Taanit 4b — Demander la pluie et la mentionner : deux actes distincts. La contradiction entre les deux Rabbi Yehouda, les quatre lectures proposées pour « jusqu'à ce que Pessah soit passé », et la conduite à tenir dans la diaspora où le dernier jour de fête est double

Taanit 4b

Sougya : Le folio part de la distinction que Rava avait posée : la demande de pluie, logée dans birkat ha-chanim, et la mention de la pluie, logée dans la deuxième bénédiction, sont deux actes indépendants. La guemara confronte alors deux enseignements de Rabbi Yehouda : la michna lui fait cesser la mention dès le matin du premier jour de Pessa'h, tandis qu'une baraita lui fait demander la pluie « jusqu'à ce que Pessa'h soit passé ».

Quatre tentatives de résolution se succèdent — Rav Hisda, Oulla, Rav Yossef, Rabba — et trois sont écartées, si bien que la guemara conclut deux fois par « il est clair qu'il faut s'en tenir à Oulla » : deux tannaim transmettent Rabbi Yehouda. Un second front s'ouvre avec Rabbi Yo'hanan, qui tranche comme Rabbi Yehouda alors que son disciple Rabbi Elazar tranche comme Rabban Gamliel ; la résolution passe par la différence entre Bavel et Eretz Yisrael, puis par la présence ou l'absence des pèlerins, donc du Temple.

Le folio se ferme sur la question pratique de la diaspora, où le huitième jour pourrait n'être que le septième : Rav et Chemouel divergent sur la prière où la mention commence, et le Roch rapporte la halakha retenue.

Michna et baraita : deux fins opposées attribuées à Rabbi Yehouda Michna (ici) la mention : hazkara du moussaf du dernier jour de fête de Souccot jusqu'au chaharit du premier jour de Pessa'h Baraita (5a) la demande : chéela du sept de Marheshvan jusqu'à ce que Pessa'h soit passé zone du conflit on demande sans mentionner Pourquoi cela coince : on ne conçoit pas de demander la pluie dans birkat ha-chanim après avoir cessé de la mentionner dans la deuxième bénédiction. Il faut donc expliquer l'un des deux textes.
Le point de départ du folio : la michna arrête la mention au matin du premier jour de Pessah, la baraita prolonge la demande jusqu'à la fin de la fête.
Quatre lectures de « ad she-yaavor ha-Pessa'h », trois rejets Auteur Sa lecture L'objection qu'elle rencontre Issue Rav Hisda La baraita parle de la demande, la michna de la mention. On demande jusqu'à la fin de Pessa'h ; on cesse de mentionner dès le matin du premier jour. Oulla : kal va-homer. Si l'on mentionne au jour où l'on ne peut pas demander, à plus forte raison au jour où l'on demande. Pénible comme le vinaigre pour les dents. écarté Oulla Deux tannaim transmettent Rabbi Yehouda. Pour l'un, on demande et l'on mentionne pendant Pessa'h ; pour l'autre, on arrête les deux dès le matin du premier jour. Aucune. La guemara y revient deux fois par la formule mehavarta kid-Oulla : la voie est nette. retenu Rav Yossef Yaavor désigne l'officiant : jusqu'à ce que soit passé devant l'arche le premier officiant du premier jour de Pessa'h. Michna et baraita disent alors la même chose. Abaye : il n'y a pas de demande un jour de fête. Réponse : celle du metourgueman, après la dercha. Contre-objection : il ne demanderait pas en public une chose inutile. écarté Rabba Yaavor désigne l'abattage du pessa'h : jusqu'à midi du quatorze Nissan. La fin ressemble au commencement : on mentionne encore alors qu'on ne demande plus. Abaye : au commencement, la mention prépare la demande à venir. À la fin, aucune demande ne suit, donc la mention n'a plus rien à préparer. écarté
Les quatre résolutions de la contradiction et le sort de chacune. Seule celle d'Oulla survit aux objections d'Abaye et d'Oulla lui-même.
Deux jours de fête en diaspora : où commence la mention ? huitième jour = peut-être le septième de Souccot Moussaf 8e jour Minha 8e jour Arvit 9e jour Chaharit 9e jour Moussaf 9e jour Rav mentionne s'arrête s'arrête s'arrête reprend Chemouel mentionne mentionne s'arrête s'arrête reprend Argument de Chemouel contre Rav : après avoir traité le huitième jour comme le dernier jour de fête en y mentionnant la pluie à moussaf, on ne peut pas le rabaisser à minha du même jour. Le Roch rapporte la suite : Rava soutient que dès lors qu'on a commencé on ne s'arrête plus, Rav lui-même s'est rétracté, et telle est la halakha retenue — on ne cesse plus après avoir commencé.
La pratique du doute calendaire : Rav interrompt dès minha du huitième jour, Chemouel tient jusqu'au soir, et la halakha finira par ne plus interrompre du tout.
1
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִיא, דְּאָמַר מִשְּׁעַת הַנָּחָתוֹ?! אָמַר רָבָא: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר — שְׁאֵלָה לְחוּד, וְהַזְכָּרָה לְחוּד.

« ... ce serait Rabbi Yehochoua, qui dit : depuis le moment où l'on dépose [le loulav] ? » Rava a dit : même si tu dis que c'est Rabbi Eliezer, [il n'y a pas de difficulté] — la demande est une chose, et la mention en est une autre.

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן וְאִיכָּא דְּאָמְרִי לֵימָא ר' יְהוֹשֻׁעַ הִיא אַפֵּי' תֵּימָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר כו' וְלָא גָּרְסִינַן סַבְרוּהָ שְׁאֵלָה לְחוּד וְהַזְכָּרָה לְחוּד דְּהָא לָא מִשְׁתְּמַע מִמַּתְנִי':
Voici la leçon à retenir : « ve-ikka de-amri : disons que ce serait Rabbi Yehochoua... même si tu dis que c'est Rabbi Eliezer, etc. » — et l'on ne lit pas « ils ont supposé : la demande d'une part et la mention de l'autre », car cela ne se déduit pas de la michna.
💡 Explication

Le folio précédent avait ouvert une seconde version de la discussion, introduite par ve-ikka de-amri, « et certains disent ». Dans la première version, c'est Rava qui attribuait la michna à Rabbi Yehochoua et Abaye qui répondait que Rabbi Eliezer lui aussi peut la soutenir. Ici les rôles sont inversés : la question est posée, et c'est Rava qui répond.

Le contenu de la réponse commande tout le folio. Chéela, la demande de pluie, se dit dans birkat ha-chanim, la neuvième bénédiction de la amida, qui ne se récite pas un jour de fête. Hazkara, la mention de la pluie, se dit dans la deuxième bénédiction, récitée tous les jours. Les deux actes peuvent donc commencer et s'arrêter à des moments différents.

Rachi intervient sur le texte lui-même : dans cette seconde version, il faut retirer le mot savrou, « ils ont supposé », car la supposition que les deux actes seraient distincts ne se lit pas dans la michna.

2
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה כּוּ׳.

« Rabbi Yehouda dit : celui qui passe devant l'arche, etc. »

💡 Explication

La guemara reprend la clause suivante de la michna. Rabbi Yehouda y enseigne que, le dernier jour de fête de Souccot, l'officiant qui passe devant l'arche pour moussaf mentionne la pluie, tandis que celui de chaharit ne la mentionne pas encore. Le premier jour de Pessa'h, la situation se renverse : l'officiant de chaharit mentionne encore la pluie, celui de moussaf ne la mentionne plus.

Ces deux bornes, moussaf du dernier jour de Souccot et chaharit du premier jour de Pessa'h, sont les données que la guemara va confronter à une baraita.

3
וּרְמִינְהוּ: עַד מָתַי שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַפֶּסַח, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: עַד שֶׁיַּעֲבֹור נִיסָן.

Et l'on oppose [une baraita] : jusqu'à quand demande-t-on les pluies ? Rabbi Yehouda dit : jusqu'à ce que Pessa'h soit passé.

Rabbi Meir dit : jusqu'à ce que Nissan soit passé.

