Yoma 80b -- Le yichouv hadaat comme mesure : kotevet et mlo lougmav, les objections de R. Zeira et de Rava, la toumat gvia, et l'akhila gassa

Yoma 80b

Sougya : Ce daf achève d'abord la difficulté laissée ouverte en 80a sur la quantité de boisson : la question du beth hamidrach portait sur Og roi du Bachan, de sorte que Beth Chammai, qui maintiennent le revi'it, se retrouvent bien du côté de la rigueur. S'ouvre ensuite une série de cinq hatkafot construites sur le même moule.

Rabbi Zeira demande pourquoi manger se mesure à une kotevet identique pour tous alors que boire se mesure à la joue de chacun ; puis pourquoi Og se contenterait de la même datte qu'un homme ordinaire ; puis pourquoi la viande grasse et les pousses de vigne auraient la même mesure. Abaye répond chaque fois par la même formule -- kim lehou lerabanan -- en posant que la mesure est un plancher de yichouv hadaat, en dessous duquel personne n'est apaisé, au-dessus duquel l'intensité varie sans conséquence halakhique.

Rava déplace alors l'attaque sur le temps : pourquoi la fenêtre de kedei akhilat pras ne grandit-elle pas avec la mesure ? puis pourquoi le demi-pras de la toumat gvia obéit-il à la même fenêtre ? C'est Rav Papa qui répond en écartant l'objection : la toumat gvia n'est pas de-oraita, et le verset venitmetem bam n'en est qu'une asmakhta.

Le daf revient enfin à la michna -- le sel sur la viande crue et la saumure sur le légume se cumulent, car tout ce qui rend un aliment consommable est un aliment -- avant d'introduire le principe de l'akhila gassa : manger sans plaisir n'est pas manger, ce qui exempte à Yom Kippour au titre de acher lo teouneh, et dispense du h'omech le zar qui a consommé de la terouma au titre de ki yokhal.

Pourquoi manger se mesure pareil pour tous, mais boire se mesure homme par homme ? C'est la première hatkafa (objection) de Rabbi Zeira -- et la clé donnée par Abaye vaut pour tout le daf. MANGER -- mesure ABSOLUE kotevet hagassa (grosse datte) pour chacun petit moyen Og roi du Bachan Une seule et même datte -- taille identique pour tous. BOIRE -- mesure RELATIVE mlo lougmav : la joue de chacun petit moyen Og roi du Bachan Le verre grandit avec l'homme. La clé d'Abaye : tout se joue sur le yichouv hadaat (apaisement de l'esprit) Manger : les Sages ont pour tradition (kim lehou) qu'une kotevet apaise l'esprit de n'importe qui, et qu'en dessous personne n'est apaisé. Le seuil est donc le même pour tous. Boire : c'est SA propre gorgée qui apaise un homme ; celle d'un plus petit que lui ne l'apaise pas. Le verset ne parle pas de nourriture mais de inouy : "acher lo teouneh" -- ce qui compte est la fin de l'affliction.
Manger se mesure à la kotevet, identique pour tous ; boire se mesure à la joue de chacun. Abaye explique pourquoi : la seule question est le yichouv hadaat.
Cinq objections en chaîne -- et une seule réponse répétée R. Zeira attaque la mesure de quantité, Rava attaque la mesure de temps. Abaye répond toujours la même chose. 1. R. Zeira -- quantité Pourquoi manger est fixe (kotevet) et boire relatif (mlo lougmav) ? 2. R. Zeira -- la taille du mangeur Tout le monde une kotevet, et Og roi du Bachan aussi ? 3. R. Zeira -- la nature de l'aliment Viande grasse une kotevet, et pousses de vigne une kotevet ? 4. Rava -- le temps Un kazayit en kedei akhilat pras, et une kotevet dans le même délai ? 5. Rava -- comparaison avec la tuma Une kotevet en kedei akhilat pras, et un demi-pras dans le même délai ? -- seule celle-ci change de répondant Abaye : kim lehou lerabanan "Les Sages en ont la tradition." À cette mesure l'esprit s'apaise ; en dessous, il ne s'apaise pas. Le seuil est un PLANCHER, pas une échelle : au-dessus, chacun est apaisé plus ou moins. - homme moyen : touva (beaucoup) - Og roi du Bachan : pourta (un peu) - viande grasse : touva - pousses de vigne : pourta Pour le temps (objection 4), même logique à l'envers : au-delà de ce délai, l'esprit ne s'apaise plus -- donc pas de rallonge. Rav Papa (et non Abaye) "Laisse la toumat gvia : elle n'est pas de-oraita." On ne construit pas une kouchya sur un décret rabbinique.
La structure du daf : cinq hatkafot successives, et une réponse-type d'Abaye -- kim lehou lerabanan -- jusqu'à ce que Rav Papa change de registre.
Akhila gassa : manger sans que ce soit manger Celui qui est déjà rassasié et se force encore : l'acte à la forme d'une akhila, mais il ne procure aucun plaisir. Il se gave au-delà de la satiété ce n'est plus de la nourriture, c'est un dommage Yom Kippour Verset : "acher lo teouneh" (Vayikra 23,29) La Torah n'interdit pas de manger : elle exige de ne pas cesser de s'affliger. Or ce gavage n'annule aucune affliction. PATOUR (exempt) Zar qui mange de la terouma Verset : "ki yokhal" (Vayikra 22,14) Le h'omech (cinquième) ne frappe que celui qui a vraiment mangé. KEREN : il paie il a lésé le kohen H'OMECH : exempt ce n'est pas une akhila Le principe commun : peratt lemazik -- on exclut celui qui se nuit. Deux versets différents, une même lecture : l'acte n'a de valeur juridique que s'il est une vraie consommation.
Akhila gassa : l'acte de manger sans plaisir est écarté par le verset, à Yom Kippour comme pour le h'omech de la terouma.
1
כִּי אִתְּשִׁיל, בְּעוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן אִתְּשִׁיל, דְּהָווּ לְהוּ בֵּית שַׁמַּאי לְחֻומְרָא.

