Taanit 2b — La fin des clefs que le Ciel ne remet pas à un émissaire, puis la grande question du chapitre : à partir de quel moment de Souccot mentionne-t-on la puissance des pluies ? Loulav ou nissoukh ha-mayim, mention et demande, et la derach mem-yod-mem des libations

Taanit 2b

Sougya : Le folio achève la liste des clefs qui restent dans la main de D.ieu : celle de la résurrection des morts s'y ajoute par le verset d'Ye'hezkel, et les maîtres d'Erets-Israël veulent y joindre la clef de la parnassa, ce à quoi Rabbi Yo'hanan répond que la pluie est déjà la subsistance. Le chapitre revient ensuite à la michna : Rabbi Eliezer fait commencer la mention des pluies au premier jour de Souccot, et la guemara demande d'où il l'apprend, du loulav ou du nissoukh ha-mayim — la différence pratique porte sur le jour et sur la nuit.

Rabbi Abahou tranche pour le loulav, et une baraita déploie toute la mahloket : Rabbi Yehochoua objecte que la pluie à Souccot est un signe de malédiction, Rabbi Eliezer distingue la mention de la demande, Rabbi tient que l'une s'arrête avec l'autre. Le folio se termine sur les positions de Rabbi Yehouda ben Betera et de Rabbi Akiva, toutes deux tirées des libations des sacrifices de Souccot et de la derach des lettres mem, yod, mem qui forment le mot mayim.

Les clefs que le Ciel ne remet pas à un émissaire Clef de la pluie Devarim 28, 12 Il ouvre Son trésor Rabbi Yo'hanan Clef de la parturiente Bereshit 30, 22 Il ouvrit sa matrice Rabbi Yo'hanan Clef de la résurrection Ye'hezkel 37, 13 J'ouvrirai vos tombeaux Rabbi Yo'hanan Clef de la parnassa Tehilim 145, 16 Tu ouvres Ta main Maîtres d'Erets-Israël Pourquoi Rabbi Yo'hanan ne la compte pas ? La pluie est déjà la subsistance : elle est comprise dans la première clef. Le point commun des quatre versets Le verbe ouvrir, et Rachi précise chaque fois : non par un émissaire. Ce qui relie cette liste au chapitre La pluie reste entre les mains du Ciel : d'où l'obligation de la mentionner dans la prière, objet de la michna.
Les quatre clefs et la réponse de Rabbi Yohanan sur la parnassa.
À partir de quand mentionne-t-on la puissance des pluies ? Jour 1 Jour 2 Jour 3 Jour 4 Jour 5 Jour 6 Jour 7 Chemini Rabbi Eliezer — jour 1 Michna. Appris du loulav, selon Rabbi Abahou : le loulav se prend de jour, donc de jour, pas la nuit. Rabbi Yehouda ben Betera — jour 2 Baraita. Le mem en surplus de ve-niskeihem, première allusion à l'eau dans le texte des libations. Rabbi Akiva — jour 6 Baraita. Ou-nsakheha désigne deux libations : celle de l'eau et celle du vin. Rabbi Yehochoua — au dépôt du loulav Baraita. Le septième jour, dernier jour où l'on prend le loulav, selon Tossefot à la sortie du septième. Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Yehochoua — Moussaf de Chemini Atseret Le premier officiant, celui de Chaharit, ne mentionne pas ; le dernier, celui de Moussaf, mentionne. Au premier jour de Pessa'h, ordre inverse : le premier mentionne encore, le dernier ne mentionne plus. Toutes ces positions portent sur la mention, hazkara. La demande, cheela, est une question distincte traitée plus loin.
Les cinq positions sur le moment où commence la mention des pluies.
La derach des libations : mem, yod, mem Deuxième jour ונסכיהם ve-niskeihem, au pluriel Lettre en surplus : mem Sixième jour ונסכיה ou-nsakheha, au pluriel Lettre en surplus : yod Septième jour כמשפטם ke-michpatam, au pluriel Lettre en surplus : mem מים mayim : allusion au nissoukh ha-mayim Rabbi Yehouda ben Betera retient le jour de la première allusion, le deuxième. Rabbi Akiva retient le sixième, où un seul sacrifice porte deux libations.
Les trois lettres en surplus forment le mot mayim et fondent les deux positions.
1
אֵלֶיהָ אֱ-לֹהִים וַיִּפְתַּח אֶת רַחְמָהּ״. מַפְתֵּחַ שֶׁל תְּחִייַּת הַמֵּתִים מִנַּיִן — דִּכְתִיב: ״וִידַעְתֶּם כִּי אֲנִי ה׳ בְּפִתְחִי אֶת קִבְרוֹתֵיכֶם״.

« ... et Il ouvrit sa matrice. » La clef de la résurrection des morts, d'où la sait-on ? Car il est écrit : « Et vous saurez que Je suis ה' lorsque J'ouvrirai vos tombeaux. »

📜 Rachi (1)
כִּי אֲנִי ה' וְלֹא שָׁלִיחַ:
Et non par un émissaire.
💡 Explication

Le folio prend la liste en cours de route. Rabbi Yo'hanan a enseigné au folio précédent que trois clefs ne sont remises à aucun émissaire : celle de la pluie, celle de la femme qui enfante et celle de la résurrection des morts. Le segment donne la fin du verset de Rahel, puis le verset d'Yehezkel qui fonde la troisième.

Le fil conducteur des trois versets est le verbe ouvrir, et Rachi précise chaque fois la même chose : le texte attribue l'acte à D.ieu. Lui-même. C'est cette main directe sur la pluie qui justifie que la prière quotidienne en fasse mention, objet de tout le chapitre.

2
בְּמַעֲרָבָא אָמְרִי: אַף מַפְתֵּחַ שֶׁל פַּרְנָסָה, דִּכְתִיב: ״פּוֹתֵחַ אֶת יָדֶךָ וְגוֹ׳״. וְרַבִּי יוֹחָנָן, מַאי טַעְמָא לָא קָא חָשֵׁיב לְהָא? אָמַר לָךְ: גְּשָׁמִים הַיְינוּ פַּרְנָסָה.

