Yoma 81b -- la tosefet de Yom Kippour (ajouter du profane sur le sacré) et le repas du 9 Tichri ; puis la définition de l'aliment et de la boisson : poivre, gingembre, pousses de vigne, vinaigre.

Yoma 81b

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin d'un débat exégétique : d'où tirer la peine et l'avertissement frappant celui qui mange à Yom Kippour ? Rav Papa invoque un verset qui appelle le jour lui-même « chabbat » ; Rav A'ha bar Yaakov passe par une guezera chava etzem-etzem.

La guemara montre que Rav A'ha bar Yaakov ne peut pas emprunter la voie de Rav Papa, car les mots de Lv 23,32 lui servent déjà à fonder la tosefet — l'obligation d'ajouter du profane sur le sacré à l'entrée comme à la sortie, étendue de proche en proche aux fêtes et aux chabbatot, avec cette limite décisive : on n'est pas passible de karet pour la tosefet. Le tana de la guezera chava, lui, libère le mot « le neuf » pour la lecture de 'Hiya bar Rav de Difti : qui mange et boit le 9 Tichri est crédité d'un jeûne de deux jours.

La seconde moitié du daf change de registre et devient une enquête sur la notion d'aliment : mâcher du poivre ou du gingembre n'est pas manger, car ce n'est pas leur manière d'être consommés — mais l'orla, la bénédiction et la toumat okhline semblent dire le contraire. Un seul distinguo, frais ou sec, remet tout en ordre.

Il se prolonge dans les pousses de vigne (tendres jusqu'à quand ?), puis dans les boissons : saumure et mouryas exemptent, le vinaigre rend passible selon Rabbi. Le daf s'achève sur la mésaventure de Rav Guidel, dont l'exemption théorique fut reçue par tout un public comme une permission de boire.

D'où vient la sanction (karet) et l'interdiction explicite de manger à Yom Kippour ? Deux amoraim, deux chemins. Chacun doit ensuite justifier ce qu'il fait des mots restants du verset Lv 23,32. Rav Papa Le jour lui-même est appelé Chabbat tishbetu shabbatchem (Lv 23,32) vous chômerez votre chabbat Kippour a le statut du Chabbat pour la peine ET pour l'avertissement verset écrit sur le sujet lui-même (be-goufeh) Rav A'ha bar Yaakov Guezera chava (analogie de mots) etzem — etzem be-etzem ha-yom ha-ze : melacha → inouy Ce qui vaut pour le travail interdit vaut pour l'affliction (inouy) tishbetu shabbatchem lui sert à autre chose Pourquoi Rav Papa refuse la guezera chava Un verset écrit sur le sujet lui-même l'emporte sur une analogie de mots. Question résolue immédiatement. Pourquoi RABY refuse le verset be-goufeh Il a besoin de tishbetu shabbatchem pour la tosefet des fêtes et des chabbatot. C'est la réponse du segment 1-2.
Les deux dérivations de la sanction de l'inouy à Yom Kippour, et pourquoi chaque amora refuse celle de l'autre.
La tosefet : ajouter du profane sur le sacré, avant et après Yom Kippour On jeûne plus longtemps que le jour lui-même — mais le karet ne frappe que le cœur du jour (be-etzem ha-yom ha-ze). 9 Tichri (jour) TOSEFET avant bein ha- chemachot 10 TICHRI — le cœur du jour manger ou travailler : KARET bein ha- chemachot TOSEFET après 11 Tichri ba-erev + be-tich'a me-erev ad erev be-etzem ha-yom ha-ze : seul ce bloc est passible de karet L'échelle des mots (baraita, seg. 1-2) be-tich'a + ba-erev → on commence de jour me-erev ad erev → aussi à la sortie tishbetu → les fêtes (yamim tovim) shabbatchem → les chabbatot Règle dégagée Partout où la Tora dit chevout (repos), on ajoute du profane sur le sacré. Roch : la tosefet doit précéder bein ha-chemachot ; sa mesure reste indéterminée.
La tosefet : on prolonge le jeûne de part et d'autre du jour, mais le karet ne frappe que le coeur du jour.
Qu'est-ce qui compte comme aliment ou boisson à Yom Kippour ? La michna exempte qui a mangé des choses impropres à la consommation. La guemara passe en revue les cas limites. Le cas litigieux Poivre / gingembre frais (retiva) sec (yevechta) = aliment orla, bénédiction, passible à Kippour = non-aliment exempt (Rava), pas de bénédiction Feuillages pousses de vigne feuilles de roseau PASSIBLE si bourgeonnées après Roch ha-Chana EXEMPT jamais mangées Liquides vinaigre saumure (tzir) mouryas PASSIBLE selon Rabbi : il restaure l'âme EXEMPT on n'en boit pas Le critère qui traverse toute la sougya : la manière habituelle de consommer Rachi : mâcher du poivre n'est pas un apaisement de l'esprit (yichouv ha-daat) — ce n'est pas sa manière d'être mangé. Un même produit peut donc être aliment sous un état et non-aliment sous un autre : tout dépend de son état réel. Même grille dans les autres domaines : orla, maasser, tumat okhline, bénédictions, erouv. Ce n'est pas la substance qui est jugée, c'est l'usage qu'en font les hommes.
La seconde moitié du daf : ce qui compte, ou non, comme aliment et comme boisson.
1
הוּא גּוּפֵיהּ שַׁבָּת אִיקְּרִי, דִּכְתִיב: ״תִּשְׁבְּתוּ שַׁבַּתְּכֶם״. בִּשְׁלָמָא רַב פָּפָּא לָא אָמַר כְּרַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב — דִּקְרָא דִּכְתִיב בְּגוּפֵיהּ עֲדִיף. אֶלָּא רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כְּרַב פָּפָּא?

(Yom Kippour) lui-même est appelé « chabbat », comme il est écrit : « ... vous chômerez votre chabbat » (techbetou chabbatkhem, Lv 23,32). Soit : on comprend que Rav Papa n'ait pas dit comme Rav A'ha bar Yaakov — car un verset écrit sur le sujet lui-même (be-goufeh) est préférable (à une guezera chava).

Mais Rav A'ha bar Yaakov, quelle est sa raison de ne pas dire comme Rav Papa ?

📜 Rachi (2)
הִיא גּוּפָהּ שַׁבָּת אִיקְּרִי וּבְלָאו ג"ש נָמֵי נָפְקָא מִינֵּיהּ וּבֵיהּ דְּכֵיוָן דְּאִיקְרֵי שַׁבָּת לְעִנְיַן עִינּוּי הֲוָה לֵיהּ כְּשַׁבָּת לְעֹונֶשׁ וְאַזְהָרָה:
Lui-même est appelé chabbat - et même sans la guezera chava on le déduit de lui-même et par lui-même (minei ou-veh) : puisqu'il est appelé « chabbat » quant à l'affliction (inouy), il a le statut du Chabbat pour la peine et pour l'avertissement.
תִּשְׁבְּתוּ שַׁבַּתְּכֶם וּמִשַּׁבָּת שַׁבָּתוֹן לֹא גָּמַר דְּאִיקְרֵי שַׁבָּת דְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ לְרַבּוֹיֵי כָּל הָעִנְיָן כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ פִּרְקִין (יוֹמָא דַּף עַד.) שַׁבָּתוֹן שְׁבוּת אִי נָמֵי שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן הִיא לָאו יוֹמָא אִיקְּרִי שַׁבָּת אֶלָּא הָכִי קָאָמַר מָנוֹחַ' מַרְגּוֹעַ הִיא לָכֶם וְהֵיכָא נָמֵי דִּכְתִיב שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן הוּא לְשׁוֹן זָכָר אַף לְשׁוֹן מְנוּחָה הוּא לְשׁוֹן זָכָר אֲבָל יוֹמָא לָא אִיקְּרִי שַׁבָּת לְהָכִי נְקַט תִּשְׁבְּתוּ שַׁבַּתְּכֶם יַתִּירָא דְּהוּא גּוּפֵיהּ אִיקְּרִי שַׁבָּת:
Techbetou chabbatkhem - et de « chabbat chabbaton » il n'a pas déduit qu'il est appelé « chabbat », car ce membre de phrase lui est nécessaire pour inclure tout le sujet, comme il est dit au début de notre chapitre (Yoma 74a) : « chabbaton — chevout » (repos). Ou bien : (dans) « chabbat chabbaton hi lakhem », ce n'est pas le jour qui est appelé « chabbat » ; le verset dit plutôt : c'est pour vous un repos, une détente. Et là où il est écrit « chabbat chabbaton hou » au masculin, c'est parce que le mot menou'ha (repos) est lui aussi un terme masculin (dans ce contexte) — mais le jour, lui, n'est pas appelé « chabbat ». C'est pourquoi il retient le surplus « techbetou chabbatkhem » : lui-même est appelé « chabbat ».
💡 Explication

