Yoma 82a -- le 'hinoukh de l'enfant au jeûne (à quel âge, et jusqu'où ?) ; puis la femme enceinte, le malade, et la règle du pikoua'h nefech avec ses trois exceptions.

Yoma 82a

Sougya : Le daf se partage en deux moitiés de ton très différent. La première lit une michna d'apparence anodine — on n'afflige pas les enfants à Yom Kippour, mais on les éduque « un an avant et deux ans avant » — et en tire une enquête serrée sur le calendrier du 'hinoukh.

Rav 'Hisda distingue l'enfant faible de l'enfant bien portant ; Rav Houna et Rav Na'hman dressent deux tableaux d'âges qui, selon Rachi, ne se contredisent pas mais décrivent l'un la fille et l'autre le garçon ; Rabbi Yo'hanan s'oppose à eux sur un point de principe en niant toute hachlama derabbanan, c'est-à-dire tout jeûne complet imposé par les Sages avant la majorité. La michna et une baraita de Rabba bar Chmouel sont tour à tour opposées à chaque camp, jusqu'à la solution de Rava bar Oulla : le mot 'hinoukh recouvre deux institutions distinctes, l'entraînement par heures et le jeûne complet.

La seconde moitié change de sujet et de gravité. Une michna autorise à nourrir la femme enceinte prise d'une fringale et le malade, sur avis d'experts ou, à défaut, sur sa propre parole.

Une baraita construit alors une échelle de la moindre transgression — un fuseau trempé dans la sauce, puis la sauce, puis la graisse interdite elle-même — et énonce la règle qui gouverne tout le reste : rien ne tient devant le pikoua'h nefech, sauf l'idolâtrie, les unions interdites et l'effusion de sang. Le daf s'achève en cherchant la source de ces trois exceptions : le « de toute ton âme » du Chema selon Rabbi Eliezer, puis le verset de la na'ara meorassa (Dt 22,26) que Rabbi lit dans les deux sens — il fonde à la fois la loi du rodef et le principe du martyre, avec cette limite que Rachi souligne : celle qui subit sans agir, « sol du monde », n'est pas tenue de livrer sa vie.

À quel âge fait-on jeûner un enfant à Yom Kippour ? Trois amoraim, un même escalier en trois marches : entraînement par heures, jeûne complet derabbanan, jeûne complet deoraita. âge révolu 8 9 10 11 12 13 Rav Houna la fille (majorité à 12) 'hinoukh par heures hachlama derabbanan hachlama deoraita Rav Na'hman le garçon (majorité à 13) 'hinoukh par heures hachlama derabbanan hachlama deoraita Rabbi Yo'hanan pas de hachlama rabbinique 'hinoukh par heures hachlama deoraita (13 pour le garçon) Rachi : Houna et Na'hman ne divergent pas Le premier décrit la fille, le second le garçon. Même escalier, décale d'un an, parce que la majorité tombe un an plus tard chez le garçon. Le vrai désaccord est avec Rabbi Yo'hanan. Nafka mina (conséquence pratique) Existe-t-il un jeûne complet imposé par les Sages AVANT la majorité ? Houna et Na'hman : oui, 2 ans. Rabbi Yo'hanan : non, jamais. On passe des heures directement à l'obligation de la Torah.
Le calendrier du 'hinoukh au jeûne : trois opinions, trois escaliers.
Le pikoua'h nefech écarte tout -- sauf trois interdits La baraita pose la règle ; la guemara demande ensuite d'où vient chacune des trois exceptions. Sauver une vie l'emporte sur toute la Torah ein lekha davar she-omed bifnei pikoua'h nefech ... sauf : Avoda zara (idolâtrie) Source : Rabbi Eliezer sur be-khôl nafshekha (Dt 6,5) de toute ton âme -- même si l'on te prend ton âme. segments 9-10 Guilouy arayot (unions interdites) Source : hekech (mise en parallèle) du verset Dt 22,26 na'ara meorassa ↔ meurtrier segments 11-12 Chefikhout damim (meurtre) Source : le même verset, et la raison de bon sens mai 'hazit ? qui te dit que ton sang est plus rouge ? Le trajet du daf : de la femme enceinte à la théorie du martyre Une michna très concrète (nourrir une femme enceinte prise d'une fringale) ouvre sur la question la plus grave du traité : quand faut-il mourir plutôt que transgresser ?
La règle du pikoua'h nefech et les trois interdits qui lui résistent.
Un verset qui vient enseigner et se trouve enseigné ba lelamed ve-nimtsa lamed : la comparaison circule dans les deux sens. Car comme lorsqu'un homme se lève sur son prochain et le tue, ainsi en est-il de cette chose (Dt 22,26) Na'ara meorassa la jeune fille fiancée que l'on viole Règle connue : on peut la sauver au prix de la vie de l'agresseur. Rotseah le meurtrier Règle connue : qu'il se laisse tuer plutôt que de tuer. on peut sauver au prix de la vie yehareg ve-al yaavor Sens 1 : de la na'ara vers le meurtrier Le verset apparaissait comme une simple image pour excuser la jeune fille contrainte. En réalité il transporte vers le meurtrier la loi du rodef : on arrête le poursuivant, au besoin en le tuant. Sens 2 : du meurtrier vers la na'ara De même que le meurtrier doit mourir plutôt que tuer, celui à qui l'on ordonne une union interdite doit mourir plutôt que transgresser -- et de là, toutes les arayot.
Le double sens de la comparaison de Dt 22,26 entre la na'ara meorassa et le meurtrier.
1
מַתְנִי׳ הַתִּינוֹקוֹת אֵין מְעַנִּין אוֹתָן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, אֲבָל מְחַנְּכִין אוֹתָן לִפְנֵי שָׁנָה וְלִפְנֵי שְׁנָתַיִים, בִּשְׁבִיל שֶׁיִּהְיוּ רְגִילִין בְּמִצְוֹת.

MICHNA. Les enfants — on ne les afflige pas (par le jeûne) à Yom Kippour ; mais on les éduque (me'hankhin) un an avant et deux ans avant, afin qu'ils soient rodés aux mitsvot.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' אֵין מְעַנִּין אוֹתָן אֵין חַייָּבִין לִמְנֹועַ מֵהֶן מַאֲכָל:
MICHNA. On ne les afflige pas - on n'est pas tenu de leur refuser la nourriture.
מְחַנְּכִין אוֹתָן לְשָׁעוֹת לִפְנֵי שָׁנָה שֶׁהִיא סְמוּכָה לְפִירְקָן פִּירְקָן הָוֵי בֶּן שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה לִנְקֵבָה וְאַרְבַּע עֲשָׂרָה לְזָכָר שֶׁדֶּרֶךְ תִּינוֹקוֹת לְהָבִיא שְׁתֵּי שְׂעָרוֹת בִּשְׁתַּיִם עֶשְׂרֵה וְיוֹם אֶחָד דְּהַיְינוּ בְּתוֹךְ שְׁנַת י"ג וְהִיא פִּירְקָהּ לְעוֹנְשִׁין וְתִינוֹק בי"ג וְיוֹם אֶחָד נִמְצָא שְׁנַת י"ד פִּרְקוֹ לְעוֹנְשִׁין וּשְׁנַת י"ג הִיא שָׁנָה הַסְּמוּכָה לְפִרְקוֹ וּשְׁנַת י"ב הִיא שָׁנָה לִפְנֵי שָׁנָה הַסְּמוּכָה לְפִרְקוֹ:
On les éduque - par heures, un an avant l'année qui est proche de leur terme. Leur terme, c'est la treizième année pour une fille et la quatorzième pour un garçon ; car les enfants produisent d'ordinaire deux poils à douze ans et un jour, c'est-à-dire dans le courant de la treizième année, et c'est là son terme pour les sanctions ; et le garçon (les produit) à treize ans et un jour — il se trouve donc que la quatorzième année est son terme pour les sanctions, que la treizième année est l'année proche de son terme, et que la douzième année est l'année d'avant l'année proche de son terme.
אוֹ לִפְנֵי שְׁתֵּי שָׁנִים שֶׁהִיא לִפְנֵי שְׁתֵּי שָׁנִים סָמוּךְ לְפִרְקוֹ דְּהַייְנוּ שָׁלֹשׁ שָׁנִים לִפְנֵי פִּרְקָן וּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ הַשְׁתָּא לִפְנֵי שְׁתַּיִם דְּהַיְינוּ ג' שָׁנִים אֲמַרְתְּ מְחַנְּכִין לִפְנֵי שָׁנָה דְּהַיְינוּ שְׁתַּיִם מִיבַּעְיָא:
Ou deux ans avant - celle qui est deux ans avant (l'année) proche de son terme, c'est-à-dire trois ans avant leur terme. Et dans la guemara on demande : maintenant que tu as dit « deux ans avant », c'est-à-dire trois ans, qu'on éduque — fallait-il dire « un an avant », c'est-à-dire deux ans ?
💡 Explication

La michna pose deux règles opposées dans une seule phrase. D'abord une interdiction de faire jeûner : on ne les afflige pas. Rachi précise la portée exacte du verbe — cela ne veut pas dire qu'on les nourrit de force, mais qu'on n'est pas tenu de leur refuser la nourriture. Ensuite une obligation positive : le 'hinoukh, l'éducation graduée, qui commence un ou deux ans avant la majorité.

Toute la première sougya du daf naîtra de la manière de compter ces années. Rachi fixe le vocabulaire : le pirko (le terme, l'âge de la responsabilité) est de douze ans et un jour pour la fille, treize ans et un jour pour le garçon — mais Rachi compte en années ordinales, ce qui donne « la treizième année » pour la fille et « la quatorzième » pour le garçon. La raison invoquée est physiologique : c'est vers cet âge que paraissent les deux poils (chetei se'arot), signe de la puberté.

Le motif de la règle est donné en clair, et il n'est pas juridique mais pédagogique : chi-yehiou reguilin ba-mitsvot, pour qu'ils prennent l'habitude. Le jeûne de l'enfant n'a aucune valeur d'obligation : il est un apprentissage.

2
גְּמָ׳ הַשְׁתָּא בִּפְנֵי שְׁתַּיִם מְחַנְּכִין לְהוּ — בִּפְנֵי שָׁנָה מִבַּעְיָא? אָמַר רַב חִסְדָּא, לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּחוֹלֶה, הָא — בְּבָרִיא.

GUEMARA. Maintenant que (la michna enseigne qu')on les éduque deux ans avant, fallait-il énoncer « un an avant » ?

Rav 'Hisda dit : ce n'est pas difficile — ceci (un an) concerne l'enfant faible, cela (deux ans) l'enfant bien portant.

📜 Rachi (1)
גְּמ' בְּחוֹלֶה כָּחוּשׁ וּתְשׁוּשׁ כֹּחַ:
GUEMARA. Chez un malade - maigre et de force épuisée.
💡 Explication

La guemara ouvre par un raisonnement a fortiori de lecture. Si la michna a déjà dit qu'on éduque dès deux ans avant, alors « un an avant » est compris d'office : qui commence plus tôt continue plus tard. La mention du chiffre le plus faible est donc superflue — et dans la michna rien n'est superflu.

Réponse de Rav 'Hisda : les deux chiffres ne décrivent pas deux étapes d'un même enfant, mais deux enfants différents. Le 'holeh — que Rachi glose « maigre et de force épuisée », donc moins un malade au sens médical qu'un enfant de faible constitution — n'est entraîné qu'un an ; l'enfant bari (bien portant) l'est deux ans.

🖼️ Schéma
Pourquoi la michna dit-elle deux choses ? Réponse de Rav 'Hisda : les deux chiffres ne visent pas le même enfant. on les éduque un an avant lifnei chana et deux ans avant ve-lifnei chnatayim l'enfant faible ('holeh) Rachi : maigre et de force épuisée. On le ménage : un an suffit. l'enfant bien portant (bari) Il peut supporter davantage : on commence un an plus tôt.
Les deux chiffres de la michna visent deux enfants, non deux étapes.
3
אָמַר רַב הוּנָא: בֶּן שְׁמֹונֶה וּבֶן תֵּשַׁע — מְחַנְּכִין אוֹתוֹ לְשָׁעוֹת. בֶּן עֶשֶׂר וּבֶן אַחַת עֶשְׂרֵה — מַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנָן, בֶּן שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה — מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא בְּתִינֹוקֶת. וְרַב נַחְמָן אָמַר: בֶּן תֵּשַׁע בֶּן עֶשֶׂר — מְחַנְּכִין אוֹתָן לְשָׁעוֹת, בֶּן אַחַת עֶשְׂרֵה בֶּן שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה — מַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנָן, בֶּן שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה — מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא בְּתִינוֹק. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: הַשְׁלָמָה דְּרַבָּנָן לֵיכָּא. בֶּן עֶשֶׂר בֶּן אַחַת עֶשְׂרֵה — מְחַנְּכִין אוֹתוֹ לְשָׁעוֹת, בֶּן שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה — מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא.

Rav Houna dit : à huit ans et à neuf ans — on l'éduque par heures ; à dix ans et à onze ans — on complète (le jeûne) par ordonnance rabbinique ; à douze ans — on complète par (obligation de) la Torah, pour une fille. Et Rav Na'hman dit : à neuf ans et à dix ans — on les éduque par heures ; à onze ans et à douze ans — on complète par ordonnance rabbinique ; à treize ans — on complète par (obligation de) la Torah, pour un garçon.

Et Rabbi Yo'hanan dit : la complétion rabbinique n'existe pas. À dix ans et à onze ans — on l'éduque par heures ; à douze ans — on complète par (obligation de) la Torah.

