Yoma 32b -- Cinq immersions, dix kidouchim : d'où viennent-ils, et où tombent-ils ? Puis : keratzo, la chehita du tamid par le kohen gadol

Yoma 32b

Sougya : L'amoud s'ouvre sur une question de dérivation : d'où sait-on que le kohen gadol doit s'immerger à CHAQUE changement de vêtements, dans les deux sens ? L'école de Rabbi Yichmael tente deux kal va-homer symétriques -- de l'or vers le blanc, puis du blanc vers l'or -- et la guemara les réfute tous les deux : l'or a pour lui une kappara plus abondante (il sert toute l'année), le blanc a pour lui l'entrée dans le Saint des Saints.

Reste donc la dérivation de Rabbi, tirée de Lev. 16:4 : c'est la SAINTETÉ des vêtements qui déclenche la tevila, et l'or est sacré lui aussi.

La baraita énumère ensuite les cinq services du jour, puis demande d'où vient que chaque immersion soit encadrée de deux kidouchim : par im eino inyan, un verset écrit en langage de tevila mais devenu disponible est réaffecté au kidouch -- et le fait qu'il soit écrit en langage de tevila enseigne au passage que la tevila, comme le kidouch, doit se faire en lieu sacré. Vient alors le cœur du débat : Rav Hisda montre que Rabbi s'écarte à la fois des Sages et de Rabbi Meir sur la POSITION des kidouchim -- pour lui les deux se font alors qu'il est dévêtu.

Mais Rav Aha bar Yaakov établit que tous s'accordent à placer le second kidouch après le revêtement, tiré de "ou lorsqu'ils s'approcheront de l'autel" : le kohen doit n'avoir plus que l'approche à accomplir. Rav Aha fils de Rava en conclut que les deux énoncés sont incompatibles -- ensemble ils donneraient quinze kidouchim au lieu de dix.

L'amoud se termine en revenant à la michna : que signifie keratzo ? Oulla y voit un terme de mise à mort, confirmé par un verset de Jérémie sur l'Égypte, et précise que le kohen gadol coupe la majeure partie des deux simanim ; un autre kohen achève (mirek) pendant que lui recueille le sang.

Rech Lakich explique par la même occasion pourquoi la michna de la chehita enseigne séparément "rov chnayim", et la guemara établit que l'invalidité envisagée faute d'achèvement ne pourrait être que de-rabbanan -- sans quoi le service de Yom Kippour dépendrait d'un autre que le kohen gadol.

Deux kal va-homer symétriques -- et tous les deux réfutés Question de fond : d'où sait-on que CHAQUE changement de vêtements, dans les deux sens, exige une tevila (immersion) ? 1. OR -> BLANC (école de Rabbi Yichmael, début de l'amoud) Vêtements d'OR n'entrent PAS lifnai velifnim (Saint des Saints) et pourtant : ils exigent une tevila à fortiori Vêtements BLANCS entrent lifnai velifnim n'est-il pas logique qu'ils exigent une tevila ? PARACHE (réfutation) L'or a un avantage propre : sa kappara est MEROUBA -- il sert toute l'année, pour toutes les fautes. Le blanc ne sert qu'un seul jour. 2. BLANC -> OR (même école, quelques lignes plus bas) Vêtements BLANCS kappara réduite (un seul jour dans l'année) et pourtant : ils exigent une tevila à fortiori Vêtements d'OR kappara meroubva n'est-il pas logique qu'ils exigent une tevila ? PARACHE (réfutation) Le blanc a un avantage propre : c'est avec lui qu'il entre lifnai velifnim, là où l'or n'entre jamais. Les deux à fortiori tombent -- il faut donc UN verset qui couvre les deux sens : Lev. 16:4 -- "bigdei kodech hem, verahats et besaro ba-mayim ou-levecham" (ce sont des vêtements SACRÉS ; il baignera sa chair dans l'eau puis les revêtira). Le motif de la tevila est la SAINTETÉ des vêtements -- or l'or aussi est sacré. Donc : les deux sens.
Les deux kal va-homer de l'école de Rabbi Yichmael se réfutent l'un l'autre : chaque type de vêtement possède un avantage que l'autre n'a pas. Il faut donc un verset unique -- la sainteté des vêtements -- qui couvre les deux sens.
Un seul changement de vêtements : où tombent les DEUX kidouchim ? Tous admettent 5 tevilot et 10 kidouchim. Le désaccord porte sur le placement : avant ou après le devetissement, avant ou après le revêtement. VÊTU service A (vêtements 1) PECHITA il ôte (il est nu) TEVILA immersion (makom kadoch) LEVICHA il revêt (vêtements 2) AVODA service B Les Sages (rabbanan) il sanctifie ENCORE VÊTU K1 K2 Rabbi Meir le 2e kidouch se fait VÊTU K1 K2 Rabbi (selon Rav Hisda) les DEUX se font DEVETU K1 K2 Rav Aha bar Yaakov Tous s'accordent : le 2e kidouch se fait APRÈS le revêtement. Verset : "ou be-gichtam el ha-mizbeah" (Ex. 30:20) -- celui à qui il ne manque QUE l'approche. Exclut celui à qui il manque le revêtement ET l'approche. Rav Aha fils de Rava : incompatibles Rav Hisda place les 2 kidouchim de Rabbi AVANT le revêtement ; Rav Aha en exige un APRÈS. Si les deux tenaient ensemble : 3 kidouchim x 5 tevilot = 15 alors que la halakha en compte DIX.
Cinq immersions, dix kidouchim : le nombre est acquis, mais leur PLACE dans la séquence pechita / tevila / levicha oppose les Sages, Rabbi Meir et Rabbi. Rav Aha bar Yaakov ajoute une règle que Rav Hisda ne peut pas accepter.
"Keratzo" -- le kohen gadol coupe, un autre achève Michna : "on lui amena le tamid, il l'égorgea (keratzo), un autre acheva (mirek) la chehita à sa place, et lui recueillit le sang" Le cou en coupe : les deux simanim peau et chair du cou kane trachée vechet oesophage ROV majorité ROV majorité La chaîne des actes 1. Le kohen gadol : keratzo rov chnayim -- la majeure partie des DEUX simanim chehita déjà VALIDE de-oraita 2. Un autre kohen : mirek il achève la coupe -- non indispensable de-oraita 3. Le kohen gadol : kabbala + zerika il recueille le sang et l'asperge -- ces actes-là sont de vrais services, réservés à lui seul. Pourquoi confier l'achèvement à un autre ? Et pourquoi cela ne peut pas être indispensable Le kohen gadol se libère aussitôt pour recueillir le sang. Si le mirek était indispensable, le sacrifice dépendrait d'un acte fait par UN AUTRE -- or tous les services de Yom Kippour ne valent que par lui. Réponse de la guemara : l'invalidité envisagée n'était que DE-RABBANAN (décret des Sages), et la michna a tenu à l'écarter en enseignant "rov chnayim" à part pour les kodachim.
La michna reprend : le kohen gadol coupe la majeure partie des deux simanim, un autre kohen achève, et lui recueille le sang. Toute la sougya finale porte sur le statut de cet achèvement (mirek).
1
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, קַל וָחֹומֶר: מַה בִּגְדֵי זָהָב שֶׁאֵין כֹּהֵן נִכְנָס בָּהֶן לִפְנַי וְלִפְנִים — טָעוּן טְבִילָה, בִּגְדֵי לָבָן שֶׁנִּכְנָס בָּהֶן לִפְנַי וְלִפְנִים — אֵינוֹ דִּין שֶׁטָּעוּן טְבִילָה! אִיכָּא לְמִפְרַךְ: מַה לְבִגְדֵי זָהָב שֶׁכֵּן כַּפָּרָתָן מְרֻובָּה! אֶלָּא, נָפְקָא לֵיהּ מִדְּרַבִּי.

