Sougya : Le folio part de la distinction que Rava avait posée : la demande de pluie, logée dans birkat ha-chanim, et la mention de la pluie, logée dans la deuxième bénédiction, sont deux actes indépendants. La guemara confronte alors deux enseignements de Rabbi Yehouda : la michna lui fait cesser la mention dès le matin du premier jour de Pessa'h, tandis qu'une baraita lui fait demander la pluie « jusqu'à ce que Pessa'h soit passé ».
Quatre tentatives de résolution se succèdent — Rav Hisda, Oulla, Rav Yossef, Rabba — et trois sont écartées, si bien que la guemara conclut deux fois par « il est clair qu'il faut s'en tenir à Oulla » : deux tannaim transmettent Rabbi Yehouda. Un second front s'ouvre avec Rabbi Yo'hanan, qui tranche comme Rabbi Yehouda alors que son disciple Rabbi Elazar tranche comme Rabban Gamliel ; la résolution passe par la différence entre Bavel et Eretz Yisrael, puis par la présence ou l'absence des pèlerins, donc du Temple.
Le folio se ferme sur la question pratique de la diaspora, où le huitième jour pourrait n'être que le septième : Rav et Chemouel divergent sur la prière où la mention commence, et le Roch rapporte la halakha retenue.
« ... ce serait Rabbi Yehochoua, qui dit : depuis le moment où l'on dépose [le loulav] ? » Rava a dit : même si tu dis que c'est Rabbi Eliezer, [il n'y a pas de difficulté] — la demande est une chose, et la mention en est une autre.
Le folio précédent avait ouvert une seconde version de la discussion, introduite par ve-ikka de-amri, « et certains disent ». Dans la première version, c'est Rava qui attribuait la michna à Rabbi Yehochoua et Abaye qui répondait que Rabbi Eliezer lui aussi peut la soutenir. Ici les rôles sont inversés : la question est posée, et c'est Rava qui répond.
Le contenu de la réponse commande tout le folio. Chéela, la demande de pluie, se dit dans birkat ha-chanim, la neuvième bénédiction de la amida, qui ne se récite pas un jour de fête. Hazkara, la mention de la pluie, se dit dans la deuxième bénédiction, récitée tous les jours. Les deux actes peuvent donc commencer et s'arrêter à des moments différents.
Rachi intervient sur le texte lui-même : dans cette seconde version, il faut retirer le mot savrou, « ils ont supposé », car la supposition que les deux actes seraient distincts ne se lit pas dans la michna.
« Rabbi Yehouda dit : celui qui passe devant l'arche, etc. »
La guemara reprend la clause suivante de la michna. Rabbi Yehouda y enseigne que, le dernier jour de fête de Souccot, l'officiant qui passe devant l'arche pour moussaf mentionne la pluie, tandis que celui de chaharit ne la mentionne pas encore. Le premier jour de Pessa'h, la situation se renverse : l'officiant de chaharit mentionne encore la pluie, celui de moussaf ne la mentionne plus.
Ces deux bornes, moussaf du dernier jour de Souccot et chaharit du premier jour de Pessa'h, sont les données que la guemara va confronter à une baraita.
Et l'on oppose [une baraita] : jusqu'à quand demande-t-on les pluies ? Rabbi Yehouda dit : jusqu'à ce que Pessa'h soit passé.
Rabbi Meir dit : jusqu'à ce que Nissan soit passé.
La baraita, enseignée plus loin dans la michna de 5a, fixé la borne de la demande de pluie à la fin de Pessa'h selon Rabbi Yehouda. Rachi précise la portée concrète : on dit ve-ten tal ou-matar pendant tout le hol ha-moed de Pessa'h.
La difficulté est immédiate. Si la michna fait cesser la mention au matin du premier jour de Pessa'h, et si demande et mention vont de pair, comment Rabbi Yehouda pourrait-il encore demander la pluie une semaine plus tard ?
Rav Hisda a dit : il n'y a pas de difficulté — ici il s'agit de demander, là il s'agit de mentionner. Pour la demande, il continue de demander ; pour la mention, il s'arrête au premier jour de fête.
Rav Hisda applique à la contradiction la distinction même que Rava venait de poser. La baraita parle de la demande, qui se poursuit jusqu'à la fin de Pessa'h ; la michna parle de la mention, qui s'arrête dès le matin du premier jour. Rachi précise le point d'arrêt : la mention ne se dit plus que dans la téfilat yotser, la prière du matin, du premier jour de fête.
