Sougya : La michna qui ouvre le traité enseigne qu'on isole (mafrichin) le Kohen Gadol de sa maison vers la lishkat Parhedrin sept jours avant Yom Kippour, et qu'on lui prépare un kohen de rechange de peur qu'un empêchement (passoul) ne survienne ; R. Yehouda ajoute une femme de rechange, refusé par les Hakhamim (ein ladavar sof).
La guemara rapproche ce cas de la para adouma (vache rousse), pour laquelle on isole de même le kohen sept jours, dans la lishkat beit ha-even à l'angle nord-est : elle explique le choix d'ustensiles non réceptifs à la touma (à cause du tevoul yom valide, contre les Sadducéens) et le choix du nord-est (la vache est une hatat -> tsafon, et le verset vise l'est). Enfin elle cherche la source de l'isolement : le verset des milouim (Lev 8:34), rattache à la vache par une gezera chava tsiva-tsiva.
MICHNA. Sept jours avant Yom Kippour, on isole (mafrichin) le Kohen Gadol de sa maison vers la lishkat Parhedrin (chambre des Parhedrin).
Et on lui prépare (matqinin) un autre kohen à sa place, de peur qu'un empêchement (passoul) ne lui survienne.
La michna ouvre le traité Yoma. Sept jours avant Yom Kippour, on isole (mafrichin) le Kohen Gadol de sa maison : le service de ce jour n'est valide que par lui, il faut donc le protéger de toute impureté et le préparer. La lishkat Parhedrin est une chambre du Temple qui lui est réservée pour cette période.
On lui prépare aussi un kohen de rechange, de peur qu'un passoul (empêchement : impureté, pollution) ne le frappe et ne l'empêche d'officier. La guemara expliquera plus loin pourquoi on isole, et pourquoi la chambre porte ce nom.
Rabbi Yehouda dit : on lui prépare aussi une autre femme, de peur que sa femme ne meure, car il est dit : 'et il fera l'expiation pour lui et pour sa maison' (Lev 16:6) — 'sa maison', c'est sa femme. Ils lui dirent : s'il en est ainsi, la chose n'aura pas de fin.
Le service de Yom Kippour requiert que le Kohen Gadol soit marié : le verset dit qu'il expie pour lui et pour sa maison, et 'sa maison' est interprété comme sa femme. R. Yehouda en tire qu'il faut aussi lui préparer une femme de rechange, au cas où la sienne mourrait.
Les Hakhamim objectent : ein ladavar sof (la chose n'aura pas de fin) — si l'on craint que la première meure, la remplaçante pourrait mourir aussi, à l'infini. La crainte n'est donc pas retenue pour la femme.
GUEMARA. On a enseigné là-bas [dans Para] : sept jours avant la combustion de la vache [rousse], on isolait de sa maison le kohen qui brûle la vache, vers une chambre (lishka) située face à la bira, à l'angle nord-est, et on l'appelait lishkat beit ha-even (chambre de la maison de pierre).
Et pourquoi l'appelait-on lishkat beit ha-even ? Parce que tous ses actes [se faisaient] avec des ustensiles de bouse (keli gelalim), des ustensiles de pierre et des ustensiles de terre.
La guemara rapproche l'isolement du Kohen Gadol de celui du kohen chargé de brûler la para adouma (vache rousse). La michna du traité Para enseigne le même dispositif : sept jours d'isolement, dans une chambre à l'angle nord-est, la lishkat beit ha-even.
Son nom vient de ce que tout se faisait avec des ustensiles de bouse, de pierre et de terre (keli gelalim, avanim, adama), matériaux qui ne reçoivent pas la touma. La guemara va expliquer ce choix.
Quelle en est la raison ? Puisqu'un tevoul yom (celui qui s'est immergé le jour même) est valide pour la vache — comme on a enseigné : on rendait impur (metam'in) le kohen qui brûle la vache et on l'immergeait [aussitôt], pour retirer une idée fausse des cœurs des Sadducéens (tsedouqim), eux qui disaient : c'est [seulement] par ceux dont le soleil s'est couché (me'orvei ha-chemech) qu'elle était accomplie.
Pourquoi ces ustensiles ? Parce qu'un tevoul yom — un homme qui s'est immergé mais dont le soleil ne s'est pas encore couché (pureté non achevée) — est déjà valide pour la vache. Les Sadducéens soutenaient au contraire qu'il fallait attendre le coucher du soleil (me'orvei ha-chemech).
Pour réfuter publiquement cette thèse, on rendait le kohen impur puis on l'immergeait aussitôt, lui faisant brûler la vache le jour même. Ce mépris apparent de la pureté risquait d'entraîner un relâchement : d'où les mesures compensatoires.