📜 Rachi (4)
אָמַר רַב הוּנָא בֶּן שְׁמֹונֶה לְבָרִיא שֶׁעָבְרָה שְׁמֹנָה וְנִכְנֶסֶת לְתֵשַׁע וּבְתִינֹוקֶת כְּדִמְסַיֵּים מִילְּתֵיהּ דְּהָוֵי שְׁנַת תֵּשַׁע אַרְבַּע שָׁנִים לִפְנֵי פִּרְקָהּ:
Rav Houna dit : à huit ans - pour une (fille) bien portante, qui a passé huit ans et entre dans sa neuvième ; et il s'agit d'une fille, comme il conclut son propos. C'est donc la neuvième année, quatre ans avant son terme.
וּבֶן תֵּשַׁע לְחוֹלֶה שֶׁעָבְרָה שְׁנַת תֵּשַׁע וְנִכְנְסָה לְתוֹךְ עֶשֶׂר דְּהַיְינוּ ג' שָׁנִים לִפְנֵי פִּרְקָהּ מְחַנְּכִין לְשָׁעוֹת:
Et à neuf ans - pour une malade, qui a passé sa neuvième année et est entrée dans sa dixième, c'est-à-dire trois ans avant son terme : on l'éduque par heures.
בֶּן עֶשֶׂר לִבְרִיאָה שֶׁעָבְרָה עֶשֶׂר וְנִכְנְסָה לְאֶחָד עֶשֶׂר וּבֶן אַחַת עֶשְׂרֵה לְתִינֹוקֶת חוֹלָה וְנִכְנְסָה לי"ב מַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנָן בֶּן י"ב וְנִכְנְסָה לי"ג מַשְׁלִימִין מַדְאוֹרַיי' שֶׁהִיא פִּירְקָן בְּתִינֹוקֶת הַבְּרִיאָה וְהַחוֹלָה שָׁווֹת בּוֹ:
À dix ans - pour une (fille) bien portante qui a passé dix ans et est entrée dans sa onzième ; et « à onze ans » pour une fille malade, entrée dans sa douzième : on complète par ordonnance rabbinique. À douze ans, entrée dans sa treizième : on complète par obligation de la Torah, car c'est là leur terme ; pour la fille, la bien portante et la malade sont égales en cela.
וְרַב נַחְמָן אוֹמֵר וְכוּ' לָא פְּלִיג רַב נַחְמָן אַדְּרַב הוּנָא אֶלָּא מַר פֵּירֵשׁ מִילֵּי דְּתִינֹוקֶת וּמַר פֵּירֵשׁ מִילֵּי דְּתִינוֹק:
Et Rav Na'hman dit, etc. - Rav Na'hman n'est pas en désaccord avec Rav Houna : simplement, l'un a exposé le cas de la fille et l'autre le cas du garçon.
⚖️ Rosh (1)
[דַּף פב ע"א] מַתְנִי' הַתִּינוֹקוֹת אֵין מְעַנִּין אוֹתָן ביוה"כ אֲבָל מְחַנְּכִין אוֹתָן קֹודֶם לְשָׁנָה קֹודֶם לִשְׁתַּיִם. פֵּירוּשׁ קֹודֶם שָׁנָה שֶׁאַחֲרֶיהָ יַתְחִיל זְמַן חִיּוּבוֹ דְּהַייְנוּ שְׁנַת י"ג שֶׁהֲרֵי כְּשֶׁהוּא בֶּן י"ג וְיוֹם אֶחָד מַתְחִיל חִיּוּבוֹ. וְקֹודֶם לְשָׁנָה הַייְנוּ שְׁנַת שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה וְקֹודֶם לִשְׁתַּיִם הַייְנוּ שְׁנַת אַחַד עָשָׂר: גְּמ' הַשְׁתָּא לִפְנֵי שְׁתַּיִם מְחַנְּכִין לִפְנֵי שָׁנָה מִיבַּעְיָא. אָמַר רַב חִסְדָּא לָא קַשְׁיָא כָּאן בְּחוֹלֶה כָּאן בְּבָרִיא. אָמַר רַב הוּנָא בֶּן שְׁמֹנֶה וּבֶן תֵּשַׁע מְחַנְּכִין אוֹתוֹ לְשָׁעוֹת. בֶּן עֶשֶׂר בֶּן י"א מַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנָן. בֶּן שְׁנֵים עָשָׂר מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא בְּתִינֹוקֶת. רַב נַחְמָן אָמַר בֶּן ט' בֶּן י' מְחַנְּכִין אוֹתָן לְשָׁעוֹת בֶּן י"א בֶּן י"ב מַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנָן. בֶּן שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרָייְתָא בְּתִינוֹק. וְלָא פְּלִיגִי רַב הוּנָא וְרַב נַחְמָן. וְר' יוֹחָנָן אָמַר הַשְׁלָמָה מִדִּבְרֵיהֶם לֵיכָּא. אֶלָּא בֶּן י' בֶּן י"א מְחַנְּכִין אוֹתוֹ לְשָׁעוֹת. בֶּן י"ב מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא בְּתִינֹוקֶת. בֶּן י"ג מַשְׁלִימִין בְּתִינוֹק. תְּנַן הַתִּינוֹקוֹת אֵין מְעַנִּין אוֹתָן ביוה"כ אֲבָל מְחַנְּכִין אוֹתָן קֹודֶם לְשָׁנָה קֹודֶם לִשְׁתַּיִם. בִּשְׁלָמָא לְרַב הוּנָא וּלְרַב נַחְמָן נִיחָא אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן קַשְׁיָא. ופרש"י אע"ג דִּלְרַב הוּנָא ולר"נ הָוֵי חִינּוּךְ הַבָּרִיא ד' שָׁנִים מָצוּ לְתָרוֹצֵי לְמַתְנִיתִין כֻּולָּהּ בְּחוֹלֶה וְהָכִי קָאָמַר מְחַנְּכִין אוֹתָן קֹודֶם שָׁנָה לְהַשְׁלָמָה דְּרַבָּנָן דְּהַיְינוּ קֹודֶם שְׁתַּיִם לְהַשְׁלָמָה דְּאוֹרָיְיתָא. וְזֶה נִרְאֶה לִי דֹּוחַק דְּהַשְׁלָמָה דְּרַבָּנָן מָאן דְּכַר שְׁמֵיהּ שֶׁיִּתֵּן בָּהּ הַתַּנָּא סִימָן לְהַקְדִּים לָהּ חִינּוּךְ. וְעוֹד קָשֶׁה לִי מְנָא לְהוּ לְרַב הוּנָא וּלְרַב נַחְמָן שֶׁיֵּשׁ חִילּוּק בֵּין בָּרִיא לְחוֹלֶה לְעִנְיַן חִינּוּךְ כֵּיוָן דִּבְמַתְנִיתִין לֹא הֻוזְכַּר אֶלָּא שָׁלֹשׁ שָׁנִים לִפְנֵי גַּדְלוּת. הִלְכָּךְ נ"ל לְפָרֵשׁ מְחַנְּכִין אוֹתָם קֹודֶם שָׁנָה וְקֹודֶם שְׁתַּיִם לְהַשְׁלָמָה דְּאוֹרָיְיתָא דְּהַייְנוּ שָׁלֹשׁ שָׁנִים קֹודֶם גַּדְלוּת. וּמִכָּל מָקוֹם שָׁמְעִינַן שֶׁיֵּשׁ חִילּוּק בֵּין חוֹלֶה לְבָרִיא מִדְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי אֶלָּא לִפְנֵי שְׁתַּיִם בָּא לְהַשְׁמִיעֵנוּ שֶׁיֵּשׁ חִילּוּק בִּשְׁנַיִם בֵּין חוֹלֶה וּבֵין בָּרִיא. וּמִיהוּ מַתְנִיתִין לָא אַיְירֵי אֶלָּא בְּחוֹלֶה זוֹ הִיא גִּירְסַת רַשִׁ"י וּפֵירוּשׁ הָרַב אִלְפָּס גּוֹרֵס אָמַר רַב הוּנָא בֶּן שְׁמֹנֶה בֶּן תֵּשַׁע מְחַנְּכִין אוֹתוֹ לְשָׁעוֹת בֶּן עֶשֶׂר וּבֶן אַחַת עֶשְׂרֵה מַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנַן בֶּן שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרָיְיתָא וְרַב נַחְמָן אָמַר בֶּן ט' בֶּן עֶשֶׂר מְחַנְּכִין אוֹתוֹ לְשָׁעוֹת בֶּן אַחַת עֶשְׂרֵה מַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנַן בֶּן שְׁנֵים עָשָׂר מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא. וַהֲוָה מָצִינוּ לְפָרֵשׁ גִּירְסָתוֹ דְּתַרְוַיְיהוּ אַייְרֵי בְּתִינֹוקֶת וּפְלִיגִי בְּהַשְׁלָמָה. דְּרַב נַחְמָן לֵית לֵיהּ הַשְׁלָמָה מִדְּרַבָּנָן אֶלָּא שָׁנָה אַחַת וְחִינּוּךְ שָׁעוֹת קֹודֶם לָהּ שְׁתֵּי שָׁנִים. וְרַב הוּנָא אִית לֵיהּ הַשְׁלָמָה שְׁתֵּי שָׁנִים. אֶלָּא [שֶׁכָּתַב] ואע"ג דקי"ל כַּר' יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּתִינֹוקֶת בַּת י"ב וְתִינוֹק בֶּן י"ג מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא. קַייְמָא לַן כְּרַב הוּנָא וְרַב נַחְמָן דְּבָתְרָאֵי אִינּוּן דְּמַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנָן כְּדֵי לְחַנְּכָן מִבֶּן אַחַת עֶשְׂרֵה בֵּין לְתִינוֹק בֵּין לְתִינֹוקֶת. וּבֶן תֵּשַׁע וּבֶן עֶשֶׂר מְחַנְּכִין אוֹתָן לְשָׁעוֹת כְּרַב נַחְמָן. שֶׁאִם הָיָה רָגִיל לֶאֱכֹול בִּשְׁתֵּי שָׁעוֹת מַאֲכִילִין אוֹתוֹ בְּשָׁלֹשׁ. בְּשָׁלֹשׁ מַאֲכִילִין אוֹתוֹ בַּד'. וּמִדְּקָאָמַר דְּקַיְימָא לָן כְּרַבִּי יוֹחָנָן בְּהַשְׁלָמָה דְּאוֹרָייְתָא מִכְּלָל דְּרַב הוּנָא וְרַב נַחְמָן פְּלִיגִי עָלֶיהָ בְּהָא. אִם כֵּן צ"ל הָא דְּקָאָמַר דְּבֶן שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה מַשְׁלִימִין מִדְּאוֹרָיְיתָא הַייְנוּ אֲפִילּוּ בְּתִינוֹק מִשּׁוּם דְּסָבְרִי דְּתוֹךְ הַפֶּרֶק כִּלְאַחַר הַפֶּרֶק. וּמַייְרֵי כְּשֶׁהֵבִיא סִימָנִים וּפָסַק כַּר' יוֹחָנָן דְּהָכִי פְּסִיק רָבָא בְּפֶרֶק יוֹצֵא דֹּופֶן (דַּף מו.) דְּתוֹךְ הַפֶּרֶק כְּלִפְנֵי הַפֶּרֶק. וְקָשֶׁה לִי מַה שֶׁפָּסַק דְּתִינוֹק בֶּן אַחַת עֶשְׂרֵה מַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנַן וְאַמַּאי מַשְׁלִימִין אַכַּתִּי הָוֵי ב' שָׁנִים לִפְנֵי גַּדְלוּת דְּשֶׁמָּא לֹא יָבִיא סִימָנִים אַחַר י"ב שָׁנָה אֲפִילּוּ אִם יֵשׁ לוֹ עַתָּה סִימָנִים שׁוּמָא נִינְהוּ וְגַם קָשֶׁה לִי מַה שֶׁהִזְכִּיר בְּכָאן חִיּוּב דְּאוֹרָיְיתָא בְּבֶן י"ב שָׁנִים שֶׁהֵבִיא סִימָנִים טְפֵי מִבְּכָל הַמִּצְוֹת. וְעוֹד קָשֶׁה דְּר' יוֹחָנָן גּוּפֵיהּ סָבַר בְּפֶ' (בָּא סִימָן) [יוֹצֵא דֹּופֶן] (דַּף מה:) דְּתוֹךְ הַפ' כִּלְאַחַר הַפֶּרֶק. הִלְכָּךְ נִרְאֶה כְּגִירְסַת רַשִׁ"י וּבֶן ט' וּבֶן י' מְחַנְּכִין לְשָׁעוֹת בֶּן י"א וּבֶן י"ב מַשְׁלִימִין מִדְּרַבָּנָן:
[Page 82a] MICHNA. Les enfants, on ne les afflige pas à Yom Kippour, mais on les éduque un an avant, deux ans avant. Explication : « avant l'année » après laquelle commencera le temps de son obligation, c'est-à-dire la treizième année — car lorsqu'il a treize ans et un jour, son obligation commence. « Un an avant » est donc la douzième année, et « deux ans avant » la onzième année. GUEMARA. Maintenant que (l'on dit qu')on les éduque deux ans avant, fallait-il dire un an avant ? Rav 'Hisda dit : ce n'est pas difficile — ici (il s'agit) d'un malade, là d'un bien portant. Rav Houna dit : à huit et neuf ans on l'éduque par heures ; à dix et onze ans on complète par ordonnance rabbinique ; à douze ans on complète par la Torah, pour une fille. Rav Na'hman dit : à neuf et dix ans on les éduque par heures ; à onze et douze ans on complète par ordonnance rabbinique ; à treize ans on complète par la Torah, pour un garçon. Et Rav Houna et Rav Na'hman ne sont pas en désaccord. Et Rabbi Yo'hanan dit : la complétion de par leurs paroles n'existe pas ; mais à dix et onze ans on l'éduque par heures, à douze ans on complète par la Torah pour une fille, à treize ans on complète pour un garçon. Nous avons appris (dans la michna) : les enfants, on ne les afflige pas à Yom Kippour, mais on les éduque un an avant, deux ans avant. Soit, pour Rav Houna et Rav Na'hman cela va bien ; mais pour Rabbi Yo'hanan c'est difficile. Et Rachi a expliqué : bien que pour Rav Houna et Rav Na'hman le 'hinoukh de l'enfant bien portant dure quatre ans, ils peuvent expliquer toute la michna comme parlant d'un malade, et voici ce qu'elle dit : on les éduque un an avant la complétion rabbinique, c'est-à-dire deux ans avant la complétion de la Torah. Et cela me semble forcé (do'hak) : la complétion rabbinique — qui donc l'a mentionnée, pour que le tana lui donne un repère en faisant précéder d'elle le 'hinoukh ? Et j'ai encore une difficulté : d'où Rav Houna et Rav Na'hman tirent-ils qu'il y a une distinction entre bien portant et malade quant au 'hinoukh, puisque dans la michna ne sont mentionnées que trois années avant la majorité ? C'est pourquoi il me semble qu'il faut expliquer ainsi : « on les éduque un an avant et deux ans avant » la complétion de la Torah, c'est-à-dire trois ans avant la majorité. Et de toute façon nous apprenons qu'il y a une distinction entre le malade et le bien portant, du fait que le tana n'aurait dû enseigner que « deux ans avant » : il vient nous apprendre qu'il y a une différence d'années entre le malade et le bien portant. Toutefois, la michna ne traite que du malade. Telle est la version de Rachi. Et le commentaire du Rav Alfassi (le Rif) a pour version : Rav Houna dit : à huit et neuf ans on l'éduque par heures, à dix et onze ans on complète par ordonnance rabbinique, à douze ans on complète par la Torah ; et Rav Na'hman dit : à neuf et dix ans on l'éduque par heures, à onze ans on complète par ordonnance rabbinique, à douze ans on complète par la Torah. Et l'on aurait pu expliquer sa version ainsi : tous deux parlent d'une fille et divergent sur la complétion — Rav Na'hman ne tient la complétion rabbinique que pour une seule année, le 'hinoukh par heures la précédant de deux ans ; et Rav Houna tient la complétion pour deux années. Mais [il a écrit] : et bien que nous tenions comme Rabbi Yo'hanan, qui dit que la fille de douze ans et le garçon de treize ans complètent par la Torah, nous tenons comme Rav Houna et Rav Na'hman, qui sont postérieurs, qu'on complète par ordonnance rabbinique afin de les éduquer dès l'âge de onze ans, aussi bien le garçon que la fille ; et à neuf et dix ans on les éduque par heures, comme Rav Na'hman : car s'il avait coutume de manger à la deuxième heure, on le fait manger à la troisième ; (s'il mangeait) à la troisième, on le fait manger à la quatrième. Et du fait qu'il dit que nous tenons comme Rabbi Yo'hanan pour la complétion de la Torah, il ressort que Rav Houna et Rav Na'hman divergent de lui sur ce point. S'il en est ainsi, il faut dire que ce qu'il énonce — « à douze ans on complète par la Torah » — vaut même pour un garçon, parce qu'ils estiment que « à l'intérieur du terme » est comme « après le terme » ; et il s'agit d'un cas où il a produit des signes (de puberté). Et il a tranché comme Rabbi Yo'hanan, car ainsi tranche Rava au chapitre Yotse Dofen (Nidda 46a) : « à l'intérieur du terme est comme avant le terme ». Et j'ai une difficulté sur ce qu'il a tranché, qu'un garçon de onze ans complète par ordonnance rabbinique : pourquoi compléterait-il ? Ce sont encore deux ans avant la majorité, car peut-être ne produira-t-il pas de signes après douze ans — et même s'il en a maintenant, ce ne sont que des grains de beauté (choumat). Et j'ai encore une difficulté sur ce qu'il mentionne ici une obligation de la Torah pour un garçon de douze ans ayant produit des signes, plus que pour toutes les autres mitsvot. Et il y a encore une difficulté : Rabbi Yo'hanan lui-même estime au chapitre [Yotse Dofen] (Nidda 45b) que « à l'intérieur du terme est comme après le terme ». C'est pourquoi la version de Rachi paraît (préférable) : à neuf et dix ans on éduque par heures, à onze et douze ans on complète par ordonnance rabbinique.
💡 Explication

