Taanit 2a — À partir de quand mentionne-t-on la puissance des pluies : la mahloket de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua, la différence entre mentionner et demander, la place de cette michna dans l'ordre des traités, la gezera chava hekker-hekker qui fonde le mot guevourot, et les trois clefs restées dans la main du Ciel

Taanit 2a

Sougya : Le traité s'ouvre sur la question du moment où l'on commence à dire machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem dans la deuxième bénédiction de la amida. Rabbi Eliezer fixe ce début au premier jour de fête de Souccot, Rabbi Yehochoua au dernier ; leur échange dégage une distinction décisive entre la simple mention de la pluie et la demande de pluie, puis Rabbi Yehouda précise, pour les deux extrémités de la période, quel officiant mentionne et lequel ne mentionne pas.

La guemara demande d'abord d'où le tana tient l'obligation de mentionner, écarte le rattachement au traité Berakhot et conclut que la michna prolonge celle de Roch Hachana sur le jugement de l'eau à Souccot. Elle établit ensuite, par une gezera chava sur le mot hekker, pourquoi la pluie est appelée guevoura, et d'où vient que la mention se fait dans la prière.

Le folio s'achève sur la parole de Rabbi Yo'hanan : trois clefs n'ont pas été confiées à un envoyé, celle des pluies, celle de la parturiente et celle de la résurrection des morts.

Mentionner la pluie et demander la pluie : deux actes distincts Mention (hazkara) Formule : machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem. Place : 2e bénédiction, résurrection des morts. Contenu : louange de la puissance de D.ieu. Aucune demande n'y est formulée. Début : objet de la mahloket de la michna. Fin : premier jour de fête de Pessa'h. Demande (cheela) Formule : ve-ten tal ou-matar li-verakha. Place : 9e bénédiction, bénédiction des années. Contenu : requête pour la pluie. Règle de la michna : seulement peu avant la saison des pluies. Jamais pendant les jours de Souccot. La réponse de Rabbi Eliezer à l'objection Objection : la pluie à Souccot est un signe de malédiction, pourquoi la mentionner ? Réponse : la mention n'est pas une requête ; elle loue Celui qui donne la pluie en sa saison. La réplique de Rabbi Yehochoua Si la mention est une pure louange, elle n'a plus de terme : on la dirait toute l'année. Puisqu'on s'arrête à Pessa'h, elle est liée à la saison, donc à la demande.
Toute la mahloket tient à une seule question : la mention de la pluie est-elle détachable de la demande de pluie.
Les trois positions de la michna sur le calendrier de Souccot 1er jour de fête de Souccot sept jours de soucca : la pluie y est un signe de malédiction dernier jour de fête Chemini Atseret Rabbi Eliezer Dès le premier jour de fête. On apaise avant de demander, le signe de malédiction n'arrête pas. Rabbi Yehochoua Au dernier jour de fête. Tant qu'on siège dans la soucca, mentionner la pluie serait déplacé. Rabbi Yehouda Chemini Atseret : moussaf oui, chaharit non. À Pessa'h l'inverse : chaharit oui, moussaf non.
Rabbi Yehouda ne tranche pas seulement le jour, il descend jusqu'à l'office où passe la limite.
Où se tient le tana ? Le trajet de la question d'ouverture Hava amina Il se rattache à Berakhot 33a : on mentionne la puissance des pluies dans la 2e bénédiction. -> Objection Alors qu'il l'enseigne là-bas ! Pourquoi laisser Zeraim pour le reprendre ici, dans Moed ? -> Conclusion Il vient d'achever Roch Hachana, même ordre : à Souccot on est jugé sur l'eau. Le chaînon retenu par Tossefot Le jugement de l'eau appelle la requête, et l'usage veut qu'on apaise avant de demander. La mention trouve donc ici son lieu propre, et non dans l'ordre Zeraim. La gezera chava qui fonde le mot guevourot Iyov 5,9 sur la pluie : hekker. Yechayahou 40,28 sur la création : hekker. Or la création est dite naazar bi-guevoura ; la pluie reçoit donc le même titre.
Deux mouvements distincts : situer la michna dans l'ordre des traités, puis justifier le mot guevourot par une analogie verbale.
1
מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים? רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מִיּוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: מִיּוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג.

À partir de quand mentionne-t-on les guevourot guechamim, la puissance des pluies ? Rabbi Eliezer dit : depuis le premier jour de fête de Souccot.

Rabbi Yehochoua dit : depuis le dernier jour de fête de Souccot.

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים שֶׁאוֹמֵר מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא אַמַּאי קָרֵי לֵיהּ גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים מִפְּנֵי שֶׁיּוֹרְדִין בִּגְבוּרָה שֶׁנֶּאֱמַר עֹושֶׂה גְדֹולוֹת וְגוֹ':
C'est-à-dire qu'on dit « Il fait souffler le vent et descendre la pluie ». La guemara expliquera plus bas pourquoi on appelle cela la puissance des pluies : parce qu'elles descendent avec puissance, ainsi qu'il est dit : « Il fait de grandes choses, etc. »
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' מֵאֵימָתַי. מִיּוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג. שְׁמִינִי דְּלָא יַתְּבוּן בַּסֻּוכָּה וַאֲפִילּוּ הָאִידָּנָא אֵינוֹ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן מִשּׁוּם סְפֵיקָא ואע"ג דִּבְקִיאִינַן בִּקְבִיעָא דְּיַרְחָא גְּזֵרָה שֶׁמָּא יַחְזֹור הַדָּבָר לְקִלְקוּלוֹ אוֹ מִשּׁוּם מִנְהַג אֲבוֹתֵינוּ בְּיָדֵינוּ כְּדַאי' פ"ק דְּבֵיצָה (דַּף ד:) וְלָכֵן מַדְכְּרִינַן אֲבָל כָּל שִׁבְעָה לֹא שֶׁהַגְּשָׁמִים בִּימֵי סֻוכָּה סִימַן קְלָלָה הֵן כְּדִתְנַן פֶּרֶק שֵׁנִי דְּסֻוכָּה (דַּף כֹּח:) מָשָׁל לְעֶבֶד וְכוּ':
« À partir de quand » — « depuis le dernier jour de fête de Souccot » : il s'agit du huitième jour, où l'on ne siège plus dans la soucca. Et même aujourd'hui, ce jour supplémentaire n'est que d'institution rabbinique, en raison du doute sur la date ; et bien que nous maîtrisions le calcul du calendrier, on a décrété ainsi de crainte que la situation ne revienne à son désordre, ou bien au titre de « la coutume de nos pères est entre nos mains », comme il est dit au premier chapitre de Betsa (4b). C'est pourquoi nous mentionnons alors la pluie. Mais pendant les sept jours, non : la pluie pendant les jours de Souccot est un signe de malédiction, comme l'enseigne la michna au deuxième chapitre de Souccot (28b), avec la parabole du serviteur.
💡 Explication

La michna qui ouvre le traité porte sur une formule de la amida : machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem, « Il fait souffler le vent et descendre la pluie ». Elle se dit dans la deuxième bénédiction, celle de la résurrection des morts. La question porte uniquement sur le moment où cette formule commence à être dite.

L'expression guevourot guechamim se traduit littéralement par « puissances des pluies ». La guemara reviendra plus bas sur ce choix de mot, qui n'a rien d'anodin.

Les deux positions encadrent la fête : Rabbi Eliezer place le début à son ouverture, Rabbi Yehochoua à sa clôture, c'est-à-dire à Chemini Atseret, jour où l'on ne siège plus dans la soucca.

2
אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: הוֹאִיל וְאֵין הַגְּשָׁמִים אֶלָּא סִימַן קְלָלָה בֶּחָג, לָמָּה הוּא מַזְכִּיר? אָמַר לוֹ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: אַף אֲנִי לֹא אָמַרְתִּי לִשְׁאֹול אֶלָּא לְהַזְכִּיר ״מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם״ בְּעוֹנָתוֹ. אָמַר לוֹ: אִם כֵּן, לְעוֹלָם יְהֵא מַזְכִּיר!

Rabbi Yehochoua lui dit : puisque la pluie n'est qu'un signe de malédiction pendant la fête, pourquoi la mentionne-t-on ? Rabbi Eliezer lui dit : moi non plus je n'ai pas parlé de demander, mais seulement de mentionner « Il fait souffler le vent et descendre la pluie » en sa saison.

Il lui dit : s'il en est ainsi, qu'on la mentionne toujours !

