Taanit 5a — La fin de la mention de la pluie, la michna sur le terme de la demande, l'année de Yoël où le omer poussa en onze jours, et la série des questions de Rav Nahman à Rabbi Yits'hak

Taanit 5a

Sougya : Le folio commence par clore la discussion de la page précédente : dans les communautés qui font deux jours de fête, Rav voulait qu'on mentionne la pluie à Moussaf puis qu'on s'arrête, tandis que Rava et Rav Chechet tiennent qu'une fois commencé on ne s'arrête plus ; la guemara rapporte que Rav lui-même s'est rétracté, et tranche en ce sens. S'ouvre alors une nouvelle michna : jusqu'à quand demande-t-on la pluie ?

Rabbi Yehouda dit jusqu'à ce que Pessa'h soit passé, Rabbi Meir jusqu'à la fin de Nissan, en s'appuyant sur le verset de Yoël qui place la yore et la malkoch au premier mois. Rav Nahman objecte à Rabbi Yits'hak que la yore tombe en Marheshvan, et la réponse de Rabbi Yo'hanan ouvre le grand récit du folio : l'année de Yoël fils de Petouel, où Adar s'acheva sans pluie, où la première revia tomba le premier de Nissan et la seconde le cinq, et où le omer du seize fut offert d'une récolte poussée en onze jours.

Le folio se poursuit par une série de questions que Rav Nahman pose à Rabbi Yits'hak sur des versets difficiles : ce que l'on mangea pendant les sept années de famine, la Jérusalem d'en haut qui attend celle d'en bas, la faute unique qui consume les impies dans le Guehinom, et les deux maux du peuple selon Yirmeyahou.

Les trois mouvements du folio 1. Fin de la halakha (seg. 1-2) Deux jours de fête : commencer puis s'arrêter, ou ne plus s'arrêter ? Rava et Rav Chechet : on ne s'arrête plus. Rav se rétracte. Halakha tranchée. 2. Michna et son récit (seg. 3-8) Jusqu'à quand demande-t-on ? R. Yehouda / R. Meir. Objection : la yore est en Marheshvan. Réponse : l'année de Yoël, année de miracle. 3. Les questions (seg. 9-14) Rav Nahman interroge Rabbi Yits'hak sur des versets. Chaque fois la réponse est une parole de Rabbi Yo'hanan. Cinq versets, cinq réponses. Le fil qui relie le tout La famine de l'année de Yoël fait passer le folio de la halakha de la pluie à l'aggada de la faim, puis à la série des versets de Rav Nahman. Vocabulaire : yore = première pluie, celle de l'automne ; malkoch = dernière pluie, celle du printemps ; revia = averse qui féconde la terre ; chéela = demande de pluie dans la berakha des années.
Le plan du folio : une halakha qu'on achève, une michna qu'on ouvre, puis une suite d'aggadot tenues par la même paire de maîtres.
L'année de Yoël : de la famine au omer en onze jours Fin d'Adar Aucune pluie n'est tombée. 1 Nissan Première revia Le prophète : sortez et semez. 2, 3, 4 Nissan On sème ce qu'on a, plus ce qui fut trouvé dans les murs et les trous de fourmis. 5 Nissan Seconde revia 16 Nissan Offrande du omer onze jours de croissance Le cours ordinaire Une récolte pousse en six mois, de Tichri à Nissan. Cette année-là La même récolte poussa en onze jours, du 5 au 16 Nissan. Conséquence relevée par la guemara : le omer, qui se prend normalement d'une récolte de six mois, fut pris cette année-là d'une récolte de onze jours. Le verset de Yoël place donc bien yore et malkoch au premier mois.
La frise de l'année de Yoël : elle explique comment la yore, normalement en Marheshvan, a pu tomber en Nissan.
Les cinq questions de Rav Nahman à Rabbi Yits'hak Verset La difficulté Réponse de Rabbi Yo'hanan Yoël : la pluie, yore et malkoch, au premier mois. La yore est en Marheshvan. Verset accompli aux jours de Yoël, année de famine et de miracle. Rois II : la famine vient sur le pays sept années. Qu'a-t-on mange pendant ce temps ? Sept étapes, des provisions de la maison jusqu'à la chair du bras. Hochea : au milieu de toi le Saint, et je n'entrerai pas dans la ville. La sainteté serait un motif de ne pas venir ? Pas de Jérusalem d'en haut tant que celle d'en bas n'est pas rebâtie. Yirmeyahou : et par une seule ils s'abrutissent, l'enseignement des vanités. Quelle est cette chose unique ? L'idolâtrie, établie par guezera chava sur le mot hevel. Yirmeyahou : mon peuple a commis deux maux. Deux seulement ? Et les vingt-quatre ? Une seule faute qui en vaut deux (la suite est en 5b).
La série a une forme fixe : Rav Nahman pose la difficulté d'un verset, Rabbi Yits'hak répond au nom de Rabbi Yohanan.
1
רָבָא אָמַר: כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל, שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק. וְכֵן אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל, שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק.

Rava dit : dès lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus. Et de même Rav Chechet a dit : dès lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus.

📜 Rachi (1)
רָבָא אָמַר כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל בַּשְּׁמִינִי סָפֵק שְׁבִיעִי שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק:
au huitième jour qui est peut-être le septième, il ne s'arrête plus.
🗂️ Tossefot (1)
רָבָא אָמַר כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק. כְּלוֹמַר כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל בְּיוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל אַחֲרוֹנִים שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק וְכֵן הֶפְסֵק:
Rava dit : dès lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus. C'est-à-dire : dès lors qu'il a commencé le premier des deux derniers jours, il ne s'arrête plus ; et telle est la décision.
💡 Explication

Le folio précédent posait une difficulté pratique pour la diaspora, où l'on fait deux jours de fête. La mention de la pluie (hazkara, la formule machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem) commence à Moussaf de Chemini Atseret ; mais ce jour-là est aussi, du point de vue du doute ancien sur la fixation du mois, un possible septième jour de Souccot, où la pluie reste un signe de malédiction. Rav voulait donc qu'on commence à Moussaf, qu'on s'arrête à Minha, Arvit et Cha'harit, et qu'on reprenne au Moussaf du lendemain.

Rava et Rav Chechet écartent cette solution en deux temps : une fois la mention commencée, elle ne s'interrompt plus. Rachi précise le point de départ de cette continuité : le huitième jour qui est peut-être le septième.

2
וְאַף רַב הֲדַר בֵּיהּ. דְּאָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב: מוֹנֶה עֶשְׂרִים וְאֶחָד יוֹם כְּדֶרֶךְ שֶׁמּוֹנֶה עֲשָׂרָה יָמִים מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה עַד יוֹם הַכִּפּוּרִים, וּמַתְחִיל, וְכֵיוָן שֶׁהִתְחִיל — שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק. וְהִלְכְתָא: כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל, שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק.

Et Rav lui aussi s'est rétracté. Car Rav Hananel a dit au nom de Rav : on compte vingt et un jours, de la même manière qu'on compte dix jours depuis Roch Hachana jusqu'à Yom Kippour, puis on commence ; et dès lors qu'on a commencé, on ne s'arrête plus.

Et la halakha est : des lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus.