En Occident, en Erets-Israël, on dit : la clef de la parnassa, la subsistance, également, car il est écrit : « Tu ouvres Ta main », etc. Et Rabbi Yo'hanan, pour quelle raison ne la compte-t-il pas ?

Il pourrait te répondre : la pluie, c'est déjà la subsistance.

📜 Rachi (2)
פּוֹתֵחַ אֶת יָדְךָ וְלֹא שָׁלִיחַ:
Et non par un émissaire.
גְּשָׁמִים נָמֵי הַיְינוּ פַּרְנָסָה וּכְבָר חָשֵׁבְנָא לֵיהּ:
Et je l'ai déjà comptée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּמַעֲרָבָא אָמְרִי: אַף מַפְתֵּחַ שֶׁל פַּרְנָסָה, דִּכְתִיב: (תְּהִלִּים קמה, טז) "פּוֹתֵחַ אֶת יָדְךָ" וְגוֹ'. הִקְשָׁה הָרַב פָּרָשַׁת דְּרָכִים דְּרוּשׁ כ"א מִמַּה שֶׁאָמְרוּ בִּמְצִיעָא (בָּבָא מְצִיעָא פו:) מִשּׁוּם דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית יח, ח) 'וַיִּקַּח חֶמְאָה וְחָלָב' עַל יְדֵי עַצְמוֹ, נָתַן לוֹ הַקָּבָּ"ה עַל יְדֵי עַצְמוֹ, דִּכְתִיב (שְׁמוֹת טז, ד) 'הִנְנִי מַמְטִיר לָכֶם לֶחֶם מִן הַשָּׁמַיִם' אֲבָל מַיִם שֶׁנָּתַן עַל יְדֵי אֲחֵרִים דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית יח, ד) 'יִקַּח נָא מְעַט מַיִם' נָתַן עַל יְדֵי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, שְׁמַע מִינָּה אִם הָיָה מֵבִיא הַמַּאֲכָל עַל יְדֵי שָׁלִיחַ הָיָה נוֹתֵן לְבָנָיו עַל יְדֵי שָׁלִיחַ, וְאֵיךְ יִתָּכֵן זֶה? וַהֲלֹא הַפַּרְנָסָה מֻוכְרָח שֶׁתִּהְיֶה בְּיַד השי"ת! עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד אִין הָכִי נָמֵי בְּדֶרֶךְ אַקְרַאי אֶפְשָׁר שֶׁתִּהְיֶה הַפַּרְנָסָה עַל יְדֵי שָׁלִיחַ כְּמוֹ שֶׁמָּצִינוּ שֶׁבְּדֶרֶךְ אַקְרַאי נִיתַּן מִפֶּתַח הַגְּשָׁמִים וְאַחַר כָּךְ מִפֶּתַח תְּחִייַּת הַמֵּתִים לְאֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב. וְאֵין לְהַקְשׁוֹת עַל זֶה מִמַּה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (דְּבָרִים לב, יג) 'וַיֵּנִקֵהוּ דְבַשׁ מִסֶּלַע וְשֶׁמֶן מֵחַלְמִישׁ צוּר' שֶׁהָיָה זֶה עַל יְדֵי מַלְאָךְ, דְּאֵין זוֹ פַּרְנָסָה לִכְלָלוּת יִשְׂרָאֵל אֶלָּא שֶׁל קְטַנִּים יְחִידִים, וּמֵעַרְבָאֵי אַיְירֵי בְּפַרְנָסָה כּוֹלֶלֶת לְרַבִּים שֶׁהוּא לְכָל חַי.
« En Occident on dit : la clef de la parnassa également, car il est écrit : Tu ouvres Ta main, etc. » Le Rav de Parachat Derakhim, derouch 21, soulève une difficulté à partir de ce qui est dit dans Baba Metsia 86b : parce qu'il est écrit « il prit de la crème et du lait », Bereshit 18, 8, ce qu'Avraham fit par lui-même, le Saint béni soit-Il donna lui aussi par Lui-même, ainsi qu'il est écrit « voici que Je fais pleuvoir pour vous du pain depuis le ciel », Chemot 16, 4 ; tandis que l'eau, qu'Avraham donna par l'intermédiaire d'un autre, ainsi qu'il est écrit « qu'on prenne donc un peu d'eau », Bereshit 18, 4, fut donnée par l'intermédiaire de Moche notre maître, que la paix soit sur lui. On en déduit que si Avraham avait apporté la nourriture par un émissaire, D.ieu aurait donné à ses enfants par un émissaire. Et comment cela se peut-il ? La parnassa doit pourtant demeurer nécessairement dans la main de D.ieu ! Vois là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en effet, de manière occasionnelle, il est possible que la parnassa passe par un émissaire, de même que nous trouvons qu'à titre exceptionnel la clef des pluies, puis celle de la résurrection des morts, furent remises à Eliyahou, de mémoire bénie. Et l'on ne peut objecter à cela à partir de ce que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit sur le verset « Il lui fit sucer le miel du rocher et l'huile du dur caillou », Devarim 32, 13, à savoir que cela se fit par un ange : car il ne s'agit pas là de la parnassa de l'ensemble d'Israël, mais de celle de quelques petits enfants pris isolément ; or les maîtres d'Erets-Israël parlent d'une parnassa générale, destinée au grand nombre, celle qui va « à tout vivant ».
💡 Explication

Les maîtres d'Erets-Israël ajoutent une quatrième clef, tirée du verset des Tehilim qui emploie lui aussi le verbe ouvrir. Rabbi Yo'hanan ne la compte pas séparément, et la guemara explique pourquoi : la parnassa dépend de la pluie, de sorte que la première clef de sa liste la contient déjà. Rachi résume d'un mot : je l'ai déjà comptée.

Il ne s'agit donc pas d'une divergence sur le fond, mais sur le découpage de la liste. Les deux côtés tiennent que la subsistance reste dans la main du Ciel.

3
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מִיּוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג כּוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מֵהֵיכָא גָּמַיר לַהּ? מִלּוּלָב גָּמַר לָהּ, אוֹ מִנִּיסּוּךְ הַמַּיִם גָּמַר לַהּ.

