Taanit 30b — Travail et deuil le neuf av, le renversement du lit, puis les raisons de la joie du quinze av

Taanit 30b

Sougya : Le folio achève la description de la conduite de Rabbi Yehouda bar Ilai la veille du neuf av, puis rapporte la michna de Pessahim sur le travail ce jour-là : la coutume du lieu décide, mais partout les talmidei hakhamim chôment, et Rabban Chimon ben Gamliel demande que chacun se conduise comme un talmid 'hakham. Trois braitot ajoutent la gravité de manger ce jour-là, la perte du signe de bénédiction pour celui qui travaille, et la promesse faite à celui qui porte le deuil de Jérusalem.

La guemara passe ensuite au point contesté de la michna : Rabbi Yehouda impose le renversement du lit, les Sages le refusent ; on montre que chacun concède à l'autre un cas, que la divergence réelle porte sur les autres lits de la maison, et Rava tranche que les Sages ne lui ont rien concédé. La dernière partie ouvre la sougya du quinze av : Yom Kippour se comprend, mais d'où vient la joie du quinze av ?

Quatre réponses sont données — les tribus autorisées à se marier entre elles, la tribu de Binyamin réadmise, la fin de la mort de la génération du désert, l'abolition des postes de garde de Yarovam par Hochea fils d'Ela.

Plan du folio Taanit 30b 1. Travailler et manger le neuf av (segments 0-3) Fin de la conduite de Rabbi Yehouda bar Ilai : pain sec, assis entre le four et le fourneau. La michna de Pessahim : la coutume du lieu décide du travail, mais partout les sages chôment. Trois braitot : manger ce jour-là, le signe de bénédiction perdu, le deuil de Jérusalem et sa joie future. 2. Le renversement du lit (segments 4-6) Rabbi Yehouda l'impose, les Sages le refusent. Objection : les femmes enceintes et celles qui allaitent ? Réponse : je n'ai parlé que de celui qui peut. Chacun concède un cas à l'autre : la divergence porte sur les autres lits de la maison. Rava : la halakha suit le tana de notre michna. 3. Pourquoi le quinze av est-il un jour de fête ? (segments 7-12) Rabban Chimon ben Gamliel : il n'y eut pas pour Israël de jours de fête comme le quinze av et Yom Kippour. Yom Kippour se comprend : pardon et remise des fautes, jour où furent données les dernières Tables. Mais le quinze av, qu'est-ce donc ? Quatre réponses dans ce folio : Chmouel : les tribus furent autorisées à se marier entre elles. Rav Nahman : la tribu de Binyamin fut réadmise dans la communauté. Rabbi Yo'hanan : la mort de la génération du désert prit fin. Oula : Hochea fils d'Ela abolit les postes de garde placés sur les routes de la montée.
Trois moments : les règles pratiques du neuf av tirées de la michna de Pessahim, la controverse sur le renversement du lit et sa conclusion halakhique, puis l'ouverture de la sougya du quinze av et la série de réponses amoraiques sur l'origine de sa joie.
Le renversement du lit le neuf av : Rabbi Yehouda contre les Sages Kefiyat hamita : le deuil impose de retourner le lit. La question est de savoir si le neuf av l'impose aussi. Rabbi Yehouda Obligation de renverser le lit le neuf av. Il concède : celui qui ne peut pas dormir au sol en est dispensé (enceintes, nourrices). Je n'ai parlé que de celui qui peut. Les Sages Pas d'obligation de renverser le lit. Ils concèdent : celui qui peut renverse bien son propre lit. Au-delà de son lit, rien n'est requis. Mai beinaihou : que reste-t-il en litige ? Les autres lits de la maison, ceux où l'on ne couche pas. Rabbi Yehouda : celui qui peut les renverse tous, comme la braita l'enseigne pour l'endeuillé. Les Sages : son lit seulement, pas les autres. Conclusion de Rava, puis usage rapporté par Tossefot Rava : la halakha suit le tana de notre michna, et les Sages ne lui ont rien concédé du tout, même pour celui qui peut. Tossefot ajoutent que de leur temps, par crainte des sortilèges, on ne renverse plus le lit, même dans le deuil ordinaire.
La controverse se resserre par étapes : chacun concède à l'autre le cas extrême, si bien que la divergence ne subsiste que sur les autres lits de la maison. Rava tranche plus largement encore, en lisant le refus des Sages comme total.
Le quinze av : quatre raisons données dans ce folio Chaque amora nomme un événement qui a levé une séparation à l'intérieur d'Israël ou entre Israël et le Ciel. Chmouel, rapporté par Rav Yehouda Jour où les tribus furent autorisées à se marier les unes dans les autres. Appui : ce mot ceci, dans le verset des filles de Tselofhad, restreint la règle à cette génération. Barrière levée : entre les tribus. Rav Nahman, rapporté par Rav Yossef Jour où la tribu de Binyamin fut réadmise dans la communauté. Appui de Rav : le serment disait aucun de nous, et non aucun de nos fils. Barrière levée : autour d'une tribu entière. Rabbi Yo'hanan, rapporté par Rabba bar bar Hana Jour où s'acheva la mort de la génération du désert. Appui : quand tous les hommes de guerre eurent disparu, alors la parole me fut adressée. Barrière levée : entre Moche et la parole. Oula Jour où Hochea fils d'Ela abolit les postes de garde installés par Yarovam fils de Nevat. Ces gardes barraient les routes pour empêcher la montée au Temple pour les fêtes. Barrière levée : sur le chemin de la montée. Ce que la série enseigne Les quatre réponses ne s'excluent pas : le Ben Yehoyada explique que la raison première est celle de Chmouel, les autres ajoutant chacune un mérite supplémentaire au même jour, puisque l'on fait tourner le mérite vers un jour déjà méritant. La parole d'Oula s'interrompt ici : la suite est au folio 31a.
Les quatre réponses du folio ont une forme commune : une séparation tombe. Entre tribus, autour de Binyamin, entre Moche et la parole divine, sur les routes de la montée à Jérusalem.
1
בֵּין תַּנּוּר לְכִירַייִם וְאוֹכֵל, וְשׁוֹתֶה עָלֶיהָ קִיתוֹן שֶׁל מַיִם, וְדוֹמֶה כְּמִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו.

…entre le four et le fourneau, et il le mangeait, et il buvait par-dessus une cruche d'eau, et il ressemblait à celui dont le mort gît devant lui.

📜 Rachi (1)
בֵּין תַּנּוּר לְכִירַיִים מָקוֹם מְנֻווָּל שֶׁבַּבַּיִת:
un endroit sordide de la maison.
⚖️ Rosh (1)
לֹא יֹאכַל בָּשָׂר וְלֹא יִשְׁתֶּה יַיִן תָּנָא אֲבָל אוֹכֵל הוּא בָּשָׂר מָלִיחַ וְשׁוֹתֶה יַיִן מִגִּתּוֹ. וּבָשָׂר מָלִיחַ עַד כַּמָּה. אָמַר ר' חַיָּיא (בְּרֵיהּ דְּרַב חַיָּיא) בְּרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא אָמַר שְׁמוּאֵל כ"ז שֶׁהוּא כִּשְׁלָמִים. יַיִן מִגִּתּוֹ עַד כַּמָּה כָּל זְמַן שֶׁהוּא תּוֹסֵס תַּנְיָא יַיִן תּוֹסֵס אֵין בּוֹ מִשּׁוּם גִּילּוּי. וְכַמָּה תְּסַיְּסוּ שְׁלֹשָׁה יָמִים. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כָּךְ הָיָה מִנְהָגוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה בַּר אִילְעַי עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב מְבִיאִין לוֹ פַּת חֲרֵיבָה בְּמֶלַח וְשׁוֹרָהּ אוֹתָהּ בְּמַיִם וְיוֹשֵׁב בֵּין תַּנּוּר וְכִירַיִם וְאוֹכְלָם וְשׁוֹתֶה עָלֶיהָ קִיתוֹן שֶׁל מַיִם.וְדוֹמֶה כְּמִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו :
Il ne mangera pas de viande et ne boira pas de vin. Il a été enseigné : mais il peut manger de la viande salée et boire du vin de son pressoir. Et la viande salée, jusqu'à quand ? Rabbi Hiya fils de Rav Kahana a dit au nom de Chmouel : tout le temps qu'elle est comme les chelamim (sacrifices de paix, dont la chair reste consommable deux jours et une nuit). Le vin de son pressoir, jusqu'à quand ? Tout le temps qu'il fermente. Il a été enseigné : le vin en fermentation n'est pas atteint par la règle du guilouy (liquide laissé à découvert). Et combien de temps dure sa fermentation ? Trois jours. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : telle était la conduite de Rabbi Yehouda bar Ilai : la veille du neuf av, on lui apportait du pain sec avec du sel, il le trempait dans l'eau, s'asseyait entre le four et le fourneau, le mangeait et buvait par-dessus une cruche d'eau, et il ressemblait à celui dont le mort gît devant lui.
💡 Explication

Le segment achève la description commencée au folio précédent : la veille du neuf av, on apportait à Rabbi Yehouda bar Ilai du pain sec trempé dans l'eau avec du sel, et il le mangeait assis à l'endroit le moins honorable de la maison. Le kiton est une petite cruche.

La dernière formule donne la clé de tout le passage : l'homme doit se trouver, la veille du neuf av, dans la situation de l'onen, celui dont le mort n'est pas encore enseveli. C'est le modèle de deuil qui commande les règles qui suivent.

2
תְּנַן הָתָם: מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בְּתִשְׁעָה בְּאָב — עוֹשִׂין, מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת — אֵין עוֹשִׂין. וּבְכָל מָקוֹם, תַּלְמִידֵי חֲכָמִים בְּטֵלִים. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לְעוֹלָם יַעֲשֶׂה כָּל אָדָם עַצְמוֹ כְּתַלְמִיד חָכָם. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לְעוֹלָם יַעֲשֶׂה אָדָם עַצְמוֹ כְּתַלְמִיד חָכָם, כְּדֵי שֶׁיִּתְעַנֶּה.