📜 Rachi (5)
סִימַן קְלָלָה בֶּחָג הֵן כִּדְאָמְרִינַן בְּמַס' סֻוכָּה בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כֹּח:) מֵאֵימָתַי מֻותָּר לְפַנּוֹת מִשֶּׁתִּסְרַח הַמִּקְפָּה מָשָׁל לְעֶבֶד שֶׁבָּא לִמְזֹוג כּוֹס לְרַבּוֹ וְשָׁפַךְ לוֹ קִיתוֹן עַל פָּנָיו וא"ל אִי אֶפְשִׁי בְּשִׁמּוּשְׁךָ כְּלוֹמַר כְּשֶׁהַגְּשָׁמִים יוֹרְדִין לַסֻּוכָּה הַכֹּל יוֹצְאִין וְנִרְאֶה שֶׁאֵין הקב"ה חָפֵץ שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ לְפָנָיו וְאַמַּאי מַתְחִילִין לְהַזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים בֶּחָג וְנִרְאֶה שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל שֶׁיָּבֹא מָטָר בֶּחָג:
Comme nous le disons au traité Souccot, chapitre Ha-yachen (28b) : à partir de quand est-il permis de quitter la soucca ? Dès que le plat se gâte. Parabole d'un serviteur venu verser une coupe à son maître, et à qui celui-ci déverse une cruche au visage en lui disant : je ne veux pas de ton service. Autrement dit, quand la pluie tombe dans la soucca, tout le monde en sort, et il apparaît que le Saint béni soit-Il ne désire pas que nous Le servions ainsi. Pourquoi alors commencer à mentionner la puissance des pluies pendant la fête, ce qui donne l'impression que l'on prie pour que la pluie vienne pendant la fête ?
לֹא אָמַרְתִּי לִשְׁאוֹל שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַל הַגְּשָׁמִים בֶּחָג כְּגוֹן וְתֵן טַל וּמָטָר:
Qu'on prie pour la pluie pendant la fête, par exemple en disant « donne rosée et pluie ».
אֶלָּא לְהַזְכִּיר שֶׁמַּתְחִיל לְהַזְכִּיר בְּחַג גְּבוּרוֹת שֶׁל מָקוֹם שֶׁמּוֹרִיד גְּשָׁמִים:
On commence pendant la fête à mentionner la puissance de l'Omniprésent, qui fait descendre les pluies.
בְּעוֹנָתוֹ כְּלוֹמַר בִּזְמַנּוֹ:
C'est-à-dire : en son temps.
אִם כֵּן וְאַמַּאי פּוֹסֵק בְּפֶסַח מִלְּהַזְכִּיר:
S'il en est ainsi, pourquoi cesse-t-on de mentionner à Pessa'h ?
🗂️ Tossefot (1)
אִם כֵּן. אִם אַתָּה אוֹמֵר מַזְכִּירִין אע"פ שֶׁאֵין שׁוֹאֲלִין הוֹאִיל וּמַשְׁמַע בְּעוֹנָתוֹ אַף בַּקַּיִץ יַזְכִּירוּ וּמָה אַתָּה נוֹתֵן סִימָן מי"ט הָרִאשׁוֹן וְר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר בַּבָּרַייְתָא בַּגְּמָרָא כָּל הַקַּיִץ אִם בָּא לְהַזְכִּיר מַזְכִּיר דִּלְעוֹלָם בְּעוֹנָתוֹ מַשְׁמַע מִיהוּ עַד הַשְׁתָּא לָא רָמֵי עָלֶיהָ חוֹבָה אֲבָל בי"ט רִאשׁוֹן חוֹבָה לְרַצּוֹת לִפְנֵי שְׁאֵלָה שֶׁכָּל הַבָּא לְבַקֵּשׁ מַקְדִּים וּמְרַצֶּה וְאַסִּימָן קְלָלָה לָא קָפְדִינַן וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ קָפֵיד:
« S'il en est ainsi » : si tu dis qu'on mentionne bien que l'on ne demande pas, alors puisque « en sa saison » s'entend largement, qu'on mentionne aussi en été ; et quel signe donnes-tu en partant du premier jour de fête ? Rabbi Eliezer dit d'ailleurs dans une baraita rapportée dans la guemara : tout l'été, celui qui vient mentionner peut mentionner, car « en sa saison » s'entend en tout temps. Toutefois, jusqu'à ce moment cela ne lui incombait pas comme obligation ; au premier jour de fête, en revanche, c'est une obligation, afin d'apaiser avant la demande, car quiconque vient demander commence par apaiser. Du signe de malédiction, Rabbi Eliezer ne se soucie pas, tandis que Rabbi Yehochoua s'en soucie.
💡 Explication

L'échange isole la distinction qui commande tout le traité : d'un côté la hazkara, la mention de la pluie, formulée comme une louange dans la deuxième bénédiction ; de l'autre la cheela, la demande de pluie, formulée comme une requête dans la neuvième bénédiction.

Rabbi Eliezer répond à l'objection en séparant les deux : mentionner la pluie à Souccot ne revient pas à la demander, donc le caractère importun de la pluie pendant la fête ne s'y oppose pas.

Rabbi Yehochoua retourne l'argument. Une louange pure n'aurait aucune raison de s'arrêter ; or on cesse de la dire à Pessa'h. Le fait même qu'elle ait un terme montre qu'elle reste attachée à la saison, et donc à la demande.

🖼️ Schéma
L'échange entre Rabbi Yehochoua et Rabbi Eliezer Rabbi Yehochoua objecte La pluie à Souccot est un signe de malédiction : pourquoi la mentionner ? Rabbi Eliezer répond Je parle de mentionner, non de demander : c'est une louange, en sa saison. Rabbi Yehochoua réplique Une louange détachée de la demande n'aurait pas de terme : on la dirait toujours. Le point en litige La mention peut-elle se tenir seule, ou reste-t-elle solidaire de la demande ?
Chaque réplique déplace la question : du convenable vers la nature même de la mention.
3
אֵין שׁוֹאֲלִים אֶת הַגְּשָׁמִים אֶלָּא סָמוּךְ לַגְּשָׁמִים. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בְּיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג — הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר, הָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר. בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח — הָרִאשׁוֹן מַזְכִּיר, הָאַחֲרוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר.

On ne demande la pluie que peu avant la saison des pluies. Rabbi Yehouda dit : celui qui passe devant l'arche le dernier jour de fête de Souccot — le dernier mentionne, le premier né mentionne pas.

Le premier jour de fête de Pessa'h — le premier mentionne, le dernier ne mentionne pas.

💡 Explication

« Passer devant l'arche » désigne l'officiant qui dirige la prière publique. Rabbi Yehouda affine la règle jusqu'à l'office : à Chemini Atseret, le premier officiant, celui de chaharit, ne mentionne pas encore la pluie, tandis que le dernier, celui de moussaf, la mentionne.

Au terme de la période, le premier jour de fête de Pessa'h, la répartition s'inverse : chaharit mentionne encore, moussaf ne mentionne plus. La limite passe donc à l'intérieur de la journée, entre deux offices.

4
גְּמָ׳ תַּנָּא הֵיכָא קָאֵי דְּקָתָנֵי ״מֵאֵימָתַי״? תַּנָּא הָתָם קָאֵי —

Guemara. Où le tana se tient-il, pour enseigner « à partir de quand » ?

Le tana se tient là-bas —

📜 Rachi (2)
גְּמָ' תַּנָּא הֵיכָא קָאֵי כְּלוֹמַר מִדְּקָתָנֵי מֵאֵימָתַי מִכְּלָל דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ לְהַאי תַּנָּא דְּחַיָּיבִים לְהַזְכִּיר וְהֵיכָא חָזֵינַן דִּמְחַיֵּיב לְהַזְכִּיר:
C'est-à-dire : du fait qu'il enseigne « à partir de quand », il ressort que pour ce tana il va de soi que l'on est tenu de mentionner. Où avons-nous vu cette obligation ?
הָתָם קָאֵי מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים כּוּ' בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת:
« On mentionne la puissance des pluies, etc. » — au traité Berakhot.
🗂️ Tossefot (1)
הָתָם קָאֵי. פֵּירוּשׁ בְּסֵדֶר זְרָעִים בִּבְרָכוֹת פֶּרֶק אֵין עוֹמְדִין (בְּרָכוֹת דַּף לג.) וְלִיתְנֵי הָתָם מַאי שְׁנָא כו' כְּלוֹמַר אַמַּאי תְּנָא הָכָא בַּמּוֹעֵד מַאי דְּתָנֵי הָתָם בְּסֵדֶר זְרָעִים:
« Il se tient là-bas » : c'est-à-dire dans l'ordre Zeraim, au traité Berakhot, chapitre Ein omdin (33a). « Et qu'il l'enseigne donc là-bas ! En quoi est-ce différent, etc. » : autrement dit, pourquoi enseigner ici, dans l'ordre Moed, ce qui relève de ce qui est enseigné là-bas, dans l'ordre Zeraim ?
💡 Explication

La formule « à partir de quand » suppose une obligation déjà connue : on ne demande pas le moment de départ d'une chose qui n'a pas encore été instituée. La guemara cherche donc le texte qui fonde cette obligation.

Tana heikha kai, « où le tana se tient-il », est une question de construction : à quelle michna antérieure celle-ci s'adosse-t-elle.

5
דְּקָתָנֵי: מַזְכִּירִים גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים, וְשׁוֹאֲלִין בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים, וְהַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדַּעַת. וְקָתָנֵי: מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִים גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים.

Car il y est enseigné : on mentionne la puissance des pluies dans la bénédiction de la résurrection des morts, on demande la pluie dans la bénédiction des années, et la havdala dans la bénédiction « qui accorde la connaissance ». Et il est enseigné : à partir de quand mentionne-t-on la puissance des pluies.

⚖️ Rosh (1)
מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים. ר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר מִיּוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר מִיּוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג אָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ הוֹאִיל וְאֵין הַגְּשָׁמִים סִימָן בְּרָכָה בֶּחָג לָמָה הוּא מַזְכִּיר אָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר אַף הוּא אֵינוֹ אוֹמֵר אֶלָּא מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם בְּעוֹנָתוֹ אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ א"כ לְעוֹלָם יְהֵא מַזְכִּיר:
À partir de quand mentionne-t-on la puissance des pluies dans la bénédiction de la résurrection des morts ? Rabbi Eliezer dit : depuis le premier jour de fête de Souccot. Rabbi Yehochoua dit : depuis le dernier jour de fête de Souccot. Rabbi Yehochoua dit : puisque la pluie n'est pas un signe de bénédiction pendant la fête, pourquoi la mentionne-t-on ? Rabbi Eliezer dit : lui non plus ne dit que « Il fait souffler le vent et descendre la pluie » en sa saison. Rabbi Yehochoua lui dit : s'il en est ainsi, qu'on la mentionne toujours.
💡 Explication

La michna de Berakhot 33a répartit trois insertions dans la amida : la mention de la pluie dans la deuxième bénédiction, la demande de pluie dans la neuvième, et la havdala dans la quatrième. C'est de là que viendrait l'obligation supposée par notre michna.

6
וְלִיתְנֵי הָתָם! מַאי שְׁנָא דְּשַׁבְקֵיהּ עַד הָכָא?!

Alors qu'il l'enseigne là-bas ! Qu'y a-t-il de différent, pour qu'il l'ait laissé jusqu'ici ?

📜 Rachi (3)
(וְלִיתְנֵי הָתָם בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת סָמוּךְ דְּתָנֵי מַזְכִּירִין לִיתְנֵי מֵאֵימָתַי):
Au traité Berakhot, juste après l'endroit où il enseigne « on mentionne », qu'il enseigne « à partir de quand ».
מ"ש דְּשַׁבְקֵיהּ עַד הָכָא כְּלוֹמַר הַאי דְּקָתָנֵי הָכָא בְּסֵדֶר מוֹעֵד מֵאֵימָתַי לִיתְנֵי הָתָם דְּקָתָנֵי מַזְכִּירִין בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת הַיְינוּ סֵדֶר זְרָעִים:
C'est-à-dire : ce qui est enseigné ici, dans l'ordre Moed, « à partir de quand », qu'il l'enseigne là-bas, là où il enseigne « on mentionne », au traité Berakhot, c'est-à-dire dans l'ordre Zeraim.
עַד הָכָא עַד סֵדֶר מוֹעֵד:
Jusqu'ici — jusqu'à l'ordre Moed.
💡 Explication

L'objection porte sur l'économie générale de la Michna. Si notre enseignement prolonge celui de Berakhot, il devrait figurer à sa suite, dans l'ordre Zeraim, et non se trouver reporté bien plus loin, dans l'ordre Moed.