Le daf s'ouvre au cœur d'une discussion commencée plus haut : d'où la Tora tire-t-elle la peine (karet) et l'avertissement (azhara) frappant celui qui mange à Yom Kippour ? Rav Papa répond : le jour est lui-même appelé « chabbat » par le verset techbetou chabbatkhem ; il hérite donc du régime du Chabbat. Rav A'ha bar Yaakov passe, lui, par une guezera chava (analogie de mots identiques) sur etzem, mot présent à la fois dans le verset du travail interdit et dans celui de l'affliction.

La guemara procède alors à son contrôle habituel : chaque maître doit expliquer pourquoi il rejette la solution de l'autre. Le premier sens est facile — un verset qui parle directement du sujet (be-goufeh) l'emporte toujours sur une analogie. Le second sens est la vraie question, et sa réponse occupe les deux segments suivants.

🖼️ Schéma
D'où vient la sanction (karet) et l'interdiction explicite de manger à Yom Kippour ? Deux amoraim, deux chemins. Chacun doit ensuite justifier ce qu'il fait des mots restants du verset Lv 23,32. Rav Papa Le jour lui-même est appelé Chabbat tishbetu shabbatchem (Lv 23,32) vous chômerez votre chabbat Kippour a le statut du Chabbat pour la peine ET pour l'avertissement verset écrit sur le sujet lui-même (be-goufeh) Rav A'ha bar Yaakov Guezera chava (analogie de mots) etzem — etzem be-etzem ha-yom ha-ze : melacha → inouy Ce qui vaut pour le travail interdit vaut pour l'affliction (inouy) tishbetu shabbatchem lui sert à autre chose Pourquoi Rav Papa refuse la guezera chava Un verset écrit sur le sujet lui-même l'emporte sur une analogie de mots. Question résolue immédiatement. Pourquoi RABY refuse le verset be-goufeh Il a besoin de tishbetu shabbatchem pour la tosefet des fêtes et des chabbatot. C'est la réponse du segment 1-2.
Les deux dérivations en présence et les deux questions de la guemara.
2
מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא: ״וְעִנִּיתֶם אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם בְּתִשְׁעָה לַחֹודֶשׁ״. יָכוֹל יַתְחִיל וְיִתְעַנֶּה בְּתִשְׁעָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בָּעֶרֶב״. אִי בָּעֶרֶב — יָכוֹל מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּתִשְׁעָה״. הָא כֵיצַד? מַתְחִיל וּמִתְעַנֶּה מִבְּעוֹד יוֹם, מִכָּאן שֶׁמּוֹסִיפִין מֵחֹול עַל הַקֹּודֶשׁ.

Il lui est nécessaire pour ce qui a été enseigné (dans une baraita) : « Et vous affligerez vos âmes le neuf du mois » (Lv 23,32). On aurait pu croire qu'il commence et jeûne dès le neuf — l'enseignement dit : « au soir ».

Si « au soir », on aurait pu croire (que cela ne commence) qu'à la tombée de la nuit — l'enseignement dit : « le neuf ». Comment donc (concilier) ?

Il commence et jeûne alors qu'il fait encore jour ; de là (on apprend) que l'on ajoute du profane sur le sacré (mossifin me-'hol al ha-kodech).

📜 Rachi (1)
מִיבַּעְיָא לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא לִשְׁאָר יָמִים טוֹבִים וְלֹא אַיּוֹם כִּפּוּרִים קָאֵי:
Il lui est nécessaire pour ce qui a été enseigné - (à savoir) pour les autres fêtes, et cela ne porte pas sur Yom Kippour.
💡 Explication

Réponse à la question du segment précédent : Rav A'ha bar Yaakov ne peut pas se servir de techbetou chabbatkhem comme d'une preuve, parce que ces mots lui servent déjà à fonder la tosefet — l'obligation de prolonger le jour saint sur le profane, avant et après.

La baraita procède par corrections successives : un mot pose une hypothèse, le mot suivant l'écarte, et le sens final se loge dans l'espace laissé entre les deux. « Le neuf » seul ferait jeûner tout le 9 Tichri ; « au soir » seul ferait attendre la nuit ; leur tension impose un point intermédiaire : on commence alors qu'il fait encore jour.

🖼️ Schéma
Le verset Lv 23,32 démonte mot à mot par la baraita Chaque mot corrige l'hypothèse que le mot précédent aurait permise. Le sens final naît de leur tension. et vous affligerez vos âmes LE NEUF du mois AU SOIR, DU SOIR AU SOIR VOUS CHÔMEREZ VOTRE CHABBAT le neuf hypothèse : jeûner tout le 9 Tichri → au soir correction : non, seulement au soir → le neuf (à nouveau) correction : pas après la tombée de la nuit → on commence de jour = la tosefet Puis on étend la règle, mot par mot du soir au soir aussi à la SORTIE vous chômerez aussi les FÊTES votre chabbat aussi les CHABBATOT Règle générale partout où est dit chevout, on ajoute C'est précisément parce qu'il consomme tous ces mots que Rav A'ha bar Yaakov ne peut pas s'en servir, comme Rav Papa, pour fonder la sanction de l'inouy : ils sont déjà employés ailleurs.
Le verset démonte mot à mot : chaque terme corrige l'hypothèse du précédent.
3
וְאֵין לִי אֶלָּא בִּכְנִיסָתוֹ, בִּיצִיאָתוֹ מִנַּיִן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מֵעֶרֶב עַד עֶרֶב״. וְאֵין לִי אֶלָּא יוֹם הַכִּפּוּרִים, (יָמִים טוֹבִים) מִנַּיִין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תִּשְׁבְּתוּ״. אֵין לִי אֶלָּא (יָמִים טוֹבִים, שַׁבָּתוֹת) מִנַּיִן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שַׁבַּתְּכֶם״. הָא כֵיצַד? כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר שְׁבוּת, (מִכָּאן ש)מוֹסִיפִין מֵחֹול עַל הַקֹּודֶשׁ.

Et je n'ai (ainsi appris la tosefet qu')à son entrée ; à sa sortie, d'où (le tirer) ? L'enseignement dit : « du soir au soir ».

Et je n'ai (appris) que Yom Kippour ; (les fêtes) d'où ? L'enseignement dit : « vous chômerez » (techbetou).

Je n'ai (appris) que (les fêtes ; les) chabbatot, d'où ? L'enseignement dit : « votre chabbat » (chabbatkhem).

Comment donc ? Partout où il est dit « chevout » (repos), (de là que) l'on ajoute du profane sur le sacré.