📜 Rachi (2)
הָדַר בֵּיהּ מִמַּאי דְּאָמַר פּוֹסֵק:
de ce qu'il avait dit, à savoir que l'on s'arrête.
מוֹנֶה כ"א יוֹם מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה עַד שְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי שֶׁל חַג כְּדֶרֶךְ שְׁמוֹנָה מר"ה עַד יוה"כ י' יָמִים שֶׁמַּתְחִיל לִמְנוֹת מִיּוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל ר"ה וּמַזְכִּיר מִכָּאן וְאֵילָךְ וְזֶהוּ שֶׁמַּזְכִּיר בִּשְׁמִינִי סָפֵק שְׁבִיעִי שֶׁהוּא כ"ב שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק וְהָא דְּמַתְחִילִין אָנוּ לִמְנוֹת מִיּוֹם א' דְּהָא דְּאָנוּ עוֹשִׂין ב' יָמִים לָאו מִשּׁוּם סָפֵק דְּשֶׁמָּא עִיבְּרוּ לֶאֱלוּל דְּהָא אֲנַן בְּקִיאִינַן בִּקְבִיעָא דְּיַרְחָא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּמִנְהַג אֲבוֹתֵינוּ בְּיָדֵינוּ ל"א מוֹנֶה כ"א יוֹם כְּדֶרֶךְ שְׁמוֹנָה כּוּ' כְּלוֹמַר אִם עִיבְּרוּ אֱלוּל לֹא יַחְשֹׁוב מִיּוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל ר"ה כ"א יוֹם שֶׁאִם כֵּן לֹא יִמְצְאוּ בְּיָדוֹ אֶלָּא כ' וְכָלִים בְּיוֹם טוֹב שְׁבִיעִי יוֹם נְטִילַת עֲרָבָה אֶלָּא מִיּוֹם שֶׁמַּתְחִילִין לִמְנוֹת עֲשָׂרָה יָמִים לַעֲשׂוֹת בַּעֲשִׂירִי יוה"כ יַתְחִיל לִמְנוֹת בְּאֵלּוּ שֶׁבְּכָךְ לֹא יִטְעֶה שֶׁיּוֹם הַכִּפּוּרִים יוֹם אֶחָד לְבַד וְיָדַע מֵהֵיכָן הִתְחִילוּ לִמְנוֹת לוֹ וּבְיוֹם שֶׁכָּלִין כ"א דְּהַיְינוּ בְּיוֹם טוֹב אַחֲרוֹן מַתְחִיל לְהַזְכִּיר וְכֵיוָן שֶׁהִתְחִיל שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק:
depuis Roch Hachana jusqu'au huitième jour qui est peut-être le septième de la fête, de la même manière qu'il compte dix jours de Roch Hachana a Yom Kippour, en commençant le décompte au premier jour de Roch Hachana ; et à partir de là il mentionne. C'est cela : celui qui mentionne au huitième jour qui est peut-être le septième, lequel est le vingt-deuxième, ne s'arrête plus. Et si nous commençons à compter dès le premier jour, c'est que les deux jours que nous faisons ne tiennent pas au doute de savoir si l'on a ajouté un jour à Eloul — car nous sommes experts dans la fixation du mois — mais à la coutume de nos pères que nous tenons en main. Autre version : il compte vingt et un jours de la même manière qu'il compte, etc. — c'est-à-dire : si l'on a ajouté un jour à Eloul, qu'il ne compte pas vingt et un jours depuis le premier jour de Roch Hachana, car alors il n'en trouverait que vingt, qui s'achèveraient le septième jour de fête, jour de la prise de la arava. Qu'il commence plutôt son décompte au jour où l'on commence à compter les dix jours pour faire Yom Kippour le dixième, car ainsi il ne se trompera pas, Yom Kippour n'étant qu'un seul jour, et il saura d'où l'on a commencé à compter. Et le jour où s'achèvent les vingt et un jours, c'est-à-dire le dernier jour de fête, il commence à mentionner ; et dès lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אֵין שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים אֶלָּא סָמוּךְ לַגְּשָׁמִים ר' יְהוּדָה אוֹמֵר הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה בי"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר הָרִאשׁוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר בי"ט רִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח הָרִאשׁוֹן מַזְכִּיר וְהָאַחֲרוֹן אֵינוֹ מַזְכִּיר. בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' א) פָּרִיךְ וְיַזְכִּיר מִבְּעֶרֶב דְּכֵיוָן דְּעָבְרוּ יְמֵי הֶחָג וְאֵין הַגְּשָׁמִים סִימַן קְלָלָה רָאוּי הָיָה שֶׁיַּתְחִיל מִיָּד בָּעֶרֶב. וּמְשַׁנֵּי לֵית כָּל עַמָּא תַּמָּן. כְּלוֹמַר אֵין כָּל הָעָם מִצָּוְיִין בָּעֶרֶב בְּבֵית הַכְּנֶסֶת נִמְצָא זֶה מַזְכִּיר וְזֶה אֵינוֹ מַזְכִּיר וְיִהְיוּ אֲגֻודּוֹת אֲגֻודּוֹת. וְתוּ פָּרִיךְ וְיַזְכִּיר בְּשַׁחֲרִית אַף הוּא סָבַר שֶׁהִזְכִּיר בָּעֶרֶב וְהָוֵי הוּא מִדְּכַר מִיגּוֹ דְּחֻמּוֹ לוֹן דְּלָא מִידְכָּר בְּקַמַּיְיתָא וּמִדִּבְרֵי בְּבָתְרָייָתָא אַף הוּא יוֹדֵעַ שֶׁלֹּא לְהַזְכִּיר מִבְּעֶרֶב. פֵּירוּשׁ שֶׁאִם הָיוּ מַזְכִּירִין בַּבֹּוקֶר יִהְיֶה סָבוּר שֶׁגַּם מִבְּעֶרֶב הִזְכִּירוּ לַשָּׁנָה הַבָּאָה יַזְכִּירוּ מִבְּעֶרֶב. וְעוֹד מְפָרֵשׁ טַעַם אַחֵר בַּיְּרוּשַׁלְמִי (שָׁם) רַבִּי חַגַּי בְּשֵׁם רַבִּי פְּדָת אָמַר אָסוּר לְיָחִיד לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר. נִרְאֶה לִי דְּהַאי טַעְמָא קָאֵי אַפִּירְכָא תִּנְייָנָא דְּפָרִיךְ וְיַזְכִּיר בְּשַׁחֲרִית וְקָאָמַר שֶׁאֵין לַיָּחִיד לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר. פֵּירוּשׁ שֶׁיֹּאמַר קֹודֶם תְּפִלַּת מוּסָף בְּקוֹל רָם מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם. וְהַאי אִי אֶפְשָׁר בַּבֹּוקֶר לְפִי שֶׁאֵין יָכוֹל לְהַפְסִיק בֵּין גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה.וְתוּ גָּרְסִי' בִּירוּשַׁלְמִי הֲדָא דְּתֵימָא אָסוּר לְיָחִיד לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר בְּגֶשֶׁם קַמָּא לְצִלּוּתָא כְּמוֹ שֶׁהִזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר פֵּירוּשׁ הַבָּא לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְעָמְדוּ הָעָם לְהִתְפַּלֵּל מוּסָף וְלֹא שָׁמַע שֶׁאָמַר ש"צ מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם מַזְכִּיר אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי שְׁלִיחַ צִבּוּר. וְכֵן כָּתַב רַבֵּינוּ אבי"ה זַ"ל דְּאָסוּר לְיָחִיד לְהַקְדִּים תְּפִלָּתוֹ לִתְפִלַּת צִבּוּר אַף אִם הָיָה חוֹלֶה אוֹ אָנוּס לְפִי שֶׁאָסוּר לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר בֵּין בְּלַחַשׁ בֵּין בְּקוֹל רָם אֲבָל אִם בָּא לְהִתְפַּלֵּל וְהַצִּבּוּר הִתְחִילוּ לְהִתְפַּלֵּל יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל וּלְהַזְכִּיר אע"פ שֶׁלֹּא שָׁמַע מִפִּי שְׁלִיחַ צִבּוּר וּבְסֵדֶר רַב עַמְרָם זַ"ל כָּתוּב שֶׁאַחַר שֶׁהִזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר בְּמוּסָף מַתְחִילִין הָעָם לְהַזְכִּיר בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה. וְדִיֵּיק מִלִּישָּׁנָא דְּמַתְנִי' הָעֻובָּר לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְכוּ' הָאַחֲרוֹן מַזְכִּיר מַשְׁמַע דְּדַוְקָא הָעֻובָּר לִפְנֵי הַתֵּיבָה דְּהַייְנוּ שְׁלִיחַ צִבּוּר מִדְּלָא תָּנֵי בְּמוּסָף מַזְכִּירִין וְאֶפְשָׁר שֶׁגַּם מִן הַיְּרוּשַׁלְמִי דִּקְדְּקָה דְּקָאָמַר אָסוּר לְיָחִיד לְהַזְכִּיר עַד שֶׁיַּזְכִּיר שְׁלִיחַ צִבּוּר בְּגֶשֶׁם וְלֹא נָהוּג עָלְמָא כָּךְ. וְגַם ר' אֱלִיעֶזֶר וְר' יְהוֹשֻׁעַ לֹא הִזְכִּירוּ בְּדִבְרֵיהֶם חִילּוּק בֵּין שְׁלִיחַ צִבּוּר לִשְׁאָר הָעָם וְר' יְהוּדָה לֹא נֶחְלַק עֲלֵיהֶם אֶלָּא בִּזְמַן הַזְכָּרָה וְלֹא בָּא לְחַדֵּשׁ דָּבָר אַחֵר. וְהַאי דִּנְקַט הָעֻובָּר לִפְנֵי הַתֵּיבָה שֶׁתָּלָה בִּשְׁלִיחַ צִבּוּר הַיְינוּ טַעְמָא כִּדְאִיתְּמַר בִּירוּשַׁלְמִי שֶׁהוּא מַזְכִּיר תְּחִילָּה. עוֹד מְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' ב') טַעַם אַחֵר רַבִּי אָבִין בְּשֵׁם ר' יוֹחָנָן טַעְמָא דְּר' יְהוּדָה כְּדֵי שֶׁיֵּצְאוּ הַמּוֹעֲדוֹת בָּטֵל מִפְּנֵי שֶׁהַטַּל סִימָן יָפֶה לְעוֹלָם וְהַאי טַעְמָא קָאֵי אַהַזְכָּרָה וְלֹא אַהַפָּסְקָה. כִּי בי"ט הַכֹּל בָּאִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת בָּעֶרֶב כִּי אֵין עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּחוֹל הַמּוֹעֵד. וּלְכָךְ אֵין מַסְפִּיק טַעַם הָרִאשׁוֹן. וּלְכָךְ מְפָרֵשׁ כְּדֵי שֶׁיַּזְכִּיר טַל בַּמּוֹעֲדוֹת בְּעַרְבִית וּבְשַׁחֲרִית. א"ר ר' יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה וַאֲנַן דְּאִית לַן תְּרֵי יוֹמֵי הֵיכִי עָבְדִינַן. אָמַר רַב מַתְחִיל בְּמוּסָפִין וּפוֹסֵק בְּמִנְחָה עַרְבִית וְשַׁחֲרִית וְחוֹזֵר וּמִתְפַּלֵּל בְּמוּסָפִין. רָבָא אָמַר כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק. וְאַף רַב הֲדַר בֵּיהּ דְּאָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב מוֹנֶה אָדָם עֶשְׂרִים וְאֶחָד כְּדֶרֶךְ שְׁמוֹנָה מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה עַד יוה"כ וְכֵיוָן שֶׁהִתְחִיל שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק. וְהִלְכְתָא כֵּיוָן שֶׁהִתְחִיל שׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵק:
Michna. On ne demande la pluie qu'à l'approche de la saison des pluies. Rabbi Yehouda dit : celui qui passe devant la teva au dernier jour de fête de Souccot — le dernier mentionne, le premier né mentionne pas ; au premier jour de fête de Pessa'h — le premier mentionne et le dernier ne mentionne pas. Dans le Yeroushalmi (halakha 1) on objecte : qu'il mentionne dès le soir, puisque les jours de la fête sont passés et que la pluie n'est plus un signe de malédiction ; il conviendrait donc de commencer aussitôt, le soir. On répond : « tout le monde n'est pas là » — c'est-à-dire que le peuple n'est pas tout entier à la synagogue le soir, de sorte que l'un mentionnerait et l'autre non, et l'on ferait des groupes séparés (agoudot agoudot). On objecte encore : qu'il mentionne alors à Cha'harit. [Réponse :] celui-là aussi penserait qu'on a mentionné dès le soir et mentionnerait le soir ; mais du fait qu'ils voient qu'on ne mentionne pas à la première prière et qu'on mentionne à la dernière, lui aussi sait qu'il ne faut pas mentionner dès le soir. Explication : si l'on mentionnait le matin, il penserait qu'on avait aussi mentionné la veille au soir, et l'année suivante on mentionnerait dès le soir. Le Yeroushalmi (ibid.) donne encore une autre raison : Rabbi Haggai au nom de Rabbi Pedat a dit qu'il est interdit à un particulier de mentionner avant que le chalia'h tsibour n'ait mentionné. Il me semble que cette raison répond à la seconde objection, celle qui demandait qu'on mentionne à Cha'harit : un particulier ne doit pas mentionner avant le chalia'h tsibour, c'est-à-dire avant que celui-ci ne dise à voix haute, avant la prière de Moussaf, <i>machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem</i>. Or cela est impossible le matin, puisqu'on ne peut pas interrompre entre gueoula et tefila. Nous lisons encore dans le Yeroushalmi : « ce que tu dis, qu'il est interdit à un particulier de mentionner avant que le chalia'h tsibour n'ait mentionné, vaut pour la première mention de la pluie ; pour la prière, c'est comme si le chalia'h tsibour avait mentionné ». Explication : celui qui arrive à la synagogue alors que le peuple s'est déjà levé pour prier Moussaf et qui n'a pas entendu le chalia'h tsibour dire <i>machiv ha-roua'h ou-morid ha-guechem</i> mentionne malgré tout, bien qu'il ne l'ait pas entendu de la bouche du chalia'h tsibour. Ainsi a écrit Rabbenou Avia (le Ravya) : il est interdit à un particulier de faire sa prière avant celle de la communauté, même s'il était malade ou empêché, parce qu'il est interdit de mentionner avant que le chalia'h tsibour n'ait mentionné, que ce soit à voix basse ou à voix haute ; mais s'il vient prier alors que la communauté a déjà commencé de prier, il peut prier et mentionner, même s'il ne l'a pas entendu de la bouche du chalia'h tsibour. Dans le Seder de Rav Amram il est écrit qu'après que le chalia'h tsibour a mentionné à Moussaf, le peuple commence à mentionner à la prière de Minha. Il l'a déduit du langage de la michna, « celui qui passe devant la teva... le dernier mentionne », ce qui laisse entendre que seul celui qui passe devant la teva, c'est-à-dire le chalia'h tsibour, mentionne, puisqu'elle n'enseigne pas « à Moussaf on mentionne » ; et il est possible qu'il l'ait aussi déduit du Yeroushalmi, qui dit qu'il est interdit à un particulier de mentionner la pluie avant que le chalia'h tsibour ne mentionne. Mais l'usage ne s'est pas établi ainsi. De plus, Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua n'ont fait dans leurs propos aucune distinction entre le chalia'h tsibour et le reste du peuple, et Rabbi Yehouda ne les a contredits que sur le moment de la mention, sans venir innover autre chose. S'il a employé l'expression « celui qui passe devant la teva », rattachant ainsi la chose au chalia'h tsibour, la raison en est ce qui est dit dans le Yeroushalmi : c'est lui qui mentionne le premier. Le Yeroushalmi (halakha 2) donne encore une autre raison : Rabbi Avin au nom de Rabbi Yo'hanan — la raison de Rabbi Yehouda est que les fêtes s'achèvent sur la rosée, parce que la rosée est un bon signe pour le monde. Cette raison porte sur la mention et non sur l'interruption, car un jour de fête tous viennent à la synagogue le soir, puisqu'on ne fait pas de travail à Hol ha-Moed ; la première raison ne suffit donc pas, et l'on explique ainsi : afin qu'on mentionne la rosée pendant les fêtes, le soir et le matin. Rabbi Yossi bar Hanina a dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda. Et nous, qui avons deux jours, comment faisons-nous ? Rav a dit : il commence à Moussaf, s'arrête à Minha, Arvit et Cha'harit, puis revient prier à Moussaf. Rava a dit : dès lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus. Et Rav lui aussi s'est rétracté, car Rav Hananel a dit au nom de Rav : on compte vingt et un jours de la même manière qu'on compte depuis Roch Hachana jusqu'à Yom Kippour, et dès lors qu'on a commencé on ne s'arrête plus. Et la halakha est : des lors qu'il a commencé, il ne s'arrête plus.
💡 Explication

Le décompte de Rav Hananel au nom de Rav est un procédé mnémotechnique. De la même façon que l'on compte dix jours depuis le premier de Roch Hachana pour arriver à Yom Kippour, on compte vingt et un jours pour arriver au dernier jour de fête de Souccot, qui tombe alors le vingt-deux de Tichri. C'est ce jour-là que la mention de la pluie commence, sans interruption ensuite.