Nous avons appris là-bas : au lieu où l'on a pris coutume de travailler le neuf av, on travaille ; au lieu où l'on a pris coutume de ne pas travailler, on ne travaille pas. Et en tout lieu, les talmidei hakhamim (les sages) chôment.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : que tout homme se conduise toujours comme un talmid 'hakham. Il a été enseigné de même : Rabban Chimon ben Gamliel dit : que l'homme se conduise toujours comme un talmid 'hakham, afin qu'il ressente le jeûne.

💡 Explication

La guemara importe ici la michna du traité Pessahim, qui traite du travail la veille de Pessa'h et, dans la même foulée, du neuf av. Le statut du travail ce jour-là n'est pas fixé uniformément : il dépend du minhag hamakom, la coutume du lieu. Les talmidei hakhamim, eux, s'abstiennent partout, parce que leur conduite doit manifester le deuil sans attendre la coutume locale.

Rabban Chimon ben Gamliel étend cette abstention à tout homme. La braita précise son motif : kedei cheyit'âne, afin qu'il ressente effectivement le jeûne. Le travail détourne l'attention et amortit l'épreuve ; s'en abstenir fait sentir la journée.

3
תַּנְיָא אִידָךְ, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: כָּל הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בְּתִשְׁעָה בְּאָב — כְּאִילּוּ אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כָּל הָעוֹשֶׂה מְלָאכָה בְּתִשְׁעָה בְּאָב — אֵינוֹ רוֹאֶה סִימַן בְּרָכָה לְעוֹלָם.

Il a été enseigné dans une autre braita : Rabban Chimon ben Gamliel dit : quiconque mange et boit le neuf av, c'est comme s'il mangeait et buvait le jour de Kippour. Rabbi Akiva dit : quiconque travaille le neuf av ne voit jamais signe de bénédiction.

📜 Rachi (1)
אֵינוֹ רוֹאֶה סִימַן בְּרָכָה מֵאוֹתָהּ מְלָאכָה:
de ce travail-là.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הָעוֹשֶׂה מְלָאכָה בְּתִשְׁעָה בְּאָב אֵינוֹ רוֹאֶה סִימַן בְּרָכָה לְעוֹלָם. כְּלוֹמַר בְּאוֹתָהּ מְלָאכָה שֶׁרָגִיל לַעֲשׂוֹת בְּתִשְׁעָה בְּאָב אֵינוֹ רוֹאֶה סִימַן בְּרָכָה לְעוֹלָם וְחַיָּיב אָדָם לְצַעֵר וּלְמַעֵט בִּכְבוֹדוֹ וּבַהֲנָאוֹתָיו שֶׁאִם הָיָה רָגִיל לִשְׁכַּב עַל שְׁנֵי כָּרִים לֹא יִשְׁכַּב כִּי אִם עַל אֶחָד אֲבָל עֻובָּרוֹת וּמְנִיקוֹת אֵינָן חַיָּיבוֹת כֻּולֵּי הַאי שֶׁאֵינָם יְכוֹלוֹת לְהִצְטַעֵר בְּעַצְמָן וְאוֹכְלִין סְעוּדָה הַמַּפְסֶקֶת מִבְּעוֹד יוֹם וְכֵן נָמֵי בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים (נָמֵי) צָרִיךְ לִסְעֹוד מבע"י דְּתוֹסֶפֶת יוֹם הַכִּפּוּרִים מִן הַתּוֹרָה כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא כ״ג:כ״א) מֵעֶרֶב וְעַד עֶרֶב וּכְתִיב בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה (שָׁם) אֲבָל מִכָּל מָקוֹם אֵין לֶאֱסֹור לִשְׁתּוֹת מִשֶּׁאָכַל סְעוּדָה מַפְסֶקֶת וַעֲדַייִן הָוֵי הַיּוֹם גָּדוֹל כִּדְמַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּר' יוֹסֵי אִיקְּלַע לְבָצְרָה אָכַל סְעוּדָה מַפְסֶקֶת אֲתָא לְגַבֵּי דְּרֵישׁ כְּנִישְׁתָּא וַהֲוָה סָעִיד אֲמַר לֵיהּ הַהוּא רֵישׁ כְּנִישְׁתָּא סְעוֹד אֶצְלִי אֲמַר לֵיהּ אֲכַלִית וְאַפְסֵקִית אֲמַר לוֹ אַשְׁגַּח עָלַי דְּלָא לֵימְרוּן הָדֵין גַּבְרָא לָא אַשְׁגַּח עָלֶיהָ אָכַל מִכָּל עִיגּוּל פְּתִית וְאָכַל מִכָּל תַּבְשִׁיל וְתַבְשִׁיל חַד פַּת וְשָׁתָה מִכָּל חָבִית חַד כָּסָא וְהָכִי הִלְכְתָא אִם עֲדַיִין הַיּוֹם גָּדוֹל לְאַחַר שֶׁאָכַל סְעוּדָה הַמַּפְסֶקֶת מֻותָּר לִשְׁתּוֹת אֲפִילּוּ עֶרֶב יוה"כ וְכָל שֶׁכֵּן עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב:
Quiconque travaille le neuf av ne voit jamais signe de bénédiction. C'est-à-dire : dans ce travail qu'il a coutume de faire le neuf av, il ne voit jamais signe de bénédiction. Et l'homme est tenu de s'affliger et de réduire ses égards pour lui-même et ses agréments : s'il avait coutume de coucher sur deux coussins, qu'il ne couche que sur un seul. Mais les femmes enceintes et celles qui allaitent ne sont pas tenues à tout cela, car elles ne peuvent pas s'affliger elles-mêmes ; et elles prennent le repas de clôture (seouda hamafseket) alors qu'il fait encore jour. De même pour le jour de Kippour, il faut prendre le repas alors qu'il fait encore jour, car le tossefet (l'ajout au début du jour) de Kippour est de la Torah, ainsi qu'il est écrit « du soir jusqu'au soir » (Lev. 23, 32) et qu'il est écrit « en ce jour même » (ibid.). Mais en tout état de cause il n'y a pas lieu d'interdire de boire après avoir pris le repas de clôture, quand le jour est encore long, comme il ressort du Talmud de Jérusalem : Rabbi Yossi se trouva à Botsra ; il avait pris le repas de clôture. Il vint chez le chef de la synagogue, qui était en train de manger. Ce chef de synagogue lui dit : mange chez moi. Il lui répondit : j'ai déjà mangé et j'ai clôturé. Il lui dit : fais-moi cette faveur, pour qu'on ne dise pas que cet homme n'a eu aucun égard pour moi. Il mangea de chaque miche un morceau, de chaque plat une bouchée, et but de chaque tonneau une coupe. Et telle est la halakha : si le jour est encore long après qu'il a pris le repas de clôture, il lui est permis de boire, même la veille de Kippour, et à plus forte raison la veille du neuf av.
💡 Explication

Les deux enseignements portent sur deux registres. Rabban Chimon ben Gamliel compare la gravité de manger le neuf av à celle de manger à Kippour, alors que le jeûne du neuf av relève de l'institution des prophètes et celui de Kippour de la Torah : la comparaison est une mesure de gravité, non une identité de statut.

Rabbi Akiva parle du travail, et sa sanction est intérieure au travail lui-même : le gain fait ce jour-là ne prospère pas. Rachi précise l'objet : de ce travail-là, et non de toute son activité.

4
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: כָּל הָעוֹשֶׂה מְלָאכָה בְּתִשְׁעָה בְּאָב וְאֵינוֹ מִתְאַבֵּל עַל יְרוּשָׁלַיִם — אֵינוֹ רוֹאֶה בְּשִׂמְחָתָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׂמְחוּ אֶת יְרוּשָׁלִַים וְגִילוּ בָהּ כָּל אֹהֲבֶיהָ שִׂישׂוּ אִתָּהּ מָשׂוֹשׂ כָּל הַמִּתְאַבְּלִים עָלֶיהָ״, מִכָּאן אָמְרוּ: כָּל הַמִּתְאַבֵּל עַל יְרוּשָׁלַיִם — זוֹכֶה וְרוֹאֶה בְּשִׂמְחָתָהּ, וְשֶׁאֵינוֹ מִתְאַבֵּל עַל יְרוּשָׁלַיִם — אֵינוֹ רוֹאֶה בְּשִׂמְחָתָהּ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: כָּל הָאוֹכֵל בָּשָׂר וְשׁוֹתֶה יַיִן בְּתִשְׁעָה בְּאָב — עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״וַתְּהִי עֲוֹנֹותָם עַל עַצְמוֹתָם״.

Et les Sages disent : quiconque travaille le neuf av et ne porte pas le deuil de Jérusalem ne verra pas sa joie, ainsi qu'il est dit : « Réjouissez-vous avec Jérusalem et soyez dans l'allégresse à cause d'elle, vous tous qui l'aimez ; soyez pleins de joie avec elle, vous tous qui portez son deuil » (Is. 66, 10).

De là on a dit : quiconque porte le deuil de Jérusalem mérite et voit sa joie, et celui qui ne porte pas le deuil de Jérusalem ne voit pas sa joie. Il a été enseigné de même : quiconque mange de la viande et boit du vin le neuf av, sur lui l'Écriture dit : « et leurs fautes furent sur leurs os » (Ez.

32, 27).