⚖️ Rosh (1)
[דַּף פֹּא ע"ב] ת"ר וְעִנִּיתֶם אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם בְּתִשְׁעָה לַחֹדֶשׁ יָכוֹל בְּתִשְׁעָה תַּלְמוּד לוֹמַר בָּעֶרֶב אִי בָּעֶרֶב יָכוֹל מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ תַּלְמוּד לוֹמַר בְּתִשְׁעָה. הָא כֵּיצַד מַתְחִיל וּמִתְעַנֶּה מִבְּעוֹד יוֹם מִכָּאן שֶׁמּוֹסִיפִין מִן חוֹל עַל הַקֹּדֶשׁ. אֵין לִי אֶלָּא לְפָנָיו לְאַחֲרָיו מִנַּיִן תַּלְמוּד לוֹמַר מֵעֶרֶב עַד עֶרֶב. וְאֵין לִי אֶלָּא יוֹם הַכִּפּוּרִים שַׁבַּת בְּרֵאשִׁית מִנַּיִן תַּלְמוּד לוֹמַר תִּשְׁבְּתוּ. יו"ט מִנַּיִן תַּלְמוּד לוֹמַר שַׁבַּתְּכֶם. כָּל שַׁבָּת שֶׁאַתָּה שׁוֹבֵת אַתָּה מוֹסִיף לָהּ בֵּין מִלְּפָנֶיהָ בֵּין מִלְּאַחֲרֶיהָ. יָכוֹל יְהֵא חַיָּיב כָּרֵת עַל הַתּוֹסֶפֶת תַּלְמוּד לוֹמַר וְהַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר תַּעֲשֶׂה כָּל מְלָאכָה בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה וְהַאֲבַדְתִּי עַל עִיצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם עָנוּשׁ כָּרֵת אֲבָל אֵינוֹ עָנוּשׁ כָּרֵת עַל הַתּוֹסֶפֶת. יָכוֹל לֹא יְהֵא עָנוּשׁ כָּרֵת עַל הַתּוֹסֶפֶת מְלָאכָה אֲבָל יְהֵא עָנוּשׁ כָּרֵת עַל הַתּוֹסֶפֶת עִינּוּי תַּלְמוּד לוֹמַר כִּי כָל הַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר לֹא תְעֻונֶּה בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה וְנִכְרְתָה עַל עִיצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם עָנוּשׁ כָּרֵת וְאֵינוֹ עָנוּשׁ כָּרֵת עַל הַתּוֹסֶפֶת שֶׁל יוֹם. וְתוֹסֶפֶת זֶה צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא קֹודֶם בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. דְּאִילּוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת סָפֵק יוֹם סָפֵק לַיְלָה הוּא וְאִם עָשָׂה מְלָאכָה בִּשְׁנֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת בְּשׁוֹגֵג חַיָּיב חַטָּאת (שַׁבָּת לה:) וְאֵינָהּ נִקְרֵאת תּוֹסֶפֶת דִּבְלָאו רִיבּוּי דִּקְרָא צָרִיךְ לִפְרוֹשׁ מִסָּפֵק וְגַם סְפֵק כָּרֵת יֵשׁ בּוֹ אֶלָּא קֹודֶם בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁהוּא מַהֲלַךְ אֶלֶף וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת אַמָּה קֹודֶם הַלַּיְלָה צָרִיךְ לְהוֹסִיף מִן הַחֹול עַל הַקֹּדֶשׁ. וְתוֹסֶפֶת זֶה לֹא נִתְבָּרֵר שִׁיעוּרוֹ אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ לָאו תּוֹסֶפֶת כָּל דְּהוּ קָאָמַר מִדְּאָמְרִי' בְּמַסֶּכֶת יו"ט בְּרֵישׁ פֶּרֶק הַמֵּבִיא (דַּף ל.) וּבְשַׁבָּת פֶּרֶק שׁוֹאֵל (דַּף קֶמַח:) דְּהָא תּוֹסֶפֶת דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים דְּאוֹרָיְיתָא הוּא. וְהָא נָשֵׁי דִּידַן דְּאָכְלוּ וְשָׁתוּ עַד אֻורְתָּא וְלָא מָחֵינַן בְּהוּ. וּמִסְּתָמָא לֹא הָיוּ אוֹכְלוֹת לְגַמְרֵי עַד חֲשֵׁיכָה שֶׁאֵינָן יְכוֹלוֹת לְצַמְצֵם. אֶלָּא פֵּירְשׁוּ קֹודֶם עִיצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם וְגַם מִסְּפֵיקוֹ אֶלָּא שֶׁבַּתּוֹסֶפֶת הָיוּ מְזַלְזְלוֹת. אַלְמָא לָאו בְּתוֹסֶפֶת כָּל דְּהוּ אָמְרִינַן אֶלָּא שֶׁלֹּא נִתְבָּרֵר שִׁיעוּרוֹ וְצָרִיךְ לִפְרוֹשׁ קֹודֶם בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מְעַט. וְכֵן מוֹצָאֵי יוה"כ אַחַר צֵאת הַכּוֹכָבִים צָרִיךְ לְהוֹסִיף מְעַט:
[Page 81b] Nos maîtres ont enseigné : « Et vous affligerez vos âmes le neuf du mois » — on aurait pu croire (que le jeûne a lieu) le neuf : l'enseignement dit « au soir » ; si « au soir », on aurait pu croire (que c'est) à partir de la nuit tombée : l'enseignement dit « le neuf ». Comment donc ? Il commence et jeûne alors qu'il fait encore jour ; de là que l'on ajoute du profane sur le sacré. Je n'ai (appris que la tosefet) avant lui ; après lui, d'où ? L'enseignement dit « du soir au soir ». Et je n'ai (appris) que Yom Kippour ; le chabbat de la Création (le chabbat hebdomadaire), d'où ? L'enseignement dit « techbetou ». La fête (yom tov), d'où ? L'enseignement dit « chabbatkhem ». Tout chabbat que tu chômes, tu lui ajoutes aussi bien avant qu'après. On aurait pu croire que l'on est passible de karet pour la tosefet : l'enseignement dit « et l'âme qui fera un travail quelconque en ce jour même (be-etzem ha-yom ha-ze), je la ferai périr » — c'est pour le cœur même du jour que l'on est puni de karet, mais on n'est pas puni de karet pour la tosefet. On aurait pu croire qu'il n'est pas puni de karet pour la tosefet de travail, mais qu'il l'est pour la tosefet d'affliction : l'enseignement dit « car toute âme qui ne s'affligera pas en ce jour même sera retranchée » — c'est pour le cœur même du jour que l'on est puni de karet, et non pour la tosefet du jour. Et cette tosefet doit se situer AVANT bein ha-chemachot (le crépuscule). Car bein ha-chemachot est un doute — peut-être jour, peut-être nuit — et si quelqu'un a fait un travail durant les deux bein ha-chemachot (celui de l'entrée et celui de la sortie) par inadvertance, il est tenu d'un sacrifice expiatoire ('hatat) (Chabbat 35b) ; cela ne s'appelle donc pas une tosefet, puisque même sans l'inclusion tirée du verset il devrait s'abstenir par doute, et qu'il y a là aussi un doute de karet. C'est donc avant bein ha-chemachot — lequel représente une marche de mille cinq cents coudées avant la nuit — qu'il faut ajouter du profane sur le sacré. Et la mesure de cette tosefet n'a pas été clarifiée. Mais force est de dire qu'il ne s'agit pas d'une tosefet minime quelconque, puisque nous disons au traité Yom Tov (Beitza), au début du chapitre ha-Mevi (30a), et à Chabbat, chapitre Choel (148b) : « la tosefet de Yom Kippour est de la Tora — or voici nos femmes qui mangent et boivent jusqu'au soir, et nous ne les en empêchons pas ». Or il est vraisemblable qu'elles ne mangeaient pas littéralement jusqu'à la nuit, car elles ne peuvent pas calculer au plus juste ; elles s'abstenaient donc avant le cœur du jour, et même avant sa zone de doute — simplement, elles prenaient la tosefet à la légère. Il en ressort que ce n'est pas d'une tosefet minime quelconque que l'on parle : sa mesure n'a pas été clarifiée, et il faut s'abstenir un peu avant bein ha-chemachot. De même, à l'issue de Yom Kippour, après la sortie des étoiles, il faut ajouter un peu.
💡 Explication

La baraita étend maintenant la règle par paliers, en consommant un à un les mots du verset : me-erev ad erev donne la tosefet de sortie, techbetou l'étend aux fêtes, chabbatkhem aux chabbatot. La conclusion est une règle générale : partout où la Tora emploie le vocabulaire du chevout (repos), l'obligation d'ajouter s'applique.