Le fait que Rav ait lui-même enseigné ce décompte montre qu'il a abandonné sa position antérieure, celle de l'interruption. La guemara conclut par ve-hilkheta, formule de tranchage définitif.

🖼️ Schéma
Le décompte de Rav : deux comptes parallèles depuis Roch Hachana 1 Tichri Roch Hachana 10 Tichri Yom Kippour dix jours 22 Tichri dernier jour de fête vingt et un jours, puis on commence à mentionner Le second compte se calque sur le premier : même point de départ, même façon de compter, et une fois commencé on ne s'arrête plus.
Le décompte de vingt et un jours se calque sur celui des dix jours, ce qui en fait un repère facile à retenir.
3
מַתְנִי׳ עַד מָתַי שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים? רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַפֶּסַח, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: עַד שֶׁיֵּצֵא נִיסָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיּוֹרֶד לָכֶם גֶּשֶׁם מוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ בָּרִאשׁוֹן״.

Michna. Jusqu'à quand demande-t-on les pluies ?

Rabbi Yehouda dit : jusqu'à ce que Pessa'h soit passé. Rabbi Meir dit : jusqu'à ce que Nissan soit sorti, ainsi qu'il est dit : « et il fait descendre pour vous une pluie, yoré et malkoch, au premier mois ».

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' עַד וְאֵימָתַי שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים ר' יְהוּדָה אוֹמֵר עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַפֶּסַח וְר' יוֹסֵי אוֹמֵר עַד שֶׁיֵּצֵא נִיסָן שֶׁנֶּאֱמַר וַיּוֹרֶד לָכֶם גֶּשֶׁם מוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ בָּרִאשׁוֹן:
Michna. Jusqu'à quand demande-t-on les pluies ? Rabbi Yehouda dit : jusqu'à ce que Pessa'h soit passé ; et Rabbi Yosse dit : jusqu'à ce que Nissan soit sorti, ainsi qu'il est dit : « et il fait descendre pour vous une pluie, yoré et malkoch, au premier mois ».
💡 Explication

La michna précédente fixait le début de la demande de pluie ; celle-ci en fixe le terme. La chéela (demande) se dit dans la berakha des années, et la question est de savoir jusqu'à quelle date de printemps on continue de la dire.

Rabbi Yehouda s'arrête au terme de Pessa'h, donc au vingt et un ou au vingt-deux de Nissan. Rabbi Meir prolonge jusqu'à la fin du mois, en s'appuyant sur le verset de Yoël qui place la pluie « au premier mois », c'est-à-dire en Nissan. Le Roch cite ici une version de la michna où l'avis est au nom de Rabbi Yosse.

🖼️ Schéma
Jusqu'où va la demande de pluie ? Le mois de Nissan 1 Nissan 15 Nissan 21 Nissan 30 Nissan Rabbi Yehouda : on demande jusqu'à ce que Pessa'h soit passé Rabbi Meir : on demande jusqu'à la sortie du mois de Nissan Nafka mina : les neuf derniers jours du mois. Rabbi Meir s'appuie sur le verset de Yoël qui place la pluie au premier mois.
La divergence porte sur la fin du mois de Nissan, une fois Pessa'h achevé.
4
גְּמָ׳ אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן לְרַבִּי יִצְחָק: יוֹרֶה בְּנִיסָן? יוֹרֶה בְּמַרְחֶשְׁוָן הוּא! דִּתְנַן: יוֹרֶה בִּמְרַחְשְׁוָן וּמַלְקוֹשׁ בְּנִיסָן! אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בִּימֵי יוֹאֵל בֶּן פְּתוּאֵל נִתְקַיֵּים מִקְרָא זֶה דִּכְתִיב בֵּיהּ ״יֶתֶר הַגָּזָם אָכַל הָאַרְבֶּה וְגוֹ׳״. אוֹתָהּ שָׁנָה יָצָא אֲדָר וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים, יָרְדָה לָהֶם רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה בְּאֶחָד בְּנִיסָן.

Guemara. Rav Nahman dit à Rabbi Yits'hak : la yoré en Nissan ?

La yoré est en Marheshvan ! Car nous avons appris : la yoré est en Marheshvan et la malkoch en Nissan !

Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — c'est aux jours de Yoël fils de Pétouel que ce verset s'est accompli, lui à propos duquel il est écrit « ce qu'a laissé la chenille, la sauterelle l'a mangé, etc. ». Cette année-là, Adar sortit sans que les pluies fussent tombées, et la première revia tomba pour eux le premier de Nissan.

📜 Rachi (6)
א"ל רַב נַחְמָן לְרַב יִצְחָק יוֹרֶה בְּנִיסָן הוּא דִּכְתִיב וַיּוֹרֶד לָכֶם גֶּשֶׁם מוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ בָּרִאשׁוֹן בִּתְמִיהַּ:
puisqu'il est écrit « et il fait descendre pour vous une pluie, moré et malkoch, au premier mois » — le tout sur le ton de l'étonnement.
וְהָא בְּמַרְחֶשְׁוָן הוּא כִּדְתַנְיָא לְקַמָּן וּבְסִפְרֵי הוּא:
comme il est enseigné plus loin, et cela se trouve dans le Sifri.
יוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ מְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
ils sont expliqués plus loin.
אֲמַר לֵיהּ וַדַּאי בְּמַרְחֶשְׁוָן הוּא וּמִקְרָא זֶה בִּימֵי יוֹאֵל בֶּן פְּתוּאֵל נִתְקַייֵּם שֶׁיּוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ הָיָה בָּרִאשׁוֹן ע"י נֵס שֶׁהָיָה רָעָב שֶׁבַע שָׁנִים דִּכְתִיב כִּי קָרָא ה' לָרָעָב וְגַם בָּא אֶל הָאָרֶץ שֶׁבַע שָׁנִים וּכְתִיב יֶתֶר הַגָּזָם אָכַל הָאַרְבֶּה וְגוֹ':
assurément elle est en Marheshvan ; et ce verset s'est accompli aux jours de Yoël fils de Pétouel, chez qui la yoré et la malkoch furent au premier mois par miracle, car il y eut une famine de sept ans, ainsi qu'il est écrit « car ה' a appelé la famine, et elle est aussi venue sur le pays sept années », et il est écrit « ce qu'a laissé la chenille, la sauterelle l'a mangé, etc. ».
הָכִי גָּרְסִינַן יָצָא אֲדָר וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים וְלֹא זַרְעוֹ רֹוב אֲדָר לָא גָּרְסִינַן:
on ne lit pas « et ils n'avaient pas semé la plus grande partie d'Adar ».
רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה הַתְחָלַת גְּשָׁמִים וּלְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף ו:) מְפָרֵשׁ רְבִיעָה שֶׁמַּרְבִּיעַ אֶת הָאָרֶץ:
le début des pluies ; et plus loin (Taanit 6b) on explique le mot revia : ce qui féconde la terre.
🗂️ Tossefot (1)
יוֹרֶה בְּמַרְחֶשְׁוָן הוּא. פִּי' אַקְּרָא דִּכְתִיב וַיּוֹרֶד לָכֶם גֶּשֶׁם מוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ בָּרִאשׁוֹן פָּרִיךְ דְּמַתְנִי' אֶפְשָׁר לְתָרֵץ דְּאַמַּלְקוֹשׁ קָסְמִיךְ אֲבָל בְּיוֹרֶה מוֹדֶה דִּבְמַרְחֶשְׁוָן:
La yoré est en Marheshvan. Explication : c'est sur le verset « et il fait descendre pour vous une pluie, moré et malkoch, au premier mois » qu'il objecte ; car pour la michna elle-même on pourrait répondre qu'elle s'appuie sur la malkoch, tandis que pour la yoré elle admettrait qu'elle est en Marheshvan.
🪔 Ben Yehoyada (2)
יָרְדָה לָהֶם רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה בְּאֶחָד בְּנִיסָן. נִרְאֶה לִי בס"ד הִנֵּה נוֹדַע כִּי מִתִּשְׁרֵי וְעַד נִיסָן הֵם חָדְשֵׁי הַזָּכָר, וּמִנִּיסָן עַד תִּשְׁרֵי חָדְשֵׁי הַנְּקֵבָה, נִמְצָא גְּשָׁמִים שֶׁצְּרִיכִין לֵירֵד בְּחָדְשֵׁי הַזָּכָר יָרְדוּ בְּחָדְשֵׁי הַנְּקֵבָה לְהוֹרוֹת דְּאַחַר דְּתָשׁ כּוֹחָן כִּנְקֵבָה מֵחֲמַת הָרָעָב נִתְכַּפֵּר לָהֶם וְנוֹשְׁעוּ בְּחָדְשֵׁי הַנְּקֵבָה, וְגַם הָרָעָב הָיָה שֶׁבַע שָׁנִים כְּדֵי לְתַקֵּן בָּזֶה הַצַּעַר מַה שֶׁפְּגָמוֹ בַּמַּלְכוּת שֶׁהוּא סוֹד 'בַּת שֶׁבַע' וְאָז נֶהְפַּךְ לָהֶם שֶׁבַע לְשֶׁבַע.
« La première revia tomba pour eux le premier de Nissan. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on sait que de Tichri à Nissan ce sont les mois du masculin, et de Nissan à Tichri les mois du féminin. Il se trouve donc que les pluies qui devaient tomber dans les mois du masculin sont tombées dans les mois du féminin, pour enseigner qu'après que leur force se fut affaiblie comme celle d'une femme, du fait de la famine, il leur fut pardonné et ils furent sauvés dans les mois du féminin. Et la famine dura sept ans afin de réparer par cette souffrance l'atteinte qu'ils avaient portée à la Malkhout, qui est le sod de « Bat-Chéva » ; alors le chiffre sept (cheva) se retourna pour eux en satiété (sova).
(יוֹאֵל ב, כג) 'יוֹרֶה' בְּנִיסָן הוּא? 'יוֹרֶה', בְּמַרְחֶשְׁוָן הוּא. אֵין לְהַקְשׁוֹת מַאי פָּרֵיךְ דִּילְמָא הָכִי קָאָמַר וַיּוֹרֶד לָכֶם גֶּשֶׁם מוֹרֶה בִּזְמַנּוֹ וּבִעֲתוֹ שֶׁהוּא בְּמַרְחֶשְׁוָן וְאַחֲרָיו יָרַד מַלְקוֹשׁ בָּרִאשׁוֹן שֶׁהוּא נִיסָן, דְּזֶה אֵינוֹ, דְּהָיָה צָרִיךְ לְפָרֵשׁ זְמַן יְרִידַת הַיּוֹרָה כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ זְמַן יְרִידַת הַמַּלְקוֹשׁ, וְלָמָּה סָתַם בַּיּוֹרָה וּפֵירֵשׁ בַּמַּלְקוֹשׁ.
« La yoré en Nissan ? La yoré est en Marheshvan. » On ne doit pas demander en quoi consiste l'objection, en disant qu'on pourrait comprendre ainsi : il fait descendre pour vous la pluie de la yoré en son temps, c'est-à-dire en Marheshvan, et après elle la malkoch au premier mois, c'est-à-dire en Nissan. Car il n'en est rien : il aurait fallu préciser le temps de la yoré comme le verset précise celui de la malkoch ; pourquoi donc laisser la yoré sans précision et préciser la malkoch ?
💡 Explication

L'objection de Rav Nahman est une contradiction entre deux sources. Une baraita fixe la yoré, première pluie, en Marheshvan, et la malkoch, dernière pluie, en Nissan. Or le verset de Yoël sur lequel s'appuie la michna place les deux au premier mois.

