Sougya : Le traité s'ouvre sur la question du moment où l'on commence à dire machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem dans la deuxième bénédiction de la amida. Rabbi Eliezer fixe ce début au premier jour de fête de Souccot, Rabbi Yehochoua au dernier ; leur échange dégage une distinction décisive entre la simple mention de la pluie et la demande de pluie, puis Rabbi Yehouda précise, pour les deux extrémités de la période, quel officiant mentionne et lequel ne mentionne pas.
La guemara demande d'abord d'où le tana tient l'obligation de mentionner, écarte le rattachement au traité Berakhot et conclut que la michna prolonge celle de Roch Hachana sur le jugement de l'eau à Souccot. Elle établit ensuite, par une gezera chava sur le mot hekker, pourquoi la pluie est appelée guevoura, et d'où vient que la mention se fait dans la prière.
Le folio s'achève sur la parole de Rabbi Yo'hanan : trois clefs n'ont pas été confiées à un envoyé, celle des pluies, celle de la parturiente et celle de la résurrection des morts.
À partir de quand mentionne-t-on les guevourot guechamim, la puissance des pluies ? Rabbi Eliezer dit : depuis le premier jour de fête de Souccot.
Rabbi Yehochoua dit : depuis le dernier jour de fête de Souccot.
La michna qui ouvre le traité porte sur une formule de la amida : machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem, « Il fait souffler le vent et descendre la pluie ». Elle se dit dans la deuxième bénédiction, celle de la résurrection des morts. La question porte uniquement sur le moment où cette formule commence à être dite.
L'expression guevourot guechamim se traduit littéralement par « puissances des pluies ». La guemara reviendra plus bas sur ce choix de mot, qui n'a rien d'anodin.
Les deux positions encadrent la fête : Rabbi Eliezer place le début à son ouverture, Rabbi Yehochoua à sa clôture, c'est-à-dire à Chemini Atseret, jour où l'on ne siège plus dans la soucca.
Rabbi Yehochoua lui dit : puisque la pluie n'est qu'un signe de malédiction pendant la fête, pourquoi la mentionne-t-on ? Rabbi Eliezer lui dit : moi non plus je n'ai pas parlé de demander, mais seulement de mentionner « Il fait souffler le vent et descendre la pluie » en sa saison.
Il lui dit : s'il en est ainsi, qu'on la mentionne toujours !
L'échange isole la distinction qui commande tout le traité : d'un côté la hazkara, la mention de la pluie, formulée comme une louange dans la deuxième bénédiction ; de l'autre la cheela, la demande de pluie, formulée comme une requête dans la neuvième bénédiction.
Rabbi Eliezer répond à l'objection en séparant les deux : mentionner la pluie à Souccot ne revient pas à la demander, donc le caractère importun de la pluie pendant la fête ne s'y oppose pas.
Rabbi Yehochoua retourne l'argument. Une louange pure n'aurait aucune raison de s'arrêter ; or on cesse de la dire à Pessa'h. Le fait même qu'elle ait un terme montre qu'elle reste attachée à la saison, et donc à la demande.
On ne demande la pluie que peu avant la saison des pluies. Rabbi Yehouda dit : celui qui passe devant l'arche le dernier jour de fête de Souccot — le dernier mentionne, le premier né mentionne pas.
Le premier jour de fête de Pessa'h — le premier mentionne, le dernier ne mentionne pas.
« Passer devant l'arche » désigne l'officiant qui dirige la prière publique. Rabbi Yehouda affine la règle jusqu'à l'office : à Chemini Atseret, le premier officiant, celui de chaharit, ne mentionne pas encore la pluie, tandis que le dernier, celui de moussaf, la mentionne.
Au terme de la période, le premier jour de fête de Pessa'h, la répartition s'inverse : chaharit mentionne encore, moussaf ne mentionne plus. La limite passe donc à l'intérieur de la journée, entre deux offices.
Guemara. Où le tana se tient-il, pour enseigner « à partir de quand » ?
Le tana se tient là-bas —
La formule « à partir de quand » suppose une obligation déjà connue : on ne demande pas le moment de départ d'une chose qui n'a pas encore été instituée. La guemara cherche donc le texte qui fonde cette obligation.
Tana heikha kai, « où le tana se tient-il », est une question de construction : à quelle michna antérieure celle-ci s'adosse-t-elle.
Car il y est enseigné : on mentionne la puissance des pluies dans la bénédiction de la résurrection des morts, on demande la pluie dans la bénédiction des années, et la havdala dans la bénédiction « qui accorde la connaissance ». Et il est enseigné : à partir de quand mentionne-t-on la puissance des pluies.
La michna de Berakhot 33a répartit trois insertions dans la amida : la mention de la pluie dans la deuxième bénédiction, la demande de pluie dans la neuvième, et la havdala dans la quatrième. C'est de là que viendrait l'obligation supposée par notre michna.
Alors qu'il l'enseigne là-bas ! Qu'y a-t-il de différent, pour qu'il l'ait laissé jusqu'ici ?
