Yoma 88a - S'immerger le jour de Kippour, et ce que signifie un keri ce jour-là

Yoma 88a

Sougya : Le feuillet s'ouvre au milieu de l'objection laissée en suspens en 87b : si la néila dispensait de la prière du soir, la havdala n'aurait plus où être dite, elle qui doit se loger dans la bénédiction Honen ha-daat. La guemara répond d'un mot - tanaei hi - et produit aussitôt la controverse sous la forme d'une baraita sur les immersions le jour de Kippour : selon que le baal keri s'immerge jusqu'à minha ou tout le jour, on apprend si la néila est tenue pour une prière de nuit ou de jour.

Une seconde baraita vient alors contredire la première terme pour terme, les positions des Sages et de Rabbi Yossi s'y trouvant exactement inversées. La sougya se résout en trois temps : d'abord une distinction de situation - a-t-il déjà prié la néila, ou non ? -, puis le dévoilement du principe qui commande tout, tevila bizmana mitsva, l'immersion faite en son temps vaut-elle par elle-même ; enfin, devant une troisième source où Rabbi Yossi soutient le contraire - la baraita de celui qui porte le Nom divin écrit sur sa chair et qui descend au mikve sans même enrouler un jonc -, la guemara dédouble le personnage : le Rabbi Yossi rigoureux est Rabbi Yossi bar Yehouda, celui pour qui une seule immersion a la fin suffit.

Le feuillet bascule ensuite dans un autre registre. Une baraita réglant le frottement contre la hatsitsa est corrigée - il se fait la veille au soir, non après l'immersion, car ce qui a été a été -, puis viennent les paroles sur le sens de l'événement : fautes pardonnées ou seulement rangées pour l'être ; une année entière d'inquiétude selon l'école de Rabbi Yichmael, mais la certitude du monde à venir pour qui traverse cette année ; le monde affamé et lui rassasié ; et la bénédiction finale de Rav Dimi, longue vie et descendance.

Le traité Yoma s'achève sur ces mots.

Yoma 88a - les trois mouvements du dernier feuillet du traité Une dernière objection sur la néila ouvre une sougya d'immersion, qui glisse vers l'aggada et s'achève sur le Hadran. 1 La question de 87b se ferme : tanaei hi Si la néila dispensait de arvit, on ne dirait jamais la havdala dans Honen ha-daat - or c'est là une mitsva. Réponse de la guemara : ce point est déjà l'objet d'une divergence entre tanaim. Une baraita sur les immersions le prouve. 2 L'immersion le jour de Kippour : deux baraitot qui se contredisent Le baal keri s'immerge-t-il jusqu'à minha, ou tout le jour ? Les positions des Sages et de Rabbi Yossi sont inversées d'une baraita à l'autre. Résolution en deux temps : detzali / delo tzali, puis tevila bizmana mitsva - et un dédoublement des Rabbi Yossi. 3 Celui qui voit un keri à Kippour : de la halakha au signe Le chafchouf (frottement) contre la hatsitsa se fait la veille au soir, non après coup. Puis trois voix : fautes pardonnées, une année d'inquiétude, une promesse de longue vie - et le traité s'achève.
Le plan du feuillet : la dernière objection sur la néila, la sougya de l'immersion, puis l'aggada du keri et le Hadran.
Jusqu'à quelle heure le baal keri peut-il s'immerger à Kippour ? Deux baraitot, quatre positions Les mêmes noms, les mêmes mots, et pourtant les réponses s'échangent d'une baraita à l'autre. Baraita I (citée la première) Baraita II (ve-raminhou) Les Sages (tanna kama) Il s'immerge jusqu'à minha Après minha, il attend la nuit tombée Il s'immerge tout le jour durant Même après avoir prié la néila vs Rabbi Yossi (lequel ?) Tout le jour durant Il s'immerge même après minha Depuis minha, plus d'immersion Il attend la nuit vs Premier temps : detzali / delo tzali Rabbi Yossi interdit l'immersion quand la néila a déjà été priée : elle n'aurait plus d'objet. Il l'autorise tant qu'elle n'a pas été priée : on s'immerge afin de pouvoir prier. Deuxième temps : pourquoi les Sages autorisent-ils, s'il a déjà prié ? Parce que tevila bizmana mitsva : l'immersion faite en son temps vaut par elle-même, sans la prière. Rachi : ce sont donc deux divergences distinctes - baraita I sur le temps de la néila, baraita II sur la tevila. Troisième temps : il y a deux Rabbi Yossi Celui de la baraita II est Rabbi Yossi bar Yehouda ; celui du jonc est Rabbi Yossi ben Halafta.
Les deux baraitot du baal keri, leur contradiction croisée, et les trois temps de sa résolution.
Tevila bizmana mitsva : l'immersion faite le jour même est-elle une mitsva en soi ? Trois sources, trois répartitions - et c'est leur désaccord qui oblige à dédoubler Rabbi Yossi. La source Position des Sages Position de Rabbi Yossi Baraita II du baal keri Il a déjà prié la néila : s'immerge-t-il encore ? MITSVA Il s'immerge tout le jour L'immersion vaut par elle-même PAS UNE MITSVA Depuis minha, il attend la nuit Sans prière, pas d'immersion Le Nom écrit sur la chair Faut-il un jonc protecteur, où s'immerge-t-on tel quel ? PAS UNE MITSVA Il enroule un jonc Sinon il attend le lendemain MITSVA Il descend et s'immerge Pourvu qu'il ne frotte pas Nidda 29b - la femme au compte incertain Faut-il multiplier les immersions ? MITSVA Jusqu'à 95 immersions Pour n'en manquer aucune en son temps PAS UNE MITSVA R. Yossi bar Yehouda : daya - une seule, à la fin, suffit La contradiction et sa sortie Ligne 1 et ligne 2 donnent à Rabbi Yossi deux positions opposées sur exactement la même question. La guemara refuse de le corriger : elle change son identité. Le Rabbi Yossi de la ligne 1 est bar Yehouda (ligne 3), celui de la ligne 2 est ben Halafta. Deux hommes, deux positions - plus aucune contradiction.
Tevila bizmana mitzva : trois sources, et le dédoublement de Rabbi Yossi qui les réconcilie.
1
מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת! תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: כָּל חַייָּבֵי טְבִילוֹת — טוֹבְלִין כְּדַרְכָּן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. נִדָּה וְיוֹלֶדֶת — טוֹבְלוֹת כְּדַרְכָּן בְּלֵילֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים.

[...] parce qu'il faut dire la havdala dans [la bénédiction] Honen ha-daat ! - C'est une divergence entre tanaim. Car il a été enseigné : tous ceux qui sont astreints à des immersions s'immergent à leur manière habituelle le jour de Kippour ; la nidda et la yoledet (la femme qui vient d'accoucher) s'immergent à leur manière habituelle la nuit de Kippour.