« Rabbi Eliezer dit : depuis le premier jour de fête de la fête », etc. On a posé la question suivante : Rabbi Eliezer, d'où l'apprend-il ?

L'apprend-il du loulav, ou bien l'apprend-il du nissoukh ha-mayim, la libation d'eau ?

📜 Rachi (1)
מִלּוּלָב גָּמַר לָהּ שֶׁדּוֹמֶה לְלוּלָב שֶׁכְּשֵׁם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְאֵלּוּ אַרְבַּע מִינִין בְּלֹא גְּשָׁמִים וּבָאִין לְרַצּוֹת עַל הַמַּיִם כִּדְאָמְרִינַן בְּסֻוכָּה כָּךְ אִי אֶפְשָׁר לָעוֹלָם בְּלֹא מַיִם:
Il l'apprend du loulav — car cela ressemble au loulav : de même que ces quatre espèces ne peuvent exister sans pluie et qu'elles viennent apaiser au sujet de l'eau, comme nous le disons au traité Soucca, de même le monde ne peut exister sans eau.
🗂️ Tossefot (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מֵהֵיכָא גָּמַיר לַהּ מִלּוּלָב גְּמִיר מַה לוּלָב בַּיּוֹם וְכוּ'. פִּי' וְלוּלָב הָוֵי רִצּוּי דָּמִים וְגָדֵל עַל הַמַּיִם אוֹ דִּלְמָא מִנִּיסּוּךְ גָּמַר לָהּ פִּי' וְנָפְקָא מִינָּהּ אִי מִלּוּלָב גָּמַר לָהּ אֲבָל נִיסּוּךְ הַמַּיִם סְבִירָא לֵיהּ דְּלָאו בְּיוֹם רִאשׁוֹן הוּא אוֹ מִנִּיסּוּךְ הַמַּיִם קָא גָּמַר לָהּ דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם בְּיוֹם רִאשׁוֹן הוּא אִי נָמֵי דְּאִי מִלּוּלָב גָּמַר הֲוָה דַּוְוקָא בַּיּוֹם שֶׁנֶּאֱמַר (וַיִּקְרָא כ״ג:מ׳) וּלְקַחְתֶּם לָכֶם בַּיּוֹם אֲבָל אִי מִנִּסּוּךְ הֲוָה אֲפִילּוּ בַּלַּיְלָה וּלְעִנְיָן זֶה אַהָנֵי דְּאָמַר מָר וּמִנְחָתָם וְנִסְכֵּיהֶם בַּלַּיְלָה אַף וְכוּ' פֵּירוּשׁ דאע"ג דְּנִיסּוּךְ קָרְבָּנוֹת לָא הָוֵי עַד לְאַחַר הַקְרָבַת קָרְבְּנוֹתֵיהֶם וְאִם כֵּן הֵיאַךְ קְרִיבִי נְסָכִים בַּלַּיְלָה רוֹצֶה לוֹמַר בְּלַיְלָה שְׁנִיָּה וְהַנִּיסּוּךְ הֶחָג דְּהָוֵי מִמַּיִם מָצֵי לְמֶהֱוֵי בְּלַיְלָה רִאשׁוֹנָה ואע"ג דְּאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא בְּפֶ' בָּרִאשׁוֹנָה (יוֹמָא דַּף כו:) אָמַר רַב וְאִיתֵּימָא ר' יוֹחָנָן אֵין מְנַסְּכִים מַיִם בֶּחָג אֶלָּא בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר וא"כ לָא הָוֵי בְּלַיְלָה רִאשׁוֹנָה דְּהָא אֵינָהּ אֶלָּא בַּיּוֹם יֵשׁ לוֹמַר דְּאֵינוֹ חַיָּיב לְנַסֵּךְ אֶלָּא בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר מִכָּל מָקוֹם אִי בָּעֵי עֲבִיד לֵיהּ בְּלֵילְיָא:
« On a posé la question : Rabbi Eliezer, d'où l'apprend-il ? L'apprend-il du loulav : de même que le loulav se prend de jour, etc. » — explication : le loulav est un apaisement au sujet de l'eau et il pousse sur l'eau. « Ou bien l'apprend-il du nissoukh ? » — explication : la différence pratique est celle-ci. S'il l'apprend du loulav, c'est qu'il tient que le nissoukh ha-mayim n'a pas lieu le premier jour ; s'il l'apprend du nissoukh ha-mayim, c'est qu'il tient que le nissoukh ha-mayim a bien lieu le premier jour. Ou encore : s'il l'apprend du loulav, ce serait uniquement de jour, puisqu'il est dit « et vous prendrez pour vous, le jour », Vayikra 23, 40 ; mais s'il l'apprend du nissoukh, ce serait même la nuit. C'est à cela que sert ce qu'a dit le Maître : « et leurs oblations et leurs libations », même la nuit. Explication : bien que la libation des sacrifices n'ait lieu qu'après l'offrande des sacrifices, et que l'on puisse donc demander comment des libations seraient offertes la nuit — il veut dire la deuxième nuit — la libation de la fête, qui se fait avec de l'eau, peut avoir lieu dès la première nuit. Et bien que nous disions au traité Yoma, chapitre Barichona, 26b, que Rav, et certains disent Rabbi Yo'hanan, a enseigné que l'on ne verse l'eau pendant la fête qu'avec le tamid du matin — et s'il en est ainsi, cela ne peut pas être la première nuit, puisque ce tamid n'a lieu que de jour — on peut répondre qu'il n'y est obligé qu'avec le tamid du matin, mais que s'il le veut, il peut néanmoins le faire la nuit.
💡 Explication

La guemara revient à la michna du folio précédent. Rabbi Eliezer fait commencer la mention des pluies au premier jour de Souccot, et la question porte sur la source de cette date. Deux mitsvot de Souccot sont liées à l'eau : le loulav, dont les quatre espèces ont besoin d'eau et viennent apaiser à son sujet, et le nissoukh ha-mayim, la libation d'eau versée sur l'autel pendant la fête.

La question n'est pas seulement d'érudition : de la source dépend le moment exact du début, comme le segment suivant va le montrer.