L'école de Rabbi Yichmael a enseigné [que cela se déduit] par un kal va-homer (raisonnement à fortiori) : si les vêtements d'or, avec lesquels le kohen n'entre pas lifnai velifnim (dans le Saint des Saints), exigent une tevila (immersion), les vêtements blancs, avec lesquels il entre lifnai velifnim, n'est-il pas logique qu'ils exigent une tevila ! Il y a de quoi réfuter : ce qui distingue les vêtements d'or, c'est que leur kappara (expiation) est abondante !

Plutôt, il le déduit de l'enseignement de Rabbi.

📜 Rachi (2)
כַּפָּרָתָן מְרֻובָּה שֶׁמְּשַׁמֵּשׁ בָּהֶן כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה אֲבָל עֲבוֹדַת פְּנִים דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אֵינָהּ מְכַפֶּרֶת אֶלָּא עַל טֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו כִּדְאָמְרִינַן בִּשְׁבוּעוֹת (דַּף ז:):
Leur kappara est abondante -- car il officie avec eux tous les jours de l'année ; tandis que le service intérieur de Yom Kippour n'expie que la touma (impureté) du Temple et de ses saintetés, comme nous le disons dans Chevouot (7b).
נָפְקָא לֵיהּ מִדְּרַבִּי כְּתֹונֶת בַּד קֹדֶשׁ יִלְבָּשׁ וְרָחַץ בַּמַּיִם וּלְבָשָׁם:
Il le déduit de l'enseignement de Rabbi -- [du verset] "il revêtira une tunique de lin sacrée ... il baignera dans l'eau puis les revêtira" (Lev. 16:4).
🗂️ Tossefot (1)
תָּנָא דְּבֵי ר' יִשְׁמָעֵאל ק"ו מַה בִּגְדֵי זָהָב כּוּ' תֵּימַהּ וְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל גּוּפֵיהּ הָכָא גָּמַר בִּגְדֵי לָבָן מִבִּגְדֵי זָהָב וּלְקַמָּן תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל [אִיפְּכָא וי"ל דְּתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל] גָּמַר טְבִילָה מִבִּגְדֵי לָבָן לְבִגְדֵי זָהָב כר"י וּמִבִּגְדֵי זָהָב לְבִגְדֵי לָבָן כְּרַבִּי וְקָאָמַר לָמָּה לִי תְּרֵי קְרָאֵי נִיכְתֹּוב חַד וְנַיְתֵי אִידָךְ מִינֵּיהּ וְהַייְנוּ דְּקָא דָּיֵיק הֵי נִיכְתּוֹב אִי כְּתַב בְּבִגְדֵי זָהָב לָא אָתוּ בִּגְדֵי לָבָן בְּקַל וָחֹומֶר וּמַה בִּגְדֵי זָהָב וְכוּ' דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ וְכֵן אִיפְּכָא:
L'école de Rabbi Yichmael a enseigné un kal va-homer : si les vêtements d'or, etc. -- Étonnant ! L'école de Rabbi Yichmael elle-même déduit ici les vêtements blancs à partir des vêtements d'or, et plus loin cette même école [raisonne en sens inverse]. On peut répondre que l'école de Rabbi Yichmael déduit la tevila [du passage] des vêtements blancs aux vêtements d'or comme Rabbi Yehouda, et [du passage] des vêtements d'or aux vêtements blancs comme Rabbi ; et elle demande : pourquoi me faut-il deux versets ? Qu'on n'en écrive qu'un seul et qu'on tire l'autre de lui ! C'est précisément ce que la guemara examine : lequel faudrait-il écrire ? Si l'Écriture avait écrit [le verset] pour les vêtements d'or, les vêtements blancs ne s'en déduiraient pas par kal va-homer -- "si les vêtements d'or, etc." -- car il y a de quoi réfuter ; et il en va de même dans l'autre sens.
💡 Explication

Suite directe de 32a. On cherche la source du principe : tout passage d'un service à un autre oblige le kohen gadol à une tevila. L'école de Rabbi Yichmael propose un kal va-homer : les vêtements d'or, moins prestigieux puisqu'ils n'entrent jamais dans le Saint des Saints, exigent déjà une immersion ; à plus forte raison les vêtements blancs.

La réfutation (pircha) est classique : le terme de départ possède un avantage propre qui explique sa sévérité sans qu'on puisse la transférer. Ici, les vêtements d'or ont une kappara meroubva -- ils servent toute l'année, pour l'ensemble des sacrifices publics et donc pour un éventail bien plus large de fautes. Rachi précise le contraste : le service intérieur de Yom Kippour, lui, n'expie qu'un domaine étroit (la touma du Temple et de ses saintetés).

Le kal va-homer tombe. Il faut donc revenir à un verset : celui de Rabbi.

🖼️ Schéma
Deux kal va-homer symétriques -- et tous les deux réfutés Question de fond : d'où sait-on que CHAQUE changement de vêtements, dans les deux sens, exige une tevila (immersion) ? 1. OR -> BLANC (école de Rabbi Yichmael, début de l'amoud) Vêtements d'OR n'entrent PAS lifnai velifnim (Saint des Saints) et pourtant : ils exigent une tevila à fortiori Vêtements BLANCS entrent lifnai velifnim n'est-il pas logique qu'ils exigent une tevila ? PARACHE (réfutation) L'or a un avantage propre : sa kappara est MEROUBA -- il sert toute l'année, pour toutes les fautes. Le blanc ne sert qu'un seul jour. 2. BLANC -> OR (même école, quelques lignes plus bas) Vêtements BLANCS kappara réduite (un seul jour dans l'année) et pourtant : ils exigent une tevila à fortiori Vêtements d'OR kappara meroubva n'est-il pas logique qu'ils exigent une tevila ? PARACHE (réfutation) Le blanc a un avantage propre : c'est avec lui qu'il entre lifnai velifnim, là où l'or n'entre jamais. Les deux à fortiori tombent -- il faut donc UN verset qui couvre les deux sens : Lev. 16:4 -- "bigdei kodech hem, verahats et besaro ba-mayim ou-levecham" (ce sont des vêtements SACRÉS ; il baignera sa chair dans l'eau puis les revêtira). Le motif de la tevila est la SAINTETÉ des vêtements -- or l'or aussi est sacré. Donc : les deux sens.
Les deux tentatives d'à fortiori de l'amoud, et l'avantage propre à chaque camp qui les fait tomber.
2
אָמַר רַבִּי: מִנַּיִן לְחָמֵשׁ טְבִילוֹת וַעֲשָׂרָה קִידּוּשִׁין שֶׁטּוֹבֵל כֹּהֵן גָּדוֹל וּמְקַדֵּשׁ בּוֹ בַּיּוֹם, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כְּתֹנֶת בַּד קֹודֶשׁ יִלְבָּשׁ״, הָא לָמַדְתָּ שֶׁכָּל הַמְשַׁנֶּה מֵעֲבוֹדָה לַעֲבוֹדָה שֶׁטָּעוּן טְבִילָה. אַשְׁכְּחַן מִבִּגְדֵי זָהָב לְבִגְדֵי לָבָן, מִבִּגְדֵי לָבָן לְבִגְדֵי זָהָב מִנַּיִן?