📜 Rachi (3)
עַד אֵימָתַי שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים בְּסוֹף יְמוֹת הַגְּשָׁמִים:
Jusqu'à quand demande-t-on les pluies — à la fin des jours de pluie.
עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַפֶּסַח דְּאָמְרִינַן כָּל חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְתֵן טַל וּמָטָר:
Jusqu'à ce que Pessa'h soit passé — car nous disons durant tout le hol ha-moed : ve-ten tal ou-matar, donne rosée et pluie.
עַד שֶׁיֵּצֵא נִיסָן וְכִדְמַפִּיק טַעְמָא בְּמָתְנֵי':
Jusqu'à ce que Nissan soit sorti — et comme il en donne la raison dans la michna.
💡 Explication

La baraita, enseignée plus loin dans la michna de 5a, fixé la borne de la demande de pluie à la fin de Pessa'h selon Rabbi Yehouda. Rachi précise la portée concrète : on dit ve-ten tal ou-matar pendant tout le hol ha-moed de Pessa'h.

La difficulté est immédiate. Si la michna fait cesser la mention au matin du premier jour de Pessa'h, et si demande et mention vont de pair, comment Rabbi Yehouda pourrait-il encore demander la pluie une semaine plus tard ?

4
אָמַר רַב חִסְדָּא, לָא קַשְׁיָא: כָּאן לִשְׁאוֹל, כָּאן לְהַזְכִּיר. מִישָׁאֵל — שְׁאִיל וְאָזֵיל, לְהַזְכִּיר — בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן פָּסֵיק.

Rav Hisda a dit : il n'y a pas de difficulté — ici il s'agit de demander, là il s'agit de mentionner. Pour la demande, il continue de demander ; pour la mention, il s'arrête au premier jour de fête.

📜 Rachi (1)
הָכִי גָרְסִינַן אָמַר רַב חִסְדָּא כָּאן לִשְׁאֹול כָּאן לְהַזְכִּיר מִישָׁאֵיל שְׁאִיל וְאָזֵיל וְהַזְכָּרָה ביו"ט רִאשׁוֹן פּוֹסֵק לִשְׁאוֹל שׁוֹאֵל וְהוֹלֵךְ עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַפֶּסַח כִּדְקָתָנֵי עַד מָתַי שׁוֹאֲלִין כו' לְהַזְכִּיר אֵינוֹ מַזְכִּיר אֶלָּא בִּתְפִלַּת יוֹצֵר שֶׁל יו"ט רִאשׁוֹן:
Voici la leçon à retenir : « Rav Hisda a dit : ici pour demander, là pour mentionner ; pour la demande il demande et continue, et pour la mention il s'arrête au premier jour de fête » — pour la demande, il demande et continue jusqu'à ce que Pessa'h soit passé, comme l'enseigne la baraita « jusqu'à quand demande-t-on, etc. » ; pour la mention, il ne mentionne que dans la prière du matin du premier jour de fête.
💡 Explication

Rav Hisda applique à la contradiction la distinction même que Rava venait de poser. La baraita parle de la demande, qui se poursuit jusqu'à la fin de Pessa'h ; la michna parle de la mention, qui s'arrête dès le matin du premier jour. Rachi précise le point d'arrêt : la mention ne se dit plus que dans la téfilat yotser, la prière du matin, du premier jour de fête.

La lecture est cohérente sur le papier. Elle produit cependant une situation étrange, que Oulla va exploiter : pendant le hol ha-moed de Pessa'h, on demanderait la pluie sans plus la mentionner.

5
אָמַר עֻולָּא: הָא דְּרַב חִסְדָּא קַשְׁיָא כַּחֹמֶץ לַשִּׁנַּיִם וְכֶעָשָׁן לָעֵינָיִם. וּמַה בִּמְקוֹם שֶׁאֵינוֹ שׁוֹאֵל — מַזְכִּיר, בְּמָקוֹם שֶׁשּׁוֹאֵל, אֵינוֹ דִּין שֶׁיְּהֵא מַזְכִּיר?

Oulla a dit : ce propos de Rav Hisda est pénible comme le vinaigre pour les dents et comme la fumée pour les yeux. Car si, au moment où il ne demande pas, il mentionne — au moment où il demande, n'est-il pas juste qu'il mentionne ?

📜 Rachi (3)
בְּמָקוֹם שֶׁאֵינוֹ שׁוֹאֵל ביו"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג שֶׁאֵינוֹ מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּתוֹ תְּפִלַּת חוֹל דְּאֵין שְׁאֵלָה אֶלָּא בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים:
Au moment où il ne demande pas — le dernier jour de fête de Souccot, où il ne prie pas la prière des jours ouvrables, car la demande ne se fait que dans birkat ha-chanim.
מַזְכִּיר גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים כִּדְאָמַר רַבִּי יְהוּדָה הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר:
Il mentionne — guevourot guéchamim, la puissance des pluies, comme le dit Rabbi Yehouda : celui de moussaf mentionne.
בְּמָקוֹם שֶׁהוּא שׁוֹאֵל בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד שֶׁל פֶּסַח:
Au moment où il demande — pendant le hol ha-moed de Pessa'h.
💡 Explication

Oulla cite Michle 10, 26 pour qualifier la lecture de Rav Hisda, puis la réfute par un kal va-homer, un raisonnement à plus forte raison. Le dernier jour de fête de Souccot, on ne peut pas demander la pluie, puisque birkat ha-chanim ne se dit pas un jour de fête ; on la mentionne pourtant. Pendant le hol ha-moed de Pessa'h, on la demande effectivement, puisque la prière y est celle des jours ouvrables.

Le lien va donc du moins au plus : si la mention accompagne même l'impossibilité de demander, elle doit à plus forte raison accompagner la demande elle-même. Rav Hisda obtient l'inverse, et sa lecture tombe.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer d'Oulla contre Rav Hisda Dernier jour de fête de Souccot la demande est impossible : pas de birkat ha-chanim et pourtant on mentionne Hol ha-moed de Pessa'h la demande est effective : prière des jours ouvrables donc on doit mentionner à plus forte raison Or Rav Hisda obtient le contraire : on demanderait pendant le hol ha-moed sans plus mentionner. Sa lecture se heurte donc au raisonnement à plus forte raison, et Oulla la remplace. Image d'Oulla, d'après Michle 10, 26 : pénible comme le vinaigre pour les dents, la fumée pour les yeux.
Le sens de marche du raisonnement : la mention accompagne déjà l'impossibilité de demander, elle doit donc accompagner la demande.
6
אֶלָּא אָמַר עֻולָּא: תְּרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה.

Oulla a donc dit : il y a deux tannaim selon Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
תְּרֵי תַּנָּאֵי חַד אָמַר עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַפֶּסַח שׁוֹאֲלִין כָּל שֶׁכֵּן שֶׁמַּזְכִּירִין וְחַד אָמַר שְׁאֵלָה עַד הַפֶּסַח וְהַזְכָּרָה שֶׁיָּכוֹל לְהַזְכִּיר ביו"ט מַזְכִּיר ביו"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח בִּתְפִלַּת יוֹצֵר וּבַמּוּסָפִין פּוֹסֵק:
Deux tannaim — l'un dit : jusqu'à ce que Pessa'h soit passé on demande, et à plus forte raison l'on mentionne ; l'autre dit : la demande jusqu'à Pessa'h, et la mention, puisqu'il peut mentionner un jour de fête, il mentionne le premier jour de fête de Pessa'h dans la prière du matin et s'arrête à moussaf.
💡 Explication

La solution d'Oulla renonce à accorder les deux textes. Deux enseignants transmettent l'opinion de Rabbi Yehouda, et ils divergent. Rachi détaille les deux positions : pour le premier, on demande jusqu'à ce que Pessa'h soit passé, et la mention suit à plus forte raison ; pour le second, la demande s'arrête à l'entrée de Pessa'h, et la mention, qui peut se dire un jour de fête, se poursuit jusqu'à chaharit du premier jour, puis cesse à moussaf.

C'est cette lecture que la guemara retiendra, par deux fois, sous la formule mehavarta kid-Oulla, « il est clair qu'il faut s'en tenir à Oulla ».

7
רַב יוֹסֵף אָמַר: מַאי ״עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַפֶּסַח״ — עַד שֶׁיַּעֲבֹור שְׁלִיחַ צִבּוּר רִאשׁוֹן הַיּוֹרֵד בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח.

Rav Yossef a dit : que signifie « jusqu'à ce que Pessa'h soit passé » ? Jusqu'à ce que soit passé le premier officiant qui descend [devant l'arche] le premier jour de fête de Pessa'h.

