוֹת בְּסֵדֶר אבג"ד בִּלְתִּי מִילּוּי וְלֹא תַּכְנִיס אוֹתִיּוֹת הַכְּפוּלוֹת בִּפְנִים כָּזֶה אב"ג דה"ו זחט"י כלמ"נ סע"פ יִהְיֶה אוֹת פ' הוּא אוֹת טו"ב וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר טוֹב לְשִׁכְנוֹ שֶׁל הַצַּדִּיק כִּי אוֹת פ' עוֹמֵד שָׁכֵן לְאוֹת צָדִ"י שֶׁהוּא צַדִּיק, וְנִרְמָז בָּזֶה שֶׁהַצַּדִּיק יוֹצֵא תּוֹעֶלֶת טוֹב מִגּוּפוֹ וְגַם תּוֹעֶלֶת טוֹב מִפִּיו הָרָמוּז בְּאוֹת פֶּה. גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בְּיוֹמָא (יוֹמָא עו.) אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמַע מִינָּה, כָּסָא דְּדָוִד לְעָלְמָא דְּאָתֵי מָאתַן וְעֶשְׂרִין וְחַד לֻוגָּא מַחֲזִיק, שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים כג, ה) 'כּוֹסִי רַוְיַהּ'. 'רַוְיֵהּ' [221] בְּגֵימַטְרְיָא הָכִי הָווּ, וְכָתַב הרמ"ז [הָרַב מֹשֶׁה זְכוּת] זַ"ל אר"ך נְהוֹרִין לוֹקֵחַ הַתִּפְאֶרֶת מִן ש"ע נְהוֹרִין דַּאֲרִיךְ בְּסוֹד כּוֹסִי 'רְוָיָה' עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא לְפִי זֶה רכ"א הַנִּזְכָּר הֵם רֶמֶז לרכ"א אוֹרוֹת וְיָדוּעַ דְּאֵלּוּ רכ"א אוֹרוֹת יָאִירוּ בִּיסוֹד וְלָכֵן הַיְּסוֹד נִקְרָא צַדִּיק [204] וְנִקְרָא טוֹב [17] וּמִסְפַּר שְׁנֵיהֶם עוֹלֶה רכ"א [221] וְאֵלּוּ הרכ"א אוֹרוֹת הֵם טוּבוֹ שֶׁל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהוּא בַּמַּלְכוּת שֶׁהוּא שֶׁכֵּן הַצַּדִּיק שֶׁהוּא יְסוֹד הַנִּזְכָּר וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר כּוֹסִי 'רְוָיָה' דְּהוּא מִסְפַּר רכ"א. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר טוֹב לַצַּדִּיק רוֹצֶה לוֹמַר מִסֵּפֶר טוֹב לַצַּדִּיק שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ נִשְׁלַם בּוֹ מִסֵּפֶר רכ"א כְּנֶגֶד רכ"א אוֹרוֹת הַמְּאִירִים בּוֹ אֵלּוּ הֵם טוֹב לִשְׁכֵנוֹ שֶׁל הַצַּדִּיק הוּא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁכּוֹסוֹ 'רְוָיָה' שֶׁהוּא מִסֵּפֶר רכ"א. וּבְנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו פֵּירֵשׁ 'טוֹב לַצַּדִּיק טוֹב לִשְׁכֵנוֹ' הוּא נִשְׁמַת צַדִּיק אַחַר שֶׁבָּאָה אֶצְלוֹ בְּסוֹד הָעִיבּוּר שֶׁיֵּשׁ לָהּ חֵלֶק