7
אֶלָּא, תַּנָּא מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה סָלֵיק, דִּתְנַן: וּבֶחָג נִידּוֹנִין עַל הַמַּיִם. וְאַיְּידֵי דִּתְנָא וּבֶחָג נִידּוֹנִים עַל הַמַּיִם, תָּנָא מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים.

Plutôt : le tana vient d'achever Roch Hachana, comme nous l'avons appris : « et à Souccot on est jugé sur l'eau ». Et puisqu'il a enseigné « et à Souccot on est jugé sur l'eau », il a enseigné « à partir de quand mentionne-t-on la puissance des pluies ».

📜 Rachi (3)
אֶלָּא לָא תֵּימָא דְּהָא דְּקָתָנֵי מֵאֵימָתַי דְּהָתָם קָאֵי דִּתְנָא מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה סָלֵיק שֶׁשְּׁנֵיהֶן בְּסֵדֶר אֶחָד הֵן לְהָכֵי לָא מָצֵי לְמֵימַר מַאי שְׁנָא דְּשַׁבְקֵיהּ עַד הָכָא:
Ne dis pas que ce qui est enseigné ici, « à partir de quand », se rattache à là-bas ; car le tana vient d'achever Roch Hachana, et les deux se trouvent dans le même ordre. C'est pourquoi on ne peut plus demander « en quoi est-ce différent, pour qu'il l'ait laissé jusqu'ici ».
(בֶּחָג הָוֵי דִּין עַל הַמַּיִם וּמִשּׁוּם דְּתָנֵי מֵאֵימָתַי הָוֵי דִּין עַל הַמַּיִם קָתָנֵי נָמֵי אֵימָתַי זְמַן הַזְכָּרָה):
Pendant la fête a lieu le jugement sur l'eau ; et parce qu'il a enseigné que le jugement sur l'eau a lieu à Souccot, il enseigne aussi quel est le temps de la mention.
וְאַיְּידֵי דְּתָנֵי בְּחַג נִידּוֹנִין כְּלוֹמַר אַגַּב דִּתְנָא בְּחַג נִידּוֹנִין עַל הַמַּיִם קָסָבַר בְּנַפְשֵׁיהּ הוֹאִיל וְנִידּוֹנִין בֶּחָג עַל הַמַּיִם ש"מ בָּעֵינַן לְהַזְכִּיר עִנְייָנָא דָּמְיָא לְרַצּוֹיֵי עַל הַמַּיִם דְּלֵיתוּ לִבְרָכָה לְהָכִי קָתָנֵי מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִין:
C'est-à-dire : à l'occasion de ce qu'il a enseigné « à Souccot on est jugé sur l'eau », il s'est dit en lui-même : puisqu'on est jugé sur l'eau à Souccot, il faut en conclure qu'il convient de mentionner le sujet des eaux, afin d'apaiser à leur sujet pour qu'elles viennent en bénédiction. C'est pourquoi il enseigne « à partir de quand mentionne-t-on ».
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא תַּנָּא מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה קָא סָלֵיק. פֵּירוּשׁ ור"ה הָוְיָא בְּסֵדֶר מוֹעֵד וְאִם תֹּאמַר וְאַכַּתִּי לִיתְנֵי בְּסֵדֶר זְרָעִים וְי"ל דְּהָכָא עִיקָּר דְּאָמַר בְּחַג נִידּוֹנִין עַל הַמַּיִם וְאוֹרְחָא דְּמִילְּתָא לְרַצּוֹת לִפְנֵי שְׁאֵלָה לְכָךְ שָׁבֵיק עַד הָכָא אֲבָל בְּסֵדֶר זְרָעִים אוֹמְרִים מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים אֶפְשָׁר דְּמַשְׁמַע לְעוֹלָם כְּמוֹ תְּחִיַּית הַמֵּתִים אוֹ הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדַּעַת:
« Plutôt, le tana vient d'achever Roch Hachana » : c'est-à-dire que Roch Hachana se trouve dans l'ordre Moed. Et si tu demandes : qu'il l'enseigne malgré tout dans l'ordre Zeraim ! On peut répondre qu'ici se trouve le lieu principal, puisqu'il y est dit « à Souccot on est jugé sur l'eau », et que l'usage veut qu'on apaise avant la demande ; c'est pourquoi il a laissé cela jusqu'ici. Dans l'ordre Zeraim, en revanche, où l'on dit « on mentionne la puissance des pluies », on aurait pu comprendre que cela vaut en tout temps, comme la résurrection des morts ou la havdala dans « qui accorde la connaissance ».
💡 Explication

La guemara change de rattachement. Notre michna ne prolonge pas Berakhot mais le traité Roch Hachana, qui appartient au même ordre Moed et qui enseigne qu'à Souccot le monde est jugé sur l'eau. Le problème de l'ordre des traités disparaît.

Le lien est de contenu : puisque le jugement sur l'eau tombe à Souccot, c'est à ce moment qu'il convient d'introduire le sujet des eaux dans la prière, pour apaiser avant de demander.

8
וְלִיתְנֵי ״מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִים עַל הַגְּשָׁמִים״. מַאי ״גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים״? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי שֶׁיּוֹרְדִין בִּגְבוּרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֹשֶׂה גְדֹלוֹת עַד אֵין חֵקֶר וְנִפְלָאוֹת עַד אֵין מִסְפָּר״, וּכְתִיב: ״הַנֹּתֵן מָטָר עַל פְּנֵי הָאָרֶץ וְשֹׁלֵחַ מַיִם עַל פְּנֵי חוּצוֹת״.

Et qu'il enseigne donc « à partir de quand mentionne-t-on la pluie » ! Que signifie « la puissance des pluies » ?

Rabbi Yo'hanan dit : parce qu'elles descendent avec puissance, ainsi qu'il est dit : « Il fait de grandes choses insondables, des merveilles sans nombre » ; et il est écrit : « Il donne la pluie sur la face de la terre et envoie les eaux sur la face des campagnes ».

📜 Rachi (1)
כְּתִיב עֹושֶׂה גְדֹולוֹת עַד אֵין חֵקֶר אַלְמָא דִּכְתִיב חָקַר בַּגְּשָׁמִים וּכְתִיב חָקַר בִּבְרִיָּיתוֹ שֶׁל עוֹלָם מַה בְּרִייָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם כְּתִיב בֵּיהּ גְּבוּרָה אַף גְּשָׁמִים הָוֵי כְּמַאן דִּכְתִיב בֵּיהּ גְּבוּרָה:
Il ressort que le mot hekker, « insondable », est écrit à propos des pluies, et que le même mot est écrit à propos de la création du monde. De même que la création du monde est décrite par le mot guevoura, de même les pluies sont tenues pour ce dont il est écrit qu'il s'accomplit avec puissance.
🗂️ Tossefot (1)
וְלִיתְנֵי מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִין גְּשָׁמִים מַאי גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים אָמַר ר' יוֹחָנָן שֶׁיּוֹרְדִין בִּגְבוּרָה. תֵּימַהּ הָתָם בִּבְרָכוֹת פ' אֵין עוֹמְדִין (שָׁם) קָתָנֵי כִּי הָכָא מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים וְשׁוֹאֲלִין הַגְּשָׁמִים וְכוּ' אַמַּאי לָא קָא מַקְשֶׁה כְּמוֹ הָכָא וְלִיתְנֵי מַזְכִּירִין עַל הַגְּשָׁמִים מַאי גְּבוּרוֹת וְיֵשׁ לוֹמַר שָׁאנֵי הָכָא דְּהָוֵי עִיקַּר סֵדֶר שֶׁל גְּשָׁמִים בְּאֵיזֶה זְמַן מַתְחִילִין לְאוֹמְרוֹ וּמֵאֵימָתַי פּוֹסְקִין מִלְּאוֹמְרוֹ וּמִשּׁוּם הָכִי פָּרֵיךְ הָכָא טְפֵי מֵהָתָם:
« Et qu'il enseigne : à partir de quand mentionne-t-on la pluie ; que signifie la puissance des pluies ? Rabbi Yo'hanan dit : parce qu'elles descendent avec puissance. » Cela étonne : là-bas, au traité Berakhot, chapitre Ein omdin, on enseigne comme ici « on mentionne la puissance des pluies et on demande la pluie, etc. » ; pourquoi n'y objecte-t-on pas comme ici : qu'il enseigne « on mentionne la pluie », que signifie « la puissance » ? On peut répondre qu'ici c'est différent, car c'est ici le lieu principal de l'ordonnance des pluies — à quel moment on commence à le dire et à partir de quand on cesse de le dire ; c'est pourquoi on objecte ici plutôt que là-bas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמַאי אִירְיָא דְּתָנֵי 'גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים', לִיתְנֵי: 'מַזְכִּירִין עַל הַגְּשָׁמִים'? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי שֶׁיּוֹרְדִין בִּגְבוּרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (מוֹעֵד קָטָן כח.) 'בְּנֵי חַיֵּי מְזוֹנֵי בְּמַזָּלָא תַּלְיָיא' וּפֵירְשׁוּ גּוּרֵי הָאֲרִ"י זַ"ל חַיֵּי מֵחָכְמָה, מְזוֹנֵי מִבִּינָה, בְּנֵי מִדַּעַת, וְיָדוּעַ שֶׁפַע הַחָכְמָה יוֹרֵד לְחֶסֶד הָעוֹמֵד תַּחַת הַחָכְמָה בְּקַו יָמִין וְשֶׁפַע הַבִּינָה יוֹרֵד בִּגְבוּרָה וְשֶׁפַע הַדַּעַת בְּתִפְאֶרֶת וְאָמַר לְקַמָּן רַבִּי יוֹחָנָן 'גְּשָׁמִים הַיְנוּ פַּרְנָסָה' וְכֵיוָן דְּשֶׁפַע הַפַּרְנָסָה יוֹרֵד מִן הַבִּינָה לִגְבוּרָה לָזֶה אָמַר עַל הַגְּשָׁמִים שֶׁיּוֹרְדִין בִּגְבוּרָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד חִלֵּק תֵּיבַת בִּגְבוּרָה לִשְׁנַיִם וּקְרֵי בָּהּ ג"ב ור"ה כְּלוֹמַר אָחוֹר אוֹתִיּוֹת 'וְרֶה' שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת 'דַּקָּה' וְהוּא מָטָר הַדַּק שֶׁהוּא הָעִיקָּר הַמְרַוֶּה אֶת הַקַּרְקַע, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְקַמָּן (תַּעֲנִית ד.) 'עֻורְפִּילָא אֲפִלּוּ לְפַרְצִידָא דְּתוּתֵי קָלָא מַהְנְיָא לֵיהּ' וּפֵירֵשׁ עֻורְפִּילָא גְּשָׁמִים דַּקִּים, וְאוֹתִיּוֹת 'וְרֶה' הֵם 'רָוָה' לִרְמֹוז כִּי טִפָּה הַדַּקָּה הִיא מְרַוֶּה אֶת הָאָרֶץ וְהַזְּרָעִים שֶׁבְּתוֹכָהּ, וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ שֶׁיּוֹרְדִין בִּגְבוּרָה 'בְּגַב וְרֶה' כְּלוֹמַר שֶׁיּוֹרְדִין טִיפּוֹת דַּקִּים הַנִּרְמָזִים בַּגַּב שֶׁל אוֹתִיּוֹת 'וְרֶה'. גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ שֶׁיּוֹרְדִין בִּגְבוּרָה רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁעוֹשִׂים מִלְחָמָה בִּגְבוּרָה עִם הַקְּלִיפּוֹת, כִּי בַּגְּשָׁמִים יִתְפָּרְדוּ פֹּעֲלֵי אָוֶן מִן נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁבַּדּוֹמֵם שֶׁיִּתְבָּרְרוּ וְיַעֲלוּ מִמֶּנּוּ.
« Et pourquoi enseigner précisément la puissance des pluies ? Qu'il enseigne : on mentionne la pluie ! Rabbi Yo'hanan dit : parce qu'elles descendent avec puissance. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : nos maîtres ont dit (Moed Katan 28a) que les enfants, la vie et la subsistance dépendent du mazal. Les disciples du Ari zal ont expliqué : la vie dépend de la 'hokhma, la subsistance de la bina, les enfants de la daat. Or il est connu que l'influx de la 'hokhma descend vers le 'hessed, qui se tient sous la 'hokhma sur la ligne de droite ; l'influx de la bina descend par la guevoura, et l'influx de la daat par la tiferet. Et Rabbi Yo'hanan dit plus loin : « les pluies, c'est la subsistance ». Puisque l'influx de la subsistance descend de la bina vers la guevoura, il a dit des pluies qu'elles descendent bi-guevoura. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'on peut partager le mot bi-guevoura en deux, gav et ora : il s'agit de l'arrière des lettres vav, rech, hé, qui sont les lettres de daka, la pluie fine — celle qui est l'essentiel, car elle abreuve le sol. Comme ils l'ont dit plus loin (Taanit 3b) : « l'orfila profite même au grain qui se trouve sous la motte », et l'on explique orfila par des pluies fines. Les mêmes lettres vav, rech, hé forment aussi rave, abreuver, pour indiquer que la goutte fine abreuve la terre et les semences qui s'y trouvent. C'est ce qu'ils ont voulu dire par « elles descendent bi-guevoura », gav ora : elles descendent en gouttes fines, indiquées par l'arrière des lettres vav, rech, hé. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que « elles descendent avec puissance » signifie qu'elles livrent bataille avec puissance contre les kelipot, les écorces : par les pluies, les ouvriers d'iniquité se séparent des étincelles de sainteté enfouies dans l'inanimé, lesquelles sont alors triées et élevées.
💡 Explication