La réponse ne corrige pas la baraita : elle situe le verset. Yoël ne décrit pas le cours ordinaire des saisons, mais une année précise, celle de la famine des sauterelles, où tout le calendrier des pluies fut repoussé jusqu'en Nissan. Le verset garde donc sa valeur pour Rabbi Meir, puisqu'il montre que Nissan reste un mois où la pluie est bonne.

🖼️ Schéma
La contradiction et sa résolution La baraita : le cours ordinaire Yore (première pluie) : Marheshvan Malkoch (dernière pluie) : Nissan Le verset de Yoël Yore et malkoch : toutes deux au premier mois, c'est-à-dire Nissan ? Réponse de Rabbi Yo'hanan Le verset ne décrit pas une année ordinaire : il décrit l'année de Yoël, où tout fut repoussé à Nissan. La baraita reste vraie pour le cours ordinaire ; le verset reste utilisable par Rabbi Meir, puisqu'il montre que Nissan porte encore la pluie.
La résolution ne modifie aucune des deux sources : elle attribue au verset une année particulière.
5
אָמַר לָהֶם נָבִיא לְיִשְׂרָאֵל: צְאוּ וְזַרְעוֹ! אָמְרוּ לוֹ: מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַב חִטִּים אוֹ קַבִּים שְׂעוֹרִין — יֹאכְלֶנּוּ וְיִחְיֶה, אוֹ יִזְרָעֶנּוּ וְיָמוּת? אָמַר לָהֶם: אַף עַל פִּי כֵן צְאוּ וְזִרְעוּ. נַעֲשָׂה לָהֶם נֵס, וְנִתְגַּלָּה לָהֶם מַה שֶּׁבַּכְּתָלִין וּמַה שֶּׁבְּחֹורֵי נְמָלִים.

Le prophète dit à Israël : sortez et semez ! Ils lui dirent : celui qui possède un kav de blé ou deux kavim d'orge — doit-il les manger et vivre, ou les semer et mourir ?

Il leur dit : malgré cela, sortez et semez. Un miracle leur fut fait : il leur fut révélé ce qui se trouvait dans les murs et ce qui se trouvait dans les trous des fourmis.

📜 Rachi (3)
אוֹ יִזְרָעֶנּוּ וְיָמוּת בְּרָעָב קֹודֶם שֶׁתִּגְדַּל הַתְּבוּאָה הַחֲדָשָׁה שֶׁלֹּא יִהְיֶה לוֹ מַה יֹאכַל:
de faim, avant que la nouvelle récolte ne pousse, n'ayant rien à manger.
נַעֲשָׂה לָהֶם נֵס כו' וְהַייְנוּ דִּכְתִיב וְשִׁלַּמְתִּי לָכֶם אֶת הַשָּׁנִים אֲשֶׁר אָכַל הָאַרְבֶּה וְגוֹ':
et c'est ce qui est écrit : « je vous rendrai les années qu'a mangées la sauterelle, etc. ».
נִתְגַּלָּה לָהֶם תְּבוּאָה שֶׁבְּחוֹרֵי נְמָלִים וּמַה שֶׁבַּכְּתָלִים שֶׁאָצְרוּ הָעַכְבָּרִים:
ce que les souris y avaient entreposé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַף עַל פִּי כֵן צְאוּ וְזִרְעוּ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁאָמַר לוֹ כֵּן וְלֹא גִּילָּה לָהֶם מַה שֶׁיַּעֲשֶׂה לָהֶם הקב"ה בְּגִילּוּי הַחִיטִּים שֶׁבַּכֹּותְלִים וּסְדָקִים וְחוֹרֵי הַנְּמָלִים, כְּדֵי שֶׁהֵם יָצְאוּ לִזְרֹועַ מַה שֶׁבְּיָדָם לְקַייֵּם דְּבַר ה' שֶׁצִּוָּה בְּכָךְ וְלֹא יִמָּנְעוּ מִטַּעַם זֶה, דָּמֵי שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַב חִיטִּים יֹאכְלֶנּוּ וְיִחְיֶה וְכוּ' וְאָז עַל יְדֵי כָּךְ יַעֲשֶׂה לָהֶם הקב"ה נֵס לְגַלּוֹת לָהֶם מַה שֶּׁבַּכֹּותְלִים וְכוּ', וְכֵן הָיָה כַּאֲשֶׁר הִסְכִּימוּ לִזְרֹועַ מַה שֶׁבְּיָדָם אָז נִגְלֶה לָהֶם הַדָּגָן הַנִּזְכָּר.
« Malgré cela, sortez et semez. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il leur parla ainsi sans leur dévoiler ce que le Saint béni soit-Il allait faire pour eux en leur révélant le blé caché dans les murs, les fentes et les trous de fourmis, c'est afin qu'ils sortent semer ce qu'ils avaient en main pour accomplir la parole de ה' qui l'avait ordonné, sans s'en abstenir pour le motif qu'ils avaient avancé : celui qui a un kav de blé, qu'il le mange et vive, etc. Et c'est par ce mérite que le Saint béni soit-Il ferait pour eux le miracle de leur révéler ce qui se trouvait dans les murs. Ainsi advint-il : lorsqu'ils acceptèrent de semer ce qu'ils avaient en main, alors leur fut révélé le grain en question.
💡 Explication

La question posée au prophète est une question de survie et non de foi : le kav de blé restant représente quelques jours de nourriture, et le semer revient à s'en priver sans certitude de récolte. Le prophète ne répond pas à l'argument ; il répète l'ordre.

Le miracle arrive après la décision, et non avant. Le Ben Yehoyada tire de cet ordre le motif du silence du prophète : la réserve cachée ne leur est révélée qu'une fois qu'ils ont accepté de semer.

6
יָצְאוּ וְזָרְעוּ שֵׁנִי וּשְׁלִישִׁי וּרְבִיעִי, וְיָרְדָה לָהֶם רְבִיעָה שְׁנִיָּה בַּחֲמִשָּׁה בְּנִיסָן. הִקְרִיבוּ עֹומֶר בְּשִׁשָּׁה עָשָׂר בְּנִיסָן, נִמְצֵאת תְּבוּאָה הַגְּדֵילָה בְּשִׁשָּׁה חֳדָשִׁים, גְּדֵילָה בְּאַחַד עָשָׂר יוֹם. נִמְצָא עֹומֶר הַקָּרֵב מִתְּבוּאָה שֶׁל שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים, קָרֵב מִתְּבוּאָה שֶׁל אַחַד עָשָׂר יוֹם.

Ils sortirent et semèrent le deux, le trois et le quatre, et la seconde revia tomba pour eux le cinq de Nissan. Ils offrirent le omer le seize de Nissan.

Il se trouve que la récolte qui pousse en six mois poussa en onze jours ; il se trouve que le omer, qui est offert d'une récolte de six mois, fut offert d'une récolte de onze jours.

📜 Rachi (4)
יָצְאוּ וְזָרְעוּ וְזַרְעוֹ מַה שֶׁבְּיָדָם:
ils semèrent ce qu'ils avaient en main.
שְׁנֵי בְּנִיסָן וּשְׁלִישִׁי וּרְבִיעִי וּמַה שֶׁמָּצְאוּ אָכְלוּ וּלְאַחַר שֶׁזָּרְעוּ יָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים בָּהּ' בְּנִיסָן וְהִקְרִיבוּ עֹומֶר בט"ז בְּנִיסָן מֵאוֹתָהּ תְּבוּאָה חֲדָשָׁה:
de Nissan, ainsi que le trois et le quatre ; ce qu'ils trouvèrent, ils le mangèrent, et après avoir semé les pluies tombèrent pour eux le cinq de Nissan ; et ils offrirent le omer le seize de Nissan de cette nouvelle récolte.
הַגְּדֵילָה בְּשִׁשָּׁה חֳדָשִׁים מִתִּשְׁרֵי וְעַד נִיסָן:
de Tichri jusqu'à Nissan.
בי"א יוֹם מֵחֲמִשָּׁה בְּנִיסָן עַד ט"ז בּוֹ:
du cinq de Nissan au seize du même mois.
🪔 Ben Yehoyada (2)
נמצאת התבואה הגדלה בששה חדשים, גדלה באחד־עשר יום. נראה לי בס"ד נס העצום הזה נרמז בשם הנביא יואל, אשר על ידו ובזמנו נעשה הנס הזה, והוא יואל 'לו יא' כלומר בעבורו ובזכותו נעשה הנס של י"א יום הנזכר. ונראה לי דעל ידי שנעשה בירור שלם מן י"א סמני הקטורת זכו לנס זה שתגדל התבואה בי"א יום. והנה הרעב ההוא בא להם מן ארבעה מינים, שהם ג זם, א רבה, י לק, ח סיל (יואל ב, כה) , דראשי תיבות שלהם מספר כ"ב, רמז בעבור שחטאו בכ"ב אותיות התורה היתה זאת להם, ועתה אחר שנתכפר להם חטא הנזכר בא להם השפע הטוב שגדלה התבואה בי"א ימים וי"א לילות שהם כ"ב ונתמלא החסרון שנעשה להם מאותם ארבעה מינים דראשי תיבות שלהם כ"ב. ועוד נראה לי בס"ד מספר י"א במספר הקדמיי [5+4+3+2+1...] הוא ס"ה כמנין שם אדנ"י [65] שהוא סוד המלכות שפגמו בה בארץ ישראל ועתה נתקן הפגם ולכך היתה הטובה הזאת בניסן שהוא ראש חודשי המלכות. ובני ידידי כבוד הרב יעקב נר"ו פירש זכו לנס זה של י"א כנגד מספר ו"ה של שם הוי"ה שתיקנו בתשובתם.
« Il se trouve que la récolte qui pousse en six mois poussa en onze jours. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce miracle immense est fait allusion dans le nom même du prophète Yoël, par qui et de son temps il eut lieu : Yoël se lit « lo yod-alef », c'est-à-dire que pour lui et par son mérite fut accompli le miracle des onze jours. Il me semble aussi que c'est par un triage complet des onze ingrédients de la ketoret qu'ils méritèrent ce miracle d'une récolte poussant en onze jours. Or la famine leur était venue de quatre espèces — gazam, arbe, yelek, hassil (Yoël 2,25) — dont les initiales font le nombre vingt-deux : allusion au fait que cela leur arriva pour avoir fauté contre les vingt-deux lettres de la Tora. Maintenant que cette faute leur était pardonnée, l'abondance leur vint, la récolte poussant en onze jours et onze nuits, soit vingt-deux, ce qui combla le manque causé par ces quatre espèces dont les initiales font vingt-deux. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le nombre onze en compte cumulé (5+4+3+2+1...) fait soixante-cinq, comme la valeur du Nom Ado-nay, qui est le sod de la Malkhout, à laquelle ils avaient porte atteinte en terre d'Israël ; maintenant l'atteinte était réparée, et c'est pourquoi ce bien survint en Nissan, tête des mois de la Malkhout. Et mon fils bien-aimé, l'honorable rav Yaakov, a expliqué qu'ils méritèrent ce miracle des onze en correspondance de la valeur des lettres vav-hé du Nom, qu'ils avaient réparées par leur techouva.
ונמצא עמר הקרב מתבואה של ששה חדשים, קרב מתבואה של אחד־עשר יום. קשה למאי אצטריך למכפל לישנא לפרש לנו על העומר כיון דכבר אמר על התבואה ודבר זה של העומר אתי ממילא? ונראה לי בס"ד דבא ליישב בזה הטעם דגדלה בי"א יום ולא בי"ב, דהיה ראוי שתהיה גדילתה בי"ב יום כדי שיהיה החשבון מדוייק ומכוון לששה חודשים כל חודש בשני ימים, אך בי"א יום לא יבא חשבון מכוון כנגד ששה חודשים, ולזה אמר נמצא עומר הקרב שנעשה הנס בי"א יום כדי שיהיו יכולין להקריב ממנה העומר ואם הים נשלם גדילתה בי"ב דוקא היה עובר זמנו של עומר כי ההתחלה היתה בחמשה בניסן.
« Et il se trouve que le omer offert d'une récolte de six mois fut offert d'une récolte de onze jours. » Difficulté : pourquoi répéter la formule et la reprendre pour le omer, alors qu'il l'a déjà dite pour la récolte et que le cas du omer en découle de lui-même ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il vient par là expliquer pourquoi elle poussa en onze jours et non en douze. Il aurait été logique que sa croissance prit douze jours, pour que le compte fut exact et corresponde aux six mois, à raison de deux jours par mois ; avec onze jours, le compte ne tombe pas juste en face des six mois. C'est pourquoi il dit : il se trouve que le omer fut offert — le miracle se fit en onze jours afin qu'ils puissent en offrir le omer, car si sa croissance ne s'était achevée qu'en douze jours, le temps du omer serait passé, le départ ayant été le cinq de Nissan.
💡 Explication