Rabbi a dit : d'où [sait-on] les cinq tevilot et les dix kidouchim que le kohen gadol accomplit -- il s'immerge et il se sanctifie -- en ce jour ? Le verset enseigne : "il revêtira une tunique de lin sacrée" (Lev.

16:4). Tu as ainsi appris que quiconque passe d'un service à un autre service exige une tevila.

Nous avons trouvé [la source] pour [le passage] des vêtements d'or aux vêtements blancs ; des vêtements blancs aux vêtements d'or, d'où [le sait-on] ?

📜 Rachi (1)
א"ר וְכוּ' לְפָרוֹשֵׁי מַתְנִיתָא דִּלְעֵיל קָא מַהְדַּר:
Rabbi a dit, etc. -- il revient expliquer la baraita citée plus haut.
💡 Explication

Le verset complet est : "il revêtira une tunique de lin sacrée ... ce sont des vêtements sacrés, il baignera sa chair dans l'eau puis les revêtira" (Lev. 16:4). Rabbi y lit une règle générale : la tevila n'est pas attachée à un moment particulier de la journée, mais à tout changement de service.

Reste une asymétrie. Le verset parle du moment où il revêt les vêtements blancs : il couvre donc le passage or vers blanc. Mais le kohen gadol repasse aussi du blanc à l'or (après le service du jour, pour les béliers ; après la sortie de la kaf et de la mahta, pour le tamid du soir). D'où vient l'immersion dans ce sens-là ? C'est la question qui relance la sougya.

3
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, קַל וָחֹומֶר: מַה בִּגְדֵי לָבָן שֶׁאֵין כַּפָּרָתָן מְרֻובָּה — טְעוּנִין טְבִילָה, בִּגְדֵי זָהָב שֶׁכַּפָּרָתָן מְרֻובָּה — אֵינוֹ דִּין שֶׁטְּעוּנִין טְבִילָה?

L'école de Rabbi Yichmael a enseigné, par kal va-homer : si les vêtements blancs, dont la kappara n'est pas abondante, exigent une tevila, les vêtements d'or, dont la kappara est abondante, n'est-il pas logique qu'ils exigent une tevila ?

💡 Explication

L'école de Rabbi Yichmael retourne exactement son propre argument. Tout à l'heure, l'avantage de l'or (kappara abondante) servait à réfuter l'a fortiori ; ici, ce même avantage devient le moteur du raisonnement inverse : si le vêtement dont l'expiation est étroite exige déjà une immersion, celui dont l'expiation est large l'exige à plus forte raison.

4
אִיכָּא לְמִפְרַךְ: מַה לְבִגְדֵי לָבָן שֶׁכֵּן נִכְנָס בָּהֶן לִפְנַי וְלִפְנִים! הַיְינוּ דְקָתָנֵי, וְאוֹמֵר: ״בִּגְדֵי קֹודֶשׁ הֵם וְרָחַץ אֶת בְּשָׂרוֹ בַּמַּיִם וּלְבֵשָׁם״.

Il y a de quoi réfuter : ce qui distingue les vêtements blancs, c'est qu'il entre avec eux lifnai velifnim ! C'est [précisément] ce qui est enseigné [dans la baraita] : "et il dit : ce sont des vêtements sacrés, il baignera sa chair dans l'eau puis les revêtira" (Lev.

16:4).

📜 Rachi (1)
הַייְנוּ דְקָתָנֵי בְּמִילְּתָא דְּרַבִּי וְאוֹמֵר בִּגְדֵי קֹדֶשׁ הֵם וְהָכִי דְּרֵישׁ לֵיהּ תָּלָה הַכָּתוּב טַעַם הַטְּבִילָה בִּשְׁבִיל שֶׁהֵם בִּגְדֵי קֹדֶשׁ לְלַמֶּדְךָ שֶׁכָּל חֲלִיפוֹת בִּגְדֵי קֹדֶשׁ בּוֹ בַּיּוֹם טְעוּנִין טְבִילָה וּבִגְדֵי זָהָב גַּם הֵם קֹדֶשׁ:
C'est ce qui est enseigné -- dans le propos de Rabbi : "et il dit : ce sont des vêtements sacrés". Et voici comment il l'expose : l'Écriture a suspendu le motif de la tevila au fait qu'il s'agit de vêtements sacrés, pour t'enseigner que tout changement de vêtements sacrés en ce jour exige une tevila -- et les vêtements d'or, eux aussi, sont sacrés.
💡 Explication

Le second à fortiori tombe pour la raison symétrique du premier : les vêtements blancs ont eux aussi un avantage exclusif -- ils sont les seuls à franchir le rideau du Saint des Saints. Aucun des deux sens ne se déduit donc de l'autre par la logique seule.

D'où la réponse : la baraita de 32a ne s'arrêtait pas là, elle ajoutait "ve-omer" ("et il dit"), c'est-à-dire un second appui scripturaire. Rachi explique la lecture : l'Écriture suspend le motif de l'immersion au fait que ce sont des vêtements SACRÉS. Ce n'est donc pas la blancheur ni l'entrée au Saint des Saints qui déclenche la tevila, mais la sainteté -- et les vêtements d'or sont sacrés eux aussi. Les deux sens sont couverts d'un coup.

5
וְחָמֵשׁ עֲבוֹדוֹת הֵן: תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר בְּבִגְדֵי זָהָב, עֲבוֹדַת הַיּוֹם בְּבִגְדֵי לָבָן, אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם בְּבִגְדֵי זָהָב, כַּף וּמַחְתָּה בְּבִגְדֵי לָבָן, תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם בְּבִגְדֵי זָהָב.

Et ce sont cinq services : le tamid du matin, en vêtements d'or ; le service du jour, en vêtements blancs ; son bélier et le bélier du peuple, en vêtements d'or ; la kaf (cuiller à encens) et la mahta (encensoir), en vêtements blancs ; le tamid du soir, en vêtements d'or.

💡 Explication

La baraita justifie le chiffre de cinq : cinq blocs de service, alternant à chaque fois entre les huit vêtements d'or et les quatre vêtements blancs. Comme chaque alternance impose une tevila, on obtient cinq immersions -- et, à deux kidouchim par immersion, dix kidouchim.

Noter l'alternance stricte : or / blanc / or / blanc / or. Les services accomplis à l'extérieur (les tamidim, les béliers) se font en or ; ceux qui touchent au Saint des Saints (le taureau et le bouc, puis la récupération de la kaf et de la mahta) se font en blanc.

