Sougya : Le folio achève la discussion sur la rosée : puisqu'elle n'est jamais retenue, le serment d'Eliahou ne portait que sur la rosée de bénédiction, et sa restitution n'a pas été annoncée parce qu'elle serait restée imperceptible. Rabbi Yehochoua ben Levi établit ensuite que les vents eux non plus ne sont pas retenus, à partir du verset de Zekharia qui compare Israël aux quatre vents des cieux.
Rabbi Hanina en tire la règle pratique : ce qui n'est jamais retenu n'engage pas la prière, d'où le tableau des mentions qu'il faut reprendre ou non selon la saison, avec le long développement de Tossefot et du Roch sur les cas de doute et le lieu de la réparation. La guemara confronte alors deux baraitot sur les nuages et les vents et les résout par deux distinctions : nuages précoces contre nuages tardifs, vent habituel contre vent inhabituel.
Le folio se termine sur les bienfaits qui suivent la pluie, le vent doux et le soleil, ce qui les gâte, et l'échelle de Rava qui attribue à chaque forme de précipitation son destinataire.
[La rosée] n'est pas retenue. Et puisqu'elle n'est pas retenue, pourquoi Eliahou a-t-il eu besoin de jurer [qu'il n'y aurait pas de rosée] ?
Voici ce qu'il lui a dit : même la rosée de bénédiction ne viendra pas. Et qu'Il rende [alors] la rosée de bénédiction !
Parce que la chose ne serait pas perceptible.
La guemara achève ici le traitement de la rosée. Puisque la rosée n'est jamais retenue, le serment d'Eliahou (Melakhim I 17, 1), qui annonçait ni rosée ni pluie, semble porter sur rien. La réponse restreint la portée du serment : ce qui a cessé est la rosée de bénédiction, celle qui fait pousser, tandis que la rosée ordinaire a continué de tomber.
D'où la seconde question : au moment où la sécheresse prend fin, le verset annonce le retour de la pluie seule ; pourquoi ne pas annoncer aussi le retour de la rosée de bénédiction ? Parce que cette restitution serait restée imperceptible, la rosée ordinaire ayant toujours été là. Rachi ajoute le motif concret : Ahab aurait pu contester l'annonce en objectant que la rosée n'avait jamais cessé.
Mais les vents, d'où savons-nous qu'ils ne sont pas retenus ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : car le verset dit : « Car c'est comme les quatre vents des cieux que Je vous ai dispersés, parole de Hachem » (Zekharia 2, 10).
Que leur dit-il ? Si l'on dit que le Saint béni soit-Il dit ceci à Israël : Je vous ai dispersés aux quatre vents du monde — s'il en est ainsi, pourquoi « comme les quatre » ?
Il aurait fallu dire « aux quatre » ! Il faut donc dire ceci : de même qu'il est impossible au monde d'être sans vents, de même il est impossible au monde d'être sans Israël.
La démonstration repose sur une seule lettre. Si le verset voulait dire que la dispersion s'est faite vers les quatre points du monde, il aurait fallu la préposition be-. Le texte porte ke-, qui établit une comparaison : Israël est comme les quatre vents.
La comparaison n'a de sens que si les vents sont une donnée permanente du monde. C'est cette permanence que Rabbi Yehochoua ben Levi vient établir, et elle sert immédiatement la halakha : ce qui ne s'arrête jamais n'a pas à être demandé dans la prière.
Rabbi Hanina a dit : dès lors, durant les jours d'été, celui qui a dit « Il fait souffler le vent » — on ne le fait pas recommencer ; celui qui a dit « Il fait descendre la pluie » — on le fait recommencer.
Voici la retombée pratique de tout ce qui précède. Le vent souffle en toute saison : le mentionner en été demande une chose déjà présente, et la prière reste valable. La pluie d'été relève au contraire de la malédiction, à cause de la moisson ; celui qui la demande a prié de travers et doit reprendre.
Rachi précise l'étendue des jours d'été : de Nissan jusqu'à la fête de Souccot. Il précise aussi l'ampleur de la réparation : on revient au début de la bénédiction et on la redit sans la mention fautive.
Durant les jours de pluie : s'il n'a pas dit « Il fait souffler le vent » — on ne le fait pas recommencer ; s'il n'a pas dit « Il fait descendre la pluie » — on le fait recommencer. Et plus encore : même s'il a dit « Il fait passer le vent et fait envoler la rosée » — on ne le fait pas recommencer.
Le second volet du tableau examine la saison des pluies. L'omission du vent reste sans conséquence, l'omission de la pluie oblige à reprendre. Le ve-lo od, plus encore, pousse la règle à sa limite : même une formule qui demande explicitement la suppression du vent et de la rosée laisse la prière valable.
La raison tient au principe général : une demande portant sur ce qui échappe à la retenue reste sans objet. La prière garde alors toute sa forme, et rien ne manque à la bénédiction.
Il a été enseigné : pour les nuages et pour les vents, les sages n'ont pas obligé à mentionner ; et si l'on vient à mentionner, on mentionne. Quelle en est la raison ?
Parce qu'ils ne sont pas retenus.
Cette baraita élargit la règle aux nuages. La formule de mention correspondante, selon Rachi, est mekacher avim, Il noue les nuages. La structure est la même que pour la rosée : mention facultative, fondée sur le fait que l'élément n'est jamais retenu.
Et ne sont-ils pas retenus ? Mais Rav Yossef a enseigné : « Il fermera les cieux » (Devarim 11, 17) — des nuages et des vents.
Tu dis : des nuages et des vents ; ou peut-être uniquement de la pluie ? Lorsqu'il dit « et il n'y aura pas de pluie », la pluie est déjà dite ; comment donc maintenir « Il fermera les cieux » ?
Des nuages et des vents.
