Taanit 31a — Les dernières raisons de Tou be-Av, les vêtements empruntés, les vignes, et la ronde des justes

Taanit 31a

Sougya : Dernier folio du traité. Il achève la liste des raisons pour lesquelles le quinze av est un jour de fête : la suppression des postes de garde par Hochea ben Ela, la mise en terre des tués de Betar — d'où l'institution de la bénédiction ha-tov ve-ha-metiv à Yavne —, et l'arrêt de la coupe du bois pour la maarakha, le jour dit tevar magal.

De là, la Guemara tire une règle d'étude : à partir du quinze av les nuits s'allongent, et qui ajoute de l'étude nocturne ajoute de la vie. La Michna est ensuite commentée : les filles de Yerouchalayim empruntaient toutes leurs vêtements blancs, du haut vers le bas de l'échelle sociale, pour ne pas faire honte à celle qui n'en avait pas, et tous les vêtements demandaient immersion.

Dans les vignes, trois groupes de jeunes filles lançaient trois appels différents : la beauté, la famille, le Ciel. Le traité se ferme sur la parole d'Oulla de Bira'a au nom de Rabbi Elazar : dans l'avenir le Saint béni soit-Il fera une ronde pour les justes au Gan Éden, et chacun Le montrera du doigt.

Plan du folio : quatre blocs 1. Fin des raisons de Tou be-Av (seg. 0-3) Hochea ben Ela supprime les postes de garde. Rav Matna : les tués de Betar mis en terre. Rabba et Rav Yossef : arrêt de la coupe du bois. Rav Menachia : le jour tevar magal, et la règle de l'étude des nuits qui s'allongent. Fil commun : une délivrance datée du 15 av. 2. Les vêtements empruntés (seg. 4-5) Chacune emprunte à celle qui est au-dessus d'elle : fille du roi, du kohen gadol, du segan, du kohen oint pour la guerre, d'un kohen ordinaire. Motif unique : ne pas faire honte à celle qui n'a rien. Tous les vêtements demandent immersion, même pliés au fond d'un coffret. 3. Les vignes (seg. 6-7) Celui qui n'avait pas de femme se tournait vers la. Trois appels : les belles disent la beauté, celles de bonne famille disent la famille, les laides disent le Ciel, à condition d'être parées d'or. Chacune parle depuis ce qu'elle a. 4. La ronde des justes (seg. 8-9) Oulla de Bira'a au nom de Rabbi Elazar : une ronde pour les justes au Gan Éden, Lui au milieu d'eux. Chacun montre du doigt : voici notre D.ieu. La danse du 15 av dans les vignes trouve là sa figure achevée. Hadran : fin du traité Taanit.
Le folio va des dernières raisons historiques du 15 av à la ronde future des justes, en passant par les deux scènes de la Michna.
Pourquoi le quinze av est-il un jour de fête ? Les six réponses Les trois premières ont été données en 30b ; les trois dernières occupent ce folio. Rappel de 30b 1. Rav Yehouda au nom de Chmouel : le jour où les tribus furent permises d'entrer les unes dans les autres. 2. Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : le jour où la tribu de Binyamin fut permise de revenir. 3. Rav Dimi bar Yossef au nom de Rav Nahman : le jour où les morts du désert cessèrent de mourir. 4. Oulla (fin, seg. 0) Hochea ben Ela supprime les postes de garde que Yerovam avait placés sur les routes. Il dit : qu'ils montent vers celui qu'ils voudront. Rachi : le mot rak du verset de Melakhim vise cela ; il fut impie, mais pas sur ce point. Gain : la route rouverte. 5. Rav Matna (seg. 1) Le jour où les tués de Betar furent donnés à la sépulture. Ce jour-là, on institua à Yavne ha-tov ve-ha-metiv : ha-tov, ils ne se putréfièrent pas ; ve-ha-metiv, ils furent enterrés. Tossefot : c'est la bénédiction du birkat ha-mazon. Gain : les morts recueillis. 6. Rabba et Rav Yossef (seg. 2-3) Le jour où l'on cessa de couper du bois pour la maarakha. Baraita de Rabbi Eliezer le Grand : dès le 15 av la force du soleil faiblit, le bois ne sèche plus, le ver s'y met. Rav Menachia : on l'appelait yom tevar magal. Gain : la fin d'un labeur.
Six amoraim datent au 15 av un événement différent ; le folio porte les trois derniers, du plus politique au plus lié au service du Temple.
L'échelle des emprunts : qui emprunte à qui Chaque flèche va de celle qui emprunte vers celle qui prête : toujours vers le rang supérieur. Fille du roi Fille du kohen gadol Fille du segan Fille du kohen oint pour la guerre Fille d'un kohen ordinaire Et tout Israël s'emprunte les uns aux autres Le motif de la règle Celle qui possède un vêtement emprunte quand même. L'emprunt devient le geste de tout le monde, et celle qui n'a rien ne se distingue plus des autres. Rachi : afin de ne pas faire honte à celle qui emprunte parce qu'elle n'a rien. La même logique pour l'immersion Tous les vêtements demandent la tevila, y compris ceux qu'aucun doute n'atteint. Rabbi Elazar : même pliés et déposés dans un coffret. Rachi : afin de ne pas faire honte à celle dont le vêtement, lui, requiert vraiment l'immersion.
Une seule préoccupation commande les deux règles : effacer le signe extérieur qui distinguerait la pauvre ou l'impure.
1
לְאֵיזֶה שֶׁיִּרְצוּ יַעֲלוּ.

« Qu'ils montent vers celui qu'ils voudront. »

📜 Rachi (1)
לְאֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה יַעֲלוּ הוֹשֵׁעַ בֶּן אֵלָה רָשָׁע הָיָה דִּכְתִיב (מְלָכִים ב י״ז:ב׳) וַיַּעַשׂ הָרַע בְּעֵינֵי ה' רַק לֹא כְּמַלְכֵי יִשְׂרָאֵל וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר רַק שֶׁבִּטֵּל אֶת הַפְּרוֹסְדָאוֹת וְאָמַר לְאֵיזֶה שֶׁיִּרְצוּ יַעֲלוּ:
Qu'ils montent vers celui qu'ils voudront — Hochea ben Ela était un impie, comme il est écrit « il fit le mal aux yeux de ה', seulement pas comme les rois d'Israël » (Melakhim II 17, 2). C'est ce que veut dire ce « seulement » : il supprima les postes de garde (prosdaot) et dit : qu'ils montent vers celui qu'ils voudront.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une raison commencée en 30b. Oulla y datait du quinze av le jour où Hochea ben Ela, dernier roi du royaume d'Israël, supprima les prosdaot, les postes de garde que Yerovam ben Nevat avait installés sur les routes pour empêcher la montée à Yerouchalayim.

Rachi tire la chose du verset de Melakhim : Hochea fit le mal, rak, seulement pas comme les rois d'Israël qui l'avaient précédé. Ce mot restrictif désigne précisément ce point : il laissa chacun monter où il voulait.

2
רַב מַתָּנָה אָמַר: יוֹם שֶׁנָּתְנוּ הֲרוּגֵי בֵּיתָר לִקְבוּרָה. וְאָמַר רַב מַתָּנָה: אוֹתוֹ יוֹם שֶׁנִּתְּנוּ הֲרוּגֵי בֵּיתָר לִקְבוּרָה, תִּקְּנוּ בְּיַבְנֶה ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״, ״הַטּוֹב״ — שֶׁלֹּא הִסְרִיחוּ, ״וְהַמֵּטִיב״ — שֶׁנָּתְנוּ לִקְבוּרָה.

Rav Matna a dit : c'est le jour où les tués de Betar furent donnés à la sépulture. Et Rav Matna a dit : le jour même où les tués de Betar furent donnés à la sépulture, on institua à Yavne « ha-tov ve-ha-metiv » (Celui qui est bon et qui fait le bien) : « ha-tov », parce qu'ils ne se sont pas putréfiés ; « ve-ha-metiv », parce qu'ils furent donnés à la sépulture.

