Taanit 4a — Le grain sous la motte et le talmid 'hakham, les trois hommes qui ont demandé de façon inconvenante, et la différence entre la demande et la mention de la pluie

Taanit 4a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin d'une série d'images de Rava tirées de la pluie fine : le crachin profite même au grain enfoui sous une motte, et le jeune érudit lui ressemble, puisqu'une fois qu'il a germé il ne cesse plus de croître. De là, la guemara passe au caractère du talmid ''hakham : sa colère vient de la Tora et on doit le juger favorablement, il doit être dur comme le fer, et Ravina ajoute qu'il doit malgré tout s'habituer à la douceur.

Vient ensuite l'enseignement de Rabbi Chmouel bar Na'hmani au nom de Rabbi Yonatan sur les trois hommes qui ont formulé une demande ouverte, sans préciser à qui ou à quoi elle s'appliquerait : Eliezer, Chaoul et Yiftah. Aux deux premiers il a été répondu convenablement, au troisième non, et la fille de Yiftah en est morte, alors que Pin'has pouvait annuler le vœu.

Rabbi Bérékhya prolonge par deux demandes de la Communauté d'Israël, comparée à la pluie et au sceau sur le cœur, auxquelles il est répondu par la rosée et par les paumes, c'est-à-dire par ce qui est toujours souhaité et toujours visible. Le folio revient enfin à la michna : la demande (chéela) et la mention (hazkara) sont-elles une seule chose, ou faut-il les distinguer, comme le soutient Abaye ?

Les quatre mouvements du folio 1. Le crachin Ourpila profite au grain sous la motte. Rava : le jeune érudit lui ressemble. 2. Le caractère Sa colère vient de la Tora. Dur comme le fer. Ravina : et pourtant, s'entraîner à la douceur. 3. Trois demandes Eliezer, Chaoul, Yiftah. Deux réponses convenables, une qui ne l'est pas. Puis Knesset Israël. 4. Retour à la michna Chéela = hazkara ? Rava : Rabbi Yehochoua. Abaye : même Rabbi Eliezer, car ce sont deux choses. Le fil qui relie le tout La pluie ouvre le folio comme image, revient au milieu comme objet d'une demande mal formulée, et le ferme comme halakha de la prière. Vocabulaire : chéela = demande (dans la berakha des années) ; hazkara = mention (dans la deuxième berakha de la amida).
Le plan du folio : deux pages d'aggada encadrées par la pluie, puis le retour à la halakha de la michna.
Trois demandes ouvertes : la formule, le risque, la réponse Qui Ce qu'il a dit Ce que la formule laissait passer Réponse Eliezer serviteur d'Avraham La jeune fille à qui je dirai : incline donc ta cruche... Berechit 24, 14 Une boiteuse, une aveugle. Convenable Rivqa se présente. Chaoul fils de Qich L'homme qui le frappera, le roi lui donnera sa fille. Chmouel I 17, 25 Un esclave, un mamzer. Convenable David se présente. Yiftah le Guiladite Ce qui sortira des portes de ma maison... sera à ה'. Choftim 11, 31 Une chose impure : un chien, un porc (Rachi). Inconvenable Sa fille se présente.
Les trois formules ouvertes de Rabbi Yonatan : même défaut de précision, issue différente.
Rabbi Bérékhya : deux demandes de Knesset Israël, deux corrections Demande 1 : comme la pluie Il viendra pour nous comme la pluie Hochea 6, 3 Défaut : la pluie est parfois souhaitée, parfois non (signe de malédiction en été). Réponse : comme la rosée Je serai comme la rosée pour Israël Hochea 14, 6 La rosée est souhaitée en toute saison, même l'été (Rachi). Demande 2 : sur le cœur, sur le bras Place-moi comme un sceau sur Ton cœur Chir haChirim 8, 6 Défaut : cœur et bras sont couverts dès que l'on est vêtu. Réponse : sur les paumes Je t'ai gravée sur les paumes de Mes mains Yechayahou 49, 16 La paume est visible chaque fois que la main est offerte aux yeux.
Le même schéma deux fois : une image intermittente est corrigée par une image permanente.
1
עֻורְפִּילָא — אֲפִילּוּ לְפַרְצִידָא דְּתוּתֵי קָלָא מַהְנְיָא לֵיהּ. מַאי עֻורְפִּילָא — עוֹרוֹ פִּילֵי. וְאָמַר רָבָא: הַאי צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דָּמֵי לְפַרְצִידָא דְּתוּתֵי קָלָא, דְּכֵיוָן דִּנְבַט — נְבָט.

Le crachin (ourpila) profite même au grain (partsida) qui se trouve sous la motte de terre. Qu'est-ce que ourpila ?

Éveillez-vous, crevasses (ourou piléi). Et Rava a dit : ce jeune érudit (tsourva mé-rabbanan) ressemble au grain qui se trouve sous la motte de terre : des qu'il a germé, il germe.

📜 Rachi (6)
עֻורְפִּילָא גְּשָׁמִים דַּקִּים כָּךְ שֶׁמֶן כְּדִלְקַמָּן:
Ourpila : des pluies fines ; tel est leur nom, comme il ressort de la suite.
אַפֵּי' לְפַרְצִידָא דְּתוּתֵי קָלָא הַגַּרְעִין שֶׁתַּחַת גּוּשָׁהּ שֶׁל קַרְקַע:
Même au grain qui se trouve sous la motte : le grain qui est sous la motte de terre.
מְהַנְּיָא שֶׁמַּתְחִיל לְבַצְבֵּץ וְלַעֲלוֹת מִיָּד:
Il profite : car il commence aussitôt à pointer et à monter.
עוֹרוֹ פִּילֵי שֶׁסּוֹתֵם סִדְקֵי הָאָרֶץ ל"א שֶׁמַּגְדֶּלֶת וּמַצְמַחַת הַגַּרְעִינִין הָעוֹמְדִין בְּסִדְקֵי הַקַּרְקַע:
Ourou piléi : car il bouche les crevasses de la terre. Autre explication : il fait grandir et germer les grains qui se tiennent dans les crevasses du sol.
צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן בָּחוּר חָרִיף כְּמוֹ בֵּיעֵי דִּצְרִיבָן בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף ז.) תַּלְמִיד חָכָם זָקֵן לָא קָרֵי צוּרְבָּא אֶלָּא הַהוּא מֵרַבָּנָן קָרֵי לֵיהּ:
Tsourva mé-rabbanan : un jeune homme vif, du même sens que béiéi di-tsrivan (des œufs saisis par le feu) dans le traité Beitsa (7a). Un talmid ''hakham âgé, on ne l'appelle pas tsourva ; celui-là, on l'appelle hahou mé-rabbanan.
כֵּיוָן דִּנְבַט נְבָט שֶׁמַּתְחִיל לְבַצְבֵּץ וְלַעֲלוֹת עוֹלֶה לְמַעְלָה כָּךְ תַּלְמִיד חָכָם כֵּיוָן שֶׁיָּצָא שְׁמוֹ הוֹלֵךְ וְגָדֵל לְמַעְלָה:
Dès qu'il a germé, il germe : dès qu'il commence à pointer et à monter, il monte vers le haut. Ainsi le talmid ''hakham : dès que son nom est sorti, il va grandissant vers le haut.
🗂️ Tossefot (2)
עֻורְפִּילָא הַייְנוּ גֶּשֶׁם דַּק אֲפִילּוּ לְפַרְצִידָא דְּתוּתֵי קָלָא מַהְנְיָא פִּי' פַּרְצִידָא זוֹ גַּרְעִין שֶׁהוּא מִתַּחַת הָאֶבֶן הַיְינוּ כְּמוֹ חִטָּה שֶׁמִּתַּחַת הַקַּרְקַע:
Ourpila : c'est une pluie fine. Même au grain qui se trouve sous la motte elle profite. Explication : ce partsida est le grain qui se trouve sous la pierre, c'est-à-dire comme un grain de blé qui se trouve sous le sol.
מַאי עֻורְפִּילָא עוּרוּ פִּילֵי פִּי' מְעוֹרְרָן וּמַצְמִיחָן פִּילֵי פִּי' אוֹתָן הָעוֹמְדִים בְּסִדְקֵי הָאָרֶץ:
Qu'est-ce que ourpila ? Ourou piléi. Explication : elle les éveille et les fait germer. Piléi : ceux qui se tiennent dans les crevasses de la terre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאוֹמֵר לוֹ אַבָּא הוֹלְכֵנִי לַמֶּרְחָץ. נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּתָפַס הַמָּשָׁל בִּשְׁלֹשָׁה הֲנָאוֹת: רְחִיצַת חַמִּין וּשְׁטִיפַת צוֹנֵן וַהֲנָאַת מַאֲכָל, הַייְנוּ כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה שְׁאֵלוֹת שֶׁשָּׁאַל דְּבַתְּחִלָּה שָׁאַל ' גְּשָׁמִים ' סְתָם וְהָיוּ יוֹרְדִין מְנַטְּפִין וְזֶה יִדְמֶה לִרְחִיצַת חַמִּין שֶׁהֲנָאָתָן נִכְנֶסֶת וּפוֹעֶלֶת בְּתוֹךְ הַגּוּף וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא עֻורְפִּילָא אֲפִילּוּ לְפַרְצִידָא תּוּתֵי קָלָא מְהַנֵּי לֵיהּ. וּמַה שֶׁשָּׁאַל עוֹד בִּשְׁאֵלָתוֹ ' גִּשְׁמֵי בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת ' זֶה יְדַמֶּה לִשְׁטִיפָה בְּצוֹנֵן שֶׁהוּא הֲנָאָה מִבַּחוּץ דַּוְקָא וְאֵינוֹ נִכְנָס בְּלֵב הָאָרֶץ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל כָּל זְמַן שֶׁהַגְּשָׁמִים מְרֻובִּין מְטַשְׁטְשִׁין אֶת הָאָרֶץ וְאֵינָהּ עוֹשָׂה פֵּירוֹת, וּמַה שֶׁשָּׁאַל אַחַר כָּךְ וְיָרְדוּ כְּתִקְנָם ' גִּשְׁמֵי רָצוֹן בְּרָכָה וּנְדָבָה ' יִדְמֶה לַאֲכִילַת אֱגוֹזִים וּשְׁקֵדִים וְכוּ', שֶׁהִיא הֲנָאָה חוּשִׁית הַנִּיכֶּרֶת בְּעַיִן כִּי עַל יְדֵי זֶה יָצְאוּ אַחַר כָּךְ לַשָּׂדֶה וְהֵבִיאוּ לָהֶם כְּמֵהִין וּפִטְרִיּוֹת.
« Et il me dit : papa, mène-moi au bain. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si la parabole retient trois jouissances — le bain chaud, l'aspersion d'eau froide et le plaisir de la nourriture —, c'est en regard des trois demandes qu'il avait formulées. Il a d'abord demandé « des pluies » sans préciser, et elles tombaient goutte à goutte : cela ressemble au bain chaud, dont la jouissance pénètre et agit à l'intérieur du corps ; ainsi nos maîtres ont-ils dit plus haut, au premier chapitre : le crachin profite même au grain qui est sous la motte. Ce qu'il a demandé ensuite, « des pluies pour les citernes, les fosses et les grottes », ressemble à l'aspersion d'eau froide, dont la jouissance reste extérieure et ne pénètre pas au cœur de la terre, comme ils ont dit plus haut : chaque fois que les pluies sont abondantes, elles détrempent la terre et elle ne produit pas de fruits. Et ce qu'il a demandé après cela, qu'elles tombent selon leur ordre — « pluies de faveur, de bénédiction et de largesse » —, ressemble au plaisir des noix et des amandes, jouissance sensible que l'œil perçoit, car c'est par elles qu'ils sortirent ensuite au champ et rapportèrent des truffes et des champignons.
💡 Explication

La guemara achève ici une série de sentences de Rava sur les différentes sortes de pluie. L'ourpila est le crachin, la pluie très fine : elle ne ruisselle pas, elle s'infiltre, et elle atteint donc jusqu'au grain enfoui sous une motte de terre que l'averse n'aurait pas touché.