📜 Rachi (2)
תַּנָּאֵי הִיא אִי פָּטְרָה נְעִילָה אֶת שֶׁל עַרְבִית אִי לֹא:
« C'est une divergence entre tanaim » - [pour savoir] si la néila dispense de la prière du soir ou non.
הָכִי גָרְסִינַן בַּתּוֹסֶפְתָּא כָּל חַייָּבֵי טְבִילוֹת טוֹבְלִין כְּדַרְכָּן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים הַנִּדָּה וְיוֹלֶדֶת טוֹבְלוֹת כְּדַרְכָּן בְּלֵילֵי יוה"כ:
Telle est la leçon dans la Tossefta : « tous ceux qui sont astreints à des immersions s'immergent à leur manière habituelle le jour de Kippour ; la nidda et la yoledet s'immergent à leur manière habituelle la nuit de Kippour ».
🗂️ Tossefot (1)
מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת הִקְשָׁה רַבֵּינוּ יַעֲקֹב מאורליינ"ש וְנִכְלָלֶיהָ מִכְּלָל כִּדְאָמְרִי' בִּתְפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כט.) כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ מִתְפַּלֵּל הֲבִינֵנוּ חוּץ מִמּוֹצָאֵי שַׁבָּת שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת וּפָרִיךְ וְנִכְלָלֶיהָ מִכְּלָל קַשְׁיָא וְתֵירֵץ רִ"י דְּהָתָם דְּכָל הַשָּׁנָה מִתְפַּלֵּל הֲבִינֵנוּ מִשּׁוּם הַבְדָּלָה לֹא הָיָה לוֹ לְשַׁנּוֹת הַסֵּדֶר כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לְכָולְלוֹ אֲבָל הָכָא דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּכָל הַשָּׁנָה מִתְפַּלֵּל שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה שְׁלֵימוֹת בְּטַעַם כָּל דְּהוּ אֵין לְשַׁנּוֹת הַסֵּדֶר וּלְהָכִי בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת מִתְפַּלֵּל שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה שְׁלֵימוֹת מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר הַבְדָּלָה בְּחוֹנֵן הַדָּעַת:
« Parce qu'il faut dire la havdala dans Honen ha-daat » - Rabbenou Yaakov d'Orléans a objecté : qu'on l'y inclue donc dans le résumé ! Comme nous disons au chapitre Tefilat ha-Chahar (Berakhot 29a) : toute l'année on prie Havinenou (la formule abrégée), sauf à la sortie de Chabbat, parce qu'il faut dire la havdala dans Honen ha-daat ; et l'on y objecte : qu'on l'inclue dans le résumé ! - et la difficulté reste ouverte. Le Ri a répondu : là-bas, où toute l'année on prie Havinenou, il n'y avait pas lieu de changer l'ordre à cause de la havdala, puisqu'il est possible de l'y inclure ; mais ici, où l'on tient que toute l'année on prie les dix-huit complètes, on ne change pas l'ordre pour un motif quelconque - et c'est pourquoi, à la sortie de Chabbat, on prie les dix-huit complètes parce qu'il faut dire la havdala dans Honen ha-daat.
💡 Explication

La phrase s'ouvre au milieu d'une objection commencée en 87b. Rav soutenait que la néila dispense de la prière du soir. On lui oppose la havdala : à la sortie de Kippour, la havdala doit être dite dans la quatrième bénédiction de la amida, Honen ha-daat. Or la néila n'a que sept bénédictions et ne comporte pas cette bénédiction-là : si elle tenait lieu de arvit, la havdala n'aurait aucun endroit où être dite dans la prière.

La réponse est brève et décisive : tanaei hi - c'est un point déjà controverse entre tanaim. Rav n'a donc pas à se justifier ; il suit l'un des deux avis. Reste à montrer où se trouve cette controverse, et c'est ce que fait la baraita citée aussitôt.

Cette baraita traite des immersions le jour de Kippour. L'immersion est un lavage, et le lavage est interdit ce jour-là ; mais l'immersion d'un impur n'est pas un lavage d'agrément, elle est permise. La nidda et la yoledet s'immergent la nuit, parce que leur temps d'immersion est la nuit qui suit le dernier jour de leur compte.

🖼️ Schéma
L'objection de la havdala : pourquoi la néila ne peut pas tenir lieu de arvit Arvit à la sortie de Kippour : dix-huit bénédictions 123456789101112131415161718 La havdala se loge dans la 4e bénédiction, Honen ha-daat - c'est la place que lui donne la halakha. Neila selon Rav : sept bénédictions seulement 1234567 Les trois premières, les trois dernières, et une bénédiction centrale. Pas de Honen ha-daat. Si la néila dispensait de arvit, la havdala n'aurait aucun endroit où être dite dans la prière Réponse de la guemara : tanaei hi - la question est déjà tranchée dans les deux sens par des tanaim. La baraita des immersions va révéler qui tient la néila pour une prière de nuit, et qui pour une prière de jour.
La havdala n'a de place que dans la quatrième bénédiction des dix-huit - la néila n'en a que sept.
2
בַּעַל קֶרִי — טוֹבֵל וְהוֹלֵךְ עַד הַמִּנְחָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ.

Celui qui a eu une émission séminale (baal keri) s'immerge jusqu'à [la prière de] minha. Rabbi Yossi dit : tout le jour durant.

📜 Rachi (2)
בַּעַל קֶרִי שֶׁאָסוּר בְּדִבְרֵי תוֹרָה כִּדְקַייְמָא לָן (בּ"ק דַּף פב.) עֶזְרָא תִּיקֵּן טְבִילָה לְבַעֲלֵי קְרָיִין:
« Le baal keri » - à qui les paroles de Torah sont interdites, comme nous le tenons (Baba Kama 82a) : Ezra a institué l'immersion pour ceux qui ont eu une émission.
טוֹבֵל וְהוֹלֵךְ עַד הַמִּנְחָה אִם אֵירַע לוֹ קֶרִי קֹודֶם לָכֵן טוֹבֵל כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה אֲבָל רָאָה קֶרִי מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אֵין מֻותָּר לִטְבֹּול אֶלָּא יַמְתִּין עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ וְיִטְבֹּול דִּסְבִירָא לְהוּ לְרַבָּנָן דִּתְפִלַּת נְעִילָה בַּלַּיְלָה וּלְדִידְהוּ פּוֹטֶרֶת אֶת שֶׁל עַרְבִית כִּדְרַב וְהָא דְּקָתָנֵי אֵינָהּ פּוֹטֶרֶת ר' יוֹסֵי הִיא דְּאָמַר כָּל הַיּוֹם מֻותָּר לִטְבֹּול וַאֲפִילּוּ רָאָה קֶרִי לְאַחַר תְּפִלַּת הַמִּנְחָה טוֹבֵל בַּיּוֹם כְּדֵי לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת נְעִילָה אַלְמָא קָסָבַר תְּפִלַּת נְעִילָה אֵין זְמַנָּהּ בַּלַּיְלָה וּלְדִידֵיהּ אֵינָהּ פּוֹטֶרֶת אֶת שֶׁל עַרְבִית:
« Il s'immerge jusqu'à minha » - si le keri lui est survenu avant, il s'immerge afin de pouvoir prier la prière de minha ; mais s'il a vu un keri depuis minha et au-delà, il ne lui est pas permis de s'immerger : il attendra la nuit tombée et s'immergera alors. Car les Sages tiennent que la prière de néila est de nuit, et pour eux elle dispense de celle du soir, comme l'a dit Rav. Et ce qui a été enseigné [ailleurs], qu'elle ne dispense pas, c'est Rabbi Yossi, qui dit qu'il est permis de s'immerger tout le jour : même s'il a vu un keri après la prière de minha, il s'immerge de jour afin de prier la prière de néila. Il tient donc que le temps de la néila n'est pas la nuit, et pour lui elle ne dispense pas de celle du soir.
💡 Explication

Le baal keri n'est pas seulement impur : depuis l'institution d'Ezra, il lui est interdit d'étudier et de prier avant de s'être immergé. Son immersion a donc une fonction immédiate - rendre la prière possible.

D'où la portée de la limite. Pour les Sages, on s'immerge jusqu'à minha : au-delà, plus aucune prière diurne ne reste à dire, donc plus aucun motif de repousser l'interdit de se laver. Rachi tire la conclusion : ils tiennent que la néila est une prière de nuit - et c'est bien pour cela qu'elle peut dispenser de arvit, comme le dit Rav.

Rabbi Yossi permet tout le jour : c'est donc qu'il reste une prière à dire de jour, la néila. Pour lui la néila est diurne, et elle ne saurait tenir lieu de la prière du soir. La controverse annoncée par tanaei hi est ainsi produite.

3
וּרְמִינְהוּ: הַזָּב וְהַזָּבָה הַמְצֹורָע וְהַמְצֹורַעַת וּבוֹעֵל נִדָּה וּטְמֵא מֵת — טוֹבְלִין כְּדַרְכָּן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, נִדָּה וְיוֹלֶדֶת — טוֹבְלוֹת כְּדַרְכָּן בְּלֵילֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים. בַּעַל קֶרִי — טוֹבֵל וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אֵין יָכוֹל לִטְבֹּול.