📜 Rachi (1)
הֲרוּגֵי בֵּיתָר בְּפֶרֶק הַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף נז.):
Les tués de Betar — au chapitre Ha-nizakin (Guittin 57a).
🗂️ Tossefot (1)
תִּיקְנוּ בְּיַבְנֶה הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב. פֵּירוּשׁ בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן ומש"ה תִּקְּנוּ יוֹתֵר עַל הַיַּיִן הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב טְפֵי מִבִּשְׁאָר דְּבָרִים לְפִי שֶׁהָיוּ [כְּמוֹ] גָּדֵר בַּכֶּרֶם וְלֹא נִסְרְחוּ:
« On institua à Yavne ha-tov ve-ha-metiv. » C'est-à-dire dans le birkat ha-mazon. Et c'est pour cette raison qu'on l'a instituée sur le vin plus que sur les autres choses : parce qu'ils étaient [comme] une clôture dans la vigne et qu'ils ne se sont pas putréfiés.
💡 Explication

La cinquième raison. Les tués de Betar, tombés à la fin de la révolte de Bar Kokhba, restèrent longtemps sans sépulture ; le récit complet se trouve en Guittin 57a, auquel Rachi renvoie d'un mot. Le quinze av est le jour où l'autorisation de les enterrer fut obtenue.

Deux bienfaits sont comptés, et la bénédiction en garde la trace en deux membres : ha-tov pour les corps préservés de la décomposition pendant l'attente, ve-ha-metiv pour la sépulture enfin accordée. Les Tossefot précisent qu'il s'agit de la quatrième bénédiction du birkat ha-mazon, celle que l'on récite aussi sur le vin.

3
רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: יוֹם שֶׁפָּסְקוּ מִלִּכְרֹות עֵצִים לַמַּעֲרָכָה. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר: מֵחֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּאָב וְאֵילָךְ תָּשַׁשׁ כּוֹחָהּ שֶׁל חַמָּה, וְלֹא הָיוּ כּוֹרְתִין עֵצִים לַמַּעֲרָכָה, לְפִי שֶׁאֵינָן יְבֵשִׁין.

Rabba et Rav Yossef disent tous deux : c'est le jour où l'on cessa de couper du bois pour la maarakha (la disposition du bois sur l'autel). Car il a été enseigné : Rabbi Eliezer le Grand dit : à partir du quinze av, la force du soleil faiblit, et l'on ne coupait plus de bois pour la maarakha, parce qu'il ne serait pas sec.

📜 Rachi (1)
מִלִּכְרוֹת לְפִי שֶׁהֵן לַחִין וּמֵאוֹתוֹ הַזְּמַן אֵין כֹּחַ בַּחַמָּה לְיַיבְּשָׁן וְחָייְשִׁינַן מִפְּנֵי הַתּוֹלַעַת לְפִי שֶׁעֵץ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ תּוֹלַעַת פָּסוּל לַמַּעֲרָכָה כִּדְאָמְרִינַן (מִדּוֹת פֶּרֶק ב' מִשְׁנָה ה'):
De couper — parce que le bois est humide, et qu'à partir de ce moment le soleil n'a plus la force de le sécher ; on craint alors le ver, car un bois qui contient un ver est passoul (invalide) pour la maarakha, comme il est dit (Midot 2, 5).
💡 Explication

La sixième raison, tirée du service du Temple. Le bois destiné à la maarakha devait être parfaitement sec ; à partir du quinze av le soleil ne suffit plus à le sécher, l'humidité reste dans la bûche et le ver s'y installe.

Rachi fournit le chaînon manquant : la Michna de Midot enseigne qu'un bois vermoulu est passoul pour l'autel. Couper après cette date reviendrait donc à produire du bois inutilisable, et l'on arrête.

4
אָמַר רַב מְנַשְּׁיָא: וְקָרוּ לֵיהּ יוֹם תְּבַר מַגָּל. מִכָּאן וְאֵילָךְ, דְּמוֹסִיף — יוֹסִיף, וּדְלֹא מוֹסִיף — יֵאָסֵף. מַאי ״יֵאָסֵף״? אָמַר רַב יוֹסֵף: תִּקְבְּרֵיהּ אִימֵּיהּ.

Rav Menachia a dit : et on l'appelait « le jour où la faux se brise » (yom tevar magal). À partir de là, celui qui ajoute — on lui ajoutera ; et celui qui n'ajoute pas — il sera recueilli.

Qu'est-ce que « il sera recueilli » ? Rav Yossef a dit : sa mère l'enterrera.