L'objection porte cette fois sur le vocabulaire de la michna. Le mot guevourot est superflu si l'on veut seulement fixer une date : il suffirait de dire « à partir de quand mentionne-t-on la pluie ».

Rabbi Yo'hanan répond que le terme est exact : les pluies descendent bi-guevoura, avec puissance. Les deux versets cités viennent de Iyov 5, 9-10 : le premier parle de grandes choses insondables, le second, aussitôt après, de la pluie. La proximité des deux versets rattache la pluie à l'ordre des actes insondables.

9
מַאי מַשְׁמַע? אָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא: אָתְיָא ״חֵקֶר״ ״חֵקֶר״ מִבְּרִייָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם.

D'où cela ressort-il ? Rabba bar Chila dit : on l'apprend par l'analogie des mots « hekker » et « hekker », depuis la création du monde.

💡 Explication

La question demande comment les versets de Iyov, qui ne contiennent pas le mot guevoura, peuvent fonder ce titre. La réponse passe par une gezera chava, analogie verbale entre deux emplois du même mot dans l'Écriture.

Le mot commun est hekker, « investigation », employé ici dans la formule « insondable ». Il apparaît à propos de la pluie et à propos de la création ; ce qui est dit de l'une vaut alors pour l'autre.

🖼️ Schéma
La gezera chava hekker - hekker Verset de la pluie (Iyov 5) Il fait de grandes choses, ein HEKKER. Et aussitôt après : Il donne la pluie sur la face de la terre. Le mot guevoura n'y figure pas. Verset de la création Yechayahou 40, 28 : ein HEKKER à son intelligence. Tehilim 65, 7 : Il affermit les montagnes par sa force, ceint de GUEVOURA. = Ce que l'analogie transporte Le mot hekker, commun aux deux passages, fait passer de l'un à l'autre le titre de guevoura. La pluie est donc à bon droit appelée guevourot guechamim dans la michna.
Le mot pivot est hekker ; le terme transporté est guevoura.
10
כְּתִיב הָכָא: ״עֹשֶׂה גְדֹלוֹת עַד אֵין חֵקֶר״, וּכְתִיב הָתָם: ״הֲלוֹא יָדַעְתָּ אִם לֹא שָׁמַעְתָּ אֱ-לֹהֵי עוֹלָם ה׳ בּוֹרֵא קְצוֹת הָאָרֶץ לֹא יִיעַף וְלֹא יִיגָע אֵין חֵקֶר לִתְבוּנָתוֹ״, וּכְתִיב: ״מֵכִין הָרִים בְּכֹחוֹ נֶאְזָר בִּגְבוּרָה״.

Il est écrit ici : « Il fait de grandes choses insondables », et il est écrit là-bas : « Ne le sais-tu pas, ne l'as-tu pas entendu ? Le D.ieu du monde, Hachem, créateur des extrémités de la terre, ne se fatigue ni ne se lasse ; son intelligence est insondable » ; et il est écrit : « Il affermit les montagnes par sa force, Il est ceint de puissance ».

🗂️ Tossefot (1)
וּכְתִיב מֵכִין הָרִים בְּכֹחוֹ נֶאְזָר בִּגְבוּרָה. וְזֶה גַּבֵּי בְּרִיאַת עוֹלָם וְכִי הֵיכִי דְּהַאי חֵקֶר בִּבְרִיאַת הָעוֹלָם רוֹצֶה לוֹמַר בִּגְבוּרוֹת כְּמוֹ כֵן הָכָא גַּבֵּי גְּשָׁמִים הַאי חָקַר נָמֵי רוֹצֶה לוֹמַר גְּבוּרוֹת אָכֵן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי נְקַט גְּבוּרוֹת טְפֵי מִכֹּחַ וּכְמוֹ כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִין כֹּחַ גְּשָׁמִים אוֹ לִיתְנֵי גְּדוֹלוֹת גְּשָׁמִים וי"ל דְּמִן הַדִּין נְקַט גְּבוּרוֹת מִשּׁוּם טַעְמָא דְּאִיכָּא כֹּחַ וְאִיכָּא גְּדוֹלָה אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּהַבְּרָכָה מַתְחֶלֶת בִּגְבוּרָה לְהָכִי נְקַט גְּבוּרוֹת:
« Et il est écrit : Il affermit les montagnes par sa force, Il est ceint de puissance. » Ce verset concerne la création du monde : de même que le mot hekker, s'agissant de la création, renvoie à la puissance, de même ici, s'agissant des pluies, le mot hekker renvoie à la puissance. Il reste cependant à demander pourquoi avoir choisi guevourot plutôt que koah : on aurait pu dire « à partir de quand mentionne-t-on la force des pluies », ou enseigner « les grandeurs des pluies ». On peut répondre qu'il était juste de prendre guevourot, puisque les versets comportent koah et comportent guedoula ; ou bien parce que la bénédiction où se fait la mention commence par guevoura, et c'est pourquoi on a pris guevourot.
💡 Explication

La démonstration se fait en deux temps. Le mot hekker relie le verset de la pluie à celui de Yechayahou sur la création ; puis le verset de Tehilim, qui traite lui aussi de la création, fournit le mot guevoura.

La chaîne est donc : pluie — hekker — création — guevoura.

11
וּמְנָא לָן דְּבִתְפִלָּה — דְּתַנְיָא: ״לְאַהֲבָה אֶת ה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם וּלְעָבְדוֹ בְּכָל לְבַבְכֶם״, אֵיזוֹ הִיא עֲבוֹדָה שֶׁהִיא בַּלֵּב — הֱוֵי אוֹמֵר: זוֹ תְּפִלָּה. וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וְנָתַתִּי מְטַר אַרְצְכֶם בְּעִתּוֹ יוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ״.

Et d'où savons-nous que cela se fait dans la prière ? Car il a été enseigné : « aimer Hachem votre D.ieu et Le servir de tout votre cœur » — quel est le service qui se fait dans le cœur ?