Et l'on oppose [à cela] : le zav et la zava, le lépreux et la lépreuse, celui qui a eu commerce avec une nidda et celui qui est impur par un mort s'immergent à leur manière habituelle le jour de Kippour ; la nidda et la yoledet s'immergent à leur manière habituelle la nuit de Kippour. Le baal keri s'immerge tout le jour durant ; Rabbi Yossi dit : depuis minha et au-delà, il ne peut plus s'immerger.

📜 Rachi (1)
ה"ג בַּתּוֹסֶפְתָּא הַזָּב וְהַזָּבָה וְהַמְּצֹורָע וְהַמְצֹורַעַת וּבוֹעֵל נִדָּה וּטְמֵא מֵת טוֹבְלִין כְּדַרְכָּן ביוה"כ נִדָּה וְיוֹלֶדֶת טוֹבְלוֹת כְּדַרְכָּן בְּלֵילֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים בַּעַל קֶרִי טוֹבֵל וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אֵין יָכוֹל לִטְבֹּול קַשְׁיָא דְּרַבִּי יוֹסֵי אַדְּרַבִּי יוֹסֵי וְרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן:
Telle est la leçon dans la Tossefta : « le zav et la zava, le lépreux et la lépreuse, celui qui a eu commerce avec une nidda et celui qui est impur par un mort s'immergent à leur manière habituelle le jour de Kippour ; la nidda et la yoledet s'immergent à leur manière habituelle la nuit de Kippour ; le baal keri s'immerge tout le jour durant ; Rabbi Yossi dit : depuis minha et au-delà il ne peut plus s'immerger » - il y a là une difficulté de Rabbi Yossi contre Rabbi Yossi, et des Sages contre les Sages.
💡 Explication

Une seconde baraita, parallèle à la première, énumère d'abord les impurs dont l'immersion est diurne - zav et zava (écoulements), metsora (le lépreux), celui qui a eu commerce avec une nidda, l'impur par contact avec un mort. Tous s'immergent normalement, le jour de Kippour comme les autres jours.

Puis vient le baal keri - et tout bascule. Les positions sont exactement inversées : ici ce sont les Sages qui disent tout le jour, et Rabbi Yossi qui arrête à minha. Rachi résume la difficulté en une formule double : kachya de-Rabbi Yossi à-de-Rabbi Yossi ve-rabbanan à-rabbanan - Rabbi Yossi contre Rabbi Yossi, et les Sages contre les Sages.

4
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּצַלִּי תְּפִלַּת נְעִילָה, הָא דְּלָא צָלִי.

Ce n'est pas difficile : ici, c'est [le cas] où il a déjà prié la prière de néila ; là, c'est [le cas] où il ne l'a pas priée.

📜 Rachi (2)
לָא קַשְׁיָא הָא דְּאָמַר ר' יוֹסֵי הָכָא מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אֵין יָכוֹל לִטְבֹּול:
« Ce n'est pas difficile » - ce que Rabbi Yossi dit ici, « depuis minha et au-delà il ne peut plus s'immerger ».
בְּדִצְלִי תְּפִלַּת נְעִילָה בַּיּוֹם קֹודֶם שֶׁרָאָה קֶרִי וְהָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל כָּל הַיּוֹם בִּדְלָא צָלִי תְּפִלַּת נְעִילָה כְּשֶׁרָאָה הַקֶּרִי:
« [C'est] là où il a prié la prière de néila » - de jour, avant de voir le keri. Et ce que nous avons dit plus haut, « tout le jour », c'est là où il n'avait pas prié la prière de néila quand il a vu le keri.
💡 Explication

La guemara ne touche pas aux positions : elle distingue deux situations. Toute la question est de savoir si l'immersion a encore une utilité.

Quand Rabbi Yossi interdit de s'immerger après minha (baraita II), il parle de celui qui a déjà prié la néila : l'immersion n'ouvre plus aucune prière, elle redevient un simple lavage, interdit. Quand il permet tout le jour (baraita I), il parle de celui qui n'a pas encore prié : l'immersion sert la néila à venir, elle est un lavage de mitsva.

La difficulté de Rabbi Yossi contre Rabbi Yossi est ainsi levée. Reste entière celle des Sages contre les Sages - et c'est elle que le segment suivant attaque.

🖼️ Schéma
Un keri survient l'après-midi de Kippour : peut-il s'immerger ? L'immersion est un lavage - or le lavage est interdit ce jour-là. Il faut donc un motif qui le repousse. Il voit un keri, après minha A-t-il déjà prié la néila ? NON, pas encore OUI, il l'a déjà priée Il s'immerge - tous en conviennent L'immersion sert la prière à venir : c'est un lavage de mitsva, non d'agrément. La prière ne peut plus justifier Il ne reste qu'un motif possible : l'immersion en son temps vaut-elle par elle-même ? Les Sages : tevila bizmana mitsva Le temps de l'immersion du baal keri est le jour (Devarim 23,12). Elle repousse donc l'interdit. Rabbi Yossi : ce n'est pas une mitsva Rien ne repousse plus l'interdit de se laver : il attend la nuit tombée et s'immerge alors. Conséquence rapportée par Tossefot Pour les Sages, celui qui est empêché de s'immerger de jour prie tout de même la néila. Pour Rabbi Yossi, s'il ne peut pas s'immerger de jour, il ne prie pas du tout la néila.
Le point de bascule : l'immersion a-t-elle encore une prière à rendre possible ?
5
אִי דְּצָלִי, מַאי טַעְמַייְהוּ דְּרַבָּנָן? קָא סָבְרִי רַבָּנָן: טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה.

S'il a déjà prié, quelle est la raison des Sages ? Les Sages tiennent : l'immersion en son temps est une mitsva (tevila bizmana mitsva).

