Taanit 3a — Combien de jours dure la libation d'eau, qui est le Rabbi Yehochoua et le ben Betera cités par Rabbi Yehouda, et pourquoi la rosée et les vents restent facultatifs dans la prière

Taanit 3a

Sougya : Le folio achève la discussion sur le jour où commence la mention des pluies, puis se heurte à une michna de Souccot : la libation d'eau se fait pendant les sept jours de la fête. Or aucune des positions exposées plus haut ne donne sept jours — Rabbi Yehochoua en donnerait un, Rabbi Akiva deux, Rabbi Yehouda ben Betera six.

La guemara tente d'abord de combiner Rabbi Yehouda ben Betera avec le Rabbi Yehouda de la michna de Souccot, qui verse aussi le huitième jour, puis abandonne cette voie et tranche : la michna suit Rabbi Yehochoua, et les sept jours de la libation d'eau sont une halakha de Moche reçue au Sinaï, au même titre que les dix jeunes plants et la aravah. Une seconde difficulté porte sur deux baraitot de Rabbi Yehouda, l'une au nom de Rabbi Yehochoua, l'autre au nom de ben Betera, que Rav Nahman bar Yits'hak identifie à un seul maître, Rabbi Yehochoua ben Betera, nommé tantôt par son nom tantôt par celui de son père selon qu'il était déjà ordonné.

Le folio se termine sur la rosée et les vents, dont la mention reste facultative parce qu'ils ne sont jamais retenus, ce que prouve le serment d'Eliyahou devant Ahav.

Combien de jours dure le nissoukh ha-mayim ? La michna contre les trois positions Rabbi Yehochoua Mention au dépôt du loulav Donnerait : 1 jour Chemini Atseret seulement Rabbi Akiva Mention dès le sixième jour Donnerait : 2 jours Jours 6 et 7 Rabbi Yehouda ben Betera Mention dès le deuxième jour Donnerait : 6 jours Jours 2 à 7 Michna de Souccot 42b : la libation d'eau dure sept jours Aucune des trois positions ne donne sept. Selon qui est cette michna ? Première tentative, écartée Rabbi Yehouda ben Betera + le Rabbi Yehouda de la michna, qui verse aussi le huitième jour : on retire le jour 1 et on ajoute le jour 8 = 7. Objection : la dernière allusion à l'eau est au Réponse retenue La michna est de Rabbi Yehochoua. Les sept jours de la libation d'eau ne viennent d'aucun verset : c'est une halakha reçue, halakha le-Moche mi-Sinaï. septième jour : le huitième devrait donc tomber aussi. Conséquence : la mention de la pluie dans la prière et la libation d'eau au Temple se séparent. Rabbi Yehochoua ne mentionne qu'à la fin, parce que la pluie à Souccot est un signe de malédiction, mais il verse l'eau les sept jours.
La michna des sept jours de libation et les trois positions du chapitre : l'échec des derachot et le recours à la halakha reçue au Sinaï.
Deux baraitot, deux noms, un seul maître Baraita 1 Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Yehochoua : à Chemini Atseret, le dernier officiant mentionne, le premier né mentionne pas. Difficulté : le Rabbi Yehochoua de la michna fait mentionner dès le début du huitième jour. Baraita 2 Rabbi Yehouda au nom de ben Betera : à Chemini Atseret, le dernier officiant mentionne, le premier né mentionne pas. Difficulté : Rabbi Yehouda ben Betera fait mentionner dès le deuxième jour de Souccot. Rav Nahman bar Yits'hak : les deux sont Rabbi Yehochoua ben Betera Un troisième maître, distinct du Rabbi Yehochoua de la michna. Appelé ben Betera avant qu'on lui donne la semikha Appelé Rabbi Yehochoua après qu'on lui a donné la semikha
L'identification de Rav Nahman bar Yits'hak : le nom du père avant l'ordination, le nom propre après.
Pluie, rosée, vents : ce que la prière impose et ce qu'elle permet La pluie Mention obligatoire dans la saison des pluies Elle peut être retenue La rosée Mention facultative permise toute l'année Elle n'est jamais retenue Les vents Mention facultative permise toute l'année Ils ne sont jamais retenus La preuve tirée d'Eliyahou, Melakhim I 17 et 18 Le serment porte sur deux choses, rosée et pluie ; l'annonce du retour ne porte que sur la pluie. La rosée était donc revenue d'elle-même. Règle de Rabbi Hanina Ce qui ne peut pas être retenu ne demande pas de prière obligatoire : on le mentionne si on le veut, sans y être tenu.
La distinction entre ce qui est retenu, donc demandé, et ce qui coule toujours, donc facultatif.
1
אִי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה — נֵימָא כְּוָותֵיהּ! קָסָבַר רַבִּי עֲקִיבָא: כִּי כְּתִיב נִיסּוּךְ יַתִּירָא — בַּשִּׁשִּׁי הוּא דִּכְתִיב.

Si Rabbi Akiva tient comme Rabbi Yehouda ben Betera, qu'il dise donc comme lui ! Rabbi Akiva tient que la libation surnuméraire, la où elle est écrite, c'est au sixième jour qu'elle est écrite.

📜 Rachi (2)
אִי סָבַר לָהּ כְּר' יְהוּדָה לֵימָא כר"י שֶׁיַּזְכִּיר בַּשֵּׁנִי:
S'il tient comme Rabbi Yehouda — qu'il dise donc comme Rabbi Yehouda ben Betera, que l'on mentionne dès le deuxième jour.
נִיסּוּךְ יַתִּירָא בַּשִּׁשִּׁי כְּתִיב כְּלוֹמַר וּנְסָכֶיהָ דִּמְרַבֵּי תְּרֵי נִיסּוּכִין כְּתִיב בַּשִּׁשִּׁי לְהָכִי אָמַר בַּשִּׁשִּׁי מַתְחִיל לְהַזְכִּיר וְאַהֲנֵי מֵ"ם יוֹ"ד מֵ"ם מַיִם דְּלָא מָצִינוּ לְמֵימַר תַּרְוַיְיהוּ דְּיַיִן:
La libation surnuméraire est écrite au sixième — c'est-à-dire : « ou-nsakheha », qui ajoute deux libations, est écrit au sixième jour ; c'est pourquoi il dit que l'on commence à mentionner au sixième. Et les lettres mem, yod, mem servent à enseigner mayim, l'eau, puisque l'on ne peut pas dire que les deux libations soient de vin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(זכריה ב, י) כשם שאי־אפשר לעולם בלא רוחות, כך אי־אפשר לעולם בלא ישראל. אף על גב דגם הטל אי אפשר לעולם בלעדו, דימה אותם לרוחות מפני שנקראו בהם המלאכים דכתיב (תהלים קד, ד) 'עשה מלאכיו רוחות'. ועוד דהטל אינו יורד אלא בלילה ולא ביום, אבל רוחות מצויים ביום ובלילה. אי נמי הטל נדחה מפני השמש שפורח בזריחתה, מה שאין כן הרוחות אינם נדחים. אי נמי הרוחות מרגישים בהם בני אדם, מה שאין כן הטל אינו ניכר ואינו נרגש כשיורד כמו הרוחות. אי נמי ישראל אחוזים בתפארת שהוא סוד רוח. אי נמי התורה היא תיקון הרוח ולכך דימה אותם לרוחות לרמוז הטעם שאי אפשר לעולם בלא ישראל מפני שהם עוסקים בתורה שהיא תיקון הרוח.
(Zekharia 2, 10) De même qu'il est impossible au monde de subsister sans les vents, ainsi est-il impossible au monde de subsister sans Israël. Bien que le monde ne puisse pas davantage subsister sans la rosée, le verset les compare aux vents parce que les anges sont appelés de ce nom, comme il est écrit (Tehilim 104, 4) « Il fait de Ses messagers des vents ». Autre raison : la rosée ne descend que la nuit et non le jour, tandis que les vents se trouvent de jour comme de nuit. Autre raison : la rosée est repoussée par le soleil, elle s'évapore à son lever, tandis que les vents ne sont pas repoussés. Autre raison : les hommes ressentent les vents, tandis que la rosée ne se remarque ni ne se ressent quand elle descend, à la différence des vents. Autre raison : Israël est attaché à Tiferet, qui est le sod, le secret, du roua'h, du souffle. Autre raison enfin : la Torah est le tikoun, la réparation, du roua'h ; le verset les compare donc aux vents pour faire allusion à la raison pour laquelle le monde ne peut subsister sans Israël, à savoir qu'ils s'adonnent à la Torah, qui est la réparation du roua'h.
💡 Explication

La guemara reprend la fin du folio précédent. Rabbi Akiva a admis la derach de Rabbi Yehouda ben Betera sur les lettres mem, yod, mem qui forment le mot mayim. Si donc il accepte ce procédé, pourquoi ne commence-t-il pas la mention au deuxième jour, comme lui ?