Dis : c'est la prière. Et il est écrit aussitôt après : « je donnerai la pluie de votre terre en son temps, la pluie précoce et la pluie tardive ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵי זוֹ הִיא עֲבוֹדָה שֶׁבַּלֵּב (דְּבָרִים יא, יג) ? הֱוֵי אוֹמֵר: זוֹ תְּפִלָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרָכוֹת כו:) הַתְּפִלָּה תִּקְּנוּ אוֹתָהּ כְּנֶגֶד הַתָּמִיד, וְלָכֵן נִרְמְזוּ אוֹתִיּוֹת תָּמִיד בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת 'לֵב' כִּי ל מֵ " ד ב י " ת בְּמִילּוֹאָם הַמִּילּוּי הוּא אוֹתִיּוֹת 'תָּמִיד' כִּי נִרְמַז הַתָּמִיד שֶׁהוּא הַתְּפִלָּה בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת לֵב. גַּם תִּמְצָא בֵּין אוֹת ב' שֶׁל לֵב לְאוֹת לָמֶ"ד יֵשׁ ט' אוֹתִיּוֹת [גדהוזחטיכ = 72] שֶׁהֵם מִסְפַּר 'חָכְמָה' [72] לִרְמֹוז שֶׁצָּרִיךְ לְאָדָם חָכְמָה שֶׁיִּתְחַכֵּם לְהָבִין שִׂיחָתוֹ בַּתְּפִלָּה. גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד הַמִּזְבֵּחַ נִקְרָא 'לֵב' מִפְּנֵי שֶׁהוּא ל"ב אַמָּה עַל ל"ב אַמָּה, וּמִסְפַּר אוֹתִיּוֹת מִזְבֵּחַ נ"ז כְּמִנְיַן הַבְּרָכוֹת שֶׁבִּשְׁלֹשׁ תְּפִילּוֹת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה [19×3=57] , דְּהַתְּפִלּוֹת הֵם כְּנֶגֶד תְּמִידִין הַקְּרֵבִין עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ.
« Quel est le service qui se fait dans le cœur ? Dis : c'est la prière. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : nos maîtres ont dit (Berakhot 26b) que la prière a été instituée en correspondance avec le sacrifice quotidien, le tamid. C'est pourquoi les lettres de tamid sont indiquées à l'intérieur des lettres de lev, le cœur : le lamed et le bet, écrits en toutes lettres — lamed, mem, dalet et bet, yod, tav — ont pour remplissage les lettres de tamid, ce qui indique que le tamid, c'est-à-dire la prière, est contenu dans les lettres de lev. Tu trouveras aussi qu'entre la lettre bet de lev et la lettre lamed il y a neuf lettres, guimel, dalet, hé, vav, zayin, het, têt, yod, kaf, dont la somme est soixante-douze, le compte du mot 'hokhma, pour indiquer que l'homme a besoin de sagesse afin de comprendre ce qu'il dit dans sa prière. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'autel est appelé lev, parce qu'il mesure trente-deux coudées sur trente-deux ; et le compte des lettres de mizbeah est cinquante-sept, comme le nombre des bénédictions contenues dans les trois prières de dix-neuf bénédictions, puisque les prières correspondent aux sacrifices quotidiens offerts sur l'autel.
💡 Explication

La guemara établit maintenant que le lieu de la mention est la tefila. La baraita identifie d'abord le « service du cœur » à la prière, puis relève que le verset suivant du même passage porte précisément sur la pluie.

La semikhout, la contiguïté des deux versets, sert ici d'argument : ce qui suit immédiatement le commandement de prier indique l'objet propre de cette prière.

12
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁלֹשָׁה מַפְתְּחוֹת בְּיָדוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁלֹּא נִמְסְרוּ בְּיַד שָׁלִיחַ, וְאֵלּוּ הֵן: מַפְתֵּחַ שֶׁל גְּשָׁמִים, מַפְתֵּחַ שֶׁל חַיָּה, וּמַפְתֵּחַ שֶׁל תְּחִיַּית הַמֵּתִים.

Rabbi Yo'hanan dit : trois clefs sont dans la main du Saint béni soit-Il, qui n'ont pas été remises entre les mains d'un envoyé, et les voici : la clef des pluies, la clef de la parturiente et la clef de la résurrection des morts.

📜 Rachi (1)
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן שָׁלֹשׁ מַפְתְּחוֹת הַייְנוּ שֶׁלֹּא נִמְסְרוּ לְשָׁלִיחַ אֶחָד בְּיַחַד:
À savoir qu'elles n'ont pas été remises ensemble à un seul envoyé.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁלֹשָׁה מַפְתְּחוֹת שֶׁלֹּא נִמְסְרוּ לְשָׁלִיחַ. וא"ת וְהָא אָמְרִינַן (סַנְהֶדְרִין דַּף קיג.) דְּמַפְתֵּחַ הַגְּשָׁמִים נִמְסָרִין לְאֵלִיָּהוּ וְכֵן מַפְתֵּחַ שֶׁל תְּחִיַּית הַמֵּתִים וְכֵן לֶאֱלִישָׁע דִּכְתִיב (מְלָכִים א י״ז:כ״ג) וַיֹּאמֶר אֵלִיָּהוּ חַי ה' וְגוֹ' דה"נ אוֹמֵר בְּפִירְקִין דִּלְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף כג.) וְי"ל דְּהָא דְקָאָמַר שֶׁלֹּא נִמְסְרוּ לְשָׁלִיחַ אֵינוֹ ר"ל שֶׁלֹּא נִמְסְרוּ מֵעוֹלָם דְּהָא שֶׁל תְּחִיַּית הַמֵּתִים וְשֶׁל גְּשָׁמִים נִמְסְרוּ אֶלָּא לֹא נִמְסְרוּ לְשָׁלִיחַ לִהְיוֹת לְעוֹלָם מְמֻונֶּה עֲלֵיהֶם:
« Trois clefs qui n'ont pas été remises à un envoyé. » Si tu demandes : n'avons-nous pas dit (Sanhédrin 113a) que la clef des pluies a été remise à Eliyahou, ainsi que la clef de la résurrection des morts, et de même à Elicha, comme il est écrit « Eliyahou dit : par la vie de Hachem, etc. » — et c'est bien ce qui est dit au chapitre suivant de notre traité (Taanit 23a) ? On peut répondre : dire qu'elles n'ont pas été remises à un envoyé ne veut pas dire qu'elles ne l'ont jamais été, car celle de la résurrection des morts et celle des pluies l'ont bien été ; cela veut dire qu'elles n'ont pas été remises à un envoyé qui en serait le préposé à demeure.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שְׁלֹשָׁה מַפְתְּחוֹת בְּיָדוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁלֹּא נִמְסְרוּ בְּיַד שָׁלִיחַ וְאֵלּוּ הֵן: שֶׁל חַיָּה, וְשֶׁל גְּשָׁמִים, וְשֶׁל תְּחִיַּת הַמֵּתִים. נִרְאֶה לִי בס"ד עִנְיַן הַמַּפְתֵּחַ וְעִנְיַן הַשָּׁלִיחַ הוּא, כִּי כְּשֶׁבָּרָא הקב"ה אֶת הָעוֹלָם בָּרָא כֹּחַ הַטֶּבַע וְהוּא שָׁלִיחַ שֶׁל הקב"ה לַעֲשׂוֹת הַפְּעֻולּוֹת בָּעוֹלָם בְּכָל דָּבָר וְדָבָר וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בַּעַל קַעֲרַת כֶּסֶף ' בְּרָאוֹ אַךְ בְּיַד טֶבַע מְסָרוֹ ' וְלָכֵן דָּרְשׁוּ הָרִאשׁוֹנִים 'אֱלֹקִים' גֵּימַטְרְיָא 'הַטֶּבַע' [86] דְּהַטֶּבַע הוּא שָׁלִיחַ שֶׁל הקב"ה לַעֲשׂוֹת הַפְּעֻולּוֹת בָּעוֹלָם. אַךְ לָזֶה כֹּחַ הַטֶּבַע שֶׁהוּא הַשָּׁלִיחַ צָרִיךְ לוֹ כֹּחַ אַחֵר לְעוֹרֵר אוֹתוֹ כְּדֵי לַעֲשׂוֹת פְּעֻולָּתוֹ וְזֶה הַכֹּחַ שֶׁהוּא הַמְעוֹרֵר אֶת הַטֶּבַע נִקְרָא 'מַפְתֵּחַ' וּבְכָל כֹּחַ הַטִּבְעִי שֶׁבָּעוֹלָם קָשַׁר הקב"ה עִמּוֹ כֹּחַ הַמְעוֹרֵר הַזֶּה הַנִּקְרָא 'מַפְתֵּחַ' וְרַק בִּשְׁלֹשָׁה אֵלֶּה שֶׁהֵם חַיָּה וּגְשָׁמִים וְתִחְיֶה לֹא קָשַׁר עִם כֹּחַ הַטֶּבַע אֶת הַכֹּחַ הַמְעוֹרֵר שֶׁנִּקְרָא 'מַפְתֵּחַ' אֶלָּא נִשְׁאֲרָה הִתְעוֹרְרוּת הַטֶּבַע בִּשְׁלֹשָׁה אֵלֶּה בְּיָדוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁהוּא יִתְבָּרֵךְ גּוֹזֵר וְאוֹמֵר, וְהַטֶּבַע עוֹשֶׂה הַפְּעֻולָּה שֶׁלּוֹ בְּכָל דָּבָר מִשְּׁלֹשָׁה אֵלּוּ. וְעַל פִּי זֶה נִרְאֶה לְפָרֵשׁ בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' כט, יא) ' לְךָ ה' הַגְּדֻלָּה וְהַגְּבוּרָה וְהַתִּפְאֶרֶת ' פֵּירוּשׁ הַגְּדֵלָה זֶה מִפֶּתַח הַתְּחִיָּה שֶׁהוּא בָּטֵל שֶׁהוּא חֶסֶד הַנִּקְרָא גְּדוֹלָה, וְהַגְּבוּרָה זֶה מִפֶּתַח גְּשָׁמִים שֶׁיּוֹרְדִין בִּגְבוּרָה, וְהַתִּפְאֶרֶת זֶה מַפְתֵּחַ שֶׁל חַיָּה לְשׁוֹן פֹּארוֹת.
« Trois clefs sont dans la main du Saint béni soit-Il, qui n'ont pas été remises entre les mains d'un envoyé, et les voici : celle de la parturiente, celle des pluies et celle de la résurrection des morts. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la question de la clef et celle de l'envoyé tiennent à ceci : lorsque le Saint béni soit-Il créa le monde, Il créa la force de la nature, qui est son envoyé pour accomplir les actions dans le monde en toute chose, comme l'a écrit l'auteur de Kearat Kessef : « Il l'a créé, mais Il l'a remis entre les mains de la nature. » C'est pourquoi les anciens ont exposé que le nom Elokim a la même valeur numérique que ha-teva, la nature, quatre-vingt-six, car la nature est l'envoyé du Saint béni soit-Il pour accomplir les actions dans le monde. Mais cette force de la nature, qui est l'envoyé, a besoin d'une autre force qui l'éveille afin qu'elle accomplisse son action ; et cette force qui éveille la nature s'appelle « clef ». À toute force naturelle du monde le Saint béni soit-Il a lié cette force d'éveil appelée clef ; seules ces trois — la parturiente, les pluies et la résurrection — Il ne les a pas liées à la force de la nature par cette force d'éveil : l'éveil de la nature, dans ces trois, est demeuré dans Sa main, de sorte que Lui seul décrète et dit, et la nature accomplit son action dans chacune de ces trois choses. Sur cette base, on peut expliquer avec l'aide du Ciel l'allusion du verset (I Divre Hayamim 29, 11) : « À Toi, Hachem, la grandeur, la puissance et la splendeur. » « La grandeur », c'est la clef de la résurrection, qui se fait par la rosée, laquelle relève du 'hessed appelé guedoula ; « la puissance », c'est la clef des pluies, qui descendent avec puissance ; « la splendeur », tiferet, c'est la clef de la parturiente, du terme peorot, les rameaux.
להודיע, שמלאכת שמים בידיהם. קשא פשיטא דמלאכת שמים בידם מאחר דעוסקים בבנין בית המקדש? ונראה לי בס"ד דאמרו רבותינו ז"ל (תענית ב.) גשמים הם משלשה דברים שהם בידי שמים ולא נמסרו בידי שליח, ואמרתי בס"ד רמז על זה אותיות גשמים הם 'ג' שמים' רוצה לומר הם משלשה שבידי שמים והתם כיון שלא היו יורדים אלא כפי רצונם וחפצם נראה לעיני הכל כאלו הגשמים מסורים בידם ולא בידי שמים ולזה אמר להודיע לעיני הרואין דמלאכת שמים שהיא ירידת הגשמים היא בידיהם. ועוד נראה לי בס"ד בידים יש טו־ב פרקים ואם האדם עושה מלאכת שמים בשביל איזה פניה גשמית נמצא יש באותה מלאכה תערובת טוב ורע וכאן רצה הקב"ה לפרסם בזה שמלאכת שמים שהיא בנין בית המקדש שעוסקים בו הוא בידיהם רוצה לומר בטוב בלבד הרמוז בידיהם שאין בו תערובת פניה זרה וגשמית. ועוד נראה לי בס"ד מה שהוצרך לומר להודיע שמלאכת שמים בידיהם לפי שבנין זה שבנה הורדוס הוא נתכוון בו להצלת עצמו על אשר כבה אורו של עולם בהריגת החכמים וכדי שלא תאמר יהיה העסק נחשב על פי כונתו שלא עשה לשם שמים לכך השי"ת עשה להם נס שלא היו יורדין גשמים אלא בלילות וכו' שזהו סימן שיש רצון להשי"ת במעשיהם ומלאכתם זו היא מלאכת שמים דהעסק הולך על פי כונת העוסקים שהם מכוונים לשם שמים ומלאכת שמים בידם, ואין מגע להורדוס בזה אף על פי שההוצאה יוצאה מכספו.
« Pour faire savoir que l'œuvre du Ciel est entre leurs mains. » Question : cela va de soi, puisqu'ils s'occupent de la construction du Temple. Il me semble, avec l'aide du Ciel : nos maîtres ont dit (Taanit 2a) que les pluies font partie des trois choses qui sont dans la main du Ciel et qui n'ont pas été remises entre les mains d'un envoyé ; et j'ai dit, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion, car les lettres de guechamim se lisent guimel chamayim, c'est-à-dire : elles font partie des trois choses qui sont dans la main du Ciel. Or la-bas, puisque les pluies ne tombaient que selon leur volonté et leur désir, il paraissait aux yeux de tous que les pluies leur étaient remises et non à la main du Ciel ; c'est pourquoi il est dit : pour faire savoir, aux yeux de ceux qui voient, que l'œuvre du Ciel, à savoir la descente des pluies, est entre leurs mains. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les mains comptent quinze articulations chacune, ce que l'on écrit têt-vav pris deux fois, et qui évoque le mot tov, le bien. Si l'homme accomplit une œuvre du Ciel en vue d'un intérêt matériel, il se trouve que cette œuvre contient un mélange de bien et de mal ; ici, le Saint béni soit-Il a voulu faire savoir que l'œuvre du Ciel à laquelle ils s'employaient, la construction du Temple, est « entre leurs mains », c'est-à-dire dans le bien seul, indiqué par leurs mains, sans mélange d'intention étrangère ni matérielle. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il a fallu dire « pour faire savoir que l'œuvre du Ciel est entre leurs mains » parce que cette construction, élevée par Hordos, visait sa propre délivrance, lui qui avait éteint la lumière du monde en tuant les sages. Pour qu'on ne dise pas que l'entreprise serait comptée d'après son intention à lui, qui n'a pas agi au nom du Ciel, Hachem leur fit le miracle que les pluies ne tombaient que la nuit, etc., signe que Hachem agrée leurs actes et que leur ouvrage est bien œuvre du Ciel ; car l'entreprise se juge d'après l'intention de ceux qui s'y emploient, et ceux-là visaient le nom du Ciel, de sorte que l'œuvre du Ciel est entre leurs mains, et Hordos n'y a point de part, bien que la dépense soit sortie de sa bourse.
💡 Explication