📜 Rachi (1)
כָּל הָאוֹכֵל בָּשָׂר וְשׁוֹתֶה יַיִן בְּתִשְׁעָה בְּאָב עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר וַתְּהִי עֲוֹנֹותָם עַל עַצְמוֹתָם בְּתִשְׁעָה בְּאָב כְּלוֹמַר בִּסְעוּדָה הַמַּפְסִיק בָּהּ:
le neuf av — c'est-à-dire lors du repas par lequel on clôt (la seouda hamafseket).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָאוֹכֵל בָּשָׂר וְשׁוֹתֶה יַיִן בְּתִשְׁעָה בְּאָב, עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: "וַתְּהִי עֲוֹנֹותָם עַל עַצְמוֹתָם". נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁתָּלָה הֶעָוֹן בַּעֲצָמוֹת וְלֹא אָמַר בִּבְשָׂרָם, דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נִיטַּל טַעַם בָּשָׂר וְנִיתַּן בַּעֲצָמוֹת, וְלָכֵן הַלָּהוּט אַחַר הַבָּשָׂר לֶאֱכֹול בְּיוֹם הַחֻרְבָּן עָוֹן זֶה נִרְשַׁם עַל הָעֶצֶם שֶׁלּוֹ. גַּם אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּשֵׁם אַבָּא שָׁאוּל דְּהַשּׁוֹתֶה יַיִן יִהְיֶה בּוֹ סִימָן בְּעַצְמוֹתָיו אַחַר מוֹתוֹ, וְלָכֵן גַּם עַל עָוֹן זֶה דְּשׁוֹתֶה יַיִן בְּיוֹם הַחֻרְבָּן נֶאֱמַר (יְחֶזְקֵאל לב, כז) וַתְּהִי עֲוֹנֹותָם עַל עַצְמוֹתָם.
« Quiconque mange de la viande et boit du vin le neuf av, sur lui l'Écriture dit : et leurs fautes furent sur leurs os. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle la faute est rattachée aux os et qu'il n'est pas dit « sur leur chair » tient à ce que nos maîtres, de mémoire bénie, ont enseigné : depuis le jour où le Temple a été détruit, le goût de la viande a été retiré et placé dans les os. Aussi, celui qui court après la viande pour en manger le jour de la destruction, cette faute-là est inscrite sur son os. Nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit aussi, au nom d'Abba Chaoul, que celui qui boit du vin en garde un signe dans ses os après sa mort. C'est pourquoi, sur cette faute aussi, celle de boire du vin le jour de la destruction, il est dit (Ez. 32, 27) : « et leurs fautes furent sur leurs os ».
💡 Explication

Les Sages lient le travail au deuil : ils ne parlent pas d'une perte de gain mais d'une perte de part dans la consolation. Le verset d'Isaie leur sert d'appui parce qu'il adresse la joie future exactement à ceux qui portent le deuil, ce qui permet de lire la réciproque.

La dernière braita revient sur la nourriture. Rachi précise qu'il s'agit du repas par lequel on clôt l'entrée dans le jeûne, la seouda hamafseket : c'est là qu'il est interdit de manger de la viande et de boire du vin, et non pendant le jeûne lui-même, où toute nourriture est déjà exclue.

5
רַבִּי יְהוּדָה מְחַיֵּיב בִּכְפִייַּת הַמִּטָּה, וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים. תַּנְיָא, אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי יְהוּדָה: לִדְבָרֶיךָ, עֻובָּרוֹת וּמְנִיקוֹת מַה תְּהֵא עֲלֵיהֶן? אָמַר לָהֶם: אַף אֲנִי לֹא אָמַרְתִּי אֶלָּא בְּיָכוֹל.

Rabbi Yehouda rend obligatoire le renversement du lit, et les Sages ne lui ont pas concédé. Il a été enseigné : on dit à Rabbi Yehouda : selon tes paroles, les femmes enceintes et celles qui allaitent, que deviendront-elles ?

Il leur dit : moi non plus je n'ai parlé que de celui qui peut.

📜 Rachi (2)
עֻובָּרוֹת וּמְנִיקוֹת שֶׁאֵינָן יְכוֹלוֹת לִישֹׁן עַל גַּבֵּי קַרְקַע:
qui ne peuvent pas dormir à même le sol.
בְּיָכוֹל שֶׁאֶפְשָׁר לוֹ:
celui à qui c'est possible.
⚖️ Rosh (1)
רַבִּי יְהוּדָה מְחַיֵּיב בִּכְפִייַּת הַמִּטָּה וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים דְּאֵין כּוֹפִין כָּל עִיקָּר. וְהוּא הַדִּין נָמֵי שֶׁאֵינוֹ חַייָּב בַּעֲטִיפַת הָרֹאשׁ. ואע"פ שֶׁהֵן מִצְוֹת הַנּוֹהֲגוֹת בְּאָבֵל וְתַנְיָא כָּל מִצְוֹת הַנּוֹהֲגוֹת בְּאָבֵל נוֹהֲגוֹת בְּתִשְׁעָה בְּאָב. הַהִיא לְעִנְיַן מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה הַנּוֹהֲגוֹת בְּאָבֵל תַּנְיָא. אֲבָל מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁבָּאֵבֶל כְּגוֹן כְּפִיַּית הַמִּטָּה וַעֲטִיפַת הָרֹאשׁ בְּהָנָךְ לָא קָא אָמַר. וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בִּקְרִיעָה דְּלֵיתָא בִּכְלַל מִצְוֹת הַנּוֹהֲגוֹת בְּאָבֵל כִּדְאָמַר אֲבֵילוּת לְחוּד וּקְרִיעָה לְחוּד. וּמִסְתַּבְּרָא דְּחַיָּיב בִּתְפִילִּין אע"ג דְּהִיא מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה כֵּיוָן דִּבְאָבֵל גּוּפֵיהּ לָא מִיתְּסַר אֶלָּא בְּיוֹם רִאשׁוֹן וְלָא חֲמִיר תִּשְׁעָה בְּאָב מִשִּׁבְעַת יְמֵי אֲבֵילוּת. וּבָרַייְתָא מִצְוֹת הַנּוֹהֲגוֹת בְּאָבֵל כָּל שִׁבְעָה קָתָנֵי. וּפֵירוּשִׁי מְפָרֵשׁ לְהוּ רְחִיצָה וְסִיכָה וּנְעִילַת הַסַּנְדָּל וְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה וְלִקְרוֹת בַּתּוֹרָה. וְתֵדַע דְּהָא מֻותָּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה בִּמְקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ. דַּאֲבֵילוּת נָמֵי כְּשֶׁאֵין לוֹ מַה יֹאכַל עוֹשֶׂה לְאַחַר שְׁלֹשָׁה בְּצִנְעָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ. וְכֵן בִּשְׁאִילַת שָׁלוֹם מֵשִׁיב שֶׁכֵּן בַּאֲבֵילוּת לְאַחַר שְׁלֹשָׁה יָמִים מֵשִׁיב שָׁלוֹם לְכָל אָדָם. וְרַבֵּינוּ מֵאִיר כָּתַב וְנִרְאֶה דִּבְתִשְׁעָה בְּאָב אֵין לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין כְּמוֹ בְּיוֹם רִאשׁוֹן דְּאָבֵל דְּאֵין יוֹם מַר יוֹתֵר מִמֶּנּוּ יוֹם קָבוּעַ בְּכִיָּה לְדוֹרוֹת. וְאֶפְשָׁר שֶׁדָּחַק לִמְצוֹא סֶמֶךְ לְמִנְהַג אַשְׁכְּנַז. אֲבָל לִכְאוֹרָה נִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי לְמַעְלָה וְעוֹד כָּתַב רַבֵּינוּ מֵאִיר זַ"ל אֲבָל צִיצִית נָהֲגוּ קַדְמוֹנֵינוּ בְּכָל אֶרֶץ אַשְׁכְּנַז שֶׁלֹּא לְהִתְעַטֵּף בְּצִיצִית בְּתִשְׁעָה בְּאָב וְאַסְמְכוּהָ אַקְּרָא דִּכְתִיב (אֵיכָה ב׳:י״ז) בָּצַע אִמְרָתוֹ וְאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ אֵיכָה בָּזַע פּוּרְפְּרִין דִּידֵיהּ. וְאֵין מִזֶּה שׁוּם רְאָיָה. וְיֵשׁ שֶׁאֵינָם רוֹצִים לְשַׁנּוֹת הַמִּנְהָג וְגַם אֵינָם רוֹצִים לִהְיוֹת בְּלֹא צִיצִית וּמִתְעַטְּפִין בְּטַלִּית קָטָן תַּחַת בִּגְדֵיהֶם. גַּם נָהֲגוּ שֶׁלֹּא לְהַדְלִיק נֵרוֹת בְּבֵית הַכְּנֶסֶת בְּתִשְׁעָה בְּאָב כִּי אִם נֵר אֶחָד לִקְרוֹת לְאוֹרוֹ אֵיכָה וְקִינוֹת. וְנִרְאֶה זֶה מִנְהָג כָּשֵׁר כִּדְאָמַר בְּאִיְּכָה רַבָּתִי שֶׁאָמַר הקב"ה לְמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת בִּשְׁעַת חֻורְבַּן הַבַּיִת מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם כְּשֶׁהוּא אָבֵל מַהוּ עוֹשֶׂה אָמְרוּ לוֹ מְכַבֶּה אֶת הַפָּנָסִים שֶׁלּוֹ אָמַר לָהֶן אַף אֲנִי אֶעֱשֶׂה כֵּן שֶׁנֶּאֱמַר שֶׁמֶשׁ וְיָרֵחַ קָדָרוּ. תּוֹסֶפְתָּא (פ"ג) אֵין שְׁאִילַת שָׁלוֹם לַחֲבֵרִים בְּתִשְׁעָה בְּאָב אֲבָל מְשִׁיבִין אֶת הַהֶדְיוֹטוֹת בְּשָׂפָה רָפָה וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי (פ"א הֲלָכָה ח') אֵין שׁוֹאֲלִים בִּשְׁלוֹם חֲבֵירִים בְּתִשְׁעָה בְּאָב אֲבָל מְשִׁיבִין אֶת הַהֶדְיוֹטוֹת בְּשָׂפָה רָפָה. וְנָהֲגוּ הָעָם שֶׁלֹּא לִשְׁחֹוט וּלְהָכִין סְעוּדַת מוֹצָאֵי ט' בְּאָב עַד אַחַר חֲצוֹת. וּלְשׁוֹן הַתּוֹסֶפְתָּא (שָׁם) מַשְׁמַע כֵּן דְּתַנְיָא מְתַקְּנִין בְּט' בְּאָב לְמוֹצָאֵי תִּשְׁעָה בְּאָב פִּי' מִסּוֹף הַיּוֹם כְּמוֹ מִמִּנְחָה וּלְמַעְלָה דֻּומְיָא דיוה"כ דְּמֻותָּר בִּקְנִיבַת יָרָק מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה:
« Rabbi Yehouda rend obligatoire le renversement du lit, et les Sages ne lui ont pas concédé » : car on ne renverse pas du tout. Et il en va de même pour l'atifat haroch (s'envelopper la tête) : il n'y est pas tenu. Et bien que ce soient là des mitsvot qui s'appliquent à l'endeuillé, et qu'il ait été enseigné que toutes les mitsvot qui s'appliquent à l'endeuillé s'appliquent le neuf av — cette braita a été enseignée au sujet des mitsvot négatives (lo taasse) qui s'appliquent à l'endeuillé ; quant aux mitsvot positives du deuil, comme le renversement du lit et l'atifat haroch, elle n'en parle pas. Et il n'est pas besoin de le dire pour la keria (la déchirure du vêtement), qui n'entre pas dans les mitsvot qui s'appliquent à l'endeuillé, comme il est dit : le deuil est une chose et la déchirure une autre. Et il est logique qu'il soit tenu aux tefilin, bien que ce soit une mitsva négative, puisque chez l'endeuillé lui-même cela n'est interdit que le premier jour, et le neuf av n'est pas plus grave que les sept jours de deuil. Et la braita des mitsvot qui s'appliquent à l'endeuillé enseigne « pendant les sept jours », et elle les détaille : la toilette, l'onction, le port de la sandale, les rapports conjugaux, et la lecture de la Torah. Et sache-le, puisque le travail est permis au lieu où l'on en a la coutume : dans le deuil aussi, celui qui n'a pas de quoi manger travaille après trois jours, discrètement, à l'intérieur de sa maison. De même pour la salutation : il rend le salut, car dans le deuil aussi, après trois jours, il rend le salut à tout homme. Et Rabbenou Meir a écrit : il paraît que le neuf av on ne doit pas mettre les tefilin, comme au premier jour de l'endeuillé, car il n'y a pas de jour plus amer que lui, jour de pleurs fixé pour les générations. Et il est possible qu'il se soit efforcé de trouver un appui à la coutume d'Achkenaz ; mais à première vue il paraît comme je l'ai écrit plus haut. Rabbenou Meir, de mémoire bénie, a encore écrit : quant aux tsitsit, nos anciens ont eu coutume, dans tout le pays d'Achkenaz, de ne pas s'envelopper de tsitsit le neuf av, et ils l'ont appuyé sur le verset (Lam. 2, 17) « Il a accompli sa parole », que nous lisons dans le midrach sur Eikha comme « Il a déchiré sa pourpre ». Mais il n'y a là aucune preuve. Et il y en a qui ne veulent pas changer la coutume et ne veulent pas non plus rester sans tsitsit : ils s'enveloppent d'un talit katan sous leurs vêtements. On a aussi pris coutume de ne pas allumer de lampes à la synagogue le neuf av, sinon une seule lampe pour lire à sa lumière Eikha et les kinot. Et cela paraît une coutume convenable, comme il est dit dans Eikha Rabbati : le Saint béni soit-Il dit aux anges du service, à l'heure de la destruction du Temple : un roi de chair et de sang, lorsqu'il porte le deuil, que fait-il ? Ils lui dirent : il éteint ses lanternes. Il leur dit : moi aussi je ferai ainsi, ainsi qu'il est dit : le soleil et la lune se sont assombris. Tossefta (ch. 3) : on ne salue pas les compagnons le neuf av, mais on répond aux gens du commun à voix basse. Et ainsi lit-on dans le Talmud de Jérusalem (ch. 1, halakha 8) : on ne salue pas les compagnons le neuf av, mais on répond aux gens du commun à voix basse. Et le peuple a pris coutume de ne pas abattre ni préparer le repas de la sortie du neuf av avant l'après-midi. Et le langage de la Tossefta l'indique, car il y est enseigné : on prépare le neuf av pour la sortie du neuf av — ce qui s'explique de la fin du jour, comme « à partir de minha et au-delà », à la manière de Kippour, où il est permis de parer les légumes à partir de minha et au-delà.
💡 Explication