6
וּמִנַּיִן שֶׁכָּל טְבִילָה וּטְבִילָה צְרִיכָה שְׁנֵי קִידּוּשִׁין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּפָשַׁט ... וְרָחַץ״, ״וְרָחַץ ... וְלָבַשׁ״. הַאי בִּטְבִילָה כְּתִיב! אִם אֵינוֹ עִנְיָן לִטְבִילָה, דְּנָפְקָא לֵיהּ: מִ״בִּגְדֵי קֹדֶשׁ הֵם״, תְּנֵהוּ עִנְיָן לְקִידּוּשׁ.

Et d'où [sait-on] que chaque tevila exige deux kidouchim ? Le verset enseigne : "il ôtera ... et il baignera" (Lev.

16:23), "et il baignera ... et il revêtira" (Lev. 16:24).

Mais celui-ci est écrit à propos de la tevila ! Si ce n'est pas l'objet de la tevila -- puisque celle-ci se déduit déjà de "ce sont des vêtements sacrés" -- applique-le à l'objet du kidouch.

📜 Rachi (2)
הַאי בִּטְבִילָה כְּתִיב דְּהָא כְּתִיב בְּשָׂרוֹ:
Celui-ci est écrit à propos de la tevila -- puisqu'il y est écrit "sa chair".
הָכִי גָּרְסִינַן אִם אֵינוֹ עִנְיָן לִטְבִילָה דְּנָפְקָא לֵיהּ מִבִּגְדֵי קֹדֶשׁ הֵם תְּנֵהוּ לְעִנְיַן קִידּוּשׁ:
Telle est notre version du texte : si ce n'est pas l'objet de la tevila -- puisque celle-ci se déduit de "ce sont des vêtements sacrés" -- applique-le à l'objet du kidouch.
💡 Explication

La baraita isole deux séquences où le mot "il baignera" est encadré par un devetissement puis un revêtement : ôte / baigne, puis baigne / revêt. Deux lavages autour d'un même moment de changement -- d'où deux kidouchim.

Objection immédiate : ce verbe "baigner" désigne manifestement la tevila, pas le kidouch des mains et des pieds. Rachi donne le signe décisif : le verset dit "il baignera sa chair" -- le corps entier, donc une immersion.

Réponse par la règle herméneutique im eino inyan ("si ce n'est pas son objet") : la tevila possède déjà sa source ailleurs ("ce sont des vêtements sacrés"). Ce verset-ci devient donc disponible ; on le réaffecte à ce qui n'a pas encore de source -- le kidouch.

🖼️ Schéma
Im eino inyan : recycler un verset devenu disponible Le verset dit "ve-rahats et besaro" "il baignera sa CHAIR" -- le mot besaro impose de comprendre : tevila du corps entier (Rachi). Mais la tevila a déjà sa source "bigdei kodech hem" (Lev. 16:4) l'enseigne pour tout changement de vêtements sacrés. Le verset devient DISPONIBLE : plus rien à enseigner sur la tevila Applique-le au KIDOUCH : 2 kidouchim par tevila
Im eino inyan : un verset dont l'objet apparent est déjà couvert ailleurs est réaffecté à un autre objet.
7
וְלִיכְתְּבֵיהּ רַחֲמָנָא בִּלְשׁוֹן קִידּוּשׁ! הָא קָא מַשְׁמַע לַן דִּטְבִילָה כְּקִידּוּשׁ, מַה קִידּוּשׁ בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ, אַף טְבִילָה בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ.

Et que le Miséricordieux l'écrive donc dans le langage du kidouch ! Ceci vient nous enseigner que la tevila est comme le kidouch : de même que le kidouch [se fait] dans un lieu sacré, de même la tevila [se fait] dans un lieu sacré.

📜 Rachi (2)
הָא קמ"ל מִדְּאַפְקִי' בִּלְשׁוֹן טְבִילָה דְּיָלְפִינַן טְבִילָה מִינֵּיהּ:
Ceci vient nous enseigner -- du fait que l'Écriture l'a exprimé dans le langage de la tevila, nous en déduisons [une règle concernant] la tevila.
מַה קִידּוּשׁ בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ כְּדִכְתִיב בָּהּ בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ אַף טְבִילוֹת הַבָּאוֹת מֵחֲמַת מַחְלְפוֹת הַיּוֹם בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ אֲבָל טְבִילָה רִאשׁוֹנָה לָא יַלֶּפֶת מִינֵּיהּ דְּהָא לָאו דְּאוֹרַיְיתָא הִיא:
De même que le kidouch [se fait] dans un lieu sacré -- comme il est écrit à son sujet "dans un lieu sacré", de même les tevilot qui viennent à cause des changements [de vêtements] du jour [se font] dans un lieu sacré. Mais la première tevila, tu ne la déduis pas de là, car elle n'est pas de-oraita (d'ordre biblique).
💡 Explication

Si le verset vise en réalité le kidouch, pourquoi la Torah a-t-elle choisi un vocabulaire d'immersion ? Réponse : le détour est voulu. En écrivant le kidouch en langage de tevila, l'Écriture crée un rapprochement entre les deux actes et transfère à la tevila une exigence propre au kidouch -- le makom kadoch (lieu sacré).

Concrètement : le kidouch se fait au kior (la vasque), situé dans la cour du Temple, donc en zone sacrée. Les immersions de Yom Kippour devront de même se faire dans l'enceinte, et non à l'extérieur. Rachi ajoute une limite importante : cela ne vaut que pour les tevilot liées aux changements de vêtements du jour. La première immersion du kohen gadol, celle par laquelle il entre en service, n'est pas de-oraita et échappe donc à cette règle.

8
וְרַבִּי יְהוּדָה, קִידּוּשׁ מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִדְּרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.

Et Rabbi Yehouda, d'où tire-t-il le kidouch ? Il le tire de l'enseignement de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon.