בִּשְׂכַר מִצְוֹת דַּוְקָא וְאֵין מַגִּיעַ נֶזֶק מִצַּד הָעֲוֹנוֹת וְזֶהוּ טוֹב לִשְׁכֵנוֹ, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו. וְהִנֵּה עֲדַיִין צָרִיךְ לְהָבִין בְּמַאֲמַר הַזֶּה אַמַּאי הֻוצְרַךְ לְהָבִיא חֲלֻוקָּה זוֹ ד'טוֹב לַצַּדִּיק טוֹב לִשְׁכֵנוֹ' דְּכָאן מַייְרֵי ב'אוֹי לָרָשָׁע וְאוֹי לִשְׁכֵנוֹ' וְאַף עַל גַּב דִּלְפִי פְּשׁוּטוֹ הוּא לְסַייֵּם בְּדָבָר טוֹב, הִנֵּה נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמַר 'טוֹב לַצַּדִּיק טוֹב לִשְׁכֵנוֹ' לָתֵת טַעַם עַל אוֹמְרוֹ 'אוֹי לָרָשָׁע וְאוֹי לִשְׁכֵנוֹ', דְּקָשֶׁה מָה חֵטְא הַשָּׁכֵן כְּדֵי שֶׁיִּלְקֶה? לָזֶה אָמַר הַטַּעַם הוּא מִפְּנֵי כִּי 'טוֹב לַצַּדִּיק טוֹב לִשְׁכֵנוֹ' וְעַל זֶה אֵין לְבַקֵּשׁ טַעַם כִּי כָּךְ מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם בִּרְבוֹת הַטּוֹבָה רַבּוּ אוֹכְלֶיהָ עַל כֵּן זֶה הַשָּׁכֵן שֶׁל הָרָשָׁע שֶׁלֹּא הִשְׁתַּדֵּל לִהְיוֹת שָׁכֵן לַצַּדִּיק הֲרֵי זֶה מָאַס בַּטּוֹב וְלֹא הוֹדָה בַּטּוֹב הַנִּמְשָׁךְ מִן הַצַּדִּיק לָכֵן בַּעֲבוּר זֶה רָאוּי שֶׁיִּהְיֶה לוֹ אוֹי תְּמוּרַת טוֹב וְיִהְיֶה אוֹי לִשְׁכֵנוֹ. אוֹ יוּבַן הַכַּוָּנָה מֵאַחַר שֶׁלֹּא הִתְחַבֵּר לַצַּדִּיק נִמְצָא חָשַׁב בְּדַעְתּוֹ שֶׁאֵין הִתְעָרְבוּת לְיִשְׂרָאֵל זֶה בָּזֶה אֶלָּא כָּל אֶחָד פּוֹעֵל שֶׁלּוֹ לְעַצְמוֹ בִּלְבַד וְאֵין שַׁיָּיכוּת לָזֶה עִם זֶה, עַל כֵּן בְּדִין הוּא שֶׁיִּרְאוּ לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם בַּנִּסָּיוֹן אֵיךְ יִשְׂרָאֵל מְעֹורָבִים זֶה בָּזֶה וּבְמַה יִרְאוּ לוֹ אִם בְּעִנְיָן טוֹב הֲרֵי חוֹטֵא נִשְׂכָּר! לְכָךְ מֻוכְרָח שֶׁיִּרְאוּ לוֹ הִתְקַשְּׁרוּת וְהִתְעָרְבוּת יִשְׂרָאֵל זֶה בָּזֶה בְּעִנְיָן רַע שֶׁיֵּרָאֶה בְּעֵינָיו אֵיךְ יִהְיֶה 'אוֹי לָרָשָׁע וְאוֹי לִשְׁכֵנוֹ', וּבָזֶה יָבִין כִּי יִשְׂרָאֵל מְעֹורָבִים וּקְשׁוּרִים זֶה בָּזֶה. וְהִנֵּה כֵּיוָן דְּאָמַר קְרָא (יְשַׁעְיָהוּ ג, י) 'אִמְרוּ צַדִּיק כִּי טוֹב' מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ דְּהַשֶּׁבַח שֶׁיְּשַׁבְּחוּ לַצַּדִּיק הוּא עַל הַטּוֹב שֶׁיִּהְיֶה מִסִּיבָּתוֹ לַאֲחֵרִים כִּי עַל הַטּוֹב