Le mot lui-même est lu comme une contraction : ourou piléi, « éveillez-vous, crevasses ». Rachi donne deux directions : ou bien le crachin colmate les fentes du sol, ou bien il réveille les grains tombés au fond de ces fentes.

De là vient l'image appliquée au tsourva mé-rabbanan, le jeune érudit encore invisible : comme le grain sous la motte, il lui suffit de commencer à percer pour ne plus s'arrêter.

🖼️ Schéma
Pourquoi le crachin atteint ce que l'averse manque Pluie forte motte grain L'eau ruisselle en surface et détrempe. Le grain sous la motte reste à l'abri, donc privé d'eau. Ourpila : le crachin L'eau s'infiltre par les crevasses et atteint le grain enfoui. Dès qu'il germe, il ne s'arrête plus.
L'image de Rava : la pluie qui compte est celle qui s'infiltre, non celle qui frappe.
2
וְאָמַר רָבָא: הַאי צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דְּרָתַח — אוֹרָיְיתָא הוּא דְקָא מַרְתְּחָא לֵיהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲלוֹא כֹה דְבָרִי כָּאֵשׁ נְאֻם ה׳״, וְאָמַר רַב אַשִּׁי: כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁאֵינוֹ קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל — אֵינוֹ תַּלְמִיד חָכָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּכְפַטִּישׁ יְפֹצֵץ סָלַע״.

Et Rava a dit : ce jeune érudit qui s'emporte, c'est la Tora qui l'échauffe, ainsi qu'il est dit : « Ma parole n'est-elle pas comme le feu, dit ה' » (Yirmeya 23, 29). Et Rav Achi a dit : tout talmid ''hakham qui n'est pas dur comme le fer n'est pas un talmid ''hakham, ainsi qu'il est dit : « et comme un marteau qui fait éclater le roc ».

📜 Rachi (3)
אוֹרָייְתָא מַרְתְּחָא לֵיהּ שֶׁיֵּשׁ לוֹ רֹוחַב לֵב מִתּוֹךְ תּוֹרָתוֹ וּמֵשִׂים לְלִבּוֹ יוֹתֵר מִשְּׁאָר בְּנֵי אָדָם וקמ"ל דְּחַיָּיבִין לְדוּנוֹ לְכַף זְכוּת:
C'est la Tora qui l'échauffe : il a de l'ampleur de cœur du fait de sa Tora et il prend les choses à cœur plus que les autres hommes. La guemara nous apprend qu'on est tenu de le juger favorablement.
כָּאֵשׁ שֶׁמְּחַמֵּם כָּל גּוּפוֹ:
Comme le feu : qui échauffe tout son corps.
בַּרְזֶל קַפְּדָנִים וְקָשִׁים כְּבַרְזֶל:
Le fer : exigeants et durs comme le fer.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הַאי צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דְּרָתַח, אוֹרָיְתָא הוּא דְקָא מַרְתְּחָא לֵיהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן דְּקָאֵי עַל תַּלְמִיד חָכָם רַךְ בַּשָּׁנִים, לֵימָא הַאי תַּלְמִיד חָכָם דְּרָתַח בִּסְתָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַכַּעַס מְקַצֵּר יָמָיו שֶׁל אָדָם, דִּכְתִיב (אִיּוֹב יד, א) 'קְצַר יָמִים וְשֶׁבַע רַגָּז' וְזֶהוּ שֶׁאָמַר לָא מִבָּעֲיָא תַּלְמִיד חָכָם גָּדוֹל בְּשָׁנִים דְּרָתַח דְּוַדַּאי צָרִיךְ לוֹמַר אֵין כַּעֲסוֹ טִבְעִי מִן הַיֵּצֶר הָרַע דְּהָא קָא חָזֵינַן דְּהוּא גָּדוֹל בִּשְׁנַיִם וְהַכַּעַס מְקַצֵּר וּבְוַדַּאי דְּזֶה הַכַּעַס בָּא מִן הַתּוֹרָה דְּמַרְתְּחָא לֵיהּ וְלָכֵן לֹא עָשָׂה בּוֹ נֶזֶק, אֶלָּא אֲפִילּוּ תַּלְמִיד חָכָם רַךְ בַּשָּׁנִים דְּתוּכַל לִתְלוֹת כַּעֲסוֹ טִבְעִי מִצַּד הַיֵּצֶר גַּם כֵּן לָא תֵּימָא הָכִי אֶלָּא אוֹרָיְיתָא מַרְתְּחָא לֵיהּ.
« Ce jeune érudit qui s'emporte, c'est la Tora qui l'échauffe. » On peut objecter : pourquoi retenir tsourva mé-rabbanan, qui désigne un talmid ''hakham jeune en années ? Qu'il dise simplement : ce talmid ''hakham qui s'emporte ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit que la colère abrège les jours de l'homme, comme il est écrit (Iyov 14, 1) « court en jours et rassasié d'agitation ». Voici donc ce qu'il dit : point n'est besoin de parler d'un talmid ''hakham avancé en âge qui s'emporte, car de celui-là il faut dire assurément que sa colère est étrangère au yetser hara', puisque nous le voyons avancé en âge alors que la colère abrège les jours ; sa colère vient donc de la Tora qui l'échauffe, et c'est pourquoi elle ne lui a fait aucun tort. Mais même pour un talmid ''hakham jeune en années, dont tu pourrais attribuer la colère à sa nature, du côté du yetser, même de lui il faut dire : c'est la Tora qui l'échauffe.
כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁאֵינוֹ קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל, אֵינוֹ תַּלְמִיד חָכָם. הִקְשָׁה גְּבוּרַת אֲרִי זַ"ל, דְּבִפְסָחִים (פְּסָחִים סו:) מְפֹורָשׁ כָּל אָדָם שֶׁכּוֹעֵס, אִם תַּלְמִיד חָכָם הוּא חָכְמָתוֹ מִסְתַּלֶּקֶת עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַה שֶׁאָמַר קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל אֵינוֹ לְעִנְיַן כַּעַס אֶלָּא עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמְרוּ בְּיוֹמָא (יוֹמָא כג.) 'כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁאֵינוֹ נוֹקֵם וְנוֹטֵר כְּנָחָשׁ אֵינוֹ תַּלְמִיד חָכָם' דְּרָאוּי לְהַקְפִּיד עַל בִּזְיוֹנוֹ אַךְ לֹא יִכְעֹוס! וּמַה שֶׁאָמַר רַשִׁ"י זַ"ל כָּאן 'קַפְּדָנִים וְקָשִׁים כְּבַרְזֶל' אֵין הַכַּוָּנָה קַפְדָנוּת שֶׁל כַּעַס אֶלָּא הַכַּוָּנָה שֶׁיַּקְפִּיד עַל בִּזְיוֹנוֹ וְלֹא יְוַותֵּר לְהַמְבַזִּים, אֲבָל וַדַּאי צָרִיךְ שֶׁלֹּא יִהְיֶה בָּזֶה תַּעֲרֹובֶת כַּעַס דִּכְתִיב (קֹהֶלֶת יא, י) 'וְהָסֵר כַּעַס מִלִּבְּךָ'. וְהִנֵּה בַּגְּמָרָא דִּמְנָחוֹת (מְנָחוֹת צה:) אָמַר רָבָא הֻוקְשָׁה אָדָם קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל וּמַנּוּ רַב שֵׁשֶׁת, פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'חָכָם וּמְחֻודָּד לְחַתֵּךְ הֲלָכָה כְּבַרְזֶל' יְעֻויַּן שָׁם, וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא פֵּירֵשׁ כָּאן כִּדְהָתָם? וְנִרְאֶה מִשּׁוּם דְּכָאן קָאָמַר רָבִינָא 'אֲפִלּוּ הָכִי מִבְּעֵי לֵיהּ לְאִינִישׁ לְמֵילַף נַפְשֵׁיהּ בְּנִיחוּתָא' וּדְבָרִים אֵלּוּ לֹא יָבוֹאוּ נָכוֹן לְאוֹתוֹ הַפֵּירוּשׁ שֶׁל הַחִידּוּד. מִיהוּ נִרְאֶה לִי דְּשַׁפִּיר יָבֹא נָכוֹן, רוֹצֶה לוֹמַר הַחִידּוּד שֶׁהוּא קֻושְׁיוֹת וַהֲווָיוֹת לֹא יֹאמַר אוֹתָם בְּדֶרֶךְ כַּעַס כְּדֶרֶךְ הַלּוֹחֲמִים זֶה בָּזֶה בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל הַתּוֹרָה אֶלָּא יֹאמְרֵם בְּנִיחוּתָא! וּכְמוֹ שֶׁהִזְהִיר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י לְרַבֵּינוּ מהרח"ו עַל לִימּוּד שֶׁהָיָה לוֹמֵד עִם בֶּן אָחִיו, כַּנִּזְכָּר בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ. וּבְעִיקַּר הַמַּאֲמָר כָּאן נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁנֶּאֱמַר בְּמִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי כז, יז) 'בַּרְזֶל בְּבַרְזֶל יָחַד וְאִישׁ יַחַד פְּנֵי רֵעֵהוּ' וּמְפָרֵשׁ בְּרַשִׁ"י וּמְצוּדוֹת כְּמוֹ הַלּוֹטֵשׁ בַּרְזֶל הַסַּכִּין בְּאַחֶרֶת נַעֲשֵׂית חַדָּה וּשְׁנוּנָה כֵּן יְחַדֵּד אִישׁ פְּנֵי רֵעֵהוּ, רוֹצֶה לוֹמַר תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁיּוֹשְׁבִים יַחַד וְעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה מְחַדְּדִים זֶה אֶת זֶה יְעֻויַּן שָׁם, וְכֵן הַכַּוָּנָה. וְעַל פִּי זֶה פֵּירֵשׁ בְּנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב הי"ו, סְמִיכוּת מַאֲמָר זֶה דְּקָשֶׁה כְּבַרְזֶל לְמַאֲמַר הַאי צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דְּרָתַח אוֹרָייְתָא מַרְתְּחָא לֵיהּ, וְהוּא כִּי מַאֲמָר קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל מוֹדִיעֵנוּ שֶׁטּוֹב לִלְמֹוד זֶה בָּזֶה כְּדֵי שֶׁיִּתְחַדְּדוּ זֶה בָּזֶה, אַךְ אֶפְשָׁר יֹאמַר אָדָם דְּנָפֵיק מִזֶּה נֶזֶק שֶׁבָּאִים לִידֵי כַּעַס בְּתוֹךְ לִימּוּדָם זֶה בָּזֶה, לְכָךְ הֵבִיא מַאֲמַר אוֹרָייְתָא מַרְתְּחָא לֵיהּ, לוֹמַר דְּאֵין חֲשַׁשׁ כַּעַס, דְּאוֹרָייְתָא מַרְתְּחָא לֵיהּ וְאֵין זֶה כַּעַס מַמָּשׁ, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בֵּיאוּר מַאֲמָר קָשֶׁה כַּבַּרְזֶל, דְּהַבַּרְזֶל טִבְעוֹ אַחַר חִמּוּם הָאֵשׁ שֶׁיִּהְיֶה גַּחֶלֶת יְנִיחוּהוּ בְּמַיִם קָרִים תֵּכֶף וְאָז יִתְקַשֶּׁה וְיִתְחַזֵּק יוֹתֵר וְכֵן הַתַּלְמִיד חָכָם אַחַר שֶׁיִּתְחַמֵּם בְּאֵשׁ הַתּוֹרָה בְּעֵת לִימּוּדוֹ דְּאוֹרָייְתָא מַרְתְּחָא לֵיהּ תֶּכֶף וּמִיָּד יַחְזֹור לִבּוֹ לְהִתְקָרֵר בִּסְבָרָה אַחֶרֶת שֶׁתִּתְחַדֵּשׁ לוֹ הֵן מֵעַצְמוֹ הֵן מֵחֲבֵירוֹ כְּאִלּוּ הֻוטַּל בְּמַיִם קָרִים וּבָזֶה יִתְחַזֵּק בְּדִבְרֵי תּוֹרָה יוֹתֵר. וְנִרְאֶה לִי לְכָךְ הַתּוֹרָה נִמְשְׁלָה לְאֵשׁ וְנִמְשְׁלָה לְמַיִם וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים סו, יב) 'בָּאנוּ בָאֵשׁ וּבַמַּיִם וַתּוֹצִיאֵנוּ לְרַוְיֵהּ' שֶׁבָּזֶה נִתְרוֹינוּ מִדִּבְרֵי תּוֹרָה.
« Tout talmid ''hakham qui n'est pas dur comme le fer n'est pas un talmid ''hakham. » Le Guevourat Ari a objecté : dans Pessa'him (66b) il est dit explicitement que tout homme qui se met en colère, s'il est talmid ''hakham sa sagesse le quitte — voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « dur comme le fer » porte sur autre chose que la colère, et va dans le sens de ce qu'ils ont dit à Yoma (23a) : « tout talmid ''hakham qui n'est pas vengeur et rancunier comme un serpent n'est pas un talmid ''hakham » — il lui convient de tenir rigueur de l'affront qui lui est fait, tout en s'abstenant de la colère. Et ce que Rachi écrit ici, « exigeants et durs comme le fer », vise la fermeté de celui qui tient à son honneur et ne cède pas devant ceux qui le méprisent, sans aucun mélange de colère, comme il est écrit (Qohelet 11, 10) « écarte la colère de ton cœur ». Or dans la guemara de Mena'hot (95b), Rava dit : « il s'est heurté à un homme dur comme le fer — qui donc ? Rav Chechet », et Rachi explique « sage et aiguisé pour trancher la halakha comme le fer » — voir là-bas. On peut demander : pourquoi n'a-t-il pas expliqué ici comme la-bas ? Il semble que ce soit parce qu'ici Ravina dit « malgré cela, l'homme doit s'entraîner à la douceur », ce qui s'accorderait mal avec l'explication par l'acuité. Pourtant il me semble que cela s'accorde bien : il veut dire que l'acuité, faite de questions et de discussions, doit s'énoncer avec douceur et non sur le mode de la colère, à la manière de ceux qui s'affrontent dans la guerre de la Tora — comme le Ari a averti notre maître le Ra'h Vital au sujet de l'étude qu'il avait avec le fils de son frère, ainsi qu'il est rapporté au Chaar Roua'h haQodech. Quant au fond de la maxime, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle repose sur ce qui est dit dans Michlei (27, 17) : « le fer aiguise le fer, et l'homme aiguise le visage de son compagnon ». Rachi et le Metsoudot expliquent : comme celui qui affile le fer d'un couteau avec un autre fer le rend tranchant et aiguisé, ainsi l'homme aiguise le visage de son compagnon, c'est-à-dire que les talmidei 'hakhamim qui siègent ensemble et s'occupent de Tora s'aiguisent l'un l'autre — voir là-bas ; telle est l'intention ici. Sur cette base, mon fils bien-aimé le Rav Yaakov, qu'il vive, a expliqué la succession de cette maxime, « dur comme le fer », avec la maxime « ce jeune érudit qui s'emporte, c'est la Tora qui l'échauffe » : la maxime « dur comme le fer » nous apprend qu'il est bon d'étudier l'un avec l'autre afin de s'aiguiser mutuellement ; mais on pourrait craindre qu'il en sorte un dommage, car ils en viendraient à la colère au cours de leur étude commune. C'est pourquoi il a rapporté la maxime « c'est la Tora qui l'échauffe », pour dire qu'il n'y a pas à craindre la colère, car c'est la Tora qui l'échauffe et il s'agit d'autre chose qu'une colère véritable. Fin de ses paroles. Il me semble encore expliquer ainsi « dur comme le fer » : la nature du fer, après l'échauffement du feu qui le rend braise, est que si on le plonge aussitôt dans l'eau froide il durcit et se renforce davantage. Ainsi le talmid ''hakham : après s'être échauffé au feu de la Tora pendant son étude, puisque c'est la Tora qui l'échauffe, son cœur revient aussitôt au calme par un autre raisonnement qui lui vient, de lui-même ou de son compagnon, comme s'il avait été jeté dans l'eau froide, et par là il se renforce davantage dans les paroles de Tora. Il me semble que c'est pourquoi la Tora est comparée au feu et comparée à l'eau, et c'est ce qui est dit (Tehilim 66, 12) « nous sommes venus dans le feu et dans l'eau, et Tu nous as fait sortir vers l'abondance » — car par là nous nous sommes abreuvés de paroles de Tora.
💡 Explication

