Sougya : Dernier folio du traité. Il achève la liste des raisons pour lesquelles le quinze av est un jour de fête : la suppression des postes de garde par Hochea ben Ela, la mise en terre des tués de Betar — d'où l'institution de la bénédiction ha-tov ve-ha-metiv à Yavne —, et l'arrêt de la coupe du bois pour la maarakha, le jour dit tevar magal.
De là, la Guemara tire une règle d'étude : à partir du quinze av les nuits s'allongent, et qui ajoute de l'étude nocturne ajoute de la vie. La Michna est ensuite commentée : les filles de Yerouchalayim empruntaient toutes leurs vêtements blancs, du haut vers le bas de l'échelle sociale, pour ne pas faire honte à celle qui n'en avait pas, et tous les vêtements demandaient immersion.
Dans les vignes, trois groupes de jeunes filles lançaient trois appels différents : la beauté, la famille, le Ciel. Le traité se ferme sur la parole d'Oulla de Bira'a au nom de Rabbi Elazar : dans l'avenir le Saint béni soit-Il fera une ronde pour les justes au Gan Éden, et chacun Le montrera du doigt.
« Qu'ils montent vers celui qu'ils voudront. »
Le folio s'ouvre sur la fin d'une raison commencée en 30b. Oulla y datait du quinze av le jour où Hochea ben Ela, dernier roi du royaume d'Israël, supprima les prosdaot, les postes de garde que Yerovam ben Nevat avait installés sur les routes pour empêcher la montée à Yerouchalayim.
Rachi tire la chose du verset de Melakhim : Hochea fit le mal, rak, seulement pas comme les rois d'Israël qui l'avaient précédé. Ce mot restrictif désigne précisément ce point : il laissa chacun monter où il voulait.
Rav Matna a dit : c'est le jour où les tués de Betar furent donnés à la sépulture. Et Rav Matna a dit : le jour même où les tués de Betar furent donnés à la sépulture, on institua à Yavne « ha-tov ve-ha-metiv » (Celui qui est bon et qui fait le bien) : « ha-tov », parce qu'ils ne se sont pas putréfiés ; « ve-ha-metiv », parce qu'ils furent donnés à la sépulture.
La cinquième raison. Les tués de Betar, tombés à la fin de la révolte de Bar Kokhba, restèrent longtemps sans sépulture ; le récit complet se trouve en Guittin 57a, auquel Rachi renvoie d'un mot. Le quinze av est le jour où l'autorisation de les enterrer fut obtenue.
Deux bienfaits sont comptés, et la bénédiction en garde la trace en deux membres : ha-tov pour les corps préservés de la décomposition pendant l'attente, ve-ha-metiv pour la sépulture enfin accordée. Les Tossefot précisent qu'il s'agit de la quatrième bénédiction du birkat ha-mazon, celle que l'on récite aussi sur le vin.
Rabba et Rav Yossef disent tous deux : c'est le jour où l'on cessa de couper du bois pour la maarakha (la disposition du bois sur l'autel). Car il a été enseigné : Rabbi Eliezer le Grand dit : à partir du quinze av, la force du soleil faiblit, et l'on ne coupait plus de bois pour la maarakha, parce qu'il ne serait pas sec.
La sixième raison, tirée du service du Temple. Le bois destiné à la maarakha devait être parfaitement sec ; à partir du quinze av le soleil ne suffit plus à le sécher, l'humidité reste dans la bûche et le ver s'y installe.
Rachi fournit le chaînon manquant : la Michna de Midot enseigne qu'un bois vermoulu est passoul pour l'autel. Couper après cette date reviendrait donc à produire du bois inutilisable, et l'on arrête.
Rav Menachia a dit : et on l'appelait « le jour où la faux se brise » (yom tevar magal). À partir de là, celui qui ajoute — on lui ajoutera ; et celui qui n'ajoute pas — il sera recueilli.
Qu'est-ce que « il sera recueilli » ? Rav Yossef a dit : sa mère l'enterrera.
Le nom populaire du jour, yom tevar magal, dit la même chose que la raison précédente vue d'en bas : le bûcheron brise sa faux, son travail de l'année est fini.
De cette date la Guemara tire une règle d'étude. À partir du quinze av les nuits s'allongent ; celui qui prend sur ces heures nouvelles pour étudier ajoute de la vie à sa vie, et celui qui ne le fait pas « sera recueilli ». Les Tossefot refusent de croire que la Guemara ignorait le sens du mot : ils tiennent que la leçon est yassif, terme moins clair, et que la question porte sur lui.
La réponse de Rav Yossef, sa mère l'enterrera, désigne une mort hors du temps, l'ordre des générations renversé.