Lorsque la question a été posée, c'est à propos de Og roi du Bachan qu'elle a été posée -- et dans ce cas ce sont Beth Chammai qui se trouvent du côté de la rigueur.

📜 Rachi (1)
כִּי אִיתְּשִׁיל בְּבֵי מִדְרְשָׁא הַךְ דִּלְעֵיל כַּמָּה יִשְׁתֶּה וִיהֵא חַייָּב לְעִנְיַן עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן כְּלוֹמַר לְעִנְיַן אָדָם כָּעֲנָקִים אִיתְּשִׁיל וְהָווּ לְהוּ בֵּית שַׁמַּאי לְחֻומְרָא דִּמְחַייְּבִי בִּרְבִיעִית:
Dans la maison d'étude, la question précédente -- combien doit-il boire pour être coupable -- a été posée à propos de Og roi du Bachan, c'est-à-dire à propos d'un homme de la taille des géants ; et ainsi ce sont Beth Chammai qui se trouvent du côté de la rigueur, puisqu'ils rendent coupable dès un revi'it.
💡 Explication

La guemara achève ici une difficulté ouverte à la fin de 80a. La michna oppose Beth Chammai (un revi'it) et Beth Hillel (mlo lougmav, une pleine joue) sur la quantité de boisson qui rend passible à Yom Kippour. Pour un homme moyen, mlo lougmav est moins qu'un revi'it : Beth Hillel seraient alors les plus sévères, ce qui contredit la règle générale.

Réponse : la question posée au beth hamidrach ne visait pas l'homme moyen mais un géant -- Og roi du Bachan. Chez lui, la joue dépasse largement un revi'it. Beth Chammai, qui maintiennent le revi'it fixe, rendent donc coupable pour une quantité bien moindre : ce sont eux qui sont dans la houmra (rigueur), comme il se doit.

2
מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא: מַאי שְׁנָא אֲכִילָה, דְּכָל חַד וְחַד — בִּכְכוֹתֶבֶת, וּמַאי שְׁנָא שְׁתִיָּה, דְּכָל חַד וְחַד בְּדִידֵיהּ? אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: קִים לְהוּ לְרַבָּנַן בִּכְכוֹתֶבֶת, דִּבְהָכִי מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ, בְּצִיר מֵהָכִי — לָא מְיַתְּבָא. בִּשְׁתִיָּה, בְּדִידֵיהּ מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ, בִּדְחַבְרֵיהּ — לָא מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ.

Rabbi Zeira objecte : qu'y a-t-il de différent dans le fait de manger, où tout un chacun se mesure à une kotevet (grosse datte), et qu'y a-t-il de différent dans le fait de boire, où tout un chacun se mesure à la sienne propre ? Abaye lui dit : les Sages ont pour tradition qu'avec une kotevet son esprit s'apaise, et qu'avec moins que cela il ne s'apaise pas ; tandis que pour la boisson, c'est avec la sienne propre que son esprit s'apaise, et non avec celle de son compagnon.

💡 Explication

Hatkafa (objection) de Rabbi Zeira : les deux mesures de Yom Kippour ne suivent pas la même logique. Manger se mesure à une kotevet hagassa, une grandeur objective et identique pour tous ; boire se mesure à mlo lougmav, la contenance de la joue de celui qui boit -- une mesure relative à chaque corps. Pourquoi cette asymétrie ?

La réponse d'Abaye est la clé de tout le daf. Le critère n'est ni le volume ni la satiété, mais le yichouv hadaat : le moment où l'esprit cesse d'être affligé. Or les Sages ont reçu une tradition (kim lehou lerabanan) : pour la nourriture, ce seuil se situe à une kotevet chez n'importe qui. Pour la boisson en revanche, la gorgée d'un autre, plus petit que soi, ne procure aucun apaisement -- la mesure ne peut donc être que personnelle.

3
מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא: וְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ בִּכְכוֹתֶבֶת וְעוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן בִּכְכוֹתֶבֶת? אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: קִים לְהוּ לְרַבָּנַן דִּבְהָכִי מִיַּתְּבָא דַּעְתֵּיהּ, בְּצִיר מֵהָכִי לָא מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ, מִיהוּ, כֻּולֵּי עָלְמָא — טוּבָא, וְעוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן — פֻּורְתָּא.

Rabbi Zeira objecte : et tout le monde entier se mesurerait à une kotevet, et Og roi du Bachan lui aussi à une kotevet ?! Abaye lui dit : les Sages ont pour tradition qu'avec cette mesure son esprit s'apaise, et qu'avec moins que cela son esprit ne s'apaise pas.

Toutefois, pour tout un chacun c'est beaucoup, et pour Og roi du Bachan c'est peu.

💡 Explication

Deuxième objection, dirigée cette fois contre la mesure de la nourriture elle-même : si c'est le yichouv hadaat qui compte, il devrait varier avec la corpulence -- un géant ne peut pas être apaisé par la même datte qu'un homme ordinaire.