Trois amoraim dressent le calendrier. Deux notions techniques structurent tout le passage. Le 'hinoukh lécha'ot (éducation par heures) : l'enfant ne jeûne pas, on retarde simplement l'heure de son repas. La hachlama (complétion) : l'enfant fait le jour entier, du soir au soir. La hachlama peut être derabbanan (imposée par les Sages, avant la majorité) ou deoraita (obligation propre, dès la majorité).

Rachi tranche deux choses importantes. D'abord, les âges doivent se lire comme des années entamées : « à huit ans » signifie qui a achevé huit ans et entre dans sa neuvième. Ensuite — et c'est décisif — Rav Na'hman ne conteste pas Rav Houna : « l'un a exposé le cas de la fille et l'autre le cas du garçon ». Le décalage d'un an entre leurs deux tableaux n'est pas un désaccord, c'est le décalage de la majorité elle-même.

Le vrai adversaire est Rabbi Yo'hanan, qui supprime purement et simplement l'étage intermédiaire : il n'y a pas de jeûne complet imposé par les Sages. On passe de l'entraînement par heures à l'obligation de la Torah, sans palier.

🖼️ Schéma
Rachi : ce n'est pas une ma'hloket, c'est un partage du travail Chacun décrit un sexe. Le même escalier de quatre ans, décale d'un an. Rav Houna -- la fille majorité à 12 ans et un jour 8 - 9 ans heures 10 - 11 ans jeûne complet derabbanan 12 ans jeûne complet deoraita Rachi : bien portante et malade sont égales pour l'obligation de la Torah. Rav Na'hman -- le garçon majorité à 13 ans et un jour 9 - 10 ans heures 11 - 12 ans jeûne complet derabbanan 13 ans jeûne complet deoraita Tout l'escalier glisse d'un an, parce que la majorité du garçon arrive plus tard.
Selon Rachi, les deux premiers tableaux sont le même, décale d'un an.
4
תְּנַן: הַתִּינוֹקוֹת אֵין מְעַנִּין אוֹתָן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, אֲבָל מְחַנְּכִין אוֹתָן לִפְנֵי שָׁנָה וְלִפְנֵי שְׁתַּיִם. בִּשְׁלָמָא לְרַב הוּנָא וְרַב נַחְמָן — לִפְנֵי שָׁנָה וְלִפְנֵי שְׁתַּיִם. לִפְנֵי שָׁנָה — לְדִבְרֵיהֶן, וְלִפְנֵי שְׁתַּיִם — לְדִבְרֵיהֶן.

Nous avons appris (dans la michna) : les enfants — on ne les afflige pas à Yom Kippour, mais on les éduque un an avant et deux ans avant. Soit, selon Rav Houna et Rav Na'hman : « un an avant » et « deux ans avant ».

« Un an avant » — (avant la complétion) de leurs paroles (derabbanan) ; et « deux ans avant » — (avant la complétion) de leurs paroles.

📜 Rachi (1)
תְּנַן מְחַנְּכִין אוֹתוֹ לְשָׁעוֹת לִפְנֵי שָׁנָה דְּהַיְינוּ שְׁתֵּי שָׁנִים וְלִפְנֵי שְׁתַּיִם דְּהַייְנוּ שָׁלֹשׁ בִּשְׁלָמָא לְרַב נַחְמָן וּלְרַב הוּנָא דְּאָמְרִי אִיכָּא הַשְׁלָמָה מִדְּרַבָּנָן כִּדְקָאָמַר אע"ג דִּלְדִידְהוּ הָוֵי חִינּוּךְ הַבָּרִיא אַרְבַּע שָׁנִים מָצֵי לתרוצ' לְמִתְנֵי' כֻּולָּהּ בְּחוֹלֶה וה"ק מְחַנְּכִין אוֹתוֹ לְשָׁעוֹת שְׁתֵּי שָׁנִים לִפְנֵי הַשְׁלָמַת דִּבְרֵיהֶם שֶׁהֵם שָׁלֹשׁ לִפְנֵי הַשְׁלָמַת דד"ת כִּדְקָאָמַר רַב הוּנָא דְּשָׁנָה עֲשִׂירִית מְחַנְּכִין אֶת הַתִּינֹוקֶת הַחוֹלֶה לְשָׁעוֹת שֶׁהִיא לִפְנֵי שָׁנָה הַסְּמוּכָה לְפֶרֶק הַשְׁלָמַת דִּבְרֵיהֶם שֶׁהִיא בִּשְׁנַת י"ב לְחוֹלֶה דְּהַיְינוּ לִפְנֵי שְׁתַּיִם הַסְּמוּכִים לַפֶּרֶק דְּאוֹרָיְיתָא:
Nous avons appris - on l'éduque par heures « un an avant », c'est-à-dire deux ans, et « deux ans avant », c'est-à-dire trois ans. Soit, pour Rav Na'hman et Rav Houna, qui disent qu'il existe une complétion rabbinique comme ils l'ont énoncée : bien que selon eux le 'hinoukh de l'enfant bien portant dure quatre ans, ils peuvent expliquer toute la michna comme parlant d'un malade, et voici ce qu'elle dit : on l'éduque par heures deux ans avant la complétion de leurs paroles (rabbinique), lesquels sont trois ans avant la complétion de la Torah — comme le dit Rav Houna, que c'est dans la dixième année qu'on éduque par heures la fille malade, laquelle (dixième année) est avant l'année proche du terme de la complétion rabbinique, qui est la douzième année pour une malade, c'est-à-dire deux (ans) avant (l'année) proche du terme de la Torah.
💡 Explication

La guemara confronte la michna aux trois calendriers. Le point de friction est le mot « avant » : avant quoi ? Rachi lit la michna comme comptant à partir de la hachlama derabbanan, non de la majorité. « Un an avant » veut alors dire : un an avant le jeûne complet imposé par les Sages — ce qui fait deux ans avant la majorité ; et « deux ans avant » en fait trois.

Ce calcul n'est disponible que pour Rav Houna et Rav Na'hman, précisément parce qu'eux seuls reconnaissent une hachlama rabbinique : sans cet étage intermédiaire, il n'y a rien pour servir de point de repère. Et Rachi ajoute la manœuvre qui rend le compte possible : toute la michna sera rapportée à l'enfant faible, dont le 'hinoukh est plus court, sans quoi il faudrait quatre ans, ce que la michna ne dit pas.

5
אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן, קַשְׁיָא? אָמַר לָךְ רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי שָׁנָה אוֹ שְׁתַּיִם — סָמוּךְ לְפִירְקָן.

Mais selon Rabbi Yo'hanan, c'est difficile ! Rabbi Yo'hanan pourra te dire : que signifie « un an ou deux » ? — proche de leur terme (samoukh le-pirkan).

📜 Rachi (2)
אֶלָּא לְר' יוֹחָנָן קַשְׁיָא לְדִידֵיהּ לָא מִיתּוֹקְמָא מַתְנִיתִין כְּלָל דְּהָא אָמְרִינַן הַשְׁלָמָה מִדְּרַבָּנָן לֵיכָּא דְּתֵימָא מַתְנֵי' חֲדָא קָתָנֵי כִּדְאוֹקֵימְנָא אַלִּיבָּא דְּרַב הוּנָא וְרַב נַחְמָן וְרֵישָׁא בְּחוֹלֶה וְסֵיפָא בְּבָרִיא כִּדְאוֹקִימָא רַב חִסְדָּא נָמֵי לָא תּוֹקְמָא דְּמַתְנִי' קָתָנֵי שָׁלֹשׁ לְבָרִיא וּשְׁתַּיִם לְחוֹלֶה וְר' יוֹחָנָן אָמַר שְׁתַּיִם לְבָרִיא וְאַחַת לְחוֹלֶה:
Mais selon Rabbi Yo'hanan c'est difficile - selon lui la michna ne tient pas du tout, puisqu'il dit qu'il n'y a pas de complétion rabbinique — de sorte que tu ne peux pas dire que la michna enseigne une seule chose, comme nous l'avons établie selon Rav Houna et Rav Na'hman. Et (de dire) que le début parle d'un malade et la fin d'un bien portant, comme l'a établi Rav 'Hisda — cela non plus ne tient pas, car la michna enseigne trois (ans) pour le bien portant et deux pour le malade, tandis que Rabbi Yo'hanan dit deux pour le bien portant et un pour le malade.
אָמַר לָךְ רַבִּי יוֹחָנָן לָא תִּתְנֵי לִפְנֵי שָׁנָה דְּמַשְׁמַע שְׁתַּיִם וְלִפְנֵי שְׁתַּיִם דְּמַשְׁמַע ג' שָׁנִים אֶלָּא אֵימָא מְחַנְּכִין אוֹתָהּ שָׁנָה סָמוּךְ לַפֶּרֶק' בְּחוֹלֶה וּשְׁתַּיִם לְבָרִיא:
Rabbi Yo'hanan pourra te dire - n'enseigne pas « un an avant », qui signifie deux, ni « deux ans avant », qui signifie trois ; mais dis plutôt : on l'éduque un an proche de son terme pour une malade, et deux pour une bien portante.
💡 Explication

Pour Rabbi Yo'hanan, qui a supprimé la hachlama rabbinique, la michna devient illisible : il n'a pas de point de repère intermédiaire, et le partage de Rav 'Hisda entre malade et bien portant ne le sauve pas davantage — Rachi le montre par les chiffres. La michna donnerait trois ans pour le bien portant et deux pour le malade, alors que Rabbi Yo'hanan dit deux et un. Le compte ne tombe pas.

Sa réponse est un déplacement de lecture, et elle est élégante : ne lisez pas « avant une année », qui obligerait à compter en arrière depuis un repère ; lisez « une année ou deux, samoukh le-pirkan » — les une ou deux années qui touchent immédiatement la majorité. La michna cesse alors d'être un calcul et redevient une simple durée.