C'est cette consommation intégrale du verset qui prive Rav A'ha bar Yaakov de l'argument de Rav Papa : les mots ne sont pas disponibles pour un second usage. Le Roch tire ici les conséquences pratiques : la tosefet est une obligation de la Tora, mais on n'est pas passible de karet pour elle, et sa mesure exacte n'a jamais été fixée.

🖼️ Schéma
La tosefet : ajouter du profane sur le sacré, avant et après Yom Kippour On jeûne plus longtemps que le jour lui-même — mais le karet ne frappe que le cœur du jour (be-etzem ha-yom ha-ze). 9 Tichri (jour) TOSEFET avant bein ha- chemachot 10 TICHRI — le cœur du jour manger ou travailler : KARET bein ha- chemachot TOSEFET après 11 Tichri ba-erev + be-tich'a me-erev ad erev be-etzem ha-yom ha-ze : seul ce bloc est passible de karet L'échelle des mots (baraita, seg. 1-2) be-tich'a + ba-erev → on commence de jour me-erev ad erev → aussi à la sortie tishbetu → les fêtes (yamim tovim) shabbatchem → les chabbatot Règle dégagée Partout où la Tora dit chevout (repos), on ajoute du profane sur le sacré. Roch : la tosefet doit précéder bein ha-chemachot ; sa mesure reste indéterminée.
La frise du jour : tosefet avant, cœur du jour passible de karet, tosefet après.
4
וְתַנָּא דִּ״עֶצֶם״ ״עֶצֶם״, הַאי ״בְּתִשְׁעָה לַחֹודֶשׁ״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתָנֵי חִיָּיא בַּר רַב מִדִּיפְתִּי. דְּתָנֵי חִיָּיא בַּר רַב מִדִּיפְתִּי: ״וְעִנִּיתֶם אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם בְּתִשְׁעָה״, וְכִי בְּתִשְׁעָה מִתְעַנִּין? וַהֲלֹא בֶּעָשׂוֹר מִתְעַנִּין! אֶלָּא לוֹמַר לָךְ: כָּל הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בִּתְשִׁיעִי, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ הִתְעַנָּה תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי.

Et le tana qui (tire sa loi) de la guezera chava « etzem » — « etzem », ce « le neuf du mois », qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour ce qu'a enseigné 'Hiya bar Rav de Difti.

Car 'Hiya bar Rav de Difti a enseigné : « Et vous affligerez vos âmes le neuf » — est-ce donc le neuf que l'on jeûne ? N'est-ce pas le dix que l'on jeûne !

Mais (le verset vient) te dire : quiconque mange et boit le neuvième (jour), l'Écriture le lui compte comme s'il avait jeûné le neuvième et le dixième.

📜 Rachi (2)
וְתַנָּא דְּעֶצֶם עֶצֶם מִדְּאִיצְטְרִיךְ לִמְעוּטֵי לְתוֹסֶפֶת הַחֹול מֵעֹונֶשׁ וּמֵאַזְהָרָה מִמֵּילָא שָׁמְעִינַן דְּמוֹסִיפִין וְהַאי וְעִנִּיתֶם בְּתִשְׁעָה מַאי עָבֵיד לֵיהּ:
Et le tana de etzem-etzem - puisqu'il a fallu (un verset) pour exclure la tosefet du profane de la peine et de l'avertissement, on apprend d'office que l'on ajoute (la tosefet existe) ; alors ce « et vous affligerez vos âmes le neuf », qu'en fait-il ?
כָּל הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה וְכוּ' וְהָכִי מַשְׁמַע קְרָא וְעִנִּיתֶם בְּתִשְׁעָה כְּלוֹמַר הַתְקֵן עַצְמְךָ בְּתִשְׁעָה שֶׁתּוּכַל לְהִתְעַנּוֹת בַּעֲשָׂרָה וּמִדָּאֳפָקֶיהָ קְרָא בִּלְשׁוֹן עִינּוּי לוֹמַר לָךְ הֲרֵי הוּא כְּאִלּוּ מִתְעַנֶּה בְּתִשְׁעָה:
Quiconque mange et boit, etc. - et voici ce que le verset signifie : « et vous affligerez vos âmes le neuf » , c'est-à-dire : prépare-toi le neuf de façon à pouvoir jeûner le dix. Et puisque le verset l'a formulé dans le vocabulaire de l'affliction (inouy), c'est pour te dire : le voici comme s'il avait jeûné le neuf.
💡 Explication

Retournement de perspective : jusqu'ici on demandait à Rav A'ha bar Yaakov ce qu'il faisait du verset. On demande maintenant au tana de la guezera chava etzem-etzem ce qu'il fait, lui, du mot be-tich'a (« le neuf »). Comme l'explique Rachi, ce tana n'a pas besoin de ce mot pour la tosefet : il la déduit indirectement du fait que la Tora a dû exclure la tosefet de la peine, ce qui suppose bien qu'elle existe.

Le mot est donc libre pour une lecture célèbre : manger la veille de Kippour est compté comme un jeûne. Le verset dit « affligez-vous le neuf » alors qu'on mange le neuf — c'est ce paradoxe même qui porte le message.

🖼️ Schéma
Manger le 9 vaut jeûner le 9 (Hiya bar Rav de Difti) La Tora dit d'affliger son âme LE NEUF. Or on jeûne le dix. Le paradoxe est le message. 9 Tichri on MANGE et on BOIT Rachi : prépare-toi à pouvoir jeûner 10 Tichri on JEÛNE le jeûne réel de Yom Kippour Compte porte au crédit de celui qui mange le 9 : DEUX jours de jeûne Le verset emploie le mot inouy (affliction) pour un jour où l'on mange — d'où la lecture. Nafka mina exégétique : ce verset étant déjà pris pour cette derasha, le tana de la guezera chava etzem-etzem doit fonder la tosefet ailleurs.
Le repas du 9 Tichri compte comme un jour de jeûne supplémentaire.
5
אָכַל אֳוכָלִין שֶׁאֵין רְאוּיִן לַאֲכִילָה. אָמַר רָבָא: כַּס פִּלְפְּלֵי בְּיוֹמָא דְכִפּוּרֵי — פָּטוּר. כַּס זַנְגְּבִילָא בְּיוֹמָא דְכִפּוּרֵי — פָּטוּר.

« (Celui qui) a mangé des aliments impropres à la consommation » (michna). Rava a dit : celui qui mâche du poivre (kas pilpeli) le jour de Kippour — exempt (patour).

Celui qui mâche du gingembre (zangvila) le jour de Kippour — exempt.