L'objection porte sur l'économie générale de la Michna. Si notre enseignement prolonge celui de Berakhot, il devrait figurer à sa suite, dans l'ordre Zeraim, et non se trouver reporté bien plus loin, dans l'ordre Moed.
Plutôt : le tana vient d'achever Roch Hachana, comme nous l'avons appris : « et à Souccot on est jugé sur l'eau ». Et puisqu'il a enseigné « et à Souccot on est jugé sur l'eau », il a enseigné « à partir de quand mentionne-t-on la puissance des pluies ».
La guemara change de rattachement. Notre michna ne prolonge pas Berakhot mais le traité Roch Hachana, qui appartient au même ordre Moed et qui enseigne qu'à Souccot le monde est jugé sur l'eau. Le problème de l'ordre des traités disparaît.
Le lien est de contenu : puisque le jugement sur l'eau tombe à Souccot, c'est à ce moment qu'il convient d'introduire le sujet des eaux dans la prière, pour apaiser avant de demander.
Et qu'il enseigne donc « à partir de quand mentionne-t-on la pluie » ! Que signifie « la puissance des pluies » ?
Rabbi Yo'hanan dit : parce qu'elles descendent avec puissance, ainsi qu'il est dit : « Il fait de grandes choses insondables, des merveilles sans nombre » ; et il est écrit : « Il donne la pluie sur la face de la terre et envoie les eaux sur la face des campagnes ».
L'objection porte cette fois sur le vocabulaire de la michna. Le mot guevourot est superflu si l'on veut seulement fixer une date : il suffirait de dire « à partir de quand mentionne-t-on la pluie ».
Rabbi Yo'hanan répond que le terme est exact : les pluies descendent bi-guevoura, avec puissance. Les deux versets cités viennent de Iyov 5, 9-10 : le premier parle de grandes choses insondables, le second, aussitôt après, de la pluie. La proximité des deux versets rattache la pluie à l'ordre des actes insondables.
D'où cela ressort-il ? Rabba bar Chila dit : on l'apprend par l'analogie des mots « hekker » et « hekker », depuis la création du monde.
La question demande comment les versets de Iyov, qui ne contiennent pas le mot guevoura, peuvent fonder ce titre. La réponse passe par une gezera chava, analogie verbale entre deux emplois du même mot dans l'Écriture.
Le mot commun est hekker, « investigation », employé ici dans la formule « insondable ». Il apparaît à propos de la pluie et à propos de la création ; ce qui est dit de l'une vaut alors pour l'autre.
Il est écrit ici : « Il fait de grandes choses insondables », et il est écrit là-bas : « Ne le sais-tu pas, ne l'as-tu pas entendu ? Le D.ieu du monde, Hachem, créateur des extrémités de la terre, ne se fatigue ni ne se lasse ; son intelligence est insondable » ; et il est écrit : « Il affermit les montagnes par sa force, Il est ceint de puissance ».
La démonstration se fait en deux temps. Le mot hekker relie le verset de la pluie à celui de Yechayahou sur la création ; puis le verset de Tehilim, qui traite lui aussi de la création, fournit le mot guevoura.
La chaîne est donc : pluie — hekker — création — guevoura.
Et d'où savons-nous que cela se fait dans la prière ? Car il a été enseigné : « aimer Hachem votre D.ieu et Le servir de tout votre cœur » — quel est le service qui se fait dans le cœur ?
Dis : c'est la prière. Et il est écrit aussitôt après : « je donnerai la pluie de votre terre en son temps, la pluie précoce et la pluie tardive ».
La guemara établit maintenant que le lieu de la mention est la tefila. La baraita identifie d'abord le « service du cœur » à la prière, puis relève que le verset suivant du même passage porte précisément sur la pluie.
La semikhout, la contiguïté des deux versets, sert ici d'argument : ce qui suit immédiatement le commandement de prier indique l'objet propre de cette prière.
Rabbi Yo'hanan dit : trois clefs sont dans la main du Saint béni soit-Il, qui n'ont pas été remises entre les mains d'un envoyé, et les voici : la clef des pluies, la clef de la parturiente et la clef de la résurrection des morts.
Cet enseignement prolonge le thème de la puissance. Le mot chalia'h, envoyé, désigne une puissance intermédiaire chargée d'exécuter ; dire qu'une chose n'a pas été remise à un envoyé signifie qu'elle reste sous conduite directe.
Les trois clefs se rejoignent par leur objet : faire venir à l'existence ce qui n'y est pas encore, la pluie dans le monde, l'enfant au jour, le mort à la vie.
La clef des pluies, car il est écrit : « Hachem ouvrira pour toi son bon trésor, les cieux, pour donner la pluie de ta terre en son temps ». D'où la clef de la parturiente ?
Car il est écrit : « D.ieu se souvint de Rachel, Il l'exauça »
Chaque clef reçoit son verset. Pour la pluie, Devarim 28, 12 : le verbe « ouvrira » a Hachem pour sujet, sans intermédiaire. Pour la parturiente, Berechit 30, 22, sur Rachel.
Le folio s'interrompt au milieu de la citation ; le verset se poursuit et la troisième clef sera établie au début du folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).