Sougya : Le folio achève la discussion sur le jour où commence la mention des pluies, puis se heurte à une michna de Souccot : la libation d'eau se fait pendant les sept jours de la fête. Or aucune des positions exposées plus haut ne donne sept jours — Rabbi Yehochoua en donnerait un, Rabbi Akiva deux, Rabbi Yehouda ben Betera six.
La guemara tente d'abord de combiner Rabbi Yehouda ben Betera avec le Rabbi Yehouda de la michna de Souccot, qui verse aussi le huitième jour, puis abandonne cette voie et tranche : la michna suit Rabbi Yehochoua, et les sept jours de la libation d'eau sont une halakha de Moche reçue au Sinaï, au même titre que les dix jeunes plants et la aravah. Une seconde difficulté porte sur deux baraitot de Rabbi Yehouda, l'une au nom de Rabbi Yehochoua, l'autre au nom de ben Betera, que Rav Nahman bar Yits'hak identifie à un seul maître, Rabbi Yehochoua ben Betera, nommé tantôt par son nom tantôt par celui de son père selon qu'il était déjà ordonné.
Le folio se termine sur la rosée et les vents, dont la mention reste facultative parce qu'ils ne sont jamais retenus, ce que prouve le serment d'Eliyahou devant Ahav.
Si Rabbi Akiva tient comme Rabbi Yehouda ben Betera, qu'il dise donc comme lui ! Rabbi Akiva tient que la libation surnuméraire, la où elle est écrite, c'est au sixième jour qu'elle est écrite.
La guemara reprend la fin du folio précédent. Rabbi Akiva a admis la derach de Rabbi Yehouda ben Betera sur les lettres mem, yod, mem qui forment le mot mayim. Si donc il accepte ce procédé, pourquoi ne commence-t-il pas la mention au deuxième jour, comme lui ?
La réponse partage le travail entre deux indices. Les lettres en surplus enseignent seulement la nature de la libation supplémentaire : de l'eau, non du vin. Ce qui établit qu'il y a réellement une libation en plus sur un seul sacrifice, c'est le pluriel « ou-nsakheha » du sixième jour. Le jour à retenir est donc le sixième.
On enseigne : Rabbi Natan dit : « Dans le sanctuaire, fais couler une libation de boisson forte pour ה' » — le verset parle de deux libations, l'une la libation d'eau, l'autre la libation de vin. Dis donc que les deux sont de vin !
Si c'était le cas, que le verset écrive soit « hassékh hassékh », soit « nassékh nesekh » ; que signifie « hassékh nesekh » ? Apprends-en que l'une est d'eau et l'autre de vin.
Une baraita apporte une source tout à fait indépendante pour la libation d'eau. Rabbi Natan la tire du verset des libations quotidiennes, où le verbe « faire couler » est répété sous deux formes différentes : hassékh puis nesekh.
La logique est celle d'un changement de formulation. Un verset qui répète la même idée garde normalement le même mot. Ici le changement de forme indique deux réalités distinctes, donc deux matières à verser.
Mais alors, ce que nous avons appris dans la michna — la libation d'eau se fait pendant les sept jours — selon qui est-ce ? Si c'est Rabbi Yehochoua, qu'elle dise un seul jour ; si c'est Rabbi Akiva, deux jours ; si c'est Rabbi Yehouda ben Betera, six jours !
La guemara confronte les positions du chapitre à une michna du traité Souccot, qui fixe la libation d'eau à sept jours. Chacune des trois opinions donne un autre compte, en supposant que le jour où commence la mention des pluies est aussi le jour où commence la libation.
Rabbi Yehochoua commence au dépôt du loulav, donc à l'extrême fin de la fête : un jour. Rabbi Akiva au sixième : les jours six et sept, donc deux. Rabbi Yehouda ben Betera au deuxième : du deuxième au septième, donc six. Aucune ne donne sept.
En réalité, c'est bien Rabbi Yehouda ben Betera, et il tient comme le Rabbi Yehouda de la michna. Car nous avons appris dans la michna : Rabbi Yehouda dit : c'est avec un log qu'il versait pendant les huit jours.
Et il retire le premier jour et fait entrer le huitième.