La kefiyat hamita, le renversement du lit, est un rite de deuil : l'endeuillé retourne sa couche et dort à même le sol. Rabbi Yehouda l'impose le neuf av, au titre du deuil de Jérusalem ; les Sages le refusent.

L'objection porte sur les personnes qui ne peuvent pas dormir au sol. Rabbi Yehouda répond qu'il n'a jamais visé qu'un yakhol, celui qui en est capable, ce qui écarte l'objection sans céder sur le principe.

6
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: מוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה לַחֲכָמִים בְּשֶׁאֵינוֹ יָכוֹל, וּמוֹדִים חֲכָמִים לְרַבִּי יְהוּדָה בְּיָכוֹל. מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ שְׁאָר מִטּוֹת.

Il a été enseigné de même : Rabbi Yehouda concède aux Sages pour celui qui ne peut pas, et les Sages concèdent à Rabbi Yehouda pour celui qui peut. Quelle différence y a-t-il donc entre eux ?

Il y a entre eux les autres lits.

📜 Rachi (2)
מַאי בֵינַיְיהוּ כֵּיוָן דְּזֶה מוֹדֶה לוֹ בְּיָכוֹל וְזֶה מוֹדֶה לוֹ בְּשֶׁאֵינוֹ יָכוֹל:
puisque celui-ci lui concède pour celui qui peut et celui-là lui concède pour celui qui ne peut pas.
שְׁאָר מַטּוֹת שֶׁבַּבַּיִת שֶׁאֵינוֹ שׁוֹכֵב בָּהֶן ר' יְהוּדָה דִּמְחַיֵּיב בְּמָתְנֵי' בִּכְפִיַּית הַמִּטָּה קָמְחַייֵּב נָמֵי בְּיָכוֹל בִּשְׁאָר מִטּוֹת וְרַבָּנָן סָבְרִי מִטָּתוֹ כּוֹפֶה וְלֹא שְׁאָר מִטּוֹת וְכִדְתַנְיָא גַּבֵּי אֵבֶל:
ceux de la maison dans lesquels il ne couche pas. Rabbi Yehouda, qui dans notre michna rend obligatoire le renversement du lit, l'impose aussi, pour celui qui peut, aux autres lits ; et les Sages tiennent qu'il renverse son lit et non les autres lits, comme il a été enseigné au sujet de l'endeuillé.
💡 Explication

La braita réduit la controverse par les deux bouts : chacun accorde à l'autre le cas extrême. La guemara demande alors ce qui reste en litige, mai beinaihou, puisqu'il ne subsiste plus de désaccord ni sur celui qui peut ni sur celui qui ne peut pas.

La réponse déplace l'objet du débat : il ne porte plus sur la personne mais sur le nombre de lits. Les chear mitot sont les autres lits de la maison, ceux où l'on ne couche pas.

7
כִּדְתַנְיָא: כְּשֶׁאָמְרוּ לִכְפּוֹת הַמִּטָּה, לֹא מִטָּתוֹ בִּלְבַד הוּא כּוֹפֶה, אֶלָּא כָּל הַמִּטּוֹת כֻּולָּן הוּא כּוֹפֶה. אָמַר רָבָא: הִלְכְתָא כְּתַנָּא דִּידַן, וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים כָּל עִיקָּר.

Comme il a été enseigné : lorsqu'ils ont dit de renverser le lit, ce n'est pas son lit seul qu'il renverse, mais tous les lits, il les renverse tous. Rava a dit : la halakha suit le tana de notre michna, et les Sages ne lui ont rien concédé du tout.

🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רָבָא הֲלָכָה כְּתַנָּא דִּידַן וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים. פֵּירוּשׁ שֶׁאֵין צָרִיךְ לִכְפּוֹת הַמִּטָּה וְהָאִידָּנָא דְּחָייְשִׁינַן לִכְשָׁפִים לָא עָבְדִינַן כְּפִיַּית הַמִּטָּה וַאֲפִילּוּ בְּאָבֵל:
Rava a dit : la halakha suit le tana de notre michna, et les Sages ne lui ont pas concédé. Explication : il n'est pas nécessaire de renverser le lit. Et de nos jours, où nous craignons les sortilèges, nous ne pratiquons pas le renversement du lit, même dans le deuil.
💡 Explication

La braita citée vient du droit du deuil et fonde la position attribuée à Rabbi Yehouda : l'obligation porte sur tous les lits de la maison, non sur le seul lit du deuillant.

Rava tranche autrement que la braita précédente : il lit la michna au pied de la lettre, ils ne lui ont pas concédé, et refuse la lecture conciliante. Il n'y a donc pas de renversement du lit le neuf av, même pour celui qui en est capable. Tossefot notent qu'à leur époque l'usage a disparu même dans le deuil ordinaire.

8
אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: לֹא הָיוּ יָמִים טוֹבִים לְיִשְׂרָאֵל כַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּאָב וּכְיוֹם הַכִּפּוּרִים. בִּשְׁלָמָא יוֹם הַכִּפּוּרִים — מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ סְלִיחָה וּמְחִילָה, יוֹם שֶׁנִּיתְּנוּ בּוֹ לוּחוֹת הָאַחֲרוֹנוֹת.

Rabban Chimon ben Gamliel a dit : il n'y eut pas pour Israël de jours de fête comme le quinze av et comme le jour de Kippour. Soit, pour le jour de Kippour : parce qu'il porte pardon et remise des fautes, et qu'il est le jour où furent données les dernières Tables.