📜 Rachi (2)
אִי דְּצָלִי מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנָן דְּמַתְנִיתָא בָּתְרָייְתָא דְּאָמְרִי כָּל הַיּוֹם:
« S'il a prié, quelle est la raison des Sages » - ceux de la seconde baraita, qui disent « tout le jour ».
קָא סָבְרִי טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה וּזְמַנָּהּ בַּיּוֹם הוּא דִּכְתִיב (דְּבָרִים כ״ג:י״ב) וְהָיָה לִפְנוֹת עֶרֶב יִרְחַץ הִלְכָּךְ דָּחֲיָא רְחִיצָה דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְלָאו הַיְינוּ הָךְ רַבָּנָן דִּלְעֵיל וְתַרְתֵּי פְּלֻוגְתָּא נִינְהוּ בְּמָתְנֵי' קַמַּייְתָא פְּלִיגִי בִּזְמַן תְּפִלַּת נְעִילָה דִּלְרַבָּנָן בַּלַּיְלָה וְלֵר' יוֹסֵי בַּיּוֹם וְרַבָּנָן דְּהָתָם סְבִירָא לְהוּ טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה דְּתִדְחֶה יוֹם הַכִּפּוּרִים וּבְמַתְנִיתָא בָּתְרָיְיתָא פְּלִיגִי בִּטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה:
« Ils tiennent que l'immersion en son temps est une mitsva » - et son temps est de jour, ainsi qu'il est écrit (Devarim 23,12) : « et il arrivera, vers le soir, qu'il se lavera » ; c'est pourquoi elle repousse [l'interdit de] se laver de Yom Kippour. Et ces Sages-ci ne sont pas les Sages de plus haut : ce sont deux divergences distinctes. Dans la première baraita, ils divergent sur le temps de la prière de néila - pour les Sages elle est de nuit, pour Rabbi Yossi de jour -, et les Sages de là-bas tiennent que l'immersion en son temps n'est pas une mitsva au point de repousser Yom Kippour ; tandis que dans la seconde baraita, ils divergent sur [la question de savoir si] l'immersion en son temps est une mitsva.
🗂️ Tossefot (1)
אִי דְּצָלִי מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנָן תֵּימַהּ לִי אִי מוֹקְמִינַן נָמֵי בִּדְלָא צָלִי תִּיקְשֵׁי לָךְ מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנָן הָא לְעֵיל אָמְרִי רַבָּנָן דְּרַבִּי יוֹסֵי דַּוְקָא עַד הַמִּנְחָה אע"ג דְּלָא צְלִי וְאִם כֵּן תִּיקְשֵׁי דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן וּלְפִי הַמַּסְּקָנָא דְּמוֹקְמִינַן לְהָא כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה נִיחָא שֶׁאֵין לְהַקְשׁוֹת מִדְּרַבָּנָן דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה לְרַבָּנַן דְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן חֲלַפְתָּא אֲבָל לְמַאי דְּס"ד הַשְׁתָּא דְּתַרְוַיְיהוּ רַבִּי יוֹסֵי בֶּן חֲלַפְתָּא תִּקְשֵׁי דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן וְנִרְאֶה לִי אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא אִידִי וְאִידִי דְּלָא צָלִי אָז לָא תִּיקְשֵׁי לָךְ דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן דְּאִיכָּא לְמֵימַר תְּפִלַּת נְעִילָה נִתְקְנָה כָּךְ לְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ אוֹ בַּיּוֹם מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אוֹ בַּלַּיְלָה כְּמוֹ שֶׁיִּרְצֶה וְהָא דְּקָאָמְרִי' לְעֵיל עַד הַמִּנְחָה וְתוּ לָא כְּשֶׁדַּעְתּוֹ לְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ בַּלַּיְלָה וְהָא דְּאָמַר הָכָא כָּל הַיּוֹם כְּשֶׁהוּא רוֹצֶה לְהִתְפַּלֵּל בַּיּוֹם כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְזֻומָּן לַסְּעוּדָה בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה ואע"פ שֶׁיָּכוֹל לְהַמְתִּין עַד הַלַּיְלָה וּלְהִתְפַּלֵּל הִתִּירוּ לוֹ לִטְבֹּול בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וּלְהִתְפַּלֵּל כִּי לֹא אָסְרוּ אֶלָּא רְחִיצָה שֶׁל תַּעֲנוּג אֲבָל בִּשְׁבִיל תְּפִלָּה וְגַם כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מְזֻומָּן לַסְּעוּדָה בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה מֻותָּר לִטְבֹּול וּלְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ בַּיּוֹם אֲבָל כֵּיוָן דְּמוֹקְמִינַן לָהּ בִּדְצָלִי מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנָן:
« S'il a prié, quelle est la raison des Sages » - cela m'étonne. Si nous établissions [la seconde baraita] elle aussi dans le cas où il n'a pas prié, la question « quelle est la raison des Sages » se poserait tout autant, car plus haut les Sages de Rabbi Yossi disent expressément « jusqu'à minha » seulement, et cela bien qu'il n'ait pas prié ; il y aurait donc une difficulté des Sages contre les Sages. Selon la conclusion, qui établit cette [seconde baraita] comme étant de Rabbi Yossi bar Yehouda, tout va bien : on ne peut objecter des Sages de Rabbi Yossi bar Yehouda aux Sages de Rabbi Yossi ben Halafta. Mais selon ce que l'on suppose maintenant, que les deux sont Rabbi Yossi ben Halafta, la difficulté des Sages contre les Sages demeure. Et il me semble : si tu disais que l'une et l'autre parlent du cas où il n'a pas prié, alors la difficulté des Sages contre les Sages ne se poserait pas, car on pourrait dire que la prière de néila a été instituée ainsi - on la prie soit de jour, depuis minha et au-delà, soit la nuit, comme on le veut. Ce qui est dit plus haut, « jusqu'à minha et pas plus », vise celui qui a l'intention de la prier la nuit ; et ce qui est dit ici, « tout le jour », vise celui qui veut la prier de jour, afin d'être prêt pour le repas dès le début de la nuit. Et bien qu'il puisse attendre la nuit et prier alors, on lui a permis de s'immerger le jour de Kippour et de prier, car on n'a interdit que le lavage d'agrément ; mais pour la prière, et aussi afin d'être prêt pour le repas dès le début de la nuit, il est permis de s'immerger et de la prier de jour. Mais dès lors que nous l'établissons dans le cas où il a déjà prié - quelle est la raison des Sages ?
💡 Explication

La question porte maintenant sur les Sages de la seconde baraita, qui autorisent l'immersion tout le jour, même après la néila. Si la prière est déjà dite, quel motif reste-t-il de repousser l'interdit de se laver ?

Réponse : tevila bizmana mitsva. L'immersion accomplie le jour où elle échoit est une mitsva par elle-même, indépendamment de tout usage. Rachi ajoute le verset : « et il arrivera, vers le soir, qu'il se lavera » (Devarim 23,12) - le temps de l'immersion du baal keri est bien le jour.

Rachi tire alors une conclusion structurelle : les Sages de la seconde baraita ne sont pas ceux de la première. Ce sont deux divergences distinctes - l'une sur le temps de la néila, l'autre sur la valeur propre de l'immersion en son temps.

6
מִכְּלָל דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר לָאו מִצְוָה. וְהַתַּנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיָה שֵׁם כָּתוּב עַל בְּשָׂרוֹ — הֲרֵי זֶה לֹא יִרְחַץ וְלֹא יָסוּךְ וְלֹא יַעֲמוֹד בִּמְקוֹם הַטִּנֹּופֶת. נִזְדַּמְּנָה לוֹ טְבִילַת מִצְוָה — כּוֹרֵךְ עָלָיו גֶּמִי וְיוֹרֵד וְטוֹבֵל. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: יוֹרֵד וְטוֹבֵל כְּדַרְכּוֹ וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְשַׁפְשֵׁף.

On en déduit que Rabbi Yossi tient que ce n'est pas une mitsva. Or il a été enseigné : celui qui avait le Nom [divin] écrit sur sa chair ne doit ni se laver, ni s'oindre, ni se tenir dans un lieu de saleté.

S'il lui échoit une immersion de mitsva, il enroule dessus un jonc (gémi), descend et s'immerge. Rabbi Yossi dit : il descend et s'immerge à sa manière habituelle, pourvu seulement qu'il ne frotte pas.