Première tentative de sauvetage. La michna des sept jours serait de Rabbi Yehouda ben Betera, à condition de lui prêter aussi la position du Rabbi Yehouda de la michna de Souccot, qui verse un log d'eau pendant huit jours, c'est-à-dire jusqu'à Chemini Atseret inclus.
La combinaison est partielle : Rabbi Yehouda ben Betera n'emprunte pas le total de huit, mais seulement l'idée que le huitième jour connaît une libation. Il retranche alors le premier jour, sur lequel il n'a pas de source, et ajoute le huitième : deux plus trois plus quatre plus cinq plus six plus sept plus huit, soit sept jours.
Et en quoi le premier jour est-il différent, pour qu'on n'y verse pas ? Parce que, lorsque l'eau est indiquée par allusion, c'est au deuxième jour qu'elle l'est.
Mais alors, le huitième jour aussi : lorsque l'eau est indiquée par allusion, c'est au septième jour qu'elle l'est !
L'objection est une objection de symétrie. Si l'on exclut le premier jour parce que la première allusion à l'eau se trouve au deuxième, il faut exclure aussi le huitième, puisque la dernière allusion se trouve au septième. Les bornes du texte valent des deux côtés.
Rachi précise le détail : le mot « ke-michpatam », d'où l'on tire la troisième lettre de mayim, clôt la série au septième jour. Le texte des libations de la fête s'arrête là, et le huitième jour reste en dehors.
En réalité, c'est Rabbi Yehochoua, et la libation d'eau pendant les sept jours, ils l'ont reçue comme une halakha de tradition,
La guemara abandonne la voie de la derach et change de terrain. La michna suit Rabbi Yehochoua, qui ne commence la mention des pluies qu'à l'extrême fin de la fête ; et les sept jours de la libation d'eau ne dépendent alors d'aucun verset : ils sont une halakha le-Moche mi-Sinaï, une règle reçue par tradition depuis le Sinaï.
Rachi relève la nouveauté de cette réponse. Avec Rabbi Eliezer, qui commence dès le premier jour, la michna ne poserait aucune difficulté, et l'établir ainsi n'apprendrait rien. La guemara préfère montrer qu'elle tient même selon Rabbi Yehochoua, en séparant deux plans : la mention dans la prière, qui se retient à Souccot parce que la pluie y est un signe de malédiction, et la libation au Temple, qui se fait pendant les sept jours.
car Rabbi Ami a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Nehounia de la vallée de Beit Hortan : les dix jeunes plants, la aravah et la libation d'eau sont halakha de Moche reçue au Sinaï.
La tradition citée groupe trois règles qui n'ont pas de source scripturaire et se transmettent de bouche à oreille depuis le Sinaï. Les dix jeunes plants appartiennent aux lois de la chemita : dix arbres jeunes dispersés dans un beit sea permettent de labourer toute la surface jusqu'à Roch Hachana de la septième année. La aravah est celle dont on entoure l'autel pendant Souccot. La libation d'eau, enfin, est notre sujet.
Rachi ajoute la précision qui intéresse la sougya : la libation d'eau reçue au Sinaï porte bien sur les sept jours de la fête. La michna de Souccot repose donc sur cette tradition, et les objections tirées des versets tombent.
Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Yehochoua : celui qui passe devant l'arche le dernier jour de fête de Souccot — le dernier mentionne, le premier né mentionne pas. Le premier jour de fête de Pessa'h — le premier mentionne, le dernier ne mentionne pas.
La guemara revient à la baraita citée plus haut. Celui qui passe devant l'arche est l'officiant. À Chemini Atseret, deux offices se suivent le matin : Chaharit, dirigé par le premier officiant, puis Moussaf, dirigé par le dernier. La mention des pluies commence à Moussaf, et non dès Chaharit.
À Pessa'h l'ordre s'inverse : le premier officiant, celui de Chaharit, mentionne encore la pluie ; le dernier, celui de Moussaf, cesse de la mentionner. La charnière est donc chaque fois Moussaf, la prière liée au sacrifice supplémentaire du jour.
Quel Rabbi Yehochoua ? Si l'on dit le Rabbi Yehochoua de la michna, il a pourtant dit : c'est au dernier jour de fête de Souccot qu'il mentionne.
Première difficulté. Le Rabbi Yehochoua de la michna fait commencer la mention « au dernier jour de fête », formule qui vise le jour entier, depuis son début. L'office du matin y est donc inclus, et le premier officiant devrait déjà mentionner.