Le calcul est précis et c'est là son intérêt. La semence est mise en terre les 2, 3 et 4 Nissan ; la pluie qui la fait lever tombe le 5 ; le omer, qui se coupe dans la nuit du 15 au 16 et s'offre le 16, doit être pris d'une récolte déjà mûri. Il reste donc onze jours pour une croissance qui en demande six mois.

La guemara ajoute une seconde formulation, du point de vue de l'offrande : le omer lui-même, qui est par définition les prémices de l'orge, fut cette année-là prélevé sur un grain de onze jours. Le miracle n'est donc pas seulement agricole, il touche à la validité d'une offrande du Temple.

🖼️ Schéma
Six mois contre onze jours Cours ordinaire : de Tichri à Nissan, six mois de croissance Cette année-là : du 5 au 16 Nissan, onze jours Le omer du 16 Nissan doit provenir d'une récolte nouvelle et mûre : c'est ce qui rend le délai contraignant et le miracle mesurable.
La barre courte donne l'échelle : le même cycle agricole tient dans onze jours.
7
וְעַל אוֹתוֹ הַדּוֹר הוּא אוֹמֵר: ״הַזֹּרְעִים בְּדִמְעָה בְּרִנָּה יִקְצֹרוּ. הָלוֹךְ יֵלֵךְ וּבָכֹה נֹשֵׂא מֶשֶׁךְ הַזָּרַע וְגוֹ׳״. מַאי ״הָלוֹךְ יֵלֵךְ וּבָכֹה נֹשֵׂא מֶשֶׁךְ וְגוֹ׳״? אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: שׁוֹר, כְּשֶׁהוּא חוֹרֵשׁ — הוֹלֵךְ וּבוֹכֶה, וּבַחֲזִירָתוֹ — אוֹכֵל חָזִיז מִן הַתֶּלֶם. וְזֶהוּ: ״בָּא יָבֹא בְּרִנָּה״.

Et c'est de cette génération-là que le verset dit : « ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans le chant ; il va en marchant et en pleurant, portant la charge de semence, etc. ». Que signifie « il va en marchant et en pleurant, portant la charge, etc. » ?

Rabbi Yehouda a dit : le bœuf, lorsqu'il laboure, va en pleurant ; et à son retour il mange les jeunes pousses du sillon. Et c'est là le sens de « il reviendra dans le chant ».

📜 Rachi (4)
הַזֹּורְעִים בְּדִמְעָה בְּרִנָּה יִקְצֹורוּ שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶן מַה לֶאֱכֹול:
car ils n'avaient rien à manger.
מַאי הָלַךְ יֵלֵךְ וּבָכֹה אִם לִבְנֵי אָדָם כְּבָר נֶאֱמַר הַזֹּורְעִים בְּדִמְעָה בְּרִנָּה יִקְצֹורוּ אֶלָּא עַל הַשּׁוֹר הַכָּתוּב אוֹמֵר:
s'il s'agissait des hommes, il a déjà été dit « ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans le chant » ; c'est donc du bœuf que le verset parle.
בַּהֲלִיכָתוֹ לַחֲרֹושׁ הַתֶּלֶם:
pour labourer le sillon.
וּבַחֲזִירָתוֹ אוֹכֵל חֲזִיז שַׁחַת מִן הַתֶּלֶם שֶׁזְּרָעוֹ בַּהֲלִיכָתָן שֶׁכְּשֶׁהוּא זוֹרֵעַ מִיָּד מַתְחֶלֶת לִיגָּדֵל:
de l'herbe verte du sillon qu'ils avaient semé à l'aller, car dès qu'on sème, la pousse commence aussitôt.
🗂️ Tossefot (1)
וּבַחֲזִירָתוֹ אוֹכֵל חָזִיז מִן הַתֶּלֶם וְכוּ' וְקַשְׁיָא הָא דְּקָאָמַר לְעֵיל נִמְצָא הַגְּדֵילָה בְּשִׁשָּׁה חֳדָשִׁים גְּדֵילָה בְּאַחַד עָשָׂר יוֹם הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר גְּדֵילָה בִּתְלֵיסַר ובי"ד יוֹמֵי שֶׁהֲרֵי מִיָּד מַתְחֶלֶת לִיגָּדֵל וְשֶׁמָּא י"ל דִּלְכָל הַמְאֻוחֶרֶת שֶׁנִּזְרְעָה בַּשְּׁלִישִׁית קָאָמַר נִמְצָא גְּדֵילָה בי"א יוֹם וצ"ע:
« Et à son retour il mange les jeunes pousses du sillon », etc. Cela fait difficulté avec ce qui a été dit plus haut : « il se trouve que ce qui pousse en six mois poussa en onze jours ». Il aurait fallu dire qu'elle poussa en treize ou en quatorze jours, puisqu'elle commence à pousser aussitôt. On peut peut-être répondre que c'est de la plus tardive, celle qui fut semée le troisième jour, qu'il dit qu'elle poussa en onze jours. Et cela demande examen.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְעַל אוֹתוֹ הַדּוֹר הוּא אוֹמֵר: (תְּהִלִּים קכו, ה) "הַזֹּרְעִים בְּדִמְעָה בְּרִנָּה יִקְצֹרוּ". נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּונוֹת בְּכַווָּנַת הַפָּסוּק (תְּהִלִּים קמה, טז) 'פּוֹתֵחַ אֶת יָדֶךָ וּמַשְׂבִּיעַ לְכָל חַי רָצוֹן' לְכַוֵּין רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ל כָּל ח י ר צַוָּן, רָחֵל [238] שֶׁהִיא מִסְפַּר ב' פְּעָמִים דִּמְעָה [119] וִיכַוֵּין לְמָתְקָם יְעֻויַּן שָׁם. וְיָדוּעַ כִּי נִיסָן הוּא רֹאשׁ חֹודֶשׁ שֶׁל רָחֵל שֶׁהִיא מִסְפַּר ב' פְּעָמִים דִּמְעָה, וְלָזֶה אָמַר ' הַזְּרָעִים ב ' דִּמְעָה ' שֶׁזְּרָעוֹ בְּנִיסָן שֶׁהוּא שֶׁל בְּחִינַת ב' דִּמְעָה, ' בְּרִנָּה יִקְצְרוּ ' כִּי אוֹתָם י"א יוֹם שֶׁגָּדְלָה בָּהֶם הַתְּבוּאָה הִתְחִילוּ מִן יוֹם חֲמִשָּׁה נִיסָן וְקָצְרוּ הָעֹומֶר לֵיל ט"ז בְּנִיסָן, צֵא וַחֲשֹׁוב יוֹם חֲמִשָּׁה נִיסָן הוּא ט"ו שָׁעוֹת כִּי בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל עַמּוּד הַשַּׁחַר בְּנִיסָן יִהְיֶה אַחַר שָׁעָה תְּשִׁיעִית מִן הַלַּיְלָה, נִמְצָא הַיּוֹם הוּא ט"ו שָׁעוֹת וַעֲשָׂרָה יָמִים וַעֲשָׂרָה לֵילוֹת מִן לֵיל שִׁשָּׁה עַד לֵיל ט"ז יֵשׁ בָּהֶם ר"מ שָׁעוֹת הֲרֵי רנ"ה שָׁעוֹת עַד לֵיל ט"ו שֶׁקָּצְרוּ בָּהּ הָעֹומֶר, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר ' בְּרִנָּה יִקְצְרוּ ' רוֹצֶה לוֹמַר ברנ"ה שָׁעוֹת שֶׁגָּדְלָה בָּהֶם הַתְּבוּאָה יִקְצוֹרוּ, כִּי קְצִירַת הָעֹומֶר הִיא הַתְחָלַת הַקְּצִירָה.
« Et c'est de cette génération-là que le verset dit : ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans le chant (Tehilim 126,5). » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'expliquer d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari zal dans le Chaar ha-Kavanot sur l'intention du verset « tu ouvres ta main et rassasies tout vivant de faveur » (Tehilim 145,16) : il faut y viser les initiales de le-khôl haï ratson, qui font Rahel (238), soit deux fois le mot dima, larme (119), et viser à l'adoucir — voir sur place. Or on sait que Nissan est la tête des mois de Rahel, dont la valeur est de deux fois dima. C'est pourquoi il est dit « ceux qui sèment be-dima », eux qui semèrent en Nissan, lequel relève de l'aspect des deux dima ; « moissonneront be-rina », car les onze jours de croissance de la récolte commencèrent le cinq de Nissan et ils moissonnèrent le omer dans la nuit du seize. Fais le compte : le jour du cinq de Nissan compte quinze heures, car en terre d'Israël l'aube en Nissan a lieu après la neuvième heure de la nuit, si bien que le jour fait quinze heures ; dix jours et dix nuits, de la nuit du six à la nuit du seize, font deux cent quarante heures, soit en tout deux cent cinquante-cinq heures jusqu'à la nuit où ils moissonnèrent le omer. C'est ce que dit « be-rina yiktsorou » : ils moissonneront en ranah, c'est-à-dire au terme des deux cent cinquante-cinq heures de croissance de la récolte, la coupe du omer étant le début de la moisson.
💡 Explication

La question de la guemara est une question de lecture. Le verset a déjà parlé des semeurs en larmes ; la seconde moitié devrait donc parler d'autre chose, sans quoi elle répète la première. Rabbi Yehouda la rapporte alors à l'animal de labour.

L'image tient sa force du miracle raconté plus haut : la pousse est si rapide que le bœuf, revenant sur son propre sillon, y trouve déjà de quoi brouter. Le pleur de l'aller et le chant du retour deviennent deux moments d'un même passage.

8
מַאי ״נָשָׂא אֲלֻמֹּתָיו״? אָמַר רַב חִסְדָּא, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: קָנֶה זֶרֶת, שִׁיבֹּולֶת זָרְתִים.

Que signifie « portant ses gerbes » ? Rav Hisda a dit, et certains le rapportent comme un enseignement de baraita : la tige mesurait un zeret (un empan) et l'épi deux empans.