4
מִלּוּלָב גָּמַר לָהּ: מַה לוּלָב בַּיּוֹם — אַף הַזְכָּרָה בַּיּוֹם. אוֹ דִּלְמָא מִנִּיסּוּךְ הַמַּיִם גָּמַר לַהּ: מַה נִיסּוּךְ הַמַּיִם מֵאוּרְתָּא, דְּאָמַר מַר: ״וּמִנְחָתָם וְנִסְכֵּיהֶם״, אֲפִילּוּ בַּלַּיְלָה — אַף הַזְכָּרָה מֵאֻורְתָּא.

L'apprend-il du loulav : de même que le loulav se prend de jour, de même la mention se fait de jour. Ou bien l'apprend-il du nissoukh ha-mayim : de même que le nissoukh ha-mayim peut se faire des le soir, ainsi que l'a dit le Maître à propos de « et leurs oblations et leurs libations », même la nuit, de même la mention commence dès le soir.

📜 Rachi (3)
מַה לוּלָב בְּיוֹם שֶׁמַּתְחִילִין לִיטֹּול בְּיוֹם רִאשׁוֹן אַף הַזְכָּרָה נָמֵי בַּיּוֹם כְּלוֹמַר שֶׁאֵינָן מַזְכִּירִין בְּלֵילֵי יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן עַד לְמָחָר:
De même que le loulav se prend de jour — car on commence à le prendre le premier jour ; de même la mention aussi se fait de jour, c'est-à-dire que l'on ne mentionne pas la nuit du premier jour de fête, mais seulement le lendemain.
מַה נִיסּוּךְ הַמַּיִם מֵאוּרְתָּא כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּמַס' סֻוכָּה (דַּף נא:) שֶׁמְּמַלְּאִין הַכְּלִי מַיִם לְנִיסּוּךְ הַמַּיִם בַּלַּיְלָה וְיֵשׁ סְפָרִים דִּכְתִיב בְּהוּ דְּאָמַר מָר וּמִנְחָתָם וְנִסְכֵּיהֶם בַּלַּיְלָה שֶׁמַּקְרִיבִין הַקָּרְבָּנוֹת בַּיּוֹם יְכוֹלִין לְהָבִיא הַמְּנָחוֹת וְהַנְּסָכִים בַּלַּיְלָה אַף הַאי נִיסּוּךְ הַמַּיִם נָמֵי יָכוֹל לְנַסֵּךְ בַּלַּיְלָה:
De même que le nissoukh ha-mayim se fait des le soir — comme nous le trouvons au traité Soucca, 51b, où l'on remplit d'eau la nuit le récipient destiné au nissoukh ha-mayim. Et il y a des livres où il est écrit : « ainsi que l'a dit le Maître : et leurs oblations et leurs libations — la nuit », à savoir que, alors même que l'on offre les sacrifices de jour, on peut apporter les oblations et les libations la nuit ; de même ce nissoukh ha-mayim, on peut également le verser la nuit.
אַף הַזְכָּרָה נָמֵי מֵאֻורְתָּא שֶׁבְּלֵילֵי י"ט הָרִאשׁוֹן קָאָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר שֶׁמַּתְחִילִין לְהַזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים:
De même la mention aussi des le soir — car Rabbi Eliezer dit que c'est des la nuit du premier jour de fête que l'on commence à mentionner la puissance des pluies.
💡 Explication

Voici la nafka mina, la conséquence pratique du dilemme. Le loulav est une mitsva du jour : le verset dit « et vous prendrez pour vous, le jour ». Si Rabbi Eliezer y puise sa date, la mention des pluies ne commence qu'à la prière du matin du premier jour, et non à celle du soir.

Le nissoukh ha-mayim, lui, peut être préparé dès la nuit : les oblations et les libations peuvent être apportées la nuit. Si Rabbi Eliezer y puise sa date, la mention commence dès arvit du premier soir de la fête.

🖼️ Schéma
La question et sa conséquence pratique D'où Rabbi Eliezer apprend-il ? Du loulav Mitsva du jour : et vous prendrez pour vous, le jour. Début : le matin du jour 1 Du nissoukh ha-mayim Oblations et libations peuvent être apportées la nuit. Début : le soir de l'entrée de la fête Nafka mina : la prière du soir du premier jour mentionne-t-elle déjà la pluie ?
Loulav ou libation d'eau : de la source dépend le soir ou le matin.
5
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: לֹא לְמָדָהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אֶלָּא מִלּוּלָב. אִיכָּא דְאָמְרִי: רַבִּי אֲבָהוּ גְּמָרָא גְּמִיר לַהּ, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: מַתְנִיתָא שֹׁמֵיעַ לֵיהּ.

Viens et écoute : Rabbi Abahou a dit — Rabbi Eliezer ne l'a apprise que du loulav. Certains disent que Rabbi Abahou le tenait d'une tradition reçue, et d'autres disent qu'il avait entendu une baraita.

📜 Rachi (2)
גְּמָרָא גְּמִיר לָהּ רַבִּי אָבָהוּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לֹא לְמָדָהּ אֶלָּא מִלּוּלָב:
Il le tenait d'une tradition — Rabbi Abahou tenait que Rabbi Eliezer ne l'avait apprise que du loulav.
מַתְנִיתִין שֹׁמֵיעַ לֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר גָּמַר מִלּוּלָב:
Il avait entendu une baraita — enseignant que Rabbi Eliezer l'avait apprise du loulav.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ לֹא לְמָדָהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אֶלָּא מִלּוּלָב. פֵּירוּשׁ וּסְבִירָא לֵיהּ דְּנִיסּוּךְ לָא הָוֵי עַד בַּשֵּׁנִי:
« Car Rabbi Abahou a dit : Rabbi Eliezer ne l'a apprise que du loulav. » Explication : et il tient que le nissoukh n'a lieu que le deuxième jour.
💡 Explication

La question se résout : Rabbi Abahou atteste que la source de Rabbi Eliezer est le loulav, et la mention commence donc de jour. Les Tossefot en tirent une conséquence : Rabbi Eliezer tient que le nissoukh ha-mayim ne commence que le deuxième jour.