📜 Rachi (1)
רַב יוֹסֵף אָמַר הַאי דְּקָתָנֵי עַד אֵימָתַי שׁוֹאֲלִין עַד שֶׁיַּעֲבֹור כו' ה"ק עַד שֶׁיַּעֲבֹור שְׁלִיחַ צִבּוּר כו' וְהַייְנוּ כְּאִידָךְ רַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִי' דְּאָמַר הָרִאשׁוֹן מַזְכִּיר הָאַחֲרוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר:
Rav Yossef a dit — ce que la baraita enseigne, « jusqu'à quand demande-t-on, jusqu'à ce que [Pessa'h] soit passé, etc. », veut dire : jusqu'à ce que soit passé l'officiant, etc. ; et cela rejoint l'autre [enseignement de] Rabbi Yehouda, celui de la michna, qui dit : celui de chaharit mentionne, celui de moussaf ne mentionne pas.
💡 Explication

Rav Yossef conserve l'unité de l'opinion de Rabbi Yehouda en déplaçant le sujet du verbe. Yaavor ne désigne pas le passage de la fête, mais le passage de l'officiant devant l'arche : ad she-yaavor chalia'h tsibbour. La baraita visait donc le matin du premier jour de Pessa'h, exactement comme la michna.

Rachi souligne le gain : ainsi lue, la baraita rejoint la seconde clause de la michna, où l'officiant de chaharit mentionne encore et celui de moussaf ne mentionne plus.

8
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: שְׁאֵלָה בְּיוֹם טוֹב מִי אִיכָּא?

Abaye lui a dit : y a-t-il une demande un jour de fête ?

📜 Rachi (1)
שְׁאֵלָה ביו"ט מִי אִיכָּא וְכִי מִתְפַּלֵּל הוּא תְּפִלַּת חוֹל שֶׁאַתָּה אוֹמֵר עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַפֶּסַח דְּהַייְנוּ זְמַן שְׁלִיחַ צִבּוּר שֶׁל תְּפִלַּת יו"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח:
Y a-t-il une demande un jour de fête — prie-t-il donc la prière des jours ouvrables, pour que tu dises « jusqu'à ce que Pessa'h soit passé », c'est-à-dire le moment de l'officiant de la prière du premier jour de fête de Pessa'h ?
💡 Explication

L'objection est simple et décisive. La baraita parle de la demande de pluie. Or la demande se loge dans birkat ha-chanim, qui ne se récite pas un jour de fête. Si la baraita fixe sa borne au matin du premier jour de Pessa'h, elle parlerait d'une demande qui n'existe pas ce jour-là.

9
אֲמַר לֵיהּ: אֵין שׁוֹאֵל מְתֻורְגְּמָן. וְכִי מְתֻורְגְּמָן שׁוֹאֵל דָּבָר שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לַצִּבּוּר? אֶלָּא מְחַוַּורְתָּא, כִּדְעֻולָּא.

Il lui a dit : oui, il y a la demande du metourgueman. Mais le metourgueman demanderait-il une chose dont la communauté n'a pas besoin ?

Il est donc clair qu'il faut s'en tenir à Oulla.

📜 Rachi (2)
אָמַר לֵיהּ אֵין שְׁאֵלָה דִּמְתֻורְגְּמָן בַּדְּרָשָׁה שֶׁהוּא דּוֹרֵשׁ אוֹמֵר בִּרְכַּת שְׁאֵלָה לְבַדָּהּ:
Il lui a dit : oui, il y a la demande du metourgueman — dans la dercha qu'il expose, il dit la bénédiction de demande à part.
דָּבָר שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לַצִּבּוּר דְּכֵיוָן דִּזְמַן הַפְסָקָה הוּא לָאו אוֹרַח אַרְעָא לְמִישְׁאַל בְּצִבּוּר דָּבָר שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ:
Une chose dont la communauté n'a pas besoin — puisque c'est le moment de l'interruption, il n'est pas convenable de demander en public une chose dont on n'a pas besoin.
💡 Explication

Rav Yossef répond que la demande visée n'est pas celle de la amida. Le metourgueman, celui qui expose publiquement l'enseignement, formulait à part une bénédiction de demande, en dehors de la prière obligatoire. Ce cadre échappe à l'interdit de réciter birkat ha-chanim un jour de fête.

La guemara retourne l'argument : puisque le moment est précisément celui où l'on cesse de demander la pluie, le metourgueman ne demanderait pas publiquement une chose devenue inutile à la communauté. La lecture de Rav Yossef tombe à son tour, et la guemara revient à Oulla.

10
רַבָּה אָמַר: מַאי ״עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַפֶּסַח״ — עַד שֶׁיַּעֲבֹור זְמַן שְׁחִיטַת הַפֶּסַח. וְכִתְחִילָּתוֹ כֵּן סוֹפוֹ: מַה תְּחִילָּתוֹ — מַזְכִּיר אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ שׁוֹאֵל, אַף סוֹפוֹ — מַזְכִּיר אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ שׁוֹאֵל.

Rabba a dit : que signifie « jusqu'à ce que Pessa'h soit passé » ? Jusqu'à ce que soit passé le temps de l'abattage du sacrifice de Pessa'h.

Et sa fin est comme son commencement : de même qu'à son commencement il mentionne quoiqu'il ne demande pas, de même à sa fin il mentionne quoiqu'il ne demande pas.

📜 Rachi (2)
עַד שֶׁיַּעֲבֹור זְמַן שְׁחִיטַת פֶּסַח חֲצוֹת יוֹם דְּאַרְבָּעָה עָשָׂר עַד שֶׁיַּעֲבֹור חֲצוֹת דְּהַייְנוּ כָּל תְּפִלַּת יוֹצֵר וְאַשְׁמְעִינַן ר' יְהוּדָה דִּבְמִנְחָה דְּעַרְבֵי פְּסָחִים אע"ג דְּמַצְלִינַן תְּפִלַּת חוֹל מִפְּסִיקִינַן וְלֹא יֹאמַר וְתֵן טַל וּמָטָר ואע"ג דְּמַדְכְּרִינַן עַד לְמָחָר בְּמוּסָפִין פּוֹסֵק הַשְּׁאֵלָה בִּתְפִלַּת מִנְחָה שֶׁל עֶרֶב יו"ט הָרִאשׁוֹן וְהַזְכָּרָה שֶׁיָּכוֹל לְהַזְכִּיר בְּיוֹם טוֹב מַזְכִּיר עַד תְּפִלַּת מוּסָף שֶׁל יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן:
Jusqu'à ce que soit passé le temps de l'abattage du pessa'h — midi du quatorze ; jusqu'à ce que midi soit passé, c'est-à-dire toute la prière du matin. Rabbi Yehouda nous apprend ainsi qu'à minha de la veille de Pessa'h, bien que nous priions la prière des jours ouvrables, nous interrompons et l'on ne dit pas ve-ten tal ou-matar ; et bien que nous mentionnions jusqu'au lendemain, à moussaf, la demande s'arrête à la prière de minha de la veille du premier jour de fête, tandis que la mention, qui peut se dire un jour de fête, se poursuit jusqu'à la prière de moussaf du premier jour de fête.
כִּתְחִילָּתוֹ שֶׁהוּא מַזְכִּיר תְּחִלָּה בְּיוֹם טוֹב אַחֲרוֹן שֶׁל חַג וְאֵינוֹ שׁוֹאֵל עַד לְאַחַר הֶחָג כָּךְ בְּסוֹפוֹ אֵינוֹ שׁוֹאֵל בְּמִנְחָה עֶרֶב יו"ט הָרִאשׁוֹן וּמַזְכִּיר עַד מוּסָף שֶׁל יו"ט רִאשׁוֹן וְהָכָא לֵיכָּא לְמִיפְרַךְ שְׁאֵלָה ביו"ט מִי אִיכָּא:
Comme son commencement — où il mentionne d'abord, au dernier jour de fête de Souccot, et ne demande qu'après la fête ; ainsi à sa fin, il ne demande pas à minha de la veille du premier jour de fête et mentionne jusqu'à moussaf du premier jour de fête. Et ici, l'on ne peut pas objecter : y a-t-il une demande un jour de fête ?
💡 Explication

Rabba garde l'unité de Rabbi Yehouda par une autre voie. Pessa'h désigne ici le sacrifice et non la fête : le terme butoir est la fin du temps de son abattage, c'est-à-dire midi du quatorze Nissan. La demande cesse donc à minha de la veille de Pessa'h, alors même que cette prière est encore une prière de jour ouvrable.