📜 Rachi (1)
שֶׁנִּיתְּנוּ בּוֹ לוּחוֹת אַחֲרוֹנוֹת שבי"ז בְּתַמּוּז יָרַד מֹשֶׁה מִן הָהָר תְּחִלָּה וְשֶׁיָּבֹר אֶת הַלּוּחוֹת ובי"ח טָחַן אֶת הָעֵגֶל וְדָן אֶת הַפּוֹשְׁעִים וְעָלָה לַמָּרוֹם נִשְׁתַּהָה שָׁם שְׁמוֹנִים יוֹם אַרְבָּעִים יוֹם עָמַד בִּתְפִלָּה דִּכְתִיב (דְּבָרִים ט׳:ט׳) וָאֶתְנַפַּל לִפְנֵי ה' אַרְבָּעִים יוֹם וְאַרְבָּעִים לַיְלָה וְאַרְבָּעִים יוֹם עָמַד כְּבָרִאשׁוֹנָה חָשׁוּב מי"ז בְּתַמּוּז עַד יוֹם הַכִּפּוּרִים וְהָווּ לְהוּ שְׁמוֹנִים יוֹם שְׁנֵים עֶשְׂרֵה שֶׁנִּשְׁתַּייְּרוּ מִתַּמּוּז דְּהוּא חָסֵר וּשְׁלֹשִׁים דְּאָב וְתִשְׁעָה וְעֶשְׂרִים דֶּאֱלוּל הֲרֵי אֶחָד וְשִׁבְעִים וְתִשְׁעָה דְּתִשְׁרֵי הֲרֵי שְׁמוֹנִים יוֹם וְלֵיל צוֹם הִשְׁלִים כְּנֶגֶד לֵילוֹ שֶׁל י"ז תַּמּוּז דְּלָא הֲוָה בְּחֻושְׁבָּנֵיהּ דְּהָא נְפַק לֵיהּ כְּבָר בְּשָׁעָה שֶׁעָלָה הַשְׁתָּא הָוֵי לְהוּ פ' שְׁלֵמִין לַיְלָה וָיוֹם וּבֹוקֶר יוֹם כִּפּוּר יָרַד שֶׁהוּא עֲשָׂרָה בְּתִשְׁרֵי וְאוֹתוֹ הַיּוֹם נִקְבַּע לְיוֹם כִּפּוּר לְהוֹדִיעַ שֶׁמָּחַל וְנִיחַם עַל הָרָעָה אֲשֶׁר דִּבֶּר לַעֲשׂוֹת לְעַמּוֹ וְעַל כֵּן נִקְבַּע צוֹם כִּפּוּר בַּעֲשָׂרָה בְּתִשְׁרֵי כָּךְ שָׁמַעְתִּי:
où furent données les dernières Tables — car le dix-sept tamouz Moche descendit d'abord de la montagne et brisa les Tables ; le dix-huit il broya le veau et jugea les coupables, puis il monta en haut et y demeura quatre-vingts jours : quarante jours il se tint en prière, ainsi qu'il est écrit (Dt 9, 18) « et je me prosternai devant Hachem quarante jours et quarante nuits », et quarante jours il se tint comme la première fois. Compte depuis le dix-sept tamouz jusqu'au jour de Kippour et tu auras quatre-vingts jours : douze jours restants de tamouz, qui est un mois défectueux, trente d'av et vingt-neuf d'éloul, cela fait soixante et onze, et neuf de tichri, cela fait quatre-vingts jours ; et la nuit du jeûne a complété le compte, en regard de la nuit du dix-sept tamouz qui n'y entrait pas, puisqu'il en était déjà sorti au moment où il est monté. Voilà donc quatre-vingts jours pleins, nuit et jour. Et au matin du jour de Kippour il descendit, ce qui est le dix tichri, et ce jour fut fixé comme jour de Kippour, pour faire connaître qu'Il a pardonné et s'est repenti du mal qu'Il avait dit de faire à Son peuple ; c'est pourquoi le jeûne de Kippour a été fixé au dix tichri. Ainsi ai-je entendu.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בשלמא יום הכפורים; יום סליחה ומחילה, יום שנתנו בו לוחות אחרונות אלא חמשה־עשר באב, מאי היא. הקשה הגאון גבורות ארי ז"ל, הא מתניתין תלי טעמא בלוחות ובנין בית המקדש ולאו משום מחילה וסליחה, דהא קאמר 'ביום חתנתו' זו מתן תורה דהיינו נתינת הלוחות אחרונות? עיין שם. ועוד יש להקשות אטו משום שהוא יום מחילה מי ניחא, דקשה מה טעם יש בזה? אדרבה יום מחילה שהוא יום צום אינו זמן לחול בכרמים, ולדבר בו על לב הבחורים בדברי טיול! ונראה לי בס"ד דהכי קאמר בשלמא יום הכפורים יש בו טעם לדבר בו על ענין הנשואין, מפני שהוא נעשה יום סליחה ומחילה יען כי הוא יום שנתנו בו לוחות שניות לישראל שבהם נגמרו הקדושין של ישראל ונשלמה מחילת עון העגל, ולכך נקבע אותו בכל שנה ושנה להיות יום סליחה ומחילה ובזה יש טעם לדבר בו בעסק הנישואין אשר בהם נמחלים עונות האדם דכל הנושא אשה נמחלים עונותיו כמו שאמרו רבותינו ז"ל על פסוק (בראשית כח, ט) ויקח את מחלת בת ישמעאל, וזהו כונת המשנה שאמרה שהוא 'יום מתן תורה' כלומר שנתנה בו לוחות האחרונות שבהם נגמרו הקידושין של ישראל ובהם נגמרה מחילת עון העגל, על כן יש טעם למנהג זה שנהגו לדבר בו בענין הנשואין שבהם נמחלים העונות. אבל יום חמשה־עשר באב מה שייכות יש בו למנהג זה שנהגו לדבר בו בענין הנישואין ומאי רבותיה דהאי יומא משאר ימים לעורר בו הבחורים בשביל הנשואין? ומשני מפני שבו נתפשטה מצות הנשואין בקרב ישראל ביותר שבו הותרו השבטים לבא זה בזה שנפתחו כמה פתחים לפני כל אחד ואחד מישראל לקחת משם אשה ולכן ביום זה אומרים לבחור שא עיניך וראה בכל בתולה שתרצה דאין אתה מוכרח ליקח אשה מקרוביך דוקא אלא תקח מה שלבך חפץ! ובאמת זהו הטעם העקרי של יום זה לכולי עלמא ושאר אמוראי כל אחד בא להוסיף מעלה יתירה לאותו יום לומר ראוי יום זה לעורר בו שמחת הנשואין מפני שזכה למעלה זו ולמעלה זו גם כן אך כולהו מודו לטעם זה דאמר שמואל שהוא משום דהותרו בו שבטים לישא כל אחד ואחד מכל שבט שיבחר. תדע שהרי רב מתנה אמר משום הרוגי ביתר ובאמת הרוגי ביתר היו אחר חרבן בית שני דלא הוה מלך וכהן גדול וסגן אך ודאי גם הוא יודה דהטעם העיקרי כמו שאמר שמואל ורק בא למצוא מעלה יתירה לאותו היום ולומר כי הוא יום זכאי שגם אחר החרבן זכה למעלה של זכות זה שנעשה בו להרוגי ביתר [שנתנו לקבורה] על כן ראוי הוא לעשות בו התעוררות השמחה דמגלגלין זכות ליום זכאי.
« Soit, pour le jour de Kippour : jour de pardon et de remise, jour où furent données les dernières Tables ; mais le quinze av, qu'est-ce donc ? » Le gaon Guevourot Ari, de mémoire bénie, a soulevé une difficulté : la michna rattache le motif aux Tables et à la construction du Temple, et non au pardon et à la remise, puisqu'elle dit « au jour de ses noces », ce qui désigne le don de la Torah, c'est-à-dire la remise des dernières Tables. Voir là-bas. Et il y a encore à demander : le fait que ce soit un jour de remise des fautes suffit-il ? Car quelle raison y a-t-il en cela ? Au contraire, un jour de remise qui est un jour de jeûne n'est pas un temps pour danser dans les vignes ni pour parler au cœur des jeunes gens en propos de promenade. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que voici ce qui est dit : soit, pour le jour de Kippour, il y a une raison d'y parler de mariage, parce qu'il est devenu jour de pardon et de remise du fait qu'il est le jour où les secondes Tables ont été données à Israël, par lesquelles les fiançailles d'Israël ont été achevées et la remise de la faute du veau accomplie ; c'est pourquoi ce jour a été fixé, chaque année, comme jour de pardon et de remise. En cela il y a une raison d'y traiter du mariage, par lequel les fautes de l'homme sont remises, car quiconque prend femme voit ses fautes remises, comme nos maîtres, de mémoire bénie, l'ont dit sur le verset (Gen. 28, 9) « et il prit Mahalat, fille d'Ichmael ». Et telle est l'intention de la michna lorsqu'elle dit qu'il est « le jour du don de la Torah », c'est-à-dire le jour où furent données les dernières Tables, par lesquelles s'achevèrent les fiançailles d'Israël et s'accomplit la remise de la faute du veau ; il y a donc une raison à cette coutume d'y parler de mariage, par lequel les fautes sont remises. Mais le jour du quinze av, quel rapport à-t-il avec cette coutume d'y parler de mariage, et qu'a-t-il de plus que les autres jours pour y éveiller les jeunes gens en vue du mariage ? Et la guemara répond : parce que c'est en ce jour que la mitsva du mariage s'est le plus largement étendue au sein d'Israël, puisque les tribus y furent autorisées à se marier les unes dans les autres, si bien que bien des portes se sont ouvertes devant chacun d'Israël pour y prendre femme. C'est pourquoi, en ce jour, on dit au jeune homme : lève les yeux et regarde toute jeune fille que tu voudras, car tu n'es pas contraint de prendre femme parmi tes proches seulement, prends donc ce que ton cœur désire. Et en vérité c'est là la raison première de ce jour pour tous, et les autres amoraim viennent chacun ajouter un mérite supplémentaire à ce jour, pour dire qu'il est digne d'y éveiller la joie du mariage parce qu'il a mérité tel avantage et tel autre encore. Mais tous concèdent à cette raison, celle que Chmouel a dite : les tribus y furent autorisées à se marier, chacun prenant femme dans la tribu qu'il choisit. Sache-le, car Rav Matna a dit que c'est à cause des tués de Beitar, et en vérité les tués de Beitar sont postérieurs à la destruction du second Temple, où il n'y avait plus ni roi, ni grand prêtre, ni segan. Mais certainement lui aussi concède que la raison première est celle que Chmouel a dite, et il vient seulement trouver un mérite supplémentaire à ce jour, pour dire qu'il est un jour méritant, puisque même après la destruction il a mérité l'avantage de ce mérite-la, accompli en lui pour les tués de Beitar, qui furent donnés à la sépulture. Il est donc digne d'y faire l'éveil de la joie, car l'on fait tourner le mérite vers un jour méritant.
💡 Explication

Le folio passe à la dernière michna du traité. La guemara accepte sans difficulté le cas de Kippour et en donne deux motifs liés : la seliha et la mehila, le pardon et la remise, et le fait que ce jour soit celui de la remise des secondes Tables, donc de l'achèvement du pardon de la faute du veau.