Abaye maintient sa réponse en introduisant une distinction décisive : la kotevet est un plancher, non une échelle graduée. En dessous, personne n'est apaisé ; au-dessus, l'apaisement existe mais avec des intensités différentes -- touva (beaucoup) pour l'homme moyen, pourta (un peu) pour Og. La halakha ne mesure que le franchissement du seuil, pas le degré de confort atteint.

4
מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא בָּשָׂר שָׁמֵן בִּכְכוֹתֶבֶת, וְלוּלְבֵי גְּפָנִים בְּכַכּוֹתֶבֶת? אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: קִים לְהוּ לְרַבָּנַן דִּבְהָכִי מִיַּתְּבָא דַּעְתֵּיהּ, בְּצִיר מֵהָכִי — לָא מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ. מִיהוּ בָּשָׂר שָׁמֵן — טוּבָא, לוּלְבֵי גְּפָנִים — פֻּורְתָּא.

Rabbi Zeira objecte : de la viande grasse à une kotevet, et des pousses de vigne à une kotevet ?! Abaye lui dit : les Sages ont pour tradition qu'avec cette mesure son esprit s'apaise, et qu'avec moins que cela son esprit ne s'apaise pas.

Toutefois, la viande grasse -- beaucoup ; les pousses de vigne -- peu.

💡 Explication

Troisième objection, construite sur le même schéma, mais déplacée du mangeur vers l'aliment : un volume donné de viande grasse et le même volume de jeunes pousses de vigne (nourriture pauvre et fibreuse) ne rassasient évidemment pas de la même façon.

La réponse est identique, et c'est précisément ce qui fait la force de la construction : la tradition des Sages porte sur un seuil unique, indifférent à la qualité comme à la corpulence. Au-dessus de la kotevet, l'apaisement est touva avec la viande grasse et pourta avec les pousses de vigne -- mais dans les deux cas il y a apaisement, donc culpabilité.

5
מַתְקִיף לַהּ רָבָא: כְּזַיִת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס, וְכוֹתֶבֶת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס?! אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: קִים לְהוּ לְרַבָּנַן דִּבְהָכִי מִיַּתְּבָא דַּעְתֵּיהּ, בִּטְפֵי מֵהָכִי — לָא מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ.

Rava objecte : un kazayit en kedei akhilat pras (le temps de manger un demi-pain), et une kotevet en kedei akhilat pras ?! Abaye lui dit : les Sages ont pour tradition qu'en ce laps de temps son esprit s'apaise, et qu'au-delà de cela il ne s'apaise pas.

📜 Rachi (3)
כְּזַיִת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס קִים לָן (כְּרִיתוֹת דַּף יב:) בְּכָל אוֹתָן אִיסּוּרִין שֶׁשִּׁיעוּרָן בְּכַזַּיִת שֶׁאִם שָׁהָה בֵּין תְּחִילַּת אֲכִילַת הַשִּׁיעוּר לִגְמַר אֲכִילָתוֹ יוֹתֵר מִכְּדֵי אֲכִילַת פְּרָס אֵין מִצְטָרֵף עַד שֶׁיֹּאכַל כָּל הַשִּׁיעוּר בְּתוֹךְ כְּדֵי שְׁהִייַּת סְעוּדָה וְהִיא אֲכִילַת חֲצִי כִּכָּר שֶׁשִּׁיעֲרוּ בּוֹ אֶת הָעֵירוּב שֶׁהוּא מְזוֹן ב' סְעוּדוֹת כְּדִתְנַן חֶצְיָהּ לַבַּיִת הַמְנֻוגָּע שֶׁתָּלָה הַכָּתוּב שְׁהִיָּיתוֹ לְטַמֵּא בְּגָדִים כְּשִׁיעוּר אֲכִילָה:
Nous avons pour tradition (Keritot 12b) que, pour tous ces interdits dont la mesure est un kazayit, s'il s'est arrêté entre le début de la consommation de la mesure et son achèvement plus longtemps que kedei akhilat pras, il n'y a pas de cumul -- il faut qu'il mange toute la mesure dans le temps que dure un repas, à savoir la consommation d'un demi-pain, celui-là même par lequel on a mesuré le erouv, qui est la nourriture de deux repas, comme nous avons appris : "sa moitié pour la maison atteinte de nega" -- car l'Écriture a fixé le séjour qui rend les vêtements impurs à la durée d'un repas.
כַּכּוֹתֶבֶת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס בִּתְמִיהַּ יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁשִּׁיעוּר אֲכִילָתוֹ בְּכַכּוֹתֶבֶת אַף הוּא שִׁיעוּרוֹ צֵירוּף אֲכִילָתוֹ בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס וְאִם שָׁהָה יוֹתֵר מִכָּאן אֵין מִצְטָרֵף וּפָטוּר וְהָא כֵּיוָן דְּשִׁיעוּרוֹ גָּדוֹל בָּעֵי שֶׁהַיְּיָ' טְפֵי לְצֵירוּף אֲכִילָתוֹ וְהַשְׁתָּא קֻולָּא דְּפָטְרִי לֵיהּ:
Sur un ton d'étonnement : Yom Kippour, dont la mesure de consommation est une kotevet, aurait lui aussi pour règle que le cumul de sa consommation se fait en kedei akhilat pras -- de sorte que s'il s'est arrêté plus longtemps il n'y a pas cumul et il est exempt ? Or puisque sa mesure est plus grande, il faudrait un séjour plus long pour cumuler la consommation ; et voilà que c'est une indulgence, puisqu'on l'en exempte.
בִּטְפֵי מֵהָכִי אִם שָׁהָה יוֹתֵר מִיכֵּן לָא מְיַיתְּבָא דַּעְתֵּיהּ ויוה"כ בְּייִשּׁוּב הַדַּעַת תַּלְיָא מִילְּתָא דִּכְתִיב אֲשֶׁר לֹא תְּעֻונֶּה (וַיִּקְרָא כג):
S'il s'est arrêté plus longtemps que cela, son esprit ne s'apaise pas -- et à Yom Kippour tout dépend de l'apaisement de l'esprit, ainsi qu'il est écrit "celle qui ne s'affligera pas" (Vayikra 23).
💡 Explication