6
תָּא שְׁמַע, דְּתָנֵי רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל: תִּינוֹקוֹת אֵין מְעַנִּין אוֹתָן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, אֲבָל מְחַנְּכִין אוֹתָן שָׁנָה אוֹ שְׁתַּיִם סָמוּךְ לְפִירְקָן. בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יוֹחָנָן — נִיחָא, אֶלָּא לְרַב הוּנָא וּלְרַב נַחְמָן — קַשְׁיָא! אָמְרִי לָךְ רַבָּנָן: מַאי חִינּוּךְ נָמֵי דְּקָתָנֵי — הַשְׁלָמָה.

Viens et entends, car Rabba bar Chmouel a enseigné : les enfants — on ne les afflige pas à Yom Kippour, mais on les éduque un an ou deux, proche de leur terme. Soit, selon Rabbi Yo'hanan cela va bien ; mais selon Rav Houna et Rav Na'hman, c'est difficile !

Les rabbins (Houna et Na'hman) pourront te dire : que signifie aussi le « 'hinoukh » qu'elle enseigne ? — la complétion (hachlama).

📜 Rachi (4)
תָּא שְׁמַע דִּתְנָא רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל שָׁנָה אוֹ שְׁתַּיִם כַּר' יוֹחָנָן וְלָא תָּנֵי לִפְנֵי שָׁנָה וְלִפְנֵי שְׁתַּיִם:
Viens et entends, car Rabba bar Chmouel a enseigné - « un an ou deux », comme Rabbi Yo'hanan ; et il n'enseigne pas « un an avant et deux ans avant ».
לְר' יוֹחָנָן נִיחָא וּמוּקֵי לָהּ שָׁנָה לְחוֹלֶה וּשְׁתַּיִם לְבָרִיא:
Pour Rabbi Yo'hanan cela va bien - et il l'établit : un an pour le malade et deux pour le bien portant.
אֶלָּא לְרַב הוּנָא וּלְרַב נַחְמָן קַשְׁיָא דְּהָא חִינּוּךְ לְשָׁעוֹת הוּא וּפָחוֹת שֶׁבַּחִינּוּכִין לְשָׁעוֹת לְדִידְהוּ ג' שָׁנִים הָוֵי דְּהָא אָמַר רַב הוּנָא בְּתִינֹוקֶת חוֹלָה שֶׁמְּחַנְּכִין אוֹתָהּ בַּעֲשִׂירִית וּבָרַיְיתָא קָתָנֵי גָּדוֹל שֶׁבַּחִינּוּכִין שְׁתֵּי שָׁנִים:
Mais pour Rav Houna et Rav Na'hman c'est difficile - car il s'agit ici d'un 'hinoukh par heures, et le plus court des 'hinoukhim par heures est pour eux de trois ans, puisque Rav Houna dit d'une fille malade qu'on l'éduque dès la dixième année ; or la baraita enseigne que le plus long des 'hinoukhim est de deux ans.
מַאי חִינּוּךְ דְּקָתָנֵי הַשְׁלָמָה דְּדִבְרֵיהֶם וּלְדִידַן נָמֵי הַשְׁלָמָה דְּדִבְרֵיהֶם שְׁתַּיִם לְבָרִיא לִפְנֵי הַשְׁלָמָה דְּאוֹרָיְיתָא אַחַת לְחוֹלֶה:
Que signifie le 'hinoukh qu'elle enseigne ? la complétion - de leurs paroles (rabbinique). Et pour nous aussi, la complétion rabbinique est de deux ans pour le bien portant avant la complétion de la Torah, et d'un an pour le malade.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לְרַב הוּנָא וּלְרַב נַחְמָן קַשְׁיָא וְלָא מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי דְּסָמוּךְ לְפִירְקָן וּלְהַשְׁלָמַת דְּדִבְרֵיהֶם קָאָמַר דְּסָמוּךְ לְפִירְקָן מַשְׁמַע פֶּרֶק דְּגַדְלוּת י"ב שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד לְתִינֹוקֶת וי"ג שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד לְתִינוֹק:
Mais pour Rav Houna et Rav Na'hman c'est difficile - et l'on ne peut pas répondre que « proche de leur terme » viserait la complétion de leurs paroles (rabbinique), car « proche de leur terme » désigne le terme de la majorité : douze ans et un jour pour une fille, treize ans et un jour pour un garçon.
💡 Explication

Une baraita vient au secours de Rabbi Yo'hanan : elle emploie exactement sa formule, « un an ou deux, samoukh le-pirkan », et ne dit nulle part « avant ». Le tana lui-même semble donc compter depuis la majorité.

Rachi mesure précisément l'écart pour l'autre camp : la baraita parle d'un 'hinoukh par heures dont la durée maximale est de deux ans ; or chez Rav Houna, le 'hinoukh par heures le plus court — celui de la fille malade, qui commence dans sa dixième année — dure déjà trois ans. Le plafond de l'un est sous le plancher de l'autre.

La riposte est un déplacement de vocabulaire : le mot 'hinoukh de la baraita ne désigne pas l'entraînement par heures, mais la hachlama derabbanan. Tossefot ferme aussitôt une issue plus facile : on ne peut pas dire que « proche de leur terme » désignerait le terme de la hachlama rabbinique, car pirkan est un mot technique et ne veut dire qu'une chose — la majorité, douze ans et un jour pour la fille, treize ans et un jour pour le garçon.

7
וּמִי קָרֵי לְחִינּוּךְ הַשְׁלָמָה, וְהָא תַּנְיָא: אֵי זֶה חִינּוּךְ? הָיָה רָגִיל לֶאֱכֹול בִּשְׁתֵּי שָׁעוֹת — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ לְשָׁלֹשׁ. בְּשָׁלֹשׁ — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ בְּאַרְבַּע. אָמַר רָבָא בַּר עֻולָּא: תְּרֵי חִנּוּכֵי הָווּ.

Et appelle-t-on donc « 'hinoukh » la complétion ? Mais il a été enseigné : qu'est-ce que le 'hinoukh ?

S'il avait coutume de manger à la deuxième heure — on le fait manger à la troisième ; (s'il mangeait) à la troisième — on le fait manger à la quatrième. Rava bar Oulla dit : il y a deux 'hinoukhim (trei 'hanoukhei havou).

💡 Explication

La guemara refuse le glissement de vocabulaire du segment précédent, et elle a de quoi : une baraita définit le mot 'hinoukh en toutes lettres, et sa définition est exactement l'inverse d'un jeûne complet. Le 'hinoukh, c'est décaler l'heure du repas d'une heure. L'enfant mange ; on lui fait seulement goûter l'attente.

La réponse de Rava bar Oulla est brève et définitive : trei 'hanoukhei havou — le mot recouvre deux institutions. Un 'hinoukh des petits, par heures, que décrit la baraita ; un 'hinoukh des grands, qui est le jeûne complet imposé par les Sages, et que vise la baraita de Rabba bar Chmouel. Une fois le mot dédoublé, les deux sources cessent de se contredire.

🖼️ Schéma
Trei 'hanoukhei havou -- il y a deux 'hinoukhim La réponse de Rava bar Oulla : le mot 'hinoukh recouvre deux dispositifs différents. 1. 'hinoukh par heures le plus jeune -- on décale l'heure du repas il mangeait à la 2e heure → on le fait manger à la 3e il mangeait à la 3e heure → on le fait manger à la 4e Il ne jeûne pas : il goûte l'attente. C'est la baraita citée au segment 6. 2. 'hinoukh de hachlama le plus grand -- on lui fait finir le jour jeûne complet, du soir au soir, imposé par les Sages avant la majorité C'est cela que la baraita de Rabba bar Chmouel appelle aussi 'hinoukh. Ce que la distinction sauve Rav Houna et Rav Na'hman peuvent lire un an ou deux dans la baraita comme visant le second 'hinoukh, sans contredire le premier.
Un seul mot, deux institutions : la réponse de Rava bar Oulla.
8
מַתְנֵי׳ עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה — מַאֲכִילִין אוֹתָהּ עַד שֶׁתָּשִׁיב נַפְשָׁהּ. חוֹלֶה — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי בְּקִיאִין, וְאִם אֵין שָׁם בְּקִיאִין — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עַל פִּי עַצְמוֹ עַד שֶׁיֹּאמַר דַּי.

MICHNA. Une femme enceinte qui a senti (une odeur de nourriture et en est prise d'une fringale) — on la nourrit jusqu'à ce que son âme lui revienne.

Un malade — on le nourrit sur la parole d'experts ; et s'il n'y a pas là d'experts — on le nourrit sur sa propre parole, jusqu'à ce qu'il dise « assez ».

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה הָעֻובָּר מֵרִיחַ רֵיחַ תַּבְשִׁיל וְהוּא מִתְאַוֶּה לוֹ וְאִם אֵינָהּ אוֹכֶלֶת שְׁנֵיהֶן מְסֻוכָּנִין:
MICHNA. Une femme enceinte qui a senti - c'est le foetus qui sent l'odeur du plat et le désire ; et si elle ne mange pas, tous deux sont en danger.
ע"פ בְּקִיאִין אִם יֹאמְרוּ שְׁנֵי רוֹפְאִים שֶׁהוּא מְסֻוכָּן אִם אֵינוֹ אוֹכֵל:
Sur la parole d'experts - si deux médecins disent qu'il est en danger s'il ne mange pas.
💡 Explication

Changement complet de registre : on quitte l'éducation pour le danger de mort. La michna traite deux cas où l'on rompt le jeûne de Yom Kippour.

Le premier est celui de la femme enceinte. Rachi explique le mécanisme, qui n'est pas un caprice : c'est le foetus qui perçoit l'odeur du plat et le désire, « et si elle ne mange pas, tous deux sont en danger ». Le critère d'arrêt est subjectif et interne : ad che-tachiv nafcha, jusqu'à ce que son âme lui revienne.

Le second cas établit une hiérarchie d'expertise. On suit d'abord les beki'in — Rachi précise : deux médecins déclarant qu'il y a danger. Mais à défaut d'experts, c'est le malade lui-même qui décide, et le seuil devient sa propre parole : ad che-yomar dai, jusqu'à ce qu'il dise « assez ».

9
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה בְּשַׂר קֹודֶשׁ אוֹ בְּשַׂר חֲזִיר — תּוֹחֲבִין לָהּ כּוּשׁ בְּרֹוטֶב, וּמַנִּיחִין לָהּ עַל פִּיהָ, אִם נִתְייַשְּׁבָה דַּעְתָּהּ — מוּטָב, וְאִם לָאו — מַאֲכִילִין אוֹתָהּ רֹוטֶב עַצְמוֹ, וְאִם נִתְייַשְּׁבָה דַּעְתָּהּ — מוּטָב, וְאִם לָאו — מַאֲכִילִין אוֹתָהּ שֻׁומָּן עַצְמוֹ. שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁעוֹמֵד בִּפְנֵי פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ, חוּץ מֵעֲבוֹדָה זָרָה וְגִילּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכוּת דָּמִים.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : une femme enceinte qui a senti (l'odeur d')une viande consacrée ou d'une viande de porc — on lui plonge un fuseau (kouch) dans la sauce et on le lui pose sur la bouche ; si son esprit s'apaise, tant mieux ; sinon — on lui fait manger la sauce elle-même ; si son esprit s'apaise, tant mieux ; sinon — on lui fait manger la graisse elle-même.

Car tu n'as rien qui tienne devant le (devoir de) sauver une vie (pikoua'h nefech), sauf l'idolâtrie, les unions interdites et l'effusion de sang.

📜 Rachi (1)
גְּמ' כּוּשׁ פֶּלֶךְ תּוֹחֲבִין לָהּ כּוּשׁ בְּרֹוטֶב שֶׁל אוֹתוֹ בָּשָׂר וּמוֹצַצְתּוֹ:
GUEMARA. Kouch - un fuseau. On lui plonge un fuseau dans la sauce de cette viande, et elle le suce.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא הִפִּילָה אִשָּׁה מֵרֵיחַ בְּשַׂר הַקֹּדֶשׁ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת כֻּולְּהוּ נִסֵּי הֵם מַעֲלוֹת שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם תּוֹעֶלֶת לַקֹּודֶשׁ עַצְמוֹ אַךְ נֵס זֶה אֵינוֹ תּוֹעֶלֶת לַקֹּודֶשׁ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַגִּיעַ מִזֶּה תּוֹעֶלֶת לַקֹּודֶשׁ שֶׁלֹּא יִהְיוּ נִצְרָכִים לְהַאֲכִילָהּ מִבְּשַׂר קוֹדֶשׁ דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא (יוֹמָא פב.) עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה בְּשַׂר קֹודֶשׁ יֵשׁ תּוֹחֲבִין לָהּ כּוּשׁ בְּרֹוטֶב וּמַנִּיחִין לָהּ עַל פִּיהָ אִם נִתְייַשְּׁבָה דַּעְתָּהּ מוּטָב וְאִם לָאו מַאֲכִילִין אוֹתָהּ וְכוּ' שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר עוֹמֵד בִּפְנֵי פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ עַיֵּין שָׁם.
« Jamais une femme n'a avorté à cause de l'odeur de la viande consacrée » (Avot 5,5). Il y a lieu de demander : tous ces miracles (du Temple) sont des vertus qui comportent un bénéfice pour le sacré lui-même — mais ce miracle-ci, quel bénéfice apporte-t-il au sacré ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il en résulte bien un bénéfice pour le sacré : que l'on n'en vienne pas à devoir la nourrir de viande consacrée. Car il est dit dans la guemara (Yoma 82a) : une femme enceinte qui a senti (l'odeur d')une viande consacrée — on lui plonge un fuseau dans la sauce et on le lui pose sur la bouche ; si son esprit s'apaise, tant mieux ; sinon on la nourrit, etc., car tu n'as rien qui tienne devant le pikoua'h nefech. Vois-y (dans le passage).
💡 Explication

La baraita construit une échelle, et c'est là sa leçon de méthode. On sauve — cela n'est jamais en question — mais on transgresse le moins possible, et l'on s'arrête à la première marche qui suffit. Rachi décrit le geste de la première : le kouch est un fuseau, qu'on trempe dans la sauce et qu'elle suce. On lui donne le goût, pas l'aliment.