Rachi appuie cette date par un calcul de calendrier : quatre-vingts jours pleins depuis le dix-sept tamouz, partagés en deux séries de quarante, conduisent exactement au dix tichri. Ce calcul explique pourquoi ce jour a été fixé comme jour de pardon.

🖼️ Schéma
Le calcul de Rachi : du dix-sept tamouz au dix tichri, quatre-vingts jours 17 tamouz Moche descend et brise les Tables. 18 tamouz Il broie le veau, juge les coupables, puis remonte. 40 premiers jours Il se tient en prière (Dt 9, 18). 40 jours suivants Il se tient comme la première fois. -> -> -> Le décompte des jours 12 jours restants de tamouz, mois défectueux + 30 jours d'av + 29 jours d'éloul + 9 jours de tichri = 80 jours. La nuit du jeûne complète le compte, en regard de la nuit du 17 tamouz, déjà passée au moment de la montée. Au matin du dix tichri Moche descend avec les secondes Tables. Ce jour est fixé comme jour de Kippour, pour faire connaître que le pardon a été accordé. Ainsi Rachi conclut : ainsi ai-je entendu.
Le calcul de Rachi rattache la date de Kippour à la remise des secondes Tables : deux séries de quarante jours après le dix-huit tamouz tombent exactement le dix tichri.
9
אֶלָּא חֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּאָב מַאי הִיא? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: יוֹם שֶׁהֻותְּרוּ שְׁבָטִים לָבוֹא זֶה בָּזֶה.

Mais le quinze av, qu'est-ce donc ? Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : c'est le jour où les tribus furent autorisées à entrer les unes dans les autres.

📜 Rachi (1)
שֶׁהֻותְּרוּ שְׁבָטִים לָבֹא זֶה בָּזֶה דְּרַחֲמָנָא אָמַר וְכָל בַּת יֹורֶשֶׁת נַחֲלָה וְגוֹ' (בַּמִּדְבָּר ל״ו:ט׳) וּכְתִיב (שָׁם) וְלֹא תִסֹּוב נַחֲלָה מִמַּטֶּה לְמַטֶּה אַחֵר כִּי אִישׁ בְּנַחֲלָתוֹ יִדְבְּקוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְעָמְדוּ וְהִתִּירוּ דָּבָר זֶה בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּאָב:
que les tribus furent autorisées à entrer les unes dans les autres — car le Miséricordieux a dit (Nb 36, 8) « et toute fille héritière d'une part » etc., et il est écrit (ibid. 36, 7) « et une part ne passera pas d'une tribu à une autre tribu, car chacun s'attachera à la part de sa tribu, les enfants d'Israël » ; ils se levèrent et permirent cette chose le quinze av.
🗂️ Tossefot (1)
יוֹם שֶׁהֻותְּרוּ הַשְּׁבָטִים לָבֹא זֶה בָּזֶה. פֵּירוּשׁ דְּהַייְנוּ י"ט:
Le jour où les tribus furent autorisées à entrer les unes dans les autres. Explication : c'est pour cela que c'est un jour de fête.
💡 Explication

La Torah avait restreint le mariage des filles héritières de Tselofhad à l'intérieur de leur tribu, pour empêcher le déplacement d'une part de terre d'une tribu à l'autre. La question posée est de savoir si cette restriction valait pour toutes les générations.

Chmouel répond que le quinze av est le jour où l'on a établi qu'elle ne valait que pour la génération du partage de la terre. La barrière matrimoniale entre tribus tombe : de là la joie fixée pour ce jour.

10
מַאי דְּרוֹשׁ? ״זֶה הַדָּבָר אֲשֶׁר צִוָּה ה׳ לִבְנוֹת צְלָפְחָד וְגוֹ׳״ — דָּבָר זֶה לֹא יְהֵא נוֹהֵג אֶלָּא בְּדוֹר זֶה.

Qu'ont-ils exposé ? « Ceci est la chose que Hachem a ordonnée au sujet des filles de Tselofhad » etc.

(Nb 36, 6) : cette chose ne sera en usage que dans cette génération.

📜 Rachi (1)
זֶה הַדָּבָר אֲשֶׁר צִוָּה ה' לִבְנוֹת צְלָפְחָד וְגוֹ' זֶה מִיעוּט הוּא כֻּלּוֹ' לֹא יִהְיֶה דָּבָר זֶה נוֹהֵג אֶלָּא בְּדוֹר זֶה בְּדוֹר שֶׁל בְּנוֹת צְלָפְחָד:
« Ceci est la chose que Hachem a ordonnée au sujet des filles de Tselofhad » etc. — « ceci » est une restriction, c'est-à-dire : cette chose ne sera en usage que dans cette génération, la génération des filles de Tselofhad.
💡 Explication

La restriction est tirée du mot zé, « ceci ». Selon Rachi, c'est un mi'out, une expression limitative : ce qui est désigné par « ceci » est circonscrit, et la règle ne porte que sur la génération des filles de Tselofhad.

La technique est classique : un démonstratif dans le texte du commandement borne la portée du commandement lui-même, sans qu'il soit besoin d'une abrogation.

11
אָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב נַחְמָן: יוֹם שֶׁהֻותַּר שֵׁבֶט בִּנְיָמִין לָבוֹא בַּקָּהָל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִישׁ יִשְׂרָאֵל נִשְׁבַּע בַּמִּצְפָּה לֵאמֹר אִישׁ מִמֶּנּוּ לֹא יִתֵּן בִּתּוֹ לְבִנְיָמִן לְאִשָּׁה״. מַאי דְּרוֹשׁ? אָמַר רַב: ״מִמֶּנּוּ״, וְלֹא מִבִּנְיָנוֹ.

Rav Yossef a dit au nom de Rav Nahman : c'est le jour où la tribu de Binyamin fut autorisée à entrer dans la communauté, ainsi qu'il est dit : « Et les hommes d'Israël avaient juré à Mitspa en disant : aucun de nous ne donnera sa fille pour femme à Binyamin » (Jg 21, 1). Qu'ont-ils exposé ?

Rav a dit : « de nous », et non de nos fils.

📜 Rachi (2)
לָבֹא בַּקָּהָל לִישָּׂא נָשִׁים לְפִי שֶׁנִּשְׁבְּעוּ יִשְׂרָאֵל מִלְּהִינָּשֵׂא לָהֶם כְּדִכְתִיב בְּשׁוֹפְטִים (כא):
à entrer dans la communauté — à épouser des femmes, puisque les Israélites avaient juré de ne pas se marier avec eux, comme il est écrit dans le livre des Juges (ch. 21).
מִמֶּנּוּ מִיעוּט הוּא דִּכְתִיב אִישׁ מִמֶּנּוּ לֹא יִתֵּן בִּתּוֹ לְבִנְיָמִין לֹא גָּזְרוּ אֶלָּא מֵהֶם (מִמֶּנּוּ) אֲבָל מִבְּנֵיהֶם לֹא גָּזְרוּ:
« de nous » — c'est une restriction, car il est écrit « aucun homme de nous ne donnera sa fille à Binyamin » : ils n'ont décrété que sur eux-mêmes, mais sur leurs fils ils n'ont pas décrété.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לֹא הָיוּ יָמִים טוֹבִים לְיִשְׂרָאֵל כט"ו בְּאָב וּכְיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁבָּהֶן בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל יוֹצְאוֹת בִּכְלֵי לָבָן שְׁאוּלִין שֶׁלֹּא לְבַייֵּשׁ אֶת מִי שֶׁאֵין לוֹ וְכָל הַכֵּלִים טְעוּנִין טְבִילָה. וּבְנוֹת יְרוּשָׁלַיִם יוֹצְאוֹת וְחוֹלוֹת בַּכְּרָמִים. מֶה הָיוּ אוֹמְרוֹת בָּחוּר שָׂא נָא עֵינֶיךָ וּרְאֵה מָה אַתָּה בּוֹרֵר לָךְ אַל תִּתֵּן עֵינֶיךָ בַּנּוֹי אֶלָּא תֵּן עֵינֶיךָ בַּמִּשְׁפָּחָה וְכֵן הוּא אוֹמֵר (שִׁיר הַשִּׁירִים ג׳:י״א) צְאֶינָה וּרְאֶינָה בְּנוֹת צִיּוֹן בַּמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה בָּעֲטָרָה שֶׁעִטְּרָה לּוֹ אִמּוֹ בְּיוֹם חֲתֻונָּתוֹ וּבְיוֹם שִׂמְחַת לִבּוֹ. בְּיוֹם חֲתֻונָּתוֹ זוֹ מַתַּן תּוֹרָה וּבְיוֹם שִׂמְחַת לִבּוֹ זוֹ בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁיִּבָּנֶה בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ: הֲדַרַן עֲלָךְ בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים וּסְלִיקָא לַהּ מַסֶּכֶת תַּעֲנִית
Michna. Rabbi Chimon ben Gamliel a dit : il n'y eut pas pour Israël de jours de fête comme le quinze av et comme le jour de Kippour, car en ces jours les filles d'Israël sortaient en vêtements blancs empruntés, afin de ne pas faire honte à celle qui n'en a pas ; et tous les vêtements devaient être immergés. Et les filles de Jérusalem sortaient et dansaient dans les vignes. Que disaient-elles ? Jeune homme, lève donc les yeux et vois ce que tu te choisis : ne porte pas les yeux sur la beauté, porte les yeux sur la famille. Et ainsi dit-il (Cant. 3, 11) : « Sortez et voyez, filles de Tsion, le roi Salomon, avec la couronne dont sa mère l'a couronné au jour de ses noces et au jour de la joie de son cœur. » « Au jour de ses noces » : c'est le don de la Torah. « Et au jour de la joie de son cœur » : c'est la construction du Temple, qu'il soit bâti promptement, de nos jours. Nous reviendrons à toi, chapitre Bicheloch perakim, et le traité Taanit est achevé.
💡 Explication

Après l'affaire de Guiv'a, les tribus s'étaient liées par serment pour ne plus donner leurs filles à la tribu de Binyamin. La question est de savoir comment ce serment a pu tomber sans annulation formelle.

Rav répond par la lettre du serment : il porte sur mimenou, « de nous », et non sur les générations suivantes. Le serment n'engageait que ceux qui l'avaient prononcé ; leurs enfants n'y étaient pas tenus. La réadmission de Binyamin date de ce jour.