Rava change d'angle : il n'attaque plus la quantité mais le temps. Pour tous les interdits alimentaires, les bouchées ne se cumulent que si la mesure entière est ingérée à l'intérieur d'une fenêtre appelée kedei akhilat pras -- la durée qu'il faut pour manger un demi-pain. Au-delà, il n'y a pas de tseroufe (cumul) et l'homme est exempt.

La difficulté : à Yom Kippour la mesure est plus grande (une kotevet plutôt qu'un kazayit) et pourtant la fenêtre reste identique. Cela revient à une koula (indulgence) : on exempte plus facilement, alors qu'on aurait attendu un délai proportionnellement plus long.

Abaye répond avec la même formule, appliquée cette fois à l'envers : la fenêtre n'est pas un simple contenant proportionnel à la quantité. Elle exprime elle aussi le yichouv hadaat -- manger plus lentement que cela n'apaise plus l'esprit, et il n'y a donc rien à rallonger.

🖼️ Schéma
La kouchya de Rava : la mesure grandit, mais le chronomètre reste le même kedei akhilat pras = le temps de manger un demi-pain. C'est la fenêtre pendant laquelle les bouchées se cumulent. Interdits ordinaires fenêtre = kedei akhilat pras un kazayit (petit) Yom Kippour MÊME fenêtre = kedei akhilat pras une kotevet (plus grande) Rava : plus grande quantité dans le même temps, c'est donc une KOULA -- on exempte plus souvent. Abaye : la fenêtre n'est pas proportionnelle à la quantité. Manger plus lentement que cela n'apaise plus l'esprit -- donc rien à rallonger.
La kouchya de Rava : la mesure de Yom Kippour est plus grande que le kazayit ordinaire, mais la fenêtre de cumul reste la même.
6
מַתְקִיף לַהּ רָבָא: (בְּכוֹתֶבֶת) בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס, חֲצִי פְּרָס — בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס?! אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא: הַנַּח לְטֻומְאַת גְּווִיָּה דְּלָאו דְּאוֹרָיְיתָא הִיא.

Rava objecte : (une kotevet) en kedei akhilat pras, et un demi-pras en kedei akhilat pras ?! Rav Papa lui dit : laisse la toumat gvia (impureté du corps), car elle n'est pas de-oraita.