Reste la mention, qui continue jusqu'à moussaf du premier jour de fête. Rabba la justifie par une symétrie : au commencement de la saison, au dernier jour de fête de Souccot, on mentionne la pluie sans encore la demander ; à la fin, on la mentionne encore sans plus la demander. Comme le note Rachi, cette lecture évite l'objection faite à Rav Yossef, puisqu'elle ne place aucune demande un jour de fête.

🖼️ Schéma
La symétrie de Rabba : mentionner sans demander, aux deux bouts de la saison Commencement, à Souccot Moussaf du dernier jour de fête : on mentionne Après la fête, au sept de Marheshvan : on demande intervalle où l'on mentionne sans demander Fin, à Pessa'h Minha du quatorze Nissan : on cesse de demander Moussaf du premier jour de fête : on cesse de mentionner intervalle où l'on mentionne sans demander Avantage de cette lecture : aucune demande n'est placée un jour de fête, donc l'objection faite à Rav Yossef ne porte plus. La demande s'arrête la veille, dans une prière de jour ouvrable. Objection d'Abaye : les deux intervalles ne se ressemblent qu'en apparence — à gauche la mention prépare une demande à venir, à droite elle ne prépare plus rien.
Les deux intervalles que Rabba tient pour parallèles, et le point où Abaye brise le parallèle.
11
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: בִּשְׁלָמָא תְּחִילָּתוֹ מַזְכִּיר — הַזְכָּרָה נָמֵי רִיצּוּי שְׁאֵלָה הִיא, אֶלָּא סוֹפוֹ, מַאי רִיצּוּי שְׁאֵלָה אִיכָּא? אֶלָּא מְחַוַּורְתָּא כִּדְעֻולָּא.

Abaye lui a dit : à son commencement, il est entendu qu'il mentionne, car la mention est aussi un apaisement [qui prépare] la demande ; mais à sa fin, quel apaisement en vue d'une demande y a-t-il ? Il est donc clair qu'il faut s'en tenir à Oulla.

📜 Rachi (2)
דְּהַזְכָּרָה נָמֵי צֹורֶךְ שְׁאֵלָה הִיא שֶׁמְּרַצֶּה תְּחִילָּה לְפִי שא"א לוֹ לִשְׁאוֹל ביו"ט וְכֵיוָן דְּאִיכָּא שְׁאֵלָה אַבָּתְרֵיהּ מַזְכִּיר הוּא לְרִצּוּיֵי בְּעָלְמָא:
Car la mention est aussi un besoin de la demande — il apaise d'abord, puisqu'il lui est impossible de demander un jour de fête ; et comme une demande viendra ensuite, il mentionne simplement pour apaiser.
אֲבָל סוֹפוֹ לָמָּה הוּא מַזְכִּיר הוֹאִיל וְאֵינוֹ צָרִיךְ לִשְׁאוֹל מִכָּאן וְאֵילָךְ הָא כֵּיוָן דְּאַפְסַקְתְּ מֵאֶתְמוֹל גַּלִּית אַדַּעְתָּךְ דְּלָא נִיחָא לָךְ בְּהוּ וְאַמַּאי מַזְכִּיר:
Mais à sa fin — pourquoi mentionne-t-il, puisqu'il n'a plus besoin de demander désormais ? Dès lors que tu as interrompu depuis la veille, tu as dévoilé ton intention : les pluies ne te conviennent plus. Pourquoi donc mentionner ?
💡 Explication

Abaye accepte le fait, mais refuse la symétrie. La mention n'a pas de valeur autonome : elle est un ritsouy, un apaisement qui prépare la demande. Rachi l'explique dans les deux sens. Au commencement, comme il est impossible de demander un jour de fête et qu'une demande viendra ensuite, on mentionne pour disposer favorablement.

À la fin, aucune demande ne suivra. Pire, dit Rachi : en interrompant la demande dès la veille, on a déjà fait savoir que les pluies ne conviennent plus. Continuer à les mentionner n'aurait plus d'objet. La lecture de Rabba est écartée, et la guemara revient une seconde fois à Oulla.

12
אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרַבִּי אַסִּי: וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהִתְנָן: בִּשְׁלשָׁה בְּמַרְחֶשְׁווָן שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים, רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: בְּשִׁבְעָה בּוֹ. וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל!

Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est selon Rabbi Yehouda. Rabbi Zeira a dit à Rabbi Assi : Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ?

N'avons-nous pas appris : le trois de Marheshvan on demande les pluies, Rabban Gamliel dit : le sept du mois. Et Rabbi Elazar a dit : la halakha est selon Rabban Gamliel !