Le choix des deux exemples n'est pas anodin : viande consacrée et viande de porc sont les deux pôles de la nourriture interdite, l'une par excès de sainteté, l'autre par impureté — et la règle est la même pour les deux.

La dernière phrase est la formule qui gouverne toute la suite du daf, et elle est double : d'un côté une règle sans réserve — rien ne tient devant le pikoua'h nefech ; de l'autre trois noms qui y résistent. La guemara va maintenant demander, pour chacun, d'où il tient ce privilège.

🖼️ Schéma
La femme enceinte prise d'une fringale : l'échelle de la moindre transgression On sauve, mais on monte marche par marche : à chaque étage on s'arrête dès que l'esprit s'apaise. 1 Un fuseau (kouch) trempé dans la sauce, posé sur sa bouche Rachi : elle le suce. Quantité infime, transgression minimale. apaisée ? on s'arrête sinon 2 La sauce elle-même On passe du goût au liquide : plus de substance, mais toujours pas la chair. apaisée ? on s'arrête sinon 3 La graisse elle-même -- l'aliment interdit Viande consacrée ou viande de porc : on la lui donne sans hésiter. Le mur qui ne cède pas Rien ne tient devant le pikoua'h nefech, sauf l'idolâtrie, les unions interdites et le meurtre.
On sauve, mais marche par marche : l'échelle de la moindre transgression.
10
עֲבוֹדָה זָרָה מִנָּלַן — דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אִם נֶאֱמַר ״בְּכָל נַפְשְׁךָ״, לָמָּה נֶאֱמַר ״בְּכָל מְאֹדֶךָ״? וְאִם נֶאֱמַר ״בְּכָל מְאֹדֶךָ״, לָמָּה נֶאֱמַר ״בְּכָל נַפְשְׁךָ״?

L'idolâtrie, d'où (la tenons-)nous ? Car il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit — s'il est dit « de toute ton âme », pourquoi est-il dit « de tout ton pouvoir » ?

Et s'il est dit « de tout ton pouvoir », pourquoi est-il dit « de toute ton âme » ?

📜 Rachi (1)
לָמָּה נֶאֱמַר בְּכָל מְאֹודֶךָ וְכוּ' יֹאמַר הֶחָבִיב שֶׁבָּהֶן וכ"ש שֶׁאֵינוֹ חָבִיב:
Pourquoi est-il dit « de tout ton pouvoir », etc. - qu'il énonce le plus cher des deux, et à plus forte raison (vaudrait) ce qui n'est pas le plus cher.
💡 Explication

Première des trois enquêtes. Rabbi Eliezer procède par la méthode classique de la redondance : le verset du Chema (Dt 6,5) énonce deux totalités, « de toute ton nefech » (ton âme, ta vie) et « de tout ton meod » — que la tradition lit ici comme « tes biens ». L'une des deux devrait suffire, puisque chacune semble contenir l'autre.

Rachi formule la logique de l'objection : le verset aurait dû n'énoncer que le plus cher des deux, et l'autre serait venu à plus forte raison. Que le texte les mentionne malgré tout toutes les deux prouve qu'aucun ordre de valeur n'est universel. La réponse arrive au segment suivant.

🖼️ Schéma
Pourquoi le verset dit-il deux fois la même chose ? Rabbi Eliezer sur Dt 6,5 : chaque expression vise un homme différent. de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout ton pouvoir be-khôl nafshekha de toute ton âme Pour celui dont le corps lui est plus cher que son bien. Même si l'on te prend la vie. be-khôl mêôdekha de tout ton pouvoir (ton bien) Pour celui dont le bien lui est plus cher que son corps. Même si l'on te prend tout.
Deux totalités dans un seul verset, pour deux types d'hommes.
11
אִם יֵשׁ לְךָ אָדָם שֶׁגּוּפוֹ חָבִיב עָלָיו מִמָּמוֹנוֹ — לְכָךְ נֶאֱמַר ״בְּכָל נַפְשְׁךָ״, וְאִם יֵשׁ לָךְ אָדָם שֶׁמָּמוֹנוֹ חָבִיב עָלָיו מִגּוּפוֹ — לְכָךְ נֶאֱמַר ״וּבְכָל מְאֹדֶךָ״.

S'il y a chez toi un homme dont le corps lui est plus cher que son bien — c'est pour lui qu'il est dit « de toute ton âme » ; et s'il y a chez toi un homme dont le bien lui est plus cher que son corps — c'est pour lui qu'il est dit « et de tout ton pouvoir ».

💡 Explication

La réponse renverse la question. Il n'y a pas de redondance parce qu'il n'y a pas d'échelle de valeurs commune à tous les hommes. Le verset s'adresse à deux types : celui pour qui la vie prime sur les biens, et celui — le texte l'admet sans mépris — pour qui les biens priment sur la vie. À chacun, la Torah adresse son mot le plus exigeant.

La conclusion halakhique est celle que la guemara cherchait : si l'on doit donner sa nefech pour l'amour de Dieu, alors devant l'idolâtrie on ne se sauve pas au prix de la transgression. L'avoda zara tient donc bien devant le pikoua'h nefech.

12
גִּילּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכַת דָּמִים מְנָא לַן — דְּתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: ״כִּי כַּאֲשֶׁר יָקוּם אִישׁ עַל רֵעֵהוּ וּרְצָחוֹ נֶפֶשׁ כֵּן הַדָּבָר הַזֶּה״. וְכִי מָה עִנְיָן לָמַדְנוּ מֵרוֹצֵחַ לְנַעֲרָה הַמְאֹורָסָה?

Les unions interdites et l'effusion de sang, d'où (les tenons-)nous ? Car il a été enseigné : Rabbi (Yehouda ha-Nassi) dit — « car comme lorsqu'un homme se lève sur son prochain et le tue, ainsi en est-il de cette chose » (Dt 22,26).

Or, qu'avons-nous appris du meurtrier à propos de la jeune fille fiancée ?

📜 Rachi (2)
כִּי כַּאֲשֶׁר יָקוּם בְּנַעֲרָה הַמְאֹורָסָה כְּתִיב:
« Car comme lorsqu'il se lève » - c'est écrit à propos de la jeune fille fiancée.
מֶה לָמַדְנוּ מֵרוֹצֵחַ לְנַעֲרָה הַמְאֹורָסָה שֶׁהוּא כְּמִשְׁפַּט הָרוֹצֵחַ כֵּן מִשְׁפַּט הַדָּבָר הַזֶּה:
Qu'avons-nous appris du meurtrier à propos de la jeune fille fiancée - que, tel le régime du meurtrier, tel est le régime de cette chose.
💡 Explication

Le verset est tiré du passage de la na'ara meorassa — la jeune fille fiancée violée aux champs, que la Torah déclare innocente. Le texte justifie cette innocence par une comparaison avec le meurtre : elle était sans secours, comme un homme assailli.

Rachi identifie d'abord le référent — « c'est écrit à propos de la jeune fille fiancée » — puis la difficulté : la comparaison est présentée comme si le meurtrier venait éclairer le cas de la jeune fille. Mais son innocence à elle est déjà évidente ; c'est le meurtre qui est le cas obscur. Le verset semble expliquer le connu par l'inconnu.

13
אֶלָּא: הֲרֵי זֶה בָּא לְלַמֵּד, וְנִמְצָא לָמֵד: מַה נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה נִיתָּן לְהַצִּילָהּ בְּנַפְשׁוֹ — אַף רוֹצֵחַ (כו׳). מָה רוֹצֵחַ יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור — אַף נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור.

Mais plutôt : celui-ci est venu enseigner, et il se trouve enseigné. De même que, pour la jeune fille fiancée, il est permis de la sauver au prix de la vie (de l'agresseur) — de même le meurtrier (etc.).

(Et inversement :) de même que le meurtrier — qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas — de même la jeune fille fiancée : qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas.