📜 Rachi (1)
כַּס פִּלְפְּלִין אֵין זֶה ייִשּׁוּב הַדַּעַת שֶׁאֵין זֶה דֶּרֶךְ אֲכִילָתוֹ:
Celui qui mâche du poivre - ce n'est pas un apaisement de l'esprit (yichouv ha-daat), car ce n'est pas sa manière d'être mangé.
💡 Explication

Nouvelle sougya : le daf quitte l'exégèse des versets pour revenir à la michna, qui exempte celui qui a ingéré des choses impropres à la consommation. La question devient concrète : qu'est-ce qu'un aliment ?

Rava tranche deux cas d'épices. Rachi donne le critère : mâcher du poivre n'apporte aucun yichouv ha-daat (apaisement, rétablissement de l'esprit) — et surtout, ce n'est pas sa manière d'être mangé (derekh akhilato). L'interdit de Kippour ne vise pas toute ingestion, mais la consommation telle que les hommes la pratiquent.

6
מֵיתִיבִי, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַעֲרַלְתֶּם עָרְלָתוֹ אֶת פִּרְיוֹ״, אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁעֵץ מַאֲכָל הוּא! אֶלָּא מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״עֵץ מַאֲכָל״? עֵץ שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה, הֱוֵי אוֹמֵר זֶה פִּלְפְּלִין, לְלַמֶּדְךָ שֶׁהַפִּלְפְּלִין חַיָּיבִין בְּעָרְלָה. וְאֵין אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל חֲסֵרָה כְּלוּם, שֶׁנֶּאֱמַר ״לֹא תֶחְסַר כֹּל בָּהּ״!

On objecte (à Rava) : Rabbi Meir disait : de ce qui est dit « vous tiendrez pour incirconcis son incirconcision, son fruit » (Lv 19,23), ne sais-je pas déjà qu'il s'agit d'un arbre à nourriture ! Alors que vient enseigner « arbre à nourriture » ?

Un arbre dont le bois et le fruit ont le même goût — dis que c'est le poivre — pour t'apprendre que les poivres sont soumis à l'orla. Et la terre d'Israël ne manque de rien, comme il est dit : « tu n'y manqueras de rien » (Dt 8,9) !