La réponse partage le travail entre deux indices. Les lettres en surplus enseignent seulement la nature de la libation supplémentaire : de l'eau, non du vin. Ce qui établit qu'il y a réellement une libation en plus sur un seul sacrifice, c'est le pluriel « ou-nsakheha » du sixième jour. Le jour à retenir est donc le sixième.

🖼️ Schéma
Selon Rabbi Akiva, deux indices et deux fonctions Les lettres mem, yod, mem Répandues sur les jours 2, 6 et 7 Ce qu'elles enseignent : la nature de la libation en plus, de l'eau et non du vin. Le pluriel ou-nsakheha, sixième jour Deux libations sur un seul sacrifice Ce qu'il enseigne : l'existence même d'une libation supplémentaire, et donc le jour. Rabbi Akiva retient le sixième jour, parce que le jour dépend de l'indice qui crée la libation, non de celui qui la qualifie.
Pourquoi Rabbi Akiva peut accepter la derach de Rabbi Yehouda ben Betera sans adopter son jour.
2
תַּנְיָא, רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: ״בַּקֹּדֶשׁ הַסֵּךְ נֶסֶךְ שֵׁכָר לַה׳״, בִּשְׁנֵי נִיסּוּכִין הַכָּתוּב מְדַבֵּר, אֶחָד נִיסּוּךְ הַמַּיִם וְאֶחָד נִיסּוּךְ הַיַּיִן. אֵימָא תַּרְוַייְהוּ דְּחַמְרָא! אִם כֵּן, לִכְתּוֹב קְרָא אוֹ ״הַסַּךְ הַסַּךְ״, אוֹ ״נֶסֶךְ נֶסֶךְ״, מַאי ״הַסָּךְ נֶסֶךְ״ — שָׁמְעַת מִינָּהּ: חַד דְּמַיָּא וְחַד דְּחַמְרָא.

On enseigne : Rabbi Natan dit : « Dans le sanctuaire, fais couler une libation de boisson forte pour ה' » — le verset parle de deux libations, l'une la libation d'eau, l'autre la libation de vin. Dis donc que les deux sont de vin !

Si c'était le cas, que le verset écrive soit « hassékh hassékh », soit « nassékh nesekh » ; que signifie « hassékh nesekh » ? Apprends-en que l'une est d'eau et l'autre de vin.

📜 Rachi (1)
אוֹ הַסֵּךְ הַסֵּךְ אוֹ נֶסֶךְ נֶסֶךְ מִדְּשַׁנִּי קְרָא בְּדִיבּוּרֵיהּ ש"מ תַּרְתֵּי:
Soit « hassékh hassékh », soit « nassékh nesekh » — puisque le verset a changé sa formulation, apprends-en qu'il s'agit de deux choses distinctes.
💡 Explication

Une baraita apporte une source tout à fait indépendante pour la libation d'eau. Rabbi Natan la tire du verset des libations quotidiennes, où le verbe « faire couler » est répété sous deux formes différentes : hassékh puis nesekh.

La logique est celle d'un changement de formulation. Un verset qui répète la même idée garde normalement le même mot. Ici le changement de forme indique deux réalités distinctes, donc deux matières à verser.

3
אֶלָּא, הָא דִּתְנַן: נִיסּוּךְ הַמַּיִם כָּל שִׁבְעָה, מַנִּי? אִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ — נֵימָא חַד יוֹמָא, אִי רַבִּי עֲקִיבָא — תְּרֵי יוֹמֵי, אִי רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה — שִׁיתָּא יוֹמֵי!

Mais alors, ce que nous avons appris dans la michna — la libation d'eau se fait pendant les sept jours — selon qui est-ce ? Si c'est Rabbi Yehochoua, qu'elle dise un seul jour ; si c'est Rabbi Akiva, deux jours ; si c'est Rabbi Yehouda ben Betera, six jours !

📜 Rachi (1)
אִי ר"ע תְּרֵי יוֹמֵי הָווּ וְתוּ לָא דְּהָא אָמַר וּנְסָכֶיהָ דְּהַיְינוּ בַּשִּׁשִּׁי מַרְבֶּה נִיסּוּךְ הַמַּיִם:
Si c'est Rabbi Akiva, cela ferait deux jours — et pas davantage, puisqu'il dit que « ou-nsakhéha », écrit au sixième jour, ajoute la libation d'eau.
🗂️ Tossefot (1)
אִי רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה. דְּאָמַר בַּשֵּׁנִי בֶּחָג הוּא מַזְכִּיר שִׁית יוֹמֵי הָווּ א"כ לֹא יִהְיֶה הַנִּיסּוּךְ כִּי אִם שִׁשָּׁה יָמִים:
Si c'est Rabbi Yehouda ben Betera. Puisqu'il dit que l'on mentionne au deuxième jour de la fête, cela ferait six jours ; la libation ne durerait donc que six jours.
💡 Explication

La guemara confronte les positions du chapitre à une michna du traité Souccot, qui fixe la libation d'eau à sept jours. Chacune des trois opinions donne un autre compte, en supposant que le jour où commence la mention des pluies est aussi le jour où commence la libation.

Rabbi Yehochoua commence au dépôt du loulav, donc à l'extrême fin de la fête : un jour. Rabbi Akiva au sixième : les jours six et sept, donc deux. Rabbi Yehouda ben Betera au deuxième : du deuxième au septième, donc six. Aucune ne donne sept.

4
לְעוֹלָם רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה הִיא, וּסְבִירָא לֵיהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִיתִין. דִּתְנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בַּלֹּוג הָיָה מְנַסֵּךְ כָּל שְׁמוֹנָה. וּמַפֵּיק רִאשׁוֹן וּמְעַיֵּיל שְׁמִינִי.

En réalité, c'est bien Rabbi Yehouda ben Betera, et il tient comme le Rabbi Yehouda de la michna. Car nous avons appris dans la michna : Rabbi Yehouda dit : c'est avec un log qu'il versait pendant les huit jours.

Et il retire le premier jour et fait entrer le huitième.

📜 Rachi (2)
וְסָבַר לָהּ כְּר' יְהוּדָה דְּמַתְנִיתִין דְּאָמַר בְּלֹוג הֲוָה מְנַסֵּךְ כָּל שְׁמֹנָה לָא סָבַר כְּוָותֵיהּ בַּמֶּה דְּאָמַר כָּל שְׁמוֹנָה מְנַסֵּךְ אֶלָּא בַּמֶּה דְּאָמַר בַּשְּׁמִינִי מְנַסֵּךְ וְכֵיוָן דְּבַשְּׁמִינִי מְנַסֵּךְ מַשְׁכַּחַת לָהּ לְרַבִּי יְהוּדָה [ב"ב] דְּאָמַר בַּשֵּׁנִי מַתְחִילִין לְנִיסּוּךְ הַמַּיִם כָּל שִׁבְעָה:
Et il tient comme le Rabbi Yehouda de la michna — qui dit : c'est avec un log qu'il versait pendant les huit jours. Il ne tient pas comme lui sur ce qu'il dit, que l'on verse pendant les huit jours, mais seulement sur ce qu'il dit, que l'on verse au huitième jour. Et puisque l'on verse au huitième, on retrouve pour Rabbi Yehouda ben Betera, qui fait commencer la libation d'eau au deuxième jour, un total de sept jours.
דְּמַפִּיק רִאשׁוֹן וּמְעַיֵּיל שְׁמִינִי מֵשִׁיב בַּעַל הַגְּמָרָא מִי מָצֵי אָמַר רַבִּי יְהוּדָה דְּבִשְׁמִינִי מְנַסֵּךְ:
Il retire le premier et fait entrer le huitième — l'auteur de la guemara objecte : Rabbi Yehouda peut-il vraiment dire que l'on verse au huitième jour ?
💡 Explication

Première tentative de sauvetage. La michna des sept jours serait de Rabbi Yehouda ben Betera, à condition de lui prêter aussi la position du Rabbi Yehouda de la michna de Souccot, qui verse un log d'eau pendant huit jours, c'est-à-dire jusqu'à Chemini Atseret inclus.