הַמַּגִּיעַ לְעַצְמוֹ מַה טַעַם יֵשׁ לְשַׁבְּחוֹ דְּאִם רָאִיתָ אֶחָד אוֹכֵל תַּרְנְגֹולֶת פְּטוּמָה אֵין לוֹ שֶׁבַח עַל זֶה דִּלְפִי עָושְׁרוֹ רָאוּי הוּא שֶׁיֹּאכַל מַאֲכָל חָשׁוּב כֵּן הַצַּדִּיק לְפִי צִדְקָתוֹ רָאוּי שֶׁיִּהְיֶה לוֹ טוֹב אֲבָל אִם רָאִיתָ אֶחָד מַאֲכִיל לַאֲחֵרִים תַּרְנְגֹולֶת פְּטוּמָה רָאוּי לוֹ הַשֶּׁבַח לְשַׁבְּחוֹ בָּזֶה, כֵּן הַצַּדִּיק כַּאֲשֶׁר יַגִּיעַ מִסִּיבָּתוֹ טוֹב לִשְׁכֵינוֹ רָאוּי לְשַׁבְּחוֹ וּלְכָךְ אָמַר 'אִמְרוּ צַדִּיק כִּי טוֹב' כְּלוֹמַר כִּי הוּא יְסַבֵּב טוֹב לַאֲחֵרִים. וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּיָלֵיף זֶה מֵאוֹמְרוֹ 'כִּי פְּרִי מַעַלְלֵיהֶם יֹאכֵלוּ' נִמְצָא טוֹב הַצַּדִּיק עוֹשֶׂה פְּרִי וְהַיְינוּ מַה שֶׁהוּא טוֹב לִשְׁכֵנוֹ הִנֵּה זֶה נֶחְשָׁב פְּרִי, וּבְסוֹף הַפָּסוּק הַזֶּה נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רז"ל (חֲגִיגָה טז:) הַצַּדִּיק נוֹטֵל חֶלְקוֹ וְחֵלֶק חֲבֵירוֹ בְּגַן עֵדֶן, אַךְ מְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּבֵיאוּר 'וְשִׂים חֶלְקֵנוּ עִמָּהֶם' דְּאַחַר שֶׁיַּעֲשֶׂה חֲבֵירוֹ תְּשׁוּבָה מַחֲזִיר לוֹ חֶלְקוֹ. וְחִקַּרְנוּ בַּדְּרוּשִׁים בס"ד אִם כֵּן מַה תּוֹעֶלֶת יֵשׁ לַצַּדִּיק בָּזֶה? וְכָתַבְנוּ שֶׁיֵּשׁ לוֹ תּוֹעֶלֶת מִן הַפֵּירוֹת שֶׁל מִצְוֹת חֲבֵירוֹ שֶׁכָּל זְמַן אֲשֶׁר חִלֵּק הַמִּצְוֹת שֶׁל חֲבֵירוֹ אֶצְלוֹ עַד שֶׁיַּשְׁלִים תְּשׁוּבָתוֹ הוּא יֹאכַל פֵּירוֹתֵיהֶם שֶׁל אוֹתָם מִצְוֹת. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר 'אִמְרוּ צַדִּיק כִּי טוֹב' הוּא מִצַּד חֶלְקוֹ וְעוֹד יֵשׁ שֶׁבַח לַצַּדִּיקִים מִצַּד תּוֹסֶפֶת הַמַּגִּיעַ לָהֶם מֵחֶלְקֵי מִצְוֹת שֶׁל אֲחֵרִים דְּאַף עַל פִּי שֶׁמַּחֲזִירִים לָהֶם חֶלְקָם הַפֵּירוֹת שֶׁלָּהֶם וְזֶה כִּי 'כִּי פְּרִי מַעַלְלֵיהֶם יֹאכֵלוּ' חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וּקְרֵי בָּהּ 'מֵעַל לָהֶם' פֵּירוּשׁ אוֹתָם שֶׁחָטְאוּ שֶׁהָיָה לָהֶם מַעַל בְּמַעֲשֵׂיהֶם שֶׁאָז חֶלְקֵי מִצְוֹת שֶׁלָּהֶם נִתָּנִים לַצַּדִּיקִים הִנֵּה הַפֵּירוֹת שֶׁל חֶלְקֵיהֶם יֹאכְלוּ הַצַּדִּיקִים וַהֲרֵי יֵשׁ כָּאן פְּרִי צַדִּיק עֵץ חַיִּים .