📜 Rachi (4)
יוֹם תָּבַר מַגָּל שְׁבִירַת הַגַּרְזֶן שֶׁפָּסַק הַחוֹטֵב מִלַּחְטֹוב עֵצִים:
Yom tevar magal — le brisement de la hache, car le bûcheron a cessé de couper du bois.
מִכָּאן וְאֵילָךְ מֵחֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּאָב וְאֵילָךְ דְּמוֹסִיף לֵילוֹת עַל הַיָּמִים לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה יוֹסִיף חַיִּים עַל חַיָּיו:
À partir de là — à partir du quinze av : celui qui ajoute les nuits aux jours pour s'occuper de Torah ajoutera de la vie à sa vie.
דְּלָא יוֹסִיף לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה בַּלֵּילוֹת:
Celui qui n'ajoute pas — à s'occuper de Torah pendant les nuits.
תִּקְבְּרֵיהּ אִימֵּיהּ כְּלוֹמַר יָמוּת בְּלֹא עִתּוֹ:
Sa mère l'enterrera — c'est-à-dire qu'il mourra avant son temps.
🗂️ Tossefot (3)
יוֹם תָּבַר מַגָּל. פֵּירוּשׁ שֶׁמּוֹנְעִין מִלִּכְרוֹת עֵצִים לַמַּעֲרָכָה פֵּירוּשׁ מִשּׁוּם שֶׁחָלַשׁ כֹּחָהּ שֶׁל חַמָּה וּמְגַדְּלִין הַתּוֹלָעִים בָּאִילָנוֹת וְעֵצִים מְתֻולָּעִים פְּסוּלִים לַמַּעֲרָכָה כִּדְאָמַר [בְּמִדּוֹת] (פ"ב מ"ה) שֶׁהַכֹּהֲנִים בַּעֲלֵי מוּמִין הֵם מְנַקְּרִים הָעֵצִים וּמְסִירִין הָעֵצִים מְתֻולָּעִים שֶׁפְּסוּלוֹת לַמַּעֲרָכָה:
« Yom tevar magal. » C'est-à-dire que l'on s'abstient de couper du bois pour la maarakha ; et la raison en est que la force du soleil a faibli, que les vers se développent dans les arbres, et qu'un bois vermoulu est passoul pour la maarakha, comme il est dit [dans Midot] (2, 5) que les kohanim atteints d'un défaut corporel (baalei moumin) équeutent les bûches et écartent les bois vermoulus, qui sont invalides pour la maarakha.
דְּלָא מוֹסִיף יֵאָסֵף. פִּי' אוֹתוֹ שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף מִן הַלֵּילוֹת עַל הַיָּמִים יֵאָסֵף:
« Celui qui n'ajoute pas sera recueilli. » C'est-à-dire : celui qui n'ajoute pas des nuits aux jours sera recueilli.
מַאי יֵאָסֵף תִּקְבְּרֵיהּ אִימֵּיהּ. תֵּימַהּ וְכִי הָיָה מְסֻופָּק מַאי יֵאָסֵף אֶלָּא נִרְאֶה לוֹמַר דְּלָא מוֹסִיף יָסִיף וּמִיהָא קָבָעֵי גְּמָרָא מַאי יָסִיף אֲבָל לְעוֹלָם הֲוָה יָדַע דְּיֵאָסֵף הוּא לְשׁוֹן מִיתָה כְּדִכְתִיב (בְּרֵאשִׁית מ״ט:ל״ג) וַיִּגְוַע וַיֵּאָסֶף אֶל עַמָּיו:
« Qu'est-ce que yeassef ? Sa mère l'enterrera. » Cela étonne : la Guemara aurait-elle eu un doute sur le sens de yeassef ? Il faut plutôt dire que la leçon est « celui qui n'ajoute pas, yassif », et que la Guemara demande ce que signifie yassif ; mais elle savait fort bien que yeassef est un terme de mort, comme il est écrit « il expira et fut recueilli auprès de son peuple » (Berechit 49, 33).
🪔 Ben Yehoyada (1)
מכאן ואילך: דמוסיף יוסיף, ודלא מוסיף, [יאסף] יסיף. תני רב יוסף: מאי 'יסיף'? אמר רב יוסף: תקבריה אמיה. פירוש רש"י ימות בלא עתו, ויש להקשות למה אמרה רב יוסף בהאי לישנא דתקבריה אמיה? ונראה לי בס"ד דהכתוב אמר בשבחי האשה בפסוקי אשת חיל (משלי לא, טו) ותקם בעוד לילה ותתן טרף לביתה וחק לנערתיה, נמצא זו היא מדת הנשים לקום בעוד לילה רוצה לומר באשמורת לעסוק בצרכי הבית, והנה זה שראה אמו קמה בעוד לילה לעשות צרכים המוטלים עליה ולא למד ממנה שגם הוא יש לו לקום לעסוק בצרכי הנפש המוטלים עליו שהוא עסק התורה, לכך לא יזכה שיחיה ויקבור את אמו אלא ימות בקוצר שהיא תקברנו. ועוד נראה לי באופן אחר דרב יוסף כונתו בלישנא דאמיה על התורה שנקראת אם דכתיב (משלי ב, ג) 'כי אם לבינה' וידוע דהתורה נותנת חיים ללומדיה, וזה שלא קם להוסיף שעות מן הלילה על היום בלימוד התורה הנותנת חיים לכן התורה תענישנו למות קודם זמנו בר מינן. והא דשאל 'מאי יסיף' קשא וכי אינו יודע משמעות יסיף מאי היא? ונראה לי הכונה ששאל למה נקיט לשון יסיף, הוה ליה למימר יאסף? ומשני תקבריה אמיה היא תורה שבעל פה שהיא ששה סדרים וידוע שכל ישראל נקראו בשם יוסף דכתיב חון תחון שארית יוסף (עמוס ה, טו) , ולכן זה שלא עסק בתורה שבעל פה שהיא ששה סדרים שזמן לימוד שלה בלילה דקורין תורה שבעל פה ולא תורה שבכתב על כן יחסר וא"ו מן שם יוסף אצלו וישאר יסף לכך אמר האי לישנא יסיף, כי יס־ף הנשארים אם תקראנה בחיריק תחת סמ־ך תהיה קריאתה יסיף.
« À partir de là : celui qui ajoute, on lui ajoutera ; et celui qui n'ajoute pas, [yéasséf] yassif. Rav Yossef enseigne : qu'est-ce que yassif ? Rav Yossef a dit : sa mère l'enterrera. » Rachi explique : il mourra avant son temps. Il y a lieu de demander pourquoi Rav Yossef s'est exprimé en ces termes, « sa mère l'enterrera ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset dit à la louange de la femme, dans les versets de Échet hayil : « Elle se lève alors qu'il fait encore nuit, elle donne la nourriture à sa maison et la part à ses servantes » (Michle 31, 15). C'est donc la manière des femmes de se lever alors qu'il fait encore nuit, c'est-à-dire à la veille du matin, pour s'occuper des besoins de la maison. Or celui-ci a vu sa mère se lever de nuit pour accomplir les tâches qui lui incombent, et il n'a pas appris d'elle que lui aussi doit se lever pour s'occuper des besoins de l'âme qui lui incombent, à savoir l'étude de la Torah ; c'est pourquoi il ne mérite pas de vivre et d'enterrer sa mère, mais il mourra à la fleur de l'âge et c'est elle qui l'enterrera. Il me semble encore, d'une autre manière, que Rav Yossef vise par le mot « sa mère » la Torah, qui est appelée mère, comme il est écrit « ki im la-bina tikra » (Michle 2, 3), que l'on lit : tu appelleras l'intelligence em, mère ; et il est connu que la Torah donne la vie à ceux qui l'étudient. Celui-ci, qui ne s'est pas levé pour ajouter des heures de la nuit au jour dans l'étude de la Torah qui donne la vie, la Torah le punira en le faisant mourir avant son temps, que le Ciel nous en préserve. Quant à la question « qu'est-ce que yassif ? », elle fait difficulté : ne connaissait-il pas le sens de yassif ? Il me semble que l'intention est celle-ci : il demande pourquoi le texte emploie le terme yassif, alors qu'il aurait dû dire yéasséf. Et il répond : « sa mère l'enterrera » — c'est la Torah orale, qui est les six ordres (chicha sedarim). Il est connu que tout Israël est appelé du nom de Yossef, comme il est écrit « fais grâce, fais grâce au reste de Yossef » (Amos 5, 15). Celui-ci, qui ne s'est pas occupé de la Torah orale, laquelle est les six ordres et dont le temps d'étude est la nuit, car on lit la nuit la Torah orale et non la Torah écrite, il lui manquera le vav du nom Yossef et il lui restera yasséf ; c'est pourquoi le texte emploie le terme yassif, car les lettres youd-samekh-fé qui restent, si tu les lis avec un hirik sous le samekh, se lisent yassif.
💡 Explication

Le nom populaire du jour, yom tevar magal, dit la même chose que la raison précédente vue d'en bas : le bûcheron brise sa faux, son travail de l'année est fini.

De cette date la Guemara tire une règle d'étude. À partir du quinze av les nuits s'allongent ; celui qui prend sur ces heures nouvelles pour étudier ajoute de la vie à sa vie, et celui qui ne le fait pas « sera recueilli ». Les Tossefot refusent de croire que la Guemara ignorait le sens du mot : ils tiennent que la leçon est yassif, terme moins clair, et que la question porte sur lui.

La réponse de Rav Yossef, sa mère l'enterrera, désigne une mort hors du temps, l'ordre des générations renversé.

🖼️ Schéma
Le 15 av : une date, deux conséquences Quinze av : la force du soleil faiblit, les nuits s'allongent Côté du bois Le bois ne sèche plus, le ver s'y met, on cesse de couper : yom tevar magal. Côté de l'étude Les heures de nuit deviennent disponibles pour la Torah. Mosif : il ajoute Yossif : on ajoutera de la vie à sa vie (Rachi). Lo mosif : il n'ajoute pas Yeassef : sa mère l'enterrera, une mort hors du temps.
La même observation astronomique commande la halakha du bois et la règle de l'étude nocturne.
5
שֶׁבָּהֶן בְּנוֹת יְרוּשָׁלַיִם כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: בַּת מֶלֶךְ שׁוֹאֶלֶת מִבַּת כֹּהֵן גָּדוֹל, בַּת כֹּהֵן גָּדוֹל —מִבַּת סְגָן, וּבַת סְגָן — מִבַּת מְשׁוּחַ מִלְחָמָה, וּבַת מְשׁוּחַ מִלְחָמָה — מִבַּת כֹּהֵן הֶדְיוֹט, וְכָל יִשְׂרָאֵל שׁוֹאֲלִין זֶה מִזֶּה כְּדֵי שֶׁלֹּא (יִתְבַּיֵּישׁ) [לְבַייֵּשׁ] אֶת מִי שֶׁאֵין לוֹ.