📜 Rachi (1)
וְר' יְהוּדָה דְּמַפְּקָא לֵיהּ לְהַאי קְרָא לִטְבִילַת בִּגְדֵי זָהָב לָא דְּרֵישׁ בִּגְדֵי קֹדֶשׁ הֵם קִידּוּשׁ מְנָא לֵיהּ:
Et Rabbi Yehouda -- qui applique ce verset à la tevila des vêtements d'or et n'expose pas "ce sont des vêtements sacrés" : d'où tire-t-il le kidouch ?
🗂️ Tossefot (1)
נָפְקָא לֵיהּ מִדְּרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן וְאִם תֹּאמַר אִם כֵּן מַאי אִיצְטְרִיךְ לְעֵיל לְמֵימַר דר"י נָפְקָא לֵיהּ מִדְּרַבִּי טְבִילָה בְּבִגְדֵי לָבָן נַיְתֵי נָמֵי מֻדַּר' אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן לְהֶיקֵּישָׁא דְּמַקִּישׁ פְּשִׁיטָה לִלְבִישָׁה וְנֵימָא הָכִי מַה לְבִישָׁה דְּבִגְדֵי זָהָב שֶׁהוּא לוֹבֵשׁ טָעוּן טְבִילָה כִּדְנָפְקָא לֵיהּ לר"י מוֹרְחָץ אַף בְּגָדִים שֶׁהוּא פּוֹשֵׁט (בָּהֶם) שֶׁהֵם שֶׁל לָבָן כְּשֶׁהוּא לוֹבְשָׁן יְהֵא טָעוּן טְבִילָה וְי"ל אִי אָמְרִינַן הֶיקֵּישָׁא כִּי הַאי גַוְונָא אָז לֹא מָצִינוּ לְמִיגְמַר מִינֵּיהּ קִידּוּשׁ לִפְשִׁיטָה דְּנֵימָא הָכִי מַה שֶׁהוּא לוֹבֵשׁ שֶׁהֵם שֶׁל זָהָב כְּשֶׁהוּא לוֹבְשָׁן טָעוּן קִידּוּשׁ אַף שֶׁל לָבָן שֶׁהוּא פּוֹשֵׁט כְּשֶׁהוּא לוֹבְשָׁן טָעוּן קִידּוּשׁ וְלָא צְרִיכָא לְהַאי דְּרָשָׁא דְּהַאי קִידּוּשׁ לִלְבִישַׁת בִּגְדֵי לָבָן מק"ו אָתְיָא כְּמוֹ קִידּוּשׁ לְבִגְדֵי זָהָב וא"כ לָא הֲוָה דָּרְשִׁינַן הֶיקֵּישָׁא אֶלָּא לִטְבִילַת בִּגְדֵי לָבָן אֲבָל קִידּוּשׁ לִפְשִׁיטָה לָא הֲוָה נָפְקָא לָן הִילְכָּךְ אִיצְטְרִיךְ קְרָא לִטְבִילָה וּמִמֵּילָא דָּרְשִׁינַן הֶיקֵּישָׁא לְקִידּוּשׁ כְּדַאֲמַרַן לְעֵיל:
Il le tire de l'enseignement de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon -- Et si tu demandes : s'il en est ainsi, pourquoi fallait-il dire plus haut que Rabbi Yehouda tire de l'enseignement de Rabbi la tevila pour les vêtements blancs ? Qu'il la tire également de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, par le hekech (rapprochement) qui rapproche la pechita (dévêtissement) de la levicha (revêtement), et qu'on raisonne ainsi : de même que le revêtement des vêtements d'or exige une tevila -- comme Rabbi Yehouda le tire de "et il baignera" -- de même les vêtements qu'il ôte, qui sont les blancs, exigeront une tevila lorsqu'il les revêt ! On peut répondre : si l'on raisonnait par hekech de cette manière, on ne pourrait plus en déduire le kidouch pour la pechita. Car on dirait alors : de même que ce qu'il revêt, qui est d'or, exige un kidouch au moment où il le revêt, de même les blancs qu'il ôte exigent un kidouch lorsqu'il les revêt -- et une telle derasha serait inutile, puisque le kidouch pour le revêtement des vêtements blancs s'obtient déjà par kal va-homer, tout comme le kidouch des vêtements d'or. Ainsi on n'exposerait le hekech que pour la tevila des vêtements blancs, mais le kidouch de la pechita ne s'en déduirait pas. C'est pourquoi le verset est nécessaire pour la tevila, et de là on expose d'office le hekech pour le kidouch, comme nous l'avons dit plus haut.
💡 Explication

Rappel du partage des sources (établi en 32a) : Rabbi Yehouda utilise le verset "il ôtera ... et il baignera" pour établir la tevila lors du passage aux vêtements d'or, et il ne recourt pas à la derasha de "ce sont des vêtements sacrés". Ce verset lui étant déjà pris, il ne peut plus s'en servir, comme le fait Rabbi, pour le kidouch.

Sa source est donc celle de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon : un kal va-homer. Puisque la Torah exige un kidouch là où elle n'exige aucune tevila (tout au long de l'année, avant chaque service), à plus forte raison en exige-t-elle un la où elle impose une tevila à chaque changement de vêtements.

9
אָמַר רַב חִסְדָּא: הָא דְּרַבִּי מַפְּקָא מִדְּרַבִּי מֵאִיר, וּמַפְּקָא מִדְּרַבָּנָן. מַפְּקָא מִדְּרַבָּנָן, דְּאִילּוּ רַבָּנָן אָמְרִי: כְּשֶׁהוּא לָבוּשׁ מְקַדֵּשׁ, וְאִיהוּ אָמַר: כְּשֶׁהוּא פּוֹשֵׁט מְקַדֵּשׁ. וּמַפְּקָא מִדְּרַבִּי מֵאִיר: דְּאִילּוּ רַבִּי מֵאִיר אָמַר: הָךְ קִידּוּשׁ בָּתְרָא כְּשֶׁהוּא לָבוּשׁ מְקַדֵּשׁ, וְאִיהוּ אָמַר: כְּשֶׁהוּא פּוֹשֵׁט מְקַדֵּשׁ.

Rav Hisda a dit : cet enseignement de Rabbi sort du cadre de [l'opinion de] Rabbi Meir et sort du cadre de [celle] des Sages. Il sort de celle des Sages : car les Sages disent qu'il se sanctifie alors qu'il est vêtu, tandis que lui dit qu'il se sanctifie alors qu'il se dévêt.

Et il sort de celle de Rabbi Meir : car Rabbi Meir dit que ce dernier kidouch, il l'accomplit alors qu'il est vêtu, tandis que lui dit qu'il l'accomplit alors qu'il se dévêt.

📜 Rachi (2)
אָמַר רַב חִסְדָּא כוּ' קָסָבַר רַב חִסְדָּא דַּוְקָא א"ר וּפָשַׁט וְרָחַץ וְרָחַץ וְלָבַשׁ שְׁנֵי קִידּוּשִׁין בֵּין פְּשִׁיטָה וּלְבִישָׁה אֶחָד לִפְנֵי טְבִילָה וְאֶחָד לְאַחֲרֶיהָ קֹודֶם לְבִישָׁה:
Rav Hisda a dit, etc. -- Rav Hisda estime que Rabbi a dit précisément : "il ôtera ... et il baignera", "et il baignera ... et il revêtira" -- deux kidouchim entre la pechita et la levicha, l'un avant la tevila et l'autre après elle, avant le revêtement.
מַפְּקָא מָדָר' מֵאִיר מוּצֵאת הִיא מִכְּלַל דְּבָרָיו שֶׁל ר"מ לָא סְבִירָא לֵיהּ כר"מ דְּאע"ג דְּאָמְרִינַן בְּמַתְנִיתִין פָּשַׁט וְקִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו דס"ל קִידּוּשׁ שֶׁלִּפְנֵי הַטְּבִילָה אַחַר פְּשִׁיטָה הוּא פְּלִיג עָלֶיהָ מִיהָא בְּקִידּוּשׁ שֵׁנִי דְּקָאָמַר אַחַר לְבִישָׁה הוּא כִּדְקָתָנֵי בָּרַיְיתָא דר"מ לְעֵיל לָבַשׁ קִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו:
Il sort du cadre de Rabbi Meir -- son propos sort du cadre des paroles de Rabbi Meir : il ne tient pas comme Rabbi Meir. Car bien que nous disions dans la michna "il ôta et sanctifia ses mains et ses pieds" -- ce qui montre qu'il tient que le kidouch précédant la tevila a lieu après la pechita -- il diverge de lui en tout cas sur le second kidouch, dont [Rabbi Meir] dit qu'il a lieu après le revêtement, comme l'enseigne plus haut la baraita de Rabbi Meir : "il revêtit, il sanctifia ses mains et ses pieds".
💡 Explication

Rav Hisda prend au pied de la lettre l'ordre des mots chez Rabbi : "il ôtera ... et il baignera" puis "et il baignera ... et il revêtira". Les deux kidouchim se logent donc tous deux dans l'intervalle où le kohen gadol n'est vêtu de rien : un après avoir ôté, un après l'immersion mais avant de revêtir (Rachi).