📜 Rachi (2)
חֲצִי פְּרָס שֶׁשִּׁיעוּרוֹ לִפְסֹול אֶת הַגְּוִיָּה לְאֹוכֶל אֳוכָלִין טְמֵאִין חֲצִי פְּרָס נִפְסַל גּוּפוֹ מִלֶּאֱכֹול בִּתְרוּמָה וַחֲצִי פְּרָס שִׁיעוּר גָּדוֹל הוּא כִּשְׁתֵּי בֵּיצִים שׂוֹחֲקוֹת כִּדְאָמְרִי' בְּעֵירוּבִין (דַּף פג.) וְאַף בֵּיהּ מַשְׁוִינַן שְׁהִיַּית צֵירוּפוֹ בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס וְתוּ לָא כֵּיוָן דְּשִׁיעוּרָא רַבָּה הוּא בִּטְפֵי מֵהָכִי לְיִצְטָרֵף:
Sa mesure, pour invalider le corps de celui qui mange des aliments impurs, est un demi-pras : son corps devient invalide pour consommer de la terouma. Et un demi-pras est une grande mesure -- comme deux œufs bien tassés, ainsi que nous le disons dans Erouvin (83a). Or la aussi nous fixons le séjour du cumul à kedei akhilat pras et pas davantage, alors que, puisque la mesure est grande, on devrait cumuler même au-delà.
הַנַּח לְטֻומְאַת גְּוִיָּה דְּלָאו דְּאוֹרָיְיתָא וְאַקִּילוּ רַבָּנָן בָּהּ:
Et les Sages y ont été indulgents.
🗂️ Tossefot (1)
וַחֲצִי פְּרָס בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס תֵּימַהּ לְרִיבָ"א בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יד.) מְפָרֵשׁ טַעְמָא דִּפְסוּל גְּוִויָּה מִשּׁוּם דְּזִימְנִין דְּאָכֵיל אֳוכָלִין טְמֵאִין וְשָׁדֵי מַשְׁקֶה דִּתְרוּמָה לְפֻומֵּיהּ וּמְטַמֵּא לְהוּ וא"כ בְּכַבֵּיצָה לִיפָּסֵל גּוּפֵיהּ כֵּיוָן דְּאִית בָּהֶן שִׁיעוּר לְטַמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין וְתֵירֵץ כֵּיוָן דְּגָזְרִי מִשּׁוּם דִּילְמָא שָׁדֵי מַשְׁקֶה תְּרוּמָה לְפֻומֵּיהּ וְקִים לְהוּ לְרַבָּנָן דְּבִבְצִיר מֵאֲכִילַת שְׁתֵּי בֵּיצִים אֵין אָדָם צָמֵא לִשְׁתּוֹת וְהוּא בְּעַצְמוֹ הִקְשָׁה לִדְבָרָיו שׁוֹתֶה מַשְׁקִין טְמֵאִין אַמַּאי אֵינוֹ טָמֵא עַד שֶׁיִּשְׁתֶּה רְבִיעִית כִּדְאִיתָא פ' קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ בְּמַסֶּכֶת מְעִילָה (דַּף יז:) הָא מַשְׁקֶה מְטַמֵּא אֲחֵרִים בְּמַשֶּׁהוּ כִּדְמוֹכַח בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף יד.) וּבִבְרָכוֹת פֶּרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (בְּרָכוֹת דַּף נב.) מִיהוּ לפר"ת שֶׁפֵּירֵשׁ דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא לָא מְטַמְּאוֹ אֶלָּא בִּרְבִיעִית וּמִדְּרַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר בְּמַשֶּׁהוּ נִיחָא דְּלָא רָצוּ לִגְזֹור אֶלָּא בְּמַשְׁקִין דִּמְטַמּוּ מִדְּאוֹרַיְיתָּא ור"ת פִּי' דִּשְׁתֵּי גְּזֵירוֹת הָווּ דְּמֵעִיקָּרָא גָּזַר בִּשְׁתֵּי בֵּיצִים דְּנִפְסַל גּוּפֵיהּ מִלֶּאֱכֹול בִּתְרוּמָה אֲבָל מֻותָּר לִיגַע וְכֵן מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּפְסוּל גְּוִיָּה וְלָאו טַעְמָא דִּמְפָרֵשׁ פ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יד.) אֶלָּא מִטַּעַם אַחַרְיַנָא כְּמוֹ דְּאָמְרִי כֵּיוָן דְּהָאוֹכֵל אֳוכָלִין טְמֵאִין מֻותָּר לֶאֱכֹול בִּתְרוּמָה אַף עַל גַּב דְּנָגְעִי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי בְּתוֹךְ הַגּוּף וְאָתֵי לְמֵימַר מַה לִי דְּנָגְעִי בְּגוּפוֹ מַה לִי בַּחוּץ וְאָתֵי לְמִישְׁרֵי לְהַגִּיעַ תְּרוּמָה לָאֳוכָלִים טְמֵאִין וא"ת א"כ בְּכַבֵּיצָה לִגְזֹור וְיֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּכִי אָכִיל כַּבֵּיצָה אֵין נִכְנָס לְמֵעָיו כַּבֵּיצָה שא"א שֶׁלֹּא יִשָּׁאֵר קְצָת בֵּין הַשִּׁינַּייִם וְהַחֲנִיכַייִם וְכֵיוָן דְּאַפֵּיקַת' מִכַּבֵּיצָה אוֹקְמָה אַשְּׁתֵי בֵּיצִים אֲבָל מַשְׁקִין סַגִּי בִּרְבִיעִית שֶׁאֵינָן נִשְׁאָרִים בֵּין הַחֲנִיכַיִים וְהַשִּׁינַּייִם ור"י הוֹסִיף עַל דְּבָרָיו לְפָרֵשׁ טַעְמָא לִשְׁתֵּי בֵּיצִים כֵּיוָן דְּאַפִּיקְתֵּיהּ מִכַּבֵּיצָה אוֹקְמָה אַחֲצִי שִׁיעוּר פְּרָס סְעוּדָה דְּבַיִת הַמְנֻוגָּע לְמָר כִּדְאִית לֵיהּ וּלְמָר כִּדְאִית לֵיהּ כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶרֶק כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין (עֵירוּבִין דַּף פג.) וְהַהִיא גְּזֵירָה דִּשְׁתֵּי בֵּיצִים גְּזֵירָה קַדְמוֹנִית הָיְתָה קֹודֶם י"ח דָּבָר טוּבָא תֵּדַע דַּהֲוָה ס"ד הָכָא דְּהִיא דְּאוֹרָיְיתָא דְּפָרִיךְ מונטמתם בָּם מִיכֵּן לִפְסֹול גְּוִיָּה מִן הַתּוֹרָה וְאִי לָא גְּזוּר אֶלָּא בי"ח דָּבָר בְּמַאי טָעֵי וְהָא י"ח דָּבָר יְדוּעִים לְכָל וּפָשַׁט אִיסּוּרָן כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק אֵין מַעֲמִידִין (ע"ז דַּף לו.) וְעוֹד א"כ חָסֵר לְהוּ מי"ח דָּבָר לְדִבְרֵי הַמַּקְשֶׁה ובי"ח דָּבָר גָּזְרוּ בָּתַר הָכֵי הָאוֹכֵל אֹוכֶל רִאשׁוֹן וְכוּ' אַפֵּי' בְּכַבֵּיצָה וּמִטַּעְמָא דְּהָתָם אֲפִילּוּ לִיגַע בִּתְרוּמָה נִפְסָל גּוּפוֹ:
Question du Riva : au premier chapitre de Chabbat (14a), on explique la raison du pessoul gvia par le fait qu'il arrive qu'un homme mange des aliments impurs puis porte à sa bouche une boisson de terouma et la rende impure. S'il en est ainsi, dès un kabeitza son corps devrait être invalide, puisqu'il y a là la mesure requise pour communiquer la toumat okhline (impureté des aliments). Il répond : puisque le décret vient de la crainte qu'il ne porte à sa bouche une boisson de terouma, les Sages ont pour tradition qu'avec moins que la consommation de deux œufs l'homme n'a pas soif de boire. Mais il s'est objecté à lui-même : celui qui boit des boissons impures, pourquoi n'est-il impur qu'à partir d'un revi'it, comme il est dit au chapitre Kodche Mizbeah de Meila (17b) ? Une boisson rend pourtant les autres choses impures en la moindre quantité, comme il ressort du premier chapitre de Pessahim (14a) et de Berakhot, chapitre Elou Devarim (52a). Toutefois, selon l'explication de Rabbenou Tam -- selon laquelle, de la Torah, les boissons ne rendent impur qu'en un revi'it, et c'est de rabanan qu'on a décrété dès la moindre quantité -- cela s'arrange : on n'a voulu décréter que pour les boissons qui rendent impur de la Torah. Rabbenou Tam explique en outre qu'il y eut deux décrets distincts : au départ on décréta à deux œufs que son corps est invalidé pour manger de la terouma, tout en lui restant permis d'y toucher -- et c'est bien ce que suggère l'expression pessoul gvia. Et la raison n'est pas celle exposée au premier chapitre de Chabbat (14a), mais une autre : puisqu'il est permis à celui qui a mangé des aliments impurs de manger de la terouma, bien que les uns et les autres se touchent à l'intérieur du corps, on en viendrait à dire "quelle différence entre un contact dans le corps et un contact au-dehors ?", et l'on finirait par autoriser le contact de la terouma avec des aliments impurs. Et si tu objectes : qu'on décrète alors dès un kabeitza ! On peut répondre : lorsqu'il mange un kabeitza, ce n'est pas un kabeitza entier qui entre dans ses entrailles, car il est impossible qu'il n'en reste pas un peu entre les dents et les gencives ; et puisque tu l'as écarté du kabeitza, fixe-le à deux œufs. Pour les boissons en revanche un revi'it suffit, car elles ne restent pas entre les gencives et les dents. Le Ri a ajouté à ces paroles une raison au chiffre de deux œufs : puisque tu l'as écarté du kabeitza, fixe-le à la moitié du pras du repas de la maison atteinte de nega -- chacun selon son opinion, comme il ressort du chapitre Keitsad Michtatfin (Erouvin 83a). Et ce décret des deux œufs était un décret ancien, antérieur aux dix-huit choses. La preuve : ici même on a pu penser qu'il était de la Torah, puisqu'on objecte à partir de "venitmetem bam" -- d'ici que le pessoul gvia est de la Torah. Or si l'on n'avait décrété que dans le cadre des dix-huit choses, sur quoi se serait-on trompé ? Les dix-huit choses sont connues de tous et leur interdit s'est répandu, comme il est dit au chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara 36a). En outre, s'il en était ainsi, il manquerait un décret aux dix-huit selon le questionneur. Et c'est dans les dix-huit choses qu'on décréta ensuite au sujet de celui qui mange un aliment de premier degré, etc., même en un kabeitza -- et pour la raison exposée là-bas, son corps est même invalidé pour toucher la terouma.
💡 Explication