Cet enseignement prolonge le thème de la puissance. Le mot chalia'h, envoyé, désigne une puissance intermédiaire chargée d'exécuter ; dire qu'une chose n'a pas été remise à un envoyé signifie qu'elle reste sous conduite directe.

Les trois clefs se rejoignent par leur objet : faire venir à l'existence ce qui n'y est pas encore, la pluie dans le monde, l'enfant au jour, le mort à la vie.

🖼️ Schéma
Les trois clefs non remises à un envoyé Principe commun Trois domaines où l'ordre ne passe pas par une puissance intermédiaire. Clef des pluies Devarim 28, 12 : Hachem ouvrira pour toi son bon trésor, les cieux. Rachi : et non un envoyé. Clef de la parturiente Berechit 30, 22 : D.ieu se souvint de Rachel et ouvrit sa matrice. Tossefot : Lui-même a agi. Clef de la résurrection Objet de la deuxième bénédiction de la amida, là où se dit précisément la mention de la pluie. Tossefot précise : Eliyahou et Elicha ont bien reçu deux de ces clefs, mais jamais à demeure.
La clef des pluies et celle de la résurrection se rejoignent dans la même bénédiction de la amida.
13
מַפְתֵּחַ שֶׁל גְּשָׁמִים — דִּכְתִיב: ״יִפְתַּח ה׳ לְךָ אֶת אוֹצָרוֹ הַטּוֹב אֶת הַשָּׁמַיִם לָתֵת מְטַר אַרְצְךָ בְּעִתּוֹ״. מַפְתֵּחַ שֶׁל חַיָּה מִנַּיִן — דִּכְתִיב: ״וַיִּזְכֹּר אֱ-לֹהִים אֶת רָחֵל וַיִּשְׁמַע

La clef des pluies, car il est écrit : « Hachem ouvrira pour toi son bon trésor, les cieux, pour donner la pluie de ta terre en son temps ». D'où la clef de la parturiente ?

Car il est écrit : « D.ieu se souvint de Rachel, Il l'exauça »