Cela le met en conflit sur deux fronts. Contre les Sages, qui placent le premier kidouch alors qu'il porte encore les vêtements sacrés (avant la pechita). Contre Rabbi Meir, qui s'accorde sur le premier mais place le second après le revêtement -- comme l'énonce sa baraita : "il revêtit, il sanctifia ses mains et ses pieds".

🖼️ Schéma
Un seul changement de vêtements : où tombent les DEUX kidouchim ? Tous admettent 5 tevilot et 10 kidouchim. Le désaccord porte sur le placement : avant ou après le dévêtissement, avant ou après le revêtement. VÊTU service À (vêtements 1) PECHITA il ôte (il est nu) TEVILA immersion (makom kadoch) LEVICHA il revêt (vêtements 2) AVODA service B Les Sages (rabbanan) il sanctifie ENCORE VÊTU K1 K2 Rabbi Meir le 2e kidouch se fait VÊTU K1 K2 Rabbi (selon Rav Hisda) les DEUX se font DEVÊTU K1 K2 Rav Aha bar Yaakov Tous s'accordent : le 2e kidouch se fait APRÈS le revêtement. Verset : "ou be-gichtam el ha-mizbeah" (Ex. 30:20) -- celui à qui il ne manque QUE l'approche. Exclut celui à qui il manque le revêtement ET l'approche. Rav Aha fils de Rava : incompatibles Rav Hisda place les 2 kidouchim de Rabbi AVANT le revêtement ; Rav Aha en exige un APRÈS. Si les deux tenaient ensemble : 3 kidouchim x 5 tevilot = 15 alors que la halakha en compte DIX.
Les trois positions sur le placement des deux kidouchim, et la règle de Rav Aha bar Yaakov qui va tout compliquer.
10
אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: הַכֹּל מוֹדִין בְּקִידּוּשׁ שֵׁנִי שֶׁלּוֹבֵשׁ וְאַחַר כָּךְ מְקַדֵּשׁ. מַאי טַעְמָא, דְּאָמַר קְרָא: ״אוֹ בְגִשְׁתָּם אֶל הַמִּזְבֵּחַ״, מִי שֶׁאֵינוֹ מְחֻוסָּר אֶלָּא גִּישָׁה, יָצָא זֶה שֶׁמְחֻוסָּר לְבִישָׁה וְגִישָׁה.

Rav Aha bar Yaakov a dit : tous s'accordent, pour le second kidouch, qu'il revêt [d'abord] et se sanctifie ensuite. Quelle en est la raison ?

Car le verset dit : "ou lorsqu'ils s'approcheront de l'autel" (Ex. 30:20) -- celui à qui il ne manque plus que l'approche ; cela exclut celui-ci, à qui il manque et le revêtement et l'approche.

📜 Rachi (1)
הַכֹּל מוֹדִים וַאֲפִילּוּ רַבִּי שֶׁהַקִּידּוּשׁ הַסָּמוּךְ לִפְנֵי הָעֲבוֹדָה כְּשֶׁהוּא לָבוּשׁ מְקַדְּשׁוֹ:
Tous s'accordent -- et même Rabbi : le kidouch immédiatement antérieur au service, il l'accomplit alors qu'il est vêtu.
💡 Explication

Rav Aha bar Yaakov pose une règle transversale, valable pour toutes les opinions : le kidouch qui précède immédiatement le service doit se faire une fois habillé.

La preuve vient de la formulation du verset sur le kior : les kohanim se lavent mains et pieds "lorsqu'ils entreront dans la tente d'assignation ou lorsqu'ils s'approcheront de l'autel". La derasha lit une condition d'état : est visé celui pour qui l'approche est le seul acte restant. Un kohen encore nu n'est pas dans cet état -- il lui manque deux choses, s'habiller puis s'approcher. Le kidouch fait à ce moment-là ne serait pas celui du verset.

11
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: לָא רַב חִסְדָּא אִית לֵיהּ דְּרַב אַחָא, וְלָא רַב אַחָא אִית לֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא. דְּאִם כֵּן, לְרַבִּי הָווּ לְהוּ חֲמֵיסַר קִידּוּשִׁין.

Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : ni Rav Hisda ne tient [l'enseignement] de Rav Aha, ni Rav Aha ne tient celui de Rav Hisda. Car s'il en était ainsi, il y aurait selon Rabbi quinze kidouchim.

📜 Rachi (4)
לֹא רַב חִסְדָּא דְּאָמַר מִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי דַּוְקָא בָּעֵי שְׁנֵי קִידּוּשִׁין בֵּין פְּשִׁיטָה לִלְבִישָׁה:
Ni Rav Hisda -- qui dit que le propos de Rabbi est à prendre au pied de la lettre : il exige deux kidouchim entre la pechita et la levicha --
אִית לֵיהּ דְּרַב אַחָא דְּאָמַר קִידּוּשׁ אַחַר לְבִישָׁה בָּעֵינַן:
ne tient l'enseignement de Rav Aha -- qui dit qu'un kidouch est requis après le revêtement.
לֹא רַב אֲחָא דְּבָעֵי קִידּוּשׁ סָמוּךְ לַעֲבוֹדָה:
Ni Rav Aha -- qui exige un kidouch immédiatement avant le service --
אִית לֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא דְּבָעֵי לְרַבִּי שְׁנֵי קִידּוּשִׁין כְּשֶׁהוּא עָרֹום דְּאִם כֵּן דְּאִית לְהוּ בַּהֲדָדִי הָווּ לֵיהּ לְרַבִּי ג' קִידּוּשִׁין בְּכָל טְבִילָה ב' כְּשֶׁהוּא עָרֹום וְאֶחָד כְּשֶׁהוּא [לְבוּשׁ]:
ne tient celui de Rav Hisda -- qui exige selon Rabbi deux kidouchim alors qu'il est nu. Car s'il en était ainsi -- s'ils tenaient l'un l'enseignement de l'autre -- il y aurait selon Rabbi trois kidouchim à chaque tevila : deux alors qu'il est nu et un alors qu'il est vêtu.
💡 Explication

Le rapprochement des deux énoncés est arithmétiquement impossible. Rav Hisda attribue à Rabbi deux kidouchim accomplis alors qu'il est dévêtu ; Rav Aha bar Yaakov exige en outre un kidouch une fois habillé, juste avant le service. Cumulés, cela ferait trois kidouchim par changement de vêtements, donc quinze pour les cinq immersions -- alors que le chiffre transmis est dix.