Le même verset de Yirmeya 23, 29 fournit les deux enseignements : « Ma parole n'est-elle pas comme le feu » et « comme un marteau qui fait éclater le roc ». Le feu explique l'échauffement du tsourva mé-rabbanan ; le marteau explique sa dureté.

Rachi tire de là une conséquence pratique : puisque la cause probable de son emportement est son étude, on est tenu de le juger favorablement (le-khaf zekhout). L'enseignement s'adresse donc à l'entourage autant qu'à l'érudit.

3
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא לְרַב אָשֵׁי: אַתּוּן, מֵהָתָם מַתְנִיתוּ לָהּ. אֲנַן, מֵהָכָא מַתְנִינַן לָהּ, דִּכְתִיב: ״אֶרֶץ אֲשֶׁר אֲבָנֶיהָ בַרְזֶל״, אַל תִּקְרֵי ״אֲבָנֶיהָ״, אֶלָּא בּוֹנֶיהָ. אָמַר רָבִינָא: אֲפִילּוּ הָכֵי, מִיבְּעֵי לֵיהּ לְאִינִישׁ לְמֵילַף נַפְשֵׁיהּ בְּנִיחוּתָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָסֵר כַּעַס מִלִּבֶּךָ וְגוֹ׳״.

Rabbi Abba dit à Rav Achi : vous, c'est de là-bas que vous l'enseignez ; nous, c'est d'ici que nous l'enseignons, car il est écrit : « une terre dont les pierres (avanéha) sont du fer » (Devarim 8, 9) — ne lis pas « ses pierres » (avanéha) mais « ses bâtisseurs » (bonéha). Ravina a dit : malgré cela, l'homme doit s'entraîner lui-même à la douceur, ainsi qu'il est dit : « écarte la colère de ton cœur, etc. »

📜 Rachi (1)
בּוֹנֶיהָ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים מְקַייְּמֵי עוֹלָם בְּבִנְיָנַיְהוּ:
Ses bâtisseurs : les talmidei 'hakhamim, qui maintiennent le monde par ce qu'ils bâtissent.
🪔 Ben Yehoyada (2)
(דְּבָרִים ח, ט) "אֶרֶץ אֲשֶׁר אֲבָנֶיהָ בַרְזֶל", אַל תִּקְרֵי 'אֲבָנֶיהָ', אֶלָּא 'בּוֹנֶיהָ'. הִנֵּה הַכְּלָל שֶׁל 'אַל תִּקְרֵי' יָדוּעַ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שַׁבָּת קיט:) 'לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם אֶלָּא עַל שֶׁבִּיזּוּ בָּהּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים' אִם כֵּן בִּזְיוֹן תַּלְמִידֵי חֲכָמִים גּוֹרֵם חֻרְבַּן הָעִיר וְאִם הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁהֵם בּוֹנֶיהָ קָשִׁים כְּבַרְזֶל שֶׁהֵם תַּקִּיפִים, דְּאָז הֶהָמוֹן הֵם יְרֵאִים מֵהֶם וְאֵין בּוֹזִים אוֹתָם, אָז תִּתְקַיֵּים הָעִיר וְלֹא תֶּחֱרַב, כְּאִלּוּ אֲבָנֶיהָ הֵם בַּרְזֶל שֶׁאֵינוֹ נֶחֱרָב, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר אַל תִּקְרֵי 'אֲבָנֶיהָ בַּרְזֶל' שֶׁתִּתְקַיֵּים כְּבַרְזֶל אֶלָּא אִם כֵּן תִּקְרָא 'בּוֹנֶיהָ' שֶׁהֵם הַחֲכָמִים בַּרְזֶל, כְּלוֹמַר תַּקִּיפִים דְּאָז אֵין בּוֹזִים אוֹתָם.
« Une terre dont les pierres sont du fer » — ne lis pas « ses pierres » mais « ses bâtisseurs ». La règle du al tiqri est connue. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit (Chabbat 119b) : « Yerouchalayim n'a été détruite que parce qu'on y a méprisé les talmidei 'hakhamim ». Le mépris des talmidei 'hakhamim entraîne donc la ruine de la ville ; et si les talmidei 'hakhamim, qui en sont les bâtisseurs, sont durs comme le fer, c'est-à-dire fermes, alors la foule les craint et ne les méprise pas, et la ville subsiste sans être détruite, comme si ses pierres étaient de fer, qui ne se ruine pas. C'est ce qu'il dit : ne lis pas « ses pierres sont de fer », au sens où la ville subsisterait comme le fer, à moins que tu ne lises « ses bâtisseurs », à savoir les sages, sont de fer, c'est-à-dire fermes, car alors on ne les méprise pas.
אָמַר רָבִינָא: אֲפִלּוּ הָכֵי, מִבְּעֵי לֵיהּ לְאִינִישׁ לְמֵילַף נַפְשֵׁיהּ בְּנִיחוּתָא, שֶׁנֶּאֱמַר: (קֹהֶלֶת יא, י) "וְהָסֵר כַּעַס מִלִּבֶּךָ וְהַעֲבֵר רָעָה מִבְּשָׂרֶךָ". נִרְאֶה לִי בס"ד אִם תָּסִיר מִסֵּפֶר רָעָה [275] מִן בָּשָׂר [502] יִשָּׁאֵר רכ"ז כְּמִנְיַן בְּרָכָה [227] , וּמִנַּיִן זָכַר [227] שֶׁהוּא כֹּחַ הַזְּכִירָה דְּהַכָּעַס גּוֹרֵם שִׁכְחָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר וְהָסֵר כַּעַס מִלִּבְּךָ, אָז עַל יְדֵי כָּךְ וְהַעֲבֵר רָעָה שֶׁהִיא הַשִּׁכְחָה מְבַשֶּׂרְךָ, כְּלוֹמַר שֶׁיִּהְיֶה לְךָ כֹּחַ הַזְּכִירָה הָרָמוּז כָּאן כְּשֶׁתָּסִיר מִסֵּפֶר רָעָה מִן מִסְפַּר בָּשָׂר שֶׁיִּשָּׁאֵר זָכָר.
Ravina a dit : malgré cela, l'homme doit s'entraîner à la douceur, ainsi qu'il est dit (Qohelet 11, 10) « écarte la colère de ton cœur et fais passer le mal de ta chair ». Il me semble, avec l'aide du Ciel : si tu retranches le nombre de ra'a [275] de celui de bassar [502], il reste 227, qui est le nombre de berakha [227] et le nombre de zakhar [227], lequel désigne la faculté de mémoire, car la colère cause l'oubli comme ils l'ont dit dans la guemara. C'est ce qu'il dit : « écarte la colère de ton cœur », et par là « fais passer le mal », à savoir l'oubli, « de ta chair », c'est-à-dire que tu auras la faculté de mémoire à laquelle il est fait allusion ici, lorsque tu retranches le nombre de ra'a du nombre de bassar et qu'il reste zakhar.
💡 Explication

Rabbi Abba oppose deux écoles qui enseignent la même chose à partir de versets différents : Rav Achi la tire de Yirmeya (le marteau), lui la tire de Devarim 8, 9 par le procédé du al tiqri — lire les mêmes consonnes autrement : avanéha (ses pierres) devient bonéha (ses bâtisseurs).