📜 Rachi (2)
לֹא יִרְחֹוץ שֶׁלֹּא יִמְחֹוק אֶת הַשֵּׁם:
« Il ne se lavera pas » - afin de ne pas effacer le Nom.
כּוֹרֵךְ עָלָיו גֶּמִי לְהָגֵין עָלָיו מִשֶּׁטֶף הַמַּיִם:
« Il enroule dessus un jonc » - pour le protéger du ruissellement de l'eau.
🗂️ Tossefot (2)
קָסָבְרִי טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה תֵּימַהּ לִי דה"מ לְאַקְשׁוֹיֵי מִדְּרַבָּנָן דִּלְעֵיל אַדְּרַבָּנָן דְּהָכָא דִּלְעֵיל אָמְרִי אע"ג דְּלָא צָלִי אֵינוֹ טוֹבֵל מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה וְהָכָא אָמְרִי אַפֵּי' צָלִי כְּבָר טוֹבֵל וְי"ל דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּהַהִיא דִּלְעֵיל דְּקָאָמַר עַד הַמִּנְחָה ה"פ בִּשְׁבִיל הַתְּפִלָּה אֵינוֹ צָרִיךְ לִטְבֹּול אֶלָּא עַד הַמִּנְחָה וַאֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּתְפִלַּת נְעִילָה בַּלַּיְלָה מִיהוּ מִשּׁוּם טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה יֵשׁ לוֹ לִטְבֹּול וְנָפְקָא מִינָּהּ הֵיכָא דַּאֲנִיס וְלָא מָצֵי טְבִיל בַּיּוֹם לֹא יְבַטֵּל בָּזֶה תְּפִלַּת נְעִילָה וְלֵר' יוֹסֵי אִי לָא מָצֵי טְבִיל בַּיּוֹם לֹא יִתְפַּלֵּל כְּלָל תְּפִלַּת נְעִילָה:
« Ils tiennent que l'immersion en son temps est une mitsva » - cela m'étonne, car on aurait pu objecter des Sages de plus haut aux Sages d'ici : plus haut ils disent que même s'il n'a pas prié il ne s'immerge pas depuis minha et au-delà, et ici ils disent que même s'il a déjà prié il s'immerge. Et l'on peut répondre : ce qui est dit plus haut, « jusqu'à minha », signifie qu'en vue de la prière il n'a besoin de s'immerger que jusqu'à minha - et cela vient nous apprendre que la prière de néila est de nuit ; mais au titre de « l'immersion en son temps est une mitsva », il a bien lieu de s'immerger. La conséquence pratique (nafka mina) : la où il est empêché par force majeure et ne peut s'immerger de jour, il ne renoncera pas pour autant à la prière de néila ; tandis que pour Rabbi Yossi, s'il ne peut s'immerger de jour, il ne priera pas du tout la prière de néila.
מִכְּלָל דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה הָא דְּלָא פָּרֵיךְ נָמֵי מִדְּרַבָּנָן דְּסָבְרִי מִצְוָה וּבָרַיְיתָא דְּמַייְתִי סְבִירָא לְהוּ לָאו מִצְוָה י"ל דִּלְעֵיל אָמְרִי מִצְוָה וְאֵין לַעֲבֹור זְמַנָּהּ בְּמֵזִיד וּבְמִתְכַּוֵּין וּלְהָכִי סְבִירָא לְהוּ דְּטוֹבֵל מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אֲבָל בְּמַה שֶׁהֵן אוֹמְרִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶן לְחַזֵּר אַחַר גֶּמִי בָּזֶה לֹא תִּדְחֶה בְּוַדַּאי הַטְּבִילָה וְעוֹד מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשֵּׁם אֲבָל מַר' יוֹסֵי פָּרִיךְ מִכָּל שֶׁכֵּן:
« On en déduit que Rabbi Yossi tient que l'immersion en son temps n'est pas une mitsva » - pourquoi n'objecte-t-on pas aussi depuis les Sages, qui tiennent [ici] que c'est une mitsva alors que dans la baraita qu'on apporte ils tiennent que ce n'en est pas une ? On peut répondre : plus haut ils disent que c'est une mitsva et qu'il ne faut pas en laisser passer le temps volontairement et à dessein - c'est pourquoi ils tiennent qu'il s'immerge depuis minha et au-delà ; mais lorsqu'ils disent [dans la baraita du Nom] qu'il faut chercher un jonc, l'immersion ne s'en trouve pas pour autant certainement repoussée, et de plus il y va de l'honneur du Nom. Tandis que de Rabbi Yossi on objecte à plus forte raison.
💡 Explication

Puisque, dans la seconde baraita, les Sages autorisent l'immersion au nom de tevila bizmana mitsva, Rabbi Yossi, qui l'interdit, doit tenir le contraire : l'immersion en son temps n'est pas une mitsva.

La guemara oppose alors une baraita d'un tout autre domaine. Un homme porte le Nom divin écrit sur la peau : deux exigences le tiennent, ne pas effacer le Nom (donc ne pas se laver ni s'oindre) et ne pas le déshonorer (donc éviter les lieux sales). Survient une immersion obligatoire. Les Sages imposent d'enrouler un gémi, un jonc, pour protéger le Nom du ruissellement - ce qui suppose qu'à défaut de jonc on attend.

Rabbi Yossi, lui, fait descendre l'homme tel quel : le contact de l'eau n'efface pas, seul le frottement efface. Il préfère risquer le Nom plutôt que de différer l'immersion - c'est donc qu'à ses yeux tevila bizmana est bien une mitsva. Exactement l'inverse de ce qu'on vient de lui attribuer.

🖼️ Schéma
Le Nom écrit sur la peau : trois interdits, puis un cas de force Tant qu'il porte le Nom sur sa chair שם Il ne se lave pas - le Nom s'effacerait Il ne s'oint pas d'huile Il ne se tient pas en lieu de saleté Deux motifs distincts : ne pas effacer, et ne pas déshonorer. Or voici que son immersion de mitsva échoit L'interdit de se laver rencontre l'obligation de s'immerger. Le mikve ne peut pas être évité : l'immersion exige que rien ne fasse écran sur la peau. Les Sages : il enroule un jonc (gémi) Rachi : le jonc protège le Nom du ruissellement. Et s'il n'a pas de jonc ? Il attend le lendemain et s'en procure un. Donc : tevila bizmana n'est pas une mitsva Rabbi Yossi : il descend tel quel Il s'immerge à sa manière habituelle, pourvu seulement qu'il ne frotte pas. Le passage de l'eau seule n'efface pas. Donc : tevila bizmana est une mitsva
Le Nom sur la peau : les Sages protègent d'abord, Rabbi Yossi immerge d'abord.
7
וְקַייְמָא לַן דְּבִטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ, מִצְוָה פְּלִיגִי.

Et nous tenons pour acquis que c'est sur [la question de savoir si] l'immersion en son temps est une mitsva qu'ils divergent.

📜 Rachi (1)
וְקַייְמָא לָן בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת דְּבִטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה פְּלִיגִי דִּלְרַבָּנָן טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה וְאִם אֵין לוֹ גֶּמִי יַמְתִּין עַד לְמָחָר וִיבַקְּשֶׁנּוּ:
« Et nous tenons pour acquis » - au traité Chabbat, que c'est sur « l'immersion en son temps est une mitsva » qu'ils divergent : pour les Sages, l'immersion en son temps n'est pas une mitsva, et s'il n'a pas de jonc il attendra jusqu'au lendemain et en cherchera un.
💡 Explication

Cette ligne verrouille l'objection. On aurait pu lire la baraita du Nom autrement - par exemple comme une divergence sur le pouvoir effaçant de l'eau. La guemara écarte cette issue : la tradition d'étude, au traité Chabbat, a déjà identifié l'axe de la controverse, et c'est bien tevila bizmana mitsva.

Rachi en donne la version tranchée du côté des Sages : n'ayant pas de jonc, l'homme attend le lendemain et en cherche un. Différer l'immersion d'un jour ne leur coûte rien - preuve qu'à leurs yeux le temps de l'immersion n'a pas de valeur propre. La contradiction sur Rabbi Yossi est donc frontale et sans échappatoire.

8
הָהִיא רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה הִיא. דְּתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: דַּיָּהּ לִטְבִילָה שֶׁתְּהֵא בָּאַחֲרוֹנָה.

Ce [Rabbi Yossi]-la, c'est Rabbi Yossi bar Yehouda. Car il a été enseigné : Rabbi Yossi bar Yehouda dit : il suffit que l'immersion soit à la fin (daya le-tevila che-tehe ba-aharona).

📜 Rachi (2)
הַהִיא דְּאָמְרִי' לְעֵיל ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה לֹא יִטְבֹּול עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ דִּטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה ר' יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה הִיא:
« Celle-là » - ce que nous avons dit plus haut, « Rabbi Yossi dit : depuis minha et au-delà il ne s'immergera pas jusqu'à la nuit tombée », d'où il ressort que l'immersion en son temps n'est pas une mitsva : c'est Rabbi Yossi bar Yehouda.
דַּיָּה לִטְבִילָה שֶׁתְּהֵא בָּאַחֲרוֹנָה בָּרַייְתָא הִיא דְּמַייְתִינַן לָהּ בְּמַסֶּכֶת נִדָּה בַּגְּמָרָא דְּהַמַּפֶּלֶת (דַּף כט:) הָאִשָּׁה שֶׁיָּצְתָה מְלֵאָה וּבָאת רֵיקָנִית וְהֵבִיאָה לְפָנֵינוּ שְׁלֹשָׁה שְׁבוּעַיִם טְהוֹרִים וַעֲשָׂרָה שְׁבוּעַיִם אֶחָד טָמֵא וְאֶחָד טָהוֹר מְשַׁמֶּשֶׁת אוֹר לִשְׁלֹשִׁים וְחָמֵשׁ וּמַטְבִּילִין אוֹתָהּ תִּשְׁעִים וְחָמֵשׁ טְבִילוֹת דִּבְרֵי ב"ש וב"ה אוֹמְרִים שְׁלֹשִׁים וְחָמֵשׁ וְכוּלְּהוּ מְפָרֵשׁ לְהוּ הָתָם וְטַעֲמָא מִשּׁוּם טְבִילָה בִּזְמַנָּהּ מִצְוָה רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר דַּיָּהּ לִטְבִילָה שֶׁתְּהֵא בָּאַחֲרוֹנָה דִּטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה וְר' יוֹסֵי דְּגֶמִי הוּא ר' יוֹסֵי בֶּן חֲלַפְתָּא:
« Il suffit que l'immersion soit à la fin » - c'est une baraita que nous rapportons au traité Nidda, dans la guemara de Ha-mappelet (29b) : la femme qui est partie pleine et est revenue vide, et qui présente devant nous trois semaines pures puis dix semaines alternées, une impure et une pure - elle a commerce à la nuit du trente-cinquième jour, et on lui fait accomplir quatre-vingt-quinze immersions, paroles de Beit Chammai ; et Beit Hillel disent : trente-cinq. Tout cela est expliqué là-bas, et la raison en est que « l'immersion en son temps est une mitsva ». Rabbi Yossi bar Yehouda dit : il suffit que l'immersion soit à la fin - car l'immersion en son temps n'est pas une mitsva. Et le Rabbi Yossi du jonc, c'est Rabbi Yossi ben Halafta.
💡 Explication