Abaye a dit : malheur au méchant et malheur à son voisin. Il me semble, avec l'aide du Ciel : il est connu que tout Israël est suspendu et attaché au Yessod ; c'est pourquoi tous sont appelés du nom de tsadikim, comme il est écrit (Yechayahou 60,21) : et ton peuple, tous sont des justes -- car le nom tsadik désigne le Yessod. Et c'est pourquoi tous sont appelés du nom de Yossef, comme il est écrit (Amos 5,15) : Hachem, Dieu des armées, prendra en grâce le reste de Yossef ; et c'est pourquoi il est écrit (Berechit 37,2) : voici les engendrements de Yaakov -- Yossef, ainsi que l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, à propos du loulav et de ses espèces, vois-le là. Et pour cette raison, le dommage de leurs fautes atteint le Yessod plus que tout, comme il est dit (Yechayahou 57,1) : le juste périt et nul ne le prend à cœur. Aussi, lorsqu'on ne fait pas la volonté du Lieu, le Yessod est-il appelé du nom de dal (pauvre), car par leur faute ils le rendent pauvre, à Dieu ne plaise ; c'est ce qui est dit (Tehilim 41,2) : heureux celui qui considère le pauvre (dal) -- pour le réparer et combler son manque. Or le nombre dal, qui se produit lorsqu'on ne fait pas la volonté du Lieu, se change pour les méchants en deux fois le nombre oy [oy 17 + oy 17 = dal 34] : car deux fois dal, c'est deux fois oy -- et c'est là malheur au méchant, malheur à son voisin. Et pour les justes, il se change en deux fois tov [17], car deux fois tov fait le nombre dal -- et c'est là bien au juste, bien à son voisin. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le mizbeah est ainsi nommé à cause du zevah (sacrifice) que l'on y offre ; et elle, qui l'a frappé du pied avec sa sandale et a dit deux fois loukos, loukos, a changé pour sa famille le nombre zevah [17] en deux fois le nombre oy [17] : car deux fois zevah, c'est deux fois oy -- et voilà malheur au méchant, malheur à son voisin. Mais le juste, qui accomplit la mitsva du zevah doublement -- une fois en acte et une fois par la bouche, car quiconque lit la section de la ola, c'est comme s'il avait offert une ola (Menahot 110a) -- pour lui le nombre zevah se change doublement en le nombre tov. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à ce qu'il a dit bien au juste, bien à son voisin : si tu introduis les lettres finales mantsepakh dans l'alphabet et que tu comptes depuis tachrak jusqu'à tsadi les lettres avec leur pleine graphie, ainsi -- tav, chin, rech, kof, tsadi --, le nombre tov s'achève au second tsadi ; c'est ce qu'il a dit tov la-tsadik, car c'est à la lettre tsadi que s'achève le nombre tov. Et si tu comptes les lettres dans l'ordre alef-bet-guimel-dalet sans les pleines graphies et sans y introduire les lettres finales, ainsi -- alef bet guimel, dalet hé vav, zayin het têt youd, kaf lamed mem noun, samekh ayin pe --, la lettre pe se trouve être la lettre du nombre tov ; et c'est ce qui est dit tov li-chkheno, bien au voisin du juste, car la lettre pe est voisine de la lettre tsadi, qui est le tsadik. Il y a là une allusion : du juste sort un bien utile par son corps, et aussi un bien utile par sa bouche, ce à quoi fait allusion la lettre pe [peh, la bouche]. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : il est enseigné dans Yoma (76a) : Abaye a dit, apprends de là que la coupe de David pour le monde à venir contient deux cent vingt et un log, comme il est dit (Tehilim 23,5) : ma coupe est comble (revaya) -- revaya [221] a exactement cette valeur numérique. Et le Ramaz [Rabbi Moche Zacuto], de mémoire bénie, a écrit : Arikh prend les lumières pour le Tiferet parmi les 370 lumières d'Arikh, dans le secret de kossi revaya, vois-le là. Il en résulte que ces 221 sont une allusion aux 221 lumières ; et il est connu que ces 221 lumières éclairent dans le Yessod. C'est pourquoi le Yessod est appelé tsadik [204] et est appelé tov [17], et le nombre des deux ensemble fait 221. Et ces 221 lumières sont le bien de David, roi d'Israël, la paix soit sur lui, qui se tient dans la Malkhout, laquelle est la voisine du Tsadik qui est le Yessod mentionné, comme il est dit : ma coupe est comble (revaya), qui est le nombre 221. Et c'est ce qui est dit tov la-tsadik -- c'est-à-dire : le nombre tov ajouté au nombre tsadik, par quoi s'achève en lui le nombre 221, correspondant aux 221 lumières qui l'éclairent ; et celles-ci sont tov li-chkheno, le bien pour le voisin du juste, qui est David roi d'Israël, la paix soit sur lui, dont la coupe est comble (revaya), soit le nombre 221. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rabbi Yaakov, que Dieu le garde, a expliqué bien au juste, bien à son voisin : il s'agit de l'âme d'un autre juste qui vient chez lui dans le secret du ibour [la gestation des âmes], laquelle a part au salaire des mitsvot seulement, sans qu'aucun dommage ne lui parvienne du côté des fautes -- et c'est cela bien à son voisin. Fin de ses paroles, que Dieu le garde. Or il reste encore à comprendre, dans cet énoncé, pourquoi il a fallu apporter cette seconde moitié, bien au juste bien à son voisin, alors qu'il est ici question de malheur au méchant malheur à son voisin. Et bien que, selon le sens simple, ce soit pour conclure sur une parole de bien, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a dit tov la-tsadik tov li-chkheno pour donner la raison de oy la-racha oy li-chkheno. Car la difficulté est : en quoi le voisin a-t-il fauté, pour être frappé ? À cela il répond que la raison en est que bien au juste, bien à son voisin -- et de cela il n'y a pas à chercher de raison, car ainsi va le monde : quand le bien abonde, ceux qui en mangent abondent. Dès lors, ce voisin du méchant, qui ne s'est pas efforcé d'être voisin d'un juste, a par là même méprisé le bien et n'a pas reconnu le bien qui découle du juste ; c'est pourquoi il mérite d'avoir oy en échange de tov, et il y a malheur à son voisin. Ou bien l'on comprendra ainsi : puisqu'il ne s'est pas attaché au juste, il se trouve qu'il pensait en son cœur qu'il n'y a pas d'entrelacement entre les membres d'Israël, mais que chacun agit pour lui seul et que l'un n'a rien à voir avec l'autre. Il est donc juste qu'on lui montre du Ciel, par une épreuve, combien les membres d'Israël sont mêlés les uns aux autres. Et par quel moyen le lui montrer ? Si c'était par une chose bonne, voilà que le fauteur y gagnerait ! Il faut donc nécessairement lui montrer le lien et l'entrelacement d'Israël les uns avec les autres par une chose mauvaise, afin qu'il voie de ses yeux comment il y a malheur au méchant, malheur à son voisin -- et par là il comprendra qu'Israël sont mêlés et liés les uns aux autres. Or, puisque le verset dit (Yechayahou 3,10) : dites du juste qu'il est bon, il faut nécessairement expliquer que la louange dont on loue le juste porte sur le bien qui vient à d'autres par son entremise ; car pour le bien qui lui parvient à lui-même, quelle raison y aurait-il de le louer ? Si tu vois quelqu'un manger une poule engraissée, il n'y a là aucune louange pour lui : étant donné sa richesse, il est normal qu'il mange un mets de valeur ; de même le juste, étant donné sa justice, il est normal qu'il ait du bien. Mais si tu vois quelqu'un donner à manger à d'autres une poule engraissée, il mérite qu'on l'en loue ; de même le juste, lorsque par son entremise du bien parvient à son voisin, il mérite qu'on l'en loue. C'est pourquoi il est dit : dites du juste qu'il est bon -- c'est-à-dire qu'il fait venir le bien à d'autres. Il me semble encore qu'on l'apprend de ce qui est dit : car ils mangeront le fruit de leurs actes. Il se trouve que le bien du juste porte du fruit -- et ce fruit, c'est précisément le fait qu'il soit bon pour son voisin. Et quant à la fin de ce verset, il me semble, avec l'aide du Ciel : on connaît ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Haguiga 16b), que le juste prend sa part et la part de son compagnon au Gan Éden ; mais il est expliqué dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, sur ve-sim helkenou imahem, qu'après que son compagnon aura fait techouva, il lui rend sa part. Et nous avons examiné dans nos drachot, avec l'aide du Ciel : s'il en est ainsi, quel bénéfice le juste en retire-t-il ? Et nous avons écrit qu'il en retire le bénéfice des fruits des mitsvot de son compagnon : car tout le temps que la part des mitsvot de son compagnon se trouve chez lui, jusqu'à ce que celui-ci achève sa techouva, c'est lui qui en mange les fruits. Et c'est ce qui est dit : dites du juste qu'il est bon -- du côté de sa propre part ; et il y a encore une louange pour les justes du côté du surcroît qui leur parvient des parts de mitsvot des autres, car bien qu'ils leur rendent leur part, les fruits leur restent. Et c'est le sens de : car le fruit de leurs actes (maalleihem) ils mangeront -- divise le mot en deux et lis-y maal lahem : ceux qui ont fauté, dont les actes comportaient une infidélité (maal), leurs parts de mitsvot sont données aux justes, et voici que les justes en mangeront les fruits. Il y a donc bien là un fruit du juste, arbre de vie.