Ravina clôt la série en la tempérant : la fermeté vaut pour la position du sage, la douceur pour sa conduite personnelle. Le verset de Qohelet 11, 10 sert de règle de comportement.

🖼️ Schéma
Deux sources pour un même enseignement, et la réserve de Ravina École de Rav Achi Yirmeya 23, 29 : comme un marteau qui fait éclater le roc. Le sage doit être dur comme le fer. École de Rabbi Abba Devarim 8, 9 : une terre dont les pierres sont du fer. Al tiqri : avanéha devient bonéha. Ravina : la réserve La fermeté tient à la position du sage. Dans sa conduite, il doit s'entraîner à la douceur : écarte la colère de ton cœur.
Deux versets, un seul enseignement, puis la limite posée par Ravina.
4
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: שְׁלֹשָׁה שָׁאֲלוּ שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן, לִשְׁנַיִם הֱשִׁיבוּהוּ כַּהֹוגֶן, לְאֶחָד הֱשִׁיבוּהוּ שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן. וְאֵלּוּ הֵן: אֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם, וְשָׁאוּל בֶּן קִישׁ, וְיִפְתָּח הַגִּלְעָדִי.

Rabbi Chmouel bar Na'hmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : trois hommes ont demandé de façon inconvenante ; à deux d'entre eux on a répondu convenablement, au troisième on a répondu de façon inconvenante. Les voici : Eliezer serviteur d'Avraham, Chaoul fils de Qich, et Yiftah le Guiladite.

📜 Rachi (1)
שְׁלֹשָׁה שָׁאֲלוּ כּוּ' מִשּׁוּם דְּרַבִּי בֶּרֶכְיָה מַייְרֵי בִּגְשָׁמִים לְקַמָּן נְקַט לָהּ:
Trois hommes ont demandé, etc. : puisque Rabbi Berekhya, plus loin, traite des pluies, la guemara rapporte ici ce passage.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁלֹשָׁה שָׁאֲלוּ שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן אֱלִיעֶזֶר שָׁאוּל וְיִפְתָּח וא"ת אַמַּאי לָא חֲשִׁיב כָּלֵב בֶּן יְפֻונֶּה שֶׁאָמַר אֲשֶׁר יַכֶּה אֶת קִרְיַת סֵפֶר וּלְכָדָהּ וְנָתַתִּי לוֹ אֶת עַכְסָה בִתִּי לְאִשָּׁה אַמַּאי לָא פָּרֵיךְ כְּמוֹ הָכָא יָכוֹל מַמְזֵר אוֹ עֶבֶד וְי"ל דְּהָא דְקָאָמַר כָּלֵב שֶׁיִּתֵּן לוֹ הקב"ה כָּל מִי שֶׁיָּכוֹל לַחֲזֹור אוֹתָן הֲלָכוֹת שֶׁשָּׁכְחוּ בִּימֵי אֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה אֶתֵּן לוֹ עַכְסָה בִּתִּי וי"מ דִּלְכָךְ נִקְרֵאת עַכְסָה שֶׁכָּל הָרוֹאֶה אוֹתָהּ כּוֹעֵס עַל אִשְׁתּוֹ וְזֶהוּ וַדַּאי מִשּׁוּם צְנִיעוּת יַתִּירָא דְּקָא חָזוּ בָּהּ וְהָיָה סוֹמֵךְ דִּזְכוּתָהּ וּזְכוּת דִּידֵיהּ מִסְתַּייֵּעַ דְּלָא מִזְדַּווְּגִין לָהּ אֶלָּא כְּפִי מַעֲשֶׂיהָ כִּדְאִיתָא בְּסוֹטָה (דַּף ב.) דְּאֵין מְזַוְּוגִין וְכוּ':
Trois hommes ont demandé de façon inconvenante : Eliezer, Chaoul et Yiftah. Et si tu demandes : pourquoi ne compte-t-on pas Kalev fils de Yefouné, qui a dit « celui qui frappera Qiryat Sefer et la prendra, je lui donnerai 'Akhsa ma fille pour femme » ? Pourquoi n'objecte-t-on pas comme ici : il aurait pu être un mamzer ou un esclave ? On peut répondre : ce que Kalev a dit, c'est que le Saint béni soit-Il lui accorde que quiconque saurait redire les halakhot oubliées pendant les jours de deuil de Moche, à celui-là il donnerait 'Akhsa sa fille. D'autres expliquent qu'elle fut appelée 'Akhsa parce que quiconque la voyait s'irritait (ko'ess) contre sa propre femme, ce qui tenait assurément à l'extrême pudeur qu'on voyait en elle ; et il comptait que son mérite à elle et son mérite à lui les assisteraient, car on ne l'unirait qu'à un homme conforme à ses actes, comme il est dit dans Sota (2a) : on n'unit [un homme à une femme] qu'etc.
💡 Explication

Le défaut commun aux trois n'est pas d'avoir demandé une chose mauvaise, mais d'avoir formulé une demande ouverte : leur engagement portait sur une personne ou une chose encore indéterminée, si bien qu'il pouvait tomber sur n'importe qui.

Rachi explique pourquoi ce passage aggadique arrive ici : il prépare la sentence de Rabbi Berekhya, plus bas, qui applique le même schéma à la Communauté d'Israël et à la pluie. La guemara revient ainsi à son sujet.

5
אֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם — דִּכְתִיב: ״וְהָיָה הַנַּעֲרָה אֲשֶׁר אֹמַר אֵלֶיהָ הַטִּי נָא כַדֵּךְ וְגוֹ׳״, יָכוֹל אֲפִילּוּ חִיגֶּרֶת, אֲפִילּוּ סוּמָא. הֱשִׁיבוֹ כַּהֹוגֶן, וְנִזְדַּמְּנָה לוֹ רִבְקָה.

Eliezer serviteur d'Avraham, car il est écrit : « et la jeune fille à laquelle je dirai : incline donc ta cruche, etc. » (Berechit 24, 14) — elle aurait pu être boiteuse, elle aurait pu être aveugle. On lui a répondu convenablement, et Rivqa s'est présentée à lui.

📜 Rachi (3)
וּבְנוֹת אַנְשֵׁי הָעִיר יֹוצְאֹות וְהָיָה הַנַּעֲרָה מַשְׁמַע הַנַּעֲרָה הַיּוֹצְאָהּ תְּחִילָּה מִן הָעִיר וְיֹאמַר לָהּ הַשְׁקֵינִי לָהּ הָיָה מְנַחֵשׁ:
« Et les filles des gens de la ville sortent... et il adviendra que la jeune fille » : il ressort de là qu'il s'agissait de la jeune fille qui sortirait la première de la ville et à laquelle il dirait « fais-moi boire » — il s'en remettait à un présage.
אַפֵּי' חִיגֶּרֶת אַפֵּי' סוּמָא לְפִי שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ בִּשְׁאֵילָתוֹ וְאֶפְשָׁר שֶׁתִּהְיֶה בַּעֲלַת מוּם וְלֹא יָבִין בָּהּ אֱלִיעֶזֶר וְיִקָּחֶנָּה:
Même boiteuse, même aveugle : puisqu'il n'a rien précisé dans sa demande, il se pouvait qu'elle fut atteinte d'un défaut sans qu'Eliezer s'en aperçoive, et qu'il la prenne.
(אֶלָּא) הֱשִׁיבוּהוּ כַּהֹוגֶן וְזִימְּנוּ לוֹ רִבְקָה:
On lui a répondu convenablement : et l'on a fait venir à lui Rivqa.
🗂️ Tossefot (1)
יָכוֹל אַפֵּי' חִיגֶּרֶת אוֹ סוּמָא תֵּימַהּ אַמַּאי לָא נְקַט הָכָא גַּבֵּי אֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם כְּמוֹ דְּקָאָמַר גַּבֵּי שָׁאוּל בְּסָמוּךְ יָכוֹל אַפֵּי' מַמְזֶרֶת אוֹ שִׁפְחָה וְכוּ' וְאָמַר רַשִׁ"י מִשּׁוּם דְּגַבֵּי אֱלִיעֶזֶר לֹא שַׁיָּיךְ עֲדַייִן מַמְזֶרֶת דְּהָא לֹא נָתְנָה תּוֹרָה אִי נָמֵי דְּגַבֵּי אִשָּׁה לֹא דִּייֵּק עָלְמָא אֶלָּא לְיוֹפִי וא"ת הֵיכִי קָאָמַר דְּשָׁאַל אֱלִיעֶזֶר שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן וְהָא לֹא אָמַר אֶלָּא אֲשֶׁר אֹומַר אֵלֶיהָ הַטִּי נָא כַדֵּךְ וְאִם יִרְאֶה שֶׁתְּהֵא חִיגֶּרֶת אוֹ סוּמָא לֹא יֹאמַר לָהּ וְי"ל דְּה"פ יָכוֹל אֲפִילּוּ חִיגֶּרֶת וַאֲפִילּוּ סוּמָא יָכוֹל אַפֵּי' חִיגֶּרֶת שֶׁיִּהְיֶה לָהּ אֲפִילּוּ רֶגֶל שֶׁל עֵץ וְהוּא לֹא יְהֵא רוֹאֶה אוֹ סוּמָא כְּגוֹן שֶׁיֵּשׁ לָהּ עֵינַיִם יָפִים וְאֵינָהּ רוֹאָה כְּלָל:
« Elle aurait pu être boiteuse ou aveugle » : c'est étonnant. Pourquoi ne dit-on pas ici, à propos d'Eliezer serviteur d'Avraham, comme on dit plus loin à propos de Chaoul, « elle aurait pu être mamzeret ou servante », etc. ? Rachi a dit : parce que chez Eliezer la question de la mamzeret ne se pose pas encore, la Tora n'ayant pas été donnée ; ou bien parce que, s'agissant d'une femme, on ne regarde qu'à la beauté. Et si tu demandes : comment dire qu'Eliezer a demandé de façon inconvenante ? Il n'a dit que « celle à laquelle je dirai : incline donc ta cruche », et s'il avait vu qu'elle était boiteuse ou aveugle il ne le lui aurait pas dit ! On peut répondre que le sens est : elle aurait pu être boiteuse et elle aurait pu être aveugle — boiteuse, par exemple avec une jambe de bois, sans qu'il le voie ; ou aveugle, par exemple ayant de beaux yeux mais ne voyant pas du tout.
💡 Explication

Eliezer avait fixé un signe : celle qui lui donnerait à boire et abreuverait les chameaux serait la femme destinée à Yits'haq. Rachi note que ce procédé relève du na'hach, la conduite réglée sur un présage.

La critique porte sur l'absence de condition : sa formule l'engageait avant toute vérification. Tossefot affine l'objection, puisqu'un défaut visible l'aurait arrêté ; d'où la réponse portant sur les défauts invisibles, la jambe de bois cachée ou l'œil intact mais aveugle.

6
שָׁאוּל בֶּן קִישׁ — דִּכְתִיב: ״וְהָיָה הָאִישׁ אֲשֶׁר יַכֶּנּוּ יַעְשְׁרֶנּוּ הַמֶּלֶךְ עֹשֶׁר גָּדוֹל וְאֶת בִּתּוֹ יִתֶּן לוֹ״, יָכוֹל אֲפִילּוּ עֶבֶד, אֲפִילּוּ מַמְזֵר. הֱשִׁיבוֹ כַּהֹוגֶן, וְנִזְדַּמֵּן לוֹ דָּוִד.

Chaoul fils de Qich, car il est écrit : « et l'homme qui le frappera, le roi l'enrichira de grandes richesses et lui donnera sa fille » (Chmouel I 17, 25) — ce pouvait être même un esclave, même un mamzer. On lui a répondu convenablement, et David s'est présenté à lui.

💡 Explication

Chaoul promet sa fille à qui abattra Golyat, sans rien exiger de l'origine du vainqueur. Or un mamzer ou un esclave cananéen ne peuvent épouser une fille d'Israël : la promesse royale pouvait donc devenir impossible à tenir.

Ici encore la réponse fut favorable, et c'est David qui se présenta.