La guemara hésite ensuite sur le statut de l'affirmation de Rabbi Abahou : guemara, une tradition orale reçue de ses maîtres, ou bien une baraita qu'il aurait entendue. La suite produit cette baraita.

6
מַאי הִיא — דְּתַנְיָא: מֵאֵימָתַי מַזְכִּירִין עַל הַגְּשָׁמִים? רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מִשְּׁעַת נְטִילַת לוּלָב. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: מִשְּׁעַת הַנָּחָתוֹ.

Quelle est-elle ? Comme il a été enseigné : à partir de quand mentionne-t-on les pluies ?

Rabbi Eliezer dit : depuis le moment où l'on prend le loulav. Rabbi Yehochoua dit : depuis le moment où on le dépose.

📜 Rachi (1)
מִשְּׁעַת הַנָּחָתוֹ מִיּוֹם שֶׁמְּבָרְכִין בּוֹ בָּאַחֲרוֹנָה דְּהַיְינוּ בַּשְּׁבִיעִי:
Depuis le moment où on le dépose — depuis le jour où l'on récite pour la dernière fois la bénédiction sur lui, c'est-à-dire le septième jour.
🗂️ Tossefot (1)
מִשְּׁעַת נְטִילַת לוּלָב. פֵּירוּשׁ דְּהַיְינוּ תְּחִילַּת יוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל סֻוכּוֹת וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר מִשְּׁעַת הַנָּחָתוֹ פֵּירוּשׁ לְאֻורְתָּא דְּמוֹצָאֵי שְׁבִיעִי שֶׁל סֻוכּוֹת שֶׁמַּנִּיחִין בּוֹ אֶת הַלּוּלָב:
« Depuis le moment où l'on prend le loulav. » Explication : c'est-à-dire au début du premier jour de Souccot. « Et Rabbi Yehochoua dit : depuis le moment où on le dépose. » Explication : le soir qui suit le septième jour de Souccot, où l'on dépose le loulav.
💡 Explication

Voici la baraita. Elle formule les deux positions de la michna en fonction du loulav lui-même, ce qui confirme la lecture de Rabbi Abahou. La prise du loulav ouvre la fête, son dépôt la ferme.

Rachi explique le dépôt comme le septième jour, dernier jour où l'on récite la bénédiction sur le loulav. Les Tossefot précisent le soir qui suit ce septième jour, moment où le loulav est mis de côté.

7
אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: הוֹאִיל וְאַרְבַּעַת מִינִין הַלָּלוּ אֵינָן בָּאִין אֶלָּא לְרַצּוֹת עַל הַמַּיִם, וּכְשֵׁם שֶׁאַרְבַּע מִינִין הַלָּלוּ אִי אֶפְשָׁר בָּהֶם בְּלֹא מַיִם — כָּךְ אִי אֶפְשָׁר לָעוֹלָם בְּלֹא מַיִם.

Rabbi Eliezer a dit : puisque ces quatre espèces ne viennent que pour apaiser au sujet de l'eau, et de même que ces quatre espèces ne peuvent subsister sans eau, ainsi le monde ne peut exister sans eau.

📜 Rachi (1)
אַרְבָּעָה מִינִין הַלָּלוּ שֶׁבַּלּוּלָב וְאֶתְרוֹג:
Ces quatre espèces — celles du loulav et de l'etrog.
💡 Explication

Rabbi Eliezer donne la raison de fond. Les quatre espèces prises à Souccot dépendent de l'eau pour pousser, et leur prise constitue un ritsouy, un apaisement au sujet de l'eau de l'année qui vient. Le geste porte donc en lui le thème de la pluie.

Le raisonnement passe ensuite du petit au grand : ce qui vaut des quatre espèces vaut du monde entier, qui ne tient pas sans eau. Le moment de la prise du loulav est donc le moment où la prière se tourne vers la pluie.

8
אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: וַהֲלֹא גְּשָׁמִים בֶּחָג אֵינוֹ אֶלָּא סִימָן קְלָלָה! אָמַר לוֹ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: אַף אֲנִי לֹא אָמַרְתִּי לִשְׁאֹול, אֶלָּא לְהַזְכִּיר. וּכְשֵׁם שֶׁתְּחִיַּית הַמֵּתִים מַזְכִּיר כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ וְאֵינָהּ אֶלָּא בִּזְמַנָּהּ, כָּךְ מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים כָּל הַשָּׁנָה וְאֵינָן אֶלָּא בִּזְמַנָּן. לְפִיכָךְ, אִם בָּא לְהַזְכִּיר כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ — מַזְכִּיר. רַבִּי אוֹמֵר, אוֹמֵר אֲנִי: מִשָּׁעָה שֶׁמַּפְסִיק לִשְׁאֵלָה — כָּךְ מַפְסִיק לְהַזְכָּרָה.

Rabbi Yehochoua lui dit : mais la pluie pendant la fête n'est qu'un signe de malédiction ! Rabbi Eliezer lui répondit : moi non plus je n'ai pas parlé de demander, mais seulement de mentionner.

Et de même que l'on mentionne la résurrection des morts toute l'année alors qu'elle n'a lieu qu'en son temps, ainsi mentionne-t-on la puissance des pluies toute l'année alors qu'elles ne tombent qu'en leur temps. C'est pourquoi, si l'on vient à mentionner toute l'année, on mentionne.

Rabbi dit : je dis, quant à moi, qu'à partir du moment où l'on cesse de demander, on cesse également de mentionner.