La sortie n'est pas dans les positions, elle est dans les noms. Il y a deux Rabbi Yossi : Rabbi Yossi ben Halafta, le tana par excellence quand on dit « Rabbi Yossi » sans autre précision - c'est lui qui, dans la baraita du Nom, tient que l'immersion en son temps est une mitsva ; et Rabbi Yossi bar Yehouda, son propre fils, qui tient l'inverse.

La preuve vient d'une baraita de Nidda (29b). Une femme revenue enceinte au départ et vide au retour ne sait plus quand situer les jours de son compte ; pour ne manquer aucune immersion en son temps, on lui en fait accomplir jusqu'à quatre-vingt-quinze. Rabbi Yossi bar Yehouda balaie ce dispositif : daya - une seule immersion, à la fin, suffit. C'est la formule même de celui qui ne reconnaît aucune valeur propre au temps de l'immersion.

La sougya halakhique se referme ici. Le feuillet change alors de registre.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה קֶרִי בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים — יוֹרֵד וְטוֹבֵל, וְלָעֶרֶב יְשַׁפְשֵׁף. לָעֶרֶב? מַאי דַהֲוָה הֲוָה? אֶלָּא אֵימָא: מִבְּעֶרֶב יְשַׁפְשֵׁף. (קָא סָבַר מִצְוָה לְשַׁפְשֵׁף.)

Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit un keri le jour de Kippour descend et s'immerge, et le soir il frottera. - Le soir ? Ce qui a été a été !

Dis plutôt : depuis le soir [précédent] il frottera. (Il tient que c'est une mitsva de frotter.)

📜 Rachi (3)
וְלָעֶרֶב יְשַׁפְשֵׁף מִשּׁוּם חֲצִיצָה:
« Et le soir il frottera » - à cause de la hatsitsa (l'interposition).
לְעָרֵב ס"ד מִכִּי טְבִיל וְסָלֵיק מַאי מְהַנֵּי לֵיהּ שִׁפְשׁוּף חֲצִיצָה דַּהֲוַאי הֲוַאי:
« Le soir, te viendrait-il à l'esprit ? » - une fois qu'il s'est immergé et est remonté, à quoi lui sert de frotter ? L'interposition qui a été a été.
אֵימָא מִבְּעֶרֶב דְּאֶתְמוֹל יְשַׁפְשֵׁף כָּל אָדָם עַצְמוֹ בְּחַמִּין שֶׁאִם יִרְאֶה קֶרִי לְמָחָר יָכוֹל לִטְבֹּול בְּלֹא חֲצִיצָה:
« Dis : depuis le soir » - celui de la veille : que chacun se frotte lui-même à l'eau chaude, de sorte que s'il voit un keri le lendemain, il puisse s'immerger sans interposition.
⚖️ Rosh (1)
[דַּף פח ע"א] תָּנוּ רַבָּנַן הָרוֹאֶה קֶרִי בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים יוֹרֵד וְטוֹבֵל וְלָעֶרֶב יְשַׁפְשֵׁף. לְעָרֵב סָלְקָא דַעְתָּךְ. אֶלָּא אֵימָא וְאִם מִבְּעֶרֶב יְשַׁפְשֵׁף. כְּלוֹמַר אִם רָאָה קֶרִי בַּיּוֹם יוֹרֵד וְטוֹבֵל וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְשַׁפְשֵׁף. מִפְּנֵי שֶׁהַקְּרִי שֶׁעַל בְּשָׂרוֹ עוֹדֶנּוּ לַח וְאֵינוֹ צָרִיךְ שִׁפְשׁוּף. וְאִם מִבְּעֶרֶב שֶׁהוּא לֵיל יוֹם הַכִּפּוּרִים רָאָה קֶרִי כְּשֶׁיִּטְבֹּול לְמָחָר בַּיּוֹם יְשַׁפְשֵׁף בְּיָדוֹ מִמָּקוֹם שֶׁנָּפַל קֶרִי עַל בְּשָׂרוֹ מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּבָר יָבֵשׁ וּלְכָךְ צָרִיךְ שִׁפְשׁוּף. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל מוֹחֲלִין לוֹ עַל כָּל עֲוֹנֹותָיו. וְהָא תַּנְיָא סוּדָרִים. מַאי סוּדָרִים לוֹ סוּדָרִים לוֹ לִמְחֹול. תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק הָרוֹאֶה קֶרִי בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים יִדְאַג כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ וְאִם עָלְתָה לוֹ שָׁנָה מֻובְטָח הוּא שֶׁהוּא בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק תֵּדַע שֶׁכָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ רָעֵב וְהוּא שָׂבֵעַ. כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר מַפֵּישׁ חַיֵּי סָגֵי וּמַסְגֵּי בְּטֵיבוּתָא דִּכְתִיב יִרְאֶה זֶרַע יַאֲרִיךְ יָמִים:
[Feuillet 88a] Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit un keri (émission séminale) le jour de Kippour descend et s'immerge, et le soir il frottera. - Le soir, te viendrait-il à l'esprit ? Dis plutôt : et si c'est depuis le soir, il frottera. C'est-à-dire : s'il a vu un keri de jour, il descend et s'immerge et n'a pas besoin de frotter, parce que le sperme qui est sur sa chair est encore humide et ne requiert pas de frottement ; mais si c'est depuis le soir - la nuit de Yom Kippour - qu'il a vu un keri, alors, lorsqu'il s'immergera le lendemain de jour, il frottera de la main l'endroit de sa chair où le keri est tombé, parce qu'il a déjà sèche, et c'est pourquoi il faut frotter. L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : on lui pardonne toutes ses fautes. Or il a été enseigné : elles sont rangées ! Que signifie rangées ? Elles lui sont rangées pour être pardonnées. Un tanna enseigna devant Rav Nahman bar Yitshak : celui qui voit un keri le jour de Kippour doit s'inquiéter toute l'année durant ; et si l'année lui est montée, il lui est garanti qu'il est fils du monde à venir. Rav Nahman bar Yitshak a dit : sache-le, car le monde entier est affamé et lui est rassasié. Quand Rav Dimi vint, il dit : il multiplie les années de vie, il croît et fait croître en bienfait - ainsi qu'il est écrit : « il verra une descendance, il prolongera ses jours ».
💡 Explication

Une hatsitsa est un corps interposé entre l'eau et la peau : là où il en subsiste un, l'immersion ne vaut pas. Le résidu sèche d'un keri en est un. D'où la mention du chafchouf, le frottement qui détache.

Lue au premier degré, la baraita place ce frottement après l'immersion, le soir - ce qui n'a aucun sens. Rachi le dit sèchement : une fois qu'il s'est immergé et est remonté, à quoi lui sert de frotter ? La guemara emploie sa formule d'exclusion : mai de-hava hava, ce qui a été a été.