« ... ou les filles de Yerouchalayim, etc. » Nos maîtres ont enseigné : la fille du roi emprunte à la fille du kohen gadol ; la fille du kohen gadol, à la fille du segan ; la fille du segan, à la fille du kohen oint pour la guerre (méchouah milhama) ; la fille du kohen oint pour la guerre, à la fille d'un kohen ordinaire ; et tout Israël s'emprunte les uns aux autres, afin de ne pas faire honte à celle qui n'a rien.

📜 Rachi (4)
בַּת מֶלֶךְ אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה לָהּ שׁוֹאֶלֶת מִבַּת כֹּהֵן גָּדוֹל כו' שֶׁלֹּא לְבַיֵּישׁ אֶת הַשּׁוֹאֶלֶת מִתּוֹךְ שֶׁאֵין לָהּ:
La fille du roi — bien qu'elle en eût, elle empruntait à la fille du kohen gadol, etc., pour ne pas faire honte à celle qui emprunte parce qu'elle n'a rien.
מִבַּת כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁהוּא קָרוֹב וְסָמוּךְ לַמַּלְכוּת:
À la fille du kohen gadol — car il est proche de la royauté et lui est attaché.
סְגָן כֹּהֵן חָשׁוּב מְמֻונֶּה תַּחַת כֹּהֵן גָּדוֹל לִהְיוֹת תַּחְתָּיו בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אִם יֶאֱרַע פְּסוּל בְּכֹהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים יְשַׁמֵּשׁ זֶה הַסְּגָן תַּחְתָּיו:
Ségan — un kohen important, nommé sous le kohen gadol pour prendre sa place le jour de Kippour : si une invalidité (pessoul) survient au kohen gadol le jour de Kippour, ce segan officiera à sa place.
מְשׁוּחַ מִלְחָמָה הוּא הַכֹּהֵן הַמַּכְרִיז בַּמִּלְחָמָה מִי הָאִישׁ הַיָּרֵא וְרַךְ הַלֵּבָב וְגוֹ' (דְּבָרִים כ׳:ח׳):
Méchouah milhama — c'est le kohen qui proclame à la guerre : « quel est l'homme craintif et au cœur mou... » (Devarim 20, 8).
🪔 Ben Yehoyada (1)
בַּת מֶלֶךְ שׁוֹאֶלֶת מִבַּת כֹּהֵן גָּדוֹל. הַטַּעַם דְּתִקְּנוּ דְּהַגָּדוֹל יִשְׁאַל מִן הַקָּטָן, לִרְמֹוז לָהֶם מוּסָר שֶׁתִּהְיֶה כָּל אַחַת מִסְתַּכֶּלֶת בִּקְטַנָּה מִמֶּנָּה וּבָזֶה תִּשְׂמַח בַּחֶלְקָה וְלֹא תִּסְתַּכֵּל בִּגְדוֹלִים שֶׁאֵין לָהּ כְּמוֹתָם שֶׁאָז יִהְיֶה בְּלִבָּהּ קִנְאָה וְחָמְדָה.
« La fille du roi emprunte à la fille du kohen gadol. » La raison pour laquelle on a institué que la plus grande emprunte à la plus petite, c'est de leur faire entendre une leçon de moussar : que chacune regarde vers celle qui est au-dessous d'elle, et qu'ainsi elle se réjouisse de sa part, sans regarder vers les plus grandes, dont elle n'a pas ce qu'elles possèdent, car alors la jalousie et la convoitise seraient dans son cœur.
💡 Explication

La baraita détaille la pratique de la Michna. L'échelle est parcourue du haut vers le bas : chaque femme emprunte à celle qui la dépasse d'un rang, jusqu'à la fille du kohen ordinaire, et le reste du peuple fait de même entre ses membres.

Rachi souligne le point qui fait la règle : la fille du roi possédait ses propres vêtements. Elle emprunte quand même, pour que l'emprunt devienne le geste commun et que celle qui n'a rien ne se signale pas.

Le Ben Yehoyada lit l'ordre en sens inverse et y voit une leçon de moussar : le regard porte vers le rang inférieur donne le contentement, le regard porte vers le rang supérieur nourrit la convoitise.

6
כָּל הַכֵּלִים טְעוּנִין טְבִילָה. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֲפִילּוּ מְקֻופָּלִין וּמֻונָּחִין בְּקֻופְסָא.

« Tous les vêtements demandent immersion. » Rabbi Elazar a dit : même pliés et déposés dans un coffret.

📜 Rachi (2)
צְרִיכִין טְבִילָה כֻּולָּן שֶׁלֹּא לְבַייֵּשׁ אֶת שֶׁצְּרִיכָה טְבִילָה:
Demandent immersion — tous, afin de ne pas faire honte à celle dont le vêtement, lui, requiert l'immersion.
אֲפִילּוּ מְקֻופָּלִין וּמֻונָּחִין בְּקוּפְס' אישקוריי"ן:
Même pliés et déposés dans un coffret — eskorin [escrin, en langue vulgaire : un petit coffre].
💡 Explication

Un vêtement prêté à pu être porte par une femme en état d'impureté, de sorte qu'il demande la tevila. Rabbi Elazar étend la règle au vêtement qui n'a pas été touché depuis longtemps, plié au fond d'un coffret.

Rachi donne la raison, la même qu'au segment précédent : l'immersion générale évite de désigner celle dont le vêtement en avait vraiment besoin. Sa glose eskorin est un mot de vieux français, comme il en emploie souvent pour nommer un objet.

7
בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל יוֹצְאוֹת וְחוֹלוֹת בַּכְּרָמִים. תַּנָּא: מִי שֶׁאֵין לוֹ אִשָּׁה, נִפְנֶה לְשָׁם.

« Les filles d'Israël sortaient et dansaient en rondes dans les vignes. » Il a été enseigné : celui qui n'avait pas de femme se tournait vers la.

💡 Explication

La Michna décrivait une danse ; la baraita en donne la fonction sociale. Les vignes sont le lieu où l'homme sans épouse va chercher à se marier, un jour fixé et connu de tous.

8
מִיֻּוחְסוֹת שֶׁבָּהֶן הָיוּ אוֹמְרוֹת: בָּחוּר וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: יְפֵיפִיּוֹת שֶׁבָּהֶן מֶה הָיוּ אוֹמְרוֹת — תְּנוּ עֵינֵיכֶם לְיוֹפִי, שֶׁאֵין הָאִשָּׁה אֶלָּא לְיֹופִי. מְיֻוחָסוֹת שֶׁבָּהֶן מֶה הָיוּ אוֹמְרוֹת — תְּנוּ עֵינֵיכֶם לְמִשְׁפָּחָה, לְפִי שֶׁאֵין הָאִשָּׁה אֶלָּא לְבָנִים. מְכֹועָרוֹת שֶׁבָּהֶם מֶה הָיוּ אוֹמְרוֹת — קְחוּ מִקַּחֲכֶם לְשׁוּם שָׁמַיִם, וּבִלְבַד שֶׁתְּעַטְּרוּנוּ בִּזְהוּבִים.

« Celles d'entre elles de bonne famille disaient : jeune homme, etc. » Nos maîtres ont enseigné : les belles d'entre elles, que disaient-elles ? Portez vos yeux sur la beauté, car la femme n'est que pour la beauté.

Celles de bonne famille (méyouhassot), que disaient-elles ? Portez vos yeux sur la famille, car la femme n'est que pour les enfants.

Les laides d'entre elles, que disaient-elles ? Prenez votre acquisition pour le Ciel (le-chem chamayim), à condition que vous nous pariez d'ornements d'or.