📜 Rachi (2)
מֵיתִיבִי וְכוּ' אַלְמָא מַאֲכָל קָרֵי לֵיהּ:
On objecte, etc. - il ressort donc qu'on l'appelle un aliment.
שֶׁהַפִּלְפְּלִין חַיָּיבִין בְּעָרְלָה מִין אִילָן הוּא:
Que les poivres sont soumis à l'orla - c'est une espèce d'arbre.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהַפִּלְפְּלִין חַיָּיבִין בְּעָרְלָה אֵין לְהַקְשׁוֹת כְּמוֹ שֶׁחַיָּיבִין בְּעָרְלָה חַייָּבִין נָמֵי בְּמַעֲשֵׂר וְכֵיוָן שֶׁחַיָּיבִין בְּמַעֲשֵׂר מְטַמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִין כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק בָּא סִימָן (נִדָּה דַּף נ.) כֹּל שֶׁחַיָּיב בְּמַעֲשֵׂר מִטַּמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין אַלְּמָה תַּנְיָא הָתָם נִמְנוּ וְגָמְרוּ אֵין מְטַמְּאִין טֻומְאַת אֳוכָלִין די"ל הָא בְּרַטִּיבְתָּא הָא בְּיַבִּישְׁתָּא אֲבָל ה"ר שִׁמְעוֹן מיינביל"א הִקְשָׁה מֵהָא דְּאָמְרִי' בְּפֶ' בְּכָל מְעָרְבִין (עִירִיבִין דַּף כֹּח.) זֶרַע גַּרְגִּיר מִתְעַשֵּׂר וְכוּ' עַד זֶרַע גַּרְגִּיר לְמַאי חֲזֵי שֶׁכֵּן רִאשׁוֹנִים שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם פִּלְפְּלִין שׁוֹחֲקִין אוֹתוֹ וּמַטְבִּילִין בּוֹ אֶת הַצָּלִי וא"כ כָּל שֶׁכֵּן פִּלְפְּלִין דַּעֲדִיפֵי טְפֵי וְאַפֵּי' יַבִּישְׁתָּא חַיָּיב בְּמַעֲשֵׂר וְכֵיוָן דְּחַיָּיב בְּמַעֲשֵׂר יְטַמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין וְי"ל דְּוַדַּאי אוֹתָן פִּלְפְּלִין שֶׁנִּשְׁחָקִין וְגוֹבְלִין אוֹתָן בְּמַיִם כְּעֵין שֶׁעוֹשִׂין לְטַבֵּל בּוֹ דָּבָר הָנְהוּ חֲזוּ בְּעֵינַיְיהוּ לַאֲכִילָה וְחַייָּבִין בְּמַעֲשֵׂר וּמְטַמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין אֲבָל אוֹתָם שֶׁלֹּא נִגְבְּלוּ בְּמַיִם שֶׁנִּטְחֲנוּ וְנֵידוּקוּ כְּעַפְרוּרִית בְּעָלְמָא כְּעֵין שֶׁעוֹשִׂין לָתֵת לְתוֹךְ הַקְּדֵירָה הָנְהוּ פְּטוּרִין מִן הַמַּעֲשֵׂר דְּלָא חֲזוּ לַאֲכִילָה הָכִי וְאֵין מִטַּמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִין אִי נָמֵי י"ל דְּזֶרַע גַּרְגִּיר אֵינוֹ חַיָּיב בְּמַעֲשֵׂר מִשּׁוּם הָא מִילְּתָא לְחוּד שֶׁמַּטְבִּילִין בּוֹ צָלִי אֶלָּא לְאַחַר שְׁחִיקָתוֹ חֲזִי לְמֵיכַל נָמֵי בְּעֵינֵיהּ וּמִשּׁוּם הָכִי חַייָּב בְּמַעֲשֵׂר וְהָא דִּנְקַט הָתָם וּמַטְבִּילִין בּוֹ צָלִי וְלָא נְקַט דְּאָכְלִי לֵיהּ נָמֵי בְּעֵינֵיהּ מִשּׁוּם דְּעִיקַּר שְׁחִיקָתוֹ כְּדֵי לְטַבֵּל בּוֹ אֲבָל פִּלְפְּלִין דְּאַפֵּי' בָּתַר שְׁחִיקָתָן לָא חֲזוּ בְּעֵינַיְיהוּ לָא מִחַייְּבִי וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת עַל הַהִיא מַתְנִיתִין דְּנִדָּה וַהֲרֵי תַּבְלִין דְּחַיָּיבִין בְּמַעֲשֵׂר כִּדְאָמְרִינַן פּ"ק דְּחֻולִּין (דַּף ו.) וְאִם אָמַר לָהּ עֲשִׂי לִי מִשֶּׁלִּיכִי חוֹשֵׁשׁ לִשְׂאוֹר וְתַבְלִין שֶׁבָּהּ מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר וּמִשּׁוּם שְׁבִיעִית וְאֵין מִטַּמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִין כִּדְמוֹכַח בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (שָׁם דַּף קכ.) דִּמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא מַאי קֵיפֶה פִּירְמָא וּפָרִיךְ אַבַּיֵּי הִיא עַצְמָהּ תְּטַמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין אֶלָּא מַאי קֵיפֶה תַּבְלִין וּמִיהוּ י"ל דְּחוֹשֵׁשׁ מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר דְּקָתָנֵי לָא קָאֵי אֶלָּא אַשְּׂאוֹר אֲבָל מִשּׁוּם שְׁבִיעִית קָאֵי אַתַּרְוַיְיהוּ דְּאַפֵּי' אָוכְלֵי בְּהֵמָה יֵשׁ מֵהֶן שֶׁחַייָּבִין בַּשְּׁבִיעִית כִּדְמוֹכַח בְּמַס' שְׁבִיעִית (פ"ח מִשְׁנָה א) וְלָא נְהִירָא דִּבְפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף כט.) תַּנְיָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר עֻוכְלָא תַּבְלִין וְלִיטְרָא יָרָק וּפִי' רַשִׁ"י דְּקָאֵי אַאֵין פּוֹחֲתִין לֶעָנִי בַּגֹּורֶן אַלְמָא תַּבְלִין חַייָּבִין בְּמַעֲשֵׂר וי"ל שֶׁיֵּשׁ מִינֵי תַּבְלִין הַרְבֵּה יֵשׁ מֵהֶן דְּעִיקָּרָן לְטַעְמָא עֲבִידִי וְהָנְהוּ פְּטוּרִין מִן הַמַּעֲשֵׂר וְאֵין מִטַּמְּאִין טֻומְאַת אֳוכָלִין וּבְהָנְהוּ מַיְירֵי בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קכ.) וְיֵשׁ מֵהֶן דַּחֲזוּ לַאֲכִילָה בְּעֵינַייְהוּ כְּגוֹן בָּצָל וְקַפְלוֹט וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם פְּעָמִים שֶׁמְּתַבְּלִין בָּהֶן הַקְּדֵירָה וּכְמוֹ שַׁבָּת דְּבַפָר' בָּא סִימָן (נִדָּה דַּף נא:) וְהָנְהוּ חַיָּיבִין בְּמַעֲשֵׂר וּמְטַמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין וּבְהָנְהוּ אַיְירֵי בפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף ו.) וּבַבְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף כט.) ואע"ג דְּאָמְרִינַן עֲלָהּ בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי בָּהּ תַּבְלִין וְתַבְלִין לָאו בְּנֵי אֲכִילָה נִינְהוּ הַיְינוּ בְּלֹא תִּיקּוּן לְגַמְרֵי שֶׁצָּרִיךְ תִּיקּוּן קְצָת וּלְעִנְיַן עֵירוּב בָּעֵינַן דַּחֲזֵי בִּשְׁעַת קְנִיַּית עֵירוּב מִידִי דַּהֲוָה אַחִטִּין וּשְׂעוֹרִין דְּאֵין מְעָרְבִין בָּהֶן וְחַיָּיבִין בְּמַעֲשֵׂר:
Que les poivres sont soumis à l'orla - il ne faut pas objecter : de même qu'ils sont soumis à l'orla, ils devraient aussi être soumis au maasser (dîme) ; et puisqu'ils sont soumis au maasser, ils devraient contracter la toumat okhline (impureté des aliments), comme nous l'avons appris au chapitre Ba Siman (Nidda 50a) : « tout ce qui est soumis au maasser contracte la toumat okhline » — alors qu'il est enseigné là-bas : « ils ont voté et conclu qu'ils ne contractent pas la toumat okhline » ! Car on peut répondre : ceci (traite du poivre) frais, cela (du poivre) sec. Mais Rabbenou Chimon de Joinville a objecté à partir de ce qui est dit au chapitre Be-khôl Mearvin (Erouvin 28a) : « la graine de gargir (roquette) est soumise au maasser... » jusqu'à : « à quoi la graine de gargir est-elle propre ? À ceci que les anciens, qui n'avaient pas de poivre, la broyaient et y trempaient le rôti ». Si c'est ainsi, à plus forte raison le poivre, qui est de meilleure qualité — et même sec, il serait soumis au maasser ; et puisqu'il est soumis au maasser, il devrait contracter la toumat okhline ! Et l'on peut répondre : assurément, les poivres que l'on broie et que l'on délaye dans l'eau, comme on le fait pour y tremper quelque chose, ceux-là sont propres à être mangés tels quels : ils sont soumis au maasser et contractent la toumat okhline. Mais ceux qui n'ont pas été délayés dans l'eau, qui ont été moulus et pulvérisés comme une simple poussière, ainsi qu'on le fait pour en mettre dans la marmite, ceux-là sont exempts du maasser, car ils ne sont pas propres à être mangés dans cet état, et ils ne contractent pas la toumat okhline. Ou bien l'on peut répondre : la graine de gargir n'est pas soumise au maasser pour ce seul motif que l'on y trempe le rôti, mais parce qu'après avoir été broyée elle est aussi propre à être mangée telle quelle — et c'est pour cela qu'elle est soumise au maasser. Et si le texte de là-bas a retenu « et l'on y trempe le rôti » sans retenir « et on la mange aussi telle quelle », c'est parce que le but principal du broyage est d'y tremper ; mais le poivre, qui même après broyage n'est pas propre tel quel, n'est pas soumis (au maasser). Et l'on peut encore objecter contre cette michna de Nidda : voici les épices, qui sont soumises au maasser, comme nous le disons au premier chapitre de 'Houlin (6a) : « et s'il lui a dit : fais-moi (à manger) de ce qui est à toi, il doit s'inquiéter du levain et des épices qui s'y trouvent, au titre du maasser et au titre de la chemita (septième année) » — et pourtant elles ne contractent pas la toumat okhline, comme il ressort de ha-Or ve-ha-Rotev ('Houlin 120a), où la guemara explique : « qu'est-ce que la kipa ? Des miettes (pirma) » ; et Abaye objecte : « mais elle-même devrait contracter la toumat okhline ! » ; d'où : « qu'est-ce que la kipa ? Les épices ». Toutefois on peut répondre que « il s'inquiète au titre du maasser » ne porte que sur le levain, tandis que « au titre de la chemita » porte sur les deux, car même parmi les aliments pour bétail, certains sont soumis à la chemita, comme il ressort du traité Chevi'it (8,1). Mais cela ne convainc pas : car au chapitre Be-khôl Mearvin (Erouvin 29a) il est enseigné : « Rabbi Chimon ben Elazar dit : une oukla d'épices et une litra de légumes » ; et Rachi a expliqué que cela porte sur « on ne donne pas moins que cela au pauvre à l'aire de battage » — preuve que les épices sont soumises au maasser. Et l'on peut répondre : il y a de nombreuses espèces d'épices. Certaines sont faites essentiellement pour donner du goût : celles-là sont exemptes du maasser et ne contractent pas la toumat okhline — et c'est d'elles qu'il s'agit dans ha-Or ve-ha-Rotev ('Houlin 120a). Et certaines sont propres à être mangées telles quelles, comme l'oignon, le poireau (kaflot) et leurs semblables, dont on assaisonne parfois la marmite — ainsi que l'aneth (chevet) au chapitre Ba Siman (Nidda 51b) : celles-là sont soumises au maasser et contractent la toumat okhline, et c'est d'elles qu'il s'agit au premier chapitre de 'Houlin (6a) et dans Be-khôl Mearvin (Erouvin 29a). Et bien que l'on dise à ce propos, au chapitre Be-khôl Mearvin : « parce qu'il y est enseigné 'épices', et que les épices ne sont pas comestibles » — cela vise (l'état) sans aucune préparation, car elles requièrent un minimum de préparation ; et pour l'erouv, nous exigeons qu'elles soient propres au moment où l'erouv est acquis, tout comme le blé et l'orge, avec lesquels on ne fait pas d'erouv bien qu'ils soient soumis au maasser.
💡 Explication

Objection contre Rava. Rabbi Meir lit une redondance dans le verset de l'orla (les fruits des trois premières années d'un arbre) : puisque le verset parle déjà de « fruit », le mot « arbre à nourriture » doit désigner un cas particulier — un arbre dont le bois lui-même a le goût du fruit, c'est-à-dire le poivrier, dont on consomme le grain ligneux.