7
יִפְתָּח הַגִּלְעָדִי — דִּכְתִיב: ״וְהָיָה הַיּוֹצֵא אֲשֶׁר יֵצֵא מִדַּלְתֵי בֵיתִי וְגוֹ׳״, יָכוֹל אֲפִילּוּ דָּבָר טָמֵא. הֱשִׁיבוֹ שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן, נִזְדַּמְּנָה לוֹ בִּתּוֹ.

Yiftah le Guiladite, car il est écrit : « et il adviendra que ce qui sortira des portes de ma maison, etc. » (Choftim 11, 31) — ce pouvait être même une chose impure. On lui a répondu de façon inconvenante : sa fille s'est présentée à lui.

📜 Rachi (1)
דָּבָר טָמֵא כֶּלֶב אוֹ חֲזִיר:
Une chose impure : un chien ou un porc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(שׁוֹפְטִים יא, לא) יָכוֹל אֲפִלּוּ דָּבָר טָמֵא? וֶהֱשִׁיבוּהוּ שֶׁלֹּא כַּהֹגֶן וְנִזְדַּמְּנָה לוֹ בִּתּוֹ. מַקְשִׁים אַמַּאי לֹא אָמַר 'יָכוֹל אֲפִלּוּ אָדָם' וּכְדַהֲוָה אַחַר כָּךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבָּא לְתָרֵץ בָּזֶה קֻושְׁיָא אַחֶרֶת דְּיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לִשְׁנַיִם הֵשִׁיבוּ כַּהֹוגֶן, וְלוֹ לֹא הֵשִׁיבוּ כַּהֹוגֶן? וְכִי מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר! וּבָזֶה נִתְרַצָּה קֻושְׁיָא כִּי הֵם לֹא נָגְעוּ בִּכְבוֹד שָׁמַיִם אֲבָל הוּא נָגַע בִּדְבָרָיו אֵלּוּ בִּכְבוֹד שָׁמַיִם דְּמַשְׁמַע מִדְּבָרָיו שֶׁיַּקְרִיב אֲפִילּוּ דָּבָר טָמֵא, אֲבָל אָדָם אֵינוֹ נִקְרָא דָּבָר טָמֵא! וּדְלֹא כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל דְּהָא מָצִינוּ שֶׁאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה חָשַׁב תְּחִלָּה שֶׁיַּעֲלֵהוּ לְיִצְחָק אָבִינוּ ע"ה עוֹלָה מַמָּשׁ, וְלָכֵן אָמַר 'יָכוֹל אֲפִלּוּ דָּבָר טָמֵא' שֶׁהֶרְאָה לָנוּ בָּזֶה גֵּרָעוֹן וְחֶסְרוֹן שֶׁיֵּשׁ בְּדִבְרֵי יִפְתַּח הַנּוֹגֵעַ לִכְבוֹד שָׁמַיִם, וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם לָמָּה לֹא הֱשִׁיבוֹ לוֹ כַּהֹוגֶן שֶׁנִּזְדַּמְּנָה לוֹ בִּתּוֹ.
« Ce pouvait être même une chose impure ? On lui a répondu de façon inconvenante, et sa fille s'est présentée à lui. » On objecte : pourquoi ne dit-il pas « ce pouvait être même un homme », comme il advint effectivement ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il vient résoudre par là une autre difficulté : pourquoi aux deux premiers a-t-on répondu convenablement, et à lui non ? Y aurait-il de la partialité en la matière ? La difficulté se résout ainsi : eux n'ont pas touché à l'honneur du Ciel, tandis que lui y a touché par ces paroles, puisqu'il en ressort qu'il offrirait même une chose impure. Or un homme n'est pas appelé « chose impure », contrairement à ce qu'a écrit le Maharcha, puisque nous trouvons qu'Avraham notre père, que la paix soit sur lui, a d'abord pensé offrir Yits'haq notre père en holocauste véritable. C'est pourquoi il dit « ce pouvait être même une chose impure » : il nous montre par là le défaut et le manque que comportent les paroles de Yiftah touchant l'honneur du Ciel, et l'on comprend alors pourquoi on ne lui a pas répondu convenablement et pourquoi sa fille s'est présentée à lui.
💡 Explication

La formule de Yiftah portait sur « ce qui sortira des portes de ma maison », donc éventuellement sur un animal impropre à l'autel. La guemara mesure la faute à cet endroit précis : s'engager à offrir ce qui ne peut pas être offert.

La réponse fut à la mesure de la demande. C'est le seul cas des trois où l'issue est catastrophique.

8
וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר לְהוּ נָבִיא לְיִשְׂרָאֵל: ״הַצֳרִי אֵין בְּגִלְעָד אִם רֹפֵא אֵין שָׁם״.

Et c'est ce que le prophète a dit à Israël : « n'y a-t-il pas de baume en Guilad, n'y a-t-il pas là de médecin ? » (Yirmeya 8, 22).

📜 Rachi (1)
וְהַייְנוּ דַּאֲמַר לְהוּ נָבִיא כו' מִדְּגַלִּי בֵּיהּ קְרָא וְאָמַר הַצֳּרִי אֵין בְּגִלְעָד [אַלְמָא דְּלָא הָוֵי נִיחָא קַמֵּי שְׁמַיָּא כִּדְאָמְרִינַן הַצֳּרִי אֵין בְּגִלְעָד] פִּנְחָס הָיָה שָׁם וְהָיָה יָכוֹל לְהַתִּיר נִדְרוֹ אֶלָּא שֶׁלֹּא רָצָה יִפְתָּח לֵילֵךְ אֶצְלוֹ וְהוּא לֹא רָצָה לָבוֹא אֵצֶל יִפְתָּח בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה:
Et c'est ce que le prophète leur a dit, etc. : du fait que le verset le dévoile en disant « n'y a-t-il pas de baume en Guilad » — il en ressort que la chose n'a pas été agréée devant le Ciel, comme nous le disons : « n'y a-t-il pas de baume en Guilad » — Pin'has se trouvait là et pouvait annuler son vœu, mais Yiftah refusa d'aller vers lui, et lui refusa de venir vers Yiftah ; ainsi dans Berechit Rabba.
🗂️ Tossefot (1)
וְהַיייְנוּ דְּקָאָמַר לְהוּ נָבִיא לְיִשְׂרָאֵל הַצֳרִי אֵין בְּגִלְעָד אִם רֹופֵא אֵין שָׁם כְּלוֹמַר לְהַתִּיר נִדְרוֹ לִיפְתַּח וְהָא הֲוָה פִּנְחָס וְאַמַּאי לֹא הָלַךְ יִפְתָּח אֶצְלוֹ לְהַתִּיר נִדְרוֹ אֶלָּא מִתּוֹךְ גַּסּוּת רוּחוֹ אָמַר לֹא אֵלֵךְ אֶצְלוֹ שֶׁאֲנִי שׁוֹפֵט וְנָגִיד אֶלָּא יָבֹא אֶצְלִי וּפִנְחָס אֲמַר לַיְּתֵי גַּבַּאי דַּאֲנָא נָבִיא וְעַל יָדִי תְּהֵא פְּטוּרָה שֶׁהָיִיתִי שׁוֹרֶה וּמַתִּיר הַנֶּדֶר וּפוֹטֵר אוֹתָהּ וּלְבַסּוֹף נֶעֶנְשׁוּ שְׁנֵיהֶם יִפְתָּח נֶעֱנַשׁ שֶׁנָּפְלוּ אֲבָרָיו קֹודֶם מִיתָה כְּדִכְתִיב וְיִקָּבֵר בְּעָרֵי גִּלְעָד וּפִנְחָס נֶעֱנַשׁ דִּכְתִיב לְפָנִים הָיָה ה' עִמּוֹ:
« Et c'est ce que le prophète a dit à Israël : n'y a-t-il pas de baume en Guilad, n'y a-t-il pas là de médecin ? » : c'est-à-dire pour annuler le vœu de Yiftah. Or Pin'has était là ! Pourquoi donc Yiftah n'est-il pas allé vers lui faire annuler son vœu ? Par orgueil il a dit : je n'irai pas vers lui, car je suis juge et chef ; qu'il vienne plutôt vers moi. Et Pin'has a dit : qu'il vienne vers moi, car je suis prophète, et par moi elle serait quitte, puisque j'aurais examiné, annulé le vœu et l'aurais libérée. À la fin, tous deux furent punis : Yiftah fut puni en ce que ses membres tombèrent avant sa mort, comme il est écrit « et il fut enseveli dans les villes de Guilad » ; et Pin'has fut puni, comme il est écrit « autrefois ה' était avec lui ».
💡 Explication

Le verset de Yirmeya est lu comme un reproche rétrospectif : il y avait un remède disponible en Guilad même, à savoir l'annulation du vœu (hatarat nedarim) par Pin'has.

Rachi et Tossefot expliquent l'échec par la question de préséance : chacun attendait que l'autre vienne à lui. Le drame tient à cet orgueil partagé, et tous deux en furent punis.

🖼️ Schéma
Le remède existait : pourquoi il n'a pas été pris Yiftah Je suis juge et chef d'Israël. Qu'il vienne, lui, vers moi. Puni : ses membres tombèrent. Pin'has Je suis prophète. Qu'il vienne, lui, vers moi. Puni : l'esprit le quitta. Le remède Annuler le vœu Le verset lu comme reproche N'y a-t-il pas de baume en Guilad, n'y a-t-il pas là de médecin ? Le baume était là ; aucun des deux n'a fait le pas.
Deux hommes, un remède entre eux, et personne qui se déplace.
9
וּכְתִיב: ״אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי וְלֹא דִבַּרְתִּי וְלֹא עָלְתָה עַל לִבִּי״,

Et il est écrit : « ce que Je n'ai pas ordonné, ce dont Je n'ai pas parlé, et ce qui n'est pas monté à Mon cœur » (Yirmeya 19, 5),

📜 Rachi (1)
וּכְתִיב אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי בְּיִרְמְיָה כְּתִיב בְּפָרָשַׁת בַּקְבּוּק וּבָנוּ אֶת בָּמוֹת (הַתֹּופֶת אֲשֶׁר בְּגֵיא בֶּן הִנֹּם) לִשְׂרֹוף אֶת (בְּנוֹתֵיהֶם וְאֶת) בְּנֵיהֶם בָּאֵשׁ אֲשֶׁר לֹא [צִוִּיתִי וְלֹא] דִבַּרְתִּי וְלֹא עָלְתָה עַל לִבִּי שֶׁלֹּא תֹּאמְרוּ הֲלֹא צִוָּה כְּמוֹ כֵן הקב"ה לִיפָּתַח וּמֵישַׁע וְאַבְרָהָם כִּי מֵעוֹלָם לֹא צִוִּיתִי לְמֵישַׁע לִשְׂרֹוף אֶת בְּנוֹ בָּאֵשׁ דִּכְתִיב וַיִּקַּח אֶת בְּנוֹ הַבְּכוֹר אֲשֶׁר יִמְלֹךְ תַּחְתָּיו וַיַּעֲלֵהוּ עֹולָה עַל הַחֹומָה וְלַשָּׁמַיִם נִתְכַּווֵּן כְּסָבוּר הָיָה לְרַצּוֹת להקב"ה וְהַאי דִּכְתִיב עַל שָׂרְפוֹ עַצְמוֹת מֶלֶךְ אֱדוֹם לַשִּׂיד מִילְּתָא אַחַרְיַנָא הוּא וְלֹא דִּבַּרְתִּי לִיפָּתַח מִיָּמִים יָמִימָה וַתְּהִי חֹק בְּיִשְׂרָאֵל וּבַתַּרְגּוּם מַזְכִּיר פִּנְחָס לִגְנַאי וְיִפְתָּח לִגְנַאי אַלְמָא לֹא הָיָה הקב"ה רוֹצֶה בְּבִתּוֹ שֶׁהֲרֵי מַזְכִּירָם לִגְנַאי לְפִי שֶׁלֹּא הָלְכוּ זֶה אֵצֶל זֶה לְבַטֵּל הַנֶּדֶר:
« Et il est écrit : ce que Je n'ai pas ordonné » : cela est écrit dans Yirmeya, dans la section de la cruche : « et ils ont bâti les hauts lieux [du Tofet qui est dans la vallée de Ben Hinom] pour brûler [leurs filles et] leurs fils au feu, ce que Je n'ai pas ordonné, ce dont Je n'ai pas parlé, et ce qui n'est pas monté à Mon cœur » — afin que vous ne disiez pas : le Saint béni soit-Il n'a-t-Il pas ordonné pareillement à Yiftah, à Mécha et à Avraham ? Car jamais Je n'ai ordonné à Mécha de brûler son fils au feu, comme il est écrit « et il prit son fils aîné, qui devait régner après lui, et il l'offrit en holocauste sur la muraille » ; et il visait le Ciel, pensant agréer au Saint béni soit-Il. Quant à ce qui est écrit au sujet de la calcination des os du roi d'Edom en chaux, c'est un autre sujet. « Et Je n'ai pas parlé » : à Yiftah — « d'année en année, et ce fut une règle en Israël » ; et dans le Targoum, Pin'has est mentionné en mal et Yiftah en mal — d'où il ressort que le Saint béni soit-Il ne voulait pas de sa fille, puisqu'il les mentionne en mal, parce qu'ils ne sont pas allés l'un vers l'autre pour annuler le vœu.
10
״אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי״ — זֶה בְּנוֹ שֶׁל מֵישַׁע מֶלֶךְ מוֹאָב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּקַּח אֶת בְּנוֹ הַבְּכוֹר אֲשֶׁר יִמְלֹךְ תַּחְתָּיו וַיַּעֲלֵהוּ עֹלָה״; ״וְלֹא דִּבַּרְתִּי״ — זֶה יִפָּתֵחַ; ״וְלֹא עָלְתָה עַל לִבִּי״ — זֶה יִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם.