📜 Rachi (2)
שֶׁאֵין אִשָּׁה אֶלָּא לְבָנִים אִם בָּנֶיךָ יִהְיוּ מְיֻוחָסִין הַכֹּל קוֹפְצִין עֲלֵיהֶם בֵּין זְכָרִים בֵּין נְקֵבוֹת:
Car la femme n'est que pour les enfants — si tes enfants sont de bonne famille, tous se précipiteront sur eux, garçons comme filles.
עַל מְנָת שֶׁתְּעַטְּרוּנוּ בִּזְהוּבִים שֶׁאַחֲרֵי הַנִּישּׂוּאִין תִּתְּנוּ לָנוּ תַּכְשִׁיטִין וּמִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דְּאָמְרִי כְּלוֹמַר וּבִלְבַד שֶׁתִּתְּנוּ לָנוּ מַלְבּוּשִׁים נָאִים:
À condition que vous nous pariez d'ornements d'or — qu'après le mariage vous nous donniez des bijoux. C'est une simple façon de parler : elles veulent dire, pourvu que vous nous donniez de beaux vêtements.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְכֹעָרוֹת שֶׁבָּהֶן אוֹמְרוֹת: קְחוּ מִקַּחֲכֶם לְשֵׁם שָׁמַיִם, וּבִלְבַד שֶׁתְּעַטְּרוּנוּ בִּזְהוּבִים. הַדָּבָר תָּמוּהַּ מָה הַתְּנַאי הַזֶּה שֶׁל הַזְּהוּבִים דְּמָתְנַיִם הַמְכֹועָרוֹת? וְאֵיךְ מְלָאָם לִבָּם לְדַבֵּר כָּךְ? וּמַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ בִּדְבָרִים אֵלּוּ לְעִנְיַן הַמִּקָּח שֶׁיִּהְיֶה לְשֵׁם שָׁמַיִם? וְרַשִׁ"י נִדְחַק לוֹמַר, מִלְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּאֲמָרָן. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי הַמְכֹועָרוֹת אֵלּוּ הֵם עֲנִיּוּת וּבְעַיִן יַעֲקֹב הַגִּרְסָא כָּאן בֵּינוֹנִיּוֹת וַעֲנִיּוֹת. גַּם גָּרַס בַּבָּרַיְיתָא עֲשִׁירוּת שֶׁבָּהֶן אוֹמְרוֹת תְּנוּ עֵינֵיכֶם בְּבַעֲלֵי מָמוֹן, אֵיךְ שֶׁיִּהְיֶה נִרְאֶה מְכֹועָרוֹת אֵלּוּ הֵם עֲנִיּוּת וְלָכֵן רוֹצִים שֶׁיְּעַטְּרוּם בִּזְהוּבִים מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הֵבִיאוּ מִבֵּית אֲבִיהֶן כְּלוּם. וְהִנֵּה בְּוַדַּאי הַלּוֹקֵחַ עֲנִיָּה וּמְכֹועֶרֶת נִיכָּר שֶׁהוּא לוֹקֵחַ לְשֵׁם שָׁמַיִם דַּעֲנִיָּה וְיָפֶה יֹאמְרוּ לָקַח לְשֵׁם יֹופִי וַעֲשִׁירָה וּמְכֹועֶרֶת יֹאמְרוּ לָקַח לְשֵׁם מָמוֹן אֲבָל עֲנִיָּה וּמְכֹועֶרֶת וַדַּאי לְשֵׁם שָׁמַיִם. מִיהוּ עֲדַיִין לֹא נָפֵיק מֵחֲשָׁדָא כִּי יֹאמְרוּ לֹא לָקַח לְשֵׁם שָׁמַיִם אֶלָּא לַהֲנָאַת עַצְמוֹ כִּי הוּא קַמְּצָן הַרְבֵּה וְאִם יִקַּח אִשָּׁה עֲשִׁירָה צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת לָהּ הוֹצָאוֹת בַּאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְתַכְשִׁיטִין כְּפִי כְּבוֹד עָושְׁרָהּ וְאִם יִקַּח עֲנִיָּה וְיָפֶה מֵחֲמַת שֶׁהִיא יָפָה יִהְיֶה לָהּ הֲרָמַת רֹאשׁ וּתְבַקֵּשׁ תַּכְשִׁיטִין וּמַלְבּוּשִׁים וּשְׁאָר הוֹצָאוֹת הַבַּיִת כִּרְצוֹנָהּ, לְכָךְ לָקַח עֲנִיָּה וּמְכֹועֶרֶת שֶׁאֵין לָהּ הֲרָמַת רֹאשׁ וּפִתְחוֹן פֶּה כְּנֶגְדּוֹ, לֹא מִצַּד עֲשָׂרוֹת וְלֹא מִצַּד יֹופִי וְאִם יָבִיא לָהּ לֶחֶם צָר תִּשְׁתֹּוק וּתְקַבֵּל! כִּי כֵּיוָן שֶׁהִיא עֲנִיָּה וּמְכֹועֶרֶת תַּרְאֶה עַצְמָהּ כְּמוֹ מְשָׁרֶתֶת אֶצְלוֹ וְאֵין לָהּ פִּתְחוֹן פֶּה לְבַקֵּשׁ כְּלוּם מִמֶּנּוּ! וְאִם כֵּן בַּמֶּה יִתְבָּרֵר שֶׁזֶּה לָקַח לְשֵׁם שָׁמַיִם? אַךְ אִם עָשָׂה יַעֲשֶׂה הוֹצָאוֹת בִּשְׁבִיל לַעֲטָרָה בִּזְהוּבִים שֶׁיַּעֲשֶׂה לָהּ תַּכְשִׁיטֵי זָהָב וּמַלְבּוּשִׁים יְקָרִים הִנֵּה זֶה וַדַּאי לָקַח לְשֵׁם שָׁמַיִם וְיֵצֵא מֵאוֹתוֹ חֲשָׁד עַל כֵּן הֵם אוֹמְרוֹת קְחוּ מִקַּחֲכֶם לְשֵׁם שָׁמַיִם עַל יְדֵי שֶׁתִּקְחוּ אוֹתָנוּ וּבִלְבַד שֶׁתְּעַטְּרוּנוּ בִּזְהוּבִים שֶׁבָּזֶה יִתְבָּרֵר הַדָּבָר שֶׁלָּקַחְתָּ אוֹתָנוּ לְשֵׁם שָׁמַיִם!
« Les laides d'entre elles disaient : prenez votre acquisition pour le Ciel, à condition que vous nous pariez d'ornements d'or. » La chose étonne : quelle est cette condition des pièces d'or que posent les laides ? Comment leur cœur leur a-t-il permis de parler ainsi ? Et quel rapport ces paroles ont-elles avec le fait que l'acquisition soit pour le Ciel ? Rachi s'est trouvé contraint de dire que c'est une simple façon de parler. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces laides sont assurément des pauvres. Dans le Ein Yaakov la leçon porte ici « les moyennes et les pauvres », et l'on y lit aussi dans la baraita « les riches d'entre elles disaient : portez vos yeux sur les gens de fortune ». Quoi qu'il en soit, il apparaît que ces laides sont des pauvres, et c'est pourquoi elles veulent qu'on les pare d'ornements d'or, puisqu'elles n'ont rien apporté de la maison de leur père. Or celui qui prend une femme pauvre et laide, il est manifeste qu'il la prend pour le Ciel : d'une pauvre qui est belle, on dira qu'il l'a prise pour la beauté ; d'une riche qui est laide, on dira qu'il l'a prise pour l'argent ; mais une pauvre et laide, assurément pour le Ciel. Toutefois il n'échappe pas encore au soupçon, car on dira qu'il l'a prise pour son propre agrément et non pour le Ciel, parce qu'il est fort avare : s'il prend une femme riche, il devra faire pour elle des dépenses de nourriture, de boisson et de bijoux selon l'honneur de sa richesse ; s'il prend une pauvre qui est belle, elle relèvera la tête à cause de sa beauté et réclamera bijoux, vêtements et le reste des dépenses de la maison à sa guise. C'est pourquoi il a pris une pauvre et laide, qui n'a ni tête levée ni parole à lui opposer, ni du côté de la richesse ni du côté de la beauté ; et s'il lui apporte un pain de misère, elle se taira et acceptera, car étant pauvre et laide elle se verra chez lui comme une servante et n'aura pas de quoi lui demander quoi que ce soit. Dès lors, par quoi se vérifiera-t-il qu'il l'a prise pour le Ciel ? Seulement s'il fait la dépense de la parer d'ornements d'or, en lui faisant des bijoux d'or et des vêtements de prix : alors il est certain qu'il l'a prise pour le Ciel, et il sort de ce soupçon. C'est pourquoi elles disent : prenez votre acquisition pour le Ciel en nous prenant, à condition que vous nous pariez d'ornements d'or, car par là la chose sera établie, que vous nous avez prises pour le Ciel.
💡 Explication

Trois groupes, trois appels. Chacune argumente depuis ce qu'elle possède : la beauté, le yihous (la lignée), ou, à défaut des deux, l'intention pure.