Conclusion : chacun des deux amoraim rejette nécessairement la lecture de l'autre. Ou bien les deux kidouchim de Rabbi encadrent l'immersion pendant qu'il est nu (Rav Hisda) et alors la règle de Rav Aha ne s'applique pas à Rabbi ; ou bien le second kidouch se fait habillé (Rav Aha) et alors Rabbi ne place pas les deux avant le revêtement.

🖼️ Schéma
L'arithmétique qui rend les deux énoncés incompatibles Rav Hisda 2 kidouchim DEVÊTU (avant et après la tevila) + Rav Aha bar Yaakov 1 kidouch VÊTU (juste avant le service) = 3 kidouchim par changement de vêtements 3 x 5 tevilot = 15 kidouchim Or la halakha en compte DIX -- donc chacun rejette l'autre
Le calcul qui interdit de tenir ensemble Rav Hisda et Rav Aha bar Yaakov.
12
הֵבִיאוּ לוֹ אֶת הַתָּמִיד קְרָצוֹ וְכוּ׳. מַאי קְרָצוֹ? אָמַר עֻולָּא: לִישָּׁנָא דְּקַטְלָא הוּא. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, מַאי קְרָא: ״עֶגְלָה יְפֵהפִיָּה מִצְרָיִם קֶרֶץ מִצָּפוֹן בָּא בָא״. מַאי מַשְׁמַע? כְּדִמְתַרְגֵּם רַב יוֹסֵף: ״מַלְכוּ יָאֲיָא הֲוָת מִצְרַיִם עַמְמִין קָטוֹלִין מִצִּיפּוּנָא יֵיתוֹן עֲלַהּ״. קְרָצוֹ בְּכַמָּה? אָמַר עֻולָּא: בְּרוֹב שְׁנַיִם.

"On lui amena le tamid, il l'égorgea (keratzo), etc." -- que signifie keratzo ? Oulla a dit : c'est un terme de mise à mort.

Rav Nahman bar Yitshak a dit : quel est le verset [qui le prouve] ? "L'Égypte est une génisse magnifique ; le keretz vient du nord, il vient" (Jer.

46:20). D'où l'inférence ?

Comme le traduit Rav Yossef : "L'Égypte était un royaume splendide ; des peuples tueurs viendront sur elle du nord." Keratzo -- jusqu'où [a-t-il coupe] ? Oulla a dit : la majeure partie des deux [simanim].

📜 Rachi (1)
בְּרוֹב שְׁנַיִם הֶכְשֵׁר שְׁחִיטָה בְּצִמְצוּם:
La majeure partie des deux -- la validité de la chehita au plus juste [le minimum strictement requis].
💡 Explication

La guemara revient à la michna de 31b et s'arrête sur un mot rare : keratzo. Oulla y voit un terme de mise à mort, et Rav Nahman bar Yitshak produit un appui : le verset de Jérémie sur l'Égypte, où keretz désigne l'agresseur venu du nord. Le Targoum de Rav Yossef confirme la lecture en rendant le mot par ammin katolin ("des peuples tueurs").

Vient alors la question technique : dans quelle mesure a-t-il coupe ? Réponse d'Oulla : rov chnayim -- la majeure partie de chacun des deux simanim (le kane, trachée, et le vechet, oesophage). C'est exactement le minimum requis pour que la chehita soit valide (Rachi : "la validité au plus juste"). Le kohen gadol s'arrête donc au seuil, et laisse un autre achever, pour pouvoir recueillir le sang sans délai.

🖼️ Schéma
"Keratzo" -- le kohen gadol coupe, un autre achève Michna : "on lui amena le tamid, il l'égorgea (keratzo), un autre acheva (mirek) la chehita à sa place, et lui recueillit le sang" Le cou en coupe : les deux simanim peau et chair du cou kane trachée vechet oesophage ROV majorité ROV majorité La chaîne des actes 1. Le kohen gadol : keratzo rov chnayim -- la majeure partie des DEUX simanim chehita déjà VALIDE de-oraita 2. Un autre kohen : mirek il achève la coupe -- non indispensable de-oraita 3. Le kohen gadol : kabbala + zerika il recueille le sang et l'asperge -- ces actes-là sont de vrais services, réservés à lui seul. Pourquoi confier l'achèvement à un autre ? Et pourquoi cela ne peut pas être indispensable Le kohen gadol se libère aussitôt pour recueillir le sang. Si le mirek était indispensable, le sacrifice dépendrait d'un acte fait par UN AUTRE -- or tous les services de Yom Kippour ne valent que par lui. Réponse de la guemara : l'invalidité envisagée n'était que DE-RABBANAN (décret des Sages), et la michna a tenu à l'écarter en enseignant "rov chnayim" à part pour les kodachim.
Rov chnayim : la majeure partie des deux simanim, puis l'achèvement (mirek) confié à un autre kohen.
13
וְכֵן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּרוֹב שְׁנַיִם. וְאַף רֵישׁ לָקִישׁ סָבַר בְּרֹוב שְׁנַיִם, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: וְכִי מֵאַחַר שֶׁשָּׁנִינוּ: רֻובּוֹ שֶׁל אֶחָד כָּמוֹהוּ, לָמָּה שָׁנִינוּ: רֹוב אֶחָד בָּעוֹף וְרֹוב שְׁנַיִם בַּבְּהֵמָה? לְפִי שֶׁשָּׁנִינוּ: הֵבִיאוּ לוֹ אֶת הַתָּמִיד, קְרָצוֹ וּמֵירַק אַחֵר שְׁחִיטָה עַל יָדוֹ, וְקִיבֵּל אֶת הַדָּם וּזְרָקוֹ. יָכוֹל לֹא מֵירֵק — יְהֵא פָּסוּל.

Et de même Rabbi Yo'hanan a dit : la majeure partie des deux. Et même Rech Lakich tient [qu'il s'agit de] la majeure partie des deux, car Rech Lakich a dit : puisque nous avons déjà appris "la majeure partie de l'un vaut comme lui tout entier", pourquoi avons-nous appris [en outre] "la majeure partie d'un [siman] pour l'oiseau, et la majeure partie des deux pour l'animal" ?

Parce que nous avons appris : "on lui amena le tamid, il l'égorgea, un autre acheva (mirek) la chehita à sa place, et il recueillit le sang et l'aspergea" ; on aurait pu croire que s'il n'avait pas achevé, [le sacrifice] serait passoul (invalide).

📜 Rachi (2)
וְכִי מֵאַחַר שֶׁשָּׁנִינוּ בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין וְרֻובּוֹ שֶׁל אֶחָד כָּמוֹהוּ מִמֵּילָא שָׁמְעִינַן רֹוב שְׁנַיִם כִּשְׁנַיִם:
Puisque nous avons déjà appris -- dans [les michnayot de] la chehita des houlin : "et la majeure partie de l'un vaut comme lui tout entier" -- il s'ensuit d'office que la majeure partie des deux vaut comme les deux.
לָמָּה שָׁנִינוּ בְּצִדָּהּ רֹוב אֶחָד בָּעוֹף וְכוּ':
Pourquoi avons-nous appris -- à côté : "la majeure partie d'un [siman] pour l'oiseau, etc."
💡 Explication

Rech Lakich part d'une redondance dans les michnayot de la chehita (Houlin). On y enseigne d'abord le principe général : "la majeure partie de l'un vaut comme lui tout entier". Il en découle mécaniquement que la majeure partie des deux vaut comme les deux (Rachi). Pourquoi alors ajouter explicitement "rov echad be-of, rov chnayim be-behema" -- un siman pour l'oiseau, deux pour l'animal ?