📜 Rachi (2)
מַאי בֹּא יָבוֹא בְרִנָּה נֹושֵׂא אֲלֻומֹּותָיו אִם מִפְּנֵי הַתְּבוּאָה שֶׁיֵּשׁ לָהֶם לֶאֱכֹול הֲרֵי כְּבָר אָמוּר בְּרִנָּה יִקְצוֹרוּ:
si c'est à cause de la récolte qu'ils avaient à manger, il a déjà été dit « ils moissonneront dans le chant ».
שִׁבֹּולֶת זָרְתִים זֶהוּ נֵס גָּדוֹל מַה שֶׁאֵין כֵּן דֶּרֶךְ כָּל תְּבוּאָה שֶׁהִקְנָה פִּי שְׁלֹשָׁה וְאַרְבָּעָה בַּשִּׁבֹּולֶת:
c'est là un grand miracle, contrairement à l'ordinaire de toute récolte, où la tige est trois ou quatre fois plus longue que l'épi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּאוֹתָהּ שָׁעָה [שָׁנָה] קָנֶה זֶרֶת וְשִׁבֹּלֶת זִרְתַּיִם הָיְתָה. נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז זֶה בַּכָּתוּב הַהוּא עַצְמוֹ שֶׁאָמַר (תְּהִלִּים קכו, ו) 'בָּא יָבוֹא בְּרִנָּה' אוֹת ב' שֶׁל ב א רוֹמֶזֶת עַל זֶרְתַּיִּים דְּשִׁבֹּולֶת שֶׁהִיא עֶלְיוֹנָה, וְאוֹת א' שֶׁל ב א רוֹמֵז עַל זֶרֶת דְּקָנֶה שֶׁהוּא תַּחְתּוֹן. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהָיְתָה הַשִּׁבֹּולֶת שֶׁהִיא מַאֲכַל אָדָם זֶרְתַּיִים, כִּי יָדוּעַ שֶׁהַזֶּרֶת הוּא חֲצִי אַמָּה וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַשְׁבָּ"א זַ"ל (בִּתְשׁוּבוֹת הַחֲדָשׁוֹת סִימָן רל"ג) זֶרֶת שֶׁל תּוֹרָה הוּא שְׁנֵי טְפָחִים וּמֶחֱצָה, דְּלָא אָמְרוּ הַזֶּרֶת חֲצִי אַמָּה אֶלָּא בְּאַמָּה בַּת חֲמִשָּׁה טְפָחִים יְעֻויַּן שָׁם, וְנִמְצָא זֶרְתָּיִים הֵם חֲמִשָּׁה טְפָחִים לִרְמֹוז זְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁהִיא חֲמִשָּׁה סְפָרִים שֶׁנִּמְשְׁלָה לִתְבוּאָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (מַכּוֹת י.) עַל פָּסוּק (קֹהֶלֶת ה, ט) 'וּמִי אֹהֵב בֶּהָמוֹן לֹא תְּבוּאָה' הַגִּינָּה עֲלֵיהֶם בְּשֶׁפַע הַטּוֹבָה הַזֹּאת שֶׁתִּהְיֶה הַשִּׁבֹּולֶת שֶׁבָּהּ הַתְּבוּאָה חֲמִשָּׁה טְפָחִים שֶׁהֵם זַרְתָּיִים. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהָיְתָה הַבְּרָכָה שְׁנֵי שְׁלִישִׁים מַאֲכַל אָדָם שֶׁהִיא הַשִּׁבֹּולֶת שֶׁבָּהּ הַתְּבוּאָה, וּשְׁלִישׁ מַאֲכַל בְּהֵמָה שֶׁהוּא הַקָּנֶה כִּי צֶמַח הָאֲדָמָה הוּא טוֹבָה לָאָרֶץ שֶׁעַל יְדֵי יְצִיאַת הַצֶּמַח מִמֶּנָּה יִתְבָּרְרוּ מִמֶּנָּה נְצוּצֵי הַקְּדֻושָּׁה הַמְגֻולְגָּלִים בְּדוֹמֵם וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, וְגַם עַל יְדֵי שֶׁמְּבָרְכִים וְאוֹכְלִים אֶת הַצּוֹמֵחַ מִמֶּנָּה תֵּצֵא מִן אֲרִירָה שֶׁלָּהּ שֶׁאָמַר עָלֶיהָ בְּחֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן (בְּרֵאשִׁית ג, יז) 'אֲרוּרָה הָאֲדָמָה' וְלָכֵן כַּאֲשֶׁר בְּיִשְׁרָם עַל הַזְּרִיעָה וְצֶמַח הָאֲדָמָה אָמַר (יוֹאֵל ב, כא) 'אַל תִּירְאִי אֲדָמָה גִּילִי וּשְׂמָחִי כִּי הִגְדִּיל ה' לַעֲשׂוֹת' וְאָמַר גִּילֵי וְשִׂמְחִי בָּתַרְתִּי הַנִּזְכָּרִים, וְטוֹבָה לִבְנֵי אָדָם שֶׁאוֹכְלִים וְשִׁבְעִים וְחַיִּים בָּרָעָב וְטוֹבָה לַבְּהֵמָה שֶׁתֹּאכַל מַה שֶׁיֵּשׁ לָהּ לֶאֱכֹול מִן הַתֶּבֶן שֶׁהוּא הַקָּנֶה וְעֵשֶׂב, וּלְכָךְ הָיָה שְׁנֵי שְׁלִישִׁים מַאֲכַל אָדָם כְּנֶגֶד טוֹבַת הָאָרֶץ וְטוֹבַת הָאָדָם כִּי טוֹבַת הָאָרֶץ גַּם כֵּן תְּלוּיָה בְּמַאֲכַל הָאָדָם כָּאָמוּר וּשְׁלִישׁ קָנֶה שֶׁהוּא מַאֲכַל בְּהֵמָה, וְלָכֵן בִּישֵּׂר לַבְּהֵמוֹת וְאָמַר (יוֹאֵל ב, כב) 'אַל תִּירְאוּ בַּהֲמוֹת שָׂדַי כִּי דָשְׁאוּ נְאוֹת מִדְבָּר' וּבִישֵּׂר לִבְנֵי אָדָם בַּפָּסוּק הַשְּׁלִישִׁי (יוֹאֵל ב, כג) 'וּבְנֵי צִיּוֹן גִּילוּ וְשִׂמְחוּ בַּה' אֱלֹקֵיכֶם כִּי נָתַן לָכֶם אֶת הַמּוֹרֶה לִצְדָקָה וַיּוֹרֶד לָכֶם גֶּשֶׁם מוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ בָּרִאשׁוֹן'. וְהִנֵּה אִם שְׁלֹשָׁה שֻׁותָּפִים בַּקֶּרֶן שֶׁבְּיָדָם כָּל אֶחָד יֹאכַל רִיוַּח כְּפִי מְעוֹתָיו, אַךְ אִם אֶחָד נָתַן צְדָקָה וּמַתָּנָה לִשְׁלֹשָׁה צָרִיךְ שֶׁיַּחְלְקוּ בְּשָׁוֶה חֵלֶק כְּחֵלֶק, וְכֵן כָּאן הַשְׁפָּעָה זֹאת הָיְתָה בְּתוֹרַת צְדָקָה, לָכֵן שְׁלֹשָׁה שֻׁותָּפִים אֵלּוּ שֶׁהֵם הָאָדָם וְהָאֲדָמָה וְהַבְּהֵמָה לָקְחוּ חֲלָקִים שָׁוִים וּלְכָךְ הָיְתָה שִׁבֹּולֶת שֶׁבָּהּ הַתְּבוּאָה שֶׁהִיא טוֹבַת הָאָדָם וְטוֹבַת הָאֲדָמָה זֶרְתַּיִים וְהַקָּנֶה שֶׁהוּא טוֹבַת הַבְּהֵמָה זֶרֶת. גַּם נִרְאֶה לִי הָיָה מַאֲכַל הָאָדָם שְׁנֵי שְׁלִישִׁים כְּנֶגֶד שְׁנֵי שְׁלִישֵׁי הַחֶסֶד שֶׁהֵם כ"ד כ"ד שֶׁהִבְטִיחַ השי"ת לִכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל בְּסוֹד (יְשַׁעְיָהוּ נד, יב) 'וְשַׂמְתִּי כַּדְכֹד שֶׁמִּשְׁתְּיָךְ'. וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁנִּרְמְזוּ אֵלּוּ הַשְּׁנֵי שְׁלִישִׁים וּשְׁלִישׁ בְּאוֹמְרוֹ 'נָשָׂא אֲלֻמֹּתָיו' (תְּהִלִּים קכו, ו) , כִּי הַנּוֹשֵׂא עַל גַּבּוֹ מַשָּׂא נָפוּחַ שֶׁנֶּחְשָׁב כִּשְׁתֵּי אֲלֻומּוֹת מִצַּד הַכֹּובֶד שֶׁהוּא הָאֵיכוּת וּמִצַּד הַנּוֹפֵחַ שֶׁהוּא הַכְּמוֹת הִנֵּה זֶה מֻוכְרָח שֶׁיִּכְפֹּוף קוֹמָתוֹ תַּחַת הַמַּשָּׂא וְאֵין נִיכֶּרֶת קוֹמָתוֹ מֵאֲחוֹרָיו אֶלָּא מִן הָאַרְכֻּובָּה וּלְמַטָּה שֶׁנִּמְצָא שְׁנֵי שְׁלִישֵׁי קוֹמָתוֹ נִכְסֵית וּשְׁלִישׁ נִגְלֵית, וְכֵן כָּאן הַחֲלָקִים נֶחְלְקוּ לִשְׁנֵי שְׁלִישִׁים וּשְׁלִישׁ וּלְכָךְ אָמַר 'נָשָׂא אֲלֻמֹּתָיו'.
« Cette année-là, la tige était d'un empan et l'épi de deux empans. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela est fait allusion dans le verset lui-même, « bo yavo be-rina » (Tehilim 126,6) : la lettre bet de « bo » désigne les deux empans de l'épi, qui est en haut, et la lettre alef de « bo » désigne l'empan unique de la tige, qui est en bas. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, que si l'épi, nourriture de l'homme, faisait deux empans, c'est qu'on sait que l'empan est une demi-coudée, et comme l'a écrit le Rachba zal (Téchouvot ha-hadachot, siman 233), l'empan de la Tora vaut deux tefahim et demi, car on n'a dit que l'empan est une demi-coudée que pour une coudée de cinq tefahim — voir sur place. Deux empans font donc cinq tefahim, allusion au mérite de la Tora, qui est en cinq livres et qui est comparée à la récolte, comme l'ont dit nos maîtres (Makot 10a) sur le verset « qui aime l'abondance sans récolte » (Kohelet 5,9) : c'est ce mérite qui les protégés par cette abondance, de sorte que l'épi portant le grain fit cinq tefahim, soit deux empans. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que si la bénédiction fut de deux tiers pour la nourriture de l'homme, qui est l'épi portant le grain, et d'un tiers pour la nourriture de la bête, qui est la tige, c'est que la pousse du sol est un bien pour la terre : par la sortie de la plante se trient les étincelles de sainteté enfouies dans le minéral, comme l'a écrit notre maître le Ari zal, et parce qu'on bénit et qu'on mange ce qui pousse d'elle, elle sort de la malédiction prononcée sur elle lors de la faute du premier homme, « maudit soit le sol » (Berechit 3,17). C'est pourquoi, en annonçant les semailles et la pousse du sol, il a dit « ne crains pas, sol, exulte et réjouis-toi, car ה' a fait de grandes choses » (Yoël 2,21), disant « exulte et réjouis-toi » pour les deux biens mentionnés ; bien pour les hommes, qui mangent, se rassasient et vivent dans la famine, et bien pour la bête, qui mange ce qu'elle a à manger, la paille, c'est-à-dire la tige, et l'herbe. Les deux tiers allèrent donc à la nourriture de l'homme, en face du bien de la terre et du bien de l'homme, le bien de la terre dépendant lui aussi de la nourriture de l'homme comme il a été dit, et un tiers à la tige, qui est la nourriture de la bête ; c'est pourquoi il a annoncé aux bêtes « ne craignez pas, bêtes des champs, car les pacages du désert ont reverdi » (Yoël 2,22), et il a annoncé aux hommes dans le troisième verset : « fils de Tsion, exultez et réjouissez-vous en ה' votre D.ieu, car il vous a donné la moré pour la justice, et il fait descendre pour vous une pluie, moré et malkoch, au premier mois » (Yoël 2,23). Or si trois associés ont un capital en main, chacun prend du profit à proportion de sa mise ; mais si quelqu'un fait un don gracieux à trois, ils doivent partager en parts égales. De même ici : cette abondance venait à titre de tsedaka, et ces trois associés — l'homme, la terre et la bête — prirent donc des parts égales ; c'est pourquoi l'épi portant le grain, qui est le bien de l'homme et le bien de la terre, fit deux empans, et la tige, qui est le bien de la bête, un empan. Il me semble aussi que la nourriture de l'homme fut de deux tiers en face des deux tiers du 'hessed, kaf-dalet et kaf-dalet, que le Saint béni soit-Il a promis à la communauté d'Israël, dans le sod de « je ferai tes créneaux de kadkod » (Yechayahou 54,12). Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces deux tiers et ce tiers sont indiqués par l'expression « nosse aloumotav » (Tehilim 126,6) : celui qui porte sur son dos une charge volumineuse, qui compte pour deux gerbes tant par le poids, qui est la qualité, que par le volume, qui est la quantité, doit nécessairement courber sa taille sous la charge, de sorte qu'on ne voit plus de lui, par-derrière, que ce qui va du genou vers le bas : les deux tiers de sa taille sont cachés et un tiers est visible. Ici de même, les parts se divisèrent en deux tiers et un tiers ; c'est pourquoi il est dit « nosse aloumotav ».
💡 Explication

Le zeret (empan) est la distance entre le pouce et l'auriculaire écartés, soit une demi-coudée. La mesure donnée ici inverse la proportion habituelle : d'ordinaire la tige fait trois ou quatre fois la longueur de l'épi, tandis que cette année-là l'épi faisait le double de la tige.