Rachi explique l'argument des méyouhassot : la lignée de la mère se transmet aux enfants, et des enfants de bonne famille trouvent aisément à se marier. Quant aux ornements d'or, il en fait une façon de parler, une demande de vêtements convenables.

Le Ben Yehoyada refuse cette réduction et donne à la condition une fonction précise : la dépense faite pour une femme qui n'a rien à exiger prouve que le mariage a bien été conclu le-chem chamayim.

🖼️ Schéma
Les trois appels dans les vignes Les belles (yéfeyfiot) Celles de bonne famille Les laides (mékhoarot) Leur appel Portez vos yeux sur la beauté. La femme n'est que pour cela. Leur appel Portez vos yeux sur la famille. La femme est pour les enfants. Leur appel Prenez pour le Ciel, à condition de nous parer d'ornements d'or. Ce qu'elles mettent en avant Ce qui se voit tout de suite. Ce qu'elles mettent en avant Ce qui durera dans les enfants. Ce qu'elles mettent en avant L'intention seule du preneur. La condition des ornements d'or : deux lectures Rachi : une façon de parler, une demande de beaux vêtements après le mariage. Ben Yehoyada : la dépense consentie prouve que le mariage a été conclu le-chem chamayim.
Chaque groupe argumente depuis son propre avantage ; la dernière ligne compare les deux lectures de la condition posée par les laides.
9
אָמַר עֻולָּא בְּיִרְאָה, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לַעֲשׂוֹת מָחוֹל לְצַדִּיקִים, וְהוּא יוֹשֵׁב בֵּינֵיהֶם בְּגַן עֵדֶן, וְכָל אֶחָד וְאֶחָד מַרְאֶה בְּאֶצְבָּעוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָמַר בַּיּוֹם הַהוּא הִנֵּה אֱ-לֹהֵינוּ זֶה קִוִּינוּ לוֹ וְיוֹשִׁיעֵנוּ זֶה ה׳ קִוִּינוּ לוֹ נָגִילָה וְנִשְׂמְחָה בִּישׁוּעָתוֹ״.

Oulla de Bira'a a dit au nom de Rabbi Elazar : dans l'avenir, le Saint béni soit-Il fera une ronde (mahol) pour les justes, et Il siégera au milieu d'eux dans le Gan Éden, et chacun d'eux montrera du doigt, ainsi qu'il est dit : « On dira en ce jour-là : voici notre D.ieu, en qui nous avons espéré et qui nous a sauvés ; c'est ה', en qui nous avons espéré, exultons et réjouissons-nous en Son salut » (Yechayahou 25, 9).