12
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: יוֹם שֶׁכָּלוּ בּוֹ מֵתֵי מִדְבָּר. דְּאָמַר מָר: עַד שֶׁלֹּא כָּלוּ מֵתֵי מִדְבָּר לֹא הָיָה דִּבּוּר עִם מֹשֶׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כַאֲשֶׁר תַּמּוּ כָּל אַנְשֵׁי הַמִּלְחָמָה לָמוּת. וַיְדַבֵּר ה׳ אֵלַי״. אֵלַי הָיָה הַדִּבּוּר.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est le jour où prirent fin les morts du désert. Car le maître a dit : tant que les morts du désert n'avaient pas pris fin, il n'y avait pas de parole adressée à Moche, ainsi qu'il est dit : « Et il advint, lorsque tous les hommes de guerre eurent fini de mourir… et Hachem me parla » (Dt 2, 16-17) : c'est à moi que la parole fut adressée.

📜 Rachi (3)
שֶׁכָּלוּ מֵתֵי מִדְבָּר דְּתַנְיָא כָּל אַרְבָּעִים שָׁנָה שֶׁהָיוּ בַּמִּדְבָּר בְּכָל עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב הָיָה הַכָּרוֹז יוֹצֵא וְאוֹמֵר צְאוּ לַחְפֹּור וְהָיָה כָּל אֶחָד וְאֶחָד יוֹצֵא וְחוֹפֵר לוֹ קֶבֶר וְיָשֵׁן בּוֹ שֶׁמָּא יָמוּת קֹודֶם שֶׁיַּחְפֹּור וּלְמָחָר הַכָּרוֹז יוֹצֵא וְקוֹרֵא יִבָּדְלוּ חַיִּים מִן הַמֵּתִים וְכֹל שֶׁהָיָה בּוֹ נֶפֶשׁ חַיִּים הָיָה עוֹמֵד וְיוֹצֵא וְכָל שָׁנָה הָיוּ עוֹשִׂין כֵּן וּבִשְׁנַת אַרְבָּעִים שָׁנָה עָשׂוּ וּלְמָחָר עָמְדוּ כֻּולָּן חַיִּים וְכֵיוָן שֶׁרָאוּ כָּךְ תָּמְהוּ וְאָמְרוּ שֶׁמָּא טָעִינוּ בְּחֶשְׁבּוֹן הַחֹדֶשׁ חָזְרוּ וְשָׁכְבוּ בְּקִבְרֵיהֶן בַּלֵּילוֹת עַד לֵיל חֲמִשָּׁה עָשָׂר וְכֵיוָן שֶׁרָאוּ שֶׁנִּתְמַלְּאָה הַלְּבָנָה בט"ו וְלֹא מֵת אֶחָד מֵהֶם יָדְעוּ שֶׁחֶשְׁבּוֹן חֹדֶשׁ מְכֻוָּון וּכְבָר מ' שָׁנָה שֶׁל גְּזֵרָה נִשְׁלְמוּ קָבְעוּ אוֹתוֹ הַדּוֹר לְאוֹתוֹ הַיּוֹם יו"ט:
que prirent fin les morts du désert — car il a été enseigné : pendant les quarante années où ils furent au désert, chaque veille du neuf av le héraut sortait et disait : sortez creuser. Et chacun sortait et creusait sa tombe et y dormait, de peur de mourir avant d'avoir creusé. Le lendemain, le héraut sortait et criait : que les vivants se séparent des morts. Et tout homme en qui il y avait souffle de vie se levait et sortait. Ainsi faisaient-ils chaque année. La quarantième année ils firent de même, et le lendemain ils se levèrent tous vivants. Voyant cela, ils s'étonnèrent et dirent : peut-être nous sommes-nous trompés dans le compte du mois. Ils retournèrent coucher dans leurs tombes, les nuits, jusqu'à la nuit du quinze. Et lorsqu'ils virent que la lune était pleine le quinze et qu'aucun d'eux n'était mort, ils surent que le compte du mois était juste et que les quarante années du décret étaient déjà accomplies ; cette génération fixa ce jour-là comme jour de fête.
דְּאָמַר מַר כוּ' לְפִיכָךְ יו"ט הוּא:
car le maître a dit, etc. — c'est pourquoi c'est un jour de fête.
לֹא הָיָה הַדִּבּוּר עִם מֹשֶׁה בְּיִחוּד וְחִיבָּה דִּכְתִיב וַיְדַבֵּר ה' אֵלַי לֵאמֹר אֵלַי נִתְיַיחֵד הַדִּיבּוּר ואע"ג דְּמִקַּמֵּי הָכֵי כְּתִיבִי קְרָאֵי בְּהוּ וַיְדַבֵּר אִיכָּא דְאָמְרִי לֹא הָיָה פֶּה אֶל פֶּה אֶלָּא בְּחֶזְיוֹן לַיְלָה גִּמְגּוּם:
il n'y avait pas de parole adressée à Moche — avec exclusivité et affection, car il est écrit « et Hachem me parla en disant » : c'est à moi que la parole fut réservée. Et bien qu'avant cela des versets soient écrits où il y a « et Il parla », il y en a qui disent que ce n'était pas bouche à bouche, mais en vision nocturne, de manière indistincte.
🗂️ Tossefot (1)
יוֹם שֶׁבּוֹ כֻּלּוֹ מֵתֵי מִדְבָּר. כִּדְאָמְרִי' (בְּמִדְרַשׁ אֵיכָה) כָּל ט' בְּאָב הָיוּ עוֹשִׂין קִבְרֵיהֶן וְשׁוֹכְבִין בְּתוֹכָן וּלְמָחָר הַכָּרוֹז יוֹצֵא הִבָּדְלוּ הַחַיִּים וְאוֹתָהּ הַשָּׁנָה שֶׁכָּלְתָה הַגְּזֵרָה קָמוּ כֻּולָּם וְהָיוּ סְבוּרִים שֶׁמָּא טָעוּ בַּחֹודֶשׁ עַד שֶׁרָאוּ הַלְּבָנָה מְלֵאָה וְאָז יָדְעוּ שֶׁכָּלְתָה הַגְּזֵרָה וְעָשׂוּ יו"ט ופרשב"ם (בב"ב דַּף קכא.) כָּל הַמ' שָׁנִים לֹא הָיוּ מֵתִים אֶלָּא בְּט' בְּאָב וּבְכָל ט' בְּאָב הָיוּ מֵתִים כ"א אֶלֶף וּפְרוֹטְרוֹט וּמְפָרֵשׁ הָתָם דְּאוֹתוֹ פְּרוֹטְרוֹט עוֹלֶה לְמ' שָׁנִים ט"ו אֶלֶף וי"מ שֶׁהָיוּ מֵתִים בְּכָל יוֹם אַךְ רֹוב הַמֵּתִים הָיוּ לְעוֹלָם בְּתִשְׁעָה בְּאָב וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּאָב פָּסְקָה הַגְּזֵרָה וְלֹא מֵתוּ כְּלָל וְעָשׂוּ י"ט:
Le jour où prirent fin les morts du désert. Comme nous disons dans le midrach sur Eikha : chaque neuf av ils faisaient leurs tombes et couchaient dedans, et le lendemain le héraut sortait : que les vivants se séparent. Et l'année où le décret s'acheva, ils se levèrent tous, et ils pensaient s'être peut-être trompés dans le mois, jusqu'à ce qu'ils vissent la lune pleine ; alors ils surent que le décret s'était achevé, et ils firent un jour de fête. Et le Rachbam a expliqué (Baba Batra 121a) que pendant les quarante années ils ne mouraient qu'au neuf av, et que chaque neuf av il en mourait vingt et un mille et une fraction ; et il explique là-bas que cette fraction s'élève, sur quarante ans, à quinze mille. Et il y en a qui expliquent qu'ils mouraient chaque jour, mais que la plupart des morts survenaient toujours le neuf av ; et le quinze av le décret cessa, et il n'en mourut plus du tout, et ils firent un jour de fête.
🪔 Ben Yehoyada (2)
יום שכלו בו מתי־מדבר. עיין פירוש רש"י כאן, ופירוש רשב"ם ז"ל בבתרא והקשה הרב גבורות ארי, איך יתכן דמשה רבינו ע"ה וכל ישראל יסתפקו בטעות גדול כזה שהוא משך ששה ימים יעוין שם. ונראה לי בס"ד, ודאי דמשה רבינו ע"ה וכל גדולי ישראל לא טעו ולא נסתפקו בשום ספק והיו יודעים האמת אך השי"ת רצה לבלבל דעת העם שיסתפקו בטעות גדול כזה ולא יתברר אצלם הדבר אלא עד יום ט"ו בחודש כדי שיזכה יום זה לקביעות יום טוב ושמחה כי ודאי יום זה היה יום זכאי מטעם הידוע לפניו יתברך, ולכך זכה להיות בו כמה דברים טובים שמנו חכמים פה והוא הדבר אשר דבר תנא דברייתא מגלגלין זכות ליום זכאי וחובה ליום חייב וזה דחובה ליום חייב פירש בברייתא אבל זכות ליום זכאי לא פירש מאי היא? אך הענין הוא זה שיום ט"ו באב הוא יום זכאי שזכה להיות בו כמה דברים טובים ולכן אל תתמה איך טעו העם בטעות כזה משך ששה ימים? כי אף על פי שמשה רבינו ע"ה וכל גדולי ישראל מגידים להם האמת לא היתה דעתם נוחה ועודם מסתפקים בלבבם וצר להם ולא נחה דעתם אלא עד יום ט"ו באב ועשאוהו יום טוב כי כל זה היה מאת ה' שאין חכמה ואין תבונה ואין עצה לנגד ה', משיב חכמים אחור ודעתם יסכל דכך גזר השי"ת שיתבלבל דעתם ולא יצא הספק מלבם אלא עד יום ט"ו כדי שיקבעוהו ליום טוב. ואפשר כי משה רבינו ע"ה מאחר שידע כי מאת ה' יצא הדבר לבלבל דעתם הניחם נבוכים בספק זה שנפל בדעתם ולא מנע את הכרוז שהיה המנהג להכריז בכל ערב תשעה באב.
« Le jour où prirent fin les morts du désert. » Vois l'explication de Rachi ici, et celle du Rachbam, de mémoire bénie, dans Baba Batra. Le rav Guevourot Ari a soulevé une difficulté : comment est-il possible que Moche notre maître, la paix sur lui, et tout Israël se soient trompés d'une erreur aussi grande, portant sur une durée de six jours ? Voir là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que certainement Moche notre maître, la paix sur lui, et tous les grands d'Israël ne se sont pas trompés et n'ont eu aucun doute : ils connaissaient la vérité. Mais Hachem, béni soit-Il, a voulu troubler l'esprit du peuple, pour qu'il tombe dans un doute aussi grand et que la chose ne s'éclaircisse pour lui que le quinze du mois, afin que ce jour mérite d'être fixé comme jour de fête et de joie. Car certainement ce jour était un jour méritant, pour une raison connue devant Lui, béni soit-Il ; c'est pourquoi il a mérité qu'il s'y produise plusieurs des bonnes choses que les sages ont énumérées ici. Et c'est là ce que dit le tana de la braita : on fait tourner le mérite vers un jour méritant, et la charge vers un jour chargé. Or la braita a explicité la charge vers un jour chargé, mais n'a pas explicité ce qu'est le mérite vers un jour méritant. La chose est celle-ci : le quinze av est un jour méritant, qui a mérité que s'y produisent plusieurs bonnes choses ; ne t'étonne donc pas de ce que le peuple soit tombé dans une telle erreur durant six jours. Car bien que Moche notre maître, la paix sur lui, et tous les grands d'Israël leur disent la vérité, leur esprit n'était pas apaisé et ils doutaient encore dans leur cœur, et cela leur était pénible ; leur esprit ne s'apaisa que le quinze av, et ils en firent un jour de fête. Tout cela venait de Hachem, car il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni conseil devant Hachem, qui fait reculer les sages et rend leur savoir insensé : ainsi Hachem, béni soit-Il, a décrété que leur esprit se troublerait et que le doute ne quitterait leur cœur qu'au quinze, afin qu'ils le fixent comme jour de fête. Et il est possible que Moche notre maître, la paix sur lui, sachant que la chose venait de Hachem pour troubler leur esprit, les ait laissés égarés dans ce doute qui leur était tombé à l'esprit et n'ait pas empêché le héraut d'annoncer comme il était d'usage chaque veille du neuf av.
עד שלא כלו מתי־מדבר, לא היה דבור עם משה (דברים ב, טז) . עיין פרוש רש"י כאן שפירש שהיה בחזיון לילה, ורשב"ם בבתרא (בבא בתרא קכא.) פירש שהיה על ידי מלאך או באורים ותומים עיין שם. ובאמת דברים אלו לא נתנו להאמר ודחויים הם מכמה מאמרים של רבותינו ז"ל, וגם מכמה מקראות בפרשת קרח ועוד ועוד. ועל כן ודאי דברים אלו לא יצאו מפי רש"י ורשב"ם ז"ל אלא תלמיד טועה הוסיף זה בדבריהם! אך פירוש שני של רשב"ם שכתב לא היה מדבר כי אם על ידי צורך מעשה הצריך להם זה ניתן ליאמר. ואנא עבדא נראה לי דאפשר דאותה המעלה שהיתה לו דשכינה מדברת מתוך גרונו נפסקה בזמן שהיו ישראל נזופים מפני שבזה נמצא ישראל שומעין הדברים מן אור השכינה כשהיה משה רבינו ע"ה מדבר עמהם ואומר זה הדבר אשר צוה ה' ולכך נפסקה מעלה זו בזמן שהיו נזופים ואחר כך כשכלו מתי מדבר חזרה מעלה זו שהיתה שכינה מדברת מתוך גרונו, ולכן אמר 'אלי היה הדבור' רוצה לומר דיבור השכינה יוצא מפי. ועוד נראה לי כי נודע דמשה רבינו ע"ה היה רואה באספקלריא המאירה ושאר נביאים באספקלריא שאינה מאירה וזו נסתלקה כשהיו נזופים וכשכלו מתי מדבר חזרה אליו מעלה זו ולכך אמר 'אלי היה הדבור' רוצה לומר דבור הראוי אלי. או אפשר לפרש דקאי על שאר מעלות הגדולות שהיה לו במדריגת נבואתו כי היה מתלבש קול בקול ושניהם שלו וזה לא זכה לה שום נביא. או על שהיה מתנבא מתרין פרקין קדמאין של נצח והוד וגם לזו המעלה לא זכה שום נביא. ואפשר דקאי כאן על חדא מנייהו שנסתלקה וחזרה אליו ועל חזרתה אליו קאמר 'אלי היה הדבור' כלומר דבור הראוי אלי.
« Tant que les morts du désert n'avaient pas pris fin, il n'y avait pas de parole adressée à Moche » (Dt 2, 16). Vois l'explication de Rachi ici, qui explique que c'était en vision nocturne, et le Rachbam dans Baba Batra (121a), qui explique que c'était par l'intermédiaire d'un ange ou par les ourim vetoumim ; voir là-bas. Et en vérité ces propos ne peuvent pas être tenus : ils sont écartés par plusieurs enseignements de nos maîtres, de mémoire bénie, et aussi par plusieurs versets de la section de Korah, et encore et encore. C'est pourquoi ces propos ne sont certainement pas sortis de la bouche de Rachi et du Rachbam, de mémoire bénie, mais un élève qui se trompait les a ajoutés à leurs paroles. En revanche, la seconde explication du Rachbam, qui écrit qu'il ne parlait que pour un besoin d'action qui leur était nécessaire, celle-là peut être tenue. Et moi, le serviteur, il me semble qu'il est possible que le degré qui était le sien, la Chekhina parlant depuis sa gorge, ait été interrompu au temps où Israël était en disgrâce ; car par ce degré Israël entendait les paroles depuis la lumière de la Chekhina lorsque Moche notre maître, la paix sur lui, leur parlait et disait : « ceci est la chose que Hachem a ordonnée ». Ce degré a donc été interrompu au temps de la disgrâce, puis, lorsque les morts du désert prirent fin, ce degré revint, la Chekhina parlant depuis sa gorge ; c'est pourquoi il dit « c'est à moi que la parole fut adressée », voulant dire que la parole de la Chekhina sortait de ma bouche. Et il me semble encore que l'on sait que Moche notre maître, la paix sur lui, voyait dans le miroir clair et les autres prophètes dans un miroir qui n'est pas clair ; ce degré lui fut retiré au temps de la disgrâce, et lorsque les morts du désert prirent fin ce degré lui revint ; c'est pourquoi il dit « c'est à moi que la parole fut adressée », voulant dire : la parole qui me convient. Ou bien l'on peut expliquer que cela porte sur les autres grands degrés qu'il avait dans le rang de sa prophétie, car une voix se revêtait d'une voix et les deux étaient siennes, ce qu'aucun prophète n'a mérité ; ou bien sur ce qu'il prophétisait depuis les deux premiers segments de netsa'h et hod, degré qu'aucun prophète n'a mérité non plus. Et il est possible que le propos porte ici sur l'un d'eux, qui lui fut retiré puis lui revint, et que ce soit sur son retour qu'il dise « c'est à moi que la parole fut adressée », c'est-à-dire la parole qui me convient.
💡 Explication