« Ce que Je n'ai pas ordonné » : c'est le fils de Mécha roi de Moav, ainsi qu'il est dit « et il prit son fils aîné, qui devait régner après lui, et il l'offrit en holocauste » ; « et Je n'en ai pas parlé » : c'est Yiftah ; « et ce n'est pas monté à Mon cœur » : c'est Yits'haq fils d'Avraham.

📜 Rachi (1)
ה"ג וְלֹא עָלְתָה עַל לִבִּי זֶה יִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם כְּלוֹמַר שאע"פ שֶׁצִּוִּיתִי לוֹ מֵעוֹלָם לֹא עָלְתָה עַל לִבִּי לִשְׁחֹוט בְּנוֹ אֶלָּא לְנַסּוֹתוֹ מִפְּנֵי קָטֵיגוֹרוֹ הַייְנוּ שָׂטָן כִּדְאָמַר בְּסַנְהֶדְרִין בְּהַנֶּחֱנָקִין (סַנְהֶדְרִין דַּף פט:) וַיְהִי אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה אַחַר דְּבָרָיו שֶׁל שָׂטָן וְכוּ' וְאִית דְּלָא גָּרְסִינַן הַאי וְלֹא עָלְתָה עַל לִבִּי דְּטָעֵי בִּקְרָא אַחֲרִינָא דְּלָא כְּתַב אֶלָּא אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי וְלֹא דִבַּרְתִּי (יִרְמְיָהוּ ז׳:ל״א פָּסוּק כב) וּבְפָרָשַׁת בַּקְבּוּק כְּתִיב כָּל הָנֵי שְׁלֹשָׁה אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי וְלֹא דִבַּרְתִּי וְלֹא עָלְתָה עַל לִבִּי. בְּתַנְחוּמָא אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי זוֹ בִּתּוֹ שֶׁל יִפְתָּח אע"פ שֶׁצִּוִּיתִי לוֹ תּוֹרָה וּמִצְוַת מִצְוָה זוֹ לֹא צִוִּיתִי עָלָיו וְלֹא דִּבַּרְתִּי זֶה בְּנוֹ שֶׁל מֵישַׁע מֶלֶךְ מוֹאָב וַהֲלֹא מֵישַׁע נָכְרִי הוּא וְלֹא חֻולִּין הוּא לִי לְדַבֵּר עִמּוֹ אֲפִילּוּ דִּיבּוּר בְּעָלְמָא. וּבָאַגָּדָה קָא חֲשִׁיב כֶּלֶב בַּהֲדַייְהוּ אֲשֶׁר יַכֶּה אֶת קִרְיַת סֵפֶר וּלְכָדָהּ וְגוֹ' וְרַבִּי יוֹנָתָן דְּלָא חֲשִׁיב לֵיהּ דְּבַגְּמָרָא פְּשִׁיט לֵיהּ לְהַאי קְרָא בַּהֲלָכוֹת שֶׁנִּשְׁתַּכְּחוּ בִּימֵי אֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה כִּדְאָמְרִינַן בִּתְמוּרָה (דַּף טז.) וְאֵין לָחוּשׁ שֶׁתִּשְׁרֶה רוּחַ הַקֹּדֶשׁ עַל עֶבֶד וְעַל מַמְזֵר כִּדְאָמְרִינַן בִּנְדָרִים (דַּף לח.) שֶׁאֵין שְׁכִינָה שׁוֹרָה כו' מִפִּי רַבִּי. וְגִדְעוֹן שֶׁשָּׁאַל לִמְנֹועַ טַל מֵעַל הָאָרֶץ וּבַגִּזָּה לְבַדָּהּ יִהְיֶה אֵין זֶה שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן וּמַה תַּקָּלָה יֵשׁ אִם יֶחְסַר הָעוֹלָם טַל לַיְלָה אַחַת לְבַד מִפִּי רַבִּי:
On lit ainsi : « et ce n'est pas monté à Mon cœur », c'est Yits'haq fils d'Avraham — c'est-à-dire que bien que Je le lui aie ordonné, il n'est jamais monté à Mon cœur qu'il égorge son fils, mais seulement de l'éprouver à cause de son accusateur, à savoir le Satan, comme il est dit dans Sanhédrin, au chapitre haNé'hnaqin (89b) : « et il advint après ces choses » — après les paroles du Satan, etc. Certains ne lisent pas ici « et ce n'est pas monté à Mon cœur », tenant qu'il y a confusion avec un autre verset où il n'est écrit que « ce que Je n'ai pas ordonné et ce dont Je n'ai pas parlé » (Yirmeya 7, 31) ; mais dans la section de la cruche, ces trois expressions sont écrites : « ce que Je n'ai pas ordonné, ce dont Je n'ai pas parlé, et ce qui n'est pas monté à Mon cœur ». Dans le Tan'houma : « ce que Je n'ai pas ordonné », c'est la fille de Yiftah — bien que Je lui aie ordonné la Tora et les mitsvot, cette mitsva-là Je ne la lui ai pas ordonnée ; « et Je n'en ai pas parlé », c'est le fils de Mécha roi de Moav — Mécha n'est-il pas un étranger, et ne serait-ce pas chose profane pour Moi que de lui adresser même une simple parole ? Et dans la aggada on compte Kalev parmi eux : « celui qui frappera Qiryat Sefer et la prendra, etc. » ; Rabbi Yonatan ne le compte pas, car dans la guemara il explique ce verset des halakhot oubliées pendant les jours de deuil de Moche, comme nous le disons dans Temoura (16a), et il n'y a pas à craindre que l'esprit saint repose sur un esclave ou sur un mamzer, comme nous le disons dans Nedarim (38a) : la Chekhina ne repose que, etc. — de la bouche de mon maître. Quant à Guid'on, qui a demandé que la rosée soit retenue sur toute la terre et ne soit que sur la toison, sa demande n'a rien d'inconvenant : quel dommage y a-t-il si le monde manque de rosée une seule nuit ? De la bouche de mon maître.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(יִרְמְיָה יט, ה) "אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי", זֶה בְּנוֹ שֶׁל מֵישַׁע מֶלֶךְ מוֹאָב. נָקֵיט בָּזֶה הַאי לִישָּׁנָא ד' לֹא צִוִּיתִי ' לוֹמַר אַל תֹּאמַר מֵישַׁע טָעָה בַּצִּוּוּי שֶׁצִּוִּיתִי לְאַבְרָהָם תְּחִלָּה דְּחָשַׁב שֶׁיֵּשׁ רְשׁוּת מִמֶּנִּי בְּכָךְ, דְּזֶה אֵינוֹ, כִּי בֶּאֱמֶת לִבְנֵי נֹחַ לֹא צִוִּיתִי כָּזֹאת וְאֵין לוֹ לִלְמֹוד אֶלָּא מִמִּינוֹ שֶׁהֵם בְּנֵי נֹחַ, ' וְלֹא דִּבַּרְתִּי ' זוֹ בִּתּוֹ שֶׁל יִפְתָּח הַגִּלְעָדִי, כִּי הקב"ה בְּפָרָשַׁת נְדָרִים דִּבֵּר דְּבָרִים שֶׁיִּהְיוּ מוּבָנִים מֵהֶם דְּאֵין לְהַקְרִיב נְפָשׁוֹת, דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר ל, ג) אִישׁ כִּי יִדֹּר נֶדֶר לַה', וְתֵיבַת 'נֶדֶר' לְשׁוֹן יֶתֶר, אַךְ הַכַּוָּנָה יִדֹּר נֶדֶר הַמָּצוּי אֵצֶל בְּנֵי אָדָם לִידֹּור בּוֹ וְלֹא נְפָשׁוֹת דְּאֵין מָצוּי זֶה וּשְׁכִיחַ, וְזֶהוּ לֹא דִּבַּרְתִּי בְּפָרָשַׁת נְדָרִים בְּכָךְ, ' וְלֹא עָלְתָה עַל לִבִּי ' זֶה יִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם, כִּי מִתְּחִלָּה לֹא הָיְתָה כִּוַּנְתִּי לְהַקְרִיבוֹ מַמָּשׁ, כִּי אִם לְהַעֲלוֹתוֹ רַק עַל הַמִּזְבֵּחַ וְיוֹרִידֵהוּ חַי.
« Ce que Je n'ai pas ordonné », c'est le fils de Mécha roi de Moav. Il retient ici l'expression « Je n'ai pas ordonné » pour dire : ne va pas penser que Mécha s'est trompé sur l'ordre que J'avais donné auparavant à Avraham, croyant en avoir de Moi la permission ; il n'en est rien, car en vérité Je n'ai jamais ordonné cela aux enfants de Noa'h, et il ne devait tirer leçon que de ses semblables, qui sont les enfants de Noa'h. « Et Je n'en ai pas parlé », c'est la fille de Yiftah le Guiladite : car le Saint béni soit-Il, dans la section des vœux, a dit des paroles dont il ressort qu'on n'offre pas des personnes, puisqu'il est écrit (Bamidbar 30, 3) « un homme qui voue un vœu à ה' », où le mot néder paraît superflu ; l'intention est qu'il voue le vœu usuel parmi les hommes, à l'exclusion des personnes, ce qui n'est ni usuel ni fréquent. Voilà ce que signifie « Je n'en ai pas parlé » dans la section des vœux. « Et ce n'est pas monté à Mon cœur », c'est Yits'haq fils d'Avraham : car dès le début Mon intention était de le faire monter sur l'autel et de l'en faire descendre vivant, et non de l'offrir réellement.
💡 Explication

Le verset de Yirmeya 19, 5 comporte trois expressions successives ; la guemara les distribue sur trois sacrifices humains connus de l'Écriture. Chacune marque un degré : ce qui n'a pas été ordonné (Mécha), ce dont il n'a pas été parlé (Yiftah), ce qui n'est pas même monté au cœur (Yits'haq).

Le troisième membre est le plus délicat, puisqu'Avraham avait bien reçu un ordre. La réponse est que l'ordre visait l'épreuve, non l'exécution.