📜 Rachi (3)
מַה נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה נִיתָּן רְשׁוּת לַמַּצִּיל לְהַצִּילָהּ מִבְּעִילַת זוֹ בְּנַפְשׁוֹ שֶׁל בּוֹעֵל זֶה לְהָורְגוֹ עַד שֶׁלֹּא בָּא עָלֶיהָ כְּדִכְתִיב אֵין מוֹשִׁיעַ לָהּ (דְּבָרִים כב) הָא יֵשׁ מוֹשִׁיעַ יוֹשִׁיעֶנָּה בְּכָל צִידֵּי תְּשׁוּעָה:
De même que pour la jeune fille fiancée il est donné autorisation - à celui qui sauve, de la sauver de ce rapport au prix de la vie de cet homme, en le tuant avant qu'il ne soit venu sur elle, comme il est écrit « il n'y avait personne pour la sauver » (Dt 22) : mais s'il y a quelqu'un pour la sauver, qu'il la sauve par tous les moyens de salut.
רוֹצֵחַ יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור אִם אָמְרוּ לוֹ הָרוּג חֲבֵירְךָ וְאִם לָאו אֶהֱרֹוג אוֹתְךָ יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור עֲבֵירָה זוֹ כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
Le meurtrier : qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas - si on lui a dit « tue ton prochain, sinon je te tuerai », qu'il se laisse tuer et ne commette pas cette transgression, comme il est expliqué plus loin.
אַף נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה אִם יֹאמְרוּ בְּעֹול אֲרוּסַת חֲבֵירְךָ אוֹ תֵּיהָרֵג יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור אֲבָל הִיא אֵינָהּ מְצֻוָּוה לִמְסֹור אֶת נַפְשָׁהּ דְּהִיא אֵינָהּ עוֹשָׂה כְּלוּם דְּקַרְקַע עוֹלָם בְּעָלְמָא הִיא וּרְאָיָה לַדָּבָר אֶסְתֵּר:
De même la jeune fille fiancée - si l'on dit (à un homme) « possède la fiancée de ton prochain, ou tu seras tué », qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas. Mais elle, elle n'a pas l'obligation de livrer sa vie, car elle ne fait rien : elle n'est que « sol du monde » (karka olam). Et la preuve en est Esther.
🗂️ Tossefot (1)
מָה רוֹצֵחַ יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור אַף נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּלָא גָּרַס תֵּיהָרֵג דְּאִיהִי לָא מִחַיְּיבָא לְמִימְסַר נַפְשֵׁיהּ דְּקַרְקַע עוֹלָם הִיא וּבְהָא נִיחָא הָא דִּבְסוֹף פ' בֵּן סוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין עַד:) פָּרִיךְ וְהָא אֶסְתֵּר פַּרְהֶסְיָא הֲוַאי וְאַמַּאי לָא פָּרֵיךְ וְהָא ג"ע יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור אַפֵּי' בְּצִינְעָא וּלְמַאי דְּלָא גָּרַס תֵּיהָרֵג נִיחָא דִּלְעִנְיַן ג"ע יָדַע שַׁפִּיר הַמַּקְשֶׁה דִּמְהַנֵּי קַרְקַע עוֹלָם אֲבָל לְעִנְיַן פַּרְהֶסְיָא דְּטַעְמָא מִשּׁוּם חִילּוּל הַשֵּׁם לָא אַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ דִּמְהַנֵּי וּלְהָכִי פָּרִיךְ וְהָא אֶסְתֵּר פַּרְהֶסְיָא הֲוַאי וּמְשַׁנֵּי לְעִנְיַן פַּרְהֶסְיָא נָמֵי קַרְקַע עוֹלָם הָיְתָה וּמְהַנֵּי וְתֵדַע דְּאִיהִי דְּלָא עָבְדָה מַעֲשֶׂה אֵין לָהּ לֵיהָרֵג דְּהָא מֵרוֹצֵחַ יָלְפִינַן וְרוֹצֵחַ גּוּפֵיהּ דְּיֵהָרֵג הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּמַאי חֲזֵיתָ דִּדְמָא דִידָךְ סֻומָּק טְפֵי וְכוּ' וה"מ הֵיכָא דַּעֲבִיד מַעֲשֶׂה אֲבָל אִי לָא עֲבִיד מַעֲשֶׂה כְּגוֹן שֶׁרוֹצִים לְהַפִּילוֹ עַל הַתִּינוֹק כְּדֵי לְהָורְגוֹ וְאִם יְעַכֵּב עַל יָדָם יַהַרְגוּהוּ וְכָל כִּי הַאי גַוְונָא אֵין לוֹ לֵיהָרֵג דְּאַדְּרַבָּה נֵימָא מַאי חֲזֵית דִּדְמָא דִּידֵיהּ סֻומָּק טְפֵי דִּילְמָא דְּמָא דִּידִי סֻומָּק טְפֵי וְעוֹד דְּהֶיקֵּישָׁא דִּקְרָא בְּרוֹצֵחַ שֶׁהוֹרֵג בְּיָדַיִם כְּתִיב כַּאֲשֶׁר יָקוּם אִישׁ עַל רֵעֵהוּ וּרְצָחוֹ נֶפֶשׁ וְגוֹ' וְרָבָא דִּפְלִיג בְּפֶ' בֵּן סוֹרֵר וּמוֹרֶה (סַנְהֶדְרִין דַּף עַד:) אַשִּׁינּוּיָא דְּקַרְקַע עוֹלָם וּמְשַׁנֵּי הֲנָאַת עַצְמוֹ שָׁאנֵי פֵּירוּשׁ כְּשֶׁאוֹנְסִין אֶת הָאָדָם לַעֲבֹור בְּדָבָר שֶׁיֵּשׁ לוֹ הֲנָאָה לְעַצְמוֹ לֵיכָּא חִילּוּל הַשֵּׁם לָא פְּלִיג אֶלָּא לְעִנְיַן פַּרְהֶסְיָא דְּלָא מְהַנֵּי קַרְקַע עוֹלָם אֲבָל לְעִנְיַן גִּילּוּי עֲרָיוֹת מוֹדֶה דִּמְהַנֵּי קַרְקַע עוֹלָם אִי נָמֵי אֲפִילּוּ לְעִנְיַן פַּרְהֶסְיָא לָא פְּלִיג אֶלָּא מוֹסִיף עוֹד טַעַם שֵׁנִי וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דִּלְהָכִי לָא פָּרֵיךְ הָתָם וְהָא אֶסְתֵּר גִּילּוּי עֲרָיוֹת הֲוַאי מִשּׁוּם דְּלָא מִיתְהַנְיָא מֵעֲבֵירָה שֶׁהֵטִיל בָּהּ זֻוהֲמָא כְּדִמְשַׁנֵּי גַּבֵּי יָעֵל בְּפֶרֶק רְבִיעִי דְּנָזִיר (דַּף כג:) וּבְפֶרֶק מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת דַּף קג:) כִּי פָּרֵיךְ וְהָא קָמִתְהַנְיָא מֵעֲבֵירָה וּמְפָרֵשׁ כָּךְ וְכֵיוָן דְּמִיתְהַנְיָא הָיָה לָהּ לֵיהָרֵג מִשּׁוּם גִּילּוּי עֲרָיוֹת וּמְשַׁנֵּי טוֹבָתָן שֶׁל רְשָׁעִים רָעָה הִיא אֵצֶל צַדִּיקִים וְלָא נְהִירָא חֲדָא לְעִנְיַן דְּלָא מִיחַייְּבָא לְמִימְסַר נַפְשָׁהּ לָא מְהַנֵּי הַאי דְּלָא מִתְהַנְיָא דִּבְלָאו הֲנָאָה נָמֵי אִיכָּא אִיסּוּר עֶרְוָה אע"ג דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק הַמַּנִּיחַ (בּ"ק דַּף לב.) וְנִכְרְתוּ הַנְּפָשׁוֹת הָעוֹשׂוֹת הֲנָאָה לְתַרְוַיְיהוּ אִית לְהוּ מִכָּל מָקוֹם בְּלֹא הֲנָאָה נָמֵי מִיחַייְּבָא כְּגוֹן שֶׁלֹּא כְּדַרְכָּהּ אע"ג דְּמִיקְּרֵי עִינּוּי וְעוֹד דְּאִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא תֵּיהָנֶה קְצָת וְעוֹד אִם נִתְכַּווְּנָה לְהַצִּיל עַצְמָהּ בַּמֶּה הַכָּתוּב מְשַׁבְּחָהּ וַהֲלֹא לְצֹורֶךְ עַצְמָהּ עָשְׂתָה וְעוֹד פְּשִׁיטָא דְּלָא הָיָה חָפֵץ לְהָורְגָהּ כִּי הָיָה בּוֹרֵחַ עַל נַפְשׁוֹ וְאַדְּרַבָּה הָיָה צָרִיךְ שֶׁתַּטְמִינֵהוּ שֶׁלֹּא יִמְצָאוּהוּ הָרוֹדְפִים וְהִיא שִׁידְּלַתּוּ בִּדְבָרִים עַד שֶׁבָּא עָלֶיהָ כְּדֵי לְהַתִּישׁ כֹּחוֹ כְּמוֹ שֶׁמּוֹכִיחַ בְּעִנְיָן אֶלָּא יֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּקָאָמְרִינַן לְעֵיל מִינָּהּ גְּדוֹלָה עֲבֵירָה לִשְׁמָהּ מִמִּצְוָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ דִּכְתִיב מִנָּשִׁים בָּאֹהֶל תְּבֹורָךְ מַאן נִינְהוּ מִנָּשִׁים בָּאֹהֶל שָׂרָה רִבְקָה רָחֵל וְלֵאָה פִּי' שֶׁהָאִמָּהוֹת נִתְכַּווְּנוּ לְהִבָּנוֹת מִבַּעֲלֵיהֶן וּפָרִיךְ אַמַּאי הַכָּתוּב מְשַׁבְּחָהּ טְפֵי מִנָּשִׁים בְּאֹהֶל וְהָא קָא מִיתְהַנְיָא מֵעֲבֵירָה וּמְשַׁנֵּי לָא הֲוָה לָהּ הֲנָאָה כֻּולֵּי הַאי דְּצַעֲרָהּ הָיָה גָּדוֹל מֵהֲנָאָתָהּ דְּטוֹבָתָן שֶׁל רְשָׁעִים רָעָה הִיא אֵצֶל צַדִּיקִים וְאַף עַל גַּב דִּבְפֶרֶק מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת דַּף קג.) פָּרִיךְ נָמֵי הָכִי אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לְשֵׁם גְּדוֹלָה עֲבֵירָה לִשְׁמָהּ כו' י"ל אַהַהִיא דְּנָזִיר קָא סְמִיךְ וּכְמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּגָרַס יֵהָרֵג כֵּן גּוֹרֵס בִּשְׁאִלְתּוֹת בְּפַר' וָאֵרֶא וְהִקְשָׁה הַשְּׁאִלְתּוֹת מֵהָא דְּאָמַר רָבָא בְּרֵישׁ פֶּרֶק הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף נג:) אַאוֹנֵס בְּעֶרְוָה לְפִי שֶׁאֵין קִישּׁוּי אֶלָּא לְדַעַת וְאִם כֵּן אֹונֶס בְּדִידֵיהּ מִי אִיכָּא דְּקָאָמַר אַף גִּילּוּי עֲרָיוֹת יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור וְהָא לָאו אֹונֶס הוּא אֶלָּא רָצוֹן כֵּיוָן דְּאֵין קִישּׁוּי אֶלָּא לְדַעַת וְתֵירֵץ מַשְׁכַּחַת לָהּ לְהִתְרַפְּאוּת כִּי הַהִיא דְּסוֹף פֶּרֶק בֵּן סוֹרֵר וּמוֹרֶה (סַנְהֶדְרִין דַּף עה.) בְּאָדָם אֶחָד שֶׁנָּתַן עֵינָיו בְּאִשָּׁה אַחַת וְהֶעֱלָה לִבּוֹ טִינָא אַחֲרֶיהָ וְכוּ' עַד יָמוּת וְאַל תִּיבָּעֵל בּוֹ וּלְשׁוֹן יֵהָרֵג לֹא מַשְׁמַע כַּפַּי' דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר יָמוּת וְאַל יַעֲבֹור ור"י פֵּירֵשׁ דְּהַהוּא דְּרָבָא מַייְרֵי שֶׁהַנָּכְרִים מַדְבִּיקִין אוֹתוֹ בְּעֶרְוָה וְאֵינוֹ יָכוֹל לִישָּׁמֵט מִזֶּה אֶלָּא אִם כֵּן יַהַרְגוּהוּ וְעַל זֶה קָאָמַר דְּאֵין טַעֲנַת אֹונֶס לוֹמַר דְּאֵין עוֹשֶׂה מַעֲשֶׂה אֶלָּא אֲחֵרִים עוֹשִׂים בּוֹ מַעֲשֶׂה כְּמוֹ קַרְקַע עוֹלָם וס"ד אָמֵינָא דְּיַעֲבֹור וְאַל יֵהָרֵג קמ"ל כֵּיוָן שֶׁיּוֹדֵעַ בְּעַצְמוֹ שֶׁאִם יַדְבִּיקוּהוּ אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִתְקַשֶּׁה הַקִּישּׁוּי דְּקָא עֲבִיד חֲשִׁיב כְּעוֹשֶׂה מַעֲשֶׂה אע"ג דְּעַל יְדֵי אֹונֶס בָּא לוֹ ואע"ג דְּאִיכָּא לָמֶ"ד הַמְשַׁמֵּשׁ מֵת בַּעֲרָיוֹת חַיָּיב וַאֲפִילּוּ הָכֵי כְּשֶׁמַּדְבִּיקִין אוֹתוֹ וּמְשַׁמֵּשׁ מֵת פָּטוּר כֵּיוָן דְּאָנוּס א"כ מַה לִי מְשַׁמֵּשׁ בְּאֵבֶר מֵת מַה לִי בְּקִישּׁוּי י"ל רָבָא לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף יח.) הַמְשַׁמֵּשׁ מֵת פָּטוּר וְעוֹד י"ל שֶׁהָיָה לוֹ לִפְרֹושׁ בַּהֲנָאָה מוּעֶטֶת וּפֵירַשׁ בַּהֲנָאָה מְרֻובָּה כִּדְאָמַר גַּבֵּי מְשַׁמֵּשׁ עִם הַטְּהוֹרָה וְאָמְרָה לוֹ נִטְמֵאתִי בפ"ב דִּשְׁבוּעוֹת (ג"ז שָׁם.) וּפֵירֵשׁ בְּאֵבֶר חַי חַייָּב אַפֵּי' לְמָאֵן דְּאָמַר הַמְשַׁמֵּשׁ מֵת חַיָּיב מִשּׁוּם דְּהָיָה לוֹ לִפְרֹושׁ בַּהֲנָאָה מוּעֶטֶת וּפֵירַשׁ בַּהֲנָאָה מְרֻובָּה הָכָא נָמֵי אִם הִדְבִּיקוּהוּ וְשִׁמֵּשׁ מֵת אוֹ אִם נִתְקַשָּׁה לְאִשְׁתּוֹ בְּהֶיתֵּר וְהִדְבִּיקוּהוּ פָּטוּר אֲבָל אִם הִדְבִּיקוּהוּ וְשׁוּב נִתְקַשָּׁה חַייָּב וְהַשְׁתָּא לְמַאי דִּפְרִישִׁי' גָּרַס יֵהָרֵג וְאִי נָמֵי גָּרַס אַף נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה תֵּיהָרֵג נִיחָא וְנוֹקְמָהּ כְּגוֹן דְּעָבְדָה מַעֲשֶׂה שֶׁמְּאַנְּסִין אוֹתָהּ לְהָבִיא הָעֶרְוָה עָלֶיהָ וְהָא דְּפָרִיךְ בִּכְתֻובּוֹת (דַּף ג:) וְלִידְרוֹשׁ לְהוּ דְּאֹונֶס שְׁרֵי אע"ג דְּגִילּוּי עֲרָיוֹת יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור הָתָם נָמֵי קַרְקַע עוֹלָם הָווּ וְרַבֵּינוּ תָּם הָיָה מְפָרֵשׁ בְּהַהִיא דִּכְתֻובּוֹת וּדְאֶסְתֵּר דְּלָא מִיחַייְּבָא לְמִימְסַר נַפְשָׁהּ בְּבִיאַת עַכּוּ"ם שֶׁאֵין בִּיאָתוֹ בִּיאָה וְלָא מִיחַייְּבָא מִיתָה בְּבִיאָתוֹ דְּרַחֲמָנָא אַפִּקֶרְיָה לְזַרְעֵיהּ דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים כְּדִכְתִיב אֲשֶׁר בְּשַׂר חֲמוֹרִים בְּשָׂרָם וְזִרְמַת סוּסִים זִרְמָתָם וְהָוֵי כְּבִיאַת בְּהֵמָה בְּעָלְמָא וּמִתּוֹךְ כָּךְ הִתִּיר לְבַת יִשְׂרָאֵל שֶׁהֵמִירָה דָּתָהּ וְנִשֵּׂאת לְעַכּוּ"ם וְחָזְרָה בִּתְשׁוּבָה וְהָעַכּוּ"ם נִתְגַּיֵּיר לְקַייְּמָהּ דְּאע"ג דְּאָמַר כְּשֵׁם שֶׁאֲסוּרָה לַבַּעַל כָּךְ אֲסוּרָה לַבּוֹעֵל הָנֵי מִילֵּי בְּבִיאַת יִשְׂרָאֵל אֲבָל עַכּוּ"ם לֹא וְלָא נְהִירָא לר"י בַּר מֵאִיר דְּכֵיוָן דְּנֶאֱסֶרֶת לְבַעְלָהּ בְּבִיאַת עַכּוּ"ם כִּדְקָאָמַר בִּכְתֻובּוֹת (שָׁם) אִיכָּא פְּרוּצוֹת כו' וְכֵן בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּכְתֻובּוֹת (דַּף כו:) הָאִשָּׁה שֶׁנֶּחְבְּשָׁה בִּידֵי עַכּוּ"ם עַל יְדֵי נְפָשׁוֹת אֲסוּרָה לְבַעְלָהּ וְכֵן בְּאֶסְתֵּר וְכַאֲשֶׁר אָבַדְתִּי אָבַדְתִּי אַלְמָא לְגַבֵּי לְאָוסְרָהּ עַל בַּעְלָהּ לָא חֲשִׁיבָא כְּבִיאַת בְּהֵמָה הָכִי נָמֵי יֵשׁ לְאָוסְרָהּ עַל הַבּוֹעֵל וְכֵן לִפְסוֹל לִכְהֻונָּה פְּנוּיָה שֶׁנִּבְעֲלָה לְעַכּוּ"ם אע"ג דְּנִבְעֲלָה לִבְהֵמָה כְּשֵׁירָה לִכְהֻונָּה בְּפֶרֶק הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף נט:) אַלְמָא לָא חֲשִׁיבָא כִּבְהֵמָה וְדַוְקָא לְעִנְיַן חָיֵיס אָמַר בְּפֶ' נוֹשְׂאִין (שָׁם דַּף צח.) דְּרַחֲמָנָא אַפִּקֶרְיָה לְזַרְעֵיהּ דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּבְפֶ' אֲרוּסָה (סוֹטָה דַּף כו:) אָמְרִינַן דִּמְקַנִין ע"י נָכְרִי וּפוֹסֵל בִּתְרוּמָה וּפָרִיךְ פְּשִׁיטָא וְנִסְתְּרָה וְהִיא נִטְמְאָה אֲמַר רַחֲמָנָא אֶחָד לַבַּעַל וְאֶחָד לַבּוֹעֵל וְאֶחָד לִתְרוּמָה מַהוּ דְּתֵימָא כִּי אָמְרִינַן וְנִסְתְּרָה וְהִיא נִטְמְאָה הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דִּבְהַךְ בִּיאָה אֲסִירָא לֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן אַלְמָא דְּאַפֵּי' גַּבֵּי עַכּוּ"ם שַׁיָּיךְ נִטְמְאָה לֶאֱסֹור לְבַעֲלָהּ וְהוּא הַדִּין לַבּוֹעֵל וְלֵיכָּא לְמֵידַק אִיפְּכָא מֵהָתָם מִדְּקָאָמַר דְּס"ד אָמֵינָא כֵּיוָן דִּבְלָאו הַאי בִּיאָה אֲסִירָא לֵיהּ לָא מִיתַּסְרָא עָלֶיהָ דְּבַעַל מִכְּלָל דְּעַכּוּ"ם גּוּפֵיהּ לֹא צָרִיךְ קְרָא לְאָוסְרָהּ עַל יְדֵי אוֹתָהּ בִּיאָה וא"כ גֵּר מֻותָּר ע"י בִּיאָה שֶׁבָּעַל בִּהְיוֹתוֹ עַכּוּ"ם דְּאִי אָסוּר הֲוָה מִיתּוֹקַם קְרָא שַׁפִּיר אֲפִילּוּ בְּעַכּוּ"ם וּמִיתַּסְרָא עָלֶיהָ בְּהַאי בִּיאָה לִכְשֶׁיִּתְגַּיֵּיר דִּבְלָאו הַךְ בִּיאָה (לא) הֲוָה מִיתַּסְרָא עָלֶיהָ הַייְנוּ בִּהְיוֹתוֹ עַכּוּ"ם שֶׁהִיא אֲסוּרָה לִיבָּעֵל לְעַכּוּ"ם וְתֵימַהּ כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִיסּוּר מִיתָה בְּבִיאַת עַכּוּ"ם לָמָּה לֹא גֵּירֵשׁ מָרְדְּכַי אֶת אֶסְתֵּר בְּשָׁעָה שֶׁבָּאתָה לְהַצָּלַת כְּלַל יִשְׂרָאֵל וי"ל הָיָה יָרֵא פֶּן יִוָּדַע הַדָּבָר לַמֶּלֶךְ וְיִתְפַּרְסֵם עַל יְדֵי גֵּט שֶׁהָיְתָה אִשְׁתּוֹ דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי לָמָּה לֹא גֵּירְשָׁהּ כְּדֵי שֶׁלֹּא תֵּאָסֵר עָלָיו בִּיאוּתָה וְיַחֲזִירֶנָּה אַחַ"כּ דְּמַחֲזִיר גְּרוּשָׁתוֹ לָא מִיתַּסְרָא בְּבִיאַת זְנוּת כִּדְמוֹכַח בְּסוֹטָה פֶּרֶק הָיָה מֵבִיא (סוֹטָה דַּף יח:) שֶׁלֹּא הָיָה מַתְנֶה עִמָּהּ מֵאַחַר שֶׁתִּתְגָּרֵשׁ וא"ת הָא דְּקָאָמַר בְּמַס' ע"ז פ' ר' יִשְׁמָעֵאל (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף נד.) גַּבֵּי נֶעֱבָד בְּאֹונֶס דְּאָסוּר דִּמְפָרֵשׁ כְּגוֹן שֶׁאֲנָסוּהוּ נָכְרִים וְהִשְׁתַּחֲוָה לִבְהֵמָה דִּידֵיהּ וּפָרִיךְ עֲלָהּ אֹונֶס רַחֲמָנָא פַּטְרֵיהּ דִּכְתִיב וְלַנַּעֲרָה לֹא תַעֲשֶׂה דָבָר וּמַאי קֻושְׁיָא הָא קְרָא בְּקַרְקַע עוֹלָם דַּוְקָא אַיְירֵי אֲבָל עוֹשֶׂה מַעֲשֶׂה חַייָּב לִמְסוֹר עַצְמוֹ וּמִשְׁתַּחֲוֶה לַעַ"ז עוֹשֶׂה מַעֲשֶׂה הוּא דִּבְכָפְפוּ נָכְרִים לִפְנֵי ע"ז לֵיכָּא לְאוֹקוֹמֵיהּ דא"כ לָאו מִידִי עֲבַד וְאֵין זֶה מִשְׁתַּחֲוֶה וַאֲפִילּוּ נִרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה כְּעֵין שׁוֹחֶה וְנוֹטֵל מְעוֹתָיו בִּפְנֵי ע"ז אֵינוֹ וְעוֹד דְּאִם כֵּן אֵין כָּאן אָדָם אוֹסֵר דָּבָר שֶׁהוּא שֶׁלּוֹ אֶלָּא הַנָּכְרִים הַכּוֹפְפִים קוֹמָתוֹ הֵם הָאוֹסְרִים בְּהֶמְתּוֹ לַעַ"ז אִם הָיְתָה נֶאֱסֶרֶת בְּכָךְ וְי"ל דְּהָכִי פֵּירוּשׁוֹ אֹונֶס רַחֲמָנָא פַּטְרֵיהּ מִמִּיתָה וְכֵיוָן דְּפַטְרֵיהּ מִמִּיתַת בֵּית דִּין אע"ג דְּמִיחַייַּב לִמְסוֹר עַצְמוֹ לָא חֲשִׁיב נֶעֱבָד לֵיאָסֵר בְּהַךְ עֲבוֹדָה וְשַׁפִּיר יָלֵיף מֵהַאי קְרָא דְּפָטוּר מִמִּיתָה בְּאֹונֶס אֲפִילּוּ בְּעוֹשֶׂה מַעֲשֶׂה אע"ג דְּנַעֲרָה לָא עָבְדָה מִידִי דְּהָא אִיתַּקַּשׁ בְּהַאי קְרָא נַעֲרָה הַמְאֹורָסָה לְרוֹצֵחַ מָה רוֹצֵחַ יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבֹור בַּעֲשִׂייַּת מַעֲשֶׂה אַף נַעֲרָה יֵהָרֵג הַבּוֹעֵל אוֹ תֵּיהָרֵג הִיא בַּעֲשִׂייַּת מַעֲשֶׂה וּבְהַאי קָאָמַר קְרָא וְלַנַּעֲרָה שֶׁבַּעֲשִׂיַּית מַעֲשֶׂה עֲבָדָהּ בְּדִיעֲבַד מֵחֲמַת אֹונֶס לֹא תַעֲשֶׂה דָּבָר וְהוּא הַדִּין מִשְׁתַּחֲוֶה לַעַ"ז כְּדֵי שֶׁלֹּא יַהַרְגוּהוּ אִיכָּא לְמֵילַף מִינֵּיהּ לְפָוטְרוֹ בְּדִיעֲבַד אַפֵּי' בַּעֲשִׂייַּת מַעֲשֶׂה וְקָסָבַר רַבִּי זֵירָא כֵּיוָן דִּבְדִיעֲבַד מִיפְטָר הָעוֹבֵד לָא מִיתְּסַר נֶעֱבָד בְּהָא עֲבוֹדָה אע"פ שֶׁלֹּא בְּאֹונֶס מִיתָה הָיָה חַייָּב לְאַבַּיֵּי אע"ג דְּלָא קַבְּלֵיהּ בֶּאֱלוֹהַּ וּלְרַבָּה דְּקַבְּלֵיהּ בֶּאֱלוֹהַּ שֶׁהִשְׁתַּחֲוָה בְּפֵירוּשׁ לְשֵׁם קַבָּלַת אֱלֹהוּת אע"פ שֶׁאֵין פִּיו וְלִבּוֹ שָׁוִין שֶׁבְּפִיו מְפָרֵשׁ שֶׁעוֹבֵד לְשֵׁם אֱלֹהוּת וְלִבּוֹ לְאָבִיו שֶׁבַּשָּׁמַיִם וְרָבָא מַהְדַּר לֵיהּ לְרַבִּי זֵירָא דַּחֲשִׁיב שַׁפִּיר נֶעֱבָד אע"ג דְּפָטוּר מִמִּיתָה וְעוֹד י"ל דְּמַשְׁמַע לֵיהּ לְעִנְיַן מִיתַת ב"ד דְּאֵין חִילּוּק בֵּין עֲבִיד מַעֲשֶׂה לְלֹא עֲבִיד מַעֲשֶׂה דְּהָא אִשָּׁה בְּרָצוֹן חַיֶּיבֶת אַף עַל גַּב דְּהָוְיָא קַרְקַע עוֹלָם וּכְשֶׁפָּטַר הָתָם אֹונֶס מִמִּיתַת בֵּית דִּין כְּדִכְתִיב וְלַנַּעֲרָה לֹא תַעֲשֶׂה דָבָר לָא שְׁנָא עֲבִיד מַעֲשֶׂה ול"ש לָא עֲבִיד מַעֲשֶׂה:
De même que le meurtrier : qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas, de même la jeune fille fiancée : qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas - Rachi a expliqué qu'on ne lit pas « qu'elle soit tuée » (tehareg), car elle n'est pas tenue de livrer sa vie, étant « sol du monde » (karka olam). Et par là se résout ce que la guemara demande à la fin du chapitre Ben Sorer (Sanhédrin 74b) : « mais Esther, c'était en public (parhessia) ! » — pourquoi ne demande-t-elle pas plutôt : « mais pour les unions interdites, on se laisse tuer sans transgresser, même en privé » ? Or, selon la version qui ne lit pas « tehareg », cela va bien : quant aux unions interdites, celui qui interrogeait savait fort bien que « sol du monde » est efficace ; mais quant au caractère public, dont la raison est la profanation du Nom, il ne lui est pas venu à l'esprit que « sol du monde » soit efficace — c'est pourquoi il demande « mais Esther, c'était en public ! », et la guemara répond que pour le caractère public aussi elle était « sol du monde », et cela est efficace. Et sache que celle qui n'accomplit aucun acte n'a pas à se laisser tuer, car c'est du meurtrier que nous l'apprenons ; et le meurtrier lui-même doit se laisser tuer parce que « qu'as-tu vu (pour dire) que ton sang est plus rouge ? », etc. — et cela ne vaut que là où il accomplit un acte ; mais s'il n'accomplit aucun acte, par exemple si l'on veut le jeter sur un enfant pour le tuer et que, s'il les en empêche, ils le tueront, dans un tel cas il n'a pas à se laisser tuer, car au contraire nous dirons : « qu'as-tu vu (pour dire) que son sang est plus rouge ? peut-être mon sang est-il plus rouge ». Et de plus, la mise en parallèle (hekech) du verset est écrite à propos d'un meurtrier qui tue de ses mains — « comme lorsqu'un homme se lève sur son prochain et le tue », etc. Et Rava, qui conteste au chapitre Ben Sorer ou-Moré (Sanhédrin 74b) la réponse de « sol du monde » et répond « son propre plaisir, c'est différent » — c'est-à-dire que lorsqu'on contraint un homme à transgresser dans une chose où (le contraignant) a son propre plaisir, il n'y a pas profanation du Nom — ne conteste que pour le caractère public, où « sol du monde » n'est pas efficace ; mais quant aux unions interdites, il admet que « sol du monde » est efficace. Ou bien : même quant au caractère public il ne conteste pas, mais il ajoute encore une seconde raison. Et il y en a qui expliquent que si la guemara ne demande pas là-bas « mais Esther, c'était une union interdite ! », c'est parce qu'elle ne tirait pas de plaisir de la transgression, (l'idolâtre) ayant jeté en elle la souillure (zouhama) — comme la guemara répond à propos de Yael au quatrième chapitre de Nazir (23b) et au chapitre Mitsvat 'Halitsa (Yevamot 103b), lorsqu'elle demande « mais elle tire plaisir de la transgression ! » et explique ainsi ; et puisqu'elle en tirerait plaisir, elle aurait dû se laisser tuer à cause de l'union interdite ; et la guemara répond : le bien des méchants est un mal auprès des justes. Mais cela n'est pas clair. D'abord, quant au fait qu'elle n'est pas tenue de livrer sa vie, l'absence de plaisir n'y aide en rien, car même sans plaisir il y a interdit d'erva — et bien que nous disions au chapitre ha-Mani'ah (Baba Kama 32a) « et les âmes qui font seront retranchées », le plaisir, tous deux l'ont ; en tout cas, même sans plaisir elle est passible, par exemple pour un rapport « pas selon la manière » (chelo ke-darka), bien que cela s'appelle une affliction ; et de plus, il est impossible qu'elle n'en tire pas un peu de plaisir. Et de plus, si elle avait eu l'intention de se sauver elle-même, en quoi l'Écriture la loue-t-elle ? Elle aurait agi pour son propre besoin ! Et de plus, il est évident qu'il (Sissera) ne voulait pas la tuer, car il fuyait pour sa vie — au contraire, il avait besoin qu'elle le caché pour que ses poursuivants ne le trouvent pas ; et c'est elle qui l'a séduit par des paroles jusqu'à ce qu'il vienne sur elle, afin d'épuiser sa force, comme le montre le contexte. Mais il faut dire (que l'objection porte) parce que l'on dit juste avant : « grande est une transgression accomplie pour le Nom (li-chma) plus qu'une mitsva accomplie non pour le Nom », car il est écrit « parmi les femmes sous la tente elle sera bénie » — qui sont « les femmes sous la tente » ? Sara, Rivka, Ra'hel et Léa ; c'est-à-dire que les matriarches avaient l'intention d'être bâties (d'avoir des enfants) de leurs maris. Et la guemara demande : pourquoi l'Écriture la loue-t-elle plus que « les femmes sous la tente », alors qu'elle tire plaisir de la transgression ? Et elle répond : elle n'avait pas tant de plaisir que cela, car sa douleur était plus grande que son plaisir, car le bien des méchants est un mal auprès des justes. Et bien qu'au chapitre Mitsvat 'Halitsa (Yevamot 103a) la guemara demande de même, alors que l'énoncé « grande est une transgression li-chma » ne s'y trouve pas, on peut dire qu'elle s'appuie sur le passage de Nazir. Et de même que Rachi a expliqué qu'on lit « yehareg » (qu'il se laisse tuer), ainsi lisent les Cheiltot, dans la paracha Vaera. Et les Cheiltot objectent depuis ce que dit Rava au début du chapitre ha-Ba al Yevimto (Yevamot 53b) : il n'y a pas de contrainte (pour un homme) dans les unions interdites, car l'érection n'a lieu que volontairement. S'il en est ainsi, y a-t-il pour lui une contrainte, pour qu'on dise « même pour les unions interdites, qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas » ? Ce n'est pas une contrainte mais une volonté, puisque l'érection n'a lieu que volontairement ! Et il répond : on trouvera (un tel cas) dans une guérison, comme celui de la fin du chapitre Ben Sorer ou-Moré (Sanhédrin 75a), à propos d'un homme qui jeta les yeux sur une femme et dont le cœur s'enflamma pour elle, etc., jusqu'à « qu'il meure, et qu'elle ne se donne pas à lui ». Mais le terme « yehareg » (qu'il soit tué) ne s'accorde pas avec cette explication, car il aurait fallu dire « qu'il meure et ne transgresse pas ». Et le Ri a expliqué que ce (propos) de Rava traite d'un cas où les non-Juifs le collent à l'erva et où il ne peut s'en dégager à moins qu'ils ne le tuent ; et c'est là-dessus qu'il dit qu'il n'y a pas d'argument de contrainte pour dire qu'il n'accomplit pas d'acte mais que ce sont d'autres qui accomplissent en lui un acte, comme « sol du monde ». On aurait pu croire qu'il transgresse et ne se laisse pas tuer : cela nous enseigne que, puisqu'il sait de lui-même que si on le colle il est impossible qu'il n'ait pas d'érection, l'érection qu'il produit est considérée comme un acte accompli, même si elle lui vient par contrainte. Et bien qu'il y ait un avis selon lequel celui qui a un rapport avec un membre mort dans les unions interdites est passible — et pourtant, quand on le colle et qu'il a un rapport avec un membre mort il est exempt, puisqu'il est contraint ; s'il en est ainsi, quelle différence entre un rapport avec un membre mort et un rapport avec érection ? On peut dire que Rava suit son propre avis, lui qui dit au deuxième chapitre de Chevouot (18a) que celui qui a un rapport avec un membre mort est exempt. Et l'on peut encore dire qu'il aurait dû se retirer avec un plaisir moindre et qu'il s'est retiré avec un plaisir plus grand, comme il est dit à propos de celui qui a un rapport avec une femme pure et qu'elle lui dit « je suis devenue impure », au deuxième chapitre de Chevouot (ibid.) : et il s'est retiré avec un membre vivant — il est passible même selon celui qui dit que le rapport avec un membre mort rend passible, parce qu'il aurait dû se retirer avec un plaisir moindre et qu'il s'est retiré avec un plaisir plus grand. Ici de même : si on l'a collé et qu'il a eu un rapport avec un membre mort, ou s'il avait eu une érection pour sa femme de manière permise et qu'on l'a ensuite collé — il est exempt ; mais si on l'a collé et qu'ensuite il a eu une érection — il est passible. Et maintenant, selon ce que nous avons expliqué, on lit « yehareg » ; et même si l'on lit « de même la jeune fille fiancée : qu'elle soit tuée », cela va bien, et nous l'établirons dans un cas où elle accomplit un acte, où l'on la contraint à amener l'erva sur elle. Et ce que la guemara demande à Ketoubot (3b) : « qu'on leur enseigne donc que (ce qui est fait) sous contrainte est permis » — bien que pour les unions interdites on se laisse tuer sans transgresser — la aussi elles étaient « sol du monde ». Et Rabbenou Tam expliquait, dans ce cas de Ketoubot et dans celui d'Esther, qu'elle n'est pas tenue de livrer sa vie pour un rapport avec un idolâtre, car son rapport n'est pas un rapport (halakhique) et elle n'encourt pas la mort par ce rapport, la Torah ayant rendu sans effet la semence de l'idolâtre, comme il est écrit « dont la chair est chair d'ânes et l'émission celle de chevaux » : c'est comme un simple rapport avec un animal. Et c'est pourquoi il a permis à une fille d'Israël qui avait apostasié et épouse un idolâtre, puis avait fait techouva — l'idolâtre s'étant converti — qu'il la garde ; car bien que l'on dise « de même qu'elle est interdite au mari, elle est interdite à l'amant », cela ne vaut que pour un rapport avec un Juif, mais non avec un idolâtre. Et cela n'est pas clair pour le Ri bar Meir : puisqu'elle devient interdite à son mari par le rapport avec un idolâtre, comme il est dit à Ketoubot (ibid.) « il y a des dévergondées », etc. ; et de même au deuxième chapitre de Ketoubot (26b) : une femme qui a été emprisonnée par des idolâtres pour une affaire capitale est interdite à son mari ; et de même chez Esther : « et si je péris, je péris » — il apparaît donc que, pour l'interdire à son mari, ce n'est pas considéré comme un rapport avec un animal ; de même faut-il l'interdire à l'amant. Et de même pour disqualifier de la kehouna une célibataire qui a eu un rapport avec un idolâtre, alors que celle qui a eu un rapport avec un animal reste apte à la kehouna, au chapitre ha-Ba al Yevimto (Yevamot 59b) — il apparaît donc que ce n'est pas considéré comme un animal. Et c'est seulement quant à la filiation que l'on dit au chapitre Nossin (ibid. 98a) que la Torah a rendu sans effet la semence de l'idolâtre. Et au chapitre Aroussa (Sota 26b) nous disons que l'on peut faire une mise en garde (kinouy) à propos d'un non-Juif, et que cela disqualifie pour la trouma ; et la guemara demande : c'est évident ! « et elle s'est isolée et s'est rendue impure », a dit la Torah — un (enseignement) pour le mari, un pour l'amant, un pour la trouma. On aurait pu croire que lorsque nous disons « et elle s'est isolée et s'est rendue impure », cela ne vaut que là où elle lui devient interdite par ce rapport-là : cela nous enseigne (qu'il n'en est rien). Il apparaît donc que même à propos d'un idolâtre s'applique « elle s'est rendue impure », pour l'interdire à son mari — et il en va de même pour l'amant. Et l'on ne peut pas en déduire l'inverse de là-bas, du fait qu'elle dit qu'on aurait pu croire que, puisque sans ce rapport elle lui est déjà interdite, elle ne devient pas interdite au mari — d'où il ressortirait que pour l'idolâtre lui-même il n'est pas besoin d'un verset pour la lui interdire par ce rapport, et qu'ainsi un converti serait permis (à la garder) du fait du rapport qu'il a eu alors qu'il était idolâtre ; car si c'était interdit, le verset s'établirait fort bien même à propos d'un idolâtre, et elle lui deviendrait interdite par ce rapport lorsqu'il se convertira, puisque « sans ce rapport elle (ne) lui serait (pas) interdite » vise le temps où il était idolâtre, où elle est interdite à se donner à un idolâtre. Et il est étonnant : puisqu'il y a un interdit passible de mort dans le rapport avec un idolâtre, pourquoi Mordekhai n'a-t-il pas répudié Esther au moment où elle vint pour le salut de tout Israël ? On peut dire qu'il craignait que la chose ne fût connue du roi et ne fût rendue publique par le guet, (révélant) qu'elle était sa femme. Car si tu ne dis pas ainsi, pourquoi ne l'a-t-il pas répudiée afin que ses rapports ne la lui rendent pas interdite, quitte à la reprendre ensuite — puisque celui qui reprend sa divorcée n'en est pas empêché par un rapport de débauche, comme le prouve Sota, chapitre Haya Mevi (18b), qu'il ne stipulait pas avec elle pour après qu'elle serait divorcée ? Et si tu dis : ce qui est énoncé au traité Avoda Zara, chapitre Rabbi Yichmael (54a), à propos d'un objet adoré sous contrainte, qui est interdit — expliquant qu'il s'agit d'un cas où des non-Juifs l'ont contraint et où il s'est prosterné devant son propre animal — et la guemara objecte : « la Torah a exempté le contraint, comme il est écrit : et à la jeune fille tu ne feras rien » ; quelle est la difficulté ? Le verset ne parle que du « sol du monde », tandis que celui qui accomplit un acte est tenu de se livrer, et celui qui se prosterne devant une idole accomplit un acte ! Car on ne peut pas l'établir dans un cas où les non-Juifs l'ont courbé devant l'idole, car alors il n'a rien fait et ce n'est pas une prosternation ; et même si cela ressemble à une prosternation, comme celui qui se baisse pour ramasser sa monnaie devant une idole, ce n'en est pas une. Et de plus, s'il en était ainsi, il n'y aurait pas ici un homme qui rend interdit ce qui est à lui, mais ce seraient les non-Juifs qui courbent sa taille qui rendraient son animal interdit pour l'idolâtrie, si tant est qu'il devienne interdit par cela. Et l'on peut dire que voici l'explication : la Torah a exempté le contraint de la mort ; et puisqu'elle l'a exempté de la peine de mort du tribunal — bien qu'il soit tenu de se livrer — l'objet n'est pas considéré comme « adoré » au point d'être interdit par ce culte. Et elle apprend fort bien de ce verset que l'on est exempt de la mort sous contrainte, même lorsqu'on accomplit un acte, bien que la jeune fille n'ait rien accompli — car dans ce verset la jeune fille fiancée est mise en parallèle (hekech) avec le meurtrier : de même que le meurtrier « qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas » lorsqu'il accomplit un acte, de même la jeune fille : que le violeur se laisse tuer, ou qu'elle soit tuée elle, lorsqu'elle accomplit un acte ; et c'est d'elle que le verset dit « et à la jeune fille » — elle qui, ayant accompli un acte, après coup, du fait de la contrainte, « tu ne (lui) feras rien ». Et il en va de même pour celui qui se prosterne devant une idole afin qu'on ne le tue pas : on peut en apprendre à l'exempter après coup, même lorsqu'il accomplit un acte. Et Rabbi Zeira estime que, puisque après coup l'adorateur est exempt, l'objet adoré n'est pas rendu interdit par ce culte — bien que, si ce n'avait pas été sous contrainte de mort, il eût été passible : selon Abbaye, même s'il ne l'a pas accepté comme divinité ; et selon Rabba, dans un cas où il l'a accepté comme divinité, s'étant prosterné explicitement en vue d'accepter une divinité, bien que sa bouche et son cœur ne s'accordent pas, car de sa bouche il déclare qu'il adore en vue d'une divinité tandis que son cœur est à son Père qui est aux cieux. Et Rava lui répond, à Rabbi Zeira, que c'est bien considéré comme « adoré », bien qu'il soit exempt de la mort. Et l'on peut encore dire qu'il lui semble que, quant à la peine de mort du tribunal, il n'y a pas de différence entre accomplir un acte et ne pas en accomplir, car une femme consentante est passible bien qu'elle soit « sol du monde » ; et lorsque le verset exempte là le contraint de la peine de mort du tribunal, comme il est écrit « et à la jeune fille tu ne feras rien », il n'y a pas de différence entre accomplir un acte et ne pas en accomplir.
💡 Explication