Or la baraita enseigne expressément que le premier ne mentionne pas. Les deux énoncés ne peuvent pas venir du même maître.
Alors ce serait le Rabbi Yehochoua de la baraita ? Mais il a dit : à partir du moment où l'on dépose le loulav.
Seconde tentative, écartée de la même manière. Le Rabbi Yehochoua de la baraita fait commencer la mention au moment où l'on dépose le loulav, c'est-à-dire à la sortie du septième jour. La mention commencerait donc dès la nuit de Chemini Atseret, et à plus forte raison à Chaharit.
Aucun des deux Rabbi Yehochoua connus ne peut donc être l'auteur de la baraita, qui repousse la mention jusqu'à Moussaf.
Et de plus, ce qui est enseigné dans une baraita : Rabbi Yehouda dit au nom de ben Betera : celui qui passe devant l'arche le dernier jour de fête de Souccot — le dernier mentionne. Quel ben Betera ?
Si l'on dit Rabbi Yehouda ben Betera, il a pourtant dit : c'est au deuxième jour de la fête qu'il mentionne !
Une seconde baraita, de contenu identique, est rapportée par Rabbi Yehouda au nom de ben Betera. La difficulté redouble : le seul ben Betera connu dans le chapitre, Rabbi Yehouda ben Betera, commence la mention au deuxième jour de Souccot, bien avant Chemini Atseret.
La guemara se trouve donc devant deux attributions impossibles, portant sur une seule et même règle.
Rav Nahman bar Yits'hak dit : que ce soit Rabbi Yehochoua ben Betera. Parfois on l'appelle par son nom, parfois on l'appelle par le nom de son père.
Ici, c'était avant qu'on l'ordonne ; là, c'était après qu'on l'a ordonné.
Rav Nahman bar Yits'hak résout les deux difficultés d'un seul coup en introduisant un troisième personnage : Rabbi Yehochoua ben Betera, distinct à la fois du Rabbi Yehochoua de la michna et de Rabbi Yehouda ben Betera. Les deux baraitot énoncent donc la même règle du même maître.
Reste à expliquer la différence de nom. Avant la semikha, l'ordination, il n'avait pas encore de titre propre et on le désignait par le nom de son père, ben Betera. Une fois ordonné, on l'a appelé par son nom, Rabbi Yehochoua.
On enseigne : pour la rosée et pour les vents, les Sages n'ont pas rendu obligatoire d'en faire mention. Et si l'on vient à les mentionner, on les mentionne.
Quelle en est la raison ? Rabbi Hanina a dit : parce qu'ils ne sont pas retenus.
Nouveau sujet, qui prolonge la logique du chapitre. La deuxième bénédiction de la Amida comporte « Il fait souffler le vent et descendre la rosée ». Les Sages ont laissé cette formule facultative, même en saison des pluies : celui qui la dit à bien fait, celui qui l'omet n'a rien manqué.
Rabbi Hanina donne le principe : la mention obligatoire suit ce qui peut être retenu. La pluie peut être retenue, elle exige donc une prière. La rosée et les vents accompagnent le monde sans interruption, et le monde ne subsisterait pas sans eux ; leur mention reste au choix.
Et la rosée, d'où savons-nous qu'elle n'est pas retenue ? De ce qu'il est écrit : « Eliyahou le Tichbi, d'entre les habitants de Guilad, dit à Ahav : par ה' vivant, D.ieu d'Israël devant qui je me tiens, il n'y aura durant ces années ni rosée ni pluie, si ce n'est sur ma parole » ; et il est écrit : « Va, montre-toi à Ahav, et Je donnerai de la pluie sur la face de la terre » — or il ne lui a pas parlé de la rosée.
Quelle en est la raison ? Parce que
La preuve repose sur un écart entre deux versets. Le serment d'Eliyahou porte sur deux choses, la rosée et la pluie ; l'annonce du retour, trois ans plus tard, ne porte que sur la pluie. La rosée n'avait donc pas besoin d'être rendue.
Le raisonnement suppose que rien ne manque dans le second verset. Si la rosée avait été réellement suspendue, son retour aurait été annoncé comme celui de la pluie. Son absence dans l'annonce montre qu'elle n'avait jamais cessé de descendre. La phrase reste inachevée et se termine au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).