Correction : mi-be-erev, depuis le soir - celui de la veille de Kippour. Chacun se frotte à l'eau chaude avant l'entrée du jour, de sorte que si un keri survient le lendemain, l'immersion trouve une peau nette. Le jour de Kippour lui-même, ni eau chaude ni frottement ne sont disponibles : on ne répare pas après coup, on prévient avant. Le Roch lit la phrase autrement encore - le keri du jour est encore humide et n'exige pas de frottement, celui de la nuit a sèche et l'exige.

🖼️ Schéma
Le chafchouf : frotter la peau contre la hatsitsa - mais quand ? Une hatsitsa est un corps interposé : là où il subsiste, l'eau n'atteint pas la chair et l'immersion ne vaut pas. Veille de Kippour, au soir Jour de Kippour : le keri survient Sortie de Kippour Lecture écartée : il s'immerge de jour, puis frotte le soir La guemara s'en étonne : le-erev salka daatakh ? Mai de-hava hava. Une fois qu'il est remonté du mikve, frotter ne répare rien : l'interposition a déjà invalidé l'immersion. Rachi : mi-ki tavil ve-salik, mai mahani leh chifchouf ? Lecture retenue : mi-be-erev - il frotte dès la veille au soir Rachi : chacun se frotte à l'eau chaude la veille, de sorte que si un keri survient le lendemain, il puisse s'immerger sans hatsitsa - car le jour même, l'eau chaude et le frottement sont exclus. La préparation remplace le remède : on ne répare pas après coup, on empêche avant. Le Roch lit autrement : le keri vu de jour est encore humide et ne requiert pas de frottement ; celui de la nuit a sèche, et il faut frotter.
On ne répare pas une hatsitsa après l'immersion : on prépare la peau la veille au soir.
10
תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן: הָרוֹאֶה קֶרִי בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים — עֲוֹנֹותָיו מְחֻולִּין לוֹ. וְהַתַּנְיָא: עֲוֹנֹותָיו סְדוּרֵין! מַאי סְדוּרֵין — סְדוּרֵין לִימָּחֵל.

Un tanna enseigna devant Rav Nahman : celui qui voit un keri le jour de Kippour, ses fautes lui sont pardonnées. - Or il a été enseigné : ses fautes sont rangées [devant lui] ! - Que signifie rangées ? Rangées pour être pardonnées.

📜 Rachi (2)
הָרוֹאֶה קֶרִי ביוה"כ וְלֹא בְּמִתְכַּוֵּין:
« Celui qui voit un keri le jour de Kippour » - et non à dessein.
עֲוֹנֹותָיו מְחֻולִּין סִימָן טוֹב הוּא זֶה יִרְאֶה זֶרַע וְיַאֲרִיךְ יָמִים:
« Ses fautes sont pardonnées » - c'est là un bon signe : « il verra une descendance, il prolongera ses jours ».
💡 Explication

Le feuillet quitte la halakha pour l'aggada, sans changer de sujet : le même baal keri de Kippour, mais considéré du point de vue du sens et non de la conduite.

Deux traditions s'opposent. L'une : ses fautes sont pardonnées - l'événement est un signe de faveur. L'autre : elles sont rangées, sedourin, terme qui évoque le dossier dressé et aligné devant le juge, donc plutôt une accusation.

La résolution ne choisit pas entre les deux, elle relit le mot : rangées pour être pardonnées. L'alignement n'est pas un acte d'accusation mais une mise en ordre préalable au pardon. Rachi rappelle en passant la condition qui commande tout : ve-lo be-mitkaven - à condition que ce ne soit pas volontaire.

11
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: הָרוֹאֶה קֶרִי בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים — יִדְאַג כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ, וְאִם עָלְתָה לוֹ שָׁנָה — מֻובְטָח לוֹ שֶׁהוּא בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: תֵּדַע, שֶׁכָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ רָעֵב וְהוּא שָׂבֵעַ. כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר: מַפֵּישׁ חַיֵּי סָגֵי וּמַסְגֵּי.

L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : celui qui voit un keri le jour de Kippour doit s'inquiéter toute l'année durant ; et si l'année lui est montée [c'est-à-dire s'il l'a traversée vivant], il lui est garanti qu'il est fils du monde à venir. Rav Nahman bar Yitshak a dit : sache-le, car le monde entier est affamé et lui est rassasié.

Quand Rav Dimi vint, il dit : il multiplie les années de vie, il croît et fait croître.