Rachi en fait le point du verset : la joie du retour ne tient pas seulement au fait d'avoir de quoi manger, ce que le verset a déjà dit, mais à la forme même des gerbes, qui portait le miracle à la vue de tous.

🖼️ Schéma
La proportion de l'épi, renversée À l'ordinaire épi : court tige : trois ou quatre fois l'épi Cette année-là épi : deux empans tige : un empan
Un empan vaut la main ouverte du pouce à l'auriculaire, soit une demi-coudée.
9
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן לְרַבִּי יִצְחָק, מַאי דִכְתִיב: ״כִּי קָרָא ה׳ לָרָעָב וְגַם בָּא אֶל הָאָרֶץ שֶׁבַע שָׁנִים״, בְּהָנָךְ שֶׁבַע שָׁנִים מַאי אֲכוּל?

Rav Nahman dit à Rabbi Yits'hak : que signifie ce qui est écrit, « car ה' a appelé la famine, et elle est aussi venue sur le pays sept années » ? Durant ces sept années, qu'ont-ils mangé ?

📜 Rachi (1)
כִּי קָרָא ה' לָרָעָב בִּימֵי יְהוֹרָם בֶּן אַחְאָב נֶאֱמַר:
cela a été dit aux jours de Yehoram fils d'Ahav.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּהָנָךְ שֶׁבַע שָׁנִים, מַאי אֱכוֹל. פֵּירוּשׁ כֵּיוָן דְּאָמַר לְשׁוֹן יֶתֶר בְּאוֹמְרוֹ 'אֶל הָאָרֶץ' (מְלָכִים ב' ח, א) דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'וְגַם בָּא שֶׁבַע שָׁנִים' אֶלָּא דְּהָרָעָב לֹא הָיָה לִבְנֵי אָדָם שֶׁבַע שָׁנִים, כִּי בְּנֵי אָדָם הָיָה לָהֶם תְּבוּאָה וְדָגָן לֶאֱכֹול בִּשְׁתַּיִם אוֹ בְּשָׁלֹשׁ שָׁנִים וְלֹא הִרְגִּישׁוּ בָּרָעָב וְרַק אֶל הָאָרֶץ הָיָה שֶׁבַע שָׁנִים גְּמוּרִים שֶׁלֹּא נִתְּנָה הָאָרֶץ פִּרְיָהּ כְּלָל, וְלָכֵן דִּייֵּק קְרָא וְאָמַר 'וְגַם בָּא אֶל הָאָרֶץ' וּלְכָךְ שׁוֹאֵל עַל בְּנֵי אָדָם מַאי אֱכוֹל בְּהָנָךְ שָׁנִים שֶׁבְּאֵלּוּ הַשֶּׁבַע שָׁנִים? וּמְשַׁנֵּי הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שָׁנָה רִאשׁוֹנָה אָכְלוּ מַה שֶּׁבַּבָּתִּים וְכוּ', דְּנִמְצָא בָּרִאשׁוֹנָה וּבַשְּׁנִיָּה אָכְלוּ וְלֹא הִרְגִּישׁוּ בָּרָעָב.
« Durant ces sept années, qu'ont-ils mangé ? » Explication : puisque le verset emploie une expression superflue en disant « sur le pays » (Melakhim II 8,1), alors qu'il aurait pu dire « et elle est aussi venue sept années », c'est que la famine ne fut pas de sept ans pour les hommes : ceux-ci avaient du grain et des récoltes à manger pendant deux ou trois ans et ne ressentirent pas la famine ; c'est seulement pour la terre qu'il y eut sept années pleines où elle ne donna aucun fruit. Le verset précise donc « et elle est aussi venue sur le pays ». Et c'est pourquoi il interroge sur les hommes : qu'ont-ils mangé durant ces années-là, au sein de ces sept années ? Il répond : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — la première année ils mangèrent ce qui était dans les maisons, etc. ; il se trouve donc que la première et la deuxième année ils mangèrent et ne ressentirent pas la famine.
💡 Explication

Le folio quitte ici l'année de Yoël pour une autre famine, celle des jours d'Elicha, annoncée à la Chounamite. La série qui commence à ce segment obéit à une forme constante : Rav Nahman relève une difficulté dans un verset, et Rabbi Yits'hak répond par une parole de Rabbi Yo'hanan.

10
אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שָׁנָה רִאשׁוֹנָה אָכְלוּ מַה שֶּׁבַּבָּתִּים, שְׁנִיָּה אָכְלוּ מַה שֶּׁבַּשָּׂדוֹת, שְׁלִישִׁית בְּשַׂר בְּהֵמָה טְהוֹרָה, רְבִיעִית בְּשַׂר בְּהֵמָה טְמֵאָה, חֲמִישִׁית בְּשַׂר שְׁקָצִים וּרְמָשִׂים, שִׁשִּׁית בְּשַׂר בְּנֵיהֶם וּבְנוֹתֵיהֶם, שְׁבִיעִית בְּשַׂר זְרוֹעוֹתֵיהֶם, לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִישׁ בְּשַׂר זְרֹעוֹ יֹאכֵלוּ״.

Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — la première année ils mangèrent ce qui était dans les maisons ; la deuxième, ce qui était dans les champs ; la troisième, la chair des animaux purs ; la quatrième, la chair des animaux impurs ; la cinquième, la chair des bestioles et des reptiles ; la sixième, la chair de leurs fils et de leurs filles ; la septième, la chair de leurs propres bras, pour accomplir ce qui est dit : « chacun mangera la chair de son bras ».

📜 Rachi (2)
מַה שֶׁבַּשָּׂדוֹת סְפִיחִים וּמַה שֶׁנִּשְׁתַּיֵּיר בַּשָּׂדוֹת:
les repousses spontanées et ce qui était resté dans les champs.
אָכְלוּ בְּשַׂר בְּנֵיהֶם מִקְצָתָם:
une partie d'entre eux.
💡 Explication

La réponse est construite comme une descente régulière : on épuise d'abord les réserves, puis les animaux permis, puis les animaux interdits, puis ce que la Tora range parmi les créatures les plus repoussantes, et enfin l'homme lui-même. Chaque étape correspond à une année.

Le verset d'Yechayahou sert de point d'arrivée : il est lu au sens propre, comme la description d'un état où la famine se retourne contre le corps de celui qui la subit. Rachi limite la sixième étape à une partie du peuple.

🖼️ Schéma
Les sept années de famine, degré par degré 1. Ce qui était dans les maisons 2. Ce qui était dans les champs 3. La chair des animaux purs 4. La chair des animaux impurs 5. La chair des bestioles et des reptiles 6. La chair de leurs fils et de leurs filles 7. La chair de leurs propres bras « Chacun mangera la chair de son bras » (Yechayahou 9,19)
Chaque année enlève un degré de plus : les réserves, puis le permis, puis l'interdit, puis le corps.
11
וַאֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן לְרַבִּי יִצְחָק, מַאי דִכְתִיב: ״בְּקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ וְלֹא אָבוֹא בְּעִיר״, מִשּׁוּם דִּבְקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ לֹא אָבוֹא בְּעִיר? אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לֹא אָבוֹא בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁל מַעְלָה עַד שֶׁאָבוֹא לִירוּשָׁלַיִם שֶׁל מַטָּה!

Et Rav Nahman dit à Rabbi Yits'hak : que signifie ce qui est écrit, « au milieu de toi le Saint, et je n'entrerai pas dans la ville » ? Serait-ce parce qu'au milieu de toi est le Saint qu'il n'entrerait pas dans la ville ?

Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — le Saint béni soit-Il a dit : je n'entrerai pas dans la Jérusalem d'en haut avant d'être entré dans la Jérusalem d'en bas.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם דִּבְקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ שֶׁאַתָּה מֵטִיב מַעֲשֶׂיךָ לֹא יָבֹא הקב"ה בָּעִיר:
parce que tu améliores tes actes, le Saint béni soit-Il n'entrerait pas dans la ville ?
לֹא אָבֹא בִּירוּשָׁלַיִם כּוּ' וְהָכִי קָאָמַר עַד שֶׁיְּהֵא בְּקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ לְמַטָּה דְּהַיְינוּ יְרוּשָׁלַיִם לֹא אָבוֹא בָּעִיר שֶׁלְּמַעְלָה:
et voici ce qu'il dit : tant qu'il n'y aura pas de saint au milieu de toi, en bas, c'est-à-dire Jérusalem, je n'entrerai pas dans la ville d'en haut.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא אָבוֹא בָּעִיר. פֵּירוּשׁ בְּעִיר ר"ל בְּעִיר מַמָּשׁ וי"מ פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בָּעִיר בְּשִׂנְאָה כְּלוֹמַר לֹא אָבוֹא בְּשִׂנְאָה וְעִיר הָוֵי ל' שִׂנְאָה כְּמוֹ וּמָלְאוּ פְנֵי תֵבֵל עָרִים (יְשַׁעְיָהוּ יד):
« Je n'entrerai pas dans la ville. » Explication : ba-ir signifie dans la ville au sens propre. Certains expliquent le sens simple du verset en prenant ba-ir au sens de haine, c'est-à-dire : je ne viendrai pas avec haine, le mot ir ayant le sens de haine, comme dans « et ils rempliront la face du monde de arim » (Yechayahou 14).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אמר הקדוש ברוך הוא: לא אבוא בירושלים של מעלה, עד שאבוא בירושלים של מטה. יש להבין היכא רמיזה ירושלים של מטה במה שאמר (הושע יא, ט) 'בקרבך קדוש ולא אבוא בעיר'? ונראה לי בס"ד כי ירושלם כתיב בלא יו"ד, ועולה מספר ת"י קפ"ו, והיינו רמוז בה שני השפעות אחת השפעת ת"י שהוא מספר קדוש [410] והשניה השפעת ששה פעמים א־ל בששה קצוות שלה שעולים מספר קפ"ו [31×6=186] ולפי זה אומרו בקרבך 'קדוש' ו'לא' הנה נרמז בשתי תיבות אלו שתי השפעות הנזכר הרמוזים בשם ירושלים של מטה שהם מספר ת"י בתיבת קדוש [410] , ומספר ששה שמות אמר לו בתיבת ולא שהוא וא"ו א־ל ואמר בקרבך 'קדוש ולא' שהם השפעות ירושלים של מטה, אז 'אבוא בעיר' היא ירושלים של מעלה. ואמר (תהלים קכב, ג) 'ירושל‍ם הבנויה כעיר שחברה לה יחדו' כלומר ירושלים באות ה"א דשמא קדישא בנויה וזהו הבנויה ה"א בנויה ולכן היא כעיר שחברה לה כלומר לה"א היא ירושלים של מעלה שהיא סוד ה"א דשמא קדישא.
« Le Saint béni soit-Il a dit : je n'entrerai pas dans la Jérusalem d'en haut avant d'être entré dans la Jérusalem d'en bas. » Il faut comprendre où la Jérusalem d'en bas est indiquée dans les mots « au milieu de toi le Saint, et je n'entrerai pas dans la ville » (Hochea 11,9). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Yerouchalem s'écrit sans youd, et que sa valeur est de quatre cent dix et cent quatre-vingt-six. Y sont donc indiquées deux effusions : l'une, celle de quatre cent dix, qui est la valeur du mot kadoch (410), et l'autre, celle des six fois le Nom É-l dans ses six extrémités, qui font cent quatre-vingt-six (31 x 6 = 186). Selon cela, lorsqu'il dit « au milieu de toi kadoch » et « ve-lo », ces deux mots indiquent les deux effusions mentionnées, celles que porte le nom de la Jérusalem d'en bas : le nombre quatre cent dix dans le mot kadoch, et le nombre des six Noms dans le mot ve-lo, qui se lit vav fois É-l. Il dit donc : lorsqu'il y aura au milieu de toi « kadoch ve-lo », c'est-à-dire les effusions de la Jérusalem d'en bas, alors « j'entrerai dans la ville », qui est la Jérusalem d'en haut. Et il est dit « Yerouchalem bâtie comme une ville qui lui est jointe ensemble » (Tehilim 122,3) : c'est-à-dire que Yerouchalem est bâtie par la lettre hé du Nom saint — voilà le sens de ha-benouya, hé benouya — et c'est pourquoi elle est comme une ville qui lui est jointe, c'est-à-dire jointe à la hé, qui est la Jérusalem d'en haut, sod de la hé du Nom saint.
💡 Explication