Rava pousse son objection plus loin en comparant à un autre domaine : celui qui mange des aliments impurs devient pessoul gvia -- son corps est invalidé pour consommer de la terouma -- à partir d'un demi-pras, soit environ deux kabeitza, une mesure bien plus grande qu'une kotevet. Et pourtant, la même fenêtre de kedei akhilat pras s'y applique. Si la durée ne suit jamais la quantité, la difficulté devient générale.

C'est Rav Papa qui répond, et non plus Abaye -- et il change de registre : inutile de bâtir une kouchya sur la toumat gvia, car elle n'est pas de-oraita. C'est une institution rabbinique, et les Sages y ont été indulgents. Une norme rabbinique ne contraint pas la logique d'une norme de la Torah.

7
וּמִי אָמַר רַב פָּפָּא הָכִי? וְהָכְתִיב: ״וְלֹא תִטַּמְּאוּ בָּהֶם וְנִטְמֵתֶם בָּם״, וְאָמַר רַב פָּפָּא: מִכָּאן שֶׁטֻּומְאַת גְּווִיָּה דְּאוֹרָייְתָא! מִדְּרַבָּנָן, וּקְרָא — אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא.

Mais Rav Papa a-t-il vraiment dit cela ? N'est-il pas écrit : "Vous ne vous rendrez pas impurs par eux, et vous seriez rendus impurs par eux" -- et Rav Papa a dit : d'ici que la toumat gvia est de-oraita ! -- Elle est mide-rabanan, et le verset n'est qu'une asmakhta bealma (un simple appui scripturaire).