Deux conséquences en sortent : les poivres sont soumis à l'orla, et — puisque l'orla ne s'applique qu'à ce qui pousse en terre d'Israël — le poivre y pousse, preuve que le pays « ne manque de rien ». Or si le poivre est un fruit soumis à l'orla, il est bien un aliment : la position de Rava semble tomber.

7
לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּרַטִּיבְתָּא, וְהָא — בְּיַבִּישְׁתָּא.

Ce n'est pas difficile : ceci (le poivre tenu pour aliment) — quand il est frais (retivta) ; et cela (le poivre tenu pour non-aliment) — quand il est sec (yevechta).

📜 Rachi (1)
רַטִּיבָא חֲזִי לְמֵיכַל:
Frais - il est propre à être mangé.
🗂️ Tossefot (1)
הָא בְּרַטִּיבְתָּא הָא בְּיַבִּישְׁתָּא דְּיַבִּישְׁתָּא לָא הָוְיָא מַאֲכָל וּמֵהַאי טַעְמָא נָמֵי אָמְרִינַן בְּכֵיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לוֹ:) דְּזַנְגְּבִילָא יַבִּישְׁתָּא אֵינָהּ טְעוּנָה בְּרָכָה:
Ceci quand il est frais, cela quand il est sec - car le (poivre) sec n'est pas un aliment. Et c'est pour cette même raison que nous disons au chapitre Keitzad Mevarkhin (Berakhot 36b) que le gingembre sec ne requiert pas de bénédiction.
💡 Explication

La résolution est d'une économie remarquable : ce n'est pas le poivre en tant que substance qui est en cause, mais son état. Frais (retivta), il se mange et compte comme aliment ; sec (yevechta), il n'est plus qu'un condiment que nul ne consomme pour lui-même.

Ce distinguo va servir trois fois de suite : pour l'orla contre Rava, pour le gingembre au segment suivant, et — comme le note Tossefot — pour la bénédiction : le gingembre sec n'en requiert aucune (Berakhot 36b).

🖼️ Schéma
Frais ou sec : un seul distinguo résout trois contradictions Poivre et gingembre changent de statut avec leur état. Toutes les sources se rangent d'elles-mêmes. Source FRAIS (retiva) = aliment SEC (yevechta) = non-aliment R. Meir sur l'orla le poivre est un fruit soumis à l'orla, mangé tel quel hors sujet ici Rava sur Yom Kippour mâcher poivre / gingembre (le cas ne se pose pas) EXEMPT : pas sa manière d'être mangé Rav Na'hman (himalta) gingembre venu des Indes bore péri ha-adama aucune bénédiction (Berakhot 36b) Tossefot : tumat okhline Nidda 50a contre Nidda 51b maasser + impureté alimentaire ni maasser ni impureté Tossefot affine encore : le poivre broyé et délayé à l'eau, que l'on trempe, redevient aliment ; réduit en poudre pour la marmite, il ne l'est plus. La forme de la préparation décide du statut.
Un seul distinguo, frais ou sec, remet en ordre toutes les sources.
8
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְמָרִימָר: וְהָאָמַר רַב נַחְמָן, הַאי הִימְלְתָא דְּאָתֵי מִבֵּי הִנְדּוּאֵי — שָׁרְיָא, וּמְבָרְכִינַן עָלֶיהָ: ״בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה״. לָא קַשְׁיָא: הָא בְּרַטִּיבְתָּא, וְהָא בְּיַבִּישְׁתָּא.

Ravina dit à Maremar : mais Rav Na'hman n'a-t-il pas dit que cette himalta (confiture d'épices) qui vient du pays des Indes (bei hindouaei) est permise, et que l'on récite sur elle « bore péri ha-adama » (qui crée le fruit de la terre) ! Ce n'est pas difficile : ceci — quand il est frais, et cela — quand il est sec.

📜 Rachi (3)
הִימְלְתָא ליטוריג"ה שֶׁמְּפַטְּמִים בְּשָׂמִים כְּתוּשִׁים בִּדְבַשׁ:
Himalta - lituarie (électuaire) : on la prépare avec des épices pilées dans du miel.
מִבֵּי הִנְדּוּאֵי מֵאֶרֶץ כּוּשׁ:
Du pays des Indes - du pays de Kouch.
שָׁרְיָא וְאֵין בּוֹ מִשּׁוּם בִּישּׁוּלֵי נָכְרִים שֶׁנֶּאֱכָל כְּמוֹת שֶׁהוּא חַי וְלֹא מִשּׁוּם גִּיעוּלֵי נָכְרִים דְּנוֹתֵן טַעַם לִפְגָם וּמִדְּקָאָמַר אֵין בּוֹ מִשּׁוּם בִּישּׁוּלֵי נָכְרִים ש"מ דֶּרֶךְ אֲכִילָתוֹ כְּשֶׁהוּא חַי:
Elle est permise - et il n'y a pas en elle d'interdit de bichoulei nokhrim (cuisson par un non-juif), puisqu'elle se mange telle quelle à l'état cru ; ni d'interdit de gui'oulei nokhrim (goût absorbé par leurs ustensiles), car (ce goût) donne un goût détérioré (noten taam li-fgam). Et du fait qu'il dit qu'il n'y a pas en elle d'interdit de bichoulei nokhrim, on déduit que sa manière d'être mangée est à l'état cru.
💡 Explication

Même objection, même réponse, mais transposée au gingembre. L'argument de Ravina est fort : si l'on récite sur la himalta la bénédiction bore péri ha-adama, c'est bien qu'elle est un aliment. Rachi ajoute un second indice, tiré de la permission elle-même : si le produit échappe à l'interdit des bichoulei nokhrim (cuisson par un non-juif), c'est parce qu'il se mange cru — donc que sa manière normale de consommation est bien celle d'un aliment.

La réponse est identique à celle du poivre : la distinction frais / sec couvre les deux cas.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: אָכַל עֲלֵי קָנִים — פָּטוּר. לוּלְבֵי גְּפָנִים — חַייָּב. אֵלּוּ הֵן לוּלְבֵי גְפָנִים? אָמַר רַבִּי יִצְחָק מַגְדְּלָאָה: כָּל שֶׁלִּבְלְבוּ מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד יוֹם הַכִּפּוּרִים. וְרַב כָּהֲנָא אָמַר: כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם. תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יִצְחָק מִגְדְּלָאָה: אָכַל עֲלֵי קָנִים — פָּטוּר, וְלוּלְבֵי גְּפָנִים — חַייָּב. אֵלּוּ הֵן לוּלְבֵי גְפָנִים — כָּל שֶׁלִּבְלְבוּ מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד יוֹם הַכִּפּוּרִים.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui mange des feuilles de roseaux — exempt ; des jeunes pousses de vigne (loulvei gefanim) — passible ('hayav). Quelles sont ces loulvei gefanim ?

Rabbi Yits'hak de Migdala a dit : toutes celles qui ont bourgeonné depuis Roch ha-Chana jusqu'à Yom Kippour. Et Rav Kahana a dit : toutes celles de trente jours.

Une baraita a été enseignée conformément à Rabbi Yits'hak de Migdala : celui qui mange des feuilles de roseaux — exempt, et des jeunes pousses de vigne — passible ; quelles sont ces loulvei gefanim ? Toutes celles qui ont bourgeonné depuis Roch ha-Chana jusqu'à Yom Kippour.

📜 Rachi (1)
מר"ה עַד יוֹם הַכִּפּוּרִים אֲבָל לִבְלְבוּ קֹודֶם ר"ה כְּבָר נַעֲשׂוּ קָשִׁים וְעֵץ בְּעָלְמָא נִינְהוּ:
Depuis Roch ha-Chana jusqu'à Yom Kippour - mais celles qui ont bourgeonné avant Roch ha-Chana sont déjà devenues dures et ne sont plus que du bois.
💡 Explication

Le même critère s'applique au règne végétal : les feuilles de roseaux ne se mangent jamais, on en est exempt ; les jeunes pousses de vigne, elles, se consomment tant qu'elles sont tendres.