La combinaison est partielle : Rabbi Yehouda ben Betera n'emprunte pas le total de huit, mais seulement l'idée que le huitième jour connaît une libation. Il retranche alors le premier jour, sur lequel il n'a pas de source, et ajoute le huitième : deux plus trois plus quatre plus cinq plus six plus sept plus huit, soit sept jours.

5
וּמַאי שְׁנָא רִאשׁוֹן דְּלָא, דְּכִי רְמִיזִי מַיִם — בְּשֵׁנִי הוּא דִּרְמִיזִי; שְׁמִינִי נָמֵי, כִּי רְמִיזִי מַיִם — בַּשְּׁבִיעִי הוּא דִּרְמִיזִי!

Et en quoi le premier jour est-il différent, pour qu'on n'y verse pas ? Parce que, lorsque l'eau est indiquée par allusion, c'est au deuxième jour qu'elle l'est.

Mais alors, le huitième jour aussi : lorsque l'eau est indiquée par allusion, c'est au septième jour qu'elle l'est !

📜 Rachi (1)
מַאי שְׁנָא דְּקָאָמַר דְּבָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר דְּכִי רְמִיזִי מַיָּא בִּשְׁנֵי הוּא דִּרְמִיזִי דְּמוֹנְסָכֵיהֶם מַרְבֶּה נִיסּוּךְ הַמַּיִם שְׁמִינִי נָמֵי מִי מָצֵי אָמַר דִּמְנַסֵּךְ הָא שְׁבִיעִי אֲמַר רַחֲמָנָא דְּמֵ"ם יוֹ"ד מֵ"ם מַיִם כְּתִיב בַּשְּׁבִיעִי דְּסִיּוּם קְרָאֵי דְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם בַּשְּׁבִיעִי כְּתִיב כְּמִשְׁפָּטָם וְלֹא בַּשְּׁמִינִי:
En quoi est-ce différent — c'est-à-dire : pourquoi dit-il qu'au premier jour il ne mentionne pas ? Parce que, lorsque l'eau est indiquée par allusion, c'est au deuxième jour qu'elle l'est, « ve-niskéihem » ajoutant la libation d'eau. Mais alors, pour le huitième jour, peut-il dire que l'on verse ? Le Miséricordieux a dit le septième, car les lettres mem, yod, mem sont écrites au septième jour, où s'achève le texte des libations : « ke-michpatam » est écrit au septième et non au huitième.
💡 Explication

L'objection est une objection de symétrie. Si l'on exclut le premier jour parce que la première allusion à l'eau se trouve au deuxième, il faut exclure aussi le huitième, puisque la dernière allusion se trouve au septième. Les bornes du texte valent des deux côtés.

Rachi précise le détail : le mot « ke-michpatam », d'où l'on tire la troisième lettre de mayim, clôt la série au septième jour. Le texte des libations de la fête s'arrête là, et le huitième jour reste en dehors.

🖼️ Schéma
L'objection de symétrie sur les deux bornes Jour 1 Jour 2 Jour 3 Jour 4 Jour 5 Jour 6 Jour 7 Chemini Ce que le texte permet Première allusion à l'eau : jour 2 Dernière allusion à l'eau : jour 7 Six jours au total Ce que la tentative demandait Retirer le jour 1, admis : pas d'allusion. Ajouter le jour 8, refusé : pas d'allusion non plus, le texte s'arrêtant au jour 7.
Les deux bornes du texte des libations : ce qui exclut le premier jour exclut aussi le huitième.
6
אֶלָּא: רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִיא, וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם כָּל שִׁבְעָה — הִלְכְתָא גְּמִירִי לָהּ,

En réalité, c'est Rabbi Yehochoua, et la libation d'eau pendant les sept jours, ils l'ont reçue comme une halakha de tradition,

📜 Rachi (1)
אֶלָּא ר' יְהוֹשֻׁעַ הִיא דְּאָמַר מִשְּׁעַת הַנָּחָתוֹ [דְּהַייְנוּ בַּשְּׁבִיעִי] מַזְכִּיר ואעפ"כ סָבַר דְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם כָּל שִׁבְעָה דִּגְמָרָא גְּמִיר לָהּ הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי דְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם כָּל שִׁבְעָה וַדַּאי כר"א אָתֵי שַׁפִּיר אֲבָל כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה וכר"ע לָא מִיתּוֹקְמָא אֶלָּא לְהָכִי לָא מוֹקֵי לָהּ כְּר' אֱלִיעֶזֶר דְּהָא לָא מִיבְּעֵי אִי ר' אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לֵיהּ הָכִי דְּוַדַּאי לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אָתֵי שַׁפִּיר וְהָא דְּקָא מוֹקֵים כְּר' יְהוֹשֻׁעַ רְבוּתָא קָמַשְׁמַע לַן אֲבָל כר"י בֶּן בְּתֵירָה וכר"ע לָא מִיתּוֹקְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה יָלֵיף מִוְנֶאֱמַר בְּשֵׁנִי וְנִסְכֵּיהֶם כו' אַלְמָא דְּסָבַר דְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם לָא הָווּ אֶלָּא ו' יָמִים דְּאִיהוּ לָא מַפִּיק רִאשׁוֹן וּמְעַיֵּיל שְׁמִינִי מִשּׁוּם הָנֵי פִּירְכָא דְּפָרִיךְ לְעֵיל לָא אָתֵי כְּרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי עֲקִיבָא יָלֵיף מִנְּסָכֶיהָ שֶׁנֶּאֱמַר בַּשִּׁשִּׁי אַלְמָא דְּסָבַר דְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם לָא הָווּ אֶלָּא תְּרֵי יוֹמֵי אֲבָל כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מִיתּוֹקְמָא לְפִיכָךְ אֵין מַזְכִּירִין אֶלָּא ביו"ט הָאַחֲרוֹן דִּגְשָׁמִים בֶּחָג סִימָן קְלָלָה אֲבָל נִיסּוּךְ הַמַּיִם הָוֵי כָּל שִׁבְעָה דִּגְמָרָא גְּמִיר לָהּ:
C'est Rabbi Yehochoua — qui dit que l'on mentionne à partir du moment où l'on dépose le loulav, c'est-à-dire au septième jour ; et malgré cela il tient que la libation d'eau se fait pendant les sept jours, car il l'a reçue par tradition, halakha de Moche reçue au Sinaï. Que la libation d'eau dure sept jours s'accorde certes aisément avec Rabbi Eliezer, mais ne peut s'établir ni selon Rabbi Yehouda ben Betera ni selon Rabbi Akiva. Si la guemara n'établit pas la michna selon Rabbi Eliezer, c'est qu'il n'y a même pas lieu de se demander s'il tient ainsi, puisque chez Rabbi Eliezer tout s'accorde de soi ; en l'établissant selon Rabbi Yehochoua, elle nous enseigne une chose nouvelle. Selon Rabbi Yehouda ben Betera et selon Rabbi Akiva, en revanche, cela ne tient pas : Rabbi Yehouda apprend de « et il est dit au deuxième jour ve-niskéihem », ce qui montre qu'il tient que la libation d'eau ne dure que six jours, puisqu'il ne retire pas le premier jour pour y faire entrer le huitième, à cause de l'objection soulevée plus haut ; la michna ne s'accorde donc pas avec Rabbi Yehouda. Et Rabbi Akiva apprend de « ou-nsakhéha » dit au sixième jour, ce qui montre qu'il tient que la libation d'eau ne dure que deux jours. Selon Rabbi Yehochoua, au contraire, cela s'établit : on ne mentionne qu'au dernier jour de fête, parce que la pluie à Souccot est un signe de malédiction, et la libation d'eau se fait pendant les sept jours, puisqu'il l'a reçue par tradition.
💡 Explication

La guemara abandonne la voie de la derach et change de terrain. La michna suit Rabbi Yehochoua, qui ne commence la mention des pluies qu'à l'extrême fin de la fête ; et les sept jours de la libation d'eau ne dépendent alors d'aucun verset : ils sont une halakha le-Moche mi-Sinaï, une règle reçue par tradition depuis le Sinaï.

Rachi relève la nouveauté de cette réponse. Avec Rabbi Eliezer, qui commence dès le premier jour, la michna ne poserait aucune difficulté, et l'établir ainsi n'apprendrait rien. La guemara préfère montrer qu'elle tient même selon Rabbi Yehochoua, en séparant deux plans : la mention dans la prière, qui se retient à Souccot parce que la pluie y est un signe de malédiction, et la libation au Temple, qui se fait pendant les sept jours.