La génération sortie d'Égypte devait mourir au désert après la faute des explorateurs. Rabbi Yo'hanan fixe au quinze av le jour où cette mortalité cessa, et Rachi rapporte la braita du creusement des tombes chaque veille de neuf av : la quarantième année, personne ne mourut, mais le peuple soupçonna une erreur de calendrier et ne se rassura qu'au quinze, quand la lune fut pleine.

La conséquence est la reprise de la parole adressée à Moche. Rachi précise que le verset ne parle pas du simple fait de la parole mais de sa qualité : be-yihoud ve-hiba, avec exclusivité et affection, car il est écrit « Hachem me parla », à moi. Le Ben Yehoyada conteste que la parole ait passé auparavant par une vision nocturne et propose d'autres degrés de prophétie comme objet de l'interruption.

🖼️ Schéma
La quarantième année au désert, selon la braita citée par Rachi Chaque veille du neuf av Le héraut annonce : sortez creuser. Chacun creuse sa tombe et y dort, de peur de mourir avant d'avoir creusé. Au matin du neuf av Le héraut appelle : que les vivants se séparent des morts. Ceux qui ont souffle de vie se lèvent et sortent. La quarantième année Tous se lèvent vivants. Ils s'étonnent et disent : peut-être nous sommes-nous trompés dans le compte du mois. Du neuf au quinze : six nuits de doute Ils retournent coucher dans leurs tombes chaque nuit, jusqu'à la nuit du quinze, tant que le calcul du mois n'est pas vérifié. Le quinze av : la lune pleine tranche Voyant la lune pleine au quinze et aucun mort parmi eux, ils savent que le compte du mois était juste et que les quarante ans du décret sont accomplis. Cette génération fixe ce jour comme jour de fête.
La joie du quinze av ne tient pas seulement à la fin du décret mais au moment où le peuple en acquiert la certitude : la pleine lune vérifie le calendrier et lève le doute ouvert le neuf av.
13
עֻולָּא אָמַר: יוֹם שֶׁבִּיטֵּל הוֹשֵׁעַ בֶּן אֵלָה פְּרוֹסְדָיוֹת שֶׁהוֹשִׁיב יָרָבְעָם בֶּן נְבָט עַל הַדְּרָכִים שֶׁלֹּא יַעֲלוּ יִשְׂרָאֵל לָרֶגֶל, וְאָמַר:

Oula a dit : c'est le jour où Hochea fils d'Ela abolit les postes de garde que Yarovam fils de Nevat avait installés sur les routes, pour qu'Israël ne monte pas pour la fête ; et il dit :

💡 Explication

Yarovam, après la division du royaume, avait posté des gardes sur les routes pour empêcher la montée à Jérusalem pour les trois fêtes, afin de couper son royaume du Temple. Les prosdiot sont ces postes de surveillance.

Oula fixe au quinze av le jour où Hochea fils d'Ela les supprima. Comme les réponses précédentes, celle-ci nomme une barrière qui tombe. La phrase s'interrompt au milieu : la parole rapportée de Hochea et la suite de la sougya se lisent au folio 31a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).