📜 Rachi (4)
וְלֹא תִּטַּמְּאוּ בָּהֶם גַּבֵּי אֲכִילָה כְּתִיב אַל תְּשַׁקְּצוּ אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם דְּהַייְנוּ אֲכִילָה וְלֹא תְּטַמְּאוּ בָּהֶם לֹא זוֹ הִיא אַזְהָרַת טֻומְאָה שֶׁהֲרֵי אֵין יִשְׂרָאֵל מֻוזְהָרִין מִלִּיטָּמֵא דִּכְתִיב אֱמֹור אֶל הַכֹּהֲנִים וְגוֹ' (וַיִּקְרָא כא) כֹּהֲנִים מֻוזְהָרִין וְאֵין יִשְׂרָאֵל מֻוזְהָרִין אֶלָּא אַזְהָרַת אֲכִילָתָן וּכְתִיב וְנִטְמֵתֶם בָּם מַשְׁמַע שֶׁעַל יְדֵי אֲכִילָתָן תְּטַמְּאוּ:
Ce verset est écrit à propos de la consommation : "ne rendez pas vos âmes abominables", ce qui vise l'acte de manger. Et "vous ne vous rendrez pas impurs par eux" n'est pas la mise en garde ordinaire contre l'impureté, car les Israélites ne sont pas mis en garde contre le fait de se rendre impurs -- ainsi qu'il est écrit "parle aux kohanim etc." (Vayikra 21) : les kohanim sont mis en garde, non les Israélites. C'est donc une mise en garde relative à leur consommation ; et il est écrit "venitmetem bam", ce qui indique que c'est par leur consommation que vous serez rendus impurs.
מִכָּאן לְטֻומְאַת גְּוִיָּה עַל יְדֵי אֳוכָלִין טְמֵאִין דְּאוֹרָיְיתָא:
D'ici que l'impureté du corps par des aliments impurs est de-oraita.
מִדְּרַבָּנָן דִּקְרָא לָאו לְטֻומְאָה אֲתָא שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר מְטַמֵּא אָדָם עַל יְדֵי אֲכִילָה אֶלָּא נִבְלַת עוֹף טָהוֹר:
Car le verset ne vient pas pour l'impureté : il n'existe rien qui rende un homme impur par sa consommation, hormis la nevela d'un oiseau pur.
אֶלָּא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא וְעִיקַּר קְרָא דָּרְשִׁינַן בְּפֶרֶק אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה (לְעֵיל יוֹמָא דַּף לט.) אָדָם מְטַמֵּא עַצְמוֹ מְעַט מְטַמְּאִין אוֹתוֹ הַרְבֵּה:
Et l'essentiel du verset, nous l'avons exposé au chapitre Amar lahem hamemouneh (plus haut, Yoma 39a) : l'homme se rend un peu impur, on le rend beaucoup impur.
💡 Explication

La guemara oppose à Rav Papa un énoncé de Rav Papa lui-même : commentant "vélo titam'ou bahem venitmetem bam" (Vayikra 11,43), il en avait tiré que l'impureté du corps par consommation d'aliments impurs est de-oraita. Contradiction directe avec ce qu'il vient de répondre à Rava.

Résolution : sa position réelle est que la loi est mide-rabanan ; le verset ne fonde pas la règle, il lui sert seulement de asmakhta -- un appui scripturaire, mnémonique et non normatif. Rachi ajoute que la vraie deracha du verset a été donnée plus haut dans le traité (Yoma 39a) : "l'homme se rend un peu impur, on le rend beaucoup impur".

🖼️ Schéma
La toumat gvia est-elle de-oraita ? Les deux propos de Rav Papa Ici (Yoma 80b) "Laisse la toumat gvia : elle n'est pas de-oraita." Donc on ne peut pas en tirer une objection contre Yom Kippour. Ailleurs Sur "venitmetem bam" (Vayikra 11,43) : "D'ici que la toumat gvia est de-oraita." Contradiction apparente entre les deux énoncés. Résolution : mide-rabanan Le verset n'est qu'une asmakhta bealma -- un simple appui scripturaire. Asmakhta : la loi est rabbinique, le verset sert de support mnémonique, non de source.
Les deux propos de Rav Papa sur la toumat gvia, et leur résolution par la notion d'asmakhta.
8
כָּל הָאֳוכָלִין. אָמַר רַב פָּפָּא: אָכַל אֻומְצָא וּמִילְחָא — מִצְטָרֵף. וְאַף עַל גַּב דְּלָאו אֲכִילָה הִיא, כֵּיוָן דְּאָכְלִי אִינָשֵׁי — מִצְטָרְפִין. אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: צִיר שֶׁעַל גַּבֵּי יָרָק מִצְטָרֵף לִכְכוֹתֶבֶת בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְּתֵימָא מַשְׁקֶה הוּא, קָא מַשְׁמָע לַן: כָּל אַכְּשׁוּרֵי אוּכְלָא — אוּכְלָא הוּא.

"Tous les aliments..." Rav Papa a dit : s'il a mangé de l'oumtsa (viande crue) avec le sel qui est dessus, ils se cumulent ; et bien que ce ne soit pas une akhila (un acte de manger à proprement parler), puisque les gens le mangent ainsi, ils se cumulent. Reich Lakich a dit : le tsir (saumure) qui est sur un légume se cumule pour former la kotevet à Yom Kippour. -- C'est évident ! -- On aurait pu dire que c'est un machke (une boisson) ; il nous enseigne donc que tout ce qui rend un aliment consommable est lui-même un aliment.

📜 Rachi (2)
אֻומְצָא וּמִילְחָא שֶׁעָלֶיהָ:
L'oumtsa et le sel qui est dessus.
אַכְּשׁוּרֵי אוּכְלָא מַשְׁקֶה הַבָּא לְמַתֵּק אֶת הָאֹוכֶל אוּכְלָא הוּא:
Un liquide qui vient adoucir l'aliment est lui-même un aliment.
💡 Explication

La guemara revient à la michna : "tous les aliments se cumulent pour former la kotevet". Deux cas limites en précisent la portée.

Rav Papa : la viande crue et le sel qui la recouvre se cumulent. Le sel pris seul n'est pas une akhila -- personne ne mange du sel pour lui-même -- mais l'usage social fait l'unité de l'acte : puisque les gens mangent ainsi, l'ensemble compte comme une seule consommation.

Reich Lakich : la saumure répandue sur un légume se cumule aussi. L'objection pechita (c'est évident) reçoit une réponse précise : sans cet enseignement on aurait classé le tsir comme machke, et un liquide ne se cumule pas avec du solide -- boire et manger étant deux mesures distinctes. D'où la règle : kol akhcharei okhla, okhla hou -- ce qui prépare l'aliment prend le statut d'aliment.