7
דְּאָמַר רַבִּי אַמֵּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי נְחוּנְיָא אִישׁ בִּקְעַת בֵּית חוֹרְתָן: עֶשֶׂר נְטִיעוֹת, עֲרָבָה, וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי.

car Rabbi Ami a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Nehounia de la vallée de Beit Hortan : les dix jeunes plants, la aravah et la libation d'eau sont halakha de Moche reçue au Sinaï.

📜 Rachi (2)
עֶשֶׂר נְטִיעוֹת הַמְפֻוזָּרוֹת בְּתוֹךְ בֵּית סְאָה חוֹרְשִׁין כָּל בֵּית סְאָה עֶרֶב שְׁבִיעִית עַד ר"ה אע"ג דִּשְׁאָר שָׂדוֹת אֵין חוֹרְשִׁין לִפְנֵי שְׁבִיעִית ל' יוֹם זֶה חוֹרְשִׁין דְּהוֹאִיל אִם אֵין חוֹרְשִׁין סְבִיבָן מַפְסִידִין:
Dix jeunes plants — dispersés à l'intérieur d'un beit sea : on laboure tout le beit sea à la veille de la septième année, jusqu'à Roch Hachana, bien que les autres champs ne soient pas labourés dans les trente jours qui précèdent la chemita. Ici on laboure, car si l'on ne laboure pas autour d'eux ils dépérissent.
וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם כָּל שִׁבְעָה:
Et la libation d'eau — pendant les sept jours.
🗂️ Tossefot (2)
עֶשֶׂר נְטִיעוֹת. פירש"י נְטִיעוֹת מְפֻוזָּרוֹת בְּבֵית סְאָה חוֹרֵשׁ כָּל בֵּית סְאָה בִּשְׁבִילָן דְּכָל נְטִיעָה יוֹנֶקֶת וְדַוְוקָא מִבֵּית סְאָה הָיָה צָרִיךְ לָהֶם יָכוֹל לַחֲרֹושׁ עַד ר"ה שֶׁל שְׁבִיעִית דְּהָווּ שַׁפִּיר אוֹקוֹמֵי אִילָנָא שָׁרִי אֲבָל יוֹתֵר מִבֵּית סְאָה אֵינוֹ חוֹרֵשׁ אֶלָּא כְּדֵי צָורְכָן דְּהוֹאִיל וּמְפֻוזָּרוֹת בְּיוֹתֵר מִבֵּית סְאָה קָיְימִי שַׁפִּיר וּבְפָחוֹת מִיכֵּן לָמָּה קָיְימִי וְלֵיעָקֵר קָייְמִי וְדַוְקָא נְטִיעוֹת אָמַר דְּחוֹרְשִׁין בִּשְׁבִילָן עֵד רֹאשׁ הַשָּׁנָה אֲבָל אִילָנוֹת אָסוּר דְּאוֹרָיְיתָא כָּל אֱלוּל וּמִדְּרַבָּנָן פֶּסַח וַעֲצֶרֶת תַּקּוּן בִּשְׂדֵה הַלָּבָן עַד פֶּסַח מֻותָּר אֲבָל מִפֶּסַח וּלְהַלָּן אָסוּר וּשְׂדֵה אִילָן עַד עֲצֶרֶת מֻותָּר מִכָּאן וְאֵילָךְ אָסוּר:
Dix jeunes plants. Rachi a expliqué : des plants dispersés dans un beit sea ; on laboure tout le beit sea à cause d'eux, car chaque plant en tire sa subsistance. Et c'est précisément d'un beit sea qu'ils ont besoin : on peut labourer jusqu'à Roch Hachana de la septième année, puisqu'il s'agit bien d'entretenir l'arbre, ce qui est permis. Mais au-delà d'un beit sea, on ne laboure que selon leur besoin, car s'ils sont dispersés sur plus d'un beit sea ils tiennent bien ; et sur moins que cela, pourquoi tiendraient-ils ? Ils sont voués à être arrachés. C'est précisément pour de jeunes plants qu'il dit que l'on laboure jusqu'à Roch Hachana, mais pour des arbres déjà formés c'est interdit : de la Torah pendant tout le mois d'Eloul, et de par les Sages depuis Pessa'h et Chavouot, comme ils l'ont institué. Dans un champ de céréales, jusqu'à Pessa'h c'est permis, et à partir de Pessa'h interdit ; dans un champ d'arbres, jusqu'à Chavouot c'est permis, et au-delà interdit.
עֲרָבָה. שֶׁמַּקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי כּוּלְּהוּ:
La aravah. Celle dont on entoure l'autel ; et la libation d'eau : toutes sont halakha de Moche reçue au Sinaï.
💡 Explication

La tradition citée groupe trois règles qui n'ont pas de source scripturaire et se transmettent de bouche à oreille depuis le Sinaï. Les dix jeunes plants appartiennent aux lois de la chemita : dix arbres jeunes dispersés dans un beit sea permettent de labourer toute la surface jusqu'à Roch Hachana de la septième année. La aravah est celle dont on entoure l'autel pendant Souccot. La libation d'eau, enfin, est notre sujet.

Rachi ajoute la précision qui intéresse la sougya : la libation d'eau reçue au Sinaï porte bien sur les sept jours de la fête. La michna de Souccot repose donc sur cette tradition, et les objections tirées des versets tombent.

🖼️ Schéma
Trois règles sans verset, reçues au Sinaï Dix jeunes plants Domaine : chemita Labourer tout le beit sea jusqu'à Roch Hachana Aravah Domaine : Souccot On entoure l'autel avec les rameaux de saule Nissoukh ha-mayim Domaine : Souccot La libation d'eau pendant les sept jours C'est le troisième membre de la liste qui résout la michna : les sept jours ne dépendent d'aucun verset.
La tradition de Rabbi Nehounia et le point qui intéresse notre sougya.
8
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בְּיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג — הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר, הָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר. בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח — הָרִאשׁוֹן מַזְכִּיר, הָאַחֲרוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר.

Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Yehochoua : celui qui passe devant l'arche le dernier jour de fête de Souccot — le dernier mentionne, le premier né mentionne pas. Le premier jour de fête de Pessa'h — le premier mentionne, le dernier ne mentionne pas.

📜 Rachi (1)
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בי"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג כו' כְּעֵין אָמַר מַר הוּא כְּלוֹמַר אָמְרִינַן לְעֵיל ר' יְהוּדָה אוֹמֵר:
Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Yehochoua : celui qui passe devant l'arche le dernier jour de fête de Souccot, etc. — c'est une reprise du genre « le maître a dit », c'est-à-dire : nous avons cité plus haut « Rabbi Yehouda dit ».
💡 Explication

La guemara revient à la baraita citée plus haut. Celui qui passe devant l'arche est l'officiant. À Chemini Atseret, deux offices se suivent le matin : Chaharit, dirigé par le premier officiant, puis Moussaf, dirigé par le dernier. La mention des pluies commence à Moussaf, et non dès Chaharit.

À Pessa'h l'ordre s'inverse : le premier officiant, celui de Chaharit, mentionne encore la pluie ; le dernier, celui de Moussaf, cesse de la mentionner. La charnière est donc chaque fois Moussaf, la prière liée au sacrifice supplémentaire du jour.

9
הֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ? אִילֵּימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּמַתְנִיתִין, הָא אָמַר: בְּיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג הוּא מַזְכִּיר.

Quel Rabbi Yehochoua ? Si l'on dit le Rabbi Yehochoua de la michna, il a pourtant dit : c'est au dernier jour de fête de Souccot qu'il mentionne.

📜 Rachi (1)
הֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אִילֵּימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּמַתְנִי' מיו"ט הָאַחֲרוֹן הוּא מַזְכִּיר דְּרִאשׁוֹן נָמֵי הַמִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת יוֹצֵר מַזְכִּיר וְאִילּוּ הָכָא תָּנֵי הָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר:
Quel Rabbi Yehochoua ? Si l'on dit celui de la michna, qui mentionne dès le dernier jour de fête — alors le premier aussi, celui qui dirige la prière du matin, mentionne ; or ici on enseigne que le premier né mentionne pas.
💡 Explication

Première difficulté. Le Rabbi Yehochoua de la michna fait commencer la mention « au dernier jour de fête », formule qui vise le jour entier, depuis son début. L'office du matin y est donc inclus, et le premier officiant devrait déjà mentionner.