📜 Rachi (2)
כָּךְ גְּשָׁמִים יְהֵא מַזְכִּיר כָּל הַשָּׁנָה אֲפִילּוּ בִּימוֹת הַחַמָּה אִם הוּא רוֹצֶה יְהֵא מַזְכִּיר:
Ainsi les pluies — il les mentionnera toute l'année, même durant la saison chaude : s'il le veut, il mentionne.
מִשָּׁעָה שֶׁפּוֹסֵק מִלִּשְׁאֹול שֶׁבְּפֶסַח פּוֹסֵק מִלּוֹמַר וְתֵן טַל וּמָטָר פּוֹסֵק מִלְּהַזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים וְהַשְׁתָּא לָא מָצֵית לְמֵימַר אִם בָּא לְהַזְכִּיר כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ מַזְכִּיר אֶלָּא בִּימוֹת הַחַמָּה אֵינוֹ מַזְכִּיר הוֹאִיל וְאֵין זְמַנּוֹ אַף בֶּחָג אֵינוֹ מַזְכִּיר הוֹאִיל וְלֹא סִימַן בְּרָכָה הֵן:
À partir du moment où l'on cesse de demander — à Pessa'h on cesse de dire « donne rosée et pluie », et l'on cesse alors de mentionner la puissance des pluies. Dès lors, tu ne peux plus dire « si l'on vient à mentionner toute l'année, on mentionne » : durant la saison chaude on ne mentionne pas, puisque ce n'est pas leur temps ; et pendant la fête non plus on ne mentionne pas, puisqu'elles n'y sont pas un signe de bénédiction.
🗂️ Tossefot (1)
מִשָּׁעָה שֶׁמַּפְסִיקִין לִישָּׁאֵל. וְתֵן טַל וּמָטָר בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים פּוֹסְקִין מִלְּהַזְכִּיר מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם בִּתְחִיַּית הַמֵּתִים:
« À partir du moment où l'on cesse de demander. » À partir du moment où l'on cesse de dire « donne rosée et pluie » dans la bénédiction des années, on cesse de mentionner « Il fait descendre la pluie » dans la bénédiction de la résurrection des morts.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua objecte par la michna qui sera citée plus loin : la pluie pendant Souccot empêche de s'asseoir dans la soucca et vaut signe de malédiction. Comment en faire l'éloge à ce moment ?

Rabbi Eliezer répond par une distinction qui structure tout le chapitre : la hazkara, la mention de la puissance des pluies dans la deuxième bénédiction de la amida, se distingue de la cheela, la demande de pluie dans la bénédiction des années. La mention est une louange, non une requête, et elle peut donc se dire en dehors de la saison, comme on mentionne chaque jour la résurrection des morts. Rabbi, lui, lie les deux : elles s'arrêtent ensemble, à Pessa'h.

🖼️ Schéma
Mention et demande : deux actes distincts Hazkara, la mention Machiv harouah oumorid haguechem, dans la bénédiction de la résurrection. Louange, non requête. Peut se dire hors saison. Cheela, la demande Veten tal oumatar, dans la bénédiction des années. Requête d'un bien concret. Liée à la saison des pluies. Rabbi Eliezer Les deux se séparent : on peut mentionner toute l'année. Rabbi Les deux vont ensemble : l'arrêt de l'une arrête l'autre.
La distinction de Rabbi Eliezer entre hazkara et cheela, et la position de Rabbi.
9
רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה אוֹמֵר: בַּשֵּׁנִי בֶּחָג הוּא מַזְכִּיר, רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: בַּשִּׁשִּׁי בֶּחָג הוּא מַזְכִּיר. רַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בְּיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג — הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר, הָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר. בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח — הָרִאשׁוֹן מַזְכִּיר, הָאַחֲרוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר.

Rabbi Yehouda ben Betera dit : c'est le deuxième jour de la fête que l'on mentionne. Rabbi Akiva dit : c'est le sixième jour de la fête que l'on mentionne.

Rabbi Yehouda, au nom de Rabbi Yehochoua, dit : celui qui passe devant la tevah au dernier jour de fête de la fête — le dernier mentionne, le premier né mentionne pas ; au premier jour de fête de Pessa'h — le premier mentionne, le dernier ne mentionne pas.

📜 Rachi (3)
הָאַחֲרוֹן הַמִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת מוּסָף:
Le dernier — celui qui conduit la prière de Moussaf.
הָרִאשׁוֹן הַמִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת יוֹצֵר:
Le premier — celui qui conduit la prière du matin.
אֵינוֹ מַזְכִּיר וְשׁוּב אֵין מַזְכִּירִין:
Ne mentionne pas — et l'on ne mentionne plus ensuite.
🗂️ Tossefot (1)
הָעֻובָּר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בי"ט שֶׁל חַג הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר וְכוּ'. פִּי' הָאַחֲרוֹן שֶׁמִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת מוּסָף הָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר פֵּירוּשׁ שֶׁמִּתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית אֵינוֹ מַזְכִּיר וּבַיְּרוּשַׁלְמִי קָאָמַר אַמַּאי אֵינוֹ מַזְכִּיר מֵאֻורְתָּא פֵּירוּשׁ מִתְּפִלַּת עַרְבִית וּמְשַׁנֵּי דְּלֵית תַּמָּן כָּל עַמָּא וְלַדְכְּרוּ בְּצַפְרָא פֵּירוּשׁ בִּתְפִלַּת שַׁחֲרִית וּמְשַׁנֵּי דְּהָווּ סָבְרִי דְּהָווּ מִדִּכְרוּ לֵיהּ מֵאֻורְתָּא:
« Celui qui passe devant la tevah au jour de fête de la fête : le dernier mentionne », etc. Explication : le dernier, celui qui conduit la prière de Moussaf ; « le premier né mentionne pas », explication : celui qui conduit la prière du matin ne mentionne pas. Et dans le Talmud de Jérusalem on demande : pourquoi ne mentionne-t-on pas dès le soir, c'est-à-dire à la prière du soir ? On répond : parce que tout le monde n'est pas là. Et qu'on le mentionne alors au matin, c'est-à-dire à la prière du matin ? On répond : parce qu'ils croiraient qu'on l'a déjà mentionné dès le soir.
💡 Explication

La baraita ajoute deux positions intermédiaires, fondées sur les libations des sacrifices de Souccot et expliquées plus bas. Puis Rabbi Yehouda, au nom de Rabbi Yehochoua, précise le moment exact des deux charnières de l'année.

À Chemini Atseret, le premier officiant est celui de Chaharit et le dernier celui de Moussaf : la mention commence à Moussaf. À Pessa'h, l'ordre s'inverse : la mention se dit encore à Chaharit et s'arrête à Moussaf. Rachi note qu'après cet arrêt, on ne mentionne plus du tout.