La difficulté est logique. Le verset semble donner la sainteté présente au milieu du peuple comme motif de ne pas entrer dans la ville, ce qui inverse le lien attendu.

La réponse relit la phrase comme une condition : l'entrée dans la ville d'en haut est suspendue à la restauration de celle d'en bas. La sainteté évoquée devient alors ce qui manque et qui est attendu, et non un obstacle.

12
וּמִי אִיכָּא יְרוּשָׁלַיִם לְמַעְלָה? אִין, דִּכְתִיב: ״יְרוּשָׁלִַים הַבְּנוּיָה כְּעִיר שֶׁחֻבְּרָה לָּהּ יַחְדָּו״.

Et y a-t-il une Jérusalem d'en haut ? Oui, ainsi qu'il est écrit : « Jérusalem bâtie comme une ville qui lui est jointe ensemble ».

📜 Rachi (1)
יְרוּשָׁלִַים הַבְּנוּיָה כְּעִיר שֶׁחֻובְּרָה לָּהּ יַחְדָּיו יְרוּשָׁלַיִם שֶׁלְּמַטָּה תְּהֵא בְּנוּיָה כְּעִיר שֶׁחֻובְּרָה לָהּ שֶׁהִיא כַּיּוֹצֵא בָּהּ חֲבִירְתֵּהּ וְדֻוגְמָתָהּ מִכְּלָל דְּאִיכָּא יְרוּשָׁלַיִם אַחֲרִיתִי וְהֵיכָן אִם לֹא לְמַעְלָה:
la Jérusalem d'en bas sera bâtie comme une ville qui lui est jointe, laquelle lui est semblable, sa compagne et son modèle ; d'où il ressort qu'il existe une autre Jérusalem — et où donc, sinon en haut ?
💡 Explication

La preuve tient à un mot. Le verset compare Jérusalem à une ville, ce qui suppose qu'il existe une seconde ville à laquelle la comparer. Comme aucune ville terrestre ne joue ce rôle dans le verset, Rachi conclut qu'il s'agit de la Jérusalem d'en haut.

🖼️ Schéma
Les deux Jérusalem Jérusalem d'en haut L'entrée y est suspendue à celle d'en bas. Jérusalem d'en bas Celle qui doit être rebâtie. « comme une ville qui lui est jointe ensemble »
Le mot de comparaison suppose deux villes : c'est la preuve tirée du verset des Tehilim.
13
וַאֲמַר לֵיהּ רַבִּי נַחְמָן לְרַבִּי יִצְחָק, מַאי דִכְתִיב: ״וּבְאַחַת יִבְעֲרוּ וְיִכְסָלוּ מוּסַר הֲבָלִים עֵץ הוּא״? אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אַחַת הִיא שֶׁמְּבַעֶרֶת רְשָׁעִים בְּגֵיהִנָּם, מַאי הִיא — עֲבוֹדָה זָרָה. כְּתִיב הָכָא: ״מוּסַר הֲבָלִים עֵץ הוּא״, וּכְתִיב הָתָם: ״הֶבֶל הֵמָּה מַעֲשֵׂה תַּעְתֻּעִים״.

Et Rav Nahman dit à Rabbi Yits'hak : que signifie ce qui est écrit, « et par une seule ils s'abrutissent et deviennent insensés, l'enseignement des vanités, c'est du bois » ? Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — il y a une chose unique qui consume les impies dans le Guehinom.

Quelle est-elle ? L'idolâtrie.

Il est écrit ici « l'enseignement des vanités, c'est du bois », et il est écrit là-bas « ils sont vanité, œuvre de dérision ».

📜 Rachi (2)
וּבְאַחַת יִבְעֲרוּ וְיִכְסָלוּ מוּסַר הֲבָלִים עֵץ הוּא אִי לָאו גְּזֵרָה שָׁוָה הָיָה מַשְׁמַע אֲטוּמִים כְּעֵץ לְקַבֵּל מוּסָר וְלַשָּׁוְא הָיוּ לוֹקִין:
sans la guezera chava, on aurait compris : bouches comme du bois pour recevoir la réprimande, de sorte que c'est en vain qu'ils recevaient des coups.
בְּאַחַת עֲבֵירָה שֶׁהֵן עוֹשִׂין יִתְבַּעֲרוּ הַכְּסִילִים רְשָׁעִים:
par une seule faute qu'ils commettent, les insensés, les impies, seront consumés.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי דִכְתִיב: (יִרְמְיָהוּ י, ח) "וּבְאַחַת יִבְעֲרוּ וְיִכְסָלוּ מוּסַר הֲבָלִים עֵץ הוּא"? אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אַחַת הִיא, שֶׁמְּבַעֶרֶת רְשָׁעִים בְּגֵיהִנָּם, מַאי הִיא? עֲבוֹדָה זָרָה. פֵּירוּשׁ דְּהָעוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה עוֹבֵר עַל שְׁתֵּי דִּבְּרוֹת מֵעֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת, אֲשֶׁר הֵם מִפִּי הַגְּבוּרָה שְׁמַעְנוּם, שֶׁהֵם 'אָנֹכִי וְלֹא יִהְיֶה לְךָ' (שְׁמוֹת כ, ב) וְעַל זֶה אָמַר שְׁקוּלָה כִּשְׁתַּיִם וְחָזַר וְעָשָׂה בֵּיאוּר אַחֵר לַמַּאֲמָר שְׁקוּלָה כִּשְׁתַּיִם וְאָמַר וּכְתִיב (יִרְמְיָהוּ ב, י) כִּי עִבְרוּ אִיֵּי כִתִּיִּים וּרְאוּ וְכוּ' וְהַייְנוּ שֶׁהֵרִיעוּ מִשְּׁתַּיִם אֵלֶּה שֶׁהֵם כִּתִּיִּים וְקֵדָרִים וְלָזֶה אָמַר וּכְתִיב כִּי עִבְרוּ אִיֵּי כִתִּיִּים וְכוּ', דְּכַוָּנָתוֹ לְבָאֵר בָּזֶה עִנְיַן שְׁקוּלָה כִּשְׁתַּיִם דְּאָמַר עַל עֲבוֹדָה זָרָה.
« Que signifie ce qui est écrit : et par une seule ils s'abrutissent et deviennent insensés, l'enseignement des vanités, c'est du bois (Yirmeyahou 10,8) ? Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — il y a une chose unique qui consume les impies dans le Guehinom ; quelle est-elle ? L'idolâtrie. » Explication : celui qui sert une idole transgresse deux des dix paroles, celles que nous avons entendues de la bouche de la Gevoura, « Anokhi » et « lo yihye lekha » (Chemot 20,2) ; c'est à ce propos qu'il a dit qu'elle pèse autant que deux. Il donne ensuite une seconde explication de cette formule et dit : il est écrit « car passez aux îles des Kitiim et voyez », etc. (Yirmeyahou 2,10), à savoir qu'ils ont fait pis que ces deux-là, les Kitiim et les Kedariim ; c'est pourquoi il dit « et il est écrit : car passez aux îles des Kitiim », etc., son intention étant d'expliquer par là en quoi elle pèse autant que deux, ce qu'il a dit de l'idolâtrie.
💡 Explication

Le verset est obscur parce que le verbe yivaarou se lit de deux façons : « ils s'abrutissent » et « ils seront consumés ». Rachi indique que sans la guezera chava on aurait retenu le premier sens, celui de l'abrutissement devant la réprimande.

La guezera chava est ici un rapprochement entre deux emplois du mot hevel (vanité). Le second verset l'emploie à propos des idoles ; le premier reçoit donc le même objet, et la « chose unique » qui consume devient l'idolâtrie.

🖼️ Schéma
La guezera chava du mot hevel Verset à expliquer « et par une seule ils yivaarou... l'enseignement des hévalim, c'est du bois » Verset de référence « ils sont hevel, œuvre de dérision » — dit des idoles même mot : hevel Conclusion : la chose unique qui consume les impies dans le Guehinom est l'idolâtrie. Sans ce rapprochement, yivaarou se lirait « ils s'abrutissent » et le verset ne parlerait pas du Guehinom (Rachi).
Le mot commun aux deux versets transporte l'objet du second dans le premier.
14
וַאֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן לְרַבִּי יִצְחָק, מַאי דִכְתִיב: ״כִּי שְׁתַּיִם רָעוֹת עָשָׂה עַמִּי״, תַּרְתֵּין הוּא דְּהָווּ? עֶשְׂרִין וְאַרְבַּע שְׁבִיקָא לְהוּ? אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אַחַת שֶׁהִיא

Et Rav Nahman dit à Rabbi Yits'hak : que signifie ce qui est écrit, « car mon peuple a commis deux maux » ? N'y en avait-il donc que deux ?

Les vingt-quatre leur auraient-elles été laissées ? Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — une seule qui est

📜 Rachi (1)
עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע שְׁבִיקָא לְהוּ בִּתְמִיהַּ בְּפָרָשַׁת הֲתִשְׁפֹּוט (יְחֶזְקֵאל כב) כ"ד עֲבֵירוֹת שֶׁעָבְרוּ ל"א שֶׁעָבְרוּ עַל כ"ד סְפָרִים:
question étonnée. Dans la section « Ha-tichpot » (Ye'hezkel 22) il y a vingt-quatre transgressions qu'ils ont commises. Autre version : qu'ils ont transgressé les vingt-quatre livres.
💡 Explication

L'objection compte les fautes. Le chapitre 22 de Ye'hezkel en énumère vingt-quatre ; Yirmeyahou n'en compte que deux. Rav Nahman demande donc, sur le ton de l'étonnement, si les autres ont été passées.

La réponse commence ici et s'achève au folio suivant : il s'agit d'une faute unique dont le poids vaut celui de deux. La phrase est coupée en plein milieu, la fin se lit en 5b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).