Réponse : cet ajout vise précisément notre michna de Yoma. Puisqu'on y lit que le kohen gadol s'arrête à la majeure partie et qu'un autre achève, on aurait pu conclure que cet achèvement est indispensable et que, sans lui, le tamid serait passoul. La michna de la chehita coupe court en réaffirmant que "rov chnayim" suffit -- y compris pour les kodachim.

14
יָכוֹל לֹא מֵירַק יְהֵא פָּסוּל?! אִם כֵּן הָוְיָא לֵיהּ עֲבוֹדָה בְּאַחֵר, (וּתְנַן): כָּל עֲבוֹדוֹת יוֹם הַכִּפּוּרִים אֵינָן כְּשֵׁרוֹת אֶלָּא בּוֹ! הָכִי קָאָמַר: יָכוֹל יְהֵא פָּסוּל מִדְּרַבָּנַן,

"On aurait pu croire que s'il n'avait pas achevé, ce serait passoul" ?! Si c'était le cas, ce serait un service [accompli] par un autre, et nous avons appris : tous les services de Yom Kippour ne sont valides que par lui [le kohen gadol] !

Voici ce qu'il veut dire : on aurait pu croire que ce serait passoul de-rabbanan (par décret des Sages),

📜 Rachi (1)
יָכוֹל יְהֵא פָּסוּל מִדְּרַבָּנַן הוֹאִיל וְכָל עַצְמוֹ לְדַם הוּא צָרִיךְ פָּסוּל וְכִי תְּנַן רֻובּוֹ שֶׁל אֶחָד כָּמוֹהוּ בְּחֻולִּין תְּנַן:
On aurait pu croire que ce serait passoul de-rabbanan -- puisque tout ce dont il a besoin, c'est du sang, [on aurait cru que] c'est passoul ; et lorsque nous avons enseigné "la majeure partie de l'un vaut comme lui tout entier", c'est à propos des houlin que nous l'avons enseigné.
🗂️ Tossefot (1)
אִם כֵּן הָוְיָא לֵהּ עֲבוֹדָה בְּאַחֵר ה"נ הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ אִם כֵּן הָוֵי לָהּ שְׁחִיטָה בִּשְׁנַיִם כֵּיוָן דְּאִם לֹא מֵירֵק פָּסוּל וְאִם שְׁנַיִם שׁוֹחֲטִין זֶבַח אֶחָד אֲפִילּוּ בְּזֶה אַחַר זֶה פָּסוּל כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק הַשּׁוֹחֵט (חֻולִּין דַּף כט.) וא"ת וּמַאי קַשְׁיָא לֵיהּ מֵעֲבוֹדָה בְּאַחֵר הָא בְּפֶ' טָרַף בַּקַּלְפִּי (לְקַמָּן יוֹמָא דַּף מב.) אִיכָּא מַאן דְּמַכְשִׁיר אֲפִילּוּ שְׁחִיטַת פָּרוֹ בְּזָר וַאֲפִילּוּ מַאן דְּפוֹסֵל הַיְינוּ דַּוְקָא פָּרוֹ דְּאָתֵי לְחוֹבַת הַיּוֹם דְּקָאֵי עָלֶיהָ אַהֲרֹן וְחֻוקָּה אֲבָל תָּמִיד דְּלָא שַׁייָּךְ לְחוֹבַת יוֹם הַכִּפּוּרִים לָא קָאֵי עָלֶיהָ אַהֲרֹן וְחֻוקָּה בִּשְׁחִיטָה כֵּיוָן דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמִכָּל מָקוֹם פָּסוּל מִדְּרַבָּנָן וי"מ מִשּׁוּם דִּמְרִיקָה צֹורֶךְ קַבָּלָה וְלָא נְהִירָא דָּמֵי עָדִיף מִיעוּט סִימָן בָּתְרָא מֵרֹוב קַמָּא וְעוֹד י"מ כֵּיוָן דְּהָא דְּאָמַר שְׁחִיטָה לָאו עֲבוֹדָה הִיא הַיְינוּ כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ יַעֲקֹב מאורליינ"ש לְפִי שֶׁנּוֹהֶגֶת אַף בְּחֻולִּין וְהַאי מֵירוּק אֵינוֹ מְעַכֵּב' בְּחֻולִּין א"כ הָוֵי עֲבוֹדָה וְלֹא יְהֵא כָּשֵׁר אֶלָּא בּוֹ:
Si c'était le cas, ce serait un service [accompli] par un autre -- Il aurait pu tout aussi bien objecter : s'il en est ainsi, ce serait une chehita faite par deux personnes, puisque si l'autre n'achevait pas ce serait passoul ; or si deux personnes égorgent un même sacrifice, même l'une après l'autre, c'est passoul, comme cela ressort du chapitre HaChohet (Houlin 29a). Et si tu demandes : qu'est-ce qui le gênait dans "un service par un autre" ? Au chapitre Taraf be-Kalpi (plus loin, Yoma 42a), il y a un avis qui valide même la chehita de son taureau par un zar (non-kohen) ; et même celui qui l'invalide, c'est précisément pour son taureau, qui relève de l'obligation du jour, sur lequel portent [les termes] "Aharon" et "houka" (statut) ; tandis que le tamid, qui ne relève pas de l'obligation de Yom Kippour, n'est concerné ni par "Aharon" ni par "houka" quant à la chehita, puisqu'elle n'est pas un service. On peut répondre que de toute façon ce serait passoul de-rabbanan. Certains expliquent : parce que l'achèvement (merika) est un besoin de la kabbala (réception du sang) -- mais cela n'est pas clair : en quoi la partie minoritaire du second siman serait-elle supérieure à la majeure partie du premier ? D'autres encore expliquent : puisque l'affirmation "la chehita n'est pas un service" s'entend comme l'a expliqué Rabbenou Yaakov d'Orléans -- parce qu'elle se pratique aussi pour les houlin -- or cet achèvement n'est pas indispensable pour les houlin, il s'agirait donc bien d'un service, et il ne serait valide que par lui [le kohen gadol].
💡 Explication

Objection sur l'hypothèse même de Rech Lakich. Si l'achèvement de la coupe était indispensable de-oraita, alors un acte déterminant du sacrifice serait accompli par un autre kohen -- ce qui contredit frontalement la règle : tous les services de Yom Kippour ne valent que par le kohen gadol. L'hypothèse s'effondre d'elle-même.

La guemara recalibre : Rech Lakich n'a jamais envisagé une invalidité biblique, mais une invalidité de-rabbanan. Rachi en donne le motif : ce qui intéresse ici, c'est le sang ; on aurait pu penser que les Sages exigent une coupe achevée pour les kodachim, et que le principe "la majeure partie de l'un vaut comme lui tout entier" n'a été enseigné que pour les houlin. L'amoud se coupe ici -- la suite du raisonnement se poursuit en 33a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).