🖼️ Schéma
Les deux charnières, selon Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Yehochoua Chemini Atseret : on commence Chaharit ne mentionne pas Moussaf mentionne Le Yerouchalmi demande pourquoi pas dès arvit : tout le monde n'est pas là ; et pas à Chaharit : on croirait que cela a déjà été dit la veille au soir. Premier jour de Pessa'h : on arrête Chaharit mentionne Moussaf ne mentionne pas Rachi : une fois arrêté, on ne mentionne plus jusqu'à la reprise de l'année suivante. La bascule se fait toujours à Moussaf : entrée à Chemini Atseret, sortie à Pessa'h.
Le passage à Moussaf marque l'entrée et la sortie de la mention.
10
שַׁפִּיר קָאָמַר לֵיהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ! אָמַר לְךָ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: בִּשְׁלָמָא תְּחִיַּית הַמֵּתִים מַזְכִּיר, דְּכֻולֵּי יוֹמָא זִמְנֵיהּ הוּא.

Rabbi Eliezer parle bien à Rabbi Yehochoua ! Rabbi Yehochoua pourrait te répondre : soit, la résurrection des morts, on la mentionne, car chaque jour est son temps.

📜 Rachi (1)
שַׁפִּיר קָאָמַר לֵיהּ ר' אֱלִיעֶזֶר לְר' יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר כִּי הֵיכִי דְּמַזְכִּירִין תְּחִייַּת הַמֵּתִים כָּל הַשָּׁנָה וְאַף עַל גַּב דְּלָא מְטָא זִימְנַייְהוּ כָּךְ מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים אִם רוֹצֶה כָּל הַשָּׁנָה וּבְחַג נָמֵי אע"ג דְּלָאו סִימַן בְּרָכָה הֵן מַזְכִּירִין הוֹאִיל וְאֵין שׁוֹאֲלִין:
Rabbi Eliezer parle bien à Rabbi Yehochoua — car il dit que, de même que l'on mentionne la résurrection des morts toute l'année bien que son temps ne soit pas arrivé, de même on mentionne la puissance des pluies toute l'année si on le veut ; et pendant la fête aussi, bien qu'elles ne soient pas un signe de bénédiction, on les mentionne, puisqu'on ne les demande pas.
💡 Explication

La guemara trouve l'argument de Rabbi Eliezer solide : si l'on mentionne toute l'année la résurrection des morts, qui n'a pas lieu, pourquoi ne pas mentionner la pluie hors saison ?

La réponse porte sur une différence de temps propre. La résurrection n'a pas de saison assignée : tout jour peut être le sien, de sorte que sa mention est toujours en place. Le segment suivant montre qu'il en va autrement de la pluie.

11
אֶלָּא גְּשָׁמִים, כָּל אֵימַת דְּאָתְיָין זִמְנַייְהוּ הִיא?! וְהִתְנָן: יָצָא נִיסָן וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים — סִימַן קְלָלָה הֵם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲלוֹא קְצִיר חִטִּים הַיּוֹם וְגוֹ׳״.

Mais les pluies, chaque fois qu'elles viennent, est-ce leur temps ?! N'avons-nous pas appris : si Nissan est sorti et que les pluies tombent, elles sont un signe de malédiction, ainsi qu'il est dit : « N'est-ce pas aujourd'hui la moisson des blés », etc.

📜 Rachi (1)
כָּל אֵימַת דְּאָתְיָין זִימְנַייְהוּ הוּא וְכֵיוָן דְּלָאו זִימְנֵיהּ הוּא אֵין מַזְכִּירִין וְהוּא הַדִּין בֶּחָג:
Chaque fois qu'elles viennent est-ce leur temps — et puisque ce n'est pas leur temps, on ne les mentionne pas ; et il en va de même pendant la fête.
💡 Explication

La réponse s'appuie sur une michna du traité, folio 12b : la pluie qui tombe après Nissan détruit la moisson, et le verset de Chemouel en fait le signe d'une faute. La pluie a donc un temps assigné et des moments où elle constitue un mal.

Rachi tire la conclusion : hors de son temps, on ne mentionne pas, et il en va de même pendant Souccot. La position de Rabbi Yehochoua tient donc debout face à l'argument de Rabbi Eliezer.

12
רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה אוֹמֵר: בַּשֵּׁנִי בֶּחָג הוּא מַזְכִּיר. מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה? דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה אוֹמֵר:

« Rabbi Yehouda ben Betera dit : c'est le deuxième jour de la fête que l'on mentionne. » Quelle est la raison de Rabbi Yehouda ben Betera ? Comme il a été enseigné : Rabbi Yehouda ben Betera dit :

💡 Explication

La guemara reprend la baraita position par position. Pour comprendre le deuxième jour, elle renvoie à un autre enseignement du même maître, celui qui cherche dans la Torah l'allusion au nissoukh ha-mayim.

Le point de départ est une irrégularité d'écriture dans les libations des sacrifices additionnels de Souccot : la Torah y passe du singulier au pluriel à trois reprises.

13
נֶאֱמַר בַּשֵּׁנִי ״וְנִסְכֵּיהֶם״, וְנֶאֱמַר בַּשִּׁשִּׁי ״וּנְסָכֶיהָ״, וְנֶאֱמַר בַּשְּׁבִיעִי ״כְּמִשְׁפָּטָם״,

Il est dit au deuxième jour « et leurs libations », il est dit au sixième « et ses libations », et il est dit au septième « selon leurs règles »,

📜 Rachi (1)
בְּשֵׁנִי וְנִסְכֵּיהֶם דְּסַגִּי בְּנָסְכָה וְכֵיוָן דְּבִשְׁנֵי אִייַּתַּר מֵ"ם לִדְרָשָׁה לְהָכִי מַתְחִילִין לְהַזְכִּיר בַּשֵּׁנִי:
Au deuxième, et leurs libations — alors qu'il aurait suffi d'écrire « sa libation » ; et puisque, au deuxième jour, un mem se trouve en surplus pour la derach, c'est pour cela que l'on commence à mentionner au deuxième jour.
💡 Explication

Trois anomalies dans Bamidbar 29. Au deuxième jour, la Torah écrit ve-niskeihem au lieu du singulier attendu, ce qui laisse un mem en surplus. Au sixième, ou-nsakheha ajoute un yod. Au septième, ke-michpatam ajoute un mem là où les autres jours portent le singulier.