📜 Rachi (1)
יִפְתַּח ה' וְלֹא שָׁלִיחַ:
« Hachem ouvrira » — et non un envoyé.
🗂️ Tossefot (1)
וַיִּשְׁמַע אֵלֶיהָ אֱ-לֹהִים וַיִּפְתַּח אֶת רַחְמָהּ. פֵּירוּשׁ שֶׁהוּא בְּעַצְמוֹ עָשָׂה וא"ת מֵהָכָא מַשְׁמַע דְּלֵיכָּא אֶלָּא שְׁלֹשָׁה מַפְתְּחוֹת וא"כ יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וְהָא כְּתִיב (יִרְמְיָהוּ נ׳:כ״ה) פָּתַח ה' אֶת אוֹצָרוֹ וַיּוֹצֵא אֶת כְּלֵי זַעְמוֹ וּמַשְׁמַע נָמֵי שֶׁלֹּא נִמְסְרוּ לְשָׁלִיחַ וּכְמוֹ הַהִיא וַיִּשְׁמַע אֵלֶיהָ אֱ-לֹהִים וְגוֹ' וא"כ אַמַּאי לָא חֲשִׁיב לָהּ וי"ל דְּלָא חֲשִׁיב כִּי אִם אוֹתָן מַפְתְּחוֹת שֶׁל טוֹבָה וּלְהָכֵי לָא קָא חֲשִׁיב מַפְתֵּחַ שֶׁל זָעַם וא"ת דְּמַשְׁמַע מֵהַאי קְרָא דְּפָתַח ה' שֶׁלֹּא נִמְסַר מַפְתֵּחַ שֶׁל זָעַם לְשָׁלִיחַ וְהָא אָמְרִינַן (פְּסָחִים דַּף קיח.) יוֹרְקְמִי שַׂר שֶׁל בָּרָד הָוֵי וי"ל מִכְּלֵי זָעַם אַחַרְיַנָא קָאָמַר שֶׁלֹּא נִמְסְרוּ לְשָׁלִיחַ אֲבָל מִשּׁוּם בָּרָד לֹא דְּאוֹתוֹ שֶׁל בָּרָד נִמְסְרוּ:
« Il l'exauça, D.ieu, et Il ouvrit sa matrice. » C'est-à-dire que Lui-même a agi. Et si tu demandes : il ressort d'ici qu'il n'y a que trois clefs ; or il est écrit (Yirmiya 50, 25) « Hachem a ouvert son trésor et en a sorti les instruments de sa colère », ce qui indique aussi qu'elle n'a pas été remise à un envoyé, tout comme « Il l'exauça, D.ieu, etc. » — pourquoi alors ne la compte-t-on pas ? On peut répondre que l'on ne compte que les clefs du bien, et c'est pourquoi on ne compte pas la clef de la colère. Et si tu demandes : ce verset « Hachem a ouvert » indique bien que la clef de la colère n'a pas été remise à un envoyé, alors que nous disons (Pessahim 118a) que Yorkami est le prince de la grêle ! On peut répondre qu'il s'agit d'autres instruments de colère, qui n'ont pas été remis à un envoyé ; mais pour la grêle, non : celle-là a bien été remise.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁל חַיָּה, דִּכְתִיב: (בְּרֵאשִׁית ל, כב) "וַיִּשְׁמַע אֵלֶיהָ אֱ-לֹהִים, וְיִפְתַּח אֶת רַחְמָהּ". קַשָּׁא רַבִּי יוֹחָנָן נָקֵיט חַיָּה דְּאַיְירֵי 'בְּלֵידָה' וְהַפָּסוּק שֶׁל וְיִפְתַּח אֶת רַחְמָהּ אַייְרֵי 'בְּהֵרָיוֹן' וְאֵיךְ יָלֵיף הָא מֵהָא? וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת קֻושְׁייַת מָהַרְשָׁ"א זַ"ל שֶׁהִקְשָׁה אַמַּאי לָא יָלֵיף מִפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כט, לֹא) 'וַיַּרְא ה' כִּי שְׂנוּאָה לֵאָה וַיִּפְתַּח אֶת רַחְמָהּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּמְנִיעַת הַהֵרָיוֹן הוּא בִּשְׁתַּיִם הָאַחַת מֵחֲמַת חֹולִי וְחֻולְשָׁה, וְהַשֵּׁנִית עֲקָרוֹת בִּידֵי שָׁמַיִם כַּאֲשֶׁר נְבָאֵר, וְהָעִנְיָן הוּא כִּי בְּאוֹצַר רֶחֶם הָאִשָּׁה יֵשׁ אֶשְׁכּוֹל בְּיָעִים וְזֶרַע הַזָּכָר יוֹרֶה כַּחֵץ וּמַגִּיעַ עַד אֶשְׁכּוֹל הַבִּיעִים הַזֶּה, וְאִם זֶרַע הַזָּכָר הוּא יָרָה וְנָפַל לְצַד יְמִינָהּ שֶׁל אִשָּׁה בִּפְנִים אָז הוּא מְרַוֶּה אֶת בֵּיצָה הַיְּמָנִית שֶׁקּוֹלַטְתּוֹ וּמִתְעַבֶּרֶת בּוֹ וְעַל יְדֵי כָּךְ נוֹלַד זָכָר, וְאִם נוֹפֵל וְיָרָה יִיָּרֶה הַזֶּרַע לְצַד שְׂמֹאלָהּ שֶׁל הָאִשָּׁה דְּבָזֶה מְרַוֶּה בֵּיצָה הַשְּׂמָאלִית שֶׁקּוֹלַטְתּוֹ וּמִתְעַבֶּה בּוֹ אָז נוֹלַד נְקֵבָה, בְּאֹופֶן כִּי הַהֵרָיוֹן הָיוּ יִהְיֶה מִכֹּחַ קְלִיטַת הַבִּיעִים שֶׁבָּאֶשְׁכּוֹל אֲשֶׁר בְּאוֹצַר רֶחֶם הָאִשָּׁה שֶׁקּוֹלְטִין הַזֶּרַע וּמִתְעַבִּין בּוֹ שְׁטִיפַת הַזֶּרַע נִקְשֶׁרֶת בְּתוֹךְ הִבִּיעָה וְנִדְבֶּקֶת בְּדָפְנוֹתֶיהָ עַל יְדֵי לֵיחָה דַּקָּה, וּמִקְּלִיפַּת אוֹתָהּ הִבִּיעָה נַעֲשֵׂית הַשִּׁלְיָה שֶׁהוּא הָעוֹר שֶׁהַוָּלָד מֻונָּח בְּתוֹכוֹ, וְכַנִּזְכָּר כָּל זֶה בְּסֵפֶר הַבְּרִית (מֵאֵת פִּנְחָס אֵלִיָּהוּ הוֹרוֹבִיץ מִוִּילְנָא) בְּמַאֲמָר י"ז פֶּרֶק ב' יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה נוֹדַע כִּי מְנִיעַת הַהֵרָיוֹן שֶׁתִּהְיֶה מִסִּיבַּת חֹולִי וְחֻולְשָׁה הוּא כָּךְ דְּלִפְעָמִים אֵין זֶרַע הַבַּעַל יוֹרֶה כַּחֵץ וְלָכֵן אֵינוֹ מַגִּיעַ עַד אֶשְׁכּוֹל הַבֵּיעִין וּלְכָךְ לֹא יַעֲשֶׂה פֹּועַל שֶׁל הֵרָיוֹן כְּלָל וְזֶהוּ מִצַּד חֻולְשַׁת זֶרַע הַבַּעַל, וְלִפְעָמִים יִהְיֶה מֵחֲמַת חֹולִי וְחֻולְשַׁת הַבֵּיעִין שֶׁל הָאִשָּׁה דְּאַף עַל פִּי שֶׁזֶּרַע הַבַּעַל יוֹרֶה כַּחֵץ וּמַגִּיעַ עַד אֶשְׁכּוֹל הַבֵּיעִין אֵין הִבִּיעָה קוֹלַטְתּוֹ וְאֵינוֹ נִקְשָׁר וְאֵינוֹ נִדְבָּק בָּהּ מֵחֲמַת חֻולְשָׁתָהּ וְעַל כֵּן הַזֶּרַע נִפְסָד וְנוֹפֵל שָׁם וּלְכָךְ אֵין לָהּ הֵרָיוֹן כִּי בַּמֶּה יִהְיֶה הַוָּלָד אִם לֹא תִּהְיֶה הִבִּיעָה קוֹלֶטֶת הַזֶּרַע לִהְיוֹת נִקְשָׁר בְּתוֹכָהּ וְנִדְבָּק בְּדָפְנוֹתֶיהָ כָּאָמוּר לְעֵיל, וְזוֹ הִיא מְנִיעַת הַהֵרָיוֹן שֶׁתִּהְיֶה מִסִּיבַּת חֹולִי וְחֻולְשָׁה הֵן מִצַּד הַבַּעַל הֵן מִצַּד הָאִשָּׁה. בְּרַם יֵשׁ מְנִיעַת הֵרָיוֹן מִצַּד עֲקָרוֹת שֶׁיֵּשׁ בְּגוּף הָאִשָּׁה מֵעֵת יְצִירָתָהּ בְּבֶטֶן אִמָּהּ, וְהוּא כִּי אֶשְׁכּוֹל הַבִּיעִים הַמֻּונָּח בְּאוֹצַר רֶחֶם הָאִשָּׁה יֵשׁ עָלָיו כֹּחַ הֶסְגֵּר שֶׁהוּא כְּמוֹ קְלִיפָּה וּמֶסֶךְ מַבְדִּיל וּמְעַכֵּב כְּנֶגֶד הָאֶשְׁכּוֹל שֶׁל הַבִּיעִים בְּאֹופֶן שֶׁאֲפִילּוּ זֶרַע הַבַּעַל יוֹרֶה כַּחֵץ אֵינוֹ נוֹגֵעַ בְּאוֹתָם הַבֵּיעִין שֶׁבָּאוֹצָר הָרֶחֶם כְּלָל. וּבָזֶה תָּבִין מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (שְׁמוּאֵל א' א, ה) ' וָהּ' סָגַר רַחְמָהּ ' וּלְפִי פְּשׁוּטוֹ יִפָּלֵא וַהֲלֹא הַפֶּתַח פָּתוּחַ וְהַזֶּרַע הוֹלֵךְ שָׁם דְּאֵינָהּ אֲטוּמָה חַס וְשָׁלוֹם, דְּאִם אֲטוּמָה, אֵיךְ יְשַׁמֵּשׁ בַּעְלָהּ עִמָּהּ? וַהֲלֹא יִהְיֶה הַזֶּרַע לְבַטָּלָה! וּמֵאַחַר דְּהָיָה מְשַׁמֵּשׁ בַּעְלָהּ עִמָּהּ מֻוכְרָח שֶׁהָיָה פֶּתַח פָּתוּחַ, וְאִם כֵּן מַה זֶה הַהֶסְגֵּר דְּקָאָמַר 'וָהּ' סָגַר רַחְמָהּ'? אַךְ הוּא הַדָּבָר אֲשֶׁר כָּתַבְנוּ, שֶׁיֵּשׁ כְּמוֹ מָסָךְ מַבְדִּיל וּמְעַכֵּב כְּנֶגֶד הַבֵּיעִין שֶׁלֹּא יִהְיֶה נוֹגֵעַ הַזֶּרַע בָּהֶם אַף עַל פִּי שֶׁהוּא נִכְנָס לִפְנִים וְעָשָׂה ה' לָהּ כֵּן מֵעֵת יְצִירָתָהּ כְּדֵי שֶׁאַחַר כָּךְ יוּסַר הַהֶסְגֵּר הַזֶּה בְּנֵס וְתִתְעַבֵּר בִּשְׁמוּאֵל עַל יְדֵי תְּפִלָּה, וּבְאֹופֶן זֶה הָיוּ אִמּוֹתֵינוּ עֲקָרוֹת שֶׁהָיָה לָהֶם כֹּחַ הֶסְגֵּר זֶה מֵעֵת יְצִירָתָם בְּבֶטֶן אִמּוּתָם. וְכָתַב הָרַב אֹוהֶל יַעֲקֹב זַ"ל בְּפָרָשַׁת וַיֵּצֵא בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כט, לא) ' וַיַּרְא ה' כִּי שְׂנוּאָה לֵאָה וַיִּפְתַּח אֶת רַחְמָהּ וְרָחֵל עֲקָרָה ' אֵין נוֹפֵל לְשׁוֹן פְּתִיחָה אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ הֶסְגֵּר, וְהָעִנְיָן הוּא כִּי שָׂרָה רִבְקָה וְלֵאָה הָיָה לָהֶם הֶסְגֵּר שֶׁל עֲקָרוֹת מִבֶּטֶן אִמָּם כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּלְּלוּ הָאָבוֹת עֲלֵיהֶם וְיוֹלִידוּ בְּנֵס שהקב"ה מִתְאַוֶּה לִתְפִילָּתָם אַךְ רָחֵל לֹא הָיָה לָהּ מֵעֵת יְצִירָתָהּ הֶסְגֵּר שֶׁל עֲקָרוֹת כִּי דַּי בְּלֵאָה שֶׁבַּעֲבוּרָהּ יִתְפַּלֵּל יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה, אָמְנָם אַחַר שֶׁנָּשָׂא יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה אֶת שְׁתֵּיהֶם וְעָשָׂה אֶת רָחֵל עִיקָּר וְלֵאָה טְפֵילָה לָהּ בְּדִין הוּא שֶׁיִּשְׁתַּנֶּה הַדָּבָר הַזֶּה שֶׁצָּרִיךְ לִהְיוֹת הָעֲקָרוֹת אֵצֶל רָחֵל וְלֹא אֵצֶל לֵאָה, לְכָךְ אַחַר הַנִּשּׂוּאִין פָּתַח הקב"ה רַחְמָהּ שֶׁל לֵאָה שֶׁהֵסִיר אוֹתוֹ הֶסְגֵּר שֶׁהָיָה לָהּ מֵעֵת יְצִירָתָהּ וְעָשָׂה עֲקָרוֹת אֵצֶל רָחֵל, וְהָרַב זַ"ל הִטְעִים שָׁם דְּבָרִים אֵלּוּ עַל פִּי מָשָׁל וְנִמְשָׁל יְעֻויַּן שָׁם. וּלְפִי זֶה הָעֲקָרוֹת שֶׁהָיְתָה בְּרָחֵל לֹא הָיְתָה מִצַּד הֶסְגֵּר שֶׁהָיָה לָהּ מֵעֵת יְצִירָתָהּ כִּי הִיא נוֹצְרָה בְּטוֹב וְרַק זֶה נִתְחַדֵּשׁ לָהּ אַחַר נִשּׂוּאִין שֶׁעֲשָׂאָהּ יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה עֲקֶרֶת הַבַּיִת, וּכְמוֹ טַעַם הָרַב אֹוהֶל יַעֲקֹב זַ"ל הַנִּזְכָּר אַךְ צָרִיךְ לוֹמַר הָעֲקָרוֹת שֶׁלָּהּ הָיְתָה מִסִּיבָּה הַנִּזְכָּר לְעֵיל שֶׁנַּעֲשָׂה לָהּ חֻולְשַׁת הַבֵּיעִין שֶׁלֹּא יִהְיוּ קוֹלְטִין הַזֶּרַע וּבָזֶה לֹא שַׁייָּךְ לְשׁוֹן פְּתִיחָה דְּאֵין כָּאן הֶסְגֵּר אֶלָּא הוּא עִנְיַן רְפוּאָה, וְלָכֵן הַשְׁתָּא מַה שֶׁאָמַר בְּרָחֵל (בְּרֵאשִׁית ל, כב) 'וַיִּשְׁמַע אֵלֶיהָ אֱלֹקִים וַיִּפְתַּח אֶת רַחְמָהּ' אֵין פְּתִיחָה זוֹ שֶׁל 'הֵרָיוֹן' אֶלָּא מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ פְּתִיחָה זוֹ עַל 'הַלֵּידָה' כִּי מֵעֵת שֶׁשָּׁמַע אֵלֶיהָ אֱלֹקִים בְּעִנְיַן הַהֵרָיוֹן שֶׁגָּזַר שֶׁתְּקַבֵּל הֵרָיוֹן גָּזַר בְּאֵיזֶה יוֹם וּבְאֵיזֶה שָׁעָה יִהְיֶה פְּתִיחַת רַחְמָהּ בְּלֵידָה שֶׁתּוֹלִיד אֶת הָעֻובָּר אֲשֶׁר תִּתְעַבֵּר בּוֹ, כִּי לְחִיבָּתוֹ שֶׁל יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה מֵעֵת שֶׁגָּזַר עַל הַטִּיפָּה שֶׁיִּהְיֶה נוֹצֵר מִמֶּנָּה בְּבִטְנָהּ שֶׁל רָחֵל גָּזַר עַל שְׁעַת לֵידָתוֹ בְּאֵיזֶה זְמַן יָצָא מִבִּטְנָהּ לַאֲוִיר הָעוֹלָם, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (קֹהֶלֶת ז, א) 'וְיוֹם הַמָּוֶת מִיּוֹם הִוָּלְדוֹ' כִּי מִיּוֹם הַלֵּידָה נִגְזַר יוֹם שֶׁיֵּצֵא בּוֹ מִן הָעוֹלָם. נִמְצָא זֶה הַפָּסוּק שֶׁל רָחֵל מְדַבֵּר בִּפְתִיחַת הָרֶחֶם שֶׁל לֵידָה וּלְכָךְ הֱבִיאוֹ לְעִנְיַן רַבִּי יוֹחָנָן דִּמְדַבֵּר בָּזֶה וְלֹא הֵבִיא פָּסוּק שֶׁל לֵאָה דִּכְתִיב 'וְיִפְתַּח אֶת רַחְמָהּ' שֶׁשָּׁם מְדַבֵּר בִּפְתִיחַת הָרֶחֶם לְהֵרָיוֹן וְאֵינוֹ שַׁיָּיךְ לְעִנְיָן זֶה דְּרַבִּי יוֹחָנָן שֶׁהוּא מְדַבֵּר בִּפְתִיחָה שֶׁל לֵידָה.