🖼️ Schéma
Ce qui se cumule dans la kotevet : deux cas limites La michna dit "tous les aliments se cumulent". Jusqu'où va ce "tous" ? Rav Papa -- oumtsa oumilha viande crue + le sel qui est dessus Objection : le sel seul, ce n'est pas manger. Réponse : puisque les gens le mangent AINSI, l'ensemble compte comme une seule akhila. -- ils se cumulent Reich Lakich -- tsir sur le légume saumure répandue sur un légume Objection : c'est évident, pourquoi le dire ? Réponse : on aurait pu croire que c'est un machke (boisson), qui ne se cumule pas au solide. -- ils se cumulent Kol akhcharei okhla -- okhla hou Tout ce qui sert à rendre l'aliment mangeable prend le statut d'aliment, même si, pris à part, ce serait un liquide ou un simple condiment.
Deux cas limites du cumul : le sel sur la viande crue et la saumure sur le légume -- et la règle qui les unifie.
9
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: הָאוֹכֵל אֲכִילָה גַּסָּה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים — פָּטוּר. מַאי טַעְמָא? ״אֲשֶׁר לֹא תְּעֻונֶּה״ כְּתִיב, פְּרָט לְמַזִּיק.

Reich Lakich a dit : celui qui mange une akhila gassa (une consommation excessive, forcée) à Yom Kippour est exempt. Quelle en est la raison ?

Il est écrit "celle qui ne s'affligera pas" -- ce qui exclut celui qui se nuit.

📜 Rachi (2)
אֲכִילָה גַּסָּה שֶׁאָכַל לֵילֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים עַל הִשָּׁבַע שֶׁהָיָה שָׂבֵעַ מִסְּעוּדָה שֶׁהִפְסִיק בָּהּ וְכָל מַה שֶּׁאָכַל מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה אֲכִילָה גַּסָּה הָיְתָה וְשֶׁלֹּא לַהֲנָאָה:
Il s'agit de celui qui a mangé la nuit de Yom Kippour par-dessus la satiété -- il était déjà rassasié du repas qu'il avait interrompu -- et tout ce qu'il a mangé après la tombée de la nuit était une akhila gassa, sans aucun plaisir.
פְּרָט לְמַזִּיק לָזֶה שֶׁאֵינוֹ מְבַטֵּל מִמֶּנּוּ שׁוּם עִינּוּי עַל יְדֵי אֲכִילָה זוֹ אֶלָּא מַזִּיק הוּא אֶת הָאֳוכָלִין וְאֶת עַצְמוֹ:
C'est-à-dire celui-là, qui n'annule par cette consommation aucune part de l'affliction, mais qui abîme les aliments et se nuit à lui-même.
💡 Explication

Nouveau principe, qui explique l'ensemble de la sougya à rebours. La akhila gassa est le fait de manger alors qu'on est déjà rassasié, au point que l'acte ne procure aucun plaisir : Rachi décrit l'homme qui s'était gavé la veille au soir et qui continue d'engloutir après la tombée de la nuit.

Cet homme est patour (exempt). La raison tient à la formulation du verset : la Torah n'interdit pas de manger à Yom Kippour, elle ordonne de ne pas cesser de s'affliger -- "acher lo teouneh" (Vayikra 23,29). Or ce gavage ne supprime aucune affliction : loin d'apaiser, il abîme les aliments et le corps. Il est peratt lemazik : le verset exclut celui qui se nuit.

10
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: זָר שֶׁאָכַל תְּרוּמָה אֲכִילָה גַּסָּה — מְשַׁלֵּם אֶת הַקֶּרֶן וְאֵינוֹ מְשַׁלֵּם אֶת הַחֹומֶשׁ. ״כִּי יֹאכַל״ — פְּרָט לְמַזִּיק. אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זָר

Rabbi Yirmeya a dit au nom de Reich Lakich : un zar (non-kohen) qui a mangé de la terouma en akhila gassa paie le keren (le principal) mais ne paie pas le h'omech (le cinquième). "Lorsqu'il mangera" -- ce qui exclut celui qui se nuit.

Rabbi Yirmeya a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : un zar

📜 Rachi (2)
זָר שֶׁאָכַל תְּרוּמָה בְּשׁוֹגֵג שֶׁחִייְּבוֹ הַכָּתוּב תַּשְׁלוּמֵי קֶרֶן וְחֹומֶשׁ פָּטוּר אִם אֲכָלָהּ עַל הִשָּׁבַע:
Par inadvertance -- cas dans lequel l'Écriture l'oblige à payer le principal et le cinquième : il en est exempt s'il l'a mangée par-dessus la satiété.
פְּרָט לְמַזִּיק אֶת הַתְּרוּמָה:
-- la terouma.
💡 Explication

Le principe de peratt lemazik se transpose hors de Yom Kippour. Un zar qui consomme par erreur de la terouma doit rembourser le keren et y ajouter un h'omech (Vayikra 22,14). S'il l'a fait en akhila gassa, il paie le keren -- le kohen a bien subi une perte matérielle -- mais non le h'omech, car le verset dit "ki yokhal", "lorsqu'il mangera" : la pénalité ne frappe que celui qui a réellement mangé.

La construction est remarquable : deux versets sans rapport, l'un sur l'affliction, l'autre sur la terouma, reçoivent la même lecture -- un acte de consommation sans consommation réelle n'est pas une akhila. Le segment s'interrompt sur "un zar..." ; l'enseignement de Rabbi Yo'hanan se poursuit en Yoma 81a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).