La formule ba lelamed ve-nimtsa lamed — « il est venu enseigner et se trouve enseigné » — est une règle d'herméneutique : quand un cas est invoqué pour en éclairer un autre, la comparaison circule dans les deux sens. Le verset livre donc deux enseignements opposés.

Dans un sens, de la jeune fille vers le meurtrier : puisqu'on peut la sauver en tuant l'agresseur, on peut de même arrêter le meurtrier au prix de sa vie — c'est la loi du rodef, le poursuivant. Rachi ancre cela dans le mot du verset : « il n'y avait personne pour la sauver » — donc s'il y a quelqu'un, qu'il la sauve par tous les moyens.

Dans l'autre sens, du meurtrier vers la jeune fille : puisque le meurtrier doit mourir plutôt que tuer, celui à qui l'on ordonne une union interdite doit mourir plutôt que transgresser — et de là, toutes les arayot. Rachi ajoute la précision décisive, qui commande sa version du texte : ce « qu'il se laisse tuer » vise l'homme, non elle. Elle, qui ne fait aucun acte, n'est que karka olam, « sol du monde », et n'a pas l'obligation de livrer sa vie — la preuve en étant Esther.

Le très long Tossefot qui suit déploie ce critère de l'acte jusqu'à ses limites : il l'applique au meurtre lui-même (si l'on veut te jeter sur un enfant, tu n'as pas à mourir : qui te dit que son sang est plus rouge que le tien ?), discute Esther et Yael, la version du texte, la contrainte dans les arayot selon Rava, puis la thèse de Rabbenou Tam sur le rapport avec un idolâtre, que le Ri bar Meir réfute.

🖼️ Schéma
On te contraint à une union interdite : qui doit mourir plutôt que transgresser ? La réponse dépend d'une seule question : accomplit-on un acte, ou le subit-on ? Fait-on un acte (ma'asse) ? c'est le critère tiré du meurtrier oui non L'homme à qui l'on ordonne de posséder la fiancée d'autrui Il agit. Le hekech le range avec le meurtrier. yehareg ve-al yaavor qu'il se laisse tuer, sans transgresser Elle, que l'on contraint Elle ne fait rien : selon Rachi karka olam -- sol du monde. non tenue de livrer sa vie Rachi : et la preuve en est Esther. Rachi ne lit donc pas tehareg dans le texte. Tossefot prolonge le critère jusqu'au meurtre lui-même Si l'on veut te jeter sur un enfant pour le tuer, tu n'as pas à te laisser tuer : qui te dit que son sang est plus rouge que le tien ?
Le critère de l'acte : c'est lui qui sépare celui qui doit mourir de celle qui ne le doit pas.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).