« Celle de la parturiente, car il est écrit (Berechit 30, 22) : Il l'exauça, D.ieu, et Il ouvrit sa matrice. » Question : Rabbi Yo'hanan parle de la parturiente, donc de l'enfantement, alors que le verset « Il ouvrit sa matrice » parle de la conception ; comment tire-t-il l'un de l'autre ? Il y a en outre la question du Maharcha, qui demande pourquoi ne pas tirer la preuve du verset (Berechit 29, 31) « Hachem vit que Léa était haïe, et Il ouvrit sa matrice ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'empêchement de concevoir tient à deux causes : la première est la maladie et la faiblesse, la seconde une stérilité venue du Ciel, comme nous allons l'expliquer. Voici la chose : dans la matrice de la femme se trouve une grappe d'ovules, et la semence de l'homme est lancée comme une flèche et parvient jusqu'à cette grappe. Si la semence est lancée et tombe du côté droit de la femme, elle imbibe l'ovule droit, qui la reçoit et conçoit par elle, et il naît alors un garçon ; si elle tombe du côté gauche, elle imbibe l'ovule gauche, qui la reçoit et conçoit par elle, et il naît alors une fille. De sorte que la conception vient de ce que les ovules de la grappe placée dans la matrice reçoivent la semence : la goutte se lie à l'intérieur de l'ovule et adhère à ses parois par une humeur fine ; et de l'enveloppe de cet ovule se forme le placenta, la membrane dans laquelle repose l'enfant. Tout cela est rapporté dans le Sefer Ha-Berit, de Pinhas Eliyahou Horowitz de Vilna, discours dix-sept, chapitre deux ; voir là-bas. On sait donc que l'empêchement de concevoir dû à la maladie et à la faiblesse se produit ainsi : parfois la semence du mari n'est pas lancée comme une flèche et n'atteint donc pas la grappe des ovules, de sorte qu'aucune conception ne se fait, et cela tient à la faiblesse de la semence du mari ; parfois cela tient à la maladie et à la faiblesse des ovules de la femme, car bien que la semence du mari soit lancée comme une flèche et atteigne la grappe, l'ovule ne la reçoit pas, elle ne s'y lie ni n'y adhère à cause de sa faiblesse, la semence se perd et tombe là, et il n'y a pas de conception : de quoi l'enfant se formerait-il, si l'ovule ne reçoit pas la semence pour qu'elle s'y lie et adhère à ses parois, comme il a été dit ? Tel est l'empêchement de concevoir dû à la maladie et à la faiblesse, du côté du mari comme du côté de la femme. Mais il existe un empêchement de concevoir venant d'une stérilité présente dans le corps de la femme depuis sa formation dans le ventre de sa mère : la grappe d'ovules placée dans la matrice porte sur elle une force de fermeture, comme une enveloppe et un voile séparateur qui fait obstacle devant elle, de sorte que, même si la semence du mari est lancée comme une flèche, elle n'atteint nullement ces ovules. Par là tu comprendras ce que dit le verset (I Chemouel 1, 5) : « et Hachem avait fermé sa matrice ». Selon le sens simple, cela étonne, car l'entrée est ouverte et la semence y va, elle n'est pas obstruée, à D.ieu ne plaise ; si elle l'était, comment son mari s'unirait-il à elle, la semence serait perdue en vain. Et puisque son mari s'unissait à elle, l'entrée était nécessairement ouverte ; qu'est-ce donc que cette fermeture dont parle le verset « et Hachem avait fermé sa matrice » ? Il s'agit de ce que nous avons écrit : un voile séparateur fait obstacle devant les ovules, de sorte que la semence ne les atteint pas, bien qu'elle pénètre à l'intérieur. Hachem lui avait fait cela dès sa formation, afin que cette fermeture fut ensuite ôtée par miracle et qu'elle conçût Chemouel par la prière ; c'est de cette manière que nos mères étaient stériles, ayant cette force de fermeture depuis leur formation dans le ventre de leur mère. Le Rav Ohel Yaakov a écrit, dans la paracha Vayetse, sur le verset (Berechit 29, 31) « Hachem vit que Léa était haïe, et Il ouvrit sa matrice, et Rachel était stérile », que le terme d'ouverture ne convient que là où il y a fermeture. La chose est que Sara, Rivka et Léa avaient une fermeture de stérilité depuis le ventre de leur mère, afin que les patriarches priassent pour elles et qu'elles enfantassent par miracle, car le Saint béni soit-Il désire leur prière ; Rachel, elle, n'avait pas depuis sa formation de fermeture de stérilité, car il suffisait de Léa pour que Yaakov notre père priât. Mais après que Yaakov les eut épousées toutes deux et qu'il eut fait de Rachel la principale et de Léa la seconde, il était juste que la chose changeât et que la stérilité fut du côté de Rachel et non de Léa ; c'est pourquoi, après le mariage, le Saint béni soit-Il ouvrit la matrice de Léa, ôtant la fermeture qu'elle avait depuis sa formation, et établit la stérilité chez Rachel. Le Rav explique ces propos par une parabole ; voir là-bas. Selon cela, la stérilité de Rachel ne venait pas d'une fermeture présente en elle depuis sa formation, car elle avait été formée en bon état, et cela ne lui advint qu'après le mariage, lorsque Yaakov notre père fit d'elle la maîtresse de la maison, selon la raison du Rav Ohel Yaakov citée plus haut. Il faut donc dire que sa stérilité venait de la cause mentionnée plus haut, une faiblesse des ovules qui ne recevaient pas la semence ; or dans ce cas le terme d'ouverture ne convient pas, puisqu'il n'y a pas là de fermeture mais une guérison. Dès lors, ce qui est dit de Rachel, « Il l'exauça, D.ieu, et Il ouvrit sa matrice », ne désigne pas une ouverture pour la conception, et il faut nécessairement l'expliquer de l'enfantement : dès l'instant où D.ieu l'exauça quant à la conception et décréta qu'elle concevrait, Il décréta aussi en quel jour et à quelle heure se ferait l'ouverture de sa matrice pour l'enfantement. Par amour pour Yossef le juste, dès l'instant où Il décréta sur la goutte dont il serait formé dans le ventre de Rachel, Il décréta sur l'heure de sa naissance et le temps où il sortirait de son ventre à l'air du monde, comme nos maîtres l'ont dit sur le verset (Kohelet 7, 1) « et le jour de la mort vaut mieux que le jour de la naissance » : dès le jour de la naissance est décrété le jour où l'on sortira du monde. Il se trouve donc que ce verset concernant Rachel parle de l'ouverture de la matrice pour l'enfantement, et c'est pourquoi il a été apporté pour le propos de Rabbi Yo'hanan, qui traite de cela ; il n'a pas apporté le verset de Léa, « et Il ouvrit sa matrice », qui parle là de l'ouverture de la matrice pour la conception, ce qui ne concerne pas le propos de Rabbi Yo'hanan, lequel traite de l'ouverture de l'enfantement.
💡 Explication

Chaque clef reçoit son verset. Pour la pluie, Devarim 28, 12 : le verbe « ouvrira » a Hachem pour sujet, sans intermédiaire. Pour la parturiente, Berechit 30, 22, sur Rachel.

Le folio s'interrompt au milieu de la citation ; le verset se poursuit et la troisième clef sera établie au début du folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).