Or la baraita enseigne expressément que le premier ne mentionne pas. Les deux énoncés ne peuvent pas venir du même maître.

10
אֶלָּא: רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּבָרַייְתָא, הָאָמַר: מִשְּׁעַת הַנָּחָתוֹ.

Alors ce serait le Rabbi Yehochoua de la baraita ? Mais il a dit : à partir du moment où l'on dépose le loulav.

📜 Rachi (1)
הָאָמַר מִשְּׁעַת הַנָּחָתוֹ דְּהַייְנוּ בַּשְּׁבִיעִי וְהָכָא קָתָנֵי יו"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג דְּהַיְינוּ בַּשְּׁמִינִי:
Il a pourtant dit : à partir du moment où l'on le dépose — c'est-à-dire au septième jour ; or ici on enseigne « le dernier jour de fête de Souccot », c'est-à-dire le huitième.
💡 Explication

Seconde tentative, écartée de la même manière. Le Rabbi Yehochoua de la baraita fait commencer la mention au moment où l'on dépose le loulav, c'est-à-dire à la sortie du septième jour. La mention commencerait donc dès la nuit de Chemini Atseret, et à plus forte raison à Chaharit.

Aucun des deux Rabbi Yehochoua connus ne peut donc être l'auteur de la baraita, qui repousse la mention jusqu'à Moussaf.

11
וְתוּ, הָא דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם בֶּן בְּתִירָה: הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בְּיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג — הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר, הֵי בֶּן בְּתֵירָה? אִילֵימָא רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה — הָא אָמַר: בַּשֵּׁנִי בֶּחָג הוּא מַזְכִּיר!

Et de plus, ce qui est enseigné dans une baraita : Rabbi Yehouda dit au nom de ben Betera : celui qui passe devant l'arche le dernier jour de fête de Souccot — le dernier mentionne. Quel ben Betera ?

Si l'on dit Rabbi Yehouda ben Betera, il a pourtant dit : c'est au deuxième jour de la fête qu'il mentionne !

📜 Rachi (1)
וְתוּ הָא דְּתַנְיָא בִּמְכִילְתָּא אַחֲרִיתִי ר' יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם בֶּן בְּתִירָה הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בי"ט אַחֲרוֹן שֶׁל חַג הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר הָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר:
Et de plus, ce qui est enseigné — dans un autre recueil de baraitot : Rabbi Yehouda dit au nom de ben Betera : celui qui passe devant l'arche le dernier jour de fête de Souccot, le dernier mentionne, le premier né mentionne pas.
💡 Explication

Une seconde baraita, de contenu identique, est rapportée par Rabbi Yehouda au nom de ben Betera. La difficulté redouble : le seul ben Betera connu dans le chapitre, Rabbi Yehouda ben Betera, commence la mention au deuxième jour de Souccot, bien avant Chemini Atseret.

La guemara se trouve donc devant deux attributions impossibles, portant sur une seule et même règle.

12
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: תְּהֵא בְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן בְּתִירָה, זִמְנִין דְּקָרֵי לֵיהּ בִּשְׁמֵיהּ, וְזִימְנִין דְּקָרֵי לֵיהּ בִּשְׁמֵיהּ דְּאַבָּא. וְהָא מִקַּמֵּי דִּלְיִסְמְכוּהוּ, וְהָא לְבָתַר דִּלְיִסְמְכוּהוּ.

Rav Nahman bar Yits'hak dit : que ce soit Rabbi Yehochoua ben Betera. Parfois on l'appelle par son nom, parfois on l'appelle par le nom de son père.

Ici, c'était avant qu'on l'ordonne ; là, c'était après qu'on l'a ordonné.

📜 Rachi (2)
(אֶלָּא) אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק תְּהֵא תַּרְוַייְהוּ הָא דְּבָעֵית הֵי ר' יְהוֹשֻׁעַ וְהָא דְּבָעֵית הֵי בֶּן בְּתֵירָה ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן בְּתֵירָה הִיא דְּהַאי דְּקָאָמַר ר' יְהוּדָה לְעֵיל מִשּׁוּם ר' יְהוֹשֻׁעַ וַהֲדַר קָאָמַר מִשּׁוּם בֶּן בְּתֵירָה תְּהֵא תַּרְוַיְיהוּ ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן בְּתֵירָה וְלָא קַשְׁיָא זִמְנִין קָרוּ לֵיהּ בִּשְׁמֵיהּ דְּאָבוּהָ בֶּן בְּתֵירָה וְזִמְנִין דְּקָרוּ לֵיהּ בִּשְׁמֵיהּ דִּידֵיהּ ר' יְהוֹשֻׁעַ:
Rav Nahman bar Yits'hak dit : que ce soit — les deux questions que tu as posées, « quel Rabbi Yehochoua » et « quel ben Betera », visent Rabbi Yehochoua ben Betera. Ce que Rabbi Yehouda dit plus haut au nom de Rabbi Yehochoua, puis au nom de ben Betera, que ce soit dans les deux cas Rabbi Yehochoua ben Betera. Et il n'y a pas de difficulté : parfois on l'appelle du nom de son père, ben Betera, et parfois de son propre nom, Rabbi Yehochoua.
מִקַּמֵּי דִּלְיִסְמְכוּהוּ לָא הֲוָה חָשׁוּב וְקָרוּ לֵיהּ בִּשְׁמֵיהּ דְּאָבוּהָ וְהַאי דְּקָרוּ לֵיהּ בִּשְׁמֵיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ ר' יְהוֹשֻׁעַ הַייְנוּ לְבָתַר דִּסְמָכוּהוּ:
Avant qu'on l'ordonne — il n'était pas encore considéré et on l'appelait du nom de son père ; et quand on l'appelle de son propre nom, Rabbi Yehochoua, c'est après qu'on l'a ordonné.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yits'hak résout les deux difficultés d'un seul coup en introduisant un troisième personnage : Rabbi Yehochoua ben Betera, distinct à la fois du Rabbi Yehochoua de la michna et de Rabbi Yehouda ben Betera. Les deux baraitot énoncent donc la même règle du même maître.

Reste à expliquer la différence de nom. Avant la semikha, l'ordination, il n'avait pas encore de titre propre et on le désignait par le nom de son père, ben Betera. Une fois ordonné, on l'a appelé par son nom, Rabbi Yehochoua.

13
תְּנָא: בָּטֵל וּבְרוּחוֹת, לֹא חִייְּבוּ חֲכָמִים לְהַזְכִּיר. וְאִם בָּא לְהַזְכִּיר — מַזְכִּיר. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: לְפִי שֶׁאֵין נֶעֱצָרִין.

On enseigne : pour la rosée et pour les vents, les Sages n'ont pas rendu obligatoire d'en faire mention. Et si l'on vient à les mentionner, on les mentionne.

Quelle en est la raison ? Rabbi Hanina a dit : parce qu'ils ne sont pas retenus.