Les Sages lui ont institué des ustensiles de bouse, des ustensiles de pierre et des ustensiles de terre — qui ne reçoivent pas la touma — afin qu'on ne la méprise pas.
Puisqu'on affichait ce mépris apparent de la pureté (immersion sans coucher du soleil), les Sages ont compensé par une rigueur : n'utiliser que des ustensiles non réceptifs à l'impureté (bouse, pierre, terre). Ainsi personne ne conclura qu'on peut se relâcher dans l'observance de la pureté pour la vache.
En quoi le nord-est se distingue-t-il ? Puisque c'est une hatat (sacrifice pour la faute), et qu'une hatat requiert le nord (tsafon), et qu'il est écrit à son sujet 'vers la face de la tente d'assignation' (Nb 19:4) — les Sages lui ont institué une chambre au nord-est, afin qu'elle ait un signe distinctif (hekera).
Pourquoi le nord-est précisément ? Deux raisons se combinent : la vache est appelée hatat, et les hatatot sont abattues au nord ; et le verset dit d'asperger 'vers la face de la tente d'assignation', c'est-à-dire vers l'est.
En plaçant la chambre au nord-est, on crée un hekera (signe distinctif) : le kohen se souvient qu'il a été isolé pour le service de la vache, et redouble de vigilance.
Qu'est-ce que la 'bira' ? Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'était un lieu sur le Har ha-Bayit (mont du Temple) et son nom était 'bira'.
Et Rech Lakich dit : tout le Temple entier est appelé 'bira', comme il est dit : 'la bira que j'ai préparée' (I Chroniques 29:19).
La michna de Para parlait d'une chambre 'face à la bira' : que désigne ce mot ? Deux avis. Pour Rabbi Yo'hanan, la bira était un lieu précis sur le Har ha-Bayit, à côté duquel se trouvait la chambre. Pour Rech Lakich, 'bira' désigne le Temple entier, d'après le verset des Chroniques.
D'où [tire-t-on] ces choses ? Rav Minyomi bar Hilkiya dit au nom de Rabbi Mahseya bar Idi au nom de Rabbi Yo'hanan : le verset dit 'comme il a été fait en ce jour, l'Éternel a ordonné de faire, pour vous expier' (Lev 8:34). 'Faire' (la'assot) — ce sont les actes de la vache ; 'expier' (lekhapper) — ce sont les actes de Yom Kippour.
D'où vient l'obligation d'isolement (perisha) pour Yom Kippour et pour la vache ? Du verset des milouim (investiture d'Aharon et ses fils), qui restèrent sept jours à l'entrée de la Tente avant d'officier le huitième jour.
Le verset 'l'Éternel a ordonné de faire, pour expier' est lu en deux temps : 'faire' (la'assot) renvoie aux actes de la vache, et 'expier' (lekhapper) aux actes de Yom Kippour — les deux exigeant sept jours d'isolement pour les générations futures.
Certes (bichlama), le verset entier ne peut se rapporter [uniquement] à la vache — [car] 'pour expier' (lekhapper) est écrit, et la vache n'est pas apte à l'expiation (kappara). Mais [alors], dis plutôt que le verset entier est écrit à propos de Yom Kippour !
La guemara objecte : d'accord, le verset ne peut viser uniquement la vache, puisqu'il dit 'pour expier' et que la vache ne procure pas d'expiation (elle purifie seulement). Mais pourquoi ne pas dire alors qu'il vise uniquement Yom Kippour ? — auquel cas la source pour isoler le kohen de la vache disparaîtrait.
Ils dirent : on le déduit [par gezera chava] de [l'analogie] 'ordonné' (tsiva) — 'ordonné'. Il est écrit ici (milouim) 'l'Éternel a ordonné de faire', et il est écrit là-bas (para) 'ceci est le statut de la Torah que l'Éternel a ordonné, disant' (Nb 19:2).
De même que là-bas [il s'agit de] la vache, de même ici [il s'agit de] la vache. Et de même qu'ici [il y a] isolement (perisha), de même là-bas [il y a] isolement.
Réponse par gezera chava (analogie verbale fondée sur un mot commun) : le mot 'tsiva' (ordonné) figure à la fois dans le verset des milouim (Lev 8:34) et dans celui de la para (Nb 19:2).
Ce mot commun opère un double transfert : (1) de la para vers les milouim — 'faire' (la'assot) du verset des milouim vise donc aussi la vache ; (2) des milouim vers la para — l'isolement (perisha) de sept jours s'applique donc aussi à la vache. L'objection précédente est ainsi résolue.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).