📜 Rachi (4)
הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְכוּ':
La halakha est selon Rabbi Yehouda — qui dit : celui qui passe devant l'arche, etc.
מִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּמַזְכִּיר ביו"ט הָאַחֲרוֹן:
Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela — que la halakha est selon Rabbi Yehouda, lequel mentionne au dernier jour de fête ?
בִּשְׁלֹשָׁה בְּמַרְחֶשְׁוָן הָכִי קִים לְהוּ דַּהֲוָה זְמַן גְּשָׁמִים כו':
Le trois de Marheshvan — ils tenaient ainsi que c'était le temps des pluies, etc.
הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּאֵינוֹ שׁוֹאֵל עַד שִׁבְעָה בְּמַרְחֶשְׁוָן וְקָא ס"ד דִּבְמָקוֹם שֶׁהוּא שׁוֹאֵל מַזְכִּיר עַד דִּמְשַׁנֵּי לְקַמָּן:
La halakha est selon Rabban Gamliel — qui ne demande qu'au sept de Marheshvan ; et l'on pense pour l'instant que là où l'on demande, on mentionne, jusqu'à ce que la guemara distingue plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
וְאָמַר ר' אֶלְעָזָר הֲלָכָה כְּר"ג דְּאָמַר דְּאֵין שׁוֹאֲלִין עַד שִׁבְעָה וְכוּ'. פֵּירוּשׁ וְאַתְּ אָמְרַתְּ הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בְּהָא דְּקָאָמַר בְּמָתְנֵי' רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בי"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר וְהָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר וּמִדְּמִינַּן לְעֵיל שְׁאֵלָה לְהַזְכָּרָה דְּפָרִיךְ וּרְמִינְהוּ עַד מָתַי שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים עַד שֶׁיַּעֲבֹור וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי גַּבְרָא אַגַּבְרָא וְכוּ':
« Et Rabbi Elazar a dit : la halakha est selon Rabban Gamliel », qui dit qu'on ne demande qu'au sept [de Marheshvan], etc. Explication : or toi, tu dis que la halakha est selon Rabbi Yehouda dans ce qu'il énonce dans la michna, « Rabbi Yehouda dit : celui qui passe devant l'arche au dernier jour de fête de Souccot, celui de moussaf mentionne et celui de chaharit ne mentionne pas » ; et nous avons assimilé plus haut la demande à la mention, puisque la guemara objecte : « et l'on oppose : jusqu'à quand demande-t-on les pluies ? jusqu'à ce que [Pessa'h] soit passé, etc. », et répond : « un homme contre un homme », etc.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אֵין שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים אֶלָּא סָמוּךְ לַגְּשָׁמִים ר' יְהוּדָה אוֹמֵר הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בי"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר הָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר בי"ט רִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח הָרִאשׁוֹן מַזְכִּיר וְהָאַחֲרוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר. בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' א) פָּרִיךְ וְיַזְכִּיר מִבְּעֶרֶב דְּכֵיוָן דְּעָבְרוּ יְמֵי הֶחָג וְאֵין הַגְּשָׁמִים סִימַן קְלָלָה רָאוּי הָיָה שֶׁיַּתְחִיל מִיָּד בָּעֶרֶב. וּמְשַׁנֵּי לֵית כָּל עַמָּא תַּמָּן. כְּלוֹמַר אֵין כָּל הָעָם מִצָּוְיִין בָּעֶרֶב בְּבֵית הַכְּנֶסֶת נִמְצָא זֶה מַזְכִּיר וְזֶה אֵינוֹ מַזְכִּיר וְיִהְיוּ אֲגֻודּוֹת אֲגֻודּוֹת. וְתוּ פָּרִיךְ וְיַזְכִּיר בְּשַׁחֲרִית אַף הוּא סָבַר שֶׁהִזְכִּיר בָּעֶרֶב וְהָוֵי הוּא מִדְּכַר מִיגּוֹ דְּחֻמּוֹ לוֹן דְּלָא מִידְכָּר בְּקַמַּיְיתָא וּמִדִּבְרֵי בְּבָתְרָייָתָא אַף הוּא יוֹדֵעַ שֶׁלֹּא לְהַזְכִּיר מִבְּעֶרֶב. פֵּירוּשׁ שֶׁאִם הָיוּ מַזְכִּירִין בַּבֹּוקֶר יִהְיֶה סָבוּר שֶׁגַּם מִבְּעֶרֶב הִזְכִּירוּ לַשָּׁנָה הַבָּאָה יַזְכִּירוּ מִבְּעֶרֶב. וְעוֹד מְפָרֵשׁ טַעַם אַחֵר בַּיְּרוּשַׁלְמִי (שָׁם) רַבִּי חַגַּי בְּשֵׁם רַבִּי פְּדָת אָמַר אָסוּר לְיָחִיד לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר. נִרְאֶה לִי דְּהַאי טַעְמָא קָאֵי אַפִּירְכָא תִּנְייָנָא דְּפָרִיךְ וְיַזְכִּיר בְּשַׁחֲרִית וְקָאָמַר שֶׁאֵין לַיָּחִיד לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר. פֵּירוּשׁ שֶׁיֹּאמַר קֹודֶם תְּפִלַּת מוּסָף בְּקוֹל רָם מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם. וְהַאי אִי אֶפְשָׁר בַּבֹּוקֶר לְפִי שֶׁאֵין יָכוֹל לְהַפְסִיק בֵּין גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה.וְתוּ גָּרְסִי' בִּירוּשַׁלְמִי הֲדָא דְּתֵימָא אָסוּר לְיָחִיד לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר בְּגֶשֶׁם קַמָּא לְצִלּוּתָא כְּמוֹ שֶׁהִזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר פֵּירוּשׁ הַבָּא לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְעָמְדוּ הָעָם לְהִתְפַּלֵּל מוּסָף וְלֹא שָׁמַע שֶׁאָמַר ש"צ מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם מַזְכִּיר אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי שְׁלִיחַ צִבּוּר. וְכֵן כָּתַב רַבֵּינוּ אבי"ה זַ"ל דְּאָסוּר לְיָחִיד לְהַקְדִּים תְּפִלָּתוֹ לִתְפִלַּת צִבּוּר אַף אִם הָיָה חוֹלֶה אוֹ אָנוּס לְפִי שֶׁאָסוּר לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר בֵּין בְּלַחַשׁ בֵּין בְּקוֹל רָם אֲבָל אִם בָּא לְהִתְפַּלֵּל וְהַצִּבּוּר הִתְחִילוּ לְהִתְפַּלֵּל יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל וּלְהַזְכִּיר אע"פ שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי שְׁלִיחַ צִבּוּר וּבְסֵדֶר רַב עַמְרָם זַ"ל כָּתוּב שֶׁאַחַר שֶׁהִזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר בְּמוּסָף מַתְחִילִין הָעָם לְהַזְכִּיר בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה. וְדִיֵּיק מִלִּישָּׁנָא דְּמַתְנִי' הָעֻובָּר לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְכוּ' הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר מַשְׁמַע דְּדַוְקָא הָעֻובָּר לִפְנֵי הַתֵּיבָה דְּהַייְנוּ שְׁלִיחַ צִבּוּר מִדְּלָא תָּנֵי בְּמוּסָף מַזְכִּירִין וְאֶפְשָׁר שֶׁגַּם מִן הַיְּרוּשַׁלְמִי דִּקְדְּקָה דְּקָאָמַר אָסוּר לְיָחִיד לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר בְּגֶשֶׁם וְלֹא נָהוּג עָלְמָא כָּךְ. וְגַם ר' אֱלִיעֶזֶר וְר' יְהוֹשֻׁעַ לֹא הִזְכִּירוּ בְּדִבְרֵיהֶם חִילּוּק בֵּין שְׁלִיחַ צִבּוּר לִשְׁאָר הָעָם וְר' יְהוּדָה לֹא נֶחְלַק עֲלֵיהֶם אֶלָּא בִּזְמַן הַזְכָּרָה וְלֹא בָּא לְחַדֵּשׁ דָּבָר אַחֵר. וְהַאי דִּנְקַט הָעֻובָּר לִפְנֵי הַתֵּיבָה שֶׁתָּלָה בִּשְׁלִיחַ צִבּוּר הַיְינוּ טַעְמָא כִּדְאִיתְּמַר בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁהוּא מַזְכִּיר תְּחִילָּה. עוֹד מְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' ב') טַעַם אַחֵר רַבִּי אָבִין בְּשֵׁם ר' יוֹחָנָן טַעְמָא דְּר' יְהוּדָה כְּדֵי שֶׁיֵּצְאוּ הַמּוֹעֲדוֹת בָּטֵל מִפְּנֵי שֶׁהַטַּל סִימָן יָפֶה לְעוֹלָם וְהַאי טַעְמָא קָאֵי אַהַזְכָּרָה וְלֹא אַהַפָּסְקָה. כִּי בי"ט הַכֹּל בָּאִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת בָּעֶרֶב כִּי אֵין עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּחוֹל הַמּוֹעֵד. וּלְכָךְ אֵין מַסְפִּיק טַעַם הָרִאשׁוֹן. וּלְכָךְ מְפָרֵשׁ כְּדֵי שֶׁיַּזְכִּיר טַל בַּמּוֹעֲדוֹת בְּעַרְבִית וּבְשַׁחֲרִית. א"ר ר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה וַאֲנַן דְּאִית לַן תְּרֵי יוֹמֵי הֵיכִי עָבְדִינַן. אָמַר רַב מַתְחִיל בְּמוּסָפִין וּפוֹסֵק בְּמִנְחָה עַרְבִית וְשַׁחֲרִית וְחוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל בְּמוּסָפִין. רָבָא אָמַר כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק. וְאַף רַב הֲדַר בֵּיהּ דְּאָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב מוֹנֶה אָדָם עֶשְׂרִים וְאֶחָד כְּדֶרֶךְ שְׁמוֹנָה מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה עַד יוה"כ וְכֵיוָן שֶׁהִתְחִיל שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק. וְהִלְכְתָא כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק:
Michna : on ne demande les pluies qu'à l'approche des pluies. Rabbi Yehouda dit : celui qui passe devant l'arche au dernier jour de fête de Souccot, celui de moussaf mentionne, celui de chaharit ne mentionne pas ; le premier jour de fête de Pessa'h, celui de chaharit mentionne, celui de moussaf ne mentionne pas. — Dans le Yerouchalmi (halakha 1) on objecte : qu'il mentionne donc dès le soir ! Car puisque les jours de la fête sont passés et que les pluies ne sont plus un signe de malédiction, il conviendrait de commencer dès le soir. Et l'on répond : tout le peuple n'est pas là. C'est-à-dire que tout le peuple ne se trouve pas le soir à la synagogue ; il en résulterait que l'un mentionnerait et l'autre non, et l'on se diviserait en groupes séparés. On objecte encore : qu'il mentionne donc à chaharit ! [Réponse :] lui aussi croirait qu'on a mentionné la veille au soir, alors que, du fait qu'ils voient qu'on ne mentionne pas dans la première prière et qu'on mentionne dans la dernière, chacun sait qu'il ne faut pas mentionner dès le soir. Explication : si l'on mentionnait le matin, on croirait qu'on avait aussi mentionné la veille au soir, et l'année suivante on mentionnerait dès le soir. Le Yerouchalmi (ibid.) donne encore une autre raison : Rabbi Haggai au nom de Rabbi Pedat a dit : il est interdit à un particulier de mentionner avant que l'officiant ait mentionné. Il me semble que cette raison répond à la seconde objection, « qu'il mentionne donc à chaharit », et qu'elle enseigne qu'un particulier ne doit pas mentionner avant que l'officiant ait mentionné. C'est-à-dire que l'officiant dise à voix haute, avant la prière de moussaf, machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem. Et cela est impossible le matin, car on ne peut pas interrompre entre gueoula et tefila. Nous lisons encore dans le Yerouchalmi : ce que tu dis, qu'il est interdit à un particulier de mentionner avant que l'officiant ait mentionné, porte sur la première mention de la pluie ; celui qui vient à la prière, c'est comme si l'officiant avait mentionné. Explication : celui qui arrive à la synagogue alors que le peuple s'est déjà levé pour prier moussaf, et qui n'a pas entendu l'officiant dire machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem, mentionne tout de même, bien qu'il ne l'ait pas entendu de la bouche de l'officiant. Ainsi a écrit Rabbenou Avia, de mémoire bénie : il est interdit à un particulier de devancer sa prière par rapport à celle de la communauté, même s'il était malade ou empêché, car il est interdit de mentionner avant que l'officiant ait mentionné, que ce soit à voix basse ou à voix haute ; mais s'il vient prier et que la communauté a déjà commencé à prier, il peut prier et mentionner, bien qu'il ne l'ait pas entendu de la bouche de l'officiant. Et dans le Seder de Rav Amram, de mémoire bénie, il est écrit qu'après que l'officiant a mentionné à moussaf, le peuple commence à mentionner à la prière de minha. Il le déduit du libellé de la michna, « celui qui passe devant l'arche... celui de moussaf mentionne », ce qui implique qu'il s'agit précisément de celui qui passe devant l'arche, c'est-à-dire l'officiant, puisqu'elle n'enseigne pas « à moussaf on mentionne ». Il est possible qu'il l'ait aussi déduit du Yerouchalmi, qui dit qu'il est interdit à un particulier de mentionner avant que l'officiant ait mentionné la pluie. Mais l'usage du monde n'est pas ainsi. De plus, Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua n'ont marqué dans leurs propos aucune distinction entre l'officiant et le reste du peuple, et Rabbi Yehouda n'a discuté avec eux que sur le moment de la mention, sans venir innover autre chose. Et s'il a dit « celui qui passe devant l'arche », rattachant la chose à l'officiant, la raison en est celle énoncée dans le Yerouchalmi : c'est lui qui mentionne le premier. Le Yerouchalmi (halakha 2) donne encore une autre raison : Rabbi Avin au nom de Rabbi Yo'hanan : la raison de Rabbi Yehouda est que les fêtes se terminent avec la rosée, car la rosée est un bon signe pour le monde. Cette raison porte sur la mention et non sur l'interruption, car un jour de fête tous viennent à la synagogue le soir, puisqu'on ne travaille pas pendant le hol ha-moed ; la première raison ne suffit donc pas, et il explique : afin que l'on mentionne la rosée pendant les fêtes, à arvit et à chaharit. Rabbi Yossi bar Hanina a dit : la halakha est selon Rabbi Yehouda. Et nous qui avons deux jours, comment faisons-nous ? Rav a dit : il commence à moussaf, s'arrête à minha, à arvit et à chaharit, et reprend la prière à moussaf. Rava a dit : dès lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus. Et Rav lui-même s'est rétracté, car Rav Hananel a dit au nom de Rav : on compte vingt et un [jours] comme on compte de Roch Hachana a Yom Kippour, et dès lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus. Et la halakha est : des lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus.
💡 Explication