📜 Rachi (2)
בָּטֵל וּבְרוּחוֹת מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַטָּל לֹא חִיְּיבוּהוּ חֲכָמִים לְהַזְכִּיר אֲפִילּוּ בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים:
Pour la rosée et pour les vents — « Il fait souffler le vent et descendre la rosée » : les Sages n'ont pas rendu obligatoire d'en faire mention, même dans la saison des pluies.
לְפִי שֶׁאֵינָן נֶעֱצָרִין שֶׁאִלְמָלֵא הֵן אֵין הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם וְהַאי דְּאָמְרִינַן בִּתְפִלָּה מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם לָאו מִשּׁוּם חִיּוּב אֶלָּא חֹוק גֶּשֶׁם הוּא מַזְכִּיר דְּטַל וְרוּחוֹת מוֹעִילוֹת לָאָרֶץ לְתַקְּנָהּ וּלְנַגְּבָהּ כְּדִבְסָמוּךְ זִיקָא דְּבָתַר מִיטְרָא כְּמִיטְרָא:
Parce qu'ils ne sont pas retenus — car sans eux le monde ne subsisterait pas. Et ce que nous disons dans la prière, « Il fait souffler le vent et descendre la pluie », relève de la règle de la pluie plutôt que d'une obligation portant sur le vent : c'est de la pluie qu'il fait mention. Car la rosée et les vents sont utiles à la terre, pour la mettre en état et pour la sécher, comme il est dit plus loin : le vent qui vient après la pluie vaut la pluie.
🗂️ Tossefot (1)
בַּטַּל וּבָרוּחוֹת לֹא חִייְּבוּ חֲכָמִים לְהַזְכִּיר. מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַטָּל כּוּ' לְפִיכָךְ אֵין קְפִידָא לוֹמַר מוֹרִיד הַטַּל אֲפִילּוּ בִּימוֹת הַחַמָּה אַךְ שֶׁלֹּא יֹאמַר מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם וְהָכִי הִלְכְתָא וְאִם לֹא אָמַר בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים כִּי אִם מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם וְדִילֵּג מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַטָּל אֵין מַחֲזִירִין:
Pour la rosée et pour les vents, les Sages n'ont pas rendu obligatoire d'en faire mention. « Il fait souffler le vent et descendre la rosée », etc. C'est pourquoi il n'y a pas de réserve à dire « Il fait descendre la rosée » même dans la saison chaude, pourvu que l'on ne dise pas « Il fait descendre la pluie » ; telle est la halakha. Et si, dans la saison des pluies, on n'a dit que « Il fait descendre la pluie » en sautant « Il fait souffler le vent et descendre la rosée », on ne fait pas recommencer.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תְּנָא בַּטַּל וּבָרוּחוֹת לֹא הֶחְמִירוּ חֲכָמִים לְהַזְכִּיר וְאִם בָּא לְהַזְכִּיר מַזְכִּיר מַאי טַעְמָא א"ר חֲנִינָא לְפִי שֶׁאֵין נֶעֱצָרִין א"ר חֲנִינָא (הָעֻובָּר לִפְנֵי הַתֵּיבָה) בִּימוֹת הַחַמָּה וְאוֹמֵר מַשִּׁיב הָרוּחַ אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם מַחֲזִירִין אוֹתוֹ וְיַחֲזֹור לְרֹאשׁ הַבְּרָכָה. וְאִם סִיֵּים הַבְּרָכָה יַחְזֹור לְרֹאשׁ הַתְּפִלָּה דְּשָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת אַחַת הֵן. בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים לֹא אָמַר מַשִּׁיב הָרוּחַ אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לֹא אָמַר מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם מַחֲזִירִין אוֹתוֹ. כָּתַב רַבֵּינוּ אבי"ה זַ"ל דְּאֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור לְרֹאשׁ הַבְּרָכָה אֶלָּא חוֹזֵר וְאוֹמֵר מַשִּׁיב הָרוּחַ מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם מְכַלְכֵּל. וְלָא דָּמֵי לְאוֹמֵר מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם דְּחוֹזֵר לְרֹאשׁ הַבְּרָכָה דְּהָתָם אִם הָיָה חוֹזֵר לִמְכַלְכֵּל חַיִּים לֹא הָיָה מְבַטֵּל מַה שֶׁהִזְכִּיר שֶׁלֹּא כְּדִין אֶלָּא חוֹזֵר לְרֹאשׁ הַבְּרָכָה וְאֵינוֹ מַזְכִּיר וְלִי נִרְאֶה דְּהָא דְּקָאָמַר לֹא אָמַר מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם מַחֲזִירִין אוֹתוֹ הַיְינוּ אִם סִייֵּם כָּל הַבְּרָכָה וְאָז חוֹזֵר לְרֹאשׁ הַתְּפִלָּה אֲבָל אִם נִזְכַּר קֹודֶם שֶׁסִּייֵּם הַבְּרָכָה אוֹמֵר בַּמָּקוֹם שֶׁנִּזְכַּר שֶׁלֹּא קָבְעוּ חֲכָמִים מָקוֹם לְהַזְכָּרָה בְּתוֹךְ הַבְּרָכָה אֶלָּא אָמְרוּ מַזְכִּירִין גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים אֶלָּא שֶׁנָּהֲגוּ הָעוֹלָם לְאוֹמְרָהּ לִפְנֵי מְכַלְכֵּל חַיִּים לְפִי שֶׁהַגְּשָׁמִים כַּלְכָּלָה וּפַרְנָסָה. אֲבָל אִם לֹא אֲמָרָהּ לִפְנֵי מְכַלְכֵּל חַיִּים בְּכָל הַבְּרָכָה מְקוֹמָהּ () כָּתַב רַבֵּינוּ אבי"ה זַ"ל שֶׁאִם סִיֵּים בִּרְכַּת מְחַיֶּה הַמֵּתִים וְלֹא הִזְכִּיר וַעֲדַייִן לֹא הִתְחִיל אִתָּהּ קָדוֹשׁ אֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור אֶלָּא יֹאמַר מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם וּמַתְחִיל אַתָּה קָדוֹשׁ. וְכֵן בִּשְׁאֵלָה אִם נִזְכַּר קֹודֶם שֶׁהִתְחִיל תָּקַע בַּשּׁוֹפָר אוֹמֵר וְתֵן טַל וּמָטָר וְאוֹמֵר תָּקַע בַּשּׁוֹפָר כִּדְאָמְרִינַן פ' שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מט:) טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן רָאשֵׁי חֳדָשִׁים לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל וְכֵן בְּשַׁבָּת וְכֵן בי"ט. לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא פָּתַח בְּהַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אֲבָל פָּתַח בְּהַטּוֹב וְהַמֵּטִיב חוֹזֵר לָרֹאשׁ. יְרוּשַׁלְמִי (הֵל' א) הַמִּתְפַּלֵּל וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ מָה הִזְכִּיר א"ר יוֹחָנָן כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם חֲזָקָה מַה שֶׁהוּא לָמוּד מַזְכִּיר וְכֵן הַדִּין נָמֵי אַחַר שֶׁהִפְסִיק וַדַּאי הִזְכִּיר וְחוֹזֵר. הַהִיא דִּירוּשַׁלְמִי הָיָה עוֹמֵד בְּגֶשֶׁם וְהִזְכִּיר בָּטֵל וְכוּ'. וְדִין טָעָה וְלֹא הִזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים בִּתְחִיַּית הַמֵּתִים וְלֹא שְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים לְהֵיכָן הוּא חוֹזֵר כָּתַבְתִּי בִּבְרָכוֹת בְּפֶ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (סִי' יד):
Guemara. On enseigne : pour la rosée et pour les vents, les Sages n'ont pas imposé d'en faire mention, et si l'on vient à les mentionner, on les mentionne. Quelle en est la raison ? Rabbi Hanina a dit : parce qu'ils ne sont pas retenus. Rabbi Hanina a dit : celui qui passe devant l'arche dans la saison chaude et qui dit « Il fait souffler le vent », on ne le fait pas recommencer ; s'il dit « Il fait descendre la pluie », on le fait recommencer, et il revient au début de la berakha. S'il a achevé la berakha, il revient au début de la tefila, car les trois premières berakhot n'en font qu'une. Dans la saison des pluies, s'il n'a pas dit « Il fait souffler le vent », on ne le fait pas recommencer ; s'il n'a pas dit « Il fait descendre la pluie », on le fait recommencer. Rabbenou Avi'ah, de mémoire bénie, a écrit qu'il n'a pas besoin de revenir au début de la berakha : il reprend et dit « machiv ha-roua'h, morid ha-guechem, mekhalkel ». Le cas diffère de celui qui a dit « Il fait descendre la pluie » hors de saison et qui revient au début de la berakha : là, s'il revenait seulement à « mekhalkel 'hayim », il n'annulerait pas la mention faite à tort ; il revient donc au début de la berakha et ne mentionne plus. Et il me semble, quant à moi, que ce qui est dit — « s'il n'a pas dit morid ha-guechem, on le fait recommencer » — vise le cas où il a achevé toute la berakha, et alors il revient au début de la tefila ; mais s'il s'en souvient avant d'avoir achevé la berakha, il dit la mention à l'endroit où il s'en souvient, car les Sages n'ont pas fixé de place à l'intérieur de la berakha : ils ont dit seulement que l'on mentionne la puissance des pluies dans la berakha de la résurrection des morts. L'usage s'est répandu de la dire avant « mekhalkel 'hayim », parce que les pluies sont nourriture et parnassa ; mais s'il ne l'a pas dite avant « mekhalkel 'hayim », toute la berakha reste sa place. Rabbenou Avi'ah, de mémoire bénie, a écrit que s'il a achevé la berakha « mehaye ha-metim » sans avoir mentionné et qu'il n'a pas encore commencé « Ata kadoch », il n'a pas besoin de recommencer : il dit « machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem » puis commence « Ata kadoch ». De même pour la demande de pluie : s'il s'en souvient avant d'avoir commencé « Teka be-chofar », il dit « ve-ten tal ou-matar » puis dit « Teka be-chofar ». Comme nous le disons au chapitre Chelocha che-akhelou (Berakhot 49b) : celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné Roch Hodech dit « Béni soit Celui qui a donné des débuts de mois à Son peuple Israël », et de même pour Chabbat et pour Yom Tov. On n'a enseigné cela que dans le cas où il n'a pas encore commencé « ha-tov ve-hametiv » ; mais s'il a commencé « ha-tov ve-hametiv », il revient au début. Talmud de Jérusalem (halakha 1) : celui qui a prié et ne sait pas ce qu'il a mentionné — Rabbi Yo'hanan a dit : pendant trente jours, la présomption est qu'il mentionne la formule dont il a l'habitude ; et il en va de même après l'interruption de saison : il a certainement mentionné l'ancienne formule, et il recommence. Ce passage du Yerouchalmi vise celui qui se trouvait dans la saison de la pluie et a mentionné la rosée, etc. Quant à la règle de celui qui s'est trompé et n'a pas mentionné la puissance des pluies dans la berakha de la résurrection des morts, ni la demande dans la berakha des années, et au point où il doit revenir, je l'ai écrite dans Berakhot, au chapitre Tefilat ha-cha'har, siman 14.
💡 Explication