📜 Rachi (2)
מָחוּל סָבִיב לְשׁוֹן מְחוֹל הַכֶּרֶם (כִּלְאַיִם פֶּרֶק רְבִיעִי מִשְׁנָה א'):
Mahol — un cercle, comme dans l'expression mehol ha-kerem, le cercle laissé libre autour de la vigne (Kilayim 4, 1).
מַרְאֶה בְּאֶצְבָּעוֹ וְאוֹמֵר זֶה ה' קִוִּינוּ לוֹ וְיוֹשִׁיעֵנוּ זֶה ה' קִוִּינוּ לוֹ נָגִילָה וְנִשְׂמְחָה בִּישׁוּעָתוֹ:
Montre du doigt — et dit : « c'est ה', en qui nous avons espéré et qui nous a sauvés ; c'est ה', en qui nous avons espéré, exultons et réjouissons-nous en Son salut ».
🗂️ Tossefot (1)
כָּל אֶחָד וְאֶחָד מַרְאֶה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּאֶצְבָּעוֹ שֶׁנֶּאֱמַר הִנֵּה אֱ-לֹהֵינוּ זֶה קִוִּינוּ לוֹ וְגוֹ' נָגִילָה וְנִשְׂמְחָה בִּישׁוּעָתוֹ:
« Chacun d'eux montre le Saint béni soit-Il du doigt, ainsi qu'il est dit : voici notre D.ieu, c'est Lui que nous avons espéré, etc., exultons et réjouissons-nous en Son salut. »
🪔 Ben Yehoyada (2)
עתיד הקדוש ברוך הוא לעשות מחול לצדיקים בגן־עדן. נראה לי בס"ד טעם למחול על פי מה שכתוב בפסוק (תהלים קכו, א) בשוב ה' את שיבת ציון היינו כחלמים, כי ישראל הצדיקים גמורים שבהם נרמזים בנקוד חול"ם שהוא עומד למעלה והבינונים נרמזים בנקוד השור"ק שעומד באמצע האות והגרועים נרמזים בנקוד חירק שעומד למטה, ולעתיד יהיו כולם צדיקים שנרמזים בחול"ם וזהו היינו כחלמים ולכן עתיד הקדוש ברוך הוא לעשות מחול לצדיקים, מחול בהפוך אתוון חולם שבו נרמזים הצדיקים. ועוד נראה לי בס"ד הצדיק נקרא איש חי ונקרא איש חיל כמו שנאמר (שמואל ב' כג, כ) ובניהו בן יהוידע בן איש חי, כתיב חי וקרינן חיל והיינו בשביל שלימותו בעסק התורה שנקנית במ"ח מעלות נקרא איש חיל [48] שהוא מספר מ"ח ומצד שלימותו במצות נקרא איש חי כי הרשע העובר על המצות נקרא מת וזה להפך הוא חי. אך במצות יש עשה ויש לא תעשה, לכך נקרא חי חי בכפל כנגד עשין ולא תעשה ולכן חזקיהו המלך ע"ה הלכו לפניו ל"ו אלף חלוצי כתף (בבא קמא יז.) , לרמוז שהוא חי במצות עשה וחי במצות לא תעשה כמנין ל"ו [18×2=36] והמצות מתייחסים לכתף לכך היו חלוצי כתף. ובזה מובן מה שזוכים למחול שהוא מ " ח ל " ו כנגד מה שזכו לתורה הנקנית במ"ח מעלות וכנגד מה שזכו לתואר 'חי חי' על ידי המצות שהם מספר ל"ו הרי צירוף מחול . ועוד נראה לי בס"ד דהצדיקים יש להם עם הקב"ה דין אשה ובעלה וידוע מה שאמר הכתוב (ירמיהו לא, כא) נקבה תסובב גבר, ולכך האשה נקראת חומה ולכך יעשה דוגמה זו לצדיקים לעשות להם מחול לרמוז שהם דוגמת הנקבה אשר תסובב גבר, ולכך מראה להם לפי מראה הדמיון כאלו אור השכינה שהוא עומד באמצע ובזה יתקיים הכתוב כי ברא ה' חדשה בארץ נקבה תסובב גבר.
« Dans l'avenir, le Saint béni soit-Il fera une ronde pour les justes au Gan Éden. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a à cette ronde une raison tirée de ce qui est écrit : « Quand ה' ramena les captifs de Tsion, nous étions comme des holmim, des rêveurs » (Tehilim 126, 1). Les justes accomplis d'Israël sont désignés par la voyelle holam, qui se tient au-dessus de la lettre ; les hommes moyens, par la voyelle chourouk, qui se tient au milieu de la lettre ; et les inférieurs, par la voyelle hirik, qui se tient au-dessous. Dans l'avenir, tous seront des justes, désignés par le holam, et c'est le sens de « nous étions comme des holmim ». Voilà pourquoi le Saint béni soit-Il fera dans l'avenir un mahol pour les justes : mahol, ce sont les lettres de holam interverties, ces mêmes lettres par lesquelles les justes sont désignés. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : le juste est appelé ich haï, homme vivant, et il est appelé ich hayil, comme il est dit « et Bénayahou fils de Yehoyada, fils d'un homme vivant » (Chmouel II 23, 20), où il est écrit haï et l'on lit hayil. C'est qu'en raison de sa perfection dans l'étude de la Torah, laquelle s'acquiert par quarante-huit qualités, il est appelé ich hayil, hayil valant quarante-huit ; et du côté de sa perfection dans les mitsvot, il est appelé ich haï, car l'impie qui transgresse les mitsvot est appelé mort, et celui-ci, à l'inverse, est vivant. Or il y a dans les mitsvot des prescriptions positives (asse) et des prescriptions négatives (lo taasse) ; c'est pourquoi il est appelé haï haï, deux fois, en face des asse et des lo taasse. Et c'est pour cela que devant le roi Hizkiyahou marchaient trente-six mille hommes à l'épaule découverte (Baba Kama 17a) : pour faire allusion à ce qu'il était vivant par les mitsvot positives et vivant par les mitsvot négatives, selon le compte de trente-six [18 x 2] ; et les mitsvot se rapportent à l'épaule, c'est pourquoi ils avaient l'épaule découverte. On comprend ainsi ce qui leur vaut le mahol, qui se lit mem-het et lamed-vav : en face de ce qu'ils ont mérité dans la Torah, acquise par quarante-huit qualités, et en face de ce qu'ils ont mérité du titre de haï haï par les mitsvot, qui font le compte de trente-six ; l'assemblage des deux donne mahol. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les justes ont à l'égard du Saint béni soit-Il le statut d'une femme envers son mari. Il est connu ce que dit le verset : « la femelle entourera l'homme » (Yirmeyahou 31, 21), et c'est pourquoi la femme est appelée muraille. Il fera donc aux justes cette figure, une ronde, pour faire allusion à ce qu'ils sont à l'image de la femelle qui entoure l'homme ; et il leur apparaîtra, selon l'image de la vision, comme si la lumière de la Chekhina se tenait au milieu. Par là s'accomplira le verset : « car ה' a créé une chose nouvelle sur la terre, la femelle entourera l'homme ».
וכל אחד ואחד מראה באצבעו. פירש רש"י שמראה ואומר (ישעיהו כה, ט) הנה אלקינו זה נגילה ונשמחה בישועתו. יש להקשות יאמרו פסוק זה בלתי היותם מורים באצבע ומה הוא ענין רמיזה באצבע דוקא? ונראה לי בס"ד על פי מה שאמרו כת הקדמונים הטעם שנהגו ליתן טבעת הקדושין באצבע שהיא הסמוכה לגודל מפני דאצבע זה הוא כנגד ששה הויו־ת של מזמור י"ט, דפסוק (תהלים יט, ח) 'תורת ה' תמימה משיבת נפש' הוא חמשה תיבות ומתחיל תיבת תורת כנגד הגודל ואז יהיה השם כנגד אצבע וכן אחרי זה עדות ה' נאמנה מחכימת פתי, וכן אחרי זה פקודי ה' ישרים משמחי לב, וכן מצות ה' ברה מאירת עינים, וכן יראת ה' טהורה עומדת לעד, וכן משפטי ה' אמת צדקו יחדו, שכל חלוקות אלו הם חמשה תיבות, ושם הוי־ה הוא כנגד אצבע הסמוך לגודל. וידוע כי בגלות אין שמחה שלימה, משום דכתיב (שמות יז, טז) כי יד על כס י־ה, וכיון דחסר ו־ה שהם לשון שמחה לכך אין שמחה שלימה. ובזה פירשנו אז ימלא שחוק פינו ולשוננו רנה אז יאמרו בגוים הגדיל ה' דייקא שנעשה השם שלם ואנחנו אומרים כיון דהגדיל ה' לעשות עמנו לכך היינו שמחים שתהיה שמחה בעולם כיון דהגדיל ה' באותיות ו־ה. ובזה מובן הטעם דמורין באצבע לרמוז על שלימות שם הוי־ה שהוא כנגד האצבע שיהיה שלם ולכך אומרים (ישעיהו כה, ט) זה ה' קוינו לו שיהיה שלם, ולכך נגילה ונשמחה דייקא שתהיה השמחה שלימה מבית ומחוץ וזהו נגילה ונשמחה. ובני ידידי כבוד הרב יעקב הי"ו פירש כפל קוינו לו שני פעמים כנגד שלימות השם וכנגד שלימות הכסא או כנגד ציון וכנגד ישראל דכתיב (ישעיהו א, כז) ציון במשפט תפדה ושביה בצדקה, עד כאן דבריו נר"ו. ובאופן אחר נראה לי בס"ד טעם למראה האצבע וכפל הפסוק, דאמרי ב' פעמים 'קוינו' בהקדים מה שכתב הרב מהר"א פלאגי ז"ל בשם הגאון השל"ה ז"ל, דעשר אצבעות הם כנגד עשרת הדברות וכשמניחין אותם גודל אצל גודל יהיה זרת ימין כנגד אנכי וקמיצה דימין לא יהיה לך ואמה דימין לא תשא ואצבע דימין זכור את יום השבת וגודל דימין כבד את אביך וגודל שמאל לא תרצח ואצבע שמאל לא תנאף ואמה שמאל לא תגנב וקמיצה שמאל לא תענה וזרת שמאל לא תחמד, עד כאן. נמצא לפי זה אצבע ימין נגד מצות שבת ואצבע שמאל נגד לא תנאף. וידוע מה שאמרו רז"ל שהגאולה תהיה בזכות שמירת שבת, גם אמרו רז"ל שהגאולה תהיה על ידי תיקון היסוד ולכן תהיה באלף השישי שבו תיקון היסוד ולכן אמרו רז"ל (יבמות סב.) אין בן דוד בא עד שיכלו נשמות שבגוף, וכל זה תלוי בשמירת דבור לא תנאף. ובזה מובן הטעם שכל אחד מראה באצבעו שהוא אצבע הסמוך לגודל הנקרא אצבע בסתם של ימין ושל שמאל שהם כנגד דבור זכור את יום השבת ודבור לא תנאף אשר בעבור שמירת שתיהם היתה הגאולה וישועה, ולכן אומרים ב' פעמים קוינו, האחת כנגד זכות מצות השבת והשניה כנגד זכות קיום מצות לא תנאף על כן בזכותם שתיהם נגילה ונשמחה תרתי לישני. ועוד נראה לי בס"ד מה שמראים באצבע דידוע מה שאמר רבינו האר"י ז"ל בשער הכונות בדרושי הציצית דהגודל הוא חסד ואצבע הסמוכה לגודל היא גבורה וידוע דהצדיקים נשפעים טובה וברכה על פי מדת הגבורה גם כן וכמו שאמרו רז"ל על פסוק (ישעיהו מו, יב) הרחוקים מצדקה, שכל העולם נזונין בצדקה והם ניזונין בזרוע כלומר במדת הגבורה ואומרים זה ה' שם הרחמים קוינו לו למתק בו מדת הגבורה הרמוזה באצבע ואנחנו נגילה ונשמחה בישועתו, נגילה במדת הדין ונשמחה במדת רחמים למשוך שפע מאתו יתברך ברכה ושלום וטובה וחיים .
« Et chacun d'eux montre du doigt. » Rachi explique qu'il montre et dit : « voici notre D.ieu, c'est Lui, exultons et réjouissons-nous en Son salut » (Yechayahou 25, 9). Il y a lieu de demander : qu'ils disent ce verset sans montrer du doigt ! Quel est donc le sens de cette indication par le doigt en particulier ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'ont dit les anciens sur la raison de l'usage de placer l'anneau des kidouchin au doigt voisin du pouce : ce doigt correspond aux six Noms Havaya du psaume dix-neuf. Le verset « la Torah de ה' est parfaite, elle restaure l'âme » (Tehilim 19, 8) compte cinq mots ; il commence par le mot torat, qui vient en face du pouce, et alors le Nom se trouve en face de l'index. De même ensuite : « le témoignage de ה' est sur, il rend sage le simple » ; de même : « les ordonnances de ה' sont droites, elles réjouissent le cœur » ; de même : « le commandement de ה' est pur, il illumine les yeux » ; de même : « la crainte de ה' est pure, elle subsiste à jamais » ; de même : « les jugements de ה' sont vérité, ils sont justes tous ensemble » — car toutes ces parties comptent cinq mots, et le Nom Havaya tombe en face du doigt voisin du pouce. Et il est connu que dans l'exil la joie n'est pas complète, car il est écrit « une main sur le trône de Y-H » (Chemot 17, 16) : puisque manquent le vav et le hé, qui sont un terme de joie, la joie demeure incomplète. C'est ainsi que nous avons expliqué « alors notre bouche s'emplira de rire et notre langue de chants de joie, alors on dira parmi les nations : ה' a fait grand » (Tehilim 126, 2) — précisément : le Nom devient complet, et nous disons, puisque ה' a fait grand avec nous, que nous nous réjouissons de ce qu'il y ait de la joie dans le monde, puisque ה' a fait grand par les lettres vav-hé. On comprend par là pourquoi l'on montre du doigt : pour faire allusion à la complétude du Nom Havaya, qui correspond au doigt ; et c'est pourquoi l'on dit « c'est ה' que nous avons espéré », qu'Il soit complet, et c'est pourquoi précisément « exultons et réjouissons-nous », que la joie soit complète au-dedans et au-dehors. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, qu'il vive, a expliqué le redoublement de « nous avons espéré », dit deux fois, comme correspondant à la complétude du Nom et à la complétude du Trône, ou bien à Tsion et à Israël, comme il est écrit « Tsion sera rachetée par le droit, et ceux qui y reviennent par la tsedaka » (Yechayahou 1, 27) ; fin de ses paroles, qu'il soit préservé. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de l'indication du doigt et du redoublement du verset, où l'on dit deux fois « nous avons espéré », se tire de ce qu'a écrit le Rav Mahar"a Palagi, de mémoire bénie, au nom du Gaon le Chela, de mémoire bénie : les dix doigts correspondent aux dix paroles du Décalogue ; lorsqu'on place pouce contre pouce, l'auriculaire droit correspond à « Je suis », l'annulaire droit à « Tu n'auras pas », le majeur droit à « Tu ne porteras pas », l'index droit à « Souviens-toi du jour du chabbat », le pouce droit à « Honore ton père » ; le pouce gauche à « Tu ne tueras pas », l'index gauche à « Tu ne commettras pas d'adultère », le majeur gauche à « Tu ne voleras pas », l'annulaire gauche à « Tu ne porteras pas de faux témoignage », l'auriculaire gauche à « Tu ne convoiteras pas » ; fin de citation. Il se trouve ainsi que l'index droit correspond à la mitsva du chabbat, et l'index gauche à « tu ne commettras pas d'adultère ». Et il est connu ce qu'ont dit nos maîtres, que la délivrance viendra par le mérite de l'observance du chabbat ; ils ont dit aussi que la délivrance viendra par la réparation du yessod, et qu'elle sera pour cette raison dans le sixième millénaire, où se fait la réparation du yessod ; et c'est pourquoi ils ont dit (Yevamot 62a) que le fils de David ne vient pas avant que soient épuisées les âmes du gouf — tout cela dépend de l'observance de la parole « tu ne commettras pas d'adultère ». On comprend par là pourquoi chacun montre de son doigt, l'index, celui que l'on appelle simplement etsba, à droite comme à gauche, les deux qui correspondent à la parole « souviens-toi du jour du chabbat » et à la parole « tu ne commettras pas d'adultère », par l'observance desquelles la délivrance et le salut sont venus ; et c'est pourquoi l'on dit deux fois « nous avons espéré », l'une en face du mérite de la mitsva du chabbat, l'autre en face du mérite de l'accomplissement de « tu ne commettras pas d'adultère » ; par le mérite des deux, exultons et réjouissons-nous, en deux expressions. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à l'indication par le doigt : il est connu ce qu'a dit notre maître l'Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar ha-Kavanot, dans les développements sur les tsitsit, que le pouce est 'hessed et que le doigt voisin du pouce est guevoura. Il est connu que les justes reçoivent aussi le bien et la bénédiction selon la mesure de guevoura, comme l'ont dit nos maîtres sur le verset « vous qui êtes éloignés de la tsedaka » (Yechayahou 46, 12) : le monde entier est nourri par tsedaka, et eux sont nourris be-zeroa, par le bras, c'est-à-dire par la mesure de guevoura. Ils disent donc « c'est ה' », le Nom de miséricorde, « que nous avons espéré », pour adoucir par Lui la mesure de guevoura que désigne le doigt ; et « nous, exultons et réjouissons-nous en Son salut » — exultons dans la mesure de rigueur, réjouissons-nous dans la mesure de miséricorde, pour attirer de Lui, béni soit-Il, l'abondance, la bénédiction, la paix, le bien et la vie.
💡 Explication