L'objection vient d'une baraita de Rav Yossef qui lit le verset de la seconde section du Chema. Le verset énonce deux choses : la fermeture des cieux et l'absence de pluie. Puisque la pluie est nommée dans la seconde partie, la première doit viser autre chose, et cet autre chose est précisément les nuages et les vents.
Le procédé est une règle de lecture classique : deux expressions voisines reçoivent chacune un contenu distinct. Il en résulte que nuages et vents peuvent bien être retenus, ce qui contredit frontalement la baraita précédente.
Difficulté des vents contre les vents, difficulté des nuages contre les nuages ! Les nuages contre les nuages, pas de difficulté : ici il s'agit des [nuages] précoces, là des tardifs.
La guemara formule la double contradiction, puis résout le volet des nuages par une distinction de moment. Selon Rachi, les nuages hourfei, précoces, précèdent la pluie et ne sont jamais retenus ; les nuages aflei, tardifs, viennent après la pluie, et c'est d'eux que parle le verset de la fermeture des cieux.
Rachi tire de là le fondement de la règle pratique : une catégorie de nuages échappant à la retenue, la mention reste facultative. Tossefot renverse l'attribution, ce qui laisse la halakha identique mais change la lecture des deux baraitot.
Les vents contre les vents, pas de difficulté : ici il s'agit d'un vent habituel, là d'un vent qui n'est pas habituel. Un vent qui n'est pas habituel est pourtant utile à l'aire de battage !
Il est possible [de faire] avec les cribles.
Pour les vents, la distinction porte sur l'intensité : le roua'h metsouya, vent habituel, souffle toujours ; le roua'h cheeina metsouya, vent fort et rare, peut être retenu, et c'est de lui que parle le verset. Rachi explique pourquoi la distinction des nuages ne convenait pas ici : le vent habituel souffle avec ou sans pluie, indifféremment de tout calendrier.
Une objection suit : le vent fort sert à vanner le grain sur l'aire, il répond donc à un besoin réel et mériterait d'être demandé. La réponse ramène ce besoin à une commodité, puisque le van et le crible font le même travail, ce qui suffit à écarter l'obligation de mention.
Il a été enseigné : les nuages et les vents sont seconds après la pluie. De quel cas s'agit-il ?
Oulla a dit, et certains disent Rav Yehouda : de ceux qui viennent après la pluie. Est-ce à dire que c'est une qualité ?
Mais il est écrit : « Hachem donnera pour pluie de ta terre poussière et poudre » (Devarim 28, 24), et Oulla a dit, et certains disent Rav Yehouda : c'est le vent qui vient après la pluie !
La guemara passe à un autre aspect des nuages et des vents : leur utilité. La baraita les place au second rang après la pluie, et Tossefot précise le sens de cheniyot : seconds en dignité, comme on dit « le second du roi ».
La difficulté vient de la section des malédictions : la pluie changée en poussière désigne, selon la même tradition de Oulla, le vent qui suit la pluie. Le même phénomène figure donc à la fois parmi les bienfaits et parmi les malédictions.
Pas de difficulté : ici il vient doucement, là il vient avec violence. Et si tu veux, dis : ici il soulève la poussière, là il ne soulève pas la poussière.
La résolution distingue deux manières de souffler. Le vent qui vient niha, avec douceur, prolonge le bienfait de la pluie ; le vent razia, violent, soulève la poussière qui se colle au grain humide et gâte la récolte.
Rachi signale que la seconde réponse revient au même et note une divergence de guirsa : selon sa leçon, le texte porte directement le critère de la poussière.
Et Rav Yehouda a dit : le vent qui suit la pluie est comme la pluie ; le nuage qui suit la pluie est comme la pluie ; le soleil qui suit la pluie vaut deux pluies. Que vient-il exclure ?
Il vient exclure la lueur de la nuit et le soleil qui perce entre les trouées.
Rav Yehouda établit une échelle de bienfaits : vent et nuage valent une pluie, le soleil en vaut deux. La question lemaoutéi mai cherche ce que cette énumération exclut, puisque tout ce qui suit la pluie semble déjà compté.
Deux exclusions sont données. Le guilhéi de-lélia est une clarté nocturne que Rachi rattache à un passage de Pessahim. Le chimcha de-beinei kar'hei est le soleil qui perce par endroits entre les nuages, image que Rachi rend par la tête à moitié chauve : lumière ici, couverture là. Selon Tossefot, la pluie tombe de part et d'autre pendant que le soleil brille au milieu.
Rava a dit : la neige est bonne aux montagnes autant que cinq pluies à la terre, ainsi qu'il est dit : « Car Il dit à la neige : sois terre ; et à l'averse de pluie, et aux averses de Ses pluies puissantes » (Iyov 37, 6).
La derach compte les termes de pluie qui suivent le mot neige dans le verset d'Iyov : guechem, matar, ve-guechem, puis matrôt au pluriel, qui en vaut deux. Cela fait cinq, d'où la valeur attribuée à la neige pour les montagnes.
Rachi explique le réalisme de l'image : la pluie ruisselle vers le bas et la montagne n'en boit pas, tandis que la neige s'y dépose et y demeure. Dans les vallées, la chaleur la fait fondre aussitôt et elle redevient de l'eau ; sur les hauteurs, elle garde son nom et son effet.
Et Rava a dit : la neige, pour les montagnes ; la pluie forte, pour les arbres ; la pluie douce, pour les fruits,
Le folio se termine sur une échelle ouverte, que la suite prolonge au folio suivant avec l'ourpila, la bruine. Chaque forme de précipitation a son destinataire : la neige tient sur les hauteurs, la pluie razia, forte, atteint les racines profondes des arbres, la pluie niha, douce, nourrit les fruits sans les abîmer.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).