💡 Explication

Dernière objection du traité : admettons que les parents soient responsables -- mais tout le michmar ? Abaye ne raisonne plus, il énonce une loi du monde : oy la-racha oy li-chkheno. Le mal ne reste pas confiné dans le périmètre de son auteur.

Rachi lui donne une base scripturaire précise, tirée du Torat Kohanim sur la nega ba-bayit (la plaie qui atteint une maison) : si la pierre touchée se trouve dans l'angle mitoyen, les deux propriétaires doivent l'arracher -- alors que la plaie, elle, ne punit que l'avare à l'ayin ra'a. Le voisin innocent perd sa pierre. C'est exactement la structure du cas Bilga.

Puis la guemara retourne la règle et sort par le haut : tov la-tsadik tov li-chkheno. Rachi explique qu'aucune source nouvelle n'est nécessaire, car mida tova merouba -- la mesure du bien est toujours plus large que celle du châtiment. Le traité Souka, qui parlait de cabanes fragiles et de voisinage forcé, ne pouvait pas mieux finir : le même lien qui fait payer le voisin du méchant fait profiter, et davantage, le voisin du juste.

🖼️ Schéma
Oy la-racha oy li-chkheno -- et pourquoi le traité se clôt sur le revers Une règle de solidarité qui punit, et sa symétrique qui récompense davantage La source citée par Rachi -- Torat Kohanim, sur le nega ba-bayit Si la plaie touche une pierre placée dans l'angle entre deux maisons, LES DEUX propriétaires doivent arracher la pierre. La plaie n'est pourtant apparue que chez l'avare, celui qui avait ayin ra'a à l'égard de ses biens. Le voisin est frappé à cause de lui. OY LA-RACHA -- OY LI-CHKHENO Malheur au méchant, malheur à son voisin. Application au folio : le michmar de Bilga tout entier paie pour la maison d'une seule famille. Ce que cette règle énonce : les fautes ne restent pas enfermées dans le périmètre de leur auteur. TOV LA-TSADIK -- TOV LI-CHKHENO Bien au juste, bien à son voisin. Application au folio : Yechevav, simple voisin de rang, gagne le nord à perpétuité sans rien avoir fait. Yechayahou 3,10 : imrou tsadik ki tov, ki péri maalleihem yokhelou. Le raisonnement de Rachi : mida tova merouba Le second membre n'a pas besoin de source propre : il se déduit du premier. Si le mal déborde sur le voisin, le bien déborde à plus forte raison -- car la mesure du bien est toujours la plus large. Pourquoi la phrase clôt le traité Souka s'achève sur une sanction collective. La guemara refuse de laisser la dernière image être celle du châtiment : elle retourne la règle et sort par le bien.
La règle du voisinage et son revers : ce qui condamne le michmar de Bilga est aussi ce qui a enrichi celui de Yechevav.
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הֲדַרַן עֲלָךְ הֶחָלִיל וּסְלִיקָא לַהּ מַסֶּכֶת סֻוכָּה

Hadran alakh Hé-halil -- nous reviendrons vers toi, [chapitre] La flûte -- et voici achevé le traité Souka.

💡 Explication

Formule de clôture. Hadran alakh -- littéralement nous sommes revenus vers toi, ou nous reviendrons vers toi -- s'adresse au chapitre achevé, ici Hé-halil (La flûte), cinquième et dernier chapitre du traité. La formule dit à la fois la fin de l'étude et la promesse d'y revenir : ce qu'on quitte, on ne l'abandonne pas.

Ve-slika la masekhet Souka ajoute que c'est le traité tout entier qui s'achève. Cinquante-six folios ouverts sur les dimensions d'une cabane et refermés sur une règle de solidarité entre voisins.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).