Nouveau sujet, qui prolonge la logique du chapitre. La deuxième bénédiction de la Amida comporte « Il fait souffler le vent et descendre la rosée ». Les Sages ont laissé cette formule facultative, même en saison des pluies : celui qui la dit à bien fait, celui qui l'omet n'a rien manqué.

Rabbi Hanina donne le principe : la mention obligatoire suit ce qui peut être retenu. La pluie peut être retenue, elle exige donc une prière. La rosée et les vents accompagnent le monde sans interruption, et le monde ne subsisterait pas sans eux ; leur mention reste au choix.

14
וְטַל מְנָלַן דְּלָא מִיעֲצַר — דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֵלִיָּהוּ הַתִּשְׁבִּי מִתֹּשָׁבֵי גִלְעָד אֶל אַחְאָב חַי ה׳ אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר עָמַדְתִּי לְפָנָיו אִם יִהְיֶה הַשָּׁנִים הָאֵלֶּה טַל וּמָטָר כִּי אִם לְפִי דְבָרִי״, וּכְתִיב: ״לֵךְ הֵרָאֵה אֶל אַחְאָב וְאֶתְּנָה מָטָר עַל פְּנֵי הָאֲדָמָה״, וְאִילּוּ טַל לָא קָאָמַר לֵיהּ, מַאי טַעְמָא — מִשּׁוּם

Et la rosée, d'où savons-nous qu'elle n'est pas retenue ? De ce qu'il est écrit : « Eliyahou le Tichbi, d'entre les habitants de Guilad, dit à Ahav : par ה' vivant, D.ieu d'Israël devant qui je me tiens, il n'y aura durant ces années ni rosée ni pluie, si ce n'est sur ma parole » ; et il est écrit : « Va, montre-toi à Ahav, et Je donnerai de la pluie sur la face de la terre » — or il ne lui a pas parlé de la rosée.