« ... ou les filles de Yerouchalayim, etc. » Nos maîtres ont enseigné : la fille du roi emprunte à la fille du kohen gadol ; la fille du kohen gadol, à la fille du segan ; la fille du segan, à la fille du kohen oint pour la guerre (méchouah milhama) ; la fille du kohen oint pour la guerre, à la fille d'un kohen ordinaire ; et tout Israël s'emprunte les uns aux autres, afin de ne pas faire honte à celle qui n'a rien.
La baraita détaille la pratique de la Michna. L'échelle est parcourue du haut vers le bas : chaque femme emprunte à celle qui la dépasse d'un rang, jusqu'à la fille du kohen ordinaire, et le reste du peuple fait de même entre ses membres.
Rachi souligne le point qui fait la règle : la fille du roi possédait ses propres vêtements. Elle emprunte quand même, pour que l'emprunt devienne le geste commun et que celle qui n'a rien ne se signale pas.
Le Ben Yehoyada lit l'ordre en sens inverse et y voit une leçon de moussar : le regard porte vers le rang inférieur donne le contentement, le regard porte vers le rang supérieur nourrit la convoitise.
« Tous les vêtements demandent immersion. » Rabbi Elazar a dit : même pliés et déposés dans un coffret.
Un vêtement prêté à pu être porte par une femme en état d'impureté, de sorte qu'il demande la tevila. Rabbi Elazar étend la règle au vêtement qui n'a pas été touché depuis longtemps, plié au fond d'un coffret.
Rachi donne la raison, la même qu'au segment précédent : l'immersion générale évite de désigner celle dont le vêtement en avait vraiment besoin. Sa glose eskorin est un mot de vieux français, comme il en emploie souvent pour nommer un objet.
« Les filles d'Israël sortaient et dansaient en rondes dans les vignes. » Il a été enseigné : celui qui n'avait pas de femme se tournait vers la.
La Michna décrivait une danse ; la baraita en donne la fonction sociale. Les vignes sont le lieu où l'homme sans épouse va chercher à se marier, un jour fixé et connu de tous.
« Celles d'entre elles de bonne famille disaient : jeune homme, etc. » Nos maîtres ont enseigné : les belles d'entre elles, que disaient-elles ? Portez vos yeux sur la beauté, car la femme n'est que pour la beauté.
Celles de bonne famille (méyouhassot), que disaient-elles ? Portez vos yeux sur la famille, car la femme n'est que pour les enfants.
Les laides d'entre elles, que disaient-elles ? Prenez votre acquisition pour le Ciel (le-chem chamayim), à condition que vous nous pariez d'ornements d'or.
Trois groupes, trois appels. Chacune argumente depuis ce qu'elle possède : la beauté, le yihous (la lignée), ou, à défaut des deux, l'intention pure.
Rachi explique l'argument des méyouhassot : la lignée de la mère se transmet aux enfants, et des enfants de bonne famille trouvent aisément à se marier. Quant aux ornements d'or, il en fait une façon de parler, une demande de vêtements convenables.
Le Ben Yehoyada refuse cette réduction et donne à la condition une fonction précise : la dépense faite pour une femme qui n'a rien à exiger prouve que le mariage a bien été conclu le-chem chamayim.
Oulla de Bira'a a dit au nom de Rabbi Elazar : dans l'avenir, le Saint béni soit-Il fera une ronde (mahol) pour les justes, et Il siégera au milieu d'eux dans le Gan Éden, et chacun d'eux montrera du doigt, ainsi qu'il est dit : « On dira en ce jour-là : voici notre D.ieu, en qui nous avons espéré et qui nous a sauvés ; c'est ה', en qui nous avons espéré, exultons et réjouissons-nous en Son salut » (Yechayahou 25, 9).
Le traité se ferme sur une image qui répond à la danse du quinze av. La ronde des filles d'Israël dans les vignes devient, dans l'avenir, un mahol de justes au Gan Éden, avec le Saint béni soit-Il au centre.
Rachi précise le mot : mahol désigne un cercle, comme le mehol ha-kerem de Kilayim, l'espace circulaire laissé libre autour de la vigne. La figure du cercle importe ici, car elle place chacun à égale distance du centre et permet à tous de montrer du doigt.
Le doigt tendu dit une connaissance directe : le verset de Yechayahou est prononcé en désignant, « voici notre D.ieu ». Le Ben Yehoyada développe longuement les allusions de sod attachées au cercle et au doigt.
Hadran alakh « Bi-chlocha perakim », et le traité Taanit est achevé.
Formule de clôture. Hadran alakh, « nous reviendrons vers toi », s'adresse au dernier chapitre, Bi-chlocha perakim, et la seconde formule clôture le traité entier.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).