Reste à fixer la limite d'âge. Deux définitions concurrentes : Rabbi Yits'hak de Migdala compte depuis Roch ha-Chana (donc au plus dix jours) ; Rav Kahana accorde trente jours, ce qui remonte à la fin d'Eloul. Rachi donne la raison matérielle : au-delà, la pousse a durci et n'est plus que du bois. La baraita finale tranche en faveur de Rabbi Yits'hak.

🖼️ Schéma
Quelles pousses de vigne sont encore tendres ? Deux définitions Passe un certain âge, la pousse durcit et devient du bois : on n'en mange plus, donc on en est exempt. Roch ha-Chana 1 Tichri Yom Kippour 10 Tichri Eloul R. Yits'hak de Migdala : bourgeonnées entre Roch ha-Chana et Kippour Rav Kahana : tout ce qui a moins de trente jours nafka mina La différence porte sur les pousses de la fin Eloul : tendres pour Rav Kahana, déjà du bois pour R. Yits'hak. Une baraita est enseignée conformément à R. Yits'hak de Migdala.
Deux définitions de la jeune pousse, et la zone où elles divergent.
10
שָׁתָה צִיר אוֹ מוּרְיָיס — פָּטוּר. הָא חֹומֶץ — חַייָּב. מַתְנִיתִין מַנִּי? רַבִּי הִיא. דְּתַנְיָא: רַבִּי אוֹמֵר: חֹומֶץ מֵשִׁיב אֶת הַנֶּפֶשׁ.

« (Celui qui) a bu de la saumure (tzir) ou du mouryas — exempt » (michna). Donc (s'il a bu) du vinaigre — il est passible.

Notre michna, de qui est-elle ? Elle est de Rabbi.

Car il a été enseigné : Rabbi dit : le vinaigre restaure l'âme (mechiv et ha-nefech).

📜 Rachi (1)
מֵשִׁיב אֶת הַנֶּפֶשׁ וּמְבַטֵּל אֶת הָעִינּוּי:
Restaure l'âme - et annule l'affliction (inouy).
💡 Explication

Le daf passe des aliments aux boissons. La michna exempte la saumure et le mouryas (sauce de poisson), qu'on ne boit pas pour se désaltérer — d'où l'on infère, à contrario, que le vinaigre, lui, rend passible.

La guemara identifie l'auteur : cette position suppose Rabbi (Yehouda ha-Nassi), pour qui le vinaigre restaure l'âme. Rachi explicite l'enjeu : ce qui restaure l'âme annule l'affliction (inouy), et c'est précisément l'affliction que Yom Kippour commande.

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דָּרֵשׁ רַב גִּידֵּל בַּר מְנַשֶּׁה מִבֵּירֵי דְנַרֶשׁ: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי. לְשָׁנָה נָפְקִי כֻּולֵּי עָלְמָא מָזְגוּ וְשָׁתוּ חַלָּא. שְׁמַע רַב גִּידֵּל וְאִיקְּפַד. אָמַר: אֵימַר דְּאָמְרִי אֲנָא — דִּיעֲבַד, לְכַתְּחִלָּה מִי אָמְרִי? אֵימַר דְּאָמְרִי אֲנָא — פֻּורְתָּא, טוּבָא מִי אָמְרִי? אֵימַר דְּאָמְרִי אֲנָא — חַי, מָזוּג מִי אָמְרִי?

Rav Guidel bar Menache, de Biri de Nerech, exposa (en public) : la halakha n'est pas comme Rabbi. L'année suivante, tout le monde sortit, coupa (le vinaigre d'eau) et en but.

Rav Guidel l'apprit et s'irrita. Il dit : admettons que j'aie dit (cela) — a posteriori (bediavad) ; l'ai-je dit à priori (lekhat'hila) ?

Admettons que j'aie dit (cela) — pour un peu ; l'ai-je dit pour beaucoup ? Admettons que j'aie dit (cela) — pour du (vinaigre) pur ; l'ai-je dit pour du (vinaigre) coupé ?

📜 Rachi (1)
מִזְגּוֹ נָתְנוּ בּוֹ מַיִם לְהַתִּישׁ כֹּחוֹ:
Coupé - on y a mis de l'eau pour affaiblir sa force.
⚖️ Rosh (1)
[דַּף פֹּא ע"ב] גְּמ' תַּנְיָא ר' אוֹמֵר חֹומֶץ מֵשִׁיב הַדַּעַת. דָּרַשׁ גִּידֵּל בַּר מִנְּשֵׁי דְּמִן נָרָשׁ בְּבִירִי אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי. לְמָחָר אָתוּ כֻּולֵּי עָלְמָא מְזִיגוּ חַלָּא וְשָׁתוּ. שְׁמַע גִּידֵּל בַּר מִנְּשֵׁי וְאֶיקְפֹּד אֲמַר לְהוּ אֵימַר דַּאֲמַרִי אֲנָא חַי מָזוּג מִי אֲמַרִי אֵימַר דַּאֲמַרִי אֲנָא פֻּורְתָּא טוּבָא מִי אֲמַרִי אֵימַר דַּאֲמַרִי אֲנָא דִּיעֲבַד לְכַתְּחִלָּה מִי אֲמַרִי:
[Page 81b] Guemara : il est enseigné, Rabbi dit : le vinaigre restaure l'esprit (mechiv ha-daat). Guidel bar Menachi, de Nerech, exposa à Biri : la halakha n'est pas comme Rabbi. Le lendemain, tout le monde vint, coupa du vinaigre (d'eau) et en but. Guidel bar Menachi l'apprit et s'irrita. Il leur dit : admettons que j'aie dit (cela) pour du (vinaigre) pur ; l'ai-je dit pour du coupé ? Admettons que j'aie dit (cela) pour un peu ; l'ai-je dit pour beaucoup ? Admettons que j'aie dit (cela) a posteriori (bediavad) ; l'ai-je dit à priori (lekhat'hila) ?
💡 Explication

Scène de mœurs, et leçon de méthode. Rav Guidel avait énoncé une position technique : la halakha ne suit pas Rabbi, donc boire du vinaigre à Kippour n'expose pas à la sanction. Le public a entendu tout autre chose : une permission.

La réponse du maître démonte le malentendu selon trois axes, et l'on remarquera que la pratique adoptée les franchissait tous les trois à la fois : à priori et non après coup, en quantité, et coupé d'eau — or c'est précisément l'eau qui, en atténuant l'acidité, rend le vinaigre buvable, donc boisson. Le Roch reproduit le passage avec un ordre des trois répliques inverse.

🖼️ Schéma
Ce que Rav Guidel avait dit, et ce que le public en a fait Une décision d'exemption entendue comme une permission : trois glissements en un seul geste. La halakha n'est pas comme Rabbi (le vinaigre ne restaure pas l'âme) L'année suivante : on coupe et on boit Rav Guidel l'apprend et s'irrite Les trois restrictions que Rav Guidel oppose 1. Le moment bediavad lekhat'hila j'ai dit qu'on n'est pas puni après coup, pas que c'est permis 2. La quantité un peu beaucoup une gorgée n'est pas une boisson 3. L'état du vinaigre pur (haï) coupé d'eau Rachi : on y met de l'eau pour affaiblir sa force Le public a fait tomber les trois restrictions à la fois : à priori, en quantité, et coupé d'eau — c'est-à-dire exactement dans l'état où le vinaigre redevient une vraie boisson.
Les trois restrictions que le public avait franchies simultanément.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).