🖼️ Schéma
Yirmeya 19, 5 : trois expressions, trois cas Je n'ai pas ordonné Le fils de Mécha, roi de Moav. Melakhim II 3, 27 Aucun ordre, jamais. Je n'en ai pas parlé Yiftah, et sa fille. Choftim 11 Aucune parole en ce sens. Ce n'est pas monté à Mon cœur Yits'haq fils d'Avraham. Berechit 22 Un ordre donné, pour l'épreuve. Gradation : du plus étranger à la parole divine (Mécha) au plus proche d'elle (Yits'haq), où l'ordre visait l'épreuve seule.
Les trois membres du verset lus comme trois degrés d'éloignement de la volonté divine.
11
אָמַר רַבִּי בֶּרֶכְיָה: אַף כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל שָׁאֲלָה שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן, וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הֱשִׁיבָהּ כַּהֹוגֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנֵדְעָה נִרְדְּפָה לָדַעַת אֶת ה׳ כְּשַׁחַר נָכוֹן מֹצָאוֹ וְיָבוֹא כַגֶּשֶׁם לָנוּ״,

Rabbi Berekhya a dit : la Communauté d'Israël aussi a demandé de façon inconvenante, et le Saint béni soit-Il lui a répondu convenablement, ainsi qu'il est dit : « et connaissons, poursuivons la connaissance de ה' ; comme l'aurore sûre est Sa venue, et Il viendra pour nous comme la pluie » (Hochea 6, 3),

📜 Rachi (1)
וְיָבוֹא כַּגֶּשֶׁם לָנוּ פְּעָמִים אֵינוֹ מִתְבַּקֵּשׁ שֶׁהוּא סִימַן קְלָלָה בַּקַּיִץ:
« Et Il viendra pour nous comme la pluie » : parfois elle n'est pas souhaitée, car elle est signe de malédiction en été.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַף כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל שָׁאֲלָה שֶׁלֹּא כַּהֹגֶן, וְהָשִׁיבָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא כַּהֹגֶן, דִּכְתִיב: (הוֹשֵׁעַ ו, ג) "וְנֵדְעָה, נִרְדְּפָה לָדַעַת אֶת ה', כְּשַׁחַר נָכוֹן מָצְאוּ, וְיָבוֹא כַגֶּשֶׁם לָנוּ כְּמַלְקוֹשׁ יוֹרֶה אָרֶץ" אָמַר לָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: בִּתִּי, אַתְּ שׁוֹאֶלֶת דָּבָר שֶׁפְּעָמִים מִתְבַּקֵּשׁ, וּפְעָמִים אֵינוֹ מִתְבַּקֵּשׁ, אֲבָל אֲנִי אֶהְיֶה לָךְ דָּבָר הַמִּתְבַּקֵּשׁ לְעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: (הוֹשֵׁעַ יד, ו) "אֶהְיֶה כְּטַל לְיִשְׂרָאֵל. צָרִיךְ לְהָבִין מֶה עִנְיַן דִּמְיוֹן הַגֶּשֶׁם וְהַטַּל בַּנִּמְשָׁל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיִּשְׂרָאֵל שָׁאֲלוּ שֶׁיִּהְיוּ נִשְׁפָּעִים עַל יְדֵי מִצְוַת תְּפִלִּין כֹּחַ מִשְּׁלֹשָׁה אוֹתִיּוֹת שֵׁם שַׁדַּי הָרְמוּזִים בּוֹ, וְרָמְזוּ זֶה בְּאוֹתִיּוֹת 'גֶּשֶׁם' שֶׁהוּא שֵׁם ג' דְּהַיְינוּ שֵׁם שַׁדַּי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁלֹשָׁה אוֹתִיּוֹת, וְאָמַר לָהּ: אַתְּ שׁוֹאֶלֶת דָּבָר שֶׁפְּעָמִים מִתְבַּקֵּשׁ וּפְעָמִים אֵינוֹ מִתְבַּקֵּשׁ, כִּי מִצְוָה זוֹ שֶׁל תְּפִילִּין שֶׁאַתְּ מְבַקֶּשֶׁת בַּעֲבוּרָהּ הִיא בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה וְגַם אֵינָהּ בְּשַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים וּמֵאַחַר דְּאֵינָהּ תְּמִידִית אֵין הַשֶּׁפַע הַמִּשְׁתַּלְשֵׁל בַּעֲבוּרָהּ תְּמִידִי, אֲבָל אֲנִי אֶהְיֶה לָךְ דָּבָר הַמִּתְבַּקֵּשׁ לְעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר 'אֶהְיֶה כְּטַל לְיִשְׂרָאֵל', וְהָעִנְיָן הוּא דְּאִיתָא בַּמִּדְרָשׁ (תַּנָּא דְּבֵי אֵלִיָּהוּ רַבָּה כו) וַיִּמְצְאוּ אִישׁ מְקֹשֵׁשׁ עֵצִים בְּיוֹם הַשַּׁבָּת (בַּמִּדְבָּר טו, לב) , אָמַר הקב"ה לְמֹשֶׁה מִפְּנֵי מָה חִלֵּל זֶה אֶת הַשַּׁבָּת, אָמַר מֹשֶׁה: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם אֵינִי יוֹדֵעַ! אָמַר הקב"ה לְמֹשֶׁה: אֲנִי אוֹמֵר לְךָ, כִּי בְּכָל שֵׁשֶׁת יְמֵי הַחֹול יֵשׁ לְיִשְׂרָאֵל תְּפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ וּבִזְרוֹעוֹ וְרוֹאֶה אוֹתָם וְחוֹזֵר מִמַּעֲשָׂיו, אֲבָל עַכְשָׁיו בְּיוֹם הַשַּׁבָּת שֶׁאֵין לוֹ תְּפִילִּין בְּרֹאשׁוֹ וּבִזְרוֹעוֹ לָכֵן חִלֵּל זֶה אֶת הַשַּׁבָּת! בְּאוֹתָהּ שָׁעָה אָמַר הקב"ה מֹשֶׁה צֵא וּבֵרֵר לָהֶם מִצְוָה אַחַת שֶׁיִּהְיוּ נוֹהֲגִים בָּהּ גַּם בְּשַׁבָּתוֹת וּבְיוֹם טוֹב, וְאֵיזֶה? זֶה מִצְוַת צִיצִית, שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר טו, לח) דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְגוֹ׳ וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם לְדֹרֹתָם וְגוֹ׳ וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת כָּל מִצְוֹ‍ת ה' עַייֵּן שָׁם. לְכָךְ אָמַר לוֹ 'אֶהְיֶה כְּטַל לְיִשְׂרָאֵל' שֶׁאַשְׁפִּיעַ לָכֶם כֹּחַ וְשֶׁפַע טוֹב בַּעֲבוּר מִצְוַת צִיצִית שֶׁרָמוּז בָּהּ מִסְפַּר ט"ל, שֶׁיֵּשׁ בְּכָל כָּנָף ט"ל כְּרִיכוֹת כְּמִנְיַן 'ה' אֶחָד' [39] וּכְמִנְיַן ט"ל אוֹתִיּוֹת דְּשֵׁם אהי"ה דההי"ן בְּפָשׁוּט וּמִילּוּי וּמַלְוֵי הַמִּלּוּי כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת, וְזוֹ הִיא מִצְוָה תְּמִידִית בַּיָּמִים וּבַלֵּילוֹת בְּטַלִּית קָטָן וְגַם בְּשַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים, וְעַל יָדָהּ תִּהְיֶה הַשְׁפָּעָה שֶׁלָּכֶם תְּמִידִית מט"ל הַנִּזְכָּר וְגַם מִן ט"ל אוֹתִיּוֹת שֶׁל עסמ"ב.
« La Communauté d'Israël aussi a demandé de façon inconvenante, et le Saint béni soit-Il lui a répondu convenablement, comme il est écrit (Hochea 6, 3) : ce sera comme l'aurore sûre est Sa venue, et Il viendra pour nous comme la pluie, comme l'averse tardive qui arrose la terre. Le Saint béni soit-Il lui dit : ma fille, tu demandes une chose parfois souhaitée et parfois non souhaitée ; Moi, Je serai pour toi une chose toujours souhaitée, ainsi qu'il est dit (Hochea 14, 6) Je serai comme la rosée pour Israël. » Il faut comprendre ce que signifie la comparaison de la pluie et de la rosée dans la chose signifiée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Israël a demandé de recevoir, par la mitsva des tefilin, la force des trois lettres du Nom Chaddaï auxquelles elle fait allusion, et ils l'ont suggéré par les lettres de guechem, qui se lit chem gimel, c'est-à-dire un Nom de trois lettres, le Nom Chaddaï. Il lui dit : tu demandes une chose parfois souhaitée et parfois non souhaitée, car cette mitsva des tefilin, pour laquelle tu demandes, est de jour et non de nuit, et elle n'a pas lieu non plus les Chabbatot ni les jours de fête ; n'étant pas permanente, l'influx qui en découle ne l'est pas davantage. Mais Moi, Je serai pour toi une chose toujours souhaitée, ainsi qu'il est dit « Je serai comme la rosée pour Israël ». La chose se comprend par le midrach (Tanna deVei Eliyahou Rabba 26) : « et ils trouvèrent un homme ramassant du bois le jour du Chabbat » (Bamidbar 15, 32) — le Saint béni soit-Il dit à Moche : pourquoi celui-ci a-t-il profane le Chabbat ? Moche dit : Maître du monde, je ne sais pas ! Le Saint béni soit-Il dit à Moche : Moi, Je te le dis. Durant les six jours de la semaine, Israël a des tefilin à la tête et au bras, il les voit et revient de ses actes ; mais maintenant, le jour du Chabbat, où il n'a pas de tefilin à la tête et au bras, celui-ci a profane le Chabbat ! À cette heure le Saint béni soit-Il dit : Moche, va et choisis pour eux une mitsva qu'ils pratiqueront aussi les Chabbatot et les jours de fête. Laquelle ? La mitsva des tsitsit, ainsi qu'il est dit (Bamidbar 15, 38) « parle aux enfants d'Israël, etc., et qu'ils se fassent des tsitsit aux coins de leurs vêtements, pour leurs générations, etc., et vous les verrez et vous vous souviendrez de toutes les mitsvot de ה' » — voir là-bas. C'est pourquoi Il lui a dit « Je serai comme la rosée (tal) pour Israël » : Je vous ferai découler force et bon influx par la mitsva des tsitsit, où le nombre 39 est suggéré, car il y a à chaque coin trente-neuf enroulements, comme le compte de « ה' é'had » [39], et comme les trente-neuf lettres du Nom Ehyé écrit avec des hé, en écriture simple, en remplissage et en remplissage du remplissage, ainsi que l'a écrit le Ari au Chaar haKavanot. Cette mitsva est permanente, de jour et de nuit avec le talit qatan, et aussi les Chabbatot et les jours de fête ; par elle votre influx sera permanent, venant du tal mentionné et aussi des trente-neuf lettres de 'AS-MA-B.
💡 Explication

Rabbi Berekhya applique le schéma précédent à la Communauté d'Israël : elle a comparé la manifestation divine à la pluie, et cette image comporte un défaut, puisque la pluie est parfois indésirable.

Le procédé est le même que pour les trois hommes : une formule mal ajustée, qui pouvait recevoir une réponse conforme à son défaut. La différence est dans l'issue, puisque la réponse corrige l'image au lieu de l'appliquer.

12
אָמַר לָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: בִּתִּי, אַתְּ שׁוֹאֶלֶת דָּבָר שֶׁפְּעָמִים מִתְבַּקֵּשׁ וּפְעָמִים אֵינוֹ מִתְבַּקֵּשׁ, אֲבָל אֲנִי אֶהְיֶה לָךְ דָּבָר הַמִּתְבַּקֵּשׁ לְעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶהְיֶה כְּטַל לְיִשְׂרָאֵל״.

Le Saint béni soit-Il lui dit : ma fille, tu demandes une chose qui est parfois souhaitée et parfois non souhaitée ; Moi, Je serai pour toi une chose toujours souhaitée, ainsi qu'il est dit : « Je serai comme la rosée pour Israël » (Hochea 14, 6).