📜 Rachi (5)
יִדְאַג כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ שֶׁמָּא לֹא קִיבְּלוּ תַּעֲנִיתוֹ וְהִשְׁבִּיעוּהוּ בְּמַה שֶׁבְּיָדָם לְהַשְׁבִּיעוֹ כְּעֶבֶד הַמּוֹזֵג כּוֹס לְרַבּוֹ וְשָׁפַךְ לוֹ קִיתוֹן עַל פָּנָיו:
« Il doit s'inquiéter toute l'année durant » - peut-être son jeûne n'a-t-il pas été agréé, et l'a-t-on rassasié par le seul moyen qui restait de le rassasier - tel le serviteur qui verse la coupe à son maître, et à qui celui-ci jette une cruche au visage.
וְאִם עָלְתָה לוֹ שָׁנָה שֶׁלֹּא מֵת מֻובְטָח לוֹ שֶׁמַּעֲשִׂים טוֹבִים יֵשׁ בְּיָדוֹ שֶׁהֵגֵינּוּ עָלָיו וּבֶן עוֹלָם הַבָּא הוּא:
« Et si l'année lui est montée » - c'est-à-dire qu'il n'est pas mort : il lui est garanti qu'il a en main de bonnes actions qui l'ont protégé, et qu'il est fils du monde à venir.
תֵּדַע שֶׁהֲרֵי כָּל הָעוֹלָם רָעָב מִתַּשְׁמִישׁ וְהוּא שָׂבַע וְלֹא נִתְעַנָּה בָּזֹאת וְשֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ הִשְׁבִּיעוּהוּ ואעפ"כ עָלְתָה לוֹ שָׁנָה יֵשׁ לָדַעַת שֶׁצַּדִּיק גָּמוּר הוּא:
« Sache-le, car le monde entier est affamé » - de l'union conjugale, tandis que lui est rassasié et ne s'est pas affligé sur ce point ; on l'a rassasié sans qu'il l'ait voulu, et si malgré cela l'année lui est montée, il faut en conclure qu'il est un juste accompli.
מַפֵּישׁ חַיֵּי זֶה שֶׁרָאָה קֶרִי בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים:
« Il multiplie les années de vie » - celui-là, qui a vu un keri le jour de Kippour.
סַגִּי וּמַסְגֵּי בְּבָנִים וּבְנֵי בָּנִים שֶׁכָּךְ הַסִּימָן יִרְאֶה זֶרַע יַאֲרִיךְ יָמִים [יְשַׁעְיָה נג]:
« Il croît et fait croître » - en fils et en petits-fils, car tel est le signe : « il verra une descendance, il prolongera ses jours » (Isaie 53).
🗂️ Tossefot (1)
מַפֵּישׁ חַיֵּי סָגֵי וּמַסְגֵּי וְרֶמֶז לַדָּבָר יִרְאֶה זֶרַע יַאֲרִיךְ יָמִים:
« Il multiplie les années de vie, il croît et fait croître » - et l'allusion scripturaire en est : « il verra une descendance, il prolongera ses jours ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַפֵּישׁ חַיֵּי סָגֵי וּמַסְגֵּי נִרְאֶה לִי בס"ד מַפֵּישׁ חַיֵּי בְּכַמּוּת סַגִּי בְּאֵיכוּת עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ חִידָ"א זַ"ל בְּבֵיאוּר מִסְפַּר יָמָיו כִּפְלַיִם כְּאוֹתוֹ פּוֹעֵל שֶׁעָסַק בְּבֵית הַשַּׂר וּמַה שֶׁעָשׂוּ חֲבֵירָיו בְּיוֹם שָׁלֵם הוּא עָשָׂה בַּחֲצִי יוֹם מִפְּנֵי שֶׁהָיָה לִבּוֹ טוֹב עָלָיו, נִמְצָא הַיּוֹם נֶחְשָׁב אֶצְלוֹ לְגַבֵּי אֲחֵרִים בְּכִפְלַיִם וְזֶהוּ רִבּוּי בְּאֵיכוּת וְאָמַר וּמַסְגֵּי לְזַרְעוֹ שֶׁגַּם זַרְעוֹ יַאֲרִיכוּ יָמִים כְּדֵי שֶׁיִּשְׁתַּמֵּשׁ בְּכֶתֶר אָבִיו וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ לְרַבִּי חַייָּא בָּרְכֵנִי וְאָמַר לוֹ יְהִי רָצוֹן שֶׁתַּגִּיעַ לַחֲצִי יָמַי וְאָמַר לוֹ עַד כָּאן וְתוּ לָא? אָמַר לוֹ וְהַבָּאִים אַחֲרֶיךָ בְּהֵמָה יִרְעוּ וְלָכֵן כֵּיוָן דְּאָמַר עַל הָאָב נְפִישׁ חַיֵּי אָמַר וּמַסְגֵּי שֶׁגּוֹרֵם זְכוּתוֹ שֶׁגַּם זַרְעוֹ יַאֲרִיכוּ יָמִים. אוֹ יוּבַן נְפִישׁ חַיֵּי בְּמִסְפַּר הַשָּׁנִים סַגִּי בַּתּוֹרָה וּמַסְגֵּי בְּמִצְוֹת. וְהִנֵּה רַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ רֶמֶז לַדָּבָר (יְשַׁעְיָה נג, י) 'יִרְאֶה זֶרַע יַאֲרִיךְ יַמִּים' וְצָרִיךְ לְהָבִין הֵיכָא רְמִיז יוֹם הַכִּיפּוּרִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד 'זֶרַע' בְּמִילּוֹאוֹ [זַיִ"ן רֵי"שׁ עַיִ"ן =707] עוֹלֶה מִסְפַּר 'הַשַּׁבָּת' [707] בְּהֵ"א הַיְּדִיעָה וְקָאֵי עַל יוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁנִּקְרָא שַׁבָּת דִּכְתִיב בֵּיהּ (וַיִּקְרָא כג, לב) 'שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן הוּא לָכֶם' וְנִרְמָז בְּהֵ"א הַיְּדִיעָה כִּי הוּא בְּהֶאָרַת הַבִּינָה שֶׁהִיא הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם וְלָזֶה אָמַר 'יִרְאֶה זֶרַע' רוֹצֶה לוֹמַר בְּיוֹם כִּיפּוּר הָרָמוּז בְּאוֹתִיּוֹת זֶרַע אָז 'יַאֲרִיךְ יַמִּים' וּשְׁנוֹת חַיִּים .
« Il multiplie les années de vie, il croît et fait croître. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que mafish hayei se dit de la quantité et sagi de la qualité, à la manière de ce qu'a enseigné notre maître le Hida, de mémoire bénie, en expliquant comment le nombre des jours d'un homme peut valoir le double : tel cet ouvrier qui travaillait dans la maison du prince et accomplissait en une demi-journée ce que ses compagnons faisaient en un jour entier, parce que son cœur était joyeux en lui ; sa journée comptait donc double au regard de celle des autres - et voilà l'accroissement en qualité. Puis il dit ou-masgi, en visant sa descendance : que sa descendance aussi prolonge ses jours, afin qu'elle use de la couronne de son père. Comme ils l'ont rapporté dans la guemara : notre saint maître dit à Rabbi Hiya : « Bénis-moi. » Il lui dit : « Que ce soit Sa volonté que tu atteignes la moitié de mes jours. » Il lui répondit : « Jusque-là seulement, et pas au-delà ? » Il lui dit : « Et ceux qui viendront après toi, feront-ils paître le bétail ? » C'est pourquoi, ayant dit du père nafish hayei, il ajoute ou-masgi : son mérite fait que sa descendance aussi prolonge ses jours. Ou bien on peut l'entendre ainsi : nafish hayei quant au nombre des années, sagi en Torah, ou-masgi en mitsvot. Or Rachi, de mémoire bénie, a expliqué que l'allusion scripturaire en est « il verra une descendance, il prolongera ses jours » ; et il faut comprendre où Yom Kippour y est fait allusion. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que zera (descendance) dans son plein - zayin, rech, ayin, soit 707 - équivaut au nombre de ha-Chabbat (707) avec le hé de détermination, ce qui vise Yom Kippour, appelé Chabbat, ainsi qu'il est écrit à son sujet (Vayikra 23,32) : « c'est pour vous un chabbat chabbaton ». Et il y est fait allusion par le hé de détermination, parce qu'il tient à l'illumination de la Bina, qui est le premier hé du Nom. C'est pourquoi il dit « il verra zera », c'est-à-dire : au jour de Kippour, auquel les lettres de zera font allusion, alors « il prolongera ses jours » et ses années de vie.
💡 Explication

L'école de Rabbi Yichmael prend le contre-pied du segment précédent : qu'il s'inquiète toute l'année. Rachi donne l'image qui fait le froid du passage - peut-être son jeûne n'a-t-il pas été agréé, et l'a-t-on rassasié de la seule manière qui restait : tel le serviteur qui tend la coupe à son maître et reçoit la cruche au visage. Être rassasi un jour d'affliction peut être un renvoi.

Mais la phrase ne s'arrête pas là. Si l'année lui est montée - s'il la traverse vivant -, la lecture s'inverse totalement : il lui est garanti d'être ben olam ha-ba. L'arbitre du signe n'est ni un raisonnement ni un maître : c'est le temps écoulé.

Rav Nahman bar Yitshak fournit l'appui : le monde entier est affamé - de l'union conjugale, précise Rachi - et lui seul est rassasié ; s'il survit malgré cet allégement subi, c'est qu'il est un juste accompli. Rav Dimi conclut par une bénédiction en trois mots, mafish hayei sagi ou-masgi : longue vie, croissance, descendance. Rachi et Tossefot y rattachent le verset d'Isaie 53,10 : « il verra une descendance, il prolongera ses jours ». Le Ben Yehoyada y lit encore Yom Kippour lui-même, caché dans les lettres de zera.

🖼️ Schéma
Voir un keri le jour de Kippour : le même fait, deux lectures opposées Rachi précise d'emblée : involontairement, ve-lo be-mitkaven. C'est un événement subi, non un acte. Le fait : un keri à Kippour Lecture sombre : un avertissement École de Rabbi Yichmael : qu'il s'inquiète toute l'année durant. Rachi : peut-être son jeûne n'a-t-il pas été agréé. Tel le serviteur qui verse la coupe à son maître et reçoit la cruche au visage. Lecture claire : une faveur Ses fautes lui sont pardonnées - et la baraita qui les dit rangées veut dire : rangées pour l'être. Rav Dimi : mafish hayei, sagi ou-masgi - longue vie, croissance, descendance. Rachi : yireh zera yaarikh yamim. L'arbitre n'est pas un argument, c'est le temps Ve-im alta lo chana - si l'année lui est montée, c'est-à-dire s'il l'a traversée vivant, il lui est garanti qu'il est fils du monde à venir : ses actions l'ont protégé. Rav Nahman bar Yitshak : sache-le - le monde entier est affamé, et lui seul est rassasié.
Le même fait lu dans les deux sens - et c'est l'année écoulée qui tranche.
12
הֲדַרַן עֲלָךְ יוֹם הַכִּפּוּרִים וּסְלִיקָא לַהּ מַסֶּכֶת יוֹמָא

Hadran alakh Yom ha-Kippourim - nous reviendrons vers toi, chapitre « Le jour de Kippour » - et le traité Yoma est achevé.

💡 Explication

Formule de clôture. Hadran alakh - littéralement « nous sommes revenus vers toi », que l'usage entend aussi comme une promesse : nous reviendrons vers toi, et tu reviendras vers nous. Elle scelle le huitième et dernier chapitre, Yom ha-Kippourim.

Ve-slika lah massekhet Yoma : et le traité Yoma est achevé. Commence sur les sept jours de mise à l'écart du kohen gadol, il s'achève sur un homme ordinaire, un accident nocturne et une promesse de longue vie.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).