Quelle en est la raison ? Parce que

📜 Rachi (1)
וְאִילּוּ טַל לָא קָאָמַר וְאֶתְּנָה טַל וּמָטָר אֶלָּא מָטָר בִּלְבַד:
Or il n'a pas parlé de la rosée — il n'a pas dit « Je donnerai rosée et pluie », mais a parlé de la pluie seule.
🗂️ Tossefot (3)
וְאִילּוּ טַל לָא מִיעְצָר. ומ"ה נִרְאֶה דְּגַבֵּי גִּדְעוֹן (שׁוֹפְטִים ו) כְּשֶׁאָמַר עַל הָאָרֶץ יִהְיֶה טַל וְעַל הַגִּיזָּה יִהְיֶה חוֹרֵב כְּתִיב וַיַּעַשׂ כֵּן אֲבָל כְּשֶׁאָמַר עַל הָאָרֶץ יִהְיֶה חוֹרֵב וְעַל הַגִּזָּה יִהְיֶה טַל כְּתִיב וַיְהִי כֵן כְּלוֹמַר דְּעַל הַגִּיזָּה הָיָה הַטַּל אֲבָל לָא כְּתִיב וַיַּעַשׂ כֵּן מַשְׁמַע דְּעַל הָאָרֶץ הָיָה טַל דְּטַל לָא מִיעְצָר ע"כ בַּנֻּוסָּח שֶׁלִּפְנֵי וְעוֹד מָצָאתִי כְּשֶׁאָמְרוּ עַל כָּל הָאָרֶץ יִהְיֶה טָּל כְּתִיב וַיַּעַשׂ אֱ-לֹהִים כֵּן וּכְשֶׁאָמַר טַל יִהְיֶה עַל הַגִּיזָּה לְבַדָּהּ וְעַל כָּל הָאָרֶץ יִהְיֶה חֶרֶב כְּתִיב וַיְהִי כֵן וְלֹא הִזְכִּיר בָּזֶה הַשַּׁ"י וְטַעְמוֹ אֲשֶׁר אוֹמֵר כִּי הוּא זֶה כִּי אֵין הַשַּׁ"י מַזְכִּיר שְׁמוֹ עַל הָרָעָה כִּי אִם יִהְיֶה חוֹרֵב עַל כָּל הָאָרֶץ הָיְתָה רָעַת יוֹשְׁבֵי בָּהּ וּכְתִיב (שְׁמוֹת כ) בְּכָל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת שְׁמִי אָבוֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ אֲבָל כְּשֶׁאָמַר עַל כָּל הָאָרֶץ יִהְיֶה טָּל כְּתִיב וַיַּעַשׂ אֱ-לֹהִים וְכַדּוֹמֶה לָזֶה (בְּרֵאשִׁית א) וַיִּקְרָא אֱ-לֹהִים לָאוֹר יוֹם וְלַחֹשֶׁךְ קָרָא לָיְלָה וְגַבֵּי חֹשֶׁךְ לֹא הִזְכִּיר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ וְכֵן בַּחֲמִשָּׁה דִּבְּרוֹת אַחֲרוֹנוֹת (שְׁמוֹת כ) מִלֹּא תִּרְצָח וְאֵילָךְ לֹא הִזְכִּיר הַשַּׁ"י הַכֹּל הוֹלֵךְ אֶל מָקוֹם אֶחָד מָשָׁל לְמֶלֶךְ שֶׁבָּנָה דִּירָה נָאָה וְהִנִּיחַ לְצַיֵּיר מָגִינּוֹ לִפְנֵי כָּל חַדְרֵי הַבַּיִת זוּלָתִי בֵּית הַכִּסֵּא מְקוֹם הַטִּינּוּף:
Alors que la rosée n'est pas retenue. De là il paraît que, chez Guidon (Choftim 6), lorsqu'il a dit « que la rosée soit sur la terre et la sécheresse sur la toison », il est écrit « et il fit ainsi » ; mais lorsqu'il a dit « que la sécheresse soit sur la terre et la rosée sur la toison », il est écrit « et il en fut ainsi », c'est-à-dire que la rosée fut sur la toison, sans qu'il soit écrit « et il fit ainsi », ce qui laisse entendre que sur la terre aussi il y eut de la rosée, puisque la rosée n'est pas retenue. Ainsi se lit la version que j'ai devant moi. J'ai encore trouvé ceci : lorsqu'ils ont dit « que la rosée soit sur toute la terre », il est écrit « et D.ieu fit ainsi » ; et lorsqu'il a dit « que la rosée soit sur la toison seule et la sécheresse sur toute la terre », il est écrit « et il en fut ainsi », le Nom n'étant pas mentionné. La raison m'en paraît celle-ci : le Saint béni soit-Il n'attache pas Son nom au mal, car si la sécheresse s'étendait sur toute la terre, ce serait un malheur pour ses habitants, et il est écrit (Chemot 20) « en tout lieu où Je ferai mentionner Mon nom, Je viendrai vers toi et Je te bénirai ». Mais lorsqu'il a dit « que la rosée soit sur toute la terre », il est écrit « et D.ieu fit ». Il en va de même (Bereshit 1) pour « D.ieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit » : pour les ténèbres le Nom n'est pas mentionné. Et de même dans les cinq dernières paroles du Décalogue (Chemot 20), à partir de « tu ne tueras pas », le Nom n'est plus mentionné. Tout cela revient au même point. Parabole d'un roi qui bâtit une belle demeure et fit peindre son blason devant toutes les chambres de la maison, sauf devant les latrines, lieu de souillure.
וַיֹּאמֶר אֵלִיָּהוּ הַתִּשְׁבִּי מִתֹּושָׁבֵי גִלְעָד. לְכָךְ נִקְרָא מִתּוֹשָׁבֵי גִּלְעָד לְפִי שֶׁהָרְגוּ יִשְׂרָאֵל אַנְשֵׁי יָבֵשׁ גִּלְעָד עַל מַעֲשֵׂה פִּילֶגֶשׁ בַּגִּבְעָה וְלֹא נִשְׁאַר בְּיָבֵשׁ גִּלְעָד כִּי אִם מְעַט אֲנָשִׁים מִן הַמְיֻושָּׁבִים בָּעִיר כִּי כָּל הַשְּׁאָר הָיוּ עִם אֲסַפְסוּף לְכָךְ מֵעִיד כִּי אֵלִיָּהוּ מִן הַתּוֹשָׁבִים כָּךְ שָׁמַעְתִּי מָהָרִ"י טרוט"י מִשֵּׁם הר"י בה"ר יִצְחָק מִמֶלְאוּן:
« Eliyahou le Tichbi, d'entre les habitants de Guilad, dit. » S'il est appelé « d'entre les habitants de Guilad », c'est parce qu'Israël avait mis à mort les hommes de Yavech-Guilad à la suite de l'affaire de la concubine de Guivea, et qu'il ne resta à Yavech-Guilad qu'un petit nombre d'hommes parmi ceux qui étaient établis dans la ville, tout le reste n'étant qu'un ramassis. Le verset atteste donc qu'Eliyahou était de ces habitants établis. Ainsi l'ai-je entendu de Rabbi Y. de Troyes, au nom de Rabbi Y. fils de Rabbi Yits'hak de Melun.
וְאִילּוּ טַל לָא מִיעְצָר. ומ"ה נִרְאֶה דְּגַבֵּי גִּדְעוֹן (שׁוֹפְטִים ו) כְּשֶׁאָמַר עַל הָאָרֶץ יִהְיֶה טַל וְעַל הַגִּיזָּה יִהְיֶה חוֹרֵב כְּתִיב וַיַּעַשׂ כֵּן אֲבָל כְּשֶׁאָמַר עַל הָאָרֶץ יִהְיֶה חוֹרֵב וְעַל הַגִּזָּה יִהְיֶה טַל כְּתִיב וַיְהִי כֵן כְּלוֹמַר דְּעַל הַגִּיזָּה הָיָה הַטַּל אֲבָל לָא כְּתִיב וַיַּעַשׂ כֵּן מַשְׁמַע דְּעַל הָאָרֶץ הָיָה טַל דְּטַל לָא מִיעְצָר ע"כ בַּנֻּוסָּח שֶׁלִּפְנֵי וְעוֹד מָצָאתִי כְּשֶׁאָמְרוּ עַל כָּל הָאָרֶץ יִהְיֶה טָּל כְּתִיב וַיַּעַשׂ אֱ-לֹהִים כֵּן וּכְשֶׁאָמַר טַל יִהְיֶה עַל הַגִּיזָּה לְבַדָּהּ וְעַל כָּל הָאָרֶץ יִהְיֶה חֶרֶב כְּתִיב וַיְהִי כֵן וְלֹא הִזְכִּיר בָּזֶה הַשַּׁ"י וְטַעְמוֹ אֲשֶׁר אוֹמֵר כִּי הוּא זֶה כִּי אֵין הַשַּׁ"י מַזְכִּיר שְׁמוֹ עַל הָרָעָה כִּי אִם יִהְיֶה חוֹרֵב עַל כָּל הָאָרֶץ הָיְתָה רָעַת יוֹשְׁבֵי בָּהּ וּכְתִיב (שְׁמוֹת כ) בְּכָל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת שְׁמִי אָבוֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ אֲבָל כְּשֶׁאָמַר עַל כָּל הָאָרֶץ יִהְיֶה טָּל כְּתִיב וַיַּעַשׂ אֱ-לֹהִים וְכַדּוֹמֶה לָזֶה (בְּרֵאשִׁית א) וַיִּקְרָא אֱ-לֹהִים לָאוֹר יוֹם וְלַחֹשֶׁךְ קָרָא לָיְלָה וְגַבֵּי חֹשֶׁךְ לֹא הִזְכִּיר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ וְכֵן בַּחֲמִשָּׁה דִּבְּרוֹת אַחֲרוֹנוֹת (שְׁמוֹת כ) מִלֹּא תִּרְצָח וְאֵילָךְ לֹא הִזְכִּיר הַשַּׁ"י הַכֹּל הוֹלֵךְ אֶל מָקוֹם אֶחָד מָשָׁל לְמֶלֶךְ שֶׁבָּנָה דִּירָה נָאָה וְהִנִּיחַ לְצַיֵּיר מָגִינּוֹ לִפְנֵי כָּל חַדְרֵי הַבַּיִת זוּלָתִי בֵּית הַכִּסֵּא מְקוֹם הַטִּינּוּף:
Alors que la rosée n'est pas retenue. De là il paraît que, chez Guidon (Choftim 6), lorsqu'il a dit « que la rosée soit sur la terre et la sécheresse sur la toison », il est écrit « et il fit ainsi » ; mais lorsqu'il a dit « que la sécheresse soit sur la terre et la rosée sur la toison », il est écrit « et il en fut ainsi », c'est-à-dire que la rosée fut sur la toison, sans qu'il soit écrit « et il fit ainsi », ce qui laisse entendre que sur la terre aussi il y eut de la rosée, puisque la rosée n'est pas retenue. Ainsi se lit la version que j'ai devant moi. J'ai encore trouvé ceci : lorsqu'ils ont dit « que la rosée soit sur toute la terre », il est écrit « et D.ieu fit ainsi » ; et lorsqu'il a dit « que la rosée soit sur la toison seule et la sécheresse sur toute la terre », il est écrit « et il en fut ainsi », le Nom n'étant pas mentionné. La raison m'en paraît celle-ci : le Saint béni soit-Il n'attache pas Son nom au mal, car si la sécheresse s'étendait sur toute la terre, ce serait un malheur pour ses habitants, et il est écrit (Chemot 20) « en tout lieu où Je ferai mentionner Mon nom, Je viendrai vers toi et Je te bénirai ». Mais lorsqu'il a dit « que la rosée soit sur toute la terre », il est écrit « et D.ieu fit ». Il en va de même (Bereshit 1) pour « D.ieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit » : pour les ténèbres le Nom n'est pas mentionné. Et de même dans les cinq dernières paroles du Décalogue (Chemot 20), à partir de « tu ne tueras pas », le Nom n'est plus mentionné. Tout cela revient au même point. Parabole d'un roi qui bâtit une belle demeure et fit peindre son blason devant toutes les chambres de la maison, sauf devant les latrines, lieu de souillure.
💡 Explication

La preuve repose sur un écart entre deux versets. Le serment d'Eliyahou porte sur deux choses, la rosée et la pluie ; l'annonce du retour, trois ans plus tard, ne porte que sur la pluie. La rosée n'avait donc pas besoin d'être rendue.

Le raisonnement suppose que rien ne manque dans le second verset. Si la rosée avait été réellement suspendue, son retour aurait été annoncé comme celui de la pluie. Son absence dans l'annonce montre qu'elle n'avait jamais cessé de descendre. La phrase reste inachevée et se termine au folio suivant.

🖼️ Schéma
Le serment d'Eliyahou et l'annonce du retour Melakhim I 17, 1 — le serment Il n'y aura durant ces années ni rosée ni pluie, si ce n'est sur ma parole. Melakhim I 18, 1 — le retour Va, montre-toi à Ahav, et Je donnerai de la pluie sur la face de la terre. Ce que l'écart enseigne Deux choses jurées, une seule rendue : la rosée n'avait jamais cessé, parce qu'elle n'est pas retenue.
Deux versets, deux listes : la rosée figure dans le serment et manque dans l'annonce du retour.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).