📜 Rachi (1)
דָּבָר הַמִּתְבַּקֵּשׁ לְעוֹלָם טַל אֲפִילּוּ בִּימוֹת הַחַמָּה:
Une chose toujours souhaitée : la rosée, même durant la saison chaude.
💡 Explication

La correction porte sur la permanence. La rosée (tal) tombe en toute saison et ne nuit jamais, tandis que la pluie a son temps propre. La suite du traité reviendra sur ce point : la rosée n'est jamais retenue.

13
וְעוֹד שָׁאֲלָה שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן, אָמְרָה לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! ״שִׂימֵנִי כַחוֹתָם עַל לִבֶּךָ כַּחוֹתָם עַל זְרוֹעֶךָ״, אָמַר לָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: בִּתִּי, אַתְּ שׁוֹאֶלֶת דָּבָר שֶׁפְּעָמִים נִרְאֶה וּפְעָמִים אֵינוֹ נִרְאֶה, אֲבָל אֲנִי אֶעֱשֶׂה לָךְ דָּבָר שֶׁנִּרְאֶה לְעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֵן עַל כַּפַּיִם חַקֹּתִיךְ״.

Et elle a encore demandé de façon inconvenante. Elle dit devant Lui : Maître du monde !

« Place-moi comme un sceau sur Ton cœur, comme un sceau sur Ton bras » (Chir haChirim 8, 6). Le Saint béni soit-Il lui dit : ma fille, tu demandes une chose qui est parfois visible et parfois non visible ; Moi, Je ferai pour toi une chose toujours visible, ainsi qu'il est dit : « voici, Je t'ai gravée sur les paumes de Mes mains » (Yechayahou 49, 16).

📜 Rachi (1)
פְּעָמִים נִרְאֶה כְּשֶׁהוּא עָרֹום נִרְאֶה זְרוֹעוֹ וּכְנֶגֶד לִבּוֹ וְאֵינוֹ נִרְאֶה כְּשֶׁהוּא לָבוּשׁ וְהַכַּף נִרְאֵית כָּל שָׁעָה שֶׁהַיָּד נִרְאֵית לָעֵינַיִם וי"ל עַל כַּפַּיִם עַל הַשָּׁמַיִם צוּרַת אָדָם שֶׁהוּא בְּכִסֵּא וְכֵן נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפָּיִם (אֵיכָה ג׳:מ״א) מִפִּי רַבִּי:
Parfois visible : quand il est nu, son bras et le vis-à-vis de son cœur sont visibles, et quand il est vêtu ils ne le sont pas ; la paume, elle, est visible chaque fois que la main est offerte aux yeux. On peut dire aussi que « sur les paumes » vise les cieux, la forme d'homme qui est sur le Trône, et de même « élevons notre cœur vers les paumes » (Eikha 3, 41) — de la bouche de mon maître.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּתִּי, אַתְּ שׁוֹאֶלֶת דָּבָר שֶׁפְּעָמִים נִרְאֶה, וּפְעָמִים אֵינוֹ נִרְאֶה. נִמְצָא הִיא שְׁאֵלָה דֻּוגְמַת הַלֵּב וְנָתַן לָהּ דֻּוגְמַת הַכַּף, וְהַהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר כַּף [100] לְמִסְפַּר לֵב [32] הוּא ס"ח כְּמִנְיַן חַיִּים [68] , שֶׁזֶּה הַטּוֹב הָיָה לָהּ בִּזְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת (מִשְׁלֵי ג, יח) 'עֵץ חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ' וְאִם תּוֹסִיף עַל לֵב מִסֵּפֶר חַיִּים יִהְיֶה כַּף. וּבָזֶה יוּבָן (אֵיכָה ג, מא) 'נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפַּיִם' וְלָכֵן בִּישֵּׂר אֶת יִשְׂרָאֵל (דְּבָרִים ד, ד) 'וְאַתֶּם הַדְּבֵקִים בַּה' אֱלֹקֵיכֶם חַיִּים כֻּלְּכֶם הַיּוֹם', שֶׁיִּהְיֶה לָכֶם תּוֹסֶפֶת מִסֵּפֶר חַיִּים כְּדֵי שֶׁתִּתְעַלּוּ לִהְיוֹת דֻּוגְמַת כַּף גַּם הָיָה לָהּ עוֹד עֵזֶר לָזֶה בִּזְכוּת הַצְּדָקָה שֶׁהִיא מִכַּף לְכַף. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הֵם בִּקְּשׁוּ הַשְׁפָּעָה מִן אוֹת וָא"ו דְּשֵׁם הוי"ה שֶׁהוּא קַו הַתִּפְאֶרֶת הַנִּקְרָא 'לֵב' וּמִן אוֹת הֵ"א אַחֲרוֹנָה דְּשֵׁם הוי"ה שֶׁהוּא סוֹד הַמַּלְכוּת הַנִּקְרֵאת 'זְרוֹעַ' וְלָכֵן אָמְרָה (שִׁיר הַשִּׁירִים ח, ו) 'כַחוֹתָם עַל לִבֶּךָ כַּחוֹתָם עַל זְרוּעָךְ', וְהֵשִׁיב לָהֶם הַהַשְׁפָּעָה מִן אוֹתִיּוֹת ו"ה שֶׁבַּשֵּׁם פְּעָמִים נִרְאֵית בְּגָלוּי גָּדוֹל פְּעָמִים אֵינָהּ נִרְאֵית, דִּכְתִיב (שְׁמוֹת יז, טז) 'כִּי יָד עַל כֵּס יָהּ' אַךְ אֲנִי אֶעֱשֶׂה לְךָ הַשְׁפָּעָה מִן אוֹתִיּוֹת י"ה שֶׁהִיא הַשְׁפָּעָה תְּמִידִית וְהֵם הָרְמוּזִים בְּכַפַּיִם כִּי הָאֶצְבָּעוֹת הֵם י"ד פִּרְקִין וְהַכַּף מַשְׁלִים לט"ו פְּרָקִים כְּמִנְיַן שֵׁם י"ה.
« Ma fille, tu demandes une chose parfois visible et parfois non visible. » Il se trouve qu'elle a demandé selon le modèle du cœur (lev) et qu'Il lui a donné selon le modèle de la paume (kaf). L'écart entre le nombre de kaf [100] et le nombre de lev [32] est de 68, comme le nombre de ''hayim [68] : ce bien lui venait par le mérite de la Tora, appelée (Michlei 3, 18) « un arbre de vie pour ceux qui s'y tiennent » ; et si tu ajoutes à lev le nombre de ''hayim, tu obtiens kaf. Par là se comprend (Eikha 3, 41) « élevons notre cœur vers les paumes ». C'est pourquoi Il a annoncé à Israël (Devarim 4, 4) « et vous qui êtes attachés à ה' votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui » : vous aurez le surcroît du nombre de ''hayim afin de vous élever au modèle de la paume. Elle avait encore pour cela l'appui du mérite de la tsedaqa, qui va de paume à paume. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'ils ont demandé un influx venant de la lettre vav du Nom havaya, qui est la ligne de Tiferet appelée « cœur », et de la dernière lettre hé du Nom havaya, qui est le sod de Malkhout appelée « bras » ; c'est pourquoi elle a dit (Chir haChirim 8, 6) « comme un sceau sur Ton cœur, comme un sceau sur Ton bras ». Il leur a répondu que l'influx venant des lettres vav-hé du Nom est parfois visible en pleine manifestation et parfois non visible, comme il est écrit (Chemot 17, 16) « car la main est sur le trône de Y-ah » ; mais Moi, Je ferai pour toi un influx venant des lettres youd-hé, qui est un influx permanent, et ces lettres sont suggérées dans les paumes, car les doigts comptent quatorze phalanges et la paume complète à quinze phalanges, comme le compte du Nom Y-ah.
💡 Explication

La seconde demande reprend le verset du Chir haChirim. Le défaut est du même ordre que pour la pluie, mais transposé de la fréquence à la visibilité : cœur et bras se couvrent dès qu'on s'habille.

La réponse déplace le lieu de l'inscription vers la paume, qui demeure exposée. Rachi ajoute une seconde lecture, où « les paumes » désignent les cieux.

14
אֵין שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים כּוּ׳. סַבְרוּהָ: שְׁאֵלָה וְהַזְכָּרָה חֲדָא מִילְּתָא הִיא, מַאן תְּנָא? אָמַר רָבָא: רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִיא, דְּאָמַר מִשְּׁעַת הַנָּחָתוֹ.

« On ne demande la pluie, etc. » Ils ont supposé que la demande (chéela) et la mention (hazkara) sont une seule et même chose. Quel est alors le tana de notre michna ?

Rava a dit : c'est Rabbi Yehochoua, qui dit : depuis le moment où l'on dépose le loulav.

📜 Rachi (3)
ה"ג סַבְרוּהָ שְׁאֵלָה וְהַזְכָּרָה חֲדָא מִילְּתָא הִיא כְּלוֹמַר הָא דְּקָתָנֵי אֵין שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים הַיְינוּ אֵין מַזְכִּירִין אֶת הַגְּשָׁמִים:
On lit ainsi : « ils ont supposé que la demande et la mention sont une seule et même chose » — c'est-à-dire que ce qui est enseigné, « on ne demande pas les pluies », signifie : on ne mentionne pas les pluies.
וּמַאן תַּנָּא דְּאָמַר סָמוּךְ לִימוֹת הַגְּשָׁמִים מַזְכִּירִין אֲבָל לֹא קֹודֶם לָכֵן:
Et quel est le tana : celui qui dit qu'on mentionne à l'approche de la saison des pluies, mais pas avant.
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִיא דְּאָמַר מִשְּׁעַת הַנָּחַת לוּלָב הוּא מַזְכִּיר דְּהַייְנוּ יוֹם שְׁמִינִי וְזֶהוּ סָמוּךְ לִגְשָׁמִים דְּמִן הֶחָג וְאֵילָךְ הוּא זְמַן גְּשָׁמִים:
C'est Rabbi Yehochoua : qui dit qu'on mentionne depuis le moment où l'on dépose le loulav, à savoir le huitième jour, et c'est bien là l'approche des pluies, car à partir de la fête commence le temps des pluies.
💡 Explication

La guemara revient à la michna. Deux actes distincts existent dans la amida : la hazkara, mention de la puissance de la pluie dans la deuxième berakha, et la chéela, demande effective de pluie dans la berakha des années.

En les identifiant, on obtient que la michna suit Rabbi Yehochoua, pour qui la mention commence seulement à Chemini Atseret, au moment où l'on cesse de prendre le loulav. Chez Rabbi Eliezer, elle commence dès le premier jour de Souccot, ce qui ne serait pas « à l'approche de la saison des pluies ».

🖼️ Schéma
Si chéela et hazkara sont une seule chose, qui est le tana ? Calendrier de Souccot 1er jour Chemini Atseret saison des pluies Rabbi Eliezer Mention dès le premier jour de la fête. Si mention = demande, il ferait demander bien avant la saison. Rabbi Yehochoua Mention au dépôt du loulav, soit le huitième jour. Conclusion de Rava : la michna suit Rabbi Yehochoua.
Sous l'hypothèse que demande et mention se confondent, seule la position de Rabbi Yehochoua colle à la michna.
15
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר — שְׁאֵלָה לְחוּד, וְהַזְכָּרָה לְחוּד.

Abaye lui dit : tu peux même dire que c'est Rabbi Eliezer — la demande est une chose, et la mention en est une autre.

💡 Explication

Abaye refuse l'hypothèse de départ. En séparant les deux actes, la michna redevient compatible avec Rabbi Eliezer : celui-ci commence la mention dès le premier jour de Souccot, tout en réservant la demande pour l'approche de la saison des pluies.

La michna cesse alors d'être l'avis d'un seul tana et peut convenir aux deux.

16
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: לֵימָא

Et certains rapportent ainsi : disons

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).