14
הֲרֵי מֵ״ם יוֹ״ד מֵ״ם, הֲרֵי כָּאן מַיִם — מִכָּאן רֶמֶז לְנִיסּוּךְ הַמַּיִם מִן הַתּוֹרָה.

Voilà un mem, un yod, un mem : voilà ici mayim, l'eau. De là, une allusion au nissoukh ha-mayim depuis la Torah.

🗂️ Tossefot (1)
מַיִם. מֵ"ם מִנִּסְכֵּיהֶם דִּכְתִיב בַּשֵּׁנִי וְיוֹ"ד דִּכְתִיב בַּשִּׁשִּׁי וּנְסָכֶיהָ וּמֵ"ם שֶׁבַּשְּׁבִיעִי כְּתִיב כְּמִשְׁפָּטָם וְהָוֵי מַיִם טַעְמָא דְרַבִּי עֲקִיבָא בַּשִּׁשִּׁי וּנְסָכֶיהָ דְּמַשְׁמַע תְּרֵי נְסָכִים הִלְכָּךְ בַּשִּׁשִּׁי בֶּחָג הוּא מַזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים:
« Mayim. » Le mem de « ve-niskeihem », écrit au deuxième jour ; le yod écrit au sixième dans « ou-nsakheha » ; et le mem du septième, où il est écrit « ke-michpatam » : cela forme mayim. La raison de Rabbi Akiva, qui fixe au sixième : « ou-nsakheha » implique deux libations ; c'est pourquoi c'est le sixième jour de la fête que l'on mentionne la puissance des pluies.
💡 Explication

Les trois lettres en surplus, dans l'ordre des jours, forment le mot mayim. La libation d'eau, qui n'est pas explicitement commandée dans le texte, y trouve ainsi son point d'appui, un remez, une allusion, plutôt qu'un commandement exprès.

Les Tossefot notent que la même derach sert aux deux maîtres : Rabbi Yehouda ben Betera retient le jour de la première lettre, le deuxième ; Rabbi Akiva retient le sixième, où le pluriel porte sur un seul sacrifice.

15
וּמַאי שְׁנָא בְּשֵׁנִי דְּנָקֵט, דְּכִי רְמִיזִי לְהוּ בִּקְרָא — בַּשֵּׁנִי הוּא דִּרְמִיזִי, הִלְכָּךְ בְּשֵׁנִי מַדְכְּרִינַן.

Et qu'y a-t-il de particulier au deuxième jour, pour qu'il l'ait retenu ? Parce que, lorsqu'ils sont allusivement indiqués dans le verset, c'est au deuxième jour qu'ils le sont ; c'est pourquoi c'est au deuxième jour que nous mentionnons.

💡 Explication

La derach du mot mayim s'appuie sur trois jours différents, et l'on pourrait donc demander pourquoi Rabbi Yehouda ben Betera fixe la mention au deuxième. La réponse est simple : c'est là que le texte livre sa première allusion à l'eau.

Le principe suivi est celui du commencement : dès que la Torah évoque l'eau dans les libations de la fête, la prière peut s'y accorder.

16
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: בַּשִּׁשִּׁי בֶּחָג הוּא מַזְכִּיר, שֶׁנֶּאֱמַר בַּשִּׁשִּׁי: ״וּנְסָכֶיהָ״, בִּשְׁנֵי נִיסּוּכִין הַכָּתוּב מְדַבֵּר — אֶחָד נִיסּוּךְ הַמַּיִם, וְאֶחָד נִיסּוּךְ הַיַּיִן.

Rabbi Akiva dit : c'est le sixième jour de la fête que l'on mentionne, car il est dit au sixième « et ses libations » : le verset parle de deux libations, l'une la libation d'eau, l'autre la libation de vin.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁנֵי נִיסּוּכִין הַכָּתוּב מְדַבֵּר שְׁנֵי נִיסּוּכִין עַל קָרְבָּן אֶחָד אֲבָל וְנִסְכֵּיהֶם מַשְׁמַע הַרְבֵּה דִּבְקָרְבָּנוֹת הַרְבֵּה לָכֵן לָא הֲוָה דְּרֵישׁ רַבִּי עֲקִיבָא מִוּנְסְכֵיהֶם:
Le verset parle de deux libations — deux libations sur un seul sacrifice ; tandis que « et leurs libations » implique un grand nombre, puisqu'il s'agit de nombreux sacrifices ; c'est pourquoi Rabbi Akiva ne tirait pas sa derach de « ve-niskeihem ».
💡 Explication

Rabbi Akiva lit autrement. Il ne se contente pas d'une lettre en surplus : il cherche un verset où le pluriel désigne réellement deux libations sur un seul sacrifice. C'est le cas du sixième jour, où « ou-nsakheha » se rapporte à une offrande unique.

Rachi explique pourquoi Rabbi Akiva écarte le deuxième jour : « ve-niskeihem » y porte sur de nombreux sacrifices, et le pluriel s'explique alors de lui-même, sans rien apprendre sur l'eau.

17
אֵימָא תַּרְוַייְהוּ דְּחַמְרָא! סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה, דְּאָמַר: רְמִיזִי מַיָּא.

Dis donc que les deux sont de vin ! Il tient comme Rabbi Yehouda ben Betera, qui dit que l'eau y est allusivement indiquée.

📜 Rachi (1)
סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּמֵ"ם יוֹ"ד מֵ"ם מְרַבֶּה נִיסּוּךְ הַמַּיִם:
Il tient comme Rabbi Yehouda — car mem, yod, mem ajoute la libation d'eau.
💡 Explication

Dernière objection du folio : le pluriel du sixième jour établit deux libations, mais rien n'oblige à y voir de l'eau ; ce pourraient être deux libations de vin.

La réponse fait tenir ensemble les deux positions : Rabbi Akiva accepte la derach des lettres mem-yod-mem de Rabbi Yehouda ben Betera, qui installe l'eau dans ces versets. Il diverge seulement sur le jour à retenir pour commencer la mention.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).