Le folio ouvre un second front, halakhique. Rabbi Yo'hanan tranche comme Rabbi Yehouda : la mention commence au moussaf du dernier jour de fête de Souccot. Or son disciple Rabbi Elazar tranche comme Rabban Gamliel : la demande ne commence qu'au sept de Marheshvan, soit environ deux semaines plus tard.

La difficulté suppose que demande et mention commencent ensemble. Rachi le dit explicitement : on pense pour l'instant que là où l'on demande, on mentionne, jusqu'à ce que la guemara distingue plus loin. Tossefot précise la charnière : c'est la guemara elle-même qui a rapproché les deux actes, plus haut, en opposant la baraita à la michna.

Le Roch profite de cette michna pour rassembler tout ce que le Yerouchalmi dit du motif de Rabbi Yehouda, et pour en tirer une question pratique restée célèbre : un particulier peut-il mentionner la pluie avant que l'officiant l'ait fait ?

🖼️ Schéma
Rabbi Yo'hanan contre son propre disciple Rabbi Yo'hanan, rapporté par Rabbi Assi halakha selon Rabbi Yehouda la mention commence au moussaf du dernier jour de fête de Souccot Rabbi Elazar, son disciple halakha selon Rabban Gamliel la demande commence au sept de Marheshvan Le choc n'existe que si demande et mention vont de pair : environ deux semaines séparent les deux dates. Rachi : on le pense pour l'instant, jusqu'à ce que la guemara distingue plus loin. Première réponse de Rabbi Assi : gavra a-gavra — tu opposes un maître à un maître, ce qui n'est pas une contradiction.
Les deux décisions en présence et la raison pour laquelle elles semblent incompatibles.
13
אֲמַר לֵיהּ: גַּבְרָא אַגַּבְרָא קָא רָמֵית?! אִיבָּעֵית אֵימָא, לָא קַשְׁיָא: כָּאן לִשְׁאוֹל, כָּאן לְהַזְכִּיר.

Il lui a dit : opposes-tu un homme à un homme ? Ou, si tu veux, dis : il n'y a pas de difficulté — ici il s'agit de demander, là il s'agit de mentionner.

📜 Rachi (2)
כָּאן לִשְׁאוֹל בְּשִׁבְעָה בְּמַרְחֶשְׁוָן:
Ici pour demander — au sept de Marheshvan.
כָּאן לְהַזְכִּיר מיו"ט הָאַחֲרוֹן וְר' יוֹחָנָן אִית לֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר:
Ici pour mentionner — depuis le dernier jour de fête ; et Rabbi Yo'hanan tient comme Rabbi Elazar.
💡 Explication

Deux réponses. La première est formelle : gavra a-gavra ka ramit, tu opposes un maître à un maître. Rabbi Elazar était le disciple de Rabbi Yo'hanan, mais les deux décisions n'ont pas à s'accorder, et une divergence entre eux ne constitue pas une contradiction interne.

La seconde reprend la distinction du folio : la décision de Rabbi Elazar porte sur la demande, qui commence au sept de Marheshvan, et celle de Rabbi Yo'hanan sur la mention, qui commence au dernier jour de fête. Rachi ajoute que, dans cette lecture, Rabbi Yo'hanan souscrit en réalité à l'avis de Rabbi Elazar.

14
וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּמָקוֹם שֶׁשּׁוֹאֵל מַזְכִּיר! הַהוּא לְהַפְסָקָה אִיתְּמַר. וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִתְחִיל לְהַזְכִּיר — מַתְחִיל לִשְׁאוֹל, פָּסַק מִלִּשְׁאֹול — פּוֹסֵק מִלְּהַזְכִּיר.

Mais Rabbi Yo'hanan a dit : là où l'on demande, on mentionne ! Cela a été énoncé pour l'interruption.

Mais Rabbi Yo'hanan a dit : dès qu'il commence à mentionner, il commence à demander ; dès qu'il cesse de demander, il cesse de mentionner !

📜 Rachi (5)
וְהָא א"ר יוֹחָנָן בִּמְקוֹם שֶׁשּׁוֹאֵל מַזְכִּיר בְּמָקוֹם שֶׁאֵינוֹ שׁוֹאֵל אֵינוֹ מַזְכִּיר וְהֵיכִי א"ר יוֹחָנָן דַּהֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה שֶׁמַּזְכִּיר ביו"ט הָאַחֲרוֹן הָא לֵיכָּא שְׁאֵלָה דְּאֵין אוֹמֵר בִּרְכַּת הַשָּׁנִים ביו"ט:
Mais Rabbi Yo'hanan a dit : là où l'on demande, on mentionne — [donc] là où l'on ne demande pas, on ne mentionne pas. Comment alors Rabbi Yo'hanan a-t-il pu dire que la halakha est selon Rabbi Yehouda, qui mentionne au dernier jour de fête ? Il n'y a pourtant pas de demande ce jour-là, puisqu'on ne dit pas birkat ha-chanim un jour de fête.
לְהַפְסָקָה אִיתְּמַר דִּכְשֶׁהוּא מַפְסִיק לִשְׁאֵלָה בְּעֶרֶב הַפֶּסַח פּוֹסֵק נָמֵי לְהַזְכָּרָה דְּהָכִי מַשְׁמַע בְּמָקוֹם שֶׁשּׁוֹאֵל מַזְכִּיר:
Cela a été énoncé pour l'interruption — lorsqu'il interrompt la demande la veille de Pessa'h, il interrompt aussi la mention ; voilà ce que signifie : là où l'on demande, on mentionne.
וְהָא תַּרְוַיְיהוּ אִיתְּמַר הַתְחָלָה וְהַפְסָקָה:
Mais les deux ont été énoncés — le commencement et l'interruption.
יַתְחִיל לִשְׁאוֹל דְּהַייְנוּ בְּחוֹל שֶׁיָּכוֹל לִשְׁאוֹל:
Il commencera à demander — c'est-à-dire un jour ouvrable, où il peut demander.
פָּסַק מִלִּשְׁאֹול בְּעֶרֶב הַפֶּסַח פּוֹסֵק מִלְּהַזְכִּיר אַלְמָא לָא סְבִירָא לֵיהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה וְהֵיכִי אָמַר הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ:
Il a cessé de demander — la veille de Pessa'h, il cesse aussi de mentionner. Il ne tient donc pas comme Rabbi Yehouda ; comment a-t-il pu dire que la halakha est comme lui ?
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בְּמָקוֹם שֶׁשּׁוֹאֲלִין הַגְּשָׁמִים מַזְכִּיר. וּמְשַׁנֵּי הַהוּא לְהַפְסָקָה פִּי' דִּבְמָקוֹם שֶׁמַּפְסִיק מִלִּשְׁאֹול מַפְסִיק מִלְּהַזְכִּיר אֲבָל מַתְחִיל קֹודֶם לְהַזְכִּיר וְטַעְמָא הָוֵי דְּהַזְכָּרָה הֲוָה רִיצּוּי שְׁאֵלָה ומש"ה לֵיכָּא חֲשָׁשָׁא אִם מַזְכִּיר קֹודֶם:
« Mais Rabbi Yo'hanan a dit : là où l'on demande les pluies, on mentionne. » Et elle répond : cela a été énoncé pour l'interruption. Explication : là où il interrompt la demande, il interrompt la mention ; mais il commence à mentionner avant. Et la raison est que la mention constitue un apaisement en vue de la demande ; c'est pourquoi il n'y a aucune crainte à mentionner plus tôt.
💡 Explication

La seconde réponse se heurte à une déclaration de Rabbi Yo'hanan lui-même : bimkom she-choel mazkir, là où l'on demande, on mentionne. Rachi en tire la contraposee : là où l'on ne demande pas, on ne mentionne pas. Or le dernier jour de fête de Souccot est précisément un jour où la demande est impossible.

La guemara restreint la portée de cette déclaration : elle vise l'interruption, non le commencement. Tossefot explique la logique de cette restriction : la mention peut commencer avant la demande, puisqu'elle sert d'apaisement pour la demande à venir ; commencer plus tôt ne présente donc aucun inconvénient.

L'objection revient alors sous une forme plus précise, car Rabbi Yo'hanan a énoncé les deux bouts à la fois : le commencement et l'interruption. La distinction entre les deux ne tient plus.

15
אֶלָּא, לָא קַשְׁיָא: הָא לָן, הָא לְהוּ. מַאי שְׁנָא לְדִידַן — דְּאִית לַן פֵּירֵי בְּדַבְרָא, לְדִידְהוּ נָמֵי אִית לְהוּ עוֹלֵי רְגָלִים!

Il n'y a donc pas de difficulté : ceci vaut pour nous, cela vaut pour eux. En quoi notre cas diffère-t-il ?

En ce que nous avons des fruits dans les champs. Mais eux aussi ont les pèlerins !

📜 Rachi (4)
הָא לַן וְהָא לְהוּ לִבְנֵי בָּבֶל שֶׁיֵּשׁ לָנוּ תְּבוּאָה וּפֵירוֹת בַּשָּׂדֶה כָּל תִּשְׁרֵי אֵין מַזְכִּירִין עַד שִׁבְעָה בְּמַרְחֶשְׁוָן וְשָׁם שׁוֹאֲלִים כִּדְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מַתְחִיל לְהַזְכִּיר מַתְחִיל לִשְׁאוֹל:
Ceci pour nous et cela pour eux — pour les gens de Bavel, qui avons du grain et des fruits dans les champs durant tout Tichri, on ne mentionne qu'au sept de Marheshvan, et c'est alors que l'on demande, conformément à ce que dit Rabbi Yo'hanan : quand il commence à mentionner, il commence à demander.
וְהָא לְהוּ לִבְנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל דְּקוֹצְרִין בְּנִיסָן וְאוֹסְפִין בְּתִשְׁרֵי מַזְכִּירִין בי"ט הָאַחֲרוֹן כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר רַב אַסִּי הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ:
Et cela pour eux — pour les gens d'Eretz Yisrael, qui moissonnent en Nissan et rentrent la récolte en Tichri : ils mentionnent au dernier jour de fête, selon Rabbi Yehouda, dont Rav Assi a dit que la halakha est comme lui.
בְּדַבְרָא מִדְבָּר כְּלוֹמַר בַּשָּׂדוֹת:
Be-davra — midbar, c'est-à-dire dans les champs.
אִית לְהוּ עוֹלֵי רְגָלִים וְאִם יָרְדוּ לָהֶן גְּשָׁמִים קָשֶׁה לָהֶן בַּחֲזִירָתָן:
Ils ont des pèlerins — et si les pluies tombaient sur eux, leur retour en serait pénible.
🗂️ Tossefot (2)
הָא לָן. פֵּירוּשׁ לִבְנֵי בָּבֶל עַד לְאַחַר שִׁבְעָה בְּמַרְחֶשְׁוָן דְּאִית לְהוּ פֵּירֵי בְּדַבְרָא וּבְאֶרֶץ לֵיכָּא חֲשָׁשָׁא דְּהָא יְכוֹלִים פֵּירוֹתֵיהֶן לִהְיוֹת יְבֵשִׁים בְּלֹא הוֹלָכָה לַמִּדְבָּר:
« Ceci pour nous » — explication : pour les gens de Bavel, jusqu'après le sept de Marheshvan, car ils ont des fruits dans les champs ; en Eretz Yisrael cette crainte ne se pose pas, car leurs fruits peuvent sécher sans qu'on ait à les porter aux champs.
וְהָא לְהוּ. כִּי הַמַּתְחִיל לְהַזְכִּיר יַתְחִיל לִשְׁאוֹל:
« Et cela pour eux » — car celui qui commence à mentionner commence à demander.
💡 Explication

La résolution devient géographique. Ha lan ve-ha lahou : la décision de Rabbi Elazar, qui retarde la demande au sept de Marheshvan, vaut pour Bavel ; celle de Rabbi Yo'hanan, qui suit Rabbi Yehouda, vaut pour Eretz Yisrael. Rachi donne le motif agricole : à Bavel, grain et fruits restent aux champs durant tout Tichri, et la pluie y nuirait. En Eretz Yisrael, on moissonne en Nissan et l'on rentre la récolte en Tichri.

Tossefot précise le contraste : en Eretz Yisrael la crainte ne se pose pas, les fruits pouvant sécher sans qu'on les laisse exposés dehors.

La guemara objecte aussitôt : Eretz Yisrael a son propre motif de retard, les olei regalim, les pèlerins qui rentrent chez eux après la fête et pour qui la pluie serait pénible. La différence entre les deux pays ne suffit donc pas.

16
כִּי קָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם. הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי — הָא וְהָא לְדִידְהוּ, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים, כָּאן בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים.

Lorsque Rabbi Yo'hanan a parlé, c'était au temps où le Temple n'est pas debout. Maintenant que tu en es arrivé là, l'un et l'autre valent pour eux, et il n'y a pas de difficulté : ici, au temps où le Temple est debout ; là, au temps où le Temple n'est pas debout.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא כִּי א"ר יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה דְּמַזְכִּיר מיו"ט הָאַחֲרוֹן כו' בִּזְמַן שֶׁאֵין בהמ"ק קַיָּים וְלֵיכָּא עוֹלֵי רְגָלִים מַזְכִּיר:
Mais lorsque Rabbi Yo'hanan a dit — que la halakha est selon Rabbi Yehouda, qui mentionne depuis le dernier jour de fête, etc. : c'est au temps où le Temple n'est pas debout ; comme il n'y a pas de pèlerins, il mentionne.
כָּאן בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים דְּאִיכָּא עוֹלֵי רְגָלִים אֵינוֹ מַזְכִּיר עַד ז' בְּמַרְחֶשְׁוָן:
Ici, au temps où le Temple est debout — où il y a des pèlerins : il ne mentionne qu'au sept de Marheshvan.
💡 Explication

La difficulté des pèlerins se résout par la chronologie. Rabbi Yo'hanan parlait d'une époque où le Temple n'est plus debout : il n'y a plus de montée en pèlerinage, donc plus de raison de retarder, et l'on mentionne dès le dernier jour de fête.

La guemara tire alors la conséquence la plus économique. Une fois ce critère admis, la différence entre Bavel et Eretz Yisrael devient superflue : les deux enseignements peuvent viser le même pays, Eretz Yisrael, et se départager par la présence ou l'absence du Temple. Au temps du Temple, les pèlerins imposent d'attendre le sept de Marheshvan ; après, on commence dès la fin de la fête.

🖼️ Schéma
Comment la guemara résout le conflit, étape par étape 1. gavra a-gavra Un maître contre un maître : Rabbi Elazar peut diverger de son propre maître. 2. demander / mentionner Rabbi Elazar parle de la demande, Rabbi Yo'hanan de la mention. 3. ha lan, ha lahou Bavel retarde à cause des fruits restés aux champs ; Eretz Yisrael ne retarde pas. 4. le Temple Avec le Temple, les pèlerins imposent d'attendre ; sans le Temple, on commence aussitôt. Écarte : Rabbi Yo'hanan a lui-même lié les deux actes, au début comme à l'arrêt. Écarte : Eretz Yisrael aussi a un motif de retard, les pèlerins qui rentrent. Conclusion retenue : les deux enseignements peuvent viser Eretz Yisrael. Au temps du Temple, on attend le sept de Marheshvan à cause des pèlerins ; quand le Temple n'est plus debout, on commence dès la fin de la fête. La première réponse, gavra a-gavra, reste valable : elle suffisait à lever l'objection, mais ne dit rien de la pratique.
Les quatre étapes de la résolution, les deux qui sont écartées et celle qui est retenue.
17
וַאֲנַן דְּאִית לַן תְּרֵי יוֹמֵי, הֵיכִי עָבְדִינַן? אָמַר רַב: מַתְחִיל בְּמוּסָפִין, וּפוֹסֵק בְּמִנְחָה עַרְבִית וְשַׁחֲרִית, וְחוֹזֵר בְּמוּסָפִין.

Et nous qui avons deux jours, comment faisons-nous ? Rav a dit : il commence à moussaf, s'arrête à minha, à arvit et à chaharit, et reprend à moussaf.

📜 Rachi (4)
אֲנַן דְּאִית לַן תְּרֵי יוֹמֵי שְׁנֵי יָמִים טוֹבִים אַחֲרוֹנִים שְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי וּתְשִׁיעִי סָפֵק שְׁמִינִי לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר מיו"ט הָאַחֲרוֹן בְּאֵיזֶה מֵהֶן מַזְכִּיר:
Nous qui avons deux jours — les deux derniers jours de fête : le huitième, qui pourrait être le septième, et le neuvième, qui pourrait être le huitième. Selon Rabbi Yehouda, qui dit « depuis le dernier jour de fête », dans lequel des deux mentionne-t-on ?
מַתְחִיל בְּמוּסָף שֶׁל שְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי דְּשֶׁמָּא יו"ט הָאַחֲרוֹן הוּא:
Il commence à moussaf — du huitième qui pourrait être le septième, car peut-être est-ce bien le dernier jour de fête.
וּפוֹסֵק בְּמִנְחָה שֶׁמָּא שְׁבִיעִי חוֹל הוּא וְאֵין זְמַן הַזְכָּרָה עַד מוּסָף שֶׁל מָחָר:
Et il s'arrête à minha — car peut-être s'agit-il du septième, jour de hol ha-moed, et le temps de la mention n'arrive qu'au moussaf du lendemain.
וּפוֹסֵק נָמֵי בְּעַרְבִית וְשַׁחֲרִית שֶׁל תְּשִׁיעִי סָפֵק שְׁמִינִי:
Et il s'arrête aussi à arvit et à chaharit — du neuvième qui pourrait être le huitième.
💡 Explication

La question devient pratique pour la diaspora, où le doute sur le calendrier double le dernier jour de fête. Rachi pose les termes : le huitième jour pourrait n'être en réalité que le septième de Souccot, et le neuvième pourrait être le huitième. Puisque Rabbi Yehouda fait commencer la mention au dernier jour de fête, lequel des deux faut-il retenir ?

Rav compose avec le doute. On commence au moussaf du huitième jour, au cas où ce serait bien le dernier jour de fête. On s'arrête ensuite à minha, puis à arvit et à chaharit du neuvième, au cas où le huitième n'aurait été que le septième, jour de hol ha-moed, où la mention serait prématurée. On reprend enfin au moussaf du neuvième.

18
אָמַר לְהוּ שְׁמוּאֵל, פּוּקוּ וֶאֱמַרוּ לֵיהּ לְאַבָּא: אַחַר שֶׁעֲשִׂיָּתוֹ קֹודֶשׁ תַּעֲשֵׂהוּ חֹול? אֶלָּא אָמַר שְׁמוּאֵל: מַתְחִיל בְּמוּסָפִין וּבְמִנְחָה, וּפוֹסֵק עַרְבִית וְשַׁחֲרִית, וְחוֹזֵר וּמַתְחִיל בְּמוּסָפִין.

Chemouel leur a dit : allez dire à Abba — après l'avoir rendu saint, le rendrais-tu profane ? Chemouel a donc dit : il commence à moussaf et à minha, s'arrête à arvit et à chaharit, puis recommence à moussaf.

📜 Rachi (4)
לְאַבָּא חַבָּרֵי:
À Abba — mon collègue.
לְאַחַר שֶׁעֲשִׂיתוֹ קוֹדֶשׁ לַשְּׁמִינִי סָפֵק שְׁבִיעִי שֶׁהִזְכַּרְתָּ בּוֹ גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים כְּרַבִּי יְהוּדָה מיו"ט הָאַחֲרוֹן:
Après que tu l'as rendu saint — le huitième qui pourrait être le septième, où tu as mentionné guevourot guechamim selon Rabbi Yehouda, « depuis le dernier jour de fête ».
תַּעֲשֵׂהוּ חוֹל בִּתְמִיהַּ: שֶׁמַּפְסִיק בְּמִנְחָה שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם:
Tu le rendrais profane — sur le ton de l'étonnement : puisqu'il interrompt à minha de ce même jour.
וּפוֹסֵק עַרְבִית וְשַׁחֲרִית דְּלָאו הַייְנוּ תְּפִלָּה שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם:
Et il s'arrête à arvit et à chaharit — car ce ne sont pas les prières de ce même jour.
💡 Explication

Chemouel désigne Rav par son nom, Abba, que Rachi glose par « mon collègue », et lui adresse une objection de cohérence. En mentionnant la pluie au moussaf du huitième jour, on a traité ce jour comme le dernier jour de fête, donc comme kodech. S'arrêter à minha du même jour revient à le rabaisser au rang de hol quelques heures plus tard.

Chemouel prolonge donc la mention jusqu'à minha du huitième jour. L'interruption ne porte plus que sur arvit et chaharit du neuvième, qui sont, comme le note Rachi, les prières d'un autre jour. La mention reprend ensuite définitivement au moussaf du neuvième.

Le Roch, cité plus haut, rapporte la suite de l'histoire : Rava soutient que l'on ne s'interrompt plus du tout dès lors qu'on a commencé, Rav lui-même s'est rétracté en ce sens, et c'est cette pratique qui a été retenue.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).