Le traité se ferme sur une image qui répond à la danse du quinze av. La ronde des filles d'Israël dans les vignes devient, dans l'avenir, un mahol de justes au Gan Éden, avec le Saint béni soit-Il au centre.

Rachi précise le mot : mahol désigne un cercle, comme le mehol ha-kerem de Kilayim, l'espace circulaire laissé libre autour de la vigne. La figure du cercle importe ici, car elle place chacun à égale distance du centre et permet à tous de montrer du doigt.

Le doigt tendu dit une connaissance directe : le verset de Yechayahou est prononcé en désignant, « voici notre D.ieu ». Le Ben Yehoyada développe longuement les allusions de sod attachées au cercle et au doigt.

🖼️ Schéma
Le mahol : la ronde des justes Le cercle met chacun à égale distance du centre ; chaque juste montre du doigt vers le milieu. Il siège au milieu Chacun montre du doigt et dit : voici notre D.ieu, en qui nous avons espéré. Rachi : le mot mahol Un cercle, comme le mehol ha-kerem de Kilayim 4, 1 : l'espace laissé libre tout autour de la vigne. Ben Yehoyada Mahol renverse les lettres de holam, la voyelle qui se tient au-dessus : dans l'avenir, tous seront justes. L'écho du quinze av Les filles d'Israël dansaient en rondes dans les vignes ; la ronde future en est la figure achevée. Le verset Yechayahou 25, 9. Le mot ze, voici, appelle le geste du doigt : une connaissance directe, sans intermédiaire.
La ronde des justes : le centre occupé, les regards et les doigts converges, et l'écho de la danse des vignes du quinze av.
10
הֲדַרַן עֲלָךְ בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים וּסְלִיקָא לַהּ מַסֶּכֶת תַּעֲנִית

Hadran alakh « Bi-chlocha perakim », et le traité Taanit est achevé.

🪔 Ben Yehoyada (1)
סְלִיק מַסֶּכֶת תַּעֲנִית
Fin du traité Taanit.
💡 Explication

Formule de clôture. Hadran alakh, « nous reviendrons vers toi », s'adresse au dernier chapitre, Bi-chlocha perakim, et la seconde formule clôture le traité entier.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).