La lecture est cohérente sur le papier. Elle produit cependant une situation étrange, que Oulla va exploiter : pendant le hol ha-moed de Pessa'h, on demanderait la pluie sans plus la mentionner.
Oulla a dit : ce propos de Rav Hisda est pénible comme le vinaigre pour les dents et comme la fumée pour les yeux. Car si, au moment où il ne demande pas, il mentionne — au moment où il demande, n'est-il pas juste qu'il mentionne ?
Oulla cite Michle 10, 26 pour qualifier la lecture de Rav Hisda, puis la réfute par un kal va-homer, un raisonnement à plus forte raison. Le dernier jour de fête de Souccot, on ne peut pas demander la pluie, puisque birkat ha-chanim ne se dit pas un jour de fête ; on la mentionne pourtant. Pendant le hol ha-moed de Pessa'h, on la demande effectivement, puisque la prière y est celle des jours ouvrables.
Le lien va donc du moins au plus : si la mention accompagne même l'impossibilité de demander, elle doit à plus forte raison accompagner la demande elle-même. Rav Hisda obtient l'inverse, et sa lecture tombe.
Oulla a donc dit : il y a deux tannaim selon Rabbi Yehouda.
La solution d'Oulla renonce à accorder les deux textes. Deux enseignants transmettent l'opinion de Rabbi Yehouda, et ils divergent. Rachi détaille les deux positions : pour le premier, on demande jusqu'à ce que Pessa'h soit passé, et la mention suit à plus forte raison ; pour le second, la demande s'arrête à l'entrée de Pessa'h, et la mention, qui peut se dire un jour de fête, se poursuit jusqu'à chaharit du premier jour, puis cesse à moussaf.
C'est cette lecture que la guemara retiendra, par deux fois, sous la formule mehavarta kid-Oulla, « il est clair qu'il faut s'en tenir à Oulla ».
Rav Yossef a dit : que signifie « jusqu'à ce que Pessa'h soit passé » ? Jusqu'à ce que soit passé le premier officiant qui descend [devant l'arche] le premier jour de fête de Pessa'h.
Rav Yossef conserve l'unité de l'opinion de Rabbi Yehouda en déplaçant le sujet du verbe. Yaavor ne désigne pas le passage de la fête, mais le passage de l'officiant devant l'arche : ad she-yaavor chalia'h tsibbour. La baraita visait donc le matin du premier jour de Pessa'h, exactement comme la michna.
Rachi souligne le gain : ainsi lue, la baraita rejoint la seconde clause de la michna, où l'officiant de chaharit mentionne encore et celui de moussaf ne mentionne plus.
Abaye lui a dit : y a-t-il une demande un jour de fête ?
L'objection est simple et décisive. La baraita parle de la demande de pluie. Or la demande se loge dans birkat ha-chanim, qui ne se récite pas un jour de fête. Si la baraita fixe sa borne au matin du premier jour de Pessa'h, elle parlerait d'une demande qui n'existe pas ce jour-là.
Il lui a dit : oui, il y a la demande du metourgueman. Mais le metourgueman demanderait-il une chose dont la communauté n'a pas besoin ?
Il est donc clair qu'il faut s'en tenir à Oulla.
Rav Yossef répond que la demande visée n'est pas celle de la amida. Le metourgueman, celui qui expose publiquement l'enseignement, formulait à part une bénédiction de demande, en dehors de la prière obligatoire. Ce cadre échappe à l'interdit de réciter birkat ha-chanim un jour de fête.
La guemara retourne l'argument : puisque le moment est précisément celui où l'on cesse de demander la pluie, le metourgueman ne demanderait pas publiquement une chose devenue inutile à la communauté. La lecture de Rav Yossef tombe à son tour, et la guemara revient à Oulla.
Rabba a dit : que signifie « jusqu'à ce que Pessa'h soit passé » ? Jusqu'à ce que soit passé le temps de l'abattage du sacrifice de Pessa'h.
Et sa fin est comme son commencement : de même qu'à son commencement il mentionne quoiqu'il ne demande pas, de même à sa fin il mentionne quoiqu'il ne demande pas.
Rabba garde l'unité de Rabbi Yehouda par une autre voie. Pessa'h désigne ici le sacrifice et non la fête : le terme butoir est la fin du temps de son abattage, c'est-à-dire midi du quatorze Nissan. La demande cesse donc à minha de la veille de Pessa'h, alors même que cette prière est encore une prière de jour ouvrable.
Reste la mention, qui continue jusqu'à moussaf du premier jour de fête. Rabba la justifie par une symétrie : au commencement de la saison, au dernier jour de fête de Souccot, on mentionne la pluie sans encore la demander ; à la fin, on la mentionne encore sans plus la demander. Comme le note Rachi, cette lecture évite l'objection faite à Rav Yossef, puisqu'elle ne place aucune demande un jour de fête.
Abaye lui a dit : à son commencement, il est entendu qu'il mentionne, car la mention est aussi un apaisement [qui prépare] la demande ; mais à sa fin, quel apaisement en vue d'une demande y a-t-il ? Il est donc clair qu'il faut s'en tenir à Oulla.
Abaye accepte le fait, mais refuse la symétrie. La mention n'a pas de valeur autonome : elle est un ritsouy, un apaisement qui prépare la demande. Rachi l'explique dans les deux sens. Au commencement, comme il est impossible de demander un jour de fête et qu'une demande viendra ensuite, on mentionne pour disposer favorablement.
À la fin, aucune demande ne suivra. Pire, dit Rachi : en interrompant la demande dès la veille, on a déjà fait savoir que les pluies ne conviennent plus. Continuer à les mentionner n'aurait plus d'objet. La lecture de Rabba est écartée, et la guemara revient une seconde fois à Oulla.
Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est selon Rabbi Yehouda. Rabbi Zeira a dit à Rabbi Assi : Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ?
N'avons-nous pas appris : le trois de Marheshvan on demande les pluies, Rabban Gamliel dit : le sept du mois. Et Rabbi Elazar a dit : la halakha est selon Rabban Gamliel !
Le folio ouvre un second front, halakhique. Rabbi Yo'hanan tranche comme Rabbi Yehouda : la mention commence au moussaf du dernier jour de fête de Souccot. Or son disciple Rabbi Elazar tranche comme Rabban Gamliel : la demande ne commence qu'au sept de Marheshvan, soit environ deux semaines plus tard.
La difficulté suppose que demande et mention commencent ensemble. Rachi le dit explicitement : on pense pour l'instant que là où l'on demande, on mentionne, jusqu'à ce que la guemara distingue plus loin. Tossefot précise la charnière : c'est la guemara elle-même qui a rapproché les deux actes, plus haut, en opposant la baraita à la michna.
Le Roch profite de cette michna pour rassembler tout ce que le Yerouchalmi dit du motif de Rabbi Yehouda, et pour en tirer une question pratique restée célèbre : un particulier peut-il mentionner la pluie avant que l'officiant l'ait fait ?
Il lui a dit : opposes-tu un homme à un homme ? Ou, si tu veux, dis : il n'y a pas de difficulté — ici il s'agit de demander, là il s'agit de mentionner.
Deux réponses. La première est formelle : gavra a-gavra ka ramit, tu opposes un maître à un maître. Rabbi Elazar était le disciple de Rabbi Yo'hanan, mais les deux décisions n'ont pas à s'accorder, et une divergence entre eux ne constitue pas une contradiction interne.
La seconde reprend la distinction du folio : la décision de Rabbi Elazar porte sur la demande, qui commence au sept de Marheshvan, et celle de Rabbi Yo'hanan sur la mention, qui commence au dernier jour de fête. Rachi ajoute que, dans cette lecture, Rabbi Yo'hanan souscrit en réalité à l'avis de Rabbi Elazar.
Mais Rabbi Yo'hanan a dit : là où l'on demande, on mentionne ! Cela a été énoncé pour l'interruption.
Mais Rabbi Yo'hanan a dit : dès qu'il commence à mentionner, il commence à demander ; dès qu'il cesse de demander, il cesse de mentionner !
La seconde réponse se heurte à une déclaration de Rabbi Yo'hanan lui-même : bimkom she-choel mazkir, là où l'on demande, on mentionne. Rachi en tire la contraposee : là où l'on ne demande pas, on ne mentionne pas. Or le dernier jour de fête de Souccot est précisément un jour où la demande est impossible.
La guemara restreint la portée de cette déclaration : elle vise l'interruption, non le commencement. Tossefot explique la logique de cette restriction : la mention peut commencer avant la demande, puisqu'elle sert d'apaisement pour la demande à venir ; commencer plus tôt ne présente donc aucun inconvénient.
L'objection revient alors sous une forme plus précise, car Rabbi Yo'hanan a énoncé les deux bouts à la fois : le commencement et l'interruption. La distinction entre les deux ne tient plus.
Il n'y a donc pas de difficulté : ceci vaut pour nous, cela vaut pour eux. En quoi notre cas diffère-t-il ?
En ce que nous avons des fruits dans les champs. Mais eux aussi ont les pèlerins !
La résolution devient géographique. Ha lan ve-ha lahou : la décision de Rabbi Elazar, qui retarde la demande au sept de Marheshvan, vaut pour Bavel ; celle de Rabbi Yo'hanan, qui suit Rabbi Yehouda, vaut pour Eretz Yisrael. Rachi donne le motif agricole : à Bavel, grain et fruits restent aux champs durant tout Tichri, et la pluie y nuirait. En Eretz Yisrael, on moissonne en Nissan et l'on rentre la récolte en Tichri.
Tossefot précise le contraste : en Eretz Yisrael la crainte ne se pose pas, les fruits pouvant sécher sans qu'on les laisse exposés dehors.
La guemara objecte aussitôt : Eretz Yisrael a son propre motif de retard, les olei regalim, les pèlerins qui rentrent chez eux après la fête et pour qui la pluie serait pénible. La différence entre les deux pays ne suffit donc pas.
Lorsque Rabbi Yo'hanan a parlé, c'était au temps où le Temple n'est pas debout. Maintenant que tu en es arrivé là, l'un et l'autre valent pour eux, et il n'y a pas de difficulté : ici, au temps où le Temple est debout ; là, au temps où le Temple n'est pas debout.
La difficulté des pèlerins se résout par la chronologie. Rabbi Yo'hanan parlait d'une époque où le Temple n'est plus debout : il n'y a plus de montée en pèlerinage, donc plus de raison de retarder, et l'on mentionne dès le dernier jour de fête.
La guemara tire alors la conséquence la plus économique. Une fois ce critère admis, la différence entre Bavel et Eretz Yisrael devient superflue : les deux enseignements peuvent viser le même pays, Eretz Yisrael, et se départager par la présence ou l'absence du Temple. Au temps du Temple, les pèlerins imposent d'attendre le sept de Marheshvan ; après, on commence dès la fin de la fête.
Et nous qui avons deux jours, comment faisons-nous ? Rav a dit : il commence à moussaf, s'arrête à minha, à arvit et à chaharit, et reprend à moussaf.
La question devient pratique pour la diaspora, où le doute sur le calendrier double le dernier jour de fête. Rachi pose les termes : le huitième jour pourrait n'être en réalité que le septième de Souccot, et le neuvième pourrait être le huitième. Puisque Rabbi Yehouda fait commencer la mention au dernier jour de fête, lequel des deux faut-il retenir ?
Rav compose avec le doute. On commence au moussaf du huitième jour, au cas où ce serait bien le dernier jour de fête. On s'arrête ensuite à minha, puis à arvit et à chaharit du neuvième, au cas où le huitième n'aurait été que le septième, jour de hol ha-moed, où la mention serait prématurée. On reprend enfin au moussaf du neuvième.
Chemouel leur a dit : allez dire à Abba — après l'avoir rendu saint, le rendrais-tu profane ? Chemouel a donc dit : il commence à moussaf et à minha, s'arrête à arvit et à chaharit, puis recommence à moussaf.
Chemouel désigne Rav par son nom, Abba, que Rachi glose par « mon collègue », et lui adresse une objection de cohérence. En mentionnant la pluie au moussaf du huitième jour, on a traité ce jour comme le dernier jour de fête, donc comme kodech. S'arrêter à minha du même jour revient à le rabaisser au rang de hol quelques heures plus tard.
Chemouel prolonge donc la mention jusqu'à minha du huitième jour. L'interruption ne porte plus que sur arvit et chaharit du neuvième, qui sont, comme le note Rachi, les prières d'un autre jour. La mention reprend ensuite définitivement au moussaf du neuvième.
Le Roch, cité plus haut, rapporte la suite de l'histoire : Rava soutient que l'on ne s'interrompt plus du tout dès lors qu'on a commencé, Rav lui-même s'est rétracté en ce sens